‹ Biographie luxembourgeoise: histoire des hommes distingues ..., Volume 1Chapitre 13 sur 33 · OBIIT FATO SUO GANDAYI II DECEMBRIS · texte numérisé non relu

OBIIT FATO SUO GANDAYI II DECEMBRIS

CANDORE GRATUS y YIRTUTE CLARUS , MERITIS

[iMMORTALIS.

POSUIT EJUS MEMORISE HOESTA CONJUX NO-

[bILIS ET

generosa domina^

d. margareta de steelant ^

dictorum supra locorum baronissa et

[domina ^ quie induta yirtute ex alto coeubbm

[yitam bonis operibus adornans yiyere desiit

[anno 1655.

PRIMA MARTII iETATIS SUiB 70.

Ud monument commémoratif , portant à peu près la même épitaphe , en français, a en outre été érigé à ce grand homme dans Téglise de Jamoigne.

Gilles du Faing a été marié Yers Fannée 1615 à Marguerite de Steelant issue d'une illustre famille de Flandre et qui lui aYait apporté en dot les seigneuries dont il se titrait, moins celle de Jamoigne.

De son mariage sont nés : Georges-François, Philiberlej Philippe-François^ Albertine, Diego et Ignace. Philiberte dcYint réponse d'un sieur de Zelhausen , et Philippe-François obtint des titres et des honneurs. Il impétra Toctroi des foires de Jamoigne (novembre 1662) , et mourut finalement le 21 décembre 1680 , époux de Pétronille Morel de Tangri, dernière de son nom et de ses armes.

Les quatre autres enfants de Gilles du Faing moururent jeunes et sans alliance.

!f BYBN, Histoire de U Baroaie de Jamoigne ; dans : Pablication» de la Société archéologique da Grand- Daché, X, 88 à lOa. - Viri iUastres, III, N« 207. — BBaTHOLBT; VIII, 190. — Ulvblirc, 38. — Paquet, 69. —PiiaaBT, I, foL LXIV. — ArchÎTes de la famille du Faing. — Ungeschnck*

FALKENSTEIN, famille aujourd'hui éteinte, une des plus anciennes du Luxembourg et que Ton trouve déjà mentionnée parmi la première noblesse du Pays pendant la seconde moitié du douzième siècle , portait : d'or , au chef de gueules; ou plus vraisemblablement, suivant Pierret et Bertholet: de gueules, au faucon d'argent, surmontant une colline de sinople. Cimier : un faucon volant aux couleurs de Técu. Il se peut que les deux manières aient été successivement adoptées, puisque les deux archevêques

de Trèyes , qui sortaient de cette maîâon et doat il sera question ci-bas, avaient la première, qui est aussi de Wiltz, tandis que dans la suite Fécu décrit par Pierret se rencontre sur les sceaux des sires de Falkenstein.

La famille de Falkenstein a' été de la part de l'empereur Wenceslas honorée du titre de comte dans la personne de Philippe seigneur de ce nom, par érection prononcée à la diète de Francfort en 1397, en récompense des loyaux services que lui Philippe et ses ancêtres avaient rendus tant à la maison de Luxembourg qu'à celle de Bohême dans les hauts emplois qu'ils avaient occupés, tels que celui de chambellan, etc.

Tout le monde se souvient sans doute que pendant un voyage qu'il fit incognito dans le Luxembourg et dans les Pays-Bas, l'empereur Joseph II avait pris le titre de Comte de Falkenstein.

On voit que nous parlons ici de la mai-:

son de Falkenstein sur TOur, à une lieue environ de Vianden. Cependant la lecture d'un passage des Annales de Brower a fait naître chez nous des doutes sur la question de savoir si les deux archevêques dont les articles suivront appartiennent bien aux Falkenstein du Luxembourg?

Cet auteur dit en effet qu'il a existé en Wétéravie une autre terre ainsi appelée et à laquelle sont, du reste, attribuées les mêmes armes; et il semble croire positivement , lui , qu'ils étaient originaires de là. D'un autre côté il nomme le second de ces prélats: de Kœnigstein^ et son épitaphe, qu'il rapporte, dit la même chose.

Cependant nous nous en tenons , quant à ce dernier point aux notions non moins positivement exprimées par de Hontheim qui assure d'après des sources qu'il dit authentiques, qu'il était de Falkenstein.

Quant à la biographie de l'un et de l'autre de ces personnages, nous avons cru devoir la donner dans cet ouvrage, même en conservant nos doutes; parce que si ces doutes sont confirmés par des recherches ultérieures les deux articles

devenus alors inutiles , n'auront pas sensiblement augmenté le volume de notre galerie; tandis que si nous les avions omis nous aurions laissé une lacune regrettable pour le cas oii il se serait confirmé que réellement ils appartenaient aux Falkenstein luxembourgeois.

Bkitholit, VII; pauim. — PiBtmBT, III; paisin», — GcsU TreTirorum, II — BiStscH, Eiflia illnstraU; passim. — D. Calhbt, Histoire de Lorraine, II, pa»sin; et: Notice de la Lorraine, I, 438» ^Vl- — A a HoHTHaw, Hiatoria Trevirenâis diplomatica, II; paMim. — Baowaa, Annales Trevircnses, II, passi». UKCBSCBOca. — Notes d'Etudes.

FALKENSTEIN, Conon ou Cunon de, né en 1320, était fils puîné de Conon seigneur de Falkenstein et de Jeanne de Sarwerden. Philippe, son frère aine, avait épousé une fille d'un seigneur de Hanau tandis que lui ainsi que son frère cadet , nommé Jean , après avoir terminé leurs études se vouèrent à Tétat ecclésiastique et obtinrent chacun un canonicat à Mayence oii ils avaient fait leurs classes.

Conon qui joignait un esprit vif et ferme à beaucoup de dispositions naturelles pour Fétude, avait acquis des connaissances étendues tant en théologie que dans les antres sciences, de même que dans Tari militaire , comme du reste cela était d^usage à cette époque oh même les plus saints prélats ne se gênaient pas de mettre le casque et de ceindre Tépée.

Après la mort de son père , Philipe son frère aîné succéda dans les domaines de famille. Ce dernier mourut à son tour en 1342 laissant pour héritiers des enfants en bas-âge, auxquels leur père avait donné pour tuteurs le comte de Veldenz et le seigneur de Hanau qui prirent, an nom de leurs pupilles , possession des seigneuries patrimoniales. Conon et son frère Jean virent ces dispositions de mauvais œil , prétendant que la tutèle de leurs neveux leur appartenait de plein droit à l'exclusion de tous autres , attendu que Falkenstein et Meysembourg — d'autres auteurs écrivent Muenzenberg — provenaient du côté paternel. Ils firent plus , ils tentèrent de s'en

mettre en possession ; mais aucun des sujets de ces seigneuries ne voulut les reconnaître ni leur obéir , prétextant que le seigneur défunt en avait ordonné autrement. Gonon appréhendant que les domaines de ses ancêtres passassent en des mains étrangères eue recours à Tempereur Louis de Bavière et fit assigner devant celui-ci les tuteurs institués par son défunt frère ; mais ils ne comparurent pas.

Alors Tempereur y voyant leur refus de se présenter à son tribunal, les déclara déchus de cette tutèle qu'il confia a Gonon.

Mais le seigneur de Hanau ne voulut point céder. En conséquence Louis de Bavière le mit au ban de TEmpire et le chassa de trois de ses plus forts châteaux qu'il confisqua en punition de sa désobéissance. De son côté j Gonon se mit à la tète de quelques forces de Tempire et marcha contre les tuteurs. Il battit d'abord près de Biscfaofsheim le sire de Hanau qu'il prit et enferma dans une étroite prison. Il poursuivit ensuite, la même année encore, jusqu'à Peddestein le comte de Veldenz qui y fut à son tour fait prisonnier. Après ces exploits Gonon put dicter la paix à ses compétiteurs; elle fut conclue à la condition qu'ils renonçassent l'un et l'autre à la tutèle ; que lui , Gonon , serait chargé pendant six ans du gouvernement des seugneuries appartenant aux pupilles et qu'après ce temps il les remettrait à son frère Jean ainsi qu'à ses neveux qui les administreraient alors conjointement jusqu'à la majorité du plus jeune d'entre eux.

En l'année 1346, dit l'auteur anonyme des gestes de ce grand homme , et alors qu'il n'avait enr.ore que vingt-six ans d'âge, Gonon de Falkenstein fut appelé d'une voix unanime aux fonctions de proviseur de l'église de Mayence sous l'épiscopat de Henri de Vimeburg qui fut plus tard déposé. Dans cet emploi qu'il conserva pendant neuf ans et jusqu'au décès de ce prélat , il sut gouverner cette église avec vigueur ; car , l'ayant trouvée appauvrie, chargée de dettes et enveloppée dans plu-

sieurs querelles fâcheuses, il sut la rétablir bientôt dans sa splendeur primitive. Il parvint même à forcer le marquis de Misaie à lui faire hommage ; il combattit le Landgrave de H esse et l'obligea à consentir à payer an trésor une rente annuelle de cent marcs d'argent fin, en cas qu'il voulût recommencer la guerre contre l'église de Mayence.

Il se prononça de même contre l'empereur Gharles IV et fut du nombre de ceux qui lui opposèrent Gonthier de Schwartzenbourg. Il mena en effet ce dernier, en 1347, au camp devant Franc^ fort et dépensa de fortes sommes d'argent pour le faire élire roi des Romains.

Deux ans plus tard il assiégea la ville d'Oppenheim qu^il réduisit à son obéissance. De là il alla détruire le château de S^ Victor près de Mayence oii il attendit pendant trois jours les bourgeois de cette ville qui , bien qu'ils désirassent de le combattre ,. n'osèrent pas se mesurer avec lui.

Henri de Virnebourg , archevêque de Mayence , avait été déposé sur ces entrefaites , et Gerlac de Nassau nommé à sa place. Ge dernier, qui avait reçu ses provisions de Rome , tenta de se mettre en possession de son siège; mais Gonon qui tenait pour Henri , marcha contre lui, le chassa des terres de Mayence et alla jusqu'à ravager le Pays de Nassau. Nous ne le suivrons pas ici dans ses aventures à Âschaffenbonrg et à Rhingau ou il fut chaque fois obligé de se sauver presque nu, descendant dans les fossés à l'aide de ses draps de lit pour échapper à ses ennemis qui le réclamaient mort ou vif, ni dans les autres exploits qui tous furent motivés par sa fidélité à la parole qu'il avait donnée à Henri de Virnebourg de le défendre envers et contre tous , lui et son église , jusqu'à sa mort. Le prélat étant décédé, Gonon se crut déchargé de ses soins et fit sa paix avec l'empereur ainsi qu'avec Gerlac de Nassau qui put alors prendre possession de l'archevêché et qui lui assigna même certains revenus

pour rindemniser de ses frais et de ses pertes pendant qu'il avait combattu pour soutenir Henri de Virnebourg.

Nous nous croyons en devoir de rapporter ici une particularité qui peint bien la force d'âme de ce grand homme qui avait cru devoir résister pendant neuf années entières à Tempereur et même au Pape , pour rester fidèle à sa foi jurée :

l'archevêque Henri était mort depuis quelque tems déjï et le bruit de cet événement n'avait encore que peu transpiré , lorsque Gonon de Falkenstein , après avoir fait sa paix avec Gerlac de Nassau et l'empereur Charles IV , se trouvant en présence de ce prince, celui-ci lui demanda s'il était bien assuré que le vieil archevêque fût mort? Gonon lui répondit d'un ton ferme et sans hésiter : Sire , si l'archevêque Henri de Virnebourg était encore en vie je n'aurais assurément pas consenti k me trouver en présence de votre majesté, comme je n'aurais pas permis l'installation des Gerlac de Nassau sur le siège de Mayence. Cette réponse aussi libre que franche, ainsi que la conduite subséquente de Gonon lui attirèrent dans la suite sinon l'amitié, du moins l'estime de l'empereur.

Gonon de Falkenstein avait repris son canonicat et menait une vie tranquille lorsque en 1362 l'archevêque Boémond de Trêves , cassé de vieillesse et incessamment en lutte aux empiétements de même qu'aux exigeances outrées de la noblesse , songea a se choisir un coadjuteur qui dans la vue de la survivance , pût mettre un frein k ces usurpations. Il jetta les yeux sur Gonon qui réunissait la naissance à une expérience éprouvée dans le maniement des affaires et à une haute capacité dans les armes. Il lui écrivit en conséquence de venir à Trêves pour conférer sur une affaire importante. Gonon s'y rendit et Boémond lui proposa ses vues qui furent agréées avec empressement.

Le vieil archevêque, ravi de ee consentement , le sacra d'abord évêque et le nomma chanoine et son coadjuteur. Le

chapitre et la ville ratifièrent cette nomination et prêtèrent au coadjuteur-futnrarchevêque les foi et hommage usités* Ges événements se passèrent en l'anoée

Aussitôt après Gonon se mit en devoir de réduire à la raison ceux des nobles qui avaient manqué à leurs devoirs de vassaux , passa le Rhin à la tête du dixhuit cents hommes et vint assiéger Vilmar qui appartenait à Philippe d'Issemboui^.

Il voulait punir ce seigneur pour avoir, contre les droits de l'archevêque Boémond , construit sur les terres de Trêves une forteresse qu'il avait appelée Greteostein , du nom de son amante nommée Marguerite. L'attaque fut si violente et si brusque que la place fut emportée en moins d'une demie journée et Philippe pris avec Jean , seigneur de Hontfort ainsi que trente-six hommes d'armes que Gonon emmena tous et les fit retenir en prison jusqu'à ce que l'année suivante Rupert comte palatin du Rhin s'étant entremis pour eux , obtint leur liberté. Cette leçon n'avait pas corrigé le seigneur d'Issembocrg; car dès qu'il fut relâché de sa captivité il se mit tout d'abord à l'œuvre pour élever un nouveau fort sur la rivière de Logane et le plaça encore une fois sur le territoire trévirien. Aussitôt que Gonon eut connaissance de cette autre témérité il arma encore une fois et en toute diligence contre l'usurpateur, courut le surprendre, le battit et l'emmena une seconde fois en prison d'oii il ne le laissa sortir qu'après que , par un acte solennel il eut consenti à reconnaître que les châteaux qu'il occupait relevaient en plein-fief de l'archevêché.

A la vue des succès de son coadjuteur Boémond s'applaudit du choix qu'il avait fait de Gonon de Falkenstein et pensa à se démettre définitivement entre ses mains de sa dignité épiscopale. Le clergé que l'archevêque consulta sur ce dessein, y ayant donné son consentement, Boémond envoya vers le Pape Innocent VI qui pour lors résidait à Avignon, une dépu-

tation chargée de demander son approbation. Le SoaTerain-Pontife ayant, après un mûr examen, tant de motiCs de la proposition qui lui était soumise que de la personne de Gonon , ratiGé la résolution du vieil archevêque de Trêves , déchargea celui-ci de Tépiscopat et conféra sa dignité au coadjuteur auquel il envoya en même tems ses bulles et le Pallium. Boémond le sacra lui-même archevêque (1363) au château de Petersee et se retira à Sarbourg oii il mourut environ quatre années plus tard (1367), le jour de S** Scolastique , c'est-à-dire le 10 février. Son corps fut ramené à Trêves et inhumé dans la cathédrale , devant l'autel de hi Ste. Trinité.

Le premier acte de Gonon, dès qu'il fut assis sur le siège archiépiscopal fut de ratifier le traité fait entre l'archevêque Baudouin de Luxembourg (v. son art.) et la ville de Trêves , traité qui avait déjà été confirmé par Boémond son prédécesseur. Il confia en outre aux échevins la collecte des tributs qui étaient imposés aux juifs; défendit qu'il y eût plus de cinquante familles de cette nation dans la ville et publia enfin plusieurs ordonnances pour la meilleure direction des affaires. Mais toutes ces dispositions, quelque libérales qu'elles fussent pour cette époque , furent mal interprêtées ; ce qui occasionna d'abord des murmures, puis des mouvements parmi les bourgeois qui prétendaient se rendre maîtres du cours de la Moselle et obliger les bateliers qui y passaient avec leurs barques de vendre leurs marchandises dans la ville même: Les échevins, qui s'étaient mis à la tête des mécontents , tentèrent même de publier des ordonnances dans ce sens.

Mais ces empiétements sur l'autorité de l'archevêque ne tardèrent pas à être vigoureusement reprimés , car Gonon n'était pas homme à laisser usurper sur ses droits. Il usa d'abord de moyens de persuasion ; mais comme il s'aperçut que les bonnes raisons n'amèneraient pas les résultats qu'il en attendait il eut recours

à la rigueur : il fit bloquer la ville et la serra de si près que rien ne put plus y entrer ni en sortir ; ceux des bourgeois qui tentaient de s'évader furent emprisonnés sans pitié; en un mot, il prit si bien toutes ses mesures que les habitants se virent bientôt réduits à l'extrémité et contraints de se rendre à discrétion. Gonon , qui voulait couper jusqu'à la racine tous les germes de trouble de la part de ses bourgeois , déclara qu'il prétendait remettre la décision de cette affaire au tribunal de l'empereur; ce à quoi les trévirois furent obligés de consentir. Des députés de part et d'autre se rendirent en conséquence à Prague et y plaidèrent leur cause. L'empereur prononça le lundi après la fête de Noël 1365, une sentence par laquelle le Sénat de Trêves était débouté de toutes ses prétentions ; et même plusieurs de ses prérogatives antérieurement obtenues furent déclarées révoquées.

La dureté de ce jugement était extrême ; il parut inexécutable même aux yeux de Gonon, sans risquer d'amener peut-être une effusion de sang provoquée par le désespoir. Aussi l'archevêque, en politique habile , ne s'en prévalut-il pas , se contentant de proposer une transaction raisonnable qui tendit simplement à remettre les choses sur l'ancien pied. Les bourgeois y donnèrent les mains avec empressement et la paix fut rétablie d'une manière stable, le 16 juin de la même année 1365.

Après avoir terminé ces contestations, Gonon pensant pouvoir respirer plus tranquillement s'occupait à restaurer le château de Pfalzel et à lui rendre son ancienne force avec sa splendeur primitive , lorsque de nouvelles affaires se présentèrent qui réclamaient le concours de sa vigoureuse activité.

Englebert III, de la maison de LaMarck, archevêque de Cologne, vieillard accablé d'infirmités , ne se sentant plus la force de gouverner son diocèse et appréciant la grande habileté de l'archevêque de Trêves dans la direction des affaires , le pria de

Touloir bien se charger de ce gouyernement afia de réprimer les excès que la noblesse et les yilles ne cessaient de commettre impunément. Gonon touché de rétat déplorable auquel cette église se trouvait réduite , accepta la commission qu'on lui offrait ; et il la remplit avec tout le courage qu'on lui connaissait ; il marcha d'abord contre les seigneurs de Viand et d'Issembourg qui avaient arrêté an-dessus d'Andernach des marchands flamands qui se rendaient à la foire de Francfort et les avaient pillés; prit leur château de Herzbach et les força à Restituer le butin qu'ils avaient enlevé. Et afin de les tenir absolument en bride il bâtit le château d'Engersgauen qu'il dénomma Guno-Stein.

Il acquit en outre le comté d'Ârenzberg pour cette église^ combattit et vainquit tous ceux des seigneurs voisins qui faisaient mine de vouloir remuer et les réduisit à Tobéissance. Enfin, une sédition contre l'archevêque Englebert s'étant élevée à Ândernach même , il marcha contre cette ville qu'il emporta d'assaut et condamna les rebelles à la peine capitale.

Le vieil archevêque étant mort sur ces entrefaites, le 26 août 1368, le chapitre et le clergé offrirent à Gonon le siège devenu vacant. Mais il refusa, disant qu'il aimait trop sincèrement sa première épouse, l'Eglise de Trêves, pour pouvoir s'en séparer. Il consentit cependant à continuer d'administrer le diocèse de Cologne pendant la vacance et jusqu'à ce qu'il fût pourvu d'un prélat vigilant et ferme : il est des auteurs qui ajoutent qu'il ne prit même cette résolution que sur les instantes sollicitations ou même les ordres formels du pape Urbain Y.

Pendant cette espèce d'interrègne le sénat et le peuple de Cologne ayant entrepris quelques empiétements sur les droits du clergé , il fit sortir celui-ci hors de la ville , excommunia la bourgeoisie entière et soutint contre elle une guerre dont il sortit vainqueur comme de ses expéditions précédentes.

Il y avait deux ans environ que Conon

gouvernait le diocèse de Cologne lorsque voulant se donner un peu de repos après tant de travaux, il engagea en 1370 le chapitre à désigner un archevêque titulaire : Deux concurrents furent alors mis en présence ; cependant le premier , Frédéric , comte de Sarwerden qui était sontenu par Conon , finit par l'emporter sur son compétiteur, Jean de Luxembonrg- Ligny , comte de St. Pol que l'empereur Charles IV avait recommandé.

Conon ne s'occupa plus dès lors que des affaires intérieures de son propre diocèse; et ce fut chose facile pour lui puisque tous ayant éprouvé sa vigueur nul mécontent n'osa se prononcer contre lai.

Le prélat put ainsi vivre en paix , redouté qu'il était en même temps qu'estimé de tous par la force de son caractère et sa science , mais surtout par son extrême justice : c'est ainsi qu'il parvint jusqu'à sa soixante-huitième année. Sentant alors la vieillesse approcher à grands pas et avec elle les infirmités qui l'accompagnent toujours , et craignant d'un autre côté qu'après sa mort de nouveaux troubles ne pussent survenir en cas que son successeur n'aurait pas possédé la même vigueur d'âme pour contenir les mutins , il résolut de se choisir lui-même ce successeur ; et il jetta les yeux sur son petit-neveu , Werner de Falkenstein (v. son. art.) qui promettait beaucoup: Werner avait résidé pendant plusieurs années à la cour de Trêves ; il était devenu ensuite archidiacre du chapitre , Prévôt de St. Florin à Coblence et de St.-Paulin. L'archevêque lui communiqua d'abord ses intentions et obtint sou consentement. Il envoya ensuite sa démission à Rome et proposa au Saint- Père de lui donner Werner pour successeur. Urbain VI y consentit et Werner de Falkenstein fut reconnu en qualité d'Archevêque-élu de Trêves, au mois de mai

Comme le nouvel-élu était jeune encore , son oncle pouvait craindre qu'il ne lui prit envie de prodiguer les grands trésors qu'il avait amassés à son église. Pour Fé-

yiter il s'en réserva la garde jusqu'à ce qu'il eût put s'assurer de son esprit d'économie si nécessaire chez les gouvernants surtout. Cette sage mesure a trouvé des critiques parmi les annalistes dont plusieurs ont été jusqu'à soutenir que l'avarice du vieux prélat l'avait dictée. On a été plus loin encore , on a avancé que ces richesses provenaient de la connaissance prétendue de la pierre philosophale que Conon aurait trouvée , parceqne dans ses moments inoccupés par les affaires d'état il s'était beaucoup occupé d'Âlchimie comme de diverses autres sciences qui alors, comme on sait, n'étaient encore qu'au berceau. Quoiqu'il en soit de ce reproche d'avarice, Conon de Falkenstein ne survécut que de peu de jours à son abdication: il mourut le 21 mai 1388, au château de Cunobourg ou Wemich sur leBhin, sous St.-Goar, et fut enterré le premier Juin suivant dans l'église de St.- Castor à Coblence. Sa tombe portait l'épitaphe suivante:

PRi£SlTLIS EXIMII JACBT hIC CORPUS YENB-

[rànduh

CUNONIS, GBNITI PER FàLKENSTEIN DBCO-

[randuh.

Grande genus. Superis Hunc pie junge

[Deus.

Obiit anno Domini MCCCLXXXVIII.

[Die XXI Mail

Quelques auteurs ont écrit que sur la fin de ses jours le Pape lui aurait envoyé le chapeau de cardinal ; mais qu'il l'aurait refusé.

Conon de Falkenstein est l'auteur d'un ouvrage qui a été imprimé dans le Recueil de Pistorius , sous le titre de : Gesta Trevirensia. C'est un recueil d'anciennes Chartres entremêlées de récits plus ou moins fabuleux. L'auteur y avait ajouté la série des Papes et celle des Empereurs.

Gesta Trevîroram, II, 874 ad 895. — D. Calhkt, Histoire de Lorraine, II, col 59tf, sqq.~BBtTBoi.rr, 1, P. JT. V; et VII, 136 à 141 -Hosssi, Supplément , 11, 443. •— As HoNTBBiH, Historia Trevirensis diplomatica, II, 817, 818, 884» 830.— Baown,

Antiqnitates et Anaales TreTÎrenses, II, 830 ad 834. ^ Notes d'études. — HASTUinu, Bibliotkeea coloniensis, 68. — NsouARs, Les auteurs luxembourgeois, 9.

FALKENSTEIN, Werner de, dont il a été question en passant , à l'article précédent , était si nous en croyons de Hontheim d'après Senckenberg, fils de Philippe seigneur de Falkenstein, mort en 1373, et d'Agnès du même nom , sa cousine et nièce de Farchevéque Conon par le frère de celui-ci, aussi nommé Philippe. Agnès de Falkenstein , de la ligne cadette de sa maison comme l'archevêque Conon , était décédée en 1383 ; de sorte que Werner son fils se trouva orphelin déjà pendant sa jeunesse. Cette circonstance fut sans doute la cause pour laquelle son grand-oncle l'archevêque le prit chez lui, réleva à sa cour et le destina à l'état ecclésiastique , lui accordant plusieurs bénéfices , et le désigna même pour son successeur à Tévêché , lorsque encore il n'était pas promu aux ordres sacrés. Mais n'anticipons pas sur l'ordre des événements.

L'Histoire ne nous a rien appris touchant les études de Werner de Falkenstein ; cependant les Gestes de Trêves nous le dépeignent comme un jeune homme simple dans ses mœurs, d'un jugement droit et prévoyant de caractère. Il était archidiacre de l'Eglise de Trêves et prévôt de celle de St. Florin à Coblence comme aussi de St. Paulin lorsque son oncle, l'archevêque Conon, ayant jeté les yeux sur lui se décida à le faire admettre pour son successeur. Cette détermination de la part d'un homme tel que Conon doit suffire à nos yeux pour admettre que Weroer de Falkenstein possédait de grandes capacités.

Conon résolu de se démettre de son archevêché, s'ouvrit d'abord à son petitneveu, lui proposant d'accepter sa succession. Dès qu'il eut obtenu l'assentiment de celui-ci il envoya à Rome une dépntation chargée de faire agréer son projet par le Sonverain-PonUfe. Urbain VI qui ne roulait pas procéder à la légère dans une affaire aussi importante, chargea l'archc-

véqne de Cologne aiasi que les abbés de St. Maximin et de Ste. Marie-aux-Martyrs d'informer sur les vie et mœurs ainsi que sur les qualités et les capacités de Werner.

Le rapport des commissaires ayant été en tout point favorable, le Saint-Père donna son agréation à la proposition et promit d'envoyer le Pallium an nouveau prélat dès qu'il aurait été admis aux Ordres et sacré archevêque.

Lorsque Conon fut informé de la décision d'Urbain il présenta son petit-neveu au clergé et au peuple , demandant qu'on lui rendit l'hommage usité. Mais les chanoines s'y refusèrent d'abord parce qu'ils craignaient qu'en acceptant ainsi le jeune Werner ils ne fussent censés renoncer à leur droit d'élection. Cependant sur les observations du vieil archevêque touchant l'opportunité de leur agréation , et après qu'il leur eut donné les assurances les plus rassurantes que ceci ne préjndicierait en aucune manière à leur droit depuis si longtemps établi, ils consentirent à procéder, pour la forme seulement, au choix de Werner qui fut alors agréé à l'unanimité des voix. Les autres autorités et les fonctionnaires du diocèse lui rendirent de même hommage. Ceci se passa au mois de mai 1388, et Conon mourut encore pendant le même mois.

Werner était ainsi archevéque-élu, mais non sacré; il n'était pas même ordonné prêtre.

Aussitôt après la mort de son oncle et prédécesseur, le nouvel élu eut à soutenir des difficultés contre un autre de ses parents nommé Philippe de Falkenstein et contre l'archevêque de Cologne qui. aussi lui était quelque peu uni par les liens du sang. Chacun de ces deux derniers prétendait que les trésors que Conon avait amassés devaient lui être remis : Le seigneur de Falkenstein soutenait en effet qu'ils lui revenaient à lui parce qu'ils avaient été faits sur les revenus de ses domaines patrimoniaux pendant que Conon avait administré ceux-ci en qualité de tuteur des enfants de son frère ; tandis que l'archevêque de Co-

logne les réclamait pour soi comme prove^* nant de son Eglise lorsque le prélat défunt avait été chargé de la direction de son diocèse, sede vacante: Il ne voulait apparemment plus se souvenir qu'il devait à l'archevêque Conon sa promotion à cet archevêché; et que à la résignation de son administration les comptes de sa gestion avaient été régulièrement appurés.

Werner sut habilement éconduire l'un et l'autre de ces réclamants : il répondit à son parent de Falkenstein qu'il ne convenait bonnement pas de toucher aux sommes provenant de la succession de son oncle tant que ses obsèques n'étaient pas faites; et qu'après ce devoir rempli il prendrait conseil auprès des autres princesélecteurs et de ses amis sur ce qu'il y aurait à faire dans l'occurrence. A l'archevêque de Cologne 11 objecta au contraire, que cet argent appartenait au trésor de son église non à la personne de feu l'archevêque Conon ; que dès lors il ne lui était pas permis k lui Werner d'en disposer pour le remettre à qui que ce fût ; que du reste dès qu'il le pourrait il ferait repasser par son chapitre les comptes de son oncle pendant qu'il avait administré le diocèse de Cologne; qu'il ferait faire dans les archives les recherches nécessaires pour retrouver les quittances, s'il y en avait, etc. , et que s'il résultait de cet examen que Conon fût resté redevable de quelqu'argent touché par lui il s'empresserait de le restituer à qui de droit.

Il semble qu'après ces réponses l'affaire en était restée là lorsque l'élu de Trêves eut à soutenir contre Rupert de Nassau, seigneur de Hadamar, une attaque violente au-delà du Rhin. Pour la conjurer, Werner sut mettre dans ses intérêts moyennant une grosse somme d'argent, Adolphe de Nassau qui était vassal de son Eglise ; et avec ce secours il obligea Rupert et ses adhérants à demander la paix qu'il leur accorda. 11 était à peine de retour à Trêves lorsqu'au mois de septembre de la même année Charles VI roi de France, ayant réuni une armée considérable pour marcher contre

le doc de Gueldre, on répandit le bruit que ces forces étaient destinées à combattre contre l'archevêque Werner. Ce dernier pour s'opposer à cette invasion présumée, <|u'aucun motif n'aurait du reste pu justifier, se mit en devoir de garnir les forteresses de son diocèse de garnisons prêtes a les défendre en cas d'attaque. Mais il en fut pour ses frais de garde , car l'expédition n'était dirigée ni contre lui ni contre le Pays de Trêves.

Tous ces événements se passèrent pendant la première année de son administration.

Lorsqu'il se vit débarrassé de ces dangers dotit le dernier avait été plus imaginaire que réel, Werner songea sérieusement à régler sa position en se faisant ordiner. Il fut ensuite sacré archevêque, le jour de St. Mathieu au mois de septembre 1388. Son gouvernement dura trente années entières et fut marqué par plusieurs de ces petites guerres si fréquentes alors, tantôt contre des villes insoumises ou qui tentaient d'usurper sur les droits de son Eglise, et il sortil vainqueur de tontes ces diificultés. Ce prélat qui chercha en toute occasion à protéger le clergé tant régulier que séculier et à faire exercer une exacte justice, était faible de caractère , dit-on, et peu entreprenante Ami de la paix et de la tranquillité avant tout, il eut désiré voir tout le monde en paix. Peu économe sans être dissipé, il eut bientôt dépensé les sommes considérables que son prédécesseur avait amassées dans son trésor et justifia ainsi les appréhensions de celui-ci; aussi est-il mort pauvre , les caisses publiques et les magasins vides.

L'archevêque Werner est décédé au château de Buremburg, le jour de St.

Thyrse, martyr, 4 octobre 1418 et fut inhumé dans l'église de Saint-Castor à Coblence.

Nous devons ajouter ici à la louange du prélat, une particularité qui nous semble intéressante k noter : D'après une ancienne coutume, l'archevêque de Trêves était l'unique héritier des ecclésiastiques de son

diocèse , soit qu'ils eussent fait un testament on non. Il arrivait par là que la plupart des prêtres étaient obligés de vivre dans une disette qui avilissait leur caractère et les faisait plus ou moins mépriser, parce que personne ne voulait leur faire ni avances ni prêts , dans l'incertitude ou l'on était du remboursement après leur mort.

Werner qui n'avait rien plus à cœur que la décence chez les gens d'église , voulant remédier à ce mal renonça à ce droit et fit approuver sa renonciation par le Pape Boniface IX dans une Bulle du 28 mai 1398 , où il fut néanmoins stipulé que en dédommagement de la perte qui devait résulter de cette concession pour le trésor du prélat, celui-ci aurait désormais à toucher le revenu de la première année de tous les canonicats et autres bénéfices séculiers qui viendraient à vaquer dans la suite.

Finalement l'archevêque Werner prit en 1400 une part très-active à la déposition de l'Empereur Wenceslas qui s'était rendu méprisable à tout l'empire. De plus il aida à Télection de l'Empereur Sigismond qu'il accompagna à Cologne et au couronnement duquel il assista.

Geste TrcTirornm, II, 895 ad 311.— D Galmkt,. Hbtoire de Lorraine, II, 707 sq. — BnTHOLST , I9 P. J. V. — As HoHTHBiM, Uistor. TreT^ii*. diplom., II, 893 ad 363.— Baowsa, Annal. Trevir., II, 854 ad

FALCOMONT, Thierri de, ou de Faur quemont, était fils puîné de Renaud seigneu^ de Fauquemont, Montjoie, St. Vith, Butgenbach, Heinskercke, etc. le plus brave et le plus courageux chevalier de son époque suivant Jacques de Hemricourt, et de sa première femme, Marie de Bautersem. Son frère aîné, Waleram de Fauquemont ayant été tué en 1329 à la défense du château de son nom et avant le décès de son père qui ne mourut qu'en J332, Thierri succéda h ce dernier dans les domaines patrimoniaux.

Thierri de Fauquemont fut un des plus grands capitaines de son siècle. Successivement chargé du commandement de l'ar-

mëe d'Edouard III, roi d'Angleterre dans la gaerre que ce monarque soutint contre Philippe de Valois; de celle d'Adolphe de La Marck, évéque de Liège, ainsi que de celle de Jean , comte de Luxembourg, roi de Bohême, il se distingua en toute occasion par son intrépidité, son sangfroid et ses entreprises hardies. Il périt enfin en brave, en 1346, à Vottem, dans une attaque contre les liégeois, sans laisser postérité de Mathilde de Vœrne, son épouse.

G^ DE Bsc-Di-LiiVKi, Biographie liégeoise, I, 109, sq. — BoTKKm, Trophées de Brabant, I, 485, sq. ; «t II, 543 etZaS. ^FouLLOH , Historia leoaSensis, I, 4S3. — FissR, Hîstoria eccletie Leodîensis, ad ann, 1346. -Notes d*étades,

FAUCHEUR , Jean-Baptiste, est né en 1721 , à Saint-Mard près de Virton. Nous ne savons absolument rien sur sa jeunesse ni sur ses études qui doivent avoir été brillantes puisqu'il était passé chirurgien major du régiment du Prince de Ligne , emploi qu'il conserva pendant vingt-six ans au bout desquels il prit sa retraite et se retira à Villers-devant-Orval oii il consacra tous ses moments à soigner les malades et de préCirence les indigents auxquels souvent il fournissait les remèdes en même temps qu'il leur donnait ses soins gratuitement.

Par son long service à l'armée. Faucheur * avait conçu pour le Souverain cet attachement vrai et inaltérable que l'histoire se plaît à reconnaître dans le caractère luxembourgeois ; car, il faut le dire , le gouvernement autrichien, quoiqu'absolu , était paternel envers les sujets. Aussi, à l'époque de la conquête française ne manqua-t-il pas d'être porté sur la liste des suspects, parce que trop franc pour cacher ses convictions, il avait en plusieurs occasions osé déclarer hautement son antipathie contre l'ordre des choses nouveau. Un jour même les troupes françaises, composées alors d'un ramassis de volontaires ainsi que de vieux et de jeunes troupiers chez lesquels la discipline n'était pas connue, étant venues piller la commune de Villers-devant- Orval qui forme une enclave vers la France, le médecin Faucheur avec beaucoup d'au-

tres habitants ne furent pas épargnés : on lui enleva tout ce qu'il avait et on le réduisit pour ainsi à l'indigence, lui surtout parce qu'il était signalé comme impérialiste.

Cependant ce malheur ne changea pas son opinion, sa foi politique, comme en revanche il ne lui fit pas oublier son caractère sacré de médecin , qui fait à l'homme de l'art un devoir impérieux de prodiguer les mêmes soins à l'ennemi qu'à l'ami, sans distinction : On était en 1793, pendant cette année de disette ou beaucoup de pauvres , réduits à ramasser dans les champs des feuilles de patience et de senne ou de moutarde sauvage, avaient abusé de ces tristes aliments et se voyaient attaqués de dyssenterie compliquée d'une fièvre maligne tellement contagieuse que l'on ne trouvait que rarement des personnes assez dévouées pour leur donner les soins et les veilles nécessaires. Dans cette terrible position des choses le Docteur Faucheur ne perdant point courage tenta de suppléer à ce manque de gardes-malades en se faisant lui-même infirmier: après avoir prescrit et préparé les remèdes il se faisait apporter de la paille qu'il plaçait sur celle qui se trouvait imprégnée d'or* dures chez les malades ; il faisait cuire en grand chez lui la tisane nécessaire et allait la distribuer aux familles, composées souvent de six et huit personnes toutes attaquées de la contagion. Et à cette époque Faucheur était septuagénaire ! Mais ce ne fut point tout encore: Il y avait alors aa château de Tassigny , en France , à 2 ou 3 kilom. de Yiliers, environ trois cents soldats fi:ançais attaqués du même aial :

Leur médecin les avait quittés sous prétexte qu'il était lui-même malade, les laissant ainsi abandonnés et sans soins. Lear commandant, informé des moyens efficaces employés par le Docteur Faucheur^ vint le trouver ; et , bien qu'il sût parfaitement que celui-ci n'avait pas à se louer des français, il le pria au nom de l'hamanité de se rendre au château qui o'étail alors qu'un véritable hôpital. Faucheur ne

se laissant gaider qae par son désir de soulager l'Iiufflanité souffrante , sans ac^ ception de nationalité y amie ou ennemie, accourut à Tassigny et se hâta de porter à ces militaires hâves et décharnés par la maladie comme par la douleur , les scMns que leur état réclamait, et cela sans rétribution aucune.

Une autre fois , c'était pendant la même époque, une patrouille française ayant été attaquée nuitamment par des hulans et des chasseurs Lasausse , conduits par un nommé Robert, de St. Vincent, un officier et un chasseur ennemis furent tués ainsi qu'un autre blessé mortellement, ayant reçu seize coups de lance dans les reins. Les fuyards, qui avaient tu Robert, rapportèrent que les habitants avaient été mêlés aux militaires autrichiens. Aussitôt une colonne française partit de Hargut pour venir brûler le village de Villers>sur-Semois. Les militaires y étaient déjà entrés et allaient exécuter ce sinistre projet lorsque heureusement pour les pauvres habitants , le blessé , qui avait été soigné avec le plus grand empressement par le Docteur Faucheur, voulant sans doute reconnaître le bienfait de cet homme vénérable , déclara au chef qui commandait les incendiaires que c'étaient des militaires non les habitants qui l'avaient blessé ; que ces derniers , loin de lui faire du mal l'avaient recueilli avec humanité et lui avaient procuré tous les secours dont il pouvait avoir besoin. Cette déclaration sauva le village , et l'on ne dut encore ce salut qu'au dévoûment vraiment médical du docteur Faucheur.

Les indigents avons-nous dit^ il les soignait gratuitement, leur fournissant même les remèdes ; et cependant il n'était pas riche; mais, en se privant souvent de bouillon pour le donner à ses malades, parfois de ses propres habillements pour vêtir les indigents, il croyait ne faire que son devoir.

Le Docteur J.-B. Faucheur est mort le 22 mai 1800, à Tâge de 79 ans. Le jour de son décès fut un jour de deuil pour son

village et ceux des environs; son convoi funèbre était tellement nombreux que Téglise n'a pu contenir toutes les personnes accourues pour porter au défunt un dernier témoignage de leur amour comme de leur reconnaissance et de leur vénération pour une vertu aussi pure et aussi désintéressée.

Notes commaiiiqQëes par M. Gilsoh, eoatrdlenr des eontribatioBi, à Aédange; d*aprëf det ménoira de famille.

FAULBEGKER, Jean- Baptiste, né à Luxembourg, le 9 mars 1764^ fils de Jean- Baptiste Faulbecker, marchand-tanneur, et d'Elisabeth Herber, était lui sixième enfant du même père et de la même mère, trois garçons et autant de filles, qui tous entrèrent en religion.

Après avoir avec grande distinction terminé ses études humanitaires au collège de Luxembourg il embrassa en 1788 l'ordre de Prémontré à l'abbaye de Wadgasse oii il fut ordonné prêtre. Chassé après quatre ans à peine de séjour de son monastère par les lois révolutionnaires qui supprimaient les couvents, Faulbecker fut pendant plusieurs années exposé aux poursuites et aux tourments, au véritable martyr que durent endurer alors les prêtres réfractaires, comme on nommait ceux qui refusaient de prêter le serment de haine à la royauté.

Il se vit comme ses confrères, tour à tour fugitif et latinant, pourchassé, emprisonné même ; mais enfin il eut le bonheur d'être acquitté par le tribunal révolutionnaire qui le déclara citoyen.

Lorsque le calme fut revenu il retourna dans sa ville natale et obtint une cure sur la Moselle oii il séjourna jusqu'en 1804»

A cette époque il fut nommé secrétaire du vicariat-général de Luxembourg, fonctions inportantes auxquelles ses vastes connaissances et ses vertus le rendaient parfaitement digne. Il les occupa pendant huit ans et cumulait en même temps celles de vicaire de la paroisse de St. Pierre. Ces dernières fonctions il les remplit ensuite encore pendant trente ans avec celles d'aumônier du monastère de la Congrégation

de Notre-Dame , dit de Ste. Sophie. Telle fut la carrière sacerdotale de Jean-Baptiste Faulbecker; et cette carrière pour avoir été humble n'en a pas moins été fournie par lui avec cette modestie qui accompagne toujours rhomme probe et le prêtre qui sait apprécier sa dignité apostolique.

Gomme homme, comme citoyen, Faulbecker mérite une place honorable parmi les illustrations nationales à cause des efforts constants qu'il fit pour propager Finstruction publique : en efi*et il fut un des premiers qui yers 1820 s'associèrent pour former Fécole normale de Luxembourg, institution si éminemment patriotique et qui, la première dans le Pays, était destinée à populariser renseignement en formant des instituteurs primaires à la hauteur de leur sublime mission. A cette occasion il ofirit son généreux concours pour favoriser cette entreprise, non seulement de sa bourse mais en prenant l'engagement d'y donner des cours gratuits aux élèves-maitres-d'école. C'est à cette occasion qu'il publia de concert avec le professeur Ducbéne, un ouvrage qui a pour titre : Calcul intuitif, d'après la méthode de Pestalozzi; vol. in 8®. Ce livre a eu une seconde édition à Luxembourg en 1829.

Le vénérable abbé Faulbecker est mort le 10 mars 1846, à l'âge de 82 ans.

Nëcrologe de l'abbé Fanlbeclcer, en aUemand. — SoQTenirs contemporains. — Nahur , Catalogne delà BU>lioth. Luibrg.. Stftf.

Fauquemont, Thierri de; v. FALCO-^ MONT, Thierri de.

FAUST DE STROMBERG, François- Louis^ est mentionné comme suit dans le manuscrit des Viri illustres : « 1654. France ciscus-Ludovicus Faust a Stromberg D' (cin Bertringen supra Theonisvillam et in « Bnsbach Lucemburgius , praepositus « aedium Cathedralis Herbipolensis et Com- « burgensis, Decanus ad Stm Burchardum, «Episcopi sui vicarius in spiritualibus et a per Dncatum Franconiœ princeps saceri< dos. »

Nous regrettons bien de n'avoir décou-

vert aucune donnée ultérieure concernant la Biographie de ce personnage, que ses titres ecclésiastiques semblent recommander autant que la place que l'auteur des Viri illustres a cru devoir lui accorder dans son ouvrage.

Il y a eu deux familles illustres du nom de Faust, ou plutôt cette maison s'est divisée depuis plusieurs siècles en deux branches importantes qui se dénommèrent, l'une : Faust d'Aschaffenbourg, d'où le fameux co-inventeur de l'art typographique ; l'autre : Faust de Stromberg, du nom d'un fief que cette branche a possédé. François- Louis auquel le présent article est consacré appartient à cette dernière.

Faust de Stromberg portait : échiqueté de trois tires en long et en large, d^or et de gueules; Le premier tire ou quarré chargé d'une étoile à six raies de sable.

Cimier : Un chapeau à Tantique de gueules, rembrassé d'argent, surmonté d'une étoile à six raies de sable, entre deux bannières de gueules, les lances et les bâtons d'or.

Viri illastres, I, N^ iOO. ^ Urgimbuck. — BenrnouiT, VUI, 196. — Paquet, 6tf.

Feit, François-Joseph, dit Longuevahy V. LONGUEVAL , François-Joseph Feit, dit.

FELLER, François-Xavier de, était fils de Dominique Feller, secrétaire-greffier au Grand-Conseil de Brabant. Son père, originaire d'Autel-bas près d'Arlon ou il mourut, fut anobli pour services rendus ^ par Lettres-patentes de Marie-Thérèse en date du 28 janvier 1741 , qui lui accordèrent pour armes : d'azur, au chevron d'or accompagné de trois treffles d'argent. Sa mère se nommait Marie-Catherine Gerber, fille d'un conseiller aulique de l'empereur Charles VI et intendant des domaines à Luxembourg.

François-Xavier de Feller naquit le tS août 1735, à Bruxelles, pendant le séjour que son père y faisait à cause de ses fonctions près de la Cour. Cependant il fut envoyé très-jeune encore à Luxembourg et élevé chez son oncle ou bien chez son

aïeul qui le mit au collège des Jésuites de cette ville où par ses progrès Traiment étoQoants dans les humanités comme par la moralité de sa conduite il sut bientôt se conquérir Testime et Tamitié de tout le monde. Le parent chez qui il demeurait à Luxembourg étant mort en 1751 , le jeune de Feller fut envoyé en 1752 à Rheims pour y étudier la philosophie ainsi que les sciences physiques et exactes ; et deux ans après, en 1754, alors qu'il n'avait que dixneuf ans d'âge, il entra au noviciat de la Compagnie de Jésus à Tournay. Dès qu'il eut achevé son temps probatif il revint à Luxembourg où il professa avec une rare distinction la poésie et la rhétorique. Doué d'une mémoire heureuse et d'une conception facile , il lui fut aisé d'expliquer de mémoire Horace, Virgile et d'autres classiques, comme aussi de réciter la Bible entière et l'Imitation de Jésus-Christ mot pour mot, lorsqu'on lui donnait le premier mot des chapitres.

Lorsqu'il eut terminé dans le professorat le nombre d'années que l'Ordre exige de ses aspirants, ses supérieurs l'envoyèrent en Hongrie où il se distingua encore par ses profondes connaissances dans la maison qui lui avait été assignée. Il voyagea ensuite pendant cinq ans environ, toujours pour se perfectionner dans les sciences divines et humaines, visitant les monastères et leurs bibliothèques ; et ce ne fut que le 15 août 1771, à l'âge de trente-six ans, qu'il fut admis à prononcer ses quatre vœux solennels à l'Ordre des Jésuites.

En 1772 de Feller vint à Liège où il était prédicateur au collège de sa compagnie lorsque la Société de Jésus fut supprimée dans les Etats de la domination autrichienne, comme il Tavait déjà été huit ans auparavant en France; et de cette époque, 1773, date véritablement son active coopération à la rédaction du journal qui se publiait à Luxembourg depuis l'année 1704 sous le titre de : La Clef du cabinet des Princes de l'Europe, ou Recueil historique et politique sur les matières du temps. Cette époque est même marquée d'une manière

particulière par le changement de titre qu'on donna alors à cette publication mensuelle en la dénommant : Journal historique et littéraire : Cependant dès le mois de décembre 1760 l'abbé de Feller avait déjà commencé à fournir les articles théologiques et littéraires. De 1773 à 1794 il fut à proprement parler le rédacteur unique de la collection qui ne compte pas moins de soixante-dix-huit volumes petit in 8^. Pendant ces vingt-une années il résidait alternativement paraît-il, à Liège et à Luxembourg. Son journal , écrit d'une manière souvent très-acerbe à Tarticle politiçjne, lorsque l'auteur appréciait les réformes de l'empereur Joseph II, ne laissa pas de lui susciter un grand nombre d'ennemis à la cour, mais surtout la haine implacable de l'empereur qui voyait en lui un antagoniste infatigable contre ses projets novateurs non suffisamment mûris peut-étrei Aussi le pauvre abbé-ex-jésuite eut-il bien des tribulations à subir, se voyant pour ainsi dire traqué partout comme un criminel d'état et obligé finalement de fuir, ^ tantôt dans une houillière près de Verviers où du fond de la terre il ne cessait encore de lancer des manifestes contre ses persécuteurs; tantôt à Bréda, tantôt enfin à Mœstricht où il put résider pendant quelque temps et jusqu'en 1794 à l'Hôtel de Tilly. Voyant par la marche des événements qui se succédaient alors avec la plus grande précipitation et qu'il avait peutêtre aidé à provoquer ; voyant, disons-nous que son séjour dans cette dernière ville n'était plus assez sûr pour lui il se retira en Allemagne, d'abord à Paderborn où le Prince -Evêque l'accueillit avec amitié comme un soutien de l'ancien ordre de choses. En 1797 il quitta Paderborn pour se réfugier à Batisbonne où il resta jusqu'à sa mort, arrivée le 23 mai 1802 à l'flge de 67 ans : dans cette dernière résidence il fut, comme à Paderborn, sous la protection de l'évéque de ce diocèse, lequel parait -il employa tous les moyens pour rendre au fugitif son exil aussi supportable que possible.

Si nous osons porter sur cet homme un jugement impartial , nous dirons que son infatigable activité si elle ayait été dirigée sans passion , aurait pu amener des résultats précieux ; tandis que la manière dont il a usé de ses vastes connaissances a pro* duit des suites peut-être opposées à celles qu'il attendait peut-être de son opposition . à ce qu'il nommait les empiétements de TEmpereur sur les libertés religieuses et publiques. Une réforme était deyenue nécessaire j tout le monde en convenait ^ mais Joseph II a eu le tort de trop la brusquer, et son antagoniste celui non moins grand de chercher à tout bouleverser, à faire mettre des provinces entières en révolte pour s'opposer à un changement quelconque , quelqu'utile , quelque désirable qu'il eût pu être.

Doué d'une piété solide, de Feller a voulu constamment rester attaché à son Ordre qu'il n'a pas cessé un insfant de regarder comme utile et même nécessaire.

Son dévouement au Saint-Siège était absolu. Bien qu'il fut animé d'intentions droites , mais souvent emporté par son imagination vive , on est , ce semble , en droit de le critiquer pour le peu de mesure qu'il a mise dans ses discussions politiques et littéraires. Cependant lorsqu'il se trouvait en société il était doux , complaisant et poli; et parmi ses amis qui étaient nombreux, il n'y avait que des personnages dignes d'estime.

Ce savant, rempli de feu^ d'esprit, parfois d'une amère critique mais d'une grande intelligence , a beaucoup écrit. Nous allons citer ceux de ses ouvrages dont nous sommes parvenu à acquérir la connaissance, sans que nous puissions nous flatter de les avoir tous découverts. Nous conserverons, autant que possible, l'ordre chronologique de leur publication, car cet ordre même a son importance en ce qu'il nous donne en quelque façon la chaîne des occupations de l'auteur pendant sa carrière littéraire : 4^. Un grand nombre d'articles théologiques et littéraires , insérés dans la Clef du cabinet, entre les années 1760

et 1773, lorsqu'encore il n'était pas le rédacteur eu chef ou au moins le principal rédacteur de ce recueil périodique. — S"". 1771. Jugement d'un écrivain protestant touchant le livre de Justinus Febronius (Pseudonyme de l'évêque de Hontheim; v. son art.).— J®. vers la même époque: Entretiens de Voltaire et de M.

P. , docteur de Sorbonne , sur la nécessité de la religion Chrétienne et Catholique, par rapport au salut. — 4^. idem: Lettre sur le dîner du Comte de Boulainvilliers ; facétie de Voltaire. — â''. idem : Examen critique de l'histoire naturelle de Buffoo.

—<?''. idem: Observations philosophiques sur le système de Newton , le mouvement de la terre et la pluralité des mondes; avec une dissertation sur les tremblements de terre , les épidémies , les orages , les inondations, etc.— 7**. 1773. Catéchisme philosophique, ou recueil d'observations propres à défendre la religion chrétienne contre ses ennemis. Liège , 1 . toI. ; et 1787, 3 vol. in S^.^8 \ 1773 à 1794.

Journal historique et littéraire ; Luxembourg et Liège; in 8**; 60 volumes. — 9 . 1776. Traité sur la mendicité.— fé?\ 1777. Discours sur différents sujets de Religion et de Morale; Luxembourg, 2 vol. in 12.— fr. 1779. Examen de l'évidence intrinsèque du Christianisme ; traduit de l'anglais avec des notes ; volume in 12. — f£'. 1780. Dissertation en réponse à la question : Num solâ rationis vi, et quibus argumentis demonstrari potest non esse plures uno deos, et fueruntne unquam populi aut sapientes qui hujus veritatis cognitionem absque revelationis divinae ad ipsos propagatae auxiliis habuerunt? Cette question avait été proposée pour prix par V Académie de Leyde. In 8"*. — — /J^. 1781. Dictionnaire historique. 6 vol. in 8* , Liège. Un grand nombre d'éditions en ont été publiées depuis. Uabbé B. de Suive, de Visé, et J.-L. Burion (v. son art) , mort curé à Marche, ont été ses collaborateurs pour cet ouvrage. — H^. 1732. Dictionnaire de géographie ; 2 vol. in 8"*, Liège. C'est Yosgien rema-

nié €i augmenté.'—iS''. 1782. Une édition des: Remontrances du Cardinal Bathiani^ primat de Hongrie, k Tempereur Joseph II ) an sujet de ses ordonnances touchant les Ordres religieux et d'autres objets. In 8<>. Latin et Français. — W. de 1782 à 1791. Une édition de la vie de St. Fiançois-Xavier , augmentée de quelques opuscules de piété. — ï7". idem. Véritable état du différend élevé entre le Nonce apostolique de Cologne et les trois Electeurs ecclésiastiques.— i^"» idem. Supplément k l'ouvrage qui précède. — 19°.

id. Coup-d'œîl jeté sur le Congrès d'Ems; précédé d'un supplément au véritable état , etc.— SO"". idem. Défense des réflexions sur le Pro memorià de Salzbourg, avec une table générale des quatre ouvrages qui précèdent. Ce$ quatre productions , écrites en latin, ont été traduites en allemand. — 21"". 1787. Réclamations belgîques, ou Représentations faites au sujet des innovations de l'Empereur Joseph II. in 8**; 17 volumes. — ^«''. 1789. Une édition de l'Histoire et fatalités des sacrilèges , vérifiées par des faits et exemples ; de Henri Spelman ; avec des additions , etc. — SS"". 1789. Correspondance politique et anecdotique sur les affaires de l'Europe; in 8*', 5 vol.— ^4". 1792. Examen impartial des époques de la nature , de Buffon; in 4% Mœstricht, 4« édition.— ^â^ 1800.

Réflexions sur l'Instruction de M. l'évéque de Boulogne (Asseline) touchant la déclaration exigée des ministres du culte catholique, in 8^— £6^ Itinéraire, ou voyages en diverses parties de l'Europe. 2 vol. in 8**, Liège, 1820. Ouvrage posthume. — ST.

Mélanges de politique , de morale et de littérature; extraits des journaux; 4 vol.

in t"", Louvain, 1822. Posthume.

Précis historique sur la tîc et les ooTraçes de rabbë de FcUer. LoutbId, 1824, in 8», — Biographie générale des Belges, 80. — Conversations- Leiikon, 1884, V, l$9.— Memai, Manuscrits; à la Biblioth. de Luzbrg., XXV. — Paqubt, 81.— Archives du Conseil provincial, à Luzbrg. — Dictionnaire historique, pnblié sons le nom de de Feller; Lille, cbes Lefort, 1859. III, 41, sqqq.— Galerie des contemporains, IV, r>68, sq. " Nabos, Catalogue de la Biblioth. de

Laxbrg., 164. tf 7S.«-CooaTi!f, Encyclopédie moderne, X, 487, sq. - CLA8B?i> Catalogue de la Biblioth. de Luzbrg., 559. — Biographie universelle, XIV, 878. sqqq.

Fbltz, Conon de; v. LAROCHETTE, Conon de.

FELTZ , Guillaume-Antoine-François , Baron de, fils de Jean-Ignace Feltz, Conseiller-Receveur-Général des aides et subsides et de ceux des Etats du Duché de Luxembourg, seigneur de Mœrstroff et de Larochette, et de Marie-Elisabeth Mewen, naquit à Luxembourg, le 5 février 1744.

Son père qui appartenait à une des familles les plus considérées du Pays, fut anobli le 21 mai 1740 par Lettres-Patentes de l'Empereur Charles VI qui lui avait concédé pour armes: d'argent, à trois pals de gueules , chargés chacun de trois bezants d'or, au chef de gueules, chargé de deux merlettes de sable. Jean- Ignace Feltz , père de Guillaume-Antoine- François , dont il est ici question, portait tant d'attachement à la Maison d'Autriche qu'il a été jusqu'à engager son propre patrimoine afin de venir en aide à sa souveraine. Aussi Marie-Thérèse récompensat-elle ce beau dévouement , sans exemple presque , en créant le 2 septembre 1757 son fils aine Baron de son nom et appliquant le dit titre sur sa terre de Mœrstrofi* avec rétroaction sur son père, mort en

Par Patentes subséquentes en date du 25 janvier 1772, la même faveur fut accordée au fils puîné, Guillaume-Antoine- François, ainsi qu'à sa postérité légitime, en considération du compte avantageux qui avait été fait à Sa Majesté de son zèle et de son intelligence.

Guiliaume-Antoine-François de Feltz entra dès sa jeunesse dans la carrière administrative , tandis que son frère aîné, Louis-Jeàn-François avait choisi la magistrature : Tout le monde sait que ce dernier périt malheureusement en duel, le 14 février 1782.

En 1766 Guillaume- Antoine-François de Feltz fut chargé de la direction du ca-

dastre de la proYioce et nommé en 1770, commissaire-général pour la publication et Texécotion de ce grand travail. Il devint ensuite auditeur-titulaire de la Chambre des comptes de Bxuxelles. Lors des changements ordonnés dans les Pays-Bas par l'Empereur Joseph II il fut nommé trésorier et membre du comité de la caisse de Religion, ensuite Conseiller au Conseil de Gouvernement. Mais les institutions projetées par TEmpereur ayant rencontré de vives oppositions dans les provinces belgiques il fut forcé de s'éloigner de ce Pays oh son dévouement connu pour la Maison régnante pouvait offrir des périls : Il alla s'établir en Hollande. Â la fin des troubles il fut chargé d'une mission diplomatique (1790) et revint ensuite à Bruxelles oii il fut nommé secrétaire d'Etat, puis Conseiller d'Etat au Gouvernement général. L'Académie des sciences et belles-lettres de Bruxelles, fondée par l'Impératrice Marie- Thérèse, le choisit alors pour un de ses membres effectifs ; et peu après les Français étant entrés dans la Belgique sous les ordres de Dumouriez il se retira avec sa famille à Vienne ou il fut admis dans l'ordre équestre des Etats de la Basse-Autriche et employé successivement aux affaires étrangères, puis au Conseil aulique des finances et du crédit public. Nommé enfin envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la Cour d'Autriche près le Gouvernement des Provinces-Unies , il a résidé en cette qualité à La Haye jusqu'à la réunion de la Hollande à l'Empire français : Pendant qu'il occupait ce poste diplomatique il fut plus d'une fois rappelé à Vienne et chargé d'ouvrages importants sur les finances.

Après une si longue carrière, consacrée avec une fidélité à toute épreuve au service de la maison d'Autriche et n'étant plus employé en 1814, le Baron de Feltz revint en Belgique pour s'y établir. Le roi des Pays-Bas, Guillaume I, le nomma Conseiller d'Etat ordinaire , commandeur de rOrdre du Lion belgique , membre de la première Chambre des Etats-Généraux,

président de l'Académie des sciences et belles-lettres de Bruxelles, oii il prononça le 18 novembre 1816 le discours solennel de la réinstallation de ce corps savant, et finalement Tun des curateurs de l'université de Louvain. Investi de tant de marques honorables de la confiance du Souverain, le Baron de Feltz ne cessa de consacrer aux affaires et aux lettres les moments qui lui restaient encore pour finir dignement une carrière qu'il avait su si bien remplir.

Il mourut en 1820 à Tâge de soixanteseize ans, après en avoir consacré cinquantequatre au service de ses princes et de l'Etat.

Biographie générale des Belges, 86. ~ Galerie des Contemporains. IV, 569, sq.— Paqvbt, 8i.— Publications de la Société historiqae de Lnxenlioiiiig, YUl, 187, sqq. -* Annales de l'Académie de Bmzdles, I, 95, sqqq.

Fbltz, Pierre-Ernest de, v. LARO- CHETTE , Pierre-Ernest de.

FISCH, Pierre, originaire du village de Rosport, devint vers 1628 le soixantedeuxième abbé de St. Willibrorde à Echternach*

Ce prélat^ formé à l'Université de Trêves, a beaucoup travaillé pour faire fleurir la discipline dans son monastère; et, pour y relever le goût des études sérieuses il y appela de savants professeurs de théologie, aux leçons desquels il voulut assister lui-même afin de donner l'exemple à ses jeunes religieux. Il enrichit en outre la Bibliothèque de l'abbaye d'un grand nombre d'ouvrages rares et précieux. D'un autre côté , pour exciter la ferveur de ses moines et la dévotion du peuple il crut ne pouvoir mieux faire que de rehausser le culte extérieur en ajoutant à son église abbatiale une chapelle neuve en l'honneur de Saint-Sébastien martyr, en procurant de riches ornements aux autels et en augmentant la majesté des pompes religieuses.

Pierre Fisch mourut le 15 mars 1657, après un régime de vingt-neuf ans environ, dont tous les instants furent consa(!rés à Tutilité et à la splendeur de la commu-

naatë qu^il avait été appelé à diriger dans les Toies de la yerta et de Tordre. Il fut, comme ses prédécesseurs, inhumé dans Féglise de son abbaye où son tombeau a été retrouTé en 1819 et transféré dans la chapelle de Notre-Dame qu'il ayait fiiit construire.

L'auteur du manuscrit des Viri illustres, dont cet abbé était le contemporain , lui a consacré les lignes suivantes : « 1654. Petttrus Fisch ex Rosport pago. Luxembur- «gico Abbas Imp. Honasterii sti Willea brordi et Dominus Epternacensis œdifl* <c caTit in eo nobile sacellum sancto Sebas- « tiano Hartyri, sed quod potissimum Re- «ligiosam disciplinam et cultum Dei in (ctemplo magnopere auxit, plenus cogitac( tionum magnarum ad plura. »

Viri illostret» I, N» 94. — Bbitholbt , II, P. J. XI. — T. Stbabbbig, Metropolit Ecclesi» Trefericen I, IS59, tqq.

FISCHER, Jean-Malhias-Henri, dit Fischbr-Garnibr en ajoutant le nom de son épouse, est né à Luxembourg, le 22 juin 1795, fils de Nicolas Fischer, marchand, et de Thérèse Seyler.

Il fréquentait encore les cours de Técole centrale de sa ville natale lorsqu'au mois d'avril 1813, n'ayant que dix -sept ans d'âge, il s'enrôla comme volontaire dans le deuxième régiment de la garde-d'honneur de l'empereur Napoléon 1^. Le 18 juin il entra au service , faisant partie du premier escadron qui passa le Rhin à Mayence vers la fin du même mois. Cantonné à Gotha pendant l'armistice il joignit l'armée et prit part à la journée de Dresde.

Après la bataille de Pirma il fit partie du corps détaché en Bohème en destination de Tœplitz, et peu après il eut l'honneur d'être de piquet auprès de l'empereur pendant tout le temps des conférences que celui-ci eut à Dresde avec le roi de Saxe.

Ayant rejoint son escadron il prit, déjà le 14 octobre, toujours de la même année, part aux engagements de cavalerie qui eurent lieu près de Leipsig, et resta constamment sur le champ de bataille, n'ayant

quitté l'empereur qu'après le passage de l'Ëlster. 11 combattit à Hanau oii son cheval reçut deux coups de sabre, eut une partie de poitrail emporté d'un éclat de projectile et expira sur le champ de bataille. Arrivé à Worms qui était fixé pour point de réunion , Fischer fut appelé à Neustadt-an-der-Hardt pour prendre part au tirage au sort de quatre étoiles de la légion d'honneur qui étaient décernées à sept hommes de sa compagnie; mais le sort ne lui a pas été favorable. Au passage du Rhin par les alliés, le 1*' janvier 1814, il faisait partie du corps chargé de garder la rive gauche, et fut poussé avec son corps d'armée jusqu'à Hayence oii il subit le blocus. Rentré en France après l'occupation de Paris par les alliés, J.-M. -H. Fischer fut dirigé sur Rambouillet oii il obtint, avec la décoration du Lys, qu'à la restauration les Bourbons prodiguèrent tant pour s'attacher les soldats de l'empire, un congé absolu, le 8 juin 1814. Pendant ce court mais rude service militaire Fischer avait été plusieurs fois blessé, entr'autres d'un coup de sabre à la main gauche, qui lui avait cassé le pouce et l'index, et lui rendit impossible l'usage de cette main.

Rentré dans sa patrie il se distingua bientôt par ses excellentes qualités et l'aménité de son caractère, au point qu'il ne tarda pas à conquérir comme à mériter la confiance des autorités avec l'estime et la considération de ses concitoyens. Fischer a rempli successivement plusieurs emplois honorifiques, savoir celui de garde-magasin du comité central des secours et subsistances du Grand-Duché pendant les années calamiteuses de 1816 à 1818; celui d'agent de casernement des troupes du contingent, jusqu'en 1S27; celui de capitaine-commandant la compagnie des pompiers de la capitale, de 1824 à 1828 :

ce corps il avait même puissamment contribué à l'organiser. Il a également été membre du bureau de bienfaisance de la ville, de 1823 à 1828; lieutenant de la garde communale de Luxembourg, de 1828 à 1830; capitaine commandant la garde-

d'honneur à pied , organisée à Toccasion du séjour dans le Grand-Duché, en 1841 et 1842, de S. M. le Roi Grand-Duc, Guillaume II, ce prince si chéri de tous; commandant en chef de la garde de sûreté créée dans la yille, pour protéger la vie et la fortune des bourgeois momentanément menacées par les intrigues de quelques têtes égarées pendant les événements politiques de février et mars l848.

Fischer fit partie du conseil communal depuis 1848, et dans ces fonctions souvent délicates à remplir avec conscience il a, de Taveu de tous, rendu des services signalés à la cité. Il aida enfin puissamment h la réorganisation, en 1835, de cette ancienne Société dite de St. Sébastien ou des arquebusiers, à laquelle nos aïeux avaient pendant tant de siècles été si fiers d^appartenir et qui avait été honorée de si beaux privilèges de la part de nos dynastes :

Cette société, comme on sait, avait été dissoute avec les autres confréries bourgeoises, à la conquête française. £n 1838 il fut élu président de cette corporation, et depuis il ne cessa de la diriger jusqu'à son décès, arrivé le 31 octobre 1856.

J.-H. Fischer avait été nommé entreposeur principal du sel depuis que cette régie a été introduite dans le Grand-Duché, en 1839.

Etats des Scnrices. — Nominationt. — Notes de famUle. — Soairenirs personoels, — Joumaui dn temps : Le Courtier et la Revue.

FLESGIN, Nicolas, fils de Jacques, commissaire des magasins et artillerie de la ville de Luxembourg, ensuite substitutgreffier près le Conseil provincial , et de Jeanne de Neumetzler, dite de Mameren, florissait pendant la première moitié du dix-septième siècle.

Nicolas Flesgin entra dans l'ordre de St. Dominique , devint prieur à Luxembourg et fit construire en cette qualité le monastère qui y subsiste encore de nos jours. Il avait fait préparer dans Téglise qui sert actuellement de paroisse sous Tinvocation de St. Michel, un caveau pour lui.

sa famille et ses agnats. II parait que le père Flesgin qui s'était acquis une belle réputation comme prédicateur, mourut vers Tannée 1630.

L'auteur du manuscrit des Viri illustres a mentionné ce personnage en ces termes:

« 1630. Nicolaus Flesgin Luxemburgensis « ordinis praedicatorum et novi monasterii <iad Sanctum Michaêlem patrià in urbe « conditor. »

La famille Flesgin ayant augmenté en honneurs, en alliances et en richesses, fut anoblie en 1680, à la quatrième génération depuis Nicolas Flesgin, et ce dans la personne de Philippe-Herman , né le 4 janvier 1655, seigneur de Gondelange ,Truntingen et Mondorf-Altwies , lequel épousa le 5 octobre 1 689 Anne-Marie de Chérisey , sa cousine. Ctette famille a pris pour armes: Parti de gueules et de sinople, chargé d'une bande ondoyée d'or. Cimier :

une hure de sanglier de sable , entre deux vols au blason de l'écu.

Viri iUustres» I, N^ 6i. — IVstbii, Notice historique âur la famiUe de 'Wiltheim, 26 — Arckivet de Burf^- Esch. — Notes coininuoi(|uéca par M. le Marquis de Villi>rt et par H. le Comte Van der Straten-Posthoi, de Chérisey, k Mets. — Notes d'étodes.

FLONCEL, Albert'François j naquit à Luxembourg en 1697. Après avoir terminé ses études en droit il fut admis au rang d'avocat au parlement de Paris. H devint aussi censeur royal et membre de plusieurs Académies d'Italie. Floncel s'est fait un nom par son amour pour la langue italienne. Nommé en 1713 secrétaire d'Etat de la principauté de Monaco, il joignit en 1735 à cette charge celle de secrétaire des affaires étrangères sous Amelot et d'Argenson. Il était membre de l'Académie des Arcades de Rome , de celles de Florence, de Bologne et de Cordoue.

Floncel mourut à Paris, le 15 septembre 1773. Sa bibliothèque qui se composait de huit mille ouvrages ou onze mille volumes en langue italienne , a été vendue après son décès. Le catalogue de cette riche collection , en 2 volumes in 8^,

!774j est eocore très recherché aujourd'hui.

Oo a de Floocel une traduction de la lettre de Riccoboni à Muratori, sur la comédie de TEcole des maris de Lachaussée, 1737 et 1762, in 12.

Madame FloDcel, née Jeanne Françoise de Lavau , naquit à Paris, en 1715, et mourut en 1764. Elle a traduit les deux premiers actes de TAyocat vénitien de Goldoni.

Leur fils, Albert-Jérôme, né à Paris, s'est également fait un nom dans les lettres.

Di FiLLEB, Dictionnaire historique, 1859, III. 95.— Les hommes iU astres des Pays-Bst, I, 186.— CousTiH, Eneyclopédie moderne, XI, 74.— Biographie nnÎTerBelle, XV, 85.

FLORANGE, Philippe de ^ était suivant toute vraisemblance fils de cet autre Philippe seigneur de Florange qui reprit en 1223 , en fief-lige du comte de Luxembourg , son château et tous ses autres biens allodiaux. Le nom de sa mère n'est pas parvenu jusqu'à nous.

On sait que la première n^aison de Florange descendait de celle de Lorraine qui elle-même était sortie du sang impérial de Charlemagne. Elle portait: d'or, à la bande de gueules chargée de trois fleurs de lys d'argent, pour remplacer sans doute les alérions de la souche ; mais en 1303 ces armes furent changées et les sires de ce nom prirent : de gueules , à la bordure dentelée d'argent , au lion d'or.

Philippe de Florange auquel cet article est consacré , se voua à l'état ecclésiastique. Il était grand prévôt de Saint-Dié et Trésorier de la cathédrale de Metz lorsque Jacques de Lorraine, soixante-deuxième évéque de cette église vint à mourir en 1260. Philippe de Florange, soit par sa propre impulsion, soit peut-être et plus vraisemblablement sur les conseils de l'évêque de Verdun, comme Meurisse l'avance , se mit sur les rangs pour lui succéder. Mais le chapitre fut partagé entre lui et un certain Thiébaut de Porcelet que les auteurs s'accordent à dépeindre comme fort riche ) d'une corpulence énorme et

très-borné d'esprit. Comme Philippe avait réuni plus de sufl'rages que son compétiteur et que d'ailleurs il paraissait mieux convenir que celui-ci pour remplir cette dignité, l'archevêque de Trêves, métropolitain de Metz et qui avait été appelé à décider entre les deux concurrents, parvint à faire désister son rival ; de façon que Philippe de Florange fut enfin reconnu évêque de Metz, vers la mi-carême de lan 1261.

Pendant ces contestations qui avaient duré six mois environ , les seigneurs voisins , comme cela était du reste de coutume pendant ces temps de déplorable mémoire pour l'histoire du genre humain, les seigneurs voisins disons-nous , sous prétexte de la vacance de l'évêché s'étaient mis à en piller les terres et à l'attaquer de toutes parts. C'est ainsi que Henri comte de Salm en Lorraine vint dépouiller l'abbaye de Senones, le seigneur de Lietstenberg , suivi d'une troupe de soldats attaqua la ville ou bourg de Neuviller qu'il détruisit et en fit servir les matériaux à la construction d'un fort sur une montagne près de celui d'Ërneste.

Tel était l'état du diocèse de Metz lorsque Philippe de Florange en prit possession. Le nouvel évêque pour conjurer ces maux qui menaçaient d'en amener d'autres plus déplorables encore s'il ne leur avait opposé des moyens vigoureux, crut devoir assembler les magistrats et le peuple de Metz; il leur exposa la situation des affaires et leur demanda leur avis. Il lui fut répondu que l'on était prêt à lui aider de toute puissance pour repousser la force par la force, parce que tous voyaient qu'il s'agissait réellement d'intérêts communs.

Il envoya en même temps demander des secours è Ferri III duc de Lorraine , son cousin , au comte de Bar et au roi de Navarre. Tous s'empressèrent de lui en procurer de considérables ; de sorte que l'armée réunie à cette occasion fut, au rapport des chroniqueurs contemporains , la plus nombreuse qu'on eût vue de longtemps dans ce pays.

Le seigneur de Lietstenberg craignant d'être accablé par cette multitude s'empressa de demander des secours à Tévêque de Strasbourg qui lui en promit; mais avec ceux-ci il vit bientôt qu'encore il ne pourrait pas lutter avec avantage; il demanda donc et obtint la paix sous condition qu'il se remettrait à la volonté de l'évéque de Metz dont il était d'ailleurs vassal; qu'il rétablirait Neuviller et détruirait le castel qu'il avait fait construire avec les débris de ce bourg ; qu'il réparerait tous les dommages qu'il avait causés et finalement qu'il restituerait le butin fait tant à Neuviller qu'ailleurs. Toutes ces clauses furent acceptées ; mais peu d'entre elles ont été exécutées. Cependant ces choses n'entrent pas dans l'objet de notre Biographie.

Philippe débarassé de cet ennemi courut détruire le château de Lutzelbourg dans les Vosges, dont les seigneurs ne cessaient depuis quelque temps de l'inquiéter par leurs courses ) et fit construire le fort de Condé-sur-Moselle.

Henri comte de Vaudémont avait de son côté et à la même occasion, fait de grands dégâts sur les terres de l'évêché. Informé que les troupes de l'évêque unies à celles de Lorraine s'avançaient pour l'attaquer, il marcha à leur rencontre, leur tua beaucoup de monde, fit un grand nombre de prisonniers et dispersa le reste. Il semble que de ce côté les choses en restèrent là, comme cela était du reste de coutume alors.

Cependant Thibaut II comte de Bar, envers lequel parait-il, Philippe de Florange avait contracté des engagements pécuniaires considérables pour l'empêcher de traverser son élection à l'évêché, disent les ennemis de l'évêque, mais bien plutôt pour le dédommager de l'aide qu'il lui avait amenée contre les spoliateurs des terres de son église, voyant depuis quelque temps que le prélat ne se disposait pas à remplir ses promesses, se mit en tête de chercher par tous les moyens à faire annuUer son élection. Dans ce dessein il alla à Rome trouver le Pape Urbain IV dont il avait fait la connaissance personnelle lorsqu'en-

core le Saint-Père n'était qu'évêque de Verdun. Mais n'osant, pour des motifs que nous n'expliquerons pas, entamer directement cette affaire , il fit secrètement engager quelques chanoines de Metz à accuser Philippe de simonie , se contentant, lui, de par des insinuations équivoques indisposer le Souverain-Pontife contre l'évêque de Metz; et il y réussit en partie, car Urbain, ne soupçonnant pas cette noire intrigue, donna commission d'informer et défendit entretémps aux monastères du diocèse de reconnaître Philippe pour évêque, de même que de lui accorder des secours quelconques. L'archevêque de Rheims qui avait été nommé commissaire instructeur de cette affaire, mourut quelques jours après en avoir reçu la commission; de sorte que les choses semblèrent devoir en rester là aux yeux du comte de Bar qui, piqué de dépit, disent les historiens, s'en revint dans ses états. Cependant Philippe, toujours inquiet sur les suites possibles de l'accusation qui avait été portée contre lui, voulut conjurer le mal en s'attacbant celui qu'il présumait à bon droit avoir été son principal ennemi, comme il pensait qu'il pourrait devenir son libérateur s'il n'insistait plus à faire poursuivre cette affaire. En conséquence il abandonna au comte de Bar la garde du temporel de son évéché et fit avec lui un traité d'alliance (1263).

Mais Thibaut II n'était pas le seul qui éleva des prétentions à charge du prélat messin. Le duc de Lorraine de concert avec quelques autres des parents de Philippe de Florange faisaient depuis quelque temps des réclamations pour des sommes importantes qu'eux aussi prétendaient avoir dépensées à son service ; et comme ils n'avaient pas pu être satisfaits ils s'étaient emparés des eastels de Homboui^ et de Turquestein pour se couvrir de leurs avances.

Philippe les avait laissés faire. Mais lorsqu'il eut cédé le protectorat sur les terres de son église au comte de Bar, ils craignirent qu'il ne prît fantaisie à ce dernier de les chasser hors de ces usurpations, car c'en

étaient de yëritables. Dans cette appréhension le duc de Lorraine Toolant se mettre en position de poayoir résister à une attaque possible, alla du côté de Cologne demander des secours à ses parents et à ses alliés et ramena de bonnes troupes avec lesquelles il prit les devants en Tenant ravager et brûler quantité de villages tant de révèclié de Metz que du comté de Bar. Thibaut II se voyant attaqué, rassembla aussitôt une puissante armée et vint assiéger Perny que cependant il fut forcé d'abandonner après cinq semaines de tentatives infructueuses. Alors comme les soldats qu'il avait sur pied commençaient à lui devenir à charge, il fit proposer à Philippe de Florange de se charger de leur entretien ; mais le prélat refusa, prétextant que puisque le comte de. Bar avait toutes les terres de Tévéché à sa disposition il pouvait en faire ce qu'il jugerait à propos. Thibaut irrité de ce refus qui cependant était bien naturel, résolut de faire la paix avec le duc de Lorraine ; et, plein de dépit, chercha à remettre sur le tapis Taccusation qui, deux ans auparavant avait été portée à son instigation contre Tévêque : Il réussit cette fois dans son projet. En effet, disent quelques historiens, Philippe de Florange ayant été appelé à Rome en 1264, ne fut pas même admis à plaider sa cause, tant le Pape était indisposé contre loi : Le Souverain-Pontife cassa son élection comme simoniaque et lui donna immédiatement pour successeur un parent du comte de Bar, nommé Guillaume de Trainel.

Tout ce que Févéque condamné put retenir de faveur, fut de conserver sa vie durant une prébende à la cathédrale, la trésorerie, qui était considérable, et le ban de Remilly.

D'autres auteurs , parmi lesquels nous citerons Meurisse, Philippe de VigneuUes, etc., semblent vouloir écarter tout esprit d'ambition chez Philippe de Florange, en soutenant, comme nous l'avons dit, qu'il ne pensa à accepter l'épiscopat qu'à la pressante sollicitation de l'évéque de Verdun. Si ce fait est vrai, on admettra fa-

cilement que, en se rendant à Rome il n'y alla pas pour se défendre contre l'accusation vraisemblablement peu foiidée qui était portée contre lui , mais bien plutôt pour se démettre volontairement entre les mains du Souverain-Pontife d'une dignité qui lui avait ôté tout repos depuis qu'il en était revêtu. En l'absence de preuves plus certaines que la simple assertion des auteurs qui avaient adopté, les uns une nuance les autres une autre, il est bien permis de se tenir sur la rése^e pour prononcer l'absolution ou la condamnation de ce prélat, dont le fond du caractère fut incontestablement d'une grande douceur, peut-être d'une trop grande faiblesse pour oser se défendre par la force dans un siècle oii cette voie de brutalité était admise comme la seule raisonnable, la seule juste.

Depuis son retour de Rome Philippe de Florange passa ses jours dans un entier repos, tout adonné à Dieu et loin du monde, de manière que l'Histoire n'a révélé de lui aucun acte public pendant les trente-trois années qu'il vécut encore , ayant vu dans cet intervalle quatre évêques se succéder sur le siège de Metz que lui n'avait occupé que quatre an,s. Il mourut le 20 décembre 1297 et fut inhumé dans la cathédrale, dans la chapelle dite de St. Nicolas, à côté de Jacques de Lorraine son prédécesseur. On lui plaça cette épitaphe :

dulcis honbstatis totius fons pibtatis, Hic fuit: atqub satis sublimis nobili-

[tatis.

vlybns ab8qub dolo, nunquam dixit dabb

[nolo ;

PHILIPPI NOMBN GBSSIT QUI PRiESUUS Gif Blf FORTITBR AUGBBAT , PRO TBMPORB QUANDO

[rbgbbat ,

AmPLIFICANS SBDBM , CONSTRUCTAM REDDI-

[dIT i£DBM.

CaSTRUM DBSTRUXIT LlBSTBMBBRG, POSTEA

[STRUXIT CONDB, CUMMULTI8, SI VERUlf DICERB YULlis PlURAQUB FUISSBT, si SBDBM PLU8TENUISSBT.

SbVPER DONAYIT, NULLIS QUiECUMQUB NB-

[gavit ,

NUNQUAM CESSÀYIT, VEHIIM OMNI TEHPORE

[PAVIT.

Ergo Jesu Curiste, quoniam bonus exti-

[tit istb,

HUIC Plus ASSISTE, CUM JUSTIS HUN€ CITO

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