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Par H. Ml. E» Chantier (*)-
lie général n*«tt accompli qii^au- '^ tamt qu'il' renferae en. lui rhommit d« bien et Thommo sage»
La coDtrée qu'avaient illustrée^ aux jours du moyenâge , les héroïques exploits de ses guerriers ; qui avait rempli l'Europe et TAsie du bruit de ses armes ; qui avait fondé des dynasties , conquis ou renversé des trônes dans TOccident encore barl)are ; cettie contrée ne devait point démentir , dans les temps modernes , son antique renommée. Si , dans les siècles précédents, elle avait pu s'enorgueillir des noms des Guillaume, des Tancrëde , des Robert , des Guiscard, des Roger, elle peut citer avec honneur , dans l'époque actuelle « les Yalhubert , les Levasseur , les Lorgcs , et surtout l'intègre et brave Decaen.
La réputation des vieux paladins', en traversant les ténèbres de l'ignorance pour arriver jusqu'à nous, a pu emprunter , de l'éloignement des âges , une partie de l'éclat dont elle brille ; mais la gloire d'un contem-
(*) Cet ouvrage a obtoia nue menUon trb-honorable dans le concours ouvert par rAcadémie des sciences, arts et beUes4ettpes de Caen , sur la proposition de son Ténérable doyen , M. Lair.
U BIÛGKAPHIB
poraiD Dous apparaît dépouillée de ce prestige. Il faut qu'eUe offre ^ aux appréciateurs dir soli.de et vrai mérite , de josles mÀtiis dfeitftnê et d'adoûratiion. Tels, sont les titres avec lesquels se présente à la postérité le guerrier aussi vaillant que modeste , l'administrateur aussi babile que désiatéfesèé ^ d«BC nous allons retracer la vie glorieuse.
Gharles-Matbieu-Isidore Decaen naquit à Gaen (1), le 13 avril 1769 (^), d'une famille honorable , mais peu favorisée de la fortune. Son père , qui occupait un modeste emploi au bailliage de cette ville, le fit étudier dans un des collèges de cette célèbre Université de Gaen^ d'où sortirent tant d'hommes de mérite. Mais la mort vint bientôt priver le jeune Charles de ces soins éclairés, de cette sollicitude paternelle , que rien ne peut remplacer (1769).
Orphelin dès Tâge de douze ans » il eut le bonheur de rencontrer un tuteur consciencieux et dévoué, dans M. Julienne-Ducoudray , le confrère et le parent du père qu'il venait de perdre» Grâce à la protection de cet ami, il put continuer les études qu'il avait commencées , et travailla ensuite dans le cabinet de M. Lasseret , avocat en grand renom ; plus tard « il reconnut les bontés de cet homme « qni fut- son guide et son bienfaiteur , en obtenant pour lui , du. premier Gonsul I une place de conseiller à- la Gour d'appel de Gaen. Nous signalons d!autant plus volon - . tiejrsce fait^ qui décèle un noble 3çntijn,ent,,qu^, hors*
(*) Année mémorable ^l^t h u»id$artee cÉ^iae fonlé de grands hommes.
DU GÊRËITAL HECAEN. 5
les cas où il s'agIssaM de faire veuérQ Justiee à ses su* bofâODtfés; D6(saèn mt se déterminait pas aisémeift à prendre le rAle 4^ seliicitenr (1769^ à 1787).
Les premières années de la jeùn^ise de Decaen fa* renl une lutte ent?e sa propre ittciinatio» et les intention» de sa famille z en> snivanl les écoles ie diroit^ il obéfesaif à limpùlsio» qu'il recevait de ses amfs^ > plutôt (|u'è son pendiant naturel. Ses goûts séfifét^ l'entraliiafent vers vue profession qui s'offlrail ^ lui en^ tOQtée d'un éclat' bie» propre à sédéfre un coeur épdk de rameur de la gloire. Sa jeune imagination s'écferauffait au récit des exploits récents de »6s oAeiérs^^^t de nos marin» dans les deux mondés. Aussi préfita-4-il desai'Hberté pour contracter , à Tâge de 18 ans , un engagement volontaire , dans le corps royal des canoDDiefs matelots de la division de Brest (3). Pris^ cédant au vceùde. sa famille, il quitta le service ei rentra dans, ses foyers^ où' il reprit ses études de droit. Gène devait {vas être: pour long4emps (1787-1790).
Alors^cémmençaH en France cette étrange et ta*rible révoluHêo , qui , ea ruinaiDt jusque dans ses bases Tantique écHiice d'usé meivarcfeie de treize siècles , alfeilf ouvrir une carrière Immense à rexercibe des talentssspéidews , à Tactivlté' des âmes éner^ques. L'Insnl*tant manifeste du duc ée Brunswick vkit btent<(VC foive> surgir, du sol firançais , d'innombrables défenseurs.
Dans cet élan du patriotique , où Ton vit des pères^ de famille se séparer , par un sublime effort , des plus cbers objets de leur affection, pour voler à la défense de la patrie, un bemme du caractère de Decaeii ne devait-ft pas se rendre des preniiers à Kappel de llion-
neur? U fat élu » par ses concitoyens > sergent-major à la deuxième compagnie de canonniers dn quatrième de ces intrépides bataillons de volontaires , que le Calvados envoya contre l'étranger (1702^ septembre).
Ainsi Decaen débutait au service dans Tanne de son choix. Animé de la noble ambition de conquérir l'estime de ses chefs et Taffection de ses compagnons d'armes, ce fut par un zèle à toute épreuve » par une conduite irréprochable , qu'il marqua ses premiers pas dans la carrière oii il devait s'illustrer. Quelques mois à peine s'étaient écoulés depuis son départ «et déj^ il était adjudant sous-officier dans l'armée du Rhin« où la bravoure et l'intelligence qu'il déployait en toute rencontre , préparaient son avancement et ses succès à venir (1793 , japvier).
Il servait sous f^léber , dont il s'était fait connaître parson aptitude et son courage, lorsque les événements de la campagne de .1793 forcèrent ce général ^ déj^ célèbre » à se renfermer dans Mayence. Pour défendre > cette place contre les forces imposantes qui l'investirent > une faible division jetée, pour ainsi dire, au milieu de ces remparts d'un autre siècle, semblait insuffisante. Mais les assiégés étaient des hommes remplis d'un patriotique enthousiasme, et avaient pour chefs des guerriers au cœur héroïque, qui renouve?:' lèrent ces prodiges d'activité, de patience et de valeur» opérés jadis îi Metz» par François de Guise; à Mézières, par Bayard.
Généreux , mais vains efforts I Après quatre mois de fatigues inouïes , de cruelles privations et d'une résistance qui valut à ses intrépides défenseurs le glorieux
DU GÉNÉRAL DEGAEN. 7
surnom de MayeDçais , la place dut céder à od eDDeini trop supérieur.
Durant ce siège mémorable , où nos soldats montrérent toute l'énergie et la bravoure dont ils sont capables, Decaense signala entre tous , et fat élevé successivement aux grades de sous-lieutenant et de capitaine ; puis appelé y comme aide-de-camp , parmi ces braves officiers , qui partagèrent avec Rléber les dangers et Fbonneur de cette belle défense , et an sujet desquels ce général écrivait : • Mes adjoints (*) ont vécu sons des voûtes de feu : chaque jour de siège devrait leur être compté comme une campagne (1793). »
A cette époque» a dit une voix éloquente » tout Fbonneur de la France s'était réfugié dans les camps , et les merveilleux exploits de soldats » manquant souvent de pain et de vêtements » voilaient aux yeux de l'étranger les scènes d'horreur que de hideux bourreaux étalaient dans nos cités muettes d'épouvante.
Mais ce n'était pas seulement contre l'étranger que nos pères avaient alors à lutter : égarés par les passions politiques > les Français déchiraient de leurs propres ^ mains le sein de la patrie.
Ce fut dans la Vendée» ce sanglant théâtre des fureurs . de la guerre civile, que le jeune Decaen dut aller , avec les braves de Mayence , développer ses talents militaires. L Ck)mbien , hélas I n'eut-il pas à gémir de la terrible né-
' cessité où le plaçaient les événements I lui surtout à
qui, dans une longue et active carrière, on ne put jamais reprocher un acte d'inutile rigueur. Mais si la
(*) Aides-de-camp.
guerre ^ la cruelle guerre a ses lois sévères , iuflexiblés 9 au moins sommes-nous heureux de dire que la conduite de Decaen fut toujours humaine et honorable , ep même temps que ses loyaui services lui donnaient droit à de nouvelles distinctions.
Hâtons-nous de passer sur ces luttes déplorables de citoyens contre citoyens : la gloire mén^ a un bien triste côté» quand elle s'acquiert au prix d'un sang précieux à la patrie. Contentons-nous d'indiquer les rencontres où Decaen eut occasion de signaler son intelligence et sa valeur.
Après avoir passé une année , comme officier d'étatmajor , auprès des généraux Canclaux , Dubayet , Marceau et Kléber , il était devenu l'ami de ce derpier , qui le nomma chef de bataillon provisoire ; et ce grade lui fut bientôt confirmé. Tout/empli de cet amour de la gloire qui caractérise les âmes guerrières , il se maintint constamment, sous les généraux Blosse et Marigny , aux postes d'avant-garde ; là où il y avait plus de dangers à courir > plus de fatigues à endurer , mais aussi plus de lauriers à cueilUr (1793, novembre).
Dans une de ces expéditions has2u*deuses, sur la rive droite de la Loire > Marigny tomba au milieu d'un nombreux parti de cavaliers soutenus par de l'artillerie. Surpris 5 mais non déconcerté, le général n'hésite pas à prendre l'offeBsive ; mais il est tué au premier coup de canon , et son corps reste au pouvoir des Vendéens , dont la première impétuosité était irrésistible. Ce malheur répand le trouble et le découragement parmi les soldats républicains ; déjà ils commencent à lâcher
DU GÉnâUL DECAENi 9
pied , lôraqtie Deoae», leur eommoDiiiaaiil soa ardeur ^ les ramène au i^onobat , repousse les royalistes 9 et eiiiè?e le corps de son (général.
Il se distingue ensuite à.Port-St-Père (*), contre l'intrépide Charrette ; àXorfou (**), où L'avant-garde dés Mayeoçais se troQva presque seule aux prises avec une grande partie des forces vendéennes; k Mont^ aigu {***)y vJUe.'infortwée, que raçharnement 4es deux partis se dispu&a tour ..à tour; enfin, ^ cetll sangkuHe bataille dU;N^ns 9 o^ les royalistes « corn* mandés par l'héroïque La Rochejacqueleln , l'Achille de la Yendée, après avofr soutenu^ to,ute une journée, les attaques des soldats^ non moins braves 5 que commandaient WesterOMun et Marceau, succombèrent pendant les ténèbres cf «ne nuit jje carnage et d'hor-r reur.
Au combat de St.'-Michel (****}, où il commandait en personne , Deoaen se lit le plus grand honneur : là, il attaqua résolument et mit en fuite. un parti deux fois plus fort que le fiîen. Ce brillant fait d'armes lui valut le grade d'adjudaBtrtgénérai eùef de brigade.
tes armées vendéenBes* qui avaient passé ^ Loire ^ étaient détruites >; mais la résistance à la sanglante tyrannie de la Convention élait ^in d'être anéantie dans ces malheureuses, contrées. La division Kléber dut
{,*) PQrt-$t*Pèr« (Loire-Io^ieure), au sud-ouest de Nantes.
(**) Torfou, Tillage de Maine-et-Loire, à 20 kilomètres sud-sndonest de Beaupréau.
(***) Montaigu, au nord du département de la Vendée.
(•«#«) St-Michel, viUage d*Indre-et-Loire, sur la Loire, à 16 kilomètres nord-est de Cliinon.
rester en Bretagne , pour y poorsnirre les bandes de la Chouannerie : ennemis d'espèce nouvelle, et non moins diflBciles à réduire que les Vendéens." Pour en délivrer le pays , Kléber le divisa en arrondissements militaires, dont il confia la surveillance à des officiers d'une habileté et d'une valeur éprouvées. Decaen eut d'abord à contenir dans le devoir l'arrondissement de La Guerche (*). Mais bientôt Kléber lui écrivait, de son quarffer-général de Vitré : c Je viens d'organiser l'arron^ dissement de La Gravelle (**); c'est le plus dangereux : il sera plus digne de ton courage. » Dans ce comroan*dement difficile, aussi bien que dsms celui, plus important, du district de Vitré, ^u'Il prit peu de temps après , Decaen justifia, par sa prudence et son activité, la confiance de son général (1794).
Telle était, dès-lors, sa réputation de bravoure et d'habileté , que le commandant eu chef des armées de rOnest, celdi-lâ même qui mérita le beau titre de pacificateur de la Vendée, Hoche, employa les plus vives instances , les promesses les plus flatteuses pour le retenir sous ses ordres. Mais il en coûtait trop à Decaen de n'avohr à exercer sa valeur que contre des Français. Comment son ftme, si pleine de droiture et de générosité, n'auralt-elle pas éprouvé ces regrets qui navrent le coeur d'un bon citoyen, quand il faut sévir contre des compatriotes ? Aussi sollicita-t-il comme une grâce d'être employé de nouveau contre l'étranger. Il obtint
{*) La Guerche, village dIndre-et-Loire, % 8 kilomètres de La Haie.
{**) La Gravelle , bourg de la Mayenne , à 8 kilomètres ouest de Laval.
DU G^lRAL 9BGAEN. 11
celle faveur 5 et quitta les tristes cantoas désolés par la guerre civile, pour revenir , sous Kléber, à r armée de Rhio-et-MoseUe (1795).
« Pars moa cher Decaeo, va à un poste honorable , et sers bien ta patrie. ••••» C'était en ces'teriqes qne Bodie^ qui le regrettât, loi adressait ses adieux (3).
JA , du moins, Decaen put donner Tessor à son ardear guerrière 5 sans redouter cette sorte de remords^ qpi jadis enchaînait le courage du plus illustre des guei^ riers de Thèbes , alors même qu'il s'agissait d'afifrancbir sa patrie d'une odieuse çervituda Là » Decaen montra tout ce qu'on pouvait attendre de sa bravoure et de ses talents.
On sait qu'à cette ^>oque de trouble et de confusion « où les divers povvoirs de l'Etat empiraient audacieusèment les uns sur les autres, des membres de la Gourvention se rendaient souvent aux armées » et salaient Jusqu'à s'immiscer dans les opérations militaires. En une de ces circonstances, les représentants Rewbell et Merlin de Tfaionville confièrent à Decaen la direction d'une reconnaissance sur les frontières du canton de Bâle. Ce fut au succès qui couronna cette mission difficile^ ^'il dut sa confirmation dans le grade d'adju* dant-général chef de brigade.
Decaen aurait pu répéter sans jactance le mot de I^uis XII : « Que ceux qui ont peur, se mettent derrière moi ! • car il combattait tovûours aux premiers rangs, oubliant le danger, ne songeant qi^'à la gloire. On le vit, lors de Tattaque de Frankental {*) ,
(*) Frankental, Bafière-Rbénane.
pafT les (liiisiooB Bedapay et De^ixî Torôer; malgré la : plus èpialâtre résistance , la porte du Canal , pénétrer jusqu'au cœur de la place , comme autre- •fois Robert d'Artois ' dans Mansouràh , sans trop s'inquiéter s'iréta^t suivi et soutenu; mab cet acte de courage téméraire ftiimt loi coûter la vie : dans Firal^osslbilité de se retirer , il fut forcé de se rendre &ux nombreux ehnemîs qui le pressaient de toutes parts(. Geioûiïtre- temps mît fin à ses travaux dans la campagne de i'îQS, Bientôt^ cependant, renvoyé sur parole, ^puïs échangé (*) , il put prendre part aux glorieux débuts de celle de 1796.
Elle s'ouvrit, pour l'armée du Rhin, par une de ces tentatives àUdacieûsles qui, dans les siècles précédents, auralëtit échaufté la verve des poètes et suggéré de pIfSmpéux éloges aux orateurs, mais qui sont à peine comptées, parmi les innombrables et prodigieux exploits dont hos guerri^s devaient étonner le monde»
Les Français vont réporter le théâtre de ta guerre chez l'étranger, et notre armée doit s'établir sur la rive droite du Rhin. A qui le général en chef Moreau comraetlra-t-il le soin de préparer celte importante opération? A Decaen, secondé par les adjudants-généraux Bellavesne et Abbatucci. Les bords du fleuve sont hérissés de batteries formidables, qu'il faut enlever ^ sans pouvoir répondre à leurs feux. Decaen, qui a conduit les reconnaissances et fait les dispositions nécessaires à ce coup hardi, dnrige encore l'une des
(*) Decaen Tut écliangé contre le baron de Brabecki colonel aubîcbien , Tait prisonnier en Italie.
Df} GÉHÉIlit DKCAEN. 1^
priBc^es allaqnes : il inverse le fleuve dans^ une frêle embarcation , sons la^mitraUle que vonoit rartillerie de» eImemis^ Il atteiot , loi seizième , le rivage alleBiaiid, se précipite sur les canonniers aotHehieiiSj les met en fnite^.et e'empare de leurs pièces^ qu'il tomrae siir-le-cham|> contre eux (1796-2& Juin)^
L'(^cier qui comptait pour si pe« sa propre ç|ds*tence , quand il fallait accomplir les jordres . de ses cbefe, ou animer ses compagnons jd'ar mes à des actions d'éclat, aora-t-U cf»tte cruelle indifférence , trop souvent reprochée aux hommes de guerre , et qui leur foît prodiguer la vie de leurs semUables dans un in;: térét de vanité frivole ou de coupable ambition? I«oin de là : dans cette poitriqe qui semble d'airain pour attenter les dangers , tat un poçur animé d'une sensibilité aussi active que dévouée.
Une occasion m présenta bientôt » où se manifestèrent les lénéreux senUmçnts d'humanité qui remplissaient son âme. C'était le lendemain de ce passage dâ Biàn 9 au^iel il avait si brillamment conoouru ; il s'avançait sur le territoire .allemand, h la tète de la division Beai^uy g dont U commanda l'avant-g^içde tant que les Finançais continuèrent leur mouvement d'agression. Il faisait , de concert avec Beaupuy et Desaix, une reconnaissance de la Kinsick(*)£ n^ grenadier tgmbe dans^cette rivière, et va périr emporté par le courant; nmia Decaen J> fM luttant omireJa mort ; il s'élance , au péril de sa propre vie , à la pour-siËte de l'infortuné, qu'il a fe bonheur de ramener sur
(*) Afflaent du Bhin sur la rive droite, duché de Bade.
16 BIOOBAMIE
la rive. Ainsi ie capit«lM qui montrait à la têle de . nos colonnes r intrépide d'oD Btyard , veillait sur le simple soldat avec la paternelle sollicitude d'nn Torenne (*). Suivons-le dans cette marche semée de périls et de gloire , à travers les états allemands^ et voyons quelle part 41 peut revendiquer dans les noml)rettx succès de cette belie campagne (1796).
Yainement •tes^ÂulricUens , qui D'avaient pu empé** cber les Français de passer le Rhin à Kehl > tentèrent d'arrêter leur marciie sur ^Intérieur de FAIlemagne. Quinze mUle des leurs occupaient , à Bibe) ^ une positfott formidable « appuyée à des montagnes , etco»< verte par la Kinsick. Un plan d'attaque , savamment' coîBbiné , devait mettre leur camp au pouvoir des nôtres, et couper la retraite aux ennemis. Decaei^-se portait à eux , lorsqu'il rencontra « en avant d'Appen^ whir {**), une nombreuse division dcf cavalerie. En un instant , ce corps est chargé , mis en déroute et chassé d'Appenwkir , laissant en nos mains plusieurs centaines de prisonniers. Tel fut l'effroi faïqiiré par Tau* dace des Français, quQ l'ennemi abandonna , la miH suivante , un camp qu'il aurait pu long-temps dépendre.
Tfbmmé général provisoire à l'âge de 27 ans , Deeaen trcKiva dans cette én^inente distinction un nouvel encouragement à bien servir sa patrie.
AUBsl le vit-^Mi y quelques^ Jours après «^contribuer éficaeement au g«lti de la bataille de Rastadt {***) ^
(*) Lt treaadicr appartfiMit & U 3€*« den^jNrkaile ; la beUe ao tkm de Decaen fut Tobjet d*un rapport au gouTerftmeot (**) Bilid» Ai^penwhir, villages du duché, de Bade. {***) Rastadt, ville du même duché.
DU GlBtlAL DICAm. 15
cbaisser Tatte gauche de feoBemi^Qe positiou viUhumnent défendue, et repoiMer aii-4dà de la Mafg (*) m Gorpa d'élite de l'année astriebieBoe , eo M fidsant troia cenla priaoMriers.
Tam de auceèa loi avaient dit une giorfeoae renom-» née de braroiire et de caiiaeité , et aea derniors aetea de coarage hii valareot lea fôUdCations do IMreeKÉre eiécatit « Yooa avez Uen mérité^ loi écrivait Carnet^ parleaèle et lea talenta que vooa avez déployés ao pati« sage du Rhin , et dam les brillantea opérationa qnl Tont aoivi ; le Directoire voea en félicite , et compte snr lea noavean aervices qoe voua allez rendre à la République. •
Ces nouvelles preuvea de patiiotiame , que Fon demandait à Decaen, ne ae firent pas long-tempa attendre ; lea occaatona de se dtotinguer étalent alors fréquentes, et il était du petit nombre de ceux qui savent les saidr.
On lui dut le aucoèa de la bataUle d'Ettingen {**),oii il montra un dév&uemeet qui rapiMle celui du tribun Galpumiua : trois Ms^ à la tête de aa brigade, il ae porta aur un poate que l'ennemi déiendit avec un courage déaeq>éré ; troia fois il fat obUgè de céder à des forces immenaément aupérieurea ; à la demidre attaque, il engagea et aoutint un combat acharné, qui durait encore à 10 heorea du aoir, et ne recula qu'accablé par le nombre , après avoir attiré snr sa colonne l'effort concentré .de toute l'infanterie ennemie, et assuré par là le triomphe de nos armes ( 1796-9 Juillet).
(*) Affluent du Rhin dans le duché de Badt.
{**) ËUHngen, duché de Bade, wi sod^oueM de Carlsrahe.
Mais une épreMs plas saoglaDie encore rattôndait am champs de Néresheim (*). Là s'était enfin arrêté: i'arcbidac Charles bonjours i)atla et vivement poursuivi par Tannée de Rhin-et-Moselle : il espérait^ grâce à an accroissement considérable de ses forces 9 y effacer la honte de ses précédentes défaites ; là. s'engagea une latte opiniâtre « terrible , où nos soldats firent voir tout ce qu'on peut attendre de leur constance et de leur intrépidité dansées occasions les plus .difiQdles. Decaen eut la gloire de mettre en déroute le corps qui lui était opposé 9 et de faire deux cents prisonniers en unS rencontre tellement critique , que le seul avantage que pût espérer l'armée française, était de n'être pas forcée à la retraite : tant était grande la supériorité numérique de l'ennemi (11 août) !
Decaen se signala si glorieusement encore à l'affaire d'iBgoistadt {**) , que le Directoire crut devoir lui adresser une Nouvelle lettre de félicitations (4). .
Cependant les pfhs braves arméei, les plus iiablUs capitaines sont exposés à des t^ess. Défait quatre fois de suite par Moreau , l'arcUduc Charles avait su , par une de ces tentatives hasardeuses qu'inspire le désesr poiret que ie succès justifie 9 prendre sa revanche sur Jourdan ; et l'armée de Sambre-ettMeuse avait été repoussée jusqu'à notre, frontière. iMl^reau, maître d'i^m et arrivé aux portes de Munich « occupait une vaste * étendue de pays, où. il lui deveoijit impossible de se maintenir. Co fut alors qu'il exécuta cette fameuse
(*) Nèresheim , sur la frontière orientale du Wurtemberg, au nord-nord-est d'Ulm..
(•*) Ingolitadt, aui centre, de la Bavière , rive gaucbe du Danube.
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retndie 5 qui rappelle o^e des DU-AUHe , el qui est restée rnn des plus beaux faits d'ames des temps moderaes.'
; Qed sera le poste réservé à Oecaen dans cette mar^ che rétrograde de notre armée? Tous ses compagnons d'armes se plaisaient à recomattre en loi cet entbou-< slasme énergique , qui entfatne les combattants aux plus périlleni assauts avec une irrésistible impétuosité» ITavaitril pas dès-lors sa place marquée dans cette mémorable retraite? Et si l'armée du Rhin put revenir du centre de la Bavière jusqu'à Fr^ourg , à travers une population anémie et devant une armée formi* dable, sans se laisser une seule fois surprendre ni entamer j ï qui d'entre ses chefs fut-elle plus redevable de cet avantage , qu'au brave et généreux Decaen ? Ainsi cette valeur éprouvée, qui l'avait fait placer aux avanl-postes , tant que nos soldats avaient poursuivi leur marche offensive 9 lui assignait dans cette retraite » qu'pn pourrait appeler triomphante 9 un commandement d'arrière-garde « là où il y avait à engager une lutte de tous les jours contre des troupes aguerries ^ et dont un sqccès inespéré avait doublé le courage (1796).
Telle fut l'importance de ses services dans ces glorieuses journées , que deux fois encore le Directoire lui envoya des félicitations, fit si l'on considère les dlQcultés et les périls de cette entreprise , dont le ré* sultat fut la conservation d'une grande armée , n'est-il pas permis de se demander s cette reff aite tant vantée, et qui a immortalisé le nom de Moreau à l'égal de ses plus belles victoires, eût-elle été possible « sans la vigilante et courageuse coopération de Decaen?
18 BIOGIAraU
Nous le voyons ensoite sovtenir on siège dans Kfihi avec Desaii ; se montrer , comme à Najrence » homme de tête et de main , animant les soldats par sa bnn voore ) soutenant leur patience par sa propre énergie; non content d'opposer à rennemi une résistance invincible, il parvient , par (tes sorties tentées avec autant de prudence que de bonheur» à remporter de brilluits avant^fés (1797).
Une récompense bien honorable lui ftit décernée , à la suite de tant de travaux et d'etploiu : le Directoire , rendant ta^mage à sa belle conduite pendant et depuis la retraite , lui vota un sabre d'honneur , que Moreau lui remit, en y joignant le témoighage flatteur de son estime personnelle : c Recevez, lui disait-il, mes sincères félicitations pour une disthiction aussi méritée (5). »
Cependant les prodiges de la première campagne de ikmaparte en Italie avaient amené la glorieuse paix de Gampo-Formio , et désarmé les coalisés» à l'exception de l'Angleterre , qui se montra , dans toute occurrence , notre constante ennemie. Un projet d'expédition fût conçu contre cette dominatrice des mers. Une armée se forma , dont le commandement fut donné à Desaix , ayant sous ses ordres les toieilleurs officiers de l'époque. H écrivait à Decaen : c Je n'oublie pas les bons oflBciers, qui, comme vous» ont très-utilement et glorieusement servi. Je sais qu'on est trop heureux de les avoir près de soi. Ainsi.... vous êtes... de Tarmée d'Anglererre ; mais je vous annonce en^même temps que Kiéber» qui est aussi des nôtres, fait tout pour vous avoir. » Ce peu de mots ne suffisent-ils pas
DU GÉNfiRAL DECABN. 19
pour faire votr en quel estime était Decaen auprès de DOS premiers capitaioes , et quel prix od attachait à sa coopératioo (6) ?
L'expéditioD projetée o'eut pas lieu ; mais , tandis que le jeune vainqueur de lltalle allait ressusciter en Orient Pantique gloire du nom français , l'Angleterre , souB llnfluence de Pitt ^ était parvenue , en prodiguant Tor et les intrigues , à former une nouvelle coalition. La paix de Gampo-Formio avait à peine duré un an et demi , et nous voyons Decaen se signïiler à Tannée du Danube , sous les ordres de Jourdan , où il com-^ manda Tavant-garde de la division Souliam (1798).
n se couvrit de gloire à la sanglante bataille de Stokak {*) \ là ^ par des manœuvres et des coiâbats qui rappelaient ceux des journées de Rastadt et d'Ettlingeu , il contribua au seul succès que nous pussions espérer. Trente-quatre mille hommes^ suppléant au nombre par le courage , osaient en ataquer quatre^ vingt mille , et parvinrent non-seulement à conserver leur ctiamp de bataille » mais enlevèrent à Tennemi ses positions , et lui firent éprouver une perte considé^ rable (1799, 25 mars).
Cependant les Fraullfo, qui avalent pris Foffensive en Souabe , furent obligés de rétrograder ; leur mouvement, mal combiné « ne put être soutenu. Malgré la valeur éclatante et l'incontestable talent dont Decae^ avait donné de nouvelles preuves, on prétendit le tendre responsable des échecs éprouvés dans cette invasion , dont sa perspicacité lui avadt fiiit prévoir la fâ-
(*) Slokak, au sud du duché de Bade, cercle du Uc
chense issue; car il 9'éCait trouvé en désaccord, avec le général en chef , tant sur le pjan de campagne que sur les moyens de l'exécuter. j
Il est dans la destinée des hommes éminents d'exciter l'envie : aussi n'esl-U pas étonnant que d'obscurs calomniateurs aient profité du mécontentement d'un chef, pour lancer leurs imputations mensong^es contre un officier dont le mérite devait porter ombrage à plus d'une médiocrité jalouse. Et d'ailleurs tpus ces gouvernements révolutionnaires n'avaient-ils pas pris à tâche d'encourager et d'accueillir la délation ? Decaen se vit accusé tout à la fois d'indiscipline et dç concussion : on lui reprochait de s'être laissé surprendre à Triberg (*) , et d'avoir illégalement- perçu des contributions dans la ville de Neustadt (**).
Sur ces allégations^ sans preuves à Fappui, sans avoir entendu sa défense « le pirectoire prononça sa destitution. Nouvel et déplorable ex.emple des erreurs
où peut se laisser entraîner un pouvoir arbitraire ! Cette rigueur non méritée faillit i^avir à la patrie des services aussi utiles qu'honorables (1799).
Veut-on savoir quel était l'homme contre lequel la calomnie répandait d'odiçuses^nsinuations ? Ecoutons le témoignage que rendait plus tard à Decaen le pénible même avec lequel la France était alors en guerre ^ témoignage que nof s avons recueilli de la bouche ^'ui) honorable compagnon d'armes (***) ^u général. Les Allemands disaient: « Les divisions Desaix, St.-Gyr et
(*) Triberg, duché de Bade, cercle du Haut-Rbio. (**) Neustadt , même ducbé, cercle du Lac.
(**•) M. le colonel Le Prévost.
DU GJSNÉltAL DËGAEN. 21
Becaert dai^nenf tt ne prennent jamais . » Et Tibtre armée « véridique écbo d'ane nation ennemie , confirmait cette renommée , ibille fois plus glorieuse que èelle des eipl<ytts leâ plus éclatants.
TMàéti y à?ons-noii» dit , était hbiiaine de iconseil autant t[ue d'-éxécàtioîn : (brt desà èoriscience , et dédaigtfattl roète ^émai<étié '«(ui eût Iranilifé' sa étiscepUbillté justement offensée 9 il se contenta de présenter aii nii^ iDlstre tin èxpoié sititère et loyal de fous des actes , clemândant d'alHéurs^ être eûtêndu devant un conseil de gienre. Maf^les ^ts av^meé^ furent si! complètement détroits^ sa conduite si pleinement justifiée^ que^ dès le mois suivant, le Ministre, bien convaincu que les accusations portées contre lu! étaient sans fondement , ordonna sa réintégratioà : c'était la seule réparation que Oeeaen ambkionnàt : t;ar elle lui' permettait de se signaler de nouveau en servant son pays (7).
Oe fut à l'armée du Rhin quM! rentfâ en activité ; et qu'il prit part aux dernières typéralions de la campagne de 1799. Quoiqu'il n'eût encore que le titre de général dé brigade, leeodrbe luf confia lé cbmmandemeiH d'une de ses divisions : comme si, par une généreuse solidarité, ses collègues eussent voulu lui faire oublier un HK)ment dinjnstice ! Bientôt cette noble confiance de l.ecourbe fut dignement récompensée ; ce* générai faisait ses dispositions pour investir Philipsboarg ; attaqué par des forces supérieures, 11 vit sa ivftraite assurée par l'inébranlable constance avec laquelle la division Decaen> admirablement secondée par celle de Ney^ soutint, à Wislôch (^), un combat acharné: sans
(*) Wlsloch, aa Mrd-estde Phillpebouff , dacbé de Bade.
ce courageux dévouement, le salut de tout uu corps d'armée était compromis (1799).
Suivons de nouveau Decaen dans cette série de sanglantes journées, qui signalèrent la glorieuse campagne de 1800, où nos armées , après avoir transporté le théâtre de la guerre au cœur de TAllemagne , virent presque toujours la victoire couronner leurs Itérelques efforts (1800).
Dès le début de cette campagne^ il se distingue au combat de Willstett {*) ; puis^ son loin d'Qffembourg (**), il assure à Taile gauciie de l'armée du Rbin, malgré l'opiniâtre résistance dç l'ennemi , un succès chèrement acheté.
Son sangfroid, son intrépidité brillèrent encore à Blauburen {***) , où il eut le bonheur de sauver la division Souham , attaquée sur tous les points ^ et coupée du reste de l'armée par un ennemi bien supérieur; et, quelques jours après, à la belle défense du pont d'Erbach (****): là, non content de reconquérir sa position, cédée un moment à des forces trop considérables, il parvint, faiblement secouru sur la fin du jour^ à forcer les assaillants à la retraite 5 et à le^ rejeter sur la rive droite du Danube.
Nommé général de division^ à la suite de ce dernier exploit , et de beaucoup d'autres que nous ne pouvons mentionner (car, daqs cette terrible lutte, les combats se renouvelaient presque tous les jours) , Decaen reçut
. {*) Willfttett, au lUMrd d'Offémboonr» dacbé de Bade. (**) Offembourg» ibid. cercle du Rhin-Moyen.
(••*) Blauburen, à Touest d'Ulm, Wurtemberg, {****) Le pont d^Ërl^acb est sur le Danube, entre Ebingen et Uhn.
DU CMAUL DKABN. 23
OB codiniaiideineiit dans la réserve, alors en Barièie^ Dans une actif» des plus meurtrières centre un. corps dfarmée sorti d'Uhn, il enleva les postes antcicbiens établis sur la Wndel, et en repoussa les débris jusque dans Burgan (*). Le lendemain , il compléta cet avantage en s'emparant, malgré une nombreuse escorte de cavalerie , d'un grand convoi qu! se dirigeait sur Ulm (ift juin). '
Quelques jours après ces glorieux combats^ Decaen passa le Danube à Dillingen {**) , pour arriver sur ce cbamp de bataille d'Hocbstadt^ déjà fameux par un double triomphe et par un cruel désastre de nos armées ; mais la journée du 20 juin , à laquelle la ditision Decaen prit une part glorfeuse, vengea noblement l'affront qu'au commencement de l'autre siècle , Eugène et Marlborough avaient infligé à nos armes ( 20 juin).
Le mouvement qui portait nos forces vers les états antricbiens j se soutenait par des succès moins rapides peut-être^ car ils nous étaient plus vivement disputés, mais plus sûrs que ceux des campagnes précédentes. Moreaà , repoussant loin d'UIm les troupes des confédérés , les avait menées battant jusqu'aux environs de Nordlingen (***), ville illustrée jadis par une victoire du grand Coudé : car en quel lieu n'avons-nous pas porté nos armes^ et payé le tribut du sang aot cruelles
n Bnrgaa , en Bavière , cercle do Haut-Danul)e , sur la Mindel. ' O Dfinngen, Bavière, cercle da Baut-Datrabe, au sud-ouest
d*floclMUdl^ Pm et Pantre sur la rive graudie du fletnra (***) Nordlingen, ibid. , cercle du Béiat , au nord-ouest de Do-
naavrortii.
exigences d'une politique souvent Inbnuiaine ? En par« conraut ces contrées , aujourd'hui pafeibleset iloris-p santés y autrefois presque toujours désolées par la gmerre , quel penseur ne dirait avec un poôle :
) Frès de la borne où chaque Etat commence • . ■
Aucun épi ^'est pur de saui; hunaan^ ^. • ' [
Ge^ lut de là que Moreau fit marcher Decaen sur A^unicb M où bientôt celui-ci entra triomphant. Mais ce triomphe^ par combien de périls et de travaux il Favait acheté ! £n irois jours il lui avait fallu parcourir u^ vajste territoire , le disputant , on pourrait dire , pied à pied^ au général autrichien Merfeld, qu'il défit dans trois engagements successifs.
Que ne nous est-il permis de dire par quels traits, dç courage , par quels nobles dévouements fut signalé^ cette marche hardie de notre vaillant capitaine ! Mais qu'au moins je deuil de la patrie nous soit une excuse^
si nous rappelons l'action meurtrière et .sanglante
engagée près de Neubourg (*) , place que Decaen devait occuper, s'il voulait éviter d'être coupé du reste de l'armée par les Autrichiens. Là , dans une affri^usp mêlée , où l'on combattit, corps à corps » sans faire usage de l'artillerie • tomba un héros pleuré de toute l'armée, guerrier à rame noble et généreuse; « celui, disait Garnot au premier consul , que les braves ont surnommé le plus brave ^ le modeste et vaillant La Tour d'Auvergne , illustre rejeton de la famille de Turenne , duquel il avait le courage et les vertus. »
(*) Neubourg, sur le Danube, à Test de Donauwortli.
DU GtNÉKAL DECAEN. 25
> Far aoe salie de' mameavres aussi habileneBt conçttes qn'heoretisemeiit exécutées « la campagne de 1800 , M giorîeose pour Moreau , était arrivée au point ok se. livrent ces actions décisives , qui sauvept ou per* dent les États : on pressent que nous voulons parler de rimmortélle journée de Hohenlinden (*) , le Marengo de nos armées d'Allemagne.
Dans cette mémorable bataille , Tune des plus grandes du siècle et le plus beau titre de gloire du général en chef de l'armée du Rhin , Decaen fut^ seulement le bras qui exécute ? Bien loin de là : son rôle fut celui de rintelligence qui conçoit Nous avons la preuve écrite et rendue publique {**) , que Decaen, le premier , eut l'idée de l'immense désastre que devait alors éprouver l'Autriche. Dans une reconnaissance générale faite sur toute la ligne de sa division, pendant les quelques mois que l'administration de la Bavière lui fut confiée , il avait remarqué la position de Hohenlinden , et la signala au général en chef comme devant être fatale à l'ennemi , si celui-ci avait la témérité de s'y engager.
Ms^ Decaen se trouvait bien loin de ce champ de bataille à jamais célèbre , lorsque les Autrichiens, au nombre d'environ 70,000 , y vinrent chercher leur perte. Informé de leur mouvement offensif, il manœuvra avec tant d'habileté et de promptitude , que , la nuit même qui précéda le combat « sa division , forte de
n HobeBlinden, TiUage de Bavière, à Test de ManSch , cercle de Hmt.
(**) Mémoires inédits de Decaen ; Cariçn-Nisas, Campagne de iSOO ; Thiere, voL 3, p. 3A2 et suiv.
26 MOQEAPHIB
lO^OCK^ hMiiiies f avait rcjoiot Moreaû , q«i s'éeria , en le voyant arriver : « Voilà Decaen I la victoire est à Doa& » C'était uo secours inespéré • et qui fkit de la plus grande atUité c cette division forma d'aterd, avec celle de Ricbepanse 5 le centre de rarmée française , laqaeHe compta alors h peu près dO,000 bommes.
Bientôt ; cependant > par ime ^e ces iasiAratio^s soudaines /qui sont les éclairs du géiùïe , MOreau a cru ^uvoir compter^ pour tenir tôle aux Autrichiens ^ sur ses avisions de droite et de gauche : il détache celles du centre pour aller surprendre e|t attaquer Fennemi sur «es derrières 5 et le pousser dans un défilé , à travers une forêt • à l'issue de laquelle il l'attaquera lni*niêmè avec le reste de ses forces (ISOO » 6 décembre).
VL Thiers, dans son Bfstoire du Consulat et de l'Empire 9 fait à ce sujet une réflexion fort honorable pour les généraux Richepanse et Decaen : c'est que f ordre qui leur était donnée conçu en termes< vagues ^ ne disait rien de la route à suivre, «ne prévoyait aucioi des mille accidents qui poovaientisunfienir dans cet im^ mense circuits qu'allaient parcourir deux corps mouitant à 20^0 hommes /e^ laissait tout à faire à Tintelligence des commandant?. « Du reste, ajoute -t^il> on pouvait s'en fier à eux du soin de suppléer k tout ce que ne disait pas le général en ehet »
Il appartiendrait à la stratégie de décrire par quelles manœuvres hardies et prudentes, avec quelle intr^i^ dite et quelle prévoyance tout à la fpis Decaen remplit a tâche qui lui était échue dans celte actkm meurtrière : il surmonte les obstacles les plus imprévus, met l'ennemi hors d'état de réparer ses pertes, et de se
DU GiUMUUL IWCAEN. 37
relM^ drses éebecs^ wto us latoe après iQi^ itm 9^ «Mrcbe terrîMe eonme celle de ia lèodre, auoimii caoïe d'embarras pow notre ar^^e. Ou peml ûkm de loi; comme d'an aulre guerrier célèbce : « n u^abau»* d^auait à la fortuit riende te fu'H^ttvaiiiiii erierer. » GoQlea(pDs*Doiis de faire observer que jàimds, datt« sesloBfoea et . sanglaufies gnerresr avec la France > la puisfsapçe autricUenue s'avait, autant perdu, eu nue $eide reutrofftre , que da&s eette graadë bataille 9 et que le t^siéiH de ThaMle et fructueuse coopératiou de Decaeu ijot a^OO prisoumers» dont une «inquaatalne d'offidersi» .
- U ne suffit pas de tainere : il faut sairôir profiter de la victoire ; et, nous ne eraigueos pas âe le dire , les Iiaut$-liiit$ de Dedaen pour neeudlHr tous» les Cndts de cdle de HphenliQdes, âiirpasaent éi^ore oeut par lesqujels ii sedMufoa dans oetts glorieuse Journée
0éla«bé aaee Lecourbe à la poursuite de TeiaieBi, H^pas^ rinu (^), et se dirige sur Laitfeu (*^), dans le dei^iu i'Y tiavener.la Salza (***) : i^ s'iétsdent ralliés et retranchés, daas une positiion a;vantageuse , les débris 4e Varn^ autrichienne > et là aussi se:rentontrèreut des obst^ioles impossibles à franchir pour d'autres 4iie des guerriers français. Pourquoi ou historien a-til quaiifléde niiraculeux(*^*) ce ps^sagede la Salaa?
{*) L*Inn , sorti du Tyrol, arrose la Bavière du sud au nord.
(**) Laufen, viUede Bavière, sur la rive gauche de Plnn, cercle dènsar. ' ^ .
(***) La Salia, affhientderiiin, sur la rive droite, arrose ta partie oecidenUle de Tarchiduclié d^Avtriohew
(»«•») ThicTs , 2« volume, page 2, $ 9.
28 mOGlAMlE
C'est qnil fat signalé par des actes d'un courage et d'an dévouement presque au-dessus de Fhuinanité : seatlroents que jamais capitaine ne sut, mieux que Decaen, inspirer à ses soldats.
Arrivé à Laufen, il trouve le pont de cette ville coupé par Fennemi. Dans l'impossilïilité de franchir la rivière sur ce point , il la remonte pour chercher un gué ; à quelque distance de Ih, il aperçoit une barque; trois chasseurs qui raccompagnent , Taperçoivent aussi ; mais elle est sur le bord opposé. Néanmoins, bravant la rapidité du courant et la rigueur du froid, quï^tait excessive, ces hommes se jettent à la nage^ et, après de longs et courageux efforts, ramènent Tesqulf suf la rive gauche. Faible res^urce pour le passage de tout un corps d'armée ! Et tel fut cependant le parti qu'tm en sut tirer, qu'en peu d'Instants quelques centaines d'hommes passèrent et s'établirent sur la rive droite. Il fallait dérober à rennemi, la connaissance de ée mouvement: aussi, pendant qu'il s^opérait , on engagea un feu très-vif d'artillerie et de mousqueterle avec les troupes qili gardaient le pônt> et qui furent attaquées en même temps par ceux de nos soldats qui avaient déjà passé. Déconcertées par cette agression imprévue , elles prirent la fuite , abandonnant aux nôtres leurs canons et les bords de la rivière. Le ponif^ rétabli, donna ensuite passage à plusieurs divisions, qui , bientôt, se trouvèrent aux prises. avec un ennemi supérieur , auquel elles livrèrent un combat acharné , long-temps soutenu de part et d'autre avec une égale opiniâtreté : généreux, mais impuissant effort d'un ennemi que ses défaites n'avalent encore pu abattre I La
DV GÉHÉRAL DBCABN. 29
Mit suivante 9 à la favear des ténèbres ^ dérobant teor ftitte à la connaissance des Français ^ les Autrichiens continnèrent leur monvement rétrograde » dans le vain espoir de mettre enfin quelque obstacle insurmontable entre eux et leurs vainqueurs. Lorsqu'au point du jour « Decaen se disposait à attaquer les postes ennemis , il les trouva déserts; alors, par une marche rapide , il se port} sur Salabourg (*) , oiiil eut l'honneur d'entrer le premier (1800).
Dans cette série d'engagements , dotit furent témoins les lives de la Salza , il rendit des services signalés à l'armée du Rhin, et notamment à la division Lecourbe, qui se trouva , en une rencontre 5 compromise au milieu de toutes les forces autrichiennes , et qu'il eut le bonheur de tirer de la situation critique oh l'avaient placée les circonstances et une ardeur incon^dérée.
Forcés de s'éloigner des bords de la Salza , les Autrichiens se retirèrent précipitamment sur Lintz (**) ; mais si vivement poursuivis , que nulle part , malgré les renforts qu'ils reçurent > ils ne purent tenir contre la valeur de nos soldats. Cette fuite >' véritable déroute^ ne fut pour eux qu'une succession de désastres , qui les repouss^ent jusque sur la Traun et l'Ëns {***).
Ces lignes de défense , si avantageuses , si difficiles à forcer, n'opposèrent qu'un trop faible obstacle à l'intrépidité de nos troupes. Au pont de Welz (****), où il
(*) Salzbourg, la seconde ville de T Autriche supérieure, sur la Salza.
(**) Lintz, captale de 1* Autriche supérieure , rive droite du Danube.
(***) La Traun et TEns, affluents du Danube, rive droite, arrosent rArddinehé du svd an nard.
(****) Welz (ou Web), petite ville sur la Traun , Autriche sopérieure.
30 BiOGlUPaiK
ÊranoUt li Itaun , Decaeii reproénlsit les merveitei de courage et d'activUé qui lui avaiem Mt tant d'honneur au paasage de la Salxa. En ilngt jours* Tarmée du Rbin avait conquis près de cent lieues de pays ; elle avait pris ou vu tomber sous ses coups plus de qua-* rante-cinq mille hommes j enlevé à l^nnemi ceift cinquante pièces d'artillerie et quantité de drapeaux, nobles trophées de ses victoires , et- était sgtrlvée à une courte distance de Vienne : n'était-ce pas assez pour sa gloire (1800)7
Tant de succès de l'autre côté du Rhin et ceux de Bonaparte à sa seconde expédition d'Italie , où quarante jours suiBrent au conquérant prédestiné pour ^ounketUre de nouveau cette belle contrée à l'influence ou à la domination française *, amenèrent un armistice qui mit un terme aux triomphes de nos armées et anx services de t)ecaen en Allemagne: (1801 , 8 janvier , traité. de Lunéville) , services aussi nombreul qu'honorables , et qui justifient cette glorieuse apostrophe que lui adressa plus tard , dans un poème , un oAcier-général de l'armée {*) :
i)ecaen , toi , des guerriers le généreux modèle , Que^e fois dans ces champs ta valeur étincelle I Ton nom chez le Germain, brille en tous nos exploits. A quels nouveaux hasards t^appdle un digne <ikoix ? Une He qui vécut le beau nom de la France « Se relève et fleurit sous ta sage constance.
Assailli , sans secours , tu dois céder ces bords , Miôs après de longs ans et de gloire et d^efforts.
(*) Le lieutenant-général Dupont, dans .son poème de VArt de la guerre « eh. S»
DU GtNÉEAL IIBCAElf. H
/Dtcaea, qae ions avons fii eooquérir tons ses gradés mt tant de cbamps de batatUe , appeler aor loi ratteadon par ne valeur chevaleresque , une ii^aUgable aolivité , nue iotelUgeQCie qui ne se trouva Jaoïais eu défaut , va déplof^ d'autres talents encore , d'autres qualités , plus rare^ peut-$tre et plus estimables ^ dans une nouvelle carrière , dans une positiop tout exceptionnelle.
Pendant le ooiurt Intervalle de paix dont Jouirent la France et l'Europe , a la suite des traités de Lun0viUe. et d'Amiens , Oe^aen fut cbargé par le premier Consul , d'une inspection générale d'infanterie » puis nonw. mé capùmne^énéral des possessions françaises à l'est du cap de Borme'Espérance{ iS02, 19 juin).
Sa promotion à ces bautes fonctions fut- elle» comme on l'a avancé sans fondement , une sorte de disgrjU^e « qu'il aurait partagée avec tous les officiers généraux , compagnons d'armes de Moreau? D'abord, cette nomination précéda de deux années la découverte du complet royaliste auquel le général en chef de l'armée du Rhin eut la faiblesse de se laisser entraîner {*)% Puis nous avons « sur ce fait important, le témoignage écrit de Decaen lui- même (8).
n {apporte, en effet , dans des Mémoires intéressants qu'il a laissés « une conversation qu'il edt à ce stuet avec Bonaparte» un peu avant le traité d'Amiens. On sait qu'à ce moment le futur dominateur de l'Europe s'efforçait d'attirer à lui tout ce qu'il y avait de
(*) U QOiQiiiation de Docaeo reo[u>Dle au mois de juin f 802 , et la conspiration ne fut découverte qu^eo février iSOi.
grand et d'illustre en France , et prenait plaisir à s'entretenir familièrement avec tons cenx qui avaient quei* que célébrité , mais surtout avec les officiers distingués. Il s'intéressait non-seulement à leur vie publique , mais à leur situation personnelle. Yofci à peu près en quels termes cet entr||Uen est raconté :
« Et vous y général y qu'avez-vous ? lui avait demandé Bonaparte. — Rien,' citoyen Consul ; mon épée pour le service de ma patrie. — Mais que voudriez* vous faire ? la guerre, sans doute ? et il n'y a plus de guerre. — C'est vrai , mon général , mais si vous faites la paix avec l'Angleterre , nous aurons des colonies qui nous seront probablement rendues « et il y aura beaucoup à faire pour y ramener la prospérité. Si l'Angleterre ne fait pas la paix , eh bien I je n'ai pas de plus grand désir que de combattre les Anglais , et de les punir de tout le mal qu'ils nous ont fait — Il pourrait bien arriver , lui répondit le premier Consul , que votre désir se réalisât un jour. »
Là se termina un de ces entretiens où Bonaparte savait si bien captiver les cœurs de ses compagnons d'armes^ et leur inspirer cet inébranlable dévouement, qui leur faisait ensuite braver la mort sur les champs de bataille (1802). *-
Deeâen explique aussi d'où lui était venue l'idée d'aller dans l'Inde : « Ce projet m'avait été inspiré de bonne heure , dit-il , par la lecture des grandes actioi^s de Labourdonpais et de Suffren. »
Plus loin, racontant sa dernière entrevue avec le héros d'Italie, au moment de partir pour les Indes, ajoute : « Après avoir reçu les instructions que le pre-
mier' CoDsal m'avidt données, je M dis : t Citoyen t ConsQl , l'ai une grâce à tous demander : c'est de c correspondre directement avec vons. » Cette favêur me fiit accordée sur-le-cliamp. » Ajoutons que Bonaparte envoya son portrait à Decaen , quelques mois après Parrivée de celui-ci à l'Ile-de-France.
Ainsi > loin d'être une dlMTâce, le commandement de cette lointaine et périlleuse entreprise comblait les vœux de Decaen ; elle avait été , de sa part , Fobjet de longues et sérieuses études ; elle était conçue d'ailleurs dans les vues politiques les plus étendues : rétablir , dans les contrées de l'Inde , notre influence presque anéantie; rendre à notre drapeau l'éclat dont il y avait plus d'une fois brillé ; contrebalancer la puissance formidable qu'y acquérait l'Angleterre : tel était le but de cette grande et hasardeuse mission. A quel autre pouvait-elle mieux convenir qu'à un homme d'un caractère ferme > entreprenant et résolu , comme était Decaen?
Parti de Brest^avec l'amiral Linois (6 mars 1803), sur une division navale composée de quatre bâtiments de guerre et de quelques transports, il arriva, quatre mois après , devant Pondichéry (*): Là , contre la foi des traités, il aperçoit avec surprise l'étendard de l'Angleterre flottant encore sur nos établissements publics. A peine a-t-il jeté l'ancre, qu'il se voit l'objet d'une surveillance active de la part des Anglais, qui, cependant, malgré ces dispositions peu rassurantes , permettent le
(*) Pondichéry , possession française au sud-est de rindoustan , Gâte de Coromandel , au nord de Kariiud.
Ih BIOGRAPHIE
débarquement Des bruits de fuerre, parveute Jusque dans riDd6j faisaient craindre la rupture d'une pain déjà si 4»urte. Enfin , la conduite des offiders de là mftrine anglaise était plus qu'équivoque : eUe se montrait bos^ tile. Ils avaient fait mouiller deux de leurs bâtiments de chaque côté de la Belle-Poule « frégate française arrivée ^latre jours avant la divWii^ Inquiet de cette attitude et du refiis de rendre PoS<K«béry , Decaen demanda une réponse catégorique aux autorités de Uadras» et n'enreçutqu'une fort polie, mais évasive: on attendait , lui disait-on, des ordres supérieurs (1803, 12 juillet)*
Tels étaient les embarras de sa position, lorsque la corvette le Bélier, partie de France après la division « parut devant Pondicbéry, apportant des dépêches qui ne firent qu'accroître les inquiétudes de notre conn mandant
La situation devenait tellement critique, qu'il crut devoir prendre sur-le^hamp un pirti décisjf : bien trop faible pour se maintenir, en cas de guerre, sur le continent indien , il comprit qu'il soutiendrait la lutte avec plus d'avantage en se retirant dans nos Iles de France et de Bourbon. Par là, du moins , il mettait à l'abri d'un coup de main ces importantes colonies , qui« déjà, avaient été la terreur des Anglais dans les guerres précédentes : car c'était de là qu'étaient sortis ces corsaires intrépides , si redoutés du commerce britannique.
L'exécution de ce plan , en présence d'une escadre anglaise bien supérieure à la nôtre (*) , offrait de gran-
(*) L^escadre anglaise devant Pondidiëry était forte de 10 bâti-
DU GMtoAL MGAEN. 35
des âNlOQttés. On ne potvatt conjofer le danger qo't*- ▼ee de Tteergie^ de la promptttade, ec, par dessus font , le secret Après a?dr pris toutes les précaiitkiiif q«e soggérait la prudence , pour dérober aux Anglais la conniatosance de son dessein, Decaen leva l'ancre an milien de la nuit et fit voUe pour l'Ue-de-Pranœ, tan-^ ils qne la flotte anglaise , qui n'attendait que son premter mouvement pour ïsném, le poursuividtdans la dliec^n de lla^b'a&
Pour fea qu'on y réfléchisse > on comprendra ce qu'il 7 avait de grave dans la décision prise par le ca* pitaine-généralj et quelle fermeté de caractère il lui avait fallu pour l'exécuter ; lui-même n'ignorait sans doute pas quelle Immense reqK>nsabllité il encourait Mais on ne pourra refuser un juste tribut d'admiration à sa rare perqiicàctté, quand on saura que, par cette détermination , il n'avait fait que prévenir les instructions qui lui furent adressées quelque temps après, quand la guerre eut recommencé à ensanglanter l'Europe. Ainsi , par un effet de sa profende i^ndence , le commandement se trouvait accompli avant même d'être connu 1 Dans cette ehrconstance on lui dut la conservation d'mie dl?ision navale et de tout ce qu'elle portait Toute indécision eût été fatale. S'il eût attendu , sur les côtes de l'Indoustan , que la reprise des hostilités fût officiellement déclarée, les Anglais l'auraienMls laissé opérer sa retraite, eux qoi^ trois jours après son départ, osèrent se porter à un acte d'hostiHté flagrante
ments ; la diviakm française n^en comptait que quatre : le vaisseau le lliiren|0€t les fMgat» la BeBe-Poule, PAtalanie et la Sémillante.
S6 BK)6RAraB
contre le tranq>ort français la GAte-Kl'Or? Et cepttdant il n'existait encore qu'un vague soupçon sur la prochaine rupture du traité de paix. On sait d'aillemsque, dans le siècle dernier, le gouvernement anglais ne^ montra pas toujours scrupuleux observateur du droit des gens à regard de la France (1803, septembre).
Dans le principe > Decaen n'avait regardé son séjour à rile-de-France que cÊùme une nécessité momentanée : il ne jugeait pas sa position tenable. Aussi réclama-t-il instamment , du ministre de la marine , des envois de troupes et d'argent , et divers approvfeionne^ roents : il ne perdait pas de vue les projets que l'on avait conçus sur rinde , et donfr l'exécution était le principal objet de sa mission. Réduit à de trop faible ressources, il ne pouvait rien entreprendre; mais U s'engageait à y porter la guerre l'année suivante , avec certitude de succès , si on lui envoyait 6 vaisseaux, trois mille hommes d'élite, les munlQons et les fonds nécessaires.
Quel ne dut pas être son découragements lorsqu'au lieu des secours qu'il sollicitait pour tenter quelque entreprise sérieuse , il pe reçut que des dépêches lui annonçant la reprise des hostilités en Europe , et lui enjoignant de se retirer à TIle-de-France : ce qu'il avait déjà fait! Biais que parlons-nous de découragement, à propos d'un homme d'un tel caractère ? Decaen put alors, sans que son patriotisme en fût ébranlé , mesurer toute l'étendue de la tâche imposée à son patriotisme I
Oubliées , pour ainsi dire , au milieu des phases si nombreuses et si rapides de notre grande révolution.
DU GfiMiAL D8GAEN. 97
nos eôlontes de FIle-de-Frsmee et êe Boortibii A'avaient ceaié de m débattre dans une pénible anarcfaie : triste lirait de la lotte qui s'était établie entre les aatorités BooiiDées par la métropole , et celles que s'étaient cboisies les habitants. Dooze années de tronbles et de diseofdes y avaient porté la misère au comble, et telle* iifisntavéanti toat commerce, que le pea de mouvement marUime qui s'opérait même d'une lie à l'autre , s'effec^ taifit par les navires anglais ou américains. Des assem* Uées coloniales 5 aos^ impuissantes à prévenir ou à réparer le mal qu'à faire le bien , avaient absorbé tous les pouvoirs : à tel point que les fonctionnaires publics, même de Tordre le plus élevé, étaient réduits à l'huailiation de recevoir 4'elles de faibles secours mensuels* Un esprit étroit et tracassier y avait pris la place des vues grandes et élevées , qui doivent diriger les repré- •entants <Puo pays.
On a dit {*) qu'à l'arrivée de Décaen à l'Ile-de-France, tout s'y trouvait dans l'état le plus affreux ; mais cette vérité, énoncée d'une manière si générale, ne peut donner qu'une idée fort incomplète du d^ordre qui régnait dans toutes les branches de l'administration : la colonie était dans Fimposiibilité de subvenir à la moindre partie de ses dépenses; rien dans les caisses publiques; rien dans les magasins de l'Etat Aussi, dans les premiM moments du séjour du capitaine-<gAnérah les dépenses les pins pressantes ne purent être soldées que sur une somme peu considérable , embarquée au départ de l'expédition, et qui devait bientôt être épuisée.
n M. le baron Lacuée, à la Chambre des aéputés,27 janvier i83A.
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TeHe était alors la siiuaUon «l'ua f ays ob Decaes sut, pendant boit aimées, noD<'^QlemeBt pourvoir à toutes les dépenses d'un gouveraetuent régulier, mais créer une foule d'établissements utiles i relever le cré^ dit et les finances ; faire renalire Tiadustrie et flenrir le coinmerce, autant que le permettait Tétat de gaerre; réprimer d'innombrables abus, et enfin ioutenir une lutte, aussi difficile que gioriease, contre une puis* sauce dont les immenses ressources étaient le œntupis de celles qu'U av^t à sa disposition (d) (1808 à 1811).
On conçoit que les réfoifmes durent porter sur touiss les parties des services publics. Il déclara d'abord, dis* soutes ces assemblées qui s'étaient arrogé tous les pouvoirs, pois s'occupa de faire Jouir nos colonies d« prédeux avantages de nos lois nouvelles, et d'une administration fortemant centralisée, dont il se réserva toujours la direction suprême : car il pensait sRrec raison que « dans la position tont exceptionnelle où se trouvaient DOS UeSy dans un état de si^e, pour ainsi dire > permanent , l'unité des pouvoirs était absolument fn^ dispensable. Mais, en appliquante ces contrées lointaines les institutions de la mère-patrie , ne dut41 pas Y apporter les modifications qu'exigeaient nécessairement et les circonstances locales et «n état 4e société lort différent du nôtre ? Approprier ainsi le bienfait de cette beUe législation anx besoins, de ses Mniiristrés, x^était en assurer la durée : aussiia longue et nombreuse fiérie des ordonnances promulguées par Decaen , a-telle survécu à sa trop courte administration. D'après un article de sa capitulation avec les Anglais, elle continua, sous le nom de Code Decaen (10)^ à régir la
DU GÉNtllAL DBCAEN.
ooloide , qui passait sous une domlfiation étrangère. Et de toas les articles de cette capitulatioii , celni-ci est , à DOS yeat ^ le pfus boôorable ; car c^e sage législatiOB était entièrement roenvre da capitaine-général : anl antre ne ponvait revendiquer nne part dans ce mérite to«t personnel
Pcarquoi Hantai que les bornes d'an éloge ne nons permettent pas de signaler le mérite de cbacnne des refermes opérées par Decaen ? Nons le verrions , simpliftaÉt Toogaidsation jndidaire, remplacer p» nn tribunal de première instance et une cour d'appel les six tribunaux qui administraient la justice dans nos ttes; établir une polke sévère, mais si bien entendue, qu'elle n'excite aucun mécontentement; porter d'utiles règlements dans l'intérêt de ragri<»lture ; interdire le vagaiiondage et la mendicité ; régler les droits de ebas«e etdepêc^; restreindre le débit des boissons enivrantes; faire régner la plus exaiçte discipline parmi les troupes , et augipenter en.méme temps le bien-être du soldat
Ces objets, si midtipUés qu'ils paraissent, sont loin d'absorber tooteson attention : mille autres, également importants , se ta partagent encore. Les bOpitanx , administrés désormais avec ordre et économie , seront confiés à ces pieuses lemmes qu'une vocation sublime a vouées au soulagement de l'bumanité souffirante. Les chemins , les canaux , les ponts , toides les propriétés du gouvernement, tous les édifices publics, néglis^ et délabrés, vont être réparés et entretenus, malgré la modicité des moyens disponibles pour tant d'améliorations diverses. Mais il semble que Decaen ait le