‹ Biographie liégeoiseChapitre 4 sur 27 · EN CAUSE · texte numérisé non relu

EN CAUSE

Monifieur de Fréron , procureur^énéral de sonAlteste Celcissime, contre Grégoire-- Joseph Chapuis, prisonnier.

c Le trente décembre mille sept cent quatre-vingt- -treize, vus les acts par nous les eschevins de la justice • souveraine de la cité pays de Liège, condamnons Gré- » goire-Joseph Chapuis, prisonnier, à être conduit au » lieu du supplice, pour illec avoir la teste tranchée jus ides épaules pour Vcierople d'autres.»

Dès que Ion connut à Yerviers cette inique condamnation, les personnages les plus influens par leur position sociale en sollicitèrent inutilement le rapport; monsieur l'abbé Lejeune, beau-frère du malheureux Chapuis, futse jeter aux pieds du prince-évêque Méan; implorer le pardon de Thommc à qui on n'avait pu trouver l'apparence même d'un crime, de l'innocente victime qu'il voulait immoler à sa vengeance, mais ce prêtre d'un Dieu de paix et de miséricorde lui répondit froidement : qu'il fallait donner un exemple aux philosophes : qu'on n'en voulait plus; et cet assassinat juridique fut ordonné.

Le 1*' janvier 1794, enchaîné sur un tombereau, Chapuis arriva à Yerviers pour, le lendemain , à la vue de ses concitoyens, qui tous rendaient témoignage de ses vertus , de la douceur de ses mœurs, être offert en holocauste.

Le lendemain, 2, conduit sur la place des Récollets, lieu désigné pour le sacrifice, au milieu de la consternation générale, cette œuvre d'iniquité fut consommée : sept coups de tranchant n'ayant pas encore abattu sa tête, le bourreau qui, sans doute, avait reçu aes instructions, fut obligé de la scier, ce qu'il fit à deui mains.

Verviers était alors occupé par un régiment hollandais, et cette exécution présentait des caractères si horriblement atroces, Tindignation fut si grande parmi ces troupes, qui, elles-mêmes, excitaient les habitans à la vengeance, que l'on fut obligé de les faire partir , crainte de désordres.

L'année suivante à pareil jour, on célébra à Yerviers l'anniversaire d'iniquités : les autorités civiles et militaires, les généraux Grenier, Boyer et Cacatte, leurs états-majors, une foule immense d'habitans de Yerviers et des communes environnantes, assistaient à cette cérémonie, un cénotaphe fut élevé au lieu du supplice:

^ 612 — la place desTVéooIlets reçut le nom de place du Martyr, des discours furent prononcés parmi lesquels on r^ marqua celui du général Grenier que nous traoscri* Tons ici :

c Citoyens , vous yenez de célébrer l'anniversaire de »Chapuis, martyr de la liberté. Vous n'avez payé que »le tribut du à sa mémoire. Chapuis fut magistrat ver- »tueux; il a rempli son devoir avec honneur. Il fut » républicain , bon mari, bon père et bon ami ; il aiioa • la liberté, lutta corps à corps avec la tyrannie, et voii* >lut,dun état soumis à un monstre mît ré aider à en >faire un état libre ; tel futChapuis : ses vertus le firent •immoler à la rage du tyran; ses mânes attendent de 1 vous d'autres sacrifices; vous les devez à sa fainillef »vous les devez à cet enfant. Chacun de vous doit le areconnatlre comme le sien, suffire à son éducation, »et le pénétrer, ainsi que ses jeunes concitoyens, de » Vamour de la liberté, en leur inspirant une haine im- »placable contre les despotes. C'est en élevant fos »enfans à de pareils sentimens, qae vous honorez la •mémoire du martyr , que vous leur ferez chérir les a causes de sa mort, que vous leur apprendrez à le a venger, on que vous les rendrez dignes de mourir a comme lui. a

1794. BOULLANGER {Baudouin), général de la commune de Paris, né à Liège. Il habitait Paris, où il était joaillier avant la révolution , dont il seconda les excès. Il fut successivement membre des Jacobins et des Cordeliers , agent de Robespierre et du comité de salut public, et enfin général de brigade employé i Paris. A Tépoque de la révolte du 31 mai 1793, il commandait la section de la Halle-aux-Blés , et fut nommé pour remplacer Santerre , dont la conduite , un moment incertaine, donnait de l'inquiétude aux chefs des factieux. Plusieurs sections de l^ris ayant réclamé

cx)ntrc son élection, Boullanger donna sa démission. Il deyinl, au mois d'octobre suivant, général de l'armée révolutionnaire, annonça à la société des Jacobins qu il allait partir arec Rousin , et demanda à être ac-> compagne d'une guillotine. Accusé ensuite à cette société par des Cordelière, il fut défendu par Robespierre, et j dénonça lui-même Perrière -Sauvebœuf, qu'il fit rayer et renvoyer devant le comité de sûreté générale. Le 27 février 1794, il excita Hébert à signaler des conspirateurs que celui-ci n'osait nommer, ce qui donna lieu contre lui, aui Jacobins, à une nouvelle accusation dont il fut encore défendu par Robespierre. Tant de services de la part de celui-ci méritaient de la reconnaissance; aussi Boullanger prit-il les armes en sa faveur au 9 thermidor, fut décrété d'abord d'accusation , puis mis hors de la loi , et exécuté trois jours après.

1794. SÂLM-RIRBOURG (Frédéric Rhinyrave de), naquit à Limbourg, ancienne capitale du duché de ce nom, aujourd'hui ville de la province de Liège, d'une des familles les plus illustres de ce pays, en 1746. Né avec beaucoup d'ambition, il se jeta dans le parti patriote lors de la révolution de la Hollande en 1787, dans l'espoir, dit-on, de chasser le prince d'Orange, H de se mettre à la place de ce Stadhouder. Afin d y parvenir, il se vanta à La Haye qu'il avait beaucoup de crédit à Versailles; et s'étant rendu à cette cour, il persuada qu'il jouissait d'une grande considération en Hollande. Son esprit et ses manières plurent au ministre Galonné, par le moyen duquel il obtint le brevet de maréchaUde-camp, avec des appointemens de 40 mille livres. Mais, soit que Sal m -Kir bourg eût i)esoin d'argent pour remplir ses projets, soit que, vu l'état des finances de la France, il craignit que ses appointemens ne lui fussent pas longtemps payés, il osa

en demander le capital, et on eut la bonhomie de lui donner 400 mille livres. A son retour en Hollande « il apprit que le parti républicain réclamait la médiàtioa de la France, ce qui , en faisant cesser les troubles, détruisait tous ses desseins. Il dépêcha alors des émissaires à Amsterdam et autres villes , pour y engager les patriotes à s'opposer à tout projet de médiation : il avait conçu l'espoir, en refusant cette médiation, d'être nommé généralissime des armées républicaines, et d'être ainsi investi d'une autorité suprême. Il voyait cependant la nécessité de dissimuler avec le parti du Sladhouder, et de crainte qu'il n'eut le dessus, il entretint des intelligences secrètes avec ce parti. Un jour il dit au comte de Callamberg, Saxon très-considéré du prince d'Orange : Croyez au reste, que je n ai pas tellement le goût du citron 9 que je ne m'accommode très-bien de lorange. D'après ces fausses protestations , on lui confia la défense d'Utrecht, qui avait une garnison de 8,000 hommes , au moment de l'invasion de la Hollande par les Prussiens. 11 rendit, sans coup férir, cette place importante, qui aurait pu se défendre longtemps. Une telle conduite le démasqua entièrement vîs^-tIs du parti stadhoudérien , et il abandonna en même temps celui qu'il avait juré de servir. S'étant réfugié à Paris, il demeura dans le bel hôtel qu'il avait dans cette ville, embrassa ensuite les principes révolutionnaires, et fut nommé commandant de la garde nationale, mais il ne tarda pas à devenir suspect. Pendant le régime de la terreur, il fut impliqué dans la conspiration (supposée) ourdie dans la maison d'arrêt des Carmes, où on l'avait enfermé. Traduit au tribunal de Goflinhal. il y fut condamné à mort, et exécuté le 23 juillet 1794, âgé de 48 ans. Ses biens furent rendus à sa famille, en vertu d'undécretdu 17 septembre 1795.

1794. FASSm (N.), Récollet du couvent de son

ordre à Liège, né à Steinbert près Verviers, théologieiii chronologiste et géographe. Ce religieux portait le viatique à un malade dans la rue du Pont-d'Âmercœur, à Liège, lorsqu'il fut atteint d'une balle, partie du rang des Autrichiens, duquel coup il mourut. Le père Fassin a publié 4 volumes de Commentaires sur l'Êcrîture-Sainte.

1794. HERMÈS-SERVAIS, manufaclurier de poêles, établi à Sedan , né au village du Marché sons Franchimont, commune de Theux, en 1728, était du nombre de ces hommes courageux de la ville de Sedan , qui furent traduits au tribunal révolutionnaire de Paris , le3juin 1794 et périrent le même jour, victimes de leur noble dévouement à la monarchie légitime, pour avoir eu le tort de signer la déclaration suivante, après avoir mis en arrestation les députés de la Convention nationale , qui étaient venus à Sedan pour j faire enregistrer le décret de suspension du roi Louis XVI, avant de se rendre pour le même objet à l'armée du général Lafayette , campée sous les murs de cette ville.

c Le conseil général de la commune de Sedan , dé* libérant sur la validité des passeports présentés, ouï le procureur de la commune , considérant les circonstances où se trouve la patrie : arrête que MM. Kersaint, Antonelle , Péraldj et Klairval seront provisoirement mis en état d'arrestation. Délibérant ensuite sur la nature des pouvoirs (illimités), dont les soi-disants commissaires sont porteurs ;

» Considérant qu'au moment où ils auraient été conférés, l'assemblée nationale, obsédée par la horde des factieux, qui remplissaient la capitale de sang et de carnage , n'a pu agir avec liberté , et que ce n'est que pour éviter de plus grands crimes, qu'elle a pu consentir au décret qui viole de la manière la plus outrageante la constitution ; décret, ou plutôt acte mons-

trueux, qu'elle doit se faire un devoir de rëToquer aussitôt que ses oppresseurs l'auront rendue à elle* même ;

> Considérant que tous actes émanés ou qui en éroa* neraient tant qu elle se trouvera sous le glaive des assassins , sont frappés de nullité ;

^Considérant que , si les soi-disant commissaires étaient députés ainsi qu'ils s'en qualifient, ils n'auraient pas accepté une mission destructive de la constitution, qui tend à tromper le peuple , à soulever larmèe, et à lui retirer les braves généraux qui la commandent; qu'on ne peut donc les regarder que comme des émissaires de la faction qui a usurpé les pouvoirs eipressèment délégués par la souveraineté nationale;

tConsidérarit que le roi , son auguste famille, ainsi que les députés fidèles à leurs devoirs , sont encore au pouvoir des factieux , arrête :

1 Que les soi-disant commissaires députés demeureront en cette ville sous bonne et sûre garde, y resteront en âtage jusqu'à ce qu'il soit notoire que TAsseiublée Nationale et le roi soient libres et n'ajent plus à craindre de leurs oppresseurs. »

1794. GOUXK {Guillaume-Lambert), docteur en médecine, des Académies de Bruxelles, Dijon, etc., né à Verviers le 16 août 1717, fit ses études au collège de cette ville, d'où il passa à l'école de Reims, s y fil recevoir docteur en médecine , en 1745, et publia sa thèse inaugurale sous le titre de: Spécimen anima$ticœ mecUcœ, qu'il développa plus au long dans un ouvrage publié en 1755, à Berlin sous le titre de ? Physique de rame humaine, 1 vol. in-12. L'Académie des sciences et belles-lettres de Dijon avait proposé pour le prii en 1764 : V De déterminer la nature des anti-spasmodiques proprement dits; 2' d'expliquer leur manière d'agir; 3"* de distinguer leurs différentes espèces; 4' de

marquer leur usage dans les maladies ; le mémoire de M. Godar fut couronné Tannée suivante. L'auteur fit imprimer à Paris sa Dissertation , un vol. grand in-S"*! daos laquelle il intercallai sur le diabolisme, desarti^ clés qui ne se trouvent pas dans le mémoire couronné.

C'est à l'occasion de ces articles ajoutés queM.Marret, secrétaire perpétuel de l'Académie de Dijon, publia la lettre suivante :

c En faisant imprimer sa Dissertation sur les antispas* 1 modiques proprement dits , que l'Académie de Dijon «couronna l'année dernière , H. Godar , médecin à iVerviers, près Liège, y a ajouté sur le diabolisme et >snr les exorcismes, des détails qui n'étaient pas dans >l original. La compagnie vous prie, Monsieur, d'en > donner avis au public, et de lui annoncer que tout ice qui est compris depuis la page 44 jusqu'à la I page 51 , et dans les pages 89 et 90, sont desadditions »donl elle n'a eu connaissance, qu'après l'impression >de l'ouvrage , impression qui s est faite à Paris, quoi* >qne par le frontispice , il paraisse que cette Disserta* >tion ait été imprimée à Dijon. »

£q 1769, il publia:

V Septicologie, ou Dissertation sur les antiseptiques, conndérés dans le sens le plus étendu, quia concouru pour le pris proposé par F Académie de Dijon , en 1767 (a remporté l'accessit), 1 vol. in-8°. Le prix fut remporté par Boissieu. En 1770 , il concourut en* core pour le prix proposé par la même académie sur les méthodes rafraîchissantes , et son mémoire remporta le premier accessit. On en trouve un extrait dans un vol. intitulé : Mémoire sur les méthodes rafraU ohUfantes et échauffantes , qui a remporté le prix pro* po9épar l'Académie de Dijon , en 1770 , par Boissieu, auquel on a joint ^extrait (Tune Dissertation sur le même sujet qui a eu le premier accessit ; par Godar , in-S**, Dijon , 1772. Dans les nouveaux mémoires de

XAcadènm de Dijon , partie des sciences et arts, second semestre de 1784, se trouve un mémoire sur t origine des glaces que les fleuves et les grandes rivières charient dans le temps des grandes gelées , par Godar.

Dans les anciensmémmresde tAcadémiede Bruxelles, ]VI. Godar a publié : Explication de la cause du vides que Von observe sous les glaçons des chemins ra^ boteux , tome !"'• Dissertation sur F usage des noix de galle en médecine, tora. 2. Réflexions sur quelques moyens de laconiagion, tom. 4* 4Sttr l'origine des butins des fleuves , ou des glaces qu'ils charrient. Sur les /bmentations antiseptiques. Sur Fouverture des fenêtres des salles des malades , tom. 5. M. Godar est mort à Yerviersy le 2 mars 1794 , d'une fièvre hectique à la suite d'une fluxion de poitrine.

2* Dans le Journal de Médecine^ Chirurgie et Phar* macte , Godar a publié : Observations sur une fièvre urticaire ou érysipélateuse de la plus rare espèce, 1759, tom. 10, pag. 316-319.

3'' Marque singulière de la grossesse du sexe , tom. 1 1 , pag. 529-532(1759).

4"* Observation sur une excroissance à la racine de la langue , extirpée par la ligature , 1760 , tom. 13 , pag. 66^7.

5*" Histoire d'une plaie accompagnée de differens symptômes , 1760 , tom. 13, pag. 250-264.

& Guérison d'une épilepsie qui rendait les yeux microscopiques , 1760 , tom. 13 , pag. 393-408.

7" Histoire dune fièvre continue qui dégénéra en intermittente anormale, 1761 , tom. 14, page 203-211.

S'' Mort subite causée par le trop d'embonpoint ^ 1761 , tom. 14 , pag. 401-410.

9** Hydropisie guérie par une attaque dapoplexie , 1761 , tom. 14 , pag, 499-503.

10* Observation sur fine fièvre cacliectique , 1763, tom. 18 , pag. 324-329.

11' Diêsertation sur fa vertu des noix de galk ^ priées iniérieu7^ment , 1778 , tom. 49 , pag. 242-260 et pag. 367-372.

Dans son Dictionnaire historique de la médecine , M. Dezeimerîs , à propos de la physique de famé hu^ maine, qu'il prétend avoir deux volumes in*8^, quoi qu'elle n'aie qu'un vol. in-1 2 de 392 pages, préfaces et tables comprises, dit : quoique cet ouvrage soit attribué par divers biographes au médecin Godar, nous doutons qa'ilsoitde Guillaume Lambert.

Si celui qui a écrit ces lignes s'était seulement donné la peine d'en lire la préface , il n'aurait pas élevé ce doute, il aurait vu que ce livre n'est que le développe-* ment d'une thèse inaugurale soutenue à Reims , par 1 auteur en 1745 ; celte préface est datée de Vervicrs le premier de l'an 1755.

1795.TASKIN(Pa*cAa/),néenl723,àTheux,bourg » du pays de Liège. Il devint l'élève du célèbre Blanchel, facteur de clavecins à Paris, rue de la Verrerie.

Après la mort de son maître , qu'il devait bientôt surpasser , il prit la direction de l'établissement et donna l'essor à son génie par d'importantes amélioralions dans la facture de ces instrumens , dont la combinaison offrait encore beaucoup de défectuosités , tant sous le rapport des sons , que pour Vexécution.

Il était réservé à Paschal Taskin de triompher des obstacles que ses prédécesseurs n'avaient pas su vaincre avant lui.

Après avoir inutilement essayé tous les corps élastiques jusqu'à la corne du pied de cheval, il avait reconnu , dans la peau de buffle, la qualité nécessaire pour en tirer des sons convenables. Il recueillit , de la répétition de ses expériences , tout le succès qu'il avait espéré. Voici comment il les avait dirigées.

Parmi les trois rangs de saulereaux ordinaires aux

clavecins, il en choisit un dans lequel il subslituaaux plumes de corbeau des morceaux de peau de bufiBe, qu'il introduisit dans les languettes à peu près de la même manière que les plumes. Cette peau produisit un tel effet sur la corde de l'instrument qu'il en résulta des sons veloutés p moelleux , suaves et vraiment voluptueux , qu'on pouvait enfler , ou diminuer à volonté en appuyant plus ou moins fort sur le clavier. Le buffle obéissait à la pression du doigt , et le tact seul du claveciniste suffisait pour opérer ces transitions admirables sans changer ni de clavier, ni de registre.

Taskin ne s'était pas borné à cette précieuse découverte ; il voulut encore faire servir les registres eraplumés pour étendre davantage les mojens d'exécution sur son instrument. Il imagina donc des baguettes de fer qui perçaient perpendiculairement le sommier du clavier du haut en bas ; le bout supérieur faisait mouvoir les registres emplumés ; le bout inférieur venait se terminer un peu au-dessus des genoux du claveciniste. Par cet ingénieux et simple mécanisme , on pouvait, avec le plus léger mouvement des genoux, faire parler un jeu quelconque de plumes, ensemble ou séparément, ou le jeu de buffle seul , ou tous les jeux du clavecin réunis ; de sorte que , si l'on voulait imiter l'effet d'un grand chœur, d'un écho, et dans toutes les nuances possibles , cette exécution devenait facile sans déplacer la main du clavier. Quelle prodigieuse variété de jeux dans un instrument auparavant si ingrat !

Le premier clavecin à buffle fut fait, en 1768, pour M. HcbeK, trésorier-général de la marine et des menus plaisirs du roi. On remarqua , depuis , que la peau de buffle conservait sa même égalité de force et d'élasticité i pendant plus de cinq ans. i

Cette découverte mit le sceau à la réputation de j Taskin; elle devint plus qu'européenne sous les règnes | de Louis XV et de Louis XVL j

En 1772, M. Ghiquelier» facteur des instrumm? du roi, étant mort, Louis XV fit demander Paschal Taskin pour le remplacer ; mais celui-ci ne voulant pas accepter un emploi . qui l'aurait privé de continuer ses recherches pour de nouvelles inventions, proposa d'en* Yojer à sa place son jeune neveu , qui fut accepté.

A partir de cette époque, P. Taskin sut ajouter à sa propre découverte. Ayant porté la plus profonde attention sur les effets du tact , des claviers et des buffles , il imagina de placer , sous le pied du elaveciniste , untirant qui faisait mouvoir imperceptiblement le jeu des buffles , ainsi que celui des plumes. Ce tirant recevant du pied une pression plus ou moins légère , enflait ou diminuait les tons à volonté , qu'on parvenait aisément à varier de toutes les manières. Depuis les tailles jusqu'à l'extrémité des buffles, les clavecins imitaient parfaitement le son des basses du prestant de l'orgue ; et depuis les tailles jusqu'à l'eitrémité des dessus, ils imitaient celui de la flûte traversière.

Cette addition rendait le clavecin à buffle bien supérieur auL clavecins piano-forté inventés en 1760 à Freyberg, en Saxe, par Silbermann. De la Saxe, l'invention de ces instrumens passa à Londres , d'où venaient presque tous ceux qui se vendaient à Paris ; mais on ne pouvait adapter lo mécanisme de ces piano-forté à nos clavecins français.

Comme le mécanisme de M. Taskin s j adaptait facilement, il inventa, en 1776 , un piano-forté en forme de clavecin. L'Académie des sciences envoya plusieurs députations chez lui , pour l'engager à soumettre son instrument au jugement de cette société; mais Taskin, aussi modeste que savant , se refusa longtemps à cette demande ; enfin, il fut tant pressé qu'il fit transporter son instrument à l'Académie. Les commissaires , MM. Vandermonde , Haûj et le baron de Districhen firent un rapport très-avantagoux.

Cette découverte lui mérita les suffrages unanimes des connaisseurs. Les premiers artistes de Paris, Coaperin, Baibâtre et autres, ne tardèrent pas à vouloir jouir des puissans et gracieux effets de ce nouvel instrument, qui depuis ce temps a subi différentes modifications.

Taskin avait épousé la veuve de M. Blanchet , son prédécesseur y et il n'en eut pas d'enfaus.

Cet homme célèbre termiua sa longue et glorieuse carrière à Paris en 1795.

' TASKIN (PfMchaUoseph), neveu du précédent, né à Theux le 20 novembre 1750» étail le fik d'un riche manufacturier de ce bourg.

Placé en 1763 chez son oncle Paschal, il en devint promptement le meilleur élève; et, quoiqu âgé seulement de 22 anSf il jouissait déjà d'une réputation honorable, puisqu'il fut jugé capable de remplir, au lieu de son oncle, la place de facteur des instrumens du roi, qu'il alla occuper à Versailles en 1772.

Depuis cette époque jusqu'à la révolution de 1789, il ne cessa de s'occuper du perfectionnement des instrumens. Celait un artiste digne de soutenir la grande renommée de son oncle.

Il épousa, en 1777 , Harie^Françoise^Julie Blandiêt, fille du célèbre facteur de ce nom. 11 eut de ce mariage quatre enfans , dont deux fils et deux filles.

Il mourut à Versailles en 1829.

TASKIN {Antoine^ PaJtohal), fils aine du précédent, né en 1778, embrassa la carrière militaire. Il entra à 19 ans comme adjoint au corps du génie ; il fut fait lieutenant à 20 ans et capitaine à 23 ans. Sa première campagne fut en Egypte; il assista au combat d'Aboukir, et obtint ses grades sur le champ de bataille par des actions d'éclat. Revenu d'Egjptc, il fit la campagne

d'Amérique avec le général Lauriston. Âti retour de celte expédition, il assista au combat de Trafalgar. Plus tard , il ouvrit la tranchée au siège de Saragosse en Es* pagne ; delà , il passa en Allemagne et se trouva à la bataille de Wagram.

Quelque temps après, il succomba le 26 février 1810 à lage de 32 ans, par suite des fatigues de la guerre. Outre les qualités militaires qui distinguaient ce jeune homme , il possédait un grand talent sur le violon , sur le piano, et il chantait avec un goût remarquable.

IhSSil^ {Henri- Jo$eph), frère du précédent, né en 1779, se livra exclusivement à la musique. Ses dispositions précoces furent développées par sa mère avec un tel succès, qu'à l'âge de 9 ans il se fit entendre en public.

Il étudia la composition; et parmi ses œuvres, on compte trois opéras inédits, dont deux comiques et un sérieux ; mais les poèmes n'ayant pas été reçus, la musique n'a été entendue que dans des réunions parti-* culières , où elle fut très-applaudie.

Il est membre de plusieurs sociétés savantes, et il s'occupe en ce moment à rassembler les matériaux d'un ouvrage sur Y État de la musique en France, en Alle^ magne et en Italie depuis hW sièclejusquà nos jours.

1795. BEÂ.DFORT {Louis dé), de la société royale de Londres, mort à Maestricht en 1795, avait été quelque temps gouverneur du prince de Uesse-Hombourg. On a de lui :

V Dissertation sur Fincertitude des cinq premiers iiècles de F histoire romaine, 1738, in-8% réimprimée enl750,2vol.in.l2.

2" Histoire de César Germanicus, 1741 , in-12.

3* La République romaine , ou Plan général de tanrien fjouvernement de Rome, 1766, 2 vol in-4**, 1767, 6voi. in-12.

^ 824 — Cet ouvrage, )e meilleur de l'auteur, esl justement estimét il est, pour la forme du gouvernement , ce que Montesquieu est pour les causes morales et politiques» et Vertot, Kooke et Ferguson, pour la partie historique. L'ouvrage de M. A. Adrien de Texier : Du Gouverne^ tnent de la République romaine. Hambourg, 1796, 3 vol. in-S"", n a pas fait oublier celui de Beaufort.

* 1795. BEAUFORT [N.), horloger de Liège, offrit le 2 brumaire an 11 , à la Convention nationale, une montre décimale de son intention, qu'elle accepta, et accorda à son auteur, une mention honorable dans le procès*verbal de la séance de ce jour. L'aiguille de celle montre indiquait , en même temps , l'heure et la minute d'après la nouvelle et l'ancienne division.

1795. THYS (Celestin),nk à Vervîers, est le dernier des princes*abbés de l'abbaje de Stavelot : à la ré?o« lution , il s'expatria et finit ses jours à Hanau.

♦ 1795. MÈLOTI^E {Antoine), sculpteur, ne à Liège. On a de lui les Batnilles d'Alexandre d'après Lebrun, sculptées en bas-relief, morceaux pleins de chaleur et d'expression.

1795. JALHËÀU (N.), chanoine à Liège , est l'édi* teur d'une nouvelle édition du Miroir de* nobles de Haiêbaye* Liège, Bassompierre , 1791, un vol. in-^, orné de plusieurs gravures. La dédicace au prince Uoensbrœck est de M. Reynier; c'est une pièce ingénieuse et élégante. M. le comte d'Oultremont de Wé« gimont, qui s'était appliqué particulièrement à l'histoire du pays « et avait recueilli avec soin tout ce qui pouvait contribuer à répandre sur elle quelque jour, fournit au chanoine Jalheau les fonds nécessaires pour cette édition, dont on trouve peu d'exemplaires en circulatipn.

Jalhean a dédaigné le leite de Hemricourt , et s'est contenté de la traduction de Salbray, en la reproduilant sous une forme nouvelle ; il y a ajouté seulement quelques notes»

Cet éditeur se proposait de publier un Recueil d'épi" taphes. Il avait parcouru , à cet effet , toutes les églises du pays, et y avait ramassé une prodigieuse quantité d'inscriptions funéraires. Ce recueil allait être imprimé, lorsque forcé par le malheur des temps à s'expatrier en 1794, le chanoine Jalheau mourut de froid, au commencement de l'année suivante, dans une petite yille de la Westphalie.

1796. RANSONNET {Jean^ Pierre), né à Liège le 13 octobre 1744 , descendait d'une ancienne famille de robe de la Guyenne, qui était venue s'établir à Soumagne , pays de Liège , en 1559. Son père qui avait été commissaire de la cité de Liège en 1631 , lui donna une éducation distinguée. Après avoir terminé ses études, il entra, à l'âge de 15 ans, comme cadet dans le ré« giment de cuirassiers de Kleinhotz au service de l'Autriche. Trois ans après, il passa au régiment de Modène, aYcc le grade de lieutenant, et en sortit capitaine, l'année suivante , pour venir se marier dans son pays , avec sa cousine, Anne-Marie-Joseph Magnée. Il s'embarqua, un peu avant 1786, pour les États-Unis d' A* mérique, fit le voyage avec l'illustre Franklin, et se lia dans le Nouveau-Monde avec le général Lafayette.

A son retour dans sa patrie , il trouva le pays de Liège divisé en deux partis à l'occasion des affaires de Spa, et ne tarda pas à se ranger du côté des opposants à l'arbitraire.

Les états de Brabant réunis à Bréda , lui proposèrent de prendre du service dans l'armée brabançonne. Malgré sa répugnanee à aller combattre contre des troupes dont il avait porté l'uniforme , la violation

^ 626 — du territoire liégeois, à Hasselt, par les Autrichiens, dissipa ses scrupules; il se rendit dès lors aux ?œui des états de Brabant ; se sacrifia corps et biens pour la cause des patriotes brabançons.

Lieutenant-colonel au service de Liège , il obtint le même grade dans l'armée brabançonne ^ a^ec promesse 9 après le rétablissement de la constitution, d'avoir un régiment de cavalerie.

Son premier début fut un coup d'éclat, Ransonnet, après avoir quitté Bréda , se rendit maître , les 24 et 25 octobre 1789, des forts de Sanfvliet^ Lillo etLiefkenshoeck, et d'un brigantin armé de huit pièces de canon qui stationnait dans l'Escaut. Pour le récompenser de ses services et de sa valeur , les états de Brabant , qui le laissaient manquer de tout , le nommèrent colonel , et le chargèrent , sans lui donner d'argent, d'aller lever un corps étranger dans le pays de Liège et de soulever le Limbourg et 4e pays d'Outre- Meuse.

Accusé de trahison par les états dont il ne pouvait obtenir le remboursement de ses avances et un emploi actif, il chargea le bourgmestre Fabry et le conseiller Lesoinne de poursuivre ses réclamations. L<^s troupes des cercles d'Allemagne marchant alors contre le pajs de Liège, pour y rétablir l'autorité du prince-évècpie, Ransonnet quitta Bruxelles et accourut pour défendre ses compatriotes. 11 leva des recrues à ses propres frais, s'avança contre les Palatins et les Hunstériens réunis qu'il tint en échec. Mais les Autrichiens étant survenus et ayant envahi le pajs de Liège en ramenant le prince et ses conseillers, Ransonnet n'eut plus d'autre ressource que de prendre promptement la fuite. Ses propriétés furent envahies, sa femme fut plongée dans un cachot d'où elle ne sortit que pour se voir, comine ses enfans, bannie à perpétuité.

Dans son exil , Ransonnet s'adressa à Lafajette qui

Vaccueillit avec distinction , 1 employa d'abord dans son état-major f et lui donna ensuite le commandement d'un corps franc de chasseurs qu'il fut chargé de lever à Givet,

Ayant organisé ce corps , qui reçut le nom de chas^ $mrs de la Meuse ^ il obtint avec lui de brillans succès àl'aSaire de Sténay. Il fut employé à lavant-garde , dans les défilés de TÂrgonne, sous les ordres du général Arthur Dillon, et s'y fit remarquer par sa valeur et son activité. Il passable là à lavant-garde de l'armée de la Moselle commandée par Kellerman> qui le nomma colonel effectif, le 7 novembre 1792, avant de le laisser partir pour le pays de Trêves, où il fit la campagne sous les ordres de Beurnon ville. En 1793, Dampierre le nomma général de brigade et commandant des flanqueurs de gauche de larmée du Nord.

Ransonnet se distingua à là levée du siège de Condé, aux combats d'Hanon , de St.«Amand , à la bataille du Bois d'Anzin , à la prise de Marchiennes sur la Scarpe , où il fut blessé à la joue , au camp retranché d'Arleux. A larmée de la Sambre , Jourdan vpulant essayer de faire une reconnaissance à laide d'un aérostat , Ran* sonnet se chargea de cette mission périlleuse avec un officier de génie. Dans toutes les circonstances, il montrait un courage et un sangfroid à toute épreuve. Il contribua à la prise des villes de Louvain et de Halle ainsi qu'à celle de Liège dont il chassa les Autrichiens du quartier d'Outre-Meuse.

Victitne des délations et des intrigues , comme tant d'autres, sous le régime de la terreur, Ransonnet fut plusieurs fois suspendu de ses fonctions par les représeiitans du peuple à l'armée du Nord. Il avait même été arrêté , conduit à Paris et incarcéré au Luxembourg , d'où il n'était sorti , pour retourner à l'armée du Nord , qu'après six mois de captivité. Après la prise de Louvain, qui était son ouvrage , ayant été subitement des-

titiié, justement irrité d'une pareille injustice, il vint à Paris, réclama avec sa franchise accoutumée et parvint à se faire réintégrer immédiatement» sans subir pour cette fois la détention.

Envoyé à l'armée d'Italie avec son ancien ami le général Kellerman , avec mission d'abord , d'aller organiser la cavalerie dans le midi de la France; il se rendit ensuite dans la rivière de Gênes où Masséna le chargea de défendre la position de Borghetto. Sa belle conduite dans le combat qu'il soutint à Loano , fut l'objet d'une dépêche spéciale que les représentans du peuple à l'armée d'Italie adressèrent à la G>nventiou nationale. Le rapport fait par le citoyen Doulcet était ainsi terminé :

cLe général de brigade Ransonnet, qui faisait la 1 reconnaissance et qui commandait les troupes , a donné >dans cette occasion de nouvelles preuves de bravoure, >de sang-froid et de talens. •

Il fut ensuite employé à la gauche du CoI-de»Tende, et y commanda le camp de Sabions.

A l'entrée de l'hiver, au lieu de soigner ses blessures et de prendre quelque repos, Ransonnet toujours infatigable, suivit Kellerman à l'armée des Alpes, et se chargea, pour la défense du Mont-St.-Bernard, delà deuxième division de l'aile gauche à Moutiers en Tarentaise, où il succomba d'une maladie occasionnée par ses blessures, le 13 ventôse an IV (3 mars 1796), à l'âge de 51 ans, sous les yeux de ses deux fils aines qui l'avaient toujours suivi dans ses campagnes depuis

RANSONNET {Jean- François) , fils aîné du précédent, né à Liège le 9 septembre 1776, fit ses premières armes sous son père qu'il accompagnait dans l'armée des patriotes en 1789. Proscrit avec lui , lors de l'occupation du pays de Liège par les Autrichiens, il le suivit en France, où il acheva d'abord son éducation.

En 1792, il ne quitta plus son père et ooinbattit presque toujours sous ses ordres. Il fut successivement soldat, sous-lieutenant, lieutenant, et enfin capitaine en 1797. Désigné pour faire partie de lexpédition d'Egypte, il ne put y aller par suite de contretemps.

En 1798, il se rendit à l'armée du Rhin en qualité d'adjoint à Tétat-major-^général. Il fut employé au siège de Philisbourg , sous les ordres du général Berna- (lotte, et fit ensuite les campagnes de 1799 et 1800 sous les ordres immédiats du général Baraguay d'Hilliers. Il fut ensuite employé comme premier aide-decamp du général Klein en 1800. L'année suivante, le premier consul le nomma chef d'escadron. En 1802, il fut nommé premier aide-de-camp du général Levai, auquel il rçsta attaché jusqu'à la paix de Tilsitt. 11 fut décoré de la Légion d'honneur le 14 juin 1804, et re« eut le brevet de membre du collège électoral du dépar-i tement de lOurthe, le 1" août 1806.

Après la paix de Tilsitt, il fut nommé adjudant-commandant, attaché à la division du maréchal Soult, et quelque temps après, chargé du commandement supérieur des bouches de l'Oder et des iles d'Usedon et de WoUin. Napoléon, pour le récompenser de son dévoûment j le gratifia d'une terre, en Westphalie, de 2,000 ir. de rente.

\n renouvellement de la guerre contre l'Autriche, il fut nommé chef de Tétat-major-général de la cavalerie du quatrième corps d'armée, aux ordres du duc de Rivoli. En 1809, nommé officier de la Légion d'hon* neur, il fut emporté par un boulet, dans une charge qu'il fit à la bataille d'Essling, le 21 mai 1809, à l'âge de 32 ans.

Des trois autres fils du général Ransonnet , il ne reste plus que Jacques-Joseph, né à Liège en 1778, qui est aujourd'hui capitaine de frégate au service de France. Barlhélemy^Gustave , à son retour de l'expédition de

St.-Domingue , mourut , en 1803 « sur le vaisseau de M. Querangai , à l'âge de 21 ans, ayant déjà le grade d'enseigne provisoire. Louis-Joseph^ sur le point d'être promu au grade de capitaine, eut la jambe emportée par un obus, à la bataille de Friedland, et mourut à Neurapin, des suites de l'amputation, à l'âge de 21 ans.

M. Van Huist, avocat distingué de Liège, a publié une excellente Notice sur le général Ransonnet et ses quatre fils. Liège, Jeunehomme Frères, 1836, in-8'. Celle que nous donnons ici n'en est qu'un extrait.

1797. H AKIN( Jean-Xattrenf), docteur en médecine, à Clermont, bourg de l'ancien ducbé de Lirobourg, tué à Battice par la chute d'une solive devant la maison Lerulh. On a de lui :

1"* Traité de THémoptysiey ou du crachement de sang. Liège, Dessain , 1779 , un vol. in-S"* de 320 pa^.

La même année, le docteur Marbaise de Hervé, publia à Liège , sous le titre de Coup-d'œil sur k traili de M. Uakin, opusc. in-S*" de 92 pag. , une critique amère de l'ouvrage de son confrère de Clennont,à laquelle celui-ci répondit par des :

2* Observations sur le Coup-d*œil du médecin dt

Hervé. Liège, Dessain, in 8". M. Marbaise j répondit

par le petit opuscule suivant : Lettre à un ami povr

justifier le Coup-d^œil. Liège, 1780, in-8* de 58 pag.

1797 ODTREPONT (Gilles rf), dit le père Mathiea,\ religieux carme de Liège, où il est né en î691,dovett des moines du pays de Liège, mourut à l'âge de 106 ans. |

* 1797. CLERMONT (/^an-ii^fioW), fabricant de draps, créateur des beaux établisse mens de VaëU prèf Macstricht.

1798. STEPHANI [le père), bibliothécaire des Carmes- Déchaussés de Liège, est auteur d'une Dissertation curieuse et savante sur [origine certaine et les progrès de îordre des Carmes dans la Terre^ Sainte , imprimée en 1798. Ce respectable religieux a contribué par ses recherches et ses travaux à la composition de quantité d'ouvrages publiés, tant par les Bénédictins que par quelques hommes de lettres de la Belgique. Il l'ut iaini de M. de Villenfagne. Le père Stéphani était possesseur du manuscrit inédit des vieilles chroniques des anciens historiens liégeois de Daniel Raimond.

1798. VEVOZilVoé' Joseph), né à Liège, fut un des principaux moteurs delà révolution de 1789, par son énergique opposition contre le gouvernement au sujet de la salle de jeux qu'il avait t'ait construire à Spa et qui porte encore son nom. Il a fait paraître un mémoire plein de recherches sur l'ancienne constitution du pays, ainsi qu'un précis historique de la révolution du 18 août 1789, et des causes qui y ont concouru.

* 1799. JACOB (iV.), né à Berneau, village près de Visé, fut prêtre, précepteur des enfans des archiducs d'Autriche et professeur d'histoire générale à l'école centrale du département de TOurthe.

1799. PAU W {Corneille de), chanoine de Xanten, au duché de Clèves, savant écrivain et philosophe paradoxal du 18' siècle, né à Amsterdam, en 1739, était petit-neveu, par sa mère, du grnnd-pensionnaire de Wiit. Issu de pareils ancêtres, il n'est pas étonnant qu il en ait hérité le goût de l'indépendance, et qu'il ait montré des idées libérales, non pas celles qu'étala dans Parts, son neveu le baron de Clootz, dit Anacharsis, mais les idées fondées sur la bonne foi, qui peuvent le mieux assurer aux peuples et aux souverains

leur félicité réciproque, et qu'il serait fâcheux de ne pouvoir appeler du nom de libérales, parce que cette épitbète est devenue synonyme de révolutionnaires. De bonne heure orphelin , le jeune Pauw fut cnvojé à Liège où il avait des parens. Un chanoine de la cathédrale prit soin de son éducation, et vit avec un grand plaisir ses progrès dans les études. Il favorisa le pen« chant de ce jeune homme pour les sciences, et l'adressa à quelques membres distingués de rÂcadémie de Goettingue, qui le prirent en amitié, et lui procurèreot tous les moyens de s'instruire. De retour à Liège, le boa chanoine, dans l'intention de lui laisser son bénéfice, engagea Pauw à embrasser l'état ecclésiastique. Celui-ci par reconnaissance, ne s y refusa point, et devint sous* diacre. Il s'en tint, toutefois, à ce degré de la hièrar' chie. Sur ces entrefaites, le prince-évèque de Liège, ayant quelque contestation avec le roi de Prusse, cher* cha un bon négociateur pour la défense de ses droits à la cour de Berlin. On lui désigna Pauw; et celui-ci, arrivé à Berlin, plut en effet au grand Frédéric, et le différend fut bientôt arrangé. Ce prince apprécia d'abord le mérite de l'envoyé de Liège. Charmé de son esprit, de son savoir et de sa philosophie, il ne négligea rien, pendant huit mois qu'il le retint à Postdam, pour l'en* gager à se fixer près de lui. Il lui offrit une pension de trois mille francs , une des premières places dans son académie, des bénéfices; enfin il le tenta même par l'eipectative de l'èvêché de Breslau. Mais rien ne put séduire le sous-diacre philosophe. Au bout de quelques mois, ditril, dans une de ses lettres, le son du tam* bour et le bruit continuel des armes et des bâtons m'inspirèrent une telle mélancolie, que j'en perdis tout-à-fait le sommeil. Il préférait aux honneurs et aux richesses, une retraite paisible, et Vaurea niediocritm d'Horace. Peut-être voyait«-il, avec plus de sagacité que d'autres gens de lettres attirés à la même cour, ce

qu'il avait à j craindre de la jalousie et des intrigues des courtisans et de la faveur inconstante du monarque. U borna son ambition a jouir d'un canonicat dans la petite ville de Xanten , non loin de son beau-frère , le baron de Clootz, qui résidait dans les environs. C'est là qu il put se livrer à sa passion pour les lettres et pour les sciences. Il j acheva ses Recherches sur les Américains^ avant d'avoir atteint sa trentième année, ce qui parut étrange aux hommes instruits, en raison de la variété et de l'étendue des connaissances que suppose un tel ouvrage. Il fut lu avidement dans toute l'Europe, et fut l'objet d'une foule de critiques. On traita de paradoxal un livre ou Ton voyait un jeune homme combattre, avec tant de force, des idées assex généralement reçues d'après les relations des voyageurs* Diderot et d'Alembert, jugeant bien autrement de 1 ouvrage et de l'auteur, engagèrent Pauw à les seconder dans le Supplément à V Encyclopédie ; et en effet, il lenrichit de plusieurs articles. En 1774, parurent ses Recherches sur lés Egyptiens et les Chinois : elles lui attirèrent de nouvelles critiques , surtout de la part des partisans des Jésuites, qui ne virent pas , sans indigna^» tion , le peu de cas qu'il faisait des Lettres édifiantes. Des Français résidant à Canton Youlurent avoir cet ou* vrage de Comeitle de Pauw; et nous avons vu d'eux ^ quelques Mémoires qui confirment presque en tout ses opinions sur les Chinois. Longtemps après, il donna les Recherches sur les Grecs, livre non moins savant et curieux que les précédons , où l'on apprend , entre autres choses, qu'il y a beaucoup à rabattre de la haute idée qu'on se forme ordinairement des Lacédémoniens. Après la publication de ce livre, il entreprit des Re^ viUrches sur les anciens Germains. Elles furent, pendant dix ans , le principal objet de ses travaux ; il se disposait à les publier, lorsqui) apprit que M. Smith, de Manheim , venait de mettre au jour les premiers

volumes d'un Traité sur le même sujet : il désiia de le Yoir complet, pour juger si le sien n en deviendrait pas tout-à^fait inutile; mais la révolution française vint l'obliger à renoncer à ses études et à tout ce qui avait fait jusqu'alors le charme de sa vie. La subversion d'un pays qu'il aimait le consterna ; elle rendit bien déplorables les dix dernières années de son existence, et causa sa fin prématurée. Il se vit pressé entre deux partis acharnés l'un contre l'autre et jaloux de mettre ce savant et laborieux écrivain de leur côté. Ennemi de tous les excès « il se flatta de pouvoir coDser?er quelque tranquillité en restant complètement neutre entre ces partis : les uns le revendiquaient comme leur compatriote» comme ecclésiastique, comme un auteur estimé, faisant honneur à sa patrie ; les autres qui se croyaient philosophes en bouleversant la France, comptaient sur lui comme philosophe, comme écriTain français et partisan des idées nouvelles. Hais il ne voulut jamais se départir de son plan de neutralité. Qu'eu arriva-t-il? C'est qu'il se rendit suspect à tous, et dut craindre la vengeance des uns ou des autres. Le directoire de Paris , qui voulait en faire son commissaire dans le pays de Clèves, alorsenvahi par ses troupes, fut piqué du refus qu'il lui opposa. Il y avait, saos doute , du danger à résister à de telles volontés, et le philosophe de Xanten ne se le dissimulait pas : d un autre côté , plusieurs de ses compatriotes et de ses voisins , le supposant incliné pour les Français, se défiaient de lui chaque jour de plus en plus. Enfin des chagrins domestiques vinrent se joindre à tant d'autres désagrémens. Son neveu , le baron de Clootz , venait d'être égorgé à Paris avec appareil, et par ceux-méroes dont il s'était fait le complice. Pauw, plus accablé à la vue de tant de crimes et de tant de malheurs qu'alarmé de son propre péril, tomba dans une mélancolie profonde; il dépérit insensiblement, et mourut à Xanten, le

7 juillet 1799, à l'âge de soixante ans. Il fut, dans tout le cours de sa vie, un modèle de simplicité, de iQodéiation , de régularité. Personne , sans le connaître intimement, n'eût soupçonné en lui tant de savoir et de profondeur d'esprit. Quelque temps avant sa mort, dans l'excès de sa tristesse, il avait brûlé tous ses papiers, entre lesquels , on doit regretter particulièrement les Recherches sur les Germains. C'est une perte réelle pour quicdnque préfère dans ses lectures le solide et iutile à ce qui n est qu'agréable. Pauw , dans ses discussions, est toujours plus occupé du fond que de la forme. Son style, quoiqu'énergique et souTent éloquent, n'a point le naturel et la pureté des bons écri- Tains français. On y rencontre assez souvent des tournures qui ont quelque chose d'étranger, et qui, la première fois, étonnent le lecteur, sans toutefois le choquer ni l'arrêter; car, loin d'obscurcir le sens, elles tendent à l'exprimer plus qu'il n'est nécessaire, par une certaine redondance de mots superflus. Au reste on est bientôt accoutumé à ce style ; et l'attention entraînée par la pensée de l'auteur , aperçoit à peine la manière dont il l'exprime. C'est l'importance et la Tarièté des sujets qu'il a traités, la profondeur et la sagacité qu'il a su. mettre dans leur discussion, qui assignent à cet auteur un rang distingué dans la république des lettres. On lui a fait des reproches auxquels rinlérètde Vamour-propre et la jalousie nous paraissent avoir eu quelque part. On a dit que ses ouvrages, dont plusieurs savants ont refuté les assertions, n'étaient que des systèmes ingénieux , remplis de brillans paradoxes: qu'en citant des passages d'anciens auteurs grecs ou latins, il en dénaturait le vrai sens pour les faire mieux cadrer avec ses vues : que ses décisions étaient trop souvent tranchantes, et sa critique outrée. Il n'j aurait guère moyen, sur ce dernier point, de le disculper entièrement ; mais le premier reproche ne nous

~ 536 — parait pas également fondé, et oeux-mèmesqui nadop* tent pas les opinions de Pauw ne peuvent disconvenir ^qu'il a su les étayer d'un appareil de preuves qui leur donne un grand air de vraisemblance. Ses principaux ouvrages sont : l"" Les Recherches philosophiqtses tur les Américains, Berlin, 1768-69, 2 vol. in-S"; Clèfcs, 1772, 3 vol. in-8'. Cette dernière édition est fort augmentée , indépendamment de la réponse à PeraetT, qui forme le S"" volume, bon morceau de critique qui avait paru en 1770. 2*' JRecherches sur les Egyptiens et les Chinois, Berlin, 1774, 2 vol. iD-8\ 3« Recherches sur les Grecs, Berlin , 1788, 2 vol. 'mi\ Quant aux Recherches sur les anciens Germains, nous avons dit qu'elles avaient péri avec ses papien; il en fut de même d'un poème didactique sur la langue française en trois chants , dont il avait envoyé un fragment d'environ cinquante vers , à l'auteur de cet article, qu'un bon poète français n'aurait pas désavoués. Ce morceau a été perdu avec d'autres manuscrits dans une des tourmentes de la révolution française. Ses Dissertations sur Corneille se trouvent dans le Recueil des Antiquités de Cassel , tome premier. On a donné à Paris, en 1785, une édition de ces trois grands ouvrages en 7 vol. in-8*. Il est important d observer que l'éditeur a réimprimé les Recherches sur les Américains, d'après la première édition de 1770, n'ayant pas connu apparemment celle de Clèves de 1772, revue et considérablement augmentée par l'auteur. Une espèce d'Ana, extrait de ses divers ouvrages, a paru en anglais sous ce titre : Sélections from M. Pawe, with additions by DanielWebb. Londres, 1795, in*8' : voyez-en l'extrait dans le Magasin Encychpédiqyis» V année , an YI , p. 196.

1799. GRE^ICK ( Antoine- Frédéric), compositeur dramatique I né à Liège, en 1752, fut envoyé fort

jeane oomme pensionnaire au collège liégeois de Rome, j fit de bonnes études musicales, et alla les terminer à Naples , sous la direction de Sala. Il parait qu'il écrivit pour les théâtres de Naples avant 1780, car il est compté au nombre des compositeurs dramatiques de VAlmanach des Thédires de cette année ; cependant on ne trouve point de traces de ses premiers travaux. On sait seulement qu'il alla à Londres une première fois avant 1784. Bans cette même année, il retourna en Italie et j composa // France bizzarro , opéra bouffe, qui fut joué à Sargono. Rappelé à Londres en 1785 , il j écrivit Demetrio , en trois ctctes , Alesêandro nelF Judie , en trou actes , et La Donna di cattiva umore. Le succès de ces ouvrages le fit choisir pour être directeur de la inasique du prince de GalleSi,En 1786, il écrivit Alceste pour la célèbre cantatrice Mara. Après un séjour de six ans en Angleterre , il vint à Paris en 1791 , ne put y trouver l'emploi de son talent et se rendit à Lyon comme chef d'orchestre du Grand Théâtre. Il y écrivit un grand opéra intitulé : L'Amour à Cythère^ qui fut représenté en 1793. Le succès de cet ouvrage, qui fut joué dans la même année sur six théâtres de Paris , le ramena dans cette ville. Il travailla d'abord pour le théâtre de la rue de Louvois, rival des théâtres Favart et Feydeau , et y donna i V Le Savoir-Faire , en 2 actes ^ 1795. 2* Les Petits Commissionnaires , un acte, 1795. 3* Eponine et Sabinus , 2 actes , 1796. 4* Les Faux Mendians, un acte, 1796. 6* Le Baiser donné et rendu^ tm aete^ 1796; joli ouvrage dont la partition a été gravée. Au théâtre Montensier : 6"* Les extravagances d^ la vieillesse , un acte, 1796; même sujet que le Jeune Sage et le Vieux Fou, de Méhul. T La Forêt de SicUe, 1797, 2 actes, la partition a été gravée. 8^ Le Petit Page, ou la Prison d'État, un acte, 1797. 9* Us Faux Monnoyeurs , ou la Vengeance, drame en Pactes, mêlé de chant, 1797. 10^ Le Tuteur ofiginal.

un acte , Il VI. W La Grotte de Cévenneê, enwnatU, 1708. 12** L'heureux procèf , ou Alphonse et Léonore, en un acte , au théâtre Fejdeau , 1798. La partition a été gravée. 13" La Tourterelle dans les bois, en un ach, au théâtre Montensier , 1790. 14** Rencontres sur rencontres y en un acte, au même théâtre, 1799. 15* h Rêve, au théâtre Favart, en un acte , 1799 » joli ouvrage; la partition a été gravée. 16* Léonidas , ou h Spartiates , en un acte^ à l'Opéra , en société avec Perguis. Cet ouvrage ne réussit pas. Gresnick avait écrit depuis près d'un an .* La Forêt de Brahma , en 3 ocfei, pour rOpéra , sur un poème de M"* Bourdic Viot, mais au moment où il espérait qu'on allait jouer cet ouvrage, il apprit que sa musique n'était reçue qu'à oorrectioo ; cette déception et la chute de Léonidas lui causèrent un profond chagrin qui le conduisit au tombeau , le 16 octobre 1799, à l'âge de 47 ans. Indépendamment des ouvrages cités précédemment, on a gravé de sa composition : V Amusement social , recueil Sarkiiti avec ace. de piano, Paris. 7!" Récréations nouvelles, ariettes , duos et romances , idem , ibid. 3* Due romances et ariettes avec ace. de jnano ou harpe et violon , ou flûte. Paris, 1797. 4*" Duo italien : Quêta è la bella face , avec accompagnement de piano ou harpe et violon ou flûte , ibid , 1797. ô"" Symphonie concertante pour clarinette et basson , avec o^^chestre » exécutée aux concerts de Feydeau. Paris, Pleyel, 1797. Il 7 a du goût et une certaine grâce mélancolique dans la musique de Gresnick, mais elle manque de verre et d'effet scéuique ; de là vient qu'elle n'a point obtenu de succès populaires.

* 1799. MARIOTTE (Thomas-DieudonnS^ , àotXt^^r en médecine , naquit à Liège, vers 1720. Sesparensie destinant à la profession de médecin , l'envoyèrent étudier à MontpeUier, après qu'il eut fait ses huma-

nitéa dans sa ville natale. Il fit des progrès rapides dansses études; et après avoir reçu le bonnet de docteur en cette célèbre école, il revint dans sa patrie, où bientôt il acquit une nombreuse pratique et la réputation d'un savant médecin. En 1765, il fit imprimer dans le Journal de Médecine, tome 23 , page 545 , une Dii^ertaiion sur un cas particulier d'épilepsie , qu'il attribue à Tusage do persil. Il était grand amateur de livres et s'était formé une bibliothèque nombreuse et bien choisie , qui a été vendue publiquement à Liège, en 1803. Toute sa vie , il s'était occupé de recherches bibliographiques , des quelles , il a laissé plusieurs volumes in-folio manuscrits. Médecin du comte de Héan, alors prince-évèque de liège, Mariotte émigra avec lui, lors de Tarrivée des Français , ne demeura que queU ques mois dans l'exil , revint à Liège , où il mourut quelques années après, âgé de 80 ans. Il est le grande oncle du docteur Lejeune, de Yerviers, botaniste dis-. tin gué.

1800. VYKKVJi{Henri'Françoie), connu sous le nom d'abbé du Val Pyrau, naquit à Verviers le 4 oc^ tobre 1737 de parens honnêtes, mais peu avantagés du côté de la fortune, qui pourtant ne négligèrent rien de ce que leur état pouvait leur permettre d'emplo^r, pour donner à cet enfant l'éducation convenable à celui qu'ils voulaient lui faire embrasser, l'ayant voué à 1 église presque dès le berceau.

La nature ne tarda pas à révéler les dispositions précoces du jeune Henri; et comme presque tous lé» hommes célèbres, il eut bientôt surpassé tous ses compagnons d'études qu'il laissa bien loin derrière lui. A. seize ans, il avait fini ses classes au collège de Verviers, i dix^sept , il entra dans l'ordre des Carmes au couvent de cette ville , où il se fit remarquer de ses supérieurs par l'étendue et la variété de ses connaissances, la jus-t

tesse dt ses raisonnemens , la profondeur de ses tucs et la perspicacité de son esprit , ce qui étonna et même aigrit contre lui plusieurs de ses anciens, qui se yojaieDt, pour ainsi dire « éclipsés par un enfmU (ainsi qu ib rappelaient) qui ne comptait pas encore vingt ans.

Quatre ans après son entrée dans l'ordre , Pyrard fut envoyé au collège des Carmes à Paris, pour j prendre ses grades. Il partit pour cette ville avec la persuasion intime de faire honneur à son ordre et à la ville qui l'avait va naître, et avec la promesse que ses supérieurs fourniraient à tous ses besoins. Sa confiance en leur parole fut plus grande que leur exactitude à la teoir; dès la seconde année ils lui refusèrent tout secours; il fut obligé d'implorer celui de sa famille, qui ne labaih donna pas et qui pourvut comme elle put, aux frais immenses qu'exigeait la carrière brillante dans laquelle il ne faisait que d'entrer et qu'il paroourut de* puis avec tant d'éclat. Dégagé alors de toutes entraves et se croyant quitte avec les Carmes , Pyrard donna ua libre cours à son amour pour l'étude des sciences et de la philosophie, à cette époque où les esprits semblaient électrisés par les écrits de Voltaire ^ de Rmuseau, de 31onte8qmeu, de Condillac^ et de tant d'autres qui ont immortalisé la dernière moitié du dix-huitième siècle. Bientôt il passa bachelier, et dédia la thèse qu'il sou* tint avec éclat, au premier ministre de sa patrie comme celle de ses licences le fut au prince qui en tenait les* rênes.

Reçu docteur en droit et en philosophie , Pyrard enseigna gratuitement pendant six ou sept ans , dans le collège de son ordre à Paris , avec la plus grande db« tin(^ion et rendit aux Carmes tous les services que sa position pouvait le mettre à même d'obtenir sans que ceux-ci lui en tinssent aucun compte.

Pendant qu'il honorait ainsi sa patrie 4st son ordre, qui depuis longtemps l'avait abandonné et ne lui foor-

oissait plas rien, Ba famille s'épaisait, sa Mnté 8afiai« bliasait, et se trouTant réduit presque à rien, il sollicita et obtint du pape une bulle qui le sécularisait et lui donnait le pouvoir de posséder un bénéfice. Il était encore à Paris lorsque le diocésain , sous les ordres du* quel il était , reçut la grâce du Saint Père« La loi qur défendait de rien publier venant de Rome , sans être revêtu des lettres patentes du roi, ne lui permit pas de la présenter à l'archevêque.

Ses ennemis , dont le nombre paraissait augmenter en raison de ses sucoti, furieux de voir déserter un snjet qui promettait de faire honneur à Tordre des Cannes, lui suscitèrent des tribulations- de plus d'un genre : l'astuce , le mensonge , la calomnie , tout fut employé poor le perdre ; écoutons Pyrard raconter luimême on piège lui tendu par une main occulte et du«* quel il eut de la peine à se tirer , tant était grande la puissance do Beau mont, archevêque de Paris.

cUn jour, j'allaisdiner dans uneanberge aufaubourg I St-Germain, un homme assez mal vêtu, dans le costume •d'un cuistre de collège , vint se placer à câté de moi, ime dit quelques mots auxquels je répondis laconi- • quement. Il faisait chaud, j'avais sorti mon mouchoir >de la poche ; cette homme glissa une fourchette dans > cette poche, la servante vint relever mon couvert « me •remit mon mouchoir, que cet homme en s'en allant, lavait fait tomber du banc où nous étions assis , et ique je remis dans cette poche ; elle me dit , en faisant •son ouvrage , que cet homme était un coquin ; il est •plus que probable qu'elle l'avait vu faire le coup ; je •ne fis que pen ou point d'attention à ce propos que •je mis sur le compte de qnolqu'indécence commise •par cet homme envers cette fille. Je sortis : arrivé »dans la rue , je revis à quelques pas oe même homme •parlant avec un autre qu'il quitta quand il m'a- •perçut. Cet autre me laissa passer, me suivit quelques

» pas, et m'arrêta quand il vit la garde qui deacendait; »la garde et lui me conduisirent chez le commissaire, >j'y étais que je ' ne savais encore pourquoi ; on me » fouilla et sous mon mouchoir se trouva la fatale four- »chette ; on envoya chercher l'aubergiste avec une » autre servante; la fourchette fut reconnue, le procès- »verbal en fut dressé. Attéré par cette aventure, le . »dépit , le désespoir m'avait ôté tout moyen de réflè- Bchir. Revenu à moi, je demandai de me lire œ «procès- verbal et d'envoyer chercher cette autre ser- » vante qui avait nommé ce scéléfpt un coquin : oo me le irefusa ironiquement et l'on me conduisit au séminaire »St.-Lazare , maison de force, où M. de Sartine prèsi- 1 dait et où l'archevêque avait plus d'une victime. •

Pendant son séjour à Paris, Pyrard fit de nombreuses recherches dans les archives de la marine pour tâcher de récupérer quelques débris de la fortune de son grand oncle , François Pyrard de la Val , célèbre navigateur , auteur d'un Voyage aux Maldives , publié par le savant Jérôme Bignon. Un jour que de Sartine faisait sa tournée à St.-Lazare , il demanda à notre Pyrard s'il était le même pour lequel M. de la lanière lui avait parlé , et sur la réponse affirmative de notre compatriote , il lui dit : Eh bien donc la pénUence ett assez longue , le coupable se trouvera , maU vous ne pouvez rester à Paris » M* t archevêque ne le veut pas.

Après un séjour de quinze années à Paris , desquelles cinq furent employées au collège des Carmes, sept autres à professer la philosophie , trois autres encore à ses licences , Pyrard revint dans sa patrie où des nouvelles persécutions l'attendaient , au lieu du repos et de la tranquillité qu'il croyait y trouver.

Dès que son retour fut connu, les Carmes , secondés par l'abbé Marcy , curé de Stembert , dans laquelle paroisse ses parens étaient retournés demeurer, firent citer Pyrard au Synode, où l'on eiigea sa bulle de sécu-

larisatîon , qu'il produisit et qu'il n'a jamais pu récupérer ainsi que d'autres pièces à l'appui ; il fut condamné pour défaut de publication et le 30 juillet 1774 y décrété de prise de corps; mais averti à temps du danger dont il était menacé et pour s'y soustraire , Pyrard se constitua prisonnier chez les pères Capucins de Verviers, croyant que l'orage s'appaiserait et que là il serait plus à portée de se défendre contre ses en* Demis qui paraissaient tous les jours plus acharnés à sa perte , mais trompé dans son attente , et voyant qu'aucun accommodement n'était possible , Pyrard quitta sa prison , se retira d'abord à Francfort où il fut accueilli favorablement ainsi que dans d'autres villes d'Allemagne. Nommé successivement conseiller du prince de Hesse-Hombourg, de l'ordre de l'Étoile polaire de Suède , distinction que n'avait encore obtenu aucun prêtre catholique, des Académies de Stockholm, de Munich, deGotherbourg, de Brunswick Lunebourg, des sociétés littéraires de Burghausen , de Hombourg et d'autres sociétés savantes , partout accueilli avec la plus grande distinction , Pyrard parcourut une grande partie de l'Allemagne , fut se fixer en Prusse où Fré« déric-le-Grand le reçut de la manière la plus honorablcy ainsi qu'il conste des lettres lui écrites par ce monarque philosophe et où Pyrard s'acquit une réputation distinguée et vécut dans la plus grande intimité avec le prince Henri de Prusse.

En 1777 , Pyrard , plus connu sens le nom d'abbé du Val Pyrau , publia XEhge de Nicolas Sah/gren , commandeur de l'ordre de Vasa et directeur de la compagnie des Indes, 1 vol. in-4'', Berlin, lequel fut grandement loué dans les journaux , voir V Esprit des Journaux le compte rendu de cette production. Au sujet de cet éloge, Frédéric II lui fit écrire ce billet :

c H. l'abbé Duval Pyrau. Les vrais citoyens méritent «bien que leur nom passe à la postérité. C'est un juste

— 544 ^ itribut qu'on doit à leurs vertus ; et il est honorable à » l'humanité de le leur offrir. Vous venez de vous ac- >quitter de ce devoir par l'éloge du sieur Sahlgren , et •tout le monde sage applaudit à vos soins. Je me mets »de ce nombre , et je suis bien sensible aux hommages ique votre cœur m'offre de nouveau, à cette occasioD. 1 Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne » garde.

• Postdam, ce 6 d'octobre 1777 {Signé) FRfeiEic.»

En 1780,1e roi de Prusse lui fit une pension annuelle de six mille florins pour tes services importai» qu'il avait rendus à la Prusse , est-il dit. Cette pension lui donna le moyen de reconnaître en partie les avances considérables que lui avait fait sa famille, pendant son séjour en France , son emprisonnefkient et son départ pour l'Allemagne , pension qui liA fut exactement payée jusqu'en 1796 » époque de son retour di^nitif dans sa patrie.

En 1782 , Pyrard obtint du roi la permission de revenir dans son pays jouir paisiblement dp l'état d'aïsance qu'il devait à la munificence de ce souverain et à ses honorables travaux , mais la rage de ses ennemis qui n'était qu'assoupie par le défaut d'objet sur lequel elle put s'exercer, se re veilla avec plus de force encore; et les Carmes , espérant recouvrer une proie leur échappée , renouvelèrent leur persécution avec plus de force que jamais, ce qui força Pyrard de quitter de nouveau sa patrie* jusqu'à l'époque de la révolution de 1789 ; mais ses principes déplurent également aux patriotes, il fut menacé, injurié et poursuivi. lise retira pendant quelque temps à Hodimont (Limbourg) , et delà à Aix-la-Chapelle, où il pubKa quelques brochures contre le congrès franchimontois.

Pyrard ne jouit de quelque repos que pendant le séjour des troupes prussiennes dans le pap de Liège» et l'on peut dire que ce court espace fut un temps de

bonheur et de prospérité pour son village (ses parens s'étaient établi à Ueusy depuis plusieurs années) qu il édifiait par sa piété et par ses vertus, ne laissant aucun malheureux sans lui porter du secours; mais les Prussiens ayant quitté le pays» ses ennemis recommencèrent leur poursuite» voulurent même lui interdire la célébration de la messe, débitant sur son compte les calomnies les plus révoltantes, lun en tr autre (Harcj, curé de Stembert) ne rougit pas de dire di^ns la sacristie de son église que le père Pyrard avait été maÙre décok à Postdam , qu il était rappelé en Prusse], que peutêtre il j serait pendu ^ que les meubles qu'il avait amenés avec lui à Ueusy étaient des dépouilles de la Hollande quil avait pillées.

£n 1795, lorsque la pair fut conclue entre la république française et le roi de Prusse, Pyrard revint encore une fois ^ à Ueusy, muni d'un passeport du maréchal de MoUendorff, à dessein de lui faire garantir ses propriétés qu'on disait avoir été pillées et détruites pendant le séjour des Français; mais de nouveaux chagrins l'attendaient : à peine est-il arrivé, que des mal intentionnés lattaquent et lui font de violens outrages; il n'en fut délivré que par la protection que lui accorda le français Lamarche, ensuite de la lettre que lui écrivit Pyrard et qui est ainsi conçue :

c Citoyen général ; depuis quinze ou seize ans , je «suis au service de Frédéric l'Unique et de son auguste isuccesseur Frédéric Guillaume. Ce« monarques payès rent dans tous les temps mon l'espect , mes services >et surtout mon attachement , par des bienfaits que je «partageais avec mes proches. Ces services , toujours «avoués par la probité , jamais rendus aux dépens de ■mon pays , m'honorent comme homme et ne blessè- >rent jamais ma qualité de citoyen. Si la France est «aujourd'hui en mésintelligence avec ces princes , la «France n'avait rien à me prescrire quand je reçus ces

» bienfaits , et si la France a acquis des droits à mon

• obéissance , elle n a sûrement pas acquis celui de me «rendre injuste. Non, citoyen général, jamais ce que » l'honneur défendit ne fut une vertu , et jamais lois «sacrées ne prescrivirent le crime : ma patrie, quelle »qu elle soit , n'a besoin ni de lâches ni d'ingrals , ni >ne peut forcer à le devenir, et quelles que soient les »lois , elles couvriront de leur ombre , l'honneur de >ses enfans, où elles ne seront pas longtemps intactes. » Ainsi le veut la nature , ainsi l'ordonne le ciel. Si la

• patrie me rejette, quand je lui offre un pain que le » roi de Prusse me donne , je pleurerai sans doute sur » l'erreur de ma mère, mais mon devoir parle pour mon »père. Je ne trahirai jamais mon pays, mais je resterai •fidèle à Frédéric Guillaume , tant que ce monarque «daignera me réclamer. Je serai honnête pour être •juste et reconnaissant pour être Liégeois , n'est-ce 1 pas cela que Paris veut que Liège soit pour la France.»

En 1799 Pyrard, accusé d'entretenir une correspondance criminelle avec le cabinet de Berlin , fut arrêté et conduit dans les prisons de Verviers. Cette affiiire qui n'était pas de la compétence d'un tribunal correctionnel, le conduisit sur les bancs des accusés au criminel à Liège et après des débats qui durèrent près de deux jours, dans lesquels lui-même lut un long mémoire apologétique qu'il avait rédigé, le jury prononça un verdict d'acquittement. Mis en liberté le 1 1 octobre, Pyrard retourna à Heusy , où il porta avec lui le germe de la maladie qui le conduisit au tombeau le 8 juin de Tannée suivante 1800, âgé de 62 ans 8 mois.

Outre YElogê de Sahlgren ci-devant mentionné, Tabbé Duval Pyrau a publié :

1* Accord de la Religion et des rangée un vol. petit 1 in-8*. Francfort et Leipsig 1775. Discours prononcé I par l'auteur à l'occasion de isa réception à la société électorale des mœurs de Bavière,

2" Diêoaursphiloêophiqus sur le principe et la nature de nos hommages à la mère de Dieu, petit in-S"*. Franoforl-8ur-le-Meyn , 1775.

3* L Education virile donnée en peinture par quatre tableaux inventés par M. Riviera traduite de Citalien, par M. tahbé du Val Pyrau, de plusieurs académies et sociétés savantes, in*4''. Francfort , imprimerie d'Andrée, 1776.

Depuis le supplément à la France Littéraire de 1769 jusque compris Barbier et Querard, tous ceux qui ont mentionné ce livre lui donnent le format in-S**, mon exemplaire est in-4'*.

4"* Catéchisme de l homme social, 2 parties, un roi. petit iinS''. Francfort, 1776. Ouvrage accueilli avec distinction par l'impératrice de Russie, et que l'on met sur la même ligne que les célèbres Entretiens de Pho^ don, quelques-uns même le placent au-dessus du livre de Mablj.

•V Aristide, in-S*. Yverdun, 1777.

Livre que l'on a comparé à Bélisaire auquel il est inférieur pour le style , mais qu'il laisse bien loin derrière lui pour le raisonnement et les grands> traits de vertu qu'il mentionne.

Agiatis, in-8'- Yverdun, 1778. Nouvelle édition sous ce titre : Agiatis, reine de Sparte, histoire morale, io-8*. Lausanne, 1782.

& Le Patriotisme en action , ou Eloge historique de Jonas Alstromer, conseiller de la chambre de commerce de Suède^ chevalier de tordre de l'EtoHe polaire, membre de r Académie des Sciences dé Stockholm , in-4*, avec le portrait d* Alstromer. Berlin, 1784. Livre d'un mérite inférieur à Yéloge de Nicolas Sahlgren.

H. Querard attribue à l'abbé du Val Pjrau le : Journal du Voyage et anecdotes de M. le comte de Falkenstein en France, in-8\ Francfort, 1777. Je doute que cette production soit sortie de la plume de notre savant Verviétois.

Celte notice est due à l'obligeance de M. Nassau, père y de VerTÎers , qui possède loriginal de la lettre du grand Frédéric ci-dessus relatée.

1800. ANSIAUX (Emmanuel-Antoine^ Joseph), littérateur, naquit à Liégp le 1*' janvier 1761. Son père qui occupait la place de syndic de la chambre des comptes de S. A. C. le prince de Liège , lajaht destiné à la magistrature, il s'adonna de bonne heure, avec assiduité, à l'étude de la jurisprudence. Le droit romain et Ifi droit coutumier de sa patrie lui devinrent familiers, et en peu d'années, on put le classer parmi les avocats les plus distingués de Liège. Hoensbroech, vou« lanl se l'attacher , lui conféra les emplois honorables dirconseiller de sa chambre des comptes et du conseil ordinaire. Forcé de quitter les fojers paternels en 1 794, il se retira en Allemagne. 11 obtint durant son eiil , le titre d'historiographe de l'Ordre noble de St. Hubert, et S. A. la princesse de Wurtemberg le nomma son conseiller ordinaire. Miné par une maladie lente déterminée par une mauvaise constitution , la mort l'enleva dans la ville de Munster, le 27 février 1800, à peine âgé de 40 ans. On a de lui :

V L'Heureuse Délivrance (17S0), comédie en prose, qui est une satyre assez ingénieuse et trop mordante peut-être , quoique vraie, contre St.-Pèravi , poète fran« çais , qui mourut à Liège , de misère et dans la crapule.

2** Eloge historique de Vazon, évéque de Liège au IV siècle; couronné par la Société d'Émulation en 1 785.

3*" Aperçu des motifs des réclamations contre torga^ msation actuelle de l'ordre équestre du pays de I^ége et du comté de Looz, 1792.

Emnianuel Ansiaux est encore auteur de quelques petits opuscules^ qui ont été insérés dans l'Esprit des journaux , entr'autres d'un Éloge intéressant, de Charles de Iléan , jurisconsulte.

— 549^ k'SSl^Xi\ (Nicolas- Anfoine'Jofeph), né à Cinej^ docteur cd médecine de laocienne Université de Lon* Tain dans laquelle il se distingua. Il acquit en peu de temps" une des plus belles renommées du pays de Liège; il fut nommé médecin du prince-évèque de Liège où il rinl s'établir vers Tannée 1784. Il s'occupa constamment de son art, et remplit les fonctions de président de la société libre des sciences physiques et médicales de Liège; il était, en outre, membre de plusieurs sociétés savantes. Il fut nommé président du bureau central de vaccine. Il a longtemps occupé la place de médecin en chef des hospices civils de Liège. Le docteur Ansiauz est mort en avril 1825, de 80 ans.

ANSIAUX {Nicolas^ Gabriel' Afàtoine- Joseph) est né à Cidly le 6 juin 1780.

En 1794, il suivit son père en Allemagne. De retour ^ de cette émigration , il résolut de se livrer à lexercice de la chirurgie. Liège manquait d'école ; N. Ansiaut chercha, dans les hôpitaux et les études privées, a s'initier aux premières connaissances de l'art de guérir. Il se rendit bientôt à Paris, y suivit les leçons des grands maîtres et ne tarda pas à se signaler par divers travaux. £n 1803, il subit, d'une manière peu commune, les examens qui conduisent au doctorat , et défendit une thèse sur topération césarienne et la sec^ Uon de la symphyse des pubis.

Revenu à Liège , N. Ansiaux se livra avec ardeur à la pratique de lart chirurgical : il eut de nombreuses difficultés à vaincre; la médecine opératoire étant à peine connue à Liège, il chercha tous les moyens de triompher delà répugnance qu'éprouvaient les malades pour se laisser guérir, répugnance qui provenait en grande partie , de ce que jusqu'alors on n'avait pas osé

pratiquer les opérations diflBctlee et que Tinhabileté des chirur^ens de œttê époque faisait échouer celles que Ton essayait parfois.

N. Ânsiaux recueillit chez lui des malheureux , les guérit en lessoumettant à des opérations inconnues dans son pays. Ses nombreux succès lui acquirent bientôt la confiance générale» et lui firent obtenir la place de chirurgien en chef du grand hôpital civil de Liège, dii de Bavière.

Il introduisit dans cet établissement , et avec le concours de l'administration, de grandes améliorations, parmi lesquelles ou peut citer les suivantes :

Séparation eniiérs^clu gertice chirurgical et dumèdicaU

Nomination éCun élève interne, emploi qui n'existait jpoint.

Cahier de visite pour la prescription des tiÊklicth mens et des alimens.

N. Ansiaux fonda avec monsieur le professeur Comhaire , une école de chirurgie à laquelle un grand nombre d'élèves vinrent puiser les connaissances nécessaires au praticien. L'instruction donnée dans cette école attira l'attention du gouvernement français, qui admit aux examens devant la faculté de médecine de Paris, les étndians munis de certificats prouvant qu'ils avaient fait un temps d'étude double de celui exigé pour les élèves de l'école du gouvernement : les j uns médicaux, les commissions d'examen pour le service sanitaire des armées reconnaissaient la valeur des certificats délivrés par ces deux professeurs; cette école n'a cessé que lors de l'installation de l'Université de Liège, en 1817, où N. Ânsiaux fut nommé professeur ordinaire , chargé de l'enseignement de la chiruipe et de la médecine légale.

N. Ansiaux remplit successivejnent les fonctionsd'ins-

pecteur de salubrité publique et de membre de lia commission médicale provinciale; il ne se borna pas à remplir des emplois qui ataient du rapport avec l'art qu'il professait avec distinction , il aimait les arts, il s'en occupa constamment d'une manière active; il était membre de la commission de surveillance du Conservatoire royal de musique.

Les divers emplois qui furent confiés à N. Ansiaux ne l'einpêchèrent pas de se livrer avec ardeur à l'étude des sciences médicales; parmi ses travaux on peut citer avec éloge les suivants :

Nouvelle opinion sur la rupture du plantain grêle (en 1800), basée sur TeâepMence; elle consiste à démontrer qu'on prenait pour la rupture du plantain grêle, celle de quelques fibres des jumeaux ou solaires ; cette opinion a été adoptée par les chirurgiens les plus distingués de la France.

Dissertation sur topération césarienne et la sympkysiolonnie (1803). Cette thèse, qui a eu deux éditions , renferme des faits et des expériences propres à l'auteur, et qui ont été cités par ceux qui ont, depuis cette époque, écrit sur l'art des accouchemens. N. An« siaui peut être considéré comme un de ceux qui ont le plus contribué à déterminer les cas oti il couvient de pratiquer l'opération césarienne et ceux qui exigent la symphysiolonne.

En 1806, il fit connaître un nouveau procédé pour opérer la fistule lacrymale, cette méthode est peu différente, quant au mode opératoire, de celle que le célèbre Dupuytrein adopta plus tard; mais il existe cette différence que Dupuytrein, après avoir opéré, pensait avoir tout fait, tandis que N. Ânsiaux, convaincu qu'il fallait, en outre, guérir les parties malades, dirigeait un traitement local contre l'affection qu'il voulait combattre.

Eu 1813, il administra^ le premier, contre les ma-

ladies véDériennes, le deuiowide de mercure ^ en frictions. Ce mode de traitement compte de nombreuses giiérisons, il a l'avantage d'être fort peu coûteux. La même année, il conseilla l'emploi de la potion dite de Chopart, contre la gonorrhée commençante.

En 1816, N. Ansiaux publia la première édition de sa Clinique chirurgicale; cet ouvrage a généralement été fort estimé , les Allemands l'ont traduit dans leur langue.

En 1829 , N. Ansiaux a publié une deuxième édition de ce travail.

Cette clinique chirurgicale renferme des observations importantes et des réflexions judicieuses qui ont fixé l'attention des hommes les plus distingués de notre époque.

M. Ansiaux a cherché à approfondir l'étude de la médecine légale: il se proposait de publier un ouvrage sur cette matière et attendait que de nouvelles lois promises fussent promulguées.

Tant de travaux ne pouvaient rester sans récompenses scientifiques.

En 181 1 , le gouvernement français lui décerna une médaille pour récompenser son zèle à propager la vaccine.

La société minéralogique de Jéna lui décerna le titre de membre honoraire.

Les. sociétés de médecine de Liège, de Paris, de Toulouse, d'Amsterdam, de Groningue, de Bruxelles, de > Louvain, etc., l'inscrivirent au nombre de leurs as*l sociés correspondants.

N. Ansiaux a succombé à une affection du foie, le 24 décembre 1834. On s'est empressé de lui rendit les honneurs qu'il avait si justement mérités. •

Ses collègues et ses amis firent frapper en son bon* neur une médaille destinée à rappeller les services qu'il a rendus à son pays et dont un des plus grands,.

— S53 — sans doute, est d'avoir élevé, à Liège, par son seul talent, la chirurgie au point où elle est placée dans les Tilles les plus célèbres de l'Europe.

Ses deux fils, aussitôt après sa mort , firent prendre l'empreinte de ses traits ; un masque dont des exemplaires ont été donnés aux amis d'Ansiaux, a été achevé par M. Herman , sculpteur. Cet artiste a terminé avec beaucoup de talent le buste du chirurgien liégeois. Il a su vaincre les difficultés presqu'insurmontables qui l'entouraient. M. Herman n'avait vu qu'une seule fois M. Ansiaux , il a dû se diriger pour faire ce travail , demandé par les fils de notre professeur, d'après le masque des portraits peu ressemblans, si ce n'est la lithographie que l'on doit à M. Jehotte de Paris, et enfin d'après les conseik des parens et des amis de N. Ansiaux.

Un modeste monument, hommage de ses fils, lui est élevé au cimetière de Aobermont. La partie supérieure de cette pierre tumulaire présente une urne funéraire, la partie moyenne est réservée pour une simple inscription, et la partie inférieure offre une couronne delauriers avec le flambeau de la vie et le bâton d'Esculape renversés.

LUniversité, les hospices, le G)nservatoire de musique, la Société d'Emulation, ont reçu des modèles dubuste dont il vient d'être parlé. La commission administrative des hospices a décidé que celui qu'elle possède sera placé dans la salle de chirurgie (celle des hommes) de l'Hôpital de Bavière.

La Société d'Emulation a résolu de faire inscrire son nom dans la grande salle à côté de ceux des hommes qui ont illustré notre pays.

Les publications faites par N. Ansiaux sont les suivantes :

1* Dissertation sur Topératum césarienne et la sec* ^dela symphyse des pubis (deux éditions).

2* Clinique chirurgicale (deux éditions).

S"" Oratio de ohirurgiœ $tudio ejtuque dignitate et gravitaie, 1817.

4° Précisées mémoires du docteur Pfeffer (conjointemeat avec H. le professeur Destriyeaux, 1821).

ô'' Discours sur la médecine légale , 1824.

6"! Divers articles dejoumauœ de médecine.

ANSIADX (Nicolas-Joseph-Victor), fils du précédent, néà Liège en 1802, fut reçu docteur en médecine, en chirurgie et en accouchemens, à TUniversité de Liège. A près avoir soutenu une thèse sur la fistule lacrymale, il se rendit à Paris pour j acquérir des connaissances plus vastes. Présentant à Dupuytrein son diplôme de docteur afin d'obtenir une carte denlrée pour l'Hôtel-Dieu, le célèbre professeur de Paris lui de« manda à trois reprises son nom , son lieu de naissance indiqués dans le diplôme, et exigea sa dissertation dont le titre était aussi transcrit sur le diplôme.

Dupujtrein était probablement désireux de saToir de quelle manière avait été traité par Ansiaux fils, un sujet dont Ansiaux père et lui s'étaient spécialement occupés à des époques différentes.

De retour de Paris , Ansiaux se livra à la pratique de son art. Il fut nommé ea 1825 , chirurgien-adjoint des hôpitaux civils de Liège. Dès^lors , il donna des cours particuliers sur la chirurgie jusqu'en 1828, époque à laquelle il fut appelle à remplir les fonctions de lecteur près la faculté de médecine de l'Université de Liège, faculté dont il est membre et près de laquelle il enseigne une partie de la chirurgie. On lui a confié, depuis la mort de son père^ les fonctions de chirurgien en chef de l'Hôpital de Bavière.

Il a publié en 1827 un Manuel des bamiages et appareils. Liège, Desoer, 1827, in<'18.

11 est membre de la Société d'Emulation de Liège et des Sociétés de médecine dq louvain, Bruxelles et Gand.

ANSIAUX {Jean^ Josephr£léonare^ Antoine) f |)eiritre d'histoire , membre des sociétés phitantropique et des cnfaDs d'Apollon de Paris, et membre honoraire de la Société d'Emulation de Liège, né à Liège, en 1764, d'une famille distinguée dans le barreau , esl un des nombreux exemples d'enfans qui ont contrarié le vœu de leurs parens dsins le choix d'un état, et dont les succès ont justifié la vocation. Après quelques études préparatoires, il s'appliqua à la science du barreau, qu'il quitta bientôt pour prendre des leçons de dessin» où le portait un goût invincible. Ses succès furent aussi rapides qu'étonnans; et, dès T^ge de 17 ans, il reçut des mains du prince de Liège, qui venait de fonder une académie de peinture dans sa capitale» la médaille d'or destinée au premier prix de dessin. La réputation, dont jouissait l'école flamande , le détermina à faire le Tojage d'Anvers pour l'étudier. Il y fit la connaissanu d'un jeune français qui lui vanta l'école de Paris, et le décida à y terminer ses études. Enchanté des chefsd'œuvre des David, des Vincent et des Regnault, il Toulut étudier les principes de ces grands maîtres et s'attacha à l'école de Vincent. Les médailles qu'il rem* porta dans difiérens concours attestèrent et son appli* cation et ses succès* Il ne lui manquait, pour perfectionner son talent, que de voyager en Italie; il était prêt à partir^ lorsque des obstacles invincibles s'y op« ^ posèrent. Il s'en dédommagea en étudiant les chefsdoeuvre amenés dans la capitale par les victoires des armées françaises. Des portraits m pied commencèrent la réputation de M. Ansiaux. Entr'autres portraits de femmes, on distingua surtout celui de M"* JUezerai; on cita encore celui du maréchal Kellermann comme an des meilleurs de la collection des portraits des marichaux. Cet artiste ne marcha plus ensuite que de succès en succès. Après avoiir été cité par l'Institut comme un des peintres qui méritaient le plus d'être

emplojëfl par le gouTernement , il fit le Beiour de tenfaut prodigue, placé à rhôtcl-de-vîUe d'Hoye^ pour lequel il reçut une grande médaille. 11 exposa, au saloa de 1821 , un tableau de grande dimension représentant Saint Jean reprochant à Hérode sa conduite licencieuse; un second tableau Jéeùs bénissant les enfam; et enfin une troisième composition , où l'on Yoit Moyst sauvé des eaux. 11 exposa encore les portraits de plusieurs hommes célèbres, ou Ion remarqua la plus frappante vérité jointe à la plus parfaite ressemblance. On a vu aussi à la même époque, dans l'atelier de M. Ansiaux, une Flagellation de grande proportion pour la cathédrale de Metz, et un petit tableau de YAnnoncùh iion de la Vierge pour Tinfirmerie de Marie-Thérèse. L'exposition de 1824 doit aussi k M. Ansiaux le tableau de Saint Paul à Athènes ; ce tableau , de grande dimension , produit l'efiet le plus pittoresque. C'est saint Paul, qui , allant à l'Aréopage , rencontre sur son chemin un autel sur lequel était écrit au Dieu inconnu. Ces mots furent le texte de la harangue du saint apôtre. Cet artiste infatigable a fait dans le genre gracieux une foule de tableaux qui ont été recueillis dans des cabinets d'amateurs, et dont quelques-uns se trouvent peut-être encore dans son atelier, lis lui assurent, ainsi que ses tableaux de grande dimension, un rang dbtingué parmi les peintres de l'époque.

Voici la liste de ses autres ouvrages :

1** St. Paul haranguant les Athéniens: pour la chapelle de l'école polytechnique» placé maintenant à St.-Etienne du Mont, 1824

2"* V Adoration des Mages; pour la cathédrale du Mans, 1826.

S"" La Résurrection de N. S. ; pour la cathédrale d'Amiens, 1826.

4*" V Elévation en Croix; pour la cathédrale d'Angers,

5"* Le Crucifiement de N. S.; pour l'église de Saint- Germain en Laye, 1828.

6' La Clémence de Napoléon envers la princesse de Harizfeld; qui lui mérita la croii de ta Légion d'Honneur en 1833.

T Jésus expirant sur la Croix ; pour l'église de Vîl- Icneuvc-St.-Georges près Paris.

8"* Assomption de la Vierge; pour l'église de Lône , département de rAine, 1835.

9^ La Peste de Milan; pour l'église de Gorée au Sénégal.

10* Assomption de la Vierge; pour les dames Sainte Marie , au faubourg St.-Honoré , à Paris.

IV Ste. Marthe apparaissant aux religieuses de Ste. Marthe; 1836.

12* Quatre Muses; pour G)nstantinople.

13* Une Ste* Ursule; pour la ville de Thom.

14* heUévedePâris, 1833.

1801. BELLE PLANQUE (N.), né à Liège, en 1746. fat professeur de harpe à Paris , et mourut dans cette ville en 1801. Il a fait graver plusieurs ouvrages de sa composition , depuis 1775 jusqu'en 1796. Les plus connus sont :

1* Sonates pour la harpe. Op. 1,

2* Sonate avec accompagnement de violon. Op. 2.

3* Airs variés pour la harpe. Op. 4.

4* 3îarche variée.

5* Pot-pourri.

6* Sonate avec accompagnement de violon et basse.

1801. THÊROIGNE de MÊRiœURT . courtisane fameuse par le rôle sanguinaire qu'elle a joué dans la révolution française, reçut le jour, en 1760, d'un riche cultivateur des environs de Liège. Cette fille jeune, jolie, brune, de taille moyenne, portait sur

— 5S8 — son visage les caractères de la vivacité et de Vaudace . elle avait une éducation soignée , était musicienne « et ne lisait que des ouvrages de politique. Par suite d'une première faiblesse dans son village , elle s'enfuit de la maison paternelle et vint à Paris , oii livrée aux plus grands désordres , elle ruina plusieurs courtisans. Sa dernière conquête fut le financier M. de Percans, qui, dès l'an 1788, la délaissa. Théroigne joua un certain rôle pendant les premières années de la révolution française; avec son costume de drap bleu, son chapeau sur l'oreille , sa badine à la main , et quelquefois des pistolets dans ses poches , on la voyait d'habitude assister aux séances de la Convention nationale, dans les clubs , surtout aux Jacobins, chez lesquels elle fit la motion d'accorder les droits politiques à son sexe. Elle figurait partout où éclataient des troubles. Liée avec divers chefs du parti populaire » elle les servit utilement dans la plupart des émeutes , et contribua surtout, le 5 octobre 1789, à Vei^ailles, à corrompre le régiment de Flandre, en conduisant, dans les rangs, d'autres filles dont elle avait la direction, et distribuant de l'argent aux soldats. Veitard , prêtre de Germent , déposa l'avoir vue, le 5 au matin , vêtue d'une redingottc rouge, s'acquitter de cette commission, en puisant dans une corbeille des paquets préparés d'avance. En 1790, on l'envoya dans le pays de Liège, pour travailler avecBonnecarêreà y soulever le peuple, mais les Autrichiens larrêtèrent en janvier 1791 , et elle fut conduite à Vienne , accompagnée de deux officiers. On l'enferma d'abord dans une forteresse, et , sur le rapport des commissaires chargés de l'interroger , l'empereur Léopold désira la voir , l'entretint quelque temps, et la fit remettre en liberté dans le courant de novembre , avec défense de reparaître sur le territoire autrichien.

Au mois de janvier 1792 , elle revint à Paris, et se

montra de nouveau sur la scène de la révolution. On la remarqua , le 26 et le 27, dans les tribunes et sur la terrasse des Tuileries, où elle harangua les groupes avec audace, pour les rarriener au modérantisme et aux principes de la constitution ; mais les Jacobins d'alors , qui crurent pouvoir s'en servir, Tendoctrinèrent à leur tour, et lui firent oublier bien vite les maximes constitutionnelles qu elle avait reçues de ses premiers instituteurs» Dè»-lors, on la vit paraître, la pique à la main, à la tète d'une armée de femmes , haranguer souvent dans les clubs, et se signaler surtout , le 10 août 1792. Ce fut elle qui fit massacrer ce jour-là Suleau et cinq autres personnes dan» la cour des Feuillans. Voici comment Prudhompe s'exprime à ce sujet :

« La trop fameuse Théroigne » en habit d'amazone , >des pistolets à la ceinture, un sabre nu à la main , tétait venue dans le oorps-de-garde réclamer ses six > victimes», au nom du peuple, pour être immolées.»

Les journaux attachée à la monarchie lui ont donné une grande réputation , par les nombreuses plaisanteries^dont ils l'ont rendue l'objet* Us la représentèrent comme aspirant à la main de M. Populu» , puis ils célébrèrent cette union , qui n'a jamais existé. La Bio^ graphie des femmes célèbres rapporte, que notre héroïne ayant été fouettée par des femmes dont elle voulait contenir la fureur , cet afiront lui fut si sensible « qu'elle renonça entièrement à la révolution , et que ses fiacaltés intellectuelles en furent altérées ; en eflet f elle fut mise , pendant la terreur même , dans une maison de folles au faubourg St.-Marceau, et Ton trouva, dans les papiers de St.-Just , une lettre d'elle , soosla date du 26 juillet 1794 , dans laquelle on voit le dérangement d'une tête égarée. £lle mourut à l'Hôtel- Dieu de Paris , en 1801 , âgée de 41 ans.

Durant sa carrière politique, Théroigne de Méricourt ne fré<pifintail que des. hommes, et surtout les mem-

bres les plus distingués de l'Assemblée nationale. Dans son accent liégeois , elle disait : Je naùne pa$ les femmjBS franssesses, etc.

Toutes les Biographies parlent de cette femme malheureusement célèbre. Gmsulter à son sujet : La jolie Liégeoise , correspondance recueillie par le vicomte d€ F...y. Paris , chez Allardin» 1836 , 2 vol. in-&*.

1802. GRANDJE AN (Jïenri); chirurgien oculiste, né au village de Blegné , commune de Trembleur , comté de DaUiem, le 23 décembre 1725, d'un père, chirurgien distingué , qui lui donna les premiers élémens de son art. Grandjean vijit à l'âge de 17 à 18 ans faire ses cours à Paris , et entra à l'Uôtel-Dieu , comme gagnantmaitrise, en 1752, sous le célèbre Horeau,doDt il se fit remarquer par son aptitude et ses dispositioDS» Il s'adonna particulièrement à la chirurgie oculaire , et devint l'élève et l'ami du savant Daviel, qui le premier a fait l'opération de la cataracte par extraction. Grandjean la simplifia, et fut le premier qui fit l'eitraction de la membrane cristalline sans extraire le cristallin. Ses qualités personnelles et sea talens ex* traordinaires lui attirèrent la confiance de ses maîtres, l'estime et Tamitié de tous ceux qui le connaissaient. Il devint l'ami intime de La Martinière , premier chirurgien du roi, qui le fit connaître à Louis XV. Ce monarque te nomma son chirurgien oculiste et celui de toute sa famille. 11 fut continué dans les mêmes fonctions par Louis XVI , qui le décora du cordon de l'ordre de St. Michel, en récompense des services qu'il rendait à l'humanité. Une circonstance , à laquelle cette nomination donna lieu , prouve combien Grandjean avait de déférence et de vénération pour celui à qui il devait ses premières leçons. Aussitôt qu'il eut reçu le cordon , il partit pour Versailles , où il arriva avant le retour du courrier ; et s'adressant d abord

à La Martinîère , il lui observa qu'il ne pouvait porter le cordon noir avant que M. Moreau, son ancien maître et son ami, en eût été décoré. M. La Martinîère l'approuva et l'accompagna chez le roi«à qui M. Grandjean dit avec sa franchise ordinaire : c Sire , vous avez eu la t bonté de m'envoyer le cordon de Tordre de St. Michel, i mais j'observe à votre majesté que le célèbre Moreau i n'en est pas encore décoré , et qu'il m'est impossible ide le porter avant lui*» Le roi admirant cette délicatesse, le chargea de remettre lui-même le cordon à M. Mo* reau, et lui promit que la première nomination serait pour lui : ce qui se réalisa en 1782. C'est par lui que' le collège de chirurgie fut ouvert. Grandjean fit avec succès trois opérations de cataractes à trois aveugles-nés , conjointement avec son frère Guillaume, Ces enfans furent présentés au roi , qui leur fit donner à chacun 25 louis. Grandjean a donné la lumière à 114 aveugles- nés, et traitait gratuitement les pauvres deux fois par semaine , et même tous les jours , lor»qu'il s'agissait de maladies graves. 11 a laissé différentes pommades très-précieuses pour les maladies des pau* pières. Il est mort à Paris en 1802 , âgé de 78 ans. On lui doit un Recueil inédit (S observations. Il a laissé pour son successeur M. Masson-Grandjean , son élève et son parent.

GRANDJEAN {Guillaume), frère putné du précédent« mort le 28 octobre 1796, à 66 ans, apprit de son frère les premiers élémensde son art, l'exerça concurremment avec lui , et j acquit aussi , à l'aide de ses conseils , beaucoup de réputation. 11 avait été nommé son survivancier , en 1782, par Louis XVI.

1803. œRSWAREM de LOOZ {Guillaume^ Joseph, dur de) , issu d une des plus nobles et anciennes familles du pays de Liège, entra au service de rAutriche.

Il se distingaa dans la guerre de tept ans , et obtiot, de l'impératrice , qui était bien aise de Téoompenser son dévouement , le titre de duc et la croix de Marie- Thérèse. Sous le consulat ^ il se fit admettre pait&i les princes qui devaient être indemnisés pour les pertes qu'ils avaient faites sur la rive gauche du Rhin , et obtint , à ce titre, dans Tévéché de Munster , quelques baillages en souveraineté.

Il a publié : 1** Rechercher sur h légitime gouvernement des comtés de Looz^ de Home et de Nyel^ 1 vol. in-8^ de 300 pages, traduit en allemand, parGAiil. Uoffman ; 2** Noies historiques sur la maison de Looz.

1803. PAQUOT {Jean-'NoSl), Fun des hommes les plus érudits de la fin du 18* siècle, naquit à Florennes, petite ville de la principauté de Liège , le 22 juillet 1722, de NoëlPaquot et de Jeanne-Isabelle d'Aval. Il commença ses études dans sa ville natale , et alla les achever au collège des Jésuite» à Liège. Il fit son cour de philosophie et de théologie à ITniversité de Louvain, reçut l'ordre de la prêtrise en 1746, et prit le grade de licencié en théologie en 1751. Paquot^doné d'une mémoire prodigieuse , parcourut avec éclat les diverses branches de renseignement ecclésiastique; mais il s'appliqua plus particulièrement au droit canonique , aux langues orientales et aux études historiques.

L'Université de Louvain s'empressa de le recevoir parmi ses professeurs : il obtint une prébende de léglise collégiale de St.-Pierre , et fut nommé professeur de langue hébraïque au collège de Buslejden.

Versé dans le droit canonique et les antiquités ecclésiastiques , il s'adonna également à l'histoire littéraire, se proposant de donner celle de la Belgique et des Provinces-Unies.

Marie-Thérèse, qui s'efforçait alors de faire refleurir les études dans les Pays-Bas , voulant récompenser le

mérite et les travaux de Paquet, le nomma» en 1762, son historiographe. Cette place « créée en 1595 , pour Juste-^Lipse par Philippe II » était yacante depuis yingt ans.

Son premier soin fut d'éclairer le gouvernement sur le mode le plus convenable pour la publication des documens historiques du pays, qui était, selon lui, de former un recueil de diplôdies , de rédiger par ordre de temps les actes des saints de la Belgique, et de publier par ordre géographique des provinces, un choix de chroniques belges ; mais ce conseil ne fut point suivi.

Lors de la publication de ses Mémoires pour servir à t histoire littéraire des Pays-^Bas et delà principauté de Liège, on en critiqua amèrement le style et le défaut d'ordre, sans lui tenir compte de son impartiale véracité et de ses immenses recherches, n^osant pas avouer que les véritables torts de Paquet, étaient à leurs yeux, d'exposer , avec une minutieuse érudition , le catholicisme primitif et de publier la biographie des écrivains de Tordre des Jésuites dont la suppression était déjà arrêtée.

Désirant encourager les études historiques et mathématiques, le gouvernement des Pays-Bas forma, en 1 769 , à Bruxelles , une Société Littéraire dont il nomma Paquet membre. La même année Corneille de Nélis ayant donné sa démission , Paquet fut nommé bibliothécaire de l'Université de Louvain, sans pour cela abandonner sa chaire de langue hébraïque.

En 1771 , par suite des intrigues de ses ennemis, le malheureux Paquet, sur une fausse dénonciation d'un prêtre nommé Van der Maësen, fut traîné, à minuit, hors de son lit, chargé de chaînes et jeté à demi-nu dans un cachot obscur et humide par ordre de J. G. Moulan, recteur de l'Université de Louvain. Malgré son innooenee , le prince de Kaunitz , obsédé par la coterie qui avait juré la perte de Paquet et craignait

surtout qu'il ne Toulât être traduit derewit le conseil de Brabant , obtint du gouvernement le décret suif ant :

c S. A. R. ayant eu rapport de l'action intentée contre lie professeur Paquot, elle a par bonnes considëra- « tions , imposé silence perpétuel au dit professeur sur lies faits qui font l'objet de sa poursuite, moyennaot 1 que le professeur Paquot paye, les frais et mise de jnsitice, 15 décembre 1771.>

Six jours après, Paquot sortit de la prison de lUniversité , où il était renfermé depuis sept mois, enTiroo, abandonné de tous ses mnîs , à l'exception du comte de Lirominge , du président Petit et du professeur en médecine Jacquelaert. Après six mois de séjour à Louvain, pour mettre ordre à ses affaires, Paquot descendit à Bruxelles che2 le duc d'Aremberg, qui I avait nommé son bibliothécaire et chargé de composer l'histoire de sa famille; mais il n'y demeura que deux ans.

Sa malpropreté habituelle l'empêcha d'habiter plus longtemps l'hôtel de ce duc. U fut delà à l'abbaje de Gembloux, dont les religieux l'avaient prié de rédiger les annales de leur abbaye. M. le bibliothécaire Goethaïs, auquel nous empruntons tous ces renseignement sur Paquot, doute qu'il ait fait ce travail.

De retour à Bruxelles, il ne descendit pas chez le duc d'Aremberg, préférant se loger chez un petitbourgeois de la rue des Tanneurs, oii il se trouvait plus à son aise.

L'infortuné Paquot, accablé de plus en plus de ses malheurs, perdit jusqu'au goût de l'étude dans laquelle il avait passé les momens les plus.heureux de sa fie; il abandonna son projet de publier un recueil des historiens belges, et ne prit aucune part aux travaux de l'Académie de Bruxelles dont il était membre. Sa lettre du 24 juillet 1778, au ministre plénipotentiaire, dans laquelle il lui dévoile l'esprit et la fausse marche de cette société, lui attira des désagrémens. Tout ce qu'ilfit

en guise de passe-temps , Tut d'aonoter les nouvelles éditions d ouvrages historiques publiées alors par le bi« bliophile Joseph £rmens«

II. se décida à quitter Bruxelles pour toujours, à cause des ennuis qu'il y éprouvait , et vint demeurer quelque temps chez son ami, M. Lys, curé de Hervé*

L'impératrice Marie^Thérèse, avait fait remettre à son historiographe , plusieurs cahiers de chartes et d'archives, en lui ordonnant de les examiner et de s'en servir pour appuyer les protentions de la maison d'Âu* triche sur le bourg de St.-Hubert et quelques villages situés dans la principauté de Liège, dont cette maison s'était emparés. Paquoti^ après une exacte révision des pièces, déclara franchement qu'elles constataient las droits des Liégeois, dont les réclamations avaient toujours été étouffées. Le rapport du savant ne répondant point aux vues de la cour de Bruxelles, Paquot fut disgracié depuis lors; et Ion pourrait avancer, que c'est à cette déclaration que se rattache en partie la cause de ses malheurs. Étant à Liège, en 1782, il apprit la fatale nouvelle que rem|)ereur, dont il ne partageait point les opinions, venait de supprimer sa pension. Il ne lui restait guères pour toute fortune, que sa part de prébende canonicale de St.-Pierre à Louvain. Après bien des tergivéVsations, sur les remontrances de sa famille, Paquot, malgré l'accueil glacial qu'il avait reçu à Liège, se détermina enfin à demeurer dans cette ville. Le prince Hoensbroeck le nomma , en 1787, professeur d'Ecriture-Sainte et bibliothécaire du séminaire, où il eut son logement sans y avoir la table; ce qui l'obligea de chercher son dîner à l'auberge et dans les restaurans , dont il changea assez souvent. ,, . Cette nouvelle position rendit enfin Paquot à luimême , disputant sans cesse avec une chaleur qui amusait quelquefois ses commensaux : son ardeur dans les discussions était telle qu'il oubliait souvent de dincr ,

accumulant sur la même assiette tout ce qu'on lui apportait , et soutenant son opinion avec opiniâtreté et sans souffrir de contradiction. Un pareil caractère ne pouvait guères se faire d'amis et devait lui attirer au contraire bien des inimitiés. Il était le fléau des jeunes gens partisans des idées nouvelles.

Malgré son talent et sa vaste érudition, il n'eut qu'un petit nombre d'auditeurs à ses leçons, quoiqu'il y admit les étrangers. Le nonce de Bruxelles venait souvent l'écouter, et l'abbé Pey, auteur du Traité cle^ deux puissances, fut tellement ravi, qu'au sortir de sa leçoo, il s'écria : Vidi Petavium dicentem.

Lors de la révolution du 18 août 1789, les boui^mestres et conseil de la cité de Liège ayant eiigé un serment des professeurs du séminaire, Paquot déclara à ses collègues qui l'avaient consulté sur le mérite de ce serment, qu'il préférait mourir que de le prêter; tous suivirent son exemple, à l'exception d'un seul, le professeur Laruelle, et prirent le parti d'émigrer.

Après le retour du prince-évèque Hoensbroech dans sa capitale , Paquot rentra au séminaire, où il continua ses leçons jusqu'en 1794. Depuis lors, il vécut tranquille à Liège, tout en y remplissant ses devoirs, malgré le nouvel ordre de choses; et grâces aux sentimens de modération de Bassenge, commissaire du pouvoir exécutif, il ne fut point inquiété pour le serment exigé des ecclésiastiques.

Quelques années avant sa mort, il vint demeurer chez un boulanger, près l'église de St.-Hubert, nommé Lomme, dont le fils, jeune prêtre , ne l'a presque jamais quitté.

Vers la fin de ses jours, sa tête s'affaiblit seiisiblemcnt ; mais il n'en conserva pas moins la passion de parler et de discuter jusqu'à son dernier moment.

Par respect pour son opinion à l'égard du serment des prêtres, ce fut un ecclésiastique non-assermenté,

qui , avec Vautorisation du curé de la paroisse, lui ad* mtnistra les sacremens. II rendit le dernier soupir , le 8 juin 18U3, à Tâge de 81 ans, en chantant un mor-^ ceau de préface.

Paquoi, outre une mémoire étonnante et une éru* dition profonde, savait plusieurs langues vivantes, et possédait à fond le latin , le grec et l'hébreu r il man«* quait de goût, écrivait pesamment le français; mais les défauts de l'écrivain étaient rachetés par d'excellentes qualités. Ami de la vérité , mais passiontié pour la polémique, et d'une opiniâtreté infleiible dans ses senti* mens, il s'isola de tout le monde, et fut lui-même la première cause de ses malheurs.

£n 1812, M. le baron de Villenfagne fit paraître dans le Journal du département de tOurthe, n"" du 25 avril , une notice sur cet homme célèbre par son étonnante mémoire et l'étendue de ses connaissances; il javait joint le Catalogue raisonné de tous ses ouvrages^ qui en était la partie essentielle, mais le rédacteur ne jugea pas convenable de le publier.

Le tome VI du catalogue de M. Van Hultheim contient la liste des productions inédites de Paquot ainsi qu'une notice sur ce savant professeur.

M. F. V. Goêthals, bibliothécaire de la ville de Bruxelles, vient aussi d'en publier une très-détaillée dans le 3* vol. de ses Lectures relatives à thisiaire des sciences, des arts, des lettres , des mœurs et d£ la poli-' tique en Belgique, etc.; ouvrage plein de recherches et d*intérèt, et dont la notice de Paquot est presqu'en* tièrement extraite. Voici la liste des publications de cet érudit liégeois.

1* Mémmres pour servir à T Histoire Littéraire des (Ux^sept provinces des Pays-Bas , de la principauté de Liège et de quelques contiies voisines, Louvain , 1 763- 1770, 18 vol in-12, ou 1765-1770, 3 vol. in-folio; ouvrage peu agréable à lire, mais utile. L'auteur^n'j

a suivi aucun ordre, mais des tables alphabétiques a la fin de chaque volume en facilitent les recherches.

2° Histoire générale de t Europe depuis la nais$atice de Charles V, jusqu'au cinq juin ÉDXXVII, cmposée par Robert Macquereau , de Valendennes , «wi le titre de Traité et Recueil de la maison de Bourgoign$, en forme de chronique, lequel commence à la natkiU de Charles V, empereur des Romains , roy des Eêpaignes , etc. , et publiée pour la première fois sous ht auspices de S. Exe. Mons. le comte de Cobenzl , atêc de courtes notes pour Pintelligence des termes surannét. Louvain , 1765 , ifi-4*. La seconde partie de ces mémoires est encore inédite : M. Barrois en est possesseur aujourd'hui.

3"* Simeonis de Muis commentarius liiteralis et kittoricus in omnes Psalmos Davidis et selecta Veterit Testamenti Cantica , ad editionem optimam Parisiensem anni MDCL recusus. Aecesserunt J. B. Botgud Nota in Psalmos et aliquot Cantica : ejusdem supplenia in Psalmos , et Dissertatio galUca in Psalmuni XXI. Ixïuvain, 1770 , 2 vol. in-4-.

4"* De historid S. S. Imaginum et Picturarum, pré verd earum usu contra abusus , /£b. lY ; attctore Jeanne Motano, regio th. et cive Lovaniensi. Ejvsdm Oratio de Agnis Dei et alia quœdam. J. N. Paqtiot recensuitf illustravit^ supplevit. Louvain , 1771, in-4'. C'est la meilleure édition qui ait paru de cet ouvrage utile ; Paquot s'y est surpassé lui-même : elle est la dernière que cet érudit ait soignée à Louvain. La bibliothèque nationale à Bruxelles possède l'exemplaire de Paquot , chargé de notes et d'additions.

5* Generalis temporum JVoiio brevissimè exhibent vicissitudinem rerum humanarum : ab orbe condHoviquèadœtatem nostram, annum nempè MDCCXXXYl dednrta , auctore P. L. Danes , et nunc ad annum MBCCLXXII producta, recensita et suppletaab J. -A. Paquot. Louvain , 1773, in-8*. Ce dernier ne s'y

montre pas tout-à-fait impartial sur les travaux littéraires des derniers bollandistes. Il est bon à ce sujet « et si l'on veut avoir une notion exacte de l'histoire littéraire de cette époque « de lire une petite brochure de Philippe Baert « bibliothécaire du marquis de Chasteler , qui est devenue très-rare : Letire dunçimi de la vérilé, adressée à M. Paquot , au sujet de son Suppléa ment du Gbueralis TjuiPoauM Nono. Nouvellement publié à Louvain , aoeo permission , 111 i , in-S"* de 8 pages.

6** Catéchisme historique , contenant en abrégé , ÏHistoire Sainte et la Doctrine Chrétienne. Nouvelle édiêion précédée dun avertissement où Ion rend compte de quelques corrections qu'on a faites au texte de taur kur. Bruxelles , 1778 , in-12. Ces corrections très-imporlantcs sont de Paquot et de H. Lys.

T Hisloria Flandriœ Synopsis ab anonyme scrip» tore ^ Flandriœ Generosœ tUulo, circà annumMCLXII exhibita : anno MDCXLIII , cum brevissimis GeorgH Galopini scholiis , primûm édita : cum iisdem nunc , aliUque amplioribus , et perpétue usquè ad annum JSCCCCLXXXIl supplemento luci reddita studio , etc. Bruxelles ,1781 , in-4%

8* Histoire du comté de Namur, publiée en 1764 , par J. B. de Marne. Nouvelle édition , augmentée de la vie de t auteur , dune liste chronologique des comtes de Namur et dequelques remarques historiques etcritiques» Bruxelles , 1781 , 2 vol. in.12.

0* Traité de t origine des ducs et du duché de Bra-bant et des charges palatines héréditaires, amec une ré^ pense à la défense des fleurs de lys de Franoepar le P. Feraud; par /• B. de Vaddere, avec des remarques historiques, 1784 , 2 vol. in-12.

10^ Une critique des thèses sur la Bible du père Thaddée , professeur à Bonn, en 1789.

La bibliothèque nationale possède de Paquot les manuscrits suivans :

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1* Commentaires français sur Jèrémie , Baruch^ Ezéchiel , etc. , 2 vol. iri-4*.

2' Notœ in Genesin et in Psalmos, în-4* , à la fin desquelles on trouve une traduction française de plu« sieurs psaumes.

3** Discours sur les langues anciennes et modernes , reçues dans les contrées qui forment aujourdhui les XVII provinces des Pays-Bas et la principauté de Liège ; in* folio. Ce mémoire a été lu à la Société Litléraire de Bruxelles , le 26 avril 1770. Paquot lavait retiré pour le corriger et laugmenter, mais ne la pas reproduit.

4* Natales sanctorum Belgii et eorumdem Chronira Becapitulatio , auct. J. Molano. Louvain , 1575, 2 vol. in«4* , interfolié de papier, chargé de notes et d additions ; ouvrage savant et curieux dont Paquot préparait une nouvelle édition en 1783.

5* De Cananicis libri très : auctore J.lUolano, J.-N. Paquot recensuit , illtéstravit , svpplevit ; in-4*.

6° /• Meyeri , Annales Berum Flandricarum. An* vers, 1561 , in-folio, avec notes.

l"" Fasti acadetnici Lovanienses , 2 vol. in-folio.

8" Matériaux pour l'Histoire Littéraire des Pays- Bas , 4 vol. in-fol. Ce sont des notes imparfaites dont il se servait pour la rédaction de ses Mémoires Litté' raires. La plupart ont été imprimées, et il ne reste que quoi faire tout au plus un vol. in-12.

On doit aussi à cet auteur la rédaction du Catalogué des livres de la bibliothèque de Tabhaye de St.^Jacques, à Liège, ainsi que de celui de la bibliothèque de M. le chanoine de Saroléa de Chératte. Liège , 1785 , in-8'.

1805. DEFRANCE (Léonard), peintre liégeois des plus distingués.

Charles-Jean Defrance . grand-père de Léonard Defrance , était un petit abbé qui était destiné à manger

les produits de son patrimoine , dans les béatitudes de 1 état qu'il avait d'abord embrassé ; mais d'autres goûts lui firent jeter loin, les habits d'abbé, dans une course qu'il fit à Bombay, village près de Liège, où il j rencontra une jeune personne, nommée Gerardy, qu'il épousa.

Par reconnaissance, cette digne compagne lui donna douze en fans, cinq garçons et sept filles.

L'un de ces garçons nommé aussi Char les-Jean, après avoir mené une vie très-aventureuse , épousa Marie-^ Agnès Clermont ; de ce mariage naquirent onze enfans, dont le second fut Léonard Def rance , né à Liège, le 5 novembre 1735.

Les premières années de Defrance furent consacrées aux jeux et aux plaisirs de Tenfance ; rien n'annonçait une propension naturelle vers la peinture.

A dix ans, on le mit chez un peintre , nommé J.«B« Coclers, pour apprendre un peu à dessiner et passer ensuite chez un orfèvre ; c'était l'état qu'on lui destinait ; maïs son maître , qui ne manquait pas de talens , crut trouver dans son élève, quelques dispositions' pour la peinture , et proposa au père de Defrance , de lui laisser son fils. Après neuf mois d'épreuve , Coclers l'engagea pour sept ans» qui se passèrent à jouer , dessiner , peindre , broyer les couleurs , imprimer les toiles, et, tous les jours, nettoyer les pinceaux du maître.

Malgré son amour pour les jeux de l'enfance , ses espiègleries et même sa paresse n'empêchèrent pas Defrance de faire quelques progrès dans la peinture; il copiait passablement un tableau sur la fin de ses sept années d'apprentissage (quand , à la vérité , tout était à peu près dessiné, soit par le moyen de carreaux, s'il s'agissait de copier de petit en grand ou de grand en petit f soit par le moyen d'un voile noir).

Peu de mois après que le terme de son engagement fut expiré , il fallut songer à partir pour Rome; alors

ses parens ayaient décidé qu'il prendrail pour état , la peinture.

Defrance partit donc le 3 septembre 1753 , accompagné d'un nommé £rnote , et arriva le 13 octobre suivant à Rome « après avoir fait ce long voyage à pied , vu que ses ressources pécuniaires se bornaient à 5 pièces de 24 francs , 2 sequins (dont l'un à remettre à un frère Récollet), un peu de monnaie blanche, et enfin une tabatière en argent donnée par sod maître Coclers ; cela joint à quelques vétemens contenus dans un hâvresac , composait tout son avoir ; encore ce petit pécule fut-il bien diminué par la fourberie d'un nommé Grosjean qui lui changea à Milan , trois louis pour chacun desqueb il lui donna trentesix pièces de dix sous , tandis qu'ils en valaient 45 à 46 chaque ; ensuite un individu voyageant avec lui« passa la nuit dans la même chambre à Sinegalia et lui déroba ses deux sequins, pendant qu'il dormait , et j substitua deux liards.

Defrance entra à THospioe liégeois, pour j demeurer pendant cinq ans ; ses camarades lui Çrent les honneurs de la capitale du monde chrétien et lui firent voir les chefs^-d'osuvre de peinture que renferme le Vatican.

G)clers l'ayant chargé d'aller faire ses coropliraens ' au chevalier Benefiali , peintre distingué , il s'y rendit j et le trouva occupé à peindre une JUadeladne pénUenU; i après quelques momons de conversation , Benefiali, s'apercevant que son jeune visiteur était blond , lui i proposa de servir de modèle pour peindre les che- i veux : Defrance accepta et fut bientôt mis en position, 1 une main posée sur la poitrine ; le respect que lui ins- I ptrait ce grand peintre le fit tenir tellement immobile pendant près de troi^ heures , qu'après la séance , oe ne fut qu'avec peine qu'il put remuer le bras.

Defrance dans des notes qu'il a rédigées , dit que oe

Betiefiali était le critique le plus mordant qu'on pât trouver : que sa figure et sa physionomie étaient assez remarquables ; elles se trouvent parfaitement rendues, dit-il, dans la courte et grosse figure du devant d'un tableau de Rubens, représentant la tête de Cjrus que Ion plonge dans un vase rempli de sang.

Le premier hiver se passa à dessiner assez machinalement et à peindre quelque peu ; ses finances étant réduites de beaucoup, il résolut d aller chez un de ces marchands de tableaux et de copies de portraits de ppes et de cardinaux

En conséquence , il se présenta à Vun de ces peintres, avec une tête peinte de grandeur naturelle et copiée d'après un bon tableau ; à la vue de cet œuvre , le marchand le fit entrer dans son atelier oii plusieurs peintres ou barbouilleurs étaient occupés à faire des copies : on lui donna un chevalet , une toile et une très*mauvaise image de St. Philippe de Piéri , de la grandeur de la paume de la main , pour être trans* portée à demi-corps de petite nature.

Malheureusement Defrance ne faisant que calquer , ignorait presqu'entièreroent le dessin , aussi fut«-il fort novice dans cette circonstance ; il crayonnait , effaçait et crayonnait encore les traits de son malheureux saint sans rien faire qui vaille : ses compagnons chuchot* taient et disaient que la tête qu'il avait présentée comme preuve de son savoir-faire , ne provenait pas de son pinceau ; Defrance souffrait de tous ces propos, quand tout à coup , un de ses confrères se lève , lui prend le crayon de la main , efface tout et trace un ensemble assez juste du bienheureux saint : après cela, la grande difficulté étant disparue , Defrance reprend la palette et se met à plaquer et barbouiller de couleurs le malencontreux saint : insensiblement les chuchottemens firent place à Fétonnement, les rieurs voyant qu'il était possible , qu'il eût fait la tète qu'il

avait présentée. Il travailla ainsi toute la semaine à 23 bajocchi par jour ; ensuite on le renvoja jusqu'au lundi ; mais Defrance sentant bien que ce n'était pas à pareille école, qu'il pouvait développer les dispositions qu'il avait pour la peinture , ne retourna plus à latelier ; toutefois cette aventure lui fit beaucoup de bien, car elle lui démontra, que sans la science du dessin, un peintre n'est qu'un barbouilleur : aussi pendant trois ans , ne laissa-t-il pas un jour sans se consacrer au dessin.

Ce fut peu de temps après avoir *quitté son marchand, que le hasard lui fit voir un dessin que faisait le célèbre Pécheux de Lyon , d'après le LcuKoon , à l'Académie de France.

Ce dessin qu'il vit de dessus l'épaule de Pécheux , le frappa tellement, qu'il croyait que personne ne put lui être comparé : la netteté , l'expression , le plus grand détail sans nuire à l'ensemble , tout l'étonna : cet œuvre était au crayon rouge , sur papier blanc sans fond , dès-lors Defrance ne rêva plus qu'à l'idée d'avoir quelques leçons de ce grand maître; pour de l'argent , il n'en avait pas ; il imagina donc de le captiver en cherchant à lui être utile ou agréable.

Se remuait-il ou semblait-il chercher quelque chose, aussitôt de lui présenter crayon, couteau, mie de pain, Defrance se félicitait si son idole acceptait ; tout ce manège finit par l'enhardir assez pour lui demander son avis sur une figure qu'il dessinait d'après la statue de Cincinnatus ; Pécheux lui signala bien des défauts , Defrance les corrigea en peu de temps selon ses forces et se hasarda de nouveau à lui montrer son travail ; alors Pécheux prenant le crayon , corrigea l'ensemble quoique le tout fut déjà ombré et finit une partie de la tête de la manière qu'il dessinait son Laocoon et tout en raisonnant sur ce qu'il faisait ou ne faisait pas: oette leçon fit sur Defrance l'effet que produit l'ofiéra-

tion de la cataracte sur les aveugles. Dès-lors ses progrès furent si rapides , que Pêcheux lui<»méme lui proposa de travailler pour lui dans les dessins de toutes les belles statues de Rome; il accepta avec joie : Pêcheux faisait les contours et Defrance avait pour modèle à ombrer , un dessip fait sur du papier teint rehaussé de blanc.

Dès-lors Defrance vit grandir ses idées^ et malgré les privations qu'il éprouvait, il se livra entièrement à ses travaux , résolu de ne rentrer dans sa patrie , qu'après avoir acquis un talent qui lui permit de rivaliser avec les peintres distingués auxquels Liège avait donné le jour.

11 travailla plus d'un an chez Pécheux , et ne le quitta que parce qu'il en avait été trompé : Pécheux avait promis à Defrance 10 sous par jour quand il serait payé du prix des dessins qu'il avait faits pour le nommé Adam ; mais Pêcheux n'en fit rien sous prétexte qu'il avait d'autres dettes.

t Defrance se mit à son tour , à dessiner les belles statues antiques ; il les étudiait, les finissait beaucoup^ et acquit ainsi une certaine réputation parmi les artistes étrangers , bien qu'il ne fut pas très-fort dans les ensembles de ses figures, parce qu'il avait trop longtemps ombré dans les figures de la collection de Pêcheux.

Rendu à lui-même et abandonné à ses propres forces, Defrance ne se borna point à dessiner machinalement ; la conversation de ses camardes lui avait fait sentir que l'astéologie , l'anatomie étaient indispensables; il s'appliqua à cette étude avec ardeur, étudia les formes du corps humain , les fonctions des muscles dans toutes les attitudes possibles ; et comparant les plus belles statues entre elles, il cherchait & se rendre compte de la diflTérencequi existait entre le Gladiateur combaiiant et V Apollon du Belveder; entre celui-ci et

V Hercule dsFarnèêe; d'abord son esprit ne put saisir des lieautéssi différentes; et ce n'est qu'à force d'étude et en lisant l'histoire , la mythologie et les poètes, qu'il put se convaincre que ces ouvrages immortek étaient le fruit du génie.

Defrance éclairé par lexpérience lisait et lisait beaucoup y mais cette nouvelle passion faillit lui coûter bien cher et eut des conséquences bien graves pour celui qui lui prétait ses livres.

Un nommé Geljr , parisien , sculpteur » était son fournisseur de livres : un jour il prêta à son camarade Defrance, un ouvrage intitulé: V Espion tore; bientôt ce malheureux livre passa de main en main jusqu'à ce que Gely fût enlevé par des sbires avec tous ses livres et conduit au St.-Office.

L'espionnage était tel à Rome que le croyant qui allait à Pâques ou pendant Tannée dire à un confesseur qu'il avait lu ou entendu quelque chose contre la religion , la sainteté du Pape , etc. , etc. , n'avait pas l'absolution , s'il ne déclarait à l'Inquisition , de qui il tenait le livre , de qui il avait entendu les propos, qui était présent , les opinions des uns et des autres, clc. ^ En conséquence, Defrance alla à >ce St.-OflSce, pour se confesser; après l'avoir fait passer par plusieurs chambres, on l'introduisit dans un cabinet où il s'assit dans un fauteuil près d'une table. En face de lui, s'assit un dominicain , entra ensuite un abbé qui s'établit à un des côtés de la table et le quatrième contre le mur.

Le moine lui demanda qui il était , son Age , soo état , sa religion , celle de ses parens et pourquoi il était venu là : Defrance répondit que son confesseur ne voulait pas lui donner l'absolution , si préalablement , il n^était venu déclarer qu'il avait Iti un lifre défendu — quel livre? — l'Espion turc! — où l'avezvous pu ? -^à Rome ! —de qui? — d'un nomméGelj! --

— »77 — qui est cet homme ?— français, sculpteur de profes* sioD ! enbn « comme s'il s'agissait d'un crime atroce , toutes les formalités furent remplies. Le dominicain lut ensuite sa déclaration , la lui fit signer et lui dit de revenir huit jours après. Defrance y retourna , on lui relut encore sa déclaration qu'il signa de nouveau : ensuite on lui ordonna de suivre le père , qui allait lui donner l'absolution : il entra dans une grande salle où se trouvait une espèce de confessionnal sans porte, et un instant après , parurent trois hommes en rochet ; les deux premiers portaient de gros cierges allunflés , le trobième avait un livre à la main et une étole sur le rochet ; l'homme à l'étole monta sur les trois gradins-, du confessionnal , et s j assit ; les autres en firent au» tant ; et après beaucoup de cérémonies, on lui fit jurer de ne rien écrire ou dire de tout ce qu'il avait vu , et on le mit à la porte; ainsi se termina cette aventure , qui tout en peignant les moyens singuliers pour paralyser toute pensée , ne fut que ridicule pour Defrance mais bien fatale pour le malheureux Gely , qui entré plein de santé dans cette prison affreuse, en sortit huit mois après, malade et le corps couvert de pustules.

Les jeunes artistes liégeois ne peuvent rester que cinq ans à \ Hospice Hégêoù ; ce temps étant écoulé , Defrance ^n sortit et fut loger à ses frais dans une maison bourgeoise , oij il se lia particulièrement avec un nommé Robert de Limbourg, du bourg de Theux, étudiant en médecine et qui devint un homme d'un grand mérite, mais peu connu dans sa patrie. C'est avec lui qu'il fit le voyage de Maples.

En mars 1759, Defrance quitta Rome arec son ami Robert , passa par Florence , Bologne, Venise, Padoue, Milan , traversa de nouveau les Alpes ; et après un voyage à pied , fort pénible , il arriva à Montpellier.

Là, ses finances étant épuisées, il fit un dessin d'après un bas relief, et un ami le porta chez un cha-

noine nomtfié Monteaus , amateur , qui dessinait un peu à la plurae ; ce chanoine fut si enchanté de ce travail qu'il voulut voir l'auteur, le logea chez lui et le prôna tellement, que chacun voulait avoir son portrait et des leçons du peintre liégeois.

La position de Defrance s'était dès^lors embellie : il se serait peut-être établi en cette ville , lorsque l'évéque de Castres venu à Montpellier pour assister aux états de Languedoc, lui proposa de venir chez lui j faire des tableaux pour les églises de son diocèse : Defrance accepta , mais au lieu de tableaux d'églises , l'évéque ne lui donna à faire que son portrait , celui de son frère le grand vicaire , et de sa sœnr ; cet insipide travail et ses insipides protecteurs rennujèrent tellement que huit mois après, il quitta Castres et se rendit à Toulouse, ou il débuta par faire le portrait du nommé Raspide : l'effet de ce tableau était fort beau ; Defrance avait posé la figure ne recevant la lumière que par la sixième partie de la fenêtre assez reserrée : ce portrait n'ayant que 3;4 de mètre de grandeur, fut exposé à l'hôtel-de- ville en 1763 , le jour de la St/ Louis , avec tous les tableaux des peintres de la ville et de leurs élèves. Celui de Defrance attira tous les regards : tous admirèrent la beauté et l'effet de cette peinture : c'était d'ailleurs une nouveauté de voir un portrait faire tableau ; aussi eut-il beaucoup d'ouvrages à faire«

Ce fut vers cette époque, que Defrance vit périr le malheureux Calas ; cette catastrophe laissa sur son esprit une profonde impression ; toujours il eut devant les yeux , ce respectable vieillard, que la fureur des partis religieux avait conduit au supplice.

Defrance se voyait à Toulouse au milieu des plus grands avantages, et pouvait s'y créer un fort bel avenir , mais Tamour de la patrie l'emporta sur toute autre considération ; comme il avait des engagemens

pour la confection de sept tableaux, et voulant lester-* miner ainsi qu'il en était convenu, il se mit à travailler avec tant d'ardeur, qu'il les acheva en moins de temps qu'il n'en eut fallu pour en faire un ; aussi, dit-il dans ses notes sur ses ouvrages, qu'ils sont mauvais.

Tout étant terminé, il dit adieu à Toulouse et revint à Liège. Il comptait retourner dans la capitale de la France , pour s'j fixer ; mais ayant trouvé dans sa patrie, une femme digne de son cœur, il l'épousa et s'établit irrévocablement dans sa ville natale. Rentré à Liège» il se rendit auprès de l'archidiacre de Trappe qui le présenta à la famille d'Oultremont. Il fut chargé de faire le portrait du prince*évéque d'Oultremont ; malheureusement Defrance n'était pas flatteur et ne connaissait que la vérité dans ses portraits comme dans tous les actes de sa vie ; aussi fît-il monseigneur trèsressemblant , lui donna une tête enfoncée dans les épaules , une physionomie pleine de bonhomie , enfin une tournure telle qu'il l'avait.

Les adulateurs trouvèrent que ce portrait était loin de répondre à la dignité d'un prince-évèque, et résolurent de dissimuler à cet ei&t les caractères de cette trop grande ressemblance ; en conséquence, on fit faire au portrait , une perruque à la mode avec des marrons bien relevés derrière les côtés bien lises avec 3 ou 4 de ses cheveux par-dessus, tandis qu'avant ce changement, il était représenté avec une perruque qu'il enchâssait sur sa grosse tête, comme un bonnet de nuit; enfin on lui donna de belles couleurs, chose que Defrance avait négligé parce qu'il n'en avait pas trouvé sur le visage du prince. Bref, pour avoir été vrai, Defrance fut disgracié de la cour et y fut remplacé par un barbouilleur de Malmédy et plusieurs autres qui se succédèrent avec les goûts et dégoûts de cette cour.

Malheureusement dans ce temps, le goût de la peinture était loin d'être encouragé par les acquisitions ou

les sacrifices de ceux qui par leur fortune étaicnl à même d'encourager cet art; aussi Defrance n'avait pas encore eu loccasion alors de faire de tableaui étudiés, car on n'en faisait faire que pour autant qu'on eût besoin de remplir un devant de cheminée, un dessus de porte, etc., et encercle prix en était arrêté d'avance; et si Ton demandait trois ou quatre louis, les amateurs jetaient les hauts cris; aussi fut*il obligé de se livrera tous les genres de peinture, de se plier à toutes les exigences et de faire des tableaux au prix courant età tout prix (et, ainsi qu'il le disait lui-même, il les faisait comme dç» petits pdtés).

D'après ce système, il se mit à peindre l'histoire en petit et en grand, des grotesques, des pajsages, des gibiers, des fleurs, des fruits «-de l'architecture et jusqu'à des décorations de spectacle ; il faisait de tout et comme on le voulait, à l'huile, à la colle, à fresque, etc. Or, qu'en résulta-t*ilP C'est que tout cela était fort mauvais, parce que Pefrance n'avait aucune expérience dans tous ces genres, et surtout , parce que son esprit et ses goûts l'ajant toujours porté vers des sujets familiers, se refusaient à tous ces traits d'histoire relatifs aux miracles et dans lesquels on faisait entrer, selon le goût de l'époque , des hommes , des anges et des têtes d'enfant avec deux, quatre ou six ailes.

Cependant il se soumettait par nécessité à ces akur^ dites qui détruisaient en lui les germes du génie qu'il avait reçu de la nature et qu'il était allé cultiver en Italie. Peut-être ne se serait-il jamais fait distinguer d'une manière aussi remarquable, si en 1772, Henri deFassiu, peintre paysagiste de Liège, et qui s'était fait déjà un nom célèbre dans la peinture, n'était venu lui conseiller de faire des tableaux de cabinet. Ilfit aTCcde Fassin un voyage en Hollande pour j étudier les écob flamande et hollandaise, dont il n'avait aucune idée, ou pour mieux dire » contre lesquelles il avait une forte

prévention qui lui ayait été suggérée à Rome, où Ion ne s'adonnait qu'au genre de l'histoire.

Ce fut pendant ce voyage qu'eut lieu la vente des tableaux du cabinet du bourgmestre Vandermarck. Defrance étudia avec soin ces tableaux et tint note de leurs prix; le résultat de cet examen fut qu'il se crut capable d en faire autant, et de lui inspirer plus de confiance dans son talent.

De retour à Liège , il copia , en petit , trois tableaux qui étaient des copies faites par Fassin d'après Tenier et Wavermans. Satisfait de ces essais en petit, il se mit à composer des tableaux assez bien finis, quoique peints du premier jet, c'est-à-dire sans ébauche préalable. Il les envoyait en Hollande à des marchands qui lui en donnaient un prix'avantageux.

Encouragé par ce succès, il en emporta avec lui à Paris; là, il retrouva un ami de Rome, Fraganard, qui lui-même était un artiste distingué : ce Fraganard lui procura un prompt débit de ses tableaux.

Dès-lors Defrance se rendit presque tous les ans dans cette capitale et ne manquait jamajs les années non paires, pour y voir les salons d'exposition de peinture, sculpture, etc., qui étaient ouverts à la St. Louis. Ce fut dans ce temps, qu'il composa ce charmant tableau représentant la Suppression des couvents par Joseph II, et qui fut gravé eu 1782 par Guttenberg : cette composition , fruit d'une imagination à la fois piquante et philosophique, est remarquable par la distribution des groupes, la vérité dans les figures, les effets de perspective et de lumière, enfin par la vie et l'intérêt qu'il a su répondre sur toute cette scène, dans laquelle on retrouve tant de personnages de caractère et de positions diverses : outre ce genre, qui était celui auquel il se livrait avec le plus de succès, parce qu'il suivait en cela l'impuLsion de son génie , il en cultivait d'autres qui ne le cédaient en rien au premier; c'était tantôt la

bambochade; et alors imitateur heureux de Tenier, il retraçait nosjoveui cabarets de villages , les scènes familières , les plaisirs , les malices de nos paysans avec cet esprit, cette vérité qui séduisent : parfois même, outrant le sujet, il représentait quelques scènes erotiques, et le comique qu'il savait y répandre, lui faisait pardonner ce que la pudeur aurait pu reprocher à son esprit si porté à la gaité et non à ses mœurs qui toujours furent rigides et irréprochables autant que son caractère fut doux et plein d aménité.

Tantôt ennoblissant son sujet , il représentait nos manufactures, nos forges, nos usines avec ces effetsde lumière qu'il savait si bien rendre et avec ces accessoires qui animent et vivifient le sujet : c'est alors surtout qu'il est éloquent et qu'on voit son génie inspiré par les scènes de vie que Ton retrouve dans les fabriqua de notre pap.

Fassin, à son retour à Liège, conçut Tidée d'établir dans sa patrie, une académie de dessin; il fit toutes les démarches propres à faire adopter ses idées à cet égard, et échauffa tellement l'imagination des artistes, qu'il leur fit partager son enthousiasme; mais bientôt ce feu s'éteignit; et peut-être jamais ce projet n'au* rait-il été mis à exécution, si un prince, ami des arts et de son peuple, un prince qui connut, protégea, encouragea tous les talens et le goût naturel des Liégeois pour la peinture, si Velbruck'^enfin , à peine monté sur le siège épiscopal de Liège, n'eut prisa tâche d'établir lui-même une académie de dessin. Defrance en fut nommé premier professeur par la voie du concours et vit bientôt des élèves distingués faire l'ornement de son académie.

Defrance se livrait avec ardeur à son art , dont il faisait ses délices et cultivait avec tant de distinction, lorsqu'éclata en juillet 1789 la révolution française et dans le mois d'août suivant celle de Liège.

Dè'>lors, une nouvelle ère s'ouvrît pour Defrance; il négligea la palette et les pinceaux pour s'adonner entièrement aux intérêts de sa patrie.

Plein de patriotisme et indigné des actes de violence et de despotisme commis sous le règne du prince Hoens* broech , il salua avec enthousiasme le mouvement révolutionnaire qui devait régénérer les institutions po* litiques de Liège. Déjà longtemps, avant que ce mouviïment éclatât, Defrance, profondément affecté des actes arbitraires précédens, avait fait contre les tréfonciers et quelques nobles, divers écrits qui furent im« primés et distribués à son insçu par labbé Jehin, sous le titre de Cri du peuple liégeois : cet écrit plein de force et dame faillit conduire à l'échafaud l'auteur et l'éditeur.

Non content d'écrire , Defrance faisait partie d'une société patriotique,composéedeseptàhuit personnes, qui avait répandu dans le public l'avis qu'elle prendrait la défense de quicpnque serait vexé par les gens du prince; cette société publia même plusieurs brochures contre l'administration épiscopale, et Defrance toujours en était l'ardent distributeur.

L'évêque avait fait publier de son côté et distribuer avec profusion, une brochure rédigée par l'avocat Piret, et dans laquelle il prétendait établir par l'usage, que ses prédécesseurs avaient depuis l'an 1316 exercé une souveraineté absolue en matière de police , distinguant cette souveraineté de celle relative à la justice, laquelle il ne revendiquait pas.

Nicolas Bassengc, invité par le comité patriotique à le réfuter, s'en acquitta avec le plus grand succès et avec ce talent, cette force de logique qui le distinguait; cette réfutation fut publiée sous le titre de Lettres adressées au tré foncier de Paix.

La première partie de ces lettres fut répandue dans le public sans obstacles; mais leur effet, leur influence

sur le peuple furent tels que lautorilé en fut alarmée et résolut d arrêter la suite* de cet écrit ; Defrance ayant été averti que le gouvernement devait faire enlever les feuilles sous presse, fit transporter le tout cbeiluiet avec quelques amis brocha pendant la nuit SOOeiem* plaires qui furent tlistribués le lendemain avant qne la police n eût pu s j opposer. Bassenge n'en continua pas moins à répandre le pamphlet de Piret; et Defrancr, . malgré les espionsqui Veutouraient, répandait cesécriU au fur et mesure que les feuilles étaient imprimées.

Enfin il n'est point de métier et de sacrifice qu'il n'eût fait dès qu'il s'agissait de servir sa patrie et d'at* taquer les actes inconstitutionnels du gouvernement. C'est en 1789, pendant qu'il était à Paris avec son ami Ucnkart , que Defrance apprit la révolution qui venait d'éclater dans sa patrie et la nomination d'une municipalité populaire. Ces deux ardens patriotes se hâtèrent de retourner à Liège où ils trouvèrent l'évèque eu fuite et apprirent les décrets fulminans de la Chambre impériale de Wetziaer, qui constituait une coonnission chargée de rétablir par les armes, l'ancien ordre des choses dans le pays de Liège.

Les électeurs de Cologne, Palatin et de Clèves furent chargés de mettre à exécution les décrets de la cour de Wetziaer, et 1 électeur de Clèves entra dans Liège où il resta pendant cinq mois avec ses troupes.

Les Liégeois s'armèrent et se préparèrent à résister aux deux autres électeurs : en conséquence on construisit des fortifications; et Defrance, bien qu'il n'entendit rien aux travaux du génie, fut chargé d'en faire exécuter de très-importantes au-dessus du faubourg Sle.-Walburge.

La municipalité de Liège avait fait le dénombrement de tous les citoyens; Defrance fut chargé de lès former en 60 sections ou assembléet primaires , afin d'élire les magistrats d'après le plan de constitution adopté provisoirement par la municipalité révolutionnaire.

4 la première assemblée du peuple , Defrance fut élu président dans sa section et officier municipal, lors de l'élection générale. Parmi les nombreuses commissions dont il fut chargé, il eut celle de procéder conciirremment arec son collègue Cralle, à la démolition de la citadelle de Liège; ce qui lui attira beaucoup de désagremens et même des procès de la part des officiers militaires de l'évèque et des soumissionnaires de .ces travaux.

Cette démolition n'était pas complètement achevée, quand les troupes de lerapereur vinrent à Liège seconder celles ded électeurs Palatin et de Cologne qui n'avaient pu soumettre les Liégeois.

A leur approche , la municipalité dut quitter la ville pour exciter la réaction dont elle était menacée : cet exil dura 23 mois, c est-à-dire jusqu'à ce que les victoires de Gemmappe et de Waroux près Liège en 1792, permirent aux Liégeois en fuite, de rentrer dans leur patrie.

L'ancienne municipalité élue en 1790, reprit ses fonctions , mais elle fut bientôt en butte aux calomnies de certains intrigants qui entouraient le général Dumouriez et faisaient passer ces ardents patriotes pour des hommes suspects et indignes des fonctions qu'ils remplissaient.

Ces hommes pervers se donnèrent auprès du général pour lesnrganisateurs d'une assemblée générale du pajs ; et en conséquence on leur adjoignit le citoyen Boncarrère.

Le pajs fut ensuite assemblé d'après une espèce de matrice de rôle de contributions que l'on appelait alors matricule du pays.

La commune de Liège avec sa banlieue élut dans cette assemblée , Defrance au nombre de ses représentans; mais les élus dès qu'ils voulurent exercer le pouvoir législatif qui venait de leur être conféré par le

~ 586 — peuple , furent arrêtés tout court par les décrets que portèrent les rcprésentans du peuple français qui bor* naient le pouvoir de rassemblée liégeoise à l'administration du pays, encore ne fut*elle en activité que pendant environ 17 jours.

Après les revers qu'éprouva larmée française sur la Roër, Defrance dut fuir de nouveau avec sa famille; il quitta Liège le 5 mars 1793 et se réfugia à Paris, où beaucoup d'autres Liégeois étaient allés chercher uo asyle : ce fut à cette occasion, que la municipalité de cette ville doi^na à ces exilés une fête qui fut nommée la fête de [Hospitalité; elle assigna aussi aui autorités fugitives un local pour y tenir ses séances. Mais bieutôt cette fraternelle réception changea : les mêmes hommes, qui à Liège, avaient cherché à renverser l'ordre et les administrations pour j substituer un système de bouleversement et de sang, calomnièrent près du gon« vernemcnt français, ces purs et intègres patriotes liégeois, en les représentant comme des amis des prêtres, des nobles, des modérés, etc. : ils profitèrent surtout d'une circonstance qui vint tout-à-coup leur fournir un motif puissant d'amener une séparation d'avec leurs collègues qu'ils haïssaient.

Le ministre Lebrun venait de perdre son portefeuille par suite des intrigues de ses ennemis : l'assem* blée liégeoise voulantlui donner une marque publique de son estime, arrêta qu'il lui serait adre^ une lettre pour rendre hommage au patriotisme qu'il avait montré pendant son séjour à Liège : les mêmes individus qui avaient attaqué avec tant d'acharnement les élus de 1790 , profitèrent de cette circonstance ; et poussés par les ennemis particuliers du ministre Lebrun, ils firent dénoncer publiquement et en masse les auteurs de la lettre et y ajoutèrent, comme Liégeois, un désareu formel.

Dès-lors, la désunion fut complète, et tout Liégeois

— 687 — ^ un peu raisonnable , se vit forcé de se retirer de l'assemblée.

Ce fut à la suite de cette scission , que Defrance se retira dans une petite maison de la rue d'Enfer à Paris avec sa famille , celle de Fabri et de Henkart : ils y vivaient éloignés des hommes violents qui les avaient tant attaqués; et ils croyaient j trouver la paix, lorsque la calomnie vint les en faire sortir : on répandit le bruit que là s'j tenait des conciliabules de modérés contraires à la liberté générale et tendant à favoriser les prêtres et les nobles.

De tels propos étaient trop dangereux pour s'exposer à leurs conséquences, aussi Defrance se Jiâta-t-il de quitter Paris et de chercher un asjle à Charleville où il fut s'établir le 29 août 1793; mais il n'était pas par«^ tisan du système de sang des Marat et des Robespierre» aussi y fut-il dénoncé comme suspect ; cependant grâce an genre de vie modéré qu'il menait , il put y rester onze mois à l'abri des vexations. Il quitta enfin cetteville le 17 thermidor an II et arriva le 23 à Liège où il trouva une douzaine d'hommes, qui de leur propre mouvement, s'étaient emparé de l'autorité municipale sous le titre de comité d'urgence.

Le représentant du peuple Gillet supprima par arrêté du 5 fructidor an II ce comité et nomma une municipalité dont Defranoe fit partie.

Dans son sein on forma un comité de surveillance composé de six membres et Defrance en fut du nombre; mais il n'exerça ce pouvoir que pendant 17 jours, attendu que ce même Gillet avait pris un arrêté, enjoignant à tous les membres de l'administration générale du pays de reprendre leurs fonctions, ce qui força Defrance à se-retirer de la municipalité»

Cette administration était composée primitivement de 120 membres; elle fut réduite peu après à 50 par arrêté du représentant Fresinc et ainsi composée, elle

dura jusqu'au 14 frimaire an IlI,époqueà laquelle elle fut remplacée par une administration d'arrondissement 4lépendante d'une administration centrale siégeant à Bruxelles : elle subsista jusqu'au 3 frimaire an IV et fut de nouveau recomposée selon les formes et les institutions républicaines de la France à laquelle la Belgique venait d'être réunie; Defrance fut encore de cette nouvelle administration.

C'est pendant qu'il exerçait ces dernières fonctions qu'il s'attira tant d'invectives et de qualificatious odieuses à cause, soit des jalousies, soit surtout de la démolition de la cathédrale de St.^Lamberl dont il passait pour l'auteur.

Le fait est cependant » qu'il ne fit qu exécuter la résolution qui avait été prise dès 1 790 par l'autorité communale de cette époque et dont Defrance faisait partie; cette résolution n'eut pas d'exécution par suite des reren de la Roër et ne fut reprise qu'après que cet édifice eût été dépouillé de ses planches , et l'intérieur de tous sesornemeusen cuivre ou en fer, de ses objets d'art, etc.; on nomma alors une commission chargée d'aviser aux moyens de tirer le meilleur parti de la carcasse de ce vaste bâtiment; et pour mieux parvenir à son but, elle mit le projet au concours : une douzaine de plans furent présentés, mais avant qu'on en eût choisi un, les requisiteurs et l'inspecteur des domaines Bourgoing, enlevèrent ou firent vendre à l'enchère les tableaui, les mausolées, autels, argents, stalles, boiseries des chapelles et sacristies, les bâtimens en dépendant , les marbres, pavés, etc., enfin ils ne laissèrent que les murailles nues. Telle était la situation de cet antique temple et il devenait tellement dangereux pour les alentours, qu'on se vit dans la nécessité de procéder sans retour à sa démolition; on y mit donc la main et bientôt disparut cet édifice si riche en souvenirs historiques , si remarquable par les beautés de 1 art qui le

constituaient ou qu'il renfermait et dans lequel tant de scènes religieuses ou politiques s'étaient passées depuis nombre de siècles !

Les ennemis de Defrance profitèrent de cette circonstance pour le traiter de vandale , et le signaler à la vindicte publique; cependant il n'était pas l'auteur de cette destruction, il ne faisait que partie de l'administration qui lavait décidée ; mais il n en fallait pas davantage pour fournir des armes à ceux qui le poursuivaient, lui qui dans toute sa carrière politique avait toujours été si intègre, si lojal,sî modéré et qui pour ce dernier motif même, avait été signalé en 1793 à Paris. Mais la haine ne connaît pas de justice et tous les moyens sont bons quand des êtres méchans veuillent perdre un homme qui leur porte ombrage et qui avait eu le grand tort à leurs yeux de s'opposer de toutes ses forcesà ces mesures violentesetsanguinaires qui avaient couvert la France de terreur et de deuil.

Quoiqu'il eh soit, toutes les calomnies qui avaient été débitées contre Dâfrance,soit par les ennemis qu'il s'était fait par trop d'intégrité dans ses fonctions, soit par l'envie qu'on portait non aux places peu ou point rétribuées dont il avait été revêtu par ses concitoyens sous les divers gouvernemens qui s'étaient succédés, mais aux places à donner, par suite de la nouvelle organisation que devait amener la réunion du pays de Liège à la France , décrétée le 9 vendémiaire an IV ; quoiqu'il en soit, dis-jc, ces calomnies tout absurdes qu'elles étaient furent accueillies par des masses aveugles et passionnées; et lors des élections populaires de l'an V Dafrance ne fut pas réélu soit comme représentant soit comme fonctionnaire dont la nomination appartenait alors au peuple; d autres individus cachés pendant les momens d'orage et de tourmente vinrent se présenter aux Liégeois et par leurs intrigues éloignèrent ces ci* tojens courageux et vertueux, qui n'avaient pas hésité

à se mettre à la tête des aifaires, dans ces temps où la mort était là toute menaçante, pour les récompenser de leur dévouement et de leurs sacrifîces^Defrance, rentré dans la vie privée, reprit ses pinceaux et se livra avec une nouvelle ardeur à cet art qui faisait son bonheur et qui devait bien mieux servir à sa gloire.

La loi du 3 brumaire an IV avait établi des écoles primaires et centrales dans tous les départeroens de la république, et pour la première fois de sa y\e Defrance demanda une place de profesiteur : pour titres , il présenta ses ouvrages , il devait être accueilli en s'oflVant sous de tels auspices : aussi fut-il nommé professeur de dessin à l'école centrale du département de TOurthe.

11 organisa cette école avec ce tacte , cette justesse de vue que donne l'eipérience et le talent; une foule d'élèves vint s'asseoir sur les bancs de cet athénée pour y recevoir les leçons de ce maître savant : les plus beaux résultats couronnèrent les efforts que Defrance fabait pour rendre à sa patrie ces artfstes distingués qui l'avaient honorés jadis.

Déjà il entrevoyait le plus bel avenir , et ses élèves répondant aux peines qu'il se donnait pour leur inculquer les principes de son art , offraient déjà les plus brillans résultats, lorsqu'un asthme dont il était accablé depuis longtemps vint mettre fin à sa carrière le 5 ven* tôse an XIll (le 24 février 1805).

Ce qui justifiai Defrance mieux que tout ce qu'on pourrait dire , c'est qu'après avoir rempli tant de fonctions dans lesquels il aurait pu se créer des richesses, il est cependant mort ne laissant à sa famille que peu de fortune et dont la source était d'autant plus honorable qu'il la devait à ses travaux : c'est que surtout il se vit regretté de ses concitoyens et d'une foule d'amis qui toufjours lui étaient restés attachés et dont les noms seuls , respectés de leurs compatriotes, étaient un des plus beaux ornements à sa mémoire.

Ses restes mortels ont été déposés à Huy dans le jardin de son ami llenkart , et sur la demande de sa famille.

Defrance a beaucoup écrit : outre les feuilletons qu'il répandait contre les eicès et l'intolérance du pouvoir sacerdotal qui régissait Liège avant la révolution, il a aussi fait une foule de rçipports pendant l'eiei'cice de ses fonctions; dans les premiers Ion y voit cette verve , cet entraînement que donnent la conviction et l'indignation d'une ame généreuse contre les abus d'un pouvoir despotique ; dans les seconds nous y retrouvons cette lucidité , cette impartialité qui toujours l'avaient signalé.

^ Mais ce qui le recommande bien plus comme écrivain et observateur distingué, c'est le mémoire qu'il écrivit en 1789 sur cette question posée par l'Académie des sciences de Paris : — c £a recherche des B moyens par lesquels on pourrait garantir les broyeurs ide couleurs des maladies qui les attaquent fréquent" ornent et qui sont la suite de^leur travail.tSon mémoire portant l'épigraphe de : Être utile est mon but, fut courooué par l'Académie. C'est en faire suffisamment l'éloge y si l'on remarque surtout que cette question posé& une première fois , valut à Defrance seul une mention honorable et que ce ne fut qu'après avoir lutté contre une masse de concurrents des plus dis* tingués qu'il emporta enfin la palme.

l)efrauce a encore laissé d'autres écrits , entre autres , un mémoire intitulé : Réflexions sur le dessin, dans lesquels on y retrouve les vues les plus sages et pleines de justesse; un autre sur la nécessité d'établir une académie de peinture dans le pays de Liège ; c'est ce mémoire qui amena la réalisation des idées de Fassin sur cet objet et détermina Velbruck à créer cet établis* sèment avec les fonds pris sur les biens des Jésuites supprimés; un troisième sur la littérature française

dans k pays de Liège et les moyens de la propage ti de répurer.

Tous ces écrits si remarquables par la profcDdeur des idées, la justesse et la philosophie que Ton y reocontre , sont d'un style d'autant plus remarquable que Defrance n'avait fait aucunes études littéraires et que ce n'est que sous les impuisions de son cœur que sa plume retrace sa pensée.

Il est à regretter que ces écrits et surtout celui relatif aux dangers des couleurs ne soient pas imprimés « l'humanité y trouverait beaucoup de leçons salutaires.

Ce qui serait aussi bien précieux pour les artistes qui se livrent à la peinture , ce sont les notes qu'il a laissée» sur ce sujet; il j traite du dessin et surtout du clair^obscur dont lui-même connaissait et appliquait si bien les effets : le peintre en les lisant j puiserait des notions dont il pourrait tirer un bien grand parti pour surmonter les difficultés que ce genre présente surtout, lorsqu'il y a deux effets de jours comme on le voit dans deux de ses principaux tableaux , l'un représentant Ylntérieur d'un Cabaret (tableau qui a obtenu la distinction à l'exposition à Paris), l'autre qui est son portrait fait par lui-même. (Article communiqué).

1805. DEBOUCHE (Henri-Joseph) , jésuite . géomètre , géographe du duché de Gueldre , né à Grand- Rechain près Verviers, en 1738, desservit la succursale de Dison ; il est l'auteur d'une traduction inédite de Ylllyade et de VOdissée d'Homère , de l'Optique du P. Uell et d'une Nouvelle carte chorographique dtt pays de Liège et de Stavelot , petit in-folio.

1 806. LISSOIR (/îôfwatîfe). abbé de la Valdieu , ordre de Prémontré, naquit à Bouillon te 12 février 1730, et fut élevé par les soins du président de la cour souveraine de cette ville , qui l'avait pris en amitié. Ses études fi-

— 59S — nies, il entra à Vabbaje de la Valdieu au diocèse de Reims, et y fit profession en 1749. Dès qu'il fut prêtre, on le fit maître des novices et successivement professeur de théologie , prieur, et enfin abbé en 1766. Son premier soin fut d'augmenter la bibliothèque du cou* vent« Il mit au concours les cures à sa nomination, et établit une pharmacie pour distribuer des remèdes aui pauvres du voisinage. Dans la même année qu'il devint abbé, il publia un livre intitulé : De Fétat de régliêc et de la puissance léfjilime du pontife romain* Wurtzbourg (Bouillon) 1766 , 2 vol. in-12. C'est un abrégé du Febronius de l'évêque Hontheim , que Lissoir, dans son avertissement, qualifie de second Grerson, aussi orthodoxe, aussi savant, mais peut-être plus hardi que le premier. Lissoir s'appropria l'ouvrage , le refondit et le rendit sien, comme il le dit lui-même. Il assure qu'il a adouci des expressions trop dures, et qu'il a omis entièrement des sorties trop vives contre la cour de Rome ; mais il n'a pas porté assez loin les corrections et les suppressions. Ainsi il soutient avec Hontheim, contre les auteurs français, que le pape n'a point une juridiction proprement dite sur toutes les églises; que la convocation des Conciles généraux ne lui est point réservée ; qu'un décret du pape , accepté par le plus grand nombre des évêques dispersés, ne forme point un jugement irréfragable et final. Il essaye de répondre Hur ce dernier point aux arguments de Bossuet , et ne voit pas quelle porte il ouvre par là aux disputes et aux erreurs. Dans les deux derniers chapitres, il expose sérieusement les moyens les plus propres à produire un schisme dans l'église ; le tout est accompagné d'expressions aigres et offensantes pour la cour de Rome, c Je le dis sérieusement , dit-il dans son avertissement , si j'étais théologien ultramontain, je n'oserais seulement sourciller en présence de l'auteur d'Emile.» Lissoir ne manquait d'ailleurs , ni de connaissances , ni de talent.

Il fut utile à son ordre , dont les chapitres nationaui lavaient nommé visiteur; il refondit les livres liturgiques des Prémontrés , en surveilla la réimpression , el composa, entr'autres , X Office de la trnnglation de Si Norbert. Privé de son abbaye lors de la révolution , il desservit la cure de Charleville, sous Tévêque constitu* tionnel des Ârdennes , fut enfermé pendant la terreur et , après ces temps funestes, vint dans la capitale , où il s'attacha au Journal de Paris, comme rédacteur. Il .assista au Concile des constitutionnels en 1 797; et Ion y voit son nom comme député du presbytère des Ardennes. Il est lauteur de plusieurs articles insérés dans le Journal d'Economie politique . d£ Morale et Politique , par Rœderer. Paris, 1796 à 1800.

Après le concordat, il obtint une place d'aumônier de Thôtel royal des Invalides» à Paris , et il en exerça les fonctions jusqu'à sa mort, arrivée le 13 mai 1806.

C'était un homme instruit , laborieux, attachée ses devoirs , et auquel il n'a manqué peut-être que des idées plus exactes sur les règles du gouvernement ecclésiastique.

Son frère aine Théodore , bénédictin , a donné une Table géographique du martyrologe romain. Paris, 1776,in.l2.

1807. hiaiXlïEiJean-Guillaume), naquit le 27juillel 1758, à Spa, bourg célèbre de l'ancienne principauté de Liège. Dès sa pins tendre jeunesse, il manifesta un goût passionné pour l'étude des belles^lettres, mais bientôt la jurisprudence devint l'objet spécial de ses travaux. II fit des progrès si rapides dans cette science, qu'à l'âge de dix-neuf ans, il fut admis procureur à la cour deSpa. et en février 1780, immatriculé notaire public du pars de Liège. Une lecture assidue des productions philosophiques du 18* siècle, les réflexions que lui suggéraient les évèncmens importans qui se pré{)araieiiten

France, donnèrent à son esprit une tendance toute libérale , et firent germer dans son cœur les semences du patriotisme le plus vif et le plus éclairé.

La lutte qui venait de s'engager chez nos voisins eut d'autant plus d'attrait pour lui , que te pajs de Liège se trouvait à ta veille d'une commotion violente. Là, aussi, le pouvoir se débattait dans une longue agonie; une discussion peu importante, impure même à sa source, féconda les germes du mécontentement. Sous des questions d'un intérêt secondaire , l'évéque de Liège cachait des vues ambitieuses et cherchait à priver les citoyens des droits que leur accordait la constitution. On rechercha alors si le prince pouvait seul porter des édits en matière de police , ou si , pour ces édits comme pour toutes les autres modifications à apporter aui lois existantes, la délibération et le consentement des trois ordres de l'état étaient nécessaires.

Des démonstrations hostiles de la part du prince, une plainte en. foule portée au tribunal des XXIi, par le citoyen que ces démonstrations avaient lésé , le rétablissement de Vimpôi des quarante patars, aboli dans la journée d'état de 1787, eurent bientôt nationalisé la querelle et mis le^ partis en présence ; d'autres iucidens propagèrent l'agitation.

La fermentation des esprits était grande à Liège ; il ne fallait qu'une secousse pour hâter un éclat que Ton pouvait retarder encore peut-être, mais qu'il n'était plus possible d'empêcher. La prise de la Bastille et le retentissement que ce fait important eut en Europe, vint enthousiasmer tous les cœurs et détermina le mouvement liégeois. Le peuple osa désirer hautement que le clergé , propriétaire de près des deux tiers du territoire , contribuât aux charges de l'état; il demanda une représentation véritablement constitutionnelle, et, comme préalable, l'abolition du fameux édit de 1684, qui a?ait presque anéanti le tiers-état en mettant la repré-

sentation des villes sous la dépendance du pouvoir exécutif. Quelques hommes , et Brixhe fut de ce nombre, secondèrent ce mouvement qu'avaient préparé les fameuses Lettres de Bassenge à l'abbé de Paix.

La révolution éclata le 18 août 1789, et la magistrature de Liège fut renouvelée selon les anciennes formes populaires; les autres villes ayant suivi cet exemple, Brixhe fut élu bourgmestre dans la commune de Spa. II fut ensuite nommé membre et secrétaire perpétuel de l'assemblée représentative de Franchimont; c'est en cette dernière qualité qu'il a publié : Journal de$ Êénnces du congrès du marquisat i/e Franrhimnni, tenu au village de Pollefir, commencé le 26 août 1 789; Liège, J. J. Tutot, 1789, in-4*', avec lessuites; inséré «n partie dans le Journal patriotique qui paraissait à Liège à cette époque. Ce congrès du marquisat de Franchimont, sous la présidence de M. Dethier, se distinguait pair les opinions ultra-libérales et le radicalisme de tous ses membres. On doit applaudir, sans doute, au vif patriotisme, à la dignité qui régnaient dans plusieurs de ses arrêtés, à la noble énergie qui dictait ses réclamations lorsque le succès de la révolution n'était rien moins que certain ; mais hâtons-nous de dire aussi que les mesures un peu irréfléchies et quelquefois violentes, prises dans le sein de cette assemblée, auraient pu nuire aux progrès de la cause révolutionnaire.

Dethier et Brixhe furent souvent députés par l'assemblée franchimontoise près la municipalité de Liège, afin de lui proposer l'exécution de différens arrêtés du congrès. Ils rédigèrent aussi plusieurs adresses remarquables dans lesquelles ils réclamaient vivement le droit de représentation pour les campagnes, mesure importante et libérale que les Franchimontois furent les premiers à demander; on trouve ces adresses dans les différens recueils périodiques de cette époque.

En 1790, Brixhe fut élu député suppléant à l'état

tiers du pajs de Liège; cette même année, il publia ! Plan de municipalité pour le bourg et la communauté de Spa, à suivie provisoirement à la prochaine élec'^ lion , et dont là ratification finale est laissée aux cinq élections. Spa, Badon et C*, 1^90^ în-4* de 20 pages* Ce plan a été rédigé d'après celui qui fut publié à Liège Vers la même époque.

Une réaction violente suivit de près cette courte époque de liberté. L'invasion autricbiennc ramena le prince fugitif; et le peuple 'vit tout-à-coup ses foyers envahis, ses magistrats, ses principaux citoyens exilés* Briihe fut proscrit par la commission impériale, commd étant l'un des quatorze premiers chefs de la révolution liégeoise ; il se réfugia en France avec J. N. Basscnge et quelques autres, et y devint membre du comité général des Belges et des Liégeois unisi

Son caractère ardent lui fît sans doute embrasser avec ardeur les opinions de l'un ou l'autre des clubs qui dictèrent successivement des lois à la capitale de la France. Cependant, quoique le nom de Brixhe figure sur les listes des bons patriotes trouvées dans les papiers de Robespierre, et insérées dans le rapport, que Courtois fit à la Convention, en brumaire an III, il s en fallait de beaucoup qu'il partageât les idées de Robespierre et des terroristes; car un jour qu'il avait, dans un discours prononcé aux Jacobins, émis des idées qui étaient loin de cadrer avec celles du comité de salut public, à peine avait-il fini de parler, qu'un de ses collègues (on croit que c'était le fameux peintre David), le prit par le bras, lui exprima combien il s'etposait, et ajouta : Sais^tu que tu frises la guillotine?

Lors de l'invasion de la Belgique et du pays de Liège lar l'armée républicaine, Brixhe fut réintégré dans la municipalité de Spa, et nommé par le peuple, député à l'administration générale du pays de Liège; il sy montra l'un des plus chauds partisans de la révolu^*

tion française , et de la réunion pure et simple du pajs à la France.

A la retraite de Dumouriez, Brixhe fut de nouTeau forcé de se réfugier à Paris ; il y fut employé dans les bureaux de la vérification générale des assignats. En prairial an II , le comité de salut public réuni à celai des finances et des assignats, le nomma vérificateur dans les départemens du Nord et des Ardennes. Par divers arrêtés des représentans du peuple , il fut envoyé en cette même qualité à la suTte des armées dans les pays conquis , emploi qu'il a rempli jusqu'à la suppression des assignats.

A cette époque , il commença à exercer les fonctions de défenseur officieux près les tribunaux civils et criminels des départemens de lOurthe, Sambre^et-Meuse et Meuse-^Inférieure. Une ame passionnée , une élo* quence vive, jointe à une logique serrée, une connaissance approfondie des lois, lui firent bientôt obtenir dans cette carrière, les succès les plus brillans. En l'ao VI , l'assemblée électorale scission naire le nomma administrateur du département. Eu l'an VII, il fut envoyé au conseil des Cinq-Cents ; il en fqt exclu par la lui du 19 brumaire an VIIL 11 revint à Liège et y continua la profession de défenseur officieux. Le 27 frimaire an IX, il fut nommé par le premier consul , avoué près le tribunal d'appel séant à Liège, et le 18 fructidor an XIII, Técole de droit de Paris lui délivra un diplôme de /tccncié. Les agitations continuelles qu'il n'avait presque jamais cessé d'éprouver, avaient considérablement al* téré sa santé ; il mourut le 25 février 1807.

On a de Brixhe quelques plaidoyers remarquables par les questions importantes qu'il a su y soulever et par le talent avec lequel il les a traitées. 11 a aussi travaillé à la rédaction de plusieurs recueils périodiques; nous citerons entr'autres : La tribune publique du département de tOurthe. Liège , Latour, an V, in-S"* dont

— 599 ^ il n'a parut croyons-^nons , que 18 numéros fontianC 312 pages. (Ei trait des Esquissée biographiques de tan^ cien pays de Liéye par M. Polain , conserYateur de^ ar^ €i?es de la province)*

1808. LOM (Philippe de), agronome, né en Espagne « Tint s'établir à Veryiers , dont il contribua sin-» gulièrementy par l'étendue de ses vues^ à augmenter fa prospérité industrielle. 11 parcourut presque toutes les parties de l'Europe , et entretint toute sa vie des relations avec les savants les plus distingués en tout genre. Il fut l'ami et le conseiller de M*"" veuve Biolley. Désirant affranchir tes fabriques de draps de Verviersi qui étaient tributaires de TËspagne pour la matière premièfe, il conçut l'idée de la possibilité de naturaliser et d'acclimater la race des moutons^mérinos sous d autres latitudes que celles que l'ignorance et les préjugés lui assignaient comme exclusive^ II visita, à cet effet, dans les plus grands détails, les principaux établissemens d'agriculture de la Saxe, de l'Angleterre et de la France « ti obtint des agronotnes tes plus instruits de ces pays , les lumières dont il avait besoin pour réa«« User son projet. Assuré dès-lors du succès, et secondé dans ses vues par le zèle et l'amitié de Madame de Plom-' teux, il établit à Hodbeaumont, commune de Theux ^ un troupeau de mérinos qu'il fit venir à grands frais^ Il fut l'un des fondateurs de la Société pastorale de la ténatorerie de Liège ^ dont il devint président. Ses relations d'aroitié et de parenté avec la famille Simonis , de Verviers, conpue dans toute l'Europe commerçante par ses iniportantes fabriques et ses beaux produits, as^ suraient a l'établissement de M. de Lom le plus haut degré de prospérité, lorsque la mort vint le surprendre à Hodbeaumont^ en 1808. Ilmouf'utdânslessentimens les plus religieux. Le noble caractère de M. de Lom , se» manières distinguées^ son excessive générosité et son

patriotisme éclairé le firent vivement regretter de toits ceux qui lavaient connu. M. le baron de Surlet-Chokier a prononcé son éloge , que l'on trouve dans le Procès^ verbal des séances de la société pastorale de la sénaUh rerie de Liège (6 mars 1808).

1809. VILLETTE ( François), physicien , né à Liège, le 1" janvier 1729, était pctit-fils du célèbre François Villette , physicien-artificier de Louis XIV, et opticien, né à Ljon, le 6 octobre 1621, et décédé dans cet te même ville , le 1 1 octobre 1698 ; il fabriquait d'excellents microscopes et est l'inventeur du miroir ardent. Louis XIV^ qui Vestimait beaucoup, fit graver ces huit vers sous son portrait, dontMad. Y* Jalheau , de Liège, possède une copie :

De la main du famenx Villette , On recherchait de tontes parts.

Miroir ardent , loupe, lunette, 11 étoit né pour les arts; De plus, homme adroit et sans vice, Babile, sans être orgueilleux, Il n'emplojoit d'autre artifice Que l*artifice de ses feux.

Son fils, né aussi à Lyon , mourut trop tôt pour s'oc*' cuper du soin d'élever sa famille. Son épouse , qui avait deviné de bonne heure laptitude de son fils, le jeune François Villette, pour les ^ciences, le fit voyager. Les voyages qu'il fit, dans sa jeunesse , développèrent ses dispositions et sou goût naturel pour les sciences cxactest et surtout pour la physique. 11 s'attacha à l'abbé Noilet, dont il fut bientôt distingué, et avec lequel il corres* pondit jusqu'à la mort de ce physicien célèbre.

Revenu à Liège, le désir d'éveiller le génie de ses compatriotes et de le diriger vers des sciences trop négligées jusqu'alors par eux, lui donna l'idée de donner

— 60i — des cours publics de physique expérimentale. Il lui fallait pour cela un cabinet complet; mais ajant eu le loisir de s'assurer combien les machines, qui composaient alors celui du roi à Paris, étaient défectueuses, il résolut de s'en former un lui-même, et de simpli* fier et perfectionner la construction de la plupart de ses instrumens. Pour parv>enir à ce but, Villetle dut commencer dabord par instruire et former des ouvriers de tout genre. Après les avoir mis à même d'exécuter ses dessins, il se créa, en quelques années, un cabinet aussi complet qu'il pouvait le désirer. U avait apporté une telle perfection dans la construction de ses machines, que pendant la durée des deux cours complets qu'il donna, il ne fut pas obligé une seule fois de recommencer une expérience.

Les bourgmestres de la cité de Liège lui prêtèrent deux salies de l'hôtel-de-ville pour j donner ses cours de physique. 11 enseignait avec clarté et faisait les déinonstrattous des expériences les plus compliquées avec simplicité. Il livrait à ses élèves, avec le plus noble abandon « les découvertes les plus importantes, sans avoir seulement jamais l'air de se souvenir qu'elles étaient le fruit de ses propres méditations. Il avait fixé à 24 livres ses leçons; mais il les donnait gratis à ceux qui, désireux d'apprendre, n'auraient pu le payer qu'avec peine.

Après avoir donné deux cours complets de physique expérimentale, Villette se vit obligé de les cesser, par le dégoût que lui faisait éprouver le peu d'empressement de ses concitoyens pour ses leçons. Il vendit une partie de ses instrumens; le prince Velbruck lui acheta son microscope, que l'on voit aujourd'hui dans le cabinet <le S. M. l'empereur de Russie. Ce microscope, précieux et unique dans son genre , qui lui avait coûté plusieurs années d'un travail constant, se trouvait oublié, sous le règne du prince Hocnsbroech, dans le

grenier d*un hôtel à Liège , avec quelques machines de physique ; et sans les soins que se donna S. M. l'impératrice de Russie f pour découvrir et se procurer ce chefd'œuvre, de l'existence duquel elle était informée, il eût été probablement oublié.

Les découvertes de Villctte , sur l'électricité et d'autres parties de la physique , ont Fait assez de bruit dans le monde savant, pour qu'il soit inutile d'en parler. Labbé Nollet, Pàulian et autres, les ont relatées dans leurs ouvrages. Mais une découverte plus récente, est celle de X électricité popy racée, fluide absolument semblable, quant aux effets, à celui produit par Vélectri" cité vitrée ; ce qui l'a conduit à démontrer , que les fluides électriques produits par des matières dissemblables . ont réciproquement la propriété de s'entre<letruire.

Il épousa M"* de Marnette , et ne vécut qu'un an arec elle : elle mourut sans lui laisser d'enfans. Affligé de cette perte , il se voua dès-lors au célibat et à la solitude, sans renonoçr cependant aux sciences qu'il aimait et à la physique surtout dont il s'occupa jusqu'à la fin.

Villette fut l'un des fondateurs de. la Société libre d'Emulation de Liège. C'était, dit M. Robertson,un homme fort instruit « d'une conversation intéressante, et d'une aimable philosophie.

Doué de patience et d'un courage inaltérable, il le montra bien, durant les six derniers mois de sa vie, qu'il passa dans de vives douleurs. II mourut à Flémalle-Grande , près Liège, le 22 octobre 1809.

Né avec les plus heureuses dispositions, à l'âge de 20 ans, la rectitude de son jugement fut tellement I fixée, que dans le cours de sa longue et honorable carrière , il ne fut jamais dans le cas de s'écarter dn plan de vie qu'il s'était tracé. Il était ferme , mais juste et doux , équitable et indulgent pour les autres; ne se permettant jamais une raillerie.

Les souvenirs qu'il a laissés à Liège , honorent en

lui rhommc de bien autant que le savant. Sa modestie fut telle, qu'il abandonna souvent à d'autres, la gloire des découvertes qui lui appartenaient

1809. TITEUX {Philippe- Joaeph'Hyacinthe) y maire de Frenois, près de Sedan , né à St.-Hubert. en Ar* denne, en 1744, embrassa l'étude de ta sculpture dès sa plus tendre jeunesse , entraîné vers cet art par un penchant irrésistible. Â l'âge de 17 ans , il quitta sa patrie , et vint travailler à Paris sous les plus grands maîtres. Leurs leçons jointes à la vue des chefs-d'œuvre de l'art, développèrent ses talens, et le tirèrent prématurément de la classe où sa jeunesse semblait devoir encore le retenir. La construction de la nouvelle église de Ste.-Geneviève (le Panthéon) lui fournit l'occasion d'étendre sa réputation naissante. Il fit les modèles de la sculpture de ce temple magnifique , sous les ordres du sculpteur en chef Desart , auquel il succéda , et sous l'inspection de l'architecte de Puisieux, Ardennais. Il entreprit ensuite la êculptvre de la salle de spectacle de Bordeaux, de celle des Variétés de Paris, du Palais- Royal , du Raincj , et de l'église de St.-£loy de Dunkerque , dont il fit de ses propres mains la chaire à prêcher. Ce fut de concert avec l'architecte Louis, qu'il exécuta la plupart de ces travaux.

Retiré au commencement de la révolution dans sa maison de campagne de Frenois , il fut nommé administrateur du département des Ardennes. Persécuté et emprisonné par les anarchistes, il soutint ces maux avec courage. Depuis, il exerça avec honneur, plusieurs fonctions administratives gratuites. Il était sur le point d'entreprendre de nouveaux travaux à Paris, et il venait d'assister à deux sessions du collège électoral des Ardennes, lorsque de retour au Frenois , il fut atteint d'une paralysie qui l'enleva le 9 février 1809, à l'âge de soixante-cinq ans. Il mourut avec lessentimens d'un chrétien pieux et éclairé.

1809. OUTREPONT ( Charks-Lamberid:). né à Qerve « ville du duché de Limbourg , le 16 septembre 1746 , fit de bonoeséludes , et oomroença , en 1771 , Il eierccr la profession davooat au conseil souverain de Brabant , carrière dans laquelle il ne tarda pas à se faire connaître avantageusement. En 1780, il publia un écrit intitulé : Essai hisiorique sur Porigine des dîmes, tendant à repousser les prétentions exhorbitanirs qu élevait à ce sujet le clergé de la Belgique. Il j développa l'instruction la plus étendue, jointe à une saine logique , en même temps qu'il fit preuve d'un véritable courage, en osant attaquer, dans ses plus chers intérêts, un corps si puissant à cette époque. Gt ouvrage, qui obtint les honneurs de la traduction en plusieurs langues , fut attaqué par l'abbé Ghesquières, membre de l'Académie de Bruxelles (Lettres hisL et crit. pour servir de réponse, etc. Utrecht, 1784» in-8'), qui soutint les prétentions du clergé comme fondées sur le droit divin. M. D Outrepont ne tarda pas à répliquer par une défense de son écrit, dans laquelle il réfutait avec esprit, quoiqu'avec un peu d'âcreté, les assertions de son adversaire.

En 1783 , pour répondre à une question roîso au concourspar l'Académie, il publia une autre brochure ayant pour titre : Discours sur fautorité du droit rO' main dans les Pays-Bas, qui lui valut l'accessit.

Lorsque la révolution belgique vint à éclater , il se montra favorable aux principes sur lesquels elle était fondée , mais la fausse direction que lui fit bientôt prendre la toute puissante influence du clergé, trouva, dans M. D'Outrepont , un adversaire d'autant plus . dangereux que ses lumières égalaient son patriotisme. La franchise avec laquelle il manifesta ses opinions i cet égard, le mit en butte à la haine des principaux meneurs, et il se vit un jour entouré par un attroupement populaire , à la fureur duquel il eut peioc à échapper.

Au retour des Auirichiens , qui eut lieu quelque temps après , il reprit lexercice de sa profession d a-* Yocat, qu'il continua jusqu'à la seconde entrée des troupes Trançaises , époque à laquelle il Fut nommé membre de ladministration centrale de la Belgique , puis de la commission chargée de la division des provinces ci-devant autrichiennes et du pajs de Liège en départemens; enfin, il fut appelé successivement aux fonctions de commissaire du gouvernement près le tribunal criminel de la Djle, de commissaire au congrès de Rastadt pour la liquidation de la dette belgique, et 9 en l'an VI, de député de son département au conseil des Cinq-Cents. Dans ce dernier poste, il soutint la réputation qu'il s'était acquise , tant par la droiture de son caractère que par l'étendue de ses connaissances en matière de législation. Il donna de nouvelles preuves de ces deux qualités dans le discours qu'il prononça au corps législatif le 1*' fructidor de la même année , contre le principe du droit de successibilité entier et absolu , accordé aux enfans nés hors mariage, concurremment avec les enfans légitimes, par les lois des 4 juin 1793, et 12 brumaire an II. Dans le cours de la même session, il se fit encore remarquer par un discours sagement et fortement pensé sur la question de la liberté de la presse , et dans lequel il envisagea, avec une sagacité peu commune, les différentes faces de cette épineuse question, tant de fois agitée depuis.

Enfin, après le 18 brumaire an VIH, la manière honorable dont il s'était acquitté des diverses fonctions qu'il avait remplies , et surtout la confiance qu'inspirait son savoir reconnu en jurisprudence , lui valurent la place de conseiller à la Cour de cassation, à laquelle il fut appelé par le Sénat-Conservateur. Il continua d'y mériter l'estime et la considération générale jusqu'à sa mort, arrivée à Paris , le 4 mars 1809.

Il fut remplacé par H, Benvenuti, membre de la Cour d appel de Florence. Son oraison funèbre fut prononcé par le premier président de la Cour de cassa* tion. M. D'Outrepont a laissé deux fils, dont l'un, par divers traits de la plus audacieuse bravoure, s'est élevé à un grade supérieur dans un régiment de hussards. Voici la liste des ouvrages publiés par ce Hervien : ib ont tous été proscrits par le clergé , à raison des principes qu'ils contiennent s

V Èêêai hù torique 9ur T origine des MnuBM; 1780, in-8*, anonjme et sans nom de lieu ni d'imprimeur.

2"* Défense de l'Essai historiqttê sur torigine det dîmes, à l'abbé de Ghesquières. Liège, 1785, anonyme. C'est la réponse à la réfutation faite par ce dernier sous le titre de : Lettres historiques et critiques pour servir de réponse d F Essai historique sur torigine des dimes, Utrecht, 1784, in.8'.

3° Discours sur Fautoriié du droit romain dtms k$ Pays-Bas, pour servir de réponse à la question : Depuis quand le droit romain est^il connu dans les Payi* Bas Autrichiens , et depuis quand y a^t^U force de loif Bruxelles, 1783, in-4''. Ce discours a obtenu l'accessit à l'Académie de Bruxelles en 1782.

4° Des empéchemens dirimant le contrat de mariage dans les Pays-Bas Autrichiens , selon ledit de {empereur Joseph 11^ du 26 septembre 1784. Bruxelles, 1787, in.8-.

D'Outrepont a encore publié plusieurs brochures de circonstance.

1809. BÂUDUIN (Dominique), prêtre de l'Oratoire, né à Liège le 14 novembre 1742, décédé dans cette ville, le 3 janvier 1809. Il se consacra longtemps à l'instruction de la jeunesse. Ami de l'étude, il cultiva les lettres avec plus de persévérance que sa santé ne le lui permettait: la faiblesse de ses yeux l'obligea même d'abandonner la place de professeur d'histoire qu'il

occupa plusieurs années à Maestricht , alors chef-lieu du département de la Meuse-Inférieure. Sa conversa-* tion était douce, sage et enjouée quelquefois, quoique le plus souvent fiiée sur des sujets sérieux, tels que la morale, la politique et l'histoire. En 1789, lorsque le nonce, depuis cardinal Zondadari, était à Liège, ce prélat allait souvent le voir, aimait à s'entretenir avec lui, et se plaisait à l'entendre pincer de la harpe, en chantant les psaumes de David. Bauduin vécut toute sa vie dans la retraite, et ne rechercha pas la célébrité. Il a laissé r

V De r Immortalité de Fhomme^ ou Essai sur Tea^cellence de sa nature. Dijon, 1781, in-12; réimprimé à Liège, 1805, in- 12.

2"* La Religion ch/rétienne justifiée au tribunal de la politique et de la philosophie. Liège ,^ 1788, in-12, ibid. 1797.

3"* Discours sur T importance du ministère pastoral. Liège, în-8^.

4* Considération sur les (fuerres de commerce. Liège, in.8*.

Ce dernier ouvrage est assez remarquable et prouve une grande connaissance des choses de ce monde. Ses. ouvrages sont pleins d'intérêt et d'un style clair, net et précis. On les trouvée Paris, chez Ch. Villet, libraire, rue Haute-Feuille, n"" 1.

1809. JÂRDON (Henri- Antoine), général de brigade au service de France , né à Yerviers , le 3 février 1768. Son père , qui était boulanger, l'envoya a Vécoie ; le jeune Jardon y apprit à signer son nom.

Lors db la révolution liégeoise , il embrassa avecar^ deur la cause de la liberté , et entra comme sous-lieutenant dans le régiment commandé par le général Fyon. Elu par ses compatriotes commandant de lavant*^ garde des volontaires Franchimontois , il fit en cette

qualité la catnpagne de Zutiendael contre \i» troupes du cercle de Westphalie , s'y fit remarquer par son courage et fut bièntât nommé lieutenant par le général Fjon. Lors de l'invasion du pays de Liège par les Autrichiens, Jardon se réfugia en France, et entra, en qualité de lieutenant , dans la légion liégeoise qui se formait ù Givet ; il y obtint Tannée sui?anlc le grade de capitaine.

Il prit une part active aux campagnes de Champagne et de Belgique et fut nommé , en 1793 , chef de bataillon, puis chargé du commandement de la légion liégeoise , pendant la retraite de Dumouriei.

Nommé, malgré lui, en 1794 , général de brigade, il fit la campagne de Hollande et s'y couvrit de gloire. Au combat d'Oude-Watering, il sauva la vie à 60 émigrés français malgré le décret de la Convention na* tionale.

Après la prise dé Nimégue » le représentant du peuple Bellegarde , voulant nommer Jardon général de division , celui-ci s'y refusa , ne se croyant pas l'instruction nécessaire pour bien s'acquitter d'une pareille fonction.

Jardon fit toutes les campagnes de Flandre, d'Allemagne , de Suisse , de Pologne, etc. , durant lesquelles on le vit constamment aun avant-postes, étonnant les vieux soldats par sa bravoure et par sa témérité. Après la paix conclue entre la république française et la Prasse, il fut chargé du commandement du département de la Dyle qu'il conserva jusqu'au moment où il fut mis en non-activité en 1796. Cette disgrâce non méritée, donna lieu à plusieurs officiers et soldats qui avaient fait trois campagnes sous ses ordres, de publier dans le Républicain du Nord qui s'imprimait à Bruxelles , YEûrpOJfé de quelques semaines de la vie du général Jardon (19 messidor, an IV).

Remis en activité en 1799, son énergie et sa loyauté

coTitribuèrent puiâsamment à la répression des troubles de la Belgique. Il passa ensuite à Varmée du Danube sous le général Jourdan , et fit les campagnes de Suisse sous Masséna et de Souabe sous Moreau , dont il res*^ sentit bientôt le contre«coup de sa disgrâce ; mais Bonaparte , alors premier consul , ne tarda pas à revenir sur le compte de Jardon , qui, quoique ami de Moreaù,n'en partageait nullement les sentimens.Pré* sente à Bonaparte en 1803, lors de son passage à Liège, Jardon , pour tout discours, lui dit : Général , Je ne 9ai9 pas parliT , mai» je 9ai9 me baUre ; donnez-nioi du service. Ce langage plut sans doute au jiremier consul , car il lui rendit justice, le nomma coinmandant du département des Deux-Nèthes.

En 1804, il se rendit au camp de Boulogne , où il commanda une brigade sous les ordres du général Brune. Après le départ de ce dernier pour l'Allemagne, son successeur, Gouvion-Saint-Cyr, lui confia la deuxième division de l'armée des câtes de l'Océan.

Nommé le 17 pluviôse an XII , commandant de la Légion-d'honneur , Napoléon le nomma encore le 14 août 1806, membre du collège électoral du département de rOurthe.

En 1808, i^ fit partie de larmée d Espagne , où il servit pour la première fois sous l'empereur , et en 1809, il entra en Portugal sous les ordres du maréchal Soult. A la prise de laCorogne, 16 mars 1809, il débusqua , à la tète du 2* régiment d'infanterie légère, Vennemi du village d'Ëlvina, et fut cité avec de grands éloges dans le 30* bulletin. 11 périt au combat de Barcelos, le 25 mars 1809, après s'être emparé, avec quelques tirailleurs du 17* régiment d'inianterie légère, du pont de Negrelos défendu par 900 Portugais* Jardon, atteint d'une balle au-dessus de l'œil droit ^^•^^-^^'«V^^ tomba mort aux pieds de son neveu, Henri Jardon /f'^'^'^*^'*^ simple sergent de grenadiers qu'il venait d'ériger ^^ Jy^"^ "^ aide-camp. (£tu j/ îi^a^A^H^, ^oa/ù-Hi^ /h^ lui^wk^

Q^yrtvrv, u^^j^t^n^ ê^-f'a^C^ ^r'^^l^ Z^//»*.^.

Jàrclon mourut vivement regretté de ses chefs et pleuré amèrement des soldats avec lesquels il n'avait jamais affecté d'autre supériorité, que celle de les prè^ céder au feu.

Il avait reçu de la nature un sang bouillant , un esprit ardent, un corps robuste, dont la force semblait s être accrue au milieu des fatigues de la guerre; un cœur bon , franc, sensible à la reconnaissance et fi* dèle à l'amitié. Son amour pour sa mère était |el, que se trouvant au camp de Boulogne ^ lorsqu'une lettre vint lui apprendre qu'elle se mourait , sans demander de congé , de crainte du moindre refard , il aeoounit en poste à Verviers, pour j embrasser une dernière fois celle qui lui avait donné le jour, et ce devoir sacré rempli < il se remit en route , pour rejoindre de suite son drapeau.

Il eut plusieurs cbevaux tués sons lûif en différentes occasions « plus de douze de ses aides-*de««Gainp Furent tués à ses côtés , de sorte que ne pouvant trouver d'officier qui consentit à faire ce service auprès de lui, il fut obligé de les remplacer par des sergents de gre-* nadiers que l'on mettait à cheval.

La grande jouissance de Jardon était de faire la petite guerre ; on le voyait marcher en avant des tirailleurs, le fusil sur l'épaule, et avec une ceinture garnie de cartouches. Lorsqu'il se trouvait serré par un ennemi trop supérieur en nombre, il demandait un renfort de douze hommes commandés par un sousofficier. Si ce renfort était d'une compagnie entière, il ne calculait plus la force de ses adversaires.

Ce général, mûri par l'eipérience , se distingua encore plus en Espagne et en Portugal , où le caractère de la guerre rendait son ^nre de courage précieux dans un chefé

Son portrait a été gravé à Paris par Chrétien et re-* touché depuis par H. Jehotte de Liège.

Oa a publié plusieurs notices sur le général Jardon; voir la Biographie des Contemporaine , la Biographie des Pays-Bas de M. Delvenne. Notes .historiques de M. Siter , greffier du canton de Verviers, în-S", 1809.

H. Hubau en a fait une qui est inédite et qui a seryi aux rédacteurs des puvrages précédons. M. Van Hulst, avocat distingué à Liège , en a publié une très-exacte et très-détaillée ; Liège, 1835 < in-8* de 24 pages, avec le portrait du général Jardon , lithographie par M. Mathieu.

1809. CLOSON {Guillaufne^Jqêeph^Céhstin\ naquit à Liège , le 3 juillet 1780, de parens honnêtes mais peu fortunés, qui secondèrent de tous leurs moyens les heureuses dispositions de leur fils. Son éducation fut l'objet de leur constante sollicitude. Entré à Tècole centrale du département de l'Ourthe , il s j distingua par sa supériorité, et y obtint les premiers prix de langues anciennes, d'histoire naturelle , de physique, de chimie et de dessin. 11 mérita la bienveillance de ses professeurs et l'amitié de ses condisciples. Son goût naturel le portant vers la médecine , M. Lonhienne-" Grognard, son protecteur, l'encouragea à aller à Paris, pour y étudier cette science , et lui en facilita les moyens. Closon ne tarda pas à se faire remarquer à Técole de médecine de cette ville , et y remporta la seconde année , deux premiers, prix. Tout présageait en lui debrillans succès et un nom illustre dans sonart, lorsque sa santé s'altéra tout-à-coup à Paris : une fièvre putride l'emporta bientôt en onze jours. Closon mourut le 26 juin 1809 , vivement regretté de ses professeurs et de ses condisciples , dont un grand nombre accompagnèrent son convoi, entr'autres , Raikem et Nysten«

Closon avait une physionomie douce. Il était d'un caractère enjoué , d'un commerce agréable et sûr. Il avait une franchise, une discrétion à toute épreuve.

1809. HÉN013L {J.-B.l avocat, lîllérateur , puWiciste , né à Liège. On a de lui : Annale* du payt dt Liéye, dépens les Êhurons jusqu'au règne de GeorgeS' Louis de Beryh. Liège , 1 vol. in-8". Ces annales sont d'un meilleur style que la plupart des ouvrages historiques qui ont paru précédemment; on ne peut que reprochera l'auleur une affectation de bel-«sprit,el de se montrer le flatteur des puissans du jour«

1810. DELLOYE {Henri), littérateur, poète satjrique , publiciste, né à Huj.

Il a publié : \ Almanach Liégeois , le Troubadour Liégeois , Y Annuaire Liégeois.

1811. SOHET (Z^ontmiçt^), jurisconstilte lîé^eow, né à Chooz , près Givet , en 1728 ,' il a publié : /« Institutes de droit , ou sommaire de jurisprudence canonique , civile, féodale et criminelle , pour le pays à Liégè , de Liiwenibourg et de Namur. Liège, 1772, 3 vol, in-4". L'auteur j fait preuve de recherches éteii* dues et profondes.

181 1 . BASSENGE f Jean-Nicolas ) . né à Liège , le 24 novembre 1758, d'une famille de ta haute bourgeoisie , fit ses études au collège de Visé que dirigeaient les PP. de l'Oratoire, Un des professeurs passionné pour la poésie française , en inspira le goût àse9 élèves , parmi lesquels se distinguaient Bassenge et deux autres Liégeois, Henkart et Reynier. Il se forma bientôt entre ces trois jeunes gens une amitié constante dont la mort seule a pu rompre les nœuds.

Les talens de Bassenge prirent un rapide essor. Il se signala d'abord par quelques épitres à ses amis, dont une entr'autres, qu'il adressa à notre célèbre pajsagisle Fassin. La Nymphe de Spa à F abbé Raynal , épîlrc pleine de verve , mais dans laquelle l'auteur se mon*

trait l'apologiste de la philosophie moderne , parut en 1781 , donna une célébrité à Bassenge et lui attira des tracasseries de toute espèce ; mais le princc-évéque Velbruck , qui lui accordait l'honneur, ainsi qu'à Rejnier , Uenkart et autres , d être admis dans ses petits comités où Tamitié et les muses avaient seules entrée , le protégea néanmoins ; ce qui lui permit de rester à Liège jusqu'à la mort de ce prince.

Depuis lors, en but aux persécutions que lui suscitaient ses opinions politiques et religieuses, Bassenge crut devoir abandonner sa ville natale. Il alla demeurer à Paris , où il se lia avec les plus célèbres littérateurs de son temps , et put , à son aise , se livrer à son goût naturel pour les lettres et les arts«

La mésintelligence entre le nouveau prince-évêque (le comte de Hoesbroeh) et le peuple liégeois, ne tarda guères k se manifester. Un conflit s'éleva entre les états du pays et le prince-évêque : quelques actes de son gouvernement , considérés comme illégaux et inconstitutionnels, aigrirent les partis.^ La discussion, obscure à sa naissance, impure peut-être à sa source, fut portée en litige à la chambre impériale de Wetziaer, et devint par une singulière complication d'événements , la cause de graves discussions dans lesquelles on eut à examiner les lois fondamentales de l'existence politique du pays de Liège; et dans un pareil conflit , bassenge ne pouvait rester impassible, ni muet. A peine alors âgé de 25 ans , il consacra sa plume énergique et rapide au soutien des libertés publiques : en réponse aux mémoires publiés par les défenseurs du prince, il publia diverses brochures qui respirent le plus ardent patriotisme , mais qui portent presque toutes l'empreinte d'un travail trop précipité.

Ses Lettres à l'abbé de P.,. (Depaix), 5 vol. in-S*" de 1787 à 1789 , renferment des pages d'une éloquence vraiment remarquable. Cet ouvrage estimable et qui

mériterait d'être plus connu , bien que trop souvent lenthodsiasme y prenne la place d'une judicieuse critique , contient des fragmens écrits avec chaleur , et dénote dans son auteur une prédilection particulière pour rbistoire de son pajs , dont il avait une connaissance approfondie.

Les Liégeois aigris par les fausses démarches de la cour, ses persécutions et ses vengeances inutiles, animés d ailleurs par l'exemple récent de la France, prennent tout-à-coup les armes, s'emparent de la citadelle , désarment les soldats du prince et changent le conseil de ville. Bassenge , ainsi que tous les hommes sages qui étaient regardés comme les chefs du parti populaire , était loin d'approuver ce mouvement ; mais là révolution étant faite (le 18 août 1789), il crut, comme tant d'autres, à la sincérité du prince qui avait tout approuvé; et it ne fallait rien moins que cette con« viction, pour lui faire accepter les fonctions publiques qui lui furent déférées par ses concitoyens. Député du tiers-état pour assister aux conférences des trois ordres en 1789, Bassenge prit une part très-active dans la direction des affaires. Les états le chargèrent de plaider leur cause à la chambre impériale de Wetzlaer , à Berlin, puis au congrès de Francfort. La mission était difficile à remplir , et le diplomate manquait absolument de cette souplesse indispensable pour réussir auprès des oours ; aussi ne réufssit-il pas.

Le prince-évéque , rétabli par les troupes impériales , dans la plénitude de son pouvoir^ en décembre 1790 , exclut de l'amnistie Bassenge qui , dans une Adresêe à P empereur Léopold^ om nom de9 Liégeois, 1 vol. in-8°, Sedan , septembre 1791 , réclama vivement contre l'esprit de réaction et les actes arbitraires qui se manifestaient à Liège ; mais le gouvernement autrichien resta sourd à sa voix , et Bassenge se réfugia à Paris. En 1792 , il fit une courte apparition dans sa patrie à la suite de l'armée de Dumouriez.

Franc et généreux , Bassenge ne pouvait voir de sang-froid les horreurs qui se commettaient sous le régime de la terreur , au nom de la liberté. Désenchanté de la révolution française, il exprimait son opinion sans détour, même en présence des hommes les plus exaltés de la capitale ; ce qui faisait souvent trembler ses amis pour ses jours. Une pareille eonduite le fit signaler comme modéré^ qualification terrible dans ces momens d anarchie , puisqu'elle était seule un motif suffisant pour être envojé à la guillotine.

Sa franchise à l'égard des terroristes lui attira la haine do certains exaltés, qui du haut des tréteaux de Paris , excitaient les passions du peuple. A ce sujet, on cite de Bassenge , un trait de présence d'esprit qui le sauva d'une mort certaine. Un de ses concitoyens était à pérorer du haut d'un de ces tréteaux et se livrait aux discours les plus violents contre les modérés. Dans oo moment , Bassenge passe ; l'orateur le reconnaissant , s'écrie : Voilà encore un de ces maudits modérés ! Bassenge sentant tout le danger qui le menace , s'élance sur le tréteau , donne à son interlocuteur un soufflet qui le fait rouler de sa tribune , et se retournant ensuite vers le peuple : Suis-je si modéré quon le dit , citoyens 9 L'auditoire se prit à rire ; et Bassenge fut sauvé.

La haine de ses ennemis n'en devint que plus violente ; ils réussirent à le priver de sa liberté : il fut jeté dans l'une des prisotis de Paris. Mais loin de se laisser abattre par le désespoir , il ne songea qu'à soulager , aider et consoler les malheureux qui étaient renfermés avec lui. Une si noble conduite lui mérita d'être transféré dans une autre prison et mis au secret. Il aurait vraisemblablement porté sa tête surl'échafaud, sans la courageuse intervention de ses amis, qui, après de longs efforts, parvinrent auprès de Robespierre. Celuici les reçut et n'osa pas se refuser à leurs instances.

Bassenge eut sa liberté , et sortit de son cachot trois jours avant la chute du sanguinaire dictateur.

A Ventrée des Français dans Liège, 27 juillet 1794, le comte de Méan , alors prince-évêqûe de Liège , sa cour , les nobles et le clergé s'enfuirent : un grand nombre d'habitans , dans lappréhension des suites du gouvernement révolutionnaire, émigra en Allemagne. Bassenge revenu dans sa patrie , en sa qualité de membre de l'administration générale du pays de Lié«;e, fit déclarer avec quelques-uns de ses collègues , qnc les fugitifs liégeois n'étaient que des absents. Parcelle mesure , il frappa d'inertie ces lois contre les émigrés qu'on appliquait avec tant de cruauté en France : il sauva leurs propriétés, et prépara le retour des absents dans leurs fojers.

Après la réunion du pays de Liège à la république française, Bassenge fut nommé commissaire du gouvernement près de Fadministration centrale du département de l'Ourlhe. Chargé de veillera l'exécution des lois , il sut en adoucir les plus rigoureuses et faire prévaloir les plus favorables. Loin *de se venger de ceux qui l'avaient persécuté, il leur fit tout le bien possible. Sa bonté et sa générosité se montraient en toutes choses et envers tous les partis.

Député au conseil des Cinq-Cents en l'an VI (1798), il s'y fit remarquer par la modération de ses principes. Les évènemens du 18 brumaire qu'il favorisa, le firent siéger an corps législatif ; il y fut appelle de nouveau par le sénat en Tan VIII.

Sesopinions républicaines, qui se faisaient jour dans la Décade philosophique (journal scientifique et littéraire rédigé par MM. Ginguené et Amauri Duval), l'en éloignèrent en 1802; néanmoins Tadmiration qu'il avait pour Bonaparte , qu'il considérait comme le sauveur de la France , ne s'est jamais refroidie; et son opinion , à cet égard , n'a pas varié jusqu'au dernier instant de sa vie.

Rentré dans la vie privée • il fut nommé bibliothécaire de la ville de Liège. Depuis lors il se consacra exclusivement à la culture des sciences et des arts. II répandait partout l'émulation et encourageait tous les talens.

Il passa les dernières années de sa vie au milieu de ses amis , dans sa ville natale, où il mourut célibataire, le 16 juillet 1811 , à lage de 52 ans. Les principaux magistrats et les habitaiis les plus distingués de la ville de Liège , se réunirent le 1 2 septembre de la même année, dans la grande salle de la Société d'EmulatioUi dont il était membre , et son éloge y fut prononcé par le secrétaire perpétuel.

€ En lui , dit le docteur Ad^iaux , son intime ami , la gaité était sans apprêt , Tépigramme sans fiel , la louange sans faveur; sa brusque bonhomie n'était jamais brutale , et celui qu'auraient intimidé les vives saillies de son esprit , se sentait sur-le-champ rassuré et retenu par l'indéfinissable simplicité de ses manières. >

Bassenge poussait la bienfaisance, au point que plus d'une fois , on la vu subir les plus dures privations de l'usure pour secourir' des malheureux.

La plupart de ses poésies ont été réunies avec celles de ses amis Henkart et Reynier , sous le titre de : Loisirs de trois amis. Liège, 2 vol. in-S"*, sans indication de l'année (1822). tOn y distingue plusieurs épitres semées de charmans détails et de quelques fables où des longueurs et des négligences sont rachetées par le naturel et par une certaine naïveté piquante, Tarae de l'apologue, à laquelle rien ne peut suppléer.»

On trouve aussi des vers et de la prose de Bassenge dans les procès -ver baïkv de la Société d'Emulation de Liège, dans Y Alman€U)h clés Muses, dans X Annuaire poétique de Bruxelles , etc.

M. le docteur Ansiaux a publié une notice sur Bas-

senge qui se trouve dam les Loisirs de trois amis. M. le baron de Stassarl en a publié une autre, que l'auteur de la Biographie Liégeoise a presque entièrement copiée ; elle se trouve dans le 57* vol. de la Biographie Universelle , etc. Supplément , page 264.

BASSENGE {N.), frère puîné du précédent, adopta les mêmes principes, siéga comme lui au conseil des Cinq-Cents , et le remplaça datasses fonctions de commissaire du directoire. 11 passa â la sousrpréfecture de Malmédy en 1802, et fut, en 1804, présenté et admis au corps législatif, dont il faisait encore partie en 1814, lors de la ^échéance de Napoléon à laquelle il adhéra. Supprimé aussitôt après fa capitulation de Paris, comme député d'un département qui n'appartenait plus i la France, il obtint un emploi dans les contributions indirectes , et continua d'habiter ce pajs.

*1811. BRIZÉ^FRADIN , né à Liège, en 1767, a publié :

V La loi phf/siqtte (appliquée à l artillerie de la ma^ rine , in-S* , 1811.

2** Chimie pneumatique appliquée aux travaux sous fe«w,in.8-, 1811.

Il indiqua , dans ce dernier ouvrage, les mojens de secourir les personnes submergées sous la glace.

1811. FASSIN (Nicùlas-Hetiri-Joseph de), fils de Jean-Jacques de Fassifi et de Marguerite de Latour , Baquit à Liège , le 20 avril 1728. Son père , descendant d'une famille patricienne , bourgmestre , écbevin de Liège, premier ministre du prince-évéque Georges- Louis de Bergh, destinant son fils à la haute magistrature» l'envoja d'abord faire ses humanités au collège de Lahejs en Ârdenne , où un goût décidé pour le dessin , le portait de préférence à ses études , à char-

faonncr sur les murailles les animaux qu'il renoonlrait , et à crayonner sur ses livres ot ses cahiers.

Rappelé à Liège , on lui fit encore étudier le latin pour lequel il se sentait fort peu de goiit, ne rêvant sans cesse que chevaux , ânes, moutons qu'il dessinait en dépit des remontrances et des férules. Son père , pour rengager à continuer ses études, lui permit daller passer ses heures de récréation et de congé chez le peintre Coclers,qui, enthousiaste de son art, développa encore davantage, dans le jeune Fassin, son goût pour la peinture.

A 1 âge de 20 ans , il entra dans les mousquetaires gris du roi de France. En 1754 , il quitta son cprps pour organiser une compagnie de cavalerie , dans un régiment que le maréchal de Belle-Isle avait créé peu après son entrée au ministère. Son exactitude rigoureuse pour la discipline et son incorruptible droiture mettant obstacle aux délapidations et aux concussions dont se rendaient journellement coupables les officiers du régiment : ceux-ci résolurent de s'en défaire ; mais il fut sauvé par un autre régiment , témoin de la violence qu'on voulait lui faire. Calomnié par tous les officiers de son régimeot, qui avaient intérêt à le perdre pour cacher leur infamie, ils laccusèrent auprès du maréchal de Belle-Isle d'avoir voulu passer à l'ennemi et d'avoir tenté d'embaucher plusieurs d'entr'eux pour les entraîner dans sa trahison. 11 se justifia dans un mémoire qu'il adressa à la cour ; et le maréchal de Biron, colonel des gardes françaises, frappé de ses raisons, obtint du roi qu'une commission spéciale fut chargée de cette affaire. Son jugement lui fût entièrement favorable ; elle condamna les, officiers de son régiment, en présence de quatre autres, les uns à vingt, à quinze et à douze ans de détention.

Rentré en grâce, on lui offrit une autre compagnie , mais dégoûté du service , et la paix venant detre conclue , il préféra revenir dans son pays.

De retour à Liège , il sentit renaître Ron premier goût pour la peinture et résolut de s'y Kvrer entière» ment. Il prit quelques arrangemens avec sa fanrille , et alla à Anvers étudier les nombreux chefs-d'œuvre de peinture qui abondaient alors surtout dans cette ville célèbre où Rubens avait fondé son école. A la vue de quelques tableaux de Van Djck , de Rubens , mab particulièrement de ceux de Berghem , Teniers, Both, Wouvermans dont il affectionnait le genre , sentant vivement sa profonde ignorance , quoique parvenu k rage de 34 ans , il recommença à dessiner comme un jeune écolier, suivit a<;sidûment les leçons des académies , et se mit à copier les grands-maîtres de l'école flamande , durant près de six années.

Jaloux d'ajouter à un talent déjà mûri par des exercices si longs et si multipliés, ce que l'on peut puiser d'inspiration dans l'étude d'une antre école , sous le plus beau ciel de l'Europe / Fassin partit à 40 ans pour l'Jtalie , tant était vif son ^oût ponr la peinture et son désir d'acquérir un nom dans son art.

Il employa le temps de son séjour à Rome et à Nepies , à copier les chefs-d'œuvre des grands maîtres, et parcourut ensuite les montagnes de la Suisse et de la Savoie pour y observer les beautés de la nature.

Fassin se fixa alors quelque temps à Genève , où f^a réputation d'habile peintre paysagiste ne tarda pas à se répandre au loin. Il fit, pour l'impératrice de Russie, l'un de ses plus jolis paysages, au jugement.de De France , dont cette souveraine fut si contente , qu'elle lui écrivit de sa main , pour le remercier, et lui envoya une superbe tabatière d'or enrichie de son portrait. Il fut reçu avec distinction de Voltaire, à son château de Fcrney ; celui-ci lui permit de faire son portrait en négligé, portrait que possède aujourd'huiH. l'avocat Henkart, à Liège. M. Rouveroy nous apprend dans son charmant poème, intitulé : Promenade à la Boverie, que

le philosophe de Fernej chargea le célèbre Tronchin , qui devait, dans un de ses voyages , passer par Liège , d'y aller voir Fassin de sa part.

Rappelé dans sa patrie, Fassin revint à Liège , précédé de la réputation qu'il s'était acquise par ses ouvrages, t Tous les peintres et peinturier» du pays, dit »l)e France , tous les connaisseurs , amateurs ou soi- » disants tels accoururent le saluer à l'envi.»

Il forma bientôt de concert avec De France le projet d'une académie de dessin de peinture et de sculpture, que le prince Velbruck agréa et dont il se chargea seul des Trais , y affectant une partie des biens des Jésuites qu'on' venait de supprimer. De France, par ta voie du concours, en fut nommé directeur.

La grande Catherine fit alors les offres les plus séduisantes et Fassin pour lattirer à sa cour. Il reçut des sollicitations plus pressantes encore du prince et de la princesse d'Anhalt , qui auraient voulu l'emmener à Dessaw, et de plusieurs riches Anglais qui lui garantissaient une fortune rapide dans leur pays ; mais Fassin résista à toutes ces séductions pour rester en Belgique. Après avoir habité tour-à-tour Bruxelles et Liège, il alla se fixer à Spa.

c Parmi les illustres et riches étrangers que la saison des eaux attirait dans ce bourg, c'était à qui obtiendrait le premier une pastorale du peintre , mais cet empressement,, ainsi que l'observe judicieusement M. Van Hulst , dont nous empruntons les paroles, favorable au rétablissement de la fortune de Fassin , nuisit un peu au fini de ses compositions, surtout dans les détails des figures humaines , dont il animait ses paysages avec une délicatesse de choix , qui rappelle parfois la manière du Poussin. C'est ce qui fait aussi qu'il y a beaucoup plus de ses tableaux en Allemagne et en Angleterre qu'en Belgique. Le prince de Kaunitz, ministre de Vcmpcreur, obtint l'un des plus beaux» et

témoigna sa reconnaissance à l'artiste, par lenvoi d'une superbe montre enrichie de brillant. »

Les orages politiques interrompirent les travaux de Fassin. Â larrivée des troupes françaises, il fut^argé du commandement militaire du bourg de Spa , où il sut maintenir Tordre et la discipline.

c A Tëfioque de la réunion du pays de Liège à la France , dit M. Henkart dans ssi notice nécrofogiqudl sur notre artiste , il rentra pour toujours dans le seii' de sa patrie : cest aussi l'époque de ses meilleurs oi vrages. Ils plaisent aui connaisseurs par un faire facil un dessin correct , un coloris naturel et pur , ses coi positions originales sont riches et variées; ses copies Bot h , de Berghem , etc. , trompent les plus habiles ce sont des chefs-d'œuvre. Ces grands maîtres eussent éd fiers sans doute de le reconnaître pour leur élève : peu être lui eussent-ils ordonné de s'en fier davantage à soi talent et de s'élever seul de ses propres ailes. » -

ajamais artiste, dit M. Henkart, ne fut plus spirituel, plus aimable. A 80 ans ^ il n avait pas abandonné ses pinceaux , il jouissait de toute la vivacité de son espril, de toute sa mémoire ; il racontait toutes les anecdotes d'un siècle , avec cet art qui sait les rajeunir. •

Fassin , qui avait toujours joui d'une excellente santé, mourut presque subitement, le 21 janvier 1811, à Liège , à l'âge de 83 ans.

M. Henkart, son intime ami, a publié sa notice nécrologique qui se trouve dans les Lmsirs de trois amis. M. l'avocat Van Hulst a publié la Notice htographiqtte de cet artiste. Liège , 1837, in-8''. Cet opuscule est bien écrit , plein d'intérêt ; on y trouve une description des principaux tableaux de notre artiste , qui se trouvent à Liège.

H. Desoer possède , à son château de Solières ., trois paysages de Fassin. W* Kepenne , de Liège , po6S(>de aussi plusieurs tableaux et études de cet artiste. On voit

-^ 623 ^ aumi dam le cabinet de M*-' Henkart, à Liège, quatre j}astoral€s de grande dimension, et le portrait de Fassio peint par lui-même*

1812. DÈWÈZ (Laurent-Benoit), architecte limbourgeois.

En attendant rexécution du projet que nous avons

Mais , o'eii pf^m 9» <^vantagç , Tu me devines a préienc.

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^M£i^^S0^fêrip'mfi fm imatU à faire rem,

dans Fenvri de ce JetwedU^^- . — ^*^^ tarcmtectore dans sa pairie , Déwèz, passionné pour son art, yisita successivement l'Italie et la plupart des autres contrées de TEurope pour consulter, non les maîtres vivans, ni lart moderne alors également corrompu partout , mais les raonumens de l'antiquité ou* ceux qu'avait élevés le génie des Bramante, des Sarhio, des Palladio, des Santovino, des Scamozzi, des Fifjnoles et d autres grands maîtres des 16'' et l?"* siècles.

témoigna sa reconnaissance à Tartiste, par lenyoî d une superbe montre enrichie de brillann. »

Les orages politiques interrompirent les travaux de Fassin. Â larrivée des troupes françaises, il fut diargé du commandement militaire du bourg de Spa , où il sut maintenir l'ordre et la discipline.

c A Tëfioque de la réunion du pays de Liège à la

I La mort vient de nous m)«¥êr un architeâe diftingué u |par fon roétittt^tfifssi'prpfemlci iMtotiitEsixc^i dinstfon iit^ 4 1M. Laurcnt-Betioît Dc'wez, né à Rqch'ain , dans te Lim» ^ ■ Sëbs^^âtcrminiHîr carrière , fê î*^/ fevèmbre ; au ^WM^ " t

) Bigard^prèa Je^apiiçllps.^ ^^màtM9fîà^n^^ ^^ 1 t.princc de Lorraine; gouverncuF^înîVar dërPàyj-Bas. -^s^

! levé les plans des plus beaiix QonumenMntiquiça djé cecte , i^ ville & de fey lenvtroits ^ 'il Vi(f»%«cl»effi«Wte«rèWVi4|

la Syrie ,^ les tùincè'dc Palmyit^ , laffiaSdrf;viM»iflmtM<J(:^.i^ l'Angleterre & rAlleaugne«.,4haU[.icquérir de nouvelles ^'^ conuaillapccs •. vingi ans de & \Sa. furçnt confacr^i ces ^i voyages: Bientôt Te Ydi de PMuitfl% ttûoiiiff^^ltl'afchi- i ^ tedtt-; laaîsle^ fcHgieoi d^t3*^al\ près de Luxembourg, ff-^ rayant app elé pour donner le plan fénénl de leur abbaye ^-^ i n"7[u1tia"l'éTfifigêrV'àfiii dè-fe mér danr fii pïtnêYnn 1« h':^ doit plnfieurs monumens qiij fofit honneur 4 fes caleni^ ^,

Quand les arts font tous les jours des progrès nouveanoc/^ ^ dans IVncteVAelîHâfîqô^^; W»^ *ev0lf 4i'^er4|*l- } { «(tes âeMra^rufx-lQ toinb»sd9»ttaHWiM[(^^:A^%^t^l^^^ ] ^

par leurs travaux. .w.... - . ., .^ ... ^ ^ . -^^

M. l'avocat Van Hulst a publié la JSotice hiocfraphiqui de cet artiste. Liège , 1837, in-8". Cet opuscule est bien écrit , plein d'intérêt ; on j trouve une description des principaui tableaux de notre artiste , qui se trouvent à Liège.

H. Desoer possède , à son château de Solières , trois paysages de Fassin. \r'' Kepenne , de Liège , possède aussi plusieurs tableaux et études de cet artiste. On voit

au»î dam le cabinet de M*°' Ueokart » à Liège, quatre pastorales de grande dimension, et le portrait de Fassin peint par lui-même.

1812. DÈWËZ {Laurent- Benoit), architecte limhourgeois.

En attendant l'exécution du projet que nous avons formé de donner une biographie de nos architectes ce* lèbres , nous ferons une courte notice sur celui de nos artistes qui fut sans contredit le plus grand et le plus remarquable en Belgique pendant le siècle dernier.

L. B. Devrez naquit en 1731 à Rechain , village du Limbourg. L'architecture, comme la peinture et la sculpture, étaient à cette époque tombées à un degré de barbarie et de décadence digne des siècles les plus ignares. Partout de lourds enroulemens, des roccailles, des coquillages et autres omemens de mauvais goût avaient remplacé les beautés simples et sévères des Vitruve et des Palladio. Ce genre d'architecture maniéré et corrompu est connu aujourd'hui sous le nom vulgaire de style roccoco , expression basse mais caractéristique. Ce n'était pas à une telle école que pouvait se former un architecte , et le mérite de Déwèz est d'autant plus grand qu'il sut , comme Soufflât s'affranchir de règles aussi vicieuses et élever Fart de l'architecture en Belgique à un point auquel celle-ci n'avait pas en-* core atteint jusqu'alors.

Après avoir acquis les premiers principes de l'architecture dans sa patrie, Déwèz, passionné pour son art, visita successivement l'Italie et la plupart des autres contrées de l'Europe pour consulter, non les maîtres vivanSy ni l'art moderne alors également corrompu partout , mais les raonumens de l'antiquité ou^ ceux, qu'avait élevés le génie des Bramante, des Sarhio, des Palladio, des Santovino, des Scamozzi, des Fiymki et d'autres grands maîtres des IG"* et 17* siècles.

De retour dans sa pairie qu'il devait illustrer par son nom el embellir par les monumens de son génie, Déwczalla s'établir à Bruxelles en 1760. Â cette époque, Bruxelles commençait un peu à perdre sa phjsioriomie gothique et espagnole, grâce à la protection que Tarchiduc Charles accordait aux arts. Le mérite de Déwèz fut promptement connu et apprécié par ses concitoyens et par l'archiduc, qui le nomma son premier architecte. Le comte de Cobenzell, cet excellent ministre et ce grand protecteur des sciences et des arts, ne pouvait manquer d encourager un si beau talent. Grâce à sa recommandation et à celle du célèbre et savant comte de Neny, notre artiste fut employé pour la plupart des riches abbayes de la Belgique. C'est dans les monumens religieux qu'il a pu déployer le plus avantageusement ses talens. Les nombreux et importants travaux dont il fut chargé valurent promptement à Déwèz une fortune considérable et le mirent en état d'acheter les seigneuries de Steen à*Aiewo7^i et d'Onerberck, Cependant le sort ne continua pas à lui être favorable : les , états de Brabant, ayant trouvé un déficit dans la somme destinée pour la construction de la maison de force de Vilvorde, dont Déwèz avait été chargé, l'accusèrent, sans doute à tort, de malversation. Depuis lors Déwèi disgracié cessa d'être employé par les états et le gouvernement (1). Il se retira en 1778 dans le château de 5te(?n qn'il s'était bâti. Depuis, il alla demeurer au grand Bigard^ où il mourut en 1812, avec la douleur d'avoir vu démolir plusieurs des monumens magnifiques dont il avait embelli sa patrie , mais avec la réputation du plus grand architecte belge du 18* siècle et la gloire de

(1) «Dewez, écrivait en 1782 l'auteur du Voyageur dam «les Pays-Bas (ravocat Dérivai, tom. l , pag. 319), Dewei ne «travaille plus au grand regret des amateurs de l'architecture, » qui Tont vu avec douleur se retirer et cesser d*e\ercer son art. »

rëgënëratcur de cet art en Bclgicjue , gloire que la postérité lui confirmera toujours.

Nous allons parler des principaux monumcns élevés sur ses plans :

1"* La salle du dais de l'ancienne cour, aujourdhui le Musée à Bruxelles. 2"* Un château pour larchiduc à Temueren; ce château appelé château Charles fut bâti en 1765 et démoli en 1783. Il était situé au coin de la forêt à un quart de lieue nord-ouest de Ter^ vueren (1). 3" L'hôtel du conseil privé à Bruxelles. 4" Le phare d'Ostende, bâti en 1772 en forme de colonne triomphale d'ordre dorique, d'environ cent pieds de hauteuret construit entièrement en pierres de taille. 5** La maison de force de VUvorde, bâtie en 1776.

Ses monumens religieux sont : V l'église et l'ab» baye d'Orval dans le Luxembourg; on regardait ce monument superbe comme le chef-d'œuvre de Déwèz. Les bâtimens de l'abbaye étaient immenses et d'une grande beauté, et l'église décorée de riches colonnes de marbre. Voici ce que Feller dit de l'abbaye d'Orval qu'il visita en 1775, à l'époque où l'on travaillait aux nouveaux bâtimens : c L'ancien bâtiment ressemble à une ville , et le nouveau à une résidence royale; quoiqu'il ne soit pas achevé, il est aisé de voir que ce sera la plus belle abbaye du monde; l'architecture en est noble et simple. Les caves ne sont pas ce qu'il y a de moins remarquable dans ce vaste édifice. Elles répondent parfaitement à la distribution des appartemens : celles qui sont sous l'église forment une vraie église souterraine. Enfin, les trois conditions que l'institut de notre défunte société exigeait dans la construction des maisons, sont ici excellemment exécutées : êint sana , foriia, commoda. L'élégance s'y trouve jointe à ces trois qualités. La sculpture , la peinture ,

(l) L'abbé Hann, Histoire de Bruxelles , tome 2, page 231.

le marbre , les moulures et surtout un admirable travail en fer qui parait particulièrement dans le treillage du grand escalier , y sont employés avec autant de richesse que de goût. ( Itinéraire , tome 2 , page 301. Voyez aussi le Dictionnaire géographique de Feller , article Orval). > En 1793 , les Français firent sauter les bilimcns de labbaye et de l'église , après en avoir enlevé les colonnes de marbre et le grand orgue qui était magnifique. 2° L'église et l'abbaye de Gemb/oujt, existantes encore l'une et l'autre. La )>remière a été transformée en église paroissiale , et dans la seconde est établi un pensionnat de demoiselles. Les bâtimcns de l'abbaye qui sont immenses et l'église portent tous deux le caractère grandiose et magnifique que Déwèz savait imprimer à ses ouvrages. Situés sur une éminence , ils se présentaient de loin comme un palais superbe. 3* L'abbaye et l'église de Bonne^Espérance , d'une superbe construction, dont on peut juger d'après les plans qu'en a donnés M. Goefghebuer. 4*" L'église de l'abbaye de Vlierbeeck , près de Louvain , achevée en 1790. J'ignore pourquoi M. Goetghbuer n'a pas donné le plan de ce magnifique monument, digne de Tadmiration de tous les connaisseurs. Le corps de cette église forme une superbe rotonde , terminée en dôme et décorée de colonnes corinthiennes de plus de trente pieds d'élévation. Le pavé du choeur , le rond point de l'église décoré de deux grandes colonnes corinthiennes s'élevant jusqu'à la corniche de l'église et derrière lequel se voyent dans trois niches les statues de la Foi , deVEspéranceei de la Charité^le grandautel en forme de tombeau antique : toutes ces décorations sont admirables. Rien de plus imposant que la vue de l'église prise de la grande entrée. Les autres monumcns religieux , élevés par Déwèz sont : l'église et l'abbaye d'IIélissem , l'abbaye d'Affligem , dont notre artiste a restauré également l'égliso ; l'abbaye St^SIartin à

Toumaj, transformée depuis en hâteMe-vilIe; labbayc de Rolduc dans le Limbourg ; l'abbaye de Florival et les églises ci-devant collégiales à!Harlebeck en Flandre et d'Andenne. Nous ne dirons rien de particulier sur chacun de ces monumens ; il suffit d observer que tous portent l'empreinte du génie d'invention et du goût exquis de notre célèbre architecte.

• Parmi les autres constructions nombreuses, élevées sur les dessins de Déwëz , les plus remarquables sont la Salle diJt concert noble de Bruxelles et le château de Seneffe. Le premier a la forme d'une basilique antique et est soutenu par deux rangs de colonnes doriques en stuc. Ce monument se fait remarquer par le luxe et la beauté de ses décors. Le château de Seneffe , bâti en 1 760, est sans contredit le pi us beau de toute la Belgique. Il est entièrement exécuté dans le genre des anciennes vi//rB romaines et dequelques-uncs élevées par Palladio. Le château forme un carré long à deux étages, terminés en terrasse, ornés d'une ballustrade ; au centre est un avant-corps de quatre colonnes corinthiennes surmontées d'un fronton. Deux galeries ouvertes d'une grande longueur partent de droite et de gauche du grand corps de logis pour aboutir à deux charinans pavillons surmontés par des coupoles élégantes : l'un de ces pavillons sert de, logement au portier, l'autre est une chapelle ornée d'un bel autel en marbrede Gênes; toutes ces constructions sont en granit. Dans l'intérieur du château, on admire le grand salon, long de soixante pieds et pavé en marbre varié , l'escalier en acajou et dont la rampe est magnifique, un des grands salons orné de pilastres en marbre de St.-Remi, la galerie de tableaux, etc., etc. Les principaux embellissemensdu parc sont également exécutés sur les dessins deDéwèz. On peut voiries plans du château de Seneffe dans l'ouvrage de M, Goetghebtier et dans la Notice des principaux châteaux , grottes et mausolées de la Belgique, par Charles de Tyborchamps,

qui en donne de plus une description détaillée. Le château de Brngehtte dans le Hainaut est aussi une des belles constructions de Déwèz.

Voici l'inscription placée sur son tombeau , éleié dans le cimetière du Grand Bigardj canton d^Anderlecht , arrondissement de Bruxelles. Elle est précieuse en ce qu'elle renferme des choses inconnues jusqu'ici : nous nous empressons donc d'en faire part à nos lecteurs ; la voici :

Hic jacent

Doininat Laurentiuê BenedieîH» Dewez , Ex Recl}Ain Ducat. Liniburg. Gels<°^ quondam Ducis Carolî Lolharingiœ Belgii Austr. giibernatoris arrhitectus Obiit 1 noveinbris 1812,aelat. 81.

Inconnparabilis hid vir Romœ ac Neapolî sub van Vitelii Ad sommiira artis suœ pertiget apicein , quo nc^n abstante Par iDiiltum teinp«)ris in freqiientandis urbibiis acadeniicis Fuit asfliduus, ibique ac in terris vicinis antiquitalum Perlustravit monumenta , dein ardenti archilecturae Perfectionis sestuans zelo per 20 annos , Grceciaro Syriam , Egyptum , Suesiam , Daniam , Angliam , varîasque Hujufl orbis plagas peragrayit , hocce tempore à Portugalliae Rege prinius in regnu suc noroinatus est architectus. Tandem à terra evocatus aliéna reversus est in Patriam inquà post niortem adhiic vivit , nec yivere Desinet in illustribus quibus illiam ditavit ao

Decoravit arrhitecturœ inonumentis.

Et illius conjux Domina Francisca Maria Merténs Obiit anno 1812 die œtat.

Nec non eorum fiiii et posteri R. J. P.

Notice extraite du Messager des arts et sdences de Gand.

1812. ll^Cm^EX^ {Jean-Frédérir- Auguste), dune famille de peintres distingués, naquit à Maestricht le

9 niars 1750, fit ses premières études près de soti frère (Jean-Henri-Guillaume) et se rendit à Cassel pour se perfectionner à l'école de son oncle (Jean-Henri)« Par la protection généreuse du prince de Waldeck, il se vit en état d'aller» pendant sept ans. fréquenter les écoles de France et d'Italie. Le nom de sa famille étant déjà connu à la cour de Naples, la reine se fit peindre par lui et le chargea d aller à Vienne remettre à sa mère, Timpératrice Marie-Thérèse » le portrait qu'il avait fait. Revenu près de son protecteur, le prince de Waldeck, il fut nommé peintre de sa cour, avec le titre de conseiller. II passa plus tard en Hol* lande. Il se trouvait en 1795 , à Dessau, et en 1800, il fut nommé professeur et directeur de TEcole des Beaui-Ârts à Leipsig. Il mourut à Hejdelberg le 21 juin 1812. Ses portraits sont très^recherchés*

1813. GKÈTKÏ{André-EmeH-3Iodeâiel néà Liège, le 1 1 février 1 741 , reçut le jour d'un musicien pauvre, qui était violoniste à la collégiale de St.-^Denis. Une constitution faible, que divers accidens graves ébranlèrent encore, semblait le rendre peu propre au travail , et ne lui promettre qu'une existence courte et valétudinaire; cependant il vécut longtemps, fut rarement malade, et produisit un grand nombre d'ouvrages.

Dans son enfance , on ne connaissait guère d'autre éducation musicale que celle qu on recevait dans les maîtrises de cathédrales; aussi fut-il placé à la collé* giale comme enfant de chœur, à l'âge de six ans. Cette condition était fort pénible autrefois , parce que les maîtres de musique, nourris dans le préjugé d'une éducation despotique, croyaient ne pouvoir user de trop de sévérité envers leurs élèves ; dans la maîtrise de Liège , l'existence d'un enfant de chœur était un supplice continuel.

Une dureté excessive et déraisonnable de la part des

maîtres n'est pas propre à hâter les progrès des élèves; il ne faut donc pa9 s'étonner ai ceux de Grétiy furent bien lents. On le crut incapable d apprendre la musique , et son. père fut obligé de le retirer de la maîtrise pour le codifier aux soinsd'un professeur habile, nommé Leclerc , qui fut depliis maître de musique à la cathédrale de Strasbpùrg. Celui-ci, aussi doux que le premier était brutal , rendit bientôt Grétrj bon lecteur. Mais larriTée à Uége d'une troupe de chanteurs italiens qui jouait les opéras de Pergolise, de Baranello , etc. , fut Tévènement qui contribua le plus à développer en lui l'instinct de la musique; c'est en assistant aux représentations de ces ouvrages, qu'il prit un goût passionné pour l'art dans lequel il a'est fait ensuite une grande réputation.

Comme tous ceux que la nature a destinés à être compositeurs, Grétry commença à écrire presque dans l'enfance , et sans avoir les premiers éléroens de la composition. Ses premiers ouvrages, furent un motet à quatre voix « et une espèce de fugue instrumentale qu'il fit en suivant pas à pas une autre fugue dont il retourna le sujet. Ces premières productions parurent des merveilles aux amis de sa famille ; mais le fruit le plus avantageux qu'il en retira , fut qu'on sentit la nécessités de lui donner un maître d'harmonie. Renekin, organiste de la coUégiale, lui en enseigna les principes, et peu de temps après le maître de chapelle de St.- Paul , Horeau » commença à lui donner des leçoiis de contrepoint. Mais déjà il était trop tard pour qu'il pût donner à ses études l'attention nécessaire ; la fermentation de son imagination y mettait un obstacle inirincible. c Je n eus pas assex de patience pour m'en tenir là mes leçons de. composition» dit-il ;j'airais mille idées 1 de uusique dans la tête , et le besoin d'en faire usage •était trop vif pour que je pusse y résister. Je fis sii » symphonies ; elles furent exécutées dans notre Yille

tavec succès. » (Essais sur la musique, t. 1*^ , p. â3)i Cette histoire est celle de tous les musiciens qui ont entrepris l'étude de leur art dans Tâge des passions, et lorsque le besoin de produire se fait déjà sentir ; elle explique* les causes de l'ignorance, où Grétry est resté toute sa vie , des procédés de l'art d'écrire la musiquci et son peu d'aptitude à s'en instruire.

Un chanoine de la cathédrale de Liège avait sug-> ^ëré au jeune compositeur la pensée d'aller à Rome* Le désir d'étudier n'était pas le motif le plus puissant pour l'engager à faire ce vojage. L'attrait d'un pajs nouveau , le besoin de mouvement et d'agiiation qu'on éprouve à dix-huit ans , et la persuasion qu'on est appelé à de hautes destinées , occupent surtout à cet âge* Quoiqu'il en soit, il fallait, pour entreprendre ce voyage , obtenir des secours du chapitre de Liège « car les parens de Grétry n'étaient pas riches. Une messe qu'il fit exécuter décida les chanoines à lui accorder ce qu'il désirait , et il partit en 1750, pour la capitale fin moiide chrétien. Arrivé à Rome, il fit choix de Ca-» sali pour maître de contrepoint , et étudia pendant quatre ou cinq ans sous la direction de ce professeur distingué , dont il ne parait pas avoir apprécié le mérite. Sa manière d'écrire l'harmonie dans ses opéras, et son embarras visible lorsqu'il parle de cette science dans ses Essais sur la musique , prouvent que son tem[» fut assez mal employé. Ce n'était pas à être har-* moniste qu'il était destiné : son génie le portait surtout à la musiqne dramatique et à l'expression des paroles*

Il avait composé quelques scènes italiennes et des symphonies qui furent entendues avec plaisir , et qui lui procurèrent un engagement pour le petit théâtre d'Aliberti , à Rome. L'intermède qu'il écrivit était intitulé : Le Vendemiatrice : il fut bien accueilli par le public romain. Ce premier essai était de bon augure i

rt présageait au jeune musicien les succès qu'il a obtenus depuis. Ce fut peu de temps après que le hasstrd lui fit connaître le genre qu'il était appelé à traiter. Un secrétaire de la légation française lui avait prêté la partition de Bose et Colas. Charmé par la musique naturelle et gracieuse de Monsignj , et par le genre de l'ouvrage, Grétry sentit tout-à-coup sa véritable vocation : il s'éprit de passion pour lopéra comique français : Paris pouvait seul lui offrir les moyens d'ulîliser le talent qu'il tenait de la nature , il le comprit et partit de Rome avec d'heureux presscnliroens.

Grétry quitta l'Italie au mois de janvier 1767, aprè» y avoir passé neuf ans, et se dirigea sur Genève. 11 s'y arrêta dans l'intention de voir Voltaire et d'en obtenir un poème d'opéra comique. Quoique bien accueilli par ce grand homme, il n'en eut qu'une promesse vague pour un temps éloigné. Il y avait alors à Genève un opéra comique français, Grétry voulut y essayer son talent pour ce genre , et refit la musique d'Isabelle et Gertrue/e. L'ouvrage fut joué avec succès et eût six représentations, ce qui est beaucoup pour une petite ville comme était alors Genève. La nécessité de pourvoir à son existence l'obligeait à donner des leçons ; les femmes les plus distinguées de la ville Toulurent l'avoir pour maître , en sorte qu'il jouissait d'une certaine aisance. Mais près d'une année s'était écoulée sans aucun résultat pour sa gloire ; il avait vingt-huit ans et n'était pas connu : Voltaire lui conseilla d'aller directement au but et de se rendre à Paris , seul endroit , disait-il , où l'on peut aller promptement à l'immortalité. Il suivit ce conseil et arriva bientôt dans la grande ville, plein d'espérances et d'illusions qui ne tardèrent pas à être dissipées.

Ce qu'il y a de plus difficile pour un musicien qui veut travailler pour le théâtre • et qui n'est pas connu , c'est d'inspirer assez de confiance à quelque poète pour

qu'il consente à hasarder le sort d'une pièce entre ses mains. Près de deui années furent perdues par Grélry en sollicitations infructueuses. Enfin du Rozay , dont le nom était aussi ignoré que le sien , écrivit pour lui leg Mariages Samnites, ouvrage en trois actes, destiné à la comédie italienne , mais qu'on trouva d'un genre trop noble pour ce spectacle ; et qu'on fut obligé d arranger pour l'opéra. Après bien des délais, on indiqua la première représentation, t C'est ici , dit le •compositeur, qu'il faudrait une plume exercée pour •décrire ce que j'entrevis de fâcbeui sur la mine des •musiciens rassemblés , un froid glacial régnait par-

• tout : si je voulais , pendant l'exécution , ranimer de

• ma voix ou de mes gestes cette masse indolente « •j'entendais rire à mes câtés et l'on ne m'écoutait •pas. > Ce fut encore pis le soir oii la cour s'était rassemblée cbez le prince de Conti pour entendre l'ouvrage avec l'orchestre; tout alla au plus mal, et chacun sortit persuadé que Grétrj n'était point appelé à faire de la musique dramatique. Heureusement le comte de Creutz , envoyé^ de Suède , ne partagea pas l'opinion générale : il prit l'auteur des Mariages Samnite» sous sa protection et obtint de Marmontel, qu'il lui confiât la [jetite comédie du Huron. La pièce , représentée le 20 août 1768 , alla aux nues. La mélodie des airs du Huron est agéable et facile , et déjà l'on y remarque le talent naturel de l'auteur pour l'expression des paroles ; mais le peu d'élégance des formes musicales y est d'autant plus frappant que ce musicien arrivait d'Italie, où il avait passé près de dix ans, à l'époque où Piccini, Jomelli , Alajo et Galuppi produisaient des modèles de perfection en ce genre. On ne vit peut*ètre pas alors tout ce que Grétry pourrait faire par la suite ; maison put juger de ce qui lui manquerait toujours.

Quelques mois après le Buron, parut Lucie , où l'on trouve un i[naiuov (Où peut-^n être mieux quau sein de

9a fhmille 9) que tout le monde connaît * et qui est le geul morceau qu'on ait retenu. Mais le Tableau Por^ tant, qui fut donné presque dans le même temps(1769), plaça dès ce moment Grétry au rang des meilleurs compositeurs français. Cet ouvrage a survécu aux diverses révolutions que la musique a éprouvées. Malgré les conditions désavantageuses de la comédie Ijrique, où les airs se succèdent rapidement , et dans laquelle la même scène en contient même plusieurs , malgré l'instrumentation faible et les formes vieilles de cette pièce , on l'écoute encore avec plaisir parce que les mélodies en sont charmantes, naturelles, expressives* Rien de plus gracieux que le cantabile du duo de Colombine et de Pierrot ; ce morceau serait ud chef* d'œuvre , si la modulation en était plus variée, et si Grétry n'avait maladroitement parcouru deux fois la même série de tons , au lieu de transporter la réponse du motif principal à la dominante.

Trois opéras » Sylvain ^ kë Deux Avares et F Amitié à répreuve « furent composés par Grêtry dans lannée 1770. On a beaucoup vanté le premier , dans sa nou-» veauté; le duo i Dans le sein d'un père^ a eu surtout grand nombre d'admirateurs i néanmoins cet ouTrage m'a toujours paru languissant et l'un des moins remar* quables de rauleur.« Le duo même, quoiqu'on y trouve une belle phrase , manque de plan et n'est pas écrit dans les limites naturelles des voix. Le Sylvain est une des compositions de Grétrj qui ont le plus yieilli ; il a disparu du théâtre depuis quelques années , et tout porte à croire qu'il n'y sera pins entendu. On ne joue plqs les Deux Avares, paroe que le genre de la pièce n'est plus h la mode ; mais on y trouve un duo du meilleur comique , c'est celui : Prendre ainsi cet or , ces bijoux^ un chœur de janissaires excellent (^/çru'iV est bon , qu'il est divin) , et plusieurs autres morceaux agréables. Y! Amitié à Cépreuve n'a point réussi ; uéan*

moins la musique en est fort bonne : c'est un des ou* vràges les mieux écrits de l'auteur.

Le succès de Zémire et Azor, qu'on joua dans Tautomne de 1771, fut éclatant; Vimagination de Grétry s'j montra dans toute sa fraîcheur; jamais il n'avait été plus riche de motifs heureux que dans cet opéra. Rien de plus piquant que l'air : Les Esprit» dont an nous fait peur; rien de plus suave que le rondo: Du moment quon aime, etc. Malgré les transformations de certaines parties de la musique, de pareilles inspirations ne peuvent cesser d'être belles ni d'intéresser les artistes sans préjugés. Il y a aussi une multitude de phrases charmantes dans l'Ami de la Maison : c'est un tour de force que d'avoir pu intéresser par la musique dans une comédie aussi froide, aussi longue. En voulant répéter eette pièce de défi dans le Magnifique, Grétry fut moins heureux. On a donné souvent des éloges à la scène de la fose, ce qui n'empêche pas cette scène d'être longue et ennuyeuse. Il n'en est pas de même de La Rosière de SaJency , qui fut jouée en 1774; là, tout est frais, élégant, dramatique. On connaît l'air: Ma Barque légère; Touvrage fourmille de jolis traits qui ne le cèdent pas à celui-là. La Fausse Magie est une des mauvaises pièces que Marmontel a écrites pour Grétry. Il s'en attribuait tout le succès , et ne s'apercevait pas qu'elles ne devaient leur existence qu'à la musique. C'est l'esprit du musicien qui a soutenu La Fausse Magie et non celui du poète. Que de fois on est retourné entendre le duo : Quoi! c*est vous quelle pré^ fere! Sans ee duo et quelques jolis motifs, personne n'aurait eu le courage de voir la pièce.

Grétry n'était pas né pour la tragédie lyrique. Il ne manquait cependant pas de force d'expression; mais il ne pouvait soutenir un ton élevé pendant trois ou cinq actes. CépheUe et Procris, qu'il donna au mois de mai 1775, Andromaque, joué en 1780, Afpasiect Denys-

le^Tyran, tous représentés sans succès à l'Opéra, en sont la preuve. Le duo : Donne-lcb-nioi danê nosadkum. est cependant célèbre; on y trouve plusieurs belles phrases, mais le morceau est mal disposé pour les troix et généralement mal écrit. D'ailleurs ce n'est point assez qu'un duo dans un opéra en trois actes.

La renommée de Grétry s'augmentait'à chaque production de sa plume; L» Jugement de Midas (1778), l Amant Jaloux (même année), Les Êvènemens mprévus (1779), Aucassin et Nicolette (même année), [Épreuve Villageoise (1784), et surtout Hichard Cœur^ de-Lion (1785) mirent le comble à sa gloire, et dès-lors il n eut plus de rivaui en France pour l'opéra comique. Ces ouvrages sont si connus qu'il est inutile de s'étendre sur leur mérite. Quant aux défauts que les musiciens peuvent y trouver , ils prennent en partie leur source dans le goqt français de l'époque où leur auteur ëcri* yait| et dans les moyens d'exécution dont il pouvait disposer. La Caravane du Caire ^ Panurge et Anacràon oAezPo/ycra(6, introduisirent à l'Opéra le genre de demi-caractère , et même le genre bouffe , car Panurge n'est qu'un opéra bouffon. Grétry était plus apte à traiter ces deux styles que celui de la tragédie ; aussi réussit-il complètement. Peu d'ouvrages ont été jpués aussi souvent que ceux qui viennent d'être nom* mes; /^ Caravane a été longtemps la ressource des administrateurs de l'Opéra.

Au milieu des succès dont l'auteur de tant de productions voyait couronner ses travaux, un nouveau genre de musique, créé par Méhul et par Chérubini, s'était introduit sur la scène de l'Opéra-Gomique. Cette musique, plus forte d'harmonie, plus riche d'instrumentation , et beaucoup plus énergique que celle de Grétry, devint tout-à-coup à la mode au commencement de la révolution, et fit oublier pendant plusieurs années le Tableau Parlant ^ Y Amant Jalotix et La

Fausse Magie. Il n'y a point d'auteur qui se résigne de bonne grâce à l'oubli du public : Grétry fut trèssensible à cette sorte de disgrâce , à laquelle il n'était pas préparé. Il n'aimait pas la musique nouvelle, mais il regrettait que des études plus fortes ne l'eussent point mis en état de lutter avec ses nouveaux adversaires : toutefois, comme on ne se rend jamais justice sur ce qui touche l'amour -propre, il ne se considéra pas comme vaincu , et il voulut rentrer dans la carrière en imitant, autant qu'il le pouvait, un genre qu'il dédaignait au fond de lame. C'est à ses efforts pour y parvenir qu'on dut Pierrette' Grand, Lisbeth, Guillaume Tell et Elisca. Quoiqu'on retrouve dans ces ouvrages des traces de son ancienne manière , on aperçoit facilement le tourment qu'il se donne pour être autre que la nature ne l'avait fait. Les mélodies de ces produc* tiens n'ont plus l'abandon , le naturel ni la verve qui distinguaient les œuvres de la jeunesse de Grétry; en un mot, il n'est plus qu'imitateur timide au lieu d'inventeur qu'il était.

La musique de Grétry était presque abandonnée , lorsque le célèbre acteur EUeviou entreprit de la remettre à la mode, et de la substituer aux grandes conceptions harmoniques alors en vogue , qui n'étaient pas de nature à faire briller ses facultés personnelles. Le talent dont il fit preuve dans Richard, dans VAmi de la Maison, dans Le Tableau Parlant, et dans Zémire et Azor fut tel, que l'on ne voulut plus voir que ces ouvrages, qui étaient neufs pour une partie du public. Depuis lors les œuvres de Grétry n'ont cessé de plaire au public français jusqu'à la nouvelle révolution qui, dans ces derniers temps, s'est opérée dans la musique dramatique. Les effets de celle-ci ont été d'accoutumer les spectateurs à des riches effets d'harmonie et d'instrumentation et conséquemment de les rendre plus cxigeans sous ces rapports. Rien ne pouvait nuire da-

— 638 — ^ vantage à la musique de Grétry ; car ces parties de l'art musical sont précisément le côté faible de ses oarrages. Le dédain qu'on affecte aujourd'hui pour les prodoc* tionsd'un homme de génie qui s'est illustré par de belles mélodies et par l'expression des paroles n'en est pas moins injuste. Au reste, Grétry attachait si peu d'im* poriance à l'instrumentation de ses ouvrages, qu'il en chargeait ordinairement quelqu'un de ses amis. L'Orchestre de ses vingt derniers opéras a été écrit par M. Panseron, père.

Matroco, Colinette à la cour, tEmbarraê des richesses, Le Comte d'Aihert et sa Sniîe, Le Rival Con-fident. Les Méprises par ressemblance^ Le Prisonnier Anglais, Amphitryon, et plusieurs autresT opéras, n'ont pas été mentionnés dans leur ordre chronologique parce que, si Ion y trouve quelquefois le musicien spirituel, si même ces partitions contiennent quelques airs remarquables, ils n'ont cependant rien ajouté à la réputation de leur auteur.

On a vu que la musique de Grétry brille surtout par le chant et par l'expression des paroles; malheureuse* ment toute qualité exagécée peut devenir un défaut : c'est ce qui a lieu dans les productions de €e musicien original. En s'oocupant trop des détails, il négligeait l'effet des masses; delà vient que sa musique, bonne pour les Français, n'a pas réussi chez les étrangers. Les observations minutieuses qu'il a faites sur ses propres ouvrages, dans ses Essais sur la musique^ prouvent qu'il était bien moins préoccupé des formes musicales que du soin de rendre avec justesse un mot qui lui pa* raissait important. On en peut juger par ce qu'il dit d'un air de F Amant Jaloux, t L'endroit qui me paraît »le mieux saisi dans l'air suivant : Plus de sceur, phts 1 de frère, est la suspension après ces vers :

«Mais si quelque confidente,

nMnlicîeiise, impertinente,

i) Cherchait à trumpcr mon attente...

iLeâ deux notes suivantes que fait l'orchestre en tmontant par semUtons, expriment la mine que fait >Lopea; : j'aurais pu lui faire chanter ces deux notes sur » une exclamation » Oh ! mais le silence est plus élotquent. » Méhul disait avec justesse , en parlant de ces détails, que c'est de l'esprit, mais que ce n'est pas la musique. On a dit spirituellement de Grétry que c'est un homme qui fait les portraits ressemblans mais qui ne sait pas peindre. Ce qui a pu contribuer à empêcher ce compositeur de suivre les progrès de Vart dans l'effet musical , c'est le dédain qu'il avait pour toute autre musique que la sienne, dédain qu'il ne prenait même pas la peine de dissimuler. Un de ses amis entrait ches lui en fredonnant un motif, t Qu'est-ce que cela? de« «manda-'t-il. — C'est lui, répondit son ami, un rondo de icet opéra que nous avons vu l'autre jour dans votre » loge. *-** Ah ! oui je m'en souviens ; ce jour où nous «sommes arrivés trop tôt à Richard ! • Il s'agissait d'un desmeilleursou vragesdu répertoire der0péra4]k>mique. L'excès de son amour^propre et ses opinions sur les ouvres des autres musiciens prenaient leur source dans sa manière absolue de concevoir la musique drama-» tique. Le savoir profond dans l'art d'écrire , la pureté de stjle , la qualité des idées mélodiques , abstraction faite de l'expression dramatique , enfin le coloris musical, n'étaient rien pour lui. On dissertait un jour, au foyer de l'Opéra^Comique , sur les instrumens qui pro« duisent le plus d'effet et en général sur les moyens d'exciter de fortes émotions par la musique de théâtre. Plusieurs compositeurs distingués assistaient à cette discussion ; chacun proposait ses vues et disait son mot ; les opinions étaient partagées, c Messieurs, dit l'auteur >de r Amant Jaloux, je connais quelque chose qui fait • plus d'effet que tout cela.— Quoi donc?— La vérité. • Ce mot peint Grétry d'un seul trait; il est rempli de justesse ; mais celui qui le disait ne voyait pas que la

vérité dans les arts est suceptible d'une multitude de nuances, et que pour être vrai il faut être coloriste autant que dessinateur; il n'était donc pas inutile de chercher à augmenter l'effet des couleurs musicales.

On connaît quelques mots de Grétrj qui indiquent de la finesse dans Tesprit, il aimait à en dire, mais ses saillies manquaient quelquefois de justesse. Par exemple, interrogé par Napoléon sur la diflO^rencc qu'il trouvait entre Mozart et Cimarosa, il répondit : cCimarosa met la statue sur le théâtre, et le piédestal » dans l'orchestre; au lieu que Mozart met la statue dans •l'orchestre et le piédestal sur le théâtre. » On ne sait ce que cela veut dire. Il faut que la statue et le piédestal ne soient point séparés. Grétry, qui n'était pai assez musicien pour concevoir la mélodie et les parties d'accompagnement d'un seul jet, séparait toujours deux choses qui ne doivent en faire qu'une. Nul doute qu'il n'ait voulu dire que l'instrumentation de Mozart l'emporte sur ses chants et sur l'expression dramatique : mais il se trompait. Il ne comprenait pas cette musique trop forte pour lui, et n'était pas plus avancé à cet égard que le public de son temps. Malgré ses prétentions à l'esprit, sa conversation était plus fatiguante qu'agréable, parce qu'elle n'avait et ne pouvait avoir que lui ou ses o^ivrages pour objet. Il y revenait sans cesse , et l'habitude qu'il avait de vivre entouré d'amateurs passionnés de sa musique , qui nh l'entretenaieut que de chose dont son amour-propre était flatté, lui rendait tout autre entretien insupportable. Bien qu il attachât beaucoup d'importance à sa qualité d'écrivain, son ignorance en ce qui coTicerne l'histoire, la littérature et le mécanisme du style, était complète. En 1789, il publia à Paris un volume in*8*, sous le titre de : JUémoires ou Essais sur la musique. Ce volume contenait l'histoire de sa vie et celle des ouvrages qu'il avait fait représenter jusqu'alors. En 1797 (an V), il

obtint flu gouvernetxlcnt français la réimpression gra* tuite, à riinprimerie nationale, de cet ouvrage, auquel il joignit deux nouveaux volumes. On a dit avec justesse que Grétry aurait dû appeler son livre Essais sur mn musique; il n j parle en effet que de ses opéras. Quoiqu'il en soit, Grétl'j n'a point écrit les Irois volumes qui portent son nom; il n'en a jeté que les idées in- Torroes sur le papier : ce fut un de ses amis, nommé Legrand, ancien professeur au collège du Plessis, qui leur donna la forme qu'ils ont aujourd'hui. Le premier volume , qui contient la partie historique de la vie et des ouvrages de Grétry, est le plus intéressant. Les autres ne renferment que de longues et' faibles dissertations sur une métaphysique de l'art dont les musiciens ne sauraient rien tirer d'utile. M. Hees, professeur de musique à Bruxelles ,a donné une nouvelle édition des Mémoires de Grétry , avec des noies , Bruxelles, 1829, 3 vol. in*18. En 1802 (an X), Grétry a publié une Méthode simple pour apprendre à préluder en peu de temps avec toutes les ressources de t harmonie (Paris, de l'imprimerie de la républiqtre ,. in-8'' de 95 pages)* Çjà livre est celui d'un écolier, et démontre la profonde ignorance de l'auteur sur la matière qu*il voulait traiter. Il lui prit aussi fantaisie d'écrire vers le même temps un livre qu'il publia sous le titre de La. Vérité, ou ce que nous fûmes, ce que nous sommées , ce que nous devrions être (Paris, 1802, 3 vol. in-8").'Il avait cru s'y montrer profondément versé dans les sciences politiques; mais on a dit avec justesse qu'il y a justifié le proverbe : Ne sutor ultra crepidam. Ayant renoncé à la musique dans ses dernières années, il ne s'en occupait plus que d'une manière spéculative, et avait consigné ses réflexions sur cet art ainsi que sur beau-, coup d'autres objets dans un ouvrage auquel il donnait le titre de Réflexions d'un solitaire. Deux ans avant sa mort, il en avait annoncé la publication prochaine

à un de ses amis, et assurait qu'il tniTaillait au sixième volume* Soit qu'on n'ait point retrouvé son .manuscril, soit que , soigneux de sa gloire , ses amis l'aient condamné à l'oubli, ce livre n'a point paru.

Des honneurs de tout genre ont été accordés à Grétrr, même pendant sa vie. Dès l'anhée 178ô, la ville de Paris avait donné son nom à l'une des rues qui ayoi* sinent le Théâtre Italien , et oe nom lui est resté. Son bqste fut placé vers le même temps au grand foyer de rOpéra. Le comte de Livrj lui fit ériger vers 1809 une statue en marbre qui a été placée sous le vestibule da théâtre de l'Opéra-Comique. Son portrait fut graté en 1776, et copié plusieurs fois. Plus tard, M. Isabej dessina de nouveau un portrait fort ressemblant de ce compositeur célèbre, qui fut gravé par Simon; enfin « un autre portrait fut lithographie par M. Maurin , en 1829, d'après celui qui avait été peint par Robert Lefèvre pour la salle d'assemblée de rOpéra-^Coraiquef et fut publié dans la deuxième livraison de la Galerie des musiciens avec une notice par l'auteur de ce dic^ tionnaire. A l'âge de vingt-six ans, Grétrj fat admis dans l'Académie des philharmoniques de Bologne. Lors de la formation de l'Institut, en 1796, on le choisit pour remplir une des trois places de composi* teur dans la section de musique de la classe des beaux* arts. Plus tard il fut nommé correspondant de la Société d'Êm*uIation de Liège , membre de TAcadémie de musique de Stockholm , et de plusieurs autres sociétés savantes* Le prince-évéque de Liège lui a^ait donné le titre de conseiller intime en 1784; une place de censeur rojal pour la musique lui fut accordée yen le même temps, et à plusieurs époques il fut membre du jury de l'Opéra. Ayant été nommée en 1795, ins-* pecteur de renseignement au Conservatoire de musique^ il en remplit d'abord les fonctions ; mais au bout de quelques mois le besoin de recouvrer sa liberté hii fit

demander sa démission. Napoléon lui accorda la déco' ration delà Légion-d'Honneur à la création de cet ordre.

Recherché par quelques hommes puissans de Tan-* cienne cour^ il en fut comblé de bienfaits. En 1782, il lui avait été accordé une pension de mille francs sur la caisse de l'Opéra; le roi lui en donna une autre de mille écus, vers le même temp, et la comédie italienne le mit au nombre de ses pensionnaires en 1 786. A ce» revenus assez considérables se joignait le produit de diverses sommes qu'il avait placées sur l'état: la révolution de 1789 détruisit l'édifice de sa fortune. Le succès éclatant de ses ouvrages, à l'époque où ils furent remis en scène par EUeviou , et le prodoit considérable qu'il en retirait, joint à une pension de quatre mille francs' qui lui avait été accordée par Napoléon , loi rendit l'ai* saace qu'il avait perdue, et il en jouit jusqu'à la fin de ses jours« "*

Grétry avait été marié et avait eu plusieurs enfans: l'une de ses filles, qui s'est fait connaître par la musi« que de deux petits opéras, annonçait d'heurSuses dispositions ; mais elle mourut jeune (voyez l'article suivant), et son père eut le malheur de survivre à toute sa famille.

L'acquisition de l'Ermitage de J.-J. Rousseau, à Montmorency , que Grétry avait faite , le détermina à se retirer à la campagne, et y passer la plus grande partie de ses dernières années. Il s'y plaisait et j retrouvait une gaîté qui l'abandonnait aussitôt qu'il se trouvait à Paris. Un événement funeste lui fit quitter brusquement ce séjour. Un de ses voisins , meunier de profession et au-dessus de son état par son éducation , fut assassiné dans son moulin ^ le 30 août 1811. Dès ce moment , Grrétry ne fut plus tranquille chez lui» De retour à Paris, il eut recours aui soins de la médecine pour rétablir sa santé , fort affaiblie depuis quelque temps , mais les soins de ses médecins ne firent que

prolonger ses souffrances. Il ne se dissimulait pas que sa fin approchait ; il voulut qu'au moins elle fût douce, et demanda qu'on le ramenât à l'Ermitage ; ses forces s'affaiblirent insensiblement, et il cessa de vivre le 24 septembre 1813. Les poètes et les compositeurs, les professeurs du Conservatoire de musique, et les acteurs des principaux théâtres de Paris se joignirent aux membres de l'Institut pour honorer ses funérailles; elles furent dignes de la renommée d'un tel artiste. Le 6 octobre, sa messe de requiem fut exécutée à graod orchestre à l'église St.-Roch. Le convoi parcourut une partie de^ rues de Paris , et s'arrêta devant les deui premiers théâtres lyriques avant de se rendre au cimetière de l'Est: Plusieurs discours furent prononcées sur sa tombe ; son éloge , par Mehul , ne fut pas le moins remarquable de tous ces morceaux. Le soir même, on exécuta à l'Opéra-Gomique une sorte d'apothéose qui excita une vive émotion parmi les spectateurs. Pendant plusieurs jours, on ne joua à l'Opéra et à l'Opéracomique que des ouvrages composés par Grétrj; enfin rien ne manqua aux honneurs qui lui furent aocordéâ. Déjà, dès le mois de février 1809 , la société académique des Enfans d- Apollon avait rendu hommage aux talens remarquables de ce compositeur, en le nommant l'un de ses membres. Au mois de mars suivant un concert composé seulement de morceaux de Grétrj , fut exécuté par les membres de cette société savante , et des discours furent prononcés par Guichard et pr M. Bouillj. Les détails de cette séance ont été imprimés dans une brochure de 20 pages in-4*' , sous le titre à' Hommage rendu à M. Grétry. Joachim le Breton , secrétaire de la classe des beaux-arts de l'Institut Rojal de France, lut , dans la séance publique du 1*' octobre 1814, une notice sur la vie et les ouvragps d'André-Ernest Grétrj , qui a été imprimée dans la même année , par Firmin Didot. (Paris , 1814 , in-4'

de 34 pages). Divers laulres notices ont été publiée^ dans la Biographie universelle de MM. Michaud , dans la Biographie des fiontemporains ^ publiée par MM. Arnaud de Jouy , etc., dans la Biographie univer* selle et portative des contemporains et dans plusieurs autres ouvrages du même genre ; l'auteur de ce dictionnaire en a donné une accompagnée da portrait de Grétrj et d'un fac-similé de sa notation , dans la deuxième livraison de sa Gahrie des musiciens célèbres. Paris, 1828, grand in-folio. Ândré-^Joseph Grétry» neveu du célèbre compositeur « a publié : Grétry en famille , ou anecdotes littéraires et musicales relatives à ce célèbre tomposit^eur ( Paris i 1815 » in-12). Le comte de Livrj avait fait paraître auparavant un Re^ cueil de lettres écrites à Grétry ou à son sujet, Paris , Ogier, sans date (1809) , in*8'' de 157 pages. M. Flamand (voyez ce nom), époux de la nièce Grétrj, dans le dessein d'honorer la cendre de son- illustre parent , avait offert son cœur aux magistrats de la ville de Liège; un procès fameux fut la suite de cette offre. M. Flamand, dans.un volume quia pour litre : Cause célèbre relative au procès du caur^de Grétry (Pa ris, 1 825 , in-S"*), ainsi que dans plusieurs mémoires et brochures, a rendu compte des circonstances de ce procès, et a' donné aussi Y Itinéraire historique, biographique et topographique de la vallée d'Enghein à Montmorency > précédé des mémoires de Fauteur et de l histoire complète du procès relatif au cœur de Grétry (Paris, 1826 ^ in-S**). Enfin M, FremoUe, de Bruxelles, a fait imprimer une brochure sous ce litre : Hommage auos mânes de Grétry au moment de la restitution du cœur de ce grand homme à sa patrie (Bruxelles, 1828) ^ opuscule qui contient des Réflexions historiques sur le compositeur*

Voici la liste des ouvrages de Grétry : POUR UÈGLISE.

V Messe solennelle à quatre voix, à Liège , en 1759-

2* Confiteor à quatre voùf et orchestre, à Rome, en 1792.

La bibliothèque du Conservatoire de musique de Paris possède le manuscrit autographe de cet ouvrage.

3" Six motets à deux et trois voix , à Rome , 1763 et années suivantes.

4* De profundis ( voyez les Essais sur la musique, t. l , p. 78 et 79.

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