‹ Biographie liégeoiseChapitre 3 sur 27 · VOYAGE EN EGYPTE · texte numérisé non relu

VOYAGE EN EGYPTE

Une expédition maritine et scientifique se préparait dans le port de Toulon et sur toute la côte de la Méditerranée. Quoique sa destination fut secrète , et qa elle présentât des dangers, la confiance qu'inspirait le général en cbef Bonaparte , qui la commandait, excita l'enthousiasme de la jeunesse et sembla devoir surmonter tous les obstacles. Un grand nombre d'homines célèbres dans tous les genres devaient en faire partie. On y attachait un corps de savans et d'artistes, qui au commencement, ne devait pas excéder 30 personnes , déjà désignées dans le Journal de Paris, mais qui par la suite s'éleva à plus de 150.

A la sollicitation du général du génie Caffareli Dufalga, de MM. Delacepède , BerthoUet , Fourcroy, Van Spaëndonck, et de quelques autres professeurs du Musée d'histoire naturelle de Paris , Redouté accepta , a?ec l'agrément de ses frères , l'honorable mission qu'on lui proposait , de faire partie de cette expédition scientifique et militaire dans le corps des savans et artistes, qui plus tard fut organisé sous le titre de (7ommission deê sciences et arts d Egypte.

Avant son départ « l'administration du Jardin des Plantes assura à Redouté la garantie « pendant son absence , de ses droits en qualité de peintre du Musée.

Il partit de Paris, pour se rendre à Toulon avec M. Geoffroy St. Hilaire , lun des professeurs de cet établissement; et arrivé dans ce port le 9 mai 1798, il s embarqua le 13 à bord de la frégate La Diane, destinée avec deux autres à former lavant-garde de l'armée navale.

L escadre légère croisa devant la rade de Toulon le 19; la flotte appareilla pour sortir du port, et le lendemain tout était à la voile par un yent de Nord^Ouest, grand frais; on marcha avec ordre entre les côtes de ritalie et de l'ile de Corse « et le 9 juin on entra dans le canal de Malte. Après la prise de cette place importante. Redouté y descendit avec le contre-amiral Decrès, le 13, et le 17 il reprit la mer naviguant sur Candie.

La flotte française arriva le 17 juillet devant Alexandrie et on y débarqua le 6 , sans avoir rencontré l'escadre anglaise qui était à sa recherche dans la Méditerranée.

Après le désastre de la flotte à Âbou-Qyr, Redouté partit en caravane pour se rendre à Rosette, le 26 août» avec plusieurs membres de la commission. Ils côtoyèrent la plage d'Abou-Qyr, encore couverte des débris du combat naval dans un espace de plus d'une lieue; ils furent cauonués par une barque anglaise au passage de La Madié.

A leur arrivée dans cette Tille , le général Menou, qui la coinmaridait , les invita à Taccompagner dans une reconnaissance au Delta jusqu'au lac Bourlos; il appelait celte incursion une promenade scientifique.

Ils partirent de Rosette le 10 septembre. Parmi les voyageurs, se trouvaient le général Marmont, MM. Denon, Dolomieu, Deltlle, Savignj et autres. Os nar* obèrent pendant quatre jours sans obstacle. Redouté montait un cheval ombrageux, qui s'effraya du bruit d'une manivelle d'arrosage, et l'emporta au grand galop au travers des champs et des canaux d'irrigation. Il chercha à le ramener au chemin qui borde le Nil , où la berge est élevée ; mais le cheval se cabra de nouveau et recula dans le fleuve, où ils furent précipités tous les deux. Dans ce péril évident, Redouté lâcha son portefeuille, contenant plus de 40 dessins, qui fut perdu; il aurait lui-même infailliblement péri , s'il n'eut été secouru par un soldat de l'escorte.

Un autre danger les suprit le lendemain. Ils furent attaqués par les habitans du village Schonbas^Amniers, qui se présentèrent armés et massacrèrent Joly, peintre de paysage, dont ils jetèrent le corps dans l'inondation. On marcha contre eux jusqu'à leur village qui fut détruit ; mais l'escorte étant trop faible pour les réduire, on battit en retraite sur Rosette pendant la nuit , après avoir perdu environ 20 hommes tués ou blessés; le général Menou eut un cheval tué sous lui.

De retour à Rosette , Redouté eut ordre de se rendre au Caire, où un Institut des sciences et arts venait d'être formé par le général en chef Bonaparte; et il avait été nommé dans la section desbeaux-^rts. En conséquence, tous les membres, qui en faisaient partie, quittèrent Rosette et s'embarquèrent sur un bateau couvert et armé pour remonter le Nil jusqu'au Caire , oii ils arrivèrent le 22. Us furent logés dans les maisons des bejs, tués ou fugitifs, situées dans^le quartier de Nasseriéh, qui fut ensuite nommé quartier dfvl'Inslitut.

Redouté s'occDpa aussitôt à peindre les poissons du Nil, que M. Geoffroy St. Hilaire décrivait; car leurs couleurs si variées dans leurs nuances ne peuvent pas se oonserrer par le procédé ordinaire de l'esprit de vin. Il avait beaucoup à faire dans son genre, étant le seul dessinateur d'histoire naturelle attaché à l'expédition. Il s'empressa de réparer la perte de ses premiers dessins dans le Nil. Pour augmenter sa coHection, il ébaucha tous les objets sujets à changer de couleur, ou à se détériorer dans leurs formes. Malgré tant de travaux , il s'attacha à connaître l'industrie des habitans, si peu versés dans les arts mécaniques, dont il a consigné les notes dans son journal , qui contient à ce sujet des renseignemens très-exacts et très-curieux.

Redouté faillit d'être victime de la sédition du Caire arrivée le 21 octobre. Âjant été invité ce jour-là, avec M. Rigault , peintre, à déjeûner chez le général Caffareli, quelques momensde retard lui sauvèrent la vie. Comme ils se disposaient à sj rendre , le canon d'alarme, tiré de la citadelle, annonça cette révolte; le général, au premier bruit du trouble, se rendit au quartier-général et laissa chez lui 14 membres de la commission des arts , qui furent tous massacrés.

Trois mois après cette révolte , une commission fut chargée de ser rendre aux lacs de Natron dans la Lybie , • pour y faire des recherches sur leur position géographique et sur le produit de leurs substances chimiques. Elle était composée de MM. Berthollet, Fourier, Duchanoy, Regnault et Redouté. Elle s'embafqua à Boulac le 17 janvier 1799, sur une barque armée d'une pièce de canon et montée par des marins français, pour descendre le fleuve jusqu'au village de Terrônéh, où les attendait le général Andréossy avec une escorte. £He n'y arriva que le cinquième jour après son départ, la navigation ayant été contrariée par les vents. Ce trajet se fait ordinairement dans une seule journée.

On partit de Terrônéh le 23, dans la direction à rOuest de la Ly1)ie. On entra' dans le désert , dont le chemin n'est tracé que par Fcmpreinte des pieds des chameaux et d'autres bétes de somme qui le fréquentent. Pendant cette marche dans le désert, on ne remarqua point le phénomène de cette vapeur bleuâtre et diaphane, Faisant paraître les objets à l'horizon comme dans l'eau à demi-corps , décrite par M. Monge sous le nom de mirage»

On arriva auprès des lacs après 14 jours de marche, à une distance de 10 lieues du Nil.

Redouté, placé sur une éminence près d'une ancienne ruine appelée Kars, prit une vue générale des lacs et des trois couvons chrétiens qui les environnent Le 25, les voyageurs levèrent le plan topographique des 3* et 4* lacs, qu'ils contournèrent en dessinant les bords. Pendant cette opération ils virent arriver une nombreuse caravane d'environ 100 chameaux, pour charger du natron.

Ils se dirigèrent ensuite vers les deux couvens des Syriens et celui d'Ambah-Bichoy. Les moines de ce dernier couvent, au nombre de 20 ayant le prieur à leur tête, vinrent au devant d'eux pour les complimenter et leur offrir de l'eau fraîche , dont chaque moine portait une bardaque, tandis qu'un autre moine, resté à la porte du monastère, sonnait une petite cloche pour célébrer leur arrivée. On chemina vers la porte d'entrée, qui n'était qu'un trou carré de deui pieds fermé par deux meules de granit. Le général désigna seulement quelques personnes pour visiter Tiotérieur, pendant que la caravane dressait ses tentes auprès d'une citerne d'eau douce entre les deux couvens séparés d'environ 250 toises.

Après avoir visité l'intérieur de ces deux petites forteresses avec leurs chemins de ronde et leurs créneaux pour se défendre en cas d'attaque par les Arabes, Re-

dooié prit du haut de la tour carrée, qui est le point le plus élevé» un plan géométral de toute la superficie.

Ces pieux cénobites vivent dans une grande austérité avec les aumônes des Cophtes d'Egjpte. Leur nourriture ne consiste que dans un petit pain rond plein de son et mal cuit, des œufs et quelques légumes secs, comme fèves ou lentilles, assaisonnés d'huile. La plupart sont borgnes ou boiteux , et paraissent fort malpropres.

Cependant, les voyageurs, manquant de vivres, furent obligés d'emprunter aux moines de cette grossière nourriture renfermée dans un magasin; on leur renvoya d'autres vivres en échange aussitôt le retour en Egypte.

Us partirent des couvens le 26 pour aller voir le Fleuve-sans-£au , éloigné d'environ une lieue et demie. Cest une large vallée de près de 2 lieues couverte d'un sable fin sans aucune consistance, qui fatigue beaucoup dans la marche. On y trouve une grande quantité de bois pétrifiés, ainsi que des vertèbres de gros poissons entièrement minéralisés.

On se remit en route pour se rendre au couvent de St.-Hacaire. On y arriva de nuit, et les moines, qui étaient prévenus, brûlaient des torches sur la tour pour signaler leur présence. On campa sous les murs du couvent,* et le lendemain on en visita l'intérieur, bâti dans le même genre que les premiers. II est environné de beaucoup de ruines d'autres monastères, dont le nombre, dans l'an 793, s'élevait à 163 d'après le dire des moines. Ce couvent fut reconstruit quelques siècles après par les chevaliers de St.-Jean de Jérusalem, dont on remarque en effet les croix de l'ordre sur les murs extérieurs de l'enceinte. Il est habité par une vingtaine de Cophtes, aussi malpropres et ignorans que les autres. Le supérieur a le titre d'Âbou-y, qui veut dire mon père.

Après avoir quitté ce deroier couvent, on retourna vers les bords du Nil , à travers le désert sur Benj-Saloméh. On arriva à 0mm- Dinar, non loin du Nil. On campa le long d'un canal et près d'un petit pont de pierre à trois arches à cintre-ogive. On se rendit àGvzéh, et le 29 on fut de retour au Caire.

A cette époque , le général en chef Bonaparte organisait une expédition contre la Syrie , et le 10 février il partit du Caire avec environ 13,000 hommes, laissant une faible garnison.

Redouté ne suivit pas lexpédition , ainsi que la majeure partie de ses collègues.

Il s'occupa à achever les dessins qu'il avait oom* menées dans son excursion : la Carte topoyraphique des hws Nairon; les vtie^ et plans des deux couvens des Syriens, de celui d'Ambah-Bichoy , de celui de St.-Macaire à 3 lieues de distance des deux premiers; enfin, la vue du village Beny-Saloméh dans le désert; et de celui d'Omm-Dinâr près du Nil.

Le général en chef Bonaparte , ayant été informé en Syrie qu'une expédition turque devait débarquer pendant son absence sur les côtes de l'Egypte , revint au Caire le 14 juin. En effet, 14,000 Turcs débarquèrent le 14 juillet dans la rade d'Abou-Qyr; Bonaparte marcha aussitôt sur Rosette avec 10,000 hommes, mais avant son arrivée, le général Murât, à la tête de la cavalerie seule, culbuta l'ennemi dans la mer; 10,000 Turcs furent tués ou pris, et le pacha blessé fut fait prisonnier.

Rentré au Caire le 12 août, Bonaparte projetait déjà son retour en Europe. Il fit proposer aux membres de la commission des sciences et arts, par HM. Monge et Berthollet , de visiter la haute Egypte, de rechercher surtout les ruines de Thèbes , qu'il irait les rejoindre , et qu'ensuite il négocierait pour leur retour en France. En conséquence, deux commissions furent chargées d'explorer tous les monumens d'antiquité, et leur

mission fut insérée à l ordre du jour du 14; mais le 17| la voiture de Bonaparte vint prendre clandestinement^ à 11 heures du soir, MM. Monge et Berthollet, les deux chefs de la coroiuission des arts. Quelques membres furent alarmés de ce départ mystérieux , qui annon-^ çait Fabandon de leurs collègues à leur propre destinée.

Enfin, la première commission partit du Caire le 18 , et la seconde, dont Redouté était membre, le 26. Les m ageors naviguèrent sur trois barques , dont une ar* niée, appelée la felouque TEléphantine. Ils remontèrent rapidement le fleuve jusqu'à Ântinoï, à 57 lieues du Caire, où ils arrivèrent le 30. Après avoir visité les mines, ils se rembarquèrent et passèrent devant Manfalout, et abordèrent sur le rivage de Sjouth, où ils visitèrent les grottes creusées dans la montagne.

Le 2 septembre , ils arrivèrent au village de Gaw-el-» Kibir,où sont les restes magnifiques d'un ancien temple égjptien; le 3, ils abordèrent à Âkraim sur la rive droite du Nil, où Von voit quelques ruines. Le 4, ils passèrent devant Girgé; et le 5, ils arrivèrent àKennéh^ où ils trouvèrent le général Desaix , qui préparait une expédition contre Mourad-Bej. Ce général leur témoin gna la même bienveillance qu à leurs collègues qui les avaient précédés, et leur fit payer sur sa caisse un mois d'appointemens , ressource nécessaire pour continuer leur route.

La ville de Kennéb est située sur la rive droite du Nil à 119 lieues du Caire. Elle est l'entrepôt des mar-» chandises qui arrivent à Cosseir , port de la Mer Rouge, éloigné de 4 journées de marche par les caravanes. Les Français y avaient construit un fort occupé par une garnison.

Les voyageurs quittèrent Kennéh le 6, en même temps que le général Desaix, partant avec un régiment de dromadaires, pour aller à la poursuite de Mourad- Bej, qui était descendu du côté de Beni-Souef.

La chaleur de 32 degrés était insupportable; le Nil était couvert de radeaux chargés de poteries.

Le 7, les voyageurs traversèrent les ruines de Thèbes, et ahordèrent à Luxor. Malgré leur projet de ne commencer leurs travaux qu'à partir de Syène en descendant le fleuve * ils ne purent résister à l'avide curiosité de voir l'emplacement d'une partie de la fameuse ville de Thèhes aux cent portes, éloignée du Caire d'environ 130 lieues. Ib reprirent leur route, et abordèrent le 8 à Esneh, à 11 lieues de Luxor. Le 10 , ils visitèrent les ruines d'Edfoo, à 10 lieues d'Esneh et à un quart de lieue du Nil. Le 11 , ils passèrent devant le Gibel, Silseli « ou montagne de la Chaîne, parce que l'on pré» tend que le lit du fleuve, resserré dans cet endroit, était fermé autrefois par une chaîne. Ensuite, ibtoachèrent à Coum-Ombos, et arrivèrent à Sjène, qui était le terme de leur navigation.

La ville d'Assoûan, ou Syène, est située sur la rife orientale du Nil. Sa position géographique est de 30° 34°' 29* de longitude et de 14' 5"> 25* de latitude boréale au méridien de Paris. La distance du Caire à Syène est de 174 lieues 1 toise, et en ligne droite 151 lieues 3 toises.

Syène, aux confins de TEgypte et de la Nubie, qui la sépare au Midi , n'a rien die remarquable qu'un as* pect triste et misérable. Elle est entourée d'une chaîne de rochers granitiques, qui forme la première cataracte. A environ une lieue, se trouve Vile d'Eléphantine couverte de monumens.

Le 12, les voyageurs partirent de Syène en caravane pour se rendre à l'île de Philoé, distante de deux lieues, où devait se terminer leur voyage. Pour commencer leurs travaux, ils marchèrent par un cbemin tortueux couvert de sable et de débris de pierres. L'île de Philoé est fort petite, mais très-intéressante par la beauté et le grand nombre de ses monumens égyptiens

La chaleur y était extrême; le thermomètre de Eéaumur marquait o4° à l'ombre et 36"* au soleil. La chaleur du sable depuis Thèbes jusqu'à Philoé était de 50''.

Le général BelUard» récemment arrivé à Sjèno, écrivit le 15 à M. Costaz, Vun des vojageurs, pour lui annoncer» que le général en chef Bonaparte s'était embarqué à Alexandrie le 22 août^ pour retourner en France.

Les deux commissions s*étant réunies pour travailler en commua, quittèrent Philoé dans la soirée du 15 pour regagner Sjène et terminer leurs travaux commencés dans Vile d'Eléphantine. Ils explorèrent tous les inonumens de l'antiquité, qui se trouvèrent sur leur passage en descendant le Nil. Ils campèrent plus d'un mois sur les ruines de Thèbes, et chacun s'occupa a^ec zèle de la partie qui le concernait : les architectes levaient les plans ; Redouté dessinait les bas-reliefs et les figures hiéroglyphiques.

Les deux commissions rentrèrent au Caire le 4 no- Tembre 179(>; elles furent parfaitement accueillies par le général en chef Kleber qui avait remplacé Bonaparte.

Enfin , après avoir subi un long blocus et de grandes privations dans le port d'Alexandrie, défendu par le général en chef Menou, successeur de Rleber, qui avait été assassiné par un turc fanatique, les Français furent obligés de se soumettre à leurs ennemis qui , d'après le traité d'évacuation de l'Egypte , les ramenèrent en France.

Aussitôt son retour à Paris le 8 janvier 1802, après un voyage de 3 ans, 8 mois et demi, Redouté fut nommé, comme ayant fait partie de l'Institut d'Egypte, membre associé de celui de France , et reçut une mé« daille d'argent pour lui servir de droit d'entrée aux séances.

Le 21 février^ Redouté, accompagné de plusieurs de

ses collègues, fut reçu avec distinction à la Malmaison par le premier consul Bonaparte, qui examina avec attention les dessins faits en Egypte, et promit de les faire exécuter.

Le gouvernement ayant ordonné la publication de ces travaux, Redouté fut , sous les auspices de H. Chaptal , ministre de l'intérieur, l'un des collaborateurs de ce grand ouvrage , dont le nombre de planches , grand atlas in-P*, gravées d'après ses dessins en tous genres, s'élève à 52. Ainsi, dans cette composition de 900 planches, il y aura contribué à lui seul pour plus d*un diihuitième.

Les' objets variés, qui y sont entrés, se partagent en trois parties, savoir : celle de l'histoire naturelle compte 30 poissons du Nil, 7 poissons de mer, le crocodile et la' tortue du Nil, le caméléon du désert, l'ibis et un autre oiseau; dans Celle de la botanique, 12 plantes nouvelles et champignons; dans celle des antiquités, des bas-reliefs coloriés et des vases sculptés sur les roonumens, des vases en terre cuite, un colosse de Thèbes, des sarcophages, différens fragmens et amulettes antiques, deux têtes de momies d'homme et de femme; dans fêtât moderne, plans, topographies, vues de paysage , vases de toute espèce , meubles et instrumcns modernes des habitans de l'Egypte.

Indépendamment de tous ces ouvrages parus, il reste encore à Redouté un grand nombre de dessins inédits sur l'Egypte , qu'il espère faire paraître un jour.

Les dessins originaux faits en Egypte , et surtout les poissons du Nil, ont été déposés parmi les collections de la bibliothèque du Musée d'histoire naturelle.

Redouté perdit son traitement à la chute de Napoléon, et fut par la suite le moins récompensé des membres de l'Institut d'Egypte, malgré les pénibles travaux qu'il a exécutés pour la gloire de son pays. II n a jamais été porté sur une liste de promotion pour la

décoration de la Légion d'honneur, qu'ont obtenue tous ses autres collègues.

Sur la présentation de leur honorable ami, M. de Gerlache , alors secrétaire^général de la Société d'Emulation de Liège f Redouté et son frère furent admis, dans la séance du 30 juin 1822, au nombre de ses membres correspondans , et le diplôme leur en a été expédiéle 24 février 1823.

Encore riche de zèle et de souvenirs, Redouté consacre ses loisirs à rassembler tous les matériaux nécessaires pour composer la biographie de tous les membres de l'Institut d'Egypte, dont il ne reste plus qu'un tiers de vivans. Il accompagnera cet ouvrage de dessins, vues et plans encore inédits des lieux remarquables qu'il a explorés en Egypte , dans le désert de Lybie et en Nubie. Il a conservé avec soin tous ces docuipens iotéressans pour la science et pour la gloire de ceux qui y ont contribué aux dépens de leur santé et même de leur vie pour quelques-uns.

REDOUTÉ {Jean- Jacques), aïeul des précédens, né en 1687, peintre de profession, épousa Jeanne Bouvier, née en 1682. Ils étaient tous deux d'une famille estimable de Dinant. Redouté mourut le 18 octobre 1762, et son épouse le 31 janvier 1758 : ils furent tous les deux inhumés dans Téglise des Croisiers de cette ville.

On a présumé que la famille paternelle de Redouté était issue d'anciens croisés, parce qu'on avait retrouve dans les archives de Milan, contenant les armoiries généalogiques d'anciennes familles, un blason de chevalier sous le nom de Redouté, représentant une tour surmontée d'une croix , au bas de laquelle est inscrit : Bonor eipairia. Ce qui donne de la consistance à cette conjecture , c'est que les ancêtres de Jean-Jacques Redouté, originaires de la ville de Dinant, ont été égale-

ment inhamés dans cette église , qui a été aliénée, ii Vépoque de la révolution française , et a été convertie en une tannerie.

* 1776, GEUNS (Pierre), né en 1706 à Maescyck, petite ville du pays de Liège , se rendit jeune à Paris, où il apprit l'orfèvrerie sous de grands maîtres , et se fit remarquer par l'exactitude de sa gravure sur l'argent et le cuivre. De retour dans sa patrie vers 1731 , il s'adonna entièrement à son goût pour les sciences pratiques et les arts. La géométrie, l'électricité , l'optique I l'art du tour , mais surtout les aimans artificieb faisaient alternativement l'objet de ses recherches. Les personnes les plus distinguées s'empressèrent de voir son laboratoire. Il était en relation ayec les savans de Paris et de Hollande ; mais trop d'application lui causa un épuisement, et il mourut le 6 février 1776. Parmi un gi^nd nombre d'observations faites sur les objets de ses études favorites, il n'a fait imprimer qu'un JUémoire sur la construction dss aimans artificiels , etc. Yenloo, 1768, in-l2. Ce petit livre, écrit en stjle dur et négligé , contient des choses neuves et curieuses. Ses pièces d'argenterie et de gravure , ses instnnnens de physique et d'optique^ ses tabatières, médailles, pyramides d'ivoire, etc., faites au tour, mais surtout les aimans artificiels sont encore très-recherchés des connaisseurs.

* 1777. BRAGARDE (F. /.), maître d'école à Verviers, a publié à Liège chez B. Collette : Principes de t Orthographe aveo la manière d'écrire correctement divers mots qui aïant une même ou presque semblable eitpression, ont néanmxrins une différente signification, qui se distingue par une différente orthographe. Liège , 1770, un vol. petit in-â*. Cet ouvrage contient l'un des premiers dictionnaires des homonymes français.

, — 476 — Lauteur avait aussi composé plusieurs pièces de théâtre^ que Ton jouait lors de la distribution des prix au collège de St.-BonaYenturei tenu alors par les RecoUets, à Verriers.

* 1777. HEYLEN (N.), chanoine et archiviste de labbaje de Tongerloo, est l'auteur d'un Mémoire considérable et intéressant sur les villes où les dîtes de Brabant ont fait battre monnaie aux 14" et 1 5" siècles, qui a remporté le prix en 1777, à l'Académie des sciences et belles-lettres de Bruxelles.

* 1777. JAT [N.), de Lyon, ingénieur ^ a publié un Traité sur les mines du pays de Liège ^ Namur et Limbourg.

GENNETÈ {N^, minéralogiste français; on a de lui : Connaissance des veines de houille ou de charbon de terre, et leur exploitation dans la mine; avec T origine des fontaines , et de là, des ruisseaux, des rivières et des fleuves; avec planches relatives au charbon de terre. Nancy, 1774, in -4* de 149 pages. On y trouve un état très->curieux des veines de houille qui font partie du massif de la montagne de St.-Gilles, près de Liège; il comprend 61 veines , et est plus circonstancié que celui donné par Morand.

1777. HALHERBES [dom Denis), prévôt de l'abbaye de Stavelot, professa la philosophie et la théologie dans son monastère. Il est l'auteur d'un opuscule, pour prouver la supériorité du monastère de Stavelot sur celui de Halmedy : Secundus Triumphus SU. Remacli.

* 1778. RENSU (Mathieu), né à Liège, obtint cette année , à l'âge de '2à ans , le premier prix de sculpture à Rome.

"" 1778. HENRI (Joseph), né à Diaant, remporta cette année le premier pria: d'architecture à Rome.

* 1778. CLAIRVILLE(A^.), Ullérateur, publia celte année une comédie intitulée : Les Eaux minérales de Spa,

* 1779. MORAND (A^.), docteur en médecine, minéralogiste et savant distingué', fut conseiller intime des princes* évoques d'OuItremont et de Velbruck , bibliothécaire et pensionnaire de T Académie royale des sciences , à Paris ; il mérita la reconnaissance du pays par ses grands ouvrages sur les houillères, qui lai firent obtenir le titre de bourgeois de Liège ^ dont le chevalier de Heusy , alors ministre du comte d'OuItremont, prince-évêque de Liège, à la cour de France, fut chargé de lui en remettre le diplôme. Ce même chevalier de Heusy, ainsi que MM. de Bury, père et fils, aidèrent singulièrement Morand dans ses travaux pour ce qui concerne les houillères du pays. Il a publié :

1" L*Ari d'exploiter les mines de charbon de terre. Paris, 4 vol. in-P avec planches^ et un volume de tables; 1768-73-74-76-79. Cet ouvrage renferme un traité des plus complets sur les houillères tant du pays de Liège et d'Outre-Meuse, du territoire d'Aix-la- Chapelle, du duché de Limbourg, que de tous les Pays- Bas Autrichiens, etc., etc. La législation liégeoise et limbourgeoise, en matière de houillère, y est rapportée dans son entier; il en fait Téloge et combat le jugement que Jars en a porté dans ses : Voyages métalluf' giques-, etc. , etc. , imprimés à Lyon , in-4'.

2** Catalogue raisonné d'une collection d'&ihantiUons des lits qui composent les montagnes par couches, auxquelles sont propres les charbons de terre, ainsi que des différens charbons de terre répandus parmi ces

mêmes couches. Paris, un vol. in»-P. Ce dernier ouvrage est le complément du premier.

* 1779. SAIVE (N. de), pharmacien à Liège, est Vinventeur de divers procédés chimiques, entr autres : l"" Distillation de la suie du feu de houille pour en extraire avec économie de t alcali volatil; 2** Sublimation de t alcali volatil concret de la liqueur de suie de charbon de terre; 3" Sel ammoniac (voyez Horand. Art d'exploiter les mines, 5' vol., p. 1402, 1522 et 1524. Esprit des Journaux ^ juin 1776).

* 1780. BLAlCKEY {N.), inventeur de soufflets pour être employés aux forges et fourneaux , dans lesquels il devait exécuter à Liège , le secret de fondre la mine de fer au feu de houille. Voir à ce sujet une lettre qu'il a publiée, imprimée et datée d'Amsterdam, le 20 oc« tobre 1777.

1780. WALTHÉRT {Jacques-François), né à Dison, prèsdeVerviers, le 6 mai 1733, de parens honnêtes, mais très-pauvres. Il acquit, sans le secours d'aucun maître, qu'il n'aurait pu payer, la connaissance des langues grecque, latine et hébraïque, des mathématiques, de la physique et de l'astronomie. Il fut chanoine de Tournay, professeur au collège de la dite ville, et j mourut le 1 1 mars 1780.

1780. RENEKIN {Nicolas), célèbre organiste de la collégiale de Sl.-Pierre, à Liège, naquit dans cette ville vers la fin de l'autre siècle. Il donna pendant deux ans des leçons d'harmonie à Grétry qui l'aidèrent singulièrement à développer ses talens précoces pour la musique; aussi , en fait-il le plus grand éloge dans ses Mémoires ou Essais sur la musique, tom. 1*', p. 27. Renekin, dit Grétry, était un homme qui avait beau-

coup d'esprit, de connaissances et de candeur; il avait Fart d entraîner son élève , par l'intérêt qu'il prenait lui-même à la chose; et je puis dire avec vérité, ajoute-t-il , que chaque leçon qu'il me donna pendant ces deux années, fut pour moi un divertisseaient.

* 1780. FERMIN {Philippe), médecin et voyageur , né à Maestricht. Il passa en 1 754 à Surinam , où il résida à peu près dix ans. A son retour en Europe, il séjourna quelque temps à Amsterdam , et vint ensuite se fîier dans sa patrie, oii il devint membre de la magistrature municipale. La profession qu'il avait exercée dans la colonie de Surinam lui avait fourni l'occasion de faire des observations et de recueillir des notes sur ce que ce pays offrait de curieux. 11 communiqua le résultat de son travail à des amis qui l'engagèrent à le publier ; ce qu'il fit dans les ouvrages suivans écrits en français :

1* Histoire naturelle de la Hollande équtnoxiak ou de Surinam. Amsterdam, 1765 , un vol. in-8*. Ce livre essuya beaucoup de critiques de la part des naturalistes. On reprocha à l'auteur d'avoir en quelque sorte simplement esquissé son sujet , et de n'avoir pas donné plus de détails sur un pays qu'un assez long séjour l'avait mis à même de connaître. Fermin, en homme sage, profita des critiques qui lui étaient adressées, et convint de leur justesse dans lapréface d'une nouvelle édition qu'il publia sous ce titre:

2* Description générale, historique, géographique ei physique de la colonie de Surinam, avec figures et vn9 carte topographique du pays. Amsterdam, 1760, 2 vol. in«8% traduit en allemand par F. H. W. Martini, avec des remarques. Berlin, 1775, 2 vol. in-8*, fig.

On trouve dans cette description tout ce qu'elle promet ; c'est un des meilleurs livres qui ail été publié sur les colonies. Cependant, Fermin, s'en étant rap*

porté pour quelques descriptions locales et pour les soins de l'impression^ à un de ses amis qu'il croyait plus capable que lui sur ces objets, s'aperçut, lorsqu'il n en étak plus temps, qu'il avait mal placé sa confiance. Les critiques ne l'épargnèrent pas : on lui reprocha , tout en rendant justice au mérite de éon ouvrage^ d'avoir en quelque sorte renversé le terrain. Reconnaissant la justesse de ces observations, et notamment que la partie historique demandait quelques développemens; afin de ne rien négliger de ce qui pourrait donner à son travail , le degré d'exactitude désirable , il consulta les livres hollandais qui pouvaient lui fournir des lumières^ et publia son troisième ouvrage :

3* Tableau htstortqtie et politique de Vétat ancien et actuel de la colonie de Surinam et des causes de sa dé^ cadence. Maestricht, 1778, un vol. in-8°, traduit en allemand avec quelques augmentations, par F.G.Canz- 1er, Gottîngue, 1788, in-8%

Ce tableau peut servir de suite ou de supplément à la description qu'il rectifie en plusieurs endroits. L'auteur s'y attache principalement à raconter les principaux évènemens qui ont donné naissance à la colonie, à décrire son gouvernement , et à éclairer sur les vices qui nuisaient alors à la prospérité de Surinam. U expose les moyens de prévenir la décadence de cet établissement.

4'' Traité des maladies les plus fréquentes à SuH^ nom, etc. , avec une Dissertation sur le fameux cra^ paud de Surinam, nommé Pipa, etc. Maestricht, 1764, in-S*, fig. Amsterdam, 1765, in-S"*. La dissertation a été traduite en allemand et augmentée par J. A. £. Gotze. Brunswick, 1776, in-8* , fig.

Fermin écrit purement; ce dernier ouvrage surtout est fréquemment entremêlé de réflexions exprimées avec force et concision.

1780. HUBENS {Jacques- Joseph , baron de), dojeii de l'église collégiale de St.-Martin» à Liège , célèbre en Europe pour son zèle à propager 1 adoration du St. Sacrement , mort le jour de la Fête-Dieu. Il est auteur de quelques ouvrages de piété.

* 1780. COLLOZ {dom Michel), né à Offagne, duché de Bouillon f en 1722, prieur de labbaje deBeauIieu en Argonne , habile archiviste , grand amateur d'antiquités, auteur de V Histoire monastique des Gaules, qui est précédée de savantes dissertations; il travailla aussi à Y Histoire de Metz.

1781. COLLIGNON {Jacques), célèbre missionnaire jésuite, né à Bièvre en Ardenne, en 1717, mort à Cambraj.

1783. HESWIGC {Gaspard-François, chevalier de), avocat à Liège, est l'auteur V du Tableau de téglise de Liège. Il fut jeté dans les prisons de TOfiScialité, sans avoir pu obtenir, malgré un mandatum de la chambre impériale , un défenseur, ni être jugé , pour avoir proposé à l'empereur Joseph II, une nouvelle division du diocèse de Liège. On lui attribue, 2'' Déduction des droits incontestables de la maison de IjOoz; 3** Précis des droits des comtes de léooz, pour Guill. Joseph, comte de Ia)Oz.

1783. DREPPE {Louis), né à Liège, était un bon graveur. Il fut l'élève de son père et prit pour modèle les médailles de Duvivier. On a imprimé à Liège plusieurs livres ornés de ses estampes.

ll%^.hkGa\kXE{Guillaume-Albert), né àLeerdam en 1 712, fit ses études àlltrccht, et fut nommé en 1733, prédicateur de la garnison de Namen , et en 1737, |

ministre de l'évangile à Kuilenburg, où il resta jusqu'en 1759. Vers cette époque, il fut appelé à Maestricht, et y obtint une chaire d'astronomie et de géo* graphie. Pendant les 19 ans qu'il occupa celte place, il publia plusieurs ouvrages géographiques et théologiqnes. Ceux qui ont rapport à la géographie, méritent d'être connus; ce sont :

l*" Une Description géographique de la Terre Sainte , sous ce titre , Aardryks Kundige Beschryving van het hodschs land, etc., 1765, 9 cahiers avec 12 cartes. Cet ouvrage, qui traite de tous les lieux dont il est question dans la bible, est d'un grand secours pour 1 intelligence de ce livre.

2" Une Géographie ecclésiastique: Kerkelyke géographie, etc., 1778, 5 cahiers, avec des cartes. (>i y trouve un peu moins d'exactitude que dans l'ouvrage précédent.

3" Une Topographie de la Hollande : Nieuwe géogror phie van de vereenigde Nederlanden, en plusieurs vol. , pour faire suite à la Géographie de Busching.

k" Une nouvelle édition de la Géographie de Hubner, 1769,6 vol.

Bachiène fut nommé, en 1758, membre de la société des sciences de Harlem. Il mourut en 1783 , après une longue maladie.

Son frère, Bachiène, Jean Henri, né en 1708, fut également prédicateur et ministre. 11 se distingua dans la littérature sacrée, et fut appelé successivement à Driel, Âlmelo, Âmersfort et à Utrecht. Il mourut en 1789, âgé de 81 ans. Ses ouvrages, écrits en hollandais, roulent sur la morale et la théologie.

Son fils, Bachiène, Philippe-Jean, marcha sur les traces de son père; il fut pasteur à Jutphaas, puis à Utrecht, où il enseigna aussi la théologie avec beaucoup de succès depuis 1776 jusqu'en 1797, époque de sa mort.

1783. ROœURT {Jeanne de), morte à Jehaj près de Uuj, à rage de 109 ans, ayant été baptisée à Ainaj, le 23 juin 1674. Durant cette longue carrière, il est à remarquer qu elle ne cessa de jouir d'une bonne santé jusqu'à son décès.

1783. DEMESTE {Jean) , docteur en médecine, chirurgien-major des troupes de Liège,, membre de la Société d'Emulation de la même ville, correspondant de la Société royale de médecine de Paris , fut lami de Buffon et de Valmont de Bomare; il mit dans lexerdce de sa profession un désintéressement el une noblesse qui méritent les plus grands éloges. Le zèle avec lequel il cultiva la chimie fut plus ardent qu'éclairé. Les idées bizarres, les opinions' paradoxales, les hypothèses frivoles, fourmillent dans l'ouvrage qu'il publia sous ce titre : Lsitre» au docteur Bernard sur la chimie, la docisémasie , la cristallographi» , la Uiliologie, la minéralogie et la physique en généraL Paris, 1779, 2 vol. in- 12. c En lisant ces deux volumes, dit un médecin > distingué, on trouve que l'imagination de Paracelse > était sage et peu féconde. » Demeste mourut à Liège, sa patrie, le 20 août 1783, dans sa 38* année. Sa dépouille mortelle, c'est-^-diresesos, furent réduits en verre et coulés sous la forme d'une petite urne que l'on a vue longtemps dans le cabinet de Robertson, son ami , et son compatriote.

1784. VELBRUCK {François^Charles , comte de), né le 11 juin 1719, près de Dusseldorf, était d'une aor cienne famille. N'étant encore que tréfoncier , il de* mcura longtemps à la cour de Versailles, en qualité de résident du prince-évéque de Liège. Ce séjour, dam une cour si brillante alors, ne contribua pas peu à le rendre un des hommes les plus aimables de son temps.

Elu, en 1772 f successeur du comte d'Oultremonti

Yelbraek, par sa douceur, son esprit, son amour pour son peuple, se fit chérir des Liégeois» et mérita par sa bonté le surnom A' ami de t humanité.

Il eut pour chancelier , le baron Yander Hejden de Blîsia , pour vicaire-général , le comte de Rougrave , et pour grand majeur, le comte de Horion.

Ce prince aima et encouragea les sciences et les beaux-arts : les artistes, les gens de lettres furent reçus à sa cour. Les idées philosophiques se développèrent dès lors rapidement dans tout le pajs.

Spa, sous son règne, devint le rendez-vous, ou plutôt comme le disait Joseph II , le café ds t Europe.

On lui est redevable à Liège de rétablissement de \ Académie anglaise, de celle de peinture, sculpture^ architecture, et de la Société d Emulation, dont il fut toujours le zélé protecteur. Chaque année, il venait y distribuer des médailles d or et d'argent à ceux qui s'étaient distingués dans les arts ou dans les sciences. Cest au génie de Velbruck et à cette belle institution que l'on doit ce goût si général à Liège, pour la littérature, les sciences et les beaux-arts.

Convaincu que l'éducation de la jeunesse dans toutes les classes de la société est un bien pour l'état , et une assurance de tranquillité pour le gouvernement, Velbruck établit en conséquence des écoles de charité' pour les enfans pauvres des deux sexes, où on leur enseignait la religion, la lecture et l'écriture; un cours public et gratuit de mathématiques, ainsi qu une école gratuite de dessin pour les arts mécaniques.

A tant de bienfaits, on lui doit encore divers établissemens de bienfaisance, des dépôts de mendicité, des hospices, et une école gratuite d'accouchement pour les sages-femmes. Velbruck mourut à Liège, le 30 avril 1784 , regretté de tous. On voit son buste dans la grande salle de la Société d'Emulation. Le poète

Reynier, secrétaire perpétuel de cette société, y prononça l'éloge funèbre de ce prince ; c'est une brochure de dix pages in-4''. Liège, 1785.

* 1784, DEMANY {L. J.), imprimeur à Liège, publia cette année le premier Almanach ou Tableau ecclésiastique de la ville et du diocèse de Liège.

* 1784, FRÉON (Laurent- Lambert)^ né au village du Marché sous Franchimont près de Theux, fut avocat au parlement de Paris , inspecteur-général des études à l'école militaire de Paris, membre de la Société rovale d'agriculture de cette ville. Fréon était naturaliste, agronome, publiciste. Louis XV, quoique étranger, le nomma en 1767 , conseiller au conseil souverain de File Bourbon, où il acquit une très-belle plantation. On trouve dans V Esprit des Journaux^ août 1784, une notice sur l'histoire naturelle, lagriculture et le commerce de l'ile Bourbon, extraite de quelques fi-agroens des lettres de Fréon , écrites à son parent, H. l'avocat Dethier , à Theux.

* 1784. CONINCKX , abbé, né à St.-Trond . est l'auteur d un poème intitulé : Les Quatre Parties de Fannée, ou Nouveau Poème sur les saisons. Liège, 1784. On y trouve un tableau fidèle des mœurs des Liégeois, de leurs usages et coutumes. Ce poème vraiment national est plein d'intérêt et de charmes pour tout cœur liégeois.

* 1785. ANCION (Pascal), gardien du couvent des Recollets à Verviers, lecteur en théologie, né à Fraipont, mort vers 1785, érigea des calvaires dans tout le pays de Liège et dans TArdenne. Il a publié :

1"* Instruction historique sur les principaux points qui concernent les quatorze stations du saint Chemin

de la croix, avec h9 abrégés dee huiles que les papes Benoît XIII et Benoit XIV ont accordées pour texten^ sion et la confirmation des indulgences des stations ori^ ginaires de Jérusalem. Liège, Kints, 1764, inol2.

2" Réflexions sur divers points de Morale et des Mys-^ (ères. Liège, Plomtçut, 1766, in.l2,

3** Le Chemin de la Croix divisé en XIV stations^ depuis le prétoire de Pilate jusqu'au saint Sépukhre du Sauveur, avec un cantique sur les principaux mystères de t enfance et de la vie de Jésus. Liège, PlomteTix , 1769, in- 12.

4*" Méditations divisées en XII exercices sur les XIV stations du saint Chemin de la Croix, enrichies far les souverains Pontifes de toutes les indulgences des iîations des Lieux Saints de Jérusalem, que Fon peut gagner dans les églises des PP. Récollets , ou ailleurs^ où elles sont érigées ; avec 14 belles gravures de Belling. Liège, Plomteux, 1773, in-8\

1785. CHÉRIN {ffenri- Lambert), né à Verviers le 17 mars 1731 , prit très-jeune du service en France et commença sa carrière militaire dans les gendarmes du roi. Il servit ensuite avec distinction pendant toute la guerre de sept ans en qualité de capitaine dans le régiment d'Âustrasie et en exprès sous le même grade dans le corps des chasseurs de Fischer comme aide-decamp du marquis d'Amezaga.

Il reçut de ses chefs les certificats les plus honorables pour son expérience, bravoure et bonne conduite.

Il se distingua à la prise de Minden ; et à la bataille de ce nom en 1759, il reçut un coup de sabre à la télé. A lafiaire de Wetter près Marbourg, il eut un cheval tué sous lui. Ces certificats lui furent donnés par M. de Fischer, brigadier des armées du roi, par le colonel du régiment d'Austrasie et par le marquis d'Amezaga, pièces qui sont entre les mains d'un neveu de notre

Chérin. Au commencement de Fan 1704, il quitta les armées françaises et fut offrir ses services à Charles « roi d'Espagne, duquel il reçut par lettres patentes le grade de colonel dans le régiment des gardes wallonnes. Il reçut de sa cour différentes missions comme consul à Hambourg, etc. Il s'embarqua ensuite ptfur l'Amérique, et resta en garnison à Porto Rico jusqu'au commencement de l'an 1785. Il revint en Europe, accablé d'une maladie de poitrine, et mourut peu de temps après son débarquement à Cadix, le 7 avril même année.

CHÉRIN (Mathieu), né à Vervîers, célèbre fabricant de draps de cette ville. On lui doit les draps dits aus deux poUsons, renommés dans tout l'Orient, imités et contrefaits depuis en Allemagne. La maison Kaison lui a succédé.

1 786. LO-LOOZ {le chevalier Robert de), né dans le pays de Liège en 1730, fit ses premières armes au service de Suède , où il devint colonel ; passa ensuite à celui de France, et se fixa dans ce pays, malgré les offres qui lui furent faites par d'autres puissances. Après avoir été blessé grièvement au siège de Berg-op-Zoom , il fut presqu'enseveli avec une grande partie de son détachement, dans une fougasse au chemin couvert de Maestricht; fut blessé de nouveau à l'expédition de Ham en Westphalie , et reçut la croix de St. Louis au siège de Meppen. La guerre terminée, il s'occupa de recherches sur la tactique ancienne et moderne; mais les désagremens qu'il essuya l'ayant fait renoncer à toute idée de se distinguer dans l'art de la guerre, il se livra tout entier à l'étude de la philosophie.

Lo-looz mourut à Paris le 16 avril 1786. On a de lui :

VMecherchesêurrartmilitaire.LsLHaje^ l767,in-8*.

2'Lesmilitaireê auFdelà du Gange. 1770, 2 vol. in-8%

3* Bechercke^ ^antiquités militaireê. woeo une dé^ fmse du chevalier de Folard, Paris, 1770, in-4".

4' Défense du chevalier de Folard. Bouillon, 1776 , in-8'-

S"" Recherches sur les influences solaires et lunaires, expliquées d'après Moyse et la Bible contre les systèmes de Copernic et de Newton ; sur les influences célestes du magnétisme universel^ et sur le nuynétisme animal, que l'auteur trouve pratiqué de temps immémorial à la Chine; sur T instrument dit héliopt^ inventé par de Sornaj pour donner astronomiquement la longitude en mer, par le soleil, au méridien , contre le sentiment de Lalande; enfin, sur deuof moyens, déduits de faits historiques et d'analogies physiques pour puiser, en pleine mer, de Feau douce et potable, 4 parties en 1 vol. in-8% 1788.

Les deux dernières parties sont moins systématiques parleur objet, que les deux premières traitées hjpothëtiquement et conçues dans des termes d'une métaphysique qui fait tort aux notions de physique , mêlées aux idées de cosmologie ancienne, dont l'auteur s'appuye.

* 1787. XHENEMONT (Jacques), peintre liégeois, remporta cette année, le premier prix de dessin d'après nature, à l'Académie de St.-Luc à Rome.

1787. HYCKMAN (dom Robert), religieux bénédictin de l abbaje de St. -Hubert, diocèse et pays de Liège, né à Bruxelles le 13 novembre 1720, était originaire de Bohème. Il s'appliqua avec un égal succès à îétude delà théologie, de la physique et de la médecine. 11 so fit recevoir licencié dans cette dernière science, à l'Uni- Ters^lé de Louvain en 1760, et il la pratiqua avec autant de désintéressement que de succès* 11 a laissé une prodigieuse quantité de manuscrits sur différens objets

de morale, métaphysique, politique, agronomie, et surtout de médecine.

Hjckman écrivait avec une facilité étonnante; ce qui est sans doute la cause du peu d'exactitude, de profondeur et de correction que Ton rencontre dans ses productions. Il remporta néanmoins plusieurs prix à l'Académie de Bruxelles et à celle de Munich dont il était membre honoraire.

Ce savant religieux consacra plusieurs années à faire des expériences sur l'électricité, et se forma un système particulier sur cette matière. Par des études et des réflexions profondes , il voulut essayer si la manière électrique d'agir relative aux corps, se vérifierait également, soit en détail , soit en grand ; et découvrir s'il n y avait pas une analogie harmonique entre la manière d'agir des êtres purement spirituels, et celle des êtres animées d'un principe actif.

Croyant apercevoir partout cette analogie harmo-^ nique de tous les êtres de l'univers, il s'appliqua d'abord à établir ce mécanisme universel pour tous les êtres de la nature, dans deux Mémoires sur deux questions proposées par l'Académie de Munich sur le mécanisme du tonnerre et des orages, et sur les moyens de les détourner et de s'en garantir: Ces deux mémoires de notre religieux remportèrent les prix.

Hyckman développa son système dans un grand ouvrage qu'il avait intitulé : Dissertation sur le mécanisme électrique universel de la nature, relativefnent à la physique, à la métaphysique, à la politique et à la morale, dont il publia le prospectus en 1775; mais l'ouvrage n'a point été imprimé. Il mourut dans soa abbaye de St.-Hubert , le 7 juillet 1787.

1788. DELAUNAY {le chevalier) . littérateur, p#ète, retiré à Liège , rédigeait la Gazette Anglo-Française^ Américaine qu'il fonda à Maestricht, ainsi que le Courrier de la Meuse, qu'il établit dans la même ville.

* 1788. CAMBRÊSIS (A^.)* prêtre, né à Chénëe près Liège, est l'auteur d'un Dictionnaire wallon- français.

* 1788. GRISARD (A.), pbilantrope liégeois, auteur du projet d'un hôpital général ^ dont le plan na pas été exécuté ainsi que les autres qu'il a proposés dans l'intérêt de l'humanité.

* 1788. HÉNAUT (M), de Liège, prêtre de la cathédrale, auteur d'un Dictionncdre français-liégeois, et liégeois^ français.

1788. SPIRLET {Nicolas), abbé de St. -Hubert , né au village de Soiron , duché de Limbourg , homme instruit, agronome distingué, novateur. Il sollicita, pendant dii-scpt ans, auprès des cours d'Allemagne, à l'effet d'obtenir que son abbaye fut déclarée indépeodante de l'église de Liège. Il établit à St.-Hubert, un moulin à écorce, une tannerie, une fabrique de potasse, une scierie, un haut- fourneau, une platinerie, une feiiderie, des forges, etc.; enfin un établissement de prairies artificielles et de vaches, à l'instar de ceux des Pays-Bas.

1789. AUBRY(7V.),curé de Bellevaux près Bouillon, auteur d'Observations manuscrites ^ur l'histoire et la statistique du duché de Bouillon.

1789. LYONNET (Pierre), avocat pardevant les cours de justice, interprète, maître de patentes et déchiffreur de LL. UtI. PP. , titre qu'on lit au frontispice de son Traité de la chenille, mérite de nous arrêter, parce qu'il ne s'est pas moins rendu célèbre comme naturaliste , que comme anatomiste et comme graveur. Issu d'une famille lorraine que l'intolérance religieuse avait forcé de s'expatrier, il naquit le 21 juillet 1707,

à Maeslrîcht, où son père exerçait les foQClions de pas^ leur à l'église française de Huesden. Comme on le destinait au ministère évangélique, son éducation fut dirigée dans cette Tue ; mais quand il eut à faire luimême un choix, il préféra l'étude de la jurisprudence à celle de la théologie. Après avoir pris ses grades à Utrecht, et suivi pendant quelque temps le barreau à La Haye, il obtint auprès des états-généraux des Provinces-Unies la place indiquée au commencement de cet article. Comme cette place lui donnait peu d'occupation , il employait ses loisirs à dessiner des objets naturels; c'est ainsi qu'il parvint à former un Recueil ds dessins coloriés des insectes des environs de La Haye, qui n'amalheureusementpasété publié, caron le ditadmirable.Sa première publication consista en remarques sur ces animaux dont il enrichit, en 1742, la traduction française de la Théologie des insectes de Lesser^ ouvrage dont le but est de rassembler les preuves nombreuses de la sagesse et de la puissance du créateur qu'offre cette classe d'animaux, et qui devait ainsi plaire à Lyonnet, doué d'un caractère éminemment religieux. Il y joignit môme quelques dessins de sa façon, et enrichit tellement le livre, que Réaumur le jugea digne d'être réimprimé. Paris 1745, 2 vol. in-8'. Vers la même époque , après avoir dessiné les figures de Touvrage que son ami Tremblay devait publier sur lepolyhe à bras^ il entreprit de les graver lui-même, et pour son coup d'essai , produisit les huit dernières planches , qui ne sont pas moins remarquables par leur délicatesse que par leur exactitude, et qui parurent, avec le Traité, en 1744. Un essai aussi heureux encouragea Lyonnet , qui résolut d'appliquer son nouveau talent à perpétuer ses propres observations , et qui , après bien des incertitudes, se fixa enfin à Xanatomie de la chenille qui ronge le bois du saule (phalana cossus), sujet qu'il jugea capable de lasser toute autre

— 49i — patience que la sienne. L'ouvrage qui fut le fruit de ses travaux immenses sur un animal aussi petit» a mérité d être mis au nombre des chefs-d'œuvre les plus étonnans de l'industrie humaine; mais ce qui ne l'est pas moins, et fait honneur à la sensibilité de Lyonnet, c'est que , malgré le nombre prodigieux d'observations qu'il a faites dans les dissections, et le temps qu'exigeait la confection de ses dessins , il assure n'avoir fait périr que huit ou neuf chenilles, et cela en raison de la répugnance qu'il avait à faire souffrir et à détruire des animaux. Ses observations sont si délicates qu'on refuse d'abord d'y ajouter foi , et que , pour gagner la confiance du public, il fut obligé d'eu rendre témoins des hommes d'une probité et d'une habileté connues, comme Âlbinus et Allemand. Un accident qui lui affaiblit la vue vers l'âge de soixante ans, ne lui permit pas de suivre la chenille du saule dans son état de chrysalide et dans celui de papillon : cependant il avait assez avancé ce travail , pour qu'on regrette que ses héritiers ne l'aient point rendu public. Il mourut le 10 janvier 1789. L'ouvrage qui a rendu son nom immortel , est intitulé : Traité anaiomiqiêe de la chenille qui ronge le bois du saule. La Haye, 1740, in-4''; ibid. 1762, in.4«.

1789. SAINT-PÉRAVI {Jean-Nicolas Marcelin Gué^ rineau, chevalier de), poète « né en France, où il a joui dune certaine vogue. Il quitta sa patrie, se retira d'abord au Pays-Bas, où il fut accueilli de la manière la plus honorable par le prince de Ligne, et vint en 1778, se fixer à Liège. Il publia dans cette ville, un Journal en vers et en prose, 1783 et 1784. Il vécut sans conduite , ni économie , faisant des vers pour se procurer de quoi boire. .

M. de Villenfagne , dans sa notice sur ce poète (voir ses MéL hist. et litt.,^ p. 52), nous apprend qu'il était

d'une telle inaoucianoe, que peu de temps avant sa mort, il lui adressa les vers suivaus, pour en obtenir un secours ; après un compliment à M. de Villenfagne, il dit :

Aa dëmon je ne croyoii guères.

J'en dis mon meâ culpâ; Il se mêle de met affaires £t me met souvent à jtiiW.

Le poète se plaint dans la troisième stance , de ce lutin, en rtMe* fertiles, qui s est emparé de sa boune; puis il ajoute :

Il se rit de mon catéchisme , L'eau bénite est pour lui de Teaa ; J'ai besoin de votre exorcisme Pour lui dire: F'ade reirè.

Importun, je rougis de Tétre , Plus que vous j'en suis las ; On est forcé de le paroitre, Quttudà cogii necesêitoê»

De la fortune qui me joue Mes efforts triomphent déjà ; Encore un petit tour de roue.

Ce sera le non piui uiirà.

Alors a mon retour en France , Délivré de ce déficit; Je dirai par reconnaissance , Deui hœc oiia fecit /

Le pauyre St.-Péravi n'eut pas le bonheur , comme il s'en flattait, de revoir sa patrie, où il avait , dit-on, des parens dans l'opulence. Il avait été , un an ou deux I Yorateur de la Société d'Emulation , place qui était peu propre à lui donner du pain, c'était pour s'en procurer , ou plutôt pour avoir de quoi boire , continue M. de Yillenfaçne , qu'il barbouillait du

papier chez noas. Il mourut à Liège, en 1780, âgé de 57 ans , dans l'état le plus misérable et accablé d'infirmités.

Od trouve dans VAlmaneush des Cluses plusieurs des pièees fugitives de ce poète. Sa romance de Lucrèce^ morceau ingénieux, a été chantée dans toute l'Europe; et c'est là probablement la raison qui a engagé H. de La Harpe à en relever les défauts avec sévérité dans son Courg de Littérature. Saint-Péravi fit représenter sur le théâtre de Liège , un drame en vers intitulé ; Les deux F^nmes, qui n eut point de succès; ce drame n'a pas été imprimé. Il a paru à Paris, en 1810, un Chiios des Poésies de Pezai, Saint^Péravi et la Cot^ iamine, etc. Le PubUciste, journal publié à Paris, a rendu compte de ce Choix, dans son n*" du 7 juin 1810, dont l'éditeur, en parlant de Saint*Péravi, le représente comme un habile politique et un économiste iage^ et le fait revenir à Paris en 1789, époque de sa mort à Liège.

Voici le portrait que M. Henkart nous a laissé de ce poète:

Fidèle à l'amitié , mais parjare à l'amonr , Il caeîlle en folâtrant les lauriers da Permesse; Il néglige Apollon et Plutus et sa cour ; Et mollement bercé par la douce paresse , Vif et joyeux Silène , il chante , tour-à-tour. Son prince^ ses amis^ le vin et sa maîtresse.

1790. DUTZ {Mathieu-François), écuyer, artiste vétérinaire , né à Verviers le 6 juillet 1730, a publié : 1* L AntirMaréchal , chirurgie complète et traité dopérations en ce qui concerne les maladies des chevaux* Liège , 1773 , 2 vol. in-S"". 2*" Les ruses du maquignon^ nage. Liège, 1773 , in-8\ Dutz est mort vers lan 1790.

* 1791. FABRITIDS {N.), Allemand, auteur d'un

excellent Abrégé historique de FEvéché de Liège, imprimé à Leipzig , en allemand.

* 1791. PECKE {JV.), étranger, célèbre par son influence politique à Verviers et à Liège, lors de la révolution de 1789, mort à Âix-la-Cha pelle.

• 1791. VAN MmSSEN (N.), de Tongres, avocat, antiquaire, médailliste, homme aussi modeste que savant, était parvenu à se faire une collection de médailles, de vases , de statues et autres morceaux de la plus grande rareté, presque tous trouvés dans les campagnes qui entourent Tongres.

Ayant fait fouiller dans la montagne de ITsserbom , il y trouva des urnes sépulcrales bien conservées , contenant des cendres , quelques os qui n'étaient pas entièrement consumés, et des fioles lacrymales en verre d'une forme singulière. Dans l'une de ces urnes, il y avait nu petit vase où l'on mettait du parfum; dans une autre , iine ancienne médaille et une belle lampe en terre d'une pâte très-fine sur laquelle était gravé le nom du fabricant. Il recueillit aussi des paières, des va#6# rofi^e^ de terre sigillée, des guttum d'une terre jaunâtre , et des cruches à deux et trois anses, plusieurs petits vases de diverses couleurs et de toute sorte de formes , sur lesquels on distingue ces mots : vivat et ebibe.

Quelques amateurs d'antiquités, à Tongres, découvrirent près de là des dieuX' lares, plusieurs ustensiles anciens, entr'autres, une cuillère d'argent ornée d'une Victoire en or ^matV/tf, quelques styles, d'ivoire et d'argent, et quantité d'autres morceaux que l'on voyait dans le précieux cabinet de son frère , M. Van Nuissen.

1792. KEmïEK{Augustin- Benoit) , poète distingué, secrétaire perpétuel de la Société d'Emulation, né à

Uégeen 1750, est Tauteur d'Idylles remarquables et d'une excellente traduction de l'ouyrage de M. de Dohm, ministre du roi de Prusse à Liège, que celui-ci publia sous le titre : De la révolution de Liège en 1789^ et de la conduite du roi de Prusse en cette occasion. Berlin, 1790, in-S». Il fut un zélé défenseur de la liberté de son pays, et mourut à Cologne, durant son exil.

1792. WClLLO^iGodefroid-Charles^Henri, ducde), philantrope , fondateur de l'hôpital de Bouillon , créa en 1774^ une poste aux chevaux et une messagerie publique.

* 1792. WASSEIGE {Etienne-Joseph de), chanoine tréfoncier de Liège, conseiller de la chambre des finances et ministre plénipotentiaire sous le prince Uoensbroeck , est Tauteur du Coup^œU sur Vhistoire et la constitution du pays de Liège.

1792. LIMBOURG {Robert de) , docteur en médecine , membre de l'Académie de Bruxelles, né à Thcux, le 1*' décembre 1731 , d'une famille qui, depuis trois siècles, a produit plusieurs médecins très^versés dans leur profession. Il se fit de l'étude un plaisir plutôt quune occupation, et s'adonna particulièrement à l'histoire naturelle. Avant de partir pour Montpellier 9&n d'y faire ses études en médecine , il concourut eo 1757, pour le prix déjà proposé par l'Académie des belles-lettres , sciences et arts de Bordeaux , sur la question suivante , et le remporta : Quelle est ^influence ^ loir sur les végétaux 9

Après avoir terminé ses cours à Montpellier , il y fut reçu docteur en médecine, le 12 août 1760. Associé, ^n 1773, à l'Académie impériale et royale des sciences <^t belles-lettres de Bruxelles, il composa diverses Dm-

seriaUanê qui ont été insérées dans les Mémoires de celte compagnie , dont entr autres , une sur fhydrav^ liquB , qui a été présentée à rÂoadémie des scienees de Paris, qui en fit une mention honorable, en invitant l'auteur à la perfectionner ultérieurement.

Limbourg avait un esprit très-inventif et porté à la mécanique ; il avait construit un charriot mécanique qui se mouvait par lui-même, et avec lequel il par* courait les rues de Theux. Il avait fait faire le plan en bas relief des environs de Spa et de Liège.

Ce savant est le premier qui se soit occupé de la géologie du pays de Liège. 11 avait rassemblé un cabinet d'histoire naturelle qui, sans être vaste, ni en apparence fort précieux, contenait des objets remarquables et propres à fixer l'œil d'un observateur. Limbourg est mort à Theux, le 20 février 1792.

LIMBOURG (Jean-Philippe de), médecin célèbre, frère aine du précédent « né comme lui a Theax , en 1726, fit des études brillantes et fut reçu , à Tâge de 20 ans, docteur en médecine à l'Université de Leyde; il se rendit ensuite à Paris, pour y profiter des leçoBS des Winslow , des Jussieux , des Rouelle , des Ferreind.

De retour dans sa patrie , il se distingua bientét par la savante méthode avec laquelle il employait les dififêrentes eaux minérales de Spa , dans la cure des maladies les plus opiniâtres et les plus rebelles aux autres remèdes. H. de Limbourg résidait à Theux, mais il exerçait particulièrement la médecine à Spa, dans la belle saison, où ce bourg célèbre attirait alors les hommes les plas distingués de tous les pays ; ce qui le mettait à même de bien observer les propriétés de ces eaux minérales.

Il s'acquit une réputation dont peu de médecins fournissent l'exemple. Il était consulté de toutes les parties de l'Europe et jouissait de pensions considérables dont le gratifiaient les premiers personnages de

rAutriche , de la Pologne et de la Russie. On Toulut l'attirer en Angleterre et en Pologne ; mais il résista aai offres les plus séduisantes.

Deux ans avant sa mort, la vue de M. de Limbourg s'était beaucoup affaiblie ; les autres organes ne jardèreat pas à éprouver un affaiblissement successif $ enfin, après avoir honorablement exercé la médecine pendant soixante années, il termina sa carrière le 1*' février 1811 , au milieu d'une famille dont il était vénéré , et emportant avec lui les regrets des malheureux, auxquels, malgré les infirmités attachées à Tâge delà décrépitude, il ne refusait jamais le secours de ses lumières.

Il fit plusieurs savantes Dissertatùmê qui rempor* tërent le prix dans plusieurs Académies. Il élait membre de la Société Royale de Londres et de celle des Antiquaires de la même ville , de la Société Royale de médecine de Paris, de celle des sciences physiques de Lausanne , etc. etc. On a de lui :

Y Dissertation 9ur les eaux de Spa soutenue à Leyde le 7 août 1736, par Philippe^Loms de Presseux ^ tra* duUe du latin et augmentée par de Limbourg. Liège, 1749, În.l2.

2" Traité des eaux minérales de Spa. Leyde 1754, in-12. Liège, 1756, in-S** , avec une Carte des environs de Spa. L'auteur s'étend sur tout ce qui a rapport à la manière d'agir de ces eaux. Il donne à la tête de son discours préliminaire « une liste des ouvrages qui ont élë publiés sur les eaux de Spa et qu'il a consultés. Il cite aussi ceux qu'il n'a pas eu occasion de voir, et même les Traités concernant d'autres eaux minérales froides, à l'aide desquels il a composé le sien.

3** Dissertations sur les bains d'eau simple, tant par immersion , qtien douches et en vapeurs. Liège, 1757 , 1766, in-12. Cette dissertation obtint, en l'an 1755, un acœssit au jugement de l'Académie de Dijon.

4'' Caractèrei deg médecins, ou Fidée de ce quUt 9ont communément et celle de ce qu'ils devroient être, d après Pénélope de feu La Mettrie. Liège, 1760, in- 12. L'esprit de rhoinme se replie de tant de façons pour parvenir à son but, il emploie tant de moyens, il use de tant d'intrigues et de détours, qu'il n'est pas surprenant de le voir s'éloigner des voies de la droiture et de la probité. Les médecins ne sont point exempts de ces défauts , eux qui ne devraient avoir d'autre objet en vue que la guérison de leurs malades. Ils paraissent quelquefois oublier ceux-ci pour ne s'occuper que de ce qui peut satisfaire, ou leur avidité, ou leur ambition. L'auteur de cet ouvrage entre là-dessus dans les plus grands détails, et s'applique partout à faire tomber le masque sous lequel certains médecins cachent les qualités qui les déshonorent dès qu elles sont exposées au grand jour.

&" Nouveaux amusemens des eaux minérales de Spa. Liège, 1763, in.l2. Liège, Desoer, 2 vol. in-ll Ce livre qui est des plus intéressans, a donné lieu à une polémique de la part de M. de Villenfagne, parce que M. de Limbourg, comme beaucoup d'autres écrivains, y prétend que c'est des eaux de Spa dont il est question dans le passage de Pline le naturaliste : Tongri, cvoiiat Galliœ , fontem habet insignem.

&* Dissertation sur les douleurs vagues^ connvei sous le nom de goutte vague et de rhumatisme goutteux. Liège, 1763, in-12. Ce mémoire a remporté le priii en 1763 , à la faculté de médecine de Louvain.

7* Recueil d'observations des effets des eaux minérales de Spa, de tan 1764, avec des remarques sur le système de M. Lucas sur les mêmes eaux minérales. Liège, 1765, in-8-.

8" Dissertation sur les affinités chimiques. Liège, 1761 , in-12. Ce mémoire , qui fut couronné en 1758, par l'Académie de Rouen, est encore cité aujourd'hui

par les premiers chimistes français, comme un de ceux qui, dans ce temps, ont le plus concouru aux progrès de cette partie de la science.

9° Mémoire sur l influence des astres, et en particu^ lier, de la lune sur les végétaux* Il est inséré dans ceux de la Société des sciences physiques de Lausanne.

10° Tableau de t Univers; petit in*24y publié par l'abbé de Feller,

M. de Limbourg, conjointement avecson frère cadet, Robert de Limbourg, entreprirent, à la recommandation et aux frais du prince dOuUremont, de nombreux essais dans leurs forges à Theux, pour fondre le minerai de fer au moyen de la houille, au lieu de bois, seul moyen encore connu, pour cette opération, dans le pays de Liège. En 1770 et 1771 , il envoya deux mémoires à ce sujet, à l'Académie royale des sciences de Paris.

Ce savant médecin a laissé quantité de notes manuscrites sur la médecine, la chimie, etc., qu'il avait eu rintention de publier.

1792. HOENSBROECK {César-Constantin, comte de). il était le plus jeune de sa famille qui était la branche cadette du même nom. Ces deux branches étaient établies dans le Palatinat du Rhin et le duché de Juliers, où la branche aînée possédait de grands biens. Le comte de Hoensbroeck fit de bonnes études dans les Universités allemandes , et devint ensuite chanoine du chapitre cathédral d'Aix-la-Chapelle , et plus tard de celui de Liège. Hoensbroeck était bon , charitable : la implicite de ses goûts lui faisait mépriser le luxe.

Ayant été élu évéque-prince de Liège en 1784, il montra, dans cette position difficile, les vertus qui faisaient le fond de son caractère. Véritable philantrope, il chercha, pendant le court espace de tranquillité dont il put jouir, à introduire des améliorations dans Tad*

— 600 -^ mioistration du pajs. Il destina aai hospices le produit des jeux de hasard de la banque de Spa, qui préoèdemment, était partagé par les gens de la cour; aussi se fit*il des ennemis. Il s occupait d'un projet de sécularisation de quelques couTens de religieuses , qui ne se conduisaient plus selon l'esprit de leur étal, afin d'en faire des chapitres de chanoinesses bourgeoises; œ qui eût donné à la bourgeoisie les mêmes avantages dont jouissait la noblesse, pour l'établissement des demoiselles.

Après la suppression des Jésuites, ce prince conserva les biens de ces religieux intacts, et en affecta lesre' venus au séminaire de Liège , afin que cet établissement put donner l'instruction ecclésiastique à un plus grand nombre de jeunes gens dénués des moyens pécuniaires pour étudiera leurs frais. Il proposa aux états du pays différons projets de loi utiles, entr'autres, une loi contre les mariages à la suite d'enlèvement; mais Fesprit d'opposition qui dominait alors les états, les leur fit rejeter; aussi quelques membres de ce corps furent bientôt après eux-mêmes victimes de leur mauvaise volonté; ils eurent le chagrin de voir, dans leur propre famille, des mariages dtsproportionnésjoar mA} d'enlèvement; chose très*commune alors.

Ce prince avait mis sa cour sur le même pied que celle de ses prédécesseurs , mais sans recherche de luie, ce qui lui mit encore à dos les courtisans qui ne cessaient de le blâmer, exaltant à dessein- la magnificence de quelques-uns de ses prédécesseurs.

Malheureusement pour Hoensbroeck et son pays, il commençait à se faire dans ce temps, un changementi dans les idées reçues jusqu'alors et qui avaient gou-i verné les esprits depuis tant de siècles. Ce mouvement, dont le centre d'action était en France, se conirouni« queit irapidement aux contrées voisines, mais plus faci* lement encore à la Belgique et au pays de Liège, *

cause de la coofornùtë de langage ei de caractère qu*une partie des habitans ont avec les Français.

L administration du pays de Liège, qui offrit, en tout temps, assez de difficultés à ses souverains, par suite de la fdtme compliquée de son gouvernement, devînt plus difficile que jamais par lesprit d'opposition que rencontrait continuellement le prince dans les autres pouvoirs de l'état, dont une grande partie des membres avait adopté les idées nouvelles, les uns par conviction , les autres par intérêt.

A Tinstar de ce qui se passait alors en France , les novateurs, pour mieux assurer leur but, prodiguèrent les calomnies les plus absurdes, ne cessçnt de stimuler à ropposition contre toutes les mesures que proposait le prince aux autres états, décriant le clergé, lui attribuant la faute des moindres choses dont on avait à se plaindre, telles que la cherté des vivres, etc. etc.; l'autorité du gouvernement fut même méconnue, à l'occasion du privilège de la tenue des jeux de Spa, que la compagnie Levoft voulait partager.

Les esprits exaltés par ces menées et les évènemens mémorables qui venaient de se pa^r en France (en 1789), rendaient dès lors tout gouvernement impossible; et tout présageait une révolution prochaine. L'établissement de Yimpôt des 40 patars en fut d'abord lavant-coureur. Cet impôt n'était qu'un droit de 40 sous à acquitter sur le muid de malte destiné à faire la bière (le muid équivaut à 245 litres 70 cent. ; et les 40 patars à 2 fr. 40 cent.); ce droit montait à peine à un demi-centime par litre de bière forte. Le pays ne pajait, du reste* aucun autre impôt, si ce n'est un droit établi depuis longtemps, sur les objets de consommation, tant à l'entrée du pays qu'à celle des villes; encore» se prélevait-il sur la simple déclaration des contribuables , presque sans vérification , ni contrôle : il n'affectait que les objets de plus de valeur : sa pcr-

ception ne donnait point lieu aux vexations , et plus de la moitié en était toujours fraudée.

Cependant, le manque de revenus suffisans commençait à se faire sentir au gouvernement. Le pajs de Liège avait une dette constituée, résultante des dépenses qu'il avait été obligé de faire, dans le temps des guerres des alliés de l'Empire Germanique contre la France, sous Louis XIV et Louis XV, ainsi que de quelques autres faites dans l'intérêt du pays, pour constructions de ponts, de chaussées, etc. L'intérêt seul de cette dette absorbait les revenus de l'état, et empêchait de subvenir aux autres nécessités, entr'autres, à Ventretien des gardes du prince , qui coûtait 40,000 florins de Liège à l'état , seule dépense à sa charge ; celle de la cour étant faite par le prince-évêque , avec les revenus de sa mense épiscopale.

Pour parer à ces besoins pressans, les états proposèrent l'impôt des 40 patars,ou plutôt sa continuation; car son établissement remontait à plus d'un siècle. Les mécontens firent envisager cette mesure comme un surcroit de charges que le prince demandait aux états , criant à la dilapidation, au luxe. De ces imputations sans fondement, on fit entendre des cris de revendica* lion de droits dont le peuple avait été prétendument privé; chose vraiment impossible à Liège comme pour tout le pays, possédant une institution beaucoup plus libérale qu'aucune de celles qui existent de nos jours; le Tribunal des vingt-deux , uniquement chargé de veiller au maintien des droits des citoyens, à celui des lois, et de protéger contre les abus de pouvoir. De plus, les états composés de trois ordres, dont l'un était les représentans du peuple » et le premier des trois ( le clergé) comprenant beaucoup d'individus du peuple, concourait avec un pouvoir égal à celui du prince dans toute l'administration du pays : la nation liégeoise avait ainsi un grand nombre de défenseurs de ses droits dans les états.

Le 14 juillet, en France, et ses immenses résultats, amenèrent bientôt un éclat révolutionnaire à Liège et une imitation de ce qui s'était passé chez nos voisins* Le peuple se porta au château de Seraing, où le prince résidait alors, l'emmena à rhôtel-de-ville à Liège, où on lui demanda de rétablir l'antique constitution liégeoise dans sa pureté primitive. Hoensbroeck adhéra à tout ce qu'on voulut; mais ne se croyant pas .capable de tenir tête à l'orage qui le menaçait, ou peut-être intimidé par les conseils de sa cour, il prit la fuite et se rendit à Trêves. Il reclama l'intervention des princes du cercle de Westphalie, auxquels ce devoir incombait, le pays de Liège faisant partie de ce cercle. Mais la Prusse qui trouvait dans les troubles de Liège , un moyen facile de communiquer des secours aux révoltés de la Belgique, saisissant l'occasion de nuire à l'Autriche, retarda l'intervention de tout son pouvoir; et ne pou- Tant plus enfin l'empêcher entièrement, fit en sorte de s'en charger elle-même, l'exécutant plutôt à l'avantage des insurgés que dans l'intérêt du bon ordre.

Nous laisserons parler à ce sujet, le comte d'Allenville (Mémoires secrets, tome 2*", pag. 248-249), qui sauf quelques inexactitudes, a très-bien résumé l'histoire de cette révolution :

c De toutes les plaies du gouvernement autrichien , la plus saignante était l'insurrection du Brabant, à la tète de laquelle se trouvait le clergé et la noblesse.

>Ge qui la rendait principalement funeste, c'est que le cabinet prussien la favorisait. L'intervention toute secrète de ce cabinet dans les troubles des provinces belgique» avait pour point d'appui la ville de Liège.

>0r, il faut savoir qu'en 1684 les Liégeois, fatigués des divisions sans cesse excitées dans leurs murs par l'exercice du droit de nommer leurs magistrats , y renoncèrent solennellement pour échapper aux fréquentes scènes sanglantes qui en étaient résultées. Un

siècle de calme el de prospérité fut le fruit de cette délibération; mais le roi de Prusse voulant en 1789 profiter des semences d'agitation dont l'empereur n'avait pas su étouffer les germes dans les provinces belgîques, et cherchant, pour affaiblir la puissance sa rivale, à se rapprocher assez des sujets mécontens du chef de l'empire pour lui inspirer des craintes, ou se faire pajer soit sa neutralité , soit l'abandon de ceux qu'il aurait d'abord secourus, imagina d'engager par des agens secrets les Liégeois à réclamer contre le règlement de 1684. Dohm, qu'on ne cesse de rencontrer dans toutes les menées occultes de la Prusse, et l'abbé Tonda, journaliste à Uerve, connu plus tard sous le nom du miniêtre Lebrun, précipitèrent dans cette voie Fabir, homme plein d'esprit et de talent, mais fougueux et trèâ-ambitieux , qui sous couleur de patriotisme, devint l'instrument des vues perfides du cabinet de Berlin. Quant à Chestret, homme estimé et populaire, mais faible et propre uniquement au rôle d'agent aveugle d'intrigans adroits, il fut facilement déterminé à embrasser et à honorer la faction de Fabry , sans se douter des ressorts qui la faisaient agir. Le peuple s'arma donc et élut de nouveaux magistrats. Le roi de Prusse alors fait lancer par la chambre impériale de Wetzlar un décret contre les insurgés, et, chargé de son eiécution, marche à cet effet avec six mille hommes au lieu de douze cents, s'établit dans Liège, v protège hautement ceux qu'il lui était enjoint de réfréner, féconde la semences de trouble dans les provinces soumises à l'Autriche, fournit des secours et son général Scboenfeld aux Brabançons; mais la convention de Rccheni-' berg ayant réconcilié les deux souverains, Tabandon des insurgés belges et l'évacuation de Liège sont elFeo* tués par la Prusse. La chambre de Wetzlar envoie une nouvelle armée d'exécution, et les Liégeois, heureuii tranquilles, exempts d'impôts avant les troubles sont les

jouets de la politique des rois et payent chèrement les frais des armemens nécessités par les mouremens in-* considérés, ruineux et désorganisateurs dont le roi de Prusse avait été lame, Fabrj le principal ressort, et l'honnête Chestret le très-innocent agent. »

L'empereur Léopold tertnina la révolution liégeoise sans effusion de sang ; ses partisans s'exilèrent volontai* rement en France; et la constitution du pays demeura eu vigueur.

Hoensbroeck revint à Liège en 1791 , fit les conces* fiions qu'on lui demandait, et se remit dans les voies constitutionnelles et légales dont il s'était peut«-ètre un peu écarté par le malheur des circonstances, mais jamais par esprit de despotisme ; ce qui était loin de sa pensée. Ce prince mourut peu de temps après le rétablissement de la tranquillité de son pays , des suites des chagrins et peines que lui avait causés la révolution et son exil ; laissant son pays obéré des frais occasionnés par l'intervention des troupes de l'empire.

1793. CHARTRAIN {N.). né à Liège, violoniste à l'Opéra, entra à l'orchestre de ce théâtre en 1772, et se fit remarquer au concert spirituel, par son exécution ferme et hardie, dans plusieurs concertos de sa composition. Il est mort en 1793. Comme compositeur , il est connu par les ouvrages suivans :

1* Quattwrs pour deux violons, alto et bassCy oeuvres V\ 4-, 5* et S\ Paris, Siebcr.

2* Concertos pour le violon, œuvres 2*, 3^ ei 7'. Paris, Sieber.

3"" Six symphonies à huit parties, oBWore 6*«. Paris, Sieber.

4"* Six duos pour violon et alto, œuvré 9*. Paris, Sieber.

La bibliothèque de l'École Royale de musique à Paris, possède la partition manuscrite d'un opéra

à*Alcionfi de œt auteur qui n'a jamais été représenté. En 1776, Chartrain a donné à la Comédie Italienne un opéra comique en un acte , intitulé : Le Lord supposé; cet ouvrage n'eut point de succès*

1793. JÂCOBT (Philippe' Joseph), né à Liège au commencement du 18""* siècle, mort dans un âge trèsavancé vers l'an 1793. Graveur distingué, il a été successivement graveur des princes Jean-Théodore de Bavière, de dOultremont et de Velbruck. Lors de l'institution de la Société libre d'Emulation établie à Liège par ce dernier, il a fait la médaille représentant les beaux-arts, par des génies groupés aux pieds du perron, destinée à récompenser les mérites des artistes : il a aussi gravé celle qui fut frappée en mémoire de l'élection du prince d'Oultremont.

. Le genre qu'il a le mieux traité est la gravure sur pierre fine. L'anecdote suivante en est une preuve : le baron de Heusy, ministre du prince de Liège à la cour de Louis XVI, se trouvant à un diner où tous les ministres des puissances étrangères se trouvaient réunis, on entama la converêation sur la gravure en cachets; après que chacun eut montré le sien , il fut généralement reconnu , que celui de M. le baron de Heusj était supérieur à tous les autres; il était gravé sur pierre fine par Jacobj.

1793. SIMONON (/>a#cA€iZ),réducteurjuré de rente, notaire immatriculé de Liège, géomètre et arpenteur.

Dès sa plus tendre jeunesse, M. Simonon montra des dispositions pour l'étude des mathématiques ; et ce goût, se fortifiant avec l'âge, devint le besoin de tous ses momens. Ses parents, qui jouissaient d'un certain bien-être, virent avec satisfaction l'aptitude de l'enfant, et applaudirent à ses premiers succès, moins pour stimuler son zèle que pour en diriger l'ardeur.

Après B*étre montré humaniste distingué , le jeune homme mérita les applaudîssemens de ses professeurs de philosophie : mais entraîné par sa vocation , il reprit ses études favorites. 11 existe encore à Liège , plusieurs personnes qui l'ont connu , et toutes lui accordent un génie positif.

Nous allons donner une analyse succincte de ses productions littéraires :

1' Traité de la réduction deg reniée , ou méthode dévaluer le9 capitaux des rente» et de connaître les différent prix des muidê , des effractions et des anciennes espèces dor et d'argent» mises en ordre alphabétique; avec des éclaircissemens^ sur la géométrie et les mesures du pays.

Ce Traité jouit d un succès d'estime , et commença la réputation de l'auteur , qu'on jugea capable de mieux faire. Si ses réductions échappèrent à la critique^ on n'en remarqua pas moins que l'auteur s'était trop hâté de produire : nous aurons bientôt l'occasion de lui renouveler ce reproche.

2* Traité historique et méthodique sur tusage et la nature des anciennes monnaies dor et dargent et rehausse des capitaux: où on donne des tables qui font connaître les variations^ les titres y toise etpoid des es* pèces , les prix de marc dor et d'argent; la valeur des pièces soit de monnaie^ soit d'orfèvrerie en ce qu'il est mentiel dobserver tant en matière de rédemption des renies que de réductions de toute sorte de grain en muids, setiers, etc., très-utiles aux receveurs.

£q parcourant ce traité on cesse d'être surpris, quand l'auteur nous apprend qu'il lui a coûté plus de 25 années d'application : ses nombreux calculs, les recherches qu'il a dû faire ^ ne laissent aucun doute sur sa sincérité. Si nous ajoutons à ces difficultés , l'aridité du sujet, nous resterons convaincus que M. Simenon était doué d'une patience à toute épreuve. Cet

ouvrage contient environ 497 pages, petit in-4*, dont les trois quarts se composent de tables d'évaluations, d effractions, etc.

3"* Nouveau Traité des rentes et des monnaies mtfec des notes et des remarques qui intéressent le particulier qui paye ou perçoit des rentes.

Ce nouveau traité fait suite aux précédons, pour en remplacer les lacunes; ce qui a conduit à une espèce de confusion ; et si nous devons en juger par la sortie de M. Simenon contre les critiques ignorons, ambitieux et jaloux^ il est probable que les reproches qui lui ont été adressa à cet égard , n ont pas été faits dans un esprit de charité* Quoi qu'il en soit, cet ouvrage est mieux écrit que les deux autres; et si nous en exceptons plusieurs expressions ambitieuses, qui contrastent singulièrement avec son aimable simplicité , son style plaira à chacun par labandon que nous nommons aujourd'hui laisser aller, Nous ne le suivrons pas dans ses citations historiques, déjà connues de son temps , et répétées depuis jusqu'à satiété : nous dirons seulement qu'elles ont été puisées à des sources pures, et nous ajouterons que ses successeurs ont rendu justice à ses savantes dissertations et à ses calcub.

V Introduction à tofjpx:e de notaire.

L'auteur aurait pu intituler ce livre : Le parfait notaire. Depuis 50 ans, nous avons eu tant de perfections dans ce genre , qui ont été calquées en partie sur son Introduction, que ce titre n'aurait pas été déplacé. Malgré les suites progressives de la civilisation , cet ouvrage est encore consulté, moins cependant que ses divers traités.

5"* Introduction à toffice des arpenteurs.

Un mot analyse cette production : Elle est surannée.

On remarquera , par la seule copie des titres des ouvrages de Paschal Siraonon , que son style est soufent négligé; qu'il n'a pas assez étudié notre législation gram*

maticale, et que ses imprimeurs n'élaient que des ou- Yriers; mais on applaudira à ses efforts en se rapportant à 1 époque à laquelle il écrivait : disons plus, avant lui personne n'aurait pu dire : Je lai surpassé dans sa partie.

Simonon dédia ses livres » selon la règle obligée , à ses iris-nohhs^ très4Uustres et très-^énéreu^ seigneurs; ne légua à ses enfans qu'une réputation sans tâche , et perdit le peu qui lui restait , quand les Autrichiens incendièrent le faubourg d'Amercœur.

Nous terminons cette courte notice en disant un mot de Mathieu-Joseph Simonon, le seul de ses enfans qui soit encore en vie.

Simonon fils, aujourd'hui presque nonogénaire, hérita des vertus et des talens de son père ; il s'occupa degéométrie, d'arpentage, de planimétrie, fut nommé réducteur des rentes, et n'a jamais cessé de mériter la considération qui devient le prix du vrai mérite; de même que son père il ajoutait à ses décisions : aveu défi du contraire; et le contraire ne lui fut prouvé dans aucune circonstance.

1794. CHAPUIS {Grégoire-Joseph), naquit à Verviers le 11 avril 1761 ; après ^voir achevé ses études aa collège de St.-Bonaventurede cette ville, il se rendit à Breda où il fut reçu garçon chirurgien dans les dragons de Hatha; bientôt il gagna l'estime et la protection du chirurgien-major par son application à ses devoirs et son assiduité à soigner les malades de l'hôpital militaire; de là il passa à Paris pour y recevoir les leçons des grands maîtres qui abondaient dans cette capitale et Be perfectionner dans la pratique de la chirurgie ; son père, chirurgien aussi, déjà vieux et accablé d'infir-* laikés, le fit revenir au bout de dix-huit mois afin de l'aider, de le suppléer même au besoin dans ses opérations.

— SIO —

Après la mort de son père , Chapuîs dût se rendre à Liège , au collège des médecins , pour y subir l'examen usité: il fut reçu chirurgien-accoucheur juré, et autorisé à pratiquer publiquement son art*

Estimé de ses concitoyens pour sa piété , ses connaissauces et la douceur de ses mœurs, Chapuis acquit eo peu de temps une nombreuse pratique et fut généralement suivi tant à Verviers que dans les communes environnantes.

Son amour pour le bien, sa passion pour la liberté et ses vertus, le firent élire officier municipal , lors de la révolution liégeoise : fonctions qu'il accepta malgré lui et seulement en considération du bien qu'il pouvait faire.

Forcé de quitter sa patrie , lors de la retraite de Damourier, il ne put échapper à la recherche et à la sur- Teillance de ses ennemis. Arrêté et conduit dans les prisons de Liège, il languit neuf mois dans les cachots, sous la férule des agens du dernier souverain des Liégeois : neuf mois pour lui forger des crimes qui, en violant toutes les règles du droit, conduisirent l'infortuné à l'échafaud ; et , qui le croirait , on ne put lui en trouver, on voulait faire tomber la tête de cet hooime vertueux et il fut condamné pour l'eiemple d'autres; ainsi porte la sentence ! ! !.. la voici :

Page 1