‹ Biographie liégeoiseChapitre 2 sur 27 · Traiié de ta présence de Dieu. Gand, 1633 , m · texte numérisé non relu

Traiié de ta présence de Dieu. Gand, 1633 , m

14* La Porte du del^ ou. la glorieuse Vierge Marie^ ^^ de douze pierres précieuses des plus .excellentes ^Mui^ attirant tous les fidèles dans la voie de la Jéru- ^^Im céleste par ses instructions , par ses miracles ; et ?ar ion exemple. Anvers, 1634, in-12, p. 643: Ce Kne nesl rempli que d'histoires lairacttleuses tirées <i^Géwire d'Ueisterbach , de Thomas de Cantimpré, ^^ Miroir des exemples^ etc.; il faut le lire avec m^ coMpection.

15* La vie de St. Roch^ patron contre lapesîe. Liège,

-^ 100 — Léonard Streel , 1635 , in-1 2. Publiée à roccasion dcé ravages que la contagion avait faits dans le pays de Liège depuis quelques années»

16** Des deux phu grands et plus dangereutr maua qui puissent arriver en cette vie à thùmfM, tant pour le corps que pour Famé ; avec les remèdes pour s en garantir, ainsi que de la peste. Liège, Jean OuWerx i 1636.in.l2.

17" Manuel contenant diverses prières pour les morts, tirées principalement êtes livres de St* Augustin» Liège, Léonard Streel, 1636» in-12.

18° Requête des âmes détenues dans le purgatoire aux fidèles vivant sur la terre. Liège , Léonard Streel« 1637,in.l2.

19** Dialogues sur les cérémonies de la sépulture catholique p sur h purgatoire^ sur le sacrifice de la messe, etc. Liège , Léon. Streel , 1637 , in- 16.

20* Les petites heures des sept douleurs de /Voirez- Dame. Liège , Léon. Streel , 1639 , in-16.

21"* Preuves de la vérité du purgatoire^ Eu français. Liège , Uon. Streel, 1640, in- 16.

22'* Jubilé de dévotion. Liège, Léon. Streel, 1645, in- 16. Le P. Pauli avait alors 50 ans de religion.

23"* L'Echelle du ciel, ou Eloges de la Ste. Croix ^ divisée en deutc parties. Liège , Léon. Streel , 1650 , in-1 2.

Le P. Pauli a encore laissé un volume de Sermons , qui se conservait en manuscrit chez les Augustim de Maestricht.

* 1651. GHEINE {Albert), maître de musique de la ci-devant collégiale de St.-Martin à Liège. Il sut répandre dans ses compositions des idées neuves et musicales. Ses œuvres ont été très-recherchées de son vivant; mais elles n'ont pas été publiées. Après sa mort, plusieurs artistes médiocres se les ont appro* priées sans le nommen Très-jeune encore, une blessure

qae ce nunieten se fil au petit doigt da pied , termina sa carrière.

1652. DEBEFVE {Clœê Polie), né àThimîster, village du duché de Lirnbourg, en 1595, perfectionna la solidité des rouages employés dans l'horlogerie, par le détrempement de T acier. 11 mourut à Thimister, le 20 février 1652.

DEBEFVE {Clœê), fils du précédent, épousa le 27 octobre 165S, Catherine Franck de Gérono; il embrassa l'état de son père et y acquit quelque reputation.

DEBEFVE {François Franck), dît maître François , fils de Cloes, naquit à Thimister, le 2 mars 1663; il était sculpteur et bon horloger mécanicien. Il construisit la première horloge pour l'église paroissiale de son village. Il sculpta en bois de tilleul et de grandeur naturelle un St. Antoine avec un cochon, et une Ste. Barbe. Ces deux morceaux n'étaient pas sans mérite , au dire des connaisseurs. Maître François n'était jamais sorti de son village; son atelier était la nef de l'église ; c'était là qu'il rabotait et polissait son cochon sur le modèle vivant qu'il j avait attaché. Il eut deux fils; le premier né le 4 octobre 1694 , et le second , le 26 juillet 1697.

DEBEFVE (6r«2fe#e< Jean), fils du précédent, s adonr Qèrent particulièrement à Vhoriogerie. Ils furent appelés à Liège vers l'an I7269 et furent chargés de fondre les cloches destinées à l'horloge et au carillon ^ commandés pour la cathédrale de Lisbonne en Poriu* pi. Les deux frères s'embarquèrent pour cette ville , afin de diriger euirmémes le mécanisme de cette hor^ loge et de son oariUon , qui fut plaeée sur une retende : elle offrait, à chaque heure sonnante, un personnage qui sortait d'ane niche ; à midi et à minuit on voyait

^ 102 — doute statues représentant les apôtres qui s offraient aux regards du public.

Jean Debefve resta plusieurs années à Lisbonne, mais son frère Gilles , accompagné de son épouse , Marie Groutaers de Tongres, revint bientôt dans sa patrie. Il eut un fils, nommé Gilles, qui s'établit à Liège , derrière l'hôtel de ville , et fut chargé jusqu'en 1793 de la direction de l'horloge et du carillon de St.-Lambert.

Henri Cloes et Jacques Cloes Debefve , du village de Thimister , exercèrent la profession d'horloger depuis l'an 1580 environ jusqu'en 1610. Dès l'an 1550, une personne du même nom, s'occupait déjà de cet art , dans le duché de Limbourg.

Marguerite de Valois dit dans ses Mémoire*^ que les harlogeê de son temps (1577), chantant et repré^ sentant toute sorte de musique et de personnages, étaient faites avec Finduitrie d'Allemagne. Cependant un manuscrit du 17* siècle, rapporte que l'horloge et le carillon de la tour de l'église cathédrale de Liège qui subsistèrent jusqu'en .1794, n'ont commencé à jouer que le 9 du mois daoût de tan 1621.

* 1652. PIRARD DE LA VAL {François), célèbre voyageur, dont le véritable nom était FÏRAU. 11 naquit au village de Stembert près de la ville de Verviers, au Marquisat de Franchimont, dans l'ancien pays de Liège , vers l'an 1570. Voici ce que nous en apprend l'abbé Duval Pyrau , son petit neveu , de Heusy près de Verviers , dans sa défense devant le tribunal révolutionnaire de Liège :

cLe premier de mes ancêtres qui changea le nom de » Pyrau contre celui de Pirard^ fut un frère de mon » aïeul, qui, passé à St.-Malo en Bretagne, fit le com- » meroe avec assez de succès pour équiper deux vais- » seaux, et avec assez d'honneur et de courage pour

«SToirèté le premier armateur qui , sous la protectiim ida gouTernemeot, des côlesde France fit voile vers lies Iles Maldives. Cet homrae entreprenant et intréipidefit une navigation de dix ans « vit le Nouveau B Monde en observateur, y prit note de ce qui pouvait t servir à Tancien , donna la description des plages où

• il était descendu, leva le plan des côtes qu'il avait

• loavoyées^ écrivit la relation de ses voyages, et donna là la France l'idée d'une Compagnie des Indes. Cette

• compagnie le nomma sou premwr armateur. Je cite tics faits d'après un extrait de ses archives. Raynal les •consacre dans son Histoire des Deuûn Indes , et sur ces •aatorités incontestables , parce qu'elles sont sans •intérêt, je les consignai dans mon Eloge de Nicolas •Sahigren, fondateur de la compagnie suédoise des •Indes Orientales. Ma famille, à la mort de l'armateur •Pirard n'en devint pas plus riche, trop faible pour se •faire ouvrir les portes où entra sa succession : elle put •s'honorer d'un homme illustre et célèbre de son nom^ •mais la France jouissant du. droit daubaine , compta •son argent et s'appliqua sa fortune».

On conseYve encore à Mangonbroux et à. Heusy , vil«lages situés près de la ville de Verviers, quelques tra» ditions sur Pirard , dont il existe encore des desoendans dans ces endroits. La famille de l'épouse de H» l'aToué Fassin , petite nièce de l'abbé Du val Pyrau, possède quelques papiers qui lèvent tous les doutes sur la naissance de noire célèbre voyageur liégeois.

La Biographie Universelle des frères Michaud fait naître Pirard à Laval, en France, ce qui est, nous ^emble-t-41, une erreur grave et dénuée de preuves*^ KoQs rapportons ici textuellement ce qu'elle dit de ce* ▼orageur liégeois dont la France s'honore ajuste titrcf quoique né sur un sol étranger.

U passa à St.'Malo ,, s'y établit et amassa une grande fortune. Non moins désireux de voir et d'apprendre ,

cpie d'acquérir du bien, U s'embarqua 8ur le Corbin^ |rro9 navire, qu'une compagnie de marchands de St.- Malo, de Laval «i de Vitré, arma, aiasi que le CroUiant^ pour sonder le gué, visiter le Brésil , chercher un ehemin des Indes , et le montrer aux Français.

Les deux bâtimens partirent de St.-Màlo, le 18 mai 1601 : »Je navois jamais eu bonàe opinion de notre

• voyage depuis l'embarquemeiit. dit Pirard.vu le

• mauvais ordre et le peu de police qui étoient dans •nos navires.» On relâcha successivement aux iles Annobon , Madagascar et Comore. Le 7 juin 1602, orv quitta cet Archipel; le 2 juillet, le Carbin^ sur lequel se trouvait Pirard, fit naufrage sur les Maldives, par l'inexpérience du capitaine; le Croi9sant^ averti du danger, s'éloigna drs écueils et fit voile pour Sumatra. Pirard et ses compagnons Curent recueillis par les insolaires, qui les divisèrent sur plusieurs iles.

Pirard: fut ensuite méfié de Pouladoue à Paindoué : A Ainsi écartés et séparée les uns des autres en ces îles , tdit-il ,, nous souffrîmes toutes sortes d'afflictions et de •misères, pressés par la famine, couchés sur la dure, •au-dehors, sans couvert, exposés aux injures de l'air •et des pluies qui étoient lors fort continues, parce •que c'étoit leur hiver. Joint que les eaux de toutes ces •îles sont si malsaines pour tous étrangers qui n y sont

• point accoutumés, et Tintempéralure de l'air si •grande, que j'ai remarqué durant mon séjour, que •ceux du dehors, et toutes sortes d'étrangers, méine •des Indiens de la terre ferme et des autres îles, n'y •peuvent faire une longue demeure que prévue tous

• ne deviennent malades, et que- la plupart n'y roeu- » rent. Aussi grande partie de mes compagnons ne

• demeurèrent guère là qu'ib no mourussent. • Pirard fut ensuite conduit à Malé, résidence du roi , qui le traita fort bien, parce qu'il parbit facilement la langue du pays. Quelques-uns desescompaguousea conçureut

de la jalousie : d'autres furent punis de mort pour avoir essajë de «'évader; il y en eut qui réussirent dans cette tentatÎTe.Le roi irrité défendît de continuer les distributions de yivres à ceux qui restaient , nem» péchant (las néanmoins les insulaires de leur donner des provisions , s'ils le Toulaient*

Tous ces évènemens , et la mort dm de ses amis , aiigèreot tellement Pirard, qu'A fut atlaisfué d'une ioDgiie maladie. On l'aTait relé^ié aree les antres, dans uoe ile écartée; au bout de quatre mois, il reîint auprès du roi: c Je servois \é roi,€omme l'un de •ses donEiestiqnes V dit Pirard, {H*èt à faire tous ses •commandenens. J'étois fort bien auprès de )ui et des •reines, qui souvent s'enquéroient des façons de vivre *des François, de leurs ancsure, habits et principale* •ment des babjls de dames de France, et de notre reli*' *gion. Le roi me dofMia un logis à part assez près de *lai;et, tous les jours on m'apportoit de sa maison du >riz et des provisions néoessaires pour ma v4e: 9 me 'bailla aussi un serviteur pour me servir , outre quel«- *qne argent et d'autres présens dont il m'aecommoda : *par le mojen de quoi , je devins quelque peu riehe à 'b manière du pays, à la manière de laquelle je me 'confenaois au pèus pues qu'il m'étoit possible , et à *iean coutumes et façons de faire, afin d'être mieux Iléon parmi eux. Je trafiquois avec les navires étrangers >qai arrivoient là , avec lesquels j'a vois même pris une 'telle habitude , qu'ils se cotnfioient entièrement à 'iDoi, me laissant grande quantité de marchandises de I tantes les sortes, pour i^ndre en leur absence, ou ipoar garder jusqu'à leur retour, dont ils me don- 'iioiect une certaine partie. Javois quantité de cocos *^ moi, qui est là une espèce de richesse , que je fai*- '%is accoutrer par des ouvriers, qui sont gens qui se 'louent pour cet êfiet. lBi<ef , il ne me manquoit rien 'fie l'etercioe de la rdigion chrétienne, dont il me

•fàchoit fort d'être privé, comme aussi de perdre lespè- » rance de jamais revenir en France. »

^ Depuis cinq ans , Pirard vivait dans ces iles , lors* qu'au mois de février 1607 , elles furent attaquées par une flotte du roi de Bengale. Le roi des Maldives s'en* fuit et fut tué; Pirard alla trouver les étrangers, les priant de le sauver. On le prit pour un Portugais , et on voulut lui ôter la vie; on le mit tout nu, et oo le dépouilla de tout ce qu'il avait. Cependant, lorsque l'on eut reconnu qu'il était Français, on le traita plus humainement, et ou le conduisit au chef, qui le prit sous sa protection avec trois de ses compagnons. Ils s'embarquèrent sur la flotte qui fit voile pour le Bengale.

Au bout d'un mois , Ton entra dans le port de Chartican. Un navire de Calecut transporta les quatre Français à Montingue , port voisin de Cananor ; ils gagnèrent ensuite Calecut. Deux jésuites , qui jouis* saient de la confiance du roi, leur conseUlèrent d'aller I bo ^ à Cochin : c'était au mois de février )di8. Lea Portugais les arrêtèrent en route , et les envoyèrent garottés à Cochin : on les y emprisonna. Pirard ne sortit de captivité que pour être traîné malade à l'hôpital de Goa. Revenu à la santé , il servit deux ans comme soldat , et fut employé dans plusieurs expéditions qui lui donnèrent la facilité de connaître difi'érentes parties des Indes , et de recueillir des renseignemens sur celles qu'il ne vit pas. Il était de retour depuis six mois , lorsqu'il fut rois en prison avec tous les étrangers qui se trouvaient à Goa. Les jésuites vinrent à bout de les délivrer. Durant son séjour à Goa , ' Jean Mocquet , voyageur français, fit connaissance avec Pirard , qui lui raconta beaucoup de particu^ laritéâ sur les Maldives.

Pirard et trois Français partirent le 30 janvier 1610; et le 20 janvier 161 1 , il débarqua aux iles de Baîonnc

dans une baie de la cdte de Galice : il profita du voisinage pour accomplir un pèlerinage à St.-Jacques de Coropostelle. Il ne mit ensuite que trente-six heures à faire la traversée d'un petit port de Galice à La Rochelle; et vint ensuite à St.-Malo.

Pirard ne tarda pas à faire un voyage à Paris , où Ie| rédt de ses aventures lui valut la protection de permnoages puissans. Le président Jeannin lui conseilla de publier la relation de ses voyages. Elle parut sous œ titre :

Discoure du voyage de* François auos Indes Orien^ laluy ensemble des divers accidents, adventures ei dan^ gers de lautheur en plusieurs royaumes des Indes^ etc. , Tmié ei description des animaua » arbres et fruits des Indes, etc. Plus un brief advertissement et cuivis pour ceux qui entreprennent le voyage des Indes. Paris 1611 , in-S"". Le Discours est dédié à la reine-régente : et les Traité et Description des, animaux^ etc. , avec XMvis au président Jeannin.

Le succès de ce petit livre fixa l'attention sur Pirard. Jéréme Bignon , avocat-général , le fit venir chez lui , le questionna , et tira de ses réponses , ainsi que des entretiens qu'il eut avec lui , des renseignemens beaucoup plus amples que ceux qui étaient contenus dans le Discours. Ces matériaux , soigneusement transcrits , furent confiés à Bergeron , qui les mit eo ordre et les publia sous ce titre :

Voyages des François aux Indes Orientales , Maldites , Molusques, et au Brésil , depuis IQOl jusqu en 1611. Paris, 1615 , 2 vol. in.8\

La narration est beaucoup plus détaillée dans ce dernier ouvrage que dans le premier. Quelquefois les circonstances difi^rent un peu entre elles ; mais le fond est le même ; cette édition est enrichie d'un yocabulaire de. la langue des 31aldives. Enfin Pierre DaTal fit imprimer :

Voyage de François Pirard De Laval , canienani êa navigation auw Indes Orientale» . eièc., divisée m Proie parties , nouvelle édition , revue , corrigée et augmentée , etc. Paris, 1679 , in-4\

Quoique Duval se vanle de donaef une édition du voyage de Pîrard plus correcte ^ el plus ample que les précédentes , et d y avoir ajouté qwlques Discours fort curieux , on peut lui veprodier d'avoir omis le Vocabulaire des Maldives» U a au reste dressé une carte ou routier de ce voyage, pour lornement du livre. On ne petit que partager son opinion , lorsqu'il dit que la relation de Pirard est une des plus exactes et des plus agréables que l'on

Suisse lire. Il y a , s'écrie-t*il , des aventures si extniorinaires , qu'elles passeraient pour des incidens de roman , si l'on n'était pas persuadé de la sincérité de l'auteur , qui n'étant pas homme savant , avait eu la précaution de prendre les avis des plussavans hommes de son temps. Quiconque a lu les voyages de Pirard confirmera ce jugement.

Il faut que ce voyageur ait eu une Biémotre prodigieuse , pour s'être souvenu de tout ce qui lui était arrivé durant un si grand nombre d'années , et dans les divers pays où il était allé. On suppose dîfiicilement qti'il ait tenu un journal » on qu'il ait po le conserver au milieu des év^nemens de sa vie agitée. Il se plaint même de ce que la méfiance des Portugais ne lui permit pas de s'instruire de beaucoup de choses qu'il aurait voulu connaître. U n'avait pas fait beaucoup d'études; mais son bon sens, son esprit observateur , et sa sincérité , l'ont mis à même de donner un livre excellent sur un pays peu connu. Des voyageurs anglais , qu'un malheureux hasard avait jetés , de même que lui , sur les Maldives , ont, par leur récit , confirmé son témoignage.

On trouve des extraits de la relartion de Pirard dans

plosieoTs recueils de voyages , écrits en français , ou dans les langues étrangères, entra utres « la BUMothijue unwenelle du voyage» de Boucher de la Richard derie ( 6 fol. iii-8*. Paris , 1608) ; son Voyage est souvent cilé par Buffon dans sa Théorie de la terre , et dans son Histoire noÈurelk de T homme; Raynal parle aussi très-aFantageusemenl de Pirard.

1652. WEERT , ou ^EERTH (Jean , baron éfe) , l'an des plus oëiëbres partisans du 17* siècle , était ni en 1594» à Weert , petite ville du comté de Hornes, fusant partie de la principauté de Liège, Ayant embrasse l'état militaire , à lezemple d'un grand nombre de ses compatriotes qui avaient pris du service sous le capitaine La Ram^e , dhef de partisans , il dut à son coorage un aTaneeitoei»! Ta{nde. Il passa ensuite au serfice de la Barière ; et après la mort d'AIdringer « il suceéda dans le commandement des troupes biavarones, et eut beaucoup de pari à la victoire remportée parles impériaux à Nordlingen , en 1634. Il marcha eonite sur Heidelberg , s empara d'un des faubourgs de cette ville et la força à capituler ; mais n'ayant pu se rendre maître du château , il se retira à lapproche de Beniard de Weimar.

Lannée suivante , il reprend Spire aux Suédois , obtient sur eux diffiérens succès , et rejoint le duc Charles IV ea Lorraine. Gassion lui fait d^bord prouver un échec ; mais il n'en intercepte pas moins lei convois de l'aimée française, baft son arrière-garde, Hlm enlève une partie de ses bagages. La Lorraine ^tait tellement dévasiée, qu'il devenait impossible dy ^re subsister une armée ; Jean <de Weert établit la âeiuie en Abaee pefadant l'hiver,

1 rauvertuiiB de 4a campagne 4 1636), il se présente devant Liège 9 qui ne s'était point encore déclarée poar l'empereur, et ta tient bkxyuée pendant cinq

mois avec les armées du duc de Lorraine et de Pîco* lomîni ; durant cet espace de temps , ses troupes commirent des cruautés et des profanations de tous genres» ne respectant ni les églises , ni le rang , ni la condition des personnes des deux sexes : au mois de noyembre , ses Croates se répandirent dans la Canipine et attaquèrent la ville de Brée ; mais ayant été repoussés avec perte , ils n'en devinrent que plus furieux , et se mirent à saccager le plat-^ajs. Le chapitre cathédraly pour faire cesser un pareil état de choses, ordonna une procession générale de tous les ordres de la ville de Liège, et l'on porta le chef de Si. Lambert en grande solennité. Quelques jours après, les Liégeois furent battus par les Croates et contraints de rentrer dans la cité; dès lors, les Impériaux se répandirent en toute liberté dans les plaines de la Hesbaje, et surprirent la ville de Ton grès. Jean de Weert , qui , pour établir ses communications avec le duc de Lorraine et Picolomini, avait jeté un pont de bateaux sur la Meuse, feignit de vouloir attaquer Liège , et alla camper à Fléron ; mais ayant manqué son coup , il attaqua la petite ville de Bilsen et J.mit le feu.

Les Liégeois, résolus de défendre leurs libertés , et de repousser l'injuste agression des Allemands, levèrent 4KX)0 mousquetaires et 300 arquebusiers dont ils donnèrent le commandement au capitaine Gupsin. Le danger relevant leur courage , un grand nombre de volontaires se joignirent à ces troupes payées : ils se battirent avec les Croates , les mirent en déroute à différentes reprises , et précipitèrent dans les bures de houillères , tous ceux qui tombèrent entre leurs mains. Un pareil traitement ne laissa pas de décon-* certer les Croates , et de ralentir leur courage. Désespé^ rant de pouvoir se rendre maître de Liège , Jean de Weert s'en éloigna vers la fin de juin , mettant le feu à quelques villages : ses soldats brûlèrent plus de

huit mille maisons , profanèreot quantité d'églises , et se livrèrent à toutes les cruautés imaginables , ne respectant rien.

Jean de Weert , ajant abandonné tout-à-ooup le biocusde Liège , entra avec une armée d'Allemands, (le Hougrois , de Polonais et de Croates , dans la Picardie laissée sans défense. La France crut voir se renou- Teler les anciennes invasions des bar,bares. Bientôt il menace Paris » dont les habitans effrayés se réfugient dans les provinces où ils portent l'épouvante. L entrée de Galas dans la Bourgogne accroît encore le danger ; mais la résistance inattendue qu'il éprouve devant St.- Jean-de«Losne donne aux Parisiens le temps de se remettre de leur effroi. Dans quelques jours cinquante mille hommes sont prêts à marcher. Jean de Weert ne jugea pas à propos de hasarder une bataille, et il abandonna la Picardie , emportant un riche butin.

En 1637 , il enlève aux Suédois Ehrenbreitsein et Ilanau , et marche contre le duc de Weimar , qui mançait au secours de cette dernière Tille. Battu deux fois par ce prince, il est blessé grièvement dans un troisième combat. Dès qu'il est rétabli , Jean de Weert n rejoindre l'armée devant Rhinfeld , et il contribue puissamment à forcer le duc de Weimar d'en lever le siège (1638). Tandis que les Impériaux se réjouissent de cette victoire , le duc de Weimar les surprend dans leur camp et fait prisonniers les quatre généraux.

Jean de Weert , malgré ses instances pour rester en Allemagne , fut envoyé à Paris , où son arrivée produisit la plus grande joie. Enfermé d'abord au château de Vincennesy il n'eut bientôt d'autre prison que la capitale. Les Parisiens qu'il avait fait trembler quelques années auparavant , s'empressaient d'aller voir le

Redoutable Jean de Vert

Qui lors ]es avait pris sans vert.

GigafUomaehie de Scarron. Chap. II.

Le cardinal de Richelieu lui donna dans son ehâteav de Conflans une fête dont le duc d'Orléans fit lui-même les honneurs. A l'exemple du premier ministre , les^ '^ands seigneurs se firent ma mérite de lui procurer jâiaque jour de nouteaux diFertissemens. La captivité de Jean de Weert dnra quatre ans ; mais ion voit que rien ne fut négligé pour la rendre agréable.

En 1642 , ayant été échangé contre Hom » général suédois , fait prisonnier à la bataille de Nondliogen , Jeaiî de Weert reprit ssir-I&-champ son commandenient, et battit le brave Rantzan à Tudlingen. Quelques iné* 4:ontentemens le décidèrent à passer au service de l'Autriche , et il se signala , en 1646 , dans l'armée impériale; mais il ne larda pas à rejoindre les drapeaux de la Bavière.

Après la paix de Westphalie , il se retira dans une terre qu'il avait obtenue en Bohême pour prix de fies services. Il y mourut épuisé de fatigues , le 6 septembre 1652. Son nom resta longtemps populaire en France. Plus de cinquante ans après , on le retrouve encore dans les refrains des chansons. Il y avait un air de trompette qu'on nommait Vair de Jean de Weert. Voyei la romance de Mlle. L'Héritier , dans le Mercure Galant , mai 1 702 , et le Dictionnaire de Bayle,

1652. UUSTIN(/6an) , ou Jean Chrysosfàme de St.-Mathieu , né à Liège ou dans les enTÎvons de cette ville. Il embrassa l'état ecclésiastique et professa quelques années la philosophie au séminaire de Liège. Dégoûté du monde, il se retira à Bruxelles et entra dans l'ordre des Garmes Déchaussés de eette yille , en 1621. U enseignait depuis quelques années, la philosophie et la théologie au couvant 4e Placel à Louvain , lorsque ses supérieurs l'appelèrent à Rome. Le pape Urbain VIII lui présenta I évèché d'Ispahan , capitale de la Perse, qui était affecté à l'ordre des Carmes Dé-

chaosBés. On Tenvoy» ensuite à Conslantinople , oà il édifia beaucoup leschrétiens du pays; de retour dans k Brabant , il y exerça les charges de prieur et de définiteur, et mourut à Bnixelles, le 21 février 1652. n a mis en français ht Vie de Ia nœur Marguerite de la mère de Dieu , carmélite converge de Bruxelles ^ dont il avait été quelque temps le confesseur. Cet ourn^e iBanuscril se conservait au couvent de son ordre à Broielles*

1653. BOUILLON ( Frèderir- Maurice de la Tour iAuvergne , duc cfe), né à Sedan le 22 octobre 1605« était fils de Henri et frère aine du grand Turenne. 11 servit en Hollande sous le prince d*Orange son oncle. An siège de Bcyis-le^Duc, en 1629, par une manœuvre bardîe, il défit les Espagnols qui venaient au secours de celle placé , fit prisonnier leur commandant , et ameiia dans le camp le convoi préparé pour Bois-Ie- Dqc, qui se rendit. Il se signala , en 1632, au siège dé Maestricbt ; après la prise de cette ville « dont on le fit gooTemeur, il la défendit en 1634, et obligea leâ eonemis d'en lever le siège. Attaché au service de France, en 1635, il fut fait maréchal de camp. Il comfflaoda les troupes hollandaises au siège de Bréda , enl6î7.

£a 1641 , uni an comte de Soissons , qui était mécontent dn cardinal de Richelieu , et aux Espagnols , iioQoinaença le combat à la journée de ta Mariée , le 6 joiOet, chargea la eavalerie française , et la renversa tir Imftinterie. Cette attaque vigoureuse mit toute l'armée en déroute. La résistance fut plus vive au caoon ; le duc de Bouillon l'attaqua et s'en empara. Le coalise de Soissons périt au sein de la victoire. Bonilkm, afaandoi^népar le général espagnol , se retira à Sedan , et eut l'adresse de conclure une paix trèsafaniageuae avec le roi. Nommé lieutenant-général

de Tarmée dltalie, en 1642, il la commanda en chef, et ensuite avec le prince Thomas de Savoie. Accusé d'avoir favorisé le complot de Cinq-Mars « contre le cardinal de Richelieu » il fut arrêté à Casai , et conduit au château de Pierre^dize , à Lyon ; la duchesse de Bouillon se jeta aussitôt dans Sedan , et menaça de livrer cette place importante aux Espagnols ; cet acte de courage et de présence d'esprit sauva la vie à son mari , que Von mit en liberté. De nouveaux mécon-* tentemens le firent sortir de France en 1644; il passa en Italie /et commanda les troupes du pape.

Revenu en France en 1650 , il prit le parti des princes , et fut longtemps lame de la fronde : enfin , il fit son accommodement en 1651 ; il céda au roi de France (Louis XIV ) la principauté de Sedan etsesdépendances , et reçut en échange les duchés-pairies d'AIbret et de Château-Thicrri , les comtés d'Auvergne et d'Evreux , et plusieurs autres terres. Il mourut à Pon toise , le 9 août 1652. Le cardinal de Retz dit dans ses mémoires , qu'il était d'un genê profond et d'une valeur éprouvées II a laissé des Mémoire»^ rédigés par Aubertin , et publiés avec ceux de Th. Agrippa d'Aubigné. Amsterdam , 1731 ^ 2 vol. in''12.

1652. GURNEZ {Jean Antoine de) , était de la ville de Stavelot , célèbre par son abbaye , où il reçut le jour vers la fin de l'autre siècle. Il fut nommé régent de l'école publique de Matines. En 1629, il entra dans la Congrégation de l'Oratoire » et fut ordonné prêtre. L'année suivante , la régence de Matines , à la demande de Vinfante Isabelle , confia l'école publique aux PP. de l'Oratoire, et en remit l'inspection (qu'elle avait obtenue du St.-Siége en 1445) à l'archevêque Boonen. Le P. de Gurnèz en devint le premier préfet; mais il abandonna cette charge, pour se retirer avec son frère et deux autres oratoriens , chez le curé de St.»

Géri à Blruielles. L année suivante , ayant été nommé premier recteur de la chapelle de Notre-Dame*de-Ban<> Secours qui dépendait de cette paroisse^ il y demeura jusque sa mort arrivée dans l'oratoire de St.-Géri , le 23 octobre, 1652. Le P. de Gurnèz était versé dans h poésie , l'éloquence , la critique et l'histoire. On a de lui:

1* Pakestra scholm publîcœ MecKliniensù.

2* Elngiutn R, Domini Cornelii JansenH , IprenHa epùcopL Cet opuscule composé de 56 vers hexamètres « se trouve à la tête du Commentaire de Jansénius sur le PmtaUuque^ dans les éditions de Louvain, 1660 , in4'' , et <ie Rouen , 1704 , in-4''. UAuguêtinuê y est loué en «termes énergiques^

3* YUa et tnartyrium S. Liberti McUinaUs , et Mechlùtiennum principum Adonis et Elisœ filii, histO' ficâ face et poëmatis variis aucta , etc. Malines « 1 639, iD-4% p. 217. La vie de St. Libert offre peu de faits nouTeaux et intéressans. On trouve ensuite des épigrammes , des élégies et une églogue , à l'occasion de la translation solennelle d'une partie du crâne do St. Libert , dans l'église métropolitaine de Malines , à laquelle Hubert Germeys, abbé de St.-Trond, eu avait fait présent. A la fin de cet ouvrage , le P. de Gurnèz jette un grand jour ^ur la vie de St. Libert, sur l'origiae de la ville de Malines et sur les antiquités du Brabant. 11 a dédié son travail à Hubert de Suteudael , abbé de Sl.-Trond.

4* Laça , Bruxellense suburbanum , culta ac pro- <%»* Deiparœ , à Normannorum temporibus, id est, OAté omnia Partheniis œdibus et iconibus miraculosis M Belgio loca clara , celebris , etc. , etcn Bruxelles , 1647 , in-4*. It. Chorographia sacra lacœ Parthenia , Mariani cultûs antiquitate , et tniraculorum glorid iUuilris, quam è majoribus ejusdem argumentis cotnmmtarius nuper editis^ etc. , etc. Inséré dans le Chorographia sacra Brabantiœ, P* édit. 1 vol. , p. 63.

1053. VOECHT ou VOECBTIOS {Gilles) , historien . né vers la fin de l'autre siècle , dans la C^mpine liégeoise. Il entra fort jeune dam Tordre des chanoines réguliers de Prémontré , et prononça ses vc^mi à labbaye d'Everbeur. Excité par Texemple de Godefroid Wendelin, son compatriote, dont il reçut d'entités conseils, il employa ses loisirs à Tétude de l'histoire et des antiquités de son pap. L'estime dont il jouissait parmi ses confrères lui mérita la charge de proviseur qu'il remplit pendant quarante-cinq ans. Il mourut le 13 juin 1653,à l'abbaje d'Everbeur,où Ton conservait ses ouvrages en raunuscrit. Foppeas {Bibl. Belgica) cite les trois snivans :

1"* Historia episcopaiuum MitMmundi.

2"* Commentarium de Jure Abbaîum.

3** De comitaiu Lossensi in Tungrid ei Taxandnà.

L'abbé Ghesquière a inséré ce dernier ouvrage en partie dans les Acta Sanctorum BelgU. Tome 1. 7SQ.

1653 STRAVIUS (Rtchard-PauU) , évêque de Dionysie et suffragant de Liège sous Ferdinand de Bavière, naquit vers 1590, à Borchloon , capitale du comté de Looz. Il fut anobli avec toute sa famille à quatre degrés d'aïeux de part et d'autre , par un décret de lerapereur Ferdinand III, du 18 rnai 1640. Il avait commencé sa carrière par entrer dans l'ordre de St. Sauveur, vulgairement appelé de Ste. Brigitte , : de la Congrégation belgique , duquel il devint président et visiteur apostolique perpétuel : il en fut en i même temps le bienfaiteur et le protecteur. Dai)3 la \ suite il parvint à la dignité de chanoine et d'archidiacre de l'église métropolitaine de Cambray ^ et de la cathédrale d Arras. Le pape Urbain VIII le nomma son internonce à la cour de Bruxelles.

Pauli Stravius avait passé quelque temps à Rome , car on dit qu'il en rapporta des reliques, entr'autres ^

un morceau de la pourpre de St. Charles Borromée , dont il mit une partie dans l'autel de l'église de Mareoar, cheMieu du comté de Montai gu en Ardenne^ qu'il consacra en 1652, et fit présent de l'autre à Jamotte , curé de cet endroit, et auteur du livre : Le Montaigu de Saint Thtebaud^ etc. Liège, 1669. Il s'intéressa vivemeut au succès de la confrérie de la Ste. Trinité , pour la rédemption des captifs^ érigée en 1646 dans l'église paroissiale de St.-Adalbert, à Liège.

Le désir ardent de Stravius , qui habitait dans cette paroisse, pour l'accroissement de la dévotion des fidèles au mjstère de la Ste. Trinité dans le diocèse de Liège, engagea Herbeto, curé de St.-Adalbert, à dédier à ce prélat , comme il nous l'apprend lui-même dans son épitre dédicatoire , le livre qu'il publia sous le titre suivant: Institution , privilèges , indulgences et é£V(nrg des confrères de la très^Sainte Trinité. Liège , Broockart, 1647 , in-12 de 358 pages.

Nicolas Ambrosi , abbé d' Averboden , de l'ordre des Prémontrés, connu par sa dévotion singulière à la Ste. Vierge, ayant fait construire une très-belle église à Cortenbosch dans la paroisse de Coesen , à une lieue de S(.-Trond, le suffragant Stravius la consacra le 1*' inai 1648 , à l'honneur de la mère de Dieu , dont on J plaça une petite statue sous le titre de Salut des In-frme*^ qui passait pour miraculeuse, c'est-à-dire, que Keu avait par l'intercession de la Ste. Vierge , opéré devant cette image plusieurs miracles, dont fBelqaes-uns avaient été avérés, après un examen JQridique fait par Jean de Chokier , grand-vicaire de lJé«e. Le sa£Fragant fit à cette occasion un éloge bien mérité des religieux d'Ayerboden , dont l'institut était colièrement dirigé vers le salut des âmes. Deux jours iprès il bénit l'abbé de ce monastère , Servais Vaes. La <^e année il consacra, le 24 septembre, l'église du ^HnX de Notre-Dame des Anges. C'était un couvent

de obaiM>tn?Me9-r6giilfère8 de St. Augustiq qui venait d'être établi k Uégie. Il dédia ^nçpre U i^êfoe emiée, régJU«e de Iftarienih^l à Aix^la«Cba|i9lW » et celle des AugusUnsde U m^me villie^

Stravius ooaurqt au mob de juin 1653, à Tâge de 63 ans. Ses vertus li|î avaient cpneilté la confiance du peuple liégcoU * qui )e chargea de négocier un acoom* modeinent avec Ferdioiand de Bavière* alors en guerre avec ses SQjets.

STRAVIUS (Georges), frère du précédent, né à Borchloon, au comté de Looz, fut chanoine de Téglise métropolitaine et du chapitre de Ste.-Ursule à Cologne, et .devint ^uffragant de cçt archevêché, sous le titre d'évêque de Joppé ou JaQa eu Palestine, sous le patriarchat de Jérusalem. II fut sacré à Bonn le 17 février 1641, par Vévêqiie d'Osnabruck, assisté de Wplthcr Henri de Strevesdorf. Ce fut à l'occasion de son sacre que Heister, ou plutôt son pncte Gélpnius, publia sous son nom un ouvrage sur les suffragans de Cologne. Si nous en croyons Robyns, il cessa de vivre en 1647« à l'Âge de 54 ans; mais il j a certainement erreur de date , puisqu'il recueillit la succession de son frère , qui lui fut adjugée le 21 octobre 1665, par l'official de Liège I après un procès soutenu contre d'autres parens.

1653. FROIDMONT {I4ber() , théologien , nuithématicien, phjaieîen, géologue, naquit h Uaeeourt^ près de Visé , 1 une des bonnes villes de la principauté de liège, en 1587. Il enseigna la philosophie à Anvers <et à Louvain , reçut le bonnet de docteur en théologie dans l'Université de cette dernière yille. Après avoir enseigné la philosophie au collège du Faneon à Lou- Tuin, il fut choisi pour remplir la chaire de profesAeur royal des saintes écritures, et fut nommé en 1633, doj^ndu chapitre de $t,-Pierre de Louvain, bénéfice qu'il uonserva jusqu'à sa mort.

Ubeit FroidmoBi avait étudié a^ec soin les langues savantes, surtout l'bébreu et le grec, et oounaissait Irès-bieD les saintes écritures. Ces étudeè n'avaient pas empêché qu'il ne se livrât aux sciences physiques, el qu'il nj obtint des succès. li avait fait dans les ma- Ihématiques , des progrès assez considérables pour y paraître habile k Deseartes lui-même , qui n estimait pas moios le savoir de Froidmont que sa personne. 11 netait pas non plv» étranger aux belles-lettres : son stjle prouve non-seulement qu'il les aimait » mais encore qu'il les avait cultivées avec fruit.

£a 1618, il observa le p9ssage d'une comète à Lou-» laln, et découvrit, en 1626, près d'Anvers, une mine de soufre, qui fut exploitée par ses soins.

Philippe Laensbergh, natif de la Zélande , médecin^ roathématicien , ministre et prédicant à Anvers, sou*»* tenait alors le système de Copernic sur le mouvement de la terre et l'immobilité du soleil. Il composa sur cette matière , en hollandais, un ouvrage qu'un professeur d'Amsterdam, nommé Hortensius, traduisit en latin et publia à Middelbourg, en 1630, mais il rencootra un adversaire redoutable dans Libert Froidnont La qualité de docteur, dit le savant Bailiei (Jugmen$éB$Mvan9 * 1 725 , Urne 6* , 2* part, page 61 ), d'une Université parfaitement soumise à l'inquisitton , loi itait peut-être la liberté d'examiner le préjugé dont » maîtres l'avaient prévenu sur ce sujet. U craignait ans doute, comme la plupart des catholiques de son temps, que Topiolon de Copernic ne donniàt quelque atteinte à l'autorité de l'écriture , et il la croyait d'au% laat plus dangereuse 9 que les pretestans paraissaient iidens à l'enibrasser, et à l'adopter en dépit de nous, quoiqu'ils en eussent l'obligation à un catholique, et qui plus est à un membj^e du clergé. C'est ce qui en^* gagea Froîdmont, ajoute Baille t, à combattre ceux ded protestans qui enseignaÎQQt l'opinion dt CoperniCé

Le docteur de Louyain fit donc imprimer à Antets^ en 1631 , un yolume in-4'* contre Philippe Laensbergh, dans lequel il cherche à prouver que la terre est im*> mobile. Philippe étant mort en 1632, Jacques son fils, qui n'était pas moins instruit dans les mathématiques , prit sa défense, attaqua louvrage de Froidmont et publia un écrit, en 1633 , pour prouver que la terre tourne autour du soleil. M. de Villenfagne pense, qu'il est probable que la dispute de Libert Froidmont avec les Laensbergh a pu faire nattre à l'inventeur du célèbre Almanach de Liége^ l'idée de le publier sous un nom que ce docteur avait fait connaître dans le pays» Lalande, dans son Dictionnaire de mathémaUques (tome 2. p. 334)[, croit que la renommée de Philippe Laensbergh a fait donner son nom à cet almanach, dont l'Europe est inondée chaque année.

Jansénius , docteur en théologie de l'Université de Louvain, où il était interprète royal de l'écriture sainte, se trouvait dans cette Université dans le même temps que Froidmont: les mêmes études,, la con for* mité de profession et de sentimens , établirent entre ces deux personnages , un commerce d'une étroite amitié. Lorsque Jansénius fut promu à l'évèché d'Ypres , Froidmont lui. succéda dans sa chaire.

Jansénius ayantété chargé par le nonce de Bruxelles, de répondre au défi de quatre ministres prolestans , envoyés par leur gouvernement à Bois^e-Ûuc pour y prêcher la religion réformée, mais quelques raisons ne lui permettant pas d'accepter cette commission. Froid* mont le suppléa , à la satisfaction des catholiques.

La confiance qui régnait entre le docteur Froidmont et l'évêque dTpres , porta celui-ci , après avoir légué son trop fameux ouvrage Qî Anguêtinus) à Reginaldus Lamœus , son chapelain , à mettre dans son testament la condition qu'il conférerait avec Libert Froidmont et Henri Calenus, archidiacre de Malines,

- t2J — ft depuis érAque de Ruremonde, afin d'en faire une édition exacte ; ajoutant que , 9% le Saint-Siège exigeait qu(m y fît quelque changement, il était et mourait fils de FEgKêe. Calenus. et Froidmont firent imprimer Voarrage à^Lou?ain« che^ Zegers. Que de maux ils auraient épargné à la religion « que de disputes fu« Bcstes n'auraient pas eu lieu , s'ils avaient été fidèles aux intentions de l'auteur « annoncées d'une manière si solennelle à son lit de mort \

Froidmont termina sa carrière à Louvain , en 1653^ à l'âge de soixante-six ans « regretté pour ses vertus et 8on savoir» qui faisaient de lui un des principaux oroemensde la célèbre Université dont il était membre. Valëre André , dans sa Biblioth. Belgica » p» 626 » fait en ces termes l'éloge de ce savant : Amœnisêimi oc poUtiisimi vir ingenii , doctrinœ et lectionis omniforioB, atque in Mathen rerumque eœleetium indor gationenon infeliciter. Un vers chronogrammatique^ tifé d'an éloge de Froidmont » mis à la tête de son Commentaire sur les Actes des Apôtres, fixe l'époque de sa mort , le voici :

SoL aCaDeHIœ obllt.

n fot iahumé dans l'église de St.-Pierre de liOuvain arec une épttaphe honorable. Les ouvrages sortis de la plame sont :

I* Saiumalia. Louvain ,1616.

2* Disêertatio de comeid anni 1618.

3* ileteorologicorum libri VL Anvers , 1631.

4* Brevii anatomia hominis. Louvain , 1641, in-4'*.

5' Querimonia Jacebi régis.

6" In Âctus Apostolorum Commentarii. Paris, 1670, avec d autres commentaires du même auteur : Dom Calmet fait un bel éloge de cet ouvrage. Les autres commentaires de Froidmont sont : sur le Cantique ^ Cantiques, imprimé à Louvain en 1675 ; sur les EpUres de Si. Paul, ibid. 1663, in-folio. Ce livre

est un excellent abrégé des cominentatres d'Estius sur les mêmes épitres , et passe pour un des meilleurs ouvrages de Froidmont.

7* Ckfysippui ffivè de tibero arbttrioi 1644.

&• N&9U9 prvsper ctmtrà novum collatoretn ; cotxtre Fècrit intitulé s Collaiio Antwerpietisiê.

0* Vincentii LenU Thertaca adversûê Pêtamium ei iUmrdam. Paris, 1048 , eontre le P. Pétau et le P. De Champs» qui avaient publié , en 1646, le dernier, sous le nom de Richard , un ouvrage sur le libre arbitre. Les mèm^s Jésuites, en 1648, firent une réponse, en latin , à l'ouvrage intitulé ? Thefiaca ; Froidmont j rep1i(]ua sous ee titre : Vineentii Lenis ephtola podroma gemella ad Petavium et Riearéum.

10® Hùtnotogia Augusîi Hipponensiê et AugusHni Yprenèis.

1 1* L'immobilité du globe de la terre contre Phitippù Laenêbergh. Anvers , 1631 , in-4*.

12* Yesta, ou le vengeur de FAntiariêtiarqiêêêOfUrê Jaoqufi9 Laenêbergh. Anvers 1633.

IS"" Oraison funèbre de Jeah Druêiue , abbé du Parc de Fordre des Prémonirés.

14* Oraison funèbre du cardinal Jean François Du Bain , protecteur de f Université de Louvam.

15"* D'autres écrits.sous des titres bizarres , tels que : Lucema Augusiiniana , emunctorum lucemœ (Lampe de St. Augustin , et mouchettes de cette lampe). Tous ces ouvrages polémiques ont perdu l'intérêt que leur donnaient les circonstances.

16"" Quelques écrits de controverses contre Voete. Louvain , 1665 , in-4*.

Froidmont a eu , de son nom , un neveu et un petit neveu , dont quelques biographes font mention.

1653. LE ROT {Alard), Jésuite, né à Lille en Ï588. passa les trente dernières années de sa vie à Liège,

dans Ie9 exercices de la chaire et du confemonnal, et mourut dans cette ville , le 14 décembre 1653. Xoas avons de lai :

1* Iter certum cœli et môduê effidOCù ad salutem. Touraay, 1621 , in-16.

2* Beata Virgo , causa omnium honorum^ et nota ia/u/s#. Tournay, 1622 » iii-16.

3* Compendivm vUiBt B. Frarunsoi cU Borgid. Lille. 1624, in.I2.

^ La ti» de St. Lambert , marfyr , épûsque de Tongm , patron de la cité et pays de Liège , composée. m laêin pàr^ le P. Roberti , eta^ , et traduite en fran'^ fwpar le P. Alard Le Bog^ etc. Liége^ 1634, in-124

5** Uége catholique ^ traduit du même* Liège ^ 163.^ Mi-16. C'est un abrégé de lUistoire de Liège , qui est ioférieur etn Compendinm Bistoriœ Leediensis , attribué au P. Foullon. 11 existe encore « un Mtre abrégé de cette histoire qui n'est pas sans mérite i il a pour thm : Abrégé curieua et nouveau de tlOstokre à Liège y de la vie de St. Lambert ^ et de St. Hubert^ Mié au peuple liégeois. Liège , Henri Hotoiiex, 1673^ iû-24,p. 160,

6* La pénitence dàfféffée* Liège, Bmdbniii BroncLart, lWl.in^l2.

7' ht père de famUhet ses obUgatàme^ Liège, Baudouin BvMekart, 1642 , in-4^

8" Nôtre* Denne de Orâce ,ou N. D. de bon aller ^fhbon retour. Liège , Baudouin Bronckart , 1651 , û^I2, GrAce est le lï&m d'une paroisse voisine de Lié|^,oii l'on b^Miore une image miraculeuse de la Ste. Vierge.

9* Ly vertu enseignée par ks oiseaux , par hR. P. ^W Le Reg ,deh^C. de J. liége , Baudouin Brone« tart, 1653. in*I2, p; 519^ Ce livre est asse^ recherché en France.

10" La sainteté de la vie ^ tirée de la considération des fleurs. Liège « Baudouin Bronckart , 1653, in-12. Dédié à Marguerite de Saint- Fontaine , abbesse du Val-Benoit , maison de religieuses Bernardines située près de Liège. L'auteur ne mentionne que treize fleurs. Il compare Todeur, de la rose à la vertu. Le Ijs enseigne la chasteté. La hyacinthe doit nous porter à la méditation des choses célestes. Il nous engage, par la couronne impériale , à dédaigner les grandeurs du monde. La marguerite excite les âmes pieuses à louer Dieu de bon matin. Le narcisse nous apprend à négliger la beauté. L'œillet condamne les parfums des corps musqués. A l'article de la tulipe, Alard rapporte les noms de celles qui étaient les plus estimées de son temps.

Ce livre présente parfois des choses assezsingulières. Nous y trouvons que l'odeur de la rose est mortelle à l'escarbot. Le P. Alard y cite un passage du savant jésuite liégeois, Pierre à Lapide, où il est question d une dame des Pays-Bas qui conseillait aux hommes de ne point regarder les femmes , parce que leurs yeux sont tellement attrayans que si elles les jettent sur quelque homme^ infalliblement elles lattireront à leur amour. Cette dame disait qu'elle ferait tout 'ce quelle voudrait de rhomme, même le plus grave, pourvu qu'il la regardât un quart d'heure. Il rapporte ensuite une repartie du philosophe Aristippe à une personne qui lui demandait si elle devait se marier : Non, dit-il, /7arce que la femme que vous épouserez , ou sera laide , ou sera belle ; si elle est laide , vous la verrez avœ répugnance, et si elle est belle, vous ne pourrez la conserver pour vous.

Le P. Alard raconte aussi plusieurs apparitions de revenans. Son ouvrage a été approuvé par Florent de Montmorency , grand doyen de la cathédrale de Liège, et ensuite provincial de la société de Jésus.

1663. 60XHOHN ( Marc Zuerius\ , professeur d'éloquence , de politique et d'hbtoire , à l'Université de Lejde , naquit à Berg-o|>-Zooin , en 1612 ; il était fikd'un ministre de la religion réformée y et mourut en 1653. Outre un grand nombre de savans ouvrages qui ne sont pas du ressort de ce livre , on a de lui :

Ik republicd Leodiensi auctores prcBcipm ex recen^ iimB Marei ZusrU Boxhorhiù Amsterdam , 1633 , in-24. Cest un résumé historique très-intéressant.

*1654. GEER ( LmU de), né en Hollande . se rendit en Saède sous le règne de Gustave-AdoIphe-le-Grand, et seconda les vues de ce monarque pour la prospérité intérieure du royaume. Ce fut de Geer qui introduisit en Suède les meilleures méthodes de fondre le fer , et qui établit les fonderies de canon « les manufao tores d'armes et les fabriques de laiton. Pour faciliter ! eiécution de ses projets , il avait fait venir des ouvriers du pays de Liège et des contrées voisines. Ces ouvriers formèrent une colonie dont on conserve encore avec intérêt les descendans au canton de Aanmora , où sont les principales mines de fer. Les entreprises auxquelles se livra de Gréer» en contribuant au bien de l'état , lui procurèrent à lui*mème une fortune considérable , qui lui donna de nouveaux moyens d'être utile. Il encouragea les talens « fonda des hôpitaux, des écoles , et fit venir en Suède Âmos Comeoius pour organiser l'instruction publique. Sous le ligne de Christine , il équipa une flotte , qui servit i défendre les côtes et à protéger le commerce. Les «rnces que rendit de Geer à sa patrie adoptive , furent reconnus et honorés. Le gouvernement plaça ses armes parmi celles de la noblesse du pays et lui accorda d'autres distinctions flatteuses. Les descendans de cet homme sont restés en Suède ; et Tun d eux , Oiarles , baron de Geer , a joint aux titres et aux

riche$B«9, ded silûcès glorieux dans la carrière de» ^ienoes.

1654. BOLOGNE {Jean de) , pekïttt, né à Liège , était fils d'Ogîer et de JeanM DuChàtéM. H apprit les principes du dessin et les premiers dlèmens de h peinture de Pierre Du four, tl mrtit enstiite pour l'Italie , où il étudia avec succès tes graitds modèles cfue possède ee beau pays , qui étaîi alers la terre classique des beaux-arts.

Un des premiers tableaux qu'il ^ , de retour dans sa patrie, est la Pleine, qui était pkfcée au-dessus de la pierre sépulcrale de son père et de sa mère , ctit<5rrês dans Téglise des Dominicains de la ville de Liège. C'est un grand tableau , plein A'actktté, maii €ffi\ pèche du côté du coloris qui est trop ht\în : ce que l'on doit peut-être attribuer au peu de couleurs qu'il employait dan» ses ébauches « et à la manière assez précipitée avec laquelle il terminait ses ouvrages. On voyait , dans l'abbaye dtl Val-St.-Lambert , d'atrlres pièces de Bologne qui étaient mieux peinte» et mieux conservées ; elles lui acquirent une grande répfUtafion parmi ses compatriotes ? il les acheva en 1605.

Jean de Bologne eut le bonheur d'être mis erl oeuvre par ses concitoyens. Laborieux, et travaillant avec promptitude, malgré là quantité de figures qu'il mettait dans ses tableaux , il parvint à faire beaucoup d'épargnes. Il aimait la solitude et pour en jouir plus à son aise, il avait choisi son domicile dans le faubourg de St.-LaurenI de la ville de Liège ; il s'y i^nferfnaii , se suffisant à lui*roême , et s'amusant uniquenvent dans ses vieux jours de ki culture de son jardin. Il visi* tait seulement de temps en temps , les religieuses du St.-Sépulcre , qui étaient ses Voisines , et auxquelles il laissa tout son bien par son testament en date du 23 octobre 1654.

Ce peintre afoiirat peu de tempn arprès dans un âge très-avancé. Âveo Vargeot qu'on trouva dan» sa cassette, Ifs religieuses Sépulchrines reconstruisirent leur église: elles essujèrent cependant un procès , que leur inten* tèrent les parens de Jean> qui réclamaient son héritage; procès qui n'était pas encore entièrement jugé an commencenient du IS** Àèclê.

1655. ROSENTHAL (Jean) , U^mie , né à Aoldue, dans le duché de Limboii^rg , en 16(2. Après avoir enseigné le lâlin el le grée , la philosophie et les mathématiques à rUtriTersité de Cologne , et prêché atec applaudissement dans l'égTise métropolitaine de cette ville , il passa dans le diooèse de Trêves , où il fit les fonctions de missionnaire danB le bourg de St-Goar. Il fut etusà confesseur du célèbre £rnest , LaodgraTe de Hesse , qui VeAfait d'abjui^er le calvinisme : il accompagna ee prince dam le Toyage qu'il fit à Rome pour rendre ses devoirs au pape Alexandre VII; mais à peine arrivé dans cette ville, Roœntbal fut attaqué d'une fièvre qui Tenleya le 15 février 1655.

Cétait un reKgîeut ferrent , et d'une vie fort austère; il portarit toujoun^le eiliee, jeânait toute l'année , H donnait chaque jour au moins six heures à la prièlre. D sollicita en vain plusieurs fois de ses mpérieurs , la pennission d'aller à kl mission des Indes , mais ils s'y Ttfnaèrent te trotwatil plus utile en Europe. Ses vertus oe purent le mettre k l'abri des Sctêyteê àtt P. Valérieu Magnus : une Lettre du prinee Ernest , publiée en latin et en allemMd , Ta* vengé , Im et sa Société , des invectives de ce eapueiii. Notfs avons du P. Rolefithaè r

1* La mamère th^ bien employer h tenfps , en priant et en ^entretenant avec Dieu. En allemand. Cologne . le&ï , in-î2 , p. 592.

2* Lédifice construit sur la pierre , qui esi J.-C. En allemand. Cologne « 1653 ^ in-4''.

3** Les pâturages de J.-C. , le bon pasteur ^ au sermons pour les dimanches et pour les fêtes de tannée, tirés de F écriture et des SS. Pères. En allemand. Cologne , 1653-54 , 2 vol. in-4^

4"* Sermon de pais prononcé dans téglise des Jésuites de Dusseldorp ^ le V' novembre 1653, /lendant la messe célébrée par le prince MaximiHen Henri de Bavière^ archevêque de Cologne et évéque de Liège , pour la réconciliation et fabjuration solennelk de la princesse Elisabeth- Amélie , née Land^ grave de Hesse , comtesse palatine du Rhin. En allemand. Cologne , 1654 , in-4'*.

5** JEpistola irenica ad juventutem Hassiœ super dissentionihus doctorum quos audiunt. Cologne, 1655.

6"* Juste plainte sur les points de foi constestés , adressée à un ministre calviniste. En allemand. Cologne , 1656,in-12.

" 1656. MARËE(7afon<m), HécoUet , fut saocessivement attaché aux couvens de Bolland , de Liège et de Verriers ; c'était un religieux pieux et non moins recommandable , tant par sa conversation que par sa science ^ vir pius, non minus conversatione quant scientid venerandus , au dire du dominicain Vander Meer, de Tongres, dans un ouvrage inédit sur les écri^ vains liégeois , dont le docte Mr. Van Hulthem possédait le manuscrit original qu'il avait prêté à Mr. de Villenfagne. Le P. Valeutin Marée passa la plus grande partie de sa vie dans la principauté de Liège ; mais nous ignorons s'il y est né : la date de sa nais* sance et celle de sa mort nous sont inconnues. Il est auteur d'un ouvrage très*rare i singulier et original , intitulé :

Traicté des conformités du disciple avec son maisire^ cest'à'dire de St. François a/oec Jésus^Cht^t, etc., etc.

~ 129 — U est divisé en quatre parties qui comprennent 3 Tol. în*4*. La singularité du sujet de cet ouvrage fait son seul mérite: le style en est si diffus^ si suranné et si barbare , que la lecture en est à peine supportable. Le P. Nicéron dans ses Mémoires^ tom. 36 , p. 148 , article Barthélemi Albi^zi de Pise , cite le Traité de notre récollet qu'il croit n'être que de deux volumes. De Bure , qui est le premier qui l'ait annoncé comme un livre très^are , singulier et or»gûial^ et qui ait donné une notice bibliographique des deux preaiiers volumes, ignorait l'existence du tioisiëiBe. Du temps de ce savant imprimeur , il n'y aTait à Paris qu'un seul exemplaire de cet ouvrage , et il était incomplet; c'est lui que possédait Mr. Gaignat dans sa précieuse bibliothèque , et c'est sur cet exemplaire que de Bure a arrangé sa notice. Creyenna, auqael le baron de Cler , de Liège, savant bibliophile lié^ois , avait fait présent d'un exemplaire complet , a donné une courte notice bibliographique du troisième volume. Mr. de Vitlenfagne en possédait deux exemplaires , et Mr. de Fossoul , ancien bourgmestre de Liège , connu *par son goût pour les estamjles et les livres , en possédait aussi un exemplaire.

Le premier volume a pour titre : Traicté des cùnfarmiié» du disciple a/oec son maistre , cest-^^^re, iiSi. François avec Jésus-Christ en tous les mystères i^ sa naissance^ vie^ passion^ mort^ etc. Le tout re* f^ltfi aiancé et divisé en deux parties, par un frère Mineur récoUet.

L'année où ce volume a paru , le nom de l'auteur , celui de la ville et de l'imprimeur n y sont pas désignés. Le couvent des Récollets de la ville de Liège possédant en 1634 , une imprimerie domestique I ^yfographia damestica ) « il y a lieu de croire que œ premier volume a été imprimé dans ce couvent , peut-être même sous l'inspection de Henri Tournay.

L'intitulé -eai enchâssé dans une estampe , ou oadre assez joliment gravé, que Mr. de Villenragne coq* jecture ôtrç de Michel Natalis.

A la fin de Vépitre dédîcatoire dat^e du 12 sep« tembre 1656, et adressée à Madame Anne de Barbieui, veuve de Guillaume de Caldenbourg , haut-drossard du duché de Limbourg , comme à la principale nourricière , dit*il , {le nostre couvent de Bolland « le P. Yalentio Marée a placé son noQi, Il y prend la qualité de vicadare du dit couvent^ Bolland , situé près de Hervé » faisait partie du duché de limbourg.

N'ignorant pas le scandale qu'avait produit le fa* meux livre des conformités {Liber oon/ormitatum) de Barthelémi Albizû de Pise , par son parallèle de St* François avec Jésus-Christ » et ses assertions pour prouver que les actions de la vie de ce saint sont aussi et même plus éclatantes que les actions de la vie du Sauveur, le P. Valentin Marée qui cite sou vent cet auteur dans son Traité , a soin de prévenir ses Icc» teurs dans un Avant^propoi , qu'il cherche ji se borner à conférer et marier les faits mémorables de son grand patriarche avec les hauts faits de N. S» J. C. ; et il déclare en même temps , que son intention n'est pas d'eâsalter ce saint patriarche au-dessus de son estre , fiy encore moins m mettre le disciple en parallèle avec son Seigneur» Je confesse , ey^X^Al ^ et je confesserai toujours que Stp François est St. François « 0t rien plus haut « • f • cest'àrdire » le petit sot de J.^C. fatuellus et pauperculus Domini , le pat/ior^ du Seigneut, indigne de M deslier la courroye de ses souHerss • » •

. Au commencement du volume , on trouve une estampe en taiUe*douce avec un crucifix sous la fi-» gure d'un Séraphin ; et $t. François stigmatisé à coté, {«auteur met ensuite dans la bouche de ce saint la pièce de vers latins suivante qui a de l'onction et n'est pas dénuée de mouvement :

£qp) 1IUU9IM jungam ; jun^nuié pedetqjio Utusqjue ? Nàm sacra cœlestis porUibo symbola régis ?

Quîd ta j suiuine Deii3 t qnîdve missellus ego ! Jâro tiras ignoratar amor , ttiti passio dormit ; Haecne meo scalptis renovabo in oorporé signis 7

Qnid tu, siiDime Deus ! qvîdve rotselluf ego I Leges temnuntar ; calcantur lancta ; domusque Destraitur ttia : nùra tantns reparabo ruinas ?

Quid tn , sumrae Deus ! quiilve misellus ego ! Tq Doraintis ; cedo , concedo ego servulus ; in me Qood Tic , ticat Tia , âge ; fige maniisque pedesque ;

Utqoajungat cmx rniioa , fige laCas.

La langue italienne n'était pas étrangère au P. Harée. Jl traduit ainsi cette .strophe d'un cantique qae chantait le P. François :

In fbco raïKM* mt niîse% Il mio frpaao novallo Quaudo Taoel mi roiae L*Agncllo amorosello :

Poiche in Peîgion roi mise FeHmmi d*afi Cotello , Tulto il oor mi dîme.

L'amoor m'a mis en feu ; En feu d*amoin* m'a mi^ Moa espoux nouveUet y L*amoureux Agnellet , Qnand Tanneau il m'a mis : Dès qu'en prison m'a mis D'an Cousteau m'a blesse , Tool ]« oœnr dviisé.

Ces Ters ne donnent pds une idée bien avantageuse <lo talent de notre bon religieux pour la versification françûae; ib aofit néanmoins à peu près les meilleurs qu'il ait Eaits. On trouve dans ce volume €|iii est de plus de 600 pages, une centaine de conformités,

hi 2* volume a pour titre : Partie seconde du traicté «fc» conformités du disciple avec son maistre; cest^ ^» du séraphique père St. François avec nostre

— IM — Seigneur Jé$u»^Christ , contenant en 9oy Umt ks myttêres de leur passion, mort, résurrection, etc. Le tout recueilli et ajusté par F. Valentin Marée, etc., ui-4*. Liège, 1658.

II est dédié à Messire Frédéric de Marselier , seigneur du Parcj et autres lieux. Cette dédicace nous apprend seulement, que St. François même a honoré la famille de Marseliei; de son habit et de son cordon : ce qui veut dire y peut-être, que les membres de cette famille jouissaient du privilège de se revêtir, au lit de la mort, de l'habillement que ce saint patriarche a laissé à ses enfans, privilège que les gens de qualité ambitionnaient encore d'obtenir, il y a deux ou trois siècles. Le P. Valentin Marée habitait alors le couvent des RécoUets de Liège dans lequel il remplissait les fonctions d'instrtwteur des jeunes novices.

Il a joint à chaque chapitre des instructions pieuses ; ce qui a singulièrement grossi son livre. Ce volume ainsi que le précédent est parsemé de vers français. L'auteur s'est surpassé dans les deux qui suivent, si toutefois ils sont de lui :

0 qu*heureox est celai qui pour devenir sage De la peine d^autruf fait son apprentissage !

n cite cet ancien proverbe qui fut, dii-ilf jadis sagement inventé:

Gutta cavat lapidem, non vi, sed aœpè cadendo,

proverbe qui a inspiré à un autre poète ce beau vers latin :

Yota Deum fleotanC , non vi , sed lœpè precando.

Le P. Valentin, en les associant ensemble, les traduit ainsi :

Toot goutte a goutte en distillant « L'eau creusera un dur rocher :

Par vœux et à force de prier, Nous fléchissons le Tout-Puissant.

Le nombre des oonformités dans ce second volume « qui est de 576 pages, n'est pas aussi considérable que dans le premier.

Le titre du 3* volume est : Partie troisième des ctm^ formUés du disciple avec son maistre , c^est^à'dire^ du éraphiquepère St. François avec N. S. J. C. , conte-fmtmsotf tous les mystères de leurs calvaires, crud^ fmens et dernières paroles. Le tout recueilli et ajusté far P. Valentin Marée, etc. , io-4^ Henri Tournay, Liège, 1660.

Le P. Marée a dédié ce volume aux membres du con* sait muoicipal de la ville de Verviers, où il demeurait alors, occupant dans le couvent des Récollets de cette îilie, la place de vicaire et de directeur des novices. Il leur représente dans cette épitre dédicatoire » que Dieu ne ks a pas mis en haut pour autre chose que pour mettre les vices en bas; afin de parvenir à ce but salatâire , vous devez en tout tems^ leur dit-il , marier Ifi justice avec la miséricorde , et la miséricorde avec la jwticê : aiiôme important que les juges et tout magistrat feraient bien de méditer.

iVotre bon religieux , en parlant des stigmates de St. François, rappelle un trait de la vie du philosophe Cratès qui, ajant reçu du musicien Nicodrôme un p^9ant coup de poing sur la bouche , se montra en pu* Uic avec cet écriteau sur le front : c'est Nicodrôme qui ^'a ainsi accommodé. Voilà la seule vengeance qu'ait tirée Cra tes de cette injure. Regardez , s'écrie ici le (. Marée , l'image de St. François ; comme il fait paode deses stigmates aux yeux de tout le monde I Ne icmble-t-il pas nous dire , je porte les stigmates du ^nsur Jésus ^ gravés en mon corps ? Beaucoup de ciiétiens ne sont pas aussi patiens que le philosophe Cratès. Combien ne pourrait-on pas en citer qui n'ont pu oublier une injure même légère ?

Il fait voir y à la page 244, la conformité qu'il y a

entre Vhabit de notre sauveur et celui de St. François et de ses enfans. On croyait, du temps du P. Maràei que le chapitre métropolitain de Trêves possédait dans son trésor, cette relique précieuse. On l'exposa en 1655, à la vénération des aroes dévotes. Suivant notre auteur, le sentiment de tous les peuples et nations qui assistèrent à ce spectacle , fut que cette robe était de couleur de cendre et ressemblait à la tunique des vrais frères Mineurs. Il avoue cependant qu'il y avait une petite différence ; c'est que la robe du sauveur avait des manches plus larges que celles de l'habit de son disciple ; mais néanmoins , il cherche à montrer la conformité qui existe entre l'une et l'autre. Quant à leur couleur, même conformité, quoique le bon père convienne qu'il est maltaise de dUcemer celle de la robe de J. C, parce qu'elle parait être, tantôt d'un brun rougeâtre , tantôt mêlé d'un gris bleu et ressemblant , lorsqu'on la regarde en plein jour , au vermillon cru. Il en est de même de l'habit franciscain; tantôt il semble d'un brun tanné, tantôt d'un gris bleu, et quelquefois, quand il commence à s^user, d'un brun rou- . geâtre : ainsi, conclut le père Marée, Thabit des pauvres frères Mineurs est conforme à la tunique du sauveur.

Un des chapitres les plus curieux de son livre , est le 17* , intitulé : Conformité de Sl François avec J. C. en la vérité de leurs playes. L'auteur y rend compte de la visite que les papes Nicolas Y et Sixte IV firent longtemps après la mort de ce saint, à la grotte souteraine du couvent d'Assise où il a été déposé , et se conserve intact. Il rapporte plusieurs miracles opérés par l'invocation des stigmates de St. François.

Dans la conclusion de la 3* partie des conformités , le P. Marée parle d'une confrérie qui n'est plus guères connue aujourd'hui , la confrérie du cordon de saisU François^ érigée en 1586 par le pape Sixte V. Il raconte à ce sujet , les miracles opérés par la vertu de ce cordon.

Le P. Valentin termine son 3' Tolume par une quatrième et dernière partie pour servir de supplément aox autres. Il annonce dans un avanUpropoê ^ qu'il la partagera en trois genres de calcaires : il comprend dans le premier, Im pauvres patiens^ dans le second, ks cordlals compatissans^ et dans le troisième , hs ardans amoureux (J. C. et St. François).

Longtemps avant le père Valentin Marée , son con* frère Barthélemi Âlbizzi de Pise , avait publié en 1510, Uberconformitatum^ vol. in-fol.dans lequel il compare les ëvènemens de la vie du Séraphin Père François arec ceux de la vie de Notre-Seigneur. La première édition bientôt épuisée, on en fit une autre en 1513, semblable à la première , et qui fut de même bien accueillie : toutes les deux sont devenues fort rares. On s'aperçut enfin que ce livre était farci de choses ridicules et impies ; les Franciscains eux-mêmes en rougirent, y firent plusieurs changemens, retranchèrent quelques passages et le livrèrent ainsi au public en 1590.

Le P. Valentin Marée cite souvent cet ouvrage dans Ks deux premiers volumes. Tout porte à croire que le livre de Barthélemi de Pise lui a fourni l'idée de ses mfùrmiiés : il y a cependant une assez grande diffé* rence entre ces deux ouvrages, et c'est avec raison que le bibliographe de Bure observe que l'un n'est pas la traduction de l'autre. A en juger, en efiet, par les extraits tirés du livre de Barthélemi de Pise , et reproduits avec de belles figures de Bernard Picart, en 1734, dam VÂlcoran des Cordeliers, on conviendra que la production de Barthélemi l'emporte en sottises et en extravagances sur celle du bon père Marée. M' de Vil* leofagne est le premier qui nous ait bien fait connaître l'oaTrage du P. Marée; il en a donné une assez longue analyse, dans le 2* vol.de ses Recherches sur t histoire à la cûdevant principauté de Liège , p. 556, dont nous nous servons ici.

1656, HALLOIX (Pierre), naquit à Liège en 1572- Après avoir fini son cours de philosophie, il entra au noviciat des Jésuites, à Vâge de dix-fieuTans ; il s y fit bientôt remarquer {lar son attachement à l'étude et l'étendue de son esprit. Possédant les langues latine , grecque et hébraïque, et versé dans l'Ecriture-Sainte, la théologie, la philosophie, les SS. Pères, et l'histoire ecclésiastique , ancienne et moderne ; une merveilleuse sagacité de jugement, aidée d'une érudition très-vaste, le firent particulièrement exceller dans la critique. A la science , il joignait toutes les vertus qui font le vrai religieux. Il prêcha pendant plusieurs années avec beaucoup d'éloquence.

Le P. Halloix mourut à Liège le 30 juillet 1656, à l'âgé de 84 ans. Il porta le cilice durant dix années, et l'ayant quitté par ordre de ses supérieurs , il se serra d'une ceinture de crin, qu'il porta même de nuit pendant des années entières. Le P. Olivier Manar lui ayant ordonné d'abandonner cette mortification , à cause de ses infirmités, il y substitua la discipline pour laquelle il se levait tous les jours à minuit ; ce qu'il continua de faire jusqu'à l'âge de 69 ans. Nous avons de ce savant jésuite :

V Annuœ litterœ Societatù Jesu è Japoned, anno^ rum JU. DC. IX et X Traduit de l'italien.

2* TriumphiiS sficer sanciorum Terentianiet socùhrum Martyrum, in translatione stwrorum corporutn ipsorum Âtrebato Duacum in templum Societatis Jestt,. Douai, 1615, in-12. Les corps de ces saints avaient été tirés à Rome du cimetière de Priscille : ils furent transférés à Douai avec une pompe extraordinaire.

3* Anthologia poêiica grcBC(hlatina t Synonymie poë^ ticis, eorumque auctoritatibus insîructa , sed et varHs sententiis, adajiis , prisci» formulis pagnm re^persa / operd Pétri Halloix, S. J. cum latind interpretatùme , etlocorum difficiliorum expontione. Douai, 1617, in-12.

4" Vita ei documenta S. Justinipkilosophi et niariyrii. Douai , Balthazar Bellère, 1622 , in-12. Les Boliandistes Font insérée dans les AcUi ^anctorum, aprUis^ tome II, p. 108-1 19; ils j ont fait quelques changemens, et en ont retranché les hors-d œuvre et ce qui regarde les ouvrages et la doctrine de St. Justin.

5' VUa P. Camilli de Lellis ^ fundatoris ClericorUm Begularium infirmù ministrantium eçripta italicè à P. Sanciio Cicaiello^ latiniiaie donata à Petro Halloix & /.Anvers, 1623, in.l2.

6*" lUustrium ecnlesiœ orientalis scriptorum quisaitc^ iiiakjuxià et eruditione primo ChristiscBcuhflameruni^ et ApostoUs conviserunt , vitœ et documenta,... Ad-jnncta iunî è Grascorum JUenœo de iisdem sanctis viris Elogia grœcù'latma^ ex eju^dem ifersione. Item nota^ tmes et quœgfiones quœdam^ ad vitarum confirmationem et illustrationem pertinentes. Douai , 1633 , 1636, 2 vol. in-foU Le premier volume a pour objet les écrivains de l'église d'Orient du premier siècle; dans le second, il est traité de ceux du deuxième siècle. Cet ouvrage est plein d'érudition et de recherches; on lui reproche cependant un défaut de critique, surtout à l'égard de St. Denis TAréopagite. Plusieurs vies de ces saints ont été insérées dans les Acta ganctorum. Le P. Halloix se proposait de donner plusieurs autres volumes à cet ouvrage ; le 3* était déjà fort avancé en 1642, mais il n'en publia que la partie suivante :

7° Origeneê defensuê , sive Origenis AdamantU Presb. Amatoris Je$u, vita, virtutes , documenta: Hem veritatie euper ejus vitd, doctrind, statu, eaacîa di^quiritio... ad sanctissimum D. N, papam Innocent lium X Liège, Henri et Jean Mathias Hovius, 1648, petit in-fol. Cet ouvrage est divisé en quatre livres. Uans le premier, l'auteur donne la vie d'Origène : ^ns le second il fait l'éloge de ses vertus : dans le

troisième , il trace un abrégé de sa doctrine sur le dogme et sur la morale ; et dans le quatrième, il entreprend l'apologie de sa conduite et de sa doctrine , et soutient la pureté de la foi d'Origène contre le sentiment de plusieurs conciles qui ont condamné cet auteur.

t Personne, dit Richard Simon {Lettres choisies/ » 1730, t. 1 p. 135) t n'a défendu Origène avec plus

ide zèle que le P. Halloix Hais ce jésuite n'est pas

» assez modéré dans sa critique, où il avance bien des » faits, qu'il n'appuie sur aucunes preuves. S'il trouve »St. Epiphane opposé à ses sentimens, il dit librement »que t Histoire des Hérésies ^ telle que nous l'avons » présentement, n'est point de ce père, ayant été in- »terpolée par ses disciples, qui y ont ajouté plusieurs »choses absurdes et contraires à la vérité. Hais il était »aisé de juger que St. Epiphane , qui ne s'est pas assez ^appliqué à discerner les actes faux d'avec les vériitables, a fait un recueil peu exact. Halloix ne garde ipas plus de modération à l'égard de St. Augustin. Il » prétend que ce saint docteur, n ayant pu lire niexaroi- »ner les livres d'Origène, qui étaient écrits en grec, a »été obligé de s'en rapporter au jugement des autres, »et principalement à celui de Théophile, patriarche id'Alexandrie , ennemi déclaré du même Origène. iSixte de Sienne est bien plus judicieux dans l'éloge •qu'il a fait de ce grand homme , oii il éclaircit en »méme temps plusieurs difficultés de ses ouvrages. »

Le P. Halloix fut rudement attaqué par Sinnich dans son Peregrinus Jerosolymitanus ; mais il trouva encore un adversaire beaucoup plus redoutable dans le savant cardinal Henri de Noris, qui publia contre lui : Disseriatio historica de Synodo V QEcumenicd, in qud Origenis ac Theodori Mopsuesteni^ pelagianœ scholœ doclorum, justa damnatio exponitur, et AqttileSense Schisma describitur ; cette dissertation , qui est une histoire complète de ce concile tenu en 553 , où ce

cardinal relèye quelques erreurs du P. Halloii « et des autres jésuites, Lupus, Sinnond et Pierre de Marcâ, se trouve dans ses ÔEuvres imprimées en 1702, in-foL, à Amsterdam (Louvain).

8* Commentartu9 in Evangelia qaadrageHmœ , comphciens Expotitionem Utteralem et moraiem. Paris, 1658,3voLm.fol.

9* Lettre du P. Halloix au P. Horin de l'Oratoire ; elle se trouve dans les Antiquitates eeckiiœ arientalù , etc., de cet auteur, Londres, 1682, in«12.

10* Commentariug in epittolas dttodeoim S. Ignatu (Antiocheni).

Il"* Viia venerabiUs viri AnUmii de Winghe , abbâtis Lœtiensis.

* 1656. BALEN (Pierre) , né à Liège vers 1580; il annonça de bonne heure, pour la peinture , beaucoup de goût et des dispositions naturelles que fortifièrent et développèrent quelques disciples de Lombard, surtout Jean Ramaje qui l'admit parmi ses élèves. Il alla ensuite se perfectionner dans les Pays-Bas et en Italie. Après ces courses , il regagna les foyers paternels et épousa Marie Lombard , fille que le célèbre peintre de ce nom avait eue de sa troisième femme : elle lui donna un fils^ nommé Lambert Balen, qui exerça la médecine à Liège.

A l'exception du tableau représentant la Sainte Trinité^ qui est dans le chœur de l'église de St. -Christophe à Liège , Pierre Balen ne peignit que de petits mrceauûg.

En 1626, il entra, en qualité de voyageur, dans la Sociéié des maîtres de t hôpital de SU^ Jacques, situé près du pont d'Avroy à Liège. Cette société était alors composée de 24 personnes, dont une moitié était de voyageurs, et l'autre, de bourgeois de cette ville; ils araient l'administration de cet hôpital, pour lequel

Gérard Douffei entreprit le portrait de St. Jacqwi, en 1656 : cet habile peintre fit la tête de ce saint, d'après le dessin de Balen qui rivait encore alors ; oe qui n'est pas un moindre éloge pour ce dernier.

1657. BOUCBnr {Philippe), né en 1574, à Chièvres, petite ville du Hainaut, d'où il prit le surnom lalin Serviu9. Après avoir achevé ses études, il reçut les ordres sacrés; mais en 1600, il entra dans la compagnie de Jésus, où il avait un oncle , Jean de La Haye. Il fut pendant dix ans préfet du collège des humanités à Liège. Il y dirigea aussi l'une des êolidarités , ou congrégations de la Vierge, et mourut dans cette même ville, le 9 février 1657. On a de sa façon :

1* Les larmeê de Parthénophile séchées, ou Réconfort des âmes dévotes à la Sainte Vierge. Liège , 1636, in.l2.

2* Le jReconfort des âmes désolées, en forme de conférences ^ ou devis spirituels, Liège, 1637, in-12; item , avec des augmentations ; ibid. Baud. Bronckart, 1645, in-12.

3* Le conseil dEstat^ ou direction pour connaùre lestât f dans lequel Dieu veut sauver unchascun. Liège, 1637, in-12.

4'' Traité de la charité fraternelle. Liège , Oiristian Ouwerx,1638,in-16.

5* L'art de bien mourir. Liège , 1639^ in-16.

6"* L'ami fidèle Jusqu'à la mort, ou la manière de disposer le malade à bien mourir. - Liège ^ Baudouin Bronckart, 1639, in-16; id. Liège, 1650, in.l6,en latin. Liège, Baudouin Bronckart, 1642, in-16. Anveh, 1649, in-24, 4' édition. Liège, 1652, in-16, 5' édition. Liège, Bertin Hojoux, 1665, in-16. Ce petit livre est bien fait, il montre de la part de l'auteur, beaucoup d'expérience dans la conduite des âmes. 7"" Diva Tungrensis Hanno-Belgica , sive imaginis ejuê

Tungros Hannoniœ mira per Angelos deportaiio, etc., Liège, Baudouin Broackart, 1651, in-t6, dédié à Haiimilien Henri de Bavière, éTèque-prince de Liège. 8* Divœ Serviœ HantuHBelgicœ , Hve mirtymhrum abeâpainUorum Florilegium. Liège , Baudouin Broncbrt,l654,in-4^

* 1659 FRANCHIMONT (Mathitu), prêtre et bénéficier de l'église cathédrale de Liège , est l'auteur d'une rie de St. Lambert en 43 odes. Ce poème qui n'est pas ans mérite, a été imprimé à Liège, en 1659, par la veure Léonard Streel. Dansla strophe suivante , l'auteur nous peint St. Lambert saisissant une épée , en voyant » maison assaillie par Dodon, frère delà belle Alpaïde, mais s'abandonnant bientôt à la providence , après aroir jeté son arme pour aller se prosterner aux pieds des auteb :

• • • • . . sed generosior Ac motos sabitus increpans , memor Se non vitere roilitem y Demisit gladii fulmina noxîL Beo stragem I bipatentilos Portis irraitor , luctificà cadunt , Pro Christo, nece , victimae , eto.

1659. HORION (Alexandre de) , peintre, né à Liège îm la fin du 16* siècle. Il s'adonna particulièrement au portrait : il sut se concilier l'estime de ses conci* lojens et eut le bonheur , ainsi que Jean de Bologne, de lear plaire longtemps. On ambitionnait d'être peint par cet artbte ; aussi eut-il bientôt , par ce moyen, acquis une fortune considérable. Ses portraits cependant ne peuvent entrer en comparaison avec ceux de Gérard Douffet; ils sont, en général, assez resscmblans, bien dessinés , mais peu animés. Il les accompagnait urdifiairement de bordures et de beaux ornemens : ce qui, peut-être , n'a pas peu contribué à les faire re-

chercher dans le temps avec empressement. Alexandre de Horion ne s'est pas toujours bordé à ce genre de peinture. Il laissa, entr autres, deux tableaux d'un genre plus élevé, dont l'un existe encore dans l'église de St.-Servais de la ville de Liège , et l'autre , dont le sujet est la Résurrection das morte, était, placé dans l'église du couvent de S^*^Iaire de la même yille. Ce peintre a été enterré , près de ce tableau , dans cette dernière église, où Ton voyait sa pierre sépulcrale, ornée de ses armes. Il mourut en 1659.

"" 1659. LAMBOT (Guillaume de), baron de Col-thesheim et d'Arnau, comte du St.-Empire , seigneur de Dessener, de Wintershoven et de Neuschlos, et feld-maréchal des années de l'empereur, reçut le jour de Guillaume de Lamhoy et de Marguerite de JUéan. Sa famille était lune des plus nobles et des plus anciennes du pajs de Liège. Dès sa plus tendre jeunesse, il manifesta un goût décidé pour la profession des armes. Le récit des conquêtes de l'empereur Ferdinand n , au commencement de son règne , attristait Lamboj, dans l'appréhension que ce prince n eût plus d'ennemis à combattre, lorsque l'âge lui permettrait de s'attacher à son service.

En 1635 , les Espagnols , après avoir surpris Trêves , en avaient enlevé l'archevêque et l'avaient mené prisonnier en Flandre , parce que cet électeur s'était mis depuis peu de temps sous la protection de la France. Le cardinal de Richelieu, dans son désir d'abaisser la maison d'Autriche , saisit cette occasion de lui déclarer la guerre. Il se ligua, à cet effet , avec les états protestans de l'empire , la Suède et la Hollande contre l'empereur et le roi d'Espagne.

Le jeune Lamhoy était à peine parvenu à sa quatorzième année , qu'entendant parler de cette guerre depuis plusieurs années^ et désirant s'y signaler , il passa

au semce de Tempereur : ses parens pressés par ses instances , lui permireoi d aller en Allemagne , alors le théâtre de la guerre. U fit les deux premières campagnes en qualité de volontaire. Son application à remplir ses devoirs , sa fermeté « sa patience et sa bra- Toore lui méritèrent une lieutenance dans un régiment de dragons; peu de temps après, il obtint une compagnie dans le même régiment

Parvenu par ses talens au grade de général , il fut enioyé , conjointement avec le duc de Lorraine, au secours de la ville de Dôle, assiégée par le prince de Condé. Lamboy poursuivit ensuite ce prince en Bourgogne, et ravagea sous ses yeux cette province , sans que celui-ci osât s'y opposer. Eu 1638, il fit lever le siège de St.-Omer, alors investie par le maréchal de Châtillon.

Le duc de Weimar avait ouvert la campagne par la prise de Seckingen et de Lauffembourg, et venait «louvrir la tranchée devant Rhinfeld , lorsque les impériaux commandés par quatre généraux, le duc de Savelli, Jean de Weert, Goeutz et Sperniter, marchèrent au secours de la place assiégée. Weimar les prévint, et après un deuxième combat, il les surprit et les fit prisonniers tous les quatre : il s'avança ensuite contre Brisac. L empereur résolu de sauver, à toat prix , cette dernière place , qui devenait entre les mains des Français , la clef de l'Allemagne , une barrière contre les entreprises des Impériaux sur la France et un obstacle aux secours que l'empire en- Toyait aux Espagnols dans les Pays-Bas, donna ordre aa général Lamboy de marcher au secours de Brisac, avec toutes les troupes qu'il pourrait rassembler; ce qu'il fit avec tant de promptitude et d'habileté, qu'il fut sur le point de délivrer cette place assiégée par Weimar, sans l'arrivée du vicomte dcTurenne et du comte de Guébriant. L'empereur, pour le récom-

penser de sa belle retraite , au milieu de <nrconstance» si diflBiciles , le nomma feld-maréchal.

Le siège d'Arras formé par les Français en 1640, fournit à Lamboy une occasion de donner de nouvelles preuves de son intrépidité et de sa valeur. Le roi d'Espagne dont il s'était concilié lestime depuis la levée du siège de DÔIe, lui confia le commandement de ses troupes, pour l'opposer aux entreprises de la France, et le chargea de secourir Arras, assiégée par les maréchaux de Chaulnes,de la Meilleraye et de Châtillon sur lesquels il remporta quelques avantages : il mit en déroute toute la cavalerie française , fit prisonnier l'un des maréchaux, et tua un grand nombre dofiiciers distingués.

L'année suivante (1641), Lamboy ouvrit la campagne par la réduction de la forteresse de Creuznac , qui fut suivie de la bataille de Sedan , ou ce général, uni à Louis de Bourbon, comte de Soissons, et au prince Maurice de la Tour , ennemis jurés du cardinal de Richelieu , rem{)orta une victoire signalée sur les Français commandés par le maréchal de Châtillon. Cette victoire fut suivie immédiatement de la prise de Donchéry-sur-Meuse et de la réduction de la ville d'Aire. L'empereur , pour récompenser tant de services^ le nomma général d'artillerie.

Lamboy se disposait à prendre ses quartiers d'hiver , lorsqu'il apprit que les Français réunis aux Hessois et aux Weimariens s'approchaient du Rhin. Résolu de les empêcher de pénétrer dans l'électorat de Cologne et dans le pays de Juliers , il s'avançait vers eux à grandes journées, mais il reçut ordre de s'arrêter et de n'en venir aux mains, que lorsqu'il aurait reçu un renfort de nouvelles troupes. L'ennemi profita de ce contretemps pour passer le Rhin et venir assiéger Ordingen, qui se rendit sans résistance. La reddition de cette place fut suivie d'une bataille qui eut lieu le 14 janvier 1642 , assez près de Kcmpen. Lamboy,

après avoir eu trois chevaux tués sous lui, accablé par le nombre » fut vaincu et fait prisonnier avec les généraux Mercy , Vehclen et un grand nombre dofliciers.

Rendu peu de temps après à la liberté , il rejoignit son armée, l'augmenta de 8,000 hommes et s'avança ▼ers l'Allemagne sur la fin de novembre 1643, dans le dessein de faire lever le siège de Rothweil ; niais elle venait de se rendre au maréchal de Guébriant. Le comte de Rantzau , après la mort de ce maréchal , étant demeuré chargé du commandement général de l'année française, l'avait conduite en Souabe pour y prendre ses quartiers d'hiver aux environs de Tuthlingen. Le duc Charles de Lorraine , le comte de Mercy, Jean de Weert et le feld-maréchal Lamboy , combinant leurs forces, marchèrent contre les Français, les surprirent dans leur camp , firent prisonniers de guerre tous les officiers -généraux , près de 6,000 soldais y enlevèrent toute l'artillerie et le bagage : cinq à six mille cavaliers seulement échappèrent à ce désastre et se retirèrent en deçà du Rhin.

En 1644 , les Français cherchant à s'emparer de Gra vélines, les généraux Picolomini, Beck et Lamboy firent diverses tentatives pour sauver cette place assiégée par le duc d'Orléans et bloquée par mer par l'amiral Tromp; mais elle se rendit après quatre assauts et 48 jours de siège. La reddition de Gravelines eût entraîné celle de plusieurs autres places , si les généraux des troupes confédérées n'avaient eu la précaution de faire creuser un canal à Mardyck et d'y faire construire quantité de forts et de redoutes.

La fortune continua les années suivantes à favoriser les armes de France et ne changea de parti qu'en 1647. Armentières, Cassel, Béthune, Mardyck, Dunkerque, G>urtrai et quelques autres places furent enlevées aux Espagnols, dont les forces se trouvaient

malheureusement bien inférieures à celles de leurs ennemis. Le duc de Lorraine , Picolomini , Lamboy et Beck tentèrent en Tain de sauver Dunkerque ; leur armée , qui n'était composée que de 25,000 hommes , se trouvait hors d'état de faire tète aux forces combinées de la France et de la Hollande.

Désirant vivement arrêter les progrès que ces deux puissances faisaient dans les Pays-Bas, et renforcer l'armée espagnole, la cour de Madrid détermina celle de Vienne à envoyer en Flandre l'archiduc Léopold avec un corps d'armée. Ce prince secondé du feld-* maréchal Lamboy pour lequel il avait une estime particulière, ouvrit la campagne par le siège d'Armentières. Cette place, malgré lopiniâtre fureur avec laquelle Du Plessis Bellicum , qui en était gouvemenr , ae défendit , ne put soutenir que treize jours de tranchée ouverte. Une médaille où Ion voyait quantité d'armes en pièces , avec cette légende : Le9 Français nont plus d'armes entières, fut destinée à perpétuer la mémoire de cette glorieuse conquête, à laquelle Lamboy eut la meilleure part.

Landreci eut le même sort qu'Armentières : le marquis d'Endecour , qui en était gouverneur , fut contraint de capituler après 20 jours de siège. Dixmude opposa encore moins de résistance , et se rendit après quatorze jours de siège, presqu'à la vue de l'armée française qui marchait à son secours.

La campagne de 1648 fut un mélange de bons et de mauvais succès pour les troupes espagnoles com« mandées par le feld-maréchal Lamboy et le comte de Fulsadagne, sous les ordres de l'archiduc Léopold : elles s'emparèrent de G>urtrai , de Fumes , du château de Serres et de quelques autres places ; mais elles furent cruellement battues à la bataille de Lens , où elles perdirent 7 à 8,000 hommes et 1500 prisonniers , au nombre desquels se trouvaient le général

Beck, le prince de Ligne et le comte de SL-Amour , le feld-maréchal Lamboy y reçut deux blessures et eut un cheval tué sous lui.

Durant tout le temps que dura la guerre entre la France et l'Espagne jusqu'à la paix des Pyrénées , oon* due le 7 novemlNre 1659 , Lamboy donna des preuves contiauelles de son habileté et de sa valeur. Il sut , au milieu du bruit et du tumulte des armes , allier la pratique des vertus chrétiennes avec celles qui forment ks héros selon le monde. Chéri des soldats dont il anit gagné TafiEBCtion , parce qu'il les traitait comme ses enfans, il en était tout à la fois craint et révéré pour la sévérité dont il punissait toutes les fautes qui se commettaient contre la piété et la religion ; aussi ^ le libertinage et la licence étaient-ils bannis des armées qui] commandait, par le soin qu'il prenait de punir lence et de récompenser la vertu.

* 1659. DUBOSC DE MOMT-ANDRÊ , historien. n consacra la plus grande partie de sa vie à Tétude de Ibistoire du pays de Liège. Il nous apprend lui-même qu'il avait écrit les Vies de St. Servais , de St. Remach ^ de St. Hubert , et qu'il se proposait de composer ^Mik t Histoire des évéques de Tongres et de Maestricht, dont il espérait /atre bientôt suer la presse ; mais cet ouvrage n a point vu le jour. Il entreprit la Yie de Si, Walbodon , dont le corps avait été exposé , vers le milieu du 17* siècle, dans l'abbaye de St.-Laurent près de Liège, à la vénération du peuple, pour satisfaire k désir des âmes pieuses de connaître l'histoire de ce saint. On a de lui :

1* Le courtisan chrétien, immolé en victime d^Etat à f^passion de la cour, ou Saint Lambert j sacrifié pour ^intérêts de F honneur conjugal. Liège, veuve Léonard Strecl,in-4*.

Dubosc a dédié cet ouvrage aux chanoines de l'église

de Liège ; il semble y vouloir excuser les amours du roi Pépin et d'Alpaïde : c N'est-ce pas , dit-il , à la fé- Bcondité de ce beau crime que la Fraoce est redevable »des deux dernières lignées des rois qui l'ont gouver- »née ? Et n'est-ce pas cette mère qui a enfanté le » noble et illustre chapitre dont vous êtes aujourd'hui »les dignes membres ? » L'abbé de Telle a critiqué sévèrement Dubosc de Mont-André , dans la^ Vie de SL Lambert qu'il a publiée à Liège ^ en 1722.

2"" Mémoires hùtoriques et politiques concernant la maison d'Autriche ; ils sont cités par le P. d'Avrigni ^ jésuite, dans ses Mémoires pour servir à (Histoire uni^ verselle.

* 1659. BRACHELIUS (Adelphe), est l'auteur d'un ouvrage , plein d'intérêt pour l'histoire de son temps , qui a pour titre : Adolphi Brachelii historiarum nostri iemporis rerum , etc. , imprimé en 1659.

1660. DOUFFET {Gérard), peintre, né à Liège, le 16 août 1594. Sa bouillante vivacité empêcha les progrès qu'il eût pu faire dans les lettres » s'il eût voulu en faire une étude sérieuse ; mais à peine eut-il appris les élémens de la langue latine, que ses parens se virent obligés de le retirer du collège , où il s'était bien moins occupé de ce qui était contenu dans ses livres , qu'à les remplir de différentes figures qu'il traçait , de façon à faire conjecturer qu'il deviendrait un jour un très-habile peintre. On le plaça chez Jean Taulier « peintre à Liège , lequel pour éprouver la vocation de son nouveau disciple « jugea à propos de l'employer à tout ce qui était le plus capable de lui donner du dégoût pour la profession qu'il voulait embrasser.

Douffet^loin de se rebuter, s'appliqua avec tantd'ardeur qu'il surpassa bientôt tous ses compagnons ; mais son inconstance ne lui ayant pas permis de demeurer longtemps chez son premier maître, il le quitta pour

aOer à Dînant où il se plaça chez un peintre nommé Peqiète. Gelai-ci , après avoir vu trayailler le jeune DodTet, jugea qu'il n'avait rien à lui apprendre; et quoiqu'il eut pu tirer de son élève de grands services, sacrifiant son intérêt particulier à l'avancement de notre jeune Liégeois , il écrivit à ses parens pour les informer des heureuses dispositions de leur fils, et pour les engager à lui donner un maître , qui , par son habileté, fût en état de le perfectionner dans un art pour lequel il paraissait avoir un génie particulier. L'avis de Perpète fat suivi.

Le célèbre Rubens , qui en 1 609 , était revenu d'Ita« lie à Anvers, fut prié de recevoir Douffet au nombre <ie ses élèves. Sous la discipline d'un si grand maître, il fit de si rapides progrès i qu'au bout de deux ans d'apprentissage, il peignit quelques morceaux qui méritèrent l'approbation des plus habiles connaisseurs.

Notre jeune artiste charmé de pouvoir rendre ses pirens témoins du fruit de ses études, revint à Liège, où il débuta par un tableau de Juniru , qui fut exposé dans l'église de St.-Martin , et acheté un assez grand prix par Amould de Sélys, chanoine de la cathédrale de Uége. n fit ensuite un autre tableau, représentant fromithés dévoré par un vautour , qui fut très-applaudi.

Dains le désir de se perfectionner dans son art , Douffet, alors âgé de vingt ans , partit pour l'Italie , en 1614. Il se rendit à Rome, et j demeura sept ans. Parcoorant un jour la galerie de Médicis, dont il admiloties beautés, il eut le bonheur d'^ faire la connais- ^œdu peintre du cardinal de Médicis qui, charmé delà solidité da jugement et des connaissances de l'artvte liégeois, lui accorda son estime, et lui promit un ^ploi qui lui donnerait la facilité de voir tout ce que ^e renferme de beau et de curieux en fait d'antique.

~ 138 — trfHsième « il trace un abrégé de sa doctrine sur le dogme et sur la morale ; et dans le quatrième, il entreprend Tapologie de sa conduite et de sa doctrine, et soutient la pureté de la foi d'Origène contre le sentiment de plusieurs conciles qui ont condamné cet auteur.

c Personne, dit Richard Simon {Lettres choisies ^ »1730, t. 1 p. 1S5), n'a défendu Origène avec plus

ide zèle que le P. Halloix Mais ce jésuite n'est pas

» assez modéré dans sa critique, où il avance bien des > faits, qu'il n'appuie sur aucunes preuves. S'il trouve >St. Epiphane opposé à ses sentimens, il dit librement vque l'Histoire des Hérésies^ telle que nous l'avons » présentement , n'est point de ce père , ayant été in- «terpolée par ses disciples, qui j ont ajouté plusieurs >choses absurdes et contraires à la vérité. Hais il était laisé de juger que St. Epiphane , qui ne s'est pas assez >appliqué à discerner les actes faux d avec les véristables, a fait un recueil peu exact. Halloix ne garde ipas plus de modération à l'égard de St. Augustin. Il vprétend que ce saint docteur, n'ayant pu lire niexami- >ner les livres d'Origène, qui étaient écrits en grec, a >été obligé de s'en rapporter au jugement des autres, >et principalement à celui de Théophile , patriarche «d'Alexandrie , ennemi déclaré du même Origène. »Sixte de Sienne est bien plus judicieux dans l'éloge iqu'il a fait de ce grand homme, où il éclaircit en »méme temps plusieurs difficultés de ses ouvrages. >

Le P. Halloix fut rudement attaqué par Sinnich dans son Peregrinus Jerosolymitanus ; mais il trouva encore un adversaire beaucoup plus redoutable dans le savant cardinal Henri de Noris, qui publia contre lui : Dissertatio historica de Synodo V QEcumenicd , in qud Origenis ac Theodori Mopsuesteni^ pelagianœ scholœ doclorum, justa damnatio eajnmitur, et Aquileiense Schisma describitur ; cette dissertation, qui est une histoire complète de ce concile tenu en 553, où ce

cardinal relève quelques erreurs du P. Halloix , et des autres jésuites , Lupus, Sirmond et Pierre de Harcâ, se trouve dans ses ÔEuvre^ imprimées en 1702, iu^foL, à Amsterdam (Louvain).

8* Commentarius m Evangelia quadrageHmœ , complêciens Expontionem liiieralem et moralem. Paris, 1658, 3 vol. ia-foL

9* Lettre du P. Halloii au P. Morin de l'Oratoire ; elle se trouve dans les Antiquitates eccknœ ùrimtaUi , etc., de cet auteur, Londres, 1682, in*12.

10" Commentarius in epistolas duodecim S. IgnatU (Antiocheni).

1 1"* Viia venerabiliê wri AnUmU de Winghe , alh bâtis Lœtiensis.

* 1656. BALEN (Pierre) , né à Liège vers 1580; il annonça de honne heure, pour la peinture , beaucoup de goût et des dispositions naturelles que fortifièrent et développèrent quelques disciples de Lombard, surtout Jean Ramaje qui l'admit parmi ses élèves. Il alla ensuite se perfectionner dans les Pays-'Bas et en Italie. Après ces courses, il regagna les foyers paternels et épousa Marie Lombard , fille que le célèbre peintre de ce nom avait eue de sa troisième femme : elle lui donna un fils^ nommé Lambert Balen, qui exerça la médecine à Liège.

A Texoeption du tableau représentant la Sainte Trinité^ qui est dans le chœur de l'église de St-Christophe à Liège , Pierre Balen ne peignit que de petits morceaux.

En 1626, il entra, en qualité de voyageur^ dans la Société des maîtres de l hôpital de St.-Jcu^ques, situé près du pont d'Avroj. à Liège. Cette société était alors composée de 24 personnes, dont une moitié était de vojageurs, et l'autre, de bourgeois de cette ville; ils avaient l'administration de cet hôpital, pour lequel

Gérard Douffet entreprit le portrait de St. Jacques ^ en 1656 : cet habile peintre fit la tète de ce saint , d'après le dessin de Balen qui vivait encore alors ; œ qui n'est pas un moindre éloge pour ce dernier.

1657. BOUCHY (Philippe), né en 1574, à Chièrres, petite ville du Hainaut, d'où il prit le surnom latin Servius. Après avoir achevé ses études, il reçut les ordres sacrés; mais en 1600, il entra dans la compagnie de Jésus, où il avait un oncle, Jean de La Haye. Il fut pendant dix ans préfet du collège des humanités à Liège. Il y dirigea aussi l'une des solidarités, ou congrégations de la Vierge, et mourut dans cette même ville, le 9 février 1657. On a de sa façon :

1* Les larmes de Parthénophile séchées, ou Réconfort des âmes dévotes à la Sainte Vierge. Liège , 1636 « in-12.

2* Le Reconfort des âmes désolées, en forme de conférences ^ ou devis spirituels. Liège, 16379 in-12; item , avec des augmentations ; ibid. Baud. Bronckart , 1645, in-12.

3* Le conseil d Estât ^ ou direction pour connaître lestât , dans lequel Dieu veut sauver unchascun. Liège, 1637,în-12.

4"* Traité de la charité fraternelle. Liège « Qiristian Ouwerx,1638,in-16.

-^ 5** Lart de bien mourir. Liège , 1639, in-16.

6* L'ami fidèle jusquà la mort, ou la manière de disposer le malade à bien mourir.- hiége^ Baudouin Bronckart, 1639, in.l6; id. Liège, 1650, in.l6,en latin. Liège, Baudouin Bronckart, 1642, in- 16. Anveh», 1649, in-24, 4* édition. Liège, 1652, in-16, 5* édition. Liège, Bertin Hoyoux, 1665, in-16. Ce petit livre est bien fait, il montre de la part de l'auteur, beaucoup d'expérience dans la conduite des âmes. 1"* Diva Tungrensis Hanno-Belgica , sive imagùtis (jus

personne et n'abaissant jamais les ourrages de ses confrères; il se faisait au contraire un plaisir de louer tout ce qu'il y rencontrait de bon. Il se lia d une étroite amitié avec Bertholet Flémalle et Gérard Goswin. Il parvint à la fin de ses jours sans avoir fait d'épargnes. La gloire et non l'argent le guidait dans ses traVaui. Il méditait longtemps les sujets qu'il voulait traiter et composait lentement. Le maniement trop assidu du pinceau le mettait dans un état d'épuisement et d'af- JaBsement qui faisait craindre pour sa rie ; aussi la faiblesse de sa santé le forçait-elle souvent d'avoir recours aa repos. Les violentes douleurs de goutte dont il fut tourmenté les dernières années de sa vie /ne lui firent rien perdre de sa tranquillité d'esprit. DouiFet aimait le séjour de la ville de Liège ; il avait sa demeure (fans la me d'Amaj , où il était logé commodément. Cet habile artiste mourut Tan 1660, à l'âge desoixanteâi ans; il a été enterré dans l'église des PP. Dominicainsde Liège. L'auteur du livre intitulé : Les Tabkauw parlons du peintre Namurbis. (Namur , 1658, in- 12), Qoos le peint en ces vers :

IToobliex pas DooflFet ; esprit iogënieax , Ses dessina soot hardis^ ses traita sont prëcîeax ; Et cet aatre Oameri , qui fait tant de merveillea , Qall mérite les fruits de nos plaa longaes veilles.

Gérard Donfiet excellait également dans le portrait et dans Yhistoire. Ses attitudes sont bien choisies ^ ses airs de tite d'une variété admirable ; son coloris est àfme grande douceur. Ses principaux ouvrages sont :

1* une Invention de la Ste. Croiûp, morceau magni-* (iqne qui loi fut adieté cent pistoles par dom Charles Bardj^ religieux de Tabbaye de St.-Laurent de Liège. Od IH an-dmous les paroles suivantes : Àmor et deliciœ ytwcfw kumani Cruw. Ce tableau est en général trèsreoomoMndable pour la composition , le dessin , la

touche hardie et la force d^expreaion : il serait parfait dans toutes les parties , si celle du coloris était portée au même degré. Jean Guillaume Joseph » prince de Bayière, duc de Neubourg et électeur Palatin, qui avait réuni à Dusseldorf « une riche collection de tout ce que la France , les Pajs-Bas et l'Italie avaient produit de plus beau en fait de peinture, acheta ce tableau 8,000 florins.

2* Le pape Ntcolas V, viêiiant la grotte cû le carpe de St. François d'Aeetee avait été d^sé. Ce morceau est d'une grande composition; le sujet en est bien amené et bien caractérisé. On serait tenté de croire que Doufifet a puisé le motif de son travail dans la description du P. Yalentin Marée. L'électeur Palatin acheta ce tableau pour la somme de 11,000 fis. Ce tableau fut acheté en 1627, par Charles Caroli, qui le consacra à la mémoire de son épouse, Alejde Gabrielle , morte à Liège le 25 septembre 1625. H' de Pigage a donné une description très^détaillée de ces deux grandes pièces, qui se conservent* dans la galerie de Dusseldorr,n«*39et65.

3** Le martyre de Ste. Catherine ;i\ représentait cette sainte attachée à une roue et déchirée en morceaux ; deux volets peints en dehors et en dedans accompagnaient ce chef-d'œuvre : sur le premier « on voyait Sie. Catherine représentée sous la figure d'un agneau, entraînée avec violence par un bourreau et conduite au pied d'un autel pour j être immolée en l'honneur des faux dieux : sur le second volet, on la voyait assise au milieu des docteurs et des sacrificateurs , disputant avec eux sur la religion. Sur le revers de ces deux volets, étaient peints, de grandeur naturelle, Waltère de Liverlo et Jeanne Des Fossés son épouse , qui avaient commandé oè tableau à Douffet, en 1640, pour l'église paroissiale deSte.-Catherine, à Liège; ce tableau a été la proie des flammes lors du bombandement de cette ville , en 1601.

4* Une Adoration des bergers, oa la Naissance de

Jésue à Bethléem.

5* Une Institution du sacrement de lOrttre»

6* Une Descente de croix. Ce tableau qui est rempli

de beautés, se Toyait dans l'église de Tabbaye de Cor-

nelis-Munster.

DOUFFET ((r^rarcO, fils du précédent, avocat; il s'appliqaa moins aux sciences qui convenaient à sa profession qu'à l'architecture pour laquelle il était passionné. Il poussa si loin la manie de bâtir qu'il sj ruina entièrement , et ne subsista jusqu'à la fin de ses jours qu'à l'aide d'une pension qui lui fut accordée par le conseil privé du prince-évêque de'Liége.

1660. DEFRAISNE (Pierre), orfèvre et graveur, né à Liège en 1612. Son père était un bon orfèvre qui travaillait avec goût , et ^ mère était la fille de Pierre Zutman qui exerçait la même profession. Après avoir fait ses premières classes, le jeune Defraisne reçut des leçons de dessin de son père. Il voulut ensuite joindre à la pratique de son art , tout ce qui pouvait en étendre les progrès et l'utilité; il n'épargna donc rien pour améliorer les talens que la nature lui avait 81 libéralement dispensés. Il fit divers voyages dans des villes riches et opulentes de France, pour se perfectionner dans la ciselure. Il passa de là en Italie et séjourna quelque temps à Rome où il se lia d'amitié avec l'un des plus habiles sculpteurs de son siècle t François Quesnoy , Flamand , homme autant décrié pour son libertinage , que célèbre par son talent ; mais Defraisne profita de ces leçons, et apprit de lui à réussir dans les trytons, les satyres et les enfans, sans avoir le malheur de se laisser corrompre par la contagion de ses eiemples* Aux leçons d'un pareil maître sons lequel il fit de grands progrès dans son art, il s'adonna à Vétude de l'antique.

Il revint à Liège en 1641, et perdit , après quelques années de mariage , une femme qu'il aimait beaucoup. Il se remaria avec la fille de Renier Houbar. Les premiers ouvrages qu'il fit depuis son retour dans sa patrie, furent : 1* un bassin et une aiguière, qui lui furent commandés par Tintenier, membre des états-généraux : il fut si charmé du travail de lartiste liégeois, qu'il fit présent de ces chefs-d'œuvre aux états-généraux; ceux-ci, bientôt après, envoyèrent ces deux morceaux au roi de France, qui les loua beaucoup; un vase dont l'anse était surmontée d'une figure d'homme contemplant la liqueur dont ce vase était rempli et semblait vouloir s'j nojer ; 3"" un autre vase travaillé dans le même goût, représentant un serpent qui, attiré par l'odeur d'une liqueur enchanteresse , paraissait faire des efforts pour pouvoir parvenir jusqu'à l'embouchure du vase et 7 plonger sa tète.

Sa réputation se répandit bientôt dans les Pajs-Bas , la Hollande , la France et l'Allemagne , et parvint jusqu'en Suède, où la reine Christine, qui savait distinguer le génie, le fit venir avec son épouse, et le retint pendant sept ans. Durant son séjour à Stockholm , Defraisne fit quantité de portraits en médailles, qui lui valurent de riches présents de la part des principaux seigneurs et des premières dames de la cour. Les amateurs conservaient encore à Liège , au commencement du 18* siècle , de ces portraits modelés et jetés en plâtre.

La reine Christine abdiqua en 1654, et Defraisne revint à Liège. Cette princesse , passant par les Pajs- Bas , voulut revoir Defraisne qui s'empressa de l'aller trouver à Bruxelles : elle l'j reçut avec distinction , lui montra une cassette remplie de diamans et exigea qu'il en choisit vingt«huit dont elle lui fit présent. Le gobelet (Targent dont se servait cette princesse ,

était TottYrage de notre artiste ^ qui l'avait ciselé afec tant d^industrie et de charmes , qu'on le citait comme son chef-d'œuvre.

Od voit encore aujourd'hui , de Pierre Defraisne , dans l'église cathédrale de Liège, une arche d'alliance OQ un vaisseau de cuivre doré que présenta , en 1683 ^ Jean TaboUet à l'église de St.-Lambert dont il était chanoine. On la regarde comme la principale de ses pièces, toute simple quelle est. Ce vaisseau repose sur quatre pieds d'argent.

Malgré la fortune que cet artiste avait acquis par m travaux , il ne voulut rien relâcher de son ardeur pour le travail ; sa trop grande application avança le tenne de ses jours. Il mourut à Liège , en 1660 , âgé seulement de 47 à 48 ans.

1660. WENDELIN ou YENDELIN {Godefroid), ^mètre et astronome, naquit le 6 juin 1580, à Herck, ville de la principauté de Liège, au comté de Looz. Placé dès son enfance sous la direction d'un habile naître, Henri Alen, il fit de rapides progrès dans les lettres. A treize ans, il composait des ïambes dont un poète plus âgé aurait pu se glorifier. Il fit sa rhétorique à Tournai, sous les Jésuites, et sa philosophie à Lou- Taio. Malgré son penchant pour les sciences qui commençait à se manifester, il ne cessa pas de cultiver les lettres, et dans ses loisirs il apprit l'hébreu. Un de ses condisciples lui persuada de l'accompagner à l'Université de Prague ; mais il tomba malade à Nuremberg, et le manque d'argent l'obligea de revenir dans sa bmille.

Le désir d'acquérir des connaissances le conduisit en France ; il s'arrêta quelque temps à Lvon , où l'on sait qn'il exerça l'emploi de correcteur dans une imprimerie, n partit pour Rome, en 1600, avec des péleriu qui s'y rendaient pour gagner les indulgences du

jubilé. Après avoir rempli ses devoirs de religion ^ il visita les principales villes d'Italie , revint en France par Marseille I et établit à Digne une école qui fut assez fréquentée.

Yalère André, et après lui les biographes des Pays- Bas, disent que Wendelin eut l'avantage de compter au nombre de ses élèves le célèbre Gassendi, mais le P. Bougerel a démontré que cette assertion était inexacte.

Wendelin retourna en 1604 dans sa patrie, doù il revint presque aussitôt à Paris ; et s'étant chargé de l'éducation des enfans d'André Arnaud , il partagea son temps entre les soins qu'il leur devait et l'étude de la jurisprudence. Dès qu'il eut achevé ses cours, il se fit recevoir avocat au parlement de Paris, et parut au barreau avec distinction.

La mort de son père et de sa mère le força de revenir au pays de Liège , en 161 2, pour régler ses affaires. Il résolut de s'y fixer, et ayant embrassé l'état ecclésiastique , il fut pourvu de la cure de Herck , au comté de Looz, lieu de sa naissance. ,

Passionné pour les sciences, il contribua de tout son pouvoir à les propager dans les Pays-Bas. Il ouvrit à Herck une école où il donna lui-même des leçons ; aidant de ses conseils et de ses livres tous ceux qui recouraient à ses lumières , ou avaient le désir de s'instruire.

Wendelin entretenait une correspondance suivie avec les savans les plus distingués de la France et de l'Italie, tels que Gassendi^ Peiresc, Mersenne, Petau , Naudé, Riccioli, etc. ; et ce fut à sa prière qu'en 1636 , Gassendi répéta la mesure du gnomon de Pythéas, et détermina la hauteur méridienne solsticiale du soleil à Marseille , pour s'assurer de la variation de l'obliquité de l'écliptique.

En 1635 , il fut nommé chanoine du chapitre de Condé par l'infante Isabelle-Claire-Eugénie. Les re-

▼enos de ee bénéfice qu'il n'avait point BoUicitéi lij|i procarèrent les moyens de s'appliquer à l'astronomie srec une nouvelle ardeur. Les observations qu'il fit sur la lune l'occupèrent pendant plus de quinze ans. Il avait pris l'engagement de les pousser plus loin , mais il en fut détourné par les emplois dont il fut revêtu contre son gré. L'évêque de Tournai, l'ajant choisi pour secrétaire, le nomma bientôt après officiai et chanoine de sa cathédrale. Wendelin mourut « en 1660, doyen du chapitre de Rothnac, laissant la réputation d'un esprit universel.

Grassendi le regarde comme un homme de bien et des plus savons de son temps. Wendelin, dit Bailly, a beaucoup observé , mais particulièrement la lune , dont il considéra les taches et détermina les positions; cependant il ne lui fit point parcourir l'ellipse de Kepler : il lui donne bien un cercle, mais sans épicycle, et il explique ses inégalités par un balancement semblable à celui des pendules. Il eut aussi le tort d'établir que lesjours sont égaux, malgré l'inégalité de la marche du soleil , dont le mouvement leur sert de régulateur.

Wendelin reconnut le premier la vérité de la loi de Kepler, relative aux satellites de Jupiter, et la confirma par ses propres calculs. Il établit d'une manière formelle la variation de l'obliquité de l'écliptique par la comparaison des observations modernes aux anciennes; enfin, et c'est ce qui doit lui faire le plus d'honneur, il a déterminé la parallaxe du soleil que l'on regardait comme inaccessible pour sa petitesse. {Histoire de l'astronomie moderne « 11 , 158-62).

San$ avoir jamais tracé de cartes, Wendelin a rendu les plus grands services à la géographie ; il a tenté d'en réformer le système dont il sentait toute l'imperfection ; et Ton est surpris que Delisle n ait pas profité de ses observations pour Ainéliorer les cartes qu'il publia cinquante ans après lui. Les ouvrages de Wendelin sont :

l"* LoûM^êeu de obliquitate soKs diatriba, etc. Anvers, 1626, in-4* rare et intéressant. L'auteur en préparait, en 1644, une édition corrigée et augmentée qu'il avait l'intention de dédier aui magistrats de Marseille ; mais elle n'a point paru.

2* De tetrady Pythagorœ episiolica distertatio. Louvain, 1627, In^*.

3*" Arieê^ ^euaureivellerisencomium. Louvain , 1628, in*4'*. C'est un poème en vers élégiaques.

4" Ceniura etjudidum de faUitate Bullœ Martini I papœ. Bruxelles^ 1643, in-4'', contre l'abbé de St.- Amand qui fondait son exemption sur cette bulle.

fil^ Arcanorumcœhstium lampasparadoxa. Bruxelles , 1643, in.l2.

6"* Eclip8e9 lunares ahnnno 1573 adannum 1640 observatcBy quitus tabulas atktnticœ superstruuntur quarum idea proponitur. Anvers, 1644 , in-4'*. Le P. Ricciolî cite ces deux opuscules avec éloge , et regrette que d'autres occupations aient empêché Wendelin de continuer ses observations lunaires (Voy. Âlmagest Novum. 1 , XXXV).

7* De pluvid purpured Bruxellensi. Bruxelles , 1646, in-8% Wendelin attribuait ce phénomène aux exhalaisons des mines de vitriol situées dans les environs de cette ville. Cette observation, dit Descartes, est belh, d^un homme savant et de très-bon esprit ; Je ne doute pas quelle ne soit vraie ( Vie de Descartes par Baillet , 1 1 ,285). Cependant ce phénomène , si Wendelin en eut deviné la véritable cause , aurait dû se renouveler. Peiresc avait expliqué d'une autre manière les pluies de sang.

8* Leges salicœ Ulusîratœ ; illarum wUah sùhsm demonstratum, cum glossario salico legum adventica^ rum. Anvers, 1649, in-fol. L'auteur a dédié cet ouvrage à J. J. Chiffet; et on le trouve ordinairement à la suite des Vmdiciœ Hispanioœ dans les Opéra poHUca

de oe savant médecin. La loi salique ayait été publiée pour la première fois par J. B« Hérolde , dans les Legeê anUquorum Germanorum. Bàle« 1557 , in-fol. Wendelia n a Tait que reproduire le texte de cette édition, n ajant point eu de manuscrit. Dans une dissertation préliminaire, il cherche à prouver que cette loi a été rédigée dans la Taiandrie , ou Campine liégeoise. Il y a des choses curieuses dans cet ouvrage ainsi que dans le Ghêsaire; mais Wendelin n avait pas fait une étude assex approfondie de l'ancienne langue germanique, et les explications qu'il donne de différons mots obscurs ont paru ridicules à D. Bouquet (Voy. le jRecueil des historiens de France. IV , Préf. Y). La meilleure édition de la loi salique est celle que Ton doit à J. G. Eckhard.

0* Epistola de calcedonio lapide seu gemma gnosUca. S.L. 1655, in-4-.

10^ Des Lettres à Gassendi qui se trouvent dans le Recueil des Œuvres de ce philosophe, YI, 427 et suivantes; elles contiennent des particularités intérestantes.

Wendelin a laîssé plusieurs ouvrages manuscrits sur Tastronomie, la chronologie et le déluge. Yoy. la Bibl. Belgica de Foppens.

* 1660. LOUIS {le Père), prieur des Carmes de Liège, prédicateur ordinaire de Maximilien Henri de Bavière , évéque de Liège, cultiva la poésie française avec quelque succès. Ce poète manque parfois de critique , mais on ne peut lui refuser de la chaleur et de l'imagination. Des Hayons s'exprime ainsi, en parlant du P. Loub :

Beaax vers , saintes foreurs , agréables transports ! Prodigieux amas de brillantes merveilles ,

Que je chéris vos doux eflbrts !

Et que l'éclat me plait de ces illustres veilles !

Il a laissé les fruits de sa rerve dans les deux recueils saiyans :

1* Peintures sacrées du Temple du Carmel, etc. Liège, 1669, petit volume in-4' orné de 26 %ures dont tous les sujets sont tirés des yies des saints et des saintes du Mont-Garmel. Ces figures sont d un burin élégant , précieux et fini : elles ont été gravées, d'après les dessins d'Abraham Diepenbecke, par Pierre Qouwet, par Lommelin, Yanlifebetten et par Richard CoUin, artiste liégeois d'un mérite distingué. Notre poète dans son épitre dédicatoire adressé à Maximilien Henri de Bavière , électeur de Cologne et évêque de Liège, nous apprend que ce prince possède les éminentes qualités des mortifiés, des extatiques^ des stpvans, des zélés, des chastes, des prélats et des princes dont il trace les portraits dans ses Peintures sacrées. II le compare au soleil qui dissipe de ses rayotis les épais nuages dont Venvie et la rébellion voudraient obscurcir son héros. Il prévient modestement ses lecteurs, dans un avis, qu'il n'a pas la vanité de croire qu'il est né poète ; il convient qu'il a beaucoup plus de peine à tourner un vers qu'à l'âge de seize ans, et que son ou«vrage a été composé dans les momens qu'il a dérobés à ses petits emplois de la chaire»

Chacune des 26 figures contenues dans ce recueil est accompagnée d'un sonnet que le P. Louis adresse à la Ste. Vierge :

Vierge qne l'Etemel reconnaît pour sa mère, Qui parmi les beaux fruits de ta maternité. Conservant les trésors de la virginité , A conçu dans le tems ton époux et ton père.

La 1'* estampe représente la mère de Dieu, parlant aux en fans et successeurs du grand Patriarche Elie ; elle leur dit :

HejetmM animés d'ane soarce fëconde , QaW étemel printemps fait sans œsse fleurir » Qoe deQZ mille ans entiers n'ont pa faire périr. Et dont la mort sera celle de tout le monde

La 3' représente Jésus» Marie et Joseph*, visitant /wr* somulkmeni la montagne du Carmel; les prophètes qairhabitent leur font ce oompliment :

Ah I que la solîtade a d'agréables appas I £t paisque vous daignez y condaire tos pas , La pompe des palais n'a rien de comparable : Un homme snr un trône en fait tout l'ornement. lus ici nous Toyons par un sort admirable Toot ce que le ciel a d'auguste et de charmant

Dans la 8* estampe on Toit saint Bertholde en extase, qui ^ pouf empêcher Jésus-Christ prêt à châtier les crimes des hommes, implore la Ste. Vierge , dont il obtient la protection en instituant le petit Stelladre , composé de trois pater et de douze ave Maria; ce que le P. Louis a rendu par ce vers singulier :

• La justice est blooquëe ayecque douze grains.

Peu de personnes connaissent le petit Stellaire; mais le ittint Scapulaire que saint Simon Stoch reçut des maius de la Ste. Vierge, est très*connu des gens pieux etdéyots; notre poète a consigné cet événement àaos ces vers:

Oui, d'un auguste habit, fait dans le firmament Son corps est revêtu par les mains de Marie ; 8on âme en ce moment de plaisirs s'extasie, Et cède aux doux transports de son contentement. Reçois , dit cette reine à ce saint solitaire , Reçois, 6 mon cher fils! ce divin Scapulaire, Comme un gage d'amour pour ton ordre et pour toi. Dans Tune et l'autre vie il domptera lesflanûnes , Au milieu des périls il donnera la foi , Et des cachots orûlans élargira les âmes.

Dam la 11* figure, la mère du saureur rafliure le bienheureux Franc, qui pleurait les excès de sa vie passée , et lui adresse ces rers :

Qae la grâce est paissante et qu'elle a de Tigoear f

Ta libertine vie à peine t'est connue ,

A peine son horreur te parait toute nue ,

Que des torrents de pleurs publient ta douleur.

Saint Louis, roi de France , en danger de faire naufrage, est le sujet de la 14* estampe; le P. Louis y décrit ainsi la tempête :

Des rents les plus mutins les flots sont assaillis; Il semble que les deux , dans Tonde ensevelis , N'ont plus pour les nochers que des clartés éteintes* L*orage impérieux , par des coups inouis , Tâche de triompher du raisseau de Louis, Et pour le dévorer ouvre ses noirs abysmes....

Mais la tempête s'appaisa aussitôt que Louis eut fait le vœu de mener de9 Carmei en France. La 18* figure représente le vénérable Gratian, lié sur un bûcher pour 7 être brûlé vif : il se souvient heureusement de ces paroles : Solve vincla reis , etc. ; en les prononçant, ses fers tombent et le bras d'un de ses bourreaux qui voulait le frapper, devint sec« L'auteur animé d'un yrai délire poétique, apostrophe de cette façon les assassins de Gratian :

Barbares, vainement vous allumez des feux Pour dévorer celui qui fut toujours de braise ; Ce n'est pas Toutrager , c*est le mettre à son aise , Et le traiter ainsi , c'est contenter ses vœux. Au milieu des liens il se croit bienheureux ; Ses fers ont tant d'appas , que de joie il les baise : Toutes vos cruautés n'ont rien qui lui déplaise « Et son bûcher lui sert d'un trône lumineux.

Le P. Louis, dans les vers suivans, contraste assez bien l'état d'opulence dont jouissait à la cour la bien-

heureuse Angèlede Bohême, avec oelui quelle trouva au fond d'un cloître :

Renoncer aux honneurs qu'on rend aux souverains , Quitter la soie et l'or pour se vêtir de bure , Préférer aux palais une austère masure Et rechercher des emplois du dernier des humains, etc.

C'est ce que fit Angèle » en entrant dans la solitude da Mont-Girmel. Une autre bienheureuse du même Dom, Angèle de Arena, délibérant sur la règle qu'elle doil embrasser , aperçut en extase une échelle appuyée sar la montagne du Carmel où se reposaient la Ste. Vierge avec l'enfant Jésus et deux Carmes , l'un à U droite et l'autre à la gauche de Marie. Le poète dans le sonnet qui accompagne cette estampe» parle ainsi à Angèle :

Vois-tu comme Jésus , tout brillant de lumière Bans les bras de sa mère, épris de ta beauté , Semble s'en arracher, afin qu'en liberté Il puisse posséder ton ame toute entière. Pour jouir d*nn objet si doux , si plein d'appas « Précipite ta course et double un peu le pas : Jésus veut que Ton vole alors qu'il nous appelle.

2* Mélanges poétiques^ etc. Liège, 1660; c'est un Tolame plus considérable et beaucoup plus intéressant ^e le précédent. Le P. Louis prévient ses lecteurs dans ^naveriissement, que c'est la douce importunité de ses iUushres amis qui l'a engagé à donner ses poésies au public; il nous apprend encore qu'il a composé quelques tragédies sacrées. Ernest de Surlet-Chokier , grand vicaire du diocèse de Liège, fait, dans son approbation, k plus bel éloge du P. Louis. On ne peut en effet lui refuser un talent décidé pour la poésie française , niais CD désirerait que le bon goût eût plus souvent dirigé sa plume. L'approbation de Surlet-Chokier est

suivie de quelques stance» de Thomas Des Hajonsà la louange du poète : elles sont assez bien faites : voici les deux premières :

Cent sar le Mont-Garroel , et non pas sur le Pinde , Que Louis a fait choix de tant de rares fleurs ; L*ainante de Cëphale , aux bords même de Tlnde, Ne fit jamais d'émail de si riches couleurs.

La tulipe, Toeillet, la rose et ranémone, Près de ces traits charmans perdenl tous leurs appas; Et la ftear dont la pompe éclate sur le trône , Daus sa vive fraicheur , ne les égale pas.

11 commence son recueil par des stances à Ëgon, comte deFurstenbergy graud-maitre d'hôtel de Télecteur de G>logne et évêque de Liège (Maiimilien Henri de Bavière) , chef de ses conseils d'état et privé , chanoine de la cathédrale de Liège , etc. Il fait dans celleci le portrait le plus pompeux de ce ministre :

Je dirais que tes soins se portent bien plus loin Qu*à veiller seulement au bien d'une province ; Que d'autres souverains dans leur plus grand besoin Partagent tes avis avec ton digne prince : Que la Meuse et le Rhin étant en sûreté. Tu n'es pas cependant dedans l'oisiveté ; Que l'aigle, que les lys , que les lions du Tage Avec étonnement dès longtemps ont appris Qu'Egon dans ce qu'il fait , n'a pas attendu l'âge Que la nature emploie â former les esprits.

Le dernier vers de l'épi ta phe suivante qu'il fit su un comte de Mérode, grand majeur de Liège, surprend par la manière dont il est amené :

Ci-gtt le grand Itel dont l'invincible bras S'est rendu signalé dedans mainte aventure;

Et celui qui jadis a donné le trépas , Paie ioi le tnbut qu'on doit à la natu

nature,

Admire » en gémitMiit , l'empipe de la mort , Encore que désarme, elle abat sana efforts Celui qui fut le bras de Bellone et d'Astrée. Ce héros qui jadis dans lliorrenp et le bruit , Présentait à la mort la pointe de Tépée , Loi-méme , cber passant , est mort dedans le lit.

Le lecteur airae-t-il les vers majestueux et sonores? Qu'il lise ceux-ci sur Eugène de Croy , duc d'Havre :

Géans inanimés , colosses immobiles^

Aimables et célestes Titaus , Contre qui les saisons , les âges et les temps Ont donné jusqu'ici des combats inutiles : Innocents espions des mystères des cieox î lagnifiques palais de nos premiers aïeux , Théâtres étonnans des merveilles d'Eue , lonts sacrés du Carmel , de grâce courbet-TOOa ,

Que votre racine s'humilie.

Tous deves admirer des spectacles plus doux.

Le duc d*Hayré ayant prb l'habit des Carmes, en 1657; c'eal pour chanter cet événement que le P. Louis monte sa lyre sur un ton si élevé :

Et voua, sacrés déserts, mystiques labyrinthes,

Où jadis les hébreux fugitifs , Hait lustres tout entiers, ont formé mille plaintes*. Soyes témoins , déserts , d'un miracle nouveau,

Et sachez que la Palestine , Au prix de celui-là , n'a rien vu de si beau.

Cesyers semblent avoir été inspirés par les Muses ; ib décèlent ainsi que les suivans, malgré leurs défauts, UQ véritable talent , dans leur auteur , pour la poésie :

Tous enfin do Garaael , divinité visible ,

Fléaux des rois, maitres des étémens, Dont la juste fiireur et les saints mouvement Ont rendu votre nom à Baal si terrible : Bororae prodigieux , ange vraiment humain , Du vnû Dieu d'Israël ministre souverain :

Mortel sur qui la mort n'a jamais eu d'empire , Graad Elie, en ce jour, me lera-t^il permis

De TOUS apprendre et «le tous dire Ce qo*Engène va fiidre aux yeux de ses amis.

Le P. Louis sait prendre un ton moins élevé , lorsque son sujet le comporte , comme on en pourra juger par ce madrigal au maréchal de Faberti dont les derniers vers sont assez singuliers :

On dit de vous , grand maréchal «

Que soit à pied , soit à cheval , Votre bras redoutable est la mortelle fondre

Dont Louis, ce prince charmant.

Dedans les champs de Mars a Fait mordre la poudre

A l'Espagnol , à l'Allemand :

Et qu'aux sièges comme aux bataîllea Vous savez enfoncer escadrons et murailles.

Tout cela ne m'étonne pas ,

Mais certes j'ai peine a comprendre.

Comme tous nous cachez avecques tant d'appas. Sous la vertu d'un saint , la valeur d'Alexandre ; Et montez droit au ciel par la flamme et le for Et le même chemin par où l'on voit descendre

Tant de i^uerriers dedans Tenfer.

On trouve dans le recueil du P. Louis l'énigme suîyantCi doute il ne nous a point consigné le mot :

Je suis fille du ciel et je n'y saurais vivre ;

Sans ailes et sans pieds, sans corps, ni mouvemena ;

An bout de l'univers je vole en un moment ,

Et celui-là se perd qui ne veut pas me suivre.

J'instruis sans discourir , et j'enseigne sans livre ;

Aux peuples comme aux rois je parle également :

Tous peuvent m'écouter sans aucun truchement.

Et bien plus qne le vin mon entretien enivre.

Je rends solide Tean ; le soleil m*obéit ;

Le feu quitte la sphère et sur la terre me suit;

Je fois mouvoir les monts ; je dompte la mort même ;

Je commande en un mot dessus chaque élément :

Admirez cependant mon infortune extrême ,

Celui qui me veut voir , me met un monument.

Maiimitien Henri de Bavière, alors évéque de Liège, accueillit fayorablement le P. Louis, et donna des marques visibles de l'estime qu'il faisait de ses outrages. Ce prince , voulant présider en quelque façon à rimpression des Mélanges poétiques de notre auteur, donna ordre à l'imprimeur de faire monter une presse dans les galeries du palais. Le P. Louis composa à cette occasion un sonnet qui fut imprimé en présence de Maiimilien. Dans uu autre sonnet , il remercie ce prince d'avoir assisté à ses Tragédies sacrées.

H'deVillenfagne nous a laissé la première notice connue sur le P. Louis, ainsi que l'analyse de ses ou- Trages. On les trouve dans ses Mélanges historiques et Mmires. Liège, 1810, in-8*.

1661. HUART (Ignace), religieux de l'ordre de Gtaui, docteur en théologie, entra vers 1618 dans la célèbre abbaye d'Aine , diocèse de Liège : il y enseigna ayec distinction la philosophie et la théologie. Ses supérieurs lui confièrent la direction des religieuses Bernardines de Yivegnis , village situé à deux lieues de de Liège sur la rive gauche de la Meuse. Il s'acquitta de ce dernier emploi l'espace de cinq ans , et mourut dans cette maison , le 9 avril 1661 , à l'âge de 49 ans. Nous avons de lui :

V Ranutii Higati (nom anagramraatique) Lintrir talknsis» Bemardus, hoc est, D. Bemardi abbatis ClarcBvallensis , doctoris melliflui, Tractatus degra- ^ et Ubero arbitrio, periodice dispunctus , commen- ^rus UlustratuSy S. Augustino, primario gratiœ chris- ^ianœ, propugnatori , consonus demonstratus , atqne àfiliorum atienorum depravationibus vindicatus, 1 649, in4*, sans nom de ville ni d'imprimeur. Le P. Huarl dans cet ouvrage , a pour but de montrer la conformité qui existe entre les sentimens die saint Âuffustin et de ^int Bernard, sur la grâce, la prédestination et le

libre arbitre. Il y réfute /en passant» quelques opinions relâchées du P. Hathias Hauzeur , ReooUet de Verviers , qui les avait ayancées dans un livre intitulé : fAnatomie de saint Augustin. Le P. Bertrand Tissier , prieur et réformateur de 1 abbaje de Bonoe-Foniaino «u diocèse de Reims, et docteur en théologie dans rUniversité de Pont-^-Mousson , attaqua Touvrage du P. Huart comme injurieux à saint Bernard, et favorable à la doctrine de Jansénius , dans Tun des deux Appendix qu'il joignit à sa Disputatio theohgica in Janseniana dogmata^ imprimée à Gharleville, chez Gédébn Pbncelet, 1651. Huart lui répliqua par la brochure suivante :

2"* Bemardus Ahbreviatus» Le P. Hauzeur , offensé de l'ouvrage de dom Huart , fit paraître : Correctio fra-^ tema RanutU Higati anagrammatici ^ libelle rempli d'invectives et de reproches qui n'était digne que du mépris ; mais ce dernier se crut obligé d'en demander justice : il s'adressa à cet effet au P. Pierre Marchant , supérieur du P. Mathias , et publia son apologie sous ce titre:

3* Exceptiones et vindiciœ pro Ranutio HigcOo , ad-versus criminatianes et errores , quAus yus doctrina et mores impetuntur ab authore libelU, oui titubas : Correctio fratema, etc.^ etc., authore /.fl.,in-4*, sans date ni nom de ville et d'imprimeur. Le P. Hauzeur lui ayant répondu , en l'accusant de manquer de soumission pour les décrets du Saint Siège. 11 publia peu de temps après : Appendix vindiciarum pro Ranutio Ili-^ gato. S'il en faut croire Foppens , ces divers écrits de Huart auraient été mis à Yindex par le pape Innocent X. On voit par les écrits de Huart , qu'il avait donné un temps considérable à la lecture des ouvrages de saint Bernard , et qu'il était bien éloigné d'être sectateur de Molina.

4'' Bemardus abbcu , sioe sanctus prœlatus : hoc est.

-^ 171 — Plom pastorales , ex êelecHssimis quUmsque D. Ber^ nanti operibus collecU , aiguë in grattant prœlatorum mmŒm, iàm sœoularium » quàm regularium , eligen-dum item et nominantium eût prœlaturas ^ ac denique condmatortÊm singuUzrem utiUtatem in tractationis^ modum et formulam digesti. Louyain, 1651, inr4% p. 304. Cet ouvrage, dWisé en 189 chapitres, est -dédié à Jacques Boonen , archevêque de Halines.

5* Commentarius in logicam AristoteUs, sive Aris^ toleles rationalis, dilucidissifnis breviêsimisque corn* meniarOs , ex êeleoUsrimie quibueeumque philosophie menUoribus et antiquis illustratus.

6* SU. Bemardi faciès immaculaia , JUSS, l"" Bemardus monachtts, ubi vita spiritualis , ipsius S. Doctèris verbis, exprimitur. MSS. \

* 1662. KERKUEM {Arnold de), baron de Wyer , desœndait d une des famines les plus anciennes du |

pijs de Liège. II était fils de Guillaume de Kerkhem , ;

lieutenant féodal du comté de Looz , et de sa seconde I

femme, Anne de Glimes. Arnold fut d'abord destiné à l'état ecclésiastique, et après quelques difficultés y" il fat reçu chanoine de Saint-Lambert, en 1639. Depuis il reprit l'habit séculier , et épousa sa cousine germaine , Anne Marie , dame de Wyer. Il était commîssaire-déciseQr à Maestricht , pour Maiimilien Henri de Bavière, évèque de Liège, lorsqu'il fut élu bougmestre de Liège eo I66L U a publié :

Repartie du sieur Amould de Kerkhem, contenante h résolution de plusieurs belles et remarquables ques^ f»ns en matière de noblesse , d'armoiries de bastardise, à légitimation , et autres sommairement cottées par li» feuillets suivants. Contre la réponse confutatoire du Mi-Uhistre chapitre de la cathédrale église de Liège. Liège, Christian Ouwen, 1636, in-4% p. 118, grbs canetère.

1662. BOUILLON {de), fut attaché à la mauson de Gaston de France , duc d Orléans , en qualité de secrétaire du cabinet et des finances « et eut des relations avec Chapelain, Ménage» Pélisson et autres gens de lettres de son temps. Il mourut en 1622. On a de lui ses Œuvres contenant l'Histoire de Joconde , le Mari commode « t Oiseau de passage , la mort de Daphtits , [Amour déguisé^ Portraits , Mascarades , Avis de cour et plusieurs autres pièces galantes. Paris, 1663 , in.l2.

L'Histoire de Joconde, qui se trouve dans ce Yolume, est imitée de TArioste , ainsi que le Conte de La Fontaine qui a donné lieu à la célèbre Dissertation critique de BoileaUy qui juge ainsi Bouillon : « C'est, dit- >il, un auteur sec et aride; toutes ses expressions sont > rudes et forcées; il ne dit jamais rien qui ne puisse » être mieux dit; et, bien qu'il bronche à chaque ligne^ »son ouvrage est moins à blâmer pour les fautes qui y >sont| que pour l'esprit et le génie qui ny est pas* b

"" 1663. VAN DEMBERG {Hubert-Henri), chanoine et doyen de l'église collégiale de la Ste.-Trinité à Spire, né vers la fin de l'autre siècle. Il parcourut une partie de la Basse-Allemagne, les Pays-Bas et la principauté de Liège pour ramasser des matériaux sur les familles nobles; il visita les églises , les maisons religieuses et surtout les plus anciennes abbayes (dans lesquelles il recueillit des épitaphes et. des inscriptions) « et dont il compulsa les archives quand il pouvait y avoir accès. Il parvint enfin à former une collection volumineuse qui lui servit à dresser quantité de généalogies de beaucou p de maisons nobles, dont il dessina à la plume les blasons , les armoiries et les quartiers.

Henri Van Demberg prenait la qualité de roi et hé^ raut d armes de la principauté de Liège et du. comté de Looz, qualité dont lavait revêtu Tèvéque Ferdinand

~ 173 — de BoTÎère : il plaçait aussi parmi ses titres ceux de cbe?alier et de comte palatin du Rhin.

Il avait fait graver en taille«douce les armes des papes, des cardinaux et autres personnages illustres , qui tous avaient été reçus dans l'église cathédrale de Liège. Il se préparait à livrer le fruit de ses veilles à la presse, lorsqu'une maladie subite le conduisit au tombeau. Après sa mort , on vendit ses manuscrits pour peudechose^ dit un de ses contemporains. Ils passèrent ensuite dans la bibliothèque du célèbre échevin de Louvrex, qui les conservait soigneusement. Les manuscrits de Van Demberg furent achetés avec la biblio* thèqae de Louvrex , par le comte de Méan , princeérèque de Liège en 1792. Le catalogue imprimé de cette bibliothèque comprend les ouvrages suivans :

X* L'Etat de la sainte et noble cité, pays, évéchéet diocèse de Liège , ensemble Ift dignité prééminence , «e»gneurie dicelle avec figures et blasons, gros in-fol. écrit par l'auteur même, et augmenté de ses propres notes et observations.

t Becueildes 8, 16, Z2et 64 quartiers de diverses maiêons et alliances d'empereurs , rois, princes . ducs^ landgraves f marquis, comtes , vicomtes, bannerets, bO' rons, gentOshommes , chevaliers, hommes d^ armes et nobles écuyers, dressés à grands fraix et labeurs indi^ cibles, par t auteur, au premier feuillet duquel se trou^^ 9eni tous ses titres. Manuscrit très*beau orné de tous les

3* Recueil des généalogies des souverains des dix-sept provinces et de la Germanie, avec celles des maisons fef phis distinguées, contenant toutes les preuves et blasons y relatifs. Cet ouvrage est beau et utile pour le maintien des familles et de leurs possessions.

4* TabUs des maisons et familles nobles avec autres éê moindre aUoy , ou magasin généalogique des preuves iiœlles , tirées de divers cahiers et autres ouvrages ,

écrit par lautear en 1641. Ce maouscfit est lrè»-nel*

5* Copk du manuscfit de Hemricourt {Le miroir iie^ nobleê delà Hesbaye) par Van Demberg, enrichie de noieê et addiiioni de ce dernier, ainsi que de plusieurs blasons qui ne se trouvent point dans Véditùm imprimée en 1636. On 7 trouve aussi quelques autres discours sur les armoiries. Manuscrit beau et lisible.

G"" Nomina summorum Poniificum Purpuratorufn de caihedrali ecclesid Leodiensi^ nomina 60 canonicorum uno et eodem tempore in S. et illustri ecclesid residentium. Ce même manuscrit contient une chonique trèscurieuse qui se termine à l'an 1641 , écrite par Van Demberg , avec des remarques sur un monstre qui parut en 1639. Le tout est orné de figures et blasons.

l"" Chroniques et Annales des évéquss de Metz, de Toul, de Verdun^ etc. j avec ceuw de Tongres et de Liège , remplies de beaucoup de faits rares ; le tout entrait ou rapporté par RozièreSf archidiacre, aveo des notes originales de Cautewr , enrichies d ailleurs de bl<M^ sons et figures.

8* Le tahl^jtu des armoiries de France , auquel sont représentées les origines et raisotis des armoiries , hérauts d'armes et des marques de noblesse j par Philippe Moreau Bordelais. Manuscrit copié par Van Demberg, et enrichi de ses notes, recherches et blasons. On y trouve aussi plusieurs petits traités.

9° Portraits de tous les princes et ducs de Venise , depuis Van 619 jusques à présent , avec un abrégé de leurs vies et gestes , copié par Van Demberg et enrichi de ses blasons, notes et recherches sur les maisons d'Autriche, Bourgogne, Brabant, LiOthier, Tongres, etc. , avec la généalogie de M. Uluj , comte de Rivière Ueer.

10° Grand recueil manuscrit des armes et blasons avec les noms de famille qui y appartiennent , omW qu'une table trés-ewplicaiioe, et eûpplicatùms des abbré^

piaUons des provinces, dont il est parlé dans ce recueiL

IV Imperaiarum OrientiaUum et Oocidentalium , Regumque Francorum et illustrium virorum namina , eorumque Gesta ae Hœresiarcharwn initia ; item, Catalogus Academiarum totius orbis christiani, 1554, in4% La valeur de ce manuscrit consiste principalement dans les notes et blasons de Van Deniberg.

12* Principum , Episcoporum et Archiepisvoporum VMignis et metropolùanœ ecclesiœ Salisburgensis des-criptio, in-4* ; avec armes et blasons, et les médaillons des empereurs.

13' Bepertorium Statutorum et Unionum quatuor ecclesiarum Spirensium ; partint latine partim ger^ • manice»

14' Table des armoiries de la plupart de la noblesse des cantons suisses ^ avec une chronique de Saxe; le tonl enrichi de figures et de blasons.

15* Chronologie abrégée depuis la naissance de J. C. juquen Tan 1618, tirées de plusieurs manuscrits , <nec additions ei notes de Van Demberg ; item , généa^ logies et armoiries des évéques de Tongres et de Liège , omi que les blasons des familles de Suàde^

16* Annales historiques et généalogiques de lAu^ triché f des ducs de Bourgogne et des familles de ce du^ cké, ainsi que du Brabant^ Lothier et Limbourg , ^t.^ enrichies de dessins, blasons, eic. Ce manuscrit n'est qn'ane copie dun plus ancien, mais il est précieni par les recherches de Van Demberg.

17* Summaria et Collectio et Informatio rerum quœ tm inter episcopos Leodienses quàm duces Brabantiœ circâ judicium pacis Leodiensis, et bullam auream Brubantiîwrum gesta et tractata. C'est un recueil de tontes les paix les plus rates, des accords ou traités les plus importans.

18* Recueil de qimnUté de Matons et armoiries des

famiUes les plu9 distmgitées cF Allemagne , sutri d'un écrit de Louvrex sur l'histoire de Liège ^ commençant en 1688, en forme de chronique , et finissant l'an

19^ Blasonnement de quantité de familles de tous les pays de t Europe ^ contenant plusieurs citatùmi, et se référant à un ancien ouvrage, dont il n'appert point de titre.

20^ Recueil héraldique dune infinité de familki de différens pays , rangées selon tordre alphabétique dan» un index très^xplicatif^ avec leurs blasons^ armei , figures et monumens relatifs avec une addition de Louvrex. Manuscrit très-net et lisible qui annonce un grand travail.

21'' Copie manuscrite de T ouvrage anglais de SeUen, sur les titres et honneurs , suivie de la description des différens couronnemens des souverains de f Europe, ei de plusieurs fragmens relatifs à la maison d Autriche, ainsi que de plusieurs chroniques. Ouvrage curieux.

22'' Description des vingt-huit villes de Liège , aveo leurs armes et blasons, oà est compris le dénombrement des gentilshommes qui assistèrent à la paix de Fexhe de 1316, vendredi veille de St. Jean Bapliite* Il y mentionne les trois manuscrits de Jean d'Outre- Meuse.

23'' Traité héraldique des pontifes et évéques de Tongres, avec les blasons et généalogies de plusieurs autres anciennes familles^ ainsi qtte quelques parties chronologiques de l'histoire du pays de Liège.

24** Romanorum Pontificum Synopsis exprobatis Scriptoribus ^ Onuphrio , Platindy etc. ^ desumpta^ cum adjectione Armorum , Gentilitiorum cujusqtte familiœ; item, episcoporum Trevirensium^ Wormatiensium, Moguntinensium et Herbipolensium catalogus, cum armis^ in-4^

25'' Abrégé et introduction à la connaissance de la

nMê âcience et art hércique ùu héraldique, avec des bkuom ei figures^ par Van Demherg^ in-8^

26* Le biasan royal des a/rmùiriee des rais, reines, dauphins, fils et filles de la maison royale de France, avec un recueil darmoiries (imposé par h révérend père Philippe Labbe^ de la compagnie de Jésus ; copié par Van Demberg , avec des notes et additions ; in-8\

27" Mélange de diverses chroniques et armoiries , mnnque la collection de quelques généalogies^ composées en partie par Van Demberg.

28* Nobiliaire liégeois où sont détaillées les armairies des chanoines et autre noblesse liégeoise, tant titrée qw non titrée , commençant vers tan 1500; in-A*" oblong.

29* Recueil dune partie d armoiries éparpillées, avec des courtes descriptions; in-8* oblong.

30* Autre recueil de même nature^ avec des emblèmes H épigraphes au proverbes ; in-8* oblong. Ces deux derniers ouvrages sont en partie coloriés.

31* Translat de certain Liburet en languie thiaisCj ùUitulé : La chronique ou histoire des très^nobles seigneurs ei barons dEgmont, avec leurs généalogies et armoiries^ donné à M. Van Demberg en 1631 , par le chanoine Gilzel de Ste.-Croix à Liège; in-4° oblong. Hanascrit superbe avec des armoiries bien exécutées.

32* Trente blasons peints avec de courtes notes ^ dans un petit volume in-12.

Sdf" Nobilitas ecclesiœ Moguntinœ ab anno Christi 1500 usque ad annum 1614, Collectore Georgio Helmch; in-4*. Ce manuscrit, entrelacé en partie d'imprimés, contient les recherches les plus curieuses de Van Demberg et se termine par une chronique des chanoines de cette cathédrale.

34* Libellas , sive Memoriale collectum ex variis lit* teris existentibus in archivio ecclesiœ collegiatœ Stœ. TrinitatiSj Spiriœ.

35'' Vingt-trois rouleaux de différentes généalogist des familles les plus illustres avec leurs ormoinefeih luminées ou peintes par Van Demberg. On en trouye le détail p. 25-27 du catalogue imprimé de la bibliothèque deLouTrex. Liège, Bollen, 1792.

36'' Farde héraldique de différentes pièces de blasoM et autres monumens^ par Van Demberg, avecplusteurs recherches d autres écrivains.

37'* Vita sancti Trudonis confessoris apud Hasbor nos. Vita sancti Eucharii episcopi Aurelianensis. Yita sancti Liberti martyris breviter prescripta. Gerardo JUoringo auctore, 1 voh in-4'. Ce manuscrit, qui appartient aujourd'hui à M. Lavalleje , fils , de liége, est écrit sur papier : il est très-soigné; on y lit à la page36: fecit can. illustr. eccl. Leodien. L. V. D. B. Outre les vies précédentes, il contient quelques documens précieux, entr autres, un édit et ordonnance sur le port des armoiries, titres et autres marques d'honneur de la noblesse,

1665. BOLLANDUS ou BOLLAND (Jean), naquit le 13 août 1596, au village de Bolland près de Hervé, dans l'ancien duché de Limbourg; la plupart des biographes le font naître à Tirlemont, mais c'est une erreur : on voit encore à Bolland , la maison où ce célèbre Limbourgeois reçut le jour. Il entra de bonne heure dans la compagnie de Jésus»

Le P. Héribert Rossweide d'Utrecht, Jésuite de la maison professe d'Anvers , qui avait conçu l'idée de recueillir tous les monumens qui pouvaient constater les vies des saints, ayant été surpris par la mort, en 1629, avant d'avoir commencé son travail, dont il n'avait encore publié que le projet : la compagnie de Jésus, appréciant toute l'importance d'un pareil ouyrage, et les avantages qu'elle en pouvait retirer, en chargea le P. BoUandus qui avait la sagacité , l'érudi-

— notion et le zèle qu*il fallait pour cette entreprise, et lui assoda le P. Godefroid Heinschenius. Ces deux labo* rieax écrivains publièrent, à Anvers, en 1643, les deux premiers volumes des Âcta sanctorunt quotquot toto orbe eolufUur , in-fol. , qui contiennent les vies des saints du mois de janvier. Les trois volumes pour février parurent en 1658. Bollandus mourut le 12 sepsembre 1665 , dans sa 70* année , avant que le mois de mars fût en état de paraître. Daniel Papebroch qui avait été adjoint aux deux collaborateurs continua le trafailavec le survivant. Lesautres continuateurs furent Fr.Baert, Conrad Jauning, J. Pinius, Guillaume Cu par, N. Rajœus, J. B. Sollier, P. Bosch, J. Stilting, J. Lirapenns, J. Veldius* G>nst. Suyskhen, J. Périer, Urb. Slicker, J. Cleus, 0>rn. Bye, J. Bue, Jos. Ghesquière , J.B.Fonson etHubens, tous Jésuites. Le P. Berthold, bénédictin , S« Dick, Cjpr. Goorius, Hejlen et M. Stal- «08, Prémontrés, y ont aussi coopéré. On nomme ces écrivains Bol/andistes , du nom du premier d'entr eux. Il est à remarquer que Bollandus, le père de cette compilation, était moins bon critique que ses con-* tinuateurs.

« Presque toute l'histoire de l'Europe , dit Camus , >et une partie de celle d'Orient, depuis le 7* siècle > jusqu'au 13*, est dans la vie des personnages aux- •quels on donna alors le titre de sainte; chacun a pu •remarquer en lisant l'histoire , qu'il n'y avait aucun •éyènement de quelque importance dans l'ordre civil, >aaquel un évèque, un abbé, un moine ou un saint > n'eussent pris part. » Aussi , quoiqu'on ait comparé cette collection à un filetqui prend toutes sortes de poissons ^ est-elle très-estimée ; elle a aujourd'hui 53 volumes in-fol., savoir : janvier, 2; février, 3; mars, 3; avril, 3 ; mai ,8,7 compris le Propyletêm; juin , 7 ; juillet , 7 ; août , 6 ; septembre , 8; octobre (jusqu'au 14' jour), 6; les deux derniers volumes sont rares; le 53* a été

imprimé à Tongerloo, en 1794. Oa jointe cette collection : l"" Martyrologiuni Usuardi , 1714 » in*foL ; 2" Acia Sanctarum Bollandiana apolegeiicis libris vindicata, 1755, in-folio; et quelquefois encore: 1** Exhibitio errorum quos Papebrochius suii in notis ad Acia Sanctorum commisit, per Seb. à Sancto Paulo. 1693, in-4''; 2"* Examen juridico-theologicum prœatn^ bulorum SebaHianià Sancto Paulo^auctore N» Rayœo, 1698, in-4^ 3' Responsio D.PapebrochU, 1696-98, 3 vol. in-4\

Les travaux des Bollandiites ^ interrompus lors de la suppression des Jésuites, ont été repris en 1779 par ordre de Marie-Tliérèse, à la grande satisfaction des savans chrétiens. Le philosophisme faisant toujours de plus grands progrès sur l'esprit des gouverneroeDs, celui de Bruielles supprima l'ouvrage et détruisit la société des Bollandistes, en 1788, le jour de la Toussaint. Lors de la révolution brabançonne , en 1789, cette célèbre association se rétablit par les soins de Vabbé de Xongerloo , ordre des Prémontrés. Il fit l'acquisition des matériaux qui existaient encore : il réunit dans son abbaye deux collaborateurs, qui, avec trois de ses religieux , se mirent à Vœuvre : il acheta des presses et fit imprimer sous ses yeux et à ses frais, en 1793, dans labbaye même de Tongerloo, le 53* volume. En 1794, la révolution française ayant pénétré en Belgique, elle vint détruire de nouveau cet établissement.

Plus lexpérience nous apprendra qu'on ne peut former des hommes de bien , de bons citoyens , des sujets fidèles , sans les grandes maximes de la religion , rÂi#toire deê saints^ si riche en exemples, si propre à donner des leçons pratiques à toutes les classes de la société, nous paraitra-t-elle précieuse ; et il est bien à craindre que cette collection ne soit jamais achevée.

Les Acia Sanctorum renferment une infinité de

pièces originales, de diplômes et de dissertations iotëressaotes, on y trouve toutes les légendes, vraies, douteuses et fausses. Les savans collecteurs discutent la plupart des faits et dégagent l'histoire des saints des coules ridicules et des fables indécentes dont l'ignoranœ ou une piété mal entendue lavait chargée. On y trouve, outre l'objet direct de leurs travaux, un grand nombre de traits qui intéressent non-seulement l'histoire ecclésiastique mais encore l'histoire civile , la chronologie, la géographie, les droits et les prétentions des souverains et des peuples. Chaque volume est accompagné de tables eiactes et très-commodes.

On a réimprimé successivement à Venise les quarante*deux volumes qui vont jusqu'au 15 septembre. Cette nouvelle édition peut bien remplacer l'original ; mais elle est beaucoup moins estimée, tant à cause des fautes d'impression qui s y trouvent ^ que par rapport à la médiocrité de l'exécution.

Bollandus a fait des notes latines sur la Vie de Charlemagne par Eginhart, que Schminck a insérées dans l'édition qu'il a donnée de cet ouvrage , en 171 1 , in-4\ La Bibliothèque des Jésuites dit que Bollandus a fait imprimer sans son nom , ou sous un faux nom , quelques vers et quelques discours : elle fait mention deqaelqaes opuscules traduits par Bollandus de l'italien en latin. On croit aussi qu'il a publié , de concert avec Tollenar et Heinschenius, le recueil intitulé : Imago primi sascuK societatis JesUé Anvers , 1640, in-folio. La vie de Bollandus se trouve dans les Acta Sanctorum , CQtéte du premier volume de mars.

1666. YŒS^ (Charles) , né dans 1eO>ndroz , province de ]a principauté de Liège, vers l'an 1592, prit l'habit de Jésuite en 1612, au noviciat de Toumay. Ses supérieurs le destinèrent à l'enseignement. Il professa les humanités et la rhétorique ep Flandre et en Bohême

avec beaucoup de snocèfl. De retour dans sa patrie, il remplit les mêmes fonctions et se livra en mèmeteinpi à la prédication et aui travaux du ministère, il était zélé et charitable lorsqu'il y avait du bien à faire ou du mal à réparer. Il en donna la preuve à l'occasion de la peste qui se déclara à Dinant : plusieurs de ses confrères y avaient péri victimes de leur dévouement en soignant les malades. Cette considération ne détourna point Werp d'aller les remplacer dans ce périlleux ministère ; il brava le danger et ne quitta point la ville que le fléau n eût cessé.

Werp aimait les pauvres, et ils étaient l'objet de ses soins les plus affectueux. Pauvre lui-même et humble religieux, n'ayant rien à leur donner, il recueillait les aumônes des personnes riches de sa connaissance, et les distribuait à ses chers indigens. En pourvoyant eut besoins du corps , il né négligeait pas ceux de lame. Ce bon religieux passa douze ans de sa vie occupé de ces soins charitables, dans un hospice destiné à recevoir des pauvres infirmes. S'il lui restait du temps, il l'employait à la culture des lettres et surtout à la poésie latine pour laquelle il était doué dune grande facilité. Enfin , après avoir exercé longtemps les fonctions ordinaires aux coadjuteurs êpiritueU , il mourut au Collège de Huy , le 27 décembre 1666, à l'âge de 47 ans. n a publié :

1** Piarum lacrymarum fontes , librù quatuor ; Gum rhi/thmù ad caloem singulomm. Cologne, 1640, in- 16^ Retouché par l'auteur et publié sous ce titre : Caroli Werpcei, è Soc. Jesu, Magdalena pœnitenSt exulans, amans, Ekgiarunt tribus libris eirpreisa, Liège, Jean MathiasHôvius, 1667, peUtin-12,p.ll4; belle édition. On trouve, entr autres, dans les préliminaires une dédicace à Ambroise de Fraisne, abbé de Beau- Repart , à Liège , et une beUe et longue élégie sur la conversion de Si. Norbert.

Le 1" livre qui a pour titre : Magdalena pœnitens renfenne douze élégies. L'auteur y fait parler Ste. Nadelaine dans les montagnes voisines de Marseille , où il sappose qu elle avait déjà demeuré trente ans. Dans la première élégie « la sainte exhorte les passans à lire sa vie écrite par elle-même : les six suivantes contiennent l'histoire de sa conversion : dans les cinq dernières, elle fait un détail abrégé de la vie, des souffrances et de la résurrection du Fils de Dieu dont elle avait été témoin.

Le 2"* livre : Magdalena exulatu , contient quatorze élégies :les deux premières traitent des commencemens de TEglise, de la itiort de St. Etienne, etc. Dains les six suivantes , Madelaine fait le récit de son bannissement de la Judée et de son arrivée à Marseille. Le gouverneur de cette ville l'ayant priée de lui expliquer la cause de son exil, elle reprend depuis la naissance de J. G. et rapporte les principaux traits de lavie de cet homme-Dieu, parle de la haine des Juifs contre les chrétiens, et termine par le récit de son embarquement en Judée , et de son arrivée au port de Marseille.

Le 3"** Uvre : Magdalena amans ^ renferme : l' trois élégies, ou Ste. Madelaine abandonne à Lazare , son frère , le soin d'instruire les Marseillais , déclare le dessein qu elle a formé de vivre dans la retraite , et se félicite de sa solitude ; 2" une quatrième élégie où elle s'entretient avec TEcho ;

i* Rhythmui S^ Jttagdalenœ, eûtcus90 mundijugo, inErefno ewtdtantù , en strophes iambiques rimées;

4* Pias S. Maqdalenœ Allocuiiones , versibus AnacTîonUB%8 illigaiœ ^ quitus ostenddtur guonam pacte ilagdalena sanctœ contemplationi vehementer addicta, ^ ftbus cTBaiiê assurgaî et rapiatur in Deum. Madelaine sj adresae an soleil levant, aux étoiles, au soleil coachant^ à un rossignol et à un ruisseau ;

5* Pia 5. Magdalenœ vota et susperia tariis

versibus expres9a^qu%b^i9 cœlestes ejusrupturet cxtaJtet declmraniur. Ces petites pièces, remplies de feu et de sentiment , sont des paraphrases de ces paroles de l'Ecriture : Quù dabit mihi pennas.., PS. LIV, Domine eolumus Jenun videre. Job. XII. et Trahe me poit te, Cant. 1.

2''De raptu JUanresatw S. Ignatii de Loiold, libri quatuor. Anvers, 1647, in-12. Inséré dans le Partmssus Societatis Jesu. Francfort, 1654, in-4*. Poème épique dans lequel l'auteur fait entrer l'Histoire de la Compagnie de Jésus. •

S"" S. Aldeyundi virgininobiliêsitnœ, singulari Malbodiensium patronœ , Epicharma, etc. , etc. ; en yen phaleuques. Ejusdem Paramesisadpios S. Aldegundi* cultures j etc., etc.; en vers de même mesure. Ces pièces, qui forment douze pages , se trouvent à la tête de la 7* édition de la vie de Ste. Aldegonde^ par le P. Triquet. Tournay, 1665, in-4*.

Le P. Daniel de la Vierge Marie , après avoir rapporté dans son Vinea Carmeli^ p. 302, deux miracles opérés en faveur de la dévotion du Scapulaire, en 1648 et 1649, dans les villages de Maséeet de Treigne, au quartier d'Entre-Sambre-et-Heuse , dans la principauté de Liège, ajoute : que le vicaire-général, Ernest Surlet Chokier, députa pour les examiner, cinq théologiens, religieux de la ville de Huj, Gilles Pierre-Pont, prieur des Âugustins, Jean Eiaptiste Dupont, définiteur des Cordeliers» Augustin Desmoulins, gardien des Récollets, Jean Sacré, jésuite , et le P. Charles Werp; et que sur leur rapport, il permit la publication de ces miracles.

WERP {Henri), né à Huj, parent du précédent, remporta la première place à la promotion des arts dans lUniversité de Louvain, en 1730. U enseigna la

philosophie au CoHége du FaucoD pendant 25 ans, et se fit recevoir licencié en théologie, vers 1659, dans la même Université. 11 professa cette science au séminaire épiscopal de Liège jusqu'en 1674.

1666. BILEVELT (Antoine), peintre, né à Maestricht. Les Italiens, chez lesquels il a probablement passé la plus grande partie de sa vie , ne le connaissent que sous le nom de Bilivelii^ et recherchent ses tableaux (Voj. le livre curieui et intéressant du chevalier de Burtin : Traité théorique et pratique des con-' mistances qui sont nécessaires à tout amateur de tableaux, etc., tome 1 , page 186).

1667. H AN (François du) j naquit au sein du calvinisme. L auteur de la Biographie Ardenaise en a donné la notice suivante que nous rapportons textuellement. Il pense qu'il pouvait appartenir à la famille noble de Champagne du même nom, et qu'il reçut le jour à Jaudun, vers 1630. Après avoir fait de bonnes études à lAcadémie de Sedan , il prit le parti ^es armes et dcTint écuyer et secrétaire du maréchal de Turenne.

• II avait de l'esprit, et aimait à boire jusqu'à s'eni* >vrer. D fut chassé par son maître pour avoir fait quel- »ques profits illicites sur les passeports qui devaient »ètre délivrés gratis. Dans la suite , le maréchal lui «pardonna, et le reprit à son service. Il composa un > ouvrage concernant les droits de Marie-Thérèse d'Au- >lriche sur les Pays-Bas. Ce livre servit de manifeste à «UuiiXlV pour commencer la guerre de 1667 ; et il «donna une gratification à l'auteur. » (Note communiquée par feu le général de Grimoard, d'après les pièces existantes dans les papiers du maréchal de Turenne).

Vainqueur des préjugés qui l'attachaient au calvinisme, il l'abjura en 1663 , et s'efforça de réparer , par une conduite plus régulière , les torts de sa jeunesse.

Pour ae recueillir davantage , il se fil alors cxmlelier à Paris. Elevé au sacerdoce , il se distingua par aon ta* lent pour la chaire , et les principales villes du royaume furent tour-à-tour le théâtre de son zèle et de ses nom<> breuses prédications. Devenu la terreur et le fléau de ses anciens co-religionnaires, il les traita moins en frères égarés que l'on devait ramener au giron de l'église par la douceur et la persuasion , qu'en ennemis qu'il fallait foudroyer; comme si Von pouvait confondre avec le malfaiteur, celui qui n'adore le mensonge que sous la forme de la vérité qu'il cherche , et qu'il a le malheur de méconnaître.

c Voulant se faire valoir , ee nouveau converti mit »au jour un petit ouvrage pour lequel il prétendait » détruire en France, dans vingt-quatre hefures» la re-

»ligioD réformée Il faisait l'homme d'importance,

»et parlait de lui-même comme s'il avait tenu dans

1 l'état , quelque raag considérable En quittant

•l'épée, il ne s'était pas défait de son humeui^ martiale. 1 Jamais moine n'a été phis turbulent , plus séditieux , » plus malhonnête homme ; il se fit comiaitre tel en ». plusieurs occasions. » (Histoire de tEdU de Nanies^ tome 4% p. 34 , année 1666).

Ce récit d'Elie Benoist n'est probablement qu'une des injustices ordinaires de l'esprit de parti* Néanmoins, le P. Bordes, oratorien, qui a entrepris de réfuter ce pasteur, ne cherche pasà justifier pleinement le P. du Han; il se borne à dire que : c Si cet auteur bavait retenu quelque chose de son humeur martiale , mil s'en faut moins prendre à la charge qu'il avait exer- »cée auprès de M. de Turenne, qui ne lui avait donné »que des exemples de modération, qu'à la Religion ré- » formée, qui laissait assez souvent ces impressions, >si on en croit particulièrement Elie Benoist « parlant »de tous les nouveaux convertis comme de celui-ci. » {Suppliment au Traité des Edité du P. Thomassin , p. 638).

Le P. da Han était fort laborieui , et Ton peut dire qu'il oonsomma autant d'huile que de vin , pendant le cours de sa yie. Il aimait fort les chansons de table ; et en cela» il n'est pas blâmable, car depuis quelles oe sont plus d'usage , le Français a beaucoup perdu de » gaité. Nous ignorons quand et où il finit sa carrière. Il a été inconnu aux biographes, même à ceux de son ordre. Le maréchal de Turenne Ta signalé dans une lettre k 9a femme, insérée n"" 1" de la collection deê ktires et mémoires trouvés dans les porte-feuilles de TurrmnSf par de Grimoard. Paris, 1782, 2 vol. ÎA^fol. Voici rénumération des écrits sortis de sa plume :

1' La justification du changement de doctrine par kf ministres de la religion prétendue réformée c(ê France. Paris, 1663 et 1664, jn^^

Cet ouvrage est divisé en 28 chapitres. L'auteur s'y montre versé dans l'histoire du Calyinisme. Sur chaque potnl il oppose l'ancieniie doctrine des protestans à œlle des ministres de son temps , afin de faire sentir leurs variations et de prouver ainsi combien ils ont eu tort de se séparer de l'église romaine , puisqu'ils ne s'accordent pas entr'eux. Ils ont dit souvent que saint Pierre n'alla jamais à Rome, et qu'on ne peut le dé* montrer par l'Ecrilare-Sainte. Notre cordelier leur oppose dans le 22^ chapitre , le témoignage de David Blondel , savant calviniste, qui affirme que St. Pierre a souffert la mort dans la capitale du monde chrétien , etqœ l'antiquité atteste qu il s'j rendit pour confondre Simon-le-Magicien ( Traité de la primauté de F église^ p. 602 et 604). Les. réformés enseignent que le pape Bit un tyran : c'est, selon notre contre versiste franciscain , le seul point sur lequel ils n'ont jamais varié. Depuis que B(»suet a publié \ Histoire des variations det égUsês protestantes , il ne reste au P. du Han que la gloire de loi avoir ouvert la route.

2* Moyen pour empêcher Ceœercioe de la religion

prétendue réformée en France, préeenîé au rai. Paris, 1663, iii-8'' rare contenant près de trois feuilles, dont l'auteur fit hommage à Louis XIV; en j joignant le n* précédent.

c II y présente les réformés comme les auteurs de ttous les désordres de l'Europe, il fait un abrégé malio »et calomnieux de leur histoire, depuis l'origine de la » réformation , et tâche de prouver au roi qu'il est en 1 état de les exterminer s'il veut sans rien craindre ni »du dedans , ni du dehors. » (Elie Benoist, loc. cit.). Il y provoque d'ailleurs la révocation de l'édit de Nantes. Les traits qu'il y lance contre le calvinisme, nont jamais cette pointe légère qui les rend agréablement piquans.

S"" La condamnation de deux faite avancée par lee minietree de la religion prétendue réforméq^ et la pro^ feeeùm de foi de Fégliee romaine prouvée par les textes du Nouveau Testament : avec la confession de foi des églises réformées, dont pas un mot n'est dans le Nouveau Testament. Paris , 1663, in-8^

4'' Traité, où il est prouvé que les Anges et les Saints connaissent nos nécessités^ qu'ils prient pour nous^ que nous avons de» Anges Gardiens , et que nous devons honorer et vénérer les reliques et les images des saints ; par F. F. D. R. C. ( frère du Han religieux Cordelier). Paris, 1675, in-8*. Le P. du Han y oppose des raisons à des préjugés; mais malheureusement il est bien peu d'hommes capables de sacrifier leurs préjugés à des raisons.

5"* Traité des droits de la rêne très^hrétienne (Marie^ Thérèse d Autriche) sur divers Etats de la monarchie d'Espagne. Paris, imprimerie royale, 1667, ^1-4"* et in-12, p. 322.

Plusieurs biographes attribuent ce traité kGnj Jolj^ et d'autres, à Antoine Bilain, avocat au Parlement ^ natif de Fisraes (Marne). Barbier le donne au même et

à do Han , dans sa première édition du Dictionnaire des anonymeê; mais dans la seconde, il rattribue à Bilaia seal. La note précitée du général de Grimoard a décidé l'abbé Boulliot en faveur du P. du Han.

Gel ouvrage est curieux et plein de recherches sur le droit public de l'Europe. Labbé du Hamel, connu {lar sa belle latinité, fut chargé de le traduire en latin; le roi, qui l'avait fait publier, voulant qu'il pût être lu de toute l'Europe , dans un temps où ses conquêtes n'avaient pas encore rendu le français aussi familier qu'il l'est devenu depuis (Fontenelle, Eloge à du Hamel). Sa traduction porte ce titre : Jteginœ chiriiiianies.jura in ducaium Brabantiœ, et alias di^ tionii Bispanicœ principatus» Paris, è typog. regiâ, 1667 , in-^"* , p. 293 , et in- 12. Elle fut suivie, la même anaée, de deux autres versions , l'une espagnole, Paru, in-129 et l'autre allemande, par Gusemejer, in4*.

On peut voir dans les Mémoires littéraires de Paquot (art. Stockhahs) et dans la B. B. hist. de la France^ par Fontenelle , tome II , p. 873 , les ouvrages opposés au Traité des droits; ce qui n'empêcha pas que Louis XIV, comptant sur ses forces, ne marchât eo Flandre à des conquêtes faciles : « Y pensez-vous , •disait FaTorin à ses amis qui lui reprochaient d'avoir >cédé trop aisément à l'empereur Adrien dans une 'dispute? Vous voulez qu'un homme qui a trente «légions à son.service n'ait pas raison? »

1666. BUSCHE (Henri- Michel), ou le bon Henri, philanthrope , simple cordonnier dans un village du duché de Luxembourg, diocèse de Liège, fut l'instituteur de la Société des frères-cordonniers et de celle des frères-tailleurs. C'étaient des artisans qui se réunissaient pour vivre chrétiennement, travailler en commun, et employer le surplus de leur nécessaire au

soulagement des pauTres. Renti, gentUbomme normand, et Cooquerel, docteur de Sorbonne, dressèrent les réglemens que ces pieux frères ont observés jus* qu'en 1794, où la réyolution Tint détruire cette édi* fiante corporation.

1667. LÂIRESSE (Renier), naquit à Liège vers l'an 1596; il fut admis, jeune encore , parmi les élèves de Jean Taulier; il témoigna d'abord beaucoup d'aptitude pour le dessin et la peinture , et btentôk il laissa derrière lui tous les disciples de son maître. Renier se disposait à voyager pour se perfectionner, lorsque l'amour l'attacha à la fille de Taulier, qu'il épousa. Ce mariage le détourna du projet qu'il avait formé de voir ITtalie : ce qu'on ne saurait assez regretter, parce qu'il promettait de devenir, et qu'il serait en effet de» venu un peintre de première classe. Ferdinand de Bavière , électeur de G)logne et prince-évéque de Liège , le nomma son premier peintre. Renier n'était pas sans talens : Descamps, dans ses Vief des peintres, s'exprime ainsi à son sujet : c Loin d'être jaloux de • Bertholet, son contemporain, il se fit gloire d'adopter »sa manière; il l'imita, et l'aurait égalé, si sa couleur »eût été moins crue, sa touche moins négligée, son » génie plus cultivé. » Mais sa manière approche en général beaucoup plus de celle du Guide, de Paul Yéronèse et autres peintres italiens auxquels nous sommes loin de vouloir le comparer. On a de œt artiste :

1"* Le Martyre des onze mille Vierges, qui est au couvent des Urselines à Liège.

2'' Le Martyre de St. Laurent, que l'on voyait au monastère du même nom , près de Liège. Ce tableau est remarquable par ses clairs-obscurs bien entendus.

3^ Une Résurrection des morts, qui se trouvait au même monastère. C'est une production hardie qui atteste que Renier Lairesse avait un génie créateur.

4* Une Fmtoffefi ds Sie. Elimheih. qui est dans I église de la Serte près de Huj ; sujet bîeu exécuté*

5' Ld plafond de Féglise de la Sarte qu'il a pciut luimême.

6' Divers tableaux qui décoraient autrefois -le couvent des Âugustins de liége.

7* La Mort de Sénèque.

8* \] Enlèvement d'Hélène : ced deux derniers tableaux sont parfaits.

9" Le Portrait de St. Bonaventure.

10" Le Martyre de St. Libert.

Malgré tant de belles qualités que Renier possédait, et quoiqu'il eût acquis pour son art un grand fond de connaissances , on lui a reproché , sens faire attention que c'était la nécessité qui Tj forçait, d'avoir négligé le genre de peinture qu'il ayait embrassé et où il eût pu faire de plus grands progrès eneore , pour s'adonner à un nouyeau genre. Il s appliqua , avec un succès étonnant , à rendre sur le bois le jaspe rouge , le marbre blane et ceux des carrièros du pays ; et il les imitait avec tant de naturel que tout le monde y était trompé : il fallait enfin y porter la main pour être persuadé que ce n'était pas du marbre. L'église du ci-devant monastère du Val-Benoit, près de Liège., en était ornée.

C'était pour entretenir une famille nombreuse, que Kenier Lairesse fut obligé de recourir à ce nouveau genre; il s'en trouva bien et il fut à même de donner une éducation soignée à ses enfans. Cette manière de peindre lui procura donc beaucoup d'occupation , nonseulement dans son pro{jre pays , mais aussi dans toute ^ Belgique et en France. On l'appela à Châlons et à Viiri*le-Français où il travailla longtemps ; il fut même redemandé une seconde fois dans la dernière de ces villes, cil il termina sa carrière ea 1667, ayant près de 70 ans. Quatre de ses enfans hérîlèrent de ses talens pour la peinture : Ernest , Jacques , Jean et Gérard.

LÂIRESSE (Emêêt), fils aîné de Renier; son inclination le porta à peindre, en petit» des fruits, des fleurs et des oiseaux ; et c'était en effet le genre pour lequel la nature lavait fait. Ses tableaux , en ce genre , ressemblent à de jolies miniatures. Il peignait aussi les animaux à la gouache. Maximilien-Henri de Bavière , électeur de Cologne et évéque de Liège , fut si chamaé des talens de cet artiste qu'il le prit à son service , et l'envoya à Rome, à ses frais, pour qu'il s y perfectionnât. Durant les deux années qu'Ernest passa dans cette capitale des beaux-arts, il n'étudia et n'imita que ce qui était de son goût; car naturellement paresseux et d une humeur peu agréable , il n'ambitionnait pas de faire valoir ses talens et d'en tirer parti. Ernest aimait beaucoup la retraite. De retour de Rome, il passa par Liège pour voir ses parens, et alla ensuite se fixer à Bonn , où il vécut de la même manière. 11 travailla principalement pour son protecteur , Maximilien- Henri de Bavière. Lors du bombardement de la ville de Bonn , il eut le malheur de perdre ses plus beaux ouvrages. Liège en possède peu. On y voyait naguère , de son pinceau, sur le volet des petites orgues de l'église des Dominicains , la Ste. Vierge qui apparat»^ sait à Si. Dominique. En 1664, il peignit encore quelques autres tableaux pour différens particuliers de la ville de Liège. On ignore l'année de la mort de ce peintre.

LÂIRESSE (Jacques et Jean)^ frères du précédent, apprirent dès leur enfance, à manier le crayon, sous la direction de Renier, leur père. Mais Liège ne jouit pas longtemps de leurs talens; ils allèrent trouver en Hollande le célèbre Gérard Lairesse, leur frère, qui , obligé de quitter sa patrie, s'y était réfugié : ils s'établirent dans ce pays , où il parait qu'ils vivaient encore au commencement du 18* siècle.

Jacques et Jean aimaient les lettres et les beaux-artj^ ; ik po»édaient parfaitement le latin, et ils avaient formé une bibliothèque de bons livres dans cette langue. Leur maison ressemblait à une académie : à des représentations théâtrales succédaient des concerts brillans. Ils firent quantité de tableaux de différent gaûi, qui furent bien accueillis par les Hollandais.

Jacques excella dans les fleur9 , il peignit à Liège une ▼iogtaine de portraits très^achevés, et un Ange^Gar" dien pour les Jésuites de cette ville.

Jean, à l'exemple de son frère, cultivait non-seulement la peinture , mais la poésie , la musique et l'art théâtral. 11 réussissait surtout à peindre les insectes.

LAIRESSE (Hubert^^ frère des précédons , passa la plus grande partie de sa vie en Hollande , «t cultiva aussi les beaux-arts. Le chevalier Chardin nous apprend dans ses Voyages, tomes 3 et 4, que la compagnie des Indes Hollandaises, mécontente du traité conclu en son nom arec la Perse, en 1652, par Cuneus, et ayant beaucoup à se plaindre du Grand-Yisir, envoya Hubert Lairesse , en 1666, en qualité de son ambassadeur auprès du roi de Perse , pour assurer ce monarque des respects de la compagnie, lui demander la continua-* tioQ de sa bienveillance, et se plaindre du gouverneur de la province de Perse, qui jouait sans cesse de mauvais tours à ses commis et à leurs voituriers. Le généralgouverneur de Batavia, à l'arrivée de Hubert Lairesse, cbargea le directeur de la compagnie qui était à Bandar-Abassi, de dresser les instructions nécessaires pour la conduite de l'ambassadeur.

Hubert Lairesse, muni de ses instructions, s embarqua pour la Perse . et se rendit à Ispahan , capitale du loyaume. Le jour de sa réception à la cour, il fit au roi et à ses ministres, des présens pour une valeur de dix mille écus : ils consistaient en deux éléphans, en

— 194'— oiseaux rares, en draps « en brocards, en porœlaihes , en bijouteries, en cabinets du Japon et en or monnaie. Gomme parmi ces présens, se trouvaient 56 pièces de vieiUe porcelaine de Pérjte . le roi se mit à rire , demandant aTec mépris ce que c'était : on lui observa que les Hollandais mêlaient cette vieille porcelaine avec celle de la Chine, qu'ils transportaient dans leur pajs. Lairesse fut reçu par le monarque persan avec tous les honneurs possibles. Cependant, ne pouvant concevoir qu'une compagnie de négocians lui envoyât un ambassadeur avec des présens aussi considérables, sans quelque dessein particulier, ce prince s'informa à diffé* rentes reprises quelle était la nature des demandes de l'ambassadeur et le motif de sa mission. Ayant reconnu , qu'en effet, c'était seulement pour lui témoigner le respect et la reconnaissance de ses maîtres , ce généreux pridce en fut si channé, et se sentit tellement porté d'inclination pour Lairesse, que si celui-ci , dit le chevalier Chardin , avait eu tout TespHi et la hardiesse qu'un tel. emploi demande, il aurait pu dans ce bon moment obtenir des avantages très-considérables pour la compagnie des Indes. Après quelque séjour à Ispahan, Lairesse ayant obtenu ce qu'il demandait, fut promptement expédié et comblé d'honneurs : outre les présens ordinaires d'habits et d'étoffes , le roi lui donna un cheval et une épée de turquoises de la valeur de 400 pistoles.

LAIRESSE (Gérard) f frère des précédens, peintre et graveur à la pointe et au burin , naquit à Liège en 1640. Son père lui inspira de bonne heure le goût des belles^lettres , de la poésie et de la musique. Gérard y fit des progrès rapides, surtout dans la musique, qu'il ne cessa de cultiver tout le reste de sa vie. Lorsqu'il se mettait au travail , il jouait du violon et peignait alternativement. Bientôt il apprit égalem^it de son père les

ëlémens de la peinture , et se perfectionna en copiant les meilleun tableaux, particulièrement ceux de Ber» tholet Flëmalle , peintre et chanoine de la ville de Liège, avec lequel son père était lié d'une étroite ami* tié. Le stjle agréable et savant de ce peintre, sa ma* oièrede fondre les couleurs, séduisirent le jeune Lairesse, et à l'âge de quinze ans, il se fit connaître par ie beauof portraits et de grands tableaux d'histoira qu'il peignit pour les électeurs de Cologne et de Brandebourg. Ce n'est pas seulement par ses tableaux que Bertholet lui fut utile; l'enthousiasme avec lequel il lai parlait des monumens antiques et des chefs-d œuvre modernes de Rome , les études qu'il avait faites d'après Le Poussin et Pierre Testa, achevèrent de déterminer le goàtde Lairesse; Il prit ces deux derniers pour mo« dèles, et ne cessa par la suite de les suivre. Il est à regretter qu'il n'ait point vu l'Italie, où sans doute son talent eût atteint toute «a perfection.

Enhardi par les succès qu'il venait d'obtenir, il résolut de se produire à la cour de l'électeur de Co-* logne, Maximilien^Henri de Bavière , évêque de Liège. S*étant mis en chemin , il fut prié, en passant par Aix*la-Chapelle , de peindre le martyre de Ste. Ur^ suie; il accepta avec joie et ne réussit que trop dans l'ouvrage qu'il avait entrepris. Son talent merveilleux loi attira bientôt l'envie de tous les peintres de la ville, qui, honteux et désespérés de se voir surpassés par un jeune homme de vingt ans, conçurent contre lui une jalouse fureur. Lairesse, ne croyant pas devoir s'ex^ poser à lear ressentiment, se détermina à revenir à Uége.

A peine j fut*il arrivé, qu'il se vit surchargé d oo-* copationa^ Il fit pour Warnotte , chanoine de St.-Ma-» terne, uo tableau réprésentant le Martyre de Satni Lamberi^et pour Godefroid de Séli8,une Desœnie d Orphée aux enfers. MM.deDiffuy possèdent, à Uége,

ce morceau précieux. On sait que cet époui infortuné pénétra dans l'empire des morts pour en retirer sa chère Eurydice, Par les sons de sa lyre, il enchanta les ombres, il fléchit les dieux infernaux. On lui rend sa femme , à condition qu'il ne la reverra qu'à la lumière. n ne peut se soumettre à cet ordre cruel, un penchant plus fort que lui l'entraîne» Le peintre a saisi ce moment. Orphée se retourne, ses yeux se fixent sur Eurydice. Au même instant , elle tombe pâle et défaillante dans les bras des Parques... A ce spectacle déchirant pour Orphée , une secrète horreur agite tous ses membres; le saisissement, la douleur et lefiTroi sont peinb sur son visage : lespérance l'abandonne. Un ange des ténèbres parait tout-à-coup , une torche embrasée à la main y et le conduit hors de ces lugubres lieux. Au milieu d'une horrible caverne, on remarque le palais enflammé de Pluton ; les déités infernales le quittent pour être témoins de cette scène douloureuse ; la pitié, inconnue aux enfers, parait pour la première fois les émouvoir et les attendrir. Caron, dans sa barque, est entouré d'ombres gémissantes. Les eaux de l'Âchéron rougissent et jettent une faible lueur sur ses bords affreux. Tout dans ce chef-d'œuvre frappe , étonne et transporte.

Il peignit sous les traits de Pallas, à laquelle une nombreuse troupe de bergers venaient offrir leurs hommages, une jeune parente du comte de Glimesj grand-commandeur de l'ordre teutonique, qui épousa depuis le prince de Salm; ce dernier tableau fut trouté si plein de beautés que l'esquisse, quoiqu'en petit J fut acheté à un très-grand prix par Régnier de Ste« phany , pour lequel Lairesse peignit encore trois autred tableaux dont le premier représentait Vénuê et AM n%9, le second Narcisse, occupé à se contempler daai le miroir des eaux, et le troisième une Vénus à h clarté de la lune. '

Lairesse peîg;nît ensuite les Aventurer de Pyrame tt de Tkitbè, celles d'AgUmre, de Mercure, de Térée et de Pkilomèle, ainsi qoe plusieurs autres tableaux dont les sujets étaient tirés des Métamorphoses d* Ovide, il fit pour l'égliso des dames Urselines une Conversion de Si, im/uitin et le Baptême du même saint.

La promptitude avec laquelle il peignait, lui procurait assez d'argent; mais sa facilité à le gagner le ce* dait à celle qu'il mettait à le dépenser , magnifique daos ses habillemens, passionné pour les plaisirs et pour la galanterie , il réparait par l'agrément de son esprit la dîSbrmité de son risage : il n y avait point de son temps, à Liège, de petit-maitre qui lui fut comparable :nQs cesse occupé du soin de se parer , il n'était pas rare de le voir changer plusieurs fois d'habits dans un seul jour : sa vanité , aoutenue d'une imagination (ieonde, le faisait raffiner sur les modes, et lui en disait ioyeiiter de nouvelles.

Son amour pour le faste n'était pas la seule chose ^ le ruinait; rien ne lui coûtait lorsqu'il s'agissait de ^faire son penchant pour la volupté s son malheur ^oulut qa'il se laissât éblouir par les charmes d'une jeQne avenêuriàre polonaise , pour laquelle il s'éprit de laoïour le pins violent. Quelqu'aveuglé quil fût par s passion , il ne put cependant se cacher que sa fortooe dépendait de rompre promptement une pareille l<3iaoD. Par un généreux effort, dont on ne le croyait t^ capable , il se détermina enfin après bien des com- «^ qu'il se livra à lui-même, à chercher dans une l^^gae absence le remède à son mal. Cette résolution P^i il s'éloigna secrètement de Liège et n'y revint 9% lorsqu'il se crut parfaitement guéri ; mais le na* ^^\ et les passions perdent rarement de leurs droits ; lamoar de Lairesse ne fit que changer d'objets.

Cn penchant trop vif pour les femmes l'engagea ^01 une malheureuse affaire qui Véloigna pour tou-

jours de sa patrie. II fit connaissance de deux sœurs venues de Maestrieht à Liège pour j chercher fortuue. L'une d'elles, jeune personne aimable et jolie , sut le captiver au point que se laissant entraîner par sa passion, il lui donna par écrit une promesse de mariage. La famille de Lairesse en ayant été informée, lui représenta d'une manière si vive la honte dont il allait se couvrir, que rendu à lui-même, il promit de rompre tout commerce ayec celle qui se promettait dêtre bientôt son épouse. Il tint, en effet, parole. Sa future moitié, désespérée d'un changement auquel elle ne s'était pas attendue, pria sa sœur de se joindre à elle et de la seconder dans la vengeance qu'elle se proposait de tirer de son perfide amant. Celle-ci , plus courageuse que ne le sont ordinairement les personnes de son sexe, applaudit au dessin de sa sœur, et s'arme, à son exemple , d'un poignard et d'une épée qu'elle cache sous sa robe : les deux sœurs sortent ensemble , et se présentent chez Lairesse. Celle à laquelle il avait fait une promesse de mariage, la lui présenta, en lui demandant s'il était disposé à tenir la parole qu'il lui avait donnée. Lairesse ayant témoigné par sa réponse que ses intentions étaient changées, l'autre sœur fondit sur lui et lui porta un coup de poignard dans la gorge. Notre peintre se sentant blessé, mit Tépée à la main, et en voulut percer de plusieurs coups celle qui lavait; attaquée, mais la jeune fille se défendait vaillanament» Irrité de se voir dans Thumiliante nécessité de se battre contre deux femmes, il ne chercha pas à les épargner : il fondit sur elles, et fit deux profondes blessures à celle qui l'avait provoqué au combat. Lairesse fut dé-^ crété de prise de corps, ce qui l'obligea de chercher un asyle chez les PP. Dominicains.

Une parente de son beau-frère ne l'abandonna pas dans cette triste situation. Empressée à lui procurer tous les petits secours qui lui manquaient, elle sut si

bien gagner son oœur, que par amour et par reoonnaissance , il se détermina à l'épouser. Ils quittèrent ensuite Liège et s'enfuirent à Bois-le-Diic.

L'infortuné Laircsse éprouva dans cette ville les suites fâcheuses de son inconduite. Obligé de se loger dans une misérable chambre et d'y vivre de façon à manquer quelquefois du nécessaire , toutes les réflexions qu'il faisait ne servaient qu'à accroître sa tristesse: il se serait consolé , s'il eût trouvé dans l'exercice de sa profession un remède à sa pauvreté ; mais quelque excellens que fussent ses ouvrages , personne ne se montrait empressé à les acheter. Il fut atteint d'une maladie contagieuse pendant laquelle sa femnae accoucha : se trouvant sans argent, il n'eut pendant quelques jours d'autre ressource que de peindre des enseignes et des paravents. Telle était sa situation déplorable, lorsqu'un heureux hasard le tira d'embarras. Un tableau qu'il avait exposé en vente à la fenêtre de sa chambre arrêta les regards d'un bourgeois d'Amsterdam , nommé Hooft : frappé de la beauté de cette pièce, il demanda à parler à celui qui en était l'auteur, et l'acheta. L'année suivante, passant parBoiale-Duc, ce même Hooft ayant vu exposé au même endroit, un autre tableau encore plus beau que le premier, l'acheta, et ému de compassion sur la triste situation d'un artbte si habile, il engagea Lairesse à venir avec lui à Amsterdam, ce qu'il accepta avec joie. Hooft le logea dans sa propre maison , le combla des plus touchans témoignages d'estime et d'amitié, et ne tarda pas à le faire connaître.

Suivant la Biographie universelle (art. Gérard Lairesse), ce peintre se retira à Utrecht. S'y trouvant sans argent et sans aucune ressource , un de ses voisins lui conseilla d'envoyer deux de ses tableaux à Gérard Vylenborg , marchand de tableaux d'Amsterdam ; celuici les fit voir à Van Pée et à Grebber , peintres re-

Bommés qui 'tiwnfllaieiit pour loi. Ces dem artistei fup^flil frqipésdela perfeistion des tableauiL deLairetie. Vjlenburg les adieta «u prix qu'on bu demaDdait, et s'embarqua avec la persomie qui les avait apportés pour faire connaissance avec leur auteur et l'engager à venir s'établir à Amsterdam. Lairesse ne put vésister aux instances qu'on lui fit; il suivit Vylenburg à Amsterdam et travailla pour lui quelque temps.

L'heureux changement survenu dans ses aflSûfes/k mit en état de louer une maison belle et commode, et de la meubler superbement* Recherché, estimé dei personnes les plus distinguées d'Amsterdam , Lairease ê'j fit admirer par ses rares talens, et acquit une grande réputation dans cette ville , où chacun désirait le coa« naître. La politesse de ses manières , l'enjouement de son humeur , la vivacité de son imagination , la déli* catease de son esprit, rendaient sa société la plus aimable du monde: la joie et les plaisirs paraissaient. le suivre partout où il se* montrait. Peintre, poète et masicien, il «ût cru ne mériter aucun de ces tiieest-eil n'eût été un peu buveur. Cette manière de vivre lui attira quelques mortifications qui ne le conrigèrent pas. Le célèbre peintre hollandais, François Mieris, très^nclin à l'ivrognerie , mais qui ne pouvait tolérer ce vice dans les autres, retira son fils Jean de.lécole de Lairesse, par la raison seule que ce peintre, doftt il estimait les talens, vivait peu régulièrement. Jean M«erâ étudia avec soin les ouvrages de soe anoien maître i^*il afleotionnait beaucoup, et s'«A fait un nom distingué dans les arts.

Quelques-uns des amis de Lairesse l'ajunt invité à 80upeir,'leitepas se prolongea presqu'au jour. Notre peintre , à moitié ivre , ne sachent trop ce qu'il faisait, s'avisa, en retournant «hez lui, de chanter à tue^^tète quelques vers français de sa compositton. Louis XIT venait d'envahir une partie de la Hollande : l'armée

-• 201 -^ françsiae y cttinpèe aux en^iroBA dUtrechi , ayait telles meut jeté Fèpouvtnte dans les eoyirona d'Amsterdam , que les gens de la campagne aecouraîent de toutes parts peur se réfagier dans cette grande yille : cetle ôrconslaiH» fut cause de oe qui arriva à Lairesae* Quelques Hollandaia qui lavaient entendu chanter, s'imaginant que c'était un espion français, se saisirent de lui, et sans vouloir rien entendre de tout ce qu'il pat dire pour sa justification , ils le traînèrent avec riolence en prison , et le firent enfermer dans le fond don cachot U lui eût été facile de s'en tirer, s'il eût pu instruire sa femme de son infortune , mais ce fut en vain que pendant trois jours il en sollicita la per* mission ; quoique durant tout œ terops^Ià , il fut de** meure comme collé à la grille du senterrain , où il avait été jeté , il n'avait cependant encore vq passer perr sonne à qui il pût se faire connaître : il eoramençait i penbe toute espérance , lorscpie le hasard lui amena un homme auquel il avait fait quelque bien. Celui-ci , SUIS pefdre de temps, courut prévenir sa femme de l'enditût oii se trouvait son mari i elle se donna tant de mouvement, qu'avant la fin de la journée, elle eut la MoiolatiaQ de le roir en liberté.

Cette disgrâce rappela Lairesse à une vie moins dis^ sipée ; il commença dès lors à donner moins de temps • aes plaisirs, pour en pouvoir donner davantage à l'exercice de sa profession. Le seul plaisir qu'il se permit, fut celui de la musique, à laquelb il consacra un jour de chaque semaine. Pendant l'hiver, il em-* ployait la plus grande partie des nuits à imaginer les sujets d'histoire qu'il gravait ensuite à l'eau^forte.

Gotllautne , Stadhoudher de la Hollande , depuis roi d'Angleterre, fit venir Lairesse à La Haye où il le chargea de plusieurs travaux; quelques. années s'étant écoulées «ans en avoir été payé , la femme de notre artiste, ennuyée d'un si long délai, s'enhardit à venir

elle-même parler à ce prince. Elle l'attendit dans on endroit par ou il derait nécessairement passer, s'approcha de la portière de son carrosse et lui présenta sa requête : c Quoi , dit le prince , c'est là la femme de 9 mon Apellêg ; ah ! je suis trop content de lui pour xqu'il ne le soit pas de moi! > Il ordonna qu'on lui envoyât sur-le-champ une somme beaucoup plus forte que celle qu'il devait à son mari.

Le goût des plaisirs et du luxe qu'il avait contracté dèà sa jeunesse s'était encore accru par sa facilité à gagner de l'argent ; mais sur la fin de sa vie , il tomba dans le besoin, sans toutefois que son ame forte et stoïque se laissât ébranler par ce malheur : la musique adoucissait tous ses maux. Mais un accident affreux acheva d'empoisonner sa vieillesse. Il devint aveugle à l'âge de cinquante ans.

Pour se consoler de ne pouvoir plus exercer un art qui avait toujours fait ses délices, il réunissait chez lui les artistes et les élèves qui voulaient lentendre , et il leur expliquait de vive voix les principes du dessin et de la peinture. Sa maison ressemblait au sanctuaire des beaux-arts y où tout le monde allait le consulter. Gomme il ne pouvait écrire ses leçons, il imagina pour y suppléer des signés qu'il traçait sur une toile imprimée , placée à côté de lui , et qi|e ses fils traduisaient ensuite et conservèrent avecsoin. Cest de cette manière qu'il composa le Traité mr la peinture, que publia en hollandais, après sa mort, la société des peintres d'Amsterdam, sous le titre suivant : Leçons de peinture pour Finetruction des jeunes gens qui veulent s* instruire dans l'art, sans maître, avec la manière de fondre les teintes et d'employer les couleurs. Amsterdam, 1720, 2 vol. in-fol. enrichis de planches. Cette production , dit le célèbre Gassendi , si sécourahle pour les jeunes élèves, a mérité à son auteur le titre de bienr

{^aiimr des arU que ees travauaf ont Uluetréê. Le même \m a été publié eD allemand, en 1724, in-4", H. J. Jansen la traduit en français et pablié sous ce titre : Le grand livre des peintres , ùu l'art de la pein^ tare considéré dans toutes ses parties , et démontrée par principes. Paris, Moutard, 2 toL ^-4"*. Le Mercure de France 9 en annonçant cette traduction quia été faite sur la seconde édition hollandaise , ajoute : Cest , iOM chute , rendre un arand service aux artistes franr çaii, que de traduire dans leur langue un ouvrage si utils et si estimé. Il existait déjà une traduction fran^foiiede l'ouvrage de Lairesse, imprimée à Amsterdam , au oommeocement du 18* siècle. Celle de Paris renferme une vie de Lairesse bien faite « dans laquelle on a inséré quelques anecdotes très-intéressantes.

Ce peintre célèbre a aussi laissé : Y Les principes du dessin (en français). Amsterdam, 1719 et 17^, in-fol.,ayec 120 planches : traduit en allemand* Berlin, 1735, in-4'' ; et Leipzig, 1746, in-fol. , traduit en an* glais. Londres, 1730 et 1733, in-foL

2* Histoire de Dicton et d'Ènée , inventée et gravée far G. Lairesse t in-12.

3* Tableaux qui se trouvent à La Haye, etc. , gravés sur les dessins de N. Yerkolie. Amsterdam , 1757 , io-foL

4* Godefridi Bidloo, Anatomia corporis humant, 150 tabulis per artificiosissimum G. de Lairesse^ ad tivum delineatis demonftrata , etc. Amsterdam , veuve Vao Someren, 1685, grand in-fol. Lejde, 1730, in-foL en forme d'atlas, avec 114 planches. Ùtrecht, 1750, io-fol. Ces tables anatomiques dessinées d'après nature parO. Lairesse, sont gravées avec beaucoup d'exactitude et de netteté.

Cet ouvrage eut de grands succès dans son temps; il est encore recherché aujourd'hui dans nos bibliothèques, quoique toutes les planches ne soient pas de la

plus grande exactitade. Les derniers originmiêœ de Lairesse ont été achetés par le directeur de Tiniprinierie rojale, à Paris, et se trouvent maintenant à la bibliothèque de la faculté de médecine de Paris. . Un chirurgien anglais publia dans sa langue» en 1698 , ces Taoks anaiomiques^ comme un ouvrage de sa façon , en annonçant qu'elles étaient ornéei de figures des meilleurs maîtres de V Europe. Ces figures néanmoins sont les mêmes que celles dessinées d'après les dessins de Lai resse ; et les planches sont absolument les mêmes que celles qui avaient servi à l'édition de YAnatomiêà^ Bidloo, ami de LairessCi savant médecin hollandais. L'auteur anglais y a ajouté, il est vrai, 8 à 9 planches avec des explications ; mais cela n'était pas suffisant pour s attribuer ce livre et le donner sous son nom.

Lairesse sans cosse occupé d'importans travaux , malgré sa cécité, fut attaqué d'une maladie violente qui le conduisit au tombeau. Cet homme de génie mourut à Amsterdam, le 28 juillet 1711, plus de vingt ans après avoir perdu la vue, laissant trois fils dont l'aîné , ANDRÉ LAIRESSE, prît le parti du commerce : les deux autres, ABRAHAM et JEAN, étudièrent la peinture sous la direction de leur père.

La facilité de cet artiste était si prodigieuse qu'il fit là gageure de peindre en un seul jour Apolbm et kf Muses , de grandeur naturelle ; il eut fini avant le temps marqué, et il peignit encore la tète d'un curieux que cette singularité avait attiré chez lui : cette têle était si ressemblante , que tout le monde le reconnut. C'est ee qui explique la quantité presque innombrable de tableaux et de dessins que l'on doit à Lairesse. Son activité ne s'est pas bornée à la peinture : il s'adonna avec un égal succès à la gravure à Feau^/brieelau burin; et son œuvre en ce genre , composée de plus de deux cents pièces, est généralement estimée des ponqai^seurs et très-utile aux jeunes artistes.

Les qualités qm clktingoent parfieiilièffement Laiitsse sont la giaiideur et la noblesse de ses oomposilions, Télévation des idées, lentetite du costuine, de l'architecture et des cérémonies des anciens; une richesse d'ornemens qui lui ont mérité le titre du Pous^ iin hollandaù. Mais ce surnom prouve seulement combien la manière de voir en peinture offre de points de Tue différens , car il n'existe aucun terme dé comparaison entre loi et le Poussin. Si on peut le ooitiparer à an peintre, c'est à Pierre Testa , qu'il avait également pris pour modèle, quoique ce dernier montre plus de force et d'énergie. Comme son imagination seule le gaidait, Lairesse a moins bien réusu dans les sujets qui eiigent de la sévérité dans le style. C'est surtout dans ks Bticchanaleê et dans les scènes de la mythologie qu'il déploie toutes les richesses de son génie. Alors SCS idées sont pleines de poésie , de feu et de grâce. S'il représente Vénus pleurant sur Adonis, il l'entoure d'une foule d'amours qui cherchent à tromper son dése^mr, en lui montrant la pomme que lui mérita sa beaaté , ou en préparant leurs armes pour aller à de nouvelles conquêtes , tandis que quelques-uns dentr'eux recueillent avec soin dans un vase d'or, les pleurs que répand la déesse; D'ailleurs son dessin est gracieux et coulant, quoiquen général un peu paorre de choix : son coloris manque de vigueur ; mais il est agréable et facile ; et c'est surtout par l'idéal de son stjle qu'il a obtenu un rang à part parmi les artistes des éodes allemande et holbndaise.

Ses dessins jouissent d'une égale estime. Ils sont or- (finairement lavés à l'encre de la Chine et rehaussés à la plume; d'autres sont arrêtés à la sanguine, lavés au bistre avec des hachures à la sanguine conduites d'ane manière tfès*-propre. Il en existe aussi de trèsfinisau bistre seul. En ^néral , on lès reconnaît à leurs figures eourtes et un peu lourdes , au manque de grâce

des tètes, au feuiller pointu des arbres, à k richesse des fonds et à la science de l'ordonnance. Parmi le grand nombre de tableaux qu'il a laissés nous citerons lessuivans :

1* Héliodore pillant et profanant le temple de Jérusalem , qu'il fit pour Hompton , bourgeois d'Âms* terdam.

2" Les Aventurée de Marc^Antoine et de Clénpdtre ; elles forment deux tableaux qui furent enyojés en Angleterre.

3* Ulysse dans tile de Calypso.

4* StraUmke.

W Les Triomphes de Paul Emile; ces deux derniers tableaux , pour Pancratius, bourgmestre d'Amsterdam.

6^ Mort de Germanicus.

7* Les neuf Muses sur le Mont^Pamasse présidées par Patlas ; ce tableau lui ayait été acheté par Pierre de Méan.

8"* Une Assomption de la Vierge ^ pour le grand autel de l'église cathédrale de Liège ; outre le prix de cette pièce, le chapitre de Saint-Lambert fit un riche présent à la femme de Lairesse.

Le Musée du Louvre à Paris possède encore de ce maître les tableaux suivans :

O*" U Institution de t Eucharistie.

10* Hercule jeune entre le vice et la vertu.

W Le Débarquemen$ de Cléopâtre au port de Tarse.

Le roi d'Angleterre , les électeurs de Brandebourg et de Cologne possédaient aussi plusieurs morceaux de cet artiste. En 1 8 1 5 , le gouvernement français a rendu huit tableaux de Lairesse aux galeries de Brunswick et de CasseL

Ses gravures les plus connues sont :

1 * Joseph se faisant connaître à ses frères.

2^ Marc-Antoine et Cléopâtre, avec cette inscription : QueiQ Mars nanquàm , vicit Venus.

3* Une grande Bacchanale.

4* Une Allégorie à la gloire du prince d'Orange, arec celle inscriplion : PTilhêlmo Henrico prinoipi Aunaco y ob fugatoê hoêtes et rempublicam reêtiiuiam , etc.

5* L'Onction de Salomon.

6" La Chute de David , avec ce beau vers :

Fortior est qui se, quam qui fortiasima vincit Hœnia.

7* La crainte du Seigneur défendue par Minerve, ou la vertu contre T envie, avec ces mois : Vna et eadem.

8* La Dévotion , fille de la nécessité : Ubi nécessité, tptranda benignitae.

9" Jésus à tàge de douze ans, entretenant ses père e| mère et Ste. Anne^ de la sagesse du Père Etemel : Sapieniia unigeniia Dei masimù

lO" Endymion, auquel Diane rend une visite noc^ tume à la clarté de la lune.

11* I^ Repos de Famé, représenté sous la figure d'une femme qui parail dégoûtée des choses de la lerre, aîec ces mois : Animi excehi lœta quies,

l*^ Jésus chassant les marchands du Temple.

13"* Le sacrifice de Didon.

U' Im liqueur de Bacchus.

15* Silène dormant : rinutn cautis innocuutn.

16" Une Ste. Thérèse , avec ce vers :

Parcere sobjectis et debellare saperbos.

17* Des en fans occupés â Vétude des sciences et des ^ux-arts.

18' Vénus réveillant Enéepour le préserver de tin^ ^xtidkde Troie.

19* £a Hollande délivrée par la valeur et la pru- ^^ww* du prince d Orange.

20* Hercule chassant T Hydre et les Harpies du

— 208 ^ magnifique jardin que hs HoUandaii foêiédaient au Cap de Banne-'Espérance.

21* Sopkoniêbe.

22^ Des BacekanalM.

23" Mars averti par Mercure de se défier de Vénus.

24"* Les quatre saisons de tannée.

25* Vénus offrant de nouvelles armes à Enée.

Parmi ces diverses pièces , on fait un cas particulier des quatre premières.

1668. PONTANUS ou DUPONT {Jacques), né en 1604, à Hermalle près de Liège, bourg situé dans la baronnie du même nom et dépendant alors du Brabant. 11 fit ses humanités chez les Jésuites de Maestricht , et vint étudier la philosophie au Collège du Faucon à Louvain , sous libert Froidmont. Il obtint le quatrième rang à la promotion| générale de 1621. Après avoir étudié six ans la théologie, il fut nommé professeur de philosophie au Collège du Faucon ; durant les dix années qu'il s'acquitta de cet emploi, il enseigna aussi la théologie à l'abbaye du Parc près de Louvain. Vers le même temps, il obtint en vertu des privilèges de la faculté des arts, une prébende de la collégiale de Saint-Pierre de Lille. En 1638, il fut pourvu de la charge de censeur apostolique et royal des livres , à laquelle était annexée une prébende de Saint-Pierre de Louvain , et prit la même année lé bonnet de docteur en théologie.

Il approuva, en 1640, VAugustinus de Jansénios , et fit même dans son approbation un éloge [magnifique de cet ouvrage ; ce qui lui suscita quelques difficultés, lorsque deux ans après, il voulut entrer dans la régence de la faculté de théologie. Les anciens docteurs-régens appréhendant qu'il ne soutint la doctrine contenue dans YAugustinus » Pontanus leur déclara , quil na/vait loué cet ouvrage, qu'à cause de la réputation de l'auteur et à la sollicitation des éditeurs , dont

fun ÇLib§riFiroitlmomt)aM>ait été son maiireen phitoiO" fhie : qu'au rêaie^ il navaUjcMudi soutenu ni ne sou^ tiefutraUoe que ton condamnait dans Jansénius, eê quil éUiU même dans des sentimens opposés. Ces docteurs, ncm eootens de sa déclaratioD, voulu cent qu'il signât sept acticlea (rapportés parPaquot) pour mettre sa foi à couvert; il j cooaentit.

Malgré ces engagemeiis, Pontanus n'en approuva pas moins différens livres faits pour la défense de Jansénius, ce qui lui attira de nouvelles afiaires. Ajant approuvé en 1647 , l'ouvrage intitulé : Rythmica con^ riisnMo, etCi , l'archiduc Léopold , gouverneur des Pàjs«Bas le suspendit quelque temps de ses fonctioas de censeur royale et l'internonce Bichi lui ordonna de la part d Innocent X , de s'abstenir de celles de censeur apostolique. Six ans après , lapprobation qu'il donna àlavertson que Plempius avait faite du Canon medd* cinœ d' Avicenne, le mit encore auK prisesavec le même intemonce, aux reproches duquel il répondit en 1658 » que depuis près de onze ans il s était abstenu du titre de censeur xiposiolique , et quU n avait agi quen qua^ Uté de censeur royal.

En 1666, il approuva la fameuse version du Nou* veau TestasnenL Mons {Amsterdam) Migeot (Elzévirs) 1667» 2 ToL in-«12. Cette version qui avait été commencée par Antoine JLe Maître , avocat au Parlement de Paris^ retiré à Port-Royal , fut achevée par son frèie, eoonu sous le nom de Saci, par le fameux ArnavU» par Pierre Nicole « par l'abbé de Gamboust de I^Hit-Cbâteau et par Claude de Ste.-Marthe.Ces traduo^ leurs la firent revoir par plusieurs docteurs de Paris, dont quatfse d'enir'eux^ £1ie du Fresne de Mince , GtéoeL, Thomas Fortin et Jacques Boilesau » l'approuvèreai. Us en présealèrent ensuite une magnifique copie au cbanoelier de France, Pierre Séguier, pour obtenir le privilège,. mais celui-ci sj refusa sur Tavi^

des docteurs Claude, Morel et Martin Grandin. Les traducteurs désespérant de pouvoir faire paraître cet ouvrage en France, revêtu des formalités requises par les lois, tournèrent leurs vues du côté des Pays-Bas. Ils s'assurèrent d'abord du consentement de Pontanus, et s'adressèrent ensuite à Jean de Wachtendonck , évèque de Namur, qui, ayant passé la plus grande partie de sa vie dans les exercices du barreau , s'en reposa entièrement sur le jugement du censeur Pontanus. Enfin , un de leurs amis écrivit à Gaspar Nemios , archevêque de Cambrai , qu'un docteur de SarbonnB avait fait une fidèle traduction du Nouveau Testament eur la Vulgate , et quelle avait été approuvée par le censeur de Z^vam (qui l'était en même temps pour tous les Pays-Bas catholiques) et par M. de Namur. lue prélat , accablé de vieillesse et presque aveugle , crut ce qu'on mandait; il expédia, le 12 octobre 1665, l'acte où il supposait que la version avait été approuvée par h censeur des livres ; cependant, elle ne l'avait pas encore été ni par celui-ci, ni par l'éyêque de Namur, qui signa seulement le 30 septembre 1666; et S. M. catholique n'accorda le privilège que le 24 juillet de la même année. L'archevêque de Cambrai supposait encore dans sa permission, que l'ouvrage serait imprimé à lions chez Gaspar Migeot; mais l'abbé de Pont-Château le porta à Amsterdam, où il arriva le 4 juin 1667, et le fit imprimer chez les Elzévirs. Il parut pour la première fois cette année-là en 2 vol. in-12, sous le nom de Migeot. On distingue cette première édition , qui a été plus d'une fois contrefaite, par les II sans queue qui se voyent. Matth. IL 1. et suiv. Cette version ne tarda pas à être condamnée par les puissances ecclésiastiques et séculières. Elle le fut à Rome, en France, dans les Pays-Bas , et en particulier par l'Université de Louvain. Arnauld publia quantité d'écrits , pour cette version française; mais le docteur Mallet, Dubois, pru-

fessenr d'ëcriture-sainte à Louvain , le savant Richard Simon, et les PP. Maimbourg, Ânnat et Letellier , Jésuites, lui répondirent. Enfin de Saci, qui avait eu beaucoup départ à cette fameuse version^ a fait divers changemens avant de la joindre à son Explication de k Bible.

Pontanus fut successivement doyen du chapitre de Saint-Pierre de Louvain , président des Collèges de Viglioset de Craendonck, et recteur de l'Université, en 1645 et 1658.

Nioulas Dubois^ professeur royal d'écriture-sainte à LoQTaio y ayant publié' un ouvrage sur les XLY propo« niions de morale relâchée , condamnées par le pape ilexandre VU, Pontanus, piqué sans doute contre lai, engagea Nicolas Meys, alors recteur de l'Université, à proscrire cet écrit : lui alléguant, entr autres, que M, Dubois lisait les livres comme un coq qui marche tsf les braises : celui-ci y consentit , mais cette proscription eut des suites qui mortifièrent tellement Pontanos , que malgré son tempérament vigoureux et n>bu4e, il en contracta une maladie lente dont il mourut le !•' janvier 1668. Dubois étant venu le voir quinze jours avant sa mort, Pontanus touché de sa démarche, lui demanda pardon des paroles qu'il s'était permises k son sujet. On a de ce docteur :

Laudatio funebris reverendi ad modàm et ampL frœmUs D. Joannis MasU illustris mjonasterU Par- '^fnsis ord. prœmonstr. abhatis, ducis Brabaniii arc/ii' <^lanif nec non Statuum Brah. deputati ordinarii ,

^ta An. 1648^ die 2 Aprilis. Louvain Bern. Ma-

008, 1648, iii-12 p. 34, non chiffrées.

1668. FOULLON (Jean Erard), Sésuiie , l'un des meilleurs historiens de liége , naquit dans cette ville , en 1600, d'une ancienne femille patricienne. Il fit ses premières études à Liége au collège des Jésuites. Ses

— 2i2 — disposHions heureuses pour la science, engagèrent KR. PP. à ne rien négliger pour le décider à entrer dans leur ordre. Les paréns du jeune FouUon qui avaient conçu l'espoir de le voir briller dans les hautes fonctions civiles , se proposaient de 1 envoyer à l'Université de Louvain , suivre le cours de droit professé alors par Zoésius, qui avait remplacé dans la chaire de droit civil y Gérard de C!ourselle, célèbre jurisconsulte liégeois; mais ils cédèrent à ses instances « et lui permirent d'entrer dans la compagnie de Jésus. N'étant encore que dans sa seizième année, il fit son noviciat à Liège en 1625. Le désir d'acquérir la perfection chrétienne étant l'unique motif qui l'avait conduit en religion , il commença les épreuves de son noviciat avec une ferveur qui, loin de se ralentir, ne fit que s'augmenter avec les années.

Le P. FouUon enseigna successivement la grammaire et les belles-lettres, se regardant moins eomme ie maHre que èomme le père de ses disciples. Il ne bornait pas seulement ses soins à cultiver et à polir leurs esprits , il s'appliquait encore à former leurs cœurs à la piété. Après avoir professé sii ou sept ans la grammaire et les bellefr'letti'es , ses supérieurs l'envoyèrent à Luxembourg pour y étudier la théologie. Il s'appliqua avec ardeur à l'étude de cette science dont il sentait toute l'utilité qu'il en pouvait retirer dans le ministère de la prédication auquel on le destinait.

Doué de toutes les qualités qui font les bons orateurs^ il se distingua bientôt dans la prédication , et l'on courait en foule écouter ses sermons. Il fut pendant quatorze ans consécutifs prédicateur ordinaire de Téglise cathédrale de Liège, et prêcha durant six années, à la collégiale de St.*Paul,dans la même ville.

Le P. Foullon, dont la réputation s*était répandue dans les Pays-Bas , après avoir exercé l'espace de trente ans, avec le plus grand succès, le ministère de la parole,

- 2ia -

fut suoQesnvçineot recteur du Collège des Jésuitea à Huf et de celui de Toumaj.

La peste, eu 1668, ayant fait les plus grands raTag^ dans cette dernière ville , Foullon , uniquement occupé du soin de ipénager ou de sauver la vie à ses confrères sans cesse exposés à cet horrible fléau, et de porter des secours aux malheureux qui en étaient atteints , fut victime de sa charité. Il mourut de la peste , Ifi 25 octobre 1668, à I âge de 63 ans, fort regretté du public et de sa communauté.

La vie di| P. Foullon fut toujours conforme à l'ins^ titut qu il avait embrassé : doué d'une grande pénétra-* tiond'esprit et d'aptitude aux sciences, il était laborieux, tfès-éloquept pour pon temps et possédait un grand fond d'érudition. L'écriture-sainte, la mprale chrétienne et l'histoire de son pays, furent les principaux objets de ses études. Le P. Foullon a publié :

1* Modél^ iri^-'parfqit 4^ naint mariage et viduité , damlaviede Ste. Ode. Hons» 1641 , in-12 ; it. Liège , 1648, ÎD-16; it. avec les n""* ^ et 3. Liège, Jean MathiasHovius, 1665, in-16. Cette édition est suivie de Remarquer critiquer sur la Vie de cette sainte , qui était tante de saîrit Hubprt, évéque de Liège, et vivait en 711. Elle a fondé Téglise epUègiale de Saint-Georges à Amay près de Huy,

2* Remède général à (oue ks accidene de cette vie , dans le dernier chef-^œuvre de saint Jean Chrysos^ time : Que pef»onne n^eêt itUér0$$é sinon de êoi-méme ; vers 1641, it. avec les n"** 1 et 4. Liège, Jean Mathias Horius, 16Q5, in-16. Le P. Fisen avait publié cet opuscule en latin. Liège , 1640.

3* Bellorum, cq^uaœ. Namur, 1641 , in-12. Cologne , 1646, in-12; traduit eu français et augmenté. Liège , JfaïQdottin Bronckart, 11648, in-12.

4'' Jonas fugitif et ratn^né par les actes des vertus théologales : ot4 le serviteur fugitif de Dieu, figuré dans

Jonas.Toumaj^ ycuve Adrien Qainqué, 1653» in-16; it. avec les n'' 1 et 2. Liège, Jean Mathîas Boyîus, 1665,in.l6.

5" Acles des vertus théologales , ou petit abrégé de la perfi'ction chrétienne. Inséré à la suite du précédent; édition de 1665.

6" Vindiciœ ecclesiœ Tungrensis , contra Diatribam R. P. Godrefridi Henschenii : de epi^copatu 7un* grensiet Trqjeciensi. Liège , 1654, in-16. Le P. Henschenius avait soutenu en 1653, que la chaire épiscopale de Tongres avait passé de cette ville à Maestricht, d'où il concluait que saint Amand, et quelques-uns de ses prédécesseurs et de ses successeurs auraient été véritablement évéques de Maestricht, et non pas de Tongres. Le P. Foullon prétend au contraire que les évèques de Tongres, depuis saint Servais jusqu'à saint Bubert, ont résidé à Maestricht, comme les papes du 14* siècle à Avignon. Il prend dans cet ouvrage le nom de Ricolas Fisen , peut-être , parce qu'il s'y déclarait pour le P. Barthélemi Fisen, son confrère, contre un autre jésuite.

7* Historiœ Leodiensis universœ Compendium in annos digestum, Paucilogua ventât.^ Liège, Jean Matthias Hovius, 1655, in-24, p. 220. Publié sous le voile de l'anonyme ; il en a paru deux éditions la même an* née. M. de Villenfagne s'exprime ainsi sur cet Abrégé, dans le tome 2* , p. 250 de ses Recherches sur F histoire de Liège : c Tout ce qui regarde les derniers siècles >de nos annales, est d'une grande exactitude dans cet, tabrégé de l'histoire de Liège du jésuite Foullon donli 1 le style est clair , élègantct en même temps énergique ; » il voulait sonder le goût du public sous le voile de^ • l'uuonyme : les Liégeois applaudirent à cet ouvrage «< let cet auteur entreprit pour lors sa grande histoire J > qui ne parut que plusieurs années après sa oiort. » Ou y trouve quelques particularités inconnues aux;

historiens précédens. Suivant l'opinion de' quelquesans, le P. FouIIon n est point le seul auteur de oe Compendiuin ; le jurisconsulte Charles deMéan y aurait travaillé.

Paquot rapporte dans ses Mémoires littéraires (art. Foullon), qu'il avait entre les mains un exemplaire de cet Abrégé à la tête duquel se trouvait la note sui- Tante : c L'auteur de cet excellent livre est Erard tFoullon, Liégeois, qui mourut étant recteur du colilégede Tournay, où il se sacrifia au service du jeune >et saint Monberteau , infecté de la peste. Foullon 1 m'écrivit à Douai le jour de sa mort, et il eut la préicaution de me dire que je devais mettre devant le ' ifeu sa lettre, avant de la lire , et de la brûler aussitôt. C'était l'an 1668, où Douai fut pris par ta I France. »

8* Bofêa voluntoê optimœ consentiens. Liège , Jean Xathias Hovius , 1658 et 1668, in-16, it. en français : La bonne volonté^ qui s'accommode en tout en la très* bonne volonté de Dieu et à la conduite de sa Providence. Liège, Jean Mathias Hovius, 1658, in-16, p. 456. Le P. Foullon est Tauteur de cette traduction , qu'il dédia à Marguerite , baronne de Groesbeck , de Bocholtz et d'Orej, dame de Grand ville , etc. L'original latin est dédié au fils de cette dame. Ce livre est solide et édifiant, mais le style de la traduction française est vieilli.

9* Commentarii hisiorici et morales perpetui adpri' mumJlIachabcBorum librum;culdiiisliberioribuseœcttr^ nbus, ubi plurima, Ecclesiasticis ^ Theologis , Ascetis, CkristianO'PoUticis explicatè traduntur , etc. Prœmit' tUur tabula topographdca Judœœ : deindà indices quœs^ iionum , excursuum , locorum Judœœ et vicinorum ; subjiciuntur indices lucuUnti concionatorii , et index materiarum, — - Commentarii. • . ad secundum Mâcha'* bœorum librum ; additis liberioribus excursibus in quibuê plurima , puhlicè privatimque cul fidem et mores

uHlia , fxpUùoH traduntur. . . PranniUmntuf mdkes qumPhnum theologicarum , historioarum , chriiiiawh polUknrufn , et ewcur$uum ; subjicùmîur indicée luculenii concionum de moribus ac de fide , et index mor ieriarum. Liège, Jean Mathias Hovius, 1650-1665, 2 vol. in-folio dédiés à Maximilien Henri de Ba?iëre , évéque de Liège. Ce travail était d'autant plus important et utile alors, que Ion manquait de bons commenr taires sur les livres des Maohabées. L'antiquité ne nous a laissé sur ce sujet que quelques homéUes , et k moyen âge ne nous offre que les remarques de Liranus. Paquot regrette que le P. FouUon n ait point lu les notes de Grotius et de Blackwell , avant d'avoir ^rit son Commentaire.

1(>* Vera eccksia » omniufn in fide errorwn çom" mune remedium. Liège , 1662, in-16.

11* Lapis p/Ulosophious , Aurum potabUe , Ekemosyna. Liège , 1667 , in-16.

1 2*' Historia Leodiensisperepiscopofum etprindpwn seriem digesta ab origine popuH usquè ad Ferdinandi Bavari temporayetc. ^eto. ; nunpprimfim ex eruditerum scriniis in lucem ediia , et doctorum quorumdam t^rà ad œtatem nostram suppleta. Liège , Everard Kiots , 1735-36-87, 3 vol. in-fpHo.

M* deGerlache, à^n^^ee Souvenirs historiques dupays et de la principauté de Liège ^ s'exprime ainsi , en parlant de cet historien : cLe latin de FouHon est assez élé- »gant;il j a du mouvement dans quelques-unes de ses » de$eriptioi)s, mais il affecte troples formesde Tite-Uve, «et il oublie que si Rome et Liège eurent l'une et 1 l'ftfitre de faibles commencemens , leuiis destins ne 1 furent point les mêmes, w

Le P. Foulion n'a écrit que les deux premiers volumes de cette histoire : le baron de Crassier et l'échevia Louvrex sont les auteurs du 3* ; du moins ce fut par leurs soins que l'ouvrage entière été publié.

Oa trouve dans le premier tôlclnie quelques ptêlï" minaires sar la sitaation d^iinciens Eburond , sur les SDtiquilés da pays , sur J» larfgue et les liiœurs dés peuples qui habitent aujourd'hui le territoire de Taucienne principauté ; Vauteur j traite ensuite de l'histoire des évéques de Tongres et de Liège , depuis sâiât Materne jusqu'à Jean de Bavière qui mourut ëti 1424. Maigre les peines qu'il s'est données pour déitlélèi^ tes iables dont les anciens chroniqueurs ont ornées l'hi^ toire des évéques de Liège jusqu'au dixième siècle , il na pu éviter de tomber dans qtielque^ùkies t il eroit que St. Materne vivait au premier siècle : il admet là léalité de ses prétendus successeurs antéHeurs à saiilt Serrais, etc. , etc. Il s'arrête , dahs son second volume , à la mort d'Ernest de Bavière, arrivée en 1612. Ses con» tiouateurs finissent à l'année 17374

Malgré ses défauts , cette histoire est enèore la meilleure que nous ajons sur la principauté de Liège ; elle l'emporte sur les autres , principalement par le choix des matériaux, sans en excepter même celles de MM. Sérieys et Dewez , qui ne sont pas cependant sans mérité.

Voici ce que nous en dit Mr. Polain dans la Aolic^ de cet historien , insérée dans le n* du Politique ( 26 et 26 féTrier 1837) 1 1 Cet ouvrage (Historiœ IjBùdkmts ^mivêrsœ cwnpéndium , ete.\ eut beaucoup de Sûecèi; ton en publia deux éditions dans te courant de la

• même année. Rassuré sur le sort du grand fratail hin-

* torique qu'il avait entrepris, Fonllonse hâta d'ymettfa •la dernière main , et peu de temps après, il le soumit >à l'approbation de ses supérieurs. Iks trois réviseurs «chargés d'en faire Texamen , deux opinèrent poilr «l'impression , sauf le retranchement de quelques pas- •sages, le troisième fut d'un avis contraire et pensa qiie •le livre ne pouvait être imprimé; Foullon embrasa •ce dernier parti. Si je préêentais cette histoire aux ^Uégeois , telle quelle est^ dit cet écrivain dans une

note autographe qu& nous avons eu% sous les y eues , la vérité qui y brille pourrait déplaire^ et si je la publiais avec des retranchemens , on s'offenserait d'y trouver fréquemment cette vérité blessée; j aime donc mieuxne point la faire paraître du tout. Il en laissa seulement prendre des copies à quelques amis ; nous citerons entr autres celle que fit , sous les yeux même de l'auteur , Gérard Douffet , l'un de nos bons peintres, copie qui existait dans la ridbe bit>liothèque du savant baron de Crassier.

> C'est sur ce même manuscrit qu'on publia en 1735» l'Histoire du père FouUon, 2 voL in-folio; cet histoire, écrite dans un stjle clair et précis, s'étend jusqu'à la fia du règne d'Ernest de Bavière. L'auteur y fait constamment preuve d'une haute impartialité et cherche toujours à distinguer le vrai au milieu de l'obscurité qui couvre certains faits importansde notre histoire; il aime son pays, mais encore plus la vérité ; s'il raconte volontiers les hauts faits d'armes et les grandes actions de ses ancêtres , il ne cache pas pour cela les crimes qu'a pu leur faire commettre un amour efiréné de la liberté. Il n'y a pas » il est vrai , dans Foullon , cette richesse de détails que nous trouvons dans Fiseo, autre historien de Liège ; celui-ci se complait souvent à longuement raconter; Foullon cherche à peindre en peu de mots ; son coloris est plus large et plus sévère ; s'il était permis d'établir quelque rapprochement entre ces deux grands historiens de l'antiquité , on pourrait dire que la manière de Fisen a quelque ressemblance avec celle de Tite-Live , et que Foullon a du faire une lecture assidue de Tacite.

• En 1737, on publia à Liège la continuation de l'histoire de Foullon, écrite par quelques hommes habiles , dit Téditeur dans son avertissement ; elle s'étend jusqu'au règne du prince Georges Louis. Oa peut dire de cette continuation , que c'est ce que nous

laToiM de plus ezad sur l'état de Liège , au t7^siè- >de. Les auteurs , et l'on ignore toujours leurs notns, «sfaient une connaissance parfaite de Vhistoire des 1 règnes de Ferdinand et de Maxiinilîen de Bavière ; •ils avaient recueilli les innombrables pamphlets qui 1 parurent à cette époque , compulsé les archives, eza- >miné attentivement toutes les pièces qui pouvaient ijeter quelque jour sur les troubles qui désolèrent I alors la principauté ; aussi Jeur travail est-il fort re- Binarquable , c'est ce que nous ne craignons pas d'af- »finner, nous qui avons lu plus d'une fois ce volume, let qui avons pu le comparer avec une bonne partie ides pamphlets consultés par eux.

» Plusieurs bibliographes (Feller, Biographie univer* »mU?) ont attribué cotte continuation à MU. de Crassier •et Louvrex qui soignèrent l'impression des deux pre- >miers volumes ; nous avons déjà combattu cette opiiDion dans la notice sur Mr. de Crassier que nous avons «publiée en 1831 , dans les Nouvelles Archives philologitfuefde Mr. de Reiffenberg. En effet , comment croire, >disioos-nous alors, que ces deux personnages illusitres, membres du conseil-privé de l'évêque, et jouis- »8ant auprès de lui d'une haute considération , aient >composé une histoire où Ion prend continuellement >1 tâche de défendre les droits du peuple contre les •empiètemens continuels de nos princes ; de pareilles «doctrines auraient mal sonné aux oreilles de Joseph «Oément. Depuis lors , nous avons eu entre les mains >Qo travail inédit de Louvrex , embrassant l'histoire * de Liège de 1688 à 1734 , et nous avons pu nous «convaincre qu'il différait essentiellement de celui des » continuateurs de FouUon. »

FOULLON [Erasme cle)^ frère du précédent , naquit à Liège en 1606 , dErard Foullon et de Marguerite Rf^ndaxhe. Il descendait d'une famille originaire de Cambray , qui s'allia autrefois avec celles de YAumos-

nier^ dé QtrtigniM, de LagnicourteX de Ca^fimÊi^^ et fit racquisition de là seigneurie d'Eswars. Il s'applîqaa dès sa jeunesse à Tétude de la jurisprudence , et son application soutenue aidée de talens naturels , le rendit, de bonne heure, apte aut emplois. Maiimilien Henri de Bavière ayant succédé à son oncle Ferdinand, dans l'évèché de Liège , en 1651, ce prince mit Erasme Foullon dans son conseil privé , le fit son chambellan et le nomma conseiller de la cour féodale , il fut élu premier bourgmestre de Liège , en 1654 ; il y eterça aussi la charge d'échevin.L'évéque l'employa dans pliH sieurs négociations dont il s'acquitta ateo succès. Il parvint même à conclure des traités avantageux à sa patrie , particulièrement celui de Spa. Ërasme Foullon mourut à Liège le 3 février 1667 , dans sa 80* année. Sa famille subsistait encore à la fin du dernier siècle.

Il fonda, à perpétuité, dans l'église paroissiale de Saint- André , une messe qui s'y disait tous les lundis à l'autel de la confrérie des trépassés , dont son père était l'un des fondateurs et le premier préfet. L'un et l'autre ont été enterrés dans le chœur de cette église. Il a publié :

Explanatio uberior et omnimoda a89erUo exeelsiorit et 9upremijuris in Ducatum et Arcem ffullonienMn, etc. Liège , 1681 , in-4'*. Erasme de Foullon nous apprend qu'il publia ee tiiémoire peu de tetnps après la conclusion du traité de Nimègue, afin de prouver les droits de l'église de Liège sur le duché de Bouillon.

L'art. 28* de la paix faite à Nimègue entre l'Empire et Louis XIV , suppose d'anciennes contestations pour la propriété du domaine des château et duché de Bouillon entre les évéques de Liège et les ducs qui prirent ce nom. Ce fut d'après cette fausse supposition, que l'on convint dans le même article, que la possession de ce duché demeurerait provisoirement à la maison de la Tour d'Auvergne. C'est ainsi (]ue Louis XIV fit

mmr k sm vues d^agrafvdissement les prétentions Hdi* coles d'un de ses sujets^

Notre auteur donne ensuite un abrégé historique de l'acquisition du territoire de Bouillon par Obert ^ éféque de Liège; puis il vient à Robert, comte de la Marck , seigneur ou prince de Sedan , le premier de cette famille qui etit l'ambition au 16* siècle, d'ajouter aux qualité de sa maison , celle de duc de Bouillon.

1660. JOfïGHEN (Henri ^), né à Hasselt , ville du eotnté de Looz, vêts l'an 1608 « prit l'habit de Récollet ^ fut ordonné prêtre et exerça durant plusieurs années les fonctions de confesseur ci de prédicateur. Ses supérieurs l'envoyèrent ensuite au grand couvent de son ordre àLouvain^ pour y enseigner la théologie. Il fut successivement lecteur jubilé, visiteur de quelques pro- Tinces de son ordre , et deux fois définiteuré II en était pour la seconde fois custode, lorsqu'il mourut au cou- Teot de Maseick-sur-Meuse , le 20 octobre 1669. On a de ce religieux :

1* Medulla sanoti Evangflii, seu régula FF. Miwrum exposiia per F. Bonav^turam Demnye, stylo

imvioriomaia à F. Henrico db^Jongben , ac figu^

m AT Sacrd Scripturd houpleîata. Anvers i 1657 ,

t Nuptiœ Agni, sivè discursus exhortatoriipro sa^crii Yestitionibus , Professionibus Jubilceis ReligiosO" fwi^ : iiem de Dedicationibus ecolesiarum, Strenisque SpirituaUbus. Anvers » 1658, in-4*.

3* JUarianum Hctseletum , sivè Historia perantiguœ ^imculosœ Inuiginis, et Cnpellœ^ nec non Fraternifatii insigniê B. Mariœ apudHaseUtenses. Anvers , 1660 , 10-8*. Henri de Jonghen donne , dans cet ouvrage , une antiquité fabuleuse à la chapelle de Notre-Dame de Hasselt; mais le P. Mantelius, Augustin , a démontré la fat)^eté de cette tradition, et a prouvé que cette chapelle n'avait été bâtie qu'en 1334, et dédiée en 1350.

4'' Brwig elucidatio liUeraUê libri Job , ew prqbaii^ auctoribus escerpta, Anvers, 1661 , in-^*.

ô* Vera Fraternitas declamanda confratrihtiê Sodalitaium Rosarii Dominicani, Scapulariê Carmelitani^ Zonœ Augustinianœ ^ Funiculi Franciscanù Anvers, 1662, in-4%

6"* Novenapro cultû S. Anionii Paduani.

1"* De Antiphonâ ad B. Mariam Virginem^ quœ incipit : Ave Regina cœlorum.

Le P. de Jooghen est encore l'auteur de plusieurs autres petUs livres de piété dont nous ignorons les titres.

* 1670. CHEFNEUX {Mathias). né à Liège vers le comniencement de l'autre siècle, y prit Iliabit des Ermites de saint Augustin établis sur le quai d'Avroj. Sorti de noviciat, il fut envoyé à Paris pour y faire son cours de théologie. Il ne voulut jamais prendre les degrés académiques, ni accepter aucune charge dans son ordre : il fut cependant choisi prieur de son couvent, mais sa passion pour Tétude lui fit bientôt renoncer à cet emploi. Depuis lors, il vécut paisiblement à Liège, partageant son temps entre la composition, la prédication et les devoirs de son état. On a de lui :

1* Psalmorum Davidicorum expositio îÀm juxtà litteralem, quant juxtà mj/sticum sensum. Ijiége , Gérard Grisou , in-8'. Ce Commentaire n'est point recherché.

2* Ecclesiœ Catholicœ ah origine mundi àd Christum usquè série nunquàm interruptd , similique forma deductœ spéculum chronographicum , libris quinque expositum juxtà numerum todidem œtatum , quibusuniversis sœculorum ortum Christi pœcedentium , ordo dirigitur. Liège, Guillaume Henri Streel, 1670, in-fol., p. 401. Dédié à Eugène Albert d'AUamont, évêque de Kuremonde. Ce 1*' volume est ainsi divisé. Periodus prima :

Cafitt I. Harmonia Evangelica^ $eu ewrriculum vitœ Chrisii es ipu^uor Evangeliû depromptum CâP. 11. Prof anus mundi Statut degeftte in terris Christo, Cap. III. Vtteris EccUsiœ sub Christo faciès et novœ institua

Cap. IV* Authores ethnici Christo coœvi. Cap. y. Etenia memorabilia.

— Ecclesiœ Caiholicœ, à Christo ad nos usquè série nunquàm interruptâ, stmilique forma deductœ specihlum chronographicum , libris septemdecifn expositum juxtà numerum toiidem sœculorum, à partu virgineo fermé elapsorum. Pars prima oontinens libros novem.,

acproindè sœcula novem Liège » Guillaume Henri

Slreel, 1666, intfol., p. 405. Tel est le litre du 2- volume qu'il dédia au cardinal Frédéric , landgrave de Hesse, grand maître de l'ordre de Malte en Allemagne. Il est divisé de cette manière : Periodus uliera :

Capot I. Apostolorum gesta per annos 67. » 11. Prof anus mundi status.

» lll. Ecclesiœ sub jlpostolis fades. n IV. Romanorum Pontificum perennis fades > V. Hareses Apostolids temporibus exorîœ. B YI. Conciiia ad orthodoxes fidd veritatem astruendam ritèhabita.

« Vn . Scriptores qui per id tempus claruêre. I y m. Eventa memorahilia illuis œvi. » IX. Persecutiones adversùs Ecelesiam.

— Pars altéra, continens libros octo^ ac proindè t(Bculapropè octo. Ibid. idem. 1670, in-fol., p. 351. Dédié à Jean Baptiste Pierrepont , abbé du Val-Saint- Lambert. Ce troisième volume qui contient les huit derniers siècles de l'église , est divisé de la même façon, €t traite des mêmes matières que les deux précédens.

Cette vaste chronique qui embrasse tous les siècles, depuis la création du monde jusqu'au temps même de l'aateur, est une preuve de sa grande érudition et de ^n amour infatigable pour le travail : elle n'est pas sans mérite , mais nous avons de meilleurs ouvrages en ce genre.

3* Sefiei chronohgica virorwn êancîorum , qua^ Christus omni iempore mscitavit, quo nova aliqua surreûTtt hœresis. Le P. Chefneux composa cet opuscule à Paris ^ lorsqu'il y étudiait la théologie. On ne l'a pas imprimé ainsi que le suivant :

4* Chronicum Gentium Infidelium ùd fidem adduc^ tarunt, qtuindàaliœ ah Ecclesid catkolicà ^fecéfunU Ck>raposé en 1645.

1670. BORRE {Nicolas de), né à Liège ou aux environs. Il fut le premier curé de la paroisse de N. D. dei Lumières en GUUn, située dans un des faubourgs de cette ville. Il entra dans cet emploi l'an 1617, l'exerça d'une manière louable pendant 53 ans, et mourut le 7 mai 1670, dans un âge avancé. Le docte Paquot nous apprend ses Mémoires littéraires, que de Borre eut beaucoup à souffrir dans ses fonctions pastorales « durant les douze premières années, se voyant obligé, à la réquisition de Jean de Chokier, alors vicaire-général de l'évèque Ferdinand de Bavière , de se livrer à exerdser quantité de personnes obsédées ou maléficiées, qu il parvint à délivrer. 11 employa , durant quelques années, jusqu'à six et sept heures par jour à ces exercices pénibles; et loin de recevoir aucun salaire pour ces œuvres de charité, il se vit au contraire plus d'une fois en butte aux traits de la calomnie ; c'est lui même qui nous apprend ces circonstances dans les préliminaires d'un ouvrage qu'il publia sous ce titre :

1"* Âpologia pro Eworcistis» Energumenis^ Maieficiatisj et ab incubis Dœmonibus molestatis, in qua^ tuor partes divisa ; in quâ demonstratur fuisse omni CBVO et ubiquè, modoque esse^ etiàm apud nos^ plurimos omnis œtatis et concUtionis Energumenos, Maleficiatos, et ah incubis Vamumibus molestatos; contre quosdam incrédules, obtrectatores et temerarioe Ess^r--

— ^26 — tsùfiatomm Çmêores, qui Mêertam peritatem p$rtma^ cUer infioiari mm vereninr. Confmms insuper vera signa et argumenta, ex quitus certô dignascipotest^ an quis verè sii energumenus vel malefictatus , modos^ que seu remédia efficaoissima à Dœnumum potesiate SOS liberandif qui taies ea dictis signis reperti fuerint^ Cum plenariâ et exacid Exorcista/rum hanc in rem Insiructùme. Ad Sereniss. Principem Maximilianum Benricum Electorem Coloniensem. Episcopum ei Prin^ dpem Leodiensem... Louvain , Georges Lipse, 1660, petit in-4*t p« 236. L'auteur a puisé en grande partie ks preuves de ce qu'il ayance daqs son livre , dans des ouvrage^ apocryphes ou sur ^es relations plus que sospectes.

2* Mxameih profani Exorcismi contra Dœmonem mêndacU sub ementito Lamberti Diccei Theolwi Me^ dici mmiWp m fucem nuper emissi. Louvain , Georges Lipse, 1660. ^^

De Borre avait promis en 1660, de publier en fran^ fais, an ouvrage assez considérable contre les ministres de la religion réformée : il y avait travaillé longtemps.

* 1670. HAYONS (Thomas des) , historien , poète , helléniste et traducteur. Les premières années de sa vie DOU9 ofit été tellement obscures qu'on a ignoré jusqu'alors où il étai( né. Paquot, dpiiis ses Mémoires Utté^ raùies des PaysTBa^ et d^ la principauté de Liège , se borne à dire que c était \m é<f rivain liégeois ; et M. de Villeafai^e , qui nom ^ donné la liste 4e six de ses pro* doctions d^ns ees Mélange pot^ servir à t Histoire du pays de Liège , 1^ traite de concitoyen* Valère André et Foppens ne lont point ooqnu. L'abbé BouiUiot dans sa Biographie Ardennaise ^ pensif qpe la famille de cet auteur est originaire du petit village des Hayons, situé dans le di^fié de BouiUoj^ » et que lui-même ,

^ 226 — reçut le jour , en 1612, de Thomîis des Hajons , régent de la quatrième classe au collège académique de la ville de Sedan.

Le premier ouvrage de Thomas des Hajons , publié en 1636 , prouve qu il était né dans la religion calviniste : les autres sont le fruit de la plume d'un bon catholique ; d'où il résulterait qu'il aurait abjuré le protestantisme postérieurement à l'année 1636, peutêtre même en 1637 , à l'exemple de Frédéric Maurice de la Tour, prince de Sedan , et qu'il se serait ensuite retiré à Liège qui fut sa patrie adoptive.

Des Hajons passa la plus grande partie de sa vie à Liège. On ne voit point qu'il j ait occupé d'emploi. II parait qu'il j fit ressource de sa plume ; et si Ton en J!ige par sa dédicace des Mystères de notre rédetnp^ tion , etc. , adressée au chapitre cathédral de Liège , il semble qu'il avait à se plaindre de la fortune : sitnfyn destin se change, et quil me traite mieux ^ ete. On ignore l'année de sa mort , que l'on ne peut guères fixer avant 1670, où parut son dernier ouvrage. Il a publié :

1"" Les larmes de Sion , ou plaintes sur TaffUetion de V église , par Th. des Hajons, Sédanois. Genève , Jean de la Planche , 1636 , in-16. (BB. de l'Arsenal , 8096 , B).

La Dédicace à demoiselle Julienne de la Tour , fille de feu Henri de la Tour , prince de Sedan ( morte en. octobre 1638) , est suivie d'un sixain sur Fanagramme du nom de cette princesse. Cinq plaintes ou lamentations , tirées de l'Ancien Testament , trois ccrntiques sur la maladie et la convalescence , une prière du soir et du matin , mug paraphrase du psaume : Qui confiduntj une traduction du De profanais, deux son^ nets , le premier sur l'Incarnation et l'autre sur la Passion deN.S.;tellessontlespièces de vers dont se compose ce recueil , qui est terminé par une méditation en

prose sar raffliction-de Véglisc , et par une ode chré" Henné à demoiselle Anne de Rohan. A la tête de louyrage , un anonyme D. F. S. fait hommage à notre poète de huit quatrains français , et Charpentier lui adresse ensuite huit stances et le quatrain suivant sur son livre :

Dalce canis , dalces Parnassî è cespite lyrophas ,

Fundîs , castalio dulcia fonte trahis.

Dalcior at ploras , istis est dulcior undis

Qiiae te dulce fluit monte Sionis aqaa.

Voici sa plainte , tirée du psaume : Deus , venerunt génies ^ où il y a plus de force que de délicatesse.

0 Dieu ! ton temple est profané ,

Ton héritage est ruiné

Par l'effort d'un peuple idolâtre :

Si on Toit ses murs démolis ,

Et ses palais ensevelis

Sons des poudreux monceaux de plâtre.

Les animaux les plus goulus Regorgent du sang des élus.

Leurs corps dont on a fait litière.

Privés de l'honneur des tombeaux , Dans les entrailles des corbeaux Font leur funeste cimetière , etc.

2*. Lee myetères de notre rédemption » représentée m quatre tabkaux. Sedan , 1646 , in-4* , it. Liège , 1661 , in-S*.

La naissance de Jésus-Christ a fourni à notre poète la matière de son premier tableau. H y paraphrase rbymne : A solis ortus cardine. Ce tableau , ainsi que les trois autres , est divisé en strophes. Tel est le début de cette pièce :

Tous ârqufMa beauté des cieux , ParaK au matin la première ; Et vous , qui vivez en ces lieux Où Ton voit mourir la lumière ,

htmet oe mePTeilleaK enftini , Qui , dès le berceaa triomphant »

Veut que partout sa gloire brille :

Exaltez en cet heureux jour , Le nom de ce vrai Dieu d'amour , Qui , père de sa mère, est né fils de sa fille*

Des Hayons a placé à la fin de chacun de ses tableaux un sonnet analogue au sujet qu'il j traite. De la nais* sance de Jésus-Christ , il passe , dans le deuxième tableau , à sa mort :

LfiL mer se trouble ^ le ciel tonne ,

La terre ouvre ses fondçmens ;

Le soleil s'enfuyant sous Tonde ,

Punirait volontiers le monde

D*une éternelle obscurité ;

£t , voyant pâlir l'impossiblfs ,

Le plus dur ropb^r ^st sensible ;

L'homme seul , immobile , est sans homanîtë.

Le tcoisième tableau a pour objet la résurrection du Sauveur.Notre poète en puise les principaux traits dans l'hymne : Aurora luci^ rutilât^ Dans son quatrième ta* bleau , il paraphrase Thymoe ; JegUt no9tra redemptio. A ces quatre tableaux, il joint pn cantique qu'il met dans la bouche de la Madeleine , et une paraphrase du Magnificat i dont voici un échantillon :

Ge grand dieu , cet être invisible De qui l'auguste majesté, Dans sa splendeur inaccessible , Cache Téclat de sa beauté.

Ce monarque absolu du monde , Malgré ma bassesse profonde , N'en a point détourné les yeux ; Et l'honneur qu'il a fait à sa simple servante , Fera , certes , vanter à la race suivante Mon bonheur ^n tous lieux.

3**. Les visions de Mélinte , ou Us triomphes de la

tahurei de tapiéié » dressés en Thonneur des très-glo* rieux saints Canrard , comte de Friburg et de Furs* iemberg, cardinal ; Menrard, comte de Bohenzollem et Bussen ; Gosbert , comte dAspremont et de JDun ; Guillaume , duc d Aquitaine et comte de Poitiers (en Tcrs). Liège « Baudouin fironckart. 1657 » in*4*. ( BB« derAnenal 11599, B.

Voici une note écrite de la main du marquis de Paulmj , tracée sur lexemplaire qui se trouve à la bibliothèque de TÂrsenal , à Paris : c Cette espèce de ipoënie contient l'histoire de quatre différens saints «auteurs ou prétendus de quatre maisons illustres. >Ce$t à quatre de leurs descendans que l'auteur a »dèdié ces quatres vies réunies par une espèce de fic- >lioQ ou de yision supposée. Cet auteur s'appelait des 1 Hayons » apparemment Liégeois , mauvais auteur et i peut-être aussi mauvais généalogiste. Ce des Hajons «est fort inconnu ; les saints dont il fait ses héros sont >un peu plus connus. Conrard , cardinal , né en Alle- «nsagne , évéque de Porto et abbé de Citeaux , vivait •effectivement au commencement du 12* siècle. Des «Hajons le fait naître d'un comte de Furstemberg , et «c'est effectivement une opinion reçue en Allemagne. «Nais des Hajons le fait évéque d'Ostie et ne dit pas •qu'il fut abbé de Clairvaux , puis de Citeaux. Il est «îrai aussi qu'il poursuivit l'assassin d'Engelbert, ar- «cheiéque de Cologne et qu'il fut légat en France pour «taire la paix entre l'empereur Henri et Philippe- Au- >;uste. Enfin , le cardinal Conrard fut fondateur du ^nmasière du VaUBenoit^ près de Liège. 11 est enterré *^ Qairvaux : c'est ce que des Hajons ne dit point «dans son récit en vers prosaïques. St. Menrard vivait «effectivement dans le Ô"" siècle. Il fut le premier er- , «mile qui s'établit k Einsiedel dans le canton de «Schwitz. Cet ermitage est devenu depuis une belle «abbaye , dont l'abbé est prince de l'empire. St. Men-

— 'iSO — » rard Tut assassiné par des coquins , que des corbeaux

> poursuivirent, dit-on , jusqu'à Zurick , et les décou- «vrireiii. De là, l'abbaye d'Einsiedel a pris des corbeaux.

> pour armes. Des Hayons ne dit point ces dernières 1 circonstances , mais il prétend que St. Menrard

• était de la maison de Hohenzollern ; c'est ce que je

> n'ai TU que dans ce poème de M. des Hajons. Il est 1 pourtant vrai que les comtes de Saigon passent pour

> fondateurs, ou du moins premiers bienfaiteurs d'Einisiedel.-* L'histoire du bienheureux Grobert, abbé de » Villiers , diocèse de Liège , est conforme à la généa-

> logie de la maison d'Âspremont. Cet abbé fut, dit-on, lun brave chevalier qui alla à la croisade vers le temps »de St. Louis. II ht de beaux exploits , surtout en l'a- »veur des chevaliers templiers ; et puis , étant de re- 1 tour de ses pèlerinages , il se retira à Villiers et y

> mourut l'an 1203. — Guillaume fut le dernier duc ide Guienne , comte de Toulouse et d'Auvergne, père »d'Elëonore , qui épousa d abord Louis-le-Jeune et 1 puis Henri II i roi d'Angleterre , à qui elle porta tout 1 l'héritage de Guillaume. Ce saint fut d'abord grand

> schismatique , puis converti par St. Bernard. Il mouirut en pèlerinage à St. Jacques de Compostelle. Grand •nombre de familles peuvent descendre de ce prince

> par les femmes , d'autant qu'Eléonore eut une sœur

> cadette (Alix) , mariée au comte de Vermandois. Mais

• personne n'en descend par mâles. Guillaume mourut •en 1137. •

Bernard Hembachius , professeur d'histoire à Louvain , qualifie des Hayons de Ronsard de son siècle , dans une pièce de vers qui termine cet ouvrage.

4*" Une Pièce de vers , à la louange du P. Louis , prieur des Carmes de Liège, imprimée à la tète du livre de ce religieux , ayant pour titre : Peintures sa* crées du Temple du Carmel. Liège, 1659» iu-12. L'approbation du livre est suivie de quelques stances

de des Hayons à la louange du poète , dont Yoid les deui premières :

C'est sur le Mont-Carmel , et non pas sar le Pînde, Que Louis a fait choix de tant de rares fleurs; L'anante de Céphale, aux bords même de l'Inde, He fit jamais d'émail de si riches couleurs.

La tulipe, l'œillet, la rose et l'anémone. Près de ces traits charmans perdent tous leurs appas; Et la fleur dont la pompe éclate sur le trône « Dans sa Tive fraîcheur , ne les égale pas,

5* La belle manière de vivre^ ou Avis marauœpour la cùnduiie de la vit*, pat* des Bayons. Liège, 1666, in-8^

6* La princesse solitaire^ ou la vie de S te. Landrade, fondatrice de f abbaye de Munster^Bilsen :^\u^f Amour divin, ou la vie de Si. Amour , patron du dit lieu : plus le Triomphe de la chasteté , ou la Vie de Ste. Amalberge \irdmnaise) , disciple de Ste. Landrade , par le sieur ai Hayons. Liège, yeuve Baudouin Bronckart, 1665 , io-8*, p. 202. Avec les portraits de Ste. Landrade et de St. Amour (BB. du roi, H. 2469). Il a dédié ce recueil à une comtesse d'Aspremont Ljnden de Recheim, abbesse de Munster-Bilsen, qu'il fait descendre directement, du côté paternel, de Clodion-le-Chevelu, roi des Francs, et du côté maternel , des anciens ducs d'Aquitaine dont sont issus St. Guillaume, St. Amour et St. Hubert. Ste. Landrade était l'amie de St. Lambert. Elle tira des carrières de ses propres mains, suivant la tndition , les pierres qui servirent à bâtir la première iglise de Munster-Bilsen. — St. Amour est le patron de Haestricht, il a été enterré dans cette ville, dans une chapelle qui portait son nom et a été démolie en 1652. Les époux qui éprouvaient du refroidissement dans leur union, invoquaient autrefois ce saint. — Ste. Amalberge, Ardennaise et disciple de Ste. Landrade. Des Hayons rapporte quantité de traits singuliers dans la vie de cette sainte ainsi que dans celles des prècédens. On en jugera par celui-ci. Ste. Amalberge,

étant à Viltorde, oomnianda , od matin , à la servante de la maison où elle était logée ^ d'aller sur le bord de I eau cueillir dâ cresson, herbe, dont avec un morceau de pain elle faisait son déjeuner. La servante obéit, mais arrivée pfës de la rivière, un poisson d'une grandeur prodigieuse fît semblant de l'assaillir. Sainte Amalberge entendant les cris dû sa servante, épouvantée à cette Vâéf , lui demande quel est le sujet de sa frajeur? Si je ne m'étais enfuie, répondit la pauvre fille , j'allais assurément être dévorée par un monstre, Ff on , non , dit Amalberge , appelez un valet et retournez à la rivière, c'est un poisson envojé de Dieu pour notre réfeetion. On le prit en effet, et la sainte en remercia la Divine Providence. Charles Martel voulut en vain engager Ste. Amalberge à l'épouser, rien ne put la séduire : ^lle s'était vouée à Dieu. La mort l'enleva en 1772, à l'âge de pi^s^de cent ans. Le chapitre des dame» nobles de SdSteren la recorraaissait pour sa patronne.

Les vies de ces saints sont parsemées de vers. 7" Relation dé la maladie et de la tmrt de PhiUppê lY^ roi d Espagne y traduite de fespagnoL Liége^ veuve Baudouin Bronckart , 1666, in-8". Cette relation contient des détails curieux, que l'histoire dédaigne quelquefois de reOùeitlir. Nous citerons entr'autres celui-ci : Ce prince avait eu tine attaque de paralysie; il lui prit soudainement, le 12 septembre de l'an 1665, un fluï de sang si violent qu'il ressembla ^ en moins de deui heures, à un mort: letr médecins. jngèrevit d'abord que cet accident serait morfel ; ils avertirent le roi de mettre la dernière main à son testament. C'est ce qu'il fit le 13 du même mois qui était un dimanche. Il se confessa le jour suivant , et reçut en public le sacré Viatique : ce qui , dit l'auteur de cette relation , n'était pas arrivédepuiâ longtemps. Le même jour, il demeura enfermé plus d'une heure avec la reine. On ouvrit en-

suite la porte de sa ehambre ; lés présidens et autres grands seignenrs y entrèrent s depuis Tindisposilion da monarque , ils n'avaient boiigé de lappartement. Le roi n'eut bientôt que la peau Aur les os, et une plaie saoglaote à Tépaule vint encore ajouter à son mal. Les remèdes humains n'opérant pas , on invoqua le aeeours dactel. On apporta, entr'autres seliques, les images de St. Didaee et de St. Isidore : on les mit aux pieds du lit du moribond, mais œ fut inutilement.

Le mercredi , 16 du mois, Hiilippe IV reprit un peu de forces ; il entendit la messe , communia pour la seconde fois, et mangea un peu. On eut quelque lueur d'espérance, que le docteur Qiovari fit évanouir, en assurant que sans un mirade, leugusie naïade ne pouvait vivre jusqu'au lendemain. En effet, le soir on lui donna rExtréme-Onction , et il prit congé de la reine , en lui disant : cest tout de bon , madame , que je me meurs ; il l'embrassa et lui recommanda son fils qu'il embrassa pareillement, en proférant ces mots: Dieu veuille que vous soyez plus heureux que moi. Telles furent ses dernières paroles. 11 expira le jeudi 17, k quatre heures et demie. Ce fils qui était son sueceaseur n'avait pas quatre ans accomplis. Touie la Gour alla lui baiser les mains. Il était assis sur le giron de sa gouvernante, vêtu d'un petit bonnet noir avec a robe de deuil et un petit collet blanc rabattu. Quand le tour du marquis de Yelada fut arrivé : txmmmt, sire,\u\ àii-W ^ fauUil qtCun roi tette encore? Lenfant répondit avec une grâce merveilleuse : il me manque encore une dent, aussilôt quelle. me se^n venue, jtneleiteraipluss

%* Calendrier nouveau , tiré des observations de Tkmas à Kempis. Liège, 1667, in-16.

9* Le fidèle et vaillant gouverneur , représenté dans tBiitoire de lavieetde la mort de Jean ( V) dAllamont (ne en 1626, mort en 1657) , seiijni»ur du dit lieu^ et de

Màkmdry , baron ds Busy^ etcp, chevalier profh de St. Jtwques, gentilhomme de sa majesté catholiqm, lieutenant de ses gardes alfemancks , gouverneur et ca^ pitaine de MontmMy. Liège , Guill« Henri Streel , 1668, in-12, p. 268, 2* édition , augmentée de quelques pièces. (BB. du roi, 15972).

D'Allamont n ajant pour toute garnison que 676 fantassins et 60 cavaliers commandés par Tinlrépide Liégeois Beloute^ dit Crahay ^ soutint dans la petite ville de Montmédy , un siège de 43 jours contre le maréchal de La Ferté , et se battit ensuite contre Louis XIV en personne , commandant le siège. D'Allamont fut blessé mortellement ajant à ses côtés, durant tout le combat, sa maîtresse qu'il devait épouser œ jour-là même.

Des Hayons n'est que l'éditeur de ce livre que le P. de Waha , Jésuite , avait publié vers 1658. II est précédé de deux dédicaces. La deuxième est signée \k patriote luxembourgeois (le P. de Waha). La première, qui porte le nom de des Hayons , est adressée à Eugène Albert d'Allamont, évéque de Gand et frère du gouverneur de Montmèdj. L'éditeur y dit, que cette histoire ayant été en partie brûlée, le 20 juin 1665, dans l'incendie du palais épiscopal de Ruremonde, il a cru devoir la reproduire, pour la satisfaction des curieux et des braves. On y voit à la p. 1 29 , l'épitaphe en vers de Jean V d'Allamont , de la façon de l'éditeur. A la fin de l'ouvrage est une autre pièce de vers , adressée à la comtesse de Mérode , douairière de Halandry et mère du gouverneur de Montmétly, où notre poète vante la vertu de ses enfans. Il s'exprime ainsi sur Eugène Albert, évèque de Gand :

L'autre, par un mystère inconcevable aux sens , Fait descendre son Dieu tous les jours sur la terre : Il s'immole à soi-même, et par des mois puissans , L*iDfini , dans ses mains, sous un point se resserre.

10* Lf9 Cé^arjf de temperettr Julien, ou fable naiy^ ripm contre lejf ancien* empereur* mmuins traduite du grec par Tk. des Hayons. Liège, veuve Baudouin Bronckarl, 1670, in-8% p. 120 (BB. du roi. Z. 1281 ) avec un sonnet à Ferdinand de Mérode , comte de Groesbeck, auquel cette traduction est dédiée.

Les n** L III et VU ont été inconnus à M. de Yillen-* (ag;ne, dont voici le jugement sur des Hajons : c Je le I regarde, après le P. Louis , comme celui de nos auiteurs (belges et liégeois) du 17* siècle qui a écrit le iplus correctement en français, et qui a le mieux connu lie génie de la langue, en général peu cultivée encore là celte époque parmi nous. Ses vers donnent une idée laasez avantageuse de sa verve. Ses idées sont , en géméral, grandes et poétiques; mais on regrette qu'il se isoit servi pour les exprimer des mots peu nobles et isoavent impropres... Pour asseoir un jugement équittable sur ce poète, il faut faire attention qu'il a comtposé ses vers lorsque le beau siècle de Louis XIV •n'était encore qu'à son aurore, dans un temps où le igoùt n'était pas encore très-épuré, et avant que les •grands écrivains de ce siècle fameux eussent fixé irré- •Tocablement, par leurs ouvrages immortels , la langue •française. »

1670. NATALIS(;«ftbA^/), fils de Henri Noël, naquit à Liège en 1609, et devint l'un des plus habiles grafcurs de son temps. Son père qui exerçait aussi cet art, cultiva avec soin ses heureuses dispositions , et Toulut être son premier maître. Il n'avait pas epcore onze ans, qu'il grava en petit, une Ste. Madeleine^ un S^. Français et une Ste. Thérèse, qui furent admirésdes connaisseurs. 11 présenta lui-même à Anne de Pottier , comtesse de Bellejoyeuse , la dernière de ces trois planches.

L'application soutenue du jeune Natalis, accompag*

— 236 ~ née de toutes les dispositions nécessaires pour exceller dans son art, le mit bientôt en état d'égaler et même de surpasser les maîtres qu'il s'était d'abord proposés pour modèles.

En 1629, il grava en petit un Si. François ds Patile^ dont la beauté des traits, l'élégance et la proportion des attitudes surpassent les plus beaux morceaux de Valdor. L'année suivante, il grava encore^en petite un St. Bernard à genoux devant la Vierge^ tenfant Jéswgs dans ses bms. L'attitude de Tenfant et celle de Marie qui lui fait jaillir dans la bouche du lait d'une de ses mamelles, sont très-remarquables, il offrit cette pièce à l'abbé de St.-Lambert.

Ne respirant que la perfection de son art, Nalalîs résolut de vojager. Il se rendit d'abord à Paris où il grava un grand nombre de portraits, et alla ensiiile à Rome où le célèbre Joachim Sandrart l'accueillit avec bienveillance et distinction : il le présenta au prince Justiniani , grand amateur des beaux-arts, et lui procura toutes les facilités de perfectionner ses talens naturels.

A la recommandation de Sandrart, le prince Josti* niani employa l'artiste liégeois à grever d'après qtielques-unes des statues antiques dont il était possesseur. C'est à ce travail que nous sommes redevables de l'heureuse idée qu'eut ce prince de donner au public la collection des plus belles statues de la superbe galerie qui ornait son palais à Rome. II en confia l'exécution à Joachim Sandrart , à Corneille Blomaer , à Théodore Mathamius , à Régnier Persinius et à Michel Natalis, dont la beauté du génie, au dire même de Sandrart, brilla avec tant d'éclat dans cet ouvrage , quil mérita dès lors d'être considéré comme Fun^ des plus habiles graveurs de son siècle.

Dans le désir de faire connaître tout ce que les arts avaient alors produit de plus beau à Rome , Nalalis

consacra plimeurs années à graver un grand nombre de tableaux de Raphaël d'Urbin, de Rocnanelli, de- Géorgie di Crasso, d'André Sacj, de Pietro de Cortone, du Poussin , du Titien , de César Bossanus et autres fameux peintres dltaKe»

Parmi les divers moroeaux dus au burin de Natalis, OD distingue :

1" Le frùfiHspice d'un livre intitulé : Le Triomphe iumoucheg^ qu'il grava à Rome d'après François Romanelli de Viterbe. Ce frontispiee représente une PaU^ lai avec ses attributs : on j voit le bouclier de cette déesse chargé de l'écu du cardinal Barberin , vice-chancelier de l'église romaine.

2* Les armoiries du pape Innocent X, issu de la maison de Pamphyle , apec leurs supports et leur ci-

3* Une Vierge assise portant Fenfant Jésus, accom'pagnée de St. Joseph. Cette estampe d'une beauté remarquable, est chargée des armes du marquis Yicence de Justiniani, auquel l'auteur l'offrit.

4* Le portrait du B. Philippe Benitius , de l'ordre des Servites, foulant à ses pieds des mitres et des iiarts.

5* Le Bavissement de f apôtre St. Paul.

6* Les nâces de Ste. Catherine, d'après Bourdon. Il dédia cette estampe au président Bailleul , ministre de France , avec ces mots au bas : Sponsabo te mihi in fide. Ces deux dernières gravures quoique tirées à un grand nombre de feuiltes, sont devenues extrêmement rares.

?• Une Vierge et Fenfant Jésus dormant entre ses bras, accompagnés de St. Jean^BapUste. Le fond de cette estampe représente un paysage charmant, qui file l'attention par l'agréable variété des divers objets qu il présente à la vue.

8' La Cène, d'après le tableau d'Abraham Diepem- Ixxk. On Toît sur le visage des apôtres létonnement

et la douleur dont ils sont saisis, en apprenant de hi bouche de leur dirin maître , qu'il doit être trahi par l'un d'eux.

Durant son séjour à Paris, Natalis grava une antique représentant la déesse Pomone. Cette pièce qu'il offrit au cardinal Mazarin passe pour un chef-d'œuvre.

De retour de France et d'Italie » il vint dans les Pays- Bas, et se fit admirer à Anvers par la délicatesse de son burin dans les morceaux qu'il grava sur les dessins de Diepembeck : les plus estimés sont : un St. François, un B. Gode froid, issu des comtes de Carpemberg, un Sl Raimond, une Sie. Apolline^ et le B, Pierre Siardis, abbé du Jardin Marin, ordre de Préroontré en Frise.

n grava aussi le portrait de Tarchiduc Lénpold (T Autriche, gouverneur des Pays-Bas et frère de l'empereur Mathias, d'après le tableau de Bertholet Flémalle. Ce prince conduit par Pallas , est monté sur un superbe coursier que Hercule mène par la bride. Audessus de l'estampe, on lit ces mots : Hcec régit ille tuetur.

Dans les portraits historiés de dom Fernand de Tolède , duc d' Albe et de son épouse , on lit dans leurs yeux la tendresse et l'amour qui unissaient leurs cœurs.

Après onze ans d'absence, Matalis vint se fixer à Liège , en 1642, où il se livra à de nouveaux travaux. Il grava V la planche qui se voit au commencement de VHistoria Leodiensis du P. Barthélemi Fisen; 2* une Sainte Famille, d'après le tableau de Raphaël; 3' la Mission des Apôtres^ qu'il dédia à Ferdinand de Bavière , électeur de Cologne et évêque de Liège. Celte estampe fut transportée à Dusscldorf , et placée dans la galerie de l'électeur Palatin ; W" un St. Bruno an milieu des Saints de son ordre, gravé d'après le tableau de Bertholet Flémalle : le ciel parait ouvert et l'on y voit la Vierge soutenue et élevée par des anges; S"" le

Bmiê de St. Lambert, d'après Toriginal que l'évêque Evrard de La Marck avait fait faire en Termeil , pour l'église cathédrale de Liège. Ces deui. dernières estampes sont très-estim6es«

Natalis a gravé un grand nombre de portraits dont nous ne citerons que les suivans :

1' Ferdinand de Bavière^ archevêque de Cologne et èvéque de Liège.

2* Maximilien Henri de Bavière^ électeur de Cologne et évéque de Liège, d'après le tableau de Joachim Sandrart.

3* Nicolae de Gomzée, abbé de Beaurepart, ordre de Prémontré.

k"" Eugène Albert (TAIlamont, évéque de Gand.

5* Itel Frédéric^ comte de Mérode^ grand majeur de la ville de Liège.

6* Lambert de La Mothe, chanoine dé l'église de Liège.

7' Anne Catherine de Lamboy , abbesse de Herkeorode.

8* Jean d'Allamant, gouverneur de Montmèdi.

0* Charles de Méan^ baron du St. Empire. On trouve sar une autre planche, les armée de ce jurisconsulte avec ces roots au bas : Fax mentis honeêtœ gloria.

10* Gilles de Lambrecht, abbé de St -Jacques.

Il"" Gérard Sany^ abbé de St.-Laurent.

12* Frédéric , landgrave de Hesse , cardinal et pand-maître de l'ordre de St. Jean de Jérusalem.

13* Emmarnsel Théodore de la Tour d'Auvergne , ducd'Âlbret, chanoine et grand prévôt de l'église de Uége et doyen du sacré Collège.

14* Y Electeur palatin^ d'après le tableau de BeriholetFlémalle.

Les estampes en taille-douce qu'il a gravées d'après les plus beaux morceaux de Joachim Sandrart , d'Abraham Diepembeck, de Mignard, de Bourdon, de Rubens,

de Bertholet Fléinalle , de Gérard Douffet et de Walter Damery, lui acquirent une grande réputation dans les Pays-Bas , quoique quelques - unes de ses gravures soient exécutées d'un burin un peu trop froid et trop égal.

Natalis ayant été appelé à Francfort lors de l'élection de Léopold à l'empire , ce prince le chargea de graver son portrait. Lorsqu'il eut terminé ce travail, notre artiste eut l'honneur d'en présenter lui-même la planche -et l'épreuve à l'empereur , qui, earieux de lui voir manier le burin, fut si charmé de sa dextérité , qu'après l'avoir récompensé d'une somme considérable , il l'honora d'une médaille d'or et le nomma son graveur ordinaire. Tant de marques d'estime de la part du monarque mirent tellement Natalis hors de lui-même , que tout occupé des honneurs qu'il venait d'en recevoir , il oublia son burin en sortant de l'appartement de l'empereur. Revenu à lui et se ressouvenant de cet oubli , il retourna sur ses pas et frappa à la porte de l'aplpartement que l'empereur vint ouvrir lui-même, en lui disant :je sait, JVatalis^ ce que vous cherchez; s'approchant ensuite de la table , il prit le burin , le lui remit entre les mains et lui adressa ces mots : seuvenez-vous, Natalis, quun empereur vous a servi!

L'évêque Ferdinand de Bavière qui avait la plus grande estime pour les talens de Natalis, lui donna la charge de son graveur des monnaies pour la principauté et celle de sailieur (étalonneur) des poids de la ville de Liège.

Louis XIV , dont l'ambiticm était d'attirer à sa cour tous les genres de mérite, frappé de la réputation que s'était acquise Natalis, eut la pensée de le déterminer à venir se fixer à Paris : il lui fit offrir la place de son premier graveur, avec une pension considérable et un logement au Louvre. De pareilles propositions de la part d'un si grand Toi| ami et protecteur des arts, furent

acceptées avec reconnaissance. Natalis se mit quelque temps après en chemin pour se rendre à Paris , mais arrivé sur la frontière, il fut surpris d'un si violent mal de gorge , qu'il se vit obligé de retourner à Liège , où il mourut de cette maladie en 1670. Le bruit courut alors qu'il avait été empoisonné par quelques jaloui..

Dans les Tableaux parlant du peintre Namurrois , on lit sur ce graveur célèbre, ces vers médiocres qui témoignent que si on aimait ses ouvrages, on ne faisait pas moins de cas de son caractère :

Natalis est un boroine. sage , Son burin le Fait estimer ; Si son dessin sait nous charmer , Son humeur fait d'avantage.

Avant de quitter sa patrie pour venir se fixer en France, Micbel Natalis avait vendu une partie de ses planches à une personne de La Haye , qui les revendit à un marchand de France où elles étaient encore au commencement du 18* siècle : elles existent sans doute toujours à présent, puisque nous voyons des colporteurs posséder des eêtampeê de Natalis qui paraissent sortir de la presse ; mais il est inutile d'avertir les amateurs qu'elles ont beaucoup perdu de leur beauté. On aperçoit aisément, quoiqu'elles aient encore de l'éclat, qu'elles ont été retouchée*. Le baron de Heineken nous apprend (Voy. Idée générale d'une collection complète destampes, etc., p. olO), que le superbe ouvrage des statues de la fameuse galerie Justinienne , dont une partie a été gravée par notre artiste , a subi le même sort.

Cet artiste donnait quelquefois ses dessins à graver , ainsi qu'on le voit dans l'ouvrage du savant jésuite Alexandre Wiltheim, intitulé : Di/ptioon Leodiense. Uége, 1609, in-fol., où l'on distingue deux estampes

â^ez considérables et élégamment gravées, portant la souscription suivante : M. Natalis delineavit. R. G)Lini Mculpsit. Ces deux estampes qui renferment des choses rrannent singulières et originales, sont d'unbeau burin, et donnent une grande idée du talent de R. Colliii, que M. de Yillenfagne soupçonne être Liégeob; s'il en est ainsi, cet artiste mériterait d'être connu.

Alexandre Wiltheim a dédié son livre à Laurent de Méan , grand écolâtre de Liège et prévôt de Tongres : il le loue principalement sur ses connaissances en architecture, et vante beaucoup sa bibliothèque qui était garnie d'ouvrages précieux et de manuscrits rares...

Michel Natalis avait épousé Marie de Falcaumont dont il eut plusieurs enfans : un , entr autres, qui voulut s'adonner à la gravure; mais désespérant de pouvoir égaler un jour son père, il y renonça pour se livrer entièrement à la peinture , et alla se fixer à Hambourg où il est mort. Ses tableaux ne sont pas, dit-on , sans mérite.

* 1672. LONCIN (Albert de), religieux Jacobin, né à Liège vers 160U. Il acheva une partie de ses études en France et prit le bonnet de docteur en théologie, à l'Université d'Angers : il revint ensuite dans sa patrie oii il vivait encore en 1672. Il a publié :

Le Rosaire, ses indulgences et privilèges. Angers, René HernauU, 1645, in-12, p. 318. Dédié à Jeanne- Baptiste de Bourbon , abbesse de Fontèvrault,

1672. PAULI (Gautier), Jésuite , né à Hiiy , ville du pays de Liège, en 1587. Il était très- versé dans la langue grecque, la poésie latine, la philosophie du temps et la théologie scholastique. Après avoir professé plusieurs années à l'Université de Douai , il prit le bonnet de docteur et fut envoyé à Vienne en AutricVie où il fut pendant dix ans professeur de tbéolo-

gie, et préfet des études supérieures. Le général de kloonipagnie de Jésus, Mutio Vitelleschi, Pajant appelé à Rome vers Tan 1643, il y remplit durant cinq ans la ciiarge de censeur^général des livres composés par ceux de sa compagnie. Après ce terme, il alla en France à la suite des ducs de Bouillon dont il avait été confesseur, et revint delà à Douai, où il passa le reste de ses jours dans les exercices du confessionnal , et la préfecture des hautes études. Il mourut dans cette ▼ille, d'une manière fort édifiante , ^ l'âge de 84 ans , le 17 avril 1672. Le P. Pauli était un religieux plein de piété et d'une vie exemplaire. Dès son noviciat , en 16U3, il avait fait vœu de donner chaque jour une heure à l'oraison mentale, et une demi-heure à l'examen de sa conscience a il ne demanda à être dispensé de ce vœu , que lorsque les infirmités de la vieillesse ne lui permettaient plus de l'observer. On a de cet excellent religieux les ouvrages suivans :

1* Septem dolores B. Virginia rhythmo numeroio îxpre99L Vienne, 1631.

2* Canticum novwn animi salientù à mundo, à terré, à cœlo, à ^etpso ad Deum : Melodiœ lyricœ ge* nu9 rhythmometrum. Vienne, 1637, in-fol. ; item, réimprimé avec les n""* 3 et 4.  la tête de cet ouvrage on trouve : Regium iier in Imperium, êive Ferdi-' nandi III tria I trium ewpeditionum ^ jubtnie et prù muml dicenie Ferdinando H. Cœsare^ ab eo in Ini' perium contra hostes susceptarum : tre» columnœ triumphales editœ cûm coronaretur Rex Romanorum, L'auteur fait ici allusion à la lettre i , qui a la figure d'une colonne , et au mot latin / (allez).

3* Affectus EuchaiHstici rhythmometro eœpreasi, 1640, in- 12.

4* CogUatùmes seriœ : Bivium duplex^ unum mor" (aUlatis, alterum œterfiitatis. Douai, 1653, in-12.

5* Jesus'-esug , novus orbis , famis et sitis animi vera

satietas^ in Pusil^mundo duce Amorfido quœsiia et inventa, duobusque cantibus communione et unùmê gustaîa. Leopoldo Ignatio imperatori scribebat dica' baique Gualterus Paulluê. Douai, 1661, in^fol., p. 152. C'est un roman spirituel en prose mêlée de vers, où l'auteur introduit des personnages allège* riques dans le genre de ceux que D. Jean*de Palafoi fait parler dans son Pasteur de la nuit de Noël.

6'' Triumpkus Corporis Christi sub Eucharistid, Leodio, ductus inuniversam Ecclenam^ duce Julianâ virgine Leodid^ etipantibwt Pontificum^ Cœsarum, Regum, Pritècipum, populorum affectibus Eucharii" ticis. Inséré à la suite du précédent.

l"" Scalœ et alœ animi ascendentie ad Deum ab ifh femo à mund'O^ â terrd, àcœlo stellato^ ab empyreo, à seipso^ à nihilo sut. Douai, 1667. C'est le n* 2 retouché.

8** Hortus Olivarum : Dolor-Amor^ Kosa^Spina; cuiadditurCordolium Deiparœ,et Cormancipium Jesu et Mariœ , rhyihmometricè.

9* Rhythmometra lyrica. Prague, 1686. La mort empêcha le P. Pauli de publier ce qui suit :

10" Jesu'logia^ seu fundamenta totius theohgiœ et philo^ophiœ : êivè Summa humanœ ac divinœ saptentiœ. Cet ouvrage devait renfermer toute la philosophie et la théologie suivant la méthode de l'école.

W Medulla sanctioris theologiœ , interjecta êcaUs et allé animi ascendentiê in Deum,

12* De B. Virgine Deipard.

13"* Controversiœ fidei, disputatœ per stscula^quibus natœ sunt hœreses.

Les écrits du P. Pauli ont de l'imagination et du feu : le stjle en est pur, élégant, et les sentimens qu'il y exprime respirent la piété ; on j trouve , suivant l'esprit de ce temps*là, des jeux de mots, des anagrammes, des concetti et des paroles emblêma-

~ 245 ^ tiqbes. Voici un échantillon de sa poésie, tiré de la page 109 du Jeêus-esus. Communioniê Jê$u Rhythmus XYll.

Omnia exceUa tua , et flucitis tut wper me transie^ runi. AbysiUê abyssum invocat :

Fumante de Veseyo Yoraginusis ructibut ,

Nostro yidemus œvo Flaromat vomi cum fluctibat

Naquit Amor esse sœvns ; Nec ciir quod illo tangitur :

lu me taoïen Vesevus Fit , quandô Panis frangitar

Quo fonte prodit îgnis , Manant eudem flumina :

Cor ardet absque lignit.

Et mergit imbre lamina.

Id opiner inde nasci , Quod serius notaveriro

Me tante a more pasci , Qui turpiter peccaverim.

Amor hinc dolorque crescit, Cordisque fit contritio :

Dolore cor liquescit , Amor est ignitio»

1672. VARIN ou WARIN {Jean), peintre, graveur, sculpteur, né à Liège en 1604. II est regardé comme l'un des hommes les plus rares et les plus estimés de son siècle. Il était fils de Pierre Varin, sieur de Blanokard^ gentilhomme du comte de Rochefort, prince du St.-£mpire. Il entra, vers l'âge de onze ans , au service de ce seigneur, en qualité de page. Son inclination naturelle le portant aux arts du dessin , ses parens, qui étaient assez bien partagés du côté de la fortune, lui donnèrent les maîtres les plus capables de cultiver ses

heureui talens. L« jeune Yarin apprit tout à la fois à grdter et à peindre , et fit d'étonnans progrès dans ces deux arts, auxquels il joignit bientôt la sculpture. Il perfectionna le premier la gravure des médailles, et imagina pour les frapper, des procédés supérieurs à ceux qu'on avaitemployés jusqu'alors.

Ses talens lajant fait appeler à Paris , sous le règne de Louis XIII, il s'établit dan» cette ville, où il acquit bientôt un nom célèbre et une fortune immense. 11 fut chargé de graver le sceau de l'Académie française, nouvellement fondée (1635) : la perfection a?ec laquelle il Teiécuta lui mérita la bienveillance du cardinal de Richelieu. Le roi le nomma peu de temps après garde-général des monnaies de France. Ce monarque ayant ordonné par un édit, la conversiçn générale des espèces légères d'or et d'argent dans toute l'étendue dé son royaume, Yarin fut choisi pour diriger cette refonte, et il grava tous les nouveaux poinçons. Louis XIII créa à ôet effet deux nouvelles charges en sa faveur, celle Ao conducteur-général des monnaies , et celle de graveur-général des poinçons. Sa reconnaissance pour le cardinal de Richelieu qui le comblait de faveurs, lui fit exécuter le buste de ce premier ministre, en or, du poids de 55 louis; ce chefd'œuvre passa dans Te cabinet du président de Hénars; mais on ignore ce qu'il est devenu.

Toutes les monnaies faites par Yarin sont d'une si grande beauté que les curieux qui les recherchent, les comparent à ce que les anciens ont fait de plus estimable eii ce genre : c Nous avons ég&Ié , dit Voltaire idans iùû Histoire de Louis XIV ^ les anciens dans les 1 médailles : Yarin, cofitinue-t-il, fût le premier qui »tira cet àtt dé la médiôtîHt^, sur 1& fin du règne de » Louis XIII. » Les pièces de huit et de dix pistoles peuvent être mises au rang des plus beaux médaillons. Toute la monnaie fabriquée pendant la minorité de Louis XIV , est aussi de cet habile graveur.

On doit à Varln la «uite dM médailhs frappées pour perpéluer le souvenir des principaux éyènemens du règne de Louis XIII et de la régence d'Anne d'Autriche. Après la mort de Louis, il conserva la direction des monnaies et joignit à cette charge celle àHntendant des bdiimenê de la couronne. Il fut l'un des premiers membres de l'Académie de peinture et de sculpture (1664).

Yarin exécuta le buste en marbre de Louis XIY , qu'on voyait autrefois dans les grands appartemens du château de Versailles : « Quoique ce fut son coup d eëisai, il peut , dit Perrault dans ses Hommes Ulustres, isoulenir le parallèle avec les excellens morceaux de il antiquité. • Le chartreux Bonaventure d'Argonne observe au sujet de ce buste {^Mélanges d'histoire et de littérature, données au public sous le nom de Yigoeul de Harville, tome 3, p. 9), que c Yarin n'entreprit >de faire ce buste du roi en marbre , que pour mor<itifier le cavalier Bernin, qui ne travaillait en France I que pour sa propre gloire; aussi heureux, continue-» it-il,dans l'exécution , que hardi dans l'entreprise, ce ibaste parut plus fini que celui dont Bernin , depuis longtemps, flattait notre attente. Bernin en eut du idèpit, et néanmoins, quoique son ouvrage eût quel* ique chose de plus fier, il ne put refuser à Yarin les ilouaoges et l'approbation qu'il méritait : ce qui est ^beaucoup, ajoute le même auteur^ pour un Italien , lies gens de cette nation n'avouant pas aisément qu'il >se trouve grands maîtres hors de chez eux. »

Perrault vante beaucoup une statue de Louis XIY, en marbre, de 7 à 8 pieds de haut, qu'il dit être d'une beauté extraordinaire. Yarin fit aussi en bronze , une statue colossale de ce grand roi.

On doit à Yarin, les médailles placées dans les fondemens du frontispice du Louvre , de l'Observatoire et de l'église du Yal-de«Gràce , à Paris. Il a aussh gravé

~ 'i48 — 1^ médaillée suivantes, représentant : le dnc dOiléanfs, frère unique de Louis XIV, \e prince de Condé^ le cardinal Mazarin^ Christine, reine de Suède , Col^ heri^ etc. , etc.

Il cultivait aussi la peinture; ses portraits sont beaux et bien resserablans, s'il en faut croire Félibien, dans ses Entretiens sur les Vies des peintres.

Cet homme de génie , qui occupe une des premières places parmi les grands hommes de son siècle, avait entrepris Y Histoire métallique de Louis XIV , quand il mourut, le 'i6 août 1672, à l'âge de 68 ans. Comme il avait reçu de la nature un tempérament robuste , qui lui promettait une longue vie, on soupçonna, dit Perrault, qu'il avait été empoisonné par des scélérats auxquels il avait refusé des poinçons de monnaies. Parmi les personnes qui travaillaient sous sa direction , on cite avec éloge Gérard-Léonard Errard^ de Liège : il ne gravait ordinairement que des sujets de médailles.

Yarin était fort avare. En 1651 , il maria sa fille unique, belle et jeune, dont Guj-Patin rapporte (Yoy. Lettres choisies, tome 1 , p. 190) la fin malheureuse en ces termes: c Le 30 du mois de novembre i(1651) , il arriva ici une chose bien étrange. M. Varin, »qui a fait de si belle monnoie et de si belles raé- »dailles, avoit tout fraîchement marié une sienne fille

• fort belle, âgée de 25 ans, moyennant 25,000 écus, »à un correcteur des comptes, nommé Oulry, fils d'un

• marchand de marée. Il n'y avoit que dii jours qu'elle •étoit épousée. On lui apporta un œuf frais pour son •déjeûner; elle tira de la pochette de sa Juppé une ji poudre qu'elle mit dans l'œuf, comme on j met •d'ordinaire du sel; c'étoit du sublimé qu'elle avala •ainsi dansVœuf ,dont elle mourut trois quarts d'heure •après sans faire d'autre bruit, sinon qu'elle dit: •/

• faut mourir , puisque t avarice de mon père la voulu ^ainsi. On dit que c'est de mécontentement qu'elle

tavoit d'avoir épousé un homme boîtfMix, bossu , K*crouëlIeux. Elle mourut dans le logis de son mari, iprès des Halles, et fut enterrée le lendemain sans i^rande cérémonie. Les femmes de la Halle, qui sont lies muettes de Paris, mais qui ne laissent pas de baibiller plus que tout le reste du monde, disent que icette pauvre femme est morte vierge et martyre,' et iqae son mari n'a jamais couché avec elle. Elle eut ihorreur de lui dès le soir de ses noces , en vovant iquatre hommes occupés à le déshabiller et à démoniter son corps comme à vis, et lui âter une jambe )d acier qu'il avoit et le reste du corps tout contrefait. » Voyant ce bel appareil de noces, elle se mit à pleurer let se retira dans un cabinet où elle demeura le reste ide la nuit. Le lendemain ses parens ajant fait leur > possible pour la remettre et la fléchir en quelque «façon, sans en avoir rien pu obtenir, le mari dont la «présence étoit fort odieuse à cette nouvelle épouse, «monta à cheval et s'en alla à Châlons pour affaire «d'importance à ce qu'on dit. Néanmoins la vérité est «qii'il n'a bougé de Paris et que sa retraite n'a été que «pour cacher l'imperfection de son corps. Enfin , elle

«est morte » Loret, dans sa Gazette en vers (3 dé*

cembre 1631) rapporte aussi la mort de cette fille infortunée.

Varin s'était beaucoup occupé de XHùUnre métal* bjuede Louis XIV, mais son travail n'a pas été publié; ses matériaux auront sans doute servi au recueil pu* Wié sous ce titre : Médailles sur les principaux évène^ «^f du règne de Louis-le^Grand^ avec des explications ^iitoriques. Par r Académie royale des médailles et des inscriptions. Paris , imprim^irie royale , 1701 in-foL, item. Paris, imp. royale , 1702, in-4« feuillets 286.

On trouve l'éloge de Varin, par Perrault, dans les Hommes illustres de la France, vol. 1 1 , p. 85 , et dans VJïwtow'c littéraire de Louis XIV, par l'abbé Lam-

bert , ch« H , p. 240. Od peut consulter à Bon sujet : Mélanges ^histoire et de littérature de Vigneut de Marville , tome 3* p. 9 ; Dictionnaire des beaux-arts de La Combe , p. 740.

Le portrait de cet artiste célèbre a été gravé par Edeltnck, in-foL, pour l'ouvrage de Perrault : ce même portrait fait aussi partie du Recueil d'Odieuvre , in-4*.

VARIN (Joseph), célèbre graveur, né à Chàlons-sur- Marne le 11 mai 1740, s'honorait de compter parmi ses ancêtres Jean Varin. Il eut pour premier maître son père, graveur sur métaux, qui avait fonde en 1755 une école gratuite de dessin à Châlons où il enseigna en même temps les élémens de la géométrie , de l'architecture, de la perspective et de la fortification.

Joseph fit des progrès rapides sous un tel maître , et fut bientôt en état de se perfectionnera Paris où il se rendit avec son frère en 1760 et oii il trouva dans les Croizat, les Cajlus, les Dargenville, les Watelet, des protecteurs et des amis qui lui donnèrent les plus grands encouragemens. C'est à la vue des productions les plus célèbres que les frères Varin sentirent naître en eux une noble émulation. Joseph avait déjà débuté par un St. François Ana>chorète du chevalier de la Touche, gravé dans le genre du dessin ^ mais il ne con* tinua pas longtemps ses essais en ce genre et se livra à difi%rens travaux d'architecture , de géographie et de topographie , bien plus analogues à ses premières études.

11 fut chargé par les états de Bourgogne en 1755 , de la gravure d'une partie de la grande carte de la province, dont il fit aussi les omemens : ce travail lui valut une médaille et l'honneur d'être présenté au roi avec les dépuVés des états. D'autres ouvrages lui firent obtenir le diplôme de membre associé de l'Acadéinie de Dijon.

Parmi les nombreuses productions dues au talent de Joseph Varin , nous citerons le Traité d'architecture^ iïï'A'' ^ de Blondel, qu'il grava de concert avec St. Aubin ; celui de fortification du marquis de Hontalembert, gravé en société avec Perrier, et ensuite les cartei et ornêmens d'inscription qui devaient servir de clef à louvrage de Belin et Berthier , intitulé : In^ trucHon pour la marine rot/aie.

En 1766, M. Rouillé d'Orfeuil, intendant de la province de Champagne et le conseil municipal de Reims, voulant perpétuer par la gravure, les fêtes données dans cette ville au sujet de l'inauguration de la statue pédestre de Louis XV , invitèrent les frères Varin à exécuter ce travail sur les dessins de Moreau e,t Blaremberghe et sous la direction de Cochin. Lorsque les estampes en furent présentées au roi par les ministres, les auteurs graveurs furent admis à l'audience donnée aux députés de la ville dont le conseil les gratifia d'une médaille en témoignage de sa satisfaction.

En 1774, Tabbé de St.-Non ayant publié son Voyage piiioregqtte de Napks et de Sicile, les frères Varin réianirent de nouveau leurs talens pour l'exécutipn des gravures de cette superbe édition. Joseph travailla ensuite aux belles planches qui ornent l'édition du ^(^€tge en Grèce de Choiseul-Gouffier.

On doit encore au burin de ce laborieux artiste, d'abord pour l'œuvre de l'architecte Le Doux, la Vue générale de la ville de Caën , et des édifices qui la décorent : celles des villes dAiœ , de Besançon et de Neufehdtel; ensuite pour l'œuvre de M. Louis, la Vue et p^ipecUve de la superbe pleure de Bordeauœ, celle du Aéâlre de celte vUle prise intérieurement : la Vue de la galle de comédie à Nantes : celles du Palais-Boyal, jardin et galeries^ ainsi que du Palais de Justice y à Paris : celles du Palais , place et prisons de Caën , du Palais des Etats à Dijon, etc. , etc. Mats ce qui acheva

de fonder sa réputation , ce sont les plnnrhcê dont le

Tableau de FEmpif^e Otthonmn par le chevalier d'Ohosson Mouradja , est enrichi, ainsi que celles du

Voyage pittoresque de Syrie, de Phénicie et de Palatine^ de l'infatigable Cassas.

Après avoir perdu par ^a révolution française le fruit de ses économies , Joseph Vcirin termina sa laborieuse carrière le 16 novembre 1800, dans Ia61*année de son âge.

1672. LOBBET (Jarquef), Jésuite, né à Liège en 1592 , enseigna la philosophie à 1 Université de Douai d'où il passa au rcctprat du Gillége de Liège , et ensuite à celui de Tournay. Valère André et Dupiri Konig font l'éloge de ce pieux et savant religieux qui mourut le 18 juin 1672. On a de lui :

1" Cinq livres du péché, dp sa nature^ de ses peines et de ses remèdes. Anvers, 163%i.

2" Trois livres du chemin de la vie et de la mort, Anvers, 1638.

3" Trois livres de la force et de la constance chrétienne.

4" Le fléau du pécheur.

5® La Quadragésime ou questions théologiques , Aùtoriques et morales sur les Evangiles des dimanches du Carême. Liège, 1641.

6° Traité de la Passion et de la Croix de J. C.

7° Le Temple du Seigneur ou Traité du culte religieux qu'on doit aux temples.

8* Gloriœ Leodiensis Ecclesiœ, imprimé à Liège.

1673. GAYANT {Louis), de Clermont en Beauvoisis, ancien prévôt des chirurgiens de Paris, passait pour l'un des meilleurs anatomistes de son temps, et fut nommé par Louis XIV à l'Académie royale des sciences. Ses fréquentes dissections, tant publiques que particulières, lui donnèrent occasion de vérifier

les découvertes des atiatomistes qui Paraient précédé. Témoin des recherches que Pecquet faisait alors, il contribua par ses conseils à la découverte du canal thorachique, que ce médecin a heureusement démontré.

Gayant mourut à Maestricht , le 19 octobre 1673 , où il était en qualité de chirurgien-consultant des armées de Louis XIV. Il a publié : Communicatio ductÛ9 ihoracici cutn emulgente. Francfort , 1668, in-4%

1673. MARCHIN {Jean Gajfpar Ferdinand, comte dé)ei du St. Empire, marquis de Clermont, d'En* tragues, baron de Dunes, seigneur du grand Modave et de la Neuville-au-Pont , chevalier de l'ordre de la Jarretière , conseiller de S. M. C, colonel du régiment des chevaux-légers liégeois, gouverneur de Stenai, de Bellegarde et de Tortose, lieutenant-général des armées du roi d'Espagne et capitaine-général de la Catalogne. Il acquit en 1642, la seigneurie du grand Modave près de Huy, et fut admis à Tétat noble du pajs, par l'assemblée générale tenue à Liège le 16 juillet 1645.

Après la prise de Fribourg en 1644 , par le comte de Merci Fun des plus grands généraux de l'empire, le duc dEnghien ayant reçu Tordre de joindre le vicomte de Turenne, alors occupé à faire la guerre en Allemagne, prit avec lui le comte de Marchin et le chargea i^ faire passer le Rhin à son corps d'armée à Brissac , d'où il se rendit au camp du vicomte de Turenne , après avoir attaqué celui du comte de Merci situé près de Fribourg. Marchin donna des preuves de sa bratoare et de son intrépidité dans cette attaque.

Le lendemain 5 août, le comte de Marchin eut un cheval tué sous lui et reçut deux blessures en combattant contre les Bavarois. Le duc d'Enghien voulant Couper les vivres à ces derniers ^ fit avancer son armée

ters Langendentzltog. mais le comte de Merci pénétraal le dessein du prince» décampa par le haut des montagnes de la Forél-Ploire, et fit conduire le bagage par le Yal-St.-Pierre. Le due d'Engbien en ayant été informé, marcha en toute hâte contre lui; malgré sa promptitude^ no pouvant plus espérer que larroée française parvint à cause des montagnes presque inaccessibles qu'il fallait traverser, à couper la retraite aui Bavarois , il se contenta de détacher Itosen avec huit cents chevaux. Ce brave officier chargea l'arrière-garde de Merci avec une telle intrépidité que celui-ci fit avancer une partie de ses troupes pour le repousser. Rosen, accablé par le nombre , ne put opérer sa retraite qu'en combattant pèle-méle avec les ennemis.

Le comte de Marchin, devenu le compagnon inséparable du duc d'Enghien « depuis prince de Condé par la mort de sou père, le suivit dans toutes ses guerres et partagea ses périk. Il assista au siège de Courtrai, à la prise de Bergue-St.-Yinox, de Mardyck, de Furneset au siège de Dunkerque, où il se fit remarquer par son intrépidité et sa bravoure peu communes.

L'année suivante (1647), le comte de Marehin fut fait prisonnier au siège de Lerida en Espagne ; mais le gouverneur de cette place , qui savait combien ce brave officier était cher au prince de Condé, le lui renvoja.

En 1648 , le cardinal de Ste.-Cécile , frère de Mazarin, ayant été obligé de s'enfuir de la Catalogne dont il était vice-roi , laissa le commandement général de l'armée au comte de Marehin, qui, sans perdre de temps, fit tous les préparatifs nécessaires pour le siège de Tortose , auquel il contribua principalement sous les ordres du maréchal de Schomberg. Après le départ de ce maréchal, le oommandement de l'armée lui fut confié : malgré lea forces de l'ennemi , il sut les main* tenir, c Le comte de Marehin, dit l'auteur de THis-

Bfoîiv de France soiis Louis XIV , qui eomroandoit à

> Barcelone et dans le reste de la province soumise à la «France, fit tout ce qu'on peut attendre d'un brave

• homme et d'un habile général, et on peut dire qu'il >$(auva Barcelone. Mais il ne put empêcher l'armée des

> Espagnols, beaucoup supérieure à la sienne , de s'em- » parer du duché de Cardonne et de quelques places.

> Ib se Tussent même rendus maîtres de Barcelone qu'ils tavoient résolu d'assiéger par terre avec toutes leurs ttroupes et par mer avec une flotte composée de trente «vaisseaux de guerre et de vingt-deux galères, si la I vigilance du comte de Harchtn n y eut fait entrer un «puissant secours qu'il ramassa de toutes les garnisons, •et ne se fut préparé à soutenir vigoureusement le

• siège. Sa hardiesse et la connaissance qu'ils avoient

• de sa capacité, l'empêchèrent de l'entreprendre. Il

• dépécha cependant trois courriers coup sur coup à la

• cour, pour avoir un secours d'hommes et d'argent et

• manda le besoin qu'il en avoit, enfermé par une ar« ninée de seize mille hommes de pved et de trois mille

• chevaux, sans l'armée navale, toutes ces forces se

• trouvant prêtes, non*seu1ement d'assiéger Barcelone,

• ma» -encore d'envahir toute la Catalogne françoise. •On l'assura qu'il seroit bientôt secouru comme il le •soahaitoit. t

Son attachement au prince de Condé l'ayant retndu 5iispecl à la cour, qui le soupçonnait d'avoir intrigué en laTeiir de ce prince , le doc de Mercœur le fit arrêter à Barcelone et lenvoya prisonnier à Perpignan peu de temps après que le prince de Condé aveo le prince deConti et le duc de Longueville eurent été renfermés an château de Vîncennes. Après treize mois de détention, il fut mis en liberté et chargé du commandement général des troupes en Catalogne, qu'il abandonna bientôt pour suivre de nouveau le parti du prince de <^>)ndé en faveuJr duquel il prit les armes eontre »ori roi.

Après la paix conclue en 1653 , Marchin alla ivjoindre le prince de Condé qui s'était retiré dans les Pays-Bas où il venait d ôtre nommé généralissime des troupes espagnoles. Voulant récompenser les services importans qu il en avait reçus, le prince le présenta à l'archiduc qui l'éleva à la dignité de capitaine-général des armées d'Espagne dans les Pays-Bas. Ce fut en cette qualité qu'il servit l'année suivante au fameux siège d'Arras, où il se distingua par sa valeur et son habileté.

En 1657, quelque mésintelligence étant survenue entre le comte de Marchin et le prince de Condé , le cardinal Mazarin qui estimait la haute capacité militaire du comte , chargea le comte de Rochefort de lui faire les offres les plus avantageuses pour le détacher des intérêts du prince et l'attirer au service de France.

Le comte de Rochefort nous a laissé dans ses Mé-» moires le récit de cette négociation : nous le donnons textuellement :

c M'étant rendu à Bruxelles, je m'y donnai pour un » marchand de Liège, et fut loger dans une rue détour- »née. Je feigni3 d'être malade en arrivant, et disant »que j'avois une lettre de conséquence à rendre au

• comte de Marchin > qui étoit du même pays dont je 1 me disois, je l'insinuai si bien à mon hôte qu'il s'of- » frit de la lui porter. Je lui recommandai de ne la lui » rendre qu'en main propre, à quoi n'ayant pas man- » que , le comte de Marchin seconda ma feinte , et lui

> dis qu'étant de sa part, il le prioit d'avoir soin de moi, » qu'il me dit seulement que si j'avois besoin de quel- » que chose , je ne fisse point de difficulté de l'envoyer

• quérir chés lui , qu'il ne pouvoit me venir voir plutôt Squele lendemain, mais qu'il n'y manqueroit pas sur

• les huit heures du matin. Mon hôte revint avec ces

> bonnes nouvelles, mais il n'eut garde de me trouver »au logis. J'étois en embuscade à dix ou douze mni-

isons delà pour voir si au lieu de cette réponse, il ne f viendroit pas des soldats pour m'arréter. J y demeuirai pour le moins encore une heure après lavoir vu •rerenir, mais voyant qu'il ne paraissoit rien, je m'en iretournai. Je lui dis en rentrant que j'avois voulu laller à la messe, mais que j'étois si faible que j'avois ipcnsé ne jamais revenir. Il m'apprit quel avoit été le «succès de son ambassade, ce qui me causa beaucoup >de joie^ espérant que mes peines ne seroient pas I perdues.

1 Monsieur de Marchin étant venu à l'heure qu'il im'avoit dît, me demander quelles propositions j'avois là lui faire et quelles assurances il pouvoit prendre en imoi. Je lui dis que pour les assurances elles étoient I toutes entières, et pour ne lui point laisser lieu d'en idouter, je lui fis voir une lettre de créance que j'avois >de monsieur le cardinal. Il me dit que c'étoit quelque ichose que ce que je lui montrais, que néanmoins ce >nea étoit pas assés, que je devois avoir une lettre de icréance du roi même, que quoique monsieur le car- >dinal gouvernât le royaume comme premier ministre, >il s'engageoit souvent dans des négociations dont il iserettroit, sous prétexte qu'elles n'étoient pasagréables >au roi, que c'étoit pour reconnaître toujours dans >queb sentimens étoient ceux qu'il faisoit rechercher,* >et souvent pour les rendre suspects à leur parti , que >oependantje pouvois lui dire quels avantages on lui • Touloit faire f que s'il les trou voit assés grands pour >les écouter , je pourrois retourner chercher un pou- >Toir plus ample et plus certain , sinon qu'il seroit inu- >tile de me donner tant de peines.

> Je répondis à M. de Marchin, que s'il vouloit re- >ooncer aux intérêts du prince de Condé et à tous les >traités qu'il pouvoit avoir faits avec les Espagnols , le *roi lui donneroit cinquante mille écus d'argent comp« *taot, un gouvernement de province dans le cœur du

»it>jaume«aTee l'assurance d'être cheralier de Fordic

• à la première promotion. J'avois bien d'autres ofres à

• lui faire, mais je ne voulois pas tout d'un coup dé*

• ploicr ma marchandise ;. et à l'exemple de ces mar- •chauds qui ne montrent jamais ce qu'ils ont de plus

• beau que le dernier » je voulob.le laisser parler et

• reoonnoitre auparavant ses sentimens. 11 me dit que •monsieur le cardinal se moquoit de lui avec de telles •ofres I qu'il y avoit longtemps que s'il l'avoit voulu

• écouter il lui en avoit fait faire de plus avantageuses; » qu'il faloit qu'il le crut ou bien outré contre monsieur

• le Prince ou bien misérable s'il s'étoit mis en tète de le •tenter avec si peu de chose , qu'il ne lui ofroit pas la

• moitié des pertes qu'il avoit soufertes dans le bien •qu'il avoit eu France ; que c'étoit bien loin de vouloir

• éfacer par quelque bienfait tant d'autres méchants •traiteinens qu'il avoit reçus : que s'il aroit quitté la •Catalogne dans un temps où sa présence y étoit si né- » cessaire 9 monsieur le cardinal devoit n'en imputer la •faute qu'à lui seul : qu'après l'avoir fait mettre en pri- •son , dans le temps que le prince de Condé , le prince

• de Con&i et le duc de Longueville avoient été arrêtés, ?<|uoiqu'il n'eût jamais rien fait qui pût le rendre sus- ?pect; il fa lait du moins tenir plus secrets les ordres

• qu'il avoit donnés de lui faire le même traitement , •lorsque le prince de Condé étoit sorti du royaume : •qu'il n'y avoit rien qu'un homme ne fit pour assurer •sa liberté; qu'il se ressouvenoit tous les jours ce que

• lui avoit coûté la perte de la sienne; qu'il avoit été tobligé pour se sauver de se jetter du haut d'une tour •embas qu'il en avoit eu la jambe cassée ; et que pour > éviter un pareil traitement, il n'y avoit rien de si sacré •qu'il ne fût permis de violer : qu'il ne faloit donc pas •que monsieur le cardinal l'accusât tous les jours tcomme il le faisoit de la plus noire infidélité qui se fut •jamais faite : que s'il y avoit quelqu'un à qui on pût

«imputer une chose semblable , c'étoit à lui, qui laToit ifait arrêter une fois sans sujet et qui auroit fait la tméme chose une seconde fois s'il n y eût donné ordre : •que ce n'étoit pas assés de soupçonner un homme de ibieo pour en venir à ces extrémités, mais qu'il faloit lavoir auparavant des preuves claires comme le jour.

I Je répondis, continue le comte de Rochefort, qu'il me faloit point rapeller un temps si malheureux, mais itâcher d'en efacer le souvenir par un accommodement iplein de sincérité et où il trouvât ses avantages; que «puisque ceux que je lui avois oferts n'étoient pas caipables de le contenter, je le priois de m'informer de ises intentions. Il me répartit qu'il y penseroit; mais ique pour ôter tout sujet de défiance aux Espagnols , lil me prioit de m'en aller à Liège et de le venir trou- >?er dans son château de Modave , où il se rendroit idaos les huit jours* Je lui dis que je me rendrois à ses •ordres; et en effet dès que j'eus apri» qu'il étoit arrivé là son château , j'allai î'j trouver déguisé en maçon. >iïabord qu'il me vit il me reconnut, et me demanda •sije lui avois apporté le devis que je lui avois promis. •Lorsque nous fûmes enfermés ensemble, il me déclara •que ses intentions étoient qu'on le fit maréchal de •France, gouverneur de province , chevalier de Tordre •à la première promotion, général d'armée ou en Italie •ou en Catalogne, et qu'on lui donnât deux cents mile •écus d'argent comptant. Je répliquai au comte que k> •cardinal à qui j'avois écrit et qui veqoit de me faire •réponse, loi promettoit le bâton de maréchal, le cor* •don bleu, on gouvernement de province, avec cent •mile écus. Mais le comte s'en tint à ses premières de* «mandes et n'en voulut rien rabattre ; ainsi cette négo- «ciatioQ n'eut aucun succès. >

Charles II, foi d'A^Agleterre , qui venait de conclure un traité avec l'Espagne et levait alors des troupes pour l<^ opposer à celles que Cromwel avait fournies à la

^ 200 ^ France» dans le désir de s'attacher le comte de Harchin, lui donna le commandement général de ses troupes , sous les ordres des ducs dTorcL et de Glocester , auxquels il devait servir de conseil. Les services importans qu'il rendit à Charles et au roi d'Espagne, durant les campagnes de 1657 et 1658, lui méritèrent bientôt d'être fait chevalier de Tordre de la Jarretière et comte de l'empire.

Le prince de Condé, malgré l'attachement et le dévouement du comte de Marchin , le paja de la plus noire ingratitude. Ce prince ne le fit point comprendre dans l'acte d'amnistie qu'il obtint pour lui-même, dans le traité des Pyrénées , ce qui obligea Marchin de continuer à porter les armes contre la France.

A la mort de Philippe IV (1665) , dont Louis XIV avait épousé la fille, celui-ci prétendant que , par droit de dévolution , Malincs et Anvers , la Gueldre , le Limbourg , le Uainaut , l'Artois , le Cambrésis , la Bourgogne et le Luxembourg (j compris le Franchimont )« devaient revenir à son épouse; la guerre se ralluma dès lors entre la France et l'Espagne. Louis XIV, pour mieux assurer ses droits , entra en Belgique à la tête d'une nombreuse armée , et vint mettre le siège devant Lille. Marchin fut envojé au secours de cette ville importante ; mais il n'arriva que pour la voir au pouvoir des Français. Malgré toute son habileté , Marchin ne fit rien de remarquable durant cette guerre , grâce à la lenteur des Espagnols et à leur négligence à se mettre en état de défense.

En 1672 , Marchin fut chargé d'aller investir Charleroi. Le comte de Monterey , gouverneur des Pajs- Bas , avait promis qu'en arrivant devant cette place , le prince d'Orange et le comte Marchin qui en devaient faire le siège, y trouveraient tout ce qui était nécessaire pour le presser vivement ; mais tout y manqua , (bt près de quinze jours se passèrent avant que la grosse

lirtittene fûl arrifée. Ce long délai jomt à 1 approcha des troupes fraoçaises qui s'avançaient ponr venir au secours de la place investie , obligea le comte de Mar« china se retirer.

Ce fut là sa dernière campagne. Indigné contre les ^avernears espagnols , dont la négligence le mettait hors d'état de réussir dans des entreprises dont le succès eut été infallible pour peu qu'il eut été secondé, il se retira dans sa terre de Hodave près de Huy, oii il avait fait bâtir un superbe et magnifique château. Il n'j jouit pas longtemps du repos qu'il y était allé chercher. Il mourut Tannée suivante à Spa (1673)| et fut enterré dans le tombeau de ses ancêtres k Modave. 11 avait épousé en 1655 « Marie de Balsac « fiUe de Henri de Balsao , marquis de Clermont, d'Entragues et bamn de Dunes (laquelle devint seule héritière des grands biens de cette noble et ancienne maison) , et dont il eut un seul fils , qui marcha sur les traces de son père.

La lamille de Marchin est originaire du pajsde Liége^ si l'on en juge par diverses inscriptions, entr'autres eelle que M* Lamardie, propriétaire du magnifique chitcau de Hodave, a eu la bonté de me caommuniquer. £He se trouve dans le vestibule : s Wilberiy , seigneur (b Marchin t donna ia terre de Marvhin à régUs$, à texcqption de ceux de son nom ei lignage^ selon tacte deconfirmaiionpar Obert, évesque de Liège, l'im 1 i06«

MARCHIN (Ferdinand, comte dé), fils du précédent.

Après la mort de son père , le comte Ferdinand vint en France, n'ajant alors que 17 ans, mais il montrait beaucoup d'envie de se signaler. Nommé brigadier de cavalerie, il servit en Flandre en 1690, et fut blessé à la bataille de Fleurus. En 1693, il se trouva à la ba^ taille de Nerwîade , à la prise de Charleroy, et passa en- •vite eu Italie/

Dans la guerre de la succession « il fui employé comme guerrier et comme négociateur. Il était également propre à ces deux emplois, parce qu'il avait du courage, de l'esprit et un sens droit.

Louis XIV le nomma en 1701| ambassadeur extraordinaire auprès de Philippe V, roi dTspagne, qui lui donna sa première audience à bord du vaisseau qui le transportait en Italie.

1 Etant absolument nécessaire « écrivait^il à Louis «XTV , que l'ambassadeur de V. M. en Espagne ^ ait un 1 crédh sans bornes auprès du roi son petit-fils, il est »^galement indispensable qu'il n'en reçoive jamais trien sans exception ^ ni biens, ni honneurs, ni di« vgnités, parce que c'est un des principaux moyens »pour faire recevoir, au conseil du roi catholique, »toutes les propositions qui viendront de la part de »V. M. — Il ajouta modestement que, n'ajant point de 1 famille, ni le dessein d'en avoir, ce sacrifice apparent me devait lui être compté pour rien. »

Un autre aurait mis son adresse à le faire compter pour beaucoup.

c Quoique je ne sois pas surpris de votre désinté-

> ressèment, lui répondit le roi, t je ne le loue pas moins;

»et| plus il est rare, plus j'aurai soin de faire voir que

.1 j'en connais le prix, ce que je suis très-sensible aux

imarques d'un zèle aussi pur que levôtre. »

Ce prince lui donna peu de temps après le cordon bleu.

Marchin alla ensuite commander en Allemagne , ou il remplaça Yillars auprès de l'électeur de Bavière. En y arrivant, il reçut les patentes de maréchal de France en 1703. Il commanda la retraite à la bataille d'Hochstedt eu 1704, ^t y parut plutôt bon officier qu'habile

Enfin, ayant été envoyé en Italie pour diriger les opérations du duc d'Orléans , il fut si chagrin d'avoir

donné lieu, malgré lui, mais suivant les ordres de la cour, à la bataille de Turin, livrée le 7 septembre 1706^. et qui fut perdue, qu'il s'exposa au péril en homme qui^ Toulait finir sa vie sur le champ de bataille. Blessé à mort, il fut fait prisonnier. Un chirurgien du duc de Saroye lui coupa la cuisse, et il mourut quelques moments après l'opération.

En partant dé Versailles pour l'armée, il avait représenté au roi que, si les ennemis paraissaient devant Turin, il fallait aller à eux avec toutes les forces réunies et ne pas lés attendre dans les lignes ^ où l'on ne pou* Tait mettre que 8000 hommes en bataille^ Chamillart fut d'un avis contraire ; et une armée fut la victime du protégé dé madame de Maintenon , qui craignait que si les Français sortaient dé leurs lignes , le duc d'Orléans ne déployât une valeur que Louis XIY voyait peut-être avec peine dans son neveu.

L'abbé de St.^Pierré parle de Marchin comme d'un homme ardent^ généreux, médiocre général, et dérangé dans ses affaires. Comme il n'avait pas été marié , en lui finit la postérité mâle des Marchin, qui n'étaient connus que depuis le quinzième siècle;

1673. SEYERIN {André), facteur d'orgues, né à Maestricht et décédé à Liège en 1673. On voit sar son tombeaui l'épitaphe suivante , dans l'église de Saint- Jaqaes :

Andrë Severin , dn son art sans pareilles . Nous a fait ces orgues , l^ine de ses merveilles. Reçut à Haestricht sa vie et son estre. Et mourut, rempli de grâces , dans ces cloistres :

ÂÎDsi , d*un destin très-beureux ,

Son corps repose dans ces lieux ,

Son ame esclate dans les cieuz,

£t son ouvrage au milieux.

Poar rintelligence de cette épitaphe un peu siogu* liire, il faut observer que Severin est enterré squs sou

ouvrage, c est-à-dire » sous les orgues qui, en effet, «.sont excellentes et passent pour être les meilleures de Liège.

1674. }HÈAJi {Charles dé), seigneur d'Atrin, membre du conseil ordinaire et privé, bourgmestre de Liège, et commissaire déciseur à Maestricbt pour le prince Maximilien-Henri de Bavière, né à Liège en 1604. C'était un homme d'un mérite distingué, très-versé dans la jurisprudence et d'un beau caractère.

Lors de la collision qui eut lieu en 1646, entre les Grignoux et les Chiroux, au sujet de l'élection des bourgmestres de la cité de Liège, Char1es,de Méan, vivement ému des scènes meurtrières de cette lutte , et voyant que Jajmaert» l'élu des Grignoux, voulait, même contre les lois reçues, parvenir à la dignité de bourgmestre à quelque prix que ce fût, par un esprit de paix et de concorde, remit généreusement à ce dernier la clef magistrale. Un auteur contemporain (L'indiffèrent et vériiabh Liégeois), nous a transrais les expressions dont s'est servi ce grand homme , en cette circonstance délicate i ^ Jene veux, dit-il, sacrifiera 1 mon ambition la vie des bourgeois et Fintérét de Tétat. t

Héan est l'auteur d'un ouvrage très-estimé sur le droit civil des Liégeois, où l'on trouve de sages observations sur la jurisprudence des nations étrangères. Cet ouvrage a été enrichi do notes par Louvrex. Liège, 1740, 8 vol. in.^.

1675. FLÉMALLE (Bertholet), dont le Téritable prénom est Barthélemi, peintre distingué, naquit à Liège en 1614. Il était le second des fils de Renier Flémalle, peintre sûr verre qui n'était pas sans mérite, et A* Agnès Soiron. Son père qui n'épargna rien pour son éducation et celle de ses frères, le fit entrer trèsjeune parmi les enfants de chœur de l'église cathédrale

de Liège; il %j dilitingua par k beauté et la mélodie de sa Toix. Ce fut là, pour ainsi dire, le premier instrameut de sa fortune; on se plaisait à lentendre, e^ les gens les plus qualifiés de la ville de Liège le recherchaient avec empressement. Cependant son inclination l'appelait à un art plus relevé qui le fit connaître de tonte l'Europe.

î\ reçut les premières leçons de dessin de Henri Trappez^ peintre assez renommé; mais ce qui servit beaucoup à exciter l'admiration du jeune Bertholet et à enflammer son génie, c'est que ce Trappez avait un jugement sain , et qu'il savait admirer et faire admirer les beaux monumens de l'antiquité. Il se rangea ensuite sous la discipline de Gérard Douffet, qui le mit en élat de voyager avec succès.

A l'âge de 24 ans, Bertholet cpiitta Liège et parcourut l'Italie. Il visita Rome surtout ; et les chefsd'oBuvre qu'elle renferme fixèrent son attention : quoique ses talens lui eussent ouvert plusieurs mai* iODS oii il trouvait de nombreux sujets de dissipation , il sut, par un bonheur très-rare, accorder Tétude et les plaisirs. Sa réputation s'étendit , et malgré la prévention des Italiens contre tout talent ultramonlain , on lui rendit justice , tant à Rome qu'à Florence , où le grand duc l'appela, lui confia plusieurs tableaux, et le récompensa magnifiquement. De Florence , il alla à Paris^ où il eut le bonheur de faire la codnaissance de Pierre Séguier, chancelier de France. 11 peignit plusieurs tableaux dans cette dernière ville , entr'autres, le Prophète Elle enlevé au ciel sur un char de feu, à la coupole de l'église des Carmes-Déchaussés; une AdoraiiQn des rois pour le couvent des Grands- Augustins; un plafond, au château des Tuileries, etc. , etc.

Une jeune Française , vive et spirituelle , lui inspira dans cette ville , une passion très-forte qu'il sut faire partager; ils allaient s'unir par les liens du mariage,

quand pour des raisons qui nous sont inconnues, Berr tholet 1 abandonna. Il revint à Liège vers la fin de l'année 1647, dont il était absent depuis neuf ans; il y habita d'abord une maison sur les cloîtres de la col* légiale de St.-Paul| et très-près du chœur de cette église. Durant son séjour, il peignit un Crucifiement en petit, composé d'un très-grand nombre de figures.

Par suite des troubles politiques qui agitaient alors la Tille de Liège (1649), le prince Ferdinand de Bavière l'ayant cernée, Bertholet se retira à Bruxelles, où il peignit plusieurs tableaux, entr'autres, la Pénitence dEzéchias, pour le roi de Suède.

Son attachement pour les lieux de sa naissance le rappela à Liège , après que Ferdinand de Bavière eut pacifié momentanément les troubles qui divisaient cette capitale. Il se logea alors chez un peintre, nommé André Marckon, et fit plusieurs ouvrages, dont une Epiphanie^ que l'on regarde comme un morceau capital.

Lambert de Liverlo, chanoine de la cathédrale de Liège, qui aimait, encourageait et protégeait les artistes, engagea Bertholetr'Flémalle à venir prendre un appartement chez lui; ce qu'il accepta. Lambert» qui fut depuis chancelier du prince , était un des plus zélés amateurs des beaux-arts que l'on ait eu à Liège. II orna sa maison des ouvrages de Bertholet : il présidait en quelque façon à ses travaux et passait souvent des heures entières k s'entretenir avec cet habile peintre.

En 1670, Bertholet revint à Paris on, soutenu par l'illustre Sèguier et le ministre Colbert qui savaient apprécier tout son mérite, il fut reçu à l'Académie royale de peinture et nommé professeur. Ces seigneurs voulurent de nouveau le fixer dans cette grande ville < en lui proposant un mariage très-avantageux : mais tous leurs efforts pour le retenir furent inutiles; il revint dans sa patrie, oii il avait acheté , dès l'an 16(S5|

un terrain sur le rÎTâge de St.-Remi. Bertholet, par un travail long et assidu, ayait fait des épargnes; il les employa entièrement à faire élever sur ce terrain, d'après ses propres dessins, une maison assez^ étendue , d'une arehitecture très-agréable, et qu'on trouva même remarquable, parce qu'il y avait mêlé avec dextérité les trois ordres de œ bel art*

Maximilien^Henri de Bavière , qui aimait à encourager et à protéger les artistes, conféra à Bertholet , en 1670, une prébende de la collégiale de St.-Paul, à Liège. Il fut reçu chanoine de cette église le 12 décembre de la même année, et obtint pour être tonsuré, une dispense du pape. Pour n'être point tenu à la résidence, cet artiste ^rit de fournir chaque année, à ion chapitre, deux ou trois tableaux de sa composition , ce qui lui fut refusé. On s'en repentit beaucoup dans la suite, et on regretta longtemps de n'avoir pas accepté ce marché*

Tout-à-cx>up cet artiste, aimé et estimé, non-seulement à Liège, mais aussi dans les états voisins, dont le caractère avait toujours été très-gai , et qui se trouvait dans une situation si heureuse, tomba dans une profonde mélancolie; la peinture même n'eut plus de charmes pour lui, et il mourut bientôt après « âgé de soixante ans, en 1675. Cette singularité dans sa con«duite a été expliquée de deux manières. On dit que la célèbre marquise de Brinvilliers, alors réfugiée à Liége^ avait eu avec Bertholet de légères habitudes quellepre^ nait à la dérobée^ essaya sur lui Tefiet d'un de ses poisons, et que telle fut la cause de cette langueur. Comme on n'a de cette affaire aucune preuve, il est possible qne l'obligation de lire les heures canoniales , et celle de la résidence dans l'église collégiale de St.-Paul, le jetèrent dans l'inaction et lui firent contracter cette fatale mélancolie qui le suivit jusqu'au tombeau. Quelques-uns* prétendent qu'un de ses élèves, nommé Çar^

Uer^ annonçait tant do dispositiom, que ton maître voulut le dégoûter de l'art, et arrêter ses progrès, en le bornant au métier de broyeur de couleurs , mais que celuiMîi ayant la conscience de ses forces , peignit secrè* teraent un Martyr de St. Dùn%s,€\u\ fut placé en Téglise collégiale de ce nom , à Liège. La vue de ce tableau , remarquable par une excellente couleur, affligea telle* ment Bertholet, qu'il jeta ses pinceaux au feu, et ne travailla plus.

Il avait choisi pour ses héritiers les PP. Dominicains de Iiiég^t dans l'église desquels il fut enterré. La nuiison qu'il avait fiait construire et qu'il avait embellie ^e tapisseries peintes , et de quantité de tableaux de son pinceau, était d'une construction peu solide et très-légère. Ces pères négligèrent de l'eiltretenir et la laissèrent, en quelque façon, tomber en ruines; ils la vendirent enfin à Léopold de Bonhome, bourgmestre de Liège, qui bâtit, en 1692, sur les fondemens jetés par notre artiste, celle qui existe à présent. Elle a longtemps conservé le nom de Bertholet ; et on y voit encore aujourd'hui, dans quelques chambres, des tapisseries qu'on a retirées de l'ancienBe maison , et qui sont de la main de ce fameux peintre.

Berthqlet avait l'esprit orné et de l'élévation dans les idées ; son dessin tient, pour la correction , de celui des grands maîtres d'Italie, qu'il avait choisis pour modèles. Son coloris est vigoureux, et sa manière de peindre tient de celle des grands maîtres d'Italie. Il connaissait à fond l'antiquité ; aussi , trouve*t«K>n beaucoup d'exactitude dans ses morceaux d'histoire : le costume j est très-*bien observé.

Versé dans la connaissance de l'architeeture « il est à regretter que l'on n'ait pas conservé le plan d'une église qu'il avait fait pour les pères Dominicains de Liège. Ce morceau était d'un goût nouveau et d'une grande magnificence ; mais les religieux de ce couyenti

ne te prenant pas de t'e&écaler, le feu, sur ces entre* faites, oonsuaia leur bibliothèqîue avec ce beau plan qu'on 7 avait renfermé.

M* Desoer, de Soliètes, possède de ce peintre , une Sainte famille , dans un paysage avec des ruines.

FLÉMALLE (JSknri), frère du précédent , s adonna à Vorlèvrerie et à la ciselure , il eut la gloire de diriger les premières études de Bertholet, son frère. Gilles François de Surlet^Cbokiert prévôt de l'église collégiale de St.-Barthélemi , lui fit faire plusieurs petites figures » en argent, pour son église, qui furent très<^admirées dans leur temps. Mais son meilleur ouvrage est sans oontredit, la grande Statue de St, Joseph, en argent, qu'il exécuta sur le modèle de Jean Delcour, pour Jean Ernest de Surlet*Chokier, alors grand* vicaire du diocèse de Liège , qui en fit présent à la cathédrale. Le piédestal de cette statue est embelli de plusieurs bas-reliefs. Cet habile ciseleur fut enlevé aux arts dans la force de l'âge , par une fin malheureuse.

Henri , par un sentiment de curiosité et le désir de s instruire , étant descendu dans une houillère ; là , un froid violent le saisit ; rien ne fut capable de le re-» chauffer, et il en mourut peu de temps après« n'ajant pas encore mis la dernière main à son St. Joseph, que Jean Mivion , son élève , acheva et perfectionna.

FLÊHALLE (Guillaume), frère du précédent, est le dernier peintre qui ait cultivé à Liège la peinture sur ▼erre; il fut l'élève de son père. Cet artiste avait assez de dessin et de génie pour entreprendre de grands ou<* vrages; la mode pour ce genre de peinture commen-* çait à décliner, et on n'avait plus de son temps la même ferveur que nos ancêtres pour décorer les temples du Seigneur; il peignit cependant en gris quelques vitres de l'église de la Hagdelainc de la ville de Liège , qui fqrent très-opplaudies.

Guillaume Flémalle réunissait les qualités néœsairea pour se faire aimer et estimer : il avait une physionomie agréable , un esprit très-facétieux et beaucoup de douceur dans le caractère. Il eût pu acquérir de la fortune, s'il eût su profiter des avantages dont il avait été favorisé par la nature. A son art, il joignait celui de la musique ; il chantait parfaitement bien : ce qui le fit admettre dans les meilleures sociétés qu'il amusait par sa conversation et qu'il enchantait pav sa belle Toii : mah tout cela ne Tenrichit point. Il mourut à Liège en 1676.

FLÊMâLLE {Renier), frère des précédens , annonça dès sa jeunesse de grandes dispositions pourla peinture; mais il ne parait pas qu'il les ait cultivées , car il quitta Liège très-jeune. On sait seulement qu'il voyagea beaucoup, et resta plusieurs années en Espagne où Ton croit qu'il est mort.

FLÊMÂLLE {Renier), père des précédens, excella dans la peinture sur verre. On voyait de lui, tant à Liège que dansplusieursautres villes, des morceaux admirables de peinture sur verre. Les connaisseurs allaient encore examiner dans le 17* siècle, YAdora^n des rois, que l'on voit encore à St.*Paul, à Liège, et que fit faire pour cette église, en 1532, Jean Houten, qui en était doyen : c'était , prétendait-on , un chef-Ki'ceuvre pour le temps, d'un dessin assez correct, d'une grandeur et d'une harmonie de couleur iout'.êhfait charmantes.

1675. WALESCART {Jean) , peintre , né à Liège. Son père le destinait à l'orfèvrerie ; mais , voyant que son inclination le portait vers la peinture , il l'envoya à Anvers, pour y apprendre les premiers élémens de cet art. Le jeune Walescart ne se contenta pas des applaudissemens qu'il reçut à son retour : il voulut, à

l'exemple de ses compatriotes , visiter riialic. L'étude de lantique et les leçons du Guide le mirent au rang des habiles peintres. Il mourut en 1675 , dans un âge fort avancé. Il fit des tableaux pour les églises de Liège et de Haestricht. Son premier essai est : une Naissance du Sauveur. On possède entr'autres de ce peintre :

l*" Le Martyr de St. André, fait pour l'église de ce nom à Liège.

2* U Assomption de la Vierge , pour le grand autel de la Chapelle-rdesrFlamands.

On vojait aussi quelques ouvrages de lui , à Liège , dans les églises de St.-Thomas , de St.-Christophe , de SuAdalbert et dans celle des religieuses de Ste-Claire.

1675. CARLIER {Jean Guillaume) , peintre, né à Liège , vers 1638. Il fut Télève de Bertholet Flémalle , et devint en peu de temps presque son égaL Cartier eicellait dans Y histoire et le portrait , dessinait bien et coloriait de même. Comme il avait un talent particulier pour les draperies, son maître s'en servit pour celles de plusieurs de ses ouvrages , entr'autres , pour le tableau que l'on voyait dans le chœur de l'église des Dominioains de Liège. Ces deux peintres étant à Paris, earent ordre d'exécuter quatre tableaux pour le roi ; niais , comme on s'était aperçu que Bertholet u'occu-» pait son èl^ve que dçins les draperies et qu'il pouvait (aire autre chose , on lui fit peindre à Vinsu de son maître , un de ces tableaux. On le vojait , avant la ré-« solution dans le cabinet du roi de France, et l'on assure qu'il était comparable à ceux de Bertholet.

Mr. d'A'rgenville, à l'art. Bertholet, dans son Abrégé à h vie des peintres, cite une autre aneodocte, qui toute invraisemblable qu'elle nous paraisse , prouve du moins combien les grandes dispositions de Cartier pour la peinture excitaient la jalousie de son maître. Ce dernier, dit-il, remarquant dans son élève un génie

supérieur , ne remployait qu'à broyer «es oouleurs ; mais celui-ci se sentant capable d'un emploi plus honorable « fit en secret un grand tableau sur bois , pour la voûte de l'église collégiale de St.-Denis de Liège , où le martyr de ce saint est représenté avec une force de couleur et une entente de lumière qui étonnèrent Bertbolet. Le dépit qu'il en conçut , lui fit jeter au feu ses pinceaux ; et depuis ce temps*là , il cessa de travailler.

Ce tableau , le Martyr de St. Denis , était le chefd'œuvre de ce peintre : il ornait la voûte de l'église de ce nom. Les agens du gouvernement français le firent détacher de cette voûte , sans faire attention à la difficulté de lopération. Ce tableau aussi reiparquable par sa grandeur que par sa belle eiécution, peint sur bois, était enchâssé dans un cadre , ou plutôt incrusté dans une charpente d'un poids énorme; il tomba avec fracas au milieu de l'église , et fut endommagé dans toutes ses parties.

On voyait encore de Carlier, en 1793, dans l'église des Carmes^Déchaussés à Liège , le Baptême de notre Seigneur^ le Centenier^ et un Saint Joseph, dans l'église des Conceptionistesde la même ville. If r. Desœr de Solières possède encore de ce peintre : Loth et sei filles; hauteur y 97 cent., largeur 1 mètre , 61 cent. Les productions de cet artiste , dont la plupart ornent aujourd'hui les galeries de Sl.-Pétersbourg et de Dusseldorlf , montrent qu'il aurait été un des premiers peintres de l'Europe , si la mort ne l'avait moissonné dans un âge si peu avancé et d'une manière si malheureuse. II était occupé à peindre la famille du commandant de la citadelle de Liège, lorsque ce conimandant , nommé Beckers, reçut Tordre d'y introduire les Français; ce qu'il fit, dans la nuit du 27 au 28 mars 1675. Beckers, malgré le tumulte , sortit de la citadelle cette même nuit avec ses gens et Carlier ; comme il traversait le

marclié ou se trouvaient quelque troupes liégeoises, on lïii cria : gui vive 1 ayant répondu : France I km mot, il fui assailli de quelques coups de feu. Carlier, effrajéi senfuit proinptement et se réfugia chez les Carmes , où Ion tenta inutilement de le rassurer. On ne put le calmer, et il mourut peu de jours après, à Tâge de 37 ans.

1676. MATHIAS (d Corona), Carme de Liège , sa patrie» mort l'an 1676, à Tâge de 78 ans. C'était un grand prédicateur et un théologien très-instruit. Le seal ouyrage qu'il a publié , est une EncyclopédÎB Tkéologiqtiê en douze volumes in-folio , dont huit sealement ont vu le jour. Liège , 1663 , Henri Streel. Le pèreMathias y traite, entr'antres choses, de l'origine de l'église romaine , de sa primauté , etc. , de sa puis* sanoe, de son infaillibilité dans ce qui regarde la ibi , etc. ; de la dignité et de Vautorité spirituelle des évèques , etc. ; des missions apostoliques , etc. ; des cardinaux , des nonces et des inquisiteurs de la foi.

1676. ROUGEHONT (François lie), né à Maestricfat ea 1624. Ayant achevé ses premières études avec beaucoup de succès , il entra dans la compagnie de Jésus en 1641. Sorti de noviciat, il fut employé, suivant la eoutome , à régenter les humanités , et il le fit pendant tiians.

Vers Tan 1654, il apprit que le P. Martin Martini , célèbre missionnaire, natif de Trente, était revenu de h Chine et devait y retourner. Le P. Rougemont désirait l'accompagner et aller travailler au salut des âmes aui extrémités de l'Asie; mais ses supérieurs, craignant d'offenser ses parens qui l'aimaient beaucoup , ne voulurent le lui permettre que de leur consentement. Il obtint enfin ce qu^il d^irait avec tant d'ardeur , et le général des Jésuites eu fut informé par les lettres de

ses père et mère. Il partit des Pays-Bas sans Toir ses parens» auxquels il fit ses adieux par écrit , et s'embarqua pour la Chine avec le P. Prosper Intorcetta, Sicilien t et quelques autres Jésuites , ayant pris terre dans ce vaste empire en 1659 , il se lia à la société par la profession des quatre vœux , qu'il prononça la même année^Enfin , il se fixa dans la province de Nankim , ou Nanquin , et se chargea pendant quelques années de la direction de 14 églises et de 22 stations i toutes situées à 1 entour de la ville de Cham-Xo.

Un accident ayant consumé la tnaison qu'il habitait, on lui en bâtit une plus grande et plus commode , dont il fut redevable à la libéralité de la vertueuse Candide Hiù , dame des plus qualifiées et des plus ferventes chrétiennes de la Chine. Les calomnies de VinfàmeYam-*Quam-Sien contre les Jésuites^ et le créditqu il acquit pendant la minorité du second empereur tartare, ayant allumé une persécution générale contre les chrétiensde la Chine en 1664 , le P. Rougemont trouvaroccasion d'être confesseur de la foi. Les bourreaux le roenè^ rent chargé de chaînes à Pékin et delà à Canton avec la plupart des autres missionnaires, qui y furent longtemps détenus en prison. Enfin , la vérité s'étant fait jour auprès de l'empereur Cam-Hi, ce prince fit relâcher les prisonniers d'une manière honorable sur la fin de Tannée 1671 1 et leur permit de retourner à leurs stations.

Quelque temps après* le P. Rougemont voulut aller voir le P. Jacques Faure ou Faber , Jésuite français , qui était venu à la Chine en 1661 , et qui le premier avait pénétré dans Tile de Cum^Mim , ou Zum-Mim (située entre la (:)rovince deNanquin et lesiles du Japon, ayant plus de'30 lieues de circuit) , mais s*élant mis en chemin pour s'y rendre, et s'étant arrêté dans la ville de Tai-Cam , où la dame Hiù avait acheté une belle maison ^ dont elle avait fait une église, il y tomba roa**

lade et mourut usé de travaux en 1676 , âgé seulement de 52 ans.

Gë missionnaire était animé du zèle le plus vif pour la propagation de la foi ; ses manières douces et persuasives lui avaient concilié Taffection des personnes les plus distinguées de la Chine f sans en excepter les Mandarins. Nous avons de lui :

Hiitoria Tariaro-Sinica > a/uthore P. Franc* de Rougemont, S. J. Belgd evangelii apud Sincts prcscone » eunoêi coinpkctens ab anfib 1660 : aulicam belUcamque inier Hfuu disdplinam : saçrorum jura et sacrifia cuhrum t chrisUanœ religioniê prospéra , adversaque, tingulari fide , elegantiâ faùUi , idoneisque testimoniis breviier et clarè describensi Lovanii , Hartinus HuUegard 1 1673 ^ in-12. It. traduite en portugais sur une copie manuscrite « par le P« Sébastien de Hagalhaës- Liaboa , Juan a Costa , 1672 , in-4^

Cette relation » qui va jusqu'en 1668 ^ pafait écrite avec beaucoup de sincérité , et peut passer pour un des meilleurs morceaux de l'histoire chinoise. L'auteur la composa dans sa prison de Canton.

1676.REUSINGH(7fiw7€nO, écrivain du 17"* siècle, était probablement de la ville ou des environs d'Aix- MSiapelle^ où il prit l'habit de chanoine régulier au monastère de St.-^-Jean-Baptiste. Il fut- dans la suite prieur de cette maison et mourut en 1675 i laissant les ouvrages suivans qui sont restés en manuscrit.

1* SpectUum divinum , quo hominis intégra idea re^ frœientatur et valdè conducibilia , ad cujuêque , tàm iubdili quàm prœlati, vita religiosa acpoliticœ mores iàm privâtes quàni civiles etc. , explimntur.

Ouvragé utile.

2"" Examen parvum status religiosi ex maierid , à paire Ewaldo Croppenberch insvnuatd , paucis in for* ^nam iractatûs redactum.

3* Formula tàm adprœlatorum quàm êubdihnm êtaiûs inforfnntùmem.

Ces traités étaient conservés dans le monastère dont on a parlé.

1676. HOmOT {Thomas), ïïBtXit de Dinant dans le pays de Liège. Il entra dans l'ordre des Dominicains à Namur , et y prononça les tœuk en lOSO, à l'âge de 17 ans.

Ayant fini ses études à Douai, il alla à Boutges et prit le grade de bachelier dans rtJniyersité de cette Tille. De retour en son courent i il fut chaîné d'y en* seigiier la théologie morale ; il joignit à cet exercice celui de la prédication, pour laquelle il avait du talent.

En 1675 1 il fit un voyage en Espagne pour les affaires de son ordre ; mais à peine de retour , il mourut au couvent de Liège , le 19 janvier 1776 , âgé seale-* ment de 34 ans. Ce Père a publié :

La vie du bienheureux Pape Pie V de tordre des FF. Précheure.hfux.^ François Foppens, 1672, in-12.

Cette vie est écrite d'un style pur et élégant.

1676. MÂnTEL(/aan), historien, physicien, géogra-* phe, ascétique , fils de Georges Mantel et de Marie Hermans, naquit à Hassel t au comté de Looz, en 1 509. Il fit ses premières études à Liège, et étudia la philosophie et la théologie à Hasselt ; il s'adonna dans sa jeunesse à la musique et à la géographie. Mantel passa par tons les grades de son ordre et termina sa carrière dans le coa« vent de Hasselt. Mantel fut successivement prieur d'Anvers , d'Ypres , de Cologne , de Hasselt , vicaire , de Liège et visiteur de la province. Il est Tauteor des ^ ouvrages suivans : I

1* Èieioriœ Losseneie libridecem, authore R. Pntrt , Jeanne Mantelio, augusUano, eacrœ theologiœ dociore* . Cuiadjuncta êuni Diplohàta Lossbrsu , privilégia, paM

-- 277 ~ pàcia , danaiùmes, mfeudatûmes ^ etc.^ nec non Rbgol* iBcno êdiciorum , conHUutionum , declarationum ,jU* rium > etCé , cum topographid seu descriptiane urbium^ pagorum ei hcùrum ejusdem comiiatûê^ labore et studio vlarUsimi conêuttisgifnique domini LAUBRirm Robttvs i J. U. D. etadpocatiLeodi^isis. Leodii» Typis F. Alexandre Barchon* I7l7 i 2 vol. in.4».

2* Mantiàle confratemitatiê corrtgiatœ. Flandricèu Leodii, 1627.

3* Dieë devùtarummentium. Flandricè, Antwerpiae, apnd Henn Aertesium, 1634.

4* Spéculum peccatorum , sivè cutmiranda S. Au'fUiiini cenversto , historicd narratione , discursibus fMTiUibus , et emblematibuê in œs incusis adomata^ Randricè. AntWerpiœ, apud Henr. Aertesium, 1637»

5' Oratio in laudem È. Mariœ Virginia occanonê iîatuœ in templo Augustianô Then%9 rediviviê ei dedi-cote. Ibidem cum orationibui Nicasii Baxii, 1638.

0* Tabula chorographica principatûs Leodiensis et comitatâs Ifissensis. Amstel. yapud Henr. Uoudium,

7' AtB arUum , sivè de regimine sanctimonialium diatribe. Antuerpiae » typis Plantini , in-S"" « 1640.

8* Feriarum academiarum , liber singularis.

9* Oratio in funere Jffenrid Lancelotti, ordin. ÊremitS. Augustin! ^ S» Th. DoctorisLovaniensisi habita Antuerpias ; cum epicedio in mortem ejusdem. Tjpis Henr. Aertesii , in-i". •

10* De offido mstorali , lib. IL Antuerpise, apud Aertesium, 164o.

11* JEgidU Albertini emblemata hieropoliticœ ver^ fibus et prosd Ulustrabat nomine Joannis Melitani à Corylo, ejusdemque muscé errantes. Coloniœ, apud Constant. Munich , 1647.

12* Thaumaturgi Physici Podromus. Coloniœ , apud Constant. Munich , 1649.

13* S. Auguitinus dk venerabili EuchariiUâ, nvi de augiM^nmo corpof^ig etsanguinis Dominitnt/sterio, quà sacrificium et sacramentum est, quid calholicus sanctœ eocîesiœ doctor senserit, libri duo. Leodii, apud Henricum Touroaj, 1655.

14° Siemma comitum Lossensium. Leodii , apud Henricum Tournay, 1655*

15^ Liber singularù de ofjicio christianijuxtà sanctiséiniùs mores probatissimamque S* Augustini dociri^ nam , ad revocandam in usum veterem Sanctorum Patrum concionandi methodum.

16"* Hassektum , seu totius historiœ Lossensis cent' pendium. Loyanii, apud Andream Bouventium, 1663.

• 1676. ENGEL (Arnold). Jésuite , nommé par Stowel , Arnoldus Angélus , traduction latine de ses nom et prénom , était né à Haestricht , en 1620. II embrassa l'Institut des Jésuites en Bohême , Tan 1640 , à l'âge de vingt ans , et professa pendant huit ans la rhétorique dans divers collèges de la société. Il j fut pendant cinq autres années préfet des études. Il se voua ensuite à l'œuvre des missions avec un grand zèle, et j fit beaucoup de fruit. Il mourut à Prague vers Van 1676 , et laissa les ouvrages suivans :

1"* Consignati de omni statu homines , etiàni principes , hoc sœculo ad (idem romanam conversi , in-4'.

2* Indago monacerotis , ah naturâ humand deitatis , sagacissimâ venatrice, per quinque sensuum deside$îa amanter adomatœ. Prague , 1658 , in-4°. I

3** Plenilunium marianum , sivè oratio de Beaid Virgine. Prague , 1657.

4" Elegantiarum libri duo. On y trouve Tépitaphe I de St. François-Xavier en vers. Prague , 1657. j

5** Un Eloge du même Saint. Ibid. '

6" \é Oraison funèbre de t empereur Ferdinand IIL \ Ibid. Ces cinq derniers ouvrages sont sortis des presses de l'Université de Prague. '

T Virtutù et honoris œdes in heroibus et poêmatihus XXV, grœùo-latinis'illustrata. Prague , 1671 .

1676. HAUZEUR (Mathias), Récollet, né à Verviers (Liège) ^ en 1590, était un théologien fort savant et lin commentateur de St. Augustin. Ce religieux est célèbre par le fameux colloque tenu à Limbourg , le 19 avril 1633, et qui dura quatre jours , entre lui et les ministres de la religion réformée. (Voir à ce sujet, le tome Y des Délices du Pays de Liège , pase 196). Il mourut à Liège , le 12 novembre 1676, ^^-^^V-**».

♦ 1676. SAUVEUR (5«inofi), Liégeois; on lui doit le premier établissement des bains de Chaudfontaine, prà Liège*

1677. TIRSAT(2>Dm Georges), professeur de philosophie à l'Université de Douai » mort à Verviers , en 1677.

1678. DAMERY {Walter), peintre, né à Liège, en 1614 , dans le faubourg St.-Léonard. Il montra dès sa jeunesse , une passion pour l'art où il a excellé. Ses devoirs d'écolier et ses livres étaient toujours ornés de figures. Un peintre médiocre lui donna quelques principes. Il alla ensuite en Angleterre , en France et en Italie. Arrivé à Rome il fut admis par Pierre Beretin de Gortonne, au nombre de ses disciples; il ne tarda pas à saisir la manière et le goût, de ce peintre célèbre , auprès duquel il resta plusieurs années. Damery, s'étant ensuite embarqué pour revenir dans son pajs , fut pris sur mer par des corsaires et conduit à Alger. Il trouva le moyen de s'évader avec deux Récollets , ses compagnons d'esclavage. Il se rendit à Paris, où il s'y fit conTl^itre par un magnique ouvrage : VEn^ Uvemeni du prophète Elie dans un cliar de feu, qu'il

peignit dans le dôme des Carmes-Déchaussés. Ce tableau, qui fut singulièrement applaudi à Paris , le retira de l'état misérable où sa captivité lavait réduit, et est attribué à Bertholet, par l'auteur du Dictionnaire des Artistes, et par Descamps dans ses Vies des Peintres.

De retour dans sa patrie , cet artiste j soutint sa réputation par des tableaux qui font l'ornement de plusieurs églises de Liège. Une manière aisée , tendre et gracieuse caractérise son pinceau. II se maria deux fois. La dernière de ses femmes qui était douce, spirituelle et aimable , cultivait la poésie française. Il mourut de langueur et d'épuisement , occasionnés par des travaux trop assidus , en 1678 , à Tâge de 64 ans. On l'enterra dans l'église des Carmes-Déchaussés de Liège , vis-à-vis de laquelle il avait sa maison.

Damerj se plaisait surtout à tracer sur la toile des enfans nus qu'il peignait parfaitement ; il entendait aussi très-bien le paysage , et ses tableaux d'histoire , genre auquel il s'est appliqué particulièrement, qui en sont embellis , ont un grand mérite de plus. Les ouvrages que ce grand peintre fit dans sa vieillesse ne sont pas aussi beaux que ceux qu'il exécuta dans la force de l'âge.

Walter Damcry était honnête , modeste et d'une conversation agréable; il fut recherché des principaux personnages de la ville de Liège , entr'aulres de I^urent de Méan , chanoine de la cathédrale et prévôt de 1 église collégiale de Tongres , qui avait rempli une salle de sa maison de grands tableaux de Walter. II était encore l'ami de Guillaume Natalis , abbé du monastère de St.-Laurent , pour lequel il fit plusieurs pièces , et de Fopulent Henri de Curtius surnommé le patron des beaux^arts. Damerj aimait à encourager les jeunes peintres et leur donnait de bons conseils.

DAHERY (Jacques) , frère du précédent , est peu

connu à Liège. Il ne ressemblait en rien pour le carac*tère à Walter ; il était d une humeur volage et contrariante. 11 entreprit , trop jeune encore , malgré les remontrances de son frère , le voyage de Rome ; aussi , ne retira-t-il aucun fruit de ce séjour dans la capitale des arts. De retour dans sa patrie » il s'en aperçut lui* même , et retourna en Italie où il s'appliqua ayeo plus de succès » et où il peignit avec beaucoup d'industrie des fleurs , des fruits et des vases. Jacques excellait surtout dans ce genre qu'il a poussé jusqu'à la perfection. Il disposait magnifiquement toutes les parties de ses tableaux; son coloris est vif« agréable et très naturel : il acquit enfin une grande réputation à Romci où ses ouvrages ornaient et ornent probablement encore les principaux cabinets des curieux.

Jacques Damery s'amusait aussi quelquefois à graver à lean-forte ; entr'autres morceaux , il exécuta une douzaine de vases qu'il dédia en 1657 . à Gualtier du Châteaui secrétaire des brefs et de la chambre du Pape Alexandre VU ; voulant par-là témoigner sa reconnaissance à Gualtier, qui fut l'un des plus grands protecteurs des Liégeois qui allaient étudier à Rome les beaux modèles de l'antiquité. Son neveu , Sluse , depuis cardinal , prodigua ses bienfaits à Jacques Damery.

Cet artiste mourut à Rome , célibataire , âgé de 56 ans. Après sa mort , on fit apporter quelques-uns de ses tableaux à Liège, pour servir , dit l'auteur contemporain d'un manuscrit sur les artistes liégeois , de preuves de son talent.

* 1678. imG)im%àQDinghen{Léonard'Françoù), docteur en médecine et professeur royal à l'Université de Louvain , naquit dans la Campine Liégeoise. Il est auteur d'un ouvrage qu'il dédia à son cousin Jacques Emerix , docteur en droit et auditeur de Rote sous Innocent XI , et est intitulé : Fundamenta physico^

mecUca adscholœacribologium siudiosèadaptata. Acce^ dit tractatus de Febrihus. Lovanii , 1678, in-folio. Oa y trouve quelques opinions singulières » et en particulier, celle qu'il avance sur la formation du lait ; it prétend que cette liqueur descend immédiatement du canal thorachique vers les mamelles.

1678. DESCHAMPS {Barthelemt) , né à Liège en 1615 9 entra dans Tordre de St. François , et fut successivement gardien des couvens de Verviers et de BoUand.

Ayant conçu un ardent désir de faire le pèlerinage de la Terre Sainte , son provincial lui donna par écrit la permission d'alleï* trouver le général de l'ordre, qui s'était réservé la faculté d'envoyer ses religieux dans les lieux saints.

Le P. Deschamps partit de Liège le 3 mars 1666 ^ accompagné du P. Hacide de Rorde , autre confesseur Récollet; et tous deux se rendirent en Espagne par la France.

Arrivés le 15 juin à Benavente en Galice , ils y trou* vèrent le P. Général , nommé lldephonse Salizanès , qui leur donna la permission de passer dans la Terre Sainte , où ils seraient soumis au gardien du couvent de St.-Sauveur sur le Hont Sion.

A Barcelone , ils profitèrent de Voccasion de s'embarquer à la suite de Tlnfante Marguerite, fille de Philippe IV^ accordée à l'empereur Léopold, -qui allait trouver ce prince en Allemagne ; ayant débarqué à Finale dans l'état de Gènes , le 21 août , ils partirent de ce port le 3 septembre « et abordèrent le 20 à Alei^andrie en Egypte. Ils parcoururept ce beau pays et examinèrent Rosette , le Grand Caire , le puits de Joseph , la colonne de Pompée, les Pyramides , tes Momies, etc.

Le 5 décembre, le P. de Rorde reçut une obédience pour se rendre du côté de Jérusalem par terre avec la

— 28S ^ cararanne ordinaire. Pour le P. Deschamps , il monta à Da miette sur une sajque, espèce de bateau turc, aborda à St.-Jean d'Acre , et alla demeurer au couvent de Nazareth jusqu'au 12 janvier 1667, qu'il retrouva son compagnon de voyage et eut ordre de passer à Sejde ou Sidon , pour y être supérieur de la résidence des Gordeliers et commissaire délégué dans ces quartiers.

Le 1*' avril , il fut mandé à Rama, qui est à 8 lieues de Jérusalem , et après avoir fait le temps requis , par le service de 18 mois dans sa résidence, il fit son entrée dans cette ville. Il alla visiter les autres lieux de la Palestine consacrés par nos mystères ; mais le P; Gardien de Jérusalem le destinait pour le Gra'nd Caire et voulait l'j faire curé des négocians français. Le P. Deschamps aurait accepté volontiers cette commission , parce qu'il avait résolu de finir ses jours dans la Terre Sainte ; mais une maladie qui le tint six semaines au lit à Jérusalem, l'obligea de repasser en Europe , aussitôt qu'il eut recouvré un peu de force. Il reçut son obédience à cet effet le 26 juillet 1667 , s'embarqua le 20 août sur ur^ vaisseau français qui partait de Seyde ; et sans avoir pris terre en aucun autre port , il arriva à Marseille, le 8 octobre suivant , et revint à Liège , où' dix ans après son retour, il donna au publicla relation intitulée:

Voyage de la Terre Sainte et du Levant , par P. F. Barthélemi Deschampf » Récollet de la province de Flandre. Liège , Pierre Danthez, in-12 , p. 602 , d'un caractère médiocre.

Les approbations sont datées depuis le 18 décembre 1677jusquau3aoutl678.

L ouvrage est écrit d'un style simple , coulant, précis et édifiant. L'auteur y montre un peu de crédulité par rapport à certaines traditions populaires ; à cela près , il est curieux et exact dans la description de l'histoire qu'il donne de la plupart des endroits qu'il a vus ,

aussi bien que dans la peinture qu'il fait des mcDun des Arabes y des Turcs et des chrétiens renégats.

Mr. De Chateaubriand a omis , dans la liste des voyageurs qui ont visité avant lui la Terre Sainte (voir son Itinéraire de Paris à Jérusalem), le P. Deschamps, dont il ignorait sans doute l'eiistence de son voyage ; car , certainement il en eût parlé, et aurait pu faire quelque usage de sa description de l'église si renommée du St. Sépulcre.

1679. HECHTERHANS {Henri), naquit en 1606, à Bilsen, ou Hunster-Biken, petite ville de la Campine Liégeoise, connue par son chapitre de chanoinesses nobles.

A l'âge de 15 ans , il entra chez les Dominicains de Maestricht et y fit profession , le 4 août 1622 ; après quoi , ses supérieurs renvoyèrent faire son cours de théologie en Espagne. De retour dans les Pays*Bas , il enseigna cette science dans les couvens d'Aix-la-Cbapelle , de Bruxelles , de Louvain et de Maestricht. Il fut honoré du grade de maître en théologie dans son ordre et de celui de licencié dans l'Université de Louvain. Il se livra aussi à la prédication, et se fit entendre avec applaudissement dans les principales villes de sa province , où il reçut le rang de définiteur. On l'élut trois fois prieur à Maestricht et une fois à Malines. II fut aussi le premier vicaire de la maison de Tongres en 1643. L'électeur Maiimilien Henri de Bavière ,* archevêque de G>logne et évèque de Liège, le chargea d'une mission auprès du roi d'Espagne, Philippe IV, qu'il exécuta à la satisfaction de l'un et de l'autre.

Le P. Hechtermans mourut le 4 mai 1679, âgé de 73 ans , et fut enterré dans son couvent de Maestricht, auquel il avait fait beaucoup de bien , particulièrement en y élevant un logement commode pour les hôtes et pour les voyageurs.

1679. NEESEN ÇLawrent), né en 161 1 à St.-Trond , ville de la principauté de Liège en Hesbaje.

Après ses études d'humanités et de philasophie , il prit l'habit ecelësiastique , étudia eh théologie et se fit recevoir licencié en cette faculté dans l'Université de Louvaio. Nicolas de Lanckvelt, président du séminaire archiépiscopal de Halines , étant mort en 1639 , larchevéque Jacques Boonen confia le poste vacant à Neesen , et le chargea en même temps d'enseigner la théologie dans cetie maison, André Cruesen, qui succéda à Boonen en 1657 , lui donna ensuite la théologale de sa métropole. Neesen eut là*dessus un procès & soutenir contre Jean Lâcmàn , que la faculté des arts de Louvain nomma au même bénéfice en 1660 ; mais il triompha de son adversaire. Outre les fonctions déjà indiquées , il remplit celles d'examinateur sjnodal et de censeur des livres dans le diocèse de Malines. U troava même du temps pourprécher et pour confesser. Ce fut lui qui bâtit la vieille chapelle du séminaire archiépiscopal : il y éleva encore un autre bâtiment, et il y établit une discipline fort exacte. Après l'avoir goureroé l'espace de 40 ans » il y mourut le 22 mai 1679 dans la 68* année de son âge.

£q mourant , il laissa tous ses biens au 'séminaire » i condition que les professeurs qu'on y mettrait » fussent toujours tirés du clergé séculier , & l'exclusion des religieux.

On représente Neesen comme un homme extrêmement désintéressé et d'une tendresse extraordinaire pour les pauvres, auxquels il abandonna tout le revenu de sa prébende. 11 employa jusqu'à ses meubles pour secourir des étudians et d'autres personnes dans leurs besoins.

On a de lui : une Théologie en 2 volumes in-folio, lille , 1693. Les matières dogmatiques n'y sont qu'effleurées; quelques-uns le trouveront trop sévère sur quelques points de morale.

— 286 ~ * 1680. PIETKIN {Lambert), chanoine de St.-Wa-terne dans l'église cathédrale de Liège, dirigea pendant 35 ans la musique de cette église. II a joui d'une grande réputation justement acquise, et n'a pas peu contribué par des pensées brillantes et harmonieuses , à porter l'art musical à une perfection inconnue ayant lui. Il mourut, chargé dans et de vertus, vers 1680, .et a été enterré dans le couvent des pauvres Clarisses de lïi ville de Liège. Lambert Pietkin donna , en 1674, à la chapelle des Flamands qui faisait, en quelque façon, partie de l'ancienne église cathédrale dte la même ville , une belle Ste. Cécile , peinte par Bertholet-Flémalle. Les musiciens liégeois célébraient autrefois , tous les ans ,. dans cette chapelle , la fête de cette sainte.

1680. STOŒMW {Nicolas de), doyen de la collégiale de St.-Jean l'Evangéliste , à Liège, est un des Liégeois, après les Liverlo , qui ont le plus contribué à répandre le goût des arts dans la principauté de Liège. Dès l'âge le plus tendre, il aima le dessin et la peinture ; il en avait même appris les premiers élémens d'un peintre nommé de Brièz, qui était son voisin, et avec lequel il contracta une amitié très-étroite. Il fornïa une collection de tableaux, qui n'était pas moins précieuse que celle de Lambert de Liverlo : il la remplit surtout des plus beaux ouvrages des artistes liégeois, de quantité de dessins rares, et de plusieurs objets de curiosité. La mort enleva malheureusement Nicolas au milieu de sa carrière , vers 1680. Il disposa de sa nombreuse collection en faveur de son frère , Dom Bernard de Stockem, qui s'était consacré à Dieu dans la Chartreuse de Liège.

Dom Bernard , méprisant sans doute les biens de ce monde , ne sut pas apprécier cette riche collection à sa juste valeur ; ce bon religieux, séduit adroitement, d'un autre côté , par un nommé Barthélemi Sioionis , qui prenait la qualité de chanoine ducal de Nivelles ^

la lui rendit pour peu de chose. Simonis la fit partir pour Bruxelles et la mêla avec beaucoup d'autres tableaux et avec plusieurs raretés qu'il avait en grand nombre. Cétait un célèbre brocanteur non -seulement en peinture , mais aussi en joyaux , brillans , bijoux ^ dont il avait une quantité prodigieuse ; il passait pour un des plus curieux et des plus grands connaisseurs de son siècle. Barthélemi Simonis mourut en 1697 , laissant une femme et une fille qui firent imprimer un calalogue de tous les objets précieux du défunt et les mirent en vente publique à Bruxelles.

1681. HA^ENIUS [Jacques), Jésuite, poète distingué^ néà Daelhem, aujourd'hui province de Liège» en 1606. II professa avec un grand succès l'éloquence et la poésie à Cologne , où il mourut le 27 septembre 1681. Il est l'auteur des ouvrages suivans :

1* Sarcoiis ou Sarcothea , poème en vers latins. C'est celui de sesouvrages qui a fait le plus de bruit dans son temps. Sarcothea est le nom que Hasénius donne à la nature humaine , qu'il représente comme la déesse souveraine de tout ce qui porte un corps. La perte de Sarcothée , ou de la nature humaine (c'est-à-tlire , la chute du premier homme) , en est le sujet. Ce poème a été tiré de l'oubli par M. Lauder , savant écossais , qui a prétendu que Milton avait beaucoup profité de cet ou?rage. Un homme d esprit a répondu à ce reproche <le plagiat , de la manière suivante : c Milton , dit-il , 'peutavoir imité plusieurs morceaux du grand nombre >des poèmes latins faits de son temps , sur ce sujet : de ^^Adamus exul de Grotius « du poème de Masen ou «Hasénius, et de beaucoup d'autres , tous inconnus au «oomoiun des lecteurs. Il a pu prendre dans le Tasse la * description de l'enfer , le caractère de Satan » le coniseil des démons. Imiter ainsi , ce n'est point être pla- *giaire, c'est lutter, comme dit Boileau, contre son

— 288 ~ •original ; c'est enrichir sa langue des beautés des hxh igues étrangères , c'est nourrir son génie et laecroitre idu génie des autres, c'est ressembler à Virgile, qui •imita Homère en Tembellissant.» Quant à ce qui regarde Masénius en particulier , il est vrai que l'on trouve dans son poème les richesses de l'imaginatioa réunies à celle de la langue romaine , mais le plan de l'ouvrage n'est pas heureusement conçu et rexécution en est languissante et monotone. Les vers en sont trèsbeaux, mais l'auteur entasse les mêmes idées sous diffé* rens mots , met tableaux sur tableaux , traits sur traits, nuances sur nuances , et épuise son sujet jusqu'à lasser la patience la plus intrépide. C'est un véritable abus de richesses ; c'est une imagination féconde qui ne sait s'arrêter. L'accusation de plagiat intentée contre Miltoa a produit plusieurs écrits rassemblés en un volame, in-12. Paris , chez Barbon , 1759. L'abbé Dinouart, éditeur de ce recueil, y a ajouté le poème de Masénius, avec une traduction paraphrasée ^ et les pièces de ce procès.

2^ Une espèce d'art poétique sous le titre de iPa^ lœstra eloquentiœ ligatœ , 4 vol. in-12.

3"* Un traité intitulé : Palœsira styli romani.

4° Anima historiœ, seu vita Caroli Vet Ferdinandi, in^4\

5** Une édition des ^nnales de Trêves , de Brouvrer. Liège, 1670 , in*folio. Masénius est l'auteur des trois derniers livres de cet ouvrage.

6° Epitome Ânnalium Trevirensium , etc. , etc. Trêves, 1676, in-8«.

1686. BRIÂS {Charles , comte de) , plus connu sous le nom du ^.àcX Assomption^ né àSt.-Guislainen 1625, descendait de l'illustre famille de ce nom , qui prenait le titre à% premier Pair de Liège, attaché à la terre de Morialmés , dont les seigneurs étaient comptés parmi les douze vassaux de l'église de Liège.

n était fils d'un comte de Brias , gouTerncur de k petite Tille de M arienbonrg pour S. M. Catholique , et ne?eu d'un marquis de Molinghen. Touché virement de la mort précipitée de ce dernier « il renonça aux flYantages que sa naissance lui promettait, et prit j

l'habit des Carmes-Déchaussés à Douai. Ayant achevé le cours de ses études , il conçut le dessein de se rendre |

dans la Perse pour y travailler en qualité de missionnaire f et pria son général de le recevoir au séminaire des missions à Rome ; mais on trouva plus à propos de lai donner d'autres emplois.

Il fut longtemps lecteur en théologie, ensuite prieur de son couvent de Douai, puis définiteur et provincial. D n'y avait pas encore un an qu'il était pour la seconde foisdans cette dernière charge, lorsque la mort l'enleva le 23 février 1686 à lâge de 61 ans.

' 1683. LIMBOURG (Guillaume van) , né à Limbourg, duché de ce nom , ancien professeur de la faculté de médecine en l'Université de Louvain, est fort connu par un traité de matière médicale , intitulé :

Medulla simplicium ex Dodonœo et Schrodero. Louvain , 1693 , in-12. Bruxelles , 1724 , in-8^

* 1683. LIVERLO (Lambert de) , fils de Walter de Lirerlo , ancienne famille de Liège , et de Jeanne Des- Fossés, était amateur et protecteur éclairé des arts; son père lui en avait donné 1 exemple : plusieurs églises de Uége étaient décorées de tableaux que ce dernier fit faire par les meilleurs peintres de celte ville. On cite , entr* autres , le Martyr de Ste. Catherine qui était dans l'église de la paroisse de ce nom , lun des plus beaux tableaux de Gérard DouiFet , qui fut consumé par les flammes , lors du bombardement de la ville de Liège , • «n 1691, Lambert était un des plus jeunes fils de Walter, Il embrassa Tétat ecclésiastique, et devint

i^hanoine de Liège , archidiacre de la Hesbaye et prévôt du chapitre de Fosses. Le prince Maximilien- Henri de Bavière le choisit pour son chancelier dans des temps difficiles et lemploja dans plusieurs négociations, importantes , tant avec les minisires de France qu'avec ceux de Hollande. Louis XIV sut distinguer Liverlo , et lui accorda son estime.

Ses ancêtres avaient commencé une précieuse coUeo tion de tableaux , qu'il augmenta et enrichit de beau* coup d'autres des maîtres les plus renommés de son temps. 11 indiquait lui-même les sujets et les distribuait aux artistes d'après leur genre et leurs forcesi qu'il connaissait. Il présidait lui-même souvent à leurs travaux. Douffet et Bertholet-Flémalle nous ont laissé le portrait de Lambert , que Michel Natalis a parfaitement gravé sur cuivre. Son buste a été exécuté en marbre par le célèbre Delcour.

LIVERLO (Gilles de), frère du précédent , prieur de la grande Chartreuse de Liège. Il était , dit Lojens , grand architecte. C'est lui , en effet , qui jeta les fon* démens du cloître et de l'église de sa maison , qui fut achevé au commencement du 18* siècle. C'est encore lui qui, d'après le même auteur, acheta les douze colonnes de marbre qui servaient de soutien au chœur : elles ne furent employées que longtemps après sa mort qui arriva en 1667. Ce chœur était un des plus beaux monumens d'architecture du pays ; c'est un Récollet , appelé le frère Paul Kourz qui en donna le plaaet l'exécuta.

Walter de Liverlo , père des précédens , est le fondateur du couvent des Capucins , à Spa ; on vojait autrefois son portrait dans le réfectoire.

La famille de Liverlo fut éteinte vers l'an 1750. Son dernier rejeton épousa une demoiselle de la famille de Yanbuel, dont il n'eut point d'enfans » et il lui laissa

^ grande fortune et son riche cabinet. Cette Veuve « déjà parvenue à un âge avancé , épousa un officier français^ Mr. de Beauciiamps, et lui légua ses grandes richesses. Celui-ci vendit à Liège , une partie des ta-* bleaux de cette magnifique collection , amassée avec tant de frais et de soins , et envoja l'autre à Paris où * elle fut aussi vendue.

1684. DUMONT (Henri) , maître de musique de la chapelle du roi de France et abbé de Silly , né près de Liège ,.en 1610, apprit dans cette ville la musique et à jouer de l'orgue. Étonnés de la rapidité de ses progrès , ses parens lenvojèrent à Paris pour qu'il y perfectionnât ses talens. En 1639 , il obtint l'orgue de l'église St.-Paul dans cette capitale ; et peu de temps après le roi ayant entendu quelques morceaux de sa composition , en fut si content qu'il nomma Dumont l'un des maîtres de sa musique , où il remplaça Spirli et Gobert. Il remplit les fonctions de cette place pendant trente ans, conjointement avec son confrère l'abbé Robert ; la reine , qui aimait la musique de Dumont , donna à cet artiste , le même emploi dans sa maison, et le fit nommer à l'abbaye de Silly.

La musique qui se chantait à la chapelle du roi avait été, jusques vers 1670, composée seulement pour les voix , selon l'ancien système , avec une partie de haase instrumentale, qu'on appelait basse continue; louis XIV, porté vers tout ce qui a un air de grandeur, désira qu'à l'exemple de Carissimi et de ses imitateurs, les maîtres de sa musique joignissent à leurs motets des accompagnemens d'orchestre : il en parla à Dumont, qui , religieux observateur des décisions du Concile de Trente , répondit au roi qu'il ne pouvait se prêter à ce qu'il désirait. Louis XIV , pour tranquilliser la conscience de son musicien , consulta sur ce point Vr. de Harlay , archevêque de Paris , qui décida que

le Concile de Trente ne défendait pas la sjtfnphonie dans les églises , mais la musique qui n'était pas con-» forme au respect que Ton doit aux saints lieux. Soit que Dumont fût arrêté par un passage de ce Con« cile , qu'il avait interprété trop littéralement , soit ^ qu'il n'ait pas voulu introduire une nouveauté qui n'était point en harmonie avec ses principes , ou qui renversait ses idées sur la musique , soit enfin, comme il est plus vraisemblable, que le ConciIe.de Trente venait fort k propos pour cacher l'inhabileté du maître de chapelle à se servir d'un orchestre, on ne put vaincre ses scrupules ; et Louis XIV , qui voulait être obéi, lui accorda la vétérance , en 1674 , ainsi qu'il l'avait lui« même demandée , pour se tirer de ce mauvais pas.

Dumont mourut en 1684, et fut inhumé dans lé* glise de St.^Paul, dont il avait été organiste pendant 45 ans.

On rapporte que Louis XIV, après avoir pris la ville de Haestricht, en 1673, y rencontra cet artiste, auquel il demanda ce qu'il faisait dans une ville assiégée : Sire, lui répondit-il , j'y composais un Te Deum pour t heureux succès de vos armes.

On a de Dumont cinq messes en plain-chant, con« nues sous le nom de messes royales , qu'on chante aux fêtes solennelles dans plusieurs églises de France.

Ses autres ouvrages sont :

1* Mélanges à 2 , 3 , 4 e/ 5 parties avec la basse con* iinue , contenant plusieurs chansons , motets, magnificat , préludes et allemandes pour Forgue et pour les violes. Lhre V\ Paris , Robert Ballard , 1649 , in-4^

2» Mélanges à2,^,\eth parties, etc. Livre 11*. Ibidem , in-4*.

3"" Cantica sacra 2 , 3, 4 voc. etinstrumentis modulata , adjectœ itidem litaniœ 2 , vocibus ad libitum 3 et 4, cum basso continua. Liber primus. Paris, Robert Ballard, 1662, in-4".

4* Moiets à detix voix avec la basse continue. Ibid « 1668, in^*.

5' Motets à%^ et k parties pour voix et instrumens avec la basse continue. Paris, Christophe Ballard, 1681^ 10-4°. Il est vraisenlblable que ceux qui ont été publiés chez le même imprioieur, en 1686 « sous le titre de : Motets pour la chapelle du roi , mis en musique par M. Dumont^ etd, sont la seconde édition de ceux-ci.

1685. SLUSE (René François de), né k Visé ^ petite ville de la province de Liège , était frère du cardinal de Sluse et du baron de ce nom. il fut abbé d'Amay , chanoine tféfoncier de Liège, conseiller et chancelier du prince. Maximilien-Henri de Bavière.

c Sluse , dit labbè Bossut (Eist. des JUathém. » 1. 1, ipage 319) , mesura Taire de la courbe par une mé* thode très-élégante. > Cette courbe est la cycloïde, dont les propriétés nombreuses occupèrent les premiers géo« inétres de cette époque , y compris Pascal. Dans un autre endroit de %otiHistoire des Mathématiques^ l'abbé Bossut dit que ce savant Liégeois se distingua dans celle partie de la géométrie mixte (la construction géométrique des équations du troisième et quatrième degré , par lextréme élégance de ses constructions.

La géométrie et les mathématiques furent principalement l'objet des méditations de René de Sluse. Il publia sur ces sciences, en 1668, un ouvrage (son Mesolabumy, dont les bibliographes français n'ont point parlé; on ne trouve même pas la notice de ce savant dans la Biographie Universelle de MM. Mi-' chaud. La première partie de cet ouVrage avait déjà paru séparément. Peu de temps après sa publication , laSociété royale de Londres s'empressa d'admettre René au nombre de ses membres. Il est le premier des mathématiciens qui ait écrit d'une manière satisfaisante et nouvelle sur le cercle et Fellipse (Dict. des Mathémati*

qÙBS de Lalande). Le philosophe Descartes, Sorbière et Saint-Eyremont (û^tivre^ de St.-Evremonl , tome 3\ p. 118), faisaient un cas tout particulier de René; et le célèbre Viviani n'a pas hésité d'associer son nom à ceux des géomètres les plus renommés du dix*septième siècle ( Œuvrer de Fontenelle, tome 5^ p. 74). Tant que Descartes vécut , il entretint un commerce de lettres avec René ; et le savant Baillet , dans sa Ftle (& Descaries, assure que le philosophe français avait trouîé d'excellentes choses sur les mathématiques et la géométrie , dans les lettres qu'il en avait reçues.

Il eut aussi Thonneur d'être en correspondance avec Pascal ; c'en est assez pour en concevoir une haute idée. On trouve une partie de sa correspondance, dans les Œuvres de l'illustre géomètre « auquel il fit parvenir quelques solutions des problèmes sur la cycloide pro* posés aux géomètres de son temps*

René de Sluse avait une précieuse qualité , qui re^ haussait le mérite de sa profonde science ; c'est la modestie , qui n'est pas toujours l'apanage des savans : on trouve l'éloge de cette belle union de la modestie à la science, dans ce que Pascal lui-même disait à Sluse, à propos de» géomètres qui veulent se faire honneur des productions des autres : c Pour vous , monsieur, yous » en ète» éloigné , puisque vous ne voulez pas même » avoir l'honneur de vos propres inventions; car je crois

• que pour faire savoir que vous avez trouvé , par

• exemple , cette parabole , qui est le lien des dimentsions et des surfaces des solides de la roulette autour

• de sa base , il faudrait que ce fût mot qui le dise , > aussi bien que les merveilles de votre nouvelle analjse >et tant d'autres choses que vous m'avez fait Thonneur

• de me communiquer avec cette bonté que vous avez » pour moi , qui m'engage d'être toute ma vie , etc. >

Les sciences abstraites n'occupaient pas tous les loisirs de René de Sluse ; il avait encore étudié à fond

l'histoire de son pays. U avait fait aussi une étude longue et pénible du droit; cest ce qui confirme Dea Maizeaux dans la Vie de St. Evremond, où on lit que ce dernier s'en retournant à La Haje, passa par Liège « et ne manqua pas d j avoir une entrevue avec René de Sluse , si célèbre , dit Des Maizeaux, par la grande connaissance qu'il avait du droit et des mathématiques ; et c'est ce que confirme encore plus particulièrement ce passage de St. Evremond lui-même t

• Après l'étude des belles-lettres. ••.. j'ainle la science >de ces grands jurisconsultes qui pourraient être des «législateurs eux-mêmes « qui remontent à cette pre* •mière justice qui régla la société humaine; qui con- » naissent ce que la nature nous laisse de liberté dans

> les gouvernemens établis, et ce qu'on ête aux particu-

• liers pour le bien public: c'est dans l'entretien de

> Mr. de Sluse qu on pourrait trouver ces instructions •avec autant de plaisir que d'utilité. * (OEuvres de St.« Efremond , tome 3 , p. 113).

A ces talens qui suffiraient seuls pour immortaliser un homme , Réiié de Sluse joignait la connaissance de plusieurs langues; le grec, l'hébreu , l'arabe, etc. , lui étaient familiers» Pendant son séjour à Rome , le [Mpe l'employait souvent à traduire des lettres qu'il recevait des évêques grecs , arméniens et des autres prélats de l'Orient (Dict. de Horéri , tome 9" , p. 464). Le travail et l'application avaient pour René de Sluse un attrait singulier ;. il vivait au milieu de ses livres ; ce n'était qu'avec une peine extrême qu'o» l'en arra-* chait. Peu d'instans avant sa mort , il se fit transporter danssa bibliothëqueiOÙ il mourut en jetant un dernier regard sur les compagnons de ses veilles laborieuses* Cet homme si distingué par ses connaissances profondes et variées I mourut à Liège, à l'âge de soixante^-deux ans et quelques mois. L'épitaphe qu'il composa lui-» même et qu'on grava sur sa tombe , atteste sa modestie

et ses sentiinens de religion et dé piété. On la trouve dans les Délices du Pays de Liège. On a de lui :

1* Mesolabum^ sivœ duœ mediœ proporiionaleê inter eatremas datas per drculum et per infinifas Hyperboles et Ellipses et per quamlibet exhibitœ ac problematum omnium solidorum effectio per easdem curvas. Accessit pars altéra de Analysi et Miscellanea. Leod. Ebur. Apud H. Streel , in-4% 1668. Cest dans cet ouvrage qu'il donne cette analyse dont parle Pascal ainsi que l'abbé Bossut.

2" De tempore et causa martyrii B, Lamberti Tun^

frensis episcopi diatriba chronologica et hisiorica. iége 1679. Cette savante et curieuse dissertation est une réfutation de la manière dont le savant Godeau , évèque de Vence , raconte Thistoire du Martyr de St. Lambert dans son Histoire de l'Eglise. Â en juger par cette dissertation , on doit regretter que Sluse n'ait pas laissé des ouvrages plus considérables sur Thistoire de son pajs.

3*" Dissertatio de sancto Servatio , episcopo Trajec* tensi. Liège , 1684 , in-8'',

SLUSE {Jean-Gualthier de), frère du précédent » né comme lui à Visé, l'an 1626. Il fut appelé à Rome par Jean Walther du Château, son oncle, secrétaire des brefs , et de la chambre du pape Alexandre VU , et qui était un des plus zélés protecteurs des Liégeois qui allaient étudier les beaui^arts à Rome. Sluse s j fit bientôt remarquer par sa science et son ardeur infatigable pour l'étude et le travail. Clément IX le reçut au nombre de ses prélats domestiques ; il succéda ensuite aux emplois de son oncle. Le pape Thonora de la plus intime confiance , et le consulta dans les affaires les plus importantes. Innocent XI le décora du chapeau de cardinal , le 2 septembre 1686. Il imita son oncle dans son inclination à obliger ses compatriotes; et il se

^ 2?7 — himl un plaisir de répandre ses faveurs sur ceux qu» le désir de s'instruire et de se perfectionner appelaient en Italie.

Sa trop grande application aux devoirs de sa charge et à l'étude , jointe à sa complexion délicate , avança la fin de ses jours. Il mourut le 7 juillet 1687 , à l'âge de 59 ans ; c'est le dernier Liégeois qui ait été décoré de la pourpre romaine. L'almanach de Mathieu Laens» berg s'exprime ainsi à son sujet :< le cardinal de Sluse •mourut h Home dans sa 59* année, après une longue •indisposition , universellement regretté , tant à cause

• de son savoir extraordinaire , que de sa piété et de •toutes les grandes qualités qui lui avaient attiré de-

• pui» trente ans l'estime des papes et de toute la cour •romaine ^ et qui depuis son élévation au cardinalat,

• l'avaient fait considérer comme un des principaux

• omemens du sacré collège.»

Gualthier de Sluse remplit longtemps avec exactitude et beaucoup d'intelligence le poste important de secrétaire des brefs. Les brefs qu'il a dressés sont d'un stjle vif ^ et montrent combien il était versé dans la discipline de l'Eglise , l'Ecriture-Sainte et les Saints Pères. Quelque recommandable qu'il fut par les qualités de l'esprit, il l'était davantage par celles du cœur. Détaché des richesses , il se contenta de son patrimoine et des revenus de sa charge , et refusa constamment tout bénéfice. Il laissa ufie superbe collection de livres, dont le catalogue qui a été imprimé, est encore aujourd'hui recherché par les amateurs. Rome , 1690, 5 vol. in-4* , avec le portrait du cardinal.

L'abbé Bouxhon , de St.-Jacques, dans son curieux journal manuscrit en latin , qui vivait alors , dit qu'on eut quelque soupçon que le cardinal. de Sluse mourut empoisonné : son billet mortuaire même donne lieu à ce soupçon, puisqu'après avoir dît qu'il succomba plutôt sous le poids des grands travaux qu'il rendit à l'église

Yfue sons celui de l'âge, on ajoute: Auialiquo alto qnùrbo oppressifs.

1688. BAVIÈRE {Maximilien-Henride), fils d'Albert VI , duc des Deux Bavières , et de Mathiide de Leuchtemberg , archevêque de Cologne et prince-évê* que de Liège, succéda à son oncle Ferdinand , dont il avait été coadjuteur, en 1649 , à la presqu'unanimitë des suffrages du chapitre cathédral de Liège, malgré les intrigues et l'opposition de quelques tréfonciers partisans de la France et du prince de Conti. Maximi-* lien est le quatrième prince bavarois quiait occupé le siège épiscopal de Liège. Tout son règne ne fut qu'une série de malheurs et d'oppression pour le pajs : surcroît d'impâts , vexations continuelles, occupation sans cesse renaissante du territoire, tantôt par la France, les Pajs<« Bas, la Hollande et l'Empire , mesures violentes et despotiques pour réprimer l'anarchie de la plus étrange démocratie , à laquelle le despotisme et les vues inté» ressées de ses ministres ne furent pas toujours étrangers. Maximilien a pu , dans son cœur , vouloir le bien du pays quMl était chargé de gouverner , mais son éduca* tion , ses préjugés, son entourage et son luxe y mirent sans cesse obstacle. Le pays était alors partagé en divers factions : la noblesse désirait lasècularisation^dcla principauté : le petit peuple était excité par les intrigues de la France : la bourgeoisie aspirait à l'égalité et à l'indépendance : le clergé primaire voulait la continuation de l'ancien état de choses qui lui était trop favo* rable pour en désirer le changement : le clergé secondaire qui n'était pas représenté , enviait le sort de l'autre : telle était à peu près l'esprit qui animait les diverses classes composant le pays.

Le jour même des obsèques de son oncle, Maximilien fit publier un édit portant que tous , sans exception , eussent à payer , conformément aux recès des états ,

l'impôt sur les grains, pois , navettes et autres graines qu'on portait au moulin ou au pressoir. Pour ne point entendre les plaintes du petit peuple sur lequel cet impôt pesait le plus , il partit pour Bonn après le service funèbre , au grand étonnement de tous , et ne revint à Liège que le mois suivant , pour appaiser une révolte parmi ses troupos bavaroises : il fit. pendre neuf des principaux instigateurs de cette émeute , après les avoir fait promener dans la ville avec cet ècriteau pendu devant eux : ainsi gérant traités tous ceux qui seront rebelles à son Altesse , à ses ministres et officiers.

Peu de temps après, il obtint de la reine régente de France, la reddition des château et duché de Bouillon, alors occupés par le vicomte de Turenne. Le cardinal Mazarin par l'entremise duquel il avait obtenu cette faveur, parvint adroitement à le détacher du parti de la maison d'Autriche et à l'attacher étroitement à la France; ce qui fut une cause de ruine pour la principauté , qui ne tira jamais le moindre bénéfice de son aUiaooe avec cet état , et s'attira au contraire tous ses voisins sur les bras,

Haximilien , à l'instar de ses prédécesseurs -, résolu de contenir les Liégeois par la force , et d empêcher le renouvellement des troubles de l'ancien règne ; assuré da silence du gouvernement français et s'appujant du consentement de l'empereur, donna tous ses soins à la construction de la citadelle commencée sous le règne de Ferdinand « et continua à faire percevoir avec rigueur les impots destinés à l'achèvement de ce grand ouvrage et à l'entretien des troupes bavaroises qu'il avait à sa solde et qu il mit en garnison dans les places fortes de la principauté , au grand détriment des privilèges et franchises du pays.

Les troupes indisciplinées de Charles IV , duc de Lorraine , vivant à discrétion dans le plat*pajs , sous la protection de l'archiduc Léopold , gouverneur des

Pajs-^Baa , Maiimilien lui députa à Bruxelles , le comte de Furstemberg et le seigneur de Rosen^pour l'engager ^ les retirer; mais , ce prince auquel on n'avait laissé pour tout bien , que ses troupes qu'il vendait à qui lui en donnait le plus , répondit d'un air enjoué à ses envoyés : que si son cousin Maximilien-Henri , qui était puissamment riclie, voulait lui prêter une somme d'argent pour entretenir ses troupes, il ne l'inquiéterait pas : qu'au reste , il avait été appelé par la noblesse du pays pour l'assister à le délivrer d'un joug , qu'elle disait insupportable et préjudicier k la neutralité.

Haximilien s'aliéna le coeur de la noblesse liégeoise, et n^ put parvenir à l'attirer dans son parti. Il fit décapiter (1651) le bourgmestre Bex, vieillard octogénaire, au grand regret de tous., et qu'il aurait bien voulu lui-^ même gracier ; mais ce magistrat dévoué aux. intérèb du peuple , ne voulut jamais consentir à faire sa soumission à ce prince envers lequel il ne se croyait pas coupable. L'avocat Grandjean fut pardonné; les autres furent amnistiés.

Cette même année , Haximilien s'étant fait ordonner prêtre à Bonn , revint à Liège s'y faire sacrer évéque. 11 officia pontificalement dans l'église cathédrale la veille et le jour de. la Toussaint ; cérémonie qui ne s'était pas pratiquée dans cette église depuis l'an 1580, parce qu'il n'y avait plus eu d'évèques-prêtres^

Le duc de Lorraine (1653)» étant venu établir son quartier d'hiver auprès de ses troupes » dans la ville de Waremme , Maximilien le fit prier de se retirer et de cesser enfin de commettre tant de violences et d'eir torsions dans un pays qui ne lui était en rien redevable, et ne lui avait donné aucun sujet de guerre. A de si bonnes raisons , ce prince se contenta de répondre : qu'il connaissait trop bien le bon cœur de son cousin , pour croire qu'il voulût donner le moindre déplaisir à un prince dépouillé de ses états; partant, qu'il le priai!

— 301 ^ (le trouyer bon qu'il logeât sur 8es terres; faisant toute* fois saToir aux députés de Tévèque, que les troupes du prince deCondé et les siennes n'étaient venues prendre ce quartier d'hiver « qu'à la sollicitation des Espagnols qui les y avaient envoyées. Ne pouvant par sc^s propres forces espérer de chasser ces troupes, Maximilien s'adressa aux princes du cercle de Westphalie qui , mer naoés d un pareil voisinage « envoyèrent leurs troupes qui mirent en retraite ces pillards.

Le grand prévôt de St.-Lambert , prétendument accusé d'avoir des intelligences avec les puissances étrangères, mais dont le véritable tort aux yeux deHaximilien était de parler hautement contre son alliance avec la France au détriment de la neutralité du pays , l'érection de la citadelle , et la multiplicité des impôts dont OQ accablait le peuple pour entretenir une garnison composée d'étrangers, sans s'inquiéter de la misère publique , fut enlevé et conduit par les ordres du prince, à Kayservaert, au*rdelà du Rhin. Un pareil trait peint le caractère et le despotisme de ce prince , qui ne pouvait souffrir d'opposition à ses moindres volontés.

Maximilien. en 1655, obtint définitivement de l'empereur, en échange du territoire de la ville et du fort de Mariénbourg , la terre et seigneurie de Herstal , situées aux portes de Liège, et qui étaient une possession de la maison d'Autriche , héritière de celle de Bourgogne et de Brabant. Il honora cette année , \^ festin inagigtral qu'on était dans l'usage de donner tous les ans, dans une des salle de la maison de ville'. Il y fut reçu ^vee de grandes acclamations , auxquelles il répondit ^^ jetant au peuple par les fenêtres des médailles ^OT ei d'argent* Une bague précieuse , qui s'échappa ^^ ce moment d'un de ses doigts , lui fut aussitôt «apportée.

Les Français, sous les ordres du maréchal d'Estrades,

firent sauter la citadelle de Liège dont ils n'avaient plus besoin, malgré toutes les instances de Maximilien auprès de Louis XIV : la bourgeoisie , et itième le clergé 9 ravis d'être enfin délivrés de cette forteresse uniquement élevée contre eux , la rasèrent de fond en comble. La joie fut telle, que Liège se crut un moment rendue à une liberté entière. Les clefs de la cité forent remises au magistrat : le petit peuple demanda et obtint la cessation de Timpdt sur le sel et là bière : la bourgeoisie réclama auprès du chancelier et du grand majeur la restitution des anciens privilèges des 32 fné* tiers ; lesquels obtinrent du chapitre cathédral d'assister en corps , et précédés de leurs bannières , selon l'ancien usage ,à la procession de la Translation de St. Hubert. Les trente«deux métiers, le mois suiifant, déclarèrent qu'ils voulaient remettre en vigueur le règlement d'Ernest de Bavièfe de l'an 1603 , avec l'addition de 1631. L'empereur Léopold, informé de cette déclaration , exhorta les Liégeois , par un rescrit, à se conformer, pour l'élection magistrale, à la réforme de l'an 1649, qui parait aux inconvéniens qu'apportait , chaque année , Xassemblement tumultueux des 32 métiers. Sans égard à cette exhortation , et malgré l'exemple du passé, cette, ville se replongea dans les troubles et l'anarchie. Charles d'Ans et Nicolas de Plenevaux (ce dernier avait reçu l'ordre du sous-dîaconat, ce qui devait l'exclure, selon les lois de la magistrature), furent élus bourgmestres, La discorde ne fit dès-lors qu'augmenter; l'élection magistrale se continua les années suivantes d'après le règlement de 1603.

Les nouveaux bourgmestres ayant , sans l'intervention du prince , établi un impôt de 30 sous sur le «fl^id de braz , celui-ci le déclara nul. Six commissaires de la cité , dévoués aux intérêts de l'évêque , furent déclarés déchus du droit de bourgeoisie et de leur charge. Le magistrat obtint de la chambre impériale de 5pîrei "^^

, — 303 — citation pour que le prince eut à répondre sur le procès en litige depuis Gérard de Groesbeck, au sujet des droits contestés entre l'évéque et la ville de Liège ; ce deroier se plaignit, non sans raison , que dans cette af&ire, le magistrat eût agi sans sa participation : qu'il Toyait avec peine qu'on avait repris l'ancienne forme d'élection ftiagistrale , et remis en vigueur d anciens usages abolis en 1649,

Les ministres plénipotentiaires de France et de Hol* lande étant réunis (1678) à Nimëgue , pour traiter de h paix , Maximilien y députa le conseiller Decharneux etVandervreken, son résident à La Haje, pour j mé^ nager les intérêts de la principauté, revendiquer le daché de Bouillon et les villes du pays de Liège dont la France et la Hollande s'étaient emparées , et demander un juste dédommagement pour les ravages et les extor-» sions dont le pays avait été victime. Ce prince soutint aTecune grande énergie les intérêts de la principauté, et désavoua tout ce que ses envoyés eurent la Faiblesse designer, contradictoircment aux droits bien établis de l'église de Liège sur le duché de Bouillon,

La cité de Liège envoya aussi de son côté , au congrès de Nimègue , Jean Barthèlemi de Plencvaux et Augustin Hanus, syndic de la cité, où ils furent reçus avec les mêmes honneurs que les députés des autres provinces ; mais ils trouvèrent quelques oppositions de fa IJart des ambassadeurs de France et d'Angleterre, par suite des précautions prises à l'avance par le baron de Nesseirode , envoyé de Maximilien qui prétendait que le magistrat de Liège n'avait pas le droit d'envoyer des <liputés aux puissances étrangères , sans son consenteïnent. Après la paix faite entre la France , l'Espagne et la Hollande, les députés de la cité se rendirent de KimègueàLaHaye, où ils conférèrent avec les ministres des états*généraux et en obtinrent la déclaration suivante : qu'ils reconnaissaient et tenaient pour neutre la

ville de Liège , et les monans du pays pour bon» amk^ voulant qu'ils jouissent de cette déclaration , sans qu'il ne fût apporté aucun empêchement au contraire.

Pour répondre aux plaintes de Maiimilien , le conseil municipal et la bourgeoisie envoyèrent en 1677 , l'ancien bourgmestre de Grati , pour conférer avec les députés du prince , qui se trouvait alors à- Bonn ; mais les incidens multipliés élevés par ces députés , et la précipitation du magistrat à révoquer la* commission de de Grati , le força de rompre les conférences , et de revenir dans sa patrie , qui ne retira aucun fruit de sa légation.

Les gens sages et modérés eurent un moment l'espoir, en 1679 , qu'on pourrait arranger à l'amiable ces nouveaux différends. L'empereur exhorta encore les Liégeois par un rescrit , à suivre la réforme de l'an 1649 , en leur faisant savoir qu'il jugeait cette soumission nécessaire pour faciliter leur réunion avec Maximilien de Bavière , leur prince \ mais tout fut inutile. On continua de faire l'élection magistrale selon le règlement de l'an 1603, Le même empereur , considérant l'opiniâtreté des Liégeois « leur enjoignit eu 1680, dans un diplôme, d'abandonner ce règlement, et d'adopter enfin t^lui de 1649 ,. ordonnant à l'électeur de Trêves et au magistral d'Aix-la-Chapelle de prendre connaissance des difficultés élevées entre le piince et le peuple , et de chercher €wec diligence et vigueur à les assoupir. Il se plaint dans ccf diplôme , du mépris que les Liégeois ont pour les commandemens impériaux ; il se plaint surtout de ce qu'ils usurpent les droits de leur évêque , etc. Cet attentat , ajoute-t-il , ne de^ vrait pas seulement être cassé, mais aussi devrais être puni par les armes et par les peines établies contre semblables réfractaires , avec (assistance cam^^ mune de l Empire. Léopold déclara néanmoins qui! préférait d'employer des moyens plus doux. On dé*

— soi —

nà tes conseils et les exhortations de ee prince » qai ne poavait voir sans inquiétude les troubles de Liège, TÎUe frontière de leûipire. dont les regarda se tournaient vers la France. En effet, les fauteurs de l'opposition au& vues de Maximilien , persuadés que la France ne les délaisserait pas , n'étaient pas très-enclins à (aire leur paix avec le prince , qui la leur offrit cependant, en l683 ,àvec des conditions avantageuses. Maximilien accordait une amnistie générale : il laissait aux Liégeois les réglemens de 1603 et 1631 , Concernant réieetion magistrale, se contentant d'y ajouter quelques tempëramens quil jogeait utiles pour éloigner les brigues et les rixes souvent meurtrières , que ces élections entraînaient chaque année avec elles. Cette paix» conclue à Liège, contre toute attente, en 1683, y fut publiée dans le mois de février 1684. Elle était l'ouîrage de deux hommes de bien (Jean de Gaen et XicolasdeRemouchamps), que les trente-deux électeurs ayaient rais à la tète du conseil municipal, et qui n'épargoèrent, mais bien inutilement, ni leurs soins « ni leurs peines y pour rétablir l'ordre dans leur malheu"» reuse patrie.

Quoique cette paix fut favorable au peuple , quelques e^ptito brouillenê la désapprouvèrent sous divers prétextes, pour échauffer la bourgeoisie et surtout la populace. Les Liégeois se partagèrent en deux partis : les uns pour la dernière paix : les autres contre. Nicolas 'e Remoucharaps, qui en avait été le principal auteur, fut poursuivi etdéclaré inhabileà la magistrature parce <)u'il n'était pas marié ; Henri Pompée de Macors fut élu bourgmestre à sa place. On prit les armes , la guerre civile se ralluma, et le sang ruissela dans Liège.

Quelques ministres de la cour de Maximilien , qui penchaient du côté de la sévérité , et qui croyaient que <% traité était trop désavantageux au prince , ou plutôt à leurs propres intérêts ^ fomentèrent de nouvelles dis-

- ^06 — sentioofl, ou du moins ne s'y opposèrenl que biblement , afin que le peuple l'ayant rompu le premier, le prince fut déchargé de lobligation de l'observer; tel est du moins le bruit , rapporté par Thistorien Bouille, qui nous apprend qu'il était assez répandu et n'était pas sans fondement, quoique le prince n'y eut aucune part.

Renardi et Giloton, ennemis déclarés de Maxiroilien, ayant été élus bourgmestres selon la forme du régie* ment de l'an 1603 , le prince les proscrivit comme pep turbateursdu repos public, llss adressèrent à LouisXIV, pour en obtenir du secours; ce monarque leur écrÎTit que de la Raudière « son ministre à Liège « leur ferait connaître ses intentions : celui*ci leur dit que son maître souhaitait qu'ils se sounlissent à leur évéque. Le cardinal de Bouillon , grand prévôt de Liège , au* quel ils avaient également écrit i leur fit les mêmes instances.

Macors , Renardi , Glloton et les autres chefs de la faction, sentant qu'il était urgent et de toute nécessité de se rapprocher enfin de Maiimilien, dont le premier ministre , Guillaume Egon de Furstemberg, évéque de Strasbourg , s'était rendu près de Maestricht avec un corps de troupes qui pût le mettre à l'abri de toute sur* prise , ils lui écrivirent ainsi qu'à Maiimilien. L'évéque de Strasbourg , sans vouloir lire leurs lettres , leur répondit qu'il ne pouvait traiter avec ceux qui s'étaient emparés de la magistrature , mais qu'il était prêt à écouter les députés dont la commission serait signée par la bourgeoisie et le corps des métiers. II s'avança ensuite jusqu'à Visé, sachant bien que la bourgeoisie et les 32 métiers qui la représentaient, ne demandaient pas mieux que de traiter avec leur prince , étant (a* tigués du joug de la faction.

Les troubles et l'anarchie augmentant de jour en jour dans Liège, l'évêque de Strasbourg fit partir de

Visé un détachement de troupes qui, arrivé aux ported de la capitale « & j introduisit sans la moindre résistance. Le peuple lui-même arrêta Renardt» Macors et les autres chefs ; on fit leur procès ; et ils furent décapités, malgré les instances du clergé et des personnes les plus distinguées. Ce ne fut qu'après leur supplice que Maximilien-Henri de Bavière entra dans Liège. Ce prince publia une amnistie générale. Se trouvant maitre de Liège , il j établit une légence qui prit le gouver-* nement.de la cité. On dressa par son ordre un nouveau règlement I qui fut publié le 28 novembre de la même année.

Parce nouveau règlement, inconstitutionnel il est Trai, Haximilien établit sur une base solide la tranquillité de la ville de Liège. Il renferma , par cet édit , les trente-deux métiers dans seize chambres , et fixa le Dombre des bourgeois dont chaque chambre devait être composée : les composans des chambres représentaient la généralité des citoyens de la capitale. Depuis lors, on se servit jusqu'en 1790, du mode d'élection magistrale indiqué par ce nouveau règlement qui . assurait le repos public et procurait à chaque individu une parfaite sécurité dans ses foyers.

Maiirailien qui avait fort à cœur qu'on eût démoli k citadelle , ne se vit pas plutât maitre de la cité, qu'il la fit reconstruire, quelques instances qu'on lui eût pu faire pour le détourner de ce dessein. Il fit faire aussi une espèce de redoute, appelée Dardanèlle; au milieu du Pont-des-Arches , pour en cas de besoin, rompre la communication entre le quartier d'Outre- Meuse et le reste de la ville. Les états du pays , pressés par l'èvéque de Strasbourg, premier ministre du prince, accordèrent les subsides nécessaires pour ces travaux , mais ce ne fut point sans murmurer.

Haximilien mourut le 3 juin 1688, dans son palais de Bonn , après avoir gouverné l'église de Liège 1 es-

pacede 38 ans. Il fut enterré dans la chapelle du Trois-Hois de son église métropolitaine de Cologne. Sa mort ne Tut point sensible aux Liégeois ^ auxquels il était devenu fort odieux.

1689. SCAILLE (Henri) ^ né à Dinant dans la principauté de Liège en 1624, ayant fait ses humanités chez les Jésuites de cette ville , il vint étudier en philosophie au collège du Lys à Louvain , et il eut le septième rang à la promotion générale de 1643. Après cela , il prit l'habit ecclésiastique et fut reçu au grand collège de la même Université, où en servant de copiste du D' Jean Sinnich , président de cette maison , il employait le reste de son temps à l'étude de la théologie.

A peine eut^l achevé son cours, que Sinnich lui procura la présidence du collège de Divœus. Scaille prit possession de ce poste le 27 juillet 1 65 1 , et le garda jusqu'en 1679 , qu'il fut choisi par l'étroite faculté de théologie pour succéder à André Laurent, président du grand collège , étant alors docteur en théo- . logie. Il était aussi depuis 15 ans l'un des régens de cette faculté. Enfin , il fut professeur ordinaire en théologie et chanoine du 2* rang à St.-Picrre de Louvain depuis le 9 janvier 1663. Le 25 mai 1679, il obtint une chanoinie du 1'' rang attachée à la chaire du catéchisme , dans laquelle il fut encore le successeur de Laurent. Il fut ensuite élu président des Sabbatines^ et eut quelques voix pour être doyen du chapitre de St.-Pierre*

Il mourut le 15 mai 1689, et fut enterré à St. Pierre dans la chapelle de St.-Charles*

1690. PASMANS (£aWA^/69if4), né à Maestricht, en 1641.

Docteur en théologie à Louvain , il obtint la place de président au collège d'Arras , où il forma d'c&eelleiis

sujets, tl servit très-utilement l'évéque de Rureinondë^ dont il fut le conseil. Ce docteur mourut à Lou?ain en 1690 à 49 ans.

On a de lui, sur la règle des moeurs, ùo grand nombre de thèses qui renferment des leçons utiles.

1690. OTTËN(7%oma*), ministre calviniste à Sîttart, petite ville du Comté de Looz, vit , pendant la nuit da 26 au 27 septembre 1688 « une femmô en habit noir, avec une épée dont le pommeau était couché sous sa joue gauche. Il aperçut en même temps des charbons allumés dans l'âir, des vaisseaux sans Voiles et quantité d autres choses. S'étant éveillé , il se rappella ce qu'il avait songé et ne doutd nullement que ce ne fassent des visions prophétique^ ; ce qui le confirma dans sa pensée, c'est que dans le même temps, quelques Luthériens avaient eu des révélatiotis semblables à Lunebourg « et que Simon de Vries en avait porté un jugement favorable dans son Traité historique des démons, des spectres, ètd. Sur ce fondement, Olten appliqua depuis uiie partie dé sa vision à la révolution arrivée en Angleterre en 1688; et le reste à l'établissement de là nouvelle Jérusalem , au règne de l'ântechrist , etc.

Cest ce qui a produit l'ouvrage intitulé :

Vision des choses à venir jusquà la fm du monde , révélées par le Seigneur à Fun de ses plus indignes serriteurs en 1688, publiée pour réveiller l'église de Dieu, avec des réflexions tant sur ladite vision, que sur les promesses contenues dans sa sainte parole et le temps de leur accomplissement. En flamand. Utrecht^ Aul. Schouten , 1693 , in.l2.

Lauteur aspirait sans doute à un brevet de visionnaire , quand il fit part de ses rêveries au publia. Il mourut en 1693.

1690. YlMl\-hAlLWmiLlSi{Guillaume. baron de), né on 1615, au châleail de Melreux , descendait des comtes de Duras. Destiné par ses parens à poursuivre la carrière militaire, mais rejetant les vues d ambition que sa naissance pouvait lui inspirer , à lâge de 20 ans , il se consacra à Dieu dans la compagnie de Jésus. Sorti de son premier noviciat , il fut employé suivant l'usage à régenter les basses classes, et en particulier la rhétorique. Six ans après , il fut chargé d'enseigner la philosophie à Douai. Il fut ensuite supérieur du séminaire de Notre-Dame à Mons , et recteur du collège de sa compagnie dans la même ville. Il fut depuis recteur du collège de Luxembourg. En 1675, il se trouvait à Lille ; delà , il passa ses dernières années à Liège , ou il mourut le 1 1 novembre 1690, à l'âge de 75 ans :

Quillaume » dans sa première jeunesse , d'un carao tère impétueux et décidé , aimait avec excès lesexercicc^s violens ; un précepteur sage dompta ses passions et û\ changer ses goûts. Il se livra dès-lors à l'étude des langues avec ardeur. Il a publié l'ouvrage suivant , que labbé de Feller cite dans sa Biographie (art. Godefroi de Bouillon) , comme étant d'une latinité pure et nerveuse.

Labores HercuUs ChrisUani God^fridi Stillùmii Liège, Arnold de Bronckart, 1688, in- 12 de 502 pag., suivi d'une Historia Synopsis. Cet ouvrage divisé en sept livres , est dédié à l'empereur Léopold V* qu'il compare & Godefroid de Bouillon, à la famille duquel les ancêtres de Guillaume avaient été alliés.

1694. DELCOUR {Jean Gilles) , peintre , né à Hamoir , ancien comté de Logne , où il a fondé une chapelle. Il passa le temps de ses humanités à Liège près de son frère , qui n'épargna rien pour lui faire acquérir des connaissances utiles , et le mettre à même

de s'avancer. Dès l'âge le plus tendre , son inclinatiôti le porta vers la peinture , et il eut le bonheur de recevoir de Bertholet-Flëmalle les premières notions de cet art : il suivit avec assiduité les leçons de cet habile peintre.

Delcour partit ensuite pour Tltalie, où il étudia avec soin les merveilles do l'art de ce beau pajs , et où il acheva de se perfectionner en copiant les ouvrages des plus grands maîtres, entr autres, la Ckâte de Simon-k^ Magicien, qui se trouvait dans l'église collégiale de Su»Pierte à Liège ^ et les grandes Batailles de Công* tanUn contre Maxeiwe , qu'il a copiées d'après les originaui à fresque de Raphaël. Oh les régarde comlknc les che&^d œuvre de notre artiste^

Ces tableaux , qui sont aujourd'hui en la possession de MM. Desoier de Liège et de Solières , ont d'autant plus de prix aujourd'hui , que les originaux de l'im^ mortel peintre italien étant presque enlièrement gâtés^ nous en retrouvons une imitation parfaite dans les cffpies de Delcour»

C'est à Rome qu'il peignit encore le tableau de tAuomption de la Vierge qui était sur le maître-autel de Guiilelmins à Liège : on a critiqué dans le temps ce morceau , mais on a observé aussi que l'envie et l'intention de nuire ont eu beaucoup de part à cette critique^

Ae retour à Liège ^ il fit la table dauid de l'église collégiale de St.-Picrrequi représente ce saint. On pou-^ ▼ait encore voir de sa façon un Ange Gardien dans le coavent des Anges à Liège , où il entreprit , vers 1690 « le plafond de l'église de Notre-Dame^aux-Fonts. Ce grand travail qui n'existe plus , l'épuisa beaucoup. Le cardinal de Bouillon qui était grand prévôt de St.^ Umbert , Voulut avoir quelques-unes de ses pièces, et les paja généreusement. Gilles Delcour , après avoir bien dtné , mourut subitement à Liège , en 1694. Il a iiè enterré dans l'église paroissiale de St.'^MarCin.

DELCOUR (Jean), célèbre sculpteur» frère du précédent, né à Ilamoir, petit'Yillagc sur la rivière d'Ourthe^ vers le milieu du 17* siècle , de Gilles Delcour et de Gertrudci Colette , sattacha à la sculpture avec cette ardeur qui anime tout artiste , lorsqu'il est libre dans son choii. La ville de Liège , peu éloignée du lieu de sa naissance , fut celle où il reçut , ainsi qu'on le croit , les premiers principes de son art , et où il se fixa dans la suite : mais c'est à Rome , où il fit deux vojages « que l'étude de lantique , et les leçons des plus habiles maîtres de ce temps, mirent le comble à sa réputation. Vauban , instruit de ses talens, voulut l'engager à faire la statue éqiiestre de Louis XIV , qui devait être posée sur la place des Victoires à Paris, et qui a été exécutée depuis par Desjardin de Bréda ; Delcour s'en excusa sur son grand âge et ses infirmités. Il mourut à Liège , le 4 avril 1707. Les principaux ouvrages de ce célèbre artiste sont à Liège et dans le Brabant. On admire encore à Liège : l*" le Sauveur au sépulcre, en marbre blanc, qui était dans l'église des religieuses dites Bons- Enfans , et qui est placé aujourd'hui dans l'église cathédrale.

2° La Statue de St. Jean Baptiste, en bronze, audessus de la fontaine ^ rue Hors-Château. Ce beau morceau a essuyé quelques critiques , non du côté de l'art , mais parce qu'il donne l'idée d'un repos d'Hercule , plutôt que d'un St. Jean Baptiste dans l'action de baptiser. Cependant , si l'on considère qu'il s'agissait de décorer un massif d'architecture assez lourd , érigé depuis trente ou quarante années , et qu'on voulait conserver; si l'on fait attention qu'on exigeait , selon toute apparence , qu'il représentât ce sujet préférablement à tout autre , tant à cause de l'allusion à une fontaine , que parce que cette fontaine était située dans la paroisse dédiée à ce saint , on comprendra facilement qu'une figure décharnée , assise sur un rocher , aurait fait un très-mauvais eifet.

3* \a Miatue da St. Jean Baptiste, en bois, prêchant dans le désert, qui se voyait dans l'église paroissiale de ce saint. Cette belte statue , prouve sou talent lorsqu'il n'était pas gêné par les circonstances.

4** La Fontaine^ en. marbre, de la rue Vinâve-d'Ile. L'ordonnance en est très-belle » de même que la statue en bronze de la Vierge , et les quatre lions de ce métal qui la décorent. Mr. Ureppe, peintre , a gravé ce monument à l'eau-forte.

La modestie et la probité de Dclcour ajoutaient encore à l'éclat de ses talens. Ses compositions sont d'un grand goût ,ses contours élégans.etscs draperjea bien jelées.

1694. ELDEREN {Jean-Lmis d'), évéque de Liège.

Il succéda au prince Maximilien-Henri de Bavière, mort le 3 juin 1688, après 38 ans d'un règne fort ora-^ geux, mais dont il appaisa la rigueur par la sagesse de ses édiis , qui parvinrent à calmer l'irritatipn et les passions effrénées des partis.

Le nouvel évéquesut profiter du bon effet que produisît son règlement pour l'élection des magistrats. Les abus, qui se commettaient dans la principauté, ayant été extirpés par cette loi salutaire , son règne fut tranquille et ses sujets heureux et soumis. G.'t état paisible fut quelque temps troublé par les puissances alors belligérantes, qui couvraient presque tout l'occident de leurs troupes. La ville de Liège fut même exposée à un bombardement pendant quelques heures.

Mais les soins que se donna ce prince pour garantir le pays, autant que les circonstances le lui permettaient; «l les promesses qu'il fit de dédommager les propriétaires des édifices ruinés par le bombardement, furent des preuves incontestables de l'affection qu'il portait à wn peuple.

U mourut en 1694 ^ dans la 6* année de son règne.

1694. DESONKEUX {Jean), religieui bénédietio de Sl.-Habert en Ârdenne, sous le nom de Dom Adalric, né à Yerviers en 1665 , fit ses études à Liège, dédia ses thèses sur la philosophie universelle qu'il soutînt au séminaire de cette dernière yllle, au comte Ferdinand de Linden , gouverneur du Franchimont , fut reçu religieux profès à Saint^Huberl en 1681 , professeur de philosophie* en 1687. Il prêcha à ituxenibourg, en présence de Louis XIV, qu'il avait été chargé d'aller congratuler au nom de toute la proviooe , fut ensuite chargé de se rendre à la cour de Vienne , aveo le titre de coadjuteur»abbé pour y mettre l'abbajc de Saint* Hubert sous la protection spéciale de l'empereur , en 1604, après la mort de Jean -Louis d'Elderen , prince évêque de Liège. Il fut député par son monastère pour assister aûi cérémonies et fêtes qui eurent lieu lors de l'élection du prince Joseph Clément de Bavière. De retour dans son monastère , il fut attaqué d'une fièvre yiolente qui l'emporta en peu de jours.

C'était , disent les mémoires du temps» ,- un homme d'une vaste érudition et d'un profond savoir , grand ami du prinoe Joseph Clément comme il l'avait été de aqn prédécesseur.

Dôm Jean François ne mentionne pas Desonkeux en sa Bibliothèque dfi9 écrinains de tordre de SL-BenoU , 4 vol. inr4%

DESONKEUX {Ifenrt), frère du précédent, né à Verviers, en 1650, mort à Namur vers 1707, où il s'était retiré à la suite du prince Joseph Clément de Bavière, alors proscrit. Desonkeux a laissé des Mémoire* encore inédits sur Verviers , Liège , Limbourg et le pajs des environs ^ pendant la seconde moitié du 17' siècle. Mr. l'avocat de Thier , de Theux, est possesseur de ces mémoires des. plus curieux.

1697. MIVION (Nicohê-Françoiê), né à State près

^ 515 -^ Iluy y en 1656. Son père« ancien officier de S. M. C. se trouvait à Huy pQfiqatit lea guerres» y épousa Clé!aienco> Longrie dont il eut ce fils« Il eut le bonheur de $e faire un protecteur et un arlti d^i^ la personne de Jean- Louis , baron d'Elderen , alors grand doyen de Liège » qui lei^çut c\kA lui dès sa plus tendre jeunesse. Nicolas Hivion abandonna bientôt l'étude du iatin , qu'il avait como^encée , pouf s'ddonmcrr entièreipeAt m dessin , ensuite à la gravure et à la ciselure où une forte inclination l'eatrainait et où il ^ part^4Uèraf|iettit encellé. Ne trouvant pas alors dans son pays, de boits in^Mr^ dans cet art , dans lequel il désirait se perfectionner, il alla à Baris , ^h il fit. des pftogrès rapide^. Ses cuivrages en ortèvreiî]» e|; qq gri^vuorpt l^i ^y^anit biçntôt epxicilié les suffrages <kes gêna de) l'ai4 q^ 4e^ ams^V^FS » il fut employé k graver fef^ cpins.dcs roPOD^ip^ du roi. Il était décidé k a'étabKir à Paris , lovi^que son bienfaiteur le^ rappela à l^ége , vers lan 1QS6 ;,niais ne consiiltant que la recoapaissance » et mépris^^intlp sort avaptftgeii^x que de grands talens devaient lui procurer d^ns un lieu où le génie est toujours sur d^avoir utie récompense; il revint dana sa pd^trîp. l^ chapitre de St.* Lambert le choisit, peii de.t^mps après» pour non orlerre. C'est à cette époque que Mivion fit ces belles pièces, qui lui assurent une place distinguée QQtre les artiâtes liégeois. Jeaiv^Lpuis d'Elderen, ^ôn protecteur» étant parvenu à la principauté de Liège» en 168S»ito nomma son orfèvre et le graveur des coins de ses monnaies. Une application trop â^<$sidue au travail jointe à une complexion délicate , lui firent contracter un<t maladie de poitrine, dof|t il mourut en 1697. On a di) Kivion » quoique mort jeune , une étonnante quantité d'ouvrages, comice figures, coupes, calices, châf^defi^i, etc.» répandus dans les églises de la ville de Liège et dans celles des environs. Feu d orfèvres ont porté l'art de la ciselure à un p)us haut degré de perfection que lui. Ses ouvrages les plus remarquables sont :

1" Un St. Joseph, en ar^pt, commencé par Henri Flémalle , mais qu'il a achevé et donné la dernière perfection.

2° Une Vierge que Foi) voyait dans l'ancienne caUié< drale de Liège,

3^ Une autre Vierge ^ qui se trouve dans l'église de St.-Adalhert à Liège.

4* l^ gran4 devant d'Autel de l'ancienne cathédrale.

Ces morceaux ftirent généralement applaudis et sont encore très^stimés.

1697. DESCHÂMPS {Berthoht ou Barthélemfj, juri^ consulte estimé et l'un des greffiers du eonseil ordinaire, né à Liège. Il avait rempli son portefeuille d une pr(h digieuse quantité de mémoireê sur toutes les familles nobles et patriciennes du pays de Liéçe , mais sans avoir aucun dessein d'en faire part au public ; il offrait sur presque toutes ces familles des détails très-curieui, Bertholet Deschamps mourut en 1697- Loyens, auteur du Beoueil Héraldique , nous apprend que ses manuscrits ont passé dans la bibliothèque de Mr. Duchâteau^ bourgmestre de Liège , en 1716.

1697. glILVlUS {Jacques), gardien du couvent des Rècollets de Verviers , est l'auteur d'une relation trèscurieuse, qu'il a publiée sous le titre : Abrégé des changemens miraculeux arrivés l'an 1692, fe 18 septembre, dans l'Image de la Ste. Vierge et de son Fils, chez les PP. Rècollets de Verviers. Liège, 1697 , in-.12 , avec figures ; plusieurs fois réimprimé.

1 699. BLÂVIER {Jean- Antoine) . né à Liège, en 1620, entra chez les FF. Mineurs conventuels de la province de Liège, à l'âge de 19 ans. Il fit ses études de philosophie à Cologne , et celles de théologie à Munster en

Westphalie , où il soutint des thèses sur cette science a?ec un grand succès i de retour à Liège , il l'enseigna avec une grande réputation dans le couTent de son ordre , depuis l'an 1647. 11 succéda à son frère Jean Eustache dans la charge de provincial ; il fut encore élu coaimissaire^pgènèral de la province de Cologne; et enfin Maximilien-Henri de Bavière le nomma son soffragant de Liège , le 30 janvier 1654. Il continua d'eieroer le provincialat jusqu'au 9 juillet suivant , qa il obtint sa confirmation du pape Innocent X , qui le créa évèque titulaire de Dionjsie. Blavier avait été suffragant sous trois princes-évèques , savoir ; Maximi-^ lien-Henri de Bavière, Jean«Louis d'Elderen et Joseph- Qément de Bavière, Gimme religieux» il avait toujours été un modèle pour ses confrères ; l'élévation aux grandes charges n'altéra en rien sa modestie ; il faisait toujours le premier ce qu'il commandait aux autres , et les entraînait tous par la force de son exemple. De- Tenu suffragant , il n'oublia pas ses anciens confrères , et exerça particulièrement ses largesses envers eux. II Técat en paix et poussa très-loin sa carrière , n'étant mort que le 0 juillet 1699, à l'âge de 79 ans, dans la 45"* de son épiscopat. Ses obsèques furent célébrées avec magnificence par le grand-doyen et les chanoines de la cathédrale , dans l'église des Mineurs à Liège , où il avait demandé à être enterré dans le chœur , près da maitre-^autel.

1690. ARCIS (Lambert cf ), né à Liège, en 1625. Cet homme respectable, jeune encore , ayant quitté les lieux de sa naissance , et s'étant fixé à Rome , fut sou-* ▼ent témoin lui-même de la détresse de quantité de ses compatriotes qui , arrivés dans cette ancienne capitale du monde, y végétaient sans ressources et sans mojena, et ne pouvaient dans une pareille situation, faire germer lea talens qu'ils avaient reçus de la nature.

Ce généreux citoyen laissa donc, par 8on testament , en date du 22 octobre 1696, la phis grande partie de ses biens pour fonder à Roqie un collège qui fut destiné à y accueillir et à y bien traiter les jeunes gens de sa nation. Par ce testament , qpui commence par ces mots assez remarquables : Seigneur, ayea^ piiié de moi^ car Je euie devenu étranger à mes frères ^^ eê comme inconnu (Ma en fans de ma mère, il exclut, dansi un de ses articles i du béi^£ioe de sa fondation, ks babîtans du «quartier d'Outre^Meuse de la ville de Liège , mais les babitans de ce (juarlier sont parveoiis depuis quelque temps à éluder cet article.

Ce bel établissement est eonnaà Rome , sous le nora d'Hospiee Liégeois. Il faut être né à Liège , ou dans le& eoYirons, pour avoir 1 entrée du collège, où on a le droit de demeurer cinq ans et oà on est exempt de toute dépense. C'est toujours un Liégeois qui en est le recteur. Les parens du fondateur, quand ils s'y pré* sentent, jouissent de quelques prérogatives. C'est à ce collège , dit l'illustre Grétry , qui y était resté quelques années, que la ville de Liège doit, en partie , les bons artistes qu'elle a possédés et quelle possède encore (voir ses Mémoires sitr la musique , tome P', page 125)«

Lambert d'Arcis passa toute sa vie à Rome ou il mourut en 1699.

Par suite des troubles de la révolution française, ce bel établissement avait été abandonné; mais grâces au roi Guillaume et à la sollicitude de la province de Liège , il est maintenant rétabli dans sa première vigueur; et depuis, bien des Liégeois y ont commencé leiH! carrière avec succès,

1699. ARDENNES {Gilles d). né à Huy, vers l'an 1617, était orfèvre et ciseleur. Il resta plusieurs années en France et en Allemagne, où il acquit une réputation, surtout par ses belles statues et autres morceaux des plus

•- 319 — iwporêanê. Après une longoe absenoe, il revint dans sa patrie pour j jouir tranquîllement d'une fortune considérable qu'il avait acquise par ses travaux; il mourut à Mége en 1699 , âgé do plus de 80 ans.

17Q3. BLONDEL (FrmnpoU). né à Uii^t^ en 1613. Ayant achevé ses premières études, il se tourna du côté de la médecine, qu'il étudia vraisemUablemeni à Gh lo§;Qe. L ajant pratiquée quelque temps et y ajaat acquis dea connaissancea assez "étendues , il se rendit à la courde Philippe-Christophe de Soteran , archevêque et électeur de Trêves, qui l'honora du titre de son mé-» decin. I^ prince étant mort en janvier 1652, Blondel alla s'établir k AiirlatChapelle , où il fut nommé mé^ de€iQ«*pensionnaire de la ville. 11 s'y fit estimer, non-c seulement par le succès de ses cures^, mais encore par les soins qu'il se donna pour mettre en vogue l'usage des bfl^ins chauds de cette ville et du voisinage ; ce qui engagea la régepçe du lieu à le nommer sur-intendani de ces bains.

Blondel fit honneur à sa profession par l'âge auquel il parvint , car il avait 90 ans lorsqu'il mourut fort regretté à Âix-Ia«Chapelle le 9 mai 1703. On voit son portrait à la tête de la 3* édition latine du n* 2.

Nous avons de lui les opuscules suivans :

l"* LMre de F. Blondel à Jaq. Didier, tMchant hs Muor minérales chaude d'Aix eê de Bareet; et à Jean Gaen^ surjes prémices de la boisson publique des même» eavoT Bi les cures qui se sont faites par leur usage., Bruxelles, JeanMommart« 1662, in^l2.

2* Thermarum Aquis Granensium et Borceîanarum descripiio; congruorum quoque ac salubrium usuum l^neationis etpotationis eluddatio. Aqxds Grani, Ant. MiAUnmich. 1671. in-16, p. 233.— It. Trajecii adJUo- «a«i, Jacobusdu Preys, 1685, in-1 6. p. 208. — It. sous ce titre: Thermarum Aquis Granensk^m et Borcetanarum .

elucidcUio et Thaumaiurgia , sive admiràbUiê earum^ dem natura^ et admirabiliores sanationes^ quas pro^ ducunt in usibus balneatwnis, potatùmis, opéra Fran^ cùci Blondel, seniorù^ medici poliatri , et primi Kujtâs Thermo^ potationis promotoris et êuperintendentis : Editio tertia, êineeriêsima prioribug auctior etemendatior, 9umptibfM auetoris,^ Aquis Grani, typit Johannù Henrici Clemenn, 1688. in-4% p. 160. Dédié à la régence d'Aix*la-Chapelle.7-It. traduit en Allemand et imprimé dans la même ville en 1688» par ordre de la dite régence, -* It. en flamand, dans Touvrage qui suit !

3*" Description de la viUe impériale d Aix-la-Chapelle, et des fontaines minérales qui s'y voyent, ainsi que de ses environs, de ses édifices et de ses belles vues, par François Blondel — avec une instruction louchant l'usage qu'on j doit faire desdites eaux minérales à certaines heures du jour, pour rétablir la santé des personnes affligées de diverses maladies. -^Ouvrage orné de figures, et imprimé par ordre de la régence d'Aixla-Chapelle. En flamand. I^çjden, Jean Duvivié, 1727, in^4%p. 223.

1703. MALTE (Herman François de), né à Liège en 1638 , était fils de Nicolas de Malle et de Bertholiiie de Hults dit Hosset. Il emprunta moins de lustre de sa naissance qu'il n'en reçut des grandes qualités dont la nature l'avait favorisé. La beauté de son génie ooui-* mença à se faire connaître par la rapidité de ses progrès dans la philosophie et dans les belles-lettres; rien n'égala ceux qu'il fit dans la jurisprudence.

Décoré du bonnet de docteur dans 1 Université d'Orléans, il revint k Liège, résolu de consacrer au bien de sa patrie le fruit de ses études et de ses talens. Son éloquence, sa profonde érudition, soutenues d'une précision desprit et d'une netteté d'expressions, qui

^ 321 ~ rendaient sensibles et aisées les questions les plus em-* brouillées et les matières les plus obscures, méritèrent des applaudissemens qui se renouvelaient chaque fois qu'il paraissait au barreau. Sa gloire ne demeura pas renfermée dans le sein de sa patrie; la renommée prit soin de la publier; bientôt il fut consulté de toutes paris, et les emplois les plus importans lui furent dé-* férés. Son prince le fit conseiller de sa souveraine cour féodale et de son conseil privé ; Liège le choisit pour son bourguemestre, et les Etats du pays pouir leur député perpétuel. Sa Majesté Catholique le nomma son résident; Louis-le-Grand , dont la seule approbation est un éloge décisif, fit tant de cas des lumières et de Thabileté de ce fameui jurisconsulte, qu'il lui confia le soin de démontrer la solidité des droits de son augustes maison, et la nullité des prétentions de celle d'Autriche à la couronne d'Espagne. Ce grand prince, aussi génèreui que juste et éclairé, fut si content de Fou* Trage de ce savant homme qu'il le gratifia d'une pension considérable et l'honora de son portrait en médaille d'or. Une distinction si glorieuse fi&a en sa faveur les-' time et l'attention générale. Député vers les états* généraux des Provinces-Unies, il s'acquitta de cette commi^ion avec une sagesse, qui fit autant d'honneur à son habileté qu'au discernement des Etats du pays de Liège qui l'avaient nommé. Leurs HautesPuissances lui donnèrent les marques les plus flatteuses de leur par*' faite estime, et lui firent présent d'une chaîne d'or en témoignage de la satisfaction qu'ils avaient de sa con«* duite. *

Ce fut dans les momens de loisir que lui laissait la multitude de ses importantes occupations, qu'il com-* posa cet ouvrage qui a pour titre : Le8 Nobles dans les ^ribiinatiûP, etc., où les questions, qui concernent la noblesse, sont agitées et définies sur les matières les plus intéressantes. Cet ouvrage, qui a mérité l'appro-*

balion des plus habiles jurisconsultes , et particulièrement de ceux de France, devait comprendi^ une leconde partie qui n'aurait traité que du criminel; mais la mort de ce célèbre auteur^ arrivée le 30 mai 1703^ a été cause que cet ouvrage est demeuré imparfait. 11 avait épousé Marguerite Jaquemin , dont le père , échevin de Dînant, a?ait été quatre fois bourguemestre. Bertliolinei sa fille cadette » le suivit de près au tom« beau » et fut enterrée comme lui à Namur datis l'église de Notre-Dame. On a consacré à leur mémoire et gravé sur leur tombeau les deux distiques suivahs :

•Terrestri doroiho irixît, divoqae fidclis HortuuB, hic iiifrà iidus utrique jacet. Fi lia fida , suo nollens superesse parenti ^ Hic rccubat y fidum » fida secuta patrem.

1708. RANNEQUIN ou RENNEQCIN. C'est par l'un ou l'autre de ces noms, qu'on désigne assez généralement en France, Sualem Renkin, auteur du projet et eonstructeur de la célèbre machine do Marli.

Renkin I né à Jemeppe près Liège, en 1644, était fils d'un charpentier et suivit la profession de son père. L'exercice pratique de son art fut , à peu de chose près, tout ce que son éducation lui fit acquérir. Le professeur Frédéric Weidler, qui a vécu de son temps, qui a visité et décrit sa machine peu de temps après sa mort, et qui s'est trouvé en relation avec ses collaborateurs , amis et parens, dit de lui : < Erat intérim Bnnneqtiinitu ferê analphabétoê, sed manuariâarto excellens. > L'épithètc grecque, qui rappelle le style bigarré des érudits des 16* et 17* siècles, annonce que Renkin ne savait pas, ou savait à peine lire; mais il était doué d'une intelligence peu commune; et on l'avait, dès sa tendre jeunesse f constamment employé aux charpentes des machines eh usage pour les épuiscmens des eaux souter*^

raioeSv qui gênent lexploitation des liouillères, parties importantes des produits du territoire liégeois.

Lorsque Louis XIV eut fait bâtir le château de Ver^* sailles , il donna ordre à Colbert d aviser aux moyens de pourvoir cette demeure royale de Veau qui j manquais Oa trouva bien, dans les environs de Versailles, pour fournir aux embellissemens des jardins, des eaux supérieures propres à remplir l'objet particulier de décora* tien qu'on avait en vue. Les hommes les plus habiles du temps , dans la science du nivellement et de la conduite des eaux , furent employés au projet et à lexécu* tien d'un vaste système d'emmagasinement et décon^ duite d'eaux, digne de remarque, et qu'il est important de conserver et d'entretenir. Mais ces eaux, qu'on désigne par Vépilhète de blanches , considérées relative* ment à l'hygiène, sont d'une mauvaise qualité; et il fallait , pour suppléer à ce défaut, se procurer de l'eau potable par l'établissement d'un second système hydraulique. Le» renseignemens pris par Colbert , d'après les ordres du roi, le déterminèrent à s'adresser au baron d^ Ville, propriétaire de la terre de ModaVe, située aux environs de Liège, dont le château et les jardins, aussi élevés que l'aquedlic de Marli, recevaient de 1 eau par le moyen d'une semblable machine, simple , assise sur la petite rivière du Hoyoux, et dont Rènnequin était lauteun De Ville, dont la fille unique a épousé depuis un duc de Montmorency, ;tjaiit appris par luimême à connaître les talens supérieurs de Rehnequin pour les mécaniques, l'emmena avec lui à Paris.

Des examens et des opérations préliminaires avaient fait décider que les eaux potables de Versailles seraient fournies par la Seine, et que la prise d'eau serait éta* blie dans le voisinage de Bougival, nn peu au-dessous du village de Lachaussée et vis-à-vis Louvecienne. 11 restait à trouver les moyens de faire franchir au fluide le seuil établi par la nature , entre les points de déri«

vation et d afllucnoe. Le projet de mécanisme fut présenté au ministre ; et pour avoir des données certaines sur la puissance motrice, on exécuta devant le roi, au château de St.-Germain , un essai en grand de lefiist dont est capable une roue hydraulique, mue par le courant de la Seine pour élever l'eau prise dans le lit même du fleuve. Le produit , obtenu sur la terrasse qui est en face du château , admiré par le roi et par les autres témoins de l'expérience, ne laissa aucun doute sur le succès de la vaste x^ntre prise commencée en 1675| sous le ministère de Colbert , et terminée en 1682| sous celui de Louvois.

M. de Yillcnfagne , dans ses Mélanges historiqueê et littéraires, page 77, nous apprend, qu'un vieillard qui avait connu particulièrement Rennequinf lui avait raconté Tanecdote suivante :

c Le jour qu'on devait faire jouer pour la première »fois cette machine, Louis XIV, voulant jouir d'un «spectacle aussi nouveau que surprenant « s'j rendit, «accompagné d'une cour nombreuse. De Ville atten<^ »dait le signal du monarque r on le lui donne; il fait •signifier à Rennequfn, qu'il cfojait présent, les ordres »du roi. On le cherche en vain : il avait disparu , en «emportant le secret de son ouvrage. Notre artiste « «ajant à se plaindre du baron de Ville qui ne I avait «satisfait qu'en paroles, voulait le forcera remplir ses « engagemens. Il j réussit. Le baron courut après lui , «eut le bonheur de le rencontrer, lui assura la somme «promise , et la machine, mise en mouvement, étonna «la cour et la France.

« Le même vieillard m'a assuré, continue H. de Vil- «lenfagne, que Louis XIV fut enfin informé que le «baron de Ville devait l'invention de cette machine «merveilleuse à un Liégeois peu connu, que eet illustre « potentat voulut voir Rennequin , qu'il le combla de « bienfaits, et que souvent il l'appelait à Versailles , où,

«entouré dé ses courtisans , il se plaisait à entendre \é ilaogage dur et grossier de notre concitoyen , qui ne isaTaitqne le liégeaù, dont la naïveté et les termes sin«- «guliers divertissaient ce grand iroi. >

On a mis en question de savoir^ si la gloire de la conception et de la composition du projet de la machine de Karli appartenait à Deville^ ou à Renkin« Un portrait du premier, qui a été gravé» porte une inscription qui lui attribue l'invention^ mais il est hors de doute qu'il a été seulement le promoteur, le négociateur de l'entreprise auprès du ministère et de la cour. Weidler, qui a recueilli à cet égard i les fenseignemens les plus authentiques « donnés par les contemporains et les coo^ pérateurs de Renkin, dit positivement (dans son Traité (Um machinée hydrauliques, Wittemberg 1728) s li, autem, qui iniUis fabricœ interfuerunt , aflirmânruni mikiad unum omneê Aannequinium illius verupi auo- (orm et fahricaiorem^ et Villanum (Deville) cùmmendatoreni apud àulam et veluti ergo dioctem extitigêe. » (Cette expression grecque ^ latinisée par Weidler, signifie : affaire i n^océ).

Reakin a été inhumé dans l'église de BougivaL Le nuirbrei qui recouvrait sa tombe, déplacé pendant la rérolution, se voit maintenant dans une auberge située près de la machine. Il porte une inscription dont voici les premiers mois, t Ci gissent honorables personnes, >siear Rennequin Sualem , seul inventeur de la ma- 'Chine de Marli, décédé le 29 juillet 1708^ âgé de > 64 ans; et dame Marie Rouelle, son épouse, décédée >le 4 mai 1714, âgée de 84 ans, etc. , i le surplus de l'inscriptioti renferme des fondations pieuses^

On peut réunira ces différentes autorités^ la conduite du gottTernement envers la famille de Renkin, laquelle nannonee pas qu'on le regardât comme un simple fabricateur ou entrepreneur. Nous avons vu, en 1783, une demoiselle Lamboth^ presque centenaire, logée

au bAlîment de la machine, et jouissanl d'une pension pajée sur les fends affectés à l'entretien de rétablissement. Cette demoiselle était petite nièce de Renkio, du côté des femmes, et fille de H. Lamboth, inspecteur de la machine , qui devait vraisemblaUement sa place à son alliance avec la famille Renkin.

Nous allcms donner une idée sommaire de la composition de la machine , qui est maintenant entièrement démolie ; on en trouve une description dans le second volume de l'Architecture hydraulique de Belidor, copiée par DesaguHers dans son Qmii^dephynque^'wmt^t est plus complètement décrite encore dans un mémoire publié en 1801 avec des planches, et contenant le jugement porté par une commission , dont M. de Prony était rapporteur, sur les pièces d'un concours, a jant pour objet, la composition d une nouvelle machine propre à remplacer l'ancienne.

Le barrage , qui procure la chute et la force motrice, a été formé entre la rive gauche du fleuve et les atte^ rissemens, ou îlots, Laloge et Gauthier réunis. Toute la longueur du fleuve , depuis le port de Marli jusqu'à Bezons était, avant le 17""* siècle, presqu entièrement divisée en deux bras par une suite d'îlots, qui ont été réimis pour ne former qu'une seule digue longitudi* liale de 10,150 mètres (environ 2 lieues et demie) et avoir, sur toute cette étendue, une grande partie des eaux de la Seine , exclusivement employée au monvement de la machine. Par cette opération, on n'a laissé, du côté de la rive droite , qu'un canal difficilement praticable à la navigation. Âu*dessous de la chute, étaient établies 1 4 roues hydrauliques de 36 pieds de diamètre chacune, mues par le fluide qui se précipitait du haut de cette diûte. Ce système de roues mettait en jeu 64 pompes prenant immédiatement l'eau du fleuve et la refoulant à un premier puisard , placé sur le penefaant de la montagne; l'eau , élevée à ce premier pui-

— S27 — sard , T Matt réprise par 79 pompes , et refoulée une secoode fois jusqu'à un second puisard supérieur du premier; là, 78 autres pompes acheraient d'opérer 1 ascension de Teau jusqu'au haut de la tour, dont la plate-forme supérieure est élevée au-dessus des eaux moyennes de la Seine de 154 mètres 7/10 (476 pieds), et le troure placée à 1236 mètres (634 toises) de distance horizontale de la machine en rivière, ou du pretirier mobile. La tour est bâtie à l'origine d'un magnifique aqueduc de 643 mètres (330 toises) de longueur, qoeVean élevée parcourt avec la seule déclivité d'écoulement. Cet aqueduc fournit un très-beau point de Tue au pays environnant i mais sa dépense, qui a dû être considérahie ^ n'est motivée en aucune manière par des raisons hydrauliques. On voit, par ce qui précède, que le produit de la machine était le résultat de 221 pompes placées, tant dans le lit du fleuve, que dans les deux puisards établis sur le penchant de la (noDtagne («ans parler des pompes auxiliaires, qui n'avaient pour objet que le jeu du mécanisme). Or, la complication apparente de cette machine , son aspect gigantesque^ qui a principalement fait sa réputation, tenaient à ce que les deux systèmes de pompes^ qui reprenaient à mi-cAte , Veau refoulée immédiatement de la Seine, ne pouvaient avoir de mouvement, qu'en vertu de la lotce motrice transmise du point inférieur du système général et émanant des eaux mêmes du fleuve. En conséquence les rôties hydrauliques , tournant par l'impulsion de l'eau de ce fleuve , avaient deux fonc« tioQs : Tune était de faire mouvoir le système des 64 pompes fournissant l'eau reprise successivement par les dcut systèmes supérieurs ; l'autre, de mettre en jeu les longues suites de pièces de communication de mouvenient j au -moyen desquelles les pompes des deux sys« tèmes supérieurs pouvaient faire leur service ; ainsi les pompes du puisard le plus élevé agissaient en vertu

d'ane impulsion donnée à des distances de ce puisard, lune verticale de 100 mètres 3/4 (310 pieds), lautre horizontale de 671 mètres (344 toises). Cette transmission de mouvement s opérait par l'intermède de plusieurs couples de chaînes de fer partant du fleuTe,et aboutissant aux points où le mouvement devait être transmis. Chaque couple avait ses deux chaînes dam un même plan vertical, attachées d'espace en espace aux extrémités des balanciers, dont les axes de rotation, placés à mi-distance entre les deux chaînes, étaient posés sur des cours de lices établis sur des chevalets. Des manivelles en fer , fixées aux extrémités des aies des roues hydrauliques, agissaient sur les chaînes, dans le sens de leur longueur, par l'intermède de pièces de traction et de rotation, désignées par les noms de bielles et variété; et, en résultat, lorsque la chaîne supérieure d une couple était tirée et se mouvait dans le sens de la descente de la montagne , l'inférieure se mouYait dans le sens de la montée et réciproquement. Ces allées et venues oscillatoires , qui se répétaient plusieurs fois par minute , produisaient des oscillations correspondantes dans les pièces du mécanisme^ auxquelles les points supérieurs des chaînes étaient attachés, et par suite l'ascension et la descente des pistons des pompes de reprise des puisards. Ces indications sommaires suffisent pour motiver l'énorme quantité de fer et de bois, dont la montagne se trouvait couverte sur une longueur d'environ 700 mètres. Les mouvemens bruyans de toutes ces masses , dont on ne pouvait pas , sans instruction et sans étude , saisir la correspondance avec le premier mobile , excitaient l'étonnement et l'admiration des hommes étrangers à la science des machines; et cependant le mécanisme , examiné dans ses détails, ne présentait au fond que des procédés assez simples. Mous devons ajouter que ces procédés étaient connus et employés dans l'exploitation des mines, plusieurs

siècles avant Renktn. On les désignait en Allemagne , dans les mines du Harz , etc. , par les noms de Feldyeê" ^oeni^e (tirailles) et de Kreuiz (varlets). Les mineurs de Hongrie etdeSuëdes'en servaient eten tirentencore un parti très-utile , lorsqu'il s'agit de transmettre la force motrice de l'eau à de grandes distances par-dessus de hautes montagnes. L'application grande et mémorable, que Renkin en a faite, est le résultat manifeste des connaissances sur les travaux des mines, que cet homme a?ait acquises par une longue pratique , mais qui , de son temps, n'étaient pas répandues en France. Il était naturel, d'après la grandeur du système mécanique qu'offrait la montagne de Marli , de supposer qu'une immense quantité d'eau franchissait le sommet de cette montagne. Malheureusement, les curieux, qui avaient le courage de monter au haut de la tour , se trouvaient désenchantés à l'aspect du mince filet d'eau qui arrivait à l'aqueduc.

Nous pensons que les lecteurs nous sauront gré de leur faire connaître ce produit effectif, et son rapport aveccelui qu'on peut obtenir de la force motrice fournie par le bras inférieur de la Seine. D'après les opérations (ailes, le 21 juin 1794, par M. de Pronj pour parvenir i cette connaissance ; la chute du fleuve au barrage était de 1 mètre 615 millimètres; et d'après les méthodes de jaugeage les plus exactes, il a trouvé le volume d'eau qui tombait de cette hauteur, pendant une secondede temps, égal à5ô mètres cubes 676 millièmes ; en calculant d'après ces données, et avec les réductions convenables, l'effet utile dont serait capable une machine, qui mettrait à profit l'énergie entière de la force motrice due à la chute et au volume d'eau qui la frandiit, il a reconnu que cette machine pourrait élever au sommet de la tour, ou à 155 mètres de ha^iteur, ^20 mètres cubes d'eau en 24 heures. 11 conserve le iittAQscrit autographe d'une vérification de ce calcul,

faite par le grand géomètre LagraDge, qai était fort purieux de ces sortes de recherches. Or » d'après les re* levés faits sur plusieurs dixaincis d'années, le produit effectif moyen de l'ancienne machine n'excédait pas la sixième partie du produit possible , c'est-à-dire 1 lôO mètres cubes, ou 1,150,000 litres en 24 heures, quan-* tité très-suffisante pour les besoins privés de 115,000 habitans dans un pajs salubre. On a agité la question de savoir à quel prix monétaire revenait un volume d'eau déterminé , élevé par la machine de Marli. Un des auteurs, qui ont parlé de cette machine, prétend qu'elle faisait acheter l'eau aussi chèrement que du vin, sans cependant rien prononcer sur la qualité de ce vin. La donnée importante, dans une pareille recherche, (est le montant du capital primitivement dépensé pour la construction de la machine et pour tous les ouvrage^ et établissemens auxquels cette construction a donné lieu; mais cette donnée manque absolument, en sorte qu'on ne peut rien statuer sur les intérêts de la première mise de fonds, qui devraient être ajoutés aux frais annuels d'entretien et de régie; ces derniers frais portaient, V sur les réparations des digues et barrages établis dans le lit de la rivière entre Bezons et la machine; 2" sur les réparations de cette machine elle* même et de tous les objets compris entre la rivière et la tour, la direction des travaux et du mouvement des eaux; 3*^ sur l'entretien des réservoirs, conduits, fontaines , etc., existant entre la tour, sur laquelle les eaux sont élevées à Louvecienne , et à Versailles même. Noua avonsétéà portée de savoir à quoi se montait le second de ces trois derniers objets de dépense annuelle : on a reconnu qu'il ajoutait, seul, à tous les autres articles inconnus, neuf deniers six dixièmes par muid d'eau de 8 pieds cubes élevés au haut de la tour; cette év»f luation est applicable aux années antérieures à 1788. Après avoir exposé les r^uUats des oonoepdons du

— SSi — génie ams culturo , pour surmofiter da grandes difficuUéSy on Ta dire, en peu de mots, comment ces difficultés ont été récemment vaincues par les mojens que fournit l'état perfectionné des sciences physioo-mathé-» matiques. L'immense attirail de mécanisme de puisards, réservoirs , équipages de pompes établis par Renkin sur le penchant delà montagne de Marli, n'avait d'autre motif que l'impossibilité oii il croyait être de faire monter une colonne d'eau depuis la Seine jusqu'au haut de la tour d'un seul jet, c'est-à-<lire par un tuyau unique qui ne fut interrompu nulle part entre ses points extrêmes. Ce n'est pas qu'on manquât de la force nécessaire pour refouler une pareille colonne; cette force aurait été moindre que celle qu'on dépensait aveo un mécanisme surchargé de masses inertes; mais des raisons, tenant en grande partie à la capacité de résis* tance du fer en fonte avaient déterminé Renkin à sous« diviser la colonne ascendante : il fallait par conséquent appliquer à chaque point de sous-division, ou d'inter^ mption , un appareil mécanique particulier pour faire continuer, à l'eau qui y arrivait, sa marche ascension* nelle; et les appareils intermédiaires ne pouvaient communiquer que le mouvement qui leur était trans* mis par l'action inférieure de l'eau du fleuve. Delà l'énorme quantité des pièces de mécanisme, dont cette transmission était la fonction unique, et qui couvraient la surface du sol sur plus de la moitié de la distance entre la machine inférieure, ou le premier mobile, et la tour. Plusieurs essais avaient été faits après la mort de Renkin , et dans le cours du siècle dernier , pour constater la possibilité d'élever l'eau d'un seul jet , depuis le bas de la chute de la machine jusqu'au haut de la tour, par Camus en 1738, Bockstaller en 1747, îrott^ Bossut, Montuda et Deparcieux en 1775. Ces essais avaient laissé fort indécise la question importante dont on cherchait la solution, et qui n'a été résolufsi

— 3S2 par le fait, qu'au oommencemeot du siècle présent. Sl^ous sommes redevables de oet intéressant succès à feu M. Brunet aîné, qui, par un hasard singulier, était charpentier comme Renkin» mais qui avait été à portée ^e recevoir une éducation et une instruction dont son prédécesseur manquait absolument. Les charpentiers, comme Brunet, sont à Paris de gros entrepreneurs^ dont plusieurs jouissent d'une fortune considérable. Un mémoire , qu'il a publié sur la charpente en fer de la Hallerau-bled , et plusieurs pièces manuscrites qui restent de lui, attestent qu'il n'était nullement étranger à la géométrie, à la mécanique et à la physique. Il avait choisi pour roue d'essai, la quatorzième de la machine, celle qui est tout-à-fait en avaK ou au^? dessous du courant par rapport aux autres. Voici ce qui est dit dans un rapport rédigé par H. de Pronj , comme rapporteur d'une commission , où il avait pour collègue MM. Monge et Coulomb, et qui a été lu à la classe des sciences de l'Institut le 16 juin 1806 : il s'agissait d'une visite qu'ils avaient faite de la machine de Marli, c II est essentiel d'ajouter que, sur les 90 pouces de fontainier (produit de la machine le jour de la visite) , il y en avait 16 ou 18 fournis par la 14* roue, qui les refoulait dans un seul tuyau sans aucune reprise le long de la montagne, et qui agissait de cette manière depuis 15 jours sans interruption, a Ce fait qui établit l'antériorité du mécanisme de Brunet, est cité dans un rapport postérieur du 12 décembre 1814, lu à la même classe des sciences, au nom d'une commission (de MM. de Prony , Camot et Poisson) chargée de constater les améliorations, que MM. Cécile, directeur ac^ tuel de la machine de Marli et Martin , artiste mécanicien , avaient faites au mécanisme de Brunet, dont une des principales était d assurer la continuité du mouve^ ment de l'eau élevée , sans le secours d'un réservoir d'air. Ce sont deux roues ainsi perfectionnées qui,

remplaçant les 14 roues anciennes . faisaient alors de* puis plusieurs années le service de la fourniture d eau de Versailles; mais elles avaient perdu, en bruit et en aspect, ce qu elles ont gagné en bonne construction; plus de tirailles, de longues chaînes de fer, de balançoires, de chevalets, etc. La montagne, qui en était couverte , s'en trouve tout-à-fait débarrassée. Nous ne serions pas étonnés (si Ton connaissait le capital dépensé pour rétablissement de lancienne machine , et pour la construction du magnifique et inutile aqueduc), de trouver qu'avec une année d'intérêts de ce capital , on aurait pu assurer la fourniture d'eau de Versailles , en employant les moyens mécaniques actuellement connus et mis en pratique; il est vrai qu'un mécanisme simple et silencieux aurait pu échapper à l'attention , à l'admiration du voyageur. Nous avons plus d'un exemple de Tenthousiasroe excité par les produits de l'enfance de l'art, tandis que ceux de sa maturité restent inaperçus. Ajoutons à la digression précédente, sur un point curieux de l'histoire de la mécanique appliquée, que l'élévation d'un seul jet des longues colonnes d'eau, a été récemment poussée en Allemagne à des hauteurs surprenantes. M. Juncker, ingénieur du corps royal des mines de France , Berchtolsgaden nous a dit avoir vu à Jusang, près de Berchtolsgaden en Bavière, une machine construite, en 1821 , par le célèbre Rei* chenbach , au moyen de laquelle l'eau est élevée d'un seul jet à une hauteur verticale de 1218 pieds du Rhin, par une chaîne de tuyaux, dont la longueur çst de 3506 pieds. Cette machine est du genre de celles qu'on appelle machines à colonne cFeau. Les nouvelles roues hydrauliques de MM. Cécile et Martin n'avaient que des fonctions provisoires, attendu qu'une machine à vapeur, placée près de la machine hydraulique et dont la construction est terminée , fournit maintenant de Veau potable à Versailles. Le bras droit de la Seine,

entre Bezons et le port de Marli, va devenir disponible. Un des premiers vœux à forraer dans une pareille cir^ constance , est celui de l'amélioration de la navigation, à laquelle les travaux de Renkin ont fait beaucoup de tort. On pourrait, en conservant aux arts industrieb le bal^age et la chute existants, francbir cette cbûte par une écluse, qui serait construite dans File, juxta posée au barrage. On a proposé plusieurs autres projets, sur lesquels on n'a pris encore aucune détermination définitive.

* 1708. RONGÉ {Jean), libraire, au Palais de Liège, a publié un vol. petit in-S"* en français et en flamand : La peUte Arithmétique françaiêe et flamande , où ton trouvera tout ce qui est déplus nécessaire au commerce et orfèvres; le tout à Fusage de la viUe et du pays de Liège. Sans date; le grivilége est du 17 décembre 1691. Dans son Avis au lecteur, Jean Rongé promet de publier sous peu, aussi dans les deux langues, un Traité de la fortification; nous ne savons pas s'il a tenu sa promesse.

1714. LACROIX (Claude). Jésuite, né en 1652 à St.-André près de Hervé , dans le duché de Limbourg, entra dans la Société en 1673 , et enseigna la morale h Cologne et i Munster. 11 mourut à Cologne le 1" juin 1714.

On ne connaît de lui : qu'un Commentaire sur la théologie morale de Busembaum. Cologne 1719, 2 vol. in-f*.

Ce commentaire, dont le père Hontauzau donna une nouvelle édition en 1729, fut un des livres qui fournirent le plus aux plaintes des ennemis de la Société. Les Jésuites de Paris et de Toulouse le désavouèrent en 1757 : il en avait paru alors une édition qui portait )d date de cette ann^ ; mais il y a lieu de croire qu'on

arait mis seulement un frontispice nouveau. SLaccaria aentrepris de justifier plusieurs des décislioos hasardées de ses confrères. «

* 1714. HANNOT (/. B.), Recollet, lecteur en théo* logie, est l'auteur d'un Index, ou Catalogue des principaux livres condamnés et défendus par t Eglise^ petit in-8*. Namur, Pierre Kinne. Liège , Barthélemi Collette, 1714.

* 1714. IffiHOS, instituteur français à Liège, a publié les : Lettres missives. Liège, in-18, 1614. On y trouve un abrégé historique de la ville de Liège, qui n'est pas sans intérêt.

* 1714. MACQUINAY, de la ville de Vervîers, fameux chef de partisans, qui , h la tête de 500 hommes, entra, le 10 juin 1710, par surprise dans Liège , et s'empara de l'hôtel du comte de Weltz, alors administrateur du pays, au nom de l'empire, ainsi que du commandant hollandais, à St.-Martin en Mont. 11 fut repoussé par les troupes étrangères, et se retira, mais sans perdre un seul homme. M. Detrooz en parle dans son histoire du marqubat de Franchimont. Nous ignorons les détails de la vie de cet homme , dont la mé«* moire aurait dû être conservée.

* 1717. CL0E5QUET (Nicolas), mathématicien lié^ geois, a publié : Les Fleurs et Pensées géométriques et la vraie et parfaite Arithmétique des négocians.

* 1717. MARTEL (Nicolas), prêtre séculier, a fait imprimer, en 1717, à Liège, chez Urbain Ancion ; Eclaircissement très^ample sur les règles fondamen-^ taies de t arithmétique, etc., pour en faciliter FintelU» gence et en rendre la pratique plus commode, tant aua (apprentis qu'à ceux qui n'ont quune légère teinture d^

cette science^ 2 vol. petit in*8''« A la page 2 de son Avig au lecteur, en tète du premier volume, l'auteur promet deux suites à son ouvrage : la première devant comporter trois volumes in-S" : la seconde trois volumes in-4'*. Nous ignorons si elles ont paru,

lVl8. SÉBASTIEN, d'Aix-laChapelIe, capucin profès du couvent de cette ville. S'étant distingué par ses talons , il remplit successivement les emplois de lecteur , de gardien , de définiteur , et enfin de provincial de sa province, qui était celle de Cologne.

On dit que ce religieux était doué d'une vertu particulière contre les vexations de l'esprit malin. S'étant aperçu à Dusseldorf , qu'un jeune homme^ aveugle et muet, qui déchirait de ses dents tout ce qu'il rencontrait, était possédé, il l'envoya à la grotte de St.-Yitte à Gladbach , où il fut délivré de sa rage.

Après avoir fait beaucoup souffrir aux démons dans des personnes maléficiées , il fut lui-même tourmenté par ces esprits impurs. Il se trouva en un instant dépouillé de sa barbe et de sa chevelure, et il ne recouvra ni Tune, ni lautre, jusqu'à la fin de ses jours. Cest le P. Hartzhein, Jésuite, qui rapporte ces faits, dont on abandonne le jugement aux lecteurs. Le P. Sébastien était fort avancé en âge , lorsqu'il mourut pieusement et tranquillement à Aix-la-Chapelle en 1718. Il a.publié deux opuscules intitulés :

1* Liber medif'ationum. Peut-être en allemand. Co^ lognel712,în.l2.

2** Renouvellement spirttiteL En allemand. Cologne, 1718, in- 12, à l'usage de ceux qui veulent faire une retraite annuelle.

1720. OPSTRAET (Jean), né à Béringhem, l'une des bonnes villes de l'ancienne principauté de Liège, pn 1651, professa d'abord la théologie au collège

d'Adrien VI , à Loûvain , ensuite au séminaire de Ma:*' Unes. Huinbert de Precipiano, archevêque de cette ville, instruit de son attachement à Jansénius et à Quesnel, le renvoya en 1690, comme un homme dangereux, à l'instigation des Jésuites. De retour à Louvain, il entra dans les querelles excitées par les nouvelles erreurs, et fut banni par lettre de cachet, en 1704, de tous les états de Philippe Y. Revenu à Louvain deux ans après, lorsque cette ville passa sous la domination de l empereur, il fut fait principal du collège du Faucon. 11 mourut dans cet emploi, en 1720, après avoir reço les sacremens , moyennant une déclaration générale de soumission à l'église; malgré cela, plusieurs collèges et corps de l'université refusèrent d'assister à son enterrement.

Opstract était un homme savant et spirituel^ écrivant assez bien en latin lorsqu'il le voulait, et même en Yers, comme on le voit dans quelques-unes de ses Sa^ iyreg contre les Jésuites; mais souvent il s'accommodait exprès au style, plus précis et moins pur, des scholas" tiques. Ses lumières l'avaient rendu l'oracle des Jansénistes de HoUandCé On a de lui un grand nombre d'ouvrages en latin et en français, recherchés avec avi-> dite par les partisans de Quesnel. Les principaux sont :

1* Thèmes theologicœ, 1706, où l'on trouve ce sarcasme : Missœ non réfrigérant animas in purgatorio , iwf in refectorio.

2* Dissertation théologiqiie sur la manière d'adminUtrerle sacrement depénitence^ contre Steyaêrt, in- 12.

3* La vraie doctrine touchant le baptême laborieux, 3 vol. in-1 2; contre le même.

4* Instructions théologiques pour les jeunes théologiens.

5* Le bon Pasteur, où Ion traite des devoirs" de^ pasteurs. Ce livre a été traduit en français par Hermant, curé de Haltot près Caën, en 2 vol. in*12. En 1764,

l'évéque de Passau en fit faire une édition pour son olergé, mais avec diiférens changemens, corrections et additions; cette édition fut réimprimée à Bamberg, Wurtzboarg et Vicence.

6* Lb Théologien chrétien, mis en français par Saint- André de Beauchéne, et imprimé à Paris eh 1723, sous ce titre : Le Directeur d'un jeune théologien, in-I2.

7* Inêtructione théologiques sur les actions humaines {De aetibus humanis), en 3 ToK in^l2. ^

8* Théologie dogmatique , morale, pratique et scho* lastique, 3 voK in^l2.

9" Traité des lieux théologiques, 3 vol. in-ll. Cest tin des ouvrages d'Opstraet le plus estimé.

10* Dissertation théologique sur la conversion du pécheuri Ce livre a été traduit en français , mais arec beaucoup de liberté, par l'dbbé de Natte, imprimé (plusieurs fois sous ce titre : Idée de la conversion du pécheur. La dernière édition française est de 1732, 2 vol. in-12, avec un Traité de la confiance chrétienne; ouvrage plus propre à ruiner cette vertu qu'à l'établir.

"" 1720. DAGLI, né à Spa, artiste distingué. Il faisait les meilleurs vernis à l'épreuve de l'eau et du feu. U est l'inventeur de ce beau vernis des Gobelins^ qui est en usage depuis Tan 1713, à la manufacture de ce nom à Paris , et qui est connu sous cette dénomination. Il est possible, qu'on ignore même dans cet établissement, que c'est à un Liégeois que l'on doit cette admirable découverte, ou plutôt cette belle invention. 11 emploja, dit-on, 40 ans pour le trouver. Ce vernis ressemble beaucoup à celui de la Chine , et il a de plus la propriété de pouvoir être employé sur des matières ployablesy comme les étoffes, la toile, le cuir, etc. Il avait obtenu en 1713, un privilège exclusif, qu'on appellerait aujourd'hui un brevet d'invention, pour établir des manufactures en plusieurs endroits de la France. On croit qu'il est venu finir ses jours à Spa.

1720. PAIRE (G. de), docteur en médecine, pratiqua dans la ville de Huy, où il est né, et dont il était bourgaemaitre. Il publia en 1720:

Quelques observations sur tes eaux minérales de sainte Catherine à Huy. Liège, F. Alexandre Barchon, 1720, in-12, 38 pages.

On voit ces eaux dans un faubourg de Huj ; elles coulent dans une prairie à l'orient du Hojoux , |)etitef mais dangereuse rivière, qui se jette dans la Meuse en cette villCé

* 1720. MALTE (MarUn). professeur en arithmétique el géométrie, arpenteur général*juré, etexami-< nitenr des arpentears de la cité et pays de Liège , a publié :

i* Traité de géométrie servant de réghmmt, à re* midier aux ahus dans les mesures des terres, prés, bois, pierres de tadUe, maçonnerie, pavé des chaussées; et des cors solides et jauges des tonneaux; le tout pat des méthodes faciles qu'on peut apprendre sans maure. Un Traité des servitude^ des bdtimens selon la coutume du pays de Liège, servant de règlement aux experts et irès^tile aux prélocuieurs, avocats, et à ceux qui veuil^ knt bâtir. Un vol. petit in-4''. Liège, sans date. Le pri« ▼ilégeestdn 14 novembre 1716.

2* Recueil des mesures usitées dans le pays de Liège i far les arpenteurs -^ jurez tant d'ancienneté comme eacoTB présentement i petit in-4*. Liège, Urbain Andon, 1720.

1721. œRET {Jacques), Jésuite célèbre par ses ▼eitus et son zèle pour le salut des âmes. Sa mémoire est encore en yénération à Liège, où il est mort le 16 décembre 1721. On raconte, qu accablé de personnes qui désiraient se confesser à lui , il les absolvait en maise, ne pouvimt plus les entendre. Il est l'auteur

^ 840 — de plusieura ouvragM mystiques i qui ne respirent que la piété « mais qui ont en même temps quelque chose d'original et d'excessivement simple, qui empêche les esprits délicats de les goûter ; tels sont : le Journal des Angeê; la Maison de l'Eternité; le Cinquième Ange de r Apocalypse y etc.

1721. LEDROU {Pierre-Lambert), né à Huy, religieux Augustin I docteur de Louvain, professa la théologie dans l'Université de cette ville avec beaucoup de réputation. Innocent XI , instruit de son mérite Je fit Tenir à Aome et lui donna la préfecture du collège de la Propagande. Les papes Alexandre VIII, Innocent XII et Clément XI « n'eurent pas moins d'estime pour lui. Innocent le nomma à Vévéché inpartibvs de Porphjre. Ayant eu quelque désagrément à l'occasion de l'affaire du P. Quesnel , dans laquelle il avait été nommé cor* sulteur, il se retira à Liège avec la qualité de vicairegénéral de ce diocèse. Il y mourut le 6 mai 1721, à l'âge de 81 ans. On a de lui, quatre Dissertations sur lacontritionetl'attrition.^ome^ 1707,etHunicli, 1786.

1722. WILDT {Guillaume), fié à Eynatten, duché de Limbourgy en 1648.

Il fit son cours de philosophie à Louvain au collège du Château , et il eut le second rang à la promotion de 1668. Ensuite ayant embrassé l'état ecclésiastique, il étudia en théologie dans la même université , et demeura au grand collège sous la conduite du docteur André-Laurent jusqu'en 1674, qu'il fut nommé professeur en poésie au collège de la Ste.-Trinitc. En 1675, il abandonna ce poste, auquel il n'était pas fort propre, et passa au collège du Château pour y enseigner la philosophie. Il remplit cette chaire jusqu'en 1687, q«€ l'archevêque Alphonse de Berges l'appela à Malines et le fit professeur en théologie dans son séminaire. Wildl

-T 341 — fut en même temps chanoine de la cathédrale de cette ville, y ayant obtenu une prébende au moyen des priyiléges de la faculté des arts. Léger Charles de Dckker, autrefois son collègue au Château, avait été pourvu par la même voie d'un canonicatdeN. D. d'Âix-la-Chapelle, qu'il permuta contre celui de Wildt. Ainsi ce dernier alla résider en cette ville, où il passa les trente dernières années de sa vie , revêtu du titre de prêtre*cardinal de leglise dont il vient d'être parlé. Il s'en absenta quelque temps pour enseigner la théologie aux jeunes religieux de l'abbaye de Rolduc. Il présida longtemps aux conférences des curés du duché de Limbourg. Il se chargea pendant 19 ans de la direction des Ânnonciates d'Aixla-Chapelle; confessant en même temps les fidèles dans leur église. Enfin, il aidait de ses lumières les ermites d'Achel près d'Hamont, chez lesquels il se mettait tous les ans en retraite. Ayant atteint sa 74* année, il mourut à Aix-la-Chapelle le 4 octobre 1722.

1723. BAVIÈRE {Joseph-Clément de), archevêque de Cologne, et prince-évêque de Liège, élu en 1694 concurremment avec Louis Antoine, prince palatin , et grand maître de l'Ordre Teutonique. On célébra sous son règne (1696), la millième année du martyre de St. Lambert, avec grande magnificence, durant huit jours. Il fit à cette occasion dresser dans le palais, une espèce d'amphithéâtre , où tous les princes*évêques de Liège de sa maison, étaient représentés; une médaille nous a conservé le souvenir de cette cérémonie.

Sous Joseph Clément, le baron de Méan et le sieur Norff furent chargés d assister au congrès de Ryswick , en qualité de plénipotentiaires, pour réclamer le duché <Ie Bouillon, la ville de Dînant, le comté d'Agimont, et plusieurs bourgs et villages dont la France s'était emparé au détriment de la principauté. Le pays, malgré ees négociations , eut horriblement à souffrir des Fran«

çais et de l'empire. I^s contestations élevées depuis longtemps, entre les évéques de Liège et Tarchi-^prétre d'Âix^-la-Cbapelle, au sujet de la juridiclion ecclésiastique, furent décidées à Rome, en 1700, eu faveur des premiers.

Joseph Clément s*é tant jeté dans les bras de la France, reçut les troupes de cet état dans ses états, et les introduisit, en 1701 , dans la ville et la citadelle de Liège. L'empereur ayant mis au ban de l'empire ce princeévéque, après la prise de la citadelle, en 1702, chargea Louis comte de Zinzendorff, de gouverner la principauté en son nom , fit des changement notables dans les tribunaux et la magistrature , et délia les Liégeois du serment qu'ils avaient prêté à Joseph Clément de Bavière.

Ce fut sous le règne de ce prince (1710) que les bougmestres de Libert et Léonard introduisirent l'usage des lanternes qu'on allumait pendant l'hiver dans toutes les rues de Liège.

Par suite des traités de Rastadt et de Bade , Joseph Clément ayant été réintégré dans ses états, revint à Liège où il fut reçu avec la plus vive joie. Il fit réaccéder, malgré lui, en 1716, le pays au cercle de Westphalie; ce qui ne lui procura que des charges sans aucune espérance même d'utilité pour lui.

Deux ans après Pierre-le-Grand, empereur de Russie, après avoir parcouru la France, arriva à Liège en bateau, durant l'été de 1718* Il y fut reçu avec magnificence. Ce monarque visita les houillères, et demeura six semaines à Spa , pour y boire les eaux de la Gé^ ronster. Joseph Clément, attaqué depuis longtemps d'une maladie dangereuse, mourut à Bonn, le 12 novembre 1623, sans avoir pu obtenir du chapitre cathédral un coadjuteur ; ce à quoi du reste , il n'avait pensé que depuis sa maladie.

-- 34S — 1^22. BRÉSMAEL {Jean-François), né à Tongreë fen 1660. Après ses premières études, il Rattacha à celle de la médecine sous les professeurs de Louvain pendant quatre ans. 11 prit le bonnet de docteur en France^

De retour dans sa patrie^ il se fixa à Liège, où il exerça sonartayec distinction depuis 1698jusquen 1722. On a de lui les ouvrages suivans t 1° La circulation des eaux, ou T Hydrographie des taux minérales d'Aix et de Spa. Liège, Bronckart, 1699| iii-12. Dédiée au baron de Méan , dojen de St.-Lani-^ bertlt. ibid. 1718,in-12.

2"* Descriptio, seu a/nalysis fontis Sti. OEgidii^ mi-neralis, ferruginei, propè Tongros. In qud hic foni cum Ulo^ quem descripsit Ptinius, in totum convenire oftemUtur t Morbi per ilium , tanquàm potabilem, imà ft balneum, sanabiles : et methodus utendi démons^ imnttlr.Leodii, Josephus Ludov» de Milst, 1700, in-16, p. 94. It. en français. Description ou Analyse des eaux minérales ferrugineuses de la fontaine de St.- Gilles proche de la vtlle de Tongres. Ib. ib. 1701, in-12. L auteur avait avancé dans son ouvrage précèdent ^ 2'* partie , page 25 , que Pline entend parler des eaux de Spa, lorsqu'il dite L. xxxi, c. 2* Tungri, civitas Gallia, fùniem habet insignem, etc. Ici, il soutient qae ce passage regarde la fontaine de St.-Gilles près de . Tongres; et c'est le sujet du premier des quatre discours^ qui partagent son traité : Le 2"* renferme lanaljse de celte fontaine ; le 3* roule sur la vertu de ses eâux^ oii domine le fer; le 4* indique la manière d en user. Les docteurs en médecine de Louvain, et ceux qui pratiquaient à Liège, Maestricht etTirlemont, déposèrent en faveur de l'utilité de ces eaux, après les avoir bien examinées. Leurs approbations se trouvent à la fin du livre.

^"Hydro^nalysedeseauxminéralesohaudeset froides

-< 344 — dé la ville impériale d Aix-la-Chapelle, divisée en deux parties. Partie V* contenant la description des eaus minérales chaudes, les maladies quelles peuvent guérir, tant par la boisson que par les bains, et la règle et diète qu'on y doit observer. Partie 2''* (page 107), [analyse des eaux minérales froides , les maladies quelles peuvent guérir, la diète et la règle qu'on doit observer en les buvant. Liège, Joseph Louis de Milsl, 1703, in-12, p. 176, gros caractère.

4'' Parallèle dés eaux minérales actuellement chaudes et (actuellement froietes du diocèse et pays de Liège, cU' visé en deux parties. Avec un avis au public pour lepré' server de la peste , des fièvres pestilentielles et malignes^ et d'autres maladies dépareille nature. Liège, F. Alexandre BarchoD, 1721 , in-8', p. 164 pour le 1*' ouvrage, et 128 pour le second. Dèdiè aux bourguemestres de Liège.

b"" Description des eaux acides ferrugineuses des fontaines de Jyivelet. Liège, 1710, in-12«

1724. HÈRIS {Guillaume), plus connu sous le nom de frère Herman de Sie.- Barbe ^ naquit à Liège, en 1657. Après avoir ètè quelque temps incertain sor-Ia profession quil adopterait, il entra, en 1076, chez les Carmes*Dèchaus$ès. Il ternnina^ sa carrière à Narour, en 1724. M. de Villenfagne, dans un asseï long et intéressant article (voir ses Mélanges hist. et liti., p. 298), a donné des extraits des ouvrages singuliers de cet auteur inconnu avant lui aux biographes. Le P. Herman a publié :

V Carfnelus triumphans, seu sacrœ panegyres SanctorumCarmelitarum ordine Alphaheiico composiiœ, et cum nova et extraordinarid methodo. Louvain , 1688, in-8* de 400 pages. Cette méthode est en effet extraordinaire^ mais elle n'était pas nouvelle, Placentius l'avait déjà employée. Le P. Herman dans une petite préface,

précédée de deux dédicaces à Jean Louid d'Elderen , prinoe-éi^que de Liège» non» apprend ce qui l'a engagé à entreprendre son bizarre ouvrage, dont loos les mois de chaque panégyrique cotnmencent par la lettre du saint qu'il célèbre : c La nouveauté « dit-il , a le droit »de plaire, et quoiqu'il n'y ait rien de nouveau sous le •soleil , cependant l'esprit changeant des hommes ne •respire que la nouveauté. Les palais des rois. les mau- •solées les plus précieux, les pyramides les plus hautes,

• les productions les plus sublimes de la nature, les •chef»-d'œuvre de l'art les plus admirés , tous ces objets •cessent de nous affecter, quand ils se présentent sou- •veut à nos regards: la nouveauté seule platt aux

• mortels. » Si on me demande, contiuiie-t-il, c le motif •qai m'a porté à les composer, je répondrai, qu'après

• m'ètre appliqué à l'étude de TEcriture-Saintc et des •Pères, j'ai cru pouvoir, pour me délasser, y consacrer

• mes momens de loisirs; ils m'ont bien plus amusé •qu'occupé : et si quelques censeurs trop rigide» me

• reprochaient le terùps que j'y ai employé, qu'ils •sachent que le premier de ces panégyriques ne m'a

•coulé que deux ou trois heures » Le P. Herraan se

fait un mérite de sa grande facilité. Il prie ses lecteurs de lire et relire son Uvre, qui ne contient pas moins de 34 panégyriques , consacrés presque tous à célébrer les saints du Hont-Carmel. L'auteur observe l'ordre alphabétique ; il donne d'abord ceux des SS. Albert , Ange, André, etc., puis ceux des SS. Brocard, Borromée, Cyrile, Denis, Elie, etc., etc., dont tous les mots commencent par la première lettre du nom de ces saints. H parcourt ainsi toutes les lettres de l'alphabet, en terminant par le panégyrique de la Vierge Vénérande. Parmi les saints qui ne sont point de l'ordre des Carmes, OQ rencontre saint Louis, roi de.France , dont notre auteur fait le portrait suivant :

Ludovicui Luteiianorum Legùlaior Lattdaiissimus.

^ 346 — lutetiamlÀberalilMmine, Lugdunumquè Locupkiavii^ lepore LaudabilU, Litteraturd Laudabilior, Libéra-* Utate Laudabiliêêimuê.

Voici comme il dépeint la prise de ce grand roi par les Sarrasins i

Lacrymabilem Luciam Lugete; Ligaiur Ludovicus^ Lutnbi, Latera, Lacerti, Laqtms ^ Li^amtnibusquè Liganiur Luxaticiê^ Luxuraniia Lacerantur Lilia» Laceêsunttêr Légumes, Languent Ludovmani Lauri^ Laiinaquè Labara Labefiwtantur.

Les lettres qui ont le plus embarrassé k P. Herman, sont les B et les Q. Il convient que les panégyriques des SS. Berthold et Brocard clocnent, claudicani, à cause de la rareté des mots qui commencent par des B. Quant à la lettre Q, Fauteur s'en est tiré , en avouant qu'il n'y a pas assez de mots de cette lettre pour faire une oraison.

2* Patrocinium potentissimum divi Jos^hi toiiui imperii, cwitatis ae patriœ Leodiensù proiectorts ei patroni Laconiciê versibus exaliatum. Liège , 1691 » in-4''. Ce livre est dédié au chapitre de St.-Lambert. Le P. Herman, dans sa dédicace, fait l'éloge de ce chapitre et de la ville de Liège ; il y rappelle les grands hommes qu elle a produits; il donne à l'évèque Notger, le nom de saint; il rapporte enfin cette repartie de Pétrarque, qui, de retour de ses voyages, interrogé par le cardinal Colonna sur ce qui avait le plus fiié son attention, répondit : j ai vu Liège, cette vilhe fameuse par son elergé , Vidi Leodium « ingenfetn clero locum. On trouve à la suite de cette dédicace, une liste de tous les tréfonoiers dont le chapitre cathèdral était alors composé. Herman a accompagné les noms de ces messieurs d'un anagramme et d'un distique à leur louange.

3* Méditations^ en français, sur le Pater. Liège, I705,in.l2.

4* CarmekhPamassus in ivenium oblattês Emin&nf. ac Révérend. D. Joanni Gualterio Sltuio Leodiensi, etc« S. R. Ecclesiœ CardinaU. Liège, 1687, m-4^ Ce titre annonce que ce livre est consacré presqu entièrement à chanter les vertus du cardinal de Sluse. A l'exceptioa da panégyrique de St. Jean«Baptiste , patron du car* dinal, compcMé de près de deux mille mots qui commencent par des I, une bonne partie des pièces de ce Tolume sont en vers latins. Parmi ces pièces, il y en a quelques-unes qui sont vraiment originales; on y trouve des distiques , des chronographes et acrostiches, et un poème de cent vers , adre^ au cardinal , dopt la première lettre commence par un S.

On peut assurer que le P. Herman a laissé loin derrière lui tous les auteurs qui se sont plus à seseecer dans ce genre minutieux de composition.

11 a laissé quelques productions raanuscritesque Ion conservait dans la bibliothèque des Garmes^Déchauseés à Liège :

1* Une HiêUnre latine de la naiseance de tordre des Carmee dans la principauté de Liège , un vpl. in4^.

2* Le Parfait supérieur, un vol. in-4''. Il a dû coûter beaucoup de travail à TauteuF, à en juger par le grand nombre de passages des écrivains ecclésiastiques et profanes qu'il rapporte.

3' Méditations et Prières, 2 vol. in4%

1724. DETROOZ {Hubert), de Verviers, neveu du précèdent, chanoine de St.-Paul à Worms, continuateur des chroniqttes manuscrites de son oncle sur Thistoire du marquisat de Franchimont et de la ville de Verviers.

1726,.LAMBERMONT {Jean) et DAWANS {Bona^ venture), surnommés lesErmites d'Ensival, parce qu'ils habitaient un petit ermitage dans la paroisse de oo

nom, située près de Verriers. Lamberniont savait à peine lire, mais Dawans , chantre de l'église paroissiale, était assez instruit pour ce temps-là; il avait même composé un livre de théologie ascétique qu'il lisait tous les jours en commun et qui leur tenait lieu de directoire de conscience. Beaudouin Spirlet, doyen du concile de St.-Remacle et curé d'Ensival, vit ce livre et le dénonça au grand-vicaire , comme renfermaot des propositions hérétiques ; en conséquence , les deux ermites, ayant fait défaut aux trois citations à eux faites , pour comparaître devant le consistoire de Liège afin d'y rendre compte de leur conduite et d y être interrogés sur le contenu dudit livre, Hinnisdael, alors vicaire-général du diocèse, par ordonnance du 12 novembre 1.707, les condamna par contumace à être chassés de leur ermitage, dégradés et livrés au bras séculier.

On ne sait ce que devint Dawans depuis cette condamnation; et nous ignorons le sort de son manuscrit; quant à Lambermont, il termina sa carrière à Ensival, où il mourut le 10 janvier 1726, dans un âge trèsavancé.

Ces cénobites étaient très -bien vus des habitans auxquels ib rendaient d'importans services, soignant avec zèle les malades , ensevelissant et veillant les morts ; aussi, la conduite du curé Spirlet fut-elle grandement blâmée. Lambert Henrici, prêtre, pour la justifier, publia l'opuscule suivant : Recueil de quelques propoêiiions tirées hors dun livre manuscrit appartenant aux jadis hermiies d' Ensival, avec des Réflexions qui font voir quelles contiennent la doctrine de t hérétique JUolinos, et plusieurs choses contraires à la pratique de l'église. Hayence, 1708, in-12, de 40 pages.

1727. EVRARD (Perpàte), peintre en miniature, né à Dinant, ville de lancien pays de Liège , vers le

niiliea da 17' ftièclé. On ignore quels ont été ses maîtres; oo sait seulement qu'il fut appelé en Espagne pour j peindre la famille royale, qu'il alla ensuite à Vienne où ses ouTrages furent accueillis , et qu'il se fixa enfin à La Haye où il épousa une Hollandaise. Il y roôaraten 1727. Evrard excellait dans le portrait, et surtout dans la miniature. Cet artiste avait ui1 dessin correct, une touche spirituelle et délicate; on découvre dans ses productions , plus de travail et d'art que de génie. Quelques-*uns de ses portraits ont été gravés. On conservait à Bruxelles, dans le cabinet de peinture de S. A. le prince Charles de Lorraine , gouverneurgénéral des Pays-^Bas , plusieurs de ses miniatures.

1728.LIBOY (Lmù-'Ffrinpai^jRomus de), reipxX une éducation soignée dans le monastère du Val-des-Ecoliers h Liège, sa patrie , lequel, après que les chanoines réguliers de la congrégation de France y eurent établi la réforme en 1667 , devint comme un séminaire et donna d'excellens sujets à l'église et à l'état. Le père de Louis-François, était Louiê^Iiosêim ck Liboy , ancien bourgmestre de la cité de Liège, mort le 1 1 janvier 1 702, lequel ayant embrassé l'état ecclésiastique , se vit dès 1^1 , chanoine de la cathédrale avec quatre de ses enfans, pendant plusieurs années; chose trèsi-rare et même sans exemple, de voir un père qui, seul avec sesenfans, aurait pu faire l'office entier tant à l'autel qu'au chœur.

Le suffragant Blavier étant souvent, à cause de son grand âge, empêché d'exercer les fonctions épiscopales, Joseph Clément de Bavière, prince-évêque de Liège, lai donna, en 1-696, pour coadjuteur, Louis-François- Rosrins, alors chanoine de la cathédrale, prévôt de la collégiale de St.-Jean-£vangéliste , et qui fut depuis sacré sous le titre d'évêque de Therraopole , sous la métropole de Gésarée en Cappadoœ. Après la mort du

-^ 850 — prince^évéque Joseph Clément , le siège étant vacant , Rossius de Liboy fut confirmé le 14 novembre 1723, comme sujFragant par le chapitre, ainsi que par le successeur du défunt Georges-Louis de Bergh , qu'il ordonna diacre le 27 juillet 1724, prêtre le 17 décembre suivant, et évéque le 31 du même mots. Ros* sius de Liboy mourut le 25 novembre 1728, après avoir rempli dignement les fonctions de l'épiscopat pendant le long espace de 32 ans.

1728, RDTH D'ANS (Ernest), naquit à Vervîers, ville du pays de Liège, le 23 février 1053 , d'une famille noble, ancienne et patricienne. Il fut tonsuré à l'âge de dix ans, fit ses humanités au collège de Verviers; ensuite il alla faire sa philosophie et sa théologie àLouvain. Ses études théologiques furent interrompues par un voyage qu'il fit à Rome avec deux docteurs, dont l'un était le célèbre Huyghens , députés de l'Université pour défendre ses droits en cette cour. Ses talens et ses vertus le faisaient déjà distinguer; et quoiqu'il n'eut alors que 17 ans , ces deux envoyés lui donnèrent la préférence, pour cette honorable association, sur plusieurs autres gens riches| qui ofiraicntde se défrayer.

De retour à Louvain, Ruth d'Ans y continua ses études, et y prit le degré de bachelier. Â l'âge de vingtdeux ans, on lui conseilla d'aller passer quelques années à Paris. La grande réputation du docteur Arnaaid lui fit nattre l'envie de le connaître* Ce savant lui fit beaucoup d'accueil , et lui donna de bons avis pour sa conduite et ppur ses études. Le premier de ces avis, fut d'aller faire une retraite à Port-Royal des Champs, et de se mettre quelque temps sous la direction de M. de Sacy. Il y alla et y passa quelques années, uniquement occupé de la lecture des Saintes Ecritures et des menu** mens de l'antiquité ecclésiastique.

£a 1677, les pieux et savana solitaires de Port-Royal

- S5I lui conseillèrent de prendre les ordres mineurs; H les reçut à Beau vais ^ de la main de M. de Buzenval qui en était évèque» sur un dimissoire du grand-vicaire de Liège. A la fin de cette année , il fit un second voyage à Rome, pour accompagner M. de Poutchâteau, qui y allait pour l'affaire de la Jlégah, et encore plus pour celle des Casuiêteê relâchée, pour laquelle deux députés de l'Université de Louvain y étaient allés de leur côté. Pendant que ceux-ci paraissaient officiellement^ de Pontchftteau et Ruth d'Ans y étaient sous des noms empruntés. Le résultat de leurs négociations secrètes pour appuyer les courageux députés de Louvain, fut la condamnation de 65 propositions de ces Casuistes , par le pape Innocent XI. Cette censure déplut fort à la cour de France , ou plutôt aux aveugles partisans des Jésuites qui étaient tout-puissans dans cette cour, et elle ne servit pas peu à rallumer le feu de cette cruelle persécution que les Molinistes ont exercée avec tant d'acharnement contre la maison de Port-Royal et contre les prétendus Jansénistes, qu'on accusait d'avoir été les mobiles secrets de toute cette affaire^ sous le manteau des deux députés de Louvain.

Ruth d'Ans revint en France, et retourna dans sa chère solitude de Portt-Royal des Champs jusqu'à la dispersion des solitaires qui arriva en 1679, par les ordres de Louis XIV. Il suivit alors M. de Tillemont à son château , étudiant sous ses yeux l'histoire ecclésiastique. Ce fut là, qu'après la mort de Le Tourneux, arrivée en 1686, il continua Y Année Chrétienne de ce dernier, et en puhlia les 10* et 11* volumes. Durant son séjour à Tillemont, il fit quelques voyages aux Pays- Bas. Il alla à Louvain pour y prendre le degré de licencié ; mais il trouva quelqu'opposition de la part du docteur Steyaert et de ses partisans , à cause de sa liai«« son avec les célèbres écrivains de Port-Royal ; ce qui l'engagea à quitter Louvain. Il passa en Hollande , otk

r- 852 — il reçut le sous^diaconat de l'évèque de Castarie , qui lui donna, en 1684, le diaconat Enfin, en 1689, l'archevèque de Sébasle l'ordonna prêtre, ayant obtenu à cet effet, les dimissoires des grands-vicaires de Liège.

La vénération de Ruth d'Ans par Arnauld d*Andilly, le détermina, en 1690, à se fixer à Bruxelles, pour tenir fidèle compagnie à cet illustre docteur qui 7 était caché. Il ne le quitta pas jusqu'à sa mort, qui arriva le 8 août 1694 , à l'âge de 82 ans. Ce fut lui qui, accompagné de Des Essarts et de Guelphct apporta secrètement à Port-Rojal, dans un cœur d'argent, le cœur du respectable Arnauld, qu'il présenta, avecles solennités requises, à la mère Racine, abbesse, qui le reçut k la tète de toute sa communauté. 11 fit à ce sujet un fort beau discours français que l'on trouve daus l'Abrégé de la Vie d' Arnauld par le F. Qiiesnel.

En 1695, peu de temps après être revenu de porter le cœur d' Arnauld à Port-Rojal, il fut choisi pour aller avec l'évèque de Plocsko recevoir la princesse royale de Pologne, au nom de l'électeur de Bavière, son futur époux. Il fut fait à cette occasion chapelain d'honneur de cette princesse , ou plutôt son aumônier.

Ruth d'Ans n'avait encore aucun bénéfice, et n'avait jamais pensé à en rechercher. Deux mois après cette commission , un canonicat de Ste.-Gudule à Bruxelles, étant venu à vaquer, l'électeur de Bavière , alors gou^ verneur-général des Pays-Bas , pour le roi d'Espagne, le lui conféra; mais à peine était-il en possession de ce bénéfice, que ses ennemis cherchèrent saintement à noircir sa réputation par des bruits calomnieux. Ils allèrent jusqu'à faire présenter au roi d'Espagne un Mémoire contre lui. M. de Précipiano, archevêque de Matines , l'accusant d'hérésie, obtint de la cour, un ordre au gouverneur , pour l'exiler.

Ruth d'Ans, pour échapperau coup qui le menaçait, publia une apologie de sa conduite et de ses sentimens.

L'électeur de Bavière, qui le protégeait hautement î malgré le« intrigues du parti jésuitique sous Tinfluence duquel se trouvait Farchevéque de Matines, tint ferme contre des ordres yisiblemeiit surpris au conseil d'Es* pagne* Malheureusement pourRuth d'Ans, ayant fait présent d'un exemplaire de Y Année Chrétienne à l'éleo» trice dont il était aumônier; on lui en fit un crime, et de nouTeaux' ordreâ vinrent au gouverneur-général, qu'il fallut exécuter. Tout ce que ce prince put faire en faveur de Ruth d'Ans qu'il aimait , ce fut de lui donner une permission par écrit de voyager en Italie, de lui en faire donner une pareille par le chapitre de Ste.-Gudule, et d'y joindre une commission de son frère, Joaeph Clément de Bavière, électeur de G>logne et prince-évéque de Liège, vers la grande Duchesse, sa sœur. Il le fit aussi porteur d'une lettre avi pape In* Docent XII , dans laquelle il le justifiait pleinement.

Ce prince ne pouvant sauver l'exil à Ruth d'Ans, sut au moins la lui rendre honorable. Il partit vers la fin de 1695. Il parut à Florence sur le pied d'envoyé de lelecteur de Cologne, en reçut à.la cour et les honneurs et les prèsens. Passant par Naples, il fut traité de même parle duc Médina-Cœli, qui en était vice-roi. A Rome, il fut admis à l'audience du pape Innocent XII, qui laccaeillit très-favorablement, et ajouta une foi entière au bon témoignage de l'électeur de Cologne sur la ca* tholidté de son envoyé. Ruth d'Ans eut l'adresse de déguiser ses sentimens et sut si bien gagner les bonnes grâces du Souverain Pontife , qu'à sa recommandation il eut le bonnet de docteur au collège de Sapience. Son exil finit par la mort du Jésuite , confesseur du roi d'£spagne, qui était son plus grand ennemi. L'électeur, croyant cet obstacle levé , sollicita auprès de S. M. C. le rappel de son ami et l'obtint. A son départ de Rome , Ruth d'Ans reçut du pape, un chapelet de pierres précieuses, orné d'une médaille d'or. U revint triont-

phant à Bruxelles; mais ce triomphe fut de courte durée. Tous ses ennemis n'étant pas morts , il fut exilé de nouveau , en 1698^ et s'en alla à Rome pour la qua^ trième foiSé Le pape eut la bonté d'écrire au roi en sa faveur « et d'attester son innocence. Il fut bientôt rap* pelé chez lui; et l'evint à Bruxelles.

Philippe y étant monté sur le tràne d'Espagne , les ennemis de Ruth d'Ans ^ qui l'étaient de tous les gens de bien , et qui avaient un grand crédit dans le conseil de^ce princci renouvelèrent leurs anciennes calomnies. N'ajant plus de protecteur à Bruxelles « depuis la mort de rélecteur de Bavière, en 1704, il lui fut signifié par une lettre de cachet, d'avoir à se retirer, dans la huitaine, des terres de la domination d'Esspiigne. Il choisit la ville de Liège pour son séjour, espérant être tranquille dans sa patrie. A peine j était-il arrivé, que le grand^vicaire du diocèse, à l'instigation du jésuite Glatté, confesseur du prince-«évéque, Joseph Clément de Bavière, fit publier un mandement qui le déclarait hérétique. Ruth d'Ans en porta ses plaintea au prince lui-même, qui fut fort surpris de l'abus que Vm\ fai-* sait de son autorité , et répara la faute de son grand*^ vicaire par un mandement contraire, dans lequel Ruth d'Ans est reconnu pour un homme parfaitement catholique. Néanmoins, comprenant bien ^ malgré cet acte de bienveillance , qu'il ne lui serait pas possible de vivre en paix dans son pays, après cet éclat scandaleux, il délibéra sur le parti qu'il devait prendre. Il était déjà âgé, et n'était pas trop en état d'entreprendre de nouveaux vojages. D'ailleurs, Rome ne lui offrait pas un asyle aussi favorable sous Clément XI que sous Innocent XII) ce pape l'ajant déclaré inhabile à posséder des bénéfices et des dignités ecclésiastiques. Ainsi il pensa à revenir à Bruxelles. Ses amis en obtinrent la permission , sous la condition qu'il se tiendrait renfermé dans une chambre. Il eut seulement un ordre

— 35» — da gouTerneur, qui restimaît beaucoup , pour touchcf les rerenua de sa prébende, comme s'il assistait au chœur. Enfin, en 1706. les Pays-^Bàs étant passés de la domination espagnole sous celle de la maison d'Au-* triche^ il fut rétabli en honneur par son chapitre même«

En 1711 , son mérite connu de toute la France , lui procura , sans qu ily pensât, la nomination au doyenné de Tournai, dont cependant il n'a jamais pris possession, à cause des obstacles qu'y mirent les mêmes hommes qui l'avaient sans cesse traversé. Au reste , ils le laissèrent tranquille à Bruiellesi pendant les dii-* sept dernières années de sa vie. Hais leur haine se te* Douvella dans le temps de sa dernière maladie^ Leurs tnrbulens émissaires allèrent le fatiguer dans son lit pour lui faire accepter la bulle Vnigenitus, qui a causé tant de scènes scandaleuses dans l'église. Le refus perséféraat qu'il fit de recevoir cette bulle lui attira lo refus absolu des derniers sacremens, et même de la sépulture ecclésiastique. Un prêtre charitable et inconnu l'administra. Il mourut le 24 février 1728. Lorsqu'il eut rendu le dernier soupir, son corp fut enlevé clandestinement et mis en lieu sûr. G) qui en favorisa l'enlèvement , fut le transport qu'on faisait alors des livres de sa bibliothèque , qui était très-considérable; et qu'il avait heureusement vendue lui-même avant sa mort. Parmi les caisses qu'on déménagea , le cercueil passa sans qu'on s'en aperçut. Il eut, en tout, le même sort que son intime ami, le docteur Arnauld, persécuté comme lui pendant sa vie, et enterré comme lui dans ua lieu inconnu» La persécution alla même plus loin à son égard, car ses ennemis poussèrent la barbarie jusqu'à solliciter la permission de faire la perquisition et lexhumation de son corps, mais elle leur fut refusée*

Ruth d'Ans était véritablement un homme diatingué par ses qualités naturelles et acquises, llétait bon théo^ logien, savant canoniste, honune de lettres, écrivain

— 3S6 — habile; il avait Tesprit élevé , fin et délié; né poar les grandes affaires, il leur préféra la religion et tout ce qui s'y rattache; il était d'une humeur douce, agréable, polie, en même temps courageux et d'une fermeté à toute épreuve; ami généreux et actif pour le service du prochain. Arnauld l'aimait et le considérait, et Ruth d'Ans avait tant de vénération pour ce docteur, qu'il voulut en être le compagnon dans ses disgrâces, le support dans sa vieillesse , le dépositaire de ses derniers soupirs. Outre les dùrième et onzième tomes de l'Année Chrétienne de Le Tourneux, on a de lui, entr'autres ouvrages, aujourd'hui oubliés :

1" Z* B. Van Espen proprU» scripiis jugulatus , sivè responêiù ad qnœdam dubia concementia hœrmm Çttesnellianam , denegationem Viairici, etc. edU. sec. aucta ei Synopsi aciarum et scriptorum Car. Molinœi et Emesti Ruth d'Ans locupletaia. Malines, 1728, in-4^ Catalogue de Van de Velde , n"" 5320.

2" Lettre au P. Cyprien, capucin, où pour h détourner du dessein dapostasier, on lui représente c$ qui s'est passé en sa présence dans une dispute enttt unprétrecatholiqueetplusieurs ministres de la Ji. P.R. Liège, in-12, 1697, peu connu. Catalogue de Van de Velde, n** 5320

S*" Réponse à t examen d'une lettre écrite à un capucin qui a quitté la religion catholique, par t auteur de cette lettre. Bruxelles, 1697, in'-12. Ces deux ou* vrages sont anonymes.

4"" La Vie de Ste. Guduh, Vierge , patrone de téglisB collégiale et de la pille de Bruxelles, par Ruth d'Ans. Bruxelles, 1703, in^*.

1729. JCPPIN {Jean-Baptiste), habile paysagiste, né à Namur en 1678. Son père, commerçant de cette ville, apercevant dans son fils, un goût naturel pour la peinture, ne voulut point contrarier son inclination;

il le plaça chez un peintre de Namur qui lui apprit le dessin ; delà , il l'envoya à Bruxelles , où il resta quel* ques années : Juppin avait un désir violent de se perfectionner : il crut, non sans raison , que quelque séjour en Italie, où il étudierait l'antique et contemplerait les chefs-d'œuvre de ce beau pays , pourrait y contribuer. 11 en entreprit le voyage, demeura quelque temps à Rome, où il travailla un an et demi à l'Académie , et alla ensuite visiter les principales villes de celte contrée, entr*autres, Modène, Bologne, et Naples, dans laquelle il peignit plusieurs tableaux considérables pour les premiers seigneurs de la cour : il profita de son séjour dans cette vUle, pour examiner le Mont-Vésuve dans toutes ses singularités.

De retour de ses voyages, Juppin resta quelque temps à Namur et vint enfin se fixer à Liège en 1717* Il sy fit connaître par des paysages qui furent recherchés avec empressement. On regrettera toujours ceux qui étaient destinés pour les Etats de Liège et qui furent la proie des flammes, lors de l'incendie du Palais; ces tableaux, parmi lesquels il en était un très- remarquable représentant une Eruption du Vésuve, passaient pour les chefs-d'œuvre de cet artiste. Il mourut à Namur en 1729, où il était allé rejoindre un frère qu'il aimait tendrement. Juppin fut généralement regretté de ses amis qui chérissaient son caractère , et des personnes qui savaient apprécier ses talens. Ce peintre était dune conduite irréprochable; toujours guidé par un génie éclairé, il composait avec beaucoup de facilité; la belle nature le dirigeait toujours dans ses ouvrages; il ne consultait qu elle. Ses sites sont très-heureusement choisis; ses points de vue à traversles forêts admirables; ses coups de lumière, d'un grand effet; son fouiller ^licat; ses eaux presqu'inimitables. I^s figures qu'on rencontre quelquefois dans ses tableaux, sont de Plumier. Juppin a fait plusieurs paysages, en 1727, pour

k chœur de la Chartreuse de Liège , qui faisaient lad^ miration des étrangers; il en a fait pour la famille des comtes d'Oultreroont, pour le chœur de l'église collégiale de St.-Denis à Liège , pour celui de la collégiale de St.-Hartin de la même ville ^ pour Georges-Louis de Bergh, prioce de Liège , pour le chœur de l'église des Croisiers de Huy : ceux-ci ont perdu de leur beauté, depuis que ces religieux les ont fait laver, et y ont fait mettre un fort mauvais vernis. Il fit aussi huit tableaux pour décoder la chambre de Tètat-primaire, qui sont les derniers grands ouvrages sortis de sa main.

1729. SLAUGHTER (Edouard), Jésuite anglais, passa la plus grande partie de sa vie au collège de sa nation à Liège , où ses supérieurs le chargèrent d'enseigner la langue hébraïque vers 1677. Il y devint professeur en théologie en 1697. Il y professa aussi quelque temps les mathématiques , et y mourut dans un âge avancé en 1729. On a de lui :

1*" Grammatica hebraîca, brevi et nova metfiodo; qud, citô, facile, solide lingiAœ sanctœ rudimenta adr disci posêunt Amst., AUarduS'Aaltsz , 1699, in-12, p. 139. Cette grammaire est assez commode pour les eommençans.

2" Arithmetica methodicè et succincte tradiia, adjunctd ad praxim ratione. Editio secunda. Leodii, Guill. Barnabe, 1725, in.l3, p. 111.

1730. LOYENS {Jean- Guillaume), jurisconsulte, avocat et échevin de la haute cour et justice de Jupille, né à Liège. Il est l'auteur de l'ouvrage intéressant, in** titulé : Recueil héraldique des bourgmestres de la noble cité de Liège, où Von voit la généalogie des évéques et princes, de la noblesse et des principales familles de ce pays , avec leurs inscriptions et épitaphes. Le tout enrichi de leurs armes et blasons. On y a joint quelques petits traits €r histoire, rapportez selon le temps de leur

événement^ depuis Fan 1200 jusque» en 1720. Liège i J. P. Gramme , 1720, un toL in-f*. Cet ouvrage donnô ]a généalogie de tous les bourgmestres de cette ville « depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1719, et comprend les principaux évènemens qui se sont passés de leur temps. Mé J. Ch. Ophoven a continué cet ou^ ▼rage jusqu'en 1783. Même format. Liége^ Y* Bour-^ gaignon^ 17834

1731. NESSEL {Edmond), né à Liège vers Vàn 1658i n étudia la médedine à Leyde, et voyagea ensuite en France pour j perfectionner se» connaissances. Ce ne fut qu'après s'être mis au fait de celles qui décident dé la réputation d'un médecin, qui se livre à la pratique de son art, qu il prit la résolution de retourner dans sa patrie. Il s'j fit aggréger au collège vers Tan 1690 , et ne tarda pas à mériter l'estime de ses concitoyens, pai^ les cures brillantes qui lui acquirent la considération qu'on ne peut refuseï* au vrai mérite et à la science^ Georges -Louis de Bergh, alors évéque de Liège, Id nomma son premier médecin. Comme l'estime , dont il jouissait à des titres aussi solides, n'est point sujette aux réveil, ainsi que celle qui dépend du caprice de la multitude ^ elle l'accompagna pendant toute sa vie 9 elle lui survécut même par les tegrets dont le publid honora sa mort. On a de lui :

Traité analytique des eaux de Spa et de leurs vertus ^t usages. Liège ^ 1609» in- 12. Il laissa encore deux manuscrits I dans l'nin desquels il a recueilli ce que les tneillents écrivains ont dit sur les propriétés des amples les plus en usage ; il rapporte dans l'autre ^ là înéthode qui lui a le mieux réussi dans les maladies ^res qu'il à eu occasion de traiter. Ces deux manuscrits Mnt festés entre les mains de son fils, Mathieu Nessel^ tnédecin et conseiller de la cour allodiale de Liège ^ Auquel on doit :

Apologie des eaux de Spa. Liège, 1713, in-8^

1733. IIEYENDAL (Nicolas), né à Eupen, pajsde Liège, selon les uns, ou à Walhorn, duché de Limbourg, selon d'autres, en 1658. Après avoir fait ses humanités à Aii-la-ChapclIe, il alla en Italie pour j achever ses études; mais ayant été enlevé en route par des soldats vénitiens, il fut contraint de servir près de quatre ans, parmi eux, dans File de Corfou. Il revint ensuite dans sa patrie , le jour même où sa mère , sur un rapport fort circonstancié de sa mort, lui faisait faire ses obsèques , auxquelles il assista sans savoir que c'était pour lui qu'on les faisait. Il se fit chanoine ré« gulier de St.-Augustin , dans l'abbaye de Rolduc, en 1684, dans laquelle la discipline venait d'être rétablie à peu près sur les constitutions de la Congrégation de Sle. Geneviève ; il s'y distingua par la régularité et la douceur de ses mœurs, y enseigna la théologie et l'Ecriture-Sainte, fut fait abbé en 1712, et mourut le 5 mai 1733. Il a laissé plusieurs ouvrages :

1* Lettres œclésiastiques sur la vie et les devoirs des ministres de l'église, en latin. Liège, 1703, in-12.

2** Orthodoxie de la foi et de la doctrine de tabhé et des chanoines réguliers de St^^ Augustin , de t abbaye de Rolduc, etc. , en latin et en français.

3° Le Jotir évangélique , ou 366 vérités tirées de la morale du Nouveau Testament, pour servir de méditations chaque jour de Tannée, par tabbé de Rolduc (N. Heyendal). Liège, 1700, in-12.

4* Defensio scriptorum theologorum de Gratid Christi quœ D. N. Heyendal ^ abbas Rodia^ducensis dictavit ; à Bem* Désirant actione epistolari et fratemâ denun^ ciatùme vindicta; cum prœfat. historicd. Louvain, in-4M7I2.

b** Dispunctio censuras Coloniensis, ejusque justifia cationis adversûs quasdam assertiones Nie. Heyendal^ abbaS'RodiaHlucensis,eodem abbate auctore. Ace, epis^ tola ejusd. Super Appendice B. Désirant» Bruxelles , 1714, in-4*.

6** Quelques écrits latins et français sur les matières <lc la ^race, suivant les principes de l'Université do Louvain , imprimés en 17 10, 1712 et 1714.

1" Quelques Mémoires latins et français, imprimés en 1 728 , sur les affaires politiques et de juridiction.

1733. riSENiEngiebert^, élève de Bertholet Fiémalle, né à Liège en 1653. Sentant, comme la plupart de ses compatriotes, que Vltalie seule pouvait développer les talents que la nature lui avait donnés pour la peinture, il en fit le voyage, et ne fut point trompé dans son attente. Les tableaux qu'il peignit à son retour à Liège , furent admirés des connaisseurs. Le Christ en croix avec la Vierge, St. Jean et la BlagdeUiine, dans Tèglise paroissiale de ce nom à Liège , et la Des^ fiente de Croix ^ dans Tèglise collégiale d'Âma, entre Liège et Huj, paraissent être des premiers qui sortirent alors de ses mains, et font preuve de la grande manière qu'il avait empruntée des Italiens. Les derniers ouvrages de Fisen sont plus froids, et n'ont plus la même force. Cet artiste mourut à Liège en 1733.

* 1733. LlLE{de), médecin à Liège, cultivait la littérature ; il a laissé quelques ouvrages, entr autres, une Comédie^ et un petit livre sur le Génie et le Caractère de la nation liégeoise, que H. de YiUenfagne avait promis de nous faire connaître, ainsi que beaucoup d'autres livres singuliers, composés par des Liégeois.

Le baron de Walef a publié une brochure contre ce médecin , sous le titre de : Supplément aux Tableaux de Philostrate prétendument imprimé à Paris, chez Cramoisi, un vol. in-S** de 40 pages, 1733. A la fin, on Ht : Cette brochure se vend à Coupon-Meuse, à la Barbe iOr. Dans cet opuscule divisé en huit tableaux , ou contes satjriques, le baron de Walef y retrace diilé- Tentes aventures de De Lilc; le dernier de ces tableaux

finit par cette plaisanterie; c'est De Lile lui«niéine qui parle :

L'autre joar , d'un auteur copiant rprdonoance.

Si je suis tombé dans l'erreur, On veut mai à-propos, m'en taxer d'ignorance.

C'est la faute de l'imprimeur.

Il y raconte aussi que , lorsque ses remèdes empor^ taicnt ses malades , ce médecin donnait pour excuse :

Ce n'est jamais la faute du remède ,

Mais du malade qui le prend,

Voici le meilleur et le plus court de ces contes :

Ce matin , ne sachant que faire ,

Et , par le beau jour attiré Je fus me promener au pied du Mont-Sacré,

Où j'entendis un âne braire.

Quel bruit , me récriai-je, et quelle nouveauté?

Midas est-il ressuscité?

Serait-ce l'âne de Silène»

Que par respect pour Apollon ,

Prêt à monter sur rficlicon, J«e bonhomme a laissé pâturer dans la plaine ?

Plusj'approchaisy plus le bruit augmentait,

Quand , au bord d'un noir marécage

Qu'ombrageait un épais nuage , Je découvris De Lile qui chantait.

1734. LOUVREX (JUathias^ Guillaume de), seigneur de Ramelot, naquit à Liège en 1665; il était as du jurisconsulte Louis de Louvrex et d'Anne Corsëlius : sa famille était patricienne. Elu bourgmestre de Liège en 1702, lorsque le pays, malgré sa neutralité, était le théâtre de la guerre entre la France et l'Empire , il se refusa. Tannée suivante, aux sollicitations les plus pressantes du comte de Sinzendorff, alors gouverneur du pays au nom de l'empereur, qui voulait le continuer dans sa magistrature. Il fut membre du conseil privé tout le temps que dura la régence impériale, ^n 1 709,

le fila du bourgmestre La Ruelle, oonTainca de Tin nooence de Théodore de Fléron dans l'assassinat de son père , remit à Louvrex la survivance de sa place d'éche-^ via, afin de réparer parla dans la personne de son ar» rière^ncTeu , les injustices dont Théod. de Fléron avait été victime.

A la paix d'Utrecht , il fut chargé d'y aller défendre les intérêts de sa patrie. Durant le cours de sa vie, il fut honoré de plusieurs légations , tant pour les intérêts du pajs que de la cité; et il s'en acquitta à la satisfaction commune. Dans tous les emplois qu'il occupa, Louvrex rendit à sa patrie d'importans services , et mérita IW time de ses concitoyens.

Louvrex était très^versé dans la jurisprudence civile» et passait pour l'un des plus grands canonistes. de son temps : aussi était-il consulté, même des avocats élran-gv*rs, surtout dans les matières bénéficiâtes. Fénélon avait pour lui une estime particulière et le consultait. On raconte que ce grand homme, apprenant que dans un procès qu'il soutenait , Louvrex défendait la cause de son adversaife : il demanda communication de son mémoire , et qu'après l'avoir lu , non content de se désister de ses prétentions , il lui envoya la collection de ses ouvrages avec une lettre remplie des sentimens de la plus grande estime, et lui demanda son amitié. Si ce trait est exact , il fait honneur à l'un et à l'autre.

Doué de la mémoire la plus heureuse , il connaissait n<m«seulement tous les livres de sa bibliothèque qui était considérable , mais de plus il désignait souvent l'endroit du passage dont il avait besoin : par ce moyen, après avoir perdu entièrement la vue, il ne cessa de dicter avec la même présence d'esprit qu'auparavant. U mourut à Liège le 13 septembre 1734, estimé autant par la simplicité de ses mœurs, sa modestie , son désintéressement et sa charité envers les pauvres que par SCS connaissances. DD. Martène et Durand en ont fait

un très-bel éloge dans leur Voyage littéraire de deux JiénàiUctins f eic. , tome 2*, p. 175. On a de lui :

l"" Dissertations canoniques sur l'origine, t élection, les devoirs et les droits des prévôts et des doyens des églises cathédrales et collégiales. Liège, f729» in-f% en latin.

2^ Recueil contenant les édits et paix du pays de Liège et comté de Looz, les privilèges accordés par les empereurs p les concordats et traités faits avec les puissances voisines. Liège» 3 voL in-P, 1714-1735. Louvrex mourut avant d'avoir achevé la troisième et dernière partie de son travail. Ce recueil est incomplet et sans ordre ; on y trouve une exposition du principe cognostique de l'allure des roches et du gissement des mines de houille, ainsi que la législation du charbonnage. L'avocat B. Hodin , qui a donné une nouvelle édition de ce Recueil; Liège, 1751 , 4 vol. in-f*, plus considérable que la première , l'a défiguré en j introduisant dans les sommaires et dans un index général de sa façon , plusieurs choses contraires à la manière de penser de Louvrex , mais très-favorables à l'official de Liège.

3"" D excellentes notes sur l'ouvrage de Charles de Héan, intitulé : Observationes et resjudicatœ, etc.

4^ Rerum Leodiensium sub Jeanne Ludovico, Jo' sepho Clémente^ Georgio Ludovico gestarum Annales, in très libres distincti, quos eanis quœ vidit, quibus interfuit. aut quœ testimoniis fide dignis didicit^ summd cura congessit 31. G. de Louvrex , toparclia in Ramelot, SS. principum Josephi Clementi et Georgii Ludovici in conciUo privato eonsiliarius ^ scabinus et es consul Leodiensis. MS. in-P. Cet ouvrage est resté inédit; c'est aux recherches de M. Polain que nous en devons la connaissance.

5* On lui attribue aussi en grande partie , conjointement avec le baron de Crassier, le 3* volume de

VHiiknia LeocUensis du Jésuite Foullon; mais nous ignorons jusqu'à quel point cette assertion est vraie.

Louvrex avait une très-belle bibliothèque que l'on a vendue après sa mort; on en a publié à Liège le catalogue. On y remarquait la collection des manuscrit» de Henri Yandemberg.

1734. VALEF (Blaise-Hmri d^ Carte, baron de), né à Liège en 1652 , descendait des Curtius, famille liégeoise renommée pour ses richesses. Doué des plus heureuses dispositions, il quitta , encore très-jeune, le collège, après j avoir fait son cours d'humanités avec plus de succès que d'application. Plus laborieux par choix, raconte-t-il lui-même, qu'asservi à l'usage des écoles, qui fait consumer sans fruit la plus grande partie de la jeunesse, il s'était fait une étude particulière; et toujours peu occupé des sciences qui lui étaient prescrites par ses maîtres, il avait lu les historiens, et surtout les poètes avec avidité. Telle est assez ordinairement l'origine de l'inclination des jeunes gens pour la poésie : ils s'y laissent entraîner par la cadence et lliarmonie des beaux vers.

11 s'adonna avec passion au jeu et aux femmes. Si Ion en juge par les vers suivans, cette fureur du jeu était alors plus répandue à Liège qu'à présent , et les dames de ce temps étaient plus coquettes et aimaient pour le moins autant les modes que celles d'aujourd'hui :

Chaque demeure ici cache un piège homicide,

Où plus d'une Angélique , où toujours quelqu'Armide ,

Par des charmes puissans , plus souvent empruntés.

Arrêtent les Médors , les Renauds enchantés :

Dans quelque lieu qu'on aille, ou l'on aime, ou l'on joue.

Son imagination plutôt exaltée que féconde lui suggéra de marcher sur les traces de Boileau qu'il prit

pour maître, ainsi qu'il l'explique dans une épUre, adressée à ce célèbre satyrique s

Oui , ce sont tes écrits, dont les charmes dÎTcrs M'ont porté, jeune encore, au doux métier des vers : Né sous un ciel ingrat , où cette noble envie Vint troubler, à quinze ans, le repos de ma vie*

Il Tavait pris pour modèle, dans l'espoir que ses fers auraient un jour lannéme célébrité :

Je yeux qne, sar tes Tera , mes tendres yers formés, Soient, dans plus d'un climat , quelque jour^ estimés.

Le baron de Walef s'est malheureusement trompé. Cependant on trouTe quelquefois, dans ses productions, cette cadence pittoresque, cette coupe heureuse de vers, ces hémistiches bien marqués qui caractérisent principalement le Chantre du Lutrin. Cette épitre deWalef en offre quelques exemples ; Boileau y répondit par la lettre suivante que Ton ne trouve ni dans la Collection de ses Œuvres^ ni dans lejiecueil de ses lettres publié après sa mort :

c Monsieur,

> Si rhistoire ne m'avait point tiré du métier delà > poésie, je ne me sens point si épuisé, que je ne trou- >vasse des rimes pour répondre à une si obligeante

• épitre» que celle que vous m'avez adressée; ce serolt >par des vers que j aurais répondu à d'aussi excellens •vers que les vôtres. Je vous aurois rendu figure pour •figure, exagération pour exagération, et, en vous met-

• tant peut-être au-dessus d'Apollon et des Muses, je •vous aurois Fait voir que l'on ne me met pas impiiné-

• ment au-dessus desOrphées et des Amphions. Mais,

• puisque la poésie m'est en quelque sorte interdite,

• trouvez bon, monsieur, que je vous assure, en prose

• très-simple , mais très-sincère , que vos vers m ont •paru merveilleux, que j'y trouve de la force et de

iréléganoe, et que je ne conçois pas oomment un

• homme nourri dans le ait pu deviner tous les

I mystères de notre langue.

1 Vous me faites entendre, monsieur, que c'est moi iqui vous ait inspiré : si cela est , je suis dans mes ius^ ^pirations plus heureux pour tous que pour moi-même,

• puisque je tous ai donné ce que je n'ai jamaiseu ; je ne isais si Horace et Jurenal ont eu des disciples pareils à iTous; mais, quelque mérite qu'ik ayent d'ailleurs, »yoilà un endroit par où je les surpasse*

t J'aurai toute ma vie une obligation très-sensible à »M. le marquis de Dangeau de m'avoir procuré l'hon-r meur de votre connaissance ; il ne tiendra qu'à vous I que cette connaissance se convertisse en une étroite lamitié, puisque personne n'est plus parfaitement que imoi, etc., etc.»

A l'époque où Walef commença à écrire, la langue française avait fait peu de progrès dans le pays. Un jargon ridicule était encore à Liège, la langue domi«* nante; on le parlait dans les meilleures maisons de cette ville; et les écrits de ce temps, de la plus grande partie des auteurs liégeois, étaient du mauvais français traduit en phrases liégeoises. Il n'est donc pas surpre-* naot que Despréaux s'étonne de voir un Liégeois s'ex*» primer quelquefois noblement en vers français.

De Walef lié d'amitié avec le marquis de Dangeau, courtisan aimable et spirituel qui s'était enrichi à la cour de Louis XIV , avait fait connaissance avec Boi^ Icau par ce dernier.

Depuis 1689 jusqu'en 1713, on rencontre des poèmes de Walef adressés à Louis XIV , au maréchal deNoailles, au marquis de Dangeau et à son épouse, ^ d'autres dames et seigneurs, au prince Eugène, à la 'cine Anne. Il était, en 1714, au service de l'Angleterre en qualité de lieutenant-général; et peu de temps après colonel de dragons en Hollande.

Madame Du Noyer, qui avait sans doute connu le liaron de Walef en Hollande, nous apprend, dans ses Lettres Historiques (tome 3, p. 104, tome 4, p. 130), qu'il y commandait un régiment au service des Alliés; et ajoute à cela, qu'il était aussi distingué par son bel esprit que par son rang et son mérite personnel.

Il figure dans les Mémoires de madame de Staal (tome l, p. 147 et 151), comme un des agens de la conspiration des princes légitimés et des Espagnols contre le régent^ en 1718. Mous laisserons parler cette dame :

c Quelle douleur, dit-elle, pour la duchesse du »Maine, de voir rabaissement de sa famille, la chute » de l'édifice qu elle avoit travaillé toute sa vie à élever, •et le triomphe de ceux par qui il était renversé ! Dans »un état si violent, il est comme impossible de se ré- »duire à l'inaction. Madame la duchesse du Maine,

• maltraitée en France , songea à se procurer de l'appui •auprès du roi d'Espagne. La dévotion du prince , di- » rigée par un Jésuite « lui fit naître la pensée de former » quelque relation avec ce directeur. Elle me proposa

• de sonder sur cette vue le P. Tournemine, que j'avois » vu autrefois en province , et qui lui faisoit de temps

• en temps sa cour.

• Je n'avois nul droit de représentation auprès de

• son altesse. J'obéis donc , et je fus trouver le P. Tour-

• nemine. Je lui présentai les idées dont il s'agissait,

• avec autant de dextérité qu'il me fut possible. Il le

• saisit vivement, et me dit qu'il avoit un ami» homme •de condition, étranger, qui, pour des affaires person-

• nelles, étoit obligé d'aller en Espagne; qu'on pou voit

• prendre toute confiance en lui , et le charger des né-

• gociations les plus délicates ; qu'il étoit capable de s'en

• bien acquitter; que , si cette voie agréoit à M"** la du- •chesse du Maine, il me l'enverrait , et que je lui pré-

• senterois; qu'il lui donncroit des lettres pour l'Espagne»

•et que son Altesse Sérénissîme pouvoit le charger de 1 tout ce qu elle jugeroit à propos de faire tenir dans ce » pajs-là.

1 Je rendis cette conversation à madame la duchesse >du Maine. La proposition du'f)ère lui plut, et je re- « tournai l'en avertir. I! m'envoya son homme. C'étoit lie baron de Walef. Il fut présenté à la princesse sur >le pied d'un bel esprit qui souhaitoit de lui faire voir tdes ouvrages de poésie de sa façon. En effet, il se mê- >loit de faire des vers. Elle eut quelques entretiens •particuliers avec lui ; le chargea de ses instructions et •lui commanda expressément de ne pas aller au-delà. •Elle ne vouloit alors qu'engager le roi d'Espagne à •soutenir monsieur le duc du Maine ^ et sa famille op- •priiiiée. Le baron devoit voir le cardinal Albéroni , •premier ministre, et pressentir jusqu'à quel point il

• vouloit prendre les intérêts dont il s'agissoit, et y af«

• fectionner le roi son maître par le motif de la proii* •mité du sang, et du respect pour les volontés du roi

• sonaîeiil, enfreintes sans aucun ménagement.

• On convient de la manière dont le baron rendroit

• compte de sa négociation. Je proposai que les lettres

• qu'il écriroit me fussent adressées, afin que madame »la duchesse du Maine y fût moins compromise. Elles

• ne dévoient contenir que des nouvelles générales : •mais on lui donna une encre blanche, pour écrire •entre les lignes les matières secrettes. J'eus la pareille >pour les réponses que je fus chargée de lui faire. Il •dit que, pour plus de sûreté, il me fcroit tenir les •lettres par une femme qui demeuroit à Paris, et qui •lui étoit entièrement dévouée.

» Toutes les mesures prises, lorsqu'on le croyoit •déjà parti , il vint me retrouver, et me dit qu'il avoit •compté sur une somme qui lui manquoit pour faire •son voyage , et me proposa de lui faire vendre quel- *ques bijoux qu'il avoit^ Je le dis à madame la duchesse

»du Maine. Elle comprit qu'il vouloit de Targent, et • lui donna cent louis. 11 partit et prit la route d'Italie, >ou il prétendoit avoir quelques préliminaires, et où » il devoit s'embarquer pour l'Espagne. Ce qui arriva

> de cette belle aipbassade se trouve à peu près dans la

> déclaration que je fis sur ce sujet* J'observai de n j » rien mettre que du vrai. >

Par quelle bizarrerie de la fortunci s'écrie M. de Yil« lenfagqe | dans sa Notice sur la vie et les ouvrages du baron de Walef^ dont celle-ci n'est qu'un extrait, le baron de \Valef , qui était lieutenant-général au service d'Angleterre en 1714, n'avait-il, en 1718, ni argent, ni emploi? lin homme qui aurait eu quelque occupation, aurait-il voulu entreprendre une comiDi5« sion aussi périlleuse?

La duchesse du Maine « non contente de cette négociation , employa d'autres personnes encore ; mais la vigilance du régent découvrit tout. Cette princesse fut renfermée dans la citadelle de Dijon, \es princes légitimés exilés dans différentes places du royaume. Madame de Staal^ la correspondante du baron de Walef qui était la comédienne Pruden, et tous ceux qui eurent part dans cette affaire furent mis à la Bastille.

Notre poète heureusement était resté en Espagne; car sans cette précaution , il eût éprouvé le même sort; et, par les difficultés qu'essuya madame de Staal, on peut conjecturer qu'il aurait eu beaucoup de peine à sortir de cette terrible prison. Madame de Staal n'en sortit que par une déclaration qu'elle fit.

On voit par cette déclaration, que le baron de Walef allait quelquefois chez la duchesse du Maine, et quil donnait à madame de Staal des vers pour les lire à sa maîtresse. C'est dans une de ces visites qu'il dit à la princesse qu'il songeait à partir pour l'i&pagne , afin de faire revivre^ s'il était possible, d'anciens droits sur une succession qui lui était échue dans ce pays; san9

doute celle de Jean de Curtius, fondateur des Capuoin^ de Liège y mort à Lecanes en Espagne, en 1628. Cette princesse le chargea alors de sa négociation auprès d'Alberoni. Le baron de Walef , n ayant point d'argent eu ce nioment, montra à la duchesse du Maine un cabinet de porcelaine très^rare , dont il voulait se défaire; mais elle lui fit présent de cent louis saris vouloir prendre le cabinet. Il partit, passa par lltaliei et arriva enfin à Madrid, où il exécuta les ordres qu'on lui avait prescrits.

 son arrivée à Madrid , le baron de Walef rédigea un mémoire qu'il fit présenter au cardinal Alberoni. Cétait, assure madame de Staal, un tissu de choses bizarres, si confusément arrangé, qu'on n'y pouvait rien comprendre. D'autres mémoires qu'il composa ne valaient pas mieux. La duchesse du Maine, en les lisant, se mit en colère : il est tombé en démette ^ s'écria-t-elle, CBsi un accident si ordinaire aux gens qui, comme lui, 9e mêlent de faire des vers ^ que j'aurais dû le prévoir... Appréhendant qu'au lieu d'avancer cette affaire, il ne la fit échouer, elle lui écrivit qu'il pouvait revenir, et qu elle tâcherait de lui procurer quelque emploi. II répondit qu'il ne désirait pas mieux, mais que, man-« quantdargent, etne sachant même comment subsister, il ne pouvait revenir; il finissait par demander du service en Espagne* On ignore s'il en obtint , ou s'il lacceptar Toutefois, il parait plus certain, que ne pouvant faire valoir ses droits qu'il avait sur une succession , il ne fit pas grand séjour dans ce pajs.

De tout ce qui précède , on peut conclure que le baron de Walef avait plus de talent pour la poésie que pour les négociations. Outre ses voyages en Italie , en Espagne et en France, il avait encore vu la Hollande, l'Angleterre et une partie de l'Allemagne; il demeura quelque temps à Vienne, où il fut dangereusement malade*

C'est probablement avant le départ de notre auteur pour FËspagne « qu'il faut placer ce que madame de Staal dit encore de lui dans ses Mémoires^ au sujet de la Bretagne , qui avait paru se révolter pendant la Régence, c II est vrai, avance cette dame, que le baron » de Walef se trouvant désœuvré et mal à Taise, se rôit idans cette intrigue, dont il s'imagina tirer parti. II >eut, ajoute-t-cUe, des correspondances avec les Breftons révoltés. • Notre poète y employa cette femme nommée Pruden , dont il se servit dans l'affaire de la duchesse du Maine. M. de Villenfagne nous apprend qu'il n'a pas pu parvenir à mieux éclaircir cette particularité que ceUe qui lui enleva, en un seul jour, les dignités et les fruits de plusieurs années de service.

Le baron de Walef, continue-t-il, ne fut pas toujours le jouet de la fortune. Après quarante ans dune vie ambulante et orageuse, il revint dans sa patrie, pour y jouir paisiblement d'un bien considérable. U restait l'hiver à Liège , et l'été à Walef-St.-Pierre, superbe château dont les erabellîssemens , qu'on doit en partie à ses soins, sont encore admirés, t II y a, dit

• madame Du Noyer , dans ses Lettres Historùiues , aux •environs de Liège, très-belles maisons de campagne, •dont une des plus magnifiques appartient au baron •de Walef. Son nom, continue-t-elle, est Curcieux» sa 1 maison est des meilleures du pays de Liège , et elle a •été si opulente, que, quand on vouloit, autrefois,

• exagérer la richesse de quelqu'un , on disoit : Jiiche ncomme un Curcieux de Liège, •

Le baron de Walef était lié avec plusieurs gens de lettres de son temps, tels que Boileau, Vergier,et quelques autres savaris français qui s'étaient fixés en Hollande. L'auteur de la Vie de Bayle le range parmi les personnes distinguées qui étaient ou amies ou connues de cet illustre écrivain. On voit, en effet, dans la Collection des Lettres de Bayle , une lettre de notre poète

— â73 — ))our engager le philosophe , de la part de loi'd Albèr^ marie , à venir rester à La Haye , où il trouverait toutes les commodités possibles ; mais Bayle lui répondit que la bonne fortune se présentait , lorsqu'il ne pouvait plus en jouir , la faiblesse de sa santé, qui dépérissait tous les jours , ne lui permettant pas d'accepter une offre aussi avantageuse.

Walef était marié; on trouve dansses Œuvres choisies^ une satjre contre sa femme, où il règne une originalité piquante.

Une pasquinade liégeoise , qui parut sous le titre de : Pasquée critique et calotène , sot les affaires de Tmédi^ o»i0 , nous fournit quelques anecdotes sur sa vie. Lors^ que le Pasquin liégeois fit paraître son poème, le baron de Walef était parvenu à un âge avancé , et accablé des maux que donne la vieillesse , et qu'accélère une vie toujours agitée. Le portrait qu'il en fait^ est très-plaisant. Mr. de Villenfagne le traduit ainsi :

«Ce Liégeois ^ aussi recommândable par son esprit que par ses connaissances ; aussi intrépide et vaillant que César, ce Liégeois le favori de Vénus, le soutien d'Apollon et des Muses, l'amant de Bellone^ le disciple de Mars \ cet illustre Liégeois est aifaissé sous le poids des fatigues d'une vie consacrée à ces dieux ? Hé ! qui peut longtemps , sans s'en ressentir « servir Vénus et Kars ? Le culte d'une seule de ces divinités pourrait terrasser l'homme le plus robuste. C'est ce qu'éprouve eu ce moment ce mortel infortuné ; une débilité dans tousses membres, si j'en etcepte la langue , et la main qui trace encore des vers , Yoilà la récompense de ses longs services^ Des infirmités nombreuses l'environnent de tous côtés; en vain on consulte le» médecins les plus fameux : rien n'apporte de soulagement à sea douleurs....

'Un charlatan d'une physionomie hideuse, errant pour des forfaits de pays en pays, était venu de Bruxelles

à Liège. On Vappelle ; le baron lui fait rénuméralton de tous ses maux , le charlatan promet de le guérir , s'établit dans la maison et parvint à gagner sa con* fiance; mais ses remèdes ne produisant aucun ejQet salutaire, on le congédia au bout de quelques mois.»

L'auteur , en introduisant sur la scène une magicienne , fait tenir ce langage au baron de Walef :

cMédecins ignorans, je veux tous montrer combien Tousexcellezpeu dans votre art. Une femme^ très^^avante en médecine, vient d'arriver ici. Je ressemble à £son , mais c'est une seconde Médée , qui Ta me rajeunir. Venez, docteurs ignorans , venez disserter avec elle sur mes infirmités, et bientôt vous lui céderez les armes....

» Le baron se préparait déjà h monter sur l'Hélicon pour célébrer en Tcrs |)ompeux cette nouTelle Médée; soins inutiles ! En Tain elle mit en usage tous les secrets de la magie ; ils n'eurent pas plus de succès que les remèdes du charlatan ; on la chassa de même. Trompé par ces empiriques , le malade déchargea sa bile sur les enfans d'Esculape. La colère lui donna des forces , et bientôt ses satyres inondèrent le public. Le collège des médecia^ de Liège ne daigna pas y répondre : il crut qu'il était de l'honneur du corps, de ne Toir dans cela , que l'efiet des drogues de la trompeuse Médée , et de penser que , dans peu sans doute , le repentir succéderait à cette fureur poétique.

«L'auteur de ce poème liégeois , après s'être amusé à raconter quelques aventures assez risibles de nos médecins de ce temps , revient à notre poète : je crois, dit-il , que les remèdes de la nouvelle Méd^ lui ont tourné la tète : à peine le reconnait-on , tant il est changé ; il est d'une humeur si chagrine, que personne ne sait rester chez lui ; il donne pour tout gage à ses domestiques des coups de pied aux uns , et des coup de bâton aux autres ; il intente six procès à un de ses parens , et paye d'ingratitude un avocat estimé qui l'avait servi fidèlement.

tUn Janséaîste essora aussi son humeur volage ; il s'était introduit chez le baron de Walef sous le prétexte de lui montrer des livres défendus : vous j puiserez ^ lai disait-il, des caractères bien transes, de belles phrases et des termes choisis dont vous ornerez votre Catholtcon* Ce Janséniste fut, pendant quelque temps, très-bien reçu du vieillard nnoribon; enfin il éprouva le même sort que tous les autres ; il fut renvoyé.»

A sa derttière maladie , les médecins de Liège refusèrent de sa rendre chez lui , parce quil avait fait une Boiyre contra l'un d eux » qui attaquait le corps en gé« néral ; il y disait t

Qae pour empèchçr lear nombre de s^accroitre , Que sur chaque avenue , on dresse des gibets ; Et , que , si quelqu'un d*eux osoit encore paroitre^ ^ Sans autre forme de procès ,

Qu'on me le pende au premier hêtre.

Ce médecin, héros de la satyre, s'était arrogé

La liberté d aller partout traùeuêement , Tuer le monde impunément.

Après avoir fait saigner deux fois ahondaniment le WoQ de Walef, cet Ë»culape lui annonça qu'il devait partir de la vie. On ne souscrit pas volontiers à un tel ordre.

Quoi y sitôt 7 ne peut-on adoucir cet arrêt ? Pour un tel Toyage on a plus d'une affaire ; Je ne tcux que demain , pour le plus néeessaire ; On jour me suffira, demain je sei:aiprét; Suspendes jusqu'alors la cruelle sentence (•..

Il luttait contre un homme impitoyable ; il ne put rien gagner.

G*en est fiiH ^ me dit-il , Finstant fttal s'aTanee<«<

Il se confessa donc , en maudissant le médecin*

Qoi ne craignant pour soi , ni jage , ni supplice , ÂToît forme , de sangfroid , par malice , Le dessein de m'assassiner.

Soit que cette anecdocte soit réelle, soit que le baron de Walef lait inventée à plaisir , les médecins de Liége^ piqués de ces sarcasmes , ne voulurent pas le secourir. On tx)urut à Louvain ; cette satyre , et quelques autres aussi moi^antes , n 7 avaient pas fait moins d'impression ; cependant les médecins de cette ville, après plu* sieurs sollicitations se laissèrent enfin attendrir, et arrivèrent pour être spectateurs de sa mort. Walef mourut à Liège , le 22 juillet 1834.

Brusen de la Martinière , qui a eu quelque liaison avec notre poète , et qui a bien saisi le véritable caractère de ses ouvrages, explique ainsi la cause de loubli des productions du baron de Walef :« Lorsqu'il n'était tque colonel des dragons , il avait beaucoup de feu, «assez d'imagination et de verve pour faire des madri- >gaui et des chansonnettes où il j avait de fesprit et » de l'enjouement ; s'il se fût boriié à donner un petit «recueil de ces bagatelles qu'il avait en assez grand «nombre, son volume aurait trouvé des lecteurs, mais » il donna dans la poésie grave ou dans la burlesque : «dans Tune, il est resté au-dessous de ses modèles. 11 » n'est ni assez châtié dans ses vers , ni assez pur dans «son stjle,ni assez délicat dans le choix des pensées^ «Hardi quelquefois jusqu'à l'excès, il ne se soutient «pas longtemps* Il savait par cœur Y Art Poétique de «Despréaux....»

On trouve dans les OEuvres de Vergier , une lettre très-ingénieuse , adressée au baron de Walef , où ce jugement de la Marfinière est confirmé. En le critiquant , Vergier sait rendre justice à notre auteur ; it trouve que ses écrits ne sont pas sans beautés :

Vais souvent ces beautés ,

Souffrant à leurs côtés D'expressions lâches et mal rendues

L*ennuyeuse froideur , i

Sont , mal^é leur splendeur , Sous ce nuage , indignemeut perdues.

On a de lui :

1* Collection deê Œuvres du baron de Walef. Liège, Ev. Kinlz, 1731 , 5 vol, in-8'. Le tome f contient des Odes Hérciques et Galantes , la Description de la Hollande , et d'autres poésies. Les tomes 2* et 3* ont pour titre : Réflexions nouvelles. Ce sont une critique d'Homère qui a eu peu de succès. On trouve à la fin une tragédie : Electre. Cette pièce , malgré quelques inégalités dans le style , n est pas sans intérêt , et est , de tous les ouvrages de ce poète , celui où il se soutient le mieux. Le tome 4* renferme le siècle de Louis-le-Grand , poème en huit chants , et Thémire , ou tactrice nouvelle sur le théâtre d Athènes , en douze chants. Le tome 5* contient les Rues de Madrid, en six chants ; des Dialogues , Satyres , Epiires et EgUhghses : T Histoire de la porcelaine et la Métamorphose de Clitie en fleurs , poèmes qui fourmillent de traits charmans , de détails agréables, et attestent une ima* gination riante; enfin , le Combat des Echasses, poème héroïque en quatre chants , par lequel l'auteur avait débuté en 1669, et ne peut intéresser que les Namurois , qui j distingueront leurs noms.

2* Annibal , tragédie inédite.

3* Les Titans. Liège, 1724, in-12. Paris, même année. Cette édition a pour titre : Les Oéans , poème épique. Composé en grec par Musée , et traduit en latin par Ovide Nason. Walef, dans la préface de l'édition de Paris, le donne comme une traduction du poème de Musée. 11 assure qu'il a eu longtemps ce manuscrit en sa possession , que des voleurs le lui ont

^ 378 — enlevé dans un camp , mais que par bonheur , il en avait fait , à laide du jésuite Plumet , une traduction en prose française. II est superflu de dire que ce conte ne mérite aucune attention ; on en peut dire autant de l'ouvrage,

4* Les Jumeaux , en douze chants et en vers libres*

5* Le Cathoîicon de la Basse Germanie. Cologne , Pierre Marteau , 1731 , in-'S'' ; dédié au comte de Sin-» zendorff , grand chancelier de la cour de l'empereur. C'est un recueil de pièces satjriques et morales dont les deux plus considérables , chacune en deux chants , ont pour titre i ks Nuées et Harpagon.

6** Supplément aux tableaux de Philostrate. Liège (Paris), 1733, in-S"*. Ce livre est divisé en huit tableaux, ou contes satyriques.

Mr. le baron de Yillenfagne a publié : les Œuvres choisies du baron de Walef. Liège , Lemarié , 1779 , in-12, de 213 pages; précédées d'une Notice sur la vie et les ouvrages de cet auteur.

On trouve dans le Journal Littéraire ^ une critique assez superficielle des poésies de Walef,

1736.LAFABRIQUE {Nicolas), peintre, né àNamur, se fixa à Liège au commencement du siècle , et j mourut en 1736. Le long séjour qu'il a fait à Liège , permet de le ranger au nombre des artistes du pays. Nicolas Lafabrique témoigna , dès sa plus tendre enfance , un goût décidé pour la peinture : à peine âgé de dix ans , que , fatigué des réprimandes qu'il recevait sur son peu d'application à l'étude, il sollicita son père de lui faire apprendre le dessin. On le mit chex un peintre de Namur, nommé Bouge, qui lui enseigna les premiers élémens de son art. Deux autres élèves de ce maître résolurent un jour d'aller en Italie , et demandèrent par dérision à Lafabrique , beaucoup plus jeune qu'eux» s'il voulait être de leur compagnie.

— «79 — Celui-ci qui crojait que ce n'était qu'une promenade de deux ou trois Mmaines ^ vole chez son père , et le prie I en lavertissant qu'il partait pour l'Italie , de lui doQoer quelques chemises avec des provisions. 11 avait ouï dire que ce n'était que dans cette belle contrée qu'on pouvait se perfectionner. On regarda ce projet dans sa famille comme un badinage dont on voulut s'amaser un instant. On lui accorde donc ce qu'il demandait ; et ne possédant que 30 sous ^ il courut , trèsjojeux» rejoindre ses compagnons , qui avaient promis au père de le lui renvoyer à une certaine distance de Naoïur ; mais le jeune Nicolas , par ses prières et ses instances » parvint à leur faire changer de sentiment. Au milieu de la route , ses deux compagnons l'aban-> donnèrent pour s'enrâler. Lafabrique ne perdit point courage : seul sans ressource , et dans l'âge le plus tendre, il poursuivit son TOjage, et arriva enfin à Rome, où , en peu de temps , il fit , sous un bon maître , des progrès si étonnans , qu'il gagna assez d'argent pour y mre honorablement , et refuser celui que ses parens^ inquiets de son sort, et qui, après bien des recherches^ ajaot appris où il était , lui envoyaient.

Ce peintre réussissait dans les oiseaux, les figures et principalement les têtes» On remarque dans ses productions un si beau goût de pinceau, un précieux si fini, des traits si vraisemblables et si naturels , que les princes dcl'Europe s'empressèrent de placer dans leurs cabinets ses tableaux. Florent Le G>mte en cite deux : l'un re-* présentait la téie cTun philosophe Heur, qu'un amateur de Paris acheta fort cher; l'autre, que possédait le roi de France , offre une belle figure qui tient une coupe. [M. de UiL etdhist. de Mr. de Villçnfagne, page 135).

1736. HANLET {Henri) , religieux convers de Tab- ^Kiye d'Orval, naquit à Maestricht. Il eut le bonheur de recevoir une éducation chrétienne à Malines sous la

direction de Mr. Witte^ alors curé et doyen du chapitre de Notre-Dame. Il alla par son avis se consacrer à Dieu dans l'abbaye d'Orval , où sa sagesse et ses vertus lui procurèrent l'inspection sur tous les frères convers. M. Save, médecin et solitaire de Port'Royal, qui s'était retiré dans cette abbaye « lui donna des leçons de chirurgie et de médecine , dont il profita si bien , qu'il se rendit en peu de temps Irès-ulile aux malades de la maison et aux pauvres du voisinage. Sa régularité et sa douceur le firent aimer et estimer de tous ses confrères. En 1725, il donna une preuve de son attachement à la vérité , à l'occasion d une visite que Tabbé de &rtmbergue fit à Orval pour y faire recevoir la buUe; il aima mieux s'exiler lui-même, que de trahir sa conscience, il se retira lui quinzième en Hollande. Il mena à Rhin^ wyck une vie très*régulière et très-pénitente, jusqu'à ce qu'enfin épuisé de forces et accablé d'infirmités , il y consomma sa course le 30 octobre 1736 , âgé de 80 ans , après avoir reçu les derniers sacremens de la main de Yévéque de Babyhme. ( Nouv. Eccl. du 28 juin 1736).

Nécrologe des plus célèbres défenseurs ei confesseurs de la vérité, 7 vol. in-12 , 1760, tome 1*' , page 285.

1737. HOFFREUMONT {Jean-. Jacques), prêtre, religieux de l'abbaye d'Orval, naquit à Yerviers, ville du pays de Liège , le 0 octobre 1660. Il était entré dans cette abbaye dans les premières années du célèbre abbé de Bentzeradi, sous la conduite duquel il puisa les plus pures maximes de la religion , et les principes les plus solides de la vie monastique, qu'il a pratiquées le reste de sa vie. Il fut fait sous-prieur et maître des novices dans l'abbaye de Beaupré. De retour à Orval , il fut sucoessivement maître des convers, prieur et maître des novices. Comme il était instruit, et par conséquent opposé k la bulle ^ il érut devoir précautionner les novices

eontre lacceptation de ce décret ; ce qui le fit déposer par dom Henricn qui était alors abbé. La visite que fit dans cette abbaye l'abbé de Grimbergue en 1725, pour y faire signer le formulaire et accepter la bulle , lui fit prendre le parti , avec plusieurs de ses confrères-, de se retirer en Hollande pour éviter la persécution. YL. Barchman^ archevêque d'Utrecht, les reçut avec cordialité , et ils se réunirent tous dans une même inaiM>n, et le respectable Dom Hoffreumont en fut élu trois fois supérieur. Il fut adhérent à la cause de l'église dTJtrecht , à l'appel de l'archevêque et du chapitre , et à la cause de Mr. de Senez. Il mourut à Rhinwyk d^un abcès au poumon « qui Tétoufia le 28 janvier 1737 : il ayait communié la veille. Il fut enterré dans le cloître de l'église de Sainte-Marie.(Nouv. Eccl. du 28 juin 1 737), Même Néorologe , tome 1*' , page 297.

1737. HOFFREUMONT(&rt;aw),frèredu précédent, né à Verviers , le 16 mars 1663 , était curé à Grâce , près de Liège ; il fit ses études chez les Jésuites avec un tel succès y qu'ils tachèrent de l'attirer dans leur com^ipagnie , mais échappé de leurs mains , il alla faire sa philosophie et sa théologie à Louvain , où il eut pour directeur le célèbre M. Huyghens. En 1690, il fut fait curé de Saint-Hubert et y enseigna en même temps la thëok^e aux jeunes religieux de l'abbaye ; il s'acquittait dignement des fonctions pastorales, lorsqu'au bout de 15 ans on le fit passer à la cure de Grâce « où il fallait un homme habile et zélé« Comme il était fortement attaché au Jansénisme, il résolut de s'opposer de toutes ses forces à ce que la bulle fut introduite dans le diocèse. Pour cet efiet, il eut le courage en 1720 de faire le voyage de Vienne, et il obtint de l'empereur un réscrit qui défendait à l'évêque de Liège d'inquiéter personne au sujet de la bulle. Le prélat piqué de cette démarche , fit tant que le rescrit fut révoqué*. M. Hof-

frenmont prévoyant ce qui pourrait lui en arriver, prit le large, et se relira en Hollande, où BL de Barchman, archevêque d'Utrecht , le dhiargea de professer la théologie dans le séminaire A'Amertfbrt; ce qu'il fit pendant neuf ans. Enfin un épuisement réel et plusieurs attaques de paralysie rohligèrent de se retirer dans la maison des orvalistes de Rhinvoyk. U renouvela son appel avant sa mort , qui arriva le 2 mai 1737 , à l'âge de 75 ans« (Nouv. EccL du 5 juillet 1737). (JVécro^ loge , tome 1*' » page 303).

Servais Hoffreuraont a publié : De la faUlibUUé deê />ajw»,2vol.in.l2, 1720).

1738. PIERROT (Antoine), prêtre, religieux de Vabbaye d'Orva/, ordre de saint Bernard dansleLuxem^ bourg, naquit en seize cent cinquante-sept à Margni dans ce pays. U entra dans cette célèbre abbaye à Tâge de vingt-un ans. On remarqua en lui une grande simplicité et beaucoup de candeur, une profonde humilité et une tendre charité. II profita des premiers de la réforme quy introduisait en 1690 le célèbre abbé Charles-Henri de Bentzeradt , et fut très-lié avec M. de Pontchâteau, dont le séjour à Orval contribua beaucoup à son avancement dans la piété. Il rendit témoignage à la vérité dans la visite que fit dans labbaye en 1725 l'abbé de Grimbergue, prémontré en qualité de visiteur apostolique , en lui déclarant que sa conscience ne lui permettait pas de signer le formulaire ni d'accepter la bulle. Comme il craignait avec fondement les suites de sa déclaration , il prit le parti de la fuite et alla rejoindre ses confrères en Hollande. Il renouvela ses appels deux jours avant sa mort : il reçut les sacremens de la main de Yévéque de Babylone le jour de l'Epiphanie, et mourut à Rhinwyk , le 7 janvier 1738. (7V&ro%e,p. 1-110).

1738^ TOMBEUR {Pierréi, prêtre du diocèse de

Liège 9 «"est toujours distingué par sod eœur droit , 6on esprit solide et son amour ardent et courageux de la yérité. Elevé dans le séminaire de Liège » sous de bons maîtres 9 il j puisa les meilleurs principes ^ il ré^ lidait depuis plusieurs années dans ce séminaire « lors* que les Jésuites s'en emparèrent en 1690 , ce qui lui donna occasion de combattre avec force leur morale relâchée. Ces pères cherchèrent bientôt à s'en débar* raâser; ils prirent occasion du refus que fit labbé Tombeur de distribuer une de leurs thèses, qui était affreuse , pour le chasser du séminaire. Deyenu quelque temps apfès vicaire de Saint-Adalbert k Liège , il en remplit les fonctions avec beaucoup de zèle et un grand succès. Ses infirmités l'obligèrent de quitter cet emploi^ et il se contenta de rendre quelques services à un hépital et de vaquer à l'étude et à la prière. Comme il était appelant de la bulle et adhérent à M. de Senez, l'èvèque de Liège le poursuivit , et le fit déclarer sus-pendu des fonctions de ses ordres. Pour éviter de plus grands maux dont il était menacé , il prit le parti de se réfugier à Vtrechi en 1738, Attaqué d'apoplexie , il reçut ses sacremens des mains de monsieur Yévéque d» Babylone en renouvelant ^% appels» et mourut le 28 octobre 1738 « à rage de 69 ans et inhumé dans l'église de Sainte^Harie. (Nécrologe, tome 1*^ page 346)«

1738. KERKUERDÈRE {Jean-Gérard), né vers 1678 à Fauquemont, pfès Maestrioht , village de l'ancien duché de Lirabourg. Il fit de bonnes études à Haeatricht , étudia la philosophie et la théologie à Lou** vain , et se consacra ensuite à l'étude des langues sarantes , de la critique sacrée et de lantiquité; il ensignales belles- lettres durant plusieurs années, donna ^leçons d'histoire au collège des Troû^Langues. L empereur Joseph P' le nomma en 1708 son historiographe. Il mourut le 16 mars 1738. On a de lui :

1* St/stema ApocatypHcum. LooTain, 1708 , in*12, C'est l'essai d'un ouvrage plus considérable qui porte le titre suivant :

2*" De numarchid Romœ paganœ secundùm concordiam inter SS. Propheiaê Danielem et Joannem : consequens historia à numarchiœ conditoribut usquè ad urbis et imperii ruhmm. AcceisU séries hùtoriœ Ap(h calvpticœ. Louvain , 1727 , in-12.

o** Podramus Danelicus, pvè novi coruUuê hùtorici, crUici, in celeberrimas di/pcultaies historiœ Veterii Tesiamend^ nwfmrchiarum Asiœ , etc., aos prtecipuè Danielem prophetam. Louvain , 1711 , in-12. Cet oa* vrage ainsi que le précédent , est plein d'érudition : les hypothèses de l'auteur, assez vraisemblables, jettent beaucoup de jour sur les difficultés historiques , chronologiques et géographiques de l'Ecriture-Sainte.

4* De situ Paradisi Terrestris. Louvain, 1751, în-12. Il place le paradis terrestre un peu au«dessus de la Babjlonie, prend pour le Phison le bras occidental de l'Euphrate jusqu'à son embouchure , et poar le Gehon le bras oriental du même fleuve depuis la ville de Cipara , où il^se mêle à un bras du Tigre jusqu'à l'embouchure du même Tigre , près de la ville et de l'ile de Charaz. Ce système diffère de celui du savant Huet I mais il est tout aussi probable. K.erkherdère a fait précéder ce traité du Conatus novus de Cephà reprefienso ; dans lequel il soutient que ce Céphas est différent de St. Pierre. On trouve encore dans ce même volume , une Dissertation sur le nombre des années que le Sauveur a instruit le peuple; et une autre intitulée: De Cephd ter correpto.

5' Grammatica Latina. Louvain , 1706 , in-12 de 117 pages, où il y a plus d'érudition que dans la plupart des grammaires , même les plus volumineuses.

6* Un grand nombre àe poésies latines, qui lui assu« rent une place distinguée sur le Parnasse.

7* Plusieurs ouvrages manuscrits # entr'autres :

1* Quatuor jEtates , pouvant servir à réclairciase** ment de plusieurs endroits de la Grenèse.

2* OjnAs quatuor monarchiarum , auquel le Mo'* narchia Bomœ Paganœ , devait servir de 4* partie.

3"* Traité de$ LXX semaines de Daniel, qui était entre les mains du censeur lorsque l'auteur mouruL

1740. XBROUET ( Warner), médecin distingué, né àSpa^a publié :

1* De trium humorum ocuU origine, formatione et màtrUione. Leodii, 1688, in-8* et 1691, in-1 2. Il s'élève dans cet ouvrage contre la doctrine de Nuck, et pré<tend que les conduits aqueux de celui^i sont de véritables artères. Il entre dans plusieurs autres détails, oomroe sur la structure celluleuse de l'humeur vitrée , nir l'analjse du cristallin et de l'humeur aqueuse , jsur la membrane qui ferme l'iris. Nuck publia un ouvrage pour soutenir ses sentimena , qui parut à Leyde en 1691 , in-8%

2* La connaiieance des eaux minérales d^Aiahla" Chapelle, de Chaudfontaine et de Spa ptH' leurs vérû» tables principes. Leyde , 1714 , in-12. Liège , 1729 , iD^l2. Cet ouvrage renfierme beaucoup d'observations pour confirmer les vertus de ces eaux.

3* Une traduction française du Spadacràne de Henri de Heers quil a enrichi de savantes notes. La Haye , 1739, in-1 2.11 y a corrigé les fautes touchant la chimie, et il a établi par ses expérienees, l'existence d'un acide, dun esprit volatil, d'une terre alcaline et du fer dans kieaaxdeSpa.

hd journal de Trévoux a publié en 1707 , une analyse de Xhrouet sur le soufre commun. Il y prétend, contre le sentiment de Hambert qu'il attaque , qu'il est possible d'avoir des fleurs de soufre sans aucun mé« ^nge d'acide.

XHROUET {N.)» capitaine du bourg oélèbre de Spa. N. Pilnitz , dans ses AmtMemens de Spa , vante ses ouvrages en nacre de perles , qu'il tniYaillait, tant en gravure qu'en ciselure ^ ou en bas relief ^ avec une délicatesse surprenante. Nou$ lui ordonnâmes, dit'^il , des cachets de nacre, et je n ai jamais rien vu de plus parfait.

En 1736 , on s'adonnait encore à Spa avec beaucoup de succès auï arts. C'est ce qu'atteste une Dissertation inaugurale sur les fontaines minérales de cet endroit, composée par le docteurDe Pressens, et imprimée cette année. Ce médecin assure à la fin de sa Dissertation , qu'il y avait, de son temps, à Spa, de tièft-habiles peintres , des tourneurs admirables et des artistes qui façonnaient ingénieusement le nacre de perles,

XHROUFr {Lambert) , l'un des premiers tourneurs de son siècle , est né à Spa. Cet homme étonnant eié-* cutait sur des tours qu'il avait inventés , des pièces merveilleuses par leur difficulté et leur finesse. La grande réputation qu'il acquit par la beauté de ses ouvrages , se répandit bientôt partout, et lui valut Thon^ neur d'étre^ mandé à Vienne, en 1748, et d'j être re^ tenu pendant six mois auprès de S. M. l'empereur François P'. Xhrouet s'était fait accompagner de son tour. Il donna des leçons de cet art agréable à ce prince, qui lui fit cadeau d'une belle tabatière de porcelaine de Saxe et de trois médailles d'or. Il fut aussi appelé à Bruxelles par le duc Charles de Lorraine , également amateur de cet amusement ; il fit quelque séjour à sa cour. D'autres princes de l'Europe l'appelèrent de même et voulurent orner leurs cabinets des ouvrages de ce célèbre artiste.

Xhrouet, remarque le docteur Sandberg, dans son Essai sur les eaux de Spa , a été le digne émule de Plumier. U exerçait encore son art à l'âge de 71 ans^

et malgré aa caducité, on voyait sortir de son tour de» prodif^cs de goût et de délicatesse. Il a laissé un neveu du même nom, qui a au in la même carrière que son oncle avec le même succès. Nous n'avons pas de renseignemens sur lui. *

XHROUET {Jogeph), autre artiste delà même famille que le précédent* et né à Spa comme lui, s'est distingué dans la gravure. Il a gravé \e plan du Grand Marché de Liège, deTHétel-de-Ville, et de la Fontaine qui est TÎs-à-vis. Ce plan qui est inséré dans le 1*' vol. p. 244 des Déliées du pat/ê de Liège, est admiré des con* naisseurs.

XHRODET (N.), employé au service des Etats-Généraux de Hollande, sgustait avec beaucoup d'art et de solidité , des bouches aux canons de bronze encloués et des culasses à ceux qui étaient crevés. Ce Xbrouet était aussi sans doute de Spa et de la même famille.

* 1740. GRISARD {JV.), ouvrier liégeois , auquel on doit , dans le pays de Liège , suivant Saumery ( i?^/M?e^ du pays de Liége^ tome Vj, la première invention pour fendre le fer et le réduire en baguettes fort minces. Nous regrettons de ne pouvoir donner d'autres renseiguemens sur un homme qui a été si utile à l'industrie liégeoise.

* 1740. LOUP (Remacle le), né h Spa, contemporain de Dagly. Il s'est distingué dans les paysages et les perspectives. C'est lui qui a dessiné et gravé les vues des villes et châteaux insérées dans les Délices du pays de Liége^ Il eut un fils nommé Antoine , qui a réussi , ainsi que son père , dans l^ paysages tracés à Tencre de Chine.

1741 . QUAAREUX (Gérard^oseph de), né en 1665, &u hameau de Quarreux,8ur la rivière d'Amblève, à 2 lieues de Theux et de Spa , pajs de Stavelot , fut couronné premier de Louvain en 1685, Il fut reçu docteur Ai théologie à cette Université < chanohie de Téglise collégiale de St.-Pierre, président du collège de Divœi et censeur apostolique et rojal des livres à Louvain , il fut également examinateur des livres à Liège ; c'était un homme instruit et un bon théologien.

1742. DRION (Dieudonné) , originaire de Wanne , près de Stavelot , fut prinOe abbé de Stavelot ; il était très-érudit , et se fit aimer et chérir des habitans de sa principauté.

1742. THIBAULT {Nicolas), né à Bouillon , vert 1680 , prêtre et conseiller , clerc au bailliage de Sedan où il est mort , est Tauteur d'un livre intitulé : Prières et instructions chrétiennes avec un Abrégé de TEcriiure Sainte.

1743. BERGHE (Georges-Louis, comte de), prince évéque de Liège. Il embrassa dans sa jeunesse le parti des armes, et devint lieutenant-colonel d'un régiment de cavalerie aux Pays-Bas. A Tâge de trente-dînq ans, il entra dans l'état ecclésiastique , et fut reçu chanoine de l'église cathédrale de Liège. En 1724 , il fut élu évéque de Liège , à l'âge de 65 ans , à la grande satisfaction des Liégeois d'avoir enfin un prince qui résiderait parmi eux et auquel fl pourrait avoir recours en toute occasion. Après son élection, il s'enferma plu*^ sieurs semaines dans le couvent des Capucins de Liège , pour se préparer saintement à recevoir l'épis^ copat. Il prit pour chancelier le comte de Berlaimont» archidiacre de Hainaut, pour grand- vicaire , le comte de Rougrave , tous deux très- versés dans les a&ires

^ 889 s{Hrilttellcs et temporelles ; et pour grand majeur et souverain officier , le comte de Horion.

Aîmaot aon peuple d'un amour véritablement pa* ternel « ce prince ne voulut pas a en éloigner , et fit , à cet effet, rebâtira ses frais le château de Seraing-sur^- Meuse qui tombait alors en ruines ; on lui doit , en partie , la cojnstructioti de l'église de ce village.

Georges-^LfOuis fut d'un si grand désintéressement , qu'à la réserve du seul donatif qui lui fut accordé pour subvenir aux dépenses de sa confirmation , il n'en voulut jamais accepter aucun autre des états, et n'im* posa aucune charge à son peuple pour son utilité paN ticulière, se Contentant des revenus de sa mense épisco^ pale. Cette conduite est bien opposée à celle de ses prédécesseurs , qui spns égards aux impôts multipliés qui surchargeaient le pays, n'en exigeaient pas moinst, sous les plus frivoles prétextes , de fréquens donatifs pour satisfaire à leur luxe et à celui de leurs cour* tisans.

Ce fut sous son règne, à sa sollicitation unie à celle des états , que la chambre impériale de Wetzlaer accepta et entérinai les privilèges impériaux renouvelés' et confirmés par un diplôme de l'empereur régnant , en date du 27 juin 171 1; et que lempereur n accorda d'appel aux tribunaux de l'empire, que pour les actions judiciaires où il s'agiraiit d'un immeuble de 9000 fl. Brabaot , ou d'un meuble de la moitié de cette valeur.

Voulant remédier aux abus, il ordonna qu'il fût au moins publié dans Téglise un ban , avant le mariage ; ce qui ne se pratiquait point , les curés étant dans l'usage d'en dispenser tout le monde. 11 exigea que toute personne qui aspirait aux ordres sacrés demeurât trois mois au séminaire de Liège , ou à celui de Lou* vaiu; tant peur y pratiquer les exercices spirituels, que pour s'j instruire des cérémonies de l'église et y I>ttser un examen sur la théologie. Il ordonna aux

curés de son diocèse , de prêcher et de faire le calé* chisme les dimanches et fêtes , et défendit aux ecclésiastiques d'entrer au cabaret sous aucun prétexte , que dans le cas de voyage.

Georges-Louis fit travailler à la réformation des statuts et coutumes du pays, et de la cour de son officiai. Il fit publier un règlement sur la chasse, pour empêcher qu'on ne foulât les grains encore croissant. Il fit poursuivre les faux monnayeurs à outrance , et fit statuer par les états , la peine de mort contre eux.

"Georges-Louis, dans une lettre, en date du 26 juillet 1725) fait la déclaration suivante à la chambre impériale de Wetzlaer , qui résume à elle seule l'esprit de la constitution liégeoise et prouve son excellence :... datig nos contrées , dit ce prince , une nouvelle lai ne peut être portée , ni publiée autrement que par févéque et prince de Liège du consentement des trois ordres du pays , ni aussi les privilèges impériaux ne peuvent être publiés , avant quils ne soient acceptés unanimement par les trois ordres du pays.

Ce prince mourut à Liège, le 5 décembre 1743, à l'âge de 81 ans et fut inhumé dans l'église cathédrale. N'ayant plus de parens, il institua par son testament, les pauvres héritiers de ses biens immenses.

1743. BOUILLE (7A^(x/o«6), Carme-chaussé , bachelier de la Sorbonne , mort à Liège , en 1743. On lui est redevable de la première histoire du pays écrite en français : Histoire de la ville et pays de Liège, Liège , GuiU. Barnabe , 1725-1732 , 3 vol. in-folio. Cette histoire se termine à l'année 1727. Le style en est trèsnégligé, les lacunes y sont nombreuses, les faits y sont rapportés sans examen, hi critique. Cependant, on la lit avec plaisir , à raison de la candeur et de la bonhomie qui y régnent, et qui concilient l'attention et la confiance. Le P. Bouille y raconte les évèneniens

atec une franchise bien estimable ; si parfois , à cause des ménagemeos qu'il avait à garder en sa qualité de religieux j il est un peu réservé , il laisse apercevoir qu'il blâme intérieurement ce qu'il n'ose censurer ouvertement.

1745. LmP¥NSiFerdinand),né en 1682 à Bongard, village de la seigneurie de Fauquemont près d'Aix-la- Chapelle.

Ayant achevé son cours d'humanités et de philosophie dans cette dernière ville, il se fit Jésuite à l'exemple de son frère « et entra au noviciat de Trêves le 29 juin 1700. Après ses premiers vœux et son année de répétition, on l'envoja régenter les basses classes à Duren, et delà à Coblentz. Il étudia ensuite en théologie l'espace de quatre ans , fit son second noviciat « et fut chargé de la direction des philosophes du collège de SL-François-Xavier à Cologne. Après quoi , il enseigna la philosophie à Trêves, oii il eut aussi l'emploi de prédicateur dans l'église des Jésuites, puis dans la métropole. Depuis, il fut successivement recteur des collèges de sa compagnie à Nuits, à Munster, à Coblentz , et deux fois à Cologne ; enfin , il fut provincial de la province du fias-Rhin.

Il partit pour Rome en 1730, et y assista à l'élection do général François Ketz, Bohémien. Il j retourna une autre fois en qualité de procureur de sa province. Le dernier poste qu'il remplit fut celui de principal du séminaire des nobles et de l'archevêché de Trêves , où il se rendit étant déjà fort caduc. Sentant approcher sa fin , il se fit transporter au noviciat de la même ville, et y mourut le 15 décembre 1745.

Ce père avait l'esprit vif, était éloquent, fort entendu dans la conduite des affaires , et plein de zèle pour raTancement des belles-lettres et pour le bien public. La douceur de ses mœurs le fit aimer de tous ceux qui

le connurent, et quelque contre-temps qui lui surTinti jamais on ne l'entendit pousser la moindre plainte; il s est peint dans l'ouvrage qui nous reste de lui , et qui a pour titre :

Vculemecum : Sive prctwis opéra quotiddana, aliaqm rite peragendiy et per ea salutem et perfectionem propriant ao proximi, Jnstiiuto Societatis Jesuconfortnem, a^êequendif indicata à quodam Societatis Jeêu sacer* dote, pars I, p. 179, pars II, p. lll ^ pars III (qui est intitulée : Analysis fidei, meikodus Veroniana , et disoursus cum kceretieo. p. 306) Colon, offic^ Naethe^ niana, 1744, in-8'.

1746. DOSQUET^iV:), laboureur de profession . mort dans la paroisse de Xhigniesse, sur la rivière d'Oorthe, en Condroz, à l'âge de cent treize ans, aymtA oonsenré son jugement jusqu'au jour de son décès.

1746. PRESSEUX {Philippe^Louis de), né à Tkeux, bourg célèbre de l'ancien marquisat de Frandiîmont, dont il fut élu bourgmestre. Il fit ses études à TUniversite de Lejde et y reçut le. doctorat en médecine , après j avoir soutenu une thèse savante sur les eaux minérales do Spa, qu'il publia la même année (1736), en anglais. Celle analyse , la meilleure qui ait paru sur les eaux de Spa , sous l'empire de l'ancienne chimie , a été depuis traduite en français par le docteur Jean Philippe de Limbourg, avec quelques notes de ce dernier. De Pre»« seux s'est acquis un nom par ses connaissances et les divers ouvrages qu'il a publiés sur les sources minérales de Spa. Il est mort en 1746«

1746. ANTINE {François dont JUaur eT). naquit le 1** avril 1688, de Claude d'Antine^ cultivateur et propriétaire, et de Marie Lobet, à Gronrieux, village de l'ancienne principauté de Liège. U fit ses étodes à

^ 498 ~ Douai, eotra dam Tûrdre de Sl.^Benoit â célèbre par les grands hommes qu'il a produits , et prononça sea ?œax, à l'âge de 24 ans, dans l'abbaye de St-Lucîen de Beapvais. Des veilles assidues, une étude profonde et consciencieuse d^s antiquités et des langues an-* tiennes lui procurèrent, en pen d'années, de Testes connaissances : la douceur de son caractère , la pureté de ses mœurs et son zèle à remplir les devoirs de son état le firent chérir et respecter. A bien des titres, d'Anttne , sans flatterie , peut être considéré oomme l'un des hommes le9 plus marquans de son siècle. M. Polain, archiviste de la province de Liège, est le premier de ses compatriotes qui ait publié la biogra-» phie de ce savant et ait revendiqué tous ses droits à la postéfité(voir cette iVb^6 dans la Mevue Belge, tome 1*% page 265).

Maur d'Antine professait la philosophie avec le plus grand éclat, dans l'abbaye de St.-Nicaise à Reims, lorsque par suite de son refus de souscrire à la bulle Unigen%tu$, le cardinal de Maillj, archevêque de Reims, tout dévoué aux Jésuites, exigea que aessupé-^ rieurs le retirassent de son diocèse.

Appelé à Paris , il entra à l'abbaye de St.-^ïermaindes«Prés, où se trouvaient alors réunis ces pieux et savans Bénédictins, occupés à mettre au jour les PP. de Téglise et les monumens historiques les plus importans. Ses supérieurs l'employèrent pendant quelque temps à continuer la Collection de9 Décréialee, qui avait été interrompue par la mort de dom Constant et de dom Mopinot ; mais il ne tarda pas à abandonner ce travail pour se livrer , sans relâche , à une nouvelle édition du Glossaire de Du Cange, projetée par les Bénédictins.

Nous laisserons parler H. l'abbé BouUiot {Biog. ar^ dennadse, art Carpertibr), qui a le mieux résumé les discussions auxquelles a donné lieu cette célèbre publi* cation :

c Nous croyons devoir entrer dans quelques détaîb sur la nouvelle édition du Glossaire de Du Cange , et sur son Supplément , monument qui porte Tempreirite de la plus profonde érudition. Du Cange n'avait publié que 3 vol. in-f", en 1678. Dom Guesnié avait projeté d'y en ajouter un quatrième, mais la mort ne lui permit pas de voir la fin de son travail. DD. Nicolas Toustain et Le Pelletier mirent en ordre et expliquèrent les mots de la moyenne et basse latinité qui répondent ani trois premières lettres de l'alphabet, et qui font le premier volume et les deux tiers du second. Ce fut dans cet état de choses que d'Antine prit le Glossaire. Il s'adjoignit D. Carpentier. Celui-ci se chargea des huit lettres F, H, K, M, P, S, V, W, et s'engagea à faire la préface. D. d'Antine eut en partage les treize lettres D, E, G, J, L, N, 0. Q, R, T, X, Y, Z. Ils firent de concert des additions aux trois premières lettres.

» Les cinq premiers volumes ayant paru, D. d'Antine fut exilé à Pontoise en 1734, à l'occasion de ses opinions sur la bulle Vnigenitus. D. Carpentier acheva la lettre T commencée par son collègue, et mit la dernière main au sixième volume qu'il publia en 1736. t

Ce savant ouvrage fut publié sous le titre suivant :

!• Ghssarium ad Scriptores mediœ et tnfimœ laîinitatis, auctore Carlo Dufresne domino Du Cange, ediiio nova et lœupletior et auctior; opéra et Hudio monachorum ordinù S, Benedicti è congregatione S, Mauri. Paris, Osmond, 1733, 1736, 6 vol. in-f. Le P. Carpentier ayant publié en 1766, 4 vol. in-f", un Supplément dont il s'attribua exclusivement tout l'honneur, sans avouer les obligations qu'il avait à dom d'Antine, plusieurs de ses confrères et autres l'accusèrent ouvertement de plagiat : les journaux littéraires de cette époque ont rendu amplement compte de cette accusation.

Après la mort du P. Carpentier , dom Tassin , son

confrère t reaouFella Vaccusation de plagiat qu'il avait déjà dirigée contre lui en 1756, dans le Journal des Savons :

c D. d'Antine , dit il , avait fait de nouvelles recherches; il en avait reçu des provinces pendant le cours de l'impression , et il en avait formé un recueil capable de servir de supplément à la nouvelle édition de M. Du Cange. Au départ de D. Maur d'Antine , le P. Carpentier eut grand soin de tout recueillir. Dégoûté de son état, revêtu d'un gros bénéfice que lui avait donné l'abbé de Pomponne , en faveur de son abbaje de St.-Médard, et appuyé du crédit d'un ministre et de quelques grands seigneurs, il quitta la Congrégation sous prétexte d'infirmités, et emporta avec lui les recueils dont il n'était que dépositaire. £n 1 738, il obtint une lettre de cachet pour avoir communication des registres du Trésor Rojal des Chartes. Les archives de la chambre des comptes de Lille, de la collégiale de St.-Pierre de la même ville , et des principales églises d'Abbeville, lui furent ouvertes; il lut les manuscrits de la bibliothèque du roi et les livres anciens et nouveaux qui n'avaient point été consultés , et puisa dans toutes ces sources des matériaux, qui joints à ceux qu'il avait emportés de l'abbaje de St.-Germaindes-Pr^, lui ont suffi pour former les 4 volumes in-f"* qu'il a publiés. > Histoire litiéraire de la Congrégation de St. Maur, par dom Tassin , p. 633.

Durant son exil à St.-Hartin de Pontoise , D. Haur d'Antine , tout en continuant les études philologiques qu'il avait commencées depuis longtemps, se livra avec ardeur à la lecture des livres saints. H fit sur le texte hébreu même , une traduction des Psaumes, qui parut sous ce titre :

2* Les Psaumes traduits sur F hébreu avec des notes, par un religieux de la Congrégation de St. Maur. Paris, Ch. Osmorid, 1738, in-S*". Cette traduction fut extrè*

meiBent goûtée du public. £Ue fui réimprîmëe tmk fois. Paris, 1730, in-8% ibid. 1740, in.l2.

En 1737, D. d'Aniine fut rappelé à Paris, pour ira- Tailler avec dom Bouquet à la CoUeotion dkê Misiorien^ de^ Gaules et de la Franùe^ ouvragée immenae et des plus utiles. Il se chargea de Tépoque des Croisades; mais son travail n a pas été publié; il a laissé sur cet important sujet, plusieurs portc<^Ceuillesde colleclions et de notes savantes.

Il entreprit ensuite l'Art de vérifier les datés ^ dont M. Polain , daos sa notice sur ce docte Liégeois (voir la Bbvu» Belge ^ tome V\ p. 267-26^, explique ainsi Torigine :

c Les profondes connaissances historiques que d*Antine uvait acquises , les observations qu'il avait recueillies en compulsant les chartes et en publiant la nouTelle édition du Glossaire de Du Gange , lui firent concevoir le projet d'une méthode pour aplanir les difficultés que présentent souvent les dates des anciens monumens. Ce fut alors qu'il composa lexcellente dissertation sur less ehartes et les chroniques qui forme l'introdaction à y Art de vérifier ies daies; ensuite, il dressa pour son usage particulier, une table chronologique à laquelle il joignit un calendrier peipétuel. Tek furent les oominencemens de ce célèbre ouvrage qu'on peut regarder pomme la clef de l'histoire; ouvrage qu'il n'était guère possible de composer que dans le silence du cloitre et au milieu de riches et d'immenses archives, ouvrage unique, auquel aucune nation n'a rien à opposer de comparable. Labbé Boulliot, dans sa Biographie ardennaise, en a rapporté l'origine d'une autre manière ; quoique son opinion ne nous paraisse pas vraisemblable, nous croyons cependant devoir la mentionner ici.

» En 1737, D. d'Antine était venu se fixer k Paris dans la communauté des Blancs-Manteaux. Bornée dans son revenu, cette maison ne pouvait donner à

— «97 — les religieux ces petites douceun qoi coDiriboeiit à faire lagf ément et lé diarme de la vie, D. Bouquet tâchait de suppléer à ce vide. Jouissant d'une pension de 1500 livres que le roi lui avait accordée à thre de récompense et d'encouragement , son plus doux plaisir était de la partager avec ses confrères. Tous les jours après^diner, une petite société de savans Bénédictins se réunissait chezini, pour j prepdre le café. D, d'Antine était admis k ces réunions, où se confondaient le savoir et la gaîté. Vers l'an 1743, on s'aperçut que les fonds manquaient et que la petite provision de sucre et de café tirait à sa fin. Chacun proposait des moyens de ravitailleRient , lorsqu'un- des habitués du cercle dit, que d'Aùtiue seul était capable de prêter une vie nou« velle à la mèche près de s'éteindre. Ce savant qui s'oc* capait plus d'hébreu que de finances, surpris de ce qu'on recourait à lui dans cette circonstance, désira cavoir comment il pourrait remplir les vues de la réu<^ nioà, èl lievénir tribîitaire de ses besoins. Eh bieni reprit son confrère, n'étes^vous pas du pajs de Liège? Pourquoi donc, à l'eiemple dé Mathieu Laensberg» votre compatriote, ne mettriez- vous pas au jour un calendmr ou idmanach? Cet ouvrage de courte haleine, et d'un prompt débit, procurerait à notre petite coterie les fonds dont elle a le plus pressant besoin. D. d'Antine goûta la plaisanterie , accepta cette espèce de défi, et conçut dès lors qu'il pourrait faire quelque chose de très-utile, en réunissant les' diffièrents articles de chro* noiogie, tels qu'indictions, épactes, cycles, nombre d'or, etc., qu'il avait rédigés pour la réimpression du Glossaire de Du Cange. De la réunion de ces divers articles, il est résulté un traité de chronologie qui se trouve à la téta de \Aft de vérifier les dates. D. d'An* tioe résolut ensuite d'y ajoi^er des tables des papes , des empereurs, des rois, etc., et de puiser dans les ^urces mêmes, pour former une chronologie depuis J. G. jusqu'à nous. >

»En 1743tCOiiliniie M. Polain , d'Antine avait déjà composé une bonne partie de cet important mais pénible labeur, c'est ce qui nous fait surtout douter de la vérité de l'histoire racontée par l'abbé Boulliot. A la même époque « le savant Bénédictin fut frappé d'une attaque d'apoplexie; il traîna depuis une vie languis* santé , mais ne laissa pas cependant de continuer l'ouvrage qu'il avait entrepris de publier. Déjà la table chronologique, le calendrier perpétuel^ le catalogue des Saints et la liste des conciles étaient imprimés» lorsqu'une seconde attaque d'apoplexie l'enleva le 3 novembre 1746, à l'âge de 59 ans. »

Clémencet et Durand continuèrent le travail de d' Antine, et le firent paraître en 1750 sous ce titre bien connu des sa vans :

S"" Art de vérifier k» dates des faits historique», des chartes^ des chroniques et anciens monumens, depuis la naissance de J. C. par le moyen d'une table chrono^ logique, etc., avec un calendrier perpétuel ^ F histoire abrégée des conciles, des papes, des empereurs^ des rois , etc. , par des religieux Bénédictins de la Congregalion de St. Maur. Paris, 1750, in-4^ Ce livre obtint un immense succès ; le Bénédictin Clément en donna deux nouvelles éditions avec beaucoup d'additions, en 1770. un vol. in-P, et en 1783-1787, 3 vol. in-f". M. de Saint-AUais l'a publié de nouveau à Paris en 1818, et années suivantes, in-S"*. Ce livre est regardé avec juste raison » comme le plus beau monument d'érudition du dix-huitième siècle.

1748. HŒGARËS (Josse- Théodore), curé d'Alsmeer près d'Amsterdam , naquit à Saint-Trond , diocèse de Liège, après j avoir fait ses humanités, il alla à Louvain faire sa théologie et sa philosophie. 11 j prit les degrés de maitre-ès^arts et de bachelier; ensuite de quoi il fut fait sous-principal du collège du Lys. Comme

il était alors peu instruit, il dut en conscience signer le formulaire et la bulle. Devenu chanoine d'une collé* giale de Liège , sa sagesse et ses talens le firent estimer; on le chargea de la direction de plusieurs Gommunaotés. S'étant depuis mis au fait des affaires présentes, il revint de ses préventions. Il lisait avec avidité les Nouvelles EcclésiaHique» et était extrêmement touché (les miracles du diacre Paru, Un paquet de livres lui ajaot été adressé en 1738, il fut sur le point d'être ioquiété; mais quelque temps après ajant refusé de signer le /bruiic/aire et d accepter la bulle, on le pour* suivit, et comme il s'était retirée Maestricht, on lex* communia par contumace. Il prit le parti au mois de mars 1740 de se réfugier en Hollande , où après avoir ciercé avec applaudissement les fonctions de vicaife dans une paroisse considérable, on lui donna la cure d'i&meer. Il s'y distingua par son application à tous ses devoirs, par une vie pénitente et dure, et par un grand zèle pour les vérités contestées; il mourut fort regretté, le 14 octobre 1748, âgé de 46 ans (Nouvelle» Ecclésiastique», du 17 avril 1749. Nécrologe, tome 2, page 188).

1749. GÉRARD (le frère) , religieux convers de labbaje d'Orval , naquit dans un faubourg de la ville de Liège. Il avait été instruit et dirigé par M. Nandrin, îicaire de sa paroisse , qui lui parlait souvent de la vie pénitente à'OrvaL A peine eut-il passé quelque temps à Paria ou il s'était transporté pour se perfectionner dans la menuiserie , qu'il se sentit touché de Dieu. Il alla aussitôt à Orval , où il fut reçu en qualité de menuxiier, mais dans la suite on lui fit apprendre la chi- ^rgieetTapothicairie, en quoi il eicella. Comme il était bien instruit de sa religion, il s attacha à la vérité, et ne tarda pas à se rejoindre à ceux de ses confrères qui étant peràécutés à cause de leur opposition à la bulle.

~ 400 prirent le parti de se retirer en Hollande en 1725. Il leur fut d'un grand secours à Rhmwick, où ilss'éta- }>lireût. Son habileté et sa charité le firent bientdl connaître de tous les gens de bien du pajs » et o'esl entre ces bras que M« Varlety évèque de Babylone mourut La maison de Rhinvoick n'ajant pu se^ soutenir, le frère Gérard s'en revint en France avec son compagnon , le frère Pemet. Ils trouvèrent un asjle chez M. Goguey^ curé de Nettancourt, où ils vécurent en vrais rdigîenx d'OrvaL Le frère Pemei, qui cultivait le jardin et menait une vie pénitente , mourut le 6 janvier 1749. Le frèns Gérard exerçait son art dans tout ce pays, et les pauvres ne peuvent oublier les bons offiœs qu'il leur a rendus. I) fut découvert et même décelé à Vahhé d Orval » qui néanmoins , le laissa tranquille. Il lui survint un mal au genou, qui lui causa de vives dou«> leurs qu'il supporta avec une grande patience. Quatre mois après, il en mourut, le 1*' juin 1749. (A^eya«Ue« ^cclésiatiiqyfiê , Nécrologe , page 31 1).

1750. RATZ DE LAOTHENÉE (fc), gentilhomme liégeois et mathématicien au 18* siècle , est resté si obscur malgré ces titres,^ qu'aucun biographe ne donne de détails sur sa Vie. La France Littéraire ^ en 1756, lui consacra un article qui n'a point été conservé dans les éditions de 1759 , ni dans les postérieures* Formex n'a fait que copier ce qu'en dit la France Ldiiéraire de 1756. On a de Lanthenée :

1* Elémens de Géométrie , 1738 , in<^8'. Ouvrage écrit avec une clarté remarquable , et sur lequel on peut voir les JUémoires de Trévoux, mai 1739, p. 415.

2"* Lettre à M. de Voltaire sur son écrit intiiuU : Réponse aux objecUons contre la philosophie de Newton, 1739 . in-8-.

3° Examen et réfutation de quelques opinions sur les causes de la réflexion et de la réfraction, répandues dans

t&uvrage de M. cU Banières contre la pkilaêophie de Newton^aveù tmMMisur limpulêionappliquéeauarphé^ nomènês de la Uémière, et quelques auiriMattribuéi à tat*^ Irac^ibn. Paris, Chaubert, 1740, in^"* de 50 pag. Jean Bani^refti lél^ cartésien , ttTait publié un volumineux Examen, et réfutation deê éhémMà de lapkilaeophie dé Newton» où il disait que chaque corps est enveloppé d'une atmosphère particulière qui produit la réfleiion et b réfraction de la lumièrCé C'est cette opinion que Lanlhenée combat dans son Examen : quant à VEeeai iur impulsion qui le suit, il déclare que ce sont les idées d'une autre personne , et qu'il n'en est que le rédacteur.

4* Nou»ea%m Essais de physique , 17ôO, in-12.

1750. SNAKENBURG(irmW), littératenrhollandais, né à Fauquemont , en 1674 « mort en 1750 , i Lej<|e ouilétaitrecteurdel'éeole latine, a augmenté : l^'la cot^ lection hollandaise des Variorum^ perr Quinte-Curce, qu'il a publiée à Leyde en 1724, in«4'', et qui l'a fait connaître comme éditeur laborieux, plutàt que comme judicieux critique. 2"* François de Haas a publié à Leyde , 1753 , in-4'' , les Poésies Hollandaises de Sna« kenbarg , assez sé¥èrement jugées par M. de Vries, dans son Histoire de la poésie hollandaise , tome 2 , pag. 58 et suivante.

SNAKENBURG {Théodore Van) . oublié par H. de Vries , est Vauteur de plusieurs productions poétiques assez estimées, qui se trouvent dans un recueil intitulé: Prœve van Dichiœfening , door A. L. F. et A. P. S* 1731. On lui attribue aussi de charmans contes en ^rs, qu'on Ut dans le Spectateur hollandais de Van Effen.

' 1750. LE CLE&C {le P. Nicolas) , auteur d'usé

carte topographique de la principauté de Liège et des pays voisins « dédiée par l'imprimeur E. Kintz , à Théodore de Bavière et aux états de Liège.

1750. GOBÂRT {Laurent^, naquit à Liège en lf(58. Après ses premières études, il entra dans la compagnie de Jésus en 1680, à l'âge de 22 ans, et passa la plas grande partie de sa vie dans les etercices de la chaire et du confessionnal. Ce père fit un fort long séjour à Liège et y mourut le 28 mars 1750 dans la 92* année de son âge. Beaucoup de gens lui confiaient le secret de leurs consciences , et la plupart des jeunes étudians s'adressaient à lui. On a de lui :

Tractaius philosophicus de baromètre. Amst. Sleph. Roger,. 1703, in-12, p. 188 , avec quelques figures.

L'auteur suit dans ce petit traité la forme scolastique ; il propose ses raisons sur chaque difficulté, et ràpond ensuite aux objections. L'ouvrage est divisé en deui parties : dans la première , il explique les causes qui font monter et descendre le mercure dans le baromètre, et ne s'éloigne point du sentiment de Descartes, ou plutôt de Pascal , à cet égard. Dans la deuiiëme partie , il discute les conséquences qu'on peut tirer de la diversité des dégrés auxquels le mercure s'arrête. Il parle aussi des thermomètres, et ensuite du flux et du reflux de la mer. Ce phénomène, qui a fait naître tant de systèmes , il l'attribue à certains esprits, qui émanent du soleil et de la lune , et qui se mêlant avec une matière propre à la fermentation , qu'ils rencontrent dans l'eau de la mer, agitent cette eau , et l'obligent à se répandre vers les rivages.

175L BIDELOZ ((?»//«»), ecclésiastique liégeois, né en 1702, et mort le 16 décembre 1751.

Après avoir servi près de 23 ans , en qualité de vicaire, la paroisse de Notre*Dame-des-Lumières en Glain,

— 40S — et édifié toute la Tille de Liège par la sainteté de sa vie et par son assiduité au service du prochain ; on a rassemblé après sa mort les pensées et les avis qu'il avait écrits pour sa propre sanctification, et pour Tins* truclion de quelques personnes confiées à ses soins, et on les a publiés sous ce titre :

Recueil dinstructùms trèg^olides et de pratiques chrétiennes , par feu M. G. Bideloz , etc. Liège, femme Charles Colette , 1755 , in-12 , p. 284 gros caractère.

Ce livre respire partout une piété tendre et solide ; ce n'est pas l'ouvrage d'un savant, mais c'est celui d'un prêtre selon le cœur de Dieu.

1751. DOLMANS (Pierre)^ Jésuite, né aux environs de Haestricht, mort le 29 septembre 1751. Il a travaillé ani Aota Sanctorum, depuis 1736 jusqu'en 1739.

1751. CRASSIER (Guillaume, baron de), naquit à Liège en 1662. Bernard de Montfaucon, Martène et Durand, Saumerj le peignent comme un homme dis* tingué par ses grandes connaissances et doué du plus beau caractère. Il avait beaucoup de goût pour la peinture et l'architecture, mais plus particulièrement encore pour les monumens de l'antiquité et la numismatique. Les étrangers venaient admirer à Liège sa précieuse collection de médailles qu'il était parvenu à rassembler avec beaucoup de soin , et dont il publia le catalogue très-recherché des amateurs. Il possédait aussi plusieurs morceaux de sculpture très-rares. Son cabinet, au jugement de dom Bernard de Montfaucon, était un des plus beaux de l'Europe et d'un prix inestimable. L'abbé de Feller , dans ses Voyages, nous apprend que le fils du baron de Crassier possédait encore à Maestricht, en 1773, une partie de cette collection, que l'on évaluait alors à la somme de 80,000 florins de Liège.

Crassier fut estimé des meilleurs écrivains du siéck de Louis XIV et de celui de Louis XV ; pour s en ccm* Taincre « il suffit de lire son éloge par dom Marlène et Durand 9 dans leur Voyage de deuœ Bénéddctms , t 2, p. 175, ainsi que dans les Mémoires datÂcad. det inscripL et belles- lettres.

Il fut honoré de Testime et de 1^ confiance de ses souverains et de ses concitoyens, >et mourut à Liège, en 1751 , à Tàge de 89 ans , quelques joiirs après son épouse. 11 habitait dans cette ville ^ l'hélel oonnu aujourd'hui sous le nom d'Oultremont de Wégimont, qu'il avait fait bâtir en 1706.

Le baron de Crassier possédait plusieurs anciennes monnaies des prince&^vêques de Liège, entr autres, une de Nithard , sur laquelle cette évéque est repré* sente tenant un étendard de la main gauche et une crosse de la droite. L'échevin Louvrex fit graver cette pièce de monnaie en 1732, pour une Dissertation intéressante qui se trouve au commencement du 2* vol. de VHistoire de Liège du P. Bouille. Il a laissé quelques petits écrits en latin , qui sont devenus eitrèmemenl rares aujourd'hui. M. Polain , dans sa Nùtwe sur le baron de Crassier, nous en fait oomildfre quelques-uns. On a de lui :

1"^ Séries numismatum antiquorum làm GrcBcorum quàfnliomcmorumcumeknchogemfnarum, staiuarum^ aliarumque id genus antiquitatum , quœ non minari sumptu quam labore sfummo congessit Gébarode Gros* sier, LeodiuSy At$qustœ Eburonum* Apud G. Barnabe, 1721 , in-S"* de 360 pages. 11 existe un supplément de 10 pages in-8" , qui ae trouve dans fort peu d'exemplaires, et est intitulé : ÂMimenta ad seriem nutnis* matum aliarumque antiquitatum D. B. de Crassier , ediiam, Leodii 1721. Cet ouvrage est un simple catalogue, ou description sans commentaires, mai» lait avec beaucoup de soin , des médailles grecques et ro-

maiaes qu'il possédait; il y a ajouté la liste de quelques autres objets d'antiquité qui formaient son cabinet.

2" Descriptiobrevisgemmarum quœ in muscBO GuilL S. R. J, Z. baronis de Crassier, etc. , assei^antur. Leodii , 1740 , in-4". Ouvrage curieux et orné de plusieurs gravures qui représentent les morceaux les plus remarquables des pièces antiques de ce musée.

3* Brevis elucidatio qtuestionts jesuiticœ (nempè Go^ dèfridi Uensclienii ^ex unâ parte ^ ex altéra verô Eg. Bucherii , •/. E. Fullonii , Berth. Fisen , ac aliorum ejusdemsocietatis)de prœtensoepiscopatu Treyectensiad Mosam , auctore G. L. B. de Crassier. Leodii , 1738, iQ-8\ Il y combat l'opinion d'Henschenius et des Bollandistes sur l'existence de l'évêché à Maestricht, supposé fondé en l'an 380. Le P. Pierre Dolmans, Jésuite , réfuta les objections du baron de Crassier, dans une brochure qu'il publia sous ce titre : Altei^œ obser-tationes apologeticœ prô episcopatu Trajectensi ad Mosam, auctore Petro Dolmans, Louvain, 1742; mais ce Jésuite fut lui-même réfuté par son confrère le P. Bertholet, dans une Dissertation qui est à la fin du tome VU de son Histoire du Luxembourg^ 1741, in-4". Crassier publia lui-même un supplément à sa Dissertation , sous le titre suivant :

4*" Addimentum ad brevem elucidationem quœstionis juuiticœ , de prœtenso episcopatu Trajectensi ad Moiam. Auctore G. L. B. de Crassier. Leod. , Kints, 1742, in-8'. On trouve un précis de toute cette discussion dans le Journal de Trévoux , septembre 1740.

5* Ecrits et preuves touchant Bouillon , recueillis far le B. de Crassier , manuscrits.

On attribue assez ordinairement le 3* vol. de \Hist. pop. Leod. du P. FouUon , au baron de Crassier et à l'échevin de Louvrex.

1752. HAMA.L {Henri-Guillaume)^ né à Liège en

1685 , fut élève de Lambert Pietkin , maître de roiifli<» que de la cathédrale. Il fit en très-peu de temps des progrès rapides dans son art et acquit, fort jeune encore, une réputation méritée d'excellent chanteur, par la grâce , le bon goût et l'expression qu'il savait mettre dans son chant* Après s'être marié en 1708, le conseil de la grande église de St.-Trond le nomma maître de sa musique , quoiqu'il fut à peine âgé de 23 ans; mais ses talens lui firent bientôt obtenir la sous^maiirise de la cathédrale de Liège «en 1711; ce qui le fixa dans sa patrie. Sa conduite régulière et son savoir-viTre le firent bientôt rechercher par la ineilleure société de Liège, où il acquit cette considération, qui est dans chaque état, le prix du mérite et delà probité. Il travaillait avec une merveilleuse facilité: il composait à l'impromptu , se trouvant en société , des morceaux qu'il chantait lui-même en saocompa- ]gnant sur le violoncelle. Ces impromptus , rapporte M. de Villenfagne dans son Discours sur lesariuUs liégeois » étaient ordinairement d'un genre comique analogue à la gaité naturelle de l'auteur ; il en composait indifféremment vsur toute sorte de paroles, fraiH ^ises , italiennes , liégeoises , flamandes , etc. Quelquefois même , lorsqu'il voulait divertir ses amis , il cherchait dans les livres de voyages les mots les plus bizarres et il faisait sur ces mots, que personne n'entendait , les airs les plus agréables. Cet habile musicien est mort en 1752. Il eut la satisfaction , avant de mourir , de voir son fils lui succéder.

C'est à cet artiste ,* que les Liégeois sont redevables de l'introduction de la musique italienne^ qui opéra une révolution dans l'art musical ; aussi , depuis lors , vit-on surgir , parmi les Liégeois , une foule de bons instrumentistes.

Les principaux ouvrages de Hamal sont des MoieU à grand orchestre , que l'on a exécutés pendant plus de

40 ans à la cathédrale et dans les autres églises. On a encore de lui des cantates, en italien, en français et ea liégeois. La musique de Hamal, quoique d'un rithmo vieux, offre cependant des chants pleins d'harmonie , qui ne seraient pas désavoués par les compositeurs modernes.

UÂHA.L (Jean-Noët), fils du précédent, naquit à Liège le 23 décembre 1709; son père lui donna le^ premiers principes du chant, et Henri Dupont, maître de chapelle de la cathédrale , ceux de la composition» Le jeune Hamal montra de telles dispositions, que ses parens se déterminèrent en 1728 , à l'envoyer à Rome. Il j fit des progrès si rapides , que son maître , Joseph Amadori, faisait exécuter ses compositions dans les églises de Rome. Le chapitre cathédral apprenant les succès de Hamal, lui conféra en 1731, un bénéfice afin de se l'attacher, et en attendant que la maîtrise fût vacante. En 1738, il fut nommé maître de chapelle à St.*Lambert , les chanoines tréfonciers secondèrent les Tues de Hamal, en augmentant le nombre des musiciens et en devenant plus difficiles sur le choix des sujets, ce qui, sous le rapport de l'exécution, amena UQ véritable progrès. Ces nouvelles fonctions n'arrêtèrent point cependant les études de Hamal, il se livra au contraire avec une ardeur nouvelle à la composition; et ses messes^ ses motets et ses psaumes à grand (orchestre, établirent bientôt sa réputation.

Ses nombreux succès ne l'éblouirent point, car il crut qu'un second voyage en Italie ajouterait à ses connaissances. Il partit donc pour Rome en 1749 où il trouva la musique complètement changée. C'est alors que Hamal se lia d amitié avec plusieurs grands hommes, et surtout avec le célèbre Nicolas Jomelli, alors maître de chapelle de la basilique de St.-Pierre , iû Taccueillit avec la distinction la plus flatteuse. De

qui

Rome y Ilainal passa à Naples où il se lia d'amitié avec François Duraiiti, le plus savant musicien de son siècle, et sur lequel les compositions de l'artiste liégeois firent le plus grand effet. Duranti était si charmé d'avoir fait sa connaissance , qu'il l'introduisit dans les premières maisons de Naples, et lui fit présent de ses plus beaui morceaux de musique. Hamal quitta son ami à regret.

Il revint à Liège en 1750. Peu de temps après il composa deux Oratorio, Jonaihas et Judith, qui eurent beaucoup de succès, ensuite quatre opéras, dont un, petit chef-d'œuvre, ne serait déplacé dans aucune littérature.

Hamal joignait à une facilité peu commune, un génie flexible, qui pouvait se plier à tous les tons et réussir dans tous les genres^ Il travailla avec un égal succès dans le genre sérieux et comique. Son insouciance pour la célébrité l'empêcha de publier ses ouvrages ; il n'a fait graver que quatre OÈuvres de symphonie. Le reste de ses nombreuses compositions est en manuscrits; ce qui est une véritable perte.

Attaché à sa patrie , Hamal résista à toutes les offres même les plus séduisantes pour l'attirer dans les pays étrangers, préférant à la fortune brillante qu'il aurait pu faire , la médiocrité dont il jouissait à Liège.

A l'âge de 61 ans, songeant à se faire soulager dans ses travaux par un adjoint qui put le remplacer à sa mort, il fit venir à Liège son neveu, M. le chanoine Hamal, qui étudiait depuis longtemps la composition en Italie, et obtint pour lui, du chapitre de St.-Lambert, la survivance de la place de maître de musique. Bien qu'il put dès lors se livrer entièrement au repos, il ne cessa de s adonner au travail de la composition; sa fécondité naturelle le lui rendait facile, ci le goût de son art, fortifié en lui par des succès et l'exercice, le suivit jusqu'au tombeau.

Dans la dernière année de sa vie, une paralysie oc-

casionnée par un régime trop sédentaire, l'empécha de remplir ses fonctions ordinaires , mais cette espèce de mort anticipée n'éteignit point le feu de son génie , et le seul plaisir de produire fut, après la religion, sa seule consolation dans ses maux. l)cux jours avant sa mort, arrivée en 1778, il avait commencé à mettre le Miserere en musique.

Hamal a composé une foule d'ouvrages d'église , tels que messes, motets^ psaumes à grand orchestre, quatre œuvres de symphonie gravées à Paris en 1743, chez Lecler, et à Liège, chez Benoit André; enfin, un Exitu Israël à deux orchestres qui mit le comble à sa réputation.

Il a composé la musique des opéras suivans :

l*" Livoëgge di Chôfontaine; es treuz art. Les paroles en furent composées par une société d'amateurs et d'amis qui se réunissaient chez M. Simon de Harlèz, chanoine de la cathédrale et prévôt de la collégiale de St.-Denis, qui en fut le principal rédacteur avec N M. de Cartier, de Harcienne et les bourgmestres deVivario et de Fabrj. Cet opéra fut représenté pour la première fois à Liège , en 1757 , et obtint le plus grand succès.

2* Li Ligeoi éyngi; es deux act; par le bourgmestre de Fabry.

3" Li Fiess di hoûte si plou; opéra comte es treuz partieis; paroles de M. de Vivario.

4* Les Ypocontes; opéra burless ez treuz act avou dantjrans hœurs; par M. le chanoine de Harlèz.

Ces quatre opéras, dont la musique est brillante et pittoresque, offrent des saillies piquantes, plusieurs chansons charmantes , et quantité de bons mots , qui caractérisent le génie de la nation liégeoise.

Hamal a laissé inédit un ouvrage intitulé : Annales ^9 progrès du théâtre, de l'art musical et de la com^ poiUion, dans T ancienne principauté de Liège, in -4* de 1 18 pages.

" 1752. DEIXXOCHE {N.), peintre liégeois. Les ouyrages de cet artiste sont trèi-spirituels; plusieurs de ses petits tableaux, entr'autres, ses Attaques ûu £a^ taiÙes^ étincèlent de vivacité; on n'en peut dire entant de ses grands tableaux. Il a négligé la partie du coloris.

Delcloche peignait Thistoire avec beaucoup de feu, surtout dans ses tableaux de chevalet. On a de lui, entr'autres :

1"* Jean^Théodore ds Bavière, prince^Sque eh Liège, représenté avec toute sa cùwr.

2* Deux grands tableaux qui sont dans l'église collégiale de St.-Jacques à Liège.

3"* Un tableau d'autel qui se voyait autrefois dans une chapelle de l'église des Dominicains de la même ville.

1755. BERTHOLET (Jean), historien, né à Vieil 8alin« bourg du pays de Stavelot, en 1688. Après avoir achevé ses cours d'humanités et de philosophie ao collège des Jésuites à Luxembourg, il résolut d'embrasser leur institut, et se rehdit àToumay en 170S, pour j commencer son noviciat. On lui fit ensuite régenter les basses classes, durant sept ans, à Tournaj et ailleurs. II commença son cours de théologie à Douai, et l'acheva à Paris. Ayant alors reçu la prêtrise , il prononça ses vœux à Armentières en 1723.

Bertholet étant doué du don de la parole , fut des» tiné par ses supérieurs à la prédication. Pendant 14 années, il remplit avec beaucoup de zèle, les pénibles fonctions de missionnaire, dans la province Gallo-Belgique, qu'il n'abandonna cjue par suite de l'affaiblissement de sa santé , pour se livrer à la composition de divers ouvrages historiques, étudiant toarà-toor les PP. Catrou , Rouillé , Longueval , et l'abbé Fleury y qu'il avait choisis pour ses modèles. Il mourut

à Liège , le 20 février 1755» à l'âge de 67 ans. On a de lui :

1* Hiêioire eccUnasUquê et civile du duchéde Lurem" bourg etducomiéde Chiny. Luxembourg, 1741-1743, 8 YoL in-4''. Cet ouTrage^ vivement critiqué dès son apparition, est curieux, instructif, et renferme des faits peu connus,

2^ Histoire de Finstitutian de la Fête-Dieu, avec la Vie des bienheureuses Julienne et Eve, toutes deux origitèaires de Liège. Liège, 1646, in-4\ Ce livre, dédié au prinoe-évèque, Jean Théodore de Bavière, est orné d'un grand nombre de gravures en taille-douce.

3"* Oraison funèbre de S. M, t Impératrice-mère , EUtabethf^Christine , née duchesse de Brunswtck- Wolfenbuttel, etc., composée en latin par le R. P. Jacques de Laet de la compagnie de Jésus , et traduite du latin m français parle R. P. Bertholet^ etc. Bruxelles, 1751, in4*.

4* Histoire de t Eglise et la principauté de Liège, 1749, manuscrits in-P de la bibliothèque de FUniver^ site de Liège.

5*" Yies des Scmts des Pays-Bas, selon tordre du Martyrologe Belgique ^ où sont rapportées les fonda^ Uons des évéchés, des églises collégiales^ des abbayes, des monastères et des couvents des différents ordres rehgimx, soii d'hommes, soit de femmes. Manuscrit en 2 vol. in-f", dont le premier se trouve à la bibliothèque du séminaire de Liège, et le second dans celle de l'Uni- Tersité de cette ville.

6" La Vie des Saintes des Pays-Bas, ou les femmes illustres dans H Eglise, un volume manuscrit in-f* qui se trouve à la bibliothèque de l'Université de Liège.

7° Abrégé de [Histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg et du cotnté de Chiny , un vol. manuscrit in-f**. M. Lavalleje, de Liège, possède le loanuscrit original de cet ouvrage, qui est de 635 pages.

M. F. V. Goethals, bibliothécaire de la ville de Bruxelles, a publié une notice intéressante sur le P. Bertholet {yoir Lectures relatives à l'histoire des sciences, des arts, etc., tome 3*), dont nous avons fait usage pour cet article.

Xlbb.'^UXiWOYV (Théodore-Etienne, baron de), aventurier, qui régna quelque temps sur la Corse, était né à Metz en 1690.

Son père, Antoine, baron de Neuhoff, dans le comté de la Marck en Westphalie, avait été capitaine des gardes de révéque de Munster. Pauvre de patrimoine, il épousa, selon quelques-uns, la fille d'un négociant de Visé, au pays de Liège; selon <t autres, M"* Heun, née à Bullenge près de Malmédj, au pajs de Starelot; on montre encore dans cet endroit la maison qu elle habitait, qui est bâtie en laves ou pierres volcanisées. Le baron de Neuhoff s'étant brouillé sans retour par cette mésalliance , avec sa famille et toute la noblesse westphalienne , il vint s'établir en France, où, grâces à la protection de la duchesse d'Orléans, il obtint un petit gouvernement dans le Messin. A sa mort, il laissa en bas âge, et presque sans ressources, son fils Théodore , et une fille nommée Elisabeth» La duchesse en prit soin et les attacha à sa maison.

Théodore fit partie des pages de cette prindésse , et entra ensuite, en qualité de lieutenant, au régiment de la Marck. Ses goûts dispendieux et son caractère inquiet, l'empêchèrent de se soutenir dans ce corps, et il prit du service dans les troupes suédoises. Le baron de Goertz, ministre de Charles XII, et non moins entreprenant que son maître, reconnut dans le jeune officier, qui se disait un peu son parent, plus d'aptitude pour l'intrigue que pour le métier des armes. Il avait formé le projet de rétablir sur le trône d'Angleterre l'héritier des Stuarts ; et il avait besoin , pour

concerter ses plans avec Alberoni, tout-puissant en Espagne, d'un agent secret qu'il put, dans l'occasion, désavouer sans conséquence. Théodore fut chargé de cette mission, et la remplit à la satisfaction des deux homaies d'état : il rejoignit ensuite son protecteur à La Haye, d'où il fit plusieurs voyages à Londres, comme intermédiaire entre Goertz et le comte de Gyllemborg, ambassadeur de Suède en Angleterre. La trame ayant été découverte , il réussit à se mettre en sûreté et reparut en Suède. La fin tragique du baron de Goertz le força de se retirer en Espagne. Il fut accueilli^ par Âlberoni , qui n'avait point oublié sa négociation clandestine ; il trouva plus de faveur encore auprès du duc de Riperda, successeur de l'éminence italienne. Ce ministre lui donna le brevet de colonel, et lui fit é{)ouser Lady Sarsfield, fille de lord Kilmarnock, d'origine irlandaise, et attachée à la maison de la reine d'Espagne. Le baron de Neubofi* avait fondé, sur cette alliance , de grandes espérances de fortune : trompé dans ses calculs, il abandonna sa femme pour passer en France, où il connut Law, et spécula malheureusement, comme tant d'autres, sur les actions du Mississipi. Après avoir erré plusieurs années dans diverses contrées de l'Europe, fuyant ses anciens créanciers, et s'en faisant partout de nouveaux, il se rendit à Florence avec le caractère de résident pour l'empereur Charles VL Les Corses luttaient encore avec acharnement contre la tyrannie génoise; et Gènes n'espérait les réduire qu'avec le secours de troupes allemandes commandées par le prince de Wurtemberg. Théodore se prévalut auprès d'eux du mérite d'avoir intéressé ce prince en leur faveur. Quatre chefs de ces insulaires étaient gardés prisonniers par les Génois, contre le droit des gens, il prit l'engagement de leur procurer la liberté ; et l'époque de leur élargissement ayant coïncidé avec le temps fixé par ses promesses, il parvint à faire croire qu'il avait

^ 424 ^ eu beaucoup d'influence sur cet événement. Profitant de la confiance que ses prétendus services inspiraient aux Corses ^ il leur mit sous les jeux » comme unique moyen de salut, la nécessité de se donner un gouver* nementy soit qu'ils préférassent une aristocratie, soit qu'ils inclinassent à choisir un roi qui put assurer leur indépendance, avec l'appui de quelqu'une des puissances de l'Europe ; et il leur insinua que, dans ce dernier cas, il était, par son dévoument pour leur cause et par son crédit personnel , l'homme qui leur conTenait le mieux. Les chefs corses, réduits à l'extrémité, ne balancèrent pas à lui promettre une autorité nécessairement précaire, en récompense des services trèsréels qu'ils attendaient de lui« Théodore parcourut l'Europe, pressentant avec importunité les dispositions de toutes les cours où il était connu. Rebuté partout» il fut, si l'on en croit son fik, plus favorablement écouté en Turquie. Ayant été secondé par Ragotszki et par le comte de Bonneval, deux hommes accoutumés à tout attendre de la fortune, il obtint provisoirement quel* ques gratifications du grand seigneur ; mais trouvant que la Porte procédait avec trop de lenteur, il s'embarqua pour Tunis, et flatta le Dey de la possession de la Corse, si l'on voulait seulement fréter un vaisseau chargé de 10 canons, 4000 fusils, 300 pistolets, et de divers objetsd'approvisionnement. La régenoe de Tunis accorda tout , et y joignit une somme de 1000 sequins^ Les Corses, ne comptant plus sur Théodore, venaient de mettre leur ile sous l'empire de la Ste. Vierge, et de prendre la résolution d'être libres par leurs propres efibrts. Des lettres de Théodore leur annoncèrent enfin qu'il allait chasser les Génois, avec le secours des principales puissances de l'Europe. Il ne leur demandait, pour prix de tous ses sacrifices , que le titre de roi. Sa proposition fut acceptée avec enthousiasme. Le baron , embarqué sur un bâtiment portant un faux pavillon

^ 415 — anglais, aborda, le 15 mars 1736, au port d'Âleria, ▼èta à la Turque et coiffé d'un turban, c II débuta, dit

• Voltaire, par déclarer qu'il arrivait avec des trésors timmenses; et, pour preuve, il répandit, parmi le >peuple, une cinquantaine de sequins, en monaiede ibillon. Ses fusils, sa poudre, qu'il distribua, furent

• les preuves de sa puissance. Il donna des souliers de •bon cuir, magnificence ignorée en Corse. Il aposta •descouriersqui venaientde Livourne sur des barques,

• et qui lui apportaient de prétendus paquets des puis-

• sanoes d'Europe et d'Afrique. » Pour ajouter à Tillu-* non, et pour paraître plus digne de la prérogation royale, il accumula, à la suite de son nom, les titres honorifiques de la plupart des états chrétiens, se don« nant pour un grand d'Espagne , pair de France, baron d'Angleterre, chevalier de l'ordre teutonique, et prince de l'Etat de l'Ëglise. Préconisé par le parti qu'il s'était formé depuis longtemps parmi les insurgés , il fut proelamé roi , le 13 avril , sous le nom de Théodore I*' dans une assemblée générale tenue à Âlezani. Son inaugu-» ration eut lieu avec toute la pompe que comportait un pajs aussi agreste. On lui ceignit le front d'une cou« ronne de lauriers; on le montra au peuple, en rase campagne, élevé sur les épaules des citoyens les plus considérables. Après qu'il eut rédigé des statuts trèssuccincts pour la police de File, sa première sollicitude fut de s'entourer d'un appareil monarchique : 400 soldats composèrent son régiment des gardes. Il fit frapper quelques pièces de monaie d'argent et d'une bien plus grande quantité en cuivre; distribua de nombreux brevets de noblesse, institua un ordre de chevalerie sous la dénomination d'ordre de la délivrance, eut une conr et des secrétaires d'état; et, pour signaler sa fer<meté, fit pendre trois individus alliés à des familles dbtinguées du pays. Il n'oublia pas cependant qu'il devait tourner surtout son activité vers l'affranchissement

du territoire. Dans les premiers momcns de l'ivresse qu'avait eicitée sa présence, il avait facilement rassemblé une armée considérable. Porto-Vecchio tomba en son pouvoir ; et il ordonna des attaques simultanées contre San-Fiorenzo, Algaïola, San-Pelegrinoet Ajaccio, tandisqu il marchait lui-même sur Bastia. Repoussé par les Génois, qui lui enlevèrent Furiani, il repassa les monts et s'établit à Sartène, où le baron de Drosth, son parent , vint le rejoindre avec de l'argent et des munitions. Il n'y avait que huit mois qu'il était inyesti du pouvoir; et déjà les murmures de toute la population s'élevaient contre lui. Les manifestes des Génois avaient accrédité des bruits injurieux à sa personne; le clergé prenait ombrage de se; discours libres sur la religion; la sévérité, qu'il avait déployée, était transformée en cruauté : on refusait de lui obéir; on lui faisait entendre des paroles insolentes; on lui demandait compte de toutes les promesses dont il avait leurré la nation. Il vit que son autorité n'était pas seulement méconnue, mais que sa vie était en danger; et il se hâta de convoquer à Sartène les députés de toutes les pièves (ou paroisses) que n'occupaient pas les Génois, il leur déclara qu'il allait se séparer d'eux pour solliciter lui-même les secours dont on l'avait frustré, désigna 28 citoyens pour former un conseil de régence jusqu'à son retour, et conféra le commandement des cantons en deçà des monts à Giafferi et Hyacinthe Paoli , réservant à Luc d'Ornano celui des pièves ultraniontaines. Ces mesures prises , Théodore partit pour Livourne sur un bâtiment provençal, séduisit quelques prêteurs crédules à Rome et à Turin , se montra dans Paris; et, pour se soustraire à la police qui le menaçait du Fort-l'Evêque , il se rendit précipitamment à Amsterdam. Un de ses créanciers le découvrit, et le fit mettre en prison ; tous les étrangers , auxquels il avait emprunté, l'écrouèrent à leur tour; mais un juif et ses

— 417 -^ associés, dans Texpectative de faire seuls le cominerce de la Corse, et de tenir pour sûreté de leurs fonds les ports d'Ajaccio ou de Porto-Vecchio/ aidèrent dans sa détresse cet indigent souverain , payèrent ses dettes et lui avancèrent cinq millions pour équiper trois vaisseaux marchands et une frégate. 0^ soupçonna les Ëtats-Généraux d'être de moitié avec ces spéculateurs. En 1738, Théodore mouilla au port de Sorraco (à deux lieues de Pôrto-Vecchio) : à celte nouvelle, les esprits s'ébranlèrent ; mais la contenance des troupes françaises qui occupaient Tile sous les ordres du comte de 6oissieu , imposa aux habitans et prévint les insurrections. Théodore, intimidé par l'inaction de ses sujets, n'osa s'avancer dans l'intérieur, et se contenta de se présenter avec sa flotille devant Ajaccio , tandis que d'Ornano se préparait à le seconder par terre. Les vents contraires poussèrent le baron -roi dans le port de Naples; il descendit chez le consul hollandais, y fut ari^té et envoyé à la forteresse de Gaëte. On lui rendit bientôt la liberté : il n'en profita que pour recommencer sa vie errante. Les Corses, dans une proclamation datée de Tavagna (1739), protestèrent qu'ils maintiendraient son élection. Maillebois, successeur de Boissieu , les contraignit, après une campagne rapide, à mettre bas les armes. Il eut soin de répandre le bruit de la mort de Théodore, et détruisit les restes de son parti, que ranimait le baron de Droslh. En 1742, Théodore , amené par un vaisseau anglais, se présenta sur la côte près de l'Isola-Rossa ; mais aucune piève ne répondit à son appel, quoiqu'il fût évident que le gouvernement britannique était d'intelligence avec lui. Les Génois, s'exagérant mal-à-propos le danger, mirent sa tête à prix. Un dernier revers attendait à Londres ce jouet de la fortune. Lorsqu'il se flattait de provoquer encore un armement en sa faveur, ses créanciers lui firent subir le même sort qu'en Hollande.

Il sortit enfin de sa prison, où il avait langui pendant sept ans dans la misère et le mépris, et déclara préalablement qu'il abandonnait son royaume pour hypothèque à ses créanciers. Horace Walpole ouvrit en sa faveur une souscription , qui lui assura les moyens de subsister jusqu'à sa mort, arrivée le 11 décembre 1755. Théodore fut enterré sans distinction dans le cimetière commun de Ste.-Ânne de Westminster; et Walpole chargea sa tombe d une épitaphe qui finissait par ces mots : La fortune lui donna un royaume, et lui refusa du pain. On a débité beaucoup de contes sur ce fan* tome de roi, qui, avec de l'esprit et de l'activité, ne sut jamais, dans sa jeunesse, mettre à profit les avances de la fortune, et dont les yeux ne se dessilèrent point sur l'extravagant projet de dominer sans moyens une population indocile et divisée , avec laquelle il n'eut pas l'habileté de s'identifier et de déposer la morgue et les forfanteries qui décelaient le baron allemand.

Nous avons suivi, dans cet article, le dernier historien de la Corse , Pommereul , dont le récit est asseï conforme à celui de son devancier, l'abbé Germant, et sauf quelques circonstances, à celui du colonel Frédéric , fiJs de Théodore.

Frédéric n'avait pas accompagné son père en Corse; il se proposait seulement d y tenter avec lui une dernière fois la fortune : mais il n'arriva à Londres que pour voir l'auteur de ses jours dans les fers. Inexacte la fois par le défaut de documens et par les réticences que lui commandait sa position , il est un guide trèssuspect pour ce qui concerne la Corse ; mais il mérite S lus de confiance dans ce qu'il rapporte sur les antécéens de son père.

On lui doit encore une Description de la Corse, en anglais, suivie d'une relation de la réunion de cette lie avec la Grande-Bretagne , d'une Vie de Paoli , et d'un mémoire sur les bois de la Corse, présenté à l'assemblée nationale de France. Londres , 1 795 , in-S"*.

NEUHOF (Frédéric, lecolonelj, était fik du fameux roi de Corse, Théodore et d une Irlandaise de la noble famille de Lucan , et naquit à ce qu'il parait eu Espagne, où sa mère était alors attachée à la maison de la reine.

Il n'avait pas accompagné son père en Corse ; mais après avoir passé quelque temps dans le service mili* taire , il se proposait seulement d j tenter ayec lui encore une fois la fortune. Il vint donc en Angleterre en 1754 ; arrivé à Londres , il trouva l'auteur de ses jours en prison pour dettes , et lui-même tomba dans nne telle détresse que, pour subsister, il fut obligé de donner des leçons d'italien. En 1768 , il publia des Mémoires pour servir à t histoire de Corse ,1 vol. in-8' , en français , traduits et publiés dana la même année en anglais , 1 vol. in-12.

Ces mémoires , qui offrent de l'intérêt et sont écrits dans un style naturel, s'étendent depuis l'origine connue de Ttle de Corse , jusqu'en 1755, année do la mort de Théodore , dont l'ouvrage est en partie un pa« négjrique. Frédéric ayant repris du service en Allemagne , reçut du duc de Wurtemberg , le brevet de colonel et la croix de mérite , et revint ensuite en Angleterre, en qualité d'agent de ce prince. En 1791 , il alla à Anvers pour négocier un emprunt en faveur de quelques membres de la famille royale ; mais le secret de cette démarche ayant transpiré avant qu'elle eut un résultat , le roi refusa d'y accéder et fit même adresser des reproches à l'envoyé. Le colonel Frédéric, retombé dans l'indigence , se tua d'un coup de pistolet sous le portique de l'abbaye de Westminster, le l •' février 1 797.

Une petite fille du colonel Frédéric, Emilie Clarck^ a publié en anglais un roman intitulé : Ermina Mon- Wose, ou la chaumiàt^ du Vallon. Londres, 1800, 3voLin.l2.

1756. MARINE {Jean-Baptùte delûis dun officier au service de Louis XIII, naquit à Douai le 26 novembre 1699 , et fit en cette ville ses humanités et sa philosophie, ensuite il entra chez les Jésuites à Tournaj en 1716. Sorti de noviciat, il employa un an au collège de Lille à se perfectionner dans les belles-lettres, qu'il enseigna avec distinction tant à Mons , qu'à Tournav. Ayant fait à Douai son cours de théologie en quatre ans , il fut chargé de régenter la philosophie dans la même ville. Il était dans cet emploi en 1733 , lorsqu'il s'engagea à la Société par la profession solennelle des quatre vœux. Les affaires de la province wallonne demandant un habile homme à Paris , ses supérieurs lui ordonnèrent de s'y rendre. Le P. de Marne y demeura quatre ans , pendant lesquels il s'acquit l'estime et l'affection de plusieurs grands et de divers gens de lettres. De retour dans les Pays-Bas , il fut nommé recteur du collège de Nivelles et directeur de la première congrégation. Son terme était à peine expiré , lorsqu'on le renvoya à Paris , où il fit encore un séjour de quelques années. Enfin , sa commission finie f il revint de France avec une destination pour Namur , où il exerça pendant trois ans la charge de ministre. Il comptait se fixer en cette ville ; mais le prince Jean-Théodore de Bavière , évêque de Liège et depuis cardinal , l'attira à sa cour en le prenant pour son confesseur, et en le nommant examinateur synodal de son diocèse. Ce père s'acquitta de ce double emploi plus de dix ans. Voyant alors sa santé dérangée , il demanda son congé, et se retira au collège de Liège , où il est mort le9 octol)re 1756, n'ayant pas encore atteint l'âge de 57 ans. On a de lui :

1® Le martyr du secret de la confession ,oula vie de SL Jean Népomucène , chanoine de Féglise métropolitaine ck Prague. Paris, Guérin, 1741, petit iu-12, p. 288.

3* Hiiioire du comté de Namur. Liège , J,-F. Bassorapîerre, et Bnix. S. Vanden Berghen , 1754 , in-4" , p. 520, gros caractère j compris une préface historique qai en tient 90. Cette préface est divisée en deux parties, dont la première comprend les évéuemens civils et politiques, avant les comtes héréditaires , et la seconde les événemens ecclésiastiques , qui ont précédé les mêmes comtes. Tous ces événemens se réduisent à peu (le chose ; aussi le premier écrivain qui ait parlé de Namur (sous le nom de Namon) est Tanonjme de Ravenne, géographe du 7' siècle. L'histoire ecclésiastique de ce comté avant le 11" siècle, se borne à peu près à la fondation des abbayes de Moûtier-suc-Sambre, de Brogne et de Hastiers. On est redevable de la première à St. Amand , évêque de Tongres , ou de Maestricht, dont les BoUandistes mettent la mort en 684. La seconde reconnaît pour fondateur St. Gérard , elle est du 10* siècle , de même que la troisième , qui est unie avec celle de Waulsor.

Page 91. Le corps de Thistoire , qui est bien écrite , et qui prend depuis Albert I , comte de Namur vers fan 980 , jusqu'à la mort de Philippe-le-Bon , duc de Bourgogne en 1467.

Pages 479-520. Recueil chronologique des principauz événement , arrivés depuis cette époque jusqu à la faix conclue en 1748 à Aix-la-Chapelle. Ce journal est fort court , l'auteur aurait pu s'étendre davantage sur 1^ évêques , sur les couvens , etc. , de la ville et du comté de Namur. Il donne ensuite :

Page 1. Dissertations historiques et critiques sur les premiers évéques des Tongrois. Il y a ici une préface , puis :

Page 3. 1'* Dissertation, où Ton examine en quel tmps St. Materne prêcha Févangile dans les Gaules. ^ P. de Marne prouve que ce fut au commencement du 4* siècle , et qu'il ne faut reconnaître d'autre saint

de ce nom que Tévêque de Cologne > qui assista aux Conciles de Rome et d'Arles, assemblés contre les donatistes en 313 et 314.

Page 41. Dissertation, où Ion examine s'il y a eu des évéques de Tongres avant St. Servais « ot si , après ce saint , le siège épiscopal de Tongres a été transféré à Maestricht. L'auteur soutient que St. Materne n étendit ses travaux apostoliques jusqu'à la cité de Tongres, qu'en qualité d'évèque de Cologne; que Tongres ne devint une ville épiscopale, qu'après la mort de ce saint et vers l'an 335 ; que les huit évéques, qu'on lui donne pour successeurs, doivent être rajés des diptiques de Liège, et que St. Servais fut le premier évéque de Tongres. Il prétend même qu'il en a été l'unique évêque, et qu'ayant quitté cette ville pour celle de Maestricht, il attacha le siège épiscopal à la dernière, ce qui dura jusqu'au temps de St. Hubert.

Page 78. Essid critique sur la position de différens peuples de la Belgique (les Attiatiques, les Eburons^ les Cérèses , les Ségniens , les Condruses , les Pcmans , et les quatre nations alliées des Nerviens , c. à. d, les Centrons , les Grudes , les Pleumoses et les Lévaques). Le P. de Marne ne dit rien de fort lumineux sur cette matière r il est plus précis dans ce qui suit :

Page 83. Recherches historiques et critiques 9ur Fancien comté de Lomme. Ce comté , notnmé dans les siècles mitoyens PagusLomensis, Lomacensis, Lumn^nsis, ou Laumensis, s'étendait du nord au midi depuis WaU hain, château du Brabant wallon, jusqu'auprès de Me^ ztères ; et du levant au couchant , depuis Corbionj (proche Cincy en Condroz) jusqu'à Charleroy sur la Sambre. On donne ici une liste des villages que ren«| fermait ce comté, tirée des chartes et autres monur mens du moyen-âge. Il y a quelques endroits que 1^ P. de Marne aurait pu redresser au moyen des archÎTesi de l'abbaye de Gembloux. Au reste , il aurait dû des--

tiner une carie du comté de Lomme et y joindre une carte du comté de Namur , tel qu'il est aujourd'hui.

Page 99. Examen critique de la charte pour la fon* dation du monastère d'Hastiers (ordre de St. Benoît sur la Meuse à une lieue de Dinant). Cette charte , datée de 656 , porte des marques de fausseté , qui sautent aux yeux.

Pages 105-112. Examen de la questioii , si la princesse Gerberge , comtesse de Louvain , a été la fille aînée du duc Charles de France , ou si ça été Ermengarde , sa sœur , comtesse de Namur. Le P. de Marne penche pour Ermcngarde , et montre que Jeaji Charles Chifflet a raisonné pitoyablement sur ce sujet dans ses Yindiciœ Hispanicœ.

Les dissertations i dont on vient de parler , sont imprimées d'un caractère plus petit que le reste de l'ouvrage. L'auteur avait entrepris une histoire de la principauté de Liège, et les matériaux, qu'il.avaitasemblés en y travaillant , lui paraissant suffire pour celle du comté de Namur , il donna celle-ci pour pressentir le goût du public , en attendant qu'il fût en état de faire paraître l'autre.

1756. R0DERIQUE(7^n-/^nac6 dé), né à Malmedj, petite ville du pays de Stavelot en 1697 , n avait que Tingtans, quand il entra dans l'ordre des Jésuites. 11 n'avait, dit-on , pris ce parti que pour mieux connaître le régime et l'organisation de la société. Il la quitta au bout de huit années , fit plusieurs voyages en France , puis se rendit à Cologne. Il n'avait pas de fortune, et T épousa une veuve également sans biens , mais qui posait le privilège impérial pour le journal politique français, intitulé : Gazette de Cologne. Sous la direction <ie Roderique, cette feuille prospéra. La guerre de 1 1741 lui donna quelque intérêt. Roderiquc avait des relations dans les différens partis, et recevait ainsi des

renseigiiemens précieui. Mais n'osant pas dire, dans sa Gazette , tout ce qui parvenait à sa connaissance , il y suppléait par des bulletins manuscrits , «qu'il distri*buaità certaines personnes. Très-versé dans la politique des cours , il fut consulté par le prince Charles de Lor* raine, avant la conclusion de la paix d'Âii-la-Chapclle en 1748. 11 mourut le 6 avril 1756, et fut enterré dans le corridor du cloître des Pauvres Clarisses, ainsi qu'il l'avait demandé par testament. Outre sa gazette, on a de lui :

1* Disceptationes de abbatilm origine , primcBvd et hodiemd constitutione abhatiarum inter se unitarum Malmundarienns et Stabulensis , oppositœ observatic^ nibu9 maxime reverendorum Edmundi Martène et Ursini Durand. Wurtzbourg, 1727, in-folio. Ac^tte attaque d'un passage de son Voyage littéraire sur l'abbaye de Stavelot^ D. Martène opposa : Imperialis Stabulensig monasierii jura pxopugnata. Cologne , 1730, in-folio.

2* De abbatibus monoêteriorum Malmundariensis et Stabulensis discertatio tertia, prima advertûs Tindiciag Stabulenses D. Edmundi Riartène. Cologne, chez l'auteur , 1731 , in-folio. C'était , comme on voit, une réplique à la défense de D. Martène. En rendant compte de ces débals, les autcura de l'Histoire Ittté^ raire de la congrégation de St.^Maur donnent le nomi de Roderique à l'adversaire de leur confrère , et diseni qu'il avait été chassé de la société des Jésuites pour sci mauvaises mœurs. Ils ajoutent que les religieux dj Malmedy, en faveur desquels Roderique avait écniJ le blâmèrent hautement , et qu'il fut ignominieuse] ment condamné , par sentence du juge civil , à tracter tout ce qu'il avait avancé contre la juridiclio) et les anciens titres de l'abbaje de Stavelot, et, de pi à payer une amende. 11 est à croire que les Bénédicti ont été , dans leur récit , conduits par l'esprit de corpai

Ce n'est pas que lopinion de Roderique n'ait trouvé contradicteurs; car 9 sur ce qu'il dit que Cunibert n'a- Tait point été archevêque de Majence , un anonyme poblia : De iniiio metropoleos ecchiiœ Cohniœ Claudiœ Augusiœ Agrippinensium disquisiiio. Cologne , 1732, in.4'.

3* CoUmienM ecclenœ de 9uœ metropoleos origine traditio vindicata db impugnaiionibus disqmHtoris anonymi, 1731 , in-A*". Cette fois, ce fut J« Uartzhein (|ui parut dans la lice. C'était l'auteur anonyme auquel avait répondu Roderique ; et il publia une réplique , 1732, in^«.

4'' ffisioriœ nniversalis institutùmes. Louvain, 1734, io*8'. Ce précis de l'histoire universelle va jusqu'au milieu du 10* siècle de l'ère vulgaire.

5*" Correspondance des savants, in-12. Ouvrage pé* riodique, paraissant le mercredi et le samedi de chaque semaine. Il a commencé à paraître en janvier 1743, et n'a pas existé au delà de cette année. C'était un journal littéraire. Cet auteur est appelé quelquefois Rodric , Rodrique et même Rodrigue. Le nom de Rodrique est celui que portent ses ouvrages.

On trouve dans le Magasin Encyclopédique , 1808 , l'anecdote suivante sur ce ei-jésuite: voulant éprouver la crédulité du médecin Béringer, professeur à Wurt£> bourg, il fit fabriquer de prétendues pétrifications , dont il lui fit présent; ce médecin, complètement dupe <le cette mystification , s'empressa aussitôt de composer une thèse à ce sujet « et la publia comme soutenue , 800S sa présidence, par Hueber, jeune docteur : Béringer (Joan.Barih.Adam)litographiœWirceburgensisducen^ (arum lapidum figuratarum , à potiori insectiformium prodigiosis imaginibus eûromatœ , Spedmen primum à G. Lud. Hueber, Wirceburgi, 1726, \n4o\. figuris» Mais bientôt après , averti du mauvais tour qu'on lui avait joué , il retira tous les exemplaires qu'il put re-

couyrer et les garda chez lui. Après sa mort , un libraire de Leipzig les acheta et les fit paraître aous le nom du véritable auteur.

1758. LEGIPONT {dmn OUvier). Bénédictin de la Congrégation de Bursfeld , naquit à Soiron, village de l'ancien duché de Limbourg , au diocèse de Liège, le 1*' décembre 1698. Le curé du lieu , nommé Jeanjot , son parent, le tint sur les fonts de baptême. Il fit de brillantes études , et entra en 1720 , dans Tabbaye de St.-Martin de Cologne. Il j professa la philosophie , en devint prieur , et reçut le degré de licencié en théologie de la faculté de Cologne. Il enseigna à ses oo-religieux le droit canonique dans un nouvel ordre.

Doué d'une pénétration rare , d'une mémoire prodigieuse' et infatigable dans le travail, dom Olivier, secouant la poussière de Técole , {larcourut presque toutes les branches des sciences et de la littérature , même des arts, et devint philosophe , historien , caooniste , politique, jurisconsulte , théologien , helléniste, latiniste, bibliographe, philologue, numismate, orateur , poète , musicien ; et apprit plusieurs langues modernes.

11 se lia d'une étroite amitié avec dom Bernard Pèzc, célèbre religieux de l'abbaye de Molck , qui lui inspira son goût pour les recherches savantes. Dès-lors , dom Olivier se donna tout entier à rechercher , dans les bibUotlièques et les archives de l'Allemagne , les monumens qui pouvaient seryir à compléter l'ouvrage de son savant confrère. En travaillant pour son ami, notre religieux fit de précieuses découvertes historiques et littéraires et s'acquit une telle réputation de science et d'habileté , que les plus fameux monastères de l'Allemagne le demandèrent, les uns pour rédiger leur histoire, les autres pour dresser le catalogue de leur bibliothèque et mettre de Tordre dans leurs archives ;

d'autres enfin , pour y enseigner la théologie et les autres sciences. Ce savant eut l'idée d'établir une Aca-demie Bénédictine en Allemagne; nous ignorons ce qui a mis obstacle à ce projet, qui eut rendu de si grands services aux sciences et à l'Europe entière.

Cest dans ces nobles oceupations littéraires, que dom Olivier Légipont passa sa vie» admiré des savans, et décrié |>ar ses envieux, qui ne cessèrent de le traverser, pour ne pas dire persécuter, jusqu'à sa mort, arrivée le 16 juin 1758, à labbaje de St.-Maximin de Trêves. Voici le jugement que portait, de dom Olivier Légip3nt et de ses écrits, Oddi, archevêque de Trajanopte et nonce apostolique à Cologne, dans une lettre qu'il écrivait à l'abbé de St.-Haximin, le 3 septembre 1757 Supervaeaneum sanè foret, de hujut hommis (Oliverii Légipont) ingenio , doctrine^ probitate, humanitate , plura tcribere; ipsum enim tibi satis esse notum plu" ribui Ubris edUis mira eruditione prœlucentibus , arbUror. Vix eundem dominatio vestra reverendissima loquentem audierit^ et de liberalibiLS fticultatibus dis^ f^rentem, maximi omninâ fades :

Voici le catalogue des nombreux ouvrages de ce savant Limbourgeois , tel que dom Jean-François nous le donne dans la Bibliothèque générale des écrivains de t^ordre de St. Benoit :

1* Dissertationam logicarum conchmones deoisivœ. Cologne, 1727, in-f».

t Sapientiœ stadium BenedicUno phUosophicum, Cologne, 1728, in-f».

3* Assertiones theologicœ de actihus humanisa cons- ^tiâ.peccaiis, legibus, etc. Majence, 1732.

^^ Historia menas terii DisibodibêTgensisin Palatinu, «*»» facti jurisque deduciione prô ejus reverulicatione. Cologne, 1735, in-f*.

5* Discursus parœneticus pro fjibUothecd publicd et

^ocietate erttditorum Moguntiœ ertgenda Cologne,

1737, in-f".

6"* Poëma epithalatnicum in nupliis illusUwimi D. Fredeîici de Dalberg , suh tiiulo : Regias amorti val/eê inter colles. Mayence , 1738.

7** Bibliographtœ Éenedictinœ conspectuê...Majence,

8"* Monagîivon lHoguntiocfim , sivè succincta monoJtieriorum in archiepiscopatu Moguniino no/itta. Prague, 1746. in^'.

9** Dissertaiiones philologico hibliographirœ , d^^ordinandaet omanddbibliothecd. Nuremberg, 1726, in*4*.

10* Con9pectu9 operum Trithemianorum simûleden" dorum, etc. Licinii in Austriâ» 1746, in-8".

11*" InirodtMctio cul stttdium Numismatum Romanorumpro Ulusiri juveniute... Herbipolî, 1757, in-S*.

1 2* Sacrœ metropoleos Colonienns antiquitns etprœ-

rogativœ culvenùs illius gloriœ cemulos asset^ta

Cologne. 1748.

13* Votum anonymi êubmisstxque mediorum infinuatio pro seminario benedictino unà cum academià nobilium Heildelhergœ erigendo. Cologne, 1748, in-8*. Il est inséré dans VHist. LUter. 0. S. B., tome 1, page 282.

Ik"" Reverendipatri$ JHagnoaldiZiegelbaver, O.S.B. Cœnobitœ presbyieri , eloqium historieum, in ephemeribu9 Florentinis et alibi.

15* Itinerarium, sivè methodu» apodemica, peregrinationis nobilis et eruditœ benè instituendœ prœcepta modumquè exhibens , in usum cum pHmis Ulusiris juvenlutis, etc. Trêves, 1751 , in-8'.

16* Methodus stacUorum. Ratisbonnc, 1752, in-8*.

1 7* Syntema erigendœ societaUs htierariœ, etc. Campidonae, 1758, in-8*.

18° Celebris ad Emin. cardinalem Quirinum... de sftmmo ufw, toti ord. Ben, hierarcha<onêtitiiendo, épisloin, à Schyrensi cœnobio VIII, calend* JulU ann. reparatœ salutis , 1754.

Id" JSiêtofia rei lilterariœ ordinis Sancti Benedicii in 4 partes distributa. Opus eruditorum votis diû, ew^ petitum, ad perfectam hisioriœ Benedictinœ cogni^ tionem mmmè necessarium, et univernm omnibus bonarum artium cultoribus non utile minus, quàm scitu, lectuque jucundum , à R. P. J). Magnoaldo Zie^ gelbaver, ejusdem ordinis tncœptum quidem, sed recensitum, auctum, jurisque pub/ici factum per rêve* rendum felicis recordationis domnum Oliverium. trêves, 1754.

Oavrages manuscrits et inédits de dom Olivier Légipont :

1"* Tractatusamplisstmumdejureetjustitid. Manusc. ia.4% 1721.

2' Philosophie françoise selon les principes des anciens philosophes , 1 7 22 , in-4' •

3* Abrégé de [histoire du Concile de Trente, tiré de divers auteurs qui en ont fait le récit, où Ion fait voir [important secret de Borne et de la Cour, in-P*, 1725.

4* Tractatus de Sacramentis in génère et in specie,

5* Recueil des matières les plus importantes tmi* rhant la discipline, les anciens usages et les cérémonies de rEglise,rédigées par ordre alphabétique, in-f*, 1726.

6"* methodica introductio in magnant arlem disse* rendi de Deo rebusque divinis, in gratiam eorum qui theologiœ dogmnticœ studio tenentur, in-4*', 1726.

7* Jurium abbatiœ Sancti Martini maj. Colonies; légales vindiciœ adversàs œdiles et parochianos 5''. Brigidœ, in-f, 1726.

8* Clypeus veritatis et justitiœ, seu iteratœ vindiciœ juris amovendi parochum S. Brigidœ pro abbatid S. Martini, contra œdiles ejusdem, parochiœ, in-I^,

9* Universi juris canonici apparatus servato libro^ rum decretalium ordine, nova et facili méthode expianatus, in-4% 1728.

10" Catalogus virorum illustrium et manuêcrip^ tarum abhatiœ S. Martini, variaque collectanea clar. P. Bempekio subministrata.

W Abbreviatura privilefitorunt et diplawatum prô Cong. Bursfeldenêi, ew archicis desumpta, in-f*^ 1729.

12"* Historia conyregationis Bursfcldensis in duas paries distributa, quarum prima continet chronola* gicamrerum enarrationem, altéra char tas et diplomaia exhibet, 2 vol. iii-4''.

13° Chronicon Abbatiœ S. Martini maj. Coloniœ^ in duas partes distinctum^ quarunk prima Coanobiàoriyinem, ahbatum seriem^rerumquepatriarum epitomem ab anno D CC ad castra usquè tempora complectitur; altéra chartas^ diplomata, huilas et reliqtsa antiquitatis tnonumenta, ad quorum fidem amussim esasoiata est historia, représentât, 2 vol. in-P^ 1730.

14' Fastorum abbatiœ S. Martini maj\ CoUmiœ 0. S. B. exegesis historicaper succinctam rerum. enarratUmem et cœnobiarcharum seriem, herico epichere^ mate deducta... anno 1730, refusa 1749.

lô"" Diésertatio epistolaris de benedictione abbatiali ad clarum virum Ignatium Rodrique contra Jtlart^ nium, 1730.

16" Catalogus virorum UltAstrium et manuscriptorum abbatiœ S. Jacobi Moguntiœ, variaqus adversaria Pezio suppeditata ^ 1731.

17" Catalogus bibliothecœ Gotttwicensis in Austrià, nutu illust. Abbatis Godefridi Besselii, anno 1735 et seq. confectus , in-f". ^

1 8" Catalogus bibliothecœ Dalbergicœ apud Blogonos, cum discursuprœvio de ortu, fatiret incrementis illius. . . 1737, in-f".

19" Disquisitio, genealogia et antiquitas vetustissimœ ac illustriss. familiœ Dalbergicœ, ubi prœsertim viri illustres recensentur. On en trouve un extrait dans les Acta erudit. Lipsiœ^ 1737, p. 543.

20** Sciagrapkia philologico^bibliographica de libris rarioribus et prœstantioribus , ordine alphabetico dpje#to, in-^, 1737.

21'' Systema novum erigendœet omandœ bihliothecœ gugque catalogum confèciendi méthodes, 1737;in-4*'.

22° Spicilegium antiquitalum Romanarum in agro Sloguniiaco vicinùque*locig repertarum, in-f% 1738. C'est l'œuvre d'une vaste érudition et de profondes recherches.

23* Syntagma de bibUotheds Bloguntinis, earum origines, incremenia, fata, cimeUa representans, iii-^ ,

24' Dis^eriatio theologica in artem Heraldicatn, iQ-f», 1738.

25* Programma methodicum in rem genealogicam, in A 1738.

26" Diascepsis juridico^taiistica pro statu religioso adoersûs pseudo^poUticos et novos conHitutionistas de nm transferendis bonis immobilibus ad manus, quas vocant mortuasn

27' VenerabUis Adami Mayer, abbatis S. Martini Colon. S. O. B, anno 1 499, cum famé sanctiUUis functi vUa et opéra. On la trouve dans VHist. littér. 0. S. B. part, m, $29, p. 20^.

28* Bibliographia benedictina , sivè novus Scriptorum benedictinorum apparatus , ordine alphabetico digestus, 2 vol. in-f*.

29* Catalogus manuscriptorum et virorum illtU'trium Lacensisin agro Treverico abbàtiœ, in-P*, 1741. Uest inséré dans le tome I** de YHist. littér.

30* Vita Joannis Buzbachii Piemontani, prioris Lacensis, anno lb2Q, fatis functi, viri ob doctrinam immortali lauro cUgni.

31* Dissertatio epistolaris ad clar. virant Ignatium Roderique de ara Ubiorùm^ Joanni Oberanda Bav. opposita, 1742, in-4*.

32" Sacrœ metropoleos Coloniensis antiqmta$ etprcf^ rogniivœ adversùsillius œmulos <iS9ertœetpropugnaîœ. 1742,iîl-4^

33** Selectu* aciorum eccleske ColonienHê, mmmaHum synodorum in illd archtdiocœsi vicinùque locM celebratartim notitiam esehibens, in-4", 1743.

94* Hierarchia ecc/esiastica ColonienHs opère qva' dripartito illustraiaia ; quod insigne opuê in obsidione Pragensi furio D. Oliverio tum in monasierio S. Mar^ garethœ moranti, gublatum est. 1744.

35'' Continuatio chroniei Spanheimensis ah anno 1 500 , ad nostra usquè tempora, in-f*.

36« Vita et apologia ven. Joannis TrithemU, Span^ heimensis primûm, deindé Sancti Jacobi Herbipoli 0. S, B. abbatis, una cum ejns operum simùl edendorum ichnographia , in-4\ Voir VBisL Uilér. O. S B. part. IIL

37' Tractatus ethico^liticus de verd nobilitate ge* neris et animi, in-4'.

38° Histoire du démêlé des Jésuites d Allemagne avec les Bénédictins, pour enlever leurs monastères. Manuscrit, in-f*.

39** Lexicon monastico» Teutonicum , sivè notOia monasteriorum per Gemtaniam, ordinè alphabetico. TJo gros vol. in-4".

40"* Anifnadversiones historico-juridicœ in Gerardi Emesti Hammii rempublicam VbùhAgrippinentem... in.4*, 1748.

41° Compendiosa ad S» Scripturœ studium, mantrductio brevem utriusque testnmenti ideam exhilten*, in-4*

42* Ars m^agna disserendi de Deo, rebusque divinis, ubi prima theologicœ dogmaticœprinoipiaeaponuntur, in-4*.

43"* Discursus historico^dogmaticus de ortu,pro^ gressu, fatis et cultoribus theologiœ ab orbe condiio ad hanc usquè œtntem.

44* Discoure sur ks sciences et les beaus^arts, où Fon enseigne la méthode de les apprendre et de s'en

servir Oo j trouve à la fin une bibliothèque pour

les cavaliers.

45* Illustris adolescens status imperii Romano^ Germanici ejusque procerum notitid historico^enealogicâ, instructus.

46* Dissertatio epistolica de sacrd veterum Liturgie^ et de scriptoribus Liturgids...

47* Discursus historicoHUdacticus de origine^ pro^ gressu et fruetu congregationum in ordine Bénédictine.

48* Bullarium Cassino^Bursfeldense, constilutianes et décréta penti/icum, conciliorum , etc. , complectens.

49* It, P. D. Magnoaldi Ziegelbaver, elogium his^ toricum , ejus vitœ synopsim et scfiptorum elenchum ixhibens, 1731 , in-4*. Voir le frontispice du 3* tome deYHist. litt. 0. S. B.

50* Œdipus jE^yptiacus^ sivè ars punctuandi. Ouvrage écrit en vers et très-curieux, 2 vol. in-4*.

51* Analecta Oliveriana sivè miscellanea opuscula, epistolœ^ schediasniata, adversaria^ etc., etc., simùl compacta, 4 vol. in-f*. Dom Jean-François en a joint un cinquième.

1758. NYPELS {Denis) , prêtre bachelier en théologie , de la faculté de Louvain et chanoine de la collégiale de St.-Barthélemy de Liège, était un des précieux restes des saints ecclésiastiques liégeois que les Jésuites vinrent à bout de faire excommunier et chasseren 1739. Labbé Nypcls fut cité comme suspect en matière de foi au consistoire de l'évèque, et fut malgré son appel, déclaré suspens et excommunié le 19 décembre 1739. Les épreuves , le fanatisme et la fureur furent poussés si loin à l'instigation des Jésuites , qu'il fut forcé de se retirer d'abord à Maestricht et ensuite en Hollande, où il fut charitablement accueilli par le clergé catholique,

— 434 ^ et où il a édifié ju^u'au dernier moment par sa pieté et par son tendre amour pour la vérité. Il demeurait à Viane près d'Utrecht, occupé avec des ecclésiastiques édifians à élever des jeunes gens dans l'étude des belleslettres et dans la religion , lorsque Dieu le retira à lui le 23 janvier 1758, à l'âge de 75 ans. {Nouv. Ecoles. du 11 septembre 1758 , Nécrologe , page 394).

1758. COLLÂRT {Antoim), prêtre de l'Oratoire, naquit au Châielet dans le pajs de Liège en 1671. Après avoir .fait ses humanités au collège des Pèreê de rOratoire de Thuin, il entra dans la congrégatiori et fut reçu à l'institution de Mons, où il étudia la philosophie et la théologie. Ses supérieurs l'envojèrent au collège de Thuin pour enseigner les humanités, ce qu'il fit avec distinction , inspirant en même temps la crainte de Dieu et une solide piété à ses disciples. En 1704. Il fut fait supérieur du même collège qu'il mit en grande réputation. 11 prêcha plusieurs AvenU et Carêmes à Mons avec beaucoup d'édification et d'applaudissem^t; ce qui le faisait goûter, c'était le talent singulier qu'il avait pour parler de Dieu avec onction. Ses aumônes étaient si abondantes qu'il était universellement regardé comme le père des pauvres. Un prêtre si édifiant et si éclairé, ami particulier du père Quesnel, ne pouvait pas manquer d'être ennemi de la bulle; aussi fut*il vivement persécuté en Flandres par ses propres frères à l'occasion de ce décret. On lui fit tant de tra-casseries qu'il prit la résolution de quitter son poste. Le père général l'envoya à Boulogne , où M. de Langle lui confia la direction des. religieuses annonciades. Devenu inutile dans ce diocèse après la mort de ce prélat, il fut envoyé à Nevers. 11 y a été supérieur pendant plusieurs années; et durant plus de 30 années , il a édifié toute la ville par sa piété et par ses bonnes œuvres. Il était adhérant à Mr. de Senez. Suivant les Jansénistes ,

il mourât en odeur de sainteté, le 25 avril 1758, âgé de 87 ans. (• Nouvelles EccUt. , Nécrologe , page 402).

1759, VILLERS (Servais-Auguêtin de), né à Huj sur laMeuseJe28aout 1701.

Son père, Serrais de Villèrs , raajor d'un régiment de cavalerie , fut trois fois bourgmestre de Huj , quoi^ qu'il n'eut pas d'inclination pour cette charge. Il fut aussi député de la part des moindres villes de la prin* cipauté de Liège auprès des états du pays; et c'est principalement à ses soins que sa ville natale est redevable de la restitution de ses privilèges, qu'il obtint du prince Joseph-Clément de Bavière. Sa mère était de Liège et se nommait Marie-Jeanne de Sarta. ,

Le jeune de Villers ajant achevé ses basses classes chez les PP. Augustins de Huj, se rendit à Louvain en 1720^ et fit sa dialectique au collège de la Ste.-Trinité, et sa philosophie dans celui du Porc. Quoiqu'il eut été très-valétudinaire pendant un an entier, il ne laissa pas de remporter la huitièine place de son cours à la promotion générale de 1722. Des écoles de philosophie, il passa à celle de médecine , et s'appliqua à cette science avec tant do succès , qu'après avoir rempli aveo distinction les fonctions de fisc et de doyen des bacheliers de cette faculté , il reçut le grade de licencié , lé 14 octobre 1725. Cet acte eut une circonstance favorable pour le candidat :: l'archiduchesse , Marie-Elisabeth-Lucie, gouvernante des Pays-Bas, qui faisait alors sa première entrée à Louvain, honora S. Â. de Villers do présent d'une chaîne d or, ornée d'une médaille de son auguste frère l'empereuT Charles VL

Le nouveau licencié se rendit à Liège , et s'y exerça près de deux ans à la pratique de la médecine ; ensuite il revint à Louvain pour prçndre possession de la chaire des institutions , qui lui fut donnée par S. M. L, le 7 juillet 1727. Il prit le bonnet de docteur le 14 avril

1733. La chaire de langue française ajant vaqué plus de six ans, depuis la mort d'Ântoine-François de Pratel, A. de Villers l'obtint le 5 juillet 1740. La même année , il fut député par larchiduchesse gouvernante pour examiner et analyser les eaux minérales de la fontaine du château rojal de Marimont en Hainaut, conjointement avec MM. Rega et Sassenus» professeurs de la même faculté ; et ajant fait son rapport au roi* nistre (M. le comte de Ilarrach) , il fut fait professeur des eaux minérales, dont l'emploi fut créé en sa faveur. Enfin y après la mort de M. Narez^ il lui succéda dans l'une des deux premières chaires de la faculté de médecine le 12 décembre 1744 ; il Ta rempli jusqu'à sa mort accélérée par une chute de cheval , et qui arrira le 3 décembre 1759.

H. Van Rossum , son collègue, prononça son oraison funèbre. Son corps repose dans le petit cimetière deSL- Pierre, où ses héritiers lui firent dresser une épitaphe.

M. de Villers s'était marié en 1725, avec Marie-Elisabeth de Rorive, demoiselle de qualité, natif d'Amaj, petit bourg à une lieue de Huy sur la rive gauche de la Meuse ; et il a eu de son mariage huit enfans. Deui de ses fils , Servais-Augustin et Ursmer ont prit le parti des armes : les deux autres Henri-Joseph et Théodore- Guillaume se sont mis dahs la robe. Ses quatre filles , Anne-Catherine , bénédictine à Cortenberg , qui y a professé le 7 octobre 1749; Marie-Thérèse, Marie- Emilie-Joseph et Rose-Josephine.

M. de Villers était un homme de probité et d'honneur, assidu aux devoirs de la religion, et veillant avec soin sur sa famille, on peut juger de son savoir en médecine par les ouvrages suivans :

1" Institutionum tnedicarum libri duo, complectentes phyHoloyiam et hygidnem, teterum placitis^ recentiorum inventis , nec non solides ac demonstra^ tivis indè dedfictis ratiociniis innixi. Lov. Mari. Van Overbecke , 1736 , in.4* , p. 420.

2" Ventilabri^ per CL ac Ampliss. D. Favelel med» docL et prof. prtm... prima hujus annipro strend et aniidoto exhibiti, inchoata ventilatio per S, A. de Vil" ler8,etc. Lov. Mart. Van Overbeke, 1736, in-12 , II. parmi les opuscules de M. Favelet mentionuées ci-devant, tome 3 , p. 341 , p. 113-132.

S"* Analyse des eaux minérales qui se trouvent au château royal de Marimont en Hainaut , faite par les ordres et sous les auspices de S. A. S. Marie-Elisabeth, gouvernante-générale des Pays-Bas Autrichiens , etc., où on examine la nature et les preuves des principaux principes qui caractérisent les eaux minérales en gé*néral , et celles de Marimont en particulier : on y joint une exposition succincte et raisonnée des cas auxquels les eaux minérales sont convenables , ou nécessaires , avec la manière de les boire, et le régime qu'il faut observer pour lors. Louv. Martin Van Overbeke, 1741 , in-12, p. 95.

4° Supplément aux traités précédens des eaux de Marimont , où ton confirme leurs qualités minérales tiverius salutaires, tant par de nouvelles preuves faites à Louvain , que par plusieurs cures communiquées par M. Delval, médecin et directeur de ces eaux. On j joint l'analyse des deux autres fontaines du même endroit , dont Tune est appelée le Roidemont et l'autre la Montagne, avec le détail des maladies auxquelles elles sont convenables. Dédié à son Ex. Mgr. le comte de Harrach , par les docteurs et professeurs Rega et de Villers. Louvain, Martin Van Overbeke, 1742, in-12 , p. 96.

5* Dissertatio medica de hœmorrhoidibus , excerpta tx thesibus quondam compositis à S. A. de Villers... nunc ab eodem révise, in gratiam studiosœjuventutis foc. mediœ Lovaniensis prelo oommissa. Lov. OEgid. Pet. Denique, 1748 , in.l2 , p. 99.

VILLERS {Charles de) , né en 1724 , vint encore ,

très-jeune , s'établir à Lyon , et y donner des cours de physique. Il s'était formé un très-beau cabinet de physique , qu'il vendit moyennant une rente viagère de 2000 francs. En 1788 , il forma un nouveau cabinet de physique et obtint une salle de l'hôtel-de-ville de Lyon pour y donner des cours de cette science. La révolution interrompit ses travaux , qu'il reprit cependant pour les interrompre de nouveau , à cause de son grand âge. Il mourut en 1 809. Les biographes français ignorent le lieu de sa naissance et les noms de ses père et mère, mais il y a lieu de croire qu'il tire son origine du pays de Liège (si même il n'y est pas né), et qu'il est de la famille du médecin qui portait ce nom. On a de lui :

1** Journée physique ^ 1761 , 2 vol. in-8*. Cest une suite d'entretiens avec une comtesse, sur les diverses parties de la physique. Cet ouvrage est dans le même genre, et a été fait dans le même but que les Mondes de Fontenelles et les Lettres à une princesse d'Allemagne , par Euler.

2" Le colosse aux pieds d'Argile , 1784 , în-8*. Le colosse qu'attaque de Villers n'est autre chose que le magnétisme animal. Mr. Deleuze remarque que l'auteur c ne dit point d'injures à ceux dont il combat l'opinion. » De Villers était depuis 1764 membre de l'Académie de Lyon, et y a beaucoup lu de mémoires ou de rapports sur des objets relatifs aux sciences physiques. Il a eu une très-grande part à la Théorie des trois élémens; mais son principal titre littéraire est l'édition qu'il a donnée de Tentomologie de Lionée , sous ce titre :

3"* Caroli Linnœi entomologia, faunœ Suecicœ cfexcriptionibus aucta , DD. Scopoli , Geoffroy , de Geer, Fabricii, Schranck, etc., speciehus , vel in sysiemate non enumeratis , vel nuperrimè delectis, vel speciebus Galliœ australis locupletata , gencrum specierutnque

— 439 ^ rariorum iconibu» omata , cnrante ac augenie C. de TUkrf. Lyon , 1789 , 4 vol. in-S^. De Villers appelait lui-même ce travail son grand ouvrage. Cé\B\\^ disaitil, la fruit de vingtrcinq années d'études, dé courses, de recherches. Les planches qui accompagnent le livre soQt estimées encore aujourd'hui. Les descriptions qu'il donne des insectes qu'il a observés dans le midi de la France sont exactes, mais il n'a décrit qu'un petit nombre d'espèces nouvelles , il n'éclaircit point la synonymie de cellesqu'il insère dans son catalogue d'après Fabricius , de Geer , etc. , et son livre ne peut être considéré que comme une compilation utile. De Villers a mis si souvent au bas des descriptions le mot vidi ^ que quelques entomologistes doutent qu'il ait réellement tout vu. La partie entomologique de la Fauna Smdca de Linnèe étant ici refondue avec son Entomologia, fait aujourd'hui le plus grand mérite des quatre volumes de De Villers.

* 1759. SADMERY { Pierre- Lambert), religieux franciscain français, tour-à-tour calviniste ou catholique , se réfugia à Liège durant seize années , d'où il fut chassé par le magistrat pour sa conduite , et passa en Hollande. On lui est redevable de l'ouvrage suivant, qui, malgré ses défauts, est curieux et intéressant :

Délicee du pays de Liège. Liège, 1758, 5 vol. in-fol. , avec cartes , plans et figures.

1761/DURIVIËR (Jean), graveur en médailles, né à Liège en 1687 et mort à Paris en 1761 , s'est rendu ^ecommandable dans la gravure ; son goût pour cet art l'amena i Paris, où il étudia sous Içs meilleurs maîtres. Son mérite ne tarda pas à le faire connaître, et les distinctions les plus flatteuses devinrent en peu de temps la récompense de ses travaux. Il fut nommé graveur du roi, obtint un logement au Louvre et fut reçu à

rÂcadémie de peinture et de sculpture. C'est le graveur qui a le raient trouvé la ressemblance de Louis XV. Delille a consacré quatre vers à la mémoire de joet habile artiste, dans le septième chant du poème de rima" gination :

Durîvier , c'est à toi de tenter ces traranx ^ Et si, dans nos remparts, des vandales nouveaux Brisent des monuniens que le bon goût adore. Ton burin immortel les fera vivre encore.

Le czar Pierre-le-Grand , durant son séjour à Paris , ayant été visiter la monnaie royale des médailles , en ramassa lui-même une qui venait d'être frappée, et qui était tombée à ses pieds : c'était son portrait parfaitement bien fait par Durivier.

Après la mort de cet artiste, M. de Marigni, consulté par Louis XV, sur le choix d'un nouveau graveur en médailles , lui conseilla de différer ce choix , dans Fespérance qu'il se rencontrerait un Liégeois digne de remplacer Durivier, ajoutant qu'il n'y avait que des gens de cette nation pour bien saisir l'effigie des rois de France.

Si l'on ne trouve pas dans les ouvrages de Durivier, dit l'auteur du Dictionnaire des Artistes^ l'élégance et la pureté de style qu'exige ce genre , on y remarque une touche mâle, fière, hardie, un dessin correct, de la vérité, de la chaleur et un effet piquant, qualités ' qui suffiraient pour transmettre à la postérité le nom | de Jean Durivier. On a de lui, entr'autres :

V Le Portrait de Bertholet Flémalle qu'il grava d'après l'original en 1711 , avant de quitter Liège.

2* Le Portrait de Pierre de Gouges, avocat au Parlement, d'après le tableau de Tournière.

3"" Une médaille dont le revers représente Mars et Minerve, l'un avec une couronne de laurier, l'autre avec une d'olivier; la légende porte : Uni debemus uiram-

que, et l'exergue : Victoria pacem fecit. M D C C XIIL Ou rapporte que cet illustre artiste gravait de temps en temps des vignettes pour les libraires.

1763. CâCHARD de RISSÂC (Joseph^ Dieudonné), curé de Roncq , au diocèse de Tournaj, naquit à Visé , ville de la principauté de Liège, en 1683. Après avoir terminé ses humanités à Visé ou à Liège , il alla faire sa philosophie et sa théologie à l'Université de Louvain, et il y prit le degré de bachelier. Il obtint d'abord , par la voie du concours, la cure de Genêt près de Menin , dont il se démit après avoir eu celle de Roncq par résignation, en 1722. Il remplissait dignement ces fonctions, lorsqu'il reçut en 1726, une lettrede cachet qui l'exilait hors du diocèse de Tournay. Les motifs de cette persécution, furent, dune part, son opposition à la bulle Vnigenitus , et de l'autre, la haine des religieux roendians du pays qu'il avait toujours éloignés de sa paroisse. Dès qu'il fut parti pour se retirer à Douai , on jeta ses meubles dans la rue, et plusieurs de ses paroissiens, excités par quelques fanatiques, firent une figure de paille pour le représenter , qu'ils promenèrent dans toute la ville et brûlèrent ensuite. Toutes les personnes qui lui étaient attachées, eurent beaucoup à souflfrir de ce désordre occasionné par les desservans. Il demeurait à Douai depuis dix ans avec quelques jansénistes lorsqu'on 1736 , il fut menacé d'une lettre de cacliet qui l'exilait hors du royaume. Il en évita la signification en se retirant secrètement à Paris, où il obtint ensuite, du cardinal de Fleuri, la permission de rester, à cause de ses infirmités. Cachard était un saint prêtre, d'un caractère doux et affable, et fort studieux. Il a laissé plusieurs volumes manuscrits d'extraits de l'Ëcriture-Sainte et des SS. Pères. Etant tombé dangereusement malade au mois de juin 1762, le P. Regnault, curé de St.-£tienne du Mont, l'administra, quoiqu'avec

une espèce de répugnance. Il mourut peu de temps après, le 19 janvier 1763, à l'âge de 79 ans. et fut enterré dans le petit cimetière de St.-Severin, suivi d'un grand concours de personnes attachées comme lui aux opinions de Jansénius {JHémoires du temps. Nécro^ loge, tome 4, p. 341).

1763 JACQUET {Pierre-Louis dé), chanoine de l'église de Liège , grand prévôt de St.-Jean Evangeliste en cette ville et de St.-Etienne à Majence , archidiacre de Hainaut, naquit à Kochefort, petite ville de la province de Namur. 11 alla de bonne heure à Rome, où 80US la tutelle d'un de ses oncles qui y avait un emploi, il fit de bonnes études, et y resta jusquen 1737, que le prince George-Louis de Bergh l'ayant nommé son suffragant pour le diocèse de Liège, il vint se fixer dans cette ville et y fut sacré èvèque d'Hippone. Jacquet porta la plus vive sollicitude à son archidiaconé de Hainaut, qu'il visitait souvent; attentif à ce que les pasteurs s'acquittassent exactement de l'instruction du peuple , et les maîtres d'école de celle des eufans. Le pape Benoit XIV, qui l'avait connu à Rome, le députa, en 1748, au congrès d'Aix-la-Chapelle, poor y soutenir les intérêts du St.-Siége; ce pape fut si content de sa conduite , qu'il en fit l'éloge dans une congrégation de cardinaux.

Ennemi du faste et des dépenses superflues, qui marehent presque toujours à la suite des richesses. Jacquet en fit largement part aux pauvres , non-seulement après sa mort, mais encore durant sa vie même. Il était très-charitable, et visitait les indigens dans leurs maladies. Avant de mourir , il fit construire et dota en 1763, une école publique à Rochefort, et fonda plusieurs bourses à l'Université de Louvain, en faveur de sa famille, et à défaut de parens, pour d'autres étudians de sa ville natale , permettant d'en

employer deux pour faire apprendre à de jeunes gens des arts et métiers.

Jacquet fut un prélat tout dévoué à ses devoirs, et d'une conduite constamment exemplaire : sa gravité naturelle était tempérée par beaucoup de douceur et d'affabilité; il mourut à son château d'Ëmbour« le H octobre 1763, à Tâge de 72 ans.

* 1763. ROMSÉE {N.), chanoine de Liège, savant canoniste, auteur d'un ouvrage sur les rite», 5 vol.

* 1764. CHARNEUX {Denis de), né à Verviers le 28 juillet 1649, fit ses premières études chez les Ré* collets de cette ville , parcourut une bonne partie de la France, la Hollande, et surtout l'Allemagne, s'établit à Vienne en Autriche , où il reçut le titre d'écuyer «npirialf s'appliqua à l'étude du droit, et reçut le doctorat en droit civil et canonique. Il acquit bientôt la réputation d'un profond jurisconsulte et mourut dans UQ fige très-avancé. Son nom était Desmareîs, mais il le changea, après qu'un des membres de sa famille eût été décapité à Liège , pour cause de conspiration. De Charneux fut chargé de diverses missionsdiplomatiques.

1767. GRIFFET (Henri), savant Jésuite , au collège de Liège. 11 a publié :

1* Une Histoire des négociations secrètes de la France avec la Hollande , qui précédèrent te traité iVtrecht. Liège ,1767, in.l2.

2* L'histoire de Tancrède de Bohan. Liège, 1767 , 10-8'' , avec quelques pièces concernant l'histoire de France et l'histoire romaine.

* 1767. PIERRE (N.), curé de Sansanruz, au duché, de Bouillon ; on lui doit entr'autres , l'introduction dans le pajs de Liège , des espèces de pruniers , dites de &cine-Claude , de Mirabelle et de Perdrigon.

1767. VECRAI {dom André), savant religieux de Tabbaje de Malinedy, né à Clause , près de Clermont, village de rancien duché de Limbourg. Il établit et dirigea, après avoir beaucoup vojagé pour cet objet, une papeterie célèbre à Halmedy et une fabrique de carton, d'une qualité supérieure , pour presser les draps.

1767. GRADY (Chartes-Antoine de) , îssu de la famille patricienne de ce nom à Liège, chanoine de la cathédrale et de la collégiale de St.-Pierre, fut nommé l'an 1762, suffragant de Liège par le prinoe-évéque Jean-Théodore de Bavière, du vivant même de Jacquet, et comme adjoint à ce dernier. 11 fut sacré le 21 décembre de la même année sous le titre d'évèque de Philadelphie. Après la mort de Jean-Théodore, arrivée le 27 janvier 1763 , le chapitre de la cathédrale lui continua ainsi qu'à Jacquet, les pouvoirs d'exercer les fonctions épiscopales. Dans le courant de la même année, il fut élu unanimement prévôt de la collégiale de St.-Pierre. Le prince Charles d'Oultremont, successeur de Jean-Théodore de Bavière, le nomma son suffragant et reçut de lui les ordres sacrés. Ce digne prélat mourut le 9 juillet 1767, à son château de Brialmont près de Tilf; son corps fut transporté dans Téglise cathédrale , et déposé dans la chapelle de Malonne.

* 1768. COUNET (Z.-J5.), arithméticien liégeois, a publié :

1* Traité des changes , ou réduction générale des monnaies, Liège, chez Bassompierre , 1768, 1 vol., petit in-12.

2"" La nouvelle et parfaite arithmétique des négocians, contenant tout ce qui est nécessaire et utile , tant pour les marchands de la ville et pays de Liège , que pour ceux des pays étrangers , ornée de questions, opéra-lions et explications les plus courtes. Liège, chez B. Collette , sans date , 1 vol. petit in -8**.

1770. FRANÇOIS {Dom Jean), savant religieux bénëdictin, né au village d'Acremont, duché de Bouillon, enrichit de plus de 5,000 volumes la bibliothèque de St.-CIément. Il était très-versé dans la philosophie , la théologie et la prédication. On trouve une notice de ce savant dans la Biblioth.gén. deê Ecrivains de tordre de Sl Benoit. Il a publié :

V Une Hiitùire de Metz. 2> Une Histoire de Chdlons^ iur^Mame» S"" Un Code monastique régulier. 4* Un Dictionnaire roman , wallon , celtique et ttuiesque.

Ses ouvrages inédits sont :

V Un PouilU du diocèse de Metz.

2" Un recueil de vieilles chartes, en 2 vol. in-folio , 90US le titre de : Chartres Austrasiennes.

* 1771 STAS {Thomas) , de Tongres , «st Fauteur d'une Analyse des eaux de sa ville natale indiquée par André Baccio , dans un ouvrage que ce dernier a publiée V§nise , in-fol., en 1771, ainsi que celle du cardinal de Granvelle sur les mêmes eaux.

" 1771. GERLACHE (N.), imprimeur à Liège, après avoir donné une nouvelle édition des Droits coutu» niiers de Stavelot, il établit une imprimerie à Malmedj, et y publia un Almanach du pays de jStavelot , fort utile et bien composé.

1771. OVLTKE^Om (Charles-Nicolas- Alexandre, c(mte d), issu d'une des plus nobles et anciennes familles du pays de Liège, reçut le jour le 26 juin 1716. Il fut élu par la pluralité du chapitre cathédral , prince-évêque de Liège, le 20 avril 1763, en concurrence avec le prince Clément de Saxe , fils d'Auguste , foi de Pologne; ce qui occasionna un litige , que la cour de Rome décida en faveur du premier. L'élection fie œ prince causa une joie universelle dans le pays ,

parce qu'il était Liégeois. La cité se surpassa en fêtes, i cette occasion. Il eut pour chancelier, le comle de Uoensbroeck , depuis évéque de Liège ; pour vicairegénéral, le baron de Stockem ; et pour grand majeur, le comte de Lannoj. Il fonda l'adoration perpétuelle du St. Sacrement dans l'église de St.-Martin, à Liège, à l'instigation des barons de Hubens, frères, chanoines de cette église * collégiale. Ce prince reçut la visite, en 1771 « du Stadhouder de Hollande , accompagné des princes de Brunswick et de Hesse.

Charles d'Oultremont fut un bon prêtre» un évéque exemplaire , mais un prince faible et indolent. 11 mourut d'un coup de sang , en revenant de la chasse, à son château de Warfusée , le 22 octobre 1771 » trèsregretté des Liégeois. Son corps fut inhumé dans le chœur de la cathédrale. Sa famille lui érigea un mausolée en marbre blanc , sculpté par Evrard.

* 1772. £yRARD(^.),sculpteurliégeois,auJQurdliui presque ignoré de ses compatriotes. Ses ouvrages sont très-estimés en France. On avait de lui à Liège , les mausolées des prinoe»-évéques Georges-Louis de Berghe, Jean-Théodore de Bavière et Charles d'Oultremont.

"" 1772. LEGROS {N.), né à Bovignes près de DiDint, se fixa à Halmedy. Il est l'inventeur du miroir conçoive que l'on admirait à l'Université de Bonn.

1772. FRANCK (Sinum), né à Jemeppe, village sur la Meuse, près de Liège, en 1741 , se distingua dès le premier âge dans les belles-lettres , particulièrement dans l'éloquence et dans la poésie latine , comme on le voit par les pièces diverses insérées dans les Mu9œ Le/h dientes , 1761 et 1762 . 2 vol. in-8\ Dans le premier de ces recueils, on distingue un poème épique sur XEUibUêêement du chriaUaniime au Japon , plein d'épi-

godes, d'images et de comparaisons heureuses, et de très-beaux vers. Il a été réimprimé à la suite de la Vie de lapôtre des Indes , Liège 1 788* Parmi les pièces du seoond volume , on remarque Tode : In impios sceculi nosiri êcripioref. Ajant embrassé Tétat ecclésiastique, et s'étant livré avec une ardeur extraordinaire aux fonctions du saint ministère , il mourut dans sa patrie en 1772, dune maladie contagieuse qu'il avait contractée en visitant les malades avec un zèle égal à ses autres vertus.

* 1773. SCHILLER (^V.)» riche industriel , fabricant de draps à Montjoie, établit des fabriques de draps fins à Fouron , Limbourg et Dalhem , qui devinrent bientôt florissantes. Il tenta d en établir à Theux et à Stavelot , mab les gouvernements de ces deux pays s'y opposèrent , par le motif qu'il était protestant,

1773. PHILIPS (N.), chanoine de Tongres , mort à i'iége , est l'auteur d'une Vie du cardinal Polus.

1775. PONSARD (G.-B.), médecin consultant du prince de Liège , mort à Paris. On a de'lui :

1' Traité méthodique de la goutte et du rhumatisme, oîi ton enneigne daprès îeœpérience les vrais moyens à K délivrer et se préserver de ces maladies. Paris , 1770,in.l2.

2" Traité de Tapophone et de ses différentes espèces, at^ec une nouvelle méthode curative , dont Futilité est prouvée par t expérience; on y traite également de la f(tralysie et de ses différentes espèces particulières : ou^ ^rage à la portée de tout le monde, dans le goût de F Avis ^u peuple du célèbre Tissot. Liège , 1775 , in-12.

Ponsard na point d'article dans la Biographie

^icak.

1776. BERTHO {Bertrand), maître en arithmétique à Liège , a donné au public :

1" Méthode très- facile de traiter par principes Umt les changes étrangers , ornée de tables en^rdre alphabétique, qui représentent les différens deniers du change de toutes les places de commerce en relation réciproque; avec un Abrégé très^instructif sur toutes les questmt du trocque. Liège, B. Collette , 1 vol. petit in-8''.

2" Tarif pour le commerce de Liège « contenant àt instructions sur ï origine du commerce de Hollande, avec des tarifs pour en réduire , à toute variation du change courant , t argent courant et celui de banque en argent de Liège. Liège , Gerlache , 1776 , 3 vol. petit in-S"* , n'ayant qu'un seul ordre de pagination.

* 1776. NEURAI (N.), né à Liège , obtint au concours, vers 1730 , la cure de Stembert , village près de Verviers , où il termina sa carrière vers 1776. 11 s'adonna avec passion , dès sa plus tendre jeunesse , à la géométrie, et s'appliqua de même avec beaucoup d ardeur, à l'astronomie , sciences dans lesquelles, dit-on, il avait fait des découvertes intéressantes ; mais Neurai, aussi simple qtie modeste , ne voulut jamais communiquer au public le fruit de ses études. Il ne fallut rien moins qu'une circonstance qui intéressait l'univers catholique, pour le décider à montrer ses connaissances. En 1743 I quelques doutes s'étant élevés pour savoir quel jour on devait fixer les Pâques en 1744 ; lerapereur invita tous les princes de l'empire germanique à envoyer à la Diète leurs avis sur cet objet important dans le but d'obvier ^ux inconvéniens que pourrait produire la célébration des Pâques en différens temps. Georges-Louis de Berghe , alors évêque de Liège chargea le curé de Stembert de s'occuper de cet objet, Dans son mémoire imprimé, qui est de huit pages in-fol. il y fait voir , après quelques réflexions sur le calcu

astronomique et sur les cycles, qu'il est impossible, en suivant le calcul astronomique, de se conformer au décret qui ordonne de célébrer les Pâques partout Tuni vers le même jour. Après avoir examiné ensuite, si l'usage descjcles n'offre pas une méthode infaillible d'accorder tout le monde, il dresse, sur ce principe, une nouvelle table, au moyen de laquelle le jour de la célébration des Pâques peut être exactement désigné durant des milliers d années , en rectifiant seulement de temps en temps , comme Neurai le propose dans cette table , le cyck des Epacies. il fixe, selon l'épacte , la fête de Pâques pour l'année 1744 au 5 avril ; tandis qu'on aurait pu, selon le calcul astronomique , la placer au 29 mars. Ce savant mémoire est dédié au chapitre cathédral , par suite de la vacance du siège épiscopal.

Cette notice est extraite des Mélanges hist. et litt. de M. de Yillenfagne » p. 335.

*1776. DARCIS {François-Joseph), né à Paris, vers 1756 , fut élève de Grétry pour la composition , et donna à la comédie italienne la Fausse Peur , opéra comique en un acte , et le bal Masqué. Les essais précoces de ce jeune homme semblaient promettre un compositeur distingué ; mais la fougue de ses passions ne lui permit pas de se livrer à des études sérieuses, et causa sa perte. Doué d'une figure charmante , brave , entreprenant , il aimait les femmes et était homme à bonnes fortunes. Ses désordres devinrent tels , que la police conseilla à son père de le faire voyager. On le fit partir pour la Russie ; mais à peine y fut-il arrivé, qu'il se battit avec un officier russe , qui le tua..

1776. DEMARTEAU (Gilles), graveur , né à Liège, en 1729 , profita de l'invention de François, qui avait trouvé le moyen d'imiter en gravure les dessins au crayon , et perfectionna à un tel point cette découverte , qu'il est souvent difficile de distinguer ses gra-

Tures de Toriginal. Actif et laborieux , il exécuta plus de 500 pièces en ce genre. Demhrteau a rendu par ce moyen un grand service aux artistes, surtout dans les provinces où les élèves n'avaient pour modèles que de mauvaises copies, de médiocres dessins , ou des originaux encore plus faibles que ces copies. Ce service s'est étendu jusque sur les arts mécaniques , en multipliant par la gravure une infinité de modèles de meubles, omemens , fleurs , qui mettent les ouvriers de toutes les classes à portée d'étudier et de sortir de la roatine. Demarteaa obtint une pension dé Louis XV, et une place h l'Âeadémie de peinture, qui le reçut sur son estampe de Lycurgue blessé dans une tédiiiofi, d'après Cochin. 11 a gravé entr autres pièces , d'après le même, la Juitice protégeant hê arts , et une ÂUégom sur la mort du Dauphin; le Christ porté au tombeau, d'après Stellaërt , et un grand nombre d*études d'après Raphaël , Venloo , Pierre , Boucher, etc. On a de lui aussi différentes études sur papier gris ou bleu, imitant plusieurs crajons de diverses couleurs. Cet artiste distingué mourut à Paris en 1776.

DEMÂRTEAU {Gilles-Antoine), neveu et élève da précédent , a gravé aussi , et assez bien , un grand nombre d'études d'après différons maîtres modernes. 11 est mort yers 1806 , à la fleur dé Tége.

DEMARTEAU (P.i.), né à Theux, médecin très-distingué, se fixa à Amiens ou il est mort.

1776. COSTER {Jean-Louis), frère de Joseph-François , philologue distingué, né à Nancy, entra dans la compagnie de Jésus. Après la suppression de cette compagnie , il devint bibliothécaire de l'évêque de Liège. On a de lui deux Oraisons funèbres : f une du Dauphin, père de Louiè XVI, et l'autre de Stanislas I"»

roi de Pologne , duc de Lorraine , etc. , toutes deux prononcées et imprimées à Nancy, en 1766, in-4'. L'abbé Coster entreprit, en 1772, l'Esprit des Journaux^ et s'occupa jusqu'en 1775 , de la rédaction de cet utile journal, dont la collection imprimée par Tutot , à Liège , forme 12 yoL in-l2.

*1777. FERMIN (Philippe), médecin et voyageur , est né à Maestricht, aujourd'hui proyince de Limbourg. Il passa en 1754, à Surinam , où il résida à peu près dix ans. A son retour en Europe , il séjourna quelque temps à Amsterdam , puis se fixa dans sa patrie , où il derint membre de la magistrature municipale. La profession qu'il avait exercée dans la colonie de Surinam lui avait fourni l'occasion de faire des observations et de recueillir des notes sur ce que ce pays offrait de curieux. Il communiqua le résultat de son travail à des amis , qui rengagèrent à le publier. Fermin fît en conséquence paraître en français , \ Histoire naturelle de la Hollande équinoxinle ou de Surinam, Amsterdam, 1765, 1 vol. in-8*. Ce livre essuya beaucoup de critiques de la part des naturalistes. On reprocha à lauteur d'avoir en quelque «orte simplement esquissé son sujet , et de n'avoir pas donné plus de détails sur un pays qu*an assez long séjour l'avait mis à même de connaître*. Fermin , en homme sage , profita des critiques qui lui étaient adressées, et convint de leur justesse dans la préfttce de la nouvelle édition de son ou- Trage qui parut sous ce titre: Description générale , his^ torique, géographique et physique de la colonie de Suri' nam, avec figures et une carte topographique du pays, Amsterdam, 1769, 2 vol. in-S**, traduit en allemand (par F.-H.-M. Martini), avec des remarques , Berlin 1775 , 2 vol. in-8" , fig. On trouve dans cette description tout ce qu'elle promet ; c'est un des meilleurs livres qui aient été publiés sur les colonies. Cependant Tauteur

n*ayant pu être présent quand on rimprimail, il s'en était rapporté pour quelques descriptions locales à un de ses amis qu'il crut mieux en état que lui d'exécuter cette partie. La confiance de Fermin n'avait pas été très-bien placée ; il ne s'en aperçut que lorsqu'il n'était plus temps d'y remédier. Les critiques ne l'épargnèrent pas : on lui reprocha, tout en rendant justice au mérite de son ouvrage ^ d'avoir en quelque sorte renversé le terrain. Fermin , toujours docile , reconnut que sa description avait besoin d'additions et d'amélio* rations, et que notamment la partie historique demandait quelques développemens. Afin de ne rien négliger de ce qui pourrait donner à son travail le degré d'exao* titude désirable, il consulta les livres hollandais qui pouvaient lui fournir des lumières, et publia son troisième ouvrage intitulé : Tableau historique et politique de tétat ancien et actuel de la colonie de Surinam , et des causes de sa décadence, Maestricht, 1778, in-S**, traduit en allemand avec quelques augmentations, par F.-G- Canzler , Gottingue, 1788, in-8°. Ce tableau peut servir de suite ou de supplément à la description qu'il rectifie en plusieurs endroits. Fermin s'est principalement attaché à raconter les principaux événemens qui avaient donné naissance à la colonie, à décrire son gouvernement, et à éclairer sur les vices qui nuisaient à la prospérité de Surinam. Il expose les moyens de prévenir la décadence de cet établissement , et se montre partout bon citoyen. Ces difiérens ouvrages sont écrits purement; le dernier est assez fréquemment entremêlé de réflexions exprimées avec force et concision. On a encore de lui : Traité des maladies les plus fréquentes à Surinam, etc. , avec une dissertation sur le fameux crapaud de Surinam , nommé Pipa , etc. Maestricht, 1*764, in-8° , fig.; Amsterdam, 1745, in-8°. La dissertation a été traduite en allemand et augmentée par J.-A.-E. Gotze i Brunswick, 1776, in-8% fig.

1776. REDOUTÉ {Charles-Joseph), né le 24 juillet 1715, au village de Jarnagne près Pliilippenlle.

Ayant appris de son père les premiers élémens du dessin , il partit de Dinant le 12 juillet 1737, à l'âge de 21 ans pour aller se perfectionner à Paris. 11. suivit ses études à l'Académie de St.^Luc , la seule qui eiislât alors dans cette capitale. Après un séjour de 7 ans à Paris , il fut engagé par son compatriote Célestin Dejonc, natif de Givet, abbé du monastère des Bénédic* tins de St.-Hubert , à aller décorer cette riche abbaje et achever les ouvrages commencés par Nicolas Thiery de Verdun , peintre de cette Académie de St.*Luc.

En conséquence , Redouté quitta Paris le 16 décenibre 1743; il retourna d'abord à Dinant pour revoir sa famille et se rendit ensuite à St.-Hubert , où s'étant fixé , il s y maria le 26 janvier 1750 avec Marguerite- Joseph Châlon, de cette ville. 11 eut de ce mariage trois garçons et deux filles.

Indépendamment des ouvrages pour le monastère de St.-Hubert , il travailla aussi pour labbaje de Stavelot et pour les châteaux circonvoisins. Exerçant divers genres de peinture, il fit des tableaux d'église, des portraits, des paysages. Après une vie laborieuse, soutenu par un travail peu productif dans un pays pauvre et peu appréciateur des arts , sa santé s'altéra sensiblement.

Charles-Joseph Redouté mourut à St.-Hubert, le 23 décembre 1776 , à l'âge de 61 ans y des suites d'un anévrysme au cœur.

REDOUTÉ (Antoine-Ferdinand), fils aine du précédent , né à St.-Hubert , le 21 juin 1756.

Après avoir reçu de son père les premières leçons de Mm art, il se rendit à Paris en 1776 , et y exerça la peinture de décors avec distinction. Il fit des progrès remarquables, qu'il justifia par ses belles décorations,

qu'on admire encore dans plusieurs palais» principalement à l'ancienne salle du tribunal au Palais Rojal, à l'Elysée Bourbon , au château de Compiègne , etc.

Il mourut à Paris le 3 novembre 1809 , à l'âge de 53 ans , laissant une veuye avec quatre enfaos, dont deux garçons et deux filles.

REDOUTÉ (Pierre-Joseph), frère cadet du précédent, né à St.-Hubert , le 10 juillet 1759 , devint un peintre célèbre et le premier des iconographes botanistes de l'époque.

Après avoir appris de son père les principes du dessin , il n'eut plus d'autres maîtres que son génie et ses propres inspirations. Il montra dès l'enfance des dispositions extraordinaires, et à l'âge de 6 ans, ilébau* chait déjà des petits tableaux de genre : à 13 ans, il quitta sa famille pour voyager en Flandre et en Hollande, n'emportant avec lui, pour toute fortune ,que sa palette et ses pinceaux. Il demeura pendant un an dans la petite ville de Vilvorde , près de Bruxelles , où il peignit des dessins de portes, des décors d'appartemens et des tableaux d'église. Il se montra habile dans tous les genres de peinture auxquels il se livra. A l'âge de 16 ans , il était assez renommé dans le pajs pour être demandé par M. André, peintre, pour l'aider dans ses travaux au château de Calsbourgau duché de Bouillon ; mais son père étant tombé dangereusement malade, il revint aussitôt près de lui et acheva ses ou*! vrages.

^ Après la mort de son père, arrivée le 23 décerobn 1776 , il reprit ses voyages en Flandre pour étudier le productions de l'ancienne école flamande. II Iravailk dans plusieurs villes et s'arrêta à HejUisem » près Tir lemont en Brabant où il fut chargé de peindre grands tableaux d'église.

Aussitôt son retour à St.-Hubert » il fut demandé!

Luxembourg pour y faire plusieurs portraits, eutr'autres cent du général Bender, gouverneur de la ville , du médecin Embinet et de quelques autres personnes mar« quantes. Ses talens lui valurent aussi la protection d'une princesse aipie des arts , de la princesse de Tornaco , qui l'engagea à aller à Paris et lui donna des lettres de recommandation que le jeune peintre insouciant perdit en route. Après avoir revu son pays natal , il se rendit à Paris auprès de son frère aine , Autoine-Ferdinand Redouté qui, depuis 1776, y exer- ' çait la peinture de décors avec distinction. Pierre* Joseph Redouté se décida à prendre ce genre ; mais , malgré ses progrès dans cette branche de l'art ; il le quitta bientôt pour adopter celui des fleurs , auquel son goût de prédilection lavait porté dès sa jeunesse»

En 1784, il essaya de faire d'après nature, quelques branches de fleurs pour M. Chereau, marchand d'estampes , qui les fit graver comme principes de dessin. Le hasard les fit tomber entre les mains du célèbre L'béritier, qui fut frappé de son talent et le détermina à s'y livrer exclusivement.

Le jeune peintre commença par dessiner les figures des ouvrages de H. L'héritier, qui obtinrent un succès d'autant plus remarquable qu'elles opérèrent une espèce de révolution dans l'iconographie botanique. Il accompagna ensuite L'héritier à Londres et dessina une partie des figures du Sertum Anglicum ; il acheva pour le même botaniste plus de 500 dessins. Vers la même époque , M. Gérard Vàn Spaëndonck , peintre du cabinet du roi , ayant connu et apprécié le talent de Redouté , le chargea de peindre les 20 dessins de plantes nouvelles qu'en cette qualité il fournissait annuellement , et qui devaient entrer dans le recueil des vélins commencé sous Louis XIV.

Redouté , déjà connu par ses belles aquarelles , dont il était l'inventeur, perfectionna ce genre et en fit une

heureuse application aux travaut de la collection des félins du Musée d'histoire naturelle , parce qu'il avait remarqué que la peinture à la gouache s'écaillait par le toucher et le frottement, tandis que sa manière délicate, sa couleur hrillante et diaphane permettait de la manier, sans altérer aucune partie de ces détails si essentiels à leur conservation et à Tétude de l'histoire naturelle.

Redouté Tenait d'être nommé dessinateur du cabinet de la reine , lorsque la révolution arriva ; en 1792, il te fut de l'Académie des sciences; et lors de la création de l'Institut , il devint dessinateur en titre de la cksBe de physique et de mathématiques.

Le 2 septembre 1793 , un décret de l'assemblée législative ordonna l'ouverture d'un concours à l'effet de choisir les artistes les plus habiles pour continuer la collection des plantes et animaux peints d'après nature sur vélin , déposée à la bibliothèque du Musée d'histoire naturelle. Conformément à la loi, le concours eut lieu dans la galerie du musée et dura 48 heures. L'assemblée ayant examiné les dessins mis au concours, fit choix de Pierre-Joseph Redouté, de Henri-Joseph Redouté, son frère , et de M. Maréchal, pour travailler à compléter cette collection.

Pierre-Joseph Redouté a dessiné un grand nombre de plantes pour divers ouvrages de botanique qui sont gravées en noir, parmi lesquelles il faut citer lesfiguret de la Flora Atlaniica de H. Desfoutaines ; celles des ouvrages de M. P. Ventenat , celles des plantes rares du jardin de Cels ; celles de \ Astragalogie de Decandolle , celles des ouvrages de Michaux père : Fhra boeralis Americana , et \ Histoire des chênes de t Amérique septentrionale; il a encore fait les dessins des quatre premiers volumes de la nouvelle édition des Arbres et Arbustes de Duhamel , et ceux de la Boiani" que de J.-J. Rousseau , etc. , etc.

Mais le plus magnifique ouvrage qu'ait publié P.-J.

Redouté sous la protection de rimpératrice Joséphine elsous les auspices de M. Chaptal, ministre de Tintée rieur, ce sont les Liliacées. Cette seule famille de plantes a fourni 80 livraisons formant 8 volumes, grand in-folio, qui renferment chacun 60 planches , 486 fi<gtires de la plus parfaite exécution. Dès qu'il parut, il fut mis par le gouvernement au nombre des productions de l'art, qui pouvaient donner aux étrangers une haute idée de la supériorité de l'école française. £n 1804, le ministre de l'intérieur souscrivit pour 80 exemplaires , qui furent envoyés en présens aux artistes et aux savans les plus distingués de l'Europe. Napoléon qui se plaisait à protéger tout ce qui illustrait la France, fit souscrire par le prince de Tallejrand, son ministre des afiaires étrangères, par une lettre des plus flatteuses, à un certain nombre d'exemplaires pour être envoyés aux souverains étrangers.

Redouté a peint les plantes du jardin de la Malmaison, décrites et publiées par M. Ventenat. L'ouvrage, quia paru en 20 livraisons , forme 2 volumes , grand in-folio de 120 figures. La flore de Navarre, du même format , fut ensuite publiée par M. Bompland avec les figureg par Redouté.

En 1805 , il rteçut le brevet de peintre de fleurs de l'impératrice Joséphine.

Il est également auteur et éditeur d un grand nombre d'ouvrages d'iconographie botanique , dont plusieurs présentent 4 à 500 figures coloriées , dont les gravures des plantes sont imprimées en couleurs par le procédé d'une seule planche.

Cette nouvelle méthode , dont il est l'inventeur, date de 1796 par des essais qu'il fit sur Yhistoire des champignons , cités dans les mémoires de Brûun-Nerrgard , savant Danois. Il commença ensuite par ïhistoire des plantes grasses décrites par Decandolle, dont les premières figures furent imprimées de cette manière, bien avant la publication.

Quoique son procédé paraisse simple au premier abord , néarooins il exige beaucoup de soins dans son application. 11 s agit de mettre au pinceau, sur la planche d'une gravure , les couleurs primitives sur chaque partie capitale, que l'on imprime ensuite, en répétant le même procédé à chaque tirage ; ensuite, les figures sont retouchées par des enlumineuses, au moyen d'une teinte plate transparente , qui laisse ressortir les ombres de la gravure et rend l'effet du coloris brillant et imitateur de la peinture. Depuis ce premier essai, M. Redouté a beaucoup perfectionné ce nouveau genre d'impression. Dans ses autres ouvrages , il la porté au dernier point de perfection.

Il a aussi dessiné une partie des figures en couleurs de l'ouvrage publié en 1810, par André Michaux fils: Histoire des arbres forestiers de t Amérique septentrionale , 3 volumes grand ih-8'.

Divers ouvrages de Redouié , exposés au Louvre en 1819, répondirent à ses détracteurs qui lui avaient contesté l'invention de son procédé d'impression après s'en être servi. Une médaille lui fut décernée, à cette occasion i par le jury des arts du concours des produits de l'industrie nationale ; il obtint en outre l'approbation de tous les amis des beaux-arts.

Un des ouvrages, qui fait le plus d'honneur à l'artiste pour l'exécution et le fini , c'est la monographk des Roses, avec le texte par C.*Ant. Thory. Cet ouvrage, grand in-folio sur papier vélin , imprimé par Firmin Didot, est composé de 30 livraisons formant 3 volumes de 168 figures, non compris la couronne de roses du frontispice. Paris 1817 à 1824.

Après la mort de Gérard Van Spaëndonck , arrivée le 1 1 mai 1822 , la place de professeur-administrateur, qu'il remplissait depuis l'organisation du Musée , fut supprimée par les professeurs. Ils partagèrent le cours d'iconographie entre MM. Redouté et Huet, non quant

au traitement de 5000 fr. , dont jouissait ce professeur , mais à rai:K>n de 2000, et pour chacun avec obligation de faire un cours annuel de 30 leçons, sous le titre modeste de maîtres de dessin du Musée d'histoire naturelle. Redouté, malgré la gravité de l'injure, accepta néanmoins dans Vintérêt de lart. Le premier cours fut annoncé pour le 15 avril 1824 ; il eut lieu dans la grande galerie de Buffon , et on compta plus de 150 élèves des deux sexes.

Redouté , outre ses ouvrages des plantes • a fait un nombre immense de tableaux de fleurs à l'huile et à l'aquarelle , dont la plupart ont été exposés au salon du Louvre. Â l'occasion d'un de ces tableaux , Redouté reçut le 14 janvier 1825 , de la main du roi Charles X avec les paroles les plus gracieuses, la décoration de la Légion d*honneur«

En mai 1827 , Redouté a fait paraître un nouvel ouvrage sous le titre de Choix des plus belles fleurs, prises dans dijfférentes familles du règne végétal, et de quelques branches des plus beaux fruits ; dédié à LL. AA. RR. les princesses Louise et Marie d'Orléans. Cet ouvrage a été terminé en 36 livraisons de 4 figures.

Redouté, qui avait d abord donné des leçons à S. A.R. madame Adélaïde d'Orléans et aux jeunes princesses, en donna également à leur auguste mère, à son avènement à la couronne.

Ainsi , Redouté qui avait été peintre de fleurs de l'impératrice Marie-Louise, le fut également de la reine des Français.

En 1834 , il a été nommé membre de Tordre de Léopold par le roi des Belges.

Il continue le cours de ses travaux , quoiqu'âgé de 78 ans, et il publie en ce moment un nouvel ouvrage BOUS le titre de Choicc de soixante roses nouvelles non W)ore figurées, avec un discours préliminaire par M. Jules Janin. Cet ouvrage est dédié à S. M. la reine dea Belges , son auguste élève.

REDOUTÉ (HenrirJoêeph). né à St.-Habert, k 25 mai 1766, troisième fils de Chartes-Joseph Redouté, qu'il perdit à l'âge de 10 ans et demi.

L'absence de ses frères l'ayant privé de leurs leçons de dessin , sa mère Tenyoja à Bouillon à latelier d'uo peintre fort médiocre i chez lequel il demeura pendant quelques années; mais ne pouvant faire de grands progrès sons un pareil maître , il fut appelé par ses frères à Paris , où il arriva en juillet 1785 à l'âge de 19 ans.

Libre de choisir le genre de peinture que chacun d'eux avait entrepris , son goût le porta à adopter celui de son frère, Pierre-Joseph Redouté, qui excellait déjà dans le genre de fleurs , et il devint son disciple.

Il commença, comme avait fait son frère, à peindre d'après nature quelques branches de fleurs pour un marchand d'estampes qui les fit graver en 17S6| afin de servir d'étude aux élèves.

Il travailla , sous son frère , à plusieurs parties des ouvrages de M. L'héritier, célèbre botaniste, et dessina quelques plantes rares qui furent gravées et publiées en 1787.

Eu 1783 et 1789 , il peignit sur vélin 8 bouquets de fleurs pour M. le duc de Nivemois, à son château de Sl.-Ouen près Paris.

En 1790 et 1791 , il dessina pour M. Labillardière des plantes nouvelles qu'il avait rapportées de Syrie, et qu'il a publiées.

Il fit 10 dessins d'oiseaux du Sénégal peints en couleur sur vélin , format in-8°, pour M. Geoffroy de Villeneuve, qui les avait rapportés de son voyage, et qu'il a publiés.

Ayant accompagné M. Coquebert de Monbret, dans nn voyage fait en 1791 et 1792 , dans les provinces méridionales et occidentales de la France, pour l'aider

dans ses recherches d'objets pour l'histoire naturelle, il s'occupa particulièrement à peindre en couleur et à l'aquarelle sur vélin des poissons des côtes de la Méditerranée et de l'Océan au nombre d'environ 60 dessins, restés en la possession de M. Coquebert.

En 1792, il dessina 45 plantes pour l'Encyclopédie de M. Panckoucke père , sous la direction de H. Lamarck, professeur de zoologie au Jardin du roi, et plus de 450 coquilles pour le même ouvrage , dirigé par MM. Bruguière , Lamarck et Huucoss , consul danois. £o même temps, il contribua pour la moitié des planches du Journal d histoire naturelle, rédigé par MM. Lamarck, Bruguière, Olivier, Haûy et Pelletier.

En 1793 , il travailla , conjointement avec son frère et M. Maréchal , sur la dissection du rhinocéros mort à la ménagerie de Versailles , et qui avait été transporté dans l'amphithéâtre du Musée d'histoire naturelle. Il 7 fit 10 dessins anatomiques de cet énorme quadrupède , sous la direction de MM. les professeurs Hertrud , chirurgien et Vicq-d'Azyr , médecin.

Plus tard ^ il fit encore 6 autres dessins d'anatomie d'une tortue disséquée et décrite par M. Mertrud. Ces 16 dessins coloriés sur vélin format in-folio, joints à ceux de ses collaborateurs , furent déposés parmi les oollectionâ de la bibliothèque du Musée pour servir de démonstration d'anatomie sur le squelette du rhino<céros , existant dans la galerie du Musée.

A la suite d'un concours public en septembre 1793, il fut nommé avec son frère et M. Maréchal , pour continuer la collection de plantes et d'animaux peints d'après nature sur vélin , commencée sous Louis XIV, qui devait être transportée de la bibliothèque rojale où elle avait été déposée , dans celle du Musée d'his* toire naturelle.

Depuis sa nomination de -peintre du musée , il fit pour cette collection 26 dessins sur vélin, savoir : 18 de poissons, 2 de serpens et 6 de plantes nouvelles.

En 1795, il exposa au salon du Musée au LouTre deux tableaux de poissons.

Il dessina ensuite , d'après L'herbier, 71 plantes rares rapportées de Barbarie par M. Desfontaines , professeur de botanique au Jardin du roi, pour entre? dans la Flora Atlanttca.

Il travailla aussi dans la Flore des Pyrénées, publiée par M. Picot Lapeyrouse, de Toulouse.

11 fit une copie du poisson /a6rti^/Mi9apottrM. Blocb, zoologiste de Berlin , à qui il manquait pour son Bittaire des poissons.

Il envoya en 1797, à Madrid, deux tableaux, lun de fleurs et l'autre d'oiseaux peints sur vélin , pour être mis dans un concours public pour une place de peintre du cabinet royal. Il ne fut pas nommé et l'on garda ses tableaux.

Il fit pour M. le professeur Ventenat 24 dessins de détails pour un nouveau Manuel de botanique^ 4 volumes in-S"* 9 et 12 plantes rares pour entrer dans un nouvel ouvrage sur les plantes nouvelles et peu connues , cultivées dans le jardin de M. Gels , 1 volume grand in-4'*.

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