DE BLAISK DE MONTLUC
trois fois lieutenant du roy, trois fois maistre de camp, gouverneur de places, capitaine de gens de pied et de gens de cheval ; et avecques tous ces eslats, je n'ay jamais sceu tant faire que j'aye acquis trois mestairies, et rachepté un moulin qui avoit esté de ma maison ; et tout cela ne monte que de quatorze à quinze mil francs : voylà toutes les richesses et acquisitions que j'ay jamais faicles; et tout le bien que je possède aujourd'hui ne pourrait estre affermé à plus de quatre mil cinq cens francs de rente (1). »
En fait de cruautés, • aucun annaliste, dit M. Buchon, ne pourrait réunir contre Montluc autant de faits qu'il en réunit lui-même. »
En 1562, il fait massacrer 5,000 protestants à Toulouse (2), où la même boucherie se renouvelle dix ans plus tard à l'occasion de la Saint-Barthéleray (1572). Montluc avait alors 70 ans. Il était tout défiguré. En effet, en 1570(5), au siège de Rabasteins, ayant encore autant
(1) Commentaires, p. 224, 2 e colonne.
(2) Après l'édit royal de pacification du 12 mars 1563 , Montluc sévit contre les coupables de quelque religion qu'ils fussent. Il fit pendre deux catholiques et deux huguenots qui avaient transgressé l'édit. «Et quand, dit-il , les deux religions virent que les uns ny les autres ne pou voient avoir d'assurance de moy s'ils transgressoient ; ils se commencèrent à entr'aymer et se fréquenter. Voy-là comme j'entretins la paix l'espace de cinq ans en ce pays de Guyenne entre les uns et les autres; et croy que si tout le monde eust voulu faire, sans se partialiser d'un costé ny d'autre, et rendu la justice à qui la méritoit, nous n'eussions jamais veu tant de troubles en ce royaume. » Commentaires, p. 279,2e colonne.
(3) Un an auparavant (1569) Montluc avait employé pour rompre le pont de bateaux construit par les calvinistes sur la Garonne, auprès d'Aiguillon, un moyen qui mérite d'être mentionné : il avait fait détacher en
de passion pour la gloire que dans sa jeunesse, il se laissa emporter à la fougue de son caractère. Comme ses troupes ne faisaient pas bien leur devoir et qu'elles s'arrêtaient sur le bord du fossé, quoiqu'il eût quelque pressentiment de son malheur, il s'écria tout en colère : Ce n'est pas ici l'affaire d'une lâche soldatesque, c'est l'affaire de la noblesse. » 11 anime ses amis, va droit à la brèche pour enlever le soldat par sa présence et ordonne qu'on apporte des échelles. C'est alors qu'il fut blessé d'un coup d'arquebu?ade : il eut tout le visage couvert du sang qui lui sortait par la bouche et par les narines. 11 cacha sa douleur et se retira sans qu'on s'en aperçût, c Comme on doutait de sa guérison , Liberon le conduisit à Marsiac , et sans attendre qu'il se fût démis de son commandement entre les mains du Roy, on lui fit l'injustice de mettre à sa place Honoré de Savo\e, marquis de Villars (1) » Montluc fut tellement défiguré des suites de cette blessure, qu'il fut obligé de porter un masque tout le reste de sa vie. Il s'en était vengé en faisant passer tous les habitants de Rabasteins au fil de l'épée.
En 1573, Montluc, disant « qu'il vouloit pour sa sépulture ou quelque trâchée ou quelque fossé (2), » assista au
amont de gros moulins sur bateaux, que des chaînes retenaient au rivage, et qui, emportés par la violence du courant , choquèrent le pont et le brisèrent. Commentaires, livre vu, page 364 et suivantes.
(1) De Thon, Histoire universelle, tome IV. page 326.
(i) Les vrais portraits et vies des hommes illustres, par André Thevet, 1384, prge 463.
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siège de La Rochelle : ce fut le dernier acte de sa carrière milita ire.
Un an après, Henri III, à son retour de Pologne (1574), lui donna le bâton de maréchal de France en récompense de ses services passés, et surtout de ceux qu'il avait rendus dans les guerres civiles. Le maréchal de Montluc fut renvoyé en Guyenne. Le Roi, « se fiant sur sa valeur et sur ses beaux faits du passé, creut qu'en un rien il auroit exterminé les Huguenots de par de là, comme de fait il avoit promis d'y faire tout ce qu'il pourrait de rage, et pis que jamais. Le cœur estoit bien encore entier et vigoureux en ce bon vieillard, mais ce bon bras et cette belle force de jadis y failloientdutout, si bien que le Roy y ayant envoyé douze cens Reistres et le Régiment de Monsieur de Russy, qui montait à deux mille hommes et très bons, il s'excusa de les prendre ny de faire la guerre , pour sa vieillesse, indisposition et âge caduc (1). »
Pendant les dernières années de sa vie, Montluc écrivit ses Commentaires, a partie de mémoire, et partie sur quelques écrits qu'il avait faits dans le temps (2). » Il y passe en revue sa vie entière. Ce curieux ouvrage , malgré la jactance naturelle de l'auteur, dépeint bien les faits militaires de l'époque. * Ce n'est pas un livre pour les gens de sçavoir, dit Montluc; ils ont assez d'historiens : mais bien pour un soldat capitaine. »
Né avec le siècle, ayant assisté à six règnes et co n battu
(1) Brantôme, vie de M. de Montluc.
(2) De Thou, Histoire uniwrselle, tome IV, page 325.