SE\LER, A.-B.-M
Seilbr, Christophe; v. SEYLEK, Christophe.
Sentz; v. LUDWIGH.
SEPT-FONTAINES, Thomas de, chevalier, né pendant le treizième siècle, était seigneur de Sept-Fontaines , château et terre situés entre Kœricu et Ansembourg. Plusieurs des dynastes de ce nom ont joué des rôles importants dans l'histoire du Pays. Ils portaient : de gueules , à la croix ancrée d'argent; cimier: deux trompes d'éléphant, adossées et ornées chacune, par dehors , de quatre miroirs de paon.
Si l'on peut , par induction , en croire les données qui nous ont été conservées sur les seigneurs de celte maison, Thomas de Sept-fontaines qui nous occupe en ce moment, était Ois de Barthélémy qui vendit en 1271 , la deuxième féric de la Pente- ' côte, la grosse et la menue dîmes de Nœrdingen aux dames de Marienthal. Quoi qu'il en .soit, Thomas doit avoir été un personnage de marque et de grand crédit, puisqu'en 1304 nous voyons qu'il se rend pleige et caution pour la cité de Trêves, dans la paix que cette ville conclut avec Richard de Daun (v. sou art.). L'année précédente il avait vendu quelques biens à Rosport , à Ordulphc dit Scholer, échevin de Trêves.
D'un autre côté, il était très-estimé de l'empereur Henri VII , comte de Luxembourg qu'il suivit dans son expédition d'Italie et qui l'avait fait son confident, d'autres disent son chambellan. Et ce fut entre ses bras que cet empereur mourut à Buon-Convcnt , de celte mort inattendue dont la cause directe est, jusqu'à ce jour restée un mystère pour l'Histoire. Après les obsèques de Henri VII à Pise, Thomas de Sept-Fontaines revint dans sa patrie où dégoûté du monde il entra dans les ordres. Il fouda en 1317 un personnat près de l'église de Sept-Fontaines qu'il fit bâtir à cette occasion et qui subsiste encore avec son architecture remarquable sous plus d'un rapport: il fut le premier titulaire de cette fondation et y célébra le jour de sa création, l'office divin avec le même calice ainsi que la païenne et revêtu des mêmes ornements sacerdotaux, dit -on, qu'avait eus le Père Bernardin de Monte- Policano qui avait pour la dernière fois donné la communion à l'empereur Henri VII, que beaucoup d'auteurs croient avoir été empoisonné soit dans le sacrement même, soit dans l'ablution, qu'alors encore on était dans l'usage de donner aux têtes couronnées.
Nous transcrivons ici l'article concernant du manuscrit des Viri illustres: «1350.
« Thomas de et Dominus in Scptemfonti- « bus in Ducatu Luxemburgensi Henrici VII « Cœsaris aulse prœfectus , cujus suo in «complexu mortui corpus mandavit sepul- « turac Pisis , ipse reversas domum funda- «vit personatum et œdificavit ecclesiam « septifontanam in quam intulit calicem « eu m cœlera veste sacerdotali quo Ctesari « Heinrico dicitur venenum propinatum. »
La date placée en marge de ce passage semble indiquer celle de la mort de notre personnage , bien qu'il puisse y avoir erreur à cet égard.
Il parait du reste que depuis son retour d'Italie, Thomas de Sept-Fontaines ne s'est plus occupé de l'administration de sa seigneurie, puisque déjà en 1316 nous trouvons Théodoric ou Thierry , se titrant de
seigneur de Sept-Fontaioes , chevalier et membre du siège des nobles, concourir à la condamnation de Henri II , régent de la terre de Vianden, à recevoir le comte de Luxembourg avec ses gens dans son château de Vianden toutes les fois que ce dernier l'en requerrait.
Viri ilL.tre», HI, K° 183.-Pim«t. III, 617 à 621.-Bmtboi.it, V, SI», 44». 4B4» VI. 13S. — Nn», Hittoire de Viandea, 149 a 181. — Udckscsock. — W. von Maovti. Dat Gtfoltfc Haiicr Heinriclts VII ; da»» i ZeiUcbrift fner TalerleadUcbe Gctchicate and AU.*thu»Mknade, II, G!2
SEYLER, Anne-Barbe-Marguerite, est née a Luxembourg le 29 avril 1771, fille de Christophe Seyler (v. son art.) , négociant, et de Marie-Marguerite Servais.
A vingt ans, le 17 septembre 1791, elle fut mariée à François Schefler (v. son art.) avec lequel elle vécut dans une union parfaite pendant cinquante-trois ans. Lorsqu'elle eut perdu son mari elle passa le reste de ses jours à des œuvres d'une dévotion éclairée et à des actes de philanthropie. Dans tout cela , dira-t-on , on ne voit que la femme vertueuse ordinaire comme le Pays en possède un très-grand nombre. Mais beaucoup d'autres n'ont pas, jusqu'ici fait un emploi aussi noble de leur fortune ; et c'est à ce titre particulièrement que Madame Schefler a mérité sa place dans la Biographie luxembourgeoise. En effet, par testament olographe en date du 9 janvier 1849, elle a fait dans l'intérêt des pauvres, de l'instruction publique, de sa ville natale et du pays entier , des legs considérables. Nous allons copier textuellement hors de cet acte les dispositions dont nous venons de parler :
« Je veux que mes exécuteurs testait mentaires versent à l'administration de « la ville de Luxembourg , des premiers « deniers liquides de ma succession, une «somme de 1693 frs. 12 centimes, ou « 800 florins des Pays-Bas , pour aider à «l'exécution du monument de Jean l'a- « veugle ; et d'ici-là cette somme devra être « placée à intérêts annuels , qui serviront
a à faire une distribution de pain aux ou- «vriers pauvre* tous les ans au 9 sep- « tembre — anniversaire du décès de son « mari. — Mon intention est que l'admi- « nistration de la ville ne puisse se dessai- « sir de la dite somme que lorsque le mo- « numeot sera achevé aux trois-quarts.
« Je donne .... {Legs à ses domes- « tiques).
«Je veux qu'après la mort des dites— « ses deux domestiques — le capital qui a « servi à leur fournir leurs rentes viagères, «s'élevant ensemble à vingt mille francs, «soit versé dans l'année du décès de «chaque rentière et au prorata de leurs «droits, à l'administration des hospices «civils de Luxembourg, pour être em- « ployé à améliorer le sort des insensés « nécessiteux qui se trouvent dans cet éta- « blissement, soit matériellement soit pby- « siquement
«Mes dits exécuteurs testamentaires « emploiront encore des deniers les plus «clairs et les premiers rentrés de ma suc- « cession ou avec mes obligations ou cré- «ances actives, une somme de soixante « mille francs, qui sera remise à l'adminis- «tralion de la ville de Luxembourg, et « par elle placée à intérêts. Ces intérêts « seront employés de préférence :
« 1" à former près d'un établissement «de maternité pratique, soit à l'étranger, «soit a Luxembourg, deux sages-femmes « qui devront recevoir le plus d'instruction «que possible. Elles seront prises dans « la classe des ouvriers honnêtes et de « bonne conduite. On leur fournira tout «ce qui sera nécessaire à leur entretien « et à leur logement, et elles doivent rester «dans l'établissement jusqu'à ce qu'elles « aient acquis toutes les connaissances « nécessaires.
«2" Avec l'excédant des dits intérêts, « après qu'il aura été pourvu à l'instruc- « tion des sages-femmes, je veux qu'il soit « employé à faire apprendre des métiers « à des pauvres garçons et les travaux et « connaissances du sexe h de pauvres «jeunes filles qui se distinguent par leur
«bonne conduite. L'exécution pleine et « entière de ces dispositions me tient à « cœur, et je me repose entièrement sur « l'administration urbaine à cet égard ; et «je veux que les intérêts soient employés «comme je viens de l'indiquer et non « autrement, et sans distinction de reli- «gion et ce à perpétuité.
« Je veux que mes exécuteurs teslamen- « ta ires emploient des premiers deniers « rentrés une somme de dix-mille francs, « pour fonder à l'Athénée de Luxembourg « cinq bourses d'étude de cent francs cha- « cune , à perpétuité , pour être données «à des enfants de la ville, qui se dis- « linguent par leur bonne conduite et application, de parents honnêtes et sans « fortune.
« Je veux que mes exécuteurs testamen- « taires fondent près d'une université une « bourso d'études de cinq cents francs, au « capital de dix-mille francs, a perpétuité, «également pour des jeunes gens de pa- « rents honnêtes et sans fortune de la ville, « ou de la campagne s'il n'y en avait pas «en ville. Mon intention est que les bourses « soient données au vrai mérite et non par « faveur.
« Je veux que mes exécuteurs teslamen- « taires emploient des deniers les plus li- « quides de ma succession, une somme de «seize-mille francs, pour fonder à l'Athé- « née de Luxembourg, quatre bourses d'é- « tu de de deux cents francs, à perpétuité, «au proût des membres de la famille «Seyler, dans l'une ou l'autre des six « branches dont je parlerai ci-après.
« Je veux que mes exécuteurs testamcn- « taires fondent près d'une université ou «près d'un établissement quelconque ou « de plusieurs universités ou établissements « deux bourses , chacune de cinq cents « francs, pour être données à deux des des- « cendants de l'une ou de l'autre des six «branches Seyler ci-après indiquées.
« Je donne
« Je donne et lègue à la Société pour la « recherche des antiquités du Grand-Duché « de Luxembourg mon médailler, tel qu'il
« existera à ma mort, ainsi que mon petit « musée et tous mes tableaux.
« Je donne
« Tous les legs ci-dessus seront exempts «de tous droits de succession et autres « frais qui doivent rester à charge de la « masse.
«Je donne et lègue le restant de ma « fortune , sans exception , à la famille «Seyler dont je suis membre ..... etc.
Madame Anne-Barbe-Marguerite Seyler, veuve Scheffer, est décédée le 10 mars 1856, à l'âge de 85 ans. Est-il nécessaire d'ajouter qu'elle ne laissait aucune postérité directe ?
AreLiTt» municipale» de Luxembourg. - Soutenir»
SEYLER, Christophe, est né le 12 février 1708, au village de Clémeocy, canton moderne de Capellen. Son père, qui se nommait Dominique et sa mère Marie Graff, habitaient la maison Lampesch.
Dominique Seyler ayant été nommé Mayeur de son village, négligea ses affaires domestiques et se ruina.
Christophe, l'aîné de ses enfants, quitta la maison paternelle et s'enrôla au service des Anglais qui occupaient alors la Belgique. Dans une escarmouche une balle lui effleura les yeux et lui fit perdre l'œil gauche. A la conclusion de la paix il était propriétaire d'une brigade du trein. Il vendit la majeure partie de ses équipages et , du produit de cette vente il acheta des marchandises. Dans, ce temps il fut obligé de pourvoir lui-même à son instruction en apprenant à écrire et à calculer. Il avait cherché à relever les affaires de son père par des envois d'argent; mais à son retour dans la maison paternelle il y trouva établie une de ses sœurs.
Renonçant à revendiquer son droit d'aînesse que la loi lui attribuait à cette époque, il vint s'établir à Luxembourg où il commença un commerce d'épicerie. Il se maria dans cette ville, le 5 janvier 1755,
i l'âge de 47 ans, avec Marie-Marguerite Servais, née à la censé dite Bodenhof, d'où douze enfants, dont neuf filles et trois garçons, qu'il eut le bonheur de voir tons convenablement établis : parmi ces enfants comptait Anne-Barbe-Marguerite Seyler, dont l'article précède.
Christophe Seyler était entreprenant; mais la fortune se montra souvent contraire à ses spéculations: 11 tenta la fabrication du tabac et la filature du coton ainsi que le commerce de vins ; mais aveo des succès fort incertains , parce que s'attacbant toujours aux premières qualités il ne pouvait que difficilement soutenir la concurrence.
Familiarisé avec l'agriculture de différents Pays, surtout avec celle des Pays- Bas , il introduisit dans le Luxembourg la culture du tréfile , plante qui y avait été inconnue jusqu'alors. Dans le principe il eut beaucoup de peine à la faire adopter par nos cultivateurs toujours entichés de leur vieille routine , mais il finit cependant par y parvenir , au prix de sacrifices matériels et personnels.
Ce fut aussi Christophe Seyler qui fit venir le premier sucre des colonies anglaises et qui fournit les premières couleurs aux frères Boch (v. leur art.) pour leur faïencerie.
En 1771 , les grains ayant manqué, la disette se fit sentir dans le pays. Dans celte circonstance il commanda cent voitures de grain dans les Flandres. Arrivées aux frontières elles furent arrêtées par ordre des Etats dont quelques membres trouvaient leurs intérêts froissés par cette entreprise bienfaisante. La ruine de Seyler eût été certaine sans l'intervention du commandant de Vogelsang qui lui envoya une escorte de cavalerie pour ses voitures, lesquelles entrèrent dans le Pays en dépit de la maréchaussée. Il établit des dépôts dans toutes les villes du Pays : le prix modique auquel il vendit ses grains lui valut alors le surnom de Joseph l'égyptien. Il avait défendu à ses agents de vendre a une même personne plus de trois à quatre bi-
chels à la fois, afin d'empêcher tout nouvel accaparement.
Les gros cultivateurs, qui avaient retenu jusqu'alors leurs denrées pour spéculer sur une hausse énorme , voyant leur tentative échouée , commencèrent à les envoyer aux marchés de Luxembourg et d'Arlon , immédiatement après l'arrivée de l'approvisionnement importé par Seyler ; et les fortes quantités que l'on vit alors affluer tout d*un coop prouvèrent bieu que la disette si redoutée n'avait été que fictive. Cependant Seyler fut en perte sur sa spéculation; mais les bénédictions du peuple indemnisèrent largement ses sentiments philanthropiques.
La grande franchise, le patriotisme et l'esprit entreprenant de Christophe Seyler lui attirèrent bien des haines et bien des jalousies; mais il jouissait également et généralement de l'estime ainsi qne de l'affection de beaucoup de personnages éminents. Il était de taille ordinaire et avait le dos voûté. Il possédait une force herculéenne et une forte voix. A une grande vivacité il joignait beaucoup d'activité. Il était rude d'habitude, mais bienfaisant, très sobre et économe.
Christophe Seyler est mort à Luxembourg, le 26 septembre 1793, à l'âge de 85 ans.
Article commuai.
Seyler, Jean; v. SE ILE H, Jean.
SIBHICII, Alexandre de, ne nous est connu que par la mention sommaire de l'auteur des Viri illustres: «1635. Ale- « xander de Sibrich , Dominus in Disdorff « et Roussy , Luxemhurgicus , Tribunus « legionis Germanornm pro rege Hispa- « oiarum , Gubernator Rbioobergensis , « quam fortissime usque ad extremum dece fendit. »
11 est mort en 1635, comme l'indique le passage qne nous venons de citer.
Viri illustre*. II, N° KM. P.n.cr, I. M. LXX.VI. - BuTutn, VIII, 190.
Sibrck, Adolphe de; v. ADOLPHE, dit de Sierck.
SIERCK, petite Tille qui pendant le dixième siècle appartenait à la poissante maison d'Ardeone, était entrée dans le lot de la succession du Comte Sigefroy, premier seigneur de Luxembourg, lequel l'avait transmise à Adalbéron (v. son art.), son fils, prévôt de St. Paulin près de Trêves : ce dernier se disait en effet seigneur de Sierck, Dominus de Serico, dans un acte de Tannée 1036. Plus tard elle passa sous la domination des ducs de Lorraine, puis enGn et depuis 1661, a la France.
Sierck a produit une, peut-être plusieurs familles dont sortit plus d'un personnage important, qui ont porté son nom, soit comme descendant de sa maison noble, soit de Burgnuenoer des seigneurs, soit enfin et simplement du lieu de leur naissance; car il ne nous a pas été donné d'établir ce fait d'une manière absolue , bien que cependant nous penchions pour la première de ces hypothèses puisqu'il serait difficile d'admettre que les prélats dont nous aurons à parler ici , et qui se nommaient de Sierck , n'eussent pas appartenu à la race noble et antique.
Ce que nous Tenons d'avancer trouve sa parfaite justification dans la circonstance que ces personnages portaient: d'or, à l'aigle de sable; preuve qu'ils étaient nobles, tandis que l'écusson de Sierck mflrae avait: d'or, à la bande de gueules, ornée de trois coquilles d'argent , ce qui démontre qu'ils n'appartenaient pas à la famille seigneuriale de cette ville.
Traité du Département de Metz. - Bacia, Biographie de la Mo.ellc. IV. 841. v. Sta«....c, Der MoaeUtrom Ton Met* bia Colrientz. 40, iqqq. — Aa Horracia, Hiitoria Trevireiui. diplomatie», I, 368, $q.
SIERCK, Frédéric de, entra dans les ordres sacrés et devint d'abord prévôt de St. Pierre à Utrecht ; puis il fut nommé quarante-troisième évêque de ce diocèse en 1317, et mourut finalement en 1322.
Délice, de. Paya-B... IV, »»7. - , 8r.*«K.c,
SIERCK, Jacquet d«, est né dans la ville de ce nom, vers la fin du quatorzième siècle. Il était écolâtre du chapitre de Trêves lorsque l'archevêque Otton de Ziegenbeini Tint à mourir le 13 février 1439. Le chapitre s'étant réuni pour donner un successeur à ce prélat, les voix furent partagées entre Jacques de Sierck et Uldaric de Manderscheid , Grand-Doyen de Cologne. Les deux concurrents allèrent à Rome pour solliciter leur confirmation ; mais le pape Martin V n'approuva ni l'une ni l'autre élection , et donna le pallium à Raban de Helmstadt , évêque de Spire. Jacques de Sierck eut le bon esprit de se soumettre , tandis que son compétiteur, ayant voulu s'opposer à la décision du Souverain-Pontife, suscita des troubles et finit par être privé de ses bénéfices.
L'archevêque Raban , qui était nn homme cassé par les années et devenu incapable de gouverner, sentit bientôt qn'il ne pourrait conserver un tel fardeau. Il entra en conséquence en négociation avec Jacqaes de Sierck , en faveur duquel il abdiqua moyennant soixante-mille ducats. On dit même que Jacques donna une pareille somme à l'évêque de Liège, Jean de Heinsberg, pour l'engager à renoncer aux prétentions que lui donnait son titre de coadjuteur de Raban. Quoi qu'il en soit, Jean de Sierck ayant reçu ses bulles du pape Eugène IV, prit le nom de Jacques Pr et fut consacré le 11 septembre 1439, au château de Meinsberg près de Sierck. Immédiatement après il fit son entrée solennelle dans la ville de Trêves.
Le clergé y était alors en guerre avec les bourgeois qui, accablés d'impôts s'étaient emparés des biens de main-morte pour obliger les prêtres ù participer aux charges publiques. Mais ces derniers avaient mieux aimé quitter la ville. L'archevêque Jacques leur persuada de rentrer sur le champ, de payer les droits imposés sur le vin , afin d'aider la ville dans les obligations immenses qu'elle avait à remplir depuis la dernière guerre, et rétablit ainsi le calme dans son diocèse.
Quelque temps après les électeurs ayant élu empereur Frédéric, duc d'Autriche, Jacques de Sierck fut envoyé en ambassade vers ce prince pour l'inviter à se rendre à Aix-la-Chapelle afin d'y recevoir la couronne. Le 20 décembre 1441 il alla à Metz, accompagné de deux cents jeunes seigneurs allemands, fut reçu avec honneur par le magistrat de cette ville et accepta les présents d'usage : quatre bœufs, autant de queues de vin et cent quartes d'avoine. Le Chapitre lui donna aussi deux queues de vin. Parti le lendemain pour Nancy il en ramena son oncle Conrad Bayer de Boppard,évôque de Metz , séjourna de nouveau dans cette ville et reprit ensuite la route de Trêves.
L'année suivante il assista au couronnement de l'empereur à Aix-la-Chapelle, accompagna ce prince à Francfort, à Strasbourg ainsi qu'à Vieux-Brisac , et obtint l'investiture du temporel de son église, le droit de prélever un péage sur le vin et autres marchandises à Coblence, à Verden et à Hammerstein. Quelques années après Frédéric lui accorda le même privilège dans les villes d'Engers et de Boppard.
En 1442 Jean Hurt de Scbœnecken, guerroyeur remuant et redoutable pour cette époque, étant venu attaquer l'abbaye de Prum menaçait de se porter également contre l'église de Trêves : l'archevêque Jacques, embarrassé en ce moment avec les affaires de son clergé contre la bourgeoisie de sa capitale, ne se trouvait pas à même de lui résister. Il s'empressa en conséquence de demander des secours au duc de Lorraine qui lui envoya sur le champ des aventuriers nommés Armagnacs dont la réputation était européenne, et qu'il avait à son service : A peine s'étaient-ils montrés que l'assaillant cessa les hostilités.
Le Luxembourg était vers ce temps travaillé de la manière la plus déplorable : Le peuple, si tranquille, si paisible et si attaché à ses souverains légitimes, n'avait pas pu supporter plus longtemps les hauteurs , les injustices et les vexations de sa
gouvernante, ou plutôt de sa duchesse engagiste, la trop fameuse Elisabeth de Gœrlitz ; et il s'était, à bout de patience, révolté contre elle. Philippe, duc de Bourgogne, que par dérision sans doute certains historiens ont surnommé le Bon duc, ayant pris parti pour la duchesse sa tante par alliance, était venu assiéger, prendre et piller la ville de Luxembourg sur le duc de Saxe, héritier et seigneur légitime du pays , du chef de son épouse Anne d'Autriche. Ces événements avaient lieu en 1443. Philippe se disposait à continuer cette guerre d'invasion , que l'on peut à certains égards qualifier de guerre civile et d'oppression , lorsque l'archevêque Jacques de Sierck entreprit de moyenner la paix entre les princes contendants, les ducs de Saxe et de Bourgogne; car pour les plaintes du peuple on ne s'en occupait pas alors, parce que ce dernier n'était considéré que comme un troupeau de bêtes de somme qui ne devaient avoir aucune volonté, qui n'avaient pas un iota à dire, pas même lorsqu'il s'agissait de leur destinée et de leur avoir.
Le prélat trévirien s'aboucha en conséquence avec les principaux conseillers du duc de Saxe et leur représenta les nouveaux maux qui allaient désoler le pauvre Luxembourg si leur maître s'obstinait dans ses prétentions quelque fondées qu'elles fussent, et s'il ne se hâtait pas d'éteindre au plutôt la guerre allumée. Il ajouta que pour détourner ces maux il s'offrait pour moyenner In paix. Ces avances ayant été acceptées, il se rendit au château de Sept- Fontaines, à vingt kilomètres de Luxembourg et environ dix d'Arlon, où Philippe de Bourgogne se tenait en ce moment chez Jean de Raville , Seigneur de Fontoy et du dit Sept-fontaines, lequel était entré dans le parti de l'oppression par la force brutale. Il fit prier le duc d'agréer sa médiation pour traiter de la paix et rengager à dépécher ses ambassadeurs à Trêves , terre neutre , où se tiendraient dans ce cas les conférences. Philippe ayant accepté à son tour, donna à cinq de ses
chevaliers les pouvoirs nécessaires pour le représenter, recevoir les propositions et les discuter. Comme dès la première entrevue qui eut lieu en présence de l'archevêque Jacques de Sierk on put espérer qu'on arriverait a un accommodement il fut décidé qu'on transférerait le lieu des conférences au manoir de Hespérange où toutes les conditions furent provisoirement arrêtées. Cependant ce ne fut que dans une réunion finale, tenue à l'abbaye de Munster, près de Luxembourg, que furent définitivement rédigées les clauses du traité qui rétablit la paix entre les deux prétendants. L'archevêque Jacques 1", qui y apposa son scel le 19 décembre 1443, style de Trêves, a bien mérité de la patrie par l'active coopération qu'il mit à celte convention qui arrêta l'effusion de sang humain pour une querelle entre seigneurs.
Encore pendant la même année, Charles VII , roi de France étant allé à Nancy , reçut dans cette ville les hommages de l'archevêque de Trêves et du comte de Blanckenheim , chargés par l'empereur de renouveler avec le roi son ancienne alliance. Il parait que ces deux ambassadeurs s'acquittèrent de cette mission avec un entier succès. La même année, Jacques de Sierck assista à la diète de Nuremberg que l'empereur Frédéric convoqua pour remédier au désordre résultant du la division qui régnait entre le pape Eugène IV et le concile de Bâle. Le Souverain-Pontife n'ayant pas voulu acquiescer au projet du concile, les archevêques de Trêves et de Cologne se détachèrent de la cause de Rome et prirent ouvertement parti pour l'empereur. Le Pontife obstiné les excommunia ; mais sa sentence n'eut aucun effet; et, au commencement de l'année 1447 il leva lui-même l'interdit dont il avait frappé ces deux prélats.
En 1450 Jacques de Sierck se rendit à Rome avec son oncle Conrad Bayer de Boppard , évéque de Metz , pour y gagner les indulgences du jubilé, et profita de son séjour dans cette ville pour
plaider auprès du pape Nicolas V les intérêts de son église et obtenir la permission de fonder une université à Trêves. Le Saint-Père y consentit et publia le 2 février 1454 une bulle par laquelle il donnait à son vicaire apoitolique, Jacques de Sierck, l'autorisation d'établir une académie destinée à l'enseignement de la théologie, du droit civil et canonique, ainsi que de toutes les autres sciences. Dans cette bulle le pape assimile , sous le rapport des prérogatives et des honneurs, les professeurs et les élèves de la nouvelle académie à ceux de l'université de Cologne. Quelques jours après une nouvelle bulle , accordée aux prières de l'archevêque , supprimait trois canonicats et en affectait les revenus avec ceux de trois cures à l'entretien des professeurs. Mais le diocèse de Trêves , ravagé par plusieurs seigneurs qui en consumaient les ressources , et accablé de dettes énormes , était loin de jouir de celte tranquilité si nécessaire aux travaux de l'esprit et aux établissements qui ont pour objet le développement de l'intelligence humaine. L'académie de Trêves demeura en projet tant que l'archevêque Jacques de Sierck vécut. Il ne réussit pas davantage h rendre à son église son ancienne splendeur, bien qu'il fût puissamment secondé par l'empereur Frédéric 111 dont il était l'ami.
En 1453 le prélat se trouva à une diète a Nuremberg , convoquée pour délibérer sar les moyens de repousser les Turcs qui venaient de s'emparer de Coostantinople. Il y parla dans le sens de la guerre avec une éloquence si véhémente qu'il entraîna l'assemblée. Mais d'autres affaires survenues depuis , mirent obstacle à cette nouvelle croisade.
Jacques de Sierck était a la veille de succéder à son oncle Conrad Bayer de Boppard dans l'administration de l'évêché de Metz, lorsqu'il tomba malade. S'étant fait transporter à Pfalzel, près de Trêves, il y mourut le 26 mai 1456 après dixhuit jours de maladie. Son corps fat
rapporté à Trêve* et enterré devant le maître-autel de l'église de Notre-Dame.
Brover nous a conservé son épitapbe que nous copions :
TREVIR SlRCK JACOBUS VIM PAiESCL ORIGINE