‹ Biographie liégeoiseChapitre 1 sur 27 · ASTOR. LENOX AND · texte numérisé non relu

ASTOR. LENOX AND

TILDEN FOUNDATION!

Jf

1639. ELÊONORE DE ST.-BERNARD , fille de Je«kn

deCorbariaet d'Eléonore de Bavière, naquit à Liège le

24 mars 1579. Ses parens, qui étaient Génois, l'en-

TOjèrent dès son bas âge dans leur patrie, chez ses

aieax maternels, Charles de Bavière et Blanche de

Lolona , pour j recevoir sa première éducation. A l'âgé

de huit ans , ils remmenèrent avec eux à Madrid , où ,

se refusant aux désirs de l'impératrice qui voulait la

mettre au rang de ses filles d'honneur , elle entra

chex les religieuses de l'ordre de Citeaux ; et huit ans

après y Eléonore prit l'habit de Carmélite déchaussée

au coareat de Las Luachas.

On l'envoya ensuite à Avila , pour s'y préparer aux desseins de ses supérieures sur. elle, qui la destinaient pour la France , où l'on désirait des religieuses de son ordre , alom dans sa première ferveur. On l'envoya dofic en 1603 à Paris avec cinq autres religieuses : là , son mérite et ses connaissances lui attirèrent des disciples.

L'ardiidachesse Isabelle, ayant témoigné le désir davoir dea Carmélites déchaussées dans les Pays-Bas , pour y répandre de plus en plus le goût de la piété , Eléonore fut envoyée à Bruxelles pour y élever des novices sous la vénérable mère Anne de Jésus : elle ^êoqmtta de cette fonction pendant dix mois , au bout desquels on la chargea d'établir des maisons de son dfdm à Lourain , à Hons et à Malines.

Cette sainte iitle était prieure à Mons, en 1622 , lorsque cinq filles d'honneur de larchiduchesse-iiH faute l'attirèrent au couvent qu'elles avaient fondé dans la ville de Gand et où elles prirent l'habit de Ste.-Thérèse. Eléonore dirigea cette maison jusqu'à sa mort ; elle se montra toujours un modèle de toutes les vertus. Après vingt années de souffrances continuelles , elle succomba sous le poids de ses infirmités , le 12 avril 16-)9, à l'âge de soixante ans. On lui attribue une Vie de la vénérable mère Anne de St,- Barthélémy.

* 1640. MEYERS (Maihias) , né dans la Campine liégeoise , prit l'habit de dominicain à Maestricht. Ayant appris avec douleur que l'hérésie s'était glissée dans la ville de Hasselt , il résolut d'j aller dans l'intention de fortifier les catholiques et de leur découvrir les pièges que leur tendaient les prédicans. Dans ces temps de guerre et de dissensions civiles , les chemins étant remplis de maraudeurs huguenots, qui en voulaient surtout aux ecclésiastiques , il se dépouilla de son habit religieux , chargea de ses vétemens un pajsan qui lui servait de guide , et mit un sarot afin de ne pas être reconnu. Mais cette précaution fut inutile : on dépouilla le paysan , et le bon religieux fut emmené comme un criminel à Bréda , où, après l'avoir revêtu de ses habits , on le traîna par toute la ville à travers une populace insolente qui le couvrit de boue et lui fit toutes sortes d'insultes. On le jeta ensuite dans un cachot , et il ne lui fut accordé pour nourriture qu'autant de pain et d'eau nécessaires pour l'empêcher de mourir.

Les Hollandais exigèrent pour la rançon du P.Heyers, une somme d'argent tellement forte , que le couvent de Maestricht qui avait été pillé et dévasté par les Calvinistes en 1567 et 1578, ne put la payer. La mère

7 — àe ce religieux , en apprenaijt cette accablante nonyeUe , vendit S€^ meubles et presque tout ce qu'elle arail pour compléter la somme.

Le P. Meyers , après son élargissement , ne voyant plus de ressources à sa pauvre mère qui lui avait tout donné pour qu'il recouvrât sa liberté , obtint de ses supérieurs la permission de desservir la cure de Meeuviren dans la Campine , afin de pouvoir fournir à ses besoins. Après qu'il eut fermé les yeux à sa mère, le P. Meyers revint à Maestricht et rentra dans son couvent oii il vécut encore longtemps et mourut dans un âge fort avance. On a de lui un opuscule qui a pour litre : De nominibuê Dei , in-8*. Nous ignorons la date et le lieu de l'impression.

* 1640. TAULIER ( Jean), peintre , né à Bruxelles, où il apprit chez un bon maître les élémens du dessin : quelques voyages perfectionnèrent les talens dont la nature l'avait favorisé. Il fut appelé à Liège vers 1 an 1600 ; et comme il trouva la situation de cette ville très-agréable , il s'y fixa , en se mariant avec Catherine Damery , sœur de Simon Daniery , excellent peintre liégeois , auquel il donna des leçons de son art , et dont il dirigea les études avec succès.

Les maisons religieuses de Liège possédaient un grand nombre d'ouvrages de Taulier. L'ancien réfectoire de St.-Laurent , et plusieurs salles de celui de St^acques , en étaient décorés. Le tableau du maîtreautel de l'église collégiale de St.-Martin , à Liège , est un de ses plus beaux morceaux ; il a été très-applaudi dans le temps , et les connaisseurs le voyent encore aujourd'hui avec plaisir.

Jean Taulier , n'était pas sans génie : sa touche est franche et grande. Il a suivi de près les traces de Martin de Vos et autres peintres flamands dont il imite assez bien la manière.

Lee peintres doivent souvent , pour vivre « cieroer plusîf uri arts ; cW ce qui arriva à Taulier qui gmv sur hais , et qui sculpta et dora , soit pour des aufaek , soit pour parer les appartemens des p;ens riches , quantité d'ouvrages d'une délicatesse admirable , eu guise de filigrane , qui ont disparu pour faire place h d'autres nouveautés , lesquelles n'ont eu aussi qu'un moment d'existence. Ils'est encore adonné à la gravure en taHle-douce ; on a de lui , en ce genre , plusieurs petites pièces , entr'autres, une sainte famille, an h^ de laquelle on lit : Jean Taulier sculp. et excudit^ Leodk, anno 1635.

Ce peintre , qu'un séjour de plus de quarante aw doit faire placer au nombre des artiste^ liégeois, mou*' rut vers l'an 1640.

1640. DAMERY {Simon) . né à Liège vers la fin du 16* siècle , montra dès son enfance d'heureuses dis-r positions pour la peinture. Jean Taulier fut son premier maître ; mais voulant atteindre à une plus grande perfection , il résolut d^aller en Italie pour j étudier les plus beaux modèles dans son art. Sans attendre la fin du terme de son apprentissage, et de crainte que ses parens , à cause de sa trop grande jeunesse , ne s'opposassent à son dessein , il se déroba secrètement de la maison paternelle , et se rendit à pied et presque sans argent à Rome. Dès qu'il fut dans eelte ville , il se livra sans relâche à l'étude de son art , et y acquit en peu de temps une telle réputation d'habîfeté, que recherché et estimé de tous les amateuvs de peinture, il eût pu prétendre à une grande fortune, s'il avait voulu se fixer à Rome. L'amour de la patrie l'emportant sur toute autre considération , lui fit reprendre la route de Liège dans le dessein de venir s'y fixera mais la réputation qu'il s'était acquise , fot cause qu'il ne la revit jamais. Etant passé à Milan oix

il se proposait de séjonraer qtietqué temps y il se liar d'amitié avec un peintre de cette ville , qui pour l'y retenir loi offrit sa fille en mariage : Damery l'accepta et resta à Milan , où il mourut dte la pesie, en 1640. Uége possède quelques tableaui dé Simon Ddmëry qui prouvent qu'il mérite d'être plaôé parmi les bons peintres. Cet artiste se distinguait surtoM par les contours gracieuw qu'il donnait à ses figures^

Guillaume de Fayn , gentilhomme liégeois, fiié i Rome , où il avait rempK phi^eorà eràploid inàrqaans, ayant été obligé, pour caiisedesanté, de rèveniif dans sa patrie , passa par Hilan et y vit Damery rfveo lequel il était lié d'amitié. 11 liri acheta plusiea^ de ses tableaux pour en orner le pavillon qu'il se propo«> aait de faire bâtir au-dessus de Jupflle.

Il y avait à Liège deux tableaux de ce peintre qui étaient fort estimés : le premier représentant la Ste.'' Vierge apec V enfant Jésus , était placé dans la chapelle dea Flamands : le second était fe SaufxAàv du inende tenant sa croix.

* 1640. YALDOR {Jmik}, gr^iveur, né à Liège. en IdSO , fut l'élève des Wieihc dont if a imité la manière extrêmement finie , mais un peu éècké. 11 a oftiè de ses estampes des livres de Amorale et de piété. En 1000 ^ il grava \ Assomption dé la Vierge , qui est un morceau refAarquable. En 1625, il présenta à Jean de Cbokter , vrcaire-gènéral du dioéèse , une tête ds St^Jean BctpUste e» relief , avec ces mots gravés audessous : Mahs qui m(mei\ dffendit incurrit perictdum qui arguit , crifhinôses. L'année suivante il grava un St.^Français de Poule, d'après une copie de l'original qui se conserve an Vatican. On a aussi de lui : V la ContersiùH de St^Paul^ quii offritàJean deGroësbeck, chanoine de St.-Lambert et abbé de Dinteuit ; d'est un morcea» très-estimé ; Tf" une estampe qui se' trouve en

léte des Œuvres du cardinal Betlarmin ; ^""Vlnêiiiuiion de la fête du SL-Sacrement par le pape Urbain IV; 4"* un Ecce Homo , qu'il présenta à Gilles Lambrecht , abbé de St.-lAurént.

Valdor a gravé les portraits de plusieurs hommes illustres , entr autres, ceux d'Oyer de Loncin, abbé de St -Laurent , de Jean Chapeauville et de Slc-Lynidi" wyne , vierge de Scheidam.

VALDOR ( Jean) , né à Liège , célèbre graveur , cl Tun des premiers médaillistes de son siècle au rapport de Florent le Comte , était , selon toute apparence , fils du précédent. Il se proposa pour modèle le célèbre Wenceslas Hollar dont il parvint à imiter la manière de graver, à un tel point , qu'il est souvent difficile de reconnaître les pièces sorties du burin de l'un ou de l'autre.

Valdor, homme instruit^ pour son temps et trèsconsidéré de Maximilien Henri de Bavière , évéque de Liège , fut envoyé par ce prince à la cour de France « en qualité de chargé d'affaires. Son mérite et son talent lui concilièrent bientôt la bienveillance et l'estime du cardinal Mazarin , alors premier ministre , auprès duquel il resta toujours en grande faveur.

Lié d'une étroite amitié avec l'immortel Lebrun , qu'il fit connaître à Hazarin , ce cardinal encouragea les talens naissans de l'ami et du protégé de Valdor , et le présenta à Louis XIV , qui , pour essayer son talent, lui ordonna de peindre la famille de Darius protégée par Alexandre, et l'obligea de peindre sur-lechamp la tête de Parysatis; ce qu'il fit à l'entière satisfaction du roi. Dès lors, commencèrent la fortune et la renommée de Lebrun dont la France s'honore comme l'un de ses plus grands peintres , et dont elle est peut-être redevable à Valdor.

Depuis longtemps retenu par ses fonctions à la cour

de^Tance, où il était généralement recherché et estimé, \aldoT honoré de la bienveillance de Louis XIV , résolut de se fixer à Paris.

Pendant son séjour dans cette irille , il grava un grand nombre desiampes , tant sur ses propres dessins, que d après Michel Pontianus , et autres. Ses paysages surtout qui sont fort bien exécutés , lui acquirent une grande célébrité.

On a publié , en 1649, in-foL, les Triomphe* deLouish^u9te , dont cet artiste a gravé une partie des planches sur ses propres dessins. Louis XIV encore mineur , jugeant que les gravures de cet ouvrage méritaient des inscriptions en vers du grand Corneille, ce prince lui écrivit à ce sujet la lettre suivante , dont voici le commencement : c Monsieur de Corneille , » comme je n'ai point de vie p!us illustre à imiter que »fxlle du feu roi , mon très-honoré seigneur et père , » je n'ai point aussi un plus grand désir que de voir »en abrégé ses glorieuses actions dignement repré-

• aentées, ni un plus grand soin que d*j faire travailler » promptement : et, comme j'ai cru que, pour rendre

• cet ouvrage parfait , je devais vous en laisser l'exprès- »sion , et à Valdor les dessins, et que j'ai vu , par ce » qu'il a fait , que son invention avoit répondu à mon > attente, je juge, par ce que vous avez accoutumé de

• Caire , que vous réussirez en cette entreprise >.... Le tragique français ne put se refuser àcet ordre obligeant, mats Valdor eut la gloire de surpasser dans ses estampes les inscriptions du grand Corneille.

Valdor non content de. s'adonner à la gravure , art dans lequel il excellait , voulant encore acquérir une parfaite connaissance >des antiquités , se livra à l'étude des médailles : son application soutenue de beaucoup d'érudition et d'une grande pénétration d'esprit, lui firent faire des découvertes qui lui acquittnt une grande réputation dans cette science. On lui

est redevabb d'un gros volume m-foKo , fruit de s» i^cberches » dans lequel ae trouvent les éloges historiques d'un grand nombre de sayans, dont il a fidt graver \^% portraits^

Ayant eu le malheur de perdre sa femme » il en conçut un tel chagrin , que ne songeant qu'à s'éloigner d'une ville qui lui rappelait sans cesse la perte irréparable qu'il avait faite , il quitta Paris et revint à Liège, où il embrassa l'état ecclésiastique , et obtint un canonicat de l'église collégiale de St.-Denis. Depuis lors, il se consacra tout entier aus œuvres de charité et d'une piété édifiante.

Yaldor avait eu de son mariage deux fils et une fille. L'un de ses fils lui succéda dans la charge d'agent du prince-évéque de Liège à la cour de France : l'autre embrassa l'état ecclésiastique et fut pourvu d'un canonicat dans l'église de St.-Denis , à Liège ; il marcha sur les traces de son père ; scmi zèle et sa charité envers les jeunes personnes du seie , qui « après avoir eu !« malheur de se livrer au désordre , paraissaient pénétrées d'un nncère repentir ^ sont dignes de tous éloges. ht^ pauvrêê incurable furent aussi l'objet de sa charité : peu content de leur donner tout ce qu'il possé^ dait et de se retrandier souvent le nécessaire pour les soulager dans leurs infirmités , sa piété compatissante, le rendait ingénieux à leur procurer des secours de tcHites parts. 11 est le premier fondateur de l'hèipital des Incurables de Liège. Sa sœur ^ animée du désir de la perfection , passa ses jours dans la retraite et la pratique de toutes les vertus.

''1040. VLIEEIDËN (Lambert de), avocat, poète latin , historien , né en 1564 , à Herstal près de Liège, fit ses premières études, d'abord à Aix-la-Chapelle et ensuite h Cologne. Sa bouillante vivacité hu fit interrompre te cours de ses études pour prendre le

parti deB aynaea ; tmm pliiaieiurs bfemiiM el le malheur (l'être fait deux feU prisonnier , le dégoûtèreiit d'un état qu'il avait embrassé tans véfleuDQ« Voici les irera qu'il Gompoea à œ sujet :

Me pater è ntinàm daro saorAuei aralpo,

Tempora coin ntse prima fuêre mçœ.

Non ego militiam , neqiie castra secolus abîssem ,

Ad Tada quae ripis proxima , Rhene , ttiis , Non ego vidiesen Mconain , neque fbrsitan Istrttnt^

lgnolUM|ne sois Necoarss esaet aqais* Odera non esset , nec cognitus esset ObriflOVS ,

Nec Yesaris Yarî sangutnîs ille reas.

NuIIa Barussiacîs essent inihi cognita regnis

Oppida « VandaKcis oppida nulla locis.

Machina nulla neuiii fienetràsset Ahenea pectos,

Rnpissent somnos clasaica nolla métis.

Rerenu d'une campagne en Bohême , il chanta en TOKs latine les exploita de ses compagnons d'armes. On trouve dans le Bscueil de ses poésies ^ un poème plein de feu et d'énergie sur la victoire de Prague , remportée par Ferdinand U, en 1620. Les vues de sa famille l'obligèrent de saerifier son goût pour la poésie à l'étude des lois.

Ajant donc renoncé aus armes , il revînt dans sa patrie , d'oii il se rendit à Louvain pour j commencer son cours de philosophie. Né avec un esprit vif et pénétrant» il fit de si rapides pn^rèsdans cette scienee, qu'il se vit bientôt consulté de ses compagnons comme un oracle. Devenu maître ès-arts ^ il se livra tout entier à l'étude de ta jurisprudence , et prit le bonnet de docteur en 1615.

Lambert de Vltaeden vint ensuite se fiier à Liège , où il. obtint les phi» brillans succès. La haute idée qu'on avait de sa probité , de son émoUfion el de son âoqueiwe , Inv attim \m si graud cosKour» de pevsaaneaquT visaient le consulter de toutes p^^ta, ou le

prier de plaider leur cause , que malgré aon assiduité au travail , il ne, pouvait suffire aux affaires dont il était surchargé. L'épuisement de ses forces l'obligea à renoncer à une profession , qu'il avait exercée pendant quarante-neuf ans, avec autant de gloire pour lui que d'utilité pour le public ; il mourut vers 1640. Ses principaux ouvrages sont :

1" Apotheosis et Panegyricus EmestoacFerdinando Bavaris successive Leodien. Episcapis. Liège , 1613.

2" De electione et coranatiane Ferdinandé II, imper. Liège , 1619.

3"* Epitaphium Cntfiarinœ de Miche, quod inscripsit Antia Daphne. Jéna , 1619.

4"* Votapreces et monita publica pro bello Bohemico» Liège, 1621.

5" De morte Alberti PU, Belgarum Principi^. Liège , 1622.

6"* Epistolœ militum regiorum ad obsessos Bredœ rebelles milites et horum ad illos responsariœ. Auguste»- Rauracorum , 1625.

7" Tractatus de XXXII tribubus opificum civiiaiis Leodiensis , dequeearum origine. Liège , 1628.

8"* Fasti magistrales inclytœ civiiatis Leodiensis ad normam Cœsareœ jussionis in comitUs anni 1628.

9** Historia civitatis Leodiensis.

10*" E dicta nummorum omnium quo usus in civitaie Leoddensiet vicinis provinciis ab anno 1477 usqué ad annum 1623. Liège , 1623.

1 1 "* Hercules Belgicus, sivè de rébus comitis Bucquoii.

1 2"" Prosopoparia satyrica civitatis Leodiensis.

1641. MELART ( Laurent ) , né à Huy en 1578 , fut bourgmestre de cette ville ; il consacra ses momens de loisir à l'étude de l'histoire de sa patrie. Les fruits de ses recherches sont consignés dans \ Histoire de la ville et château de Huy et de ses antiquités , avec une

cimmohgiê de ses comtes et des évéqnes ds Liège , qui en foni devenus comtes par la donation qu'en a faite Aufroiou Ansfride. Liège , Tournay , 1641 , în-4*.

Celle histoire , qui n'est pas sanç quelque mérite , manque de critique : le stjle en est si suranné qu'il bat un glossaire pour en comprendre tous les termes ; mais les recherches cependant que Mélart a faites pour son ouirrage, doivent faire pardonner son excessive crédulité et son style singulièrement barbare.

1641. HORION (Jean de), issu d'une ancienne et noble famille du pays de Liège , se distingua dès son enfance par un grand amour pour le travail et une Eacililé extrême pour l'étude des sciences. Son oncle, chanoine de la cathédrale de Liège, le destinait à être son héritier et à lui succéder dans sa charge de tréfon* cier; mais le jeune de Horion, nullement touché de loua les avantages que sa naissance et son mérite pou* ▼aient lui procurer dans le monde, entra dans la compagnie de Jésus, en 1591. Après son noviciat, il commença son cours de philosophie, et fut ensuite envojé à Rome pour y étudier la théologie.

n enseigna successivement à Mayence et à Paderbom la philosophie, la théologie scholastique et morale, ainsi que l'écriture-sainte. Sa réputation lui attira bientât, des provinces de la Basse-^xe, un concours d'hommes instruits, qui venaient le consulter sur leurs doutes, et s'en remettaient à ses décisions qu'ils regardaient comme des oracles.

Jean Godefroid , évêque et prince de Bamberg ayant été nommé par l'empereur, son ministre auprès de la cour de Rome, ce prélat voulut avoir avec lui Jean de Horion. Quelques années après , de retour de ce voyage , de Horion fut nommé chancelier de l'Université nouveUemenft établie à Paderbom. On est redevable à ce aianl jésuite de la découverte du XXXIIP livre de

Tiie-LicB, qu'il trouva enseveli dans la bibliothèque de Féglise cathédrale dé Bambérg; il le publia à Paderborn, en 1607, enrichi de ses notes, et le dédia à Théodore, évêque de cette ville et (bndatetir de l'Académie.

De Horion monrut à Cologne , eh 1041 , re^tté vivement des grands et des savans. I( a publié r

1* Une traduction latine de la vie du B» Loviê de Gonztwue, écrite en italien , 1608.

2^" Commentaire sur hs vies de SS. Léandre, lêodàre et Florent, composées en espagnol par Prudent Sandovale. Le P. Christophe Bonver Ta inséré dans son ou^ Vrage intitulé : Les Aêtreê.

3^ Panégyrique de t établissement de TAùadénne de Paderbam, dédié à son fondateur.

1641. RAMPEN (Henri), docteur en théologie , était fils de Pierre Rampen et de Marie Haneffe qui eurent dix-*hirit enfans de leur mariage. Il reçut le jour à Huj vers Tan 1572. Il fit son cours de philosophie à Cologne sous le professeur Guillaume ^tonius, et commeriça celui de théologie dans la même Université : il le continua à Majence et vint f achever à Louvain , o«tf il fut choisi pour enseigner le grec et bientôt après la philosophie au collège du Ljs. Reçu docteur en théologie en 1607, avee le célèbre IfViggers, il fut nommé professeur de théologie à l'abbaye du Pare près de Louvain, où il demeura sept ans.

Le docteur Janson , qui remplissait la chaire publique d'écritnre^sainte à TUniversité de Lo\ivain^ se trouvant par son âge hors d'état de s'acquitter de celte fetrction , Rampen donna pendant dix ans les leîçons à sa place; en 1630, le fameux Jansénius, fut élevé à cet emploi , mais cinq ans après , ayant éié notnmé à l'évêché d'Tpres, Rampen reprit cette diaire jusqu'en 1637, où la place d'interprète royal d'éeriture-^nte

fàtuonfite i^ l'uQ de ses (}oinp<iUri<^bes, le dootear Libert Froidiiioi|t«

Malgré 968 oecpp^tions, il p'était chargé de l'admi* nistraiion du collège de Ste»** A.nne , dont il fut le onzième présidents En 1635, \\ pas^a À la présidence du Grand4Ilollége , où il attira les meilleur» sujets de l'Uni* Tersité pour la théologie : il donna tous ses spins à cette maison pendant plus de quinze années, et ne cessa jainaift d'assister aux exercices publics , malgré les cui-* santés douleurs de goutte qu'il ressentait aux pieds et aux mains.

Rauipen était très-versé dans ks langues grecque et latine, et bon théologien. Il fut élu recteur de TUnirersîté en 1620, et obtint un canonicat à Bréda ; mais, cette ville étant retournée au pouvoir des Hollandais, en 1637, lUnivcrsité de Louvain, pour le dédommager de cette perte, lui en procura un autre de TéglLse ca^ tkédrale d'Anvers, Rampen mourut dans de grands MBtiifiens de piété, le 4 mars 1641 , et fut inhumé à SL-Pierre dans la chapeUe de St.-Charles Borromée* On a de Ivi :

Commentarius in quatuor epangelia, Louvain , Franc. Simonis, 1631-33-34, 3 vol. petit in-4''- On trouve de bonnes remarques dans ce commentaire , qui du reste , eA bien inférieur à ceux de Maldonat, de Jansénius, évèque de Gand , et de Luc de Bruges. Il en est fait mention dans la Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques du 17* miele^ par Dapin^

* 1641. RÂUSIN {Etienne), docteur en droit et pubBosste, né à tiége. Il prît d'abord le parti du peuple et défendit avec zèle les libertés de sa patrie contre la politique aatucieuse et tracassière de Ferdinand de Bavière, alors ^vèqQ^ de Liège. Honoré de l'estime et de il confiance de ses concitoyens, il fut élu par eux boofgniertre en 1627. Pendantsa magistrature, la cité

ayant été injustement condamnée par l'empire , dans ses différends avec Vévéque , il fut député par elle vers l'empereur Ferdinand II, pour la disculper des faussetés et calomnies que lui imputaient les perfides agens de l'évéque Ferdinand et obtenir le redressement de ses griefs. Instruit à fond des lois et coutumes de son pajs, il les exppsa avec tant de lucidité et s'acquitta de sa mission avec un tel succès, que le conseil aulique, condamna formellement les folles et absurdes prétentions de Ferdinand, désapprouva sa conduite, et accorda aux Liégeois une sauvegarde spéciale delempire, pour les mettre à l'avenir, à l'abri des violences et de la tyrannie de leur évéque; mais on ne sait pourquoi Rausin tint cachée cette sauve-garde, et n'en donna connaissance qu'un an après son retour de Vienne,

II fut élu de nouveau bourgmestre en 1634. Gagné par Ferdinand, il prit parti pour ce prince et n'eut pas honte de rétracter tout ce qu'il avait écrit contre ses prétentions. Une pareille défection ne resta pas impunie : le peuple en fut si indigné , que Rausin , malgré la faveur de l'évéque, pour échapper à sa juste vengeance , se vit constraint de fuir et de s'exiler le reste de ses jours! Il a publié :

V Delegatio ad Cœsarenm Maj'estateni, etc. , 1627; c'est le mémoire qu'il composa à l'occasion de sa mission auprès de l'empereur. Leà libertés, privilèges et immunités de la cité y sont exposées avec clarté : les artifices, les détours et les fourberies de Zom, conseiller de Ferdinand de Bavière , et le principal auteur de tous les maux que les Liégeois eurent à souffrir sous le règne de ce prince , y sont dévoilés dans tout leur jour.

2" Leodium. Liège, 1639, in-4*. Cet ouvrage principalement consacré à réfuter le précédent, et à établir les prérogatives et les droits régaliens des évéques de Liège , est divisé par chapitres. Le commencement de

odai où il ^'occupe du tribunal de paix et de celui de rofmaestt du palais, est vraiment curieux : il y fait interrenir les dieux de la fable pour exalter la grandeur de l'église de Liège. Cet ouvrage qui est sans suite , est cependant très-intéressant pour l'histoire du pays : on y trouve des recherches curieuses j tant sur les premiers temps de l'histoire de Liège , que sur les mœurs , les usages , le cérémonial et les habitudes nationales.

3* Celebris Stephani Raunni, annotationes Judicœ. Codes auiographue» C'est un manuscrit que l'on trouve sous le n** 34oiS dans le catalogue imprimé des livres du banm de Crassier.

1641. BOUILLE (Pierre), Jésuite, né à Dînant en 1575, enseigna avec réputation les humanités et la langue grecque , et prêcha avec beaucoup de succès dans plusieurs villes wallonnes. Il fut recteur des collèges de Liège et dé Dinant, et mourut à Valenciennes le 22 décembre 1641 , après avoir souffert patiemment les douleurs de la pierre. On a de lui :

1* Une ode dont voici le titre latin : Leonardo Lessio iheologicam virtutum quadrigam edenti , Ode Pindarica, numeris adservatis. Cette ode composée de soixante-douze vers grecs et d'autant de latins, se troure à la tète du traité de Lessius , intitulé : De jure ei Justitid. Louvain, 1605, in-folio, et dans les éditions suivantes :

2r Misiaire de la descouverte et merveilles de Vimage Nosire Dame de Foy , trouvée en un chesne près de la vUk de Dînant, pays de Liège, Fan MDCIX, 1620, iD-12f Liège, 1627, in-4'*, avec quelques augmentations; Toul, 1628, in-12; seconde (4') édition , fort ao^eotée ; Liège , Guill. Henry Streel, 1666, in-12, p. 414, gros caractère. Cette relation écrite dans le murais goût du temps, et ornée de traits d'érudition fort déplacés 9 a para aussi en latin, sous ce titre :

JVarratiomiracuhrum Virginia Foyemgis, qua êingutari Dei munere à laiehris annosœ quêfvûs emtuit anno gr>. idg. ix. In Cellenn toparchid, non procûl Dionanto, Leodiensis agriopptda; è gallico latiniiaie donaia. Douais 1620, in-12.

Cette image fntroetifeiMe fut trouvée le 6 juinet 1609, près de la censé ou métairie dite de f^oy , dans la baronie de Celles, à une lieue de Dînant. Elle était dans le cœur du tronc d'un cfaène qu'on avait abattu. On la plaça dans une chapelle construite à cet effet , en 1618, par le baron de Celles, qui fut changée en une belle église, en 1624. Outre les miracles opéréis en ce lieu, oti en rapporte un grand nombre d'autres, qui se sont faits à Reims, à Lille, Gravelines, St.-Omer^ Valendennes, Bailleul, Oudenburg, Lobbes, Roisseauville , Montmartre, Dilingue, etc., etc., où l'on a exposé à la vénération des fidèles des images de Marie, faites du bois de ce chêne, ou de celai qu'on planta ensuite au même endroit.

3* L'Histoire de la naissance et progrès de la dévotion à Pendroict de Nostre Dame de JBtonne Espérance prés de Valenciennes, imprimée vers 1624 sans nom d'auteur.

Quelques écoliers des jésuites de Valenctennes étant allés le 5 août 1625 , en un endroit du bois de Raisme, situé à une demi-lieue de cette ville, et qui avait servi aui prêches des Calvinistes , j attachèrent à un chêne une image de la Ste. Vierge qu'ils nommèrent N» D. de Bonne Espérance, et introdubirent la coutume d'y aller faire des prières en commun. Cette dévotion fut imitée par beaucoup d'autres personnes : des comrau-> nautés de religieux s'j rendirent en corps. Les guérisons obtenues par l'intercession de la mère de Dieu s'y multipliant de jour en jour, on bâtit une église dans oet endroit en 1629, et le duc d'Arschot qui en était seigneur, la donna aax VP. Carmes.

V RUtùire de Nosire Dame de Miséricorde honorée ekez les reUgieuses Carmélites de Jtfarchiennes^au-Pani; petite ville du pays de Liège situôe sur la Sambre. liège, 1641, in-1 2.

1643. BONFaËRIUS {Jacques), naquit à Dînant en 1573, et 9e fit jésuite en 1592. Il enseigna la philosophie et la théologie au collège d'Anchin à Douai , fut professeur d*ècriture-«ainte et de langue hébraïque au même collège, emploi qu'il remplit avec distinction pendant un grand nombre d'années. Foppens dit qu'il prit le bonnet de docteur dans rilniversitë de Douai en 1617; il est certain du moins qu'il fut honoré de ce grade , dont les jésuites wallons et ceux de France trouvèrent à propos de se passer depuis. Bonfrérius fut encore préfet des hautes études au collège d'Ânchin, et devint, en 1630, supérieur du séminaire des Ecossais, à Douai. Ce savant, jésuite, affaibli par ses travaux « se relira à Tournai, où il mourut lé 9 mai 1643 , dans sa 70* année.

Bonfrérius était un religieux de mœurs exemplaires, très-laborieux et d'une grande capacité dans la conduite des affaires. 11 était versé dans les langues grecque, latine et hébraïque : il était bon poète, bon théologien et excellent critique. Ses connaissances étaient très-variées : il avait étudié avec soin la chronologie , Vautiquité , et la géographie sacrée. Une mémoire heureuse et un jugement net et solide, joints à des connaissances aussi étendues, le mirent en état de travailler avec succès sur l'Ecriture Sainte, dont l'étude faisait ses délices. Swertius et Valère en font le plus pand éloge , et Dupin en parle ainsi : c De tous les «commentateurs jésuites de TEcriturc Sainte, il n'y en »s point à mon avis qui ait suivi une meilleure raé- ^ibodCf et qui ait plus de science et de justesse dans »i& explications que Jacques Bonlrérius. Ses Prolégo-

iinènes sur 1 Ecriture Sainte sont d'une utilité et d'une » netteté merveilleuses. Il en a retranché la plupart •des questions de controverse que Serarius avait trai* ftées dans ses Prolégomènes, pour se renfermer dans »ce qui regarde la critique du texte et des versions de •l'Ecriture Sainte^ et rapporte en abrégé tout ce qu'il •est nécessaire de savoir sur cette matière. Ses com- •mentaires sur le Paniatéuque, sur Josué et sur le livre •des Juges et de Ruth, sont excellens. Il y explique ^les termes et le sens de son texte avec une étendue •.raisonnable , et évite de traiter les questions en scho* •lastique ou en controversiste, etc. • Voici les ouvrages de ce jésuite :

l"" Jnoobi Bonfrerii, Soc. Jesu theologi, in totam Scripturam Stwram preloquia, Anvers, 1625, in- fol. p. 92. Insérés dans le recueil publié par le P. Tournemine sous ce titre : jR. P. Joan, Siephani Menochii, docioris theologi, è Soc. Jesu, commentarii iotiui scrip^ turœ^ ex optimis qfiibusque authoribus collectif etc. Paris, 1719, in-fol. , et dans les éditions suivantes de Menochius faites d'après celle-ci,, en particqlieir dans l'édition de Venise, 1758, in-fol. Le P. Tournemine, dans son édition, a souvent estropié ou dérangé les mots hébreux et a omis la carte de Bonfrériu^ dans son Onomasticon; on a suppléé à cette omission dans celle de Venise.

Bonfrérius traite dans ses Prolégomènes : V et 2'' de la. parole de Dieu en général et en particulier; 3"* de \ Ecriture et des livres canoniques: 4** des livres deu^ (éro-oanoniques ; 5" des apocryphes; Q^ des livres de YEcTiiure qui sont perdus; 7* et 8"* des écrivains sacrées et de la manière dont ils ont été inspirés ; 9"* de Vob^^ curiié de YEcriture; 10* de son style; 1 1"" de ses effets / 12^ des langues dans lesquelles elle a été d'abord écrite ; 13* et 14* de Vauihentidté du texte hébreux de VAtb^ dm et du texte grec du Nouveau Testament; 15** de

^ 23 — ïautonié de la Vùlyaie ; 1 6* de la version dês Septanfc; 17' des àatres versions grecques; 18** des nôuTelles venions latines; 19^ de la paraphrase chaldaïque et de la version syriaque du Nouveau- Testament; 20* des dilKrens^en^ à^\ Ecriture; 21* de la Cabale. Il termine par quelques règles pour rintelligence de YEcrir iure.

Gomme les Prolégomènes de Bonfrérins ne donnaient point toutes lâi notions nécessaires pour s'initier dans rintelligence des livres sacrés , le P. Tournemioe j a yAvX^ikii Appendices^ ' ^

2* Pentateuchus Moysis cùmmentaria illusiratus..^. Anvers, 1625 , in-folio. L'auteur dans iin Appendixk ce commentaire qu'il dédia à Jean de Meere , abbé d'Ânchin , fiie autant qu'il est possible , l'époque de tons les livres de \ Ecriture Sainte , et le lieu où ils ont été écrits.

3* JosM, Juiices^ etJtuth, commentaria illustrati..^. Paris, 1631, in-foUo. Il est dédié à Antoine de Montmorency, abbé de St. -André du Cateau-Cambrésis. On peut regarder ce commentaire et le précédent comme li» meilleurs qui aient paru sur YOctateugue. 4* Onontatiscon urbium et locorum Sacré Scripturœ : ieu liber de lods hebraîcis , ab Eusebio grcecè primûm » deindèab Hieronymo latine. scriptus; in commodidrem nunc onlinem redactus , et varOs additamentis auotus eperà Jaoobi Bonfrerii Soc. Jesu. Paris , 1631 , in-fol. Cest un dictionnaire géographique de tous les lieux mentionnés dans la Bible, dont <ihaque page est divisée en quatre colonnes : la première renferme la version d'Eusèbe par St. Jérôme : la deuxième les remarques de Bpnfrériiis sur les lieux décrits par l'un et l'autre : la troisième le lexte grec d'Ëusèbe t là quatrième une nouvelle version du itième texte , que le P. Bonfréiius fut obligé de foire, parce que St. Jérôme dans la sienne avait beaucoup ajouté à Ensèbe , et qu'il avait corrigé

et supprimé certains endroits de cet écrivain. L'auteur a suppléé plusieurs articles omis par St. Jérôme et les a rangés comme les autres dans l'ordre alphabétique. Bonfrériiis ^ dans une préface qui précède celles de St. Jérôme et d'Eusèbe , rend compte de son travail, lia joint à cet ouvrage la carte chorographique de la Terre Sainte d'Andrichomius, qu'il a corrigée avec beaucoup de soin. Cette carte qui est bien gravée et plus fidèle que toutes celles qui avaient paru aupara* Tant y a été adoptée par plusieurs écrivains, entr'autres par le P. Tirin dans son Commentaire , et Lambert Bos dans son édition des Septante.

Le Clerc a donné une magnifique édition de YOnomasticon (Amsterdam , 1 707 , in-folio) , dans laquelle il a joint ses remarques à celles de Bonfrérius , et où se trouve la Description de la Terre Sainte par Brocard. Le P.Tournemine a inséré cette édition dans le supplément de son JUenochius (édit.de 1719,édit. de Venise, 1758) , et il a ajouté ses notes à celles de Bonfrérius et de J. Le Clerc.

5" Libri regum et Paralipomenén , commentario illustrati. Tournai, 1643, in-folio. Il n'existe aucun exemplaire de cette impression ; on en attribue la cause à un incendie qui réduisit en cendres l'imprimerie d'4drien Quinque , lorsque l'ouvrage presque achevé allait sortir de ses presses. Les jésuites de la province wallonne possédaient des copies de ce commentaire.

Bonfrérius avait fait aussi des Commentaires sur les livres d'Esdras , de Tobie, de Judith et des Macchabées j mais ils sont restés manuscrits. Il en avait commencé sur les quatre Evangiles , sur les Actes des Apôtres , et sur les Epitres de St. Paul. Il avait encore entrepris de commenter le Psautier , et il en était au psaume XXXIV , lorsque la mort l'enleva.

On trouve deux pièces de poésie de cet écrivain ,

lune à la tète du traité de Lessius : De Justifia et de jure; et Vautre au conamencement de celui de Jean Viringus : Dejejunio ei absiinentià.

1644. DIIEZ (PauT)\ jésuite , né à Liège vers 1606, fui employé un grand nombre d'années à régenter les basses' classes et au ministère de kr prédication. Il fui recteur des collèges de Bar-le-Duc et de Sens, prit le bonnet de docteur en théologie dans rUniversité de Pont-à-Mousson, dont il fut recteur pendant quatre ans ainsi que du collège de cette ville. Ce père mourut à Metz le 14 avril 1644 , de la manière dont il lavait souvent demandé à Dieu , c'est-à-dire , d^une léthargie après une confession générale. Il en fit une la veille de sa mort , quoiqu'il ne fût que légèrement incommodé, et fut enlevé le lendemain après un sommeil si opiniâtre, qu'il n'avait pas été possible de l'éveiller. On a de lui :

1* Commeniarius brevis in ^ekctas Tibulli et PropertU Elegiasy et Ausonii Mosellnm. Item in selecta veterum et recentiorum Epigrammata. Pont-à-Mousson, 1615, in- 12. Réimprimé en France et dans les P^js-Bas. Le P. Duèz donne la préférence aux Elégies de Tibulle et de Properce sur celles d'Ovide.

2" CantîM JUtisarum ad Henricum II, Serenis* nmum Lotharingiœ ducem, Pont-à-Mousson , 1615. Cest un mélange de poésies latines et françaises.

3* Pratique de la perfection religieuse, traduite de Tespagnol d'Alphonse Rodrigvèz de la Compagnie de Jésus. Paris, 1621 , ^n-8^ Mons, 1625, in^8^ 11 s'en est fait d'autres éditions ; mais cette version surannée a été eflacée par celle que l'abbé Régnier de Marais a donnée de cet excellent traité.

Paquet parle d'une édition française de cet ouvrage dont voici le titre : Pratique de la perfection et des vertus chrestiennes et religieuses , composée en espagnol

par & R. P. AlphoniB Rndrigmz delaC.de J. Œuvre irèi^uiile et nécessaire pour ùmtes les personnes tant religieuses que séculières, pour les entretenir en la piété et dévotion : divisée en trois parties. Traduite en fran^ çois par L. S. D. Tome 1, dernière édition, revue, cor^ rigée et augmentée de plusieurs chapiires omis ausa précédentes. Paris, Rolet Boutonné, 1630, iD-4° p. 390. Tome IL id. 1629, in-4« p. 391-771. Tome IIL (On lit sur le titre de ce volume : Traduite en françois nouveUement etsuccinctement par L. S.D.). ibid. id. 1629. ikio4'* p. 400. Le premier tome est dédié à Louis XIU, par une lettre sans date, signée Darididier, et le 3* au cardinal de Richelieu par une autre lettre aussi sana date , et signée Dandignier. Le privilège donné à Grer« vais Âlliot, libraire à Paris, et 1 approbation sont de janvier 1633. Cette version est-elle différente de celle de P« Doèz, ou celui-ci aurait-il pris un nom supposé? Nous l'ignorons.

1644. BREUCHÊ DE LÀ CROIX (Edmond), curé de Flémalle, protonotaire apostolique, conservateur des privilèges de l'Ordre de Maltis dans la principauté de Liège, prédicateur de S. A. R. la duchesse d!0rléao8, poète et littérateur. Il nous apprend lui-même dans ses ouvrages , qu'il était d'une naissance distinguée^, qu'il parcourut une partie de l'Italie et occupa ua emploi honorable auprès d'un souverain , mais qu'un événement qu'il tait, le força d'abandonner la cour et sa famille. Il se retira à Fl^malIerGrande , village situé sur la rive gauche de la Meuâe à deux lieues de Liège» où il exerça les fonctions de curé, qu'il remplit arec zèle et sollicitude. Il habitait dans ce village une mai* son de l'Ordre de Malte, qui était seigneur de la.terre de Flémalle et* en conférait la cure ; maisoii très-H^mmode et singulièrement agréable par ses vues délicieuses et ses belles promenades, sur remplacement de

laquelle fut construit depuis le châteBa de Flémalle. Il j établit une actMtémie^ où il présiddit lui-même è l'éducalion d'une douzaine de gentilshommes, au nom« bre desquels se trouvaient les en4tos du prince de Gayre, qui habitait aussi le méittC' rivage- de la Meuse et venait le visiter. Prodiguant tous ses soins et son temps à ses paroissiens et à ses élèves, il consaétait ses iostans de loisir à la poésie et à la littérature, qui lui tenaient lieu de passe-temps agréables étr non d'occupations sérieuses. On a de lui :

V Dù>erii99emenP (PErgastB. Lîége, 1635. Cet ouvrage, qu'il publia sous le voile de Fanonymé, a eu deux éditions. C'est une espèce de pastorale qu oh ne Kt plus depuis longtemps, quoiqu elle soit préférable, tant pour le stjle que pour les images champêtres qui 7 sont très-souvent noblement eiprimées, à plusieurs poèmes du même genre , composés vers le milieu du dix-«eptièroe siècle. La langue française, du temps do Breuché de la Croix , commençait seulement à s'épurer, et à prendre quelque consistance. ^ cette époque « tous les ouvrages écrits par des Liégeois en cette langue» à l'exception de trois ou quatre^ ne présentent qu'un style obscur et gothique , inférieur en» quelque façon à celai des auteurs^ (rancis / même du second ordre, des 15* et 16* siècles.

Dans la préface du Divertissement ctJErgaste^ Breu-> ché de la Croix, peint le bonheur dont il jouit depuis qu'il habite le» rivage de Flémalle i il s'étend surtout sur le prince deGavre qu^it fait descendre des puissans ducs de Grueldre et des anciens rois de Frise ? c Pour- >quoi,. s'écrie-t-il , n aimerois-je pas le village, puis- >que jy possède tout ce qu'on peut raisonnablement • souhaiter dans les» villes sans en recevoir d'incommo-

> dites? L'air j est le plus sain du monde et dans toute >sa pureté ; tous Jeé^cÂijets^h sont aimables, les cam-

> pagnes vertes , les prairies entaillées, les arbres chai^

• géft de fleurs et de fruits, j réjouissent continuerie- » ment la vue ; les concerts des oiseaux y charment 9 l'ouïe depuis le lever du soleil jusqu'à notre coucher; lies promenades en sont ravissantes^ soit que nous les 1 prenions sur les rivages de la Meuse , le long des cô- » teaux ou des vignobles , dans les vallons ou dans les »bois, ou même proche de ces grands abjroes et pro- » fondes houillères. »

Il prie ensuite ses lecteurs de l'excuser, si on rencontre des fautes dans ses vers, ajant préféré de pécher contre la richesse de la rime que contre la force de la raison; et termine sa préface par s'estimer heureux, si sa retraite à Flémalle peut engager ses anciens amis à quitter la cour et à chercher la tranquillité dans la solitude des bois.

Il commence par un poème pastoral , intitulé : Le malheuretix content, etc. Il est lui-même le sujet de ce poème, il j décrit ses infortunes, et en même temps il y trace ce qui les allège :

Af^éable séjour, objet de mes désirs.

Remède de mes maux, source de mes plaisirs,

Beaux rivages de Meuse, où la bonté divine

Me veut faire cueillir des roses sans épines.

Où , séparé des cours et loin de leurs dangers , etc.

Il oublie les malheurs qu'il a éprouvés , en contemplant Flémalle :

Que j'aime vos vallons , qne j*airoe vos coteaux ! Que je prends de plaisirs le long de vos ruisseaux ! Que le tremblant émail de vos larges prairies Entretient à souhait mes douces rêveries !••• Que j*nime la fraîcheur de ces sombres bocages I Que ces champs à mes yeux étalent de beautés. Et qu'ils effacent bien l'orgueil de nos cités f

Breuché se promet bien de fuir pour toujours la demeure empoisonnée des cours :

Crofes qae pour mes yeox la cour n'ii plua d'aUraits, Et que j'en suis sorti pour n'y rentrer jamars».. Oui, grandeurs dont mes sens furent souvent ravis, Poar arrêter mon cœur, vous n'avez plus de farce , n a &it avec vous un éternel divorce I Je ne Teox plus me mettre à la suite des rois, Jo ne Teux pins aimer que ces eaux et ces bois.

Ces vers sont faciles et assez harmonieux : les quatre premiers du passage suivant sont beaucoup plus énergiques; c*est à la cour, dit notre poète , où

... Le luxe et l'art corrompent la nature. On le crirae triomphe et Tiiinocence endure. Ou la volupté charme et la vertu fait peur. Où chacun est trompé, s'il ne devient trompeur. Ainsi la cour des rois n*a plus rien qui me tente. Mon cœur est à Flémal : Flémal seul me contente, Tlémal est le lieu seul où je veux demeurer, Et €» n*est que Flémal que je veux honorer^

Noos ignorons si Breuché de la Croix a été constant dans le dessein qu'il forme ici de passer le reste de ses jours àFlémalle; un ami voudrait lui persuader que «on pays le redemande, et qu'il doit y retourner; il lui conseille même dUaspirer aux grandeurs des cités^ en ajoutant , que le palais d'un prince doit être sa demeure/ mais cet ami ne le séduit pas ; Breuché est content et heureux dans sa retraite :

O c^mps, champs de Flémal ! 6 que vous êtes beaux I Doux rivages de Meuse , ô fertiles collines ! O rochers cultivés ! 6 sources argentines ! Yo«is faites mon bonheur !...

Cest surtout l'été qui embellit ces lieux , il les anime, il les Tjvifie;

Et les oîaeaaz cachés sous les feuillages verts , Bém k poioie du jour commencent leurs concerta.

Les brebis j paissent tranquillement dans de gras pâturages; c'est à elles que Breuché s'adresse :

Ooi, pour Toas j'ai (quitté mes parena et la cour.

Le poète fait sans doute ici allusion à ses ouailles, d'où Ton pourrait conjecturer qu^il avait abandonné sa famille et dédaigné les faveurs des princes. pour se retirer à Fléinalle et s j dévouer tout entier à la conduite spirituelle de son troupeau. L'auteur dépeint dans les vers, en partie déjà connus, les environs de la fontaine minérale dQ Flémalle :

J'aime cette fontaine, et cet antre écarte, Où jamais le soleil ne |>orte sa clarté : Dans ces bois, les oiseaux quand Tanbe les rëTeiUe, D'un concert encbantenr chatouillent mon oreille ; Et ce ruisseau, qui tîiit au travers des caillbux, Réjouit tous les bords d'iin murmure bien doux. Agréables xéphirs^ soufRex sans violence , Hôtes de ces forêts , oiseaux , faites silence ; ' Heuse, qui vers la mert'enfoit si promptemetit , Arrête un peu ton cours, ou coule lentement; Vous , aimables brebis ^ qui proche oes bocages , Chacune a votre goût paisseï les frais herbages, Cesset de me troubler par Vos cris innocens..*

11 fait ensuite un éloge magnifique du. village de Flémalle et des paysages charmansqui l'environnent; le soleil, quoiquil voit io^t^ ne voit point, selon lui, de contrée ,

De moissons et de fleurs si riche et si parée :

Lorsque du firmament il rédore l*azur,

Pour ces lieux variés son feu devieut plus pur.

Et toujours à regret sa lumière le quitte ,

Quand son char va tomber dans, le sein d*Amphitrite ;

Ces arbres orgueilleux , en dépîl des hivers ,

Conservent la fraîcheur de leurs ombrages verts ;

Ces prés ont un émail qui jamais ne s efface;

De ces sources d*argent jamais l'eau pe se glace ^

On les entend tutkjours

RèmaUe etifin présente de tous côtés :

Les fleara dont aa printemps la terre se couronne, El les fraiU dî£Férens que noas offre l'automne. *

Oq y trouve plus loin ces quatre vers :

Aussitôt qne Vanrore a ramené le jour,

La tourterelle an bois parle de son aipour,

£t son ame y insensible à des flammes nouvelles ,

Noos apprend, Corridon , à demeurer fidèles.

Après ce poème pastoral, en succède un autre, intitulé : Ze paradh de^ anges de la terre , qui n'est ps^ ans mérite, mais inférieur au précédent. Breuché de la Croix exprime assez bien par un seul vers la vie solitaire qu'il mène t

Je me vois même ici sépare de mon ombre.

En Tc^nt un rocher qui , par son élévation, frappe SCS regaitls , il s'écrie :

La toorterelle y vote , y soppire , y gëmit ; Au brait de cet oiseau tout le roeber frëttit; Les échos , occupés à redire sa plainte, Rempliraient mon esprit de frayeur et de crainte « Si des objeU plus grands, plus heureux et plus saints^ Ne lui faisaient former de plus justes desseins.

Ces lieux agrestes étaient habités par des hermites :

Celui-là peint ses vers sur Fécorce d'an arbre , ' ' L'autre grave une croix sur un morceau de marbre : Voyes-Tous cefni-ci , qui de l'eau de ses. plears , irrose son jardjn et fait nliitre des fleurs.

Cette dernière idée est outrée » défaut commun à pmqae tous les poètes de ce temps. Le désert de Marianne, près de Naraur , désert peuplé de Cannes; est le sujet d'un autre petit poème. L'amoiir vonhit s'asso- ^r aax traraux pénibles de ces religieux ; il se rendit /w/mj eui et prit l'habit d'faermite.

Dans cette adorable denieare, Ce généreux hermite avec des traits puiasan»

Enchante les cœurs et le» sens ,

Et triomphe a tonte heure*

C*est ici qu'il fait ses miracles; Ici le repos nait au milieu des douleurs ,

Ici les épines sont fleurs

Breuché de la Croix a fait encore d'autres pièces qui mériteraient d être citées, mais en voilà assez pour justifier les éloges donnés à un auteur qui écrivait dans un temps où les bons poètes français étaient encore rares. Il a joint à son Divertissement d'Ergaste un petit roman qui a pour titre : La maiion d'Anstée. Cest la description d'un beau château, telle qu'on en rencontre dans une multitude de romans et surtout de contes de Fées. Breuché en convient lui-même : Cest^ dit-il, dans sa préface, Timage d'un palais en partie véritable et en partie feint. Il fit cette bagatelle dans sa jeunesse.

2" Etablissement de t Académie de Flémalle. Cette pièce se trouve insérée dans la seconde édition du Divertissement d'Ergaste. Il composa cet ouvrage pour la direction de ses élèves ; il est rempli de choses utiles et bien écrit pour le siècle où l'auteur vivait. Il fait, dans sa préface, un portrait flatteur de Michel Taiillis, né à Liège, abbé du Val-S'-Lambert, son voisin , avec lequel il était lié d'une étroite amitié. Comme il s'y étend sur le mérite des tragédies de Garnier sans faire mention de celles de Corneille, il y a tout lieu de croire qu'il écrivait avant que ce père de la tragédie française n'eût fait part au public de 3es belles pièces de théâtre.

Breuché a enchâssé d'une manière assez ingénieuse quelques pièces de vers dans la seconde édition de ce petit ouvrage, qu'il a terminé par des quatrains parmi lesquels il en est quelques-uns qu'on pourrait placer à

-^ 33 — c&lfe de oeux de Pibrac et de plurieure antres poètes Irauçsôs plus modernes. Nous ne citerons que celui-ci :

He demander à Dieu , ni gloire , ni richesse , Hi les biens dont Tédat rend le peaple étonne ; lais pour vivre en chrétien , demandez la sagesse : Arec an don si saint , tout vous sera donné.

3* Paraphrase sur le tableau de Michel^Ange du jugement clemier , etc. Liège ^ 1644, in-4*. Dédiée au prince de Lixheim ; ouvrage rare aujourd'hui. Il en conçut le plan à Rome, c J'entreprends, dit-il, à me »9eryîr de cette excellente et admirable peinture du 9 Jugement de Michel- Ange Bonaroti, qui est dans la •Chapelle de Sixte lY, au palais de S'-Pierre, pour t représenter dans cette Paraphrase toutes les idées

• qu'elle m'a données, et tout ce que j*ai conçu , toutes

• les fois que je lai admirée; etc. C'est un crayon, %mjoale-t-iI un peu plus loin, de ce fameux tableau

•que je marque sur le papier; mais je ne peux me •flatter jusqu'au point de croire que je puisse rendre I toutes les beautés de cet excellent ouvrage, puisqu'il inj en a pas une qui n'arrête l'œil, qui ne contente > l'esprit , et qui ne demande l'étonnement et les ap*

• plattdîssemens de tout le monde. •

On Toit , dans cette préface , que l'auteur avait viûié une grande partie des villes de l'Italie ; il trace an portrait pompeux de Florence , revient ensuite i celle de Rome et à son ouvrage, t C'est, cohtinue-t-il, >à la Tue du tableau du Jugement Universel qui est idans le Vatican, que j'ai été persuadé de donner »tu public, par ce travail, quelques marques de ce qui •arrÎTera à la fin du monde. Cest l'occupation que j'ai

• prise à Rome, croyant qu'elle est aussi honnête que »prc£table à un homme^de ma condition; et j'ai tou- »jonrs préféré ce qui pouvait satisfaire mon esprit à *ce qui pouvait contenter mes sens. »

Il fait ensuite un beau parallèle entre Rome chrétienne et Rome pajenne. Il est peut-être plus d'un auteur français qui aujourd'hui même ne serait pas fâché d'aroir écrit ce morceau ; cependant nous observerons à la louange du curé de Flémalle, que lorsqu'il fit sa Paraphrase^ le célèbre Pascal n'avait pas encore composé ses Lettres Provinciales. Voici ce parallèle :

c J'aime mieux Rome ehrétiekme que payenne , »Rome sainte que profane. J'y respecte davantage la<

> majesté et la religion de ses Souverains Pontifes, que » la pompe et l'autorité de ses. premiers Césars. Je trouve t le Conclave. plus auguste que le Sénat; j'ai en plus 9 grande vénération les saci^es reliques de nos Saints, »que tous ces beaux restes de l'antiquité, et j'estime

> qu'on y doit plutôt venir pour honorer les pauvres ^.tombeaux des humbles Apôtres de Jésua-Chrîst que

> les riches mausolées de . ces superbes Empetenrs de » l'univers. Comme Rome n'est plus ce fameux théâtre »où Ion ne représentait que de funestes jeux, de • tragique^ combats et de sanglantes batailles, oii Ton » voyait la tyrannie couronnée; mais où l'on admire » aujourd'hui la piété régnante , et oii la vérité est » chérie et adorée : comme 'Rome est plus aimable, 9 pour être maintenant la servante et l'épouse de Jésus- » Christ , que pour avoir été autrefois la maîtresse du » monde : nous ne devons, aussi avoir que du respect 9 et de la dévotion pour elle, et nous sommes obligés 9 de rejeter tout ce qui porte avec soi quelques mar- 9ques d'idolâtrie* Son empire s'étend jusques au ciel, 9 au lieu qu'autrefois, quelque grand et quelque puis- 9 8ant qu'on l'aie cru, il était borné aux limites de la 9 terre. 9

Après ce parallèle , notre auteur se transporte encore près du tableau sublime de Michel-Ange : 9 J'a^ 9 voue, dit-il, que je n'ai jamais rien vu de plus beau

-^ 35 ~ id une chose si horrible , et je proleste que cet admi* » rable chef-d'œuvre, m'ayant touché, plus sensiblement tque tous les autres, m'a donné aussi plus denyie »de le choisir pour l'objet de mon. travail y et quoiqu'il isoit inimitable, j'çi bien osé tenter d'en jtiier une 1 copie.»

Breuché de la Croix convient avec ingénuité qu'il n'a pas prétendu égaler pajr sa plume le pinceau du peintre italien, et que .sa .copie se ressent de la fai« blesse des talens de celui qui l'a tirée- Son dessein , en traitant cette matière , était .d'abord de faire un sermon , mais le sujet s'agrandissant dans la composition , il donna à son ouvrage une fpritae moins méthodique et plus étendue. Si on le compare aux écrits du méipe genre des auteurs de ce temps-Ià , on est forcé d'avouer que le curé de F)émaUe a une grande, supériorité sur eux. Le style de sa Paraphfx^e est en généml nature^, facile et souvent énergique. Uu aeul passage suflGira pour confirmer ce jugement.

c Oui , il est indubitable que tous les hommes ressus- I citeront , sortant de leurs tçmbeaux, que chacun

> reprendra son corps, et ei;i. sa propre chair, verra son I Dieu. La nature même noqs enseigne cette vérité , isi nou» considérons le change tnent des temps et des 1 saisons : Le printems ne ressuscitert-il pas après Vhy« >?er, l'été, après le printems» l'automne, après Tét^, letrhyyeri après l'automuQ ? Et ne dirionsrnous pas

• que toutes choses soiit. inertes en hyver, et. que tout >le monde en ce tems-là n'est qu'un sépulohre ? L'air

• est rempli de vapeurs et, de brouillards; la n;ier est > agitée de vents» d'orages et de tempêtes; la terre est I noyée de pluie, ou couverte de neige. Mais quand le i printems commence à renaître, c'est alors que l'air

• reprend sa sérénité, que la mer devient calme, que

> la terre pousse ses fleurs, et, en un mot , que la nature

• ressuscite. Tant cette sentence du grand Tertullien

» est Téritable , que l'ordre inuable des choses da liionde 9 est une preuve manifeste de la résurrection des

• morts...! »

Il y a du mouvement et une certaine élégance dans ce passage ; ce qui n'était pas commun alors : les réflexions qui suivent ne le déparent pas. t En ce jour, >la pesanteur des foudres de Jésus-Christ étouifera

• ces monstres d'orgueil et d'impureté, et accablera Bces idoles devant qui l'on va tous les jours fléchir les

> genoux : les flatteries sont leurs plus riches ornemens »et les trophées dont on orne leurs temples. Ils ne «croiroient pas leur triomphe parfait, s'ils n'étoient

> accompagnés des acclamations du peuple : Us veulent > qu'on les nomme les pères de la patrie, lorsqu'ils en »sont les persécuteurs, et se disent hautement le bon- >heur et la gloire du public en même tems qu'ils en f procurent la ruine par toutes sortes d'inventions. Us 9 ne peuvent rendre d'oracles si on ne leur offre de » l'encens. Ils se pâment après les applaudissemens et fies louanges et veulent que les autres hommes les f révèrent comme des divinités, encore qu'ils ne soient 9 que des chétives créatures, poussées par le hasard

• dans les dignités qui causent leur vaine gloire. Dieu, >dis-je, qu'ils ont oublié pendant la splendeur de leur

• condition, le luxe de leur vie, et les excès de leurs

• plaisirs, leur fera souifrir des ignominies et des op-

• probres qui les rendront insupportables à eux-mêmes

• et les feront avoir en horreur à tout le monde.

• Il les punira des outrages qu'ils ont faits aux gens de

• bien; il leur fera rendre compte, non pas du sang

• d'un seul homme, comme autrefois David l'a rendu

• de celui d'Urie , mais de plusieurs millions de per-

• sonnes qu'ils sacrifient tous les jours à leur vanité, et

• dont ils nourrissent leur cruelle ambition. •

4* Larmes à la Vierge souffrante au pied de la croix» Cet opuscule est adressé à la princesse de Lixhcim.

5* Maxime du Royaume de Jéiue.

6"" DeuU de t univers sur la mort de son RoiJésus^ ChrùL Ces deux derniers ouvrages sont restés inédits.

M. de Villenfagne a publié la notice de Breuché de la Croix dans le 2* tome de son Histoire de Spa. Il est le premier qui nous ait fait connaître la personne et les écrits de cet auteur ^ omis par tous les bibliographes.

1645. BOLL\NDUS (Sébastien), né à Maestricht Tersla fin du 16* siècle, originaire sans doute de Bolland, village de l'ancien duché de Limbourg, prit fhabit de Récollet dans la province dite de la Basse- Allemagne; il reçut les ordres sacrés, et fut chargé pat ses supérieurs d'enseigner la philosophie et la théolope dans des courens de son ordre^ Ce père mourut au coQTent des Récollets d'Anvers, le 13 octobre 1645» Il est l'éditeur des ouvrages suivans :

1' Bistorica , theologica et moratis Terrœ Sanctœ ilucidatiû ; in qud pleraque ad veterem et prœsentem fjiudem Terrœ statum spectantia^ accuraté explican^ iur : varii errores refelluntur : veritas fideliter exacte iiKutilurac comprobatur, etc., auctore Fr. Francisco ^rumio , Laudensi , Ordinis JUinorum theologo ; oHm Sanctœ Terrœ prœside,accommissarioapostolico, Cim triplici Indice et Elencho Concionum. Anvers, 1639, 2 vol. in-fol. Cette description qui est estimée, léserait encore davantage, si lauteur eut donné moins <le créance à des traditions mal fondées sur la demeure ^ anciens patriarches ou prophètes, sur le lieu de l^r sépulture, et sur d'autres choses semblables.

2* Sermones aurei Fratris Pétri ad Boves in domi" *«w# et festa per annum, Anvers , 1643 , in-folio. Bollandus a corrigé les fautes qui se trouvaient aupa- ^ni dans ces sermons : il y a joint des Tables et un Elenchus pour former d'autres sermons. Pierre aux

Bœufs était un Cordclier, né à Paris, docteur «t professeur en théologie au comluenceinent du 15* siècle.

1645. UVERLO {Walter de) , né k Liège , sortait d'une ancienne famille de cette ville. Il épousa Jeanne cfe/Fo**^*. Plusieurs églises de Liège furent décorées de tableaux qu'il avait fait faire par les meilleurs peintres liégeois de son temps. On cite entr'autres, le Martyre de Ste. 'Catherine qui était dans la paroisse de ce nom. C'était un des plus beaux tableaux de Gérard Douffet. Sur un des volets dont il était accompagné , il avait tracé le portrait de Walter de Liverlo , et celui de Jeanne des Fossés , sa femme. Ce morceau précieux a été consumé par les flammes , lors du bombardement de la ville de Liège , en 1691. Il fit construire le couvent des Capucins à Spa , et imposa pour toute condition à ces bons religieux , que le jardin de leur communauté , qui était singulièrement beau pour cette époque , servirait de pi^omeoade publique pour les personnes des deux sexes, afin que les étrangers qui venaient prendre les eaux de Spa , eussent un but de promenade dans ce village , où il n y en avait pas encore.

Walter était d'une taille haute et majestueuse , et Jeanne était petite et délicate : elle fut cependant mère de quantité d'enfans tous beaux et bienfaits ; et elle vit ses garçons revêtus des charges les plus honorables.

LIVERLO {Gilles de) , fils du précédent , prieur de la grande Chartreuse de Liège , était versé dans larchitecture ; c est lui qui jeta les fonderaens du cloître et de l'église de cette maison qui fut achevée au commencement du 18* siècle. Il acheta les douze colonnes de marbre qui servaient de soutien au chœur : elles ne furent employées que longtemps après sa mort qui arriva en 1667.

^39 - Le ohcBur de la Chartrease était un des plus beaux DOQumeiis d'architecture du pays. C'est un Récollet , le frère Paul Kourz qui en donna le plan et l'exécuta.

UVERLO {Lambûrt de) , frère du précédent, était le plus jeune de la nombreuse famille de Walter. Il embrassa T^tat ecclésiastique, et devint chanoine de Liège , archidiacre de la Hesbaje , et prévôt du chapitre de Fosses. 11 se fit bientôt remarquer par la régukrité de sa conduite et la sagesse de ses conseils ; ce qai porta Tévèque Maximilien-Henri de Bavière à le dioisir pour son chanceflier dans des temps difficiles : il i employa dans plusieurs négociations importantes , tant avec les ministres de France qu'avec ceux de Hollande. -Louis XIY sut distinguer Liverlo , et lui iccorda son estime.

Lambert de Liverlo aimdit et protégeait les arts, dont le goût était comme inné dans sa famille. Ses aatètres avaient commencé une précieuse collection de tableaux : il l'augmenta et l'enrichit de beaucoup d'autres des peintres liégeois les plus renommés qui florissaient alors. Il indiquait lui-même les sujets et les dktribuait aux artistes , d'après leur genre et leurs forces qu'il connaissait. Il présidait souvent à leurs travaux.

Cette superbe collection amassée avec tant de frais et de soins, et continuée après la mort de Lambert , fut dispersée et perdue pour le pays , à la fin du 18* siècle. Le dernier rejeton de la famille de Liverlo «allia , vers 1750 , à une demoiselle de la famille de Tanbuel ; il n'en eut point d'enfans , et lui laissa tout ce 'qu'il possédait. Cette dame , ayant perdu son mari, épousa dans un âge avancé, Mr. de Beauchamps, jeane officier français, sans fortune , et lui transporta les grandes richesses. Il vendit à Liège une partie des tableaux de cette magnifique collection , et envoja Vautre à Paris où elle fut aussi vendue.

1646. DECKER DE WALHORN ( Jean ) né à Walhorn , en 1583 , conseiller au conseil souverain de Brabant , mort à Bruxelles l'an 1646. On a de lui :

« 1* Dissertationum juris et decisionum libri duo. La meilleure édition de cet ouvrage estimable , est celle de Bruxelles, 1686, in-folio.

2° Philoiophui bonœnientis. Bruxelles, 1674, in-S"*.

1647. WENNEN {François), religieux Prémonlré, naquit à St.-Trond, en 1599.11 entra à Tâge de 22 ans à Vabhaye du Parc près de Louvain , où il prononça ses vœux , et reçut ensuite les ordres sacrés. Après avoir rempli quelque temps l'emploi de circateur à son monastère, il fut nommé à la cure de Winghe*» St.-Gcorges , et revint quelques années à l'abbaje du Parc I où il fut sous-prieur , maître des novices , et enfin prieur. Il mourut le 22 octobre 1647. Le siège abbatial étant venu à vaquer depuis la mort de Jean Masius , arrivée vers 1637 , Wennen , quoiqu'atteint depuis longtemps d'une phthisie , fut seul chargé du gouvernement de la maison. Le Nécrologe de son monastère en parle comme d'un religieux fort exercé dans la pratique des observances de son ordre , et fort adonné à la prière et à la mortification. Il a publié :

Spéculum reliyiosorum , totunt interiorem hominetn » et omnia reliyiosœ vitœ officia perfecfionem , obliga^' tionemque septem tractatibus reprœsentans. Louvain , Bernard Masius, 1645 , in-4**. Les sept traités contenus dans cet ouvrage , roulent 1" sur les devoirs d'un maître des novices ; 2"* sur ceux des novices ; 3"* sur la connaissance de soi-même ; 4" sur la réformation de l'homme intérieur ; 5" sur la mortification ; 6'' sur la prière; 7** sur la profession religieuse et sur les principales obligations de la vie hiérarchique. On trouve dans ce livre utile, beaucoup de vérités morales tirées des SS. Pères et des autres maîtres de la vie spirituelle.

1647. GALAS {Mathias), feld-maréchal des armées impériales , naquit en 1589 à Haestricht , où il fit soD cours d'humanités. Son père était né à Trente , et descendait d'une ancienne et illustre famille de ce pajs ; c'est ce «qui a donné lieu à l'erreur de quelques historiens qui ont fait naître Maihias Galas dans cette ville. On peut consulter à ce sujet le P. Engelfos 9 dans la préface de louvrage intitulé : Virtulif et honoris Mdes.

Après avoir terminé ses études, il fut d'abord attaché comme page et ensuite comme écuyer , à un seigneur de Baufremont, chambellan du duc de Lorraine , qui , dans la guerre d'Espagne contre le duc de Savoie , en 1616 et 1617 , le fit enseigne. Galas obtint ensuite le commandement de Riva , place forte située dans les montagnes , sur le lac de Garda : mais il le quitta bientôt à la suite d'un démêlé qu'il eut avec un com* mîssaire autrichien , et il alla chercher fortune en Allemagne. Les services qu'il rendit dans l'armée de Tillj à Ferdinand II et à la ligue catholique en Bohême, sar le Rhin et ailleurs , lui valurent un avancement rapide. Il contribua au succès que les impériaux obtinrent sur les Danois, près de Brème, et à la victoire qu'ils remportèrent en 1625 , près de Steinfurt en Westphalie.

n fut^ en 1629, major-général de l'armée qui, sous' les ordres de G>Ialto, marcha contre le ducdeMantoue, et bientôt les infirmités du général l'ayant forcé à se démettre du commandement , Galas le partagea avec Aldringer. Plusieurs avantages brillans et la prise de diverses places précédèrent celle de Mantoue , qui fut accagée, et où se fit un butin immense. Galas veilla eosQÎte, comme ministre plénipotentiaire de l'empereur, à l'eiécution du traité de paix de Chérasco , conclu en 1630, puis retourna l'année suivante en Allemagne , avec les troupes impériales et le titre de général de cavalerie.

L empereur Tëleya au rang de comte de lempire ; et, après la bataille de Leipzig , gagnée par les Suédois, il lui donna , sous Wallenstein , le commandement d'un des corps de troupes destiné à secourir la Bohême. Galas justifia cette marque de confiance , en dégageant Pilsen , et en aidant à reprendre Prague. Il montra une bravoure extrême à la bataille de Nurenberg et à celle de Lutzen ! il fut chargé ensuite par Wallenstein de menacer Dresde avec un corps de dix raille hommes, ce qui facilita la reprise des places dont les Suédois s'étaient emparés sur la ligne de l'Oder ; de là il marcha au secours du duc de Bavière et de la ville de Ràtisbonne ; mais Wallenstein , qui déjà couvrait des desseins ambitieux , lui avait donné Tordre de rester sur la défensive. Cependant la prise de Ràtisbonne força le généralissime à faire avancer des troupes pour couvrir Passau : Galas défendit cette place , et aida ensuite à conquérir le Haut-Palatinat.

Quand Wallenstein écrivit à ses généraux absens de venir le trouver pour obtenir- un acquiescement à ses projets , ou pour s'assurer de leurâ personnes en cas de refus , Galas , instruit d'avance , se hâta d'arriver, mais pour voir par lui-même l'état de choses , et pour envoyer à l'empereur des avis d'autant plus certains. Les éclaircissemens qu'il donna , conjointe* ment avec Picolomini, firent connaître toute l'étendue du danger que l'on avait seulement soupçonné. Ferdinand II lui expédia une patente, qui lui conférait le commandement suprême , enjoignait aux généraux et aux officiers de lui obéir en tout , et promettait l'oubli pour tout ce qui s'était passé.

Rien de moins rassurant pour Galas que cette marque honorable de confiance. D était alors à Pilsen, sous les jeux et au pouvoir de celui dont il tenait le sort dans ses mains , et qui avait un nombre iufint d'espions , pour le surveiller et découvrir le secret de

I a commiasioa. D'ailleurs » les sentimens des chefs étaient iocertains : il était douteux qu'ils voulussent se fier aux promesses de l'empereur, et renoncer tout d'un coup aux brillantes espérances qu'ils avaient fondées sur Wallenstein. Il j avait trop de danger à essayer de l'arrêter comme un simple criminel , au milieu des gardes qui l'entouraient, et dans une ville qui lui était entièrement dévouée. Galas bien pénétré de l'impossibilité d'exécuter sa commission sous les jeux de Wallenstein , désirait se concerter avec Aldringer avant de rien hasarder. La longue absence de celui-ci arait commencé à éveiller les soupçons du généralissime. Galas lui offre d aller trouver Aldringer : sa proposition est acceptée avec empressement.

Profitant de sa ruse , il charge t^icolomini de surveiller la conduite de Wallenstein , et se hâte de quitter Piben. Partout où il passe, il fait connaître la patente impériale : les troupes se déclarent d'une manière beaucoup plus favorable qu'il n'avait osé l'espérer; personne ne fait résistance. Il envoie Aldringer défendre l'empereur contre une attaque dont il était menacé , s'assure des principales places de la Bohême, prend toutes les dispositions nécessaires pour déjouer les entreprises du rebelle et marche vers l'Autriche supélieure où l'approche du duc Bernard mettait tout en combustion.

Après la mort de Wallenstein , Ferdinand II avait nommé généralissime son propre fils , Ferdinand , roi de Hongrie : sous lui commandait Galas, qui exerçait léellement les fonctions de général. L'armée impériale entreprit le siège de Ratisbonne , que Wallenstein s'était constamment obstiné à ne pas vouloir tenter. Grâce à l'activité de Galas, cette ville fut obligée d'ounir ses portes : les Suédois furent graduellement repousses des rives du Danube , et enfin éprouvèrent Qoe déCeûte complète sous les murs de Nordlingen , le

6 septembre 1634. Cette yictoire qui causa au chance^ lier Oxenstiern la seconde mauvaise nuit qu'il dit avoir passée en Allemagne, remit les impériaux en possession de la Souabe, de la Franconie, et du cours du Rhin.

Galas avait en tête une armée française commandée par le cardinal de la Valette : il surprit Philisbourg à la faveur des glaces, et mit ensuite le siège devant Deux-Ponts. Les Français joints aux confédérés d'Allemagne lobligèrent à le lever, et demeurèrent maître» de la campagne : ils s'étaient déjà avancés jusqu'à Francfort-su r-le-Mein, lorsque Galas, les harcelant et leur coupant les vivres, les obligea à leur tour de songer à la retraite ; il les poursuivit au-delà du Rhin ,. et se posta toujours si avantageusement t^qu^il les mettait à la fois hors d'état d'avancer dans leur marche et de l'attaquer. Ils parvinrent cependant à lui échapper, il les poursuivit à travers le Hundsruck ; mais leur vigoureuse résistance et quelques échecs qu'il éprouva, lui firent manquer son but principal , celui de prendre ses quartiers d'hiver en France.

Il se vit contraint de ramener ses troupes par la Lorraine, l'Alsace et la Souabe, provinces déjà épuisées; et il perdit beaucoup de monde. Mais la retraite des Français, quoiqu'elle leur eût acquis beaucoup de gloire, lui avait donné la facilité de reprendre Majence et d'autres places sur le Rhin : il passa ce fleuve à Brisach , secourut Dôle assiégé par le prince de Condé , et, fondant sur la Bourgogne, il fit mine d'assiéger Dijon, et vint investir St.^ean-<)e-Lône. Son armée grossie de celles du duc de Lorraine, qui commandait en personne, et du roi d'Espagne, se montait à quatre-vingt mille hommes. La résistance courageuse de cette petite ville, mal fortifiée et mal pourvue de troupes, sauva Paris, où tout était déjà dans la consternation , car les ennemis avaient aussi fait des incur-

sjoiis en Picardie. La bravoure des habitans de St-Jeaode-L6ne rendit nuls tous les assauts qui furent donnés : Tarniée impériale, épuisée par les fatigues du siège et par la rigueur de la saison , diminuait chaque jour.

Galas, après avoir vu périr l'élite de ses troupes fut obligé de s'en aller précipitamment, le 2 novembre 1636, abandonnant son artillerie et une partie de son bagage.

L'année suivante, il reparut avec plus de succès sur la scène : il contraignit Banier à lever le siège de Leipzig , et le chassa de Torgau où il avait pris position. Galas crut avoir mis son ennemi dans Timpossibilité de lui échapper; mais celui-ci arriva dans la Poroéranie, en exécutant une retraite dont l'audace et la réussite paraissent incroyables. Cependant Galas, à qui Ton indique près de 1 ribsée , un passage important qui n'était pas gardé avec assez de soin, pénètre dans la Poméranie, réduit la plupart des places situées à gauche de l'Oder, et les Suédois sont repoussés jusqu'aux bords de la Pêne. Pendant près d'un an , la Poméranie fut le théâtre de la guerre entre les deux rivaux.

Galas , après avoir laissé des garnisons dans les places qu'il avait conquises, ainsi que dans les îles de l'embouchure de l'Oder , cantonna ses troupes dans la Saxe : mais la famine, qui bientôt régna dans ces contrées ravagées et appauvries, fit périr un grand nombre de soldats impériaux , d'autres désertèrent à l'ennemi. Banier, qui avait reçu de la Suède des renforts, reprit, Vune après l'autre, toutes les villes de la Poméranie, força Galas à se retirer et le repoussa jusqu'en Silésie et en Bohême.

L'empereur, voyant ses états héréditaires menacés, ôta le commandement à Galas, qui resta dans l'inaction jusqu'en 1643; alors la retraite jde Picolomini lui fit de nouveau confier le commandement. Il se signala

contre les Suédois en Bohême , en Moravie et en Silésie, et fut , au mois de décembre , envoyé avec Télite des troupes contre Torstenson , qui , traventant la Saxe , était tombé sur le Hobtein, et avait pénétré dans le Jutland.

Galas avait ordre de suivre , malgré la rigueur de la saison et la longueur de la niarcke, les mouvemens rapides des Suédois : il vola au secours du roi de Da* nemarck, joignit ses troupes à celles de ce prince, s'empara de Kiel, et ne douta pas un instant qu'il n'enfermât les Suédois, et ne les réduisit à la dernière extrémité ; mais Torstenson prévint Texécution de ce dessein. Un défilé était resté libre près de Slcswig , il en profita pour marcher au devant de Galas, et lui présenta la bataille, que celui-ci refusa : il sortit ensuite du Holstein , en faisant passer son armée sous les retranchemcns des impériaux. Ceux-ci se séparèrent des Danois, fort mécoritens les ui\s des autres, et l'on frappa à Hambourg une médaille avec ces mots : t Ou i peut voir sur l'autre côté le narré succinct des.hauts i faits de Galas dans le Holstein. t De l'autre côté il n y avait rien.

Galas repoussé tout le long de l'Elbe vint se retrancher à Bernbourg, où, malgré sa réunion aux Saxons, il fut réduit à la plus grande détresse, parce que les Suédois avaient choisi, en arrière de lui, des positions qui lui coupèrent toute communication avec la Saxe et la Bohême. La famine exerça ses ravages dans le camp des impériaux, et en fit périr un grand nombre. Une retraite qu'ils tentèrent sur Magdebourg n'améliora en rien cette situation désespérée : la cavalerie , en cherchant à s'échapper vers la Silésie fut atteinte par Torstenson, près de Juterbock, et dispersée; le reste, en essayant de se faire jour les armes à la main « fut presque entièrement anéanti , près de Magdebourg, le 23 novembre 1644.

De toutes ses troupes, Galas ne ramena en Bohême que quelques milliers de soldats exténués; e^ cette cant" pagne lui mérita, dit Schiller, la réputaiitm détre le premier général du monde pour perdi^e tine. a/t'mée» Cette catastrophe terraioa la vie militaire de Galas : roogé par les infirmités que les fatigues de la guerre lui ataient causées, il mourut à Vienne, le 25 avril 1647. Son corps fut transporté à Trente, dffus l'église des Jésuites.

11 était fort aimé des soldats, parce qu ilse montrait pour <eux plein de bonté : mais poussée à lexcès, cette qiialité Tempéchait de faire observer exactement la discipline ; et l'on prétend que c'est à cela qu'il faut attribuer une partie des revers qui finirent par l'accabler : ils ne purent néanmoins faire perdre le souvenir de ses exploits brillans durant une guerre où il tint un rang distingué au milieu d'un grand nombre de généraux habiles.

1647. HAYM((?f/fc*), chanoine et chantre de l'église collégiale de St-Jean à Liège , compositeur célèbre dans son temps. Sa musique était si agréable et si mélodieuse qu'elle attira à Liège beaucoup de personnes des pays éloignés où sa réputation était parvenue. Ferdinand de Bavière, électeur de Cologne et prince de Liège, le choisit pour diriger la musique de sa chapelle. Il fut aussi appelé par le duc de Neubourg qui aurait désiré l'avoir pour le même emploi. Les œuvres de Gilles Hajm ont été gravées de son vivant, et distribuées avec succès, même après sa mort, arrivée en 1647. On grava son portrait en 1633. Il était le neveu de Gérard Haym, mprt en 1588, dans un âge trèsavancé 9 auquel il avait succédé.

VLKXVLiNicolaS'François) , numismate , bibliographe et mosîden , né à Rome , est sans doute de la même &iiiiUe que les préeédens. Il vint à Londres où il éta-

blit un Opéra italien qui eut d abord assez de rogne : mais en \l\0^\e Rinaldo de Haendel ayant absorbé toute l'attention des amateurs de musique dramatique. Topera italien tomba , et Hajm passa quelque temps après en Hollande, où il publia en 1713, à Amsterdam , deux cahiers de Sonates qu'on a jugées peu inférieures à celles de Corelli.

De retour à*Londres , il conçut l'idée de graver et de décrire toutes les médailles, statues, pierres précieuses, etc., etc., qui existaient en Angleterre dans divers châteaux et qui n'avaient pas encore été publiées : son Tesoro Britannica, Londres, 1719-20, 2 vol. in-4^, quoique surpassé depuis, a longtemps été regardé comme un ouvrage capital en ce genre. On préfère à l'original italien , l'édition latine donnée à Vienne, en 1762-65, par le P. Khell, à cause des notes dont l'a enrichie le savant traducteur.

Uaym donna ensuite (en italien) , à Londres, 1726, in-S**, un traité des livres rares en langue italienne : cet ouvrage intitulé : Notizia de libri rari nellalingua italiana , renferme environ trois mille articles classés par ordre de matières avec une table alphabétique des noms d'auteurs , qui facilite les recherches. L'édition la plus ample , sous le titre de Bibliotheca italiana , est celle de Milan , 1771 , 2 vol. in-4%

On cite de Haym quelques autres écrits , et le projet d'une Histoire de la musique : le docteur Burnet regrette qu'il ne l'ait pas exécutée ; cet ouvrage étant celui qu'il était le plus capable de traiter avec succès Haym mourut en mars 1730.

1648. CODVIN DE COURŒLLES {Gisbertde) , né dans la principauté de Liège , vers 1607 , était originaire de la petite ville de Couvin, si toutefois il n'y a pas reçu le jour. Il fit son cours de philosophie au collège du Qiftteau à Louvain , et eut la cinquième place à la promotion générale de l'an 1625. Rappelé

peu de temps après à ce collège pour y enseigner la philosophie , il s'acquitta sept ou huit ans de cette fonction et fut nommé ensuite professeur du premier rang. Il se livra à l'étude de la théologie et de la jurisprndence , mais sans cependant prendre de grade dans ces facultés, quitta ensuite l'habit ecclésiastique et se mit à voyager. Il parcourut la plupart des états de l'Europe , et alla jusqu'à trois fois en Pologne. Il parait qu'il revint à Liège vers 1640 , et qu'il passa le reste de ses jours dans cette ville, où il mourut en 1648, après avoir fondé deux bourses au collège du Château. On a de lui :

Satyra, qud vir civilis exprimitur, sententiis pro^ haiiûnum auctorum confirmata. Liège, Jean Tournay, 1642,in.l2.

1648. MARCHANT (/aoçue*), poète et littérateur, dojen et curé de G>uvin , ville du pays de Liège, où il reçut le jour vers l'an 1587. Il se distingua par sa science et sa piété. Il mourut dans cette ville en 1648. Ses ouvrages sont :

1" HorltM pastorum. C'est un ouvrage savant (quoi* que d'une critique peu sévère) , édifiant et utile , où il j a des choses curieuses qu'il serait difficile de trouver ailleurs : il est encore estimé aujourd'hui ; il a eu seize éditions.

2* Trîutnphug Joannis Baptistœ. Mons , 1644 , iû-8* ; Cologne , 1679 , in-8". Cet ouvrage contient trois pièces de vers latins , Tune à D. del Tombor , abbé de Florennes ^ et les deux autres au doyen de Couvia. Elles sont sorties de la plume de Jean Geidre, qui eut pour successeu^r dans la cure de Philippeville, maître Lefebve, docteur en théologie, auteur d'une Oraison funèbre é^Anne d'Autriche , reine de France , 1666 , in-4''.

3** Flandria^ U j fait^ entr autres , lapologie de la bière.

Ses divess traités ont été recueillb et publiés en un vol. in-folio. Cologne » 1633.

MARCHANT ( Pierre) , frère du précédent , né à Cou vin , dans rÉntre-Sambre-et-Meuse , en 1585 ,se fit Récollet , se distingua par sa science et sa régularité, et fut élevé aux premières charges de son ordre. En 1639 , il fut fait commissaire-général avec plein pouvoir sur les provinces de son ordre dans TAllemagne , les Pays-Bas , les Iles Britanniques , etc. Il est le fondateur de la province^ dite de St.-Joseph^ dans la Flandre , et le principal auteur de la réforme des Franciscaines , avec la vénérable sœur , Jeanne de Jésus, nommée Neering de Gand; cette congrégation est connue sous le nom de Réforme des sœurs Franciscaines de la pénitence de Limbourg, qui fut approuvée par Urbain VIII , Tan 1634. Cet homme plein de zèle pour la discipline religieuse , mourut à Gand , le 11 novembre 166J. On a de lui :

1" Expositio litieralis in regulam S. Frandsci, Anvers , 1631 , in-8'.

2' Tribunalesacramentale.Gand^ 1643,2 vol. in-fol.; le 3* vol. id. Anvers, 1650. Cest un traité de théologie qui renferme plusieurs choses plus pieuses que solides, entr autres , le traité intitulé : Sanciificatio S. Josephi in utero , qui a été aussi imprimé séparément et condamné à Rome , le 10 mars 1633.

3"* Les Constitutions Ag la congrégation des religieuses qu'il a établie.

1648. CONTE (Michel le), prieur des Jéronimites de Fumay et de Charleville , et vicaire-général de cet ordre en-deça des Monts, se signala pendant trente-'huit ans dans les Ardennes comme auteur et prédicateur. Les biographes ont négligé de transmettre sou nom à la postérité. Mr. l'abbé Boulliot est le premier qui lait fait connaître ( voy. la Biographie Ardennaise).

Michel Le Conte était d'Avranebes en Condroz, près de la ville de Htiy , où il naquit d'une famille estimable vers 1 582. Au sortir de ses classes , il embrassa l'état clérical , et reçut la prêtrise à Liège. Maîtrisé par lambition de parvenir, si nliturelle à son Âf^, et sentant que la science de l'école œ lui suffisait pas pour paraître avec avantage dans l'église et y exercer une influence utile , il résolut de cultiver ses talens par une étude assidue ; et afin de n'être ni troublé , ni distrait dans ce dessein , il prit tout-à-coup le parti de s'ensevelir à Liège dans une profonde solitude. Il ne se doutait guères alors qu'il était destiné à pratiquer un jour les vertus paisibles du cloître.

Une application soutenue et dirigée par une sage méthode, un esprit vif et pénétrant, bâtèrent ses progrès. La théologie positive , science si négligée aujourd'hui, fixa d'abord son attention. Il cultiva ensuite Ibistoire ecclésiastique , que l'on a toujours regardée comme un des jeux de la théologie. La lecture des ouvrages de St. Jérôme , le plus savant des pères de l'église btine, décida de son sort. Ses épitres, où le monde et ses attraits sont peints avec des couleurs rembrunies , lesubjuguèrent. Soudain il se revêtit de l'habit d'ermite de St. Jérôme , et résolut d'imiter ce saint docteur , qui, dans les laures de la Palestine et des bords du Rhin près de Trêves, alliait |es pratiques de la vie monastique avec la culture des lettres.

Son amour pour le travail ne prenait jamais rien sur ses devoirs religieux. Comme le propre de l'étude, de celle même qui a la religion pour objet, est de dessécher le cœur et d'éteindre la piété, il nourrissait son ame et ranimait sa ferveur par les exercices de la prière et de la méditalion. Les belles-lettres avaient aussi quelques portions de son loisir. Il sentait l'utilité que la religion peut en retirer, et les regardait comme les feuilles qui servent aux fruits d'ornement et.de dé-

fense. Cicéron et Plaute étaient les auteurs favoris de St. Jérôme : ils devinrent les siens.

Quelque soin qu'il prit d'ailleurs de se dérober aux regards publics , ses talens soutenus des plus rares vertus le trahirent. Jaloux de les utiliser, les Liégeois le prièrent avec instance de se charger de l'éducation de leurs enfans, et malgré son penchant pour la vie solitaire, il céda à leurs vœux, et ouvrit un pensionnat. Les élèves qui y afBuèrent et son zèle actif, épuisèrent ses forces au bout de quelques mois; mais la providence ne permit pas qu'il succombât sous le faix. Basile du Mont, prêtre vertueux et bon humaniste, touché de son noble dévouement et de sa position pénible , vint se ranger sous sa conduite et partager ses travaux. Un laïc pieux, Antoine Renson,se réunit à eux, en qua^ lité de frère convers. L'un et l'autre prirent l'habit d ermite de l'ordre de Sl.-Jérôme, ne pouvant, comme ils l'auraient désiré, embrasser cet institut, qui n'avait alors aucun monastère en-déça des Alpes*

Ce secours inattendu consolida l'établissement du P. Le Conte. Le premier soin de nos ermites fut de porter dans l'exercice de leurs fonctions le zèle et l'exactitude nécessaires au succès des institutions nais-^ Santés. Là, leur couvent prospéra de telle sorte , qu'il fallut bientôt penser à s'agrandir. Une maison spa* cieuse , située près de la paroisse St.'-Christophe , dans un des faubourgs de Liège , parut leur convenir. On en fit l'acquisition en 1608.

De si heureux commencemens ne furent pas dé^* mentis par la suite. Les progrès de la jeunesse confiée à leurs soins ne furent jamais au-dessous de l'attente du public. Les familles les plus distinguées du pays envoyèrent leurs enfans à l'école de ces maîtres pieux et éclairés, et elles n'eurent qu'à s'applaudir de l'éduca-^ tion religieuse et classique qu'ils j reçurent.

Nos pères Jéronimites , c'est ainsi que nous les

nommefODs désormais , jouissaieot au plus haut deg^ré de restime publique , quand deux notables de Fumajr Tinrent offrir au P. Le Conte » en 1610 , un établisse» ment dans leur tille. Désireux de quitter une cité bnijante, afin de suivre son attrait pour la soi4tude, notre bon ermite sourit à cette offre inattendue» Il se rendit à Fumay où il fut reçu comme un ange envoyé da ciel. Ajant paru désirer un terrain pour j bâtir un ermitage* on loi laissa la liberté de le choisir, ce qui le mit à même de le faire avec beaucoup de maturité et de réserve.

Une chapelle rustique , nommée Divers-Mont , contigue à une chaumière contenant quelques cellules, située sur une montagne , à un quart de lieue de la ?ille , frappa sa vue. Cette montagne , d'un accès diflScile , hérissée de cailloux à peine couverts d'une couche de terre végétale , semée de bruyères , et offrant des bouquets d'arbres croissant çà et là à la base et dans les fentes de rochers escarpés , ne présentait qu'une solitude affreuse , plus convenable à des animaux farouches qu'à des hommes civilisés. A cet aspect romantique , le P. Le Conte éprouva une douce mélancolie. Prosterné dans l'oratoire , il se mit en prières pour connaître la volonté du ciel : transporté au-dessus des choses terrestres , saisi de l'esprit de Dieu , il tomba dans un étrange assoupissement ; mais s'éveillant tout-à-coup « et se sentant comme ravi hors de lui-même , il s^écria avec un vif transport d'amour : Ici , c'est le lieu de mon repos » hœc est requies mea. . .

La ville de Fumay ayant approuvé ce choix , le P. Le Conte repartit pour Liège , qu'il quitta subi»tement au bout de quatre mois , afin de se dérober aux poursuites de l'amitié. Son départ causa une vive douleur aux habitans de la ville de Liège. Revenu à Fumay en juillet 1610 , il y partagea avec ses deux

^ 54 oompognons tou9 le» hoiuieurs. ^'uoe brillante rècepr lioD. Au moi» de J4n?ier aui^rvt , oi^ le^ur a^uta el à leurs Buçcesi3eqrs la possiessipu dç I9 cl^tpellQ el dé^ peudaoeeade ^€erA-i^ofi^Geti^o)iapellejadisQcoupé^ par viû ermite , d'abord desservie par des chanoines de Mplhain , Tétait alors par le da;erï de Fumay , qui y acquittait uu^ meçse fondée povir chaque scimaii^e. Sa vétusté faisait craindre une chante prochaine. Le P. Le Conte lagrandit et la rép$va, et il y joignit dof lieux réguliers. Ces travaux furent terminés en 1614 , à laidedes libéralités du comte Alci^andrç d'Areniberg, priuce de Chimaj, de Madelaine d'%mont sop épouse, des comtes, de Hamal et de HKé^Ofi^,^ etc. Lptb^irc^, archevêque d^ Trëvea , hjemt scigij^ur justicier de Fumaji , Reviii , Fépip , etc% » en sa quayié. d abbé de Prum, oonfirma celte domitipn par uw charte du 10 septembre 16J6.

te p.. Le Conte regarda dàSrlors VArd^Vn^ CpDfupo^ ^ terre natale , eeUe qÙ: la P-rovidjçnce ifoMlait ^'il se fixÂt pour toujours. L ermilage de ])ive^s•^l)^t^| plus ancien » dit-on , que la ville de Fumajc , devip.t a^i^i le berceau des. religieux Jé^ropimiteis e^ Fraucen lils y vécurent 90us la régie de St.-Auggsjti.a et la juridiction de 1 ordinaire juaquVn 1637, qu'ils (ureut unis à uœ congrégation célèbfe , fond^èe en 1380 à. Mont- Bel 9 ou Monte-Bellp.i qui est u^e* agréable solitudie de rOmbrie.

U 7 avait dans l'oratoî^ de qet. er^uit^ge ua^^ Go^nfirérie tsè^-anoicnne ,. écigée en fhpnneur de \^ s^inle Vierge; mais elle était déchue depuis iQBgteopps dei son anoîi^ne splendeur. Jajpux, det ip ranimer, le P. Le Conte obtint, 1^ 14 juin 1614, de Ferdinandt de Bavière, prinee-évéque de Liège , de^ indulgences pour ceux qui s'y agrégeraient,. L'association devint Borobreuse, et le concours des pèlerins attirés à Divens- Monl contribua à la prospérité de la ville de Fumaj.

De imireaux disciplcss Tinrent , par trah de temps, peopler cette aolîtinfe et s y vouer aux pratiques de la m érènfitique. De ce nombre furent deux prêtres âefumaj «Simon Pittre» poète latin , et Jérôme Thirj, depuis prieur d«r Mont-Galvaire , près de Oifa^eville.

Le monastère de Divers-^Mont acquit de la célébrité soQs 4es aaspiees du Père Le Conte. Les mœurs et les ktlns j fleorirent à lombre du sanctuaire, et ses ooQfeaux hâte» » entièrement dévoués à l'instruction de k jeanesse et aux travaux du saint ministère , fixèrent lattentioD du public,. qui nfèsure toujours dafSQce le succès d'un établissement sur le degré d*aUlité qu'il présete.

Le xèle do P. Le Conte pour la foi et le salut des unes était infatigable. La gloii^e qu'il s'acquit dans la cirrière de la chaire ne se borna pas k l'Ârdenne ; elle porta son nom à la cour de Bruxelles. Il j prêcha deox caiéBOiea avec un succès digne de sles talens et de sa Tenommée. L'infante Isabelle d'Espagne , gouvei^nnte des Pays-Bas , l'honora de l'estime la plus profonde. £lle dota son monastère de cinquante-deux carieiê de froment sur le Moulin de Dailly , situé prto de Coùvin , et le combla de présens magnifiques, panni lesquels on distinguait une couronne d'or, enridiie de (Hérite précieuses , ce qui servit à embelfir h cfaapelk^ et à meubler le couvent de Divers-Mont , et à constituer quelques rentes au profit de ce mooastère.

Appelé à la cour de Charles P^ de Groifizague , dae de Hevers et de Rethel, et souverain de Charlevifle, ntfitre ermite y reçut un accueil distingué. Ce prince , l'on des (rfos grands hommes de son siècle , k retint pendant quelques jours , et conversa avec lui. 11 fat 91 touché de sort mérite, qu'il résolut de se laUad&er, et de lui confier la direction de sa conscience. Le P. Le Conte , qui pfréférait les douceurs de la soli-

tude à l'éclat des grandeurs , fit valoir les raisons que lui suggéra sa modestie , pour se dispenser d'accepter ces offres avantageuses. Mais le prince vînt à bout de son dessein , en s obligeant à bâtir un monastère dans le voisinage de Charleville, et à le doter suffisamment pour l'entretien de plusieurs ermites de l'ordre de St. Jérôme. C'était en 1627. Le P. Le Conte en prit possession avec quatre de ses confrères en 1629.

Ce nouvel ermitage , bâti sur un rocher escarpé , baigné par la Meuse , fut nommé le Slont-Calvaire , parce qu'il était à la même distance de Charleville que le Calvaire l'est de Jérusalem. Le duc de Rethel , qui avait admis le P. Le Conte dans sa plus intime familiarité , aurait désiré qu'il ne quittât point son palais; mais après avoir rempli ses devoirs à la cour du prince , l'humble religieux rentrait dans son cloître pour y vaquer aux pratiques de sa règle et à l'étude. 11 parcourait ensuite les villes et les campagnes , travaillant avec zèle à affermir les catholiques dans la croyance de l'église , et à y ramener ceux que les Calvinistes de Sedan avaient séduits.

Quelques personnes trouvant dans sa conduite la condamnation de la leur , cherchèrent à traverser ses pieux desseins. £lles prétendirent qu'un supérieur d'une communauté d'ermites , non approuvée par le St.-Siége, devait vaquer uniquement à la vie contemplativCy sans s'immiscer dans les fonctions du saint ministère , etc. , etc. ; enfin , l'envie , qui ne pardonne qu'à la médiocrité, souffla son poison , et ce qui devait mériter des éloges au bon ermite , devint l'occasion des satires et des humiliations; mais il en triompha par les vertus qui étaient les principes de son zèle.

Pour tarir la source de ces tracasseries , Charles de Gonzague , de concert avec le P. Le Conte , fit agréger les monastères du Mont-Calvaire et Divers-Mont à la congrégation des Jéronimites du bienheureux Pierre de

• -57-^ Pbtf.Rome prononça celte union le 27 novembre 1637, et le chapitre général de cet ordre y mit le sceau le 26 ayril suivant. Ce fut la dernière marque de bienveillance que le duc de Rethel donna à nos Jéronimites Ardennaisyla mortlajant surpris le 27 septembre 1637, à l'âge de cinquante-sept ans.

Le P. Antoine Ekalducci chargé de pleins pouvoirs du P. Horace Drago, général de la Congrégation, vint leur donner l'habit dans le mois de juin 1638. Le« ayant ensuite accoutumés aux pratiques de la règle quih devaient embrasser , il reçut leurs vœux solennels après six mois d'épreuve , le St.-Siége ayant dispensé du temps requis par le Concile de Trente. Cette cèrémonieeut lieu le 6 janvier 1639 au Mont-t^alvaire, et le 21 du même mois à Ste.-Marie de Divers-Mont.

Le chapitre général de l'ordre ayant été convoqué pour le 20 avril 1641 , le P. Le Conte s'y rendit , et y panit avec éclat ; ce qui lui valut d être continué dans les charges de prieur du Mont-Calvaire et de vicairegéDëraly dont le P. Balducci l'avait investi le jour de 5a profession religieuse. 11 fit hommage à cette assemblée d'un ouvrage latin de sa composition , et l'on décida qu'il serait imprimé aux frais delà Congrégation. Mais cette décision n'ayant pas eu de suite , le P. Le Conte ie traduisit en français, et le publia sous le titre <le Trophées de t amour divin.

De retour dans son couvent , au mois de juin 1641, après huit mois d'absence , le P. Le Conte y consacra le reste de sa vie à la gloire de la religion. Le jansénkme naissant lui offrit de fréquentes occasions de •ignaler son zèle. De concert avec les Jésuites de Charleîille , il lui livra une guerre à outrance : ce qui suscita de puissans ennemis à son monastère , et pro- Toqua peut-être sa suppression , le 16 août 1676, sous I? pontificat de Charles Maurice Le Tellier, archevéq<ie de Reims, Vun des plus aniens défenseurs de la <ioctrine de Jansénius.

II semblait que le P. Le Conte avait l'art de se moltîplier : dans les temples , il nourrissait le peuple de la parole du salut ; dans les prisons , il essuyait les larmes des malheureux ; dans les hôpitaux , il consolait les malades et les mourans ; et lorsque dans ses missions « il parlait sans préparation , ses discours étaient l'épan- ' chement d un cœur plein de Dieu , qui se répand sur des lèvres pures; son talent pour la direction des âmes répondait à son ardente charité. Tous indistinctement, grands et petits , riches et pauvres, trouvaient en lui un guide éclairé , qui , par les voies les plus sûres et les plus conformes à l'évangile , les menait à la vertu. A cette charité agissante , plus précieuse à l'huma-» nité que les qualités de l'esprit , il joignait 1 art de concilier les intérêts , de terminer les différends et de pacifier les familles, en employant ces tours heureux qui savent allier les prétentions contraires.

Loin de regarder la vie religieuse dont il faisait profession , comme un obstacle à l'étude des lettres , dans ses momens de loisir , il consacrait m plume à composer divers ouvrages utiles i la religion ; et quoique la théologie eût fixé son goût , il so délassait quelquefois avec les Muses. Une correepoodanoe suivie lavaitmis en relation avec plusieurs savans : on remarquait parmi eux le P. Pauli , jésuite , son compatriote, le P. Georges Maigret et Jacques Marchand , doyen de Couvin, qui s'honorait de son amitié. Aux yeux de ses religieux , ses exemples étaient une règle vivante ; il pensait que si le chef n'anime le corps , tow les membres se relâchent. Du reste ^ il leur témoignait une tendre affection, le^ regardant plutôt comme ses frères que comme ses inférieurs. Epuisé de fatigues , et âgé d'environ soixante-six ans , il rendit le dernier soupir le 7 février 1648. Il fut autant regretté après sa mort qu'il avait été considéré et respeclè pendant sa vie. On remarquait son portrait dans le réfectoire de Bîvers*

loot , el toQ épilaphe dans la chapelle du Calvaire, n a pnblîé :

1* la nai^êance et le paràdùt ele la bienheureuse Vierge Marte. Liera , CbHstian Ouven , 1618, in-8%

t Caiéckieme du cMnte AlberU Liège , ibid. 1621 , in-8*; it. sous ce titre r Le docte cùîébhisme du P. Michel h Conte y auquel eont déduite et déclarée les princi» paurei les plue importane myetèreê de notre fin. Paris, 1647, ni-12 ; it. avec ce titre : /^ Théologien familier, »Hb docte catéchisme , etc. RoUefi ^ Y* Robert Doré , 1658 , in-l 2 (BB. Ste.-Geneviève , D. 4020) ; it. Paris, Bre9che,1664^in-12.

Ce catéchisme , en tête duquel est un siiain à la ttudkuse jeunesse , par F. Ni(kilas Hatel , inilteur oon-* tentuel de Liège , fut dompOsè principalement en farear du jeune comte Albert de Warfusée , l'utl des élèTes du P. Le Conte , à Liège. 11 le dédia à René de Renesse , comte de Warfusée , son père , chef des domaines et financés de l'empereur ,- tnah^e de damp de 811 mille wallons , seigneur de plusieurs villages îoisins de Fumay , etc. , etc.

3* Apostrophes de Vdinê dévoté suf te Miéerére. Liège, M. 1621 , iti^ë** ; dédié à la bafoAtie d'Oignies*

V Apoêtrophes de l'dmë dévote sur te De profuMUs. liège , Ma. 1622^ iii-8^ ; dédié à Alla de Baillo&uil , dame de Dfon , ptès de Givét.

5* Oratoire des pénitens , ai^eo def belles oraisons à Dieu , à la Sainte Vietgé et auœ Saints. Liège , ibid. 1627 , ili-8* ; dédié à Hugues LÂfehier , écbevin et neffier de Isr cOM de Fiimdy , atùi de rautetit* et syndic da couveôt de Bif ers«-ttont.

6* Le Calvaire de la Vierge, contenant les pitoyables %iM de sa douleur sUr la nêort de son fils. Charle- Tille , Gèdon Poncelet , 1630 , in-ft"* ; ouvrage dédié à Charles 1*' de Gonzague. Le titre fait allusion au monastère du Calvaire , dont ce prince est le fonda-

teur» Le P. Basile du Mont et le P. Jérôme Tliirj, ont loué ce livre dans deux pièces de vers que le P. Bajomex a insérée«,dans sa Vie du P. Le Conte , p. 13 et 14.

7"* Les Trophées de tamour divin au irès^saint- Sacrement de llauteL Cbarle ville , ibid. 1645 , in-8* ; dédié à la duchesse de Mantoue , mère et tutrice de Charles II de Gonzague , petit fils de Charles 1*', par son père Charles , mort le.31 août 1631 , âgé de 22 ans.

8" Le portrait des âmes ehérubines , oû.se voient leurs faces et leurs ailes, dont elles s'élèvent aux riches couronnes et aux plus belles séances du paradis. CharleviUe, ibid. 1647, in-S'* (BB. Haz. 24899); dédié à Charles II de Gonzague. On voit à la fin douze vers français de Fauteur.

9"* Un ouvrage traduit de l'italien, cité par le P. Bajomez.

On remarque dans la plupart de ces ouvrages, de l'onction et un esprit nourri de TËcriture Sainte et des Pères. Le stjle en est un peu diffus , mais ce qui serait un défaut dans les livres philosophiques , ou il faut être concis , n'en est pas un dans des productions ascétiques , qui demandent un stjle plus abondant. Fénélon ne prit jamais La Brujère pour modèle dans ses livres de dévotion. Si l'on voulait faire revivre quelques-uns de ces ouvrages, il faudrait en rajeunir le stjle , n j laisser aucune trace de la vieillesse des tours , et en retrancher des allégories mystiques dont la plupart sont surannées aujourd'hui.

On ne doit pas confondre notre Jéronimite avec Michel Le Conte, auteur de l'ouvrage suivant : 3/tK chaelis Le Comte carmina , et alia opuscula , in-4'',, Celui-ci était avocat et filleul de Michel Baudet; évéque de Langres , auquel il a dédié son livre, p florissait en 1558. i

1649. FKEN ( Barthélemi), né à Liège en 1591 fit ses humanités chez les Jésuites de cette ville , cl

entra dans leur compagnie en 10 tO. II régenta six ans les basses classes et la rhétorique , et fut ensuite rectear des collèges d'Hesdin , de Dînant , et de Lille , et directeur des Jésuites qui faisaient leur troisième épreuve, ou leur second noviciat. A Tâge de 58 ans, il lai survint un abcès à la tête , qui étant venu à créTer , lui fit tomber dans la poitrine une quantité de pus y qui lui ôta la respiration et ne lui laissa que le temps de recevoir ses derniers sacremens ; il mourut quelques instans après , le 26 juin 1649.

Fisen était un homme doux , modèle , parlant peu , et d'une grande aptitude aux afiaires. 11 était érudit« et très-versé dans l'histoire et les antiquités belgiques, mab particulièrement en ce qui concerne son pays. Son stjle prend de la couleur lorsqu'il peint les dis» cordres civiles qui ont agité sa patrie ; mais crédule à l'eioès y on peut lui reprocher d'avoir entassé dans ses tcrits , une foule de faits absurdes qu'il aurait dû rejeter.

1' Origo prima festi corporU ChrUti ex viso Sanctœ yirgini Julianœ divinitûs oblato. Liège, Jean Ouwerx, 162S, in-12. Le P. Fisen adresse cette histoire aux chanoines de la cathédrale de Liège. Elle est écrite arec beaucoup de soin, et a coûté des recherches; nuis elle est trop ornée et manque de simplicité.

Robert de Langres , évèque de Liège , institua la Fit^Dieu dans son diocèse en 1246. Les chanoines de Valise collégiale de St.-Martin la chômèrent les premiers , lanaée suivante. Le cardinal Hugues de St.- Cher, dominicain, légat du St.-Siége, l'autorisa en 1252, et la célébra lui-même en Téglise de St.-Martin en Mont : elle fut confirmée de nouveau par le car- <iinal légat Pierre Capoccia en 1254. On la reçut dans tout le diocèse en 1262, et le pape Urbain IV autrefois vchidiacre de Liège, retendit à toute l'église deux >n après. Cependant on ne la solennisait pas encore

-^ M partout en 1 3 1 2. Jacques Eveillon , chanoine d^Anger<( » s'appujant sur le sentiment de beaucoup d'autres écrivains, soutient que la procession de la Féie^-Dieu cornmença dès-lors; mais le P. Fisen adopte l'opinion de Jean Blœrus et de Serrarius, qui prétendent que cette procession ne fut instituée que par le pape Jean XXIL Jean de Warnant, historien liégeois du iV siècle » confirme cette dernière opinion : Fesium Sacramenti ( 1317 ), prout eccksia Leodiensis ... ab Vrbano IV, P. M. usqnè prœsens tempus cetebrare consuevêral, papa Joannes per universam ecclesiam côli insiitmt : hoc addens , quod solennis suppltcatio , in qud sacra* mentum AUaris, idest, corpus Christi circwnferaiur y eodem die fiât. L'abbé Fleur j est du même avis dans son Histoire ecclésiastique. Le Concile de Sens, tenu en 1320, ne voulut rien ordonner touchant cette procession : il la laissa à la dévotion du clergé et du peuple.

2* Paradoxum christianum : Lœii nsmimmn miëi m se ipso. Liège, Jean Ouvi^erx , 1640, in- 12.

3"" Bartholoman Fisen , Leodiensis , è societate Jesti , sancta Legia, Romanœ ecclesiœ fiUa^ sivè Biêtoria Ecclesim Leodiensis. Liège , Jean Toumaj , 1642 , in-folio , p. 523 , non compris la dédicace de l'auteur aux Etats du pays de Liège , ni les tables. \%. Sancta Lf^ia , R. E. filia , sivè Historiarum Ecclesiœ Léo-diensis partes duœ, quarum prima ab ipso auciore aucta fuit , atque recogniia : et secunda nunc primûm in lucem prodit. Liège, Guill. Henri Streel , 1696 , in-folio , p. 334 et 408 , sans YépUre dédicatoire de Vimprimeur au magistrat de Liège , la préface du P. Fisen, les tables chronologiques^ qui ne sont pas ecmimodes, et ceUes des rnatières^ qui sont assez mal faites.

La première édition est ornée d'un frontispice gravé par Michel Natalis , dont le haut représente une gloire^ au milieu de laquelle on apefeoit la Ste^-Yîevge,

palfone de l'église cathédrale de Liège , et près d'elle Sl Materne « SL Senrais , St. Lambert et St. Hubert. Vers le bas , on voit l'église romaine qui dit à celle de UégdiHœo eH dUecta parenti fiUa. Celle^i lui répoud: Tu nUhi , diva parent. Un génie placé entre deux , offre à la première « la mitre de la seconde , en forme dliomaiagie. Vers le côté droit s'élève le perron de Liège, accompagné d'emblèmes relatifs à ces deux églisea : 1"* un soleil en temps serein , avec la devise : iifêè nube : à cdté la lune avec ces mots : miki lumen ab illo ; 2* une colonne sur sa base : non tnavear; une pjiamide entourée de lierre : te étante ^ virebo ; S"* la fçrande ourse r^^no viam; une boussole : secura sequor» Le génie de l'histoire se trouve au bas du perron et présente le titre du livre.

Cette histoire (2* édition) commence 600 ans avant J.-C , et se termine à la mort d'Ernest de Bavière , arrivée le 18 février 1612. On sent quelle remonte trop haut pour que les premiers siècles ne soient chargés de faits plus qu'incertains. Les dix premiers siècles ne contiennent presqu aucun événement qui soit propre au pays de Liège.

Le P. Fiaen ne se contente pas de mettre au nombre des évéques tongrois , les dix ou onze qui ont précédé Sl Lambert , il leur associe St. Euchairê et St. Valère , quinxe autres saints qu'on dit avoir succédé à Saint Materne dans Yépùct^M^t de Trêves ( dont Honthein , soffragant de cet archevêché , a nié l'existence dans ion savant ouvrage), St. Âgrioolaus , et huit autres qu'Hariger et Gilles d'Orval ont donnés pour successeurs à St. Servais , sans rien dire de leur vie.

Dire que St Mafteme est l'un des premiers apâtres du d&ristianisme dans la cité des TongrcHS ; que St. Smais ^'il fnt véritablement évéque des Tongrois) est le premier que l'on sache, avoir ré»idé à Maesiricfat: que St. flbotiiiaa assista en 038| au concile tenu à

Clermont en Auvergne , dans les actes diiqnel il prend le titre d'évéque desTongrois : que St. Âmand, s'efforça de convertir au chnstianisme , non-seulement les habitans de la cité des Tongrois qui étaient pour la plupart patfen^ (c est-à-dire adonnés à la religion de leur pajs) , mais encore ceux des contrées voisines, et d'autres assez éloignées , qui l'honorent avec raison comme leur apôtre : que St. Remacle , St. Théodard , St. Lambert , St. Hubert et St. Floribert continuèrent l'œuvre de St. Âmand. Tel est en deux mots , si le P. Fisen avait apporté plus de critique dans' son histoire, ce qu'il se serait contenté de rapporter sur l'origine de l'église de Liège.

En général , il donne un détail assez circonstancié et fort exact de toutes les actions des évèques de Liège , depuis les temps connus , et ne dissimule pas la bonne ou mauvaise conduite de chacun. Il rapporte ce qu'on sait de plus certain de la vie des Saints et des Saintes qui ont fait l'ornement du diocèse par l'éclat de leurs vertus.

Toute son histoire est divisée en trente et un livres , suivis chacun de notes, où il éclaircit les difficultés qu'il rencontre en son chemin , et produit de temps en temps des pièces justificatives des faits qu'il rapporte ; c'est la partie la plus intéressante pour les savans. L'ouvrage en général est bien exécuté ; l'auteur y donne partout des preuves de sa bonne foi. On peut lui reprocher cependant : 1^ d'avoir employé un style trop oratoire et trop fleuri pour une histoire ; 2'' de s'être trop appesanti sur les guerres qui ont déchiré la principauté de Liège pendant plus de quatre siècles , et qui ne regardent qu'indirectement VHùtoire de T Eglise de Liège ; 3* d avoir traité trop légèrement , ou plutôt d avoir omis entièrement ce qui concerne les usage* ecclégiastiques et civils , le gouvernement , les moeurs, le commerce et l'état des arts, des sciences

et des étud^ dans ce vaste diocèse ; 4"* d'avoir adopté beaucoup de faits plus que douteux , surtout par rapport aux premiers siècles et aux prédécesseurs de St. Lambert , quoiqu'il ait partout rejeté quantité de fables débitées dans les siècles gothiques sur les érèques des Tongrois , en tr autres , la prétendue résurrection de St. GoTidulfe , pour assister au concile d'Aii-la'Chapelle ; 5" de n'avoir fait enfin , à la manière de Strada ,.sur les évènemens qu'il rapporte , que des réflexions vagues , triviales , et généralement enoujantes et inutiles.

Le P. Fisen avant d'écrire cette histoire , avait eu le dessein de composer celle des Pajs-Bas; mais ayant jogé le travail au-dessus de ses forces , il l'abandonna pour ne s'occuper que du diocèse de Liège.

4*" F/oreg Ecclesiœ LeodknsU ; sive vitœ vel Elogia ^onctoTBfn , et aliorum qui illustriori virtute hanc diBcenmexomdrunL Insulis, Nicolaus de Rachc, 1647» in-folio. Cet ouvrage utile et curieux est dédié par Tauteur à Guillaume de Lamboj , maréchal de l'empire , membre du conseil de guerre de S. M. I. , etc.

Après avoir débuté par les vies de St.-Materne de Si. Lambert et de St. Hubert , le P. Fisen donne celles de tous les autres Saints et Saintes du diocèse de Liège y et de beaucoup d'autres personnes qui j sont mortes en réputation de sainteté, quoiqu'elles n'aient aocim culte public. Ces vies sont rangées selon Tordre do calendrier. La plupart sont divisées en chapitres a?ec des sommaires à la tête. Il indique à chacune les ouTrages dont il l'a tirée , mais il le fait d'une manière trop générale.

Dans la première partie des Paralipowènes de ce liîre il traite des avantages et de la gloire que 1 église <ie Liège a retirés de ses évoques, du clergé de St.*Lan> Wt , de tout le diocèse en général , de V Université de Loavain , et des difiérens ordres religieux.

Dans la deuxième partie on troure les visê des Saints , et d'autres personnM d'une piété éminenle , qui n'ont pu être rangées selon l'ordre des mois « parce qu'on ignore le jour de leur mort. Ces vtBê sont au nombre de 90 environ , et finissent à la page 610. Elles sont suivies de différentes tables, dont quelquesunes seraient plus utiles , si l'on y avait joint le chiffre des pages auxquelles les articles se rapportent.

Le P. Fisen a fait entrer dans cet ouvrage , des listes assez axactes des ahbéa et abbe^ses de tons les monastères du diocèse de Liège.

5"*. Viia S. Trudonù, JiMhankt Apo9toli. La mort de l'auteur l'empêcha de la publier ; elle est restée manuscrite.

1649. JUNIUSCifa^M ou LEJEUNE, natif de Herstaly près de Liège. 11 fut pourvu d'un cononicat de St. Amé de Douai , probablement en vertu des privilèges de la faculté des arts de Louvain ^ où il fut régent du collège du Faucon depuis l'année 1605 jusqa'en 1608, et en obtint ensuite un autre de la collégiale de St-Servais qui était la principale de Maestricht» quoiqu'il y eût des contestations sur la prééminence entre cette église et celle de Notre-Dame. En 1620 , les chanoines de Notre-Dame prétendant que St. Servais avait établi sa chaire èpiscopale dans leur église , firent graver cette année sur une plaque de cuivre au bas de la statue de St. Lambert qu'ils possédaient, les vers suivans :

Hàc stetit insigni Lambertus Episcopos œde : Hinc sibi translatara Legia fSert Gatbedram.

Biais ceux de St.*Servais leur firent un procès sur cette inscription, et les obligèrent à l'ôter.

Hadelin Junius jouissait depuis trente-trois ans de son canonicat, lorsque le P. Fisen publia son HisUnr»

de Liég^. Indigné que ce Père y démontrait que St. Ser* fais n'était point cousin de N. S. J. C. : que ce Saint n mit point vécu 300 ans « ainsi que le prétendait sa légende : qu'il n'avait pas transféré le siège épiscopal deTongres à Maestricbt : et qu'il traitait de fable, la résurrection des évèquesSt. HonuHe et St. Gondulfe, pour assister à la dédicace de ]a collégiale de Notre- Dame d'Aix-la-Chapelle, bâtie par Cbarlemag/De, etc., et ne doutant nullement que le P. Fisen n'eût écrit par jalousie, et que rhonneur de St. Servais et de son chapitre , ne fût grièveoieot lésé pas ces assertions, notre boya chanoine » quoiqu'il avoue ne s être point adonné 4 Tbistoire , essaya de le& réfuter dans lopuscale suivant , qu'il dédia à Messieurs de St.-Servais :

Apologia R. D. jRadelini Junii^ insigni» eeclesiœ colbgiatœ S, Servatii JUvêœ^ Tnyectensù canonicit coiUrà R. D. sœietatis Jesu P. BiH'tkolomœmm Fisen. ^diUiiUmœEcclenasLeodiensU auctorum. Annû\Qk9^ TLidus juUL inrAt'j p. 16, non chiffrées , sans nom de nlle, ui d'imprimeur. On trouve à la page 15 , le Sactarium illuêiris patriœ Leodderms, contenant une liste des évèques de Liège, et de tous lea cbapi tires, monasièrea et couvens de ce diocèse » djessée par le collège des. Jésuites de Liège, et présentée en Eirenne^ ea 1617. C'est peut-^tre le Sacrarium Lsodiense du P. Konin.

Il cherche à démontrer dans, cet écrit , la parenté de St. Servais au quatrième deg^é avec Jésus-Christ, révoquée en doute avec raison par le P. Fisen ; car il fmlraii», dit*il , gtia ce saint eût vécu 300 ans. Mais iaaius pour toute preuve de la longévité de St. Servais, cite l'eieBipl» de Jeanne ds temporibus^ chevalier de k cour dp Cbarlemagne, qui mourut ei> 1 139, à lâge 3^1 ans!.,^ Pourquoi, dit-il, noire Saint n'aurait foi pu pùfre autant f Ce qu'il rapporte pour prouver que St.-Servais a transféré le siège de Ton grès à Nbes-

Iricht , ne yaut guères mieux. Âa reste , Hadelin ne prit la défense de son église , que parce qu'elle lui avait donné du pain pendant 33 ans. On doit lui savoir bon gré de sa reconnaissance ; mais il n'avait pas les talens nécessaires pour soutenir une cause aussi défectueuse. Nous ignorons si Hadelin a exercé sa plume sur d'au* très objets que sur l'histoire. Les bibliographes se taisent sur cet auteur.

1650. PONTE AU {Michel), connu en Italie sous le nomdePONTlANI, naquit à Liège vers l'an 1588. Il eut d'abord pour premier maître de dessin Bertin Hojoux I dont on conservait encore dans cette ville diverses peintures à la fin du 17* siècle. Ses principaux ouvrages sont restés en Italie , où il a passé la plus grande partie de ses jours. On conservait à Liège dans l'église St.'Martin en Isle (aujourd'hui démolie) une Ste.'Anne. L'église des Carmes du même quartier (qui n'existe plus), possédait deux morceaux de ce peintre , dont l'un représentait le massacre de quelques religieux de cet ordre. La chapelle du Mont-Carmel était aussi ornée de quelques-uns de ses tableaux.

Michel Ponteau avait sa demeure à Liège dans la rue des Clarisses , près du couvent des Sœurs-Grises, où Ion voyait également des ses ouvrages. Afin qu'on pût distinger sa maison de celles de ses voisins, iLavait peint sur les fenêtres les portraits des empereurs romains. Il mourut célibataire vers Tan 1650.

1650. WISSOCH ( Gishert de ) . seigneur de Bomy , reçu comme noble dans le chapitre cathèdral de Liège, se livra à des recherches étonnantes sur les familles des évéques et des chanoines de l'église de Liège ; il détaillait les preuves de noblesse qu'elle avait exigé de tout temps pour y être admis comme gentilhomme. Son travail ne comprenait que trois siècles, c'est-à-dtre.

depuis 1350 environ jasques vers 1650. 11 se proposait de le faire imprimer ; il avait même fait déjà buriner quantité d'arraoiTies avec leurs cimiers, mais la mort qui l'enleva dans un âge avancé , ne le lui permit pas. Il a été enterré dans le chœur de l'église des R. F. Mi* neurs de Huj , sous un mausolée de marbre blanc assez remarquable* 11 laissa une partie de ses manuscrits aai religieux de ce couvent. Il avait été élevé à la grande chanterie de l'église cathédrale de Liège» Son successeur dans cette dignité hérita aussi de son goût pour l'histoire généalogique.

HINNISDAEL (Guillaume Bernard de) , seigneur de Soumagne et de Melin , et ehanoine de la cathédrale de Liège « embrassa , en profitant des recherches de ses prédécesseurs, le même sujet que Gisbert de Wissoch auquel il avait succédé dans ses fonctions , mais il letendit beaucoup plus loin; il passait en revue, dans son vaste ouvrage, tous les chanoines de cette cathédrale qui avaient occupé quelques emplois ou dignités ; il y donnait les généalogies de leurs familles ; il j marquait leurs promotions , les fondations qu'ils avaient faites, la date de leur mort , etc. 11 av£Mt fait dessiner leurs blasons et leurs quartiers; il avait même inséré dans son ouvrage les noms des bourgmestres de Liège avec dès remarques sur les évènenieus arrivés pendant leur magistrature : tous ces objets formaient cinq grands volumes qui n'ont point paru. Bernard de Hinnisdael est mort vers le commencement du 18** siècle.

DESCHAMPS {Berîholet ou Barthéhmi), juriscon- Hilte estimé et l'un des greffiers du conseil-ordinaire. Il avait rempli son porte-feuille d'une prodigieuse quantité de mémoires sur les familles nobles et patriciennes du pajs de Liège, mais sans avoir aucun <le%5ein d'en faire part au public; il offrait sur presque

toutes ces familles des détails irès-curieus. fiertholet Deschamps mourut en 1697. Loyens, dans son Becueil Héraldique , nous apprend que ses manuscrits ont passé dans la bibliothèque de H. Duchftteau, bourg* mestre de Liège en 1716.

1650. RÂMÈE {...JLa), célèbre chef de partisans, né vers la fin de l'autre siècle. En 1608 , il partit de Liège avec un grand nombre de ses compatriotes que la gloire des armes et le zèle pour la religion conduisirent en Hongrie pour j aUer combattre les Turcs. Lambert FouUon , oncle de l'historien, mourut dans cette guerre après s j être signalé par des exploits glorieui.

La Ramée revint au pays de Liège en 1611 , couvert de lauriers : il persuada à quelques braves de le suivre, et retourna en Bohème, où larchiduc Léopold, voulant introduire l'inquisitioii , venait de se brouiller avec les protestans. Ce prince, aidé de la troupe de La Ramée y en partie composée de Liégeois, surprit la ville de Prague, et en donna le commandement à ce vaillant capitaine investi de la confiance de l'empereur; mais, malgré son courage et son habileté dans l'art militaire, il en fut bientôt délogé par les forces de l'archiduc Mathias : néanmoins, il sut se maintenir sur les frontières de la Bohême jusqu'à la paix.

Par suite de la guerre qui agitait alors toute TEiirope^ et dont le pays de Liège, sans cesse tranvcrsé par les troupes, eut cruellement à soufi'rir; malgré sa neutralité , le capitaine La Ramée vint au mois de novembre 1*623 , se cantonner à Jupille avec sa Compagnie. Le conseil de la cité de Liège voulant l'en déloger, ordonna aux paysans et aux manans de Jupille et des environs , de prendre les armes pour arrêter ses coursçs, et se refusa à ses demandes. La Ramée montra alors ses ordres signés des commissaires de l'empereur , por-

tant (jti'il poinraît exiger en loute rigueur le paiement de ses gages et celui de sa troupe ; ce qui jeta le trouble et l'alaraie dans la ville et les campagnes.

Cet homme qui, par ses exploits militaires, s'était acqiris un nom dans l'histoire des guerres de cette époque , fut condamné à mort par les ordres de l'empereur, pour quelques crimes dont il s'était rendu €oupai>le.

1650. GOSSWIN ( Gérard) , peintre , né à Liège. Nous ignorons les principales circonstances de la vie de cet artiste si remarquable, l'année de sa naissance et celle de sa mort. Ses tableaux de fleurs et de fruits, dignes de Zeoxis, le firent connaître avantageusement en Italie et en France. La réputation qu'il s'était acquise à Rome par ses ouvrages , le suivit à Paris où il obtint le plus grand succès. Louis XIII l'appela à sa cour, et le chargea d'enseigner les premiers élémens da dessin au Dauphin , depuis Louis XIV. L'amour de la patrie l'emporta sur l'espoir certain d'une fortune briHanle en France , s'il voulait s'j établir. Gosswin , dé retour à Liège , se lia d'une étroite amitié avec Bertholet Flémalle et Gérard Douifet. Ik ont quelquefois employé leurs pinceaux dans le mémo tableau. Parvenu à l'âge de 60 ans, notre artiste s'en* gagea dans les liens du mariage ; son épouse lui donna dcax filles qui se consacrèrent à la vie religieuse. Il mourat à Liège et fut enterré dans l'église paroissiale de St.-Remi' (depuis démolie). Avant de mourir, il ttgaa à la Ste.-^Vierge qu'on honorait particulièrement dans cette église ^ deux superbes tableaux de fleurs, qai ont été raTÎs à sa patrie, lors de la révolution.

Peu de peintres ont été plus instruits que Gérard Gosswin; les qualités du cœur ne le rendaient pas moins estimable que celles de son esprit. Naturellement généreux et bienfaisant, il ne paraissait sensible

- 72 ^ qu'à un seul plaisir, celui den faire aux autres i m douceur y sa probité, sa candeur lui conciliaient Ta-* initié et l'estime de tous ceux qui le connaissaient. Plus avide de gloire que d'argent, il ne laissait pas sortir d'ouvrages de ses mains, qu'il ne leur eût donné le dernier trait de perfection. Il dissertait agréablement sur tout ce qui a rapport à son art, comme l'histoire ,1 a fable, les costumes des différens peuples, rarchileclure, etc.

Son inclination le portait à peindre des fleurs et des fruits ; il y réussit singulièrement , non par un travail léché et pénible , mais par une tottche hardie ^ des couleurs vraie» et bien empâtées : ses tableaux , vus à une distance convenable , font un très-grand effet. C'est dans ce genre qu'il a égalé les plus grands maîtres qui ont parcouru la même carrière.

Mr. J. L. Desoer , à Solières près de lluy , qui pos-^ sède, entraulres, de très-belles copies faites par Delcour de deux fresques de Raphaël^ au Vatican , Y Ecole d Athènes et une Dispute du St.-Sacrement , ainsi qu'une Ste.-Fansille de grandeur naturelle attribuée à Raphaël , possède aussi un superbe tableau dont l'idée est sublime et prouve tout à la fois la supériorité et la noblesse des sentimens des deux amis de Gérard Gosswin. En voici le sujet :

Bertholet Flémaîle, Gérard Douffet et Gérard Gosswin se trouvant à Rome, avaient acheté une petite statue de Bacchus en bronze. Me pouvant la partager, ils convinrent d'établir entre eux un concours de peinture, et que celui des trois, qui produirait le meilleur tableau , posséderait seul la statue. Les tableaux achevés, les trois amis se réunirent, mais il ne purent s'accorder sur celui qui avait mérité le prix. DoufTet voulait le donner à Bertholet , et celui-ci à Gosswin , dont on suppose que l'avis était en faveur de Douffet. Cette discussion fait l'objet du tableau suivant , dont

iU troÙTèrent piquant de faire le spectateur juge de leurs talens, en y mettant la main tous les trois.

Les personnages sont à demi-corps et de grandeur natarelle. On voit dans le coin , à droite du spectateur, Gérard Douffet ; il est peint de profil , et vêtu de noir ; Ters le milieu se trouve sa femme, qui est peinte de face, et dont la robe est de satin blanc : elle tient de la main droite une branche de rosier ronge qu'elle admire. — Bertholet , vu presque de face , est dans le coin à gauche : il est habillé en chanoine , manteau rouge, etc. etc. ; derrière lui, se trouve un vase antique auquel est attachée une guirlande de fleurs. — Douffet tient de la main droite, et derrière sa femme, la statue en bronze , et il l'offre à Bertholet : celui-ci la refuse, et montre de la main gauche, la guirlande de fleurs. Douffet semble dire à Bertholet : Je vous donne lepiHj^; el Bertholet répond : (Test Gosswin qui Va mérité.

Dans ce tableau , Douffet et sa femme sont peints par Bertholet ; celui-ci est peint par Douffet , et les fleurs sont de Gosswin. La hauteur de ce tableau, qui e<t très-bien conservé, est d'un mètre, 20 centimètres* la largeur de deux mètres environ. Les grands maîtres sTfoiit reconnaître par la correction du dessin, l'en^ tente du clair-obscur, et la magie de la couleur. Les portraits passent pour très-ressemblans.

La famille Desoer possède encore un tableau du loénie maître , représentant r Les Cyclopes forgeant armure dJSnée en présence de Vénus. Hauteur 05 cent., largeur 1 mètr. 62 cent.

1650. BAVIÈRE (jPerrfmanrfrfc), électeur de Cologne , évêque de Liège , de Munster, d'Hildeshcim et de Paderborn , et abbé de Stavelot , était fils de ^îuiliaume V , duc des deux Bavières , et de René de Urraioe. 11 fut d'abord nommé coadjuteur de son oncle, Ernest de Bavière , dans l'archevêché de Cologne,

et ensuite chanoine de Liège ; enfin élu évêquc à l'unanimité, le 16 mars 1612. Quelques jours après ^ il partit pour Francfort, où la diète s'occupait alors de l'élection de lempereur ; il assista au courpnnemenl de Mathias. Durant son absence, l'église de St.-Kemacle au Pont fut entièrement consumée par les flammeSét

Ayant notifié aux Etats qu'il ferait sa joyeuse eojtrée à Liège, le 17 janvier 1613, oase prépara à- Je recevoir avec toute la magnificence de ce temps-là. Itlr» Polain nous eji donne le récit suivant :

La garde de dix hommes , les arquebusiers , les ar* balétriers « les archers de St.-Pholiçn et de St»-Nico1a$ , les corps de métiers avec leur^ bannière^ étaient éclielonnés dans les rues que devait traverser le cortège. Le conseil de la cité et les principaux bourgeois , revêtus du riche costume espaynol , attendaient le prince aq petit pont Vel Creyr, à Coronmeuse. Vers les dix heures du matin , plusieurs coups de canon annoncèrent l'arrivée de Ferdinand.

Près de quinze cents cavaliers des plus nobles familles de la Lorraine, de l'Allemagne et du BrabanI, parmi lesquels on distinguait le prince de Vaudeaiont, escortsiient l'évêqiie. Les habitans du faubourg St«*Léonard faisaient retentir l'air de cris de joie, et applaudissaient à cette magnifique cavalcade. Après avoir salué Ferdinand , le conseil et les bourgeois se mirent en marche et précédèrent le prince escorté des deux bourgmestres de la cité. Arrivés à la porte de St»-Léonard , ils lui présentèrent les clefs de la ville sur un plateau d'argent , et Ferdinand prononça à voix haute le serment exigé par les statuts.

On continua d'avancer ; arrivé près de l'église St.-Georges, le. cortège s'arrêta. On avait élevé dans cet endroit un théâtre richement décoré, çn des musiciens chantaient en l'honneur du prince. Une jeune

fille, représentant la cité de Liège, s'y tenait debout ^ à la rue de Tévéque , elle s'élança du théâtre , et soute* nue par quelques fils de fer artistement placés, elle se laissa fesser jusqu'aux pieds de Ferdinand , lui offrit un riche bouquet de fleurs» et récita ces vers composés par Tan des beaux esprits du temps :

Grand prince , noble d'ayeax , Prince délicieux, D*où m'arrire ce bonheur, D*oà ni*aborde cet honneur Que chez moi, ta pauvre Lîëge, Ta rieiis, quittant ta duché, Laissant ton archevêché.

Planter les pieds de ton siég;er?

Las, prince, je n'ai loyer, Digne de toi pour payer Un si charitable office, Si ce n'est un grand amour Duquel ton peuple a Tentour Te foit déjà sacrifice, etc.

le cortège continua sa marche vers la grande place da marcbé , où de nouveaux spectacles attendaient le prince. On y avait aussi élevé plusieurs théâtres où Ion Tepréseotait des mystères et des histoires. A côté de ces théâtres, on avait alkiraé trois grands feux de joie , et à côté de ces feux , s'élevaient trois pyramides ornées de guirlandes aux couleurs de la maison de- Bavière.

Arrivé près de la cathédrale, le prince jeta plusieurs poignées d'or et d'argent à la foule qui se pressait aridement sur ses pas, et monta les degrés de St.-Lam- )«rt où l'atWndait le chapitre. Après avoir rendu des actions de grâces au Seigheur , Ferdinand fit son entrée dans le palais épiscopal , et assista au splendide banquet qui lui avait été préparé. Une statue de cire, artistement faite , représentant Ernest de Bavière, a^ail été élevée dans la toile du banquet ; à l'arrivée du prince , on 6Xa la guirlande qui couronnait la tête

de la statue , pour en orner celle de Ferdinand , en présence des députés des bonnes villes du pajs , qui , après lui avoir présenté bœufs , mouionê et brebis^ prêtèrent le serment de fidélité. On se mit ensuite à table ; la nymphe^ chargée de représenter la cité de Liège fut placée à côté de Tévéque. Après le repas , le peuple se dispersa, faisant retentir l'air d'acclamations prolongées.

Les rejouissances publiques durèrent encore pendant plusieurs jours , mais elles firent bientôt place à de profondes inquiétudes. Ferdinand qui n'avait prêté le serment accoutumé des évoques de Liège , qu'après avoir exigé des modifications à certains articles et avoir commenté longuement les autres» ne tarda guères à démasquer ses vues ambitieuses et despotiques.

Pour obvier aux désordres fréquens, et surtout aux querelles et homicides qui se commettaient alors , ce prince, d'un commun accord avec le magistrat et conseil de la cité , prohiba dague , verdin , poignard ^ habits fourrés ^ corselets de niaille^ etc. , jusqu'à une espèce de bâtons durcis au feu, et ne permit d'autre port d'armes que celui de l'épée.

Élevé dans la politique allemande et imbu dès Tenfance des principes du despotisme» Ferdinand, sans consulter la cité , obtint de l'empereur Mathias un rescrit impérial qui anéantissait le règlement de 1603, que la cité de Liég6 s'était donné pour l'élection de ses magistrats, et le remplaçait par celui de Heinsberg. Ce règlement , qui confiait directement l'élection inagistrale aux XXXII métiers, contrariait les vues de Ferdinand , parce qu'il donnait trop d'influence au peuple. Dans la journée d Etat, il demanda un impôt de 5 sols sur cfiaque vitre : les Etats s'y refusèrent , et le peuple irrité de ses manœuvres se souleva : Ferdinand , suivant l'usage, fit tomber quelques têtes de bourgeois , et tout rentra dans l'ordre, du moins pour

quelque temps. Tels furent les tristes- précurseurs des nombreux orages qui signalèrent ce long règne de treote-huit ans. Le mécontentement devint général , et une puissante opposition, soutenue par la politique française, s'organisa bientôt, et entretint dans le pays ou ferment de discorde qui le mit à deux doigts de sa raine.

L'èvèque voulut justifier tes mesures qu'il venait de prendre. Dans un long manifeste dirigé contre les bourgmestres et adressé à la chambre impériale de Spire, il se plaignit de la résistance du conseil de la cité et de ses nombreux empiétemens sur l'autorité du prince. Des murmures violens éclatèrent de toutes parts à la publication de cette pièce célèbre qui reparut plus tard sous le nom des ctnqimnte'huù articles. Mal^é les intrigues du prince, et les divers mandemens de la chambre impériale, les bourgmestres ne tinrent aucun compte d'ordres qui Froissaient si évidemment les anciens privilèges de la cité, et Ton continua de procéder à l'élection des magistrats selon les formes populaires de 1603.

Après quinze années d'attente , la chambre impériale prit enfin une décision touchant les.afiaires du pays de Liège ; elle était Favorable au prince , et celuici s'empressa de la faire signifier aux magistrats de la cité. Cette triste nouvelle fut bientôt connue de tous; les métiers s'étant assemblés, décidèrent qu'il serait formé opposition au rescrit de la chambre impériale et qu'une députation se rendrait près de l'empereur à Vienne : le bourgmestre Rausin et l'avocat Prié furent choisis pour remplir cette mission. D'un autre ooté , les partisans du prince , sous prétexte de s'opposer aux incursions des soldats étrangers , mandèrent quelques corps de troupes allemandes qui, pendant sept mois , se livrèrent à d'affreux brigandages , et ne quittèrent le pays qu'après s'être fait payer des sommes''considérables.

Le 13 avril 1629, les députés Raustn et Prié oIh tirent de l'empereur une résolution favorable à la cité; mais les ministres de Ferdinand et les gens de son conseil privé en détournèrent le sens par de perfides interprétations , et crurent s j voir autoHser à agir militairement contre la cité ; l^mper^ur déclara alors qu'il défendait toute exécution à main armée : Appre^ nani, dit-il , que le pays de Liage est travaillé et rongé par les fréquentes vexationê et les ravages des soldats étrangers qui artachent les entrailles et la substance des pauvres ; que les dits soldats tiennent les, voies publiques assiégées^ empêchent le commerce, tuent, pillent, et traitent fort mal nosstgets , et voulant porter remède à toutes ces misères, nous déclarons prendre ce pays sous notre sauvegarde.

Ferdinand, environné de flatteurs» inspiré par Zorn» son conseiller intime « qui abusait étrangement de sa confiance , irrité comme toutes les âmes faibles par la contradiction , jura dès ce moment une haine implacable à la cité de Liège. Ne respirant que le despotisme, mais sentant bien que pour y parvenir et établir une domination arbitraire dans le pajs , il fallait subjuguer Liège; c'est donc à détruire la liberté de cette capitale, qu'il va consacrer tous ses efforts. Tantôt vaincu , toujours souple et sachant céder aux circonstances , mais aussi toujours actif , acharné , rien ne le détournera de ses sinistres projets : les courtisans l'applaudiront^ l'aideront, mais malgré vingt années d'oppression , de vexations, et la corruption la plus raffinée, la force seule lui procurera une espèce de triomphe , qui a transmis son nom à la postérité couvert d'opprobe et d'infamie ; et il trouvera jusqu'à la fin de son règne , les Liégeois pleins d'un patriotisme pur et d'unç énergie que rien ne peut abattre. Beeckman et La Rbelle qu'il détestait , parce qu'ils défendaient avec intrépidité les droits de leurs con-

79 — citojens injustemenl attaqués , périrent yictimes de leur zèle. Des diaseutions civiles, des guerres intestines, causées en partie par la politique astucieuse de la France , et d'un autre côté par la marche tortueuse et liTpocrite de Ferdinand , epsanglafitèrent le règne de ce prince, et préparèrent la ruine ;de l'antique liberté lié^iae.

En 1613 , Âlbergati , évéque de Bitègle et légat du St.-Siëge 9 vint à Li^e et fit la visite du diocèse, il tra- Taiib à redresser les abus et à rétabUr l'ancreliDe discipline ecclésiastique' dont il restait peu de vestiges ; ce qu'il attribuait, dit-il, dans un discours, à ce que :

■ Quoique tout ce qni regarde le ministère des pas-

• teurs, soit aropleiaeht' expliqué tant dans les saints •conciles que dans les canon^, et que ce qui concerne 1 l'administration des sacrémens soit compris dans le ^Rituel de l'église de Liège; néanmoins nous avons

• reconnu par notre propre expérience, et non sans t une lrès*vive douleur^ que les points les plus essentiels

• étoient pour la plupart, ou ignorés ou négligés, pour >ne pas dire méprisés par les uns et les autres, sous

• prétexte qu'il n'y avoit point de précepte particulier •qai les obligeât de les: observer.

»De ce mauvais principe, continue-t-il, est suivi

• un dérèglement ^ffreux dans les mœurs , et un scan- •date criant dans l'exercice du ministère de la parole •de Dieu. »

Dans 1^ Tue d'augmenter et de perpétuer la dévotion ângulière des Liégeois envers le St.-Sacrement , Âlberf^aû dressa le plan d'une Confrérie pour laquelle il fit quelques réglemens et obtintdn 6t."Siége des indulgences considérables. Depuis lors> ees» confréries se aultipiièreat À l'envie noo-seulement dans le diocèse deU^e^.inaisèàobre: dans les provinces voisines.

Cette^mèmeiannée, Ferdinand de Bavière ayant été nommé oonjiDintemëntiavaC l'aiieludtfo Albert, pour

~- 80 — Taire exécuter à Aix-la-Chapelle la sentence portée^ par lempire contre cette ville , on le protestantisme appuyé du voisinage et de la protection de la Hollande était dominant depuis l'an 1581 , rétablit l'ancien ordre de choses; cet évéque, profitant de la circonstance favorable, y envoya André Streignart et Jean Chapeauville avec mission de raffermir le catholicisme dans cette ville impériale dépendante de Tévéché de Liège. Pour mieux y parvenir , il obtint du nouvau sénat, rétablissement d'un collège pour les Jésuites.

Vers le même temps, on vit s'établir successivement à Liège , les Jé9uite9 Aruflais , les Darnes Anglaises , les Religieuses de Ste.- Walburge , les Minimes , les Carmes- Déchaussés ^ les Ursulines^ les religieuses dites de Notre Dame des Anges , les Augustines , les CarméliteS'Déchaussées , les Célesiines^ les îiénédiciines ^ les Dominicaines , les Franciscaines^ les Capucines, les Récollectines , les Concepiionistes , les Urbanistes , les Tertiaires , qui eurent bientôt après des maisons dans les diverses villes et bourgs du pays.

Se conduisant en toutes choses , par système, dans un sens opposé à l'esprit de la constitution liégeoise , Ferdinand demanda et obtint de l'empereur Mathias un diplôme , par lequel il lui accordait du consentement des électeurs de l'empire , pour le terme de 20 ans , la permission d'établir dans la principauté de Liège , un nouveau soixantième sur les marchandises d'importation , d'exportation ou de transit , dont le produit devait être appliqué à la solde des garnisons de îluy, Dinant , Bouillon, et autres places. Prévoyant bien que les états du pays ne consentiraient point à cette permission inconstitutionnelle , et ne pouvant cependant la publier ni la mettre à exécution sans leur concours , il sollicita l'envoi à Liège d'une commission impériale, sous le prétexte d'y assoupir les différends qui existaient entre le clergé , les états et la

cité au sujet de la quotepart que chacun deTait fournir pour les oécessilés publiques , et de travailler à la réformation des tribunaux, mais dans le fond , pour par- Teuirà faire exécuter le diplôme impérial qui lui tenait àcœur. Ses diverses manœuvres échouèrent contre la fermeté des états.

En 1618 , cet évêque tint à Liège un synode , dans leglise cathédrale , composé du clergé primaire et secondaire et de tous les abbés du diocèse , qui fut publié sous le titre suivant : Décréta synodi diœcesis Leodiensiê. Anna 1618, sub Ferdinando à Ba varia, Liège. Ouwerx. 1618. On lui doit un nouveau Bré- Tiaire : Breviarium Leodiense Ferdinandù Lîége , Tournaj, 1636. Pars HiemalU , iu-16 ; et un Paroissien : Parochiale Leodiense jussu Ferdinandi emen^ daium. Liège, llovius, 1641 , in-4".

Les Jésuites de Liège , à l'instigation de l'évêque , outrirent un cours de philosophie dans leur collège; mais l'Université de Louvain sy étant opposée , ils le ce&sèrent. Le séminaire de la Chaîne continua le sien.

L'année suivante eut lieu la conspiration de Hersin, jeune homme né à Utrecht. Les ministres et conseillers de Ferdinand de Bavière, ne pouvant digérer l'affront qu'ils avaient reçu de la part des États qui s'étaient refusé à l'impôt sur les vitres, au nouveau soixantième. clc. ,etc. , résolurent de s'en venger, et couvrirent leor dessein du masque de la religion : ils lancèrent des libelles atroces contre tous ceux qu'ils regardaient comme leurs ennemis, les accusant hautement de vouloir introduire la liberté de conscience dans la ville et Kpaf$ de Liège. Hersin, poussé par eux, dénonça le ^oifraorant de Liège, Maurice prince d Orange, Justin cowle de Nassau, le comte de Bcllejoyeuse , le prince de Sedan, et un grand nombre d'autres personnes de di»liuction et des principaux de la bourgeoisie , dont d^Qx , entr autres « Bassinier et Hardé , accusés d'être de

— sa -

ce prétendu oomplol, furent mis k mort. Lés véritables auteurs de cette conspiration atant été découverts, ih quittèrent pour un temps la ville; mais Hersin, qu'ils avaient mis en avant , fut livré aux éohevins et supplicié à ['opposite de la rue Neuvice.< Tels étaient les moyens habituels (la perfidie et la calomnie) , qu'employaient contre les hommes opposés à leurs petites vues, les conseillers de ce prince.

Sous son règne, on apporta des améliorations au mont-de-piété de Liège; les usuriers furent chassés , et Ton établit des monts-de-piété dans quelques-unes des bonnes villes du pays« Ayant voulu assigner en 1624^ un lieu particulier pour le poids de la ville ^ les bourgmestres pour calmer le mécontentement du peuple* ^ ou pour tout autre motif, permirent à chacun, Tannée suivante , d aller peser sa marchandise où bon lui semblait. Ferdinand dans la. pensée de favoriser le commerce liégeois avec rAUèmagne , envoya des députés à Bruxelles pour y traiter le projet d'un canal de jonction entre le Rhin et la Meuse. Les Hollandais allarmés des suites d'une pareille entreprise, s'y opposèrent déboutes leurs forces, et engagèrent même les États du pays à ne pas y donner la main , s'ils ne voulaient s'exposer aux malheurs d'une guerre. Malgré ces menaces , on commença les travaux de ce canal en 1626 ; il prend les eaux du Rhin' à Rhinberg, passe par Gueldre et vient aboutir à Venloo.

En 1628, Ferdinand tenta pour la première fois, mais en vain , de donner de sa seule autorité dets lois au pays. Il publia sous son sceau particulier un mande* ment , ordonnant aux étrangers*, vagabonds et soldats qui rôdaient alors dans la principauté, d'en sortir, sous peifle d'être fouettés de veryen pour la première fois ; et en cas de récidive. A' kire pendus et étranglés^

Depuis longtemps , Ferdinand , par ses tracasseries « son indigne et méprisable manière de gouverner , et

son projet de Yoir la principauté accéder de nouveau au cerde de Westphalie , avait perdu là confiance des Liégeois. Do plus en plus irrité des contradictions que lui suscitait la cité de Liège dans ses empiétemens sur la constitution, il lança un manifeste contre elle. Le bourgmestre La Ruelle / en sa qualité dé syndic , y répondit par. un écrit en forme d'appel , qtii fut envoyé à la chambre impériale ^e Spire. On publia la même anoée(1636), une lettre adressée au pape Urbain VIII par le cbapitre cathédralet le clergé de Liège. Cette pièce est un exposé de tous les griefs du pays contre l'érèque, et une condamnatipn de sa conduite. Après quatre années de troubles , la paix de Tongres ramena Ferdinand à Liège ; mais les Chiroux et les Grignoux dont la haine existait toujours, plongèrent de nouveau le pays dans de noureaux malheurs..

Au mois de janvier 1643 , la Meuse déborda et ^Qt baigner le portail de l'église cathédrale : elle reoverga le Pont-des-'Ârches et causa des dommages incalculables. On fit venir des ingénieurs de Hollande, et la cité conclut aveC eux pour une somme de 180,000 écus la reconstruction de ce pont, qui fut terminé vers 1646 , malgré les réclamations de lé-- Tèque.

£n 1649, 1er baron Gilles de Bocholt, grand doyen deféglise de Liège , étant mort , une partie du cha- |»tre élut Jean Arnold , baron de Lèrade , pour le remplacer^ et l'autre Maximilièn Henri de Bavière, neveu <1( Ferdinand. Ce dernier soutint ses droits par la voie larmes, se rendit maître de Liège, lui imposa ^ loi , et fit décapiter lés bourgmesti'es Barthèlemi iolaud et Wathieu Hennet , Léonardi et Barbière, pour a?oir soutenu les droits de la cité. Après cette &Q<;1ante exécution , on vit renaître Tordre et la tranquillité à Liège. La principauté fut accablée d'impôts, tant de la part de l'évéque que de celle de l'empire qui envoya des troupes pour les faire payer.

Ferdinand de Bavière aenlant 869 forces défaUlir, travailla à se donner un successeur. Le chapitre calhé-» dral lui donna pour coadjuteur son neveu , Maiimilien- Henri , auquel il laissa tous ses pouvoirs pour régler les affaires du pays.

Sur la fin de cette année , la coutume d'envoyer le vin à ceui qui avaient assisté aux obsèques, fut aboli « par la raison que la plupart de ceux qui le donnaient , n'avaient souvent pas le moyen de faire cette dépense. L'érection d'une citadelle fut résolue et exécutée avec vigueur par les soins de Maximilien^^Henri de Bavière , à laide de laquelle il se proposait de tenir en bride les Liégeois.

Ferdinand de Bavière mourut subitement le 13 septembre 1650, dans son château d'Areraberg en Wesl<phalie, après avoir gouverné Tévéché de Liège 38 ans, sans avoir pris les ordres sacrés : il fut enterré dans l'église cathédrale de Cologne.

Il ne montra jamais aucun amour ou bénévolencc épiscopah : obéissance et argent étaient ses seuls moyens de gouverner. Durant 23 ans , il ne résida à Liège que six mois et dix-huit jours. Il engagea la mense épiscopale , malgré le donatif qu'il reçut de la nation, pour 350,000 florins, et tira du mont-de*piélc de Liège, au détriment des pauvres, une somme de 75,000 florins. Il fut un véritable fléau pour les Lié* geois. Sous son règne, les états firent l'acquisition de la terre et seigneurie de Fléron : la ville de Brée, dans la Campine , fut déclarée définitivement appartenir à la principauté ; on tâcha d'obtenir de l'Espagne, une compensation pour les territoires de Charlemont, Philippeville et de Mariembourg , qui appartenaieut au pays.

Le F. Foullon nous apprend , que sous Ferdinand de Bavière , la cité de Liège était accablée d'impôts consistant dans les suivans : l"* un soixantième sur toute

iMpèoede marchandises venant dans la cilé, faubourg» tt banlieue ; 2* un impôt de 29 sous par tonne de bière ; un autre de 40 sous par tonne de hougarde ; 4' uo autre de 18 florins par tonne de vin eu de Tinaigre; 5* que celui sur la viande rendait annuellement 14»000 florins : celui sur chaque pièce de draps sortant de la foulerie rendait annuellement 40,000 florins. Il estime l'impôt annuel de la cité à 407,820 florins , ce qui fait , outre les donatifs frèquens acoortlés à Tévèque , les sommes payées aux troupes étrangères et les impôts immenses de TÊtat , environ 15,497,100 florins pour la durée du règne de ce prince» Ferdinand avait fait construire à une lieue de Bonn, «ne saperbe église , sur une montagne qu'on appelle Sle.-Crôii , où il fonda aussi le monastère des Servites auquel il assigna des rentes^

1651. ROBERTI t/mn), savant Jésuite, né le 4 août 1569, à St.-Hubert, bourg de TÂrdenne dépendant de ^ principauté de Liège. Il fit son cours d'humanités chet les Jésuites nouvellement établis à Liège , et celui de philosophie chez les PP. de la même compagnie, ao Gollëge des Trois Couronnes à Cologne , où il rem-> porta la première place à la promotion des maitres^sarts faite en 1592. La même année, il entra au noviciat des Jésuites de la province du Rhin. Depuis il «nseigna avec réputation la théologie et Fécritureainte dans les Universités de Douai , de Trêves , de Vortzbourg , et ensuite dans celle de Mayence , où il % fit recevoir docteur en théologie. Il fit aussi un assez m^ séjour à Liège , et mourut d'une manière fort i<iifiante à Namur , le 14 février 1651 , à l'âge de 82 ans.

Les Ouvrages du P. Roberti sont encore recherchés : le traitent en grande partie de matières singulières, ^ prouvent que l'auteur était versé dans les belles-

lettrée * la théologie , la controvetM et dans l'histoire ecclésiastique. Il a publié :

l"* Dinertatio de wperstiHone. Trêves, Henr. Bock» 1614,in.l6.

2' MffsticcB Ezechielis Çtiodrigœ , id est^ iocro^ êanctœ quatuor Evangelia , et hisloriarum et teniporum eerie vinculaia , grt^ et latine, digeitore R. P. Joh. Roberîù... S. T. U. Mayeoce. Joan. Albinus, 1615, in-fol. p. 256. C'est l'ouvrage le moins estimé de cet auteur.

Rodolphe Goolenius, fils» docteur en médecine, et professeur de physique et de mathématiques à Mar-** purg, zélé disciple de Paracetse, après avoir donné au public sa PhyHohgia crepUAâ ventru» une Vranos^ copie^ une Chiromancie, et divers autres ouvrages en faveur des devinations superstieuses, publia : Trac-' taiuê de magneticâ curaiione vulnerum , etc. , etc. , ce traité dans lequel il prélend guérir toutes les ixialadies avec l'aimant, donna lieu à une dispute très^vive entre lui et le P. Roberti qui publia h ce sujet :

3"" TractatÛ9 no^i de magneticâ VMlnerum cura^ tione^ authore D. Radolpho Gocienio ^ etc. brevis Anatome , etc. Louvain, 1616, in-18, p. 54; Trêves, 1615, in-12; et dans le Thealt^um Sympathèticum aucium. Nuremberg, 1662 « in-4''.

Rodolphe Goclenius répondit à cet opuscule par sa SynarthrôHi magneticâ ,etc,, que le P. Roberti réfuta par récrit suivant ;

4"" Gecleniue Secnitontimorumenos, id eet^ Cura-tionis magneticœ $t unguenii armarii ruina , etc. etc. Luxembourg, 1618, petit iQ-l2, p. 356.

Goclenius ayant depuis publié son JUirabilium na* turœ liber ^ le P. Roberti fit paraître :

5* Metamorphosia magneticâ Calvino-Gocleniana ^ etc. , etc. Liège, Jean Ouwerx, 1618, in-16, p. 140.

6"* Goclenius magnue eerio délirons epistola. Douai ,

1619, m-l2; réfutation de Toputcule de Gadenius intitulé : Moro^oféia.

7* Curationié magneticœ « et nnguenU armmrii magica ùnpostura clari demonstrata modesia responsio ad permcio^am difpuiatiûneitt Joanhis BapUêiœ ab Helmont^ meeUci pyrotechnici , cotUra eumdem Hobef^ \um acerbe eonMcriptum. Luxembourg, 1621^ ià^l2.; Cologne 1622, in-12. On trouve dam \t Theatrum Sympaiheiicum ; Nuremberg , 1 662 Jn-4% tous les écrits des deux antagonistes au sujet de cette polémique.

8* Coniemptus mundi^ auctore anônymo: opumw^ htm piufn vertu rytkmico oonscftpkim , rà Jounne BobertL S. J. pubticatum. Luxembourg 1618, in-12.

9" N€Uhanaél Barikohmœas éeu Ihunonstroâie quà clarè probaiur Nathanaêkm esee Bartkolomœwm ApoMtoiunt. Douais 16^0, in^"" ; d'autres savans écri^ ▼ains ont soutenu cette assertion , entr*autres , Ai«* phonseToslat, Cornélius à Lafvtde, Henri Hammond , Gavantus, le P. Fabricio Pignatelli et le P. J^û Stilting.

10" Ecoleeiœ AngUcamœ refbrmatœ basif^ impôts tura; cum epi9iola<tdilL'^''* aêque amp.'^*'^ Sermifaiwd Magnœ Britanniœ Hegù conniiarioê. DiscnHtM^eîiom o&ùér oùneilium profectionù, eivi fugœ in Angliam Merci Aniomi de Dominie; qucmdam archiepitcopi^ nunc arekiapoêîaîœn Heducendie seduciis, mammé AstgHs , scrtbebat Joh* Boberiû S. T. D. Liixemiwurg, 1619, in-32 p. 307. Le P. Rcfberti attaque dans cet oaTrage, deux sjnodes tenus en Angleterre.

IP n. Thiofridi Ordinie S. Beneddeti, ahboMs ei domini JEftemHcemsiê^ Flores Epiiaphii Sanciorum^^ ^hri$ qnaÉmyr, kactenàs nunquàm edili; Opus muiéd pieiaie, erudùime muliigenây et zerè floridâ tefetikum. Joh. BoberU, eœ*dmokuÊ MSS. bihlioih^ Efteruaeensie S. Clemeniis WiîUbrordi^, descripnt recensuit^dùh' UnxU ei noUe illuHraviL Fioruit TUofridus anié

annoê D. X* cujui et viia ah eodem Roberti addUa% Luxembourg, 1610, iu-4* p. 224^ gros caractère,

12^ Hiêioria S. Huberti^ principis AquHani, uU iinU Tungrenêis et primi Lwdiensis episcopi, ejuêdem^ que urhiê candiiariê, Arduennœ apoetoli, tnagni Thau^ maiurgi, etc. Luxembourg > 1621, în*4'',p. 572. Dédiée à l'infante Isabelle el à Nicolas Fansoo , abbé de St. Hubert, dette histoire est très-curieuse et assez rare aujourd'hui : elle est divisée en trois parties. La 1'* contient la vie de St. Hubert telle que Surius 1 avait donnée; on y trouve la translation du corps de ce saint, des notes et des paralipomènes sur sa vie*

La 2* qui traite du culte de St. Hubert et de ses mi* racles , renferme le livre De miraculiè 9ancti Huberti, ouvrage écrit par un moine de St.^Hubert, qui vivait encore vers la fin du onzième siècle. L auteur de cette relation écrit assez bien pour son siècle: il montre dans son récit beaucoup d'exactitude et de bonne foi , mais aussi beaucoup de crédulité. 11 nomme les personnes, sur qui se sont opérés les miracles qu'il rapporte, et spécifie les lieux d'où elles étaient: sou* vent même il marque l'année des miracles des 9* et 10* siècles; ce qui prouve qu'il avait de bons mémoires entre les mains. Cet auteur anonjme commence sa relation à l'an 825 (époque de la translation du corps de St. Hubert à Andaïn), et la termine vers 1100. Elle n'offre d'autre intérêt qu'en ce qui concerne le pou* ▼oir que St. Hubert continuait d'avoir auprès de Dieu , en faveur de ceux qui l'invoquaient. Ce que lauteur dit de Xeiyuérison de la rage^ est une preuve de Van* cienneté du recours qu'on a eu à St. Hubert pour cette maladie, ainsi que des cérémonies qui s'y pratiquaient dès lors. Il désigne, mais en termes obscurs, la. fiMiratm, qu'on fait encore faire aujourd'hui à ceux qui vont à St-Hubert, pour être garantis du danger de la rage : il indique plus clairement la coutume déjà reçue de les tailler au front ^ et d'j insérer un brin de l'étol^

~ 89 — de Si, Bubert.n parle ausside ]a fameuse cAaf^tf ,quela noblesse avait coutume de faire tous les ans à la fête da Saint, et qui était depuis longtemps en usage. ,11 rapporte jusqu'à dix miracles opérés par ce saint pour la conservation des biens temporels de son monastère, oode quelques particuliers» On ne peut guère s*einpécher de rire, en lisant au chapitre 21 , la délivrance i'un posêédi ^ qu on avait placé dans un tonneau rempli d'eau froide : Coactus Dcsmon , dii lau teur , per pos^ (eriora egredi, talem dédit crepitnm , ut omne dolium à cmpoge tud regoheretur» Le P. Mabillon a donné une nouvelle édition de ce livre , dans ses Acta S. S. (MUnis «S. Bénédictin avec de courtes notes au bas te pages, tome V. p. 297-303.

La 3* partie renferme dix dissertations; la plus importante est la 9^ où le P. Roberti parle des guérisons qot se font journellement à St.-Hubert; il y examine leloQ les r^les de la plus sévère critique , si les céréoonies qui s'y observent , renferment quelque chose de superstitieux , et se déclare pour la négative.

L'usage de tailler les personnes mordues par des chiens enragés , c'est-à-dire, de leur faire une légère ^ficism au front pour leur enfermer sous la peau un l^nde tiiole de St. Hubert ^ est fort ancien , puisqu'il ^ est parlé dans lanonyme , qui a écrit vers la fin du 11* siècle les miracles arrivés en 825, à la translation du corps de ce saint évèque de Liège à Ândaïn. Ce même écrivain désigne obscurément la neuvnine , ^on pratique encore aujourd'hui après l'incision* fcanGerson, auteur du 15* siècle, traita celte neu- ^oe de superêtitieuse (Tractatus de directiane cordiê op. Bochellum L. IV. Decretor. EccL Gallicanœ ^^50). Quelques docteurs en théologie de Paris , après mir ?u l'avis de ceux en médecine de l'Université de «tte ville, parmi lesquels se trouvaient Brayer et Dow, en portèrent le même jugement , Iç 10 juin 1671 l^oy.Sfe. Beuve tome 2. cas. 193 p. 627).

Cependant , outre le P. Boberti , le P. Pierre , marchand rècollet {ap» Nicol Pauwels » TheoL Pract. parL IV €• 12. § 4) , s'était déclaré en favear de la neu vaine, en ajoutant qu'on disait qu elle avait été de nouveau eiaminée et approuvée. Jacques Boodart {JUatmaliê theoL Tract. F. deprcecepiis 1 tabulas» %, 10.) se fondant sur l'ancienneté de cette dévotion pratiquée à la rue de l'église, avertit qu'on doit se garder de la ranger parmi les vaines observances. Les docteurs de Loovain, tiommar Hujgens, Henri de Charneux, Jean Libert Hennebel , le P. Lambert Ledrou , et Martin Stejaerts, l'approuvèrent par line déclaration en date du 6 septembre 1690. Les examfnsfteurs syriodàux de Liège, Théodard Cochet, Jean Lebeaù, Henri Denys, et Philippe Ferdinand Cuvelier , en firent autant le. 22 du même mois.

Jean Louis d'Elderen, évéque de Liège, donna le 4 octobre suivant (1690), un acte où il Axii'Nauê jng«fn9 que la dite neutaine se pexd observer et praMquér en toute sBiireté et sans aucune superstition. H faut remarquer que ce prélat , ainsi que lef» théologiens de Liège et de Louvaih, fait mention datis cet acte de ^explication donnée en 1690' par les reUgieum de St.- Hubert, du l*' article de la neuvaine qui porté: £lle (la personne taillée) doit se confesser ei communier neuf fours consécutifs. L'évèque et les théologiens restreignirent leur approbation aux termes de cette explication , qui ajoute au V* article : soùs ta cohduitê et le bon avis d'un sage et prudent confesseur^ à qui il appartient de juger de la disposition de la personne tant pour la confession que pour la communion. Les docteurs en médecine de Louvain, Laurent Peeters , Henri Soiïiers et Adrien Regnault approuvèrent , le 17 juin 1691 , les articles de la neuvaine qui ont rapport à la médecine , comme conformes aux principes de cette science.

Germain Gillot , docteur deSorfaonne, et chanoine de la cathédrale de Reims, fort connu par la communauté de jeunes gens qu'il élevait , ajant attaqué la nenÊ^amB comme remplie d'observations vcdnes^ ridi^ eûtes et 9upersiUieusBs ^ dans une dissertation en forme de lettre qu'il adressa au docteur Hennebel , sous la date du 20 avril 1701 , un religieux de Tabbaje de St.- Hubert défendît la cause de sou monastère et publia à cet effet : EicpUcalùm plus ample de la> neuvainé de Si. Hubert^ qu'il fitsuivre la même année (1701) d'une riponn atus objections^ dans laquelle il semble aban* donner ce qu'on dit communément de lorigine de l'étole du saint, et du miracle qui la conserve sans qu'elle s use. Le P. Pierre Lebrun de l'Oratoire , a inséfé cette derdière ejfplicaiion dans son Histoire critù que des pratiques superstitieuses, etc. (édit. de 1733, tome 2 p. 58^99.), et considère cette neuvainé comme pleine de pratiques superstitieuses. Nicolas Pauwels, pléban et professeur en théologie à Louvain , s'est proposé cette question et semble la laisser indécise dans sa Théol. pract. part. I V.

Collet, prêtre de la Congrégation de la mission, et docteur de Sorbonne, parle de la netufain&.k St. Hubert , dans le 3' vol. de son Traité des dispenses (lettre XIII, édit. de Parie, 1753^ p. 209-21â). Après avoir répondu aux plus fortes objectiohsv et observé que les docteurs de l'Université de Louvain ne sont pas gens à tolérer des usages superstitieux, il conclut en ces termes : t Voilà, H., tout Ce que je puis vous dire au surjet de la neuvainé de St. Hubert; pour moi, je

• n'aurais point de peine à la faire. Son adversaire le

• plus déclaré, Gilot, et tous ses Gilotins , avouent •qu'elle n'est pas évidéiïiment mauvaise : Apertd cor'

• ruple/tftmoti/.llditde plus qu'au mojende la bonne

• foi et de la piété, avec laquelle on la fait , on peut t détenir» il aurait pu ajouter et l'on obtient tous les

-- »2 -- •jours de Dieu, par les mérites de son saint le préser* »vati( qu'on va lui demander. >

IS"" Sanctorum quinquaginta juriêperitarum e/byia, contra populare cotnmenium de solo hone publir caîa. Liège, Jean Ouwerx, 1632, in-l6, p. 212. Ce recueil d'éloges des saints qui s'adonnèrent à la juris* prudence , est dédié à Adrien de Fléron , chanoine de la cathédrale de Liège , qui cultivait particulièrement cette science. Après s'être étendu dans sa dédicace, sur Servais et Gérard de Fléron , père et oncle d'Adrien , il fait l'éloge d'Antoine de Lihert l'un des jurisconsultes les plus instruits de son temps et qui savait allier aux devoirs de son état la culture des belles-lettres. Parmi les hommes marquans qu'a fourni la famille de Fléron, le P. Roberti n'oublie pas Gérard, grand-père d'Adrien, que la providence, dit-il, semble avoir accordé aux Liégeois pour les préserver du venin de rhéréiie qui s'était introduite à Liège vers 1570. Quelques habitans de cette ville, zélés partisans de la religion prétendue réformée, jugèrent qu'il fallait en admettre l'exercice. Mais on devait en faire la demande au peuple , et puis la lui faire agréer. Gérard de Fléron en était aimé et respecté ; on le reqqit donc» de préférence à tout autre , de lui proposer s'il voulait recevoir cette nouvelle secte. Gérard s'acquitta très-adroitement de cette commission dangereuse : f Désirez-Tous, t dit-il , ô mes concitoyens ! maintenir ou changer fia religion que l'église de Liège, dès son berceau, a

• conservée jusqu'à présent , cette religion que vos an- »cètres ont observée avec ferveur, cette religion hors

• de laquelle ils ont cru qu'il n'était aucun salut à es-

• pérer, cette religion enfin, 6 Liégeois! qu'ils vous ont

• transmise pure et intacte.i ? Le peuple s'écria unanimement: tNous n'en voulons pas d'autre.^Onstatua par un décret inviolable , que tous les fauteurs des opinions de Luther sortiraient de Liège. Ce qui fut exè-

— ÔS — cuté aTec rigueur; et depuis on ne a'avisa plus d'agiter œtle question. Théodore de Bry , l'un des premiers paveurs de son siècle , expulsé par ce décret, transporta dès lors ses talens en Allemagne. Le P. Roberti termine sa dédicace par l'éloge de François de Fléron , savant Jésuite , que Henri IV voulut fiier en France.

Dans une préface, Roberti rend compte des motifs qui lai ont fait entreprendre cet ouvrage , et répond d'avance aux critiques qu'il s'attend qu'on lui fera d'avoir écrit sur cette matière. On connaît le proverbe qui vent que la profession d avocat n'a fourni qu'un seul saint, l'unique Yves, qui, après être monté au del , retira et cacha l'échelle qui l'y avait conduit. Le jésuite Roberti s'est plu à démentir ce proverbe , et au lieu d'un saint, il nous en offre cinquante dans son livre qui suivirent la même profession, ou qui s'appliquèrent à l'étude des lois.

Cest Moyse le plus ancien des législateurs qui ouvre le recueil de Roberti : Charlemagne, comme cela devait être, y tient aussi sa place. Nous y voyons deux éfèques de Liège , St. Hubert et le bienheureux Walbodon. Parmi les modernes, on distingue Thomas Morus, chancelier d'Angleterre, qui n'est point inscrit au nombre des saints, et St. François de Sales qui ne l'était pas encore du vivant de l'auteur.

Le style de Roberti est en général facile , simple et coulant.

14* Legia caiholica Leodiennbus catholiciê offert Joklioberti.Liége^ JeanOuwerx, 1633, in-32,p. 185. Ble a été traduite en français par le P. Âlard le Roi , jésuite. C'est une petite histoire de l'église de Liège , <Uds laquelle l'auteur cherche à s prouver qu'elle a toujours conservé sa foi depuis son premier évéque.

15* Viia SancU Lamherii martyriê episcopi Tun^ S^^9Hii$^ LeodietMiê civiiatiê, et dUioms divi tiiulariê^ ^ antiquù, probatisque auiharibus et chartiê collecta

et édita* Liège, Jean TcHiruay, 1633, in->12» p. 258 , gros caractère. Traduite en français par le P. Àlard le Roi. Liège , 1634, in-r2. Il 7 ramasse avec beaucoup d'ordre et d'exactitude tout ce que l'anliquilé a pu lui fournir sur la vie de St^ Laoïbert, et j discute fort judicieusement les doutes qu'il rencontre sur son cheroiD. Paquot reproche à Roberti d'avoir semé trop de fleurs de rhétorique dans cet ouvrage.

IQ'* De tidoliUrte prétendue de tégliêe romaine, en t adoration dei imagée. Beepùnse à un écrit du eieur Abraham Rambour , approuvé et eigné par le eieur Pierre Du MouUn , tous deux nimistreê de la religion prétendue réformée à Sedan. Liège , Jean Tournay, 1635, in-<12 , p. 196, gros oaractère. Rambour répliqua en publiant son Traité de l'adoration des images , avec quelqtieê observations sur tescrU du sieur Jean Roberti , jésuite , imprimé à Liège , concernant le culte des images. Sedan , Jean Janoon, 4635 , in-12.

17** Za confession de foy des prétendus reformez de Flandre , convaincue de fausseté dans tous les articles où elle est contraire à la doctrine de l'église romaine. Liège, Jean Tournaj , 1642, in-12.

18" Paralella saero^sanctœ missœ , et cœnœ heereticœ , prœside M. P, Jeanne Roberti....» propoitia disputationi à Jeanne Eringo.

19° Considérations adressées aux habitans deUége pour les porter à retenir la foi catholique. Eu français et en flamand.

. 20" Plagia fanatica.

Le P. Roberti avait encore ébauché d'autres ouvrages auxquels il ne put mettre la dernière main, Il avait deux frères : l'un nommé Remacle , qui était commissaire des vivres dans les armées du roi d'Ës^ .pagne ; et l'autre appelé Pierre , homme de lettres , licencié en théologie et abbé de St.-Pierr& ou de N. D<

de Lttxembourg » qui gmiyerna oe monastère avec beaucoup de sagease depuis 1602 jusqu'en 1626 , et T fit beaucoup de biem

1651. MONCEAUX {Jean dm), naquit à Hannut, boarg de k province de Liège ,^ en 1569. Sorti des bases classes, il étudia en philosophie, d'abord au Goliége du Lys , et ensuite à celui du Porc à Louvain , où il remporta la première place de son concours à l^ proDiotion générale de l'an 1586. La guerre et la peste avaient alors presque fait abandonner TUniver* site de Louvain depuis six ans. Du Monceaut ayant atteint sa 20* année , entra dans la compagnie de iésos. Ge Père mourut à Namur le 28 octobre 1651 , dans sa 82' année. Il se fit aimer par sa bonne con» duite , la doudeur de ses mœors et l'obligeance de àon caractère. On a de lui les deux pièces suivantes:

l* La vie de Sie. Odile» vierge, edfttnictù d'un amf* cien nuinuecrit latin dOrp^le-Grand. Liège , Léonard Streel, 1614, in-12, dédiée à Adrien Stalpaerts, abbé de Tongerloo , par une épiti'e latine. Ste. Odile t^t honorée le 30 juin à Orp-le-Grand , village à deux petites lieues de Hannut , oh Ion croit- posséder soD corps.

2* Antidote du péché , ou traité de la pénitence. I, Jean Ouwerx , 1624, in«16.

1661. CALEMUS , ou van CAELEN {Hênrt\ mqniX i Bëringhen , petite ville de la principauté de Liège, iQ comté de Looz « ters Van 1582. Ayant achevé iofl cours d'études à rCnîversitéide Louvain , il fut VMminié curé d'Assche , et exerça pendant quelque tfmps les fonctions d'arohi^prétre du doyenné d*Alost. il fut pourvu , .en 162;^ , de la cure de Ste.-Catherine i Bruxelles , et itoomié drchiprètfe du doyenné de cette ville, ehanoioe.d^ Malioesiet censeur arohiépis- 1 des livres.

Ayant donriéf en celte dernière qualité , une magnifique approbation au fameux ouvrage de Jansénius , celui-ci étant sur le point de mourir , fit don du manuscrit à son chapelain , le 6 mai 1638 , à condiiioD de le communiquer au docteur Libert Froidmont, et à Calenus, pour qu'ils le fissent imprimer. L'ilti^- Unus parut par leurs soins en 1640| avec une dédicace au cardinal ÎFerdinand, Infant d'Espagne et gouverneur des Pays-Bas ; et depuis ils furent deux des principaux conseillers de l'archevêque de Boonen dans les démêlés que ce livre occasionna.

L'archidiaconat de Mali nés étant venu à vaquer , ce prélat le confia à Calenus , et s'employa si vivement auprès de Philippe IV « en sa faveur , que ce prince le nomma à l'évêché de Rureroonde. Mais cette dernière nomination lui devint inutile.

Calenus étant violemment soupçonné d'adhérer à la doctrine de Jansénius , l'internonce de Bruxelles lui proposa une formule d'abjuration, par laquelle il devait déclarer, que quoiqu'il eût regardé jusqu'alors VAtêguHinus oomrae contenant la pure doctrine de St, Augustin , désormais il se montrerait inviolableroent soumis aux décrets du St.«Siége qui avait condamné ce livre , et tiendrait pour erronées toutes les propositions et les opinions^ proscrites ou à proscrire en quelque auteur que ce put être , et spécialement dans le livre de Jansénius. Calenus se rendit au désir de l'internonce et signa cette formule ; mais le 8 janvier 1646 , il alla le trouver , et lui protesta que malgré ce qu'il avait signé, il ne pouvait regarder l'ouvrage en question , que comme un abrégé de la doctrine de St. Augustin, que toutefois, par respect pour le souverain Pontife , il ne le lirait plus , et qu'il se contenterait dorénavant de lire Jansénius dans St. Augustin , après avoir lu jusqu'alors St. Augustin dans Jansénius. S'étant refusé à signer de nouveau t

sans mtrietion, la formule qu on lui avait représentée, Vinteraonce lui fit entendre qu'il ne devait plus songer à répisoopaU Quatre jours après, il signa un acte de renonciation au droit qu'il avait acquis par la nomination du roi d'Espagne.

Calenas, après avoir quelque temps exercé, avec sa charf^e d'archidiacre, celle de vicaire-général de l'archevêque Boonen, mourut à Bruxelles , le 1*' fé« Trier 1653. On a de lui :

1* Hiitoire de la découverte et des miracles de la Ste^ Croix ^ honorée dans F église paroissiale d'Asschen. Eo flamand. Bruxelles , vers 1615 , in-12.

2* Une lettre qu'il signa avec Libert Froidmont , le 16 juin 1641.

3* Déclaration véritable de M. Calenus^ nommé à lémcké de Ruremonde ; en latin et en franpois. Bruxelles , 1646 , in-4\

1651. VkXiïA{]Uathias)^ religieux Augustin de la TJlle de Hasselt , où il reçut le jour en 1580. 11 entra à Tige de quinze ans au couvent des Âugustins de sa ville natale et il y fit la profession solennelle. Après aToir achevé son cours de théologie à Louvain , il fut Dominé préfet du collège d'humanités que les religieux de son ordre ouvrirent dans l'Université de cette ville, en 1612 et ne subsista que jusqu'en 1743. Il fut ensuite chargé successivement de divers emplois , et enfin prieur du couvent de Bruges durant douze ans. h 1622, il ouvrit dans cette ville une école d'humanités sous les auspices de son provincial , le P. Georges Ugret , docteur de Louvain. Vers le même temps , <)nle nomma définiteur de la province de Cologne, et prieurdes couvents de Tenremonde, de Louvain, et <k Naestricht , où il finit ses jours, le 14 janvier 1651, ^ lige de 70 ans, après avoir célébré son jubilé de profession en 1645.

Le P. Pauli était un religieux fort mode^ , et trè<(appliqué aux devoirs de son état. li eut trois frèrL*;» plus jeunes que lui , qui se firent tous trois Âugustins, et auxquels il succéda. Les* ouvrages qu'il a laissés sont tous en flamand, à lexcefïtion des n"* 3, 9 et 21 :

1" Les âêpt petites heures du nom de Jésus et de Ste. Anne, avec des méditations et -des prières sur la vie et la mort de N. S. J. 1614, in-16; Item sous le titre de Bouquet de piété y augmenté d'un Soliloque, ou Entre* Uende lame dévote avec son épous. Gand, 1615, in-12.

2* L* Arbre de vie produisant douze fruits , en douze méditations sur le St. 'Sacrement. Gand, 1618, in-12; It. Anvers, 1631 , in-12. L'auteur parle ici de douze fonctions que le fils de Dieu a exercées sur la terre, et qu'il continue d'exercer dans Veucharistie; il j explique, aussi les mystères de la messe dans un sens spirituel.

3" Ofjicium parvum in honorem S. Josephi Sponti B. Mariœ, continens fotum Psalterium S. Augusiini (tome IX de l'édition de Plan tin) quod scripsit mairi suœ Monicœ. Anvers, 1619, in-rî. Traduit en français par un gentilhomme nommé Philippe de Vliesberghe, qui y a joint quantité de prières tirées des œuvres du P. Pauli. Douai , 1621 , in-12. En flamand. Gand, 1621 r Liège, Léonard Streél, 1646 , in.l2.

4"* La ceinture militaire ^ ou le miroir des œuvrer de la justice chrétienne^ Gand, 1619, in-12. Il y traite de l'établissement des confréries chez les religieux des quatre Ordres Mendians.

5* Le processionnel ou les voyages et les pêterinnge^ que notre Sauveur a faits en descendant du ciel en teriv, et en remontant de la terre audel; avec un éétaU dt ses douze principales vertus^ expliquées par les propriétés d'un cierge. Gand 1719, in-12. C'est ta suite de l'ouvrage précédent; il y traite aussi des vertus et deé vices, et de la manière d'assister les moribonds.

%' Lutiedê St. Nicolas de TolenHn. GiOÈà , 1619« inAl

T Hist4dre des hosties miraculeuses conservées chez fat nUgieuises de Herckenrode (dans la Campine Lié- ^'ne), à Sie.^Gtêdule de Bruxelles^ et chez les P, Augu9tinsde Cologne , de Louvain et de Gond. Anvers, 1620, ia. 12.

8* Miroir de la perfection , pour t instruction cFufie fille de qualité qui renonce au monde. Anvers , 1623,

9* Manipulus precum sacer , suavissimo Puero Jetu^ castissimœ Virgini Marias^ jusque sanciissimo tpoMo Josepho. Bruges , 1624 , in-16.

10* Plaintes de J. C. contre Cingratitude des Juifs el du mauvais chrétiens, expliquées en forme de ser^ motu et divisées en deux parties. Louvain, 1624, 2 voK p. 586. L'auteur s'étend particulièrement dans cet oavnge,sur le bienfatl de la création et sur celui de la rédemption.

H* Epilhalamie de Jésus et de Blai^ en vers drafnatiques, tiré des cantiques de Salomon. Louvain , 1630,iii.l2. .

12* Ls cadran spirituel , ou Exercice journalier du ckr^ien, Louvain , 1631 , m-16.

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