‹ Biographie luxembourgeoise: histoire des hommes distingues ..., Volume 1Chapitre 24 sur 33 · LUXEMBOURG, LA BRANCHE CADETTE DE · texte numérisé non relu

LUXEMBOURG, LA BRANCHE CADETTE DE

LA MAISON DB LUXEMBOURG, dite: de Luxembourg Ligny , ou de St* Pol, etc. j v.

l'APPENDICE , aux mêmes moU,

MÂCHER, W%llibrarde,né àRemich, le 19 fé?rier 1807, était fils aîné de Willibrorde Mâcher et d'Anne Françoise Hippert. Son père et son grand-père avaient été , comme lui , Bourgmestre de la Tiile de Bemich oii sa famille est depuis fort longtemps très-honorablement connue.

Vers 1819 Willibrorde Mâcher entra à Tathénée de Luxembourg ou il fit avec succès ses études de collège. Il alla ensuite h Liège entendre pendant deux ans les leçons de droit civil afin de se préparer au notariat auquel il se destinait.

De retour dans sa ville natale il commença son stage quMl avait à peine achevé lorsque la révolution belge éclata à Bruxelles (1830). Attaché par conviction à la dynastie de Nassau-Orange il ne voulut point adopter les principes proclamés par le gouvernement provisoire de la Belgique. Cette résolution ne pouvait manquer de lui susciter de nombreux ennemis , surtout dans la basse classe de la société qui se laisse si facilement entraîner sans raisonner, par les prédications furibondes et les promesses impossibles à remplir des apôtres révolutionnaires.

Ce n'est pas que nous veuillions ici faire un reproche à Tun ou à Fautre des deux partis qui se trouvaient alors placés face à face ; mais nous pensons pouvoir flétrir avec raison cette prétention du plus fort qui entend assujettir les convictions du plus faible , comme si ces convictions ne devaient pas rester libres alors qu'elles n'ont pas dégénéré en passions capables de troubler l'ordre public. Et en efl*et, Mâcher ne tarda pas , lui et quelques autres notables de Remich qui partageaient sa foi politique^ à se voir en butte à des persécutions incessantes qui allèrent jusqu'à se traduire en menaces d'assassi-

nat, et ces menaces furent même un moment très près d'être exécutées par one populace ignare et aveuglée par la passioa.

Afin d'échapper au danger , Mâcher crat prudent de s'expatrier pour quelque temps, et ce fut le moyen le plus prudent. Comme à son retour au foyer paternel après six mois d'absence, les affaires politiques n'avaient pas encore été arrangées , il fit son occupation unique de l'étude du droit , du notariat et des combinaisons mathématiques pour lesquelles dernières surtout il avait une prédilection toute particulière. De ces exercices naquit une invention qui promet , dit-on , de devenir d'une grande utilité pratique :

Il 'composa plusieurs ealculaieurSy dont l'exactitude et l'ingénieuse combinaison semblent incontestables. Ce travail utile il l'avait communiqué à plusieurs de ses connaissances très-à-même de l'apprécier , et toutes l'avaient fortement engagé à le publier.

Jean-Joseph Welter (v. son art.), notre célèbre chimiste luxembourgeois lui écrivit entr'autres peu de temps avant sa mort :

(c Je voudrais voir constater les progrès ce de votre si utile , si simple , si ingéni- « euse et si heureuse invention. Je la crois i< arrivée à toute la perfection dont elle est a susceptible puisque vous Favez adaptée «à tous les cas applicables. Je vonscon- «vie d'en hâter la publication. »

Nous ne savons pas si Mâcher a eu l'intention de donner cette œuvre au public; mais nous venons d'apprendre que sa famille se propose de le faire.

Ces travaux scientifiques l'occupèrent exclusivement, avons-nous dit, jusqu'à la reprise de possession par la Maison de Nassau-Orange du Luxembourg morcelé (1839); et par un de ses premiers actes, la nouvelle administration nomma

WiUibrorde Hacher aux fooctions de notaire à la résidence de Remich (31 jan- Tier 1840). Dans Texercice de cet honorable ministère il sut constamment se faire aimer et considérer par ceux qui avaient des relations ayec lui. L'aménité de son caractère, sol intégrité, son dévouement, ses connaissances étendues lui avaient acquis Festime de tous , parce qu'en effet il fut toujours homme de bien.

Elu en 1848 membre de la Constituante, il fut constamment compté parmi ceux qui professaient les idées les plus saines et qui votaient dans le sens le plus libéral. Aux deux élections périodiques suivantes il fut chaque fois et à une très notable majorité, réélu membre de la législature ; et il ne démentit jamais ses principes. Aussi le peuple comme le gouvernement avaieot-ils placé une confiance égale dans ses lumières , tellement que le premier l'envoya au conseil communal tandis que le second, par arrêtés des 22 janvier 1849 et22 décembre 1854, le nomma aux fonctions de Bourgmestre de la ville de Remich.

Il faisait aussi partie de la Chambre des notaires de l'arrondissement de Luxembourg et avait été , en 1864 et 1856 , désigné pour présider le conseil de milice du district de Grevenmacher. Finalement, la société archéologique du Grand-Duché l'avait inscrit sur le tableau de ses membres correspondants.

Comme notaire , nous l'avons dit , Mâcher s'est constamment distingué par sa probité et par ses connaissances ; comme Bourgmestre de sa ville natale il a su rendre à cette commune des services réels ; comme député il figurait au nombre des membres les plus influents de la Chambre :

Remich lui doit, entr'autres en grande partie sa rampe d'accôtage , et le canton qu'il représentait tout ce qui pouvait être raisonnablement obtenu.

D'un autre côté , sa droiture , sa bonté, son intelligence lui avaient attiré la bienveillance du Souverain et celle de ses compatriotes. La considération dont il jouissait lui valurent différentes proposi-

tions flatteuses de la part du gouvernement, et en 1853 la confiance du Roi L'avait même appelé parmi les conseillers de la couronne : il n'a en effet dépendu que de lui de devenir administrateurgénéral; mais ses affaires privées et surtout sa modestie, peut-être d'autres sentiments encore qui ne peuvent d'ailleurs tourner qu'à son honneur, ne lui ont pas permis d'accepter ce poste éminent.

Tant de bienveillance de la part du Chef de l'Etat ne pouvait manquer d'attirer à Mâcher des distinctions honorables ; aussi Sa Majesté, voulant récompenser un de ses sujets qui lui étaient le plus sincèrement dévoués, venait-elle de le créer chevalier de Son Ordre de la Couronne de chêne au moment presque oii une fièvre maligne l'enlevait à sa fomille, à ses concitoyens, à ses nombreux amis et à son Pays : la croix d'honneur ne put plus qu'orner son cercueil.

A tous les titres que nous venons d'énumérer et qui rendent Mâcher digne de la considération de la postérité, nous nous croyons en devoir d'ajouter qu'il était attaché par amour et par conviction au culte de ses pères, qu'il avait infiniment à cœur la prospérité de renseignement public et faisait tous ses efforts pour trouver dans^ son rayon d'action, comme Bourgmestre et comme citoyen, les moyens les plus efficaces pour soulager les misères de l'indigence.

Marié en 1837 k demoiselle Marie-Joséphine Augustin, de la même ville, il avait eu la douleur de perdre sa jeune épouse qui, dit-on, avait été bien digne de lui par ses qualités du cœur et de l'esprit :

Les pauvres de Remich honorent encore aujourd'hui sa mémoire en allant, depuis le printemps jusqu'en automne de chaque année, planter des fleurs sur sa tombe.

WiUibrorde Mâcher est mort le 14 juillet 1856, à Tâge de 49 ans.

Soafenirs e«Dte«por«iiif.— Renseigoenenks roarnU, " Cooptcs-rendos dci scmîods légîsUtlYes, de 1848 à 1853. —Les joarnaai : la ReTae, des 17 et 87 juillet; Loxembarger Wort f&r IVahrheit und Hecht, do 96 jiiiUet;etTrîerscheZeitaiig, da lOaoàt 18^6.

HiEYSZ, Jean-Pierre, est ne vers 1754, à Strasbourg, d'ao père originaire du tîI* lage d'Olis, eommone moderne de Kehlen^

Comme ses parents avaient peu de fortime ils Yonlnrent lai faire apprendre le métier de tailleur d'babits que son père professait. Mais le jeune Maeysz témoigna contre ce projet un dégoût si décidé qu'il fallut y renoncer pour Tamener au monastère de Harienthal chez un parent qui était aumônier de ce prieuré, afin de lui faire donner les premiers éléments des hu« manités pour pouvoir être admis ensuite dans un collège ; mais encore le jeune homme se rebuta bientôt et manifesta le désir d'apprendre Tétat de relieur de livres qu'il avait vu pratiquer par son parent.

Celui-ci consentit à ce projet et le mit en apprentissage à Luxembourg. Quand Maeysz se crut assez avancé pour pouvoir se présenter dans un atelier il se mit à voyager afin de se perfectionner : car il était jaloux . d'apprendre parfaitement Tétat qu'il s'était choisi. Dans ce but il parcourut successivement et dans l'intervalle de neuf ans les principales capitales de l'Europe et travailla plus ou moins longtemps à Strasbourg , il Prague , à Vienne, à Pesth et finalement à Paris où cependant il ne séjourna que quelques mois parce que le métier de relieur y était pratiqué par plusieurs classes différentes d'ouvriers : la tranche marbrée était faite par le peintre, les dorures par un doreur spécial, etc., lesquels partageaient ainsi entre eux les différentes parties du métier.

Voyant qu'il n'y avait pour lui rien à apprendre à Paris Mœysz revint à Luxembourg ou il travailla d'abord pendant quelques années dans l'atelier de l'imprimeur Pierre Bruck. S'étant ainsi successivement et insensiblement procuré tous les outils nécessaires pour pouvoir exécuter les différentes parties de son état d'après les perfectionnements alors à la mode, il se maria et s'établit pour son propre compte.

Pour commencer il n'eut de pratiques que celles que Bruck se voyait obligé de lui envoyer, faute d'avoir lui-même des

ouvriers assez habiles pour les satisEùre.

Mais comme Mœysz se recommandait autant par la solidité que par l'élégance de ses reliures il eut bientôt acquis la coi^ fiance des couvents et du clergé, pour les missels et les livres de chœur en grandissime format; et la Bibliothèque de Luxembourg fournit des preuves incontestables du talent de cet artiste -qui fut le premier dans le pays qui connût et exécutât Vart de relieur avec une perfection qu'on n'avait jusque-là rencontrée chez aucun ouvrier luxembourgeois.

Quant aux ouvrages de luxe il n'y avait guère alors que les bréviaires on les livres d'heures qui étaient reliés en maroquin rouge ou vert et dorés sur tranche : Mseysz excellait dans cette spécialité.

Animé par la plus louable ambition, il voulut par des espèces d'échantillon montrer ce qu'il serait bien capable d'exécuter s'il se trouvait des amateurs qui voulussent rémunérer son travail selon ses mérites. Dans cette intention il mettait tous les ans son luxe et épuisait les ressources de son art dans la reliure d'un certain nombre d'Almanachs du Pays, destinés à être offerts pour étrennes aux principaux personnages de la ville et du Duché ; mais il ne se présenta que très rarement des ouvrages hors-ligne à exécuter; et alors lui seul en était toujours chargé, parce que seul parmi les ouvriers de Luxembourg il était capable de les faire : ainsi ce fut è Mseysz qu'on s'adressa pour la reliure de l'acte de foi et hommage que les Trois-Etats rendirent à l'Empereur Joseph II. Cette exécution fut commandée en velours rouge avec dorures sur tranche ainsi que sur les couvercles. Il possédait seul alors à Luxembourg le secret d'appliquer la dorure sur le velours et son ouvrage a fait avec raison , ' dit-on ; l'admiration de la Cour de Vienne et de tous les connaisseurs qui ont en l'occasion de le voir.

Maeysz a donc mérité la place que nous lui donnons dans cet ouvrage : il a été , à proprement parler le premier qui à

Luxembourg et dans tout le Pays ait cooon dans sa perfectioD le métier de relieur et qui l'ait professé dignement, joignant à Tamour pour Tétat qu'il s'était choisi celui d'un trayail assidu, afin de pouToir honorablement entretenir sa famille qui se composait de ciuq fils ^ dont le plus jeune seul a yécu.

Jean-Pierre Mseysz est mort à Luxembourg, le 11 jauTier 1814, à Fâge de 60 ans , victime d'un sentiment d'humanité qui rayait porté à ouvrir et à renouveler le pansement d'un soldat blessé dont les plaies n'ayaient pas été Yisitées pendant quinze jours et chez lequel la gangrène s'était déclarée: Maeysz gagna cette terrible affection qui l'euleya au bout de peu de jours.

Notes eommaiiiqaëes par M. le Professeur IVAHoa,

MÂIER, Mcuhias, ainsi que son père, originaires d'Echternach , vivaient pendant le dix-huitième siècle et s'acquièrent de la réputation comme sculpteurs.

Mdllbi , Saaerthal , 66.

MAISONNET, Pierre, est né le 15 octobre 1750, d'une famille bourgeoise de Luxembourg. Gomme dès sa jeunesse il montrait des dispositions heureuses pour le dessin et la peinture , ses parents le mirent en apprentissage chez le frère Abraham (v. l'art. Gilson , Abraham) , d'Orval qui lui enseigna les premiers principes de son art. Quelques années plus tard il voulut aller visiter l'académie de Vienne oii cependant il ne séjourna que peu de temps. De retour à Luxembourg vers 1780 , il eut l'honneur d'être admis à Caire le portrait de l'empereur Joseph II à son passage en cette viUe, le 31 mai 1781.

Maisonnet, qui n'était pas un talent transcendant , s'occupa pendant un assez grand nombre d'années à faire ou à retoucher des tableaux d'église et à peindre des ornements de salon ; il a aussi exécuté plusieurs petits paysages à la détrempe ; mais ses ouvrages sont peu esti^

mes. Plus tard il fut appelé à succéder à M. Pioche comme professeur de dessin au collège de Luxembourg oii il forma quelques bons élèves , entr'autres un de ses fils , Pierre-François Maisonnet qui fut à son tour professeur de dessin à Luxembourg , puis à Echternach ; mais qui n'a cependant , que nous sachions , laissé aucune œuvre de grande valeur : Il est décédé à Echternach, en juillet 1826.

Pierre Maisonnet, le père, mourut entre 1825 et 1830, ignoré et accablé de vieillesse.

Son venin contemporains. — Renseignements commnniqnës.

MALBERG, la famille de^ dont le castel féodal se trouvait placé sur la Kyll, est éteinte. Elle formait une des plus anciennes maisons nobles du Luxembourg , portant: d'argent, à l'écusson de gueules; heaume couronné d'or; cimier: un chapeau rond en pointe , couvert de feuilles de laurier placées l'une sur l'autre, de sable, entre deux cornes adossées.

Tune de gueules, l'autre d'argent. Les seigneurs de ce nom paraissent déjà dans l'histoire sous l'année 1052.

BiBascB , Eiflia UlvstraCa, I , pars altéra, 473, sqqq. — UncBSCBÔCK.— Bbbtholct,III, 95; IV, 177, SI95, 990,993,3251, 394; V. 991 ; VI, 48,973, sq.

Vn,9, 991 , 937, 431, 4U6; VI JI, i74.~Pi».

aiT, III.— Notes d*ëtudes.

MALBERG, Conon ou Cunon de y vivait pendant la seconde moitié du douzième et les premières années du treizième siècles. Suivant toute vraisemblance il était fils d'Âdalbéron , seigneur de Malberg.

Nous le voyons compris parmi les témoins dans la chartre de l'empereur Frédéric I, de l'année 1157, par laquelle ce prince ordonnait à l'archevêque de Trêves de restituer l'abbaye de St. Maximin. Les historiens s'accordent à dire que ce personnage passa une grande partie de ^a vie dans le maniement des armes et les prouesses de la chevalerie parmi laquelle il s'acquit une grande réputation de valeur.

Il avait plus de quarante ans lorsqu'il prit

SI

la croix et fit le voyage d'outre mer pendant lequel les sentiments religieux prirent le dessus dans son âme ; car à son retour il entra à Tabbaye de Hemmerode oii il passa les trois dernières années de sa yie dans les exercices de la piété la plus exemplaire. Les annales de cette maison rapportent que : un jour un seigneur de ses amis 9 nommé Henri d'Isembourg, ayant eoleyé un étalon appartenant au monastère il fut envoyé pour le répéter; et que ce seigneur n'ayant pas écouté sa demande , Conon le cita dans un certain temps au jugement de Dieu , comme du reste cela était de mode alors. Que de retour à Tabbaye il avait dit à son abbé: J'ai pris la croix un vendredi , je me suis donné à vous dans ma chapelle un vendredi , j'ai reçu l'habit religieux un vendredi ; que me reste-'C-il à faire sinon de mourir un vendredi? Et qu'en effet il est mort le vendredi suivant. On ajoute que le seigneur qui avait volé le cheval j touché de repentir, le ramena nu-pieds au tombeau de Conon. Ces faits doivent s'être passés vers l'année 1202.

BiCiscn, Eiflia illustraU, I, p. altéra, 476.— ▼. STEAMBcaG, Hetrop. Eccles. TrcTer. II, 148, tq.— D. Galhbt, HisLde Lorraine, II, i 77.— Bbbthout , IV, 1t93.— MoBBai, Sopplëraent, II, 443, sq.— PiBBBBT, III.— Notes d'ëtnde.

MÂMERANUS, Henri, est né pendant la première moitié du seizième siècle an village de Mamer près de Luxembourg , non dans cette ville comme quelques auteurs l'ont erronément avancé:

11 prit même son nom de son endroit natal. Henri de Mamer ou Mameranus , après avoir fait de bonnes études vers lesquelles le poussaient d'ailleurs ses dispositions naturelles , alla s'établir à Cologne oii il se fit imprimeur et libraire. Il s'occupa cependant également avec succès de poésie et de littérature. Voici ce que l'auteur du manuscrit des Viri illustres dit de lui:

« 1560. Henricus Mammeranus prioris — (( id est iVtco/ai — frater et ipse poeta lance reatus et pbilologus. »

Suivant M. Ulveling il serait mort en

1650. Mais nous avons encore de lui des ouvrages imprimés de son vivant et qui portent la date de 1556. Il est donc à croire que le milésime donné par les Viri illustres est celui de son décès.

Nous connaissons de Henri Mameranus les compositions suivantes : 1^ Libellus de priscae moneUe supputatione ; Cologne, 1551. — 2^ Tractatus de causa calamitatum hujus temporis ; Cologne , 1546. etc. Les titres des autres n'ont pas été découverts.

SwBBTios , Athea» Belg^ice , 555. — Wilbclbqs a WiLTVBiB, Oif quU. antiquar. Hiator. Lazembrgsis» II, c. 6, §. 3 — GouBT», Encyclopédie moderne, UtL M. — D. Galmbt, Catai. des auteurs lorrains. — Ulvklm€, 58.- Viri illnstres, III, N» SOL-Moasai, Snpplcment.III, 5179.— VaUbi Annad , Bibliotheca bel^:!. ca, 692.— Manoscrits Clohbs. — Habtmbm, Bibliotheca coloniensis, 540. — Biographie uniTcrseUe, XXVI, 425. — Nbuharh, Les auteurs InzenJMMirgf ois , 16.

MAMERANUS, Nicolas, frère puîné de Henri qui précède, était origioaire du même village et adopta pour les mêmes motifs le surnom de Mameranus. L'auteur du manuscrit des Viri illustres fait son éloge dans la phrase suivante : « Nicolaus a Mammeranus ex pago hujus nominis urbi c( Luxemburgensi proximo poeta laurea- « tus. »

Nicolas Mameranus avait fait ses études à Emmerich au duché de Clèves , chez les religieux Jéromites. Il était bon poëte et excellent orateur, mais surtout militaire courageux. Il accompagna même à ses propres frais Tempereur Gharles^nint au siège d'Alger oii il se distingua par son imperturbable sangfroid , comme le prouve une lettre qu'il adressa du camp même à Christophe de Schauwenbourg (v. son art.) , alors président du siège des nobles à Luxembourg. Il s'était du reste rendu agréable à l'empereur par sa belle humeur et ses bons mots. Cependant son esprit s'affaiblit sur la fin de sa vie; et, après avoir diverti les princes par ses saillies il les amusa par ses extravagances: il se nommait la mamelle de Vii^ile et ne paraissait en public que couronné de lauf-

rier y apparemment parce qu'il avait été proclamé prince de la poésie.

Nous n'aTODs pas découvert Tannée exacte de son décès ; cependant il vivait encore en 1564, mais il ne parait plus après 1570. II a publié un grand nombre d'ouvrages dont nous allons donner les titres. Ce sont: f\ Formula auspicandi finiendique diem cerUs precatiunculis; Ântwerpias, 1553. — i^. Liber de confessione priva ta ad aures sacerdotis, 1546. — ?^.

De venatioue ; c'est un poème dans lequel tous les vers commencent par la lettre C. — 4^. Historia de Electione Caroli Qninti. — Sl^. Liber de Bello saxonico. — 6^. Iter Cœsaris sexennale per Germaniam. — 7*.

Iter Csesaris ex Inferiore Germaoia ab anno 1545 usque Âugustam Raeticam in Superiori Germania, anno 1547, quo usque singulis diebus et ad quot milliaria perrexerit; Colonix, apud Henricum Mameranum, 1550. — 8^. Liber de bello gallico.

— 9"*. Commentarii Rerum a Carolo V gestarum. — iù^. Epitome rernm gestarum Caroli V ad Pbilippum II. — iV.

Catalogus expeditionis Saxonicae. — iÈ"^.

Catalogus anlae Caroli V et omnium Principum , Statuum , Ordinum Imperii, qui Comitiis.augustanis interfuernnt, ad Philippnm II; Colonias, apud Henricum Mameranum, 1550. — fJ**. Lîbellns investiturae Mauritii Saxonis aliorumque Dominorum Augustœ 24 febr. "âô. D. 1548.— W.

Descriptio urbium Âugustœ et Wittenbergae. — iS^. Catalogus expeditionis rebellium principum et civitatum Germaniae. — itf^. Catalogus omnium generalium, tribunorum, ducum, primorumque totius exercitus Caroli V. Imp. Âug. et Ferdinandi Régis Romanorum, super rebelles et inobedientes Germanias quosdam Principes et Civitates, conscriptus anno 1546. — 17^.

Libellus de memoria, adversus eos. qui de scripto récitant leguntque. — io. De Hyeme anni 1564. — i9^ Epistola de eo quod S. Petrus Romae fuerit. — î(^.

Carmen de : Bezo las Manos ; Coloniae, 1550. — iV. Gratulatorium in Pbilippi Régis Hisp. in Belgium anno 1555 ad-

ventum. — iî^. Epithalamium nuptiarum ejusdem cnm Maria Regina Ângliae. — i5^. In ejusdem in Ângliam adventum. — ié^. Epithalamium in nuptiis Âlexandri Farnesii , Parmae Principis. — 2Sf^ Sterna anno 1560. De asino S. Maximini Arcbiepiscopi Trevirensis, cum S. Martine Ârcbiepiscopo Turonensi Romam euntis ab urso devorato. — iff". Paschasius de Sacramentis , a Mamerano emendatus ^ et epistola liminaris in Paschasium ad Adolphum Archiepiscopum Coloniensem. — 27"^. De nova navigatione urbis Bruxellanas. 1562.

Swnrivf , Athenae Belgicae, IS78, iq.— Ahm* Va- UiB , Bibliotheca Belçioa. — AVilbclbus a AViltdbisi « Disqaisit. antîqaar. Hittor. Luiembgs. , II , c. 0. §. 3. — Viri iUo«tref,III,N<» i99.— Notes conmuiiiquëet par M. »BLA FosTAiBB, père.— MoBBBi , V , 77.— A» HoaTBBiH , Histor. TrcTÎr. diplooiat. II , IS^^.— Cooi- TIN « Encyclopédie moderne , litt. Ht» — Bulletins de l'Acadëmie royale de Braxelles, XVI, 389.— Bbbtdo- UKT, VIII, 1951.- D. Galbbt, BU>lioth. Lorraine et Catalogne des auteurs lorrains. — Biographie nnirerselle, XXVI, 425. — Nbdhabk, Les antenrs luxembourgeois, 15.

MANDER, Pierre de, originaire du ▼illage de Manderen au canton moderne de Sierck. Autrefois le nom de ce village s'écrivait Mander, d'où il est à croire que le personnage qui nous occupe se sera dénommé du lieu de sa naissance. Il florissait pendant le dix-septième siècle.

L'auteur du manuscrit des Viri illustres nous a fourni les seuls renseignements que nous ayons pu recueillir sur Pierre de Mander. Nous transcrivons Tarticle : « Pe- « trus Manderus oriundus ex pago Nominis « Luxemburgico, Residens Albert! et Isa- « bellae archiducnm Romae et tandem au- « ditor Rôtae praepositus Ulenburgensis et (c Hasecensis. »

Viri illustres,!, N<> 54.

MANDERSCHEID, la famille de, ancienne maison de nom et d'armes, connue dès le dixième siècle et qui porte le titre de comte. Elle est originaire du château de son nom situé sur la petite rivière de Léser et porte: d'or, à la fasce vivrée

de gueules rechaussée d'or, à deux queues de paon.

Les de Manderscheid se sont partagés en plusieurs branches, telles que celles de Kayl, de BUinckenhelm, de Gérolstein, de Falkenstein, de Schleideu ou de Virnenbourg.

CInGISCBÛCK. 'PiBBftBT, III.— BsiTHOLBT, VI , 147.

— BicmuGH, Eiflia iUastraU, I, pan altéra, 487, sqqq; 763, sqqq<I*

MANDERSCHEID, Charles-Alexandre, n'appartient pas k la maison noble qui porte le même nom. Il est né à Cleryaux dans les Ardennes, pendant la première moitié du dix-septième siècle.

Après ayoir terminé ses études à Rome il s'engagea dans cette même ville dans la compagnie des Jésuites et fut envoyé en mission dans la province de la Flandre belgique: Il accompagnait l'ambassadeur d'Espagne en qualité de confesseur et revint ensuite à Rome occuper les fonctions de pénitencier à l'église de St. Pierre. Ce personnage vivait encore en 1665, comme cela résulte de l'article du manuscrit des Viri illustres que nous allons copier: «1656. « Carolus Alexander a Mondersclieidt ex ((Glerff, seu Clara valle Luxemburgica, (( Societatis Jesu Romae factus et remissus (c in Flandro*Belgicam provinciam , post « operam Germanis militibus in missione « Castrensi navatam , cum Don Antonio «Pimentelio Régis Hispaniarum Legato (cSpiritualium ejus curator profectus in (c Sueciam ad Reginam Christinam, hujus «adeo bonam occupavit gratiam ut quo- ((tidie fere familiarissimus de rébus fidei ce ad sermones vocaretur, de Christi Do- « mini Tormentis dicentem audiret atque «ab Adolpho Gustavo PalaUno principe « Reginas patruele et R'egni Haerede mul- « toties adhiberetur mensœ, hoc anno 1654 « cum isto legato in Belgium cum rediret; «ab ista torque aurea pluribusque dona- «riis ab isto ingenti scypho inaurato est « aiOTectus in discessu, quem reversum Re- (( gina hœc abdicato Regno et in patruelem « Adolphum translato brevi in Belgium se-

« cuta Antverpiam venit mense Julio, ad «quam pater iste a Manderscheidt mox «Bruxella evolavit eam hactenns quavis « euntem comitatur, quid spiritualis fmctus «ei praestiturqs orbis universus expectat «post Reginam hanc anno 1665 ad Ca- «tholicam Religionem profitendam comitttatus Oenipontum et hinc Romam ubi «hodie confessarius in pœnitentiaria ad «Stum Petrum.»

YiriiUustres,!, N« ISO.

MANDERSCHEID, Charles-Ferdinand, comte de Manderscheid-Blanckenheim-Gérolstein et Roussy, Seigneur de Cronenhurg, Daun et Bettingen, était fils aîné du comte Ferdinand-Louis et de Dorothée- Catherine, comtesse de Lœwenstein-Wertheim.

Le comte Charles-Ferdinand de Manderscheid possédait de vastes connaissances qui engagèrent l'empereur à le nommer Président de la Chambre - impériale de Wetziar. C'était un homme tellement ferme de caractère et de résolution, que pendant la guerre de 1691 les français ayant menacé les environs de Gérolstein qui formait un excellent point stratégique, il fît mettre le feu à son château qui fut ainsi détruit, afin d'ôter à l'ennemi les moyens de s'y fixer.

Charles-Ferdinand comte de Manderscheid mourut à Aix-la-chapelle en 1697.

Il avait épousé encore du vivant de son père, Marie-Catherine, comtesse de Kœnigsegg-Rothenfels qui ne lui donna aucune postérité.

Ilica8CB, Eiflia illnslrata, I, pan prior, i$44,s^

MANDERSCHEID, Charles-François- Louis, comte de, lieutenant-général, était fils de Herman-François comte de Manderscheid-Kayl, de la branche dite de Falkenstein. 11 succéda en 1686 à son père dans les possessions patrimoniales et mourut sans alliance à Paris, en 1721, propriétaire du régiment français de son nom.

Nous regrettons de n'avoir pu recueillir

aucua renseignement plus circonstancié sur ce militaire distingué.

BiCftM», Eiflia illastrata , I, p. altéra , 846.— PiBtaiT, I. fol. LXn$ et m, litt. M.--BiaTBOUT, VIII, «95.

MÂNDERSCHEID, Christophe, comte de, est né le 10 février 1S29, fils de Jacques comte de Handerscbeid-Blanckenheim et de sa seconde femme, Anne comtesse de Salm. Il n'avait que dix-huit ans lorsque son oncle, Guillaume comte de Manderscheid (v. s. art.) , soixante-unième abbé de Stavelot-Malmédy et en même temps quarante-sixième de Prum, étant venu à mourir en 1546 il fut désigné pour le remplacer dans le gouvefrnement de ces trois abbayes.

Bien que Fabbé Christophe fût jeune d'années il n'en entreprit pas moins avec vigueur la direction des religieux dont il venait d'obtenir la conduite. L'église ainsi que les bâtiments du monastère de Prum exigeaient de fortes réparations et il s'en occupa avec le zèle le plus louable, tout en donnant à ses subordonnés l'exemple d'une conduite exemplaire quant aux mœurs et à la discipline ainsi que de la plus noble tendance pour la culture des sciences sacrées.

Georges d'Autriche, évéque de Liège étant venu à mourir en 1557, on jeta les yeux sur l'abbé Christophe de Manderscheid pour le désigner successeur du prélat défunt; mais l'ambition de Christophe n'allait pas si loin : il refusa de se charger de ce qu'il nommait un fardeau au-dessus de ses forces.

Il était très versé dans les sciences divines et humaines et en même temps très éloquent. En effet, se trouvant un jour à une diète de l'Empire il avait, comme cela était la coutume alors, chargé un orateur de parler pour lui ; mais ce dernier étant resté court au milieu de son discours, Christophe se leva aussitôt et continua le débat dans une improvisation tellement entraînante qu'il gagna tous les princes présents à son avis qui fut adopté.

D'une autre part, depuis bien longtemps

déjà les archevêques de Trêves convoitaient la riche abbaye de Prùm pour en unir les revenus à leur manse épiscopale. Bien des efforts avaient été tentés dans ce but depuis plus d'un siècle, sans qu'ils eussent pu obtenir plus que des promesses plus ou moins vagues des empereurs , lorsque l'archevêque Jacques d'Eltz, après de nouvelles démarches qu'il motivait sur le délabrement de la discipline monastique ainsi que sur la mauvaise direction du temporel, obtint enfin de l'empereur Ferdinand, à la diète de Francfort en 1558, Fassurance écrite de la cession si ardemment sollicitée, pour le cas oii le Souverain-Pontife y accéderait. Muni de ce titre , le prélat se mit en instance à Rome et réussit enfin à arracher ce consentement au Pape, malgré les protestations de l'abbé Christophe et de ses religieux. De ce procès mémorable, oh tous les ressorts de la ruse et de la plus sordide politique furent mis en mouvement pour surprendre la religion de l'empereur et du pape , est né l'ouvrage rédigé par le prieur Knauff et qui a pour titre : « Defensio imperialis, ((libers et exempts abbatis Sanctissimi (( Salvatoris ord. S. Benedicti Sacri Ro- (c mani Imperii Principatûs Prumiensis , «contra archiepiscopatum et capitulum (c metropolitanum Trevirens. prstensam « Unionem , ejusque Gravamina per Mani- « festa rationis , juris et facti ut castrorum « acies per arma justitiae virtntis Dei Ordi- « nata. Ex quft Ecclesis et Imperio , Urbi « et Orbi constabit de Statu Abbatiae Pru- « miensis. In quo fuit , et floruit. In quo a est. In quem restitui potest et justitia « requirit. Adornata Studio et labore ad- « modum Reverendi Patris et Amplissimi « Domini Cosms Knauff, ejusdem Abba- «ti» Prioris. » — Petit in folio, de 288 pages , plus IX de supplément.

Quoiqu'il en soit, le bref d'union de Grégoire XIII, de l'année 1574, et la confirmation impériale de la suivante, 1675 , ayant été connus de l'abbé Christophe , celui-ci en conçut une telle douleur qu'il mourut peu de mois après , en 1576,

k rage de qaaraoie-sept ans ^ après avoir tenu la triple crosse abbatiale peadant près de trente ans.

▼. Stbahbbig, MeiropoHs Kcclet ise Trever. 1 , 477 , sq.— KHAurr, Oefeniio Afcbatûe Prnmiensif, — Bbi-

TBOLBT, II, P. J. VU et XIII.~fi«SCB, Cifli* il-

lattnita,!, pan altéra, 560,

MÂNDERSCHEID , Evrard y comte de, était fils de Jean, comte de Manderscbeid-Blanckenheim (y. son art.) , et de Marguerite, comtesse de La Marck-d*Aremberg. Il est né le 26 noyembre 1485 et entra dans le sacerdoce ; il obtint un canonicat à Trèyes , la préyôté de St. Paulin prèi de la même yille, une prébende à St. Lambert de Liège ainsi que les archidiaconés de Condroz et de St. Géréon à Cologne.

Eyrard de Manderscheid était un homme de beaucoup d'esprit et d^une yaste expérience à laquelle il joignait une exquise prudence , au point que Tempereur Charles-Quint eut plus d^une fois recours à lui pour lui demander conseil. Hubert Goltz le compte au nombre des plus célèbres connaisseurs et des plus zélés protecteurs des sciences et des lettres, surtout des antiquités italiques , françaises et allemandes. Il mourut à Trèyes, le 15 août 1559, après ayoir célébré dans cette yille au mois de juin de la même année son jubilé de cinquante ans de canonicat.

BiBBSCB, Eiflla illustra ta, I, part altéra , 1(34 , sq. —Notes d*ëtnde.

MÂNDERSCHEID , Guillaume VI, comte de, était fils aine de Guillaume V et d'Elisabeth comtesse de Sayn , sa première femme. Guillaume V s'était, de son côté , acquis une grande réputation comme guerrier: en 1290 il ayait renoncé à son alliance ayec Frédéric duc de Lorraine et combattit ayec Thierry de Kerpen et le comte de Virumbourg à la bataille de Bouyignes. En 1310 l'empereur Henri VII de Luxembourg lui adjugea le château de Wilre contre les prétentions de Frédéric de Daun, etc. Il mourut finalement en 1320.

Quant à Guillaume VI auquel cet article est consacré, il se mit en deyoir de s'opposer de toutes ses forces aux exigeances et aux yexations des cheyaliers de son yoisinage; il en attaqua même plusieurs qu'il fit prisonniers et qu'il ne remit en liberté qu'après ayoir reçu d'eux le serment solennel que désormais ils respecteraient le Landfrieden. Il eut de même plusieurs différents ayec ses demifrères et sœurs ; mais ces derniers furent appaisés en 1330 par l'entremise de Baudouin de Luxembourg (y. son art.) , archeyêque de Trèyes. Il n'en fut pas de même de la querelle qui plus tard surgit entre lui et ce prélat : Les éyénements de son époque l'ayaient engagé en 1343 à reprendre son château de Manderscheid en fief de la maison de Luxembourg. Baudouin qui yit cette démarche de mauyais œil parce qu'il y reconnaissait une perte pour son église, lui déclara la guerre en 1 346 , d^ concert ayec Walram comte de Juliers. Mais le comte de Manderscheid se défendit si yigoureusement ayec le secours du comte de Luxenibourget du seigneur de Blanckenheim , pendant un siège que l'archeyêque ayait mis deyant son manoir et qui dura trois ans, qu'à la fin la querelle fut appaisée an moyen d'un accord arbitral.

Cette défense courageuse lui acquit une si grande réputation guerrière que le duc Wenceslas I de Luxembourg lui commit en 1357 le gouyernement de son duché pendant son absence; et ces fonctions délicates il les remplit ayec une rare distinction. Bertholet l'a omis dans sa liste de nos gouyerneurs.

Guillaume VI comte de Manderscheid mourut peu de temps après, sans que nous puissions en préciser l'année. Il ayait épousé Jeanne fille de Gérard , seigneur de Blanckenheim et d'Ermesinde ou Elisabeth de Luxembourg, qui lui donna quatre fils et deux filles.

BiSaacH , Eiflia Ulof trata , I » p. altéra » U , SM ,

MÂNDERSCHEID, Guillaume, comte

de, était fils de Guillaume comte de Manderscheid-Kayl et d'Adélaïde de Mœrs- JSarwerdeu. En 1499 il devint soixantième abbé de SUvelot-Malmédy et en 1506 U réunit à ces deux abbayes la crosse abbatiale de celle de Prum, le quarantecinquième en rang.

Les historiens nous représentent Tabbé Guillaume de Manderscheid comme un homme sage, à sentiments élevés, courageux et très docte. Sa prudence consommée le fit admettre dans les conseils des empereurs Maximilien I et Charles- Quint. Comme religieux , il était sincèrement dévoué à son ordre et mettait ses constants efforts à maintenir la plus exacte discipline parmi ses religieux qu'il assujettit du reste à la réforme de Bursfeld. Il tenait surtout à ce que les offices fussent célébrés avec Téclat qui est si nécessaire à la majesté des pompes religieuses, et il était tellement attaché à ses devoirs qu'on Ta vu le jour de Noël officier dans les églises dé chacune de ses trois abbayes , c'est-à-dire chanter la messe de minuit au chant du coq à Stavelot, celle de l'aurore à Malmédy et la troisième à dix heures à Prum.

Il faisait sa résidence ordinaire à Stavelot où il avait fait construire sur ou contre la montagne un château-fort dans lequel il avait fait transporter les archives ainsi que les objets les plus pré* cieux du monastère, afin de les mettre en sûreté contre les courses ennemies.

Brower ajoute qu'il y avait également établi un atelier où il frappait une monnaie qu'il envoyait au fameux Sickingen lorsque celui-ci guerroyait contre l'archevêque de Trêves avec lequel, paraît-il, il n'était pas sur le meilleur pied à cause de ses tentatives pour engloutir l'abbaye de Prum à sa manse archiépiscopale.

Il a finalement contribué puissamment à l'élection de Charlés-Quint comme empereur , et mourut dans un âge avancé en 1546, après avoir été abbé de Stavelot- Malmédy pendant quarante-six ans et de Prum pendant quarante. Il repose au milieu de l'église de l'abbaye de Stavelot.

V. Stsahsiag» Metropolis CcclesiaeTrcfer.I, 477. — Bao%vE«, II, SilS.-BiaTBOLBT, n, P. J. VU et XIII.— B^ucH, Eieia iUastrata, I, p. ait tf59.— Aa floKTHiiB, Hislor. Trerir. diplomat. III, 39, sqq^q.— Noict d*étudc.

MANDERSCHEID , Herman, comte de Manderscheid'Blanckenheim , seigneur de Junckerath, Daun etErp, était fils aine d'Ârnoul, comte de Manderscheid-Blanckenheim et de Marguerite comtesse de Wied-Runckel. Il s'était d'abord voué à l'état ecclésiastique et avait obtenu un canonicat à Cologne lorsqu'il quitta la soutane pour retourner dans le monde et se marier en 1S67 avec Julienne, fille de Philippe comte de Hanau et de Munzenberg, et de Julienne comtesse de Stolberg.

Il fut en grand crédit auprès de Frédéric électeur de BafVière , ainsi que de Guillaume duc de Juliers , Clèves etc. , et sut soutenir avec gloire les intérêts de ces princes en qualité de leur ambassadeur dans différentes occasions. L'empereur Rodolphe le consulta de même dans plusieurs circonstances sur des questions politiques et de guerre. Aussi ses mérites lui firent-ils obtenir bien des privilèges importants, tels que ceux de battre monnaie , de lever des impôts, etc.

En 1585 il fut envoyé par l'empereur en qualité d'ambassadeur pour assister aux cérémonies nuptiales de Jean-Guillaume , dernier duc de Juliers et Clèves , avec Jaqueline, marquise de Baden; et à son retour il se retira à Blanckenheim oii il s'adonna uniquement à l'étude, réunissant ces beaux musées d'antiquités dont les auteurs de son époque parlent avec tant d'admiration.

En 1594 il fut député de nouveau par l'empereur à la diète de Ratisbonne ; et peu de temps après son retour , le 8 juil'let 1595 il perdit son épouse qui ne lui avait donné aucune postérité.

Il mourut le 4 janvier 1604 avec la réputation d'un savant distingué, d'un grand diplomate et qui plus est, d'un homme de bien.

BiEiscB , Eiflia iUastrata , I , p. altéra , M7 » sqq.

MANDERSGHEID , Jean, comte de, est mentionné comme suit dans le manuscrit des Viri illustres : « 1590. — la copie « de la Bibliothèque de Trêves marque 1 580.

(( — Joannes comes a Manderscheid qui «est in ducatn Luxemburgensi et etiam «a Blanckenheim Episcopus argentora- «tensis S. R. I. Princeps primus; Fnn- « dater coUegii societatis Jesu Holtzheic( mil.»

Jean^ comte de Manderscheid, était fils puiné d'Arnoul comte de Manderscheid-Blankenheim y seigneur de Junckeradt, Daun et Erp, et de Marguerite comtesse de Wied-Runckel-dlsembourg.

Il est né le 8 février 1538 et obtint à rage de dix ans, c'est-à-dire en 1548, une prébende à Cologne, et plus tard une autre à Strasbourg. Dès qu'il eut atteint Tâge canonique il demanda et reçut la prêtrise pour laquelle du reste ses vertus et ses vastes connaissances le recommandaient éminemment , à tel point qu'à la mort de Tévéque Erasme de Strasbourg, arrivée le 26 janvier 1569, les vœux de tous le désignèrent pour succéder à ce prélat, bien qu'il n'eût encore que 31 ans d'âge. Et en effet l'attente qu'on avait conçue de ses capacités à gouverner cette église fut complètement justifiée par la sage direction qu'il donna au clergé pendant les temps difficiles oii il a vécu. Un de ses premiers actes après son avènement fut entr'autres la fondation du collège des Jésuites à Moisheim: il voulait par là donner aux jeunes gens qui se destinaient au sacerdoce une occasion pour se former par des études sévères au ministère des autels et familiariser en même temps le public avec goût des belles-lettres au moyen de professeurs choisis tels que l'ordre d'Ignace avait le privilège d'en livrer, de préfé-' reuce aux autres congrégations religieuses.

L'évéque Jean de Manderscheid mourut plein de mérites le 6 mai 1592.

MANDERSCHEID , Jean - Maurice , comte de, était fils de Salentin-Ernest, comte de Maoderscheid-Rlanckenheim etde sa seconde épouse Christine-Elisabeth comtesse d'Erpach. Raersch le nomme Maurice-Gustave, tandis que les Gesta Trevirorum le désignent comme nous.

Ce personnage est né en 1676, devint archevêque de Prague et primat de Bohême, ainsi que chanoine de Cologne. Il mourut à Prague le 26 octobre 1763, a l'âge de 87 ans.

Ce fut Jean-Maurice de Blanckenheim qui engagea Schannat et Hartzheim à réunir les actes des Conciles d'Allemagne et qui publia ce grand ouvrage à ses propres frais.

G«ftte Trefborani, III, 281.— Baisch, Eiflîa illastraU» I, alten pan, 896; et Tab. g^eneal. , N^ XXIV, b. in fine Tol.

MANDERSCHEID, Philippe-Thierry^ comte de, né le 30 mars 1596, était fils de Thierry II Comte de Manderscheid- Kayl, et d'Anne-Amélie comtesse de Manderscheid-Schleiden , héritière de Neuerbourg. Il entra en 1613 en possession des seigneuries patrimoniales et épousa en 1628 Elisabeth-Amélie de Lœwenhaupt, comtesse de Rasbourg, héritière de Manderscheid et de Falkenstein, qui le rendit père de quatorze enfants.

Le comte Philippe-Thierry de Manderscheid a obtenu de l'auteur du manuscrit des Viri illustres l'article que nous allons transcrire : « 1633. Philippus Theodoricus « Comes in Manderscheid et Blanckenheim «et D' in Keyll, Reipolskirchen, Neuer- « bourg, Bettingen etc., consiliarius eques- « tris Régis in Ducatu Luxemburgensi pince ries vice et semel at diu Temporarius « gubernator ejusdem œdificavit B. M. V.

« nobile sacellum rotundum et architecte- (c nicum ad Keill, mortuus Bruxellis dele- «gatus ab ordinibus Ducatus Luxemburi( gensis. »

Il est mort le 25 mai 1653.

Viri miutres.I, N^* 45.— BiBtscB, Elflta iUastrata, Viri Uloatres, I, N<>920.-]lin8ai, Eifiio iUastra-

I , para altéra , IS46. ta , I ,>. altéra , WZ sq. , et 843 sqqq.

MÂNDERSCHEID, Robert, comte de, était fils et dix-huitième enfant de Jean comte de Manderscheid-Blanckenheim^ seigneur de Gérolstein, Junckerath et Bettingen sur la Kyll, et de Marguerite de La Marck-d'Âremberg. Il est né le 13 avril 1 503 et se distingua a?antagensenient par son courage et par son adresse dans les négociations diplomatiques. II avait à peine atteint l'âge mûr que déjà Tempereur le nomma Juge-Président de la Chambre impériale d'Eslingen. Peu de temps après Tempereur Ferdinand le fit venir en Hongrie oii il s'acquit beaucoup de gloire sur les champs de bataille, comme le prouvent les lettres que l'empereur écrivit lui-même à Robert électeur palatin. En 1 529 il combattit contre Soliman, empereur des Turcs qui assiégeait Vienne, et fit à cette occasion preuve d'une si grande expérience stratégique et d'un courage si héroïque qu'on lui confia le commandement des troupes de Westphalie et du Bas-Bhin.

Il les conduisit en 1532 contre l'armée ottomane et en 1535 contre les anabaptistes.

Après la campagne glorieusement terminée contre les Turcs et une paix honorable conclue avec cette nation , il fut envoyé à Rome par Herman archevêqueélecteur de Cologne pour le représenter dans des négociations très importantes. De retour dans sa patrie il se voua entièrement et pendant le reste de ses jours au service de l'empereur Charles-Quint.

Robert, comte de Manderscheid est mort sans alliance, le 12 août 1542, à l'âge de trente-neuf ans seulement , mais qui furent honorablement remplies.

BiCBSCB , EiJIia UlnstraU , I • pan alteni , 556.

MÂNSFELT, la maison de , non Mansfeld , comme on écrit généralement. Ce nom , qui est resté populaire dans le Luxembourg à cause des grands et des nombreux souvenirs que plusieurs personnages qui le portèrent, ont laissés parmi nous , semble avoir tiré sa première origine connue d'un capitaine saxon , du

nom de Hoyer de Mansfeit qui s'est fait tuer en 1115 au service de l'empereur Henri IV.

Cette famille a pris son nom d'une petite ville de la Saxe en Thuringe ; elle porte le titre de Comte et depuis Pierre- Ernest (v. son. article) , le célèbre gouverneur de Luxembourg , une de ses branches avait obtenu celui de Prince du Saint-Empire.

Mansfeit primitif ou franc porte : écartelé : aux 1 et 4 burellé de gueules et ' d'argent, de 7 pièces, c'est-à-dire 4 gueules et 3 argent; aux 2 et 3 d'argent, à 6 losanges de gueules en fasce, posés 3.3. et se touchant par les angles. Cependant un livre de la Bibliothèque de Luxembourg et qui porte l'écusson de la maison de Mansfeit, pour avoir appartenu au comte Pierre-Ernest, intervertit ces quartiers en plaçant aux 2 et 3 ceux que nous avons mis aux 1 et 4:

Nous pensons que cette inversion ne vient que par l'effet de Timpression d'un cachet gravé à rebours. — Dévise : Force m'est trop.

Le comte-prince Pierre-Ernest (v. son article) a obtenu ou pris un accroissement d'armoiries à l'occasion de sa promotion à la dignité de Prince du St. Empire Romain , puisque sur une chasuble conservée au trésor de l'Eglise de Notre-Dame à Luxembourg et que ce prince avait donnée à sa chapelle funéraire annexée à l'église des Récollets, on trouve un écusson différemment blasonné. Cet ornement religieux , très riche , est en velours rouge et soie jaune , brodé en argent très fin et parsemé du chiffre du prince travaillé en or pur: Cette chasuble ayant sur le devant une figure de St. Pierre , patron du donateur , brodée à la main et d'une exécution achevée. Au bas on voit l'écusson ; au champ écartelé^ portant: aux 1 et 4 les armes franches telles qu'elles sont décrites plus haut ; au 2 de sable , à l'aigle simple esployée d'argent , armée et becquée d'or, mais sans couronne; finalement au 3 d'azur, au lion naissant

d'or , ayant la queue fourchue passée en sautoir, armé et lampassé de gueules , au cotice échiqueté d'argent et de gueules, de 20 pièces ou carreaux , dix à chaque rangée 9 brochant sur le tout. L'écu surmonté de la couronne princière antique , à perles et à fleurons , le tout entouré du collier de la toison d'or.

La maison de Mansfelt était arrivée à sa huitième génération connue et positivement établie lorsqu'elle se divisa en deux branches dans la personne de deux frères, Albert V et Ernest. Plus tard elle se partagea en d'autres rameaux qui ne concernent pas le Luxembourg.

Les personnages que nous aurons à noter dans cet ouvrage sont sortis de la branche cadette, celle d'Ernest, et ne comprennent que deux générations , c'està-dire Pierre-Ernest , et plusieurs de ses enfants.

MANSFELT, Charles y comte de ^ était fils de Pierre-Ernest comte et prince de Mansfelt (v. son article). Presque tous les auteurs regardent ce personnage comme enfant légitime, lui attribuant pour mère Marguerite de Brederode , première femme de son père; mais l'erreur devient palpable lorsqu'on confère entre elles les dates des mariages de Pierre-Ernest avec celle de la naissance de son fils Charles. En effet , ce dernier vint au monde en 1543, alors que son père n'avait que 24 ou 26 ans et se trouvait dans le Hainaut à la tête d'une compagnie de cavalerie, tandis que son mariage avec Marguerite de Brederode ne fut conclu qu'en 1556, c'est-à-dire treize ans plus tard. Scherer , cité par Moreri , nous apprend dans l'éloge imprimé «qu'il a publié de ce grand capitaine , que son père l'aurait eu d'une dame de Mally , dit Moreri, tandisque d'autres écrivent de Malines. L'une et l'autre de ses assertions sont erronées, puisque nous possédons aux archives de la société archéologique de Luxembourg une copie des lettres-patentes en date du mois de Février 1591, ainsi 21 ans après la mort de la seconde

épouse de son père (v. son art. in fine) , par lesquelles une légitimité entière et absolue était accordée à trois enfants illégitimes que le Prioce-Comte de Mansfelt avait eues d'Anne de Benzersedt , famille luxembourgeoise inféodée dans une ferme noble de même nom et dépendant de la seigneurie de Mersch : ces enfants se nommaient Ernest , Anne et Charles ; ce dernier nous le regardons comme le personnage dont nous nous occupons en ce moment, et ce pour les motifs que nous énomérerons à l'art, qui concernera Ernest , son frère aîné. Il est possible cependant qu'il soit né à Malines, mais ni d'une dame originaire de cette ville ni d'une de Mally.

Cette légitimation, qui a été subordonnée à certain versement de finance à la chambre des comptes a nécessairement été acceptée, puisque Charles de Mansfelt a été considéré et traité par son père ainsi que par le public comme fils légitime. A l'article Ernest de Mansfelt nous donnerons une copie entière des lettres de légitimité dont nous parlons ici.

Charles de Mansfelt était né militaire :

d'un caractère bouillant , emporté et d'un courage consommé, rien ne lui résistait lorsqu'il se trouvait à la tête de ses troupes. Il était en outre très instruit. 11 entra très jeune au service d'Espagne oii il sut bientôt s'acquérir la bienveillance du roi Philippe II par la bravoure qu'il déploya à la guerre dans les Pays-Bas. Mais la haine on plutôt la jalousie que peu de temps après son arrivée le duc d'Albe de même que quelques autres seigneurs espagnols conçurent contre lui, sans qu'il l'eut méritée, lui parut si insupportable qu'il fut un moment irrésolu s'il n'embrasserait pas le parti des mécontents; mais, réflexioqs faites, il se détermina à aller en France secourir la Ligne : il y fut pendant dix ans un des premiers ministres des rois Charles IX et Henri III.

Son père l'ayant au bout de ce temps rappelé dans les Pays-Bas, le roi d'Espagne le nomma générai et amiral. Ayant en 1594 conduit en Hongrie des troupes

auxiliaires espagnoles , Tempereor Rodolphe II, par lettres-patentes da 4 mars de la même année, Téleya, lui et son père au rang de Prince de TEmpire et lui conféra le commandement de l'armée impér rjale avec le grade de lieutenant-général.

11 marcha encore cette même année sur Strygonie-Gran et y battit le 4 août les Turcs qui tentaient de faire lever le siège de cette place. Gomme la haute température de la saison , jointe à ses courses continuelles pendant cette mémorable journée rayaient très échauffé, il voulut manger quelques fruits pour se rafraîchir; mais cette imprudence lui fit gagner une pleurésie que quelques-uns nomment une dissenterie et qui Tenleva à Commore, le huitième jour, c'est-à-dire le 12 août 1694, à rflge de cinquante-un ans.

Son corps fut embaumé et ramené k Luxembourg pour être placé dans le ca veau de famille que son père avait fait construire sous une chapelle contiguë k Téglise des Récollets (v. l'article Pierre- Ernest de Mansfelt).

Charles de Mansfelt ne laissa aucune postérité de ses deux, quelques auteurs disent même trois mariages. Il avait épousé en premières noces Diane de Cossé, fille de Charles I comte de firissac, maréchal de France : Ayant surpris cette dame en adultère avec un comte de Haur, il les fit poignarder l'une et l'autre. 11 convola ensuite en secondes noces avec Marie-Christine, fille de Lamoral comte d'Egmond, qui était d^'à veuve de deux maris, Edouard de fiournouville, seigneur de Caprées, comte de Henin, et Guillaume de Lalaing, comte de Hoogstraten.

Les historiens français, dans la vue sans doute de ternir la gloire de Charles de Mansfelt, lui ont attribué plusieurs actes blâmables et se sont même attachés k vouloir le flétrir en quelque sorte en faisant la description de défauts congénitaux, c'està-dire qu'il aurait apportés en naissant.

C'est ainsi que de Ton raconte qu'il avait été boiteux toute sa vie parce qu'on lui aurait extirpé de hi cuisse un nœvus mater-

nus imitant Tempreinte d'un lézard ou d'un autre animal ; que des dérèglements de jeunesse avaient été cause qu'il n'aurait pu devenir père ; qu'un jour, transporté d'un accès de colère pour une bagatelle, il avait poignardé à un repas Henri Staupe, vieux colonel impérial, pendant que les convives étaient occupés à dire le Renedicite ; etc.

Nous ne faisons que transcrire ces accusations sans y ajouter plus de foi qu'elles n'en méritent dans la bouche de biographes évidemment ennemis.

Nous finirons cet article en copiant dans le manuscrit des Viri illustres l'article qui concerne ce personnage : « 1594. Carolus « princeps et comes Mansfeldiae Pétri Er- «nesti filius Luxemburgensis ex generali «Tormentorum Rellicorum Régis Hispa- « niarum in Relgio accitus a Rudolpho II ((snpremns militiae caesarese in Hungaria « contra Tnrcam dictator illum vicit ad Stria gonium cruentissima et famosissima pugna tt et id una eepit , mortuus triduo post et « corpus relatum Luxemburgum in pater- (c num mommentnm. »

Viri illustrefl, II , N* 144.-8gha»at, Hittoire da comte de Maaffelt, Sf , tq.; et notes manutcrite» •joot^es à eet ooTrae^e fl'evemploire de BoIre bibliothèqiie).-MoBni, III , 74; V, 96. -Da FbLLM , Oîctionn. hUtor. litt M.—l/VnsL. a Wiltbbw, Disqnitit antiqnar. histor. Luxembarg. II , c.6 § 9.^MAtB«, 694 -Bbetbolbt, VUI, 193. — PfeBiasT , I, fol.

MANSFELT, Charles de, autre fils naturel de Pierre-Ernest, comte et prince de Mansfelt, gouverneur de Luxembourg.

Il est né après le décès de la seconde femme de son père, lequel devait déjà alors être très âgé. Les historiens ne nous ont conservé aucune indication sur sa mère.

Charles de Mansfelt , qui ne fut jamais légitimé, s'adonna à Tétude et prit le bonnet de Docteur en Théologie ainsi que dans Tun et l'autre droits à l'université de Louvain, le 29 janvier 1614. II se voua ensuite k la prêtrise et devint d'abord doyen de la collégiale de Notre-Dame à Yvois- Carignan, puis chanoine de Ste. Gudule à Bruxelles et vicaire -général, premier

chapelain des archidacs Albert et Isabelle- Clairc-Eagéaie, ainsi que grand aamônier des armées d'Espagne. A des connaissances aussi étendaes que yariées Charles de Mansfelt unissait une grande piété. Aussi fut-il en 1627, de concert ayec Marguerite de Busbach (y. son art.) , un des principaux fondateurs du monastère de la Congrégation de Notre-Dame à Luxembourg. Il donna pour premier établissement à cette maison religieuse Thôpital que son père avait érigé près du Hnnd-Haus, dans la Yille-basse dite Pfaffenthal : cet hôpital, comme on sait, n'avait pas subsisté faute de revenus suffisants pour son entretien.

Les religieuses résidèrent en cet endroit pendant un an environ et se retirèrent en 1628 dans la ville haute, dans les bâtiments que les Dominicains venaient de quitter.

Charles de Mansfeit, qui fut aussi nommé le 27 septembre 1627 conseiller ecclésiastique près le conseil provincial de Luxembourg, est mort à Bruxelles au mois de janvier 1661, dans un âge assez avancé.

Nous avons de lui les ouvrages suivants :

i^. Paratitla Decreti, seu de Jure Sacro in génère, deque Ecclesiasticorum moribus etofficiis. 1616. — ^.Utriusque Juris concors discordia, quae Canones cum Legibus pugnantes conciliantur . Luxembourg, 1619.

— 5^ Clericorum Cœnobitica, sive de Canonicorum vita et origine. 1625. — 4^.

Exercitatio civilis ad Régulas Juris. — 5^.

Exercitatio civilis ad Brève Apostolicum Urbani VIII, de Constitutione et Potestate Delegati Apostolici in militia Belgica regii exercitns. 1638. — 6"*. Sacerdotis Breviculum venerationi Cleri sacrum. 1642. — 7^. Castra Dei, sive parochia , religio et disciplina militum. 1642. — 8^. Miles christianus.

L'auteur du manuscrit des Viri illustres , dans Tarticle qu'il a consacré à ce personnage distingué, répète à peu près ce que nous venons de dire de lui : « 1648.

Carolns a Mansfeldt Luxemburgensis, Noce thus Pétri Ernesti Principis et Comitis

«Mansfeldiœ Gubernatoris Luxemburgenccsis, S. Theologiae Doctor Decanus primo c< Ivodii, deinde Bruxellis ad sanctam Guet dulam et de Oratorio Serenissimorum «Archidncum ac Régis, Regium quoque a super Exercitum Hispaniarum in fielgio « Vicarius generalis in spiritualibus. Prima- « rius et primus fundator Virginum congre- «gationis Beatœ Mariae Virginis Luxem- « burgi, quibus attribuit snum Mansfeldi- «cum ut vocatHospitale, clarns scriptis et « vîtœ Clericalis de qua potissimum scripsit, c( praestantia, Mortuus Bruxellis, renuncia- «tus Praepositus Sti. Donati Brugis in ce flandria. »

Fft Sws&Tios , Athenae Belgicae, 169.— Viri IHostrès, I, N^ 8i.~-Mo«BBi, Sopplémenl, 111, S8lS,«q. — MannseriU Glomm — Wilb. a Wiltuih » Ilif^it. antiquar. hist luxemb. , II» e. 6. §.3. ~D. Gauibt, Riblioth. lorr. — Notes manascrites ajoutées à Dotre exemplaire de IHistoire du comte de Mansfeit , par ScHA 3111 AT.— Manuscrits MaaJAi. — fiieaTHOLiT , VllI, 64,sq.>-PiBaacT,I, fol.LXlX.— CL4sas, Gatalo^ede la Biblioth. de Luzbr|r., 148, 309, 37tt, 480.-- Nbobajiii, les auteurs Luxembourgeois , 518 , sq.

MANSFELT, Ernest de, non Pierre- Ernest comme quelques biographes ont écrit erronément , était né fils illégitime de Pierre-Ernest, comte de Mansfeit (y. son art.).

Les auteurs varient sur la date de la naissance de ce personnage, les uns la fixant à Tannée 1640 tandis que les autres admettent 1585. Tous s'accordent néanmoins à dénommer sa mère Anne, mais aucun n'a jusqu'à ce jour indiqué la famille de cette dame. Nous allons chercher à éclaircir et à établir ces deux points.

Il existe dans les collections de la Société archéologique de Luxembourg des lettres-patentes du mois de février 1591 , par lesquelles le gouvernement de Philippe II, roi d'Espagne à Bruxelles, accordait la légitimité à trois enfants naturels de Pierre-Ernest comte de Mansfeit procréés avant mariage, d'Anne de Benzeraedt : ces trois enfants sont dénommés Ernest, Anne et Charles.

Pour ce qui regarde la mère de ces personnages il n'existe donc plus de doute

k son égard , elle se nommait Anne Benzera^dt oa plutôt de Benzeraedt, famille loxembonrgeoiae originaire h ce qu'il paraît du fief noble de même nom ressortissant à la seigneurie de Mersch.

Quant aux supputations les plus raisonnables concernant Tannée de la naissance d'Ernest de Mansfeit, nous dirons d'abord que dans les Patentes ci-haut rappelées et dont nous donnerons une copie à la fin du présent article , Ernest est dénommé le premier, puis vient sa sœur Anne j enfin son frère Charles. Or , il est admis que ce dernier ou le plus jeune des trois est né en 1543 ; il devient dès lors impossible que Taîné ou Ernest soit né après 1540. Il ne Test pas non plus avant cette année , vu que son père n^avait alors que vingt-deux ans tout au plus d'âge.

Quant au lieu de la naissance d'Ernest , nous ne pouvons le désigner d'une manière absolument précise : quelques auteurs dénomment Bruxelles , d'autres Malioes , ajoutant ces derniers que sa mère aurait été originaire de cette dernière ville. Nous dirons simplement que pendant l'année qui a précédé la naissance de ce personnage le comte son père avait, été soit à la cour de Bruxelles, soit occupé à faire le siège de Landrecies; son fils a donc pu naître soit à Bruxelles même soit à Malines, sans qu'à défaut de preuves ultérieures on puisse donner la préférence à l'une ou à l'autre de ces deux villes.

Cependant les auteurs ajoutent que Ernest de M^nsfelt aurait eu pour parrain au baptême l'archiduc Ernest d'Autriche qui l'aurait fait élever à la cour de Bruxelles et dans la religion catholique.

Le premier de ces faits ne peut être vrai attendu que l'archiduc est né quinze ans après Ernest de Mansfelt. Pour ce qui regarde le séjour de ce personnage à la cbur de Bruxelles nous pouvons également élever des doutes, parce que de tels honneurs ne sont pas souvent accordés à un bfttard. Quoiqu'il en soit cependant, dès qu'il eut atteint l'âge oii il se trouva

capable de porter les armes il entra d'abord au service d'Espagne dans les Pays-Bas , passa ensuite à celui de l'empereur Rodolphe II et se distingua d'une manière brillante en Hongrie. A son retour le roi d'Espagne lui doooa un régimeot avec lequel il fit des merveilles au fameux siège d'Ostende en 1604.

Avant son départ de l'armée impériale, disent quelques historiens allemands , l'empereur voulant récompenser les grands mérites d'Ernest de Mansfelt ainsi que les bons services qu'il venait de lui rendre, lui aurait fait expédier des lettres-patentes de légitimation. Mais nous pensons pou'»

voir révoquer ce fait en doute en présence de pareil octroi lui accordé déjà par son souverain direct et treize ans auparavant , à moins que, suivant la judicieuse remarque de M' de la Fontaine , il pouvait, après la mort de ses frères légitimes, nourrir l'ambition de succéder aux titres d'un prince allemand.

Son père, qui était venu à mourir pendant le siège d'Ostende, ne l'avait pas compris dans son testament , puisque dans cet acte il avait disposé de ses biens en faveur des princes de la maison royale d'Espagne. Cette circonstance, jointe à ce que l'on aurait rabattu de ses gages et à ce qu'on refusait de lui accorder un avancement ou des charges et des honneurs qu'il croyait avoir mérités ou lui être dus comme fils du prince-comte son père, parce que disait-il , on les lui avait promis, l'irrita contre le gouvernement qu'il taxait d'injustice et lui fit quitter le service d'Espagne , conservant toute sa vie dans le cœur une grande haine contre cette monarchie. Dans le dessein de se venger de ce passe-droit prétendu il embaucha trois cents chevaux des troupes que l'archiduc Léopold avait envoyées dans le pays de Juliers et vint faire des courses dans le Luxembourg , forçant la ville de Schleiden et la saccageant. Mais il fut fait prisonnier peu de temps après par le comte de Solms, et tout son monde passé au fil de l'épée , à la réserve

de quinze hommes sealement. Lorsqu'il fut rendu à la liberté il le?a derechef trois cents chevaux et trois compagnies d'infanterie avec lesquels il ravagea de nouveau le pays, puis les frontières de TEIectorat de Trêves ainsi que la principauté de Stavelot , causant des maux incalculables partout oii il passait. En 1609 il prit service sous Farchiduc Léopold qu'il quitta encore peu de temps après pour 9 en 1610, se ranger sous la bannière des protestants dont il adopta le culte et devint un ennemi aussi redoutable que puissant de la maison d'Autriche. Il servit également sous Charles-Emmanuel , duc de Savoie contre TEspagne; et ce duc , pour récompenser ses services le créa marquis de Gastelnuovo. Après la paix il alla en Allemagne avec deux mille hommes pour rendre service à Frédéric , électeur palatin qui Tenvoya en 1618 en Bohême au secours de ceux qui dans ce royaume s'étaient soulevés contre la maison d'Autriche.

Les Bohémiens lui donnèrent à Prague la charge de Grand-maître de l'artillerie et de général d'infanterie. Il prit ensuite la ville de Pilsen le 21 novembre 1619 et fut mis à cause de ce fait d'armes au ban de l'Empire par l'empereur Mathias ; mais les Bohémiens l'admirent au nombre des princes de leur pays.

De là il voulut joindre le comte de La Tour qui assiégeait Vienne; mais il reçut le 8 juin 1620 quelqu'échec près de Rotilitz , dans une rencontre avec Bucquoy, général de l'empereur. Il ne s'en déconcerta pas et se bâta de rassembler les débris de l'armée après la bataille de Prague ou du Mont-Blanc que les siens avaient perdue le 9 novembre de la même année, et continua seul la guerre. Cette même année encore les Bohémiens voulurent se donner un roi ; et Ernest, comme membre des Etats de ce pays donna sa voix au duc de Savoie qui , à ce qu'il l'assurait, devait embrasser le culte protestant, comme lui-même il l'avait fait bien qu'il eût été élevé dans la religion romaine.

Vers le même temps encore les Bohé-

miens lui donnèrent le cloître de Codischau et deux petites villes avec quelques villages qui lui rapportaient un grand revenu. Cependant l'électeur palatin fut élu roi de Bohême ; mais il perdit bientôt après ce royaume par la perte de la bataille de Prague (1620) on Ernest ne se trouva pas. Après cela il défendit longtemps les villes de Pilsen et de Tbabor , et le roi Frédéric le nomma pour son général en Bohême; mais l'empereur mit sa tête à prix, promettant une grosse somme d'argent h qui le lui livrerait mort ou vif. Pilsen se rendit en 1621 et Ernest ne se trouvant pas en état de tenir tête au général Tilly se retira avec son armée dans le Haut-Palatinat sur les frontières duquel il battit quelques troupes de Tilly et de Wurtzbourg. Tilly marcha ayec les troupes impériales et bavaroises réunies vers le Haut-Palatinat; mais Ernest se retira dans le Bas-Palatinat et dans l'évêché de Spire.

En 1622 il ravagea l'Alsace, assiégea sans succès la ville d'Elsas-Zabern et fut pour la seconde fois nris au ban de l'empire ; ce qui ne l'empêcha pas de rentrer sur les terres de Spire. Après que le roi Frédéric eut joint son armée à la sienne ils battirent les bavarois près de Hingelsheim, prirent Ladenbourg d'assaut et secoururent Hagenau. Ces heureux succès réveillèrent le courage de ses troupes malgré qu'elles ne reçussent que très irrégulièrement leur paye , et les animèrent à le suivre promptement et de bon cœur. Il tomba aussitôt sur Louis, Landgrave de Hesse-Darmstadt qui tenait pour l'empereur et le fit prisonnier avec Jean son fils , mais il les relâcha presqu'aussitôt à certaines conditions qui furent acceptées. Il joignit ensuite son armée à celle de Christian , duc de Brunswic et évêque d'Halberstadt^ traversa l'Alsace , la Lorraine et le Hainaut pour entrer dans le Brabant , parce qu'il voyait que les affaires de l'Union allaient mal et que d'ailleurs il ne trouvait aucun accès auprès de l'empereur à qui il avait vainement offert ses services à condition qu'il révoquât son ban.

Sa marche dans les Pays-Bas se fit dans un temps où Ton s^y attendait le moins , et s'exëcnta avec facilité : mais les lieux qoi se tronyèrent sur son passage s'en res^ sentirent terriblement parce que ses soldats ne irivaient que de butin et de pillage. Le duc de Bonillon se servit de l'occasion et voulut lai persuader ainsi qu'à Christian de marcher au secours des réformés.

D'un autre côté, l'approche de ces deux généraux ne donna pas peu d'inquiétude au roi de France. Le duc de Nevers chercha à les faire entrer au service du roi ; mais Ernest prit le parti de se rendre directement dans les Pays-Bas et trouva inopinément Gonsalve de Cordoue , général espagnol rangé en bataille derrière une hauteur près de Fleurus, dans le dessein de lui couper le passage.

Les soldats de Mansfelt n'avaient depuis six semaines pas passé une seule nuit à couTcrt ; et y n'ayant depuis une quinzaine de jours point vu de pain ils avaient été contraints de se nourrir de fruits ; de façon qu'ils étaient exténués et bon nombre d'entre eux malades.

Cependant Ernest hazarda le combat et défit entièrement les espagnols qui perdirent leurs canons et leurs équipages.

Cependant parce qu'on ne s'acharna pas à leur poursuite ils s'attribuèrent la victoire. Comme ses troupes manquaient de vivres il se hâta de gagner les Pays-Bas : il perdit beaucoup de monde en chemin, mais il arriva tout à propos pour assister à la levée du siège de Berg-op-Zoom assiégé par Spinola , ainsi qu'à l'infructueuse tentative du Prince d'Orange contre Anvers.

Pendant la même année , après avoir couru grand risque de se noyer il revint en Allemagne oii chemin faisant il prit Dorsten ainsi que quelques autres villes de Westphalie et entra dans le comté d'Ost- Frise. Sur ces entrefaites Christian duc de Brunswic fut battu par Tilly, et son armée , entièrement débandée, prit service en Hollande. Mais comme le soldat était accoutumé an pillage on fut bientôt après obligé de donner leur congé à ces mer*

cenaires : Herman-Otton, comte de Stirum, conduisit ceux qui voulurent continuer de servir en Ost-Frise vers Mansfelt qui leur permit toutes sortes d'insolences.

Tilly ayant voulu aller l'attaquer près de Stuckhausen le trouva si bien retranché qu'il ne put l'approcher. Mansfelt avait en outre reçu un secours de quelques mille français; mais comme il n'avait point d'argent pour leur paye ils commencèrent bientôt à se mutiner et a commettre de grands désordres. Les habitants de la Frise orientale perdirent enfin patience et après avoir en vain demandé qu'on les débarrassât de ces fâcheux hôtes ils voulurent prendre les armes pour les chasser.

Mais les Etats-Généraux engagèrent Mansfelt à quitter le Pays moyennant Ini payant une somme de trois cent mille livres, et à congédier ses troupes. Il le Qt, ne conservant que quelques jeunes gens, lesquels finirent également par se débander.

Il se retira en France oii l'on craignait de plus en plus la puissance de la Maison d'Autriche , et pria le roi de vouloir soutenir l'électeur palatin , ce qui lui fut en quelque sorte promis. De là il passa en Angleterre oii on lui fit une bonne réception accompagnée de riches présents et d'un brevet de général pour la présente guerre. Sur ce il fit ses préparatifs et repassa en Hollande avec quelque troupes anglaises qu'il remit an Prince d'Orange pour s'en servir à faire lever le siège de Bréda. La seconde fois qu'il alla en Angleterre il fit naufrage et courut grand risque de perdre la vie. Il se sauva néanmoins mais avec perte de presque tout son équipage.

En 1625 il retourna en Allemagne, ravagea l'archevêché de Cologne , se tint pendant quelque temps entre Hambourg et Lubeck et marcha enfin sur la Basse- Saxe 011 il se joignit au roi de Danemark.

En 1626 il chercha à se rendre maître du fort qui est dans le voisinage de Dessau; mais Wallenstein le repoussa avec de grandes pertes. Il fut plus heureux dans la Marche de Brandenbourg et ré-

solat de &ire une diversion en Silésie et en Morayie, et même jusqa^en Hongrie.

Mansfeit était surtout porté pour Bethiem Gabor, prince de Transylvanie qui en ce moment se mettait en état de se défendre contre Fempereur. Il reçut sur ces entrefaites du roi d'Angleterre un secours de trois mille hommes et de celui de Danemark un autre de deux mille. A ces troupes vinrent se joindre un grand nombre de ceux qui avaient été chassés des états héréditaires de l'empereur, de sorte qu'il put se mettre en marche avec des forces considérables pour entrer en Silésie et passer jusqu'en Moravie, expédition qui fut très funeste à ces pays à cause que ses soldats, qui ne recevaient pas de solde, ne subsistaient que de pillage.

Les impériaux, sous la conduite de Wallensteitt , s'étant mis à sa poursuite , il sut si bien prendre ses mesures qu'il gagna Jablonka , d'où traversant les montagnes il passa de la Moravie en Hongrie pendant que Wallenstein pensait le tenir enfermé. De Hongrie on envoya quatre mille chevaux à sa rencontre et Jean- Ernest, Duc de Saxe-Weimar vint également le joindre avec douze mille hommes.

Mais Mansfeit s'étant aperçu que Gabor le trahissait , il lui remit son artillerie, et ses autres troupes au Duc Jean-Ernest ainsi qu'au général Carpezan, dans le dessein de se rendre à Venise en passant par la Turquie , et de s'abandonner ensuite à sa fortune. Mais arrivé à Vracovitz, petite ville de la Bosnie, disent des auteurs tandis que d'autres nomment cet endroit Zara , il fut surpris par une maladie qui l'enleva le 20 novembre 1626.

Son corps fut porté et enterré à Spaletto en Dalmatie , contrairement à ses derniers désirs , comme nous le verrons plus bas.

On rapporte que, sentant sa fln approcher il se serait fait revêtir de son uniforme de général, l'épée au côté, et qu'appuyé sur ses officiers il aurait rendu le dernier souffle, parce que, aurait-il dit, il ne convient pas qu'un général meure dans un lit. Quelques auteurs ont préten-

du qu'il avait été empoisonné à Tinstigation de ses ennemis.

Ernest de Mansfeit était un homme extraordinaire auquel il ne manqua rien pour être un grand capitaine : entreprenant au point de braver avec le plus grand sangfroid les dangers et les fatigues, il sortait toujours de ses défaites plus terrible qu'auparavant. Jamais général d'armée ne fut plus patient, plus infatigable, plus endurci au travail, aux veilles, au froid et même à la faim. Il montra constamment un grand esprit dans les négociations ; son éloquence était entraînante et sa ruse inépuisable.

Comme il n'entretenait ses troupes qu'au moyen de vols et de pillage on a été jusqu'à le comparer à Attila.

On rapporte de lui que, ayant été instruit un jour de manière à n'en pouvoir douter, qu'un de ses plus grands affidés communiquait ses plans et ses projets au général autrichien, il ne parut pas s'en Cacher : il fit remettre au traître une somme de trois cents écus et le chargea de porter au général ennemi une lettre conçue dans les termes suivants : « Le porteur de cette c( missive étant votre serviteur affectionné, «non le mien, je vous l'envoie afin que «vous puissiez profiter de ses services.»

Gomme il était toujours de la dernière exigeance envers ceux qu'il avait servis, les Hollandais ont dit de lui qu'il était capable de rendre de grands services à ceux qui l'employaient, mais qu'en revanche il les faisait payer bien cher : Bontis in auxiliisj carus in pretio. Enfin on dit généralement que ce fut Ernest de Mansfeit qui aurait introduit l'usage des dragons dans la guerre.

En rapportant les circonstances du décès d'Ernest de Mansfeit nous nous sommes conformé au récit que nous en ont livré le» biographes de cet homme extraordinaire. Cependant nous devons ajouter ici une rectification quant au lien ou cet événement s'est passé. Cette rectification nous est devenue possible depuis que nous avons eu connaissance de son testament militaire, c'est ainsi que lui-même il nomme cette

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pièce restée inédite jusqu'à ce jour et dont nous devons la communication à Tobligeance de M' de la Fontaine père , ancien Gouverneur du Grand-Duché, Président actuel du Conseil d'£tat et Fun des fondateurs comme des membres effectifs les plus aotib et les plus instruits de la Société archéologique du Pays. Lui-même en a fait la décourerte dans les archiyes anciennes de la maison de Wiltz. C'est une copie manuscrite contemporaine que nous nous croyons en devoir de faire imprimer à la suite de cette notice biographique à cause du grand jour qu'elle est destinée à jeter sur notre personnage. Cet acte a été dressé la veille de la mort du général Ernest de Mansfelt; il «st daté de Verona près de Sanray en Bosnie.

« Au nom de la Saincte Trinité

et Nous Ernest Comte de Mansfelt Harc< quis de CastelnnoYo et Boutigliers, Baron « de Heldrnngen et C** gnal des Roys très « Chrestien et de la grande Bretagne, sca- «Yoir faisons a tous qu'il appartient par « ce nre testament militaire, que nous sou- «venans de nre mortalité, avons voulu <c ordonner ceste nre dernière volonté, lace quelle nous voulons estre gardée invio- « lablement, après nre mort si le bon Dieu c< nous appelle de ceste vie, désirant qu'elle « soit vaillable comme testament militaire « encore que toutes les formalités des tes- « taments solennels n'y soient point obser- « vez, à cause des incommoditez du voyage, a auquelles nous sommes put au service de « noz maistés.

« Nous voulons doncques , que si Dieu «nous appelle de ceste vie, auquel nous «commandons nre ame, que nre corps « soit transporté aux terres de la sérénis- « sime République de Venise et en icelle « enterré, selon les honneurs et estats que « le bon Dieu nous a donné en nostrê vie.

« Pour le 2^^ Nous commandons que tous

« nos serviteurs domestiques qui sont nous « en ce put voyage, soient payez et licen- « tiez de leurs services les aultres qui sont « demeurés en Hongrie seront semblable- «ment licentiez et payez de nos bardes « que nous avons laissé au Royaume d'Hon- « grie.

« Pour le 3"* que tous les debtes, pour « lesquelles noz serviteurs comme nre com- « missaire gnal et nre trésorier sont demeuré « caution doibvent estre payez devant toute «aultre chose.

«Pour le i"**^. Nous subvenans des « fidelles services que noz vieux serviteurs «nre commissaire gnal Peblis le maistre « de la Cavalerie Daniel de Rive, le Colo- « nel Ferens, le li. Colonel Dezes de Ber- «nadino, le quartier maistre de nre Ca- « vallerie, le sieur de Batten et nre Tre- « sorier général le capi. Dulbier lesquelz « nous ont si fidellement servy en temps « de nécessitez, et danger, voulons qu'a « chascun soit payé deux moys de paye et «de mesme aux aultres que nous avons « prins que nous en ce pnt voyage , nous « voulons qu'il reçoivent aussi 2 moys de « paye oultre ce que l'on leur doibt pour « leurs descontes et a nre Cirurgien gnal « 3 mois de paye pour se retraictes et au « Reingraff 200 Reichsz. Dallers.

« Pour le 5"*^ nous commandons à nre « Commissaire gnal Peblis puis qu'il a en- « tière cognoissance de tout ce que sest « passé de temps que nous somes aux ser- « vices de leurMajestez, principalement de «ce que Ion a traicte audt le prince de « Transilvanie, oii il a tousiours este pre- « sent et sur quoy nous avons entreprins « ce nre voyage de sen aller le plustost « qu'il pourra après nre enterrement faict « vers sa Majesté très chresUenne, et en « passant vers le duc de Savoye pour leur « proposer de rendre conte de tout ce qui

«sest passé 9 ce que nous avons concla «avec le prince de Transilyanie, et que « nous a esmeii de faire ce voyage, et nos «intentions, finalement tout ce qu'il scait « que nous voulions dire , représenter et <( proposer à leurs Maiestez et Altesse ains (( que tout luy est bien cogneu, corne ayant «assisté à ses affaires. A nre Trésorier «gnal le capitaine Oublier commandons <' d'aller en Angleterre délivrer nre Ire «Credentiale laquelle nous luy donnons «aussy bien qu'au colonel Peblis pour « France et Savoye, et dy proposer tout «ce que nre Instruction h luy donnée porte, (cet quMl tienne entierre correspondance « audt le ooloneb Peblis, durant le temps « qu'il seront en France et Angeterre pour « ces affaires, afin qu'il puisse adviser la « part où il sera nécessaire lestât des af- « faires et procure ceq. toute aillet selon « que nous avons eu lintenlion durant nre « vie tant que faire se peut, tous deux au- « ront seing tant qu'il sera possible que « nos officiers et soldatz soient contents de «ce que l'on leur doib pour le service « faict aux couronnes de France et Angle- « terre soubs nre commandement, que nre « réputation soit conservée et les affaires « publicques maintenues. Le colonel Ferens « pendant leur voyage demeurera à Venise «pour adresser leurs 1res au Prince de « Transilvanie et audt luy tenir correspon- « dance sur ces affaires aussy pour nego- «cier audt la serenis. Respub. selon les « instructions a lui donné. Les frais de ce « voyages come aussi la demeure du Go- « lonel Ferens seront prins de nre argent « que nous avons à Venise et de noz biens «que nous avons audt nous.

' « Pour le 6"* nous commandons que le « 1000 ducats que le Prince Transilvanie « nous a prestez soient incontinent après « leur arrivée à Venize restituées pour re- « tirer nre obligation.

« Nouis voulons aussi que les G quitus «Zureqs qui nous ont conduis par rbon- «grie et de la Bosnie soyent honneste- «tement recompensés comme aussy les « gentilshommes bongroiz.

« Pour le 7"^. Lon doibt payer au Den- «tenant Golonel Bellesgein un mois de «gage c'est-à-dire 1600 francqs ainsique «nous lui avons promis.

« Lon doibt tascher pour le 8"* de te- « nir toutes noz truppes qui nous avons « laissé en Hongrie ensemble, jnsqnes à ce « que Ton puis avoir ordre de nos Mais- «tres de ce qu'il désire qu'on face d'eux.

« Pour le 9"^* s'il y a quelque chose de « reste de noz biens personels Gq. ne sera «d'employé pour ce que nous avons or- « donné en ce nre Testament il doibt estre « pour payer nos officiers et soldatz avec « ce que nos maistres doibvent encor.

«Et si. pour le 10** viendront encor «quelques aultres de noz Conditions ou « qui ont raisonnablement a prétendre sur « noz biens il doibt estre remis pour ce Cq.

« le Roy de France et de la grande Bre- «tagne nous doibvent encore en vigueur « des traictez avec leurs maiestez.

«Pour 11"'"'. Quand nre Commissaire « gnral et trésorier auront tant en France «qu'en Angleterre, la volonté de leurs « maiestes, il procéderont avec noz troup- « pes selon icelle volonté le llcention ou «leur donneront. Et si nos maistres de- « manderont contre des desniers quil nous « ont données come ilz ont esté employés « ils rendirent les dicts contes également, « co^ il appartient, et garderont en tout « nre honneur et reputaon representans a « nos maistres ma fidélité et realité pour «leur service*

«Finalement nous commandons a nre «commissaire gnal colonel Ferens et nre Trésorier destre exécuteurs de ce nre tes- «tament, et de faire tous ce que nous

«rayons ordonnans ordonné en Icelay^ «comme ceux a qui noos transportons «tontes noz actions en les constituants « corne héritiers pourveu quil facent tout « pour le bien de noz soldatz et public.

« En tesmoignage de mailleur asseurance « de tout cela nous avons con6rmé en la «présence de li. Colonel Badenbourg et « de nre Cirnrgien gênerai Malstre Hansz « Jacob Ancbat tout ce que dessus le temps . « venant trop court pour plus ample con- « firmation, ce que est faict à Varona au- « près de Saoray en Bosnia estant sur mon « lict le [| nonembre 1626 à qainct heures «du soir.

« Nous soubsignës suivant les intentions « de feu son Excellence Mous, le Prince « et Comte de Mansfelt Marquis de Cas- «telonovo^t BouUgliers Baron de Hel- « drangen nre gnal qui a tousiours travaillé « pour le bien public, et particulièrement «pour le «ervice de leur Mejesté de Bo- « héme, déclarons conformité de sa volonté «qu'après Tenterrement de son corps et « le renvoyé de la maison avec contente- « ment de ses serviteurs le tout sera remis «a sa Majesté de Bohême qui sera très « humblement prié de prendre la protec- « tion de l'armée dressée seulement pour «son service et de prendre sur elle la « peine de retirer ce que se trouvera estre « deu de qui que ce soit a6n que assignaons « faictes et signiez a plusieurs officiers et «serviteurs poissent estre payez a ceulx «qui le s ont et que le rest soit employé « pour lentient de larmee et nouvelle levée «pour le renforcement d'Icelle. faict a «Venize le 15 de janvier 1627, C. J- Pec< blis. Rh. Ferens. J. Oublier. »

Nous finirons enfin notre article Ernest de Mansfelt en produisant également une copie des lettres-patentes de légitimation de ce personnage ainsi que de sa sœur Anne et de son frère Charles (v. son art.

et celui de son père, Pierre-Ernest, in fine) , parce qu'encore ce titre n'a jamais été publié.

<i Lettres - Patentes du mois de février « 1691 par lesquelles Philippe II, roi d'Es- ^ pagne, à V instance de son très-cher et féal ^cousin etc., M essire Pierre-Ernest , comte <ide Mansfelt, légitime ses trois enfants <( naturels nommés Ernest, Anne et Charles, a procréés d'Anne Benzerœdt.

4( Philippe, par la grâce de Dieu Roy <(de Castille, d*Arragon, de Léon, des Deux «Siciles, de Jérusalem, de Portugal, de « Grenade, de Tolède , de Valence , de 4(Gallicie, de Maillorque, de Séville, de <( Sardaine, de Cordule, de Corsique, de <(Murcie, de Gènes, des Algarbes, de <(Algezirre, de Gibraltar, des Isles de «Chmarrce et des Indes tant orientales a qu'occidentales, des Isles et terre ferme « de la mer Océane ; Archiducq d'Austri- «ce; ducq de Bourgogne, de Lothier, «de Brabant, de Lembourg, de Luxem- « bourg, de Gueidres et de Milan ; Comte «de Habspurg, de Flandres, de Artois, «de Tirol, Palatin et de Haynault, de « Hollande , de Zelande , de Namur et « de Zutphen ; prince de Zwane ; Mar- « quis du St. Empire de Rome ; Seigneur «de Frise, de Salins, de Malines, des «villes et pays d'Utrecht, d'Oueryssel et «de Groningen, et dominateur en Asie « et Afrique , scavoir faisons à tous presens <^et advenir que à Tinstante requeste de « nostre très-cher et féal cousin chevalier «de nostre Orde, de nostre Conseil « d'Estat , Mareschal de nostre host ^ gou- « verneur et capitaine gênerai de nostre «pays et duché de Luxembourg et comté «de Chiny, Messire Pierre Ernest Comte « de Mansfelt , nous avons de nostre cer- « laine science authorité pleine puissance , « de grâce cspecialle , légitimé et légiti- « mons ses trois enOTans naturels assavoir « Ernest , Anne et Charles procréez en «la personne de Anne Benzerœdt fille « libre et non mariée comme il estait «semblablement, et defi*ault de

a leur naturalité aboly et eOTaché abolissons «et effachons par les présentes leur oc- «troyant et accordant par Icelles qu'ilz «puissent et pourront comme personnes «légitimes et babiles succéder en tous « biens meubles et immeubles et aultres « quelconques esquelz de droict et selon « les coustumes et usaiges de noz pays ilz «pourront succéder s'ilz nez et procréez « de leal mariaige et venir aux successions « de leurs père et mère , et aultres leurs « parents et amys , qui leur compétent et «pourroient appartenir ci-après pourvue «toutes fois que à ce consentans leurs « parents et amys plus prochains de lig- «naige, et que aulcun droict ne soit «desja acquis à aultres. Et que en ce (ccas ilz puissent et pourront avoir et (c tenir pour eulx , leurs hoirs et succès- « seurs à tousjours tous les biens qui leur « adviendront et escherront desdictes suc- « cessions et que aultrement ilz acquerront «et d^iceulx biens ordonner et disposer «par testament ou aultrement ainsyque « bon leur semblera , ainsy que doresna- «vant ilz soyent receuz a tous honneurs «estatz offices et aultres faicts légitimes «reputez et tenuz comme s'ilz fussent « nez en leal mariaige , mesme que après (c leur trespas iceulx de leur lignaige pro- «créez en leal mariaige leur puissent «succéder par droict d'hoirie en tous «leurs dicts biens héritages possessions « et aultres choses quelsconques acquiz « et à acquérir tout ainsy comme ils fe- «roient et faire pourroient sMlz estoient « nez et procréez de leal mariaige , sans «que a cause de la dite bastardise ou « illegitimation nous ou noz successeurs « y puissions ou doyons quereller ou de- « mander aulcun droict en tems advenir y «nonobstant quelzcunques ordonnances, «statutz, droictz, constumes et usances «à ce contraires, a charge toutesfois que «lesdits Ernest, Anne et Charles en re- « cognoissance de ceste nostre présente « grâce et légitimation seront tenuz payer «a nostre prouffict la et ainsy qu'il ap- «partiendra, certaine finance et somme

« de deniers pour une fois selion la faculté «et qualité de leurs biens à l'arbitrage «et tauxation de noz amez et feaulx «les président et gens de noz comptes « en Brabant, que commettons a ce , pour- «veu aussy- que disposition que lesdits « Ernest , Anne et Charles feront et vonl- « dront faire des dits biens immeubles on « héritages ne soit an proaffrit de quelque « église monastère ou aultre main morte.

«Sy donnons en mandement ausdicts de « nos comptes en Brabant qu'ils procèdent «bien et deuement à la vérification de « de ces dites présentes , et à la tanxation « de la dite finance , et ce faict et la dicte «finance par eulx tauxée et arbitrée et «par lesdits Ernest, Anne et Charles « payée , à ceux de noz recepveurs qu'il «appartiendra, quy sera tenu en Caire « recepte , et rendre compte , a nostre «prouffict, avecq les aultres deniers de «son entremise, ilz et tous aultres noz «justiciers officiers et snbjectz presens « et advenir lui ne penlt et polra toucher

«... les dits Ernest , Anne et Charles en- « samble leurs hoirs successeurs et ayans «cause procréez en leal mariaige, de « de cette nostre présente grâce et legi- « timation et de tout le contenu en icelle , «selon et en la forme et manière que « dict est plainement , paisiblement et per- « petuellement joyr et user, sans leur faire, «mectre ou donner ores, ny aa tems « advenir aulcun trouble destonrbier ou « empeschement au contraire en manière « quelconque. Car ainsy nous plaist-il. Et «affin que ce soit chose ferme et stable « a tousjours nous avons faict mectre nostre « seel a ces présentes , saulf en aultres «choses nostre droict et Faultmy en «toutes. Donné en nostre ville de Bru- «xelles au mois de février l'an de «grâce 1591, de noz règnes assavoir de « Naples et Jérusalem le trente huitiesme ,

«de Castille, d'Arragon et des

« aultres le trente sixiesme. et de Portu- «gal le douziesme. Et au bout de la «dicte lettre escript en lettre italienne

a Pamele. Sur le reply de Tadicte lettre <i escripte en parchemin estoit par le Roy, <(et signé en paraphe Verreycken; et a « Taultre part Tisa audq. le grand seel de «Sa Majesté en cire yerde pendant de «soye rouge et verde. >> (D'après une copie volante contemporaine, conservée dans les collections de la Société archéologique de Luxembourg.)

*8caAwirAT, Histoire dv Comte de Hlaiitfeit, 85, sqqq. —Les hommes iUastres des Pays-Bas , II , 60, sq.— MoaaaiyV, 97. Et Supplémeot , II , 687, sq — De FaLLsa , Dict. histor. litt. M.— Conversations-Leiicon ; édit. 1894, VII , 483 ; édît «886, Il , 1048 ; ëdit. l8Ki.— "WiLi. A WiLTiBia , Disq. aot hist. luiemb. Il, e. 6. §. 8.-*CoDaTra. Eneyclopëdie moderne» XV, 195.— Les belges célèbres, I, 44S , sqqq.— Biogr. uolY. XXVI. 507.

MANSFELT, Pierre-Ernest, Comte et Prince de; seigneur de Heidrungen, Chevalier de la Toison d'or , Maréchal des armées d'Espagne dans les Pays-Bas, Gouverneur et Capitaine général des Pay.s- Duché de Luxembourg et Comté de Chiny, troisième fils d'Ernest, comte de Mansfelt, seigneur de Heldrungen, et de sa seconde épouse , Dorothée comtesse de Solms , est né le 1 S , ou plus vraisemblablement le 20 juillet 1517, non 1519 comme plusieurs de ses Biographes Pont avancé.

Le manuscrit des Viri illustres fait de ce personnage la mention suivante: « 1604.

« Petrus Ernestus Maosfeldiae princeps (( et cornes , exterus quidem , sed quia a per annos 59 Luxemburgensis Guberna- « tor est Ducatum quasi patriam sortitus, «collega et consors omnium prope victo- (( riarum Alexandri Farnesii principis Parce mensis. Sed inclytissimus Victoria ad (( Montconturium illi ab ipso Galliarum « rege adscripta mortuus Luxemburgi aô « 1604. et sepultus in templo ab se ibi- « dem condito conditusque mausolaeo Begio « quam et urbem hortis plusquam regiis c omavit. »

Pierre-Ernest de Mansfeit était très jeune encore lorsqu'il fut admis en 1528 à la cour de l'empereur Ferdinand I en qualité de page. Il conserva le même emploi auprès de Charles-Quint, successeu

de Ferdinand. Ce prince n^ayant pas tardé à apprécier les mérites du jeune Mansfeit, le nomma son écuyer, bien qu'il ne fAt âgé que de 1 8 ans.

Il venait seulement d'être élevé à cette charge auprès de l'empereur l'orsqu'il fut admis en 1535 , à accompagner ce dernier à la conquête de Tunis dans laquelle il se distingua par son courage et son sangfroid à afi*ronter les plus grands périls , à tel point , disent les annales , que loin de le prendre pour un conscrit qui faisait ses premières armes on aurait cru qu'il était un vieux militaire rompu au métier de batailleur. Aussi l'empereur, qui fut témoin de plusieurs de ses faits d'armes , voulutil l'en récompenser au retour de l'expédition en le plaçant en 1543 à la tête d'une compagnie de cavalerie qui fut envoyée faire le siège de Landreciesv, dont l'armée française s'était emparée quelque temps auparavant. Nommé l'année suivante, 1544, lieutenant-colonel de cavalerie au régiment de Bréderode il se trouva au siège de St. Dizier.

Par patentes datées d'Arnheim, le 2 juillet 1545, Charles-Quint le nomma Gouverneur des provinces de Namur et de Luxembourg : il était alors âgé de 28 ans. Il ne conserva pas longtemps, paraitil , le gouvernement du Namurois , tandis qu'il n'abandonna celui du Luxembourg qu'avec la vie. Le 9 janvier 1546 le même monarque conféra à Mansfeit l'ordre de la Toison d'or, au chapitre qu'il tint à Utrecht.

Mansfeit s'avança encore pendant la même année à la tête de cinquante cavaliers qui composaient l'avant-garde d'attaque dirigée contre Apremont, et mit ea déroute un corps de douze cents français qui avaient voulu s'opposer à son passage.

Ce coup hardi déconcerta tellement la garnison de la place qu'elle se rendit dès l'arrivée des assiégeants.

Après quelques années de repos la guerre se déclara de nouveau en 1552 entre l'empereur et le roi de France qui avait pris les armes sous prétexte que , comme allié de Maurice électeur de Saxe

et de quelques antres princes de TEmpire , il devait combattre pour rétablir la liberté en Allemagne. Le roi Henri II après s'être emparé des villes de Toul, de Metz, de Verdun et de Nancy qui lui avaient ouvert les portes comme à un prince ami qui ne demandait que le passage pour ses troupes , s'avançait par la Lorraine vers Téleclorat de Trêves pour entrer ensaite dans le Luxembourg. La reine Marie, gouvernante des Pays-Bas pour Charles-Quint , soupçonnant les projets du monarque français , se mit aussitôt en devoir d'envoyer au-devant de lui une puissante armée qui devait arrêter ses projets.

Le comte de Mansfeit à qui cette princesse avait donné le commandement d'uue partie de ses troupes passa la Meuse et se rendit d^abord mattre de Stenay, Montfaucon , Grandpré et de plusieurs autres places. Il aurait poussé ses conquêtes plus loin encore si Henri II qui s'était déjà avancé jusqu'à Francfort ne fut promptement accouru au secours de son royaume.

Les ravages qu'il commit en passant dans le Luxembourg où il forma le siège de Damvillers , de Montmédy et d'Yvois, forcèrent Mansfeit à quitter son armée Ticlorieuse pour se jeter dans cette dernière place, une des plus importantes de son gouvernement. La vigoureuse résistance qu'il opposa d'abord au feu cpn'»

tinuel des assiégeants sembla pendant quelque temps lui promettre la conservation du poste qu'il défendait. Mais ce courageux général, lâchement abandonné par une partie de sa garnison qui se mutina faute de paye, se vit bientôt contraint de se rendre à discrétion , le 22 juin 1552.

Il fut emmené prisonnier de guerre et retenu en France pendant cinq ans, jusqu'à ce qu'il eut payé une énorme rançon qu'on exigea pour sa mise en liberté, rançon à laquelle le Luxembourg contribua pour une très large part. Philippe II qui avait succédé en 1556 à son père Charles-Quint , s'était de même fortement employé pour procurer la délivrance de son général.

Mansfeit rentra à Luxembourg le 18 mai 1557 et reprit ses fonctions de gouverneur qui avaient été successivement remplies pendant sa détention par le comte d'Egmond , Martin de Rossem , maréchal de Gueldre et Charles de Brimen , comte de Meughen.

Il était à peine de retour lorsque Philippe II le députa à la diète de Ratisbonne oii il eut le bonheur de réussir complètement dans Tobjet de la négociation dont il avait été chargé. De là il revint dans les Pays-Bas d'oii il fut envoyé à Tarmée commandée par Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, dans laquelle il se distingua en plusieurs rencontres à la tête de son xégiment d'infanterie wallonne et de ses mille chevaux , et mérita d'être fait maréchal-de-camp au siège de Saint- Quiotiii: Anne de Montmorency, connétable de France , s'était mis en mouvement le 10 août pour secourir cette place lorsque Mansfeit vint l'attaquer à l'improviste et avec tant de vigueur qu'il le culbuta à tel point que Emmanuel-Philibert, qui s'avança en même temps avec ses troupes se trouva maître du champ de bataille. La déroute des Français fut même si générale , au rapport des mémoires militaires contemporains , qu'elle eAt inévitablement entraîné après elle, non seulement la reddition instantanée de St. Quintin qui ne fut pris d'assaut que le 26 août, seize jours plus tard , mais encore la conquête de la France entière si Philippe II qui s'é* tait rendu au camp avait su profiter de la victoire remportée par son armée. * ^

Dans cette action Mansfeit reçut deux blessures. Cette bataille mémorable, dit de Thon , coûta la vie ou la liberté à l'élite de la noblesse française. Les soldats espagnols, ajoute le même auteur , ne connaissant pas la qualité de la plupart de leurs prisonniers , les vendirent à Mansfeit pour un vil prix. Alors celui-ci , pour se dédommager de l'énorme rançon à laquelle il avait lui-même été taxé lorsqu'il avait été pris à Yvois, usa de représailles envers ces captifs , en exigeant d'eux des sommes

immenses, que quelques-uns payèrent tandisque les autres n'ayant pas les moyens de se libérer , restèrent en prison oii ils moururent: cet acte, qu'on blâmerait aujourd'hui^ n'était à cette époque pas un fait extraordinaire. Le vainqueur, pendant la féodalité, était le maitre absolu des prisonniers qu'il faisait à la guerre; il lui était conséquemment très libre de les taxer comme bon lui semblait ; et ici Mansfelt pouvait bien, par cette espèce de dureté , montrer à la France combien eUe aussi avait été dure à son égard. Cependant nous devons ajouter que le fait que nous venons de rapporter n'ayant d'abord été consigné que par de Thou , historien français, il est très possible qu'il ait été exagéré , en haine contre la gloire du général espagnol.

L'année suivante, 1858, le duc de Guise revint dans le Luxembourg ou il prit Tbionville par capitulation , le 22 juin, après quoi il forma le dessein de faire le siège de la capitale. Il s'était déjà avancé jusqu'à la vue de cette place avec trois mille chevaux et quelques régiments d'infanterie dans l'intention de l'investir lorsque Mansfelt qui y était enfermé avec une bonne garnison marcha au-devant de lui , culbuta ses troupes et le força à se retirer. La paix de Gâteau-Cambresis ayant été conclue sur ces entrefaites , le 3 avril 1559, Mansfelt fut chargé de reprendre possession , au nom du roi d'Espagne^ des villes de Thionville, Damvillers , Yvois et généralement de toutes les conquêtes que la France avait faites dans le Luxembourg.

Les Pays-Bas débarrassés pour un moment de la guerre à l'étranger , ne purent jouir de la paix à l'intérieur. Philippe II avait à son départ pour l'Espagne placé à la tête du Gonseil de Marguerite^ duchesse de Parme et gouvernante des Pays- Bas, le trop fameux Antoine Perrenote, évéque d'Arras , plus particulièrement connu sous le nom de Gardinal de Granvelles :

ce personnage qui était détesté des graqds et de tous ceux qui nourrissaient en eux l'amour de la patrie , n'était pas à beau-

coup près l'homme qu'il aurait fallu pour cette haute position; mais Philippe II trop entier dans ses résolutions , fut sourd aux remontrances des personnes les plus inQuentes et ne voulut écouter aucune observation à cet égard, malgré qu'on lui eût démontré le danger imminent que sa couronne pourrait courir s'il persistait à le conserver à la tête des affaires. Des murmures, comme on sait, on en vint à une résistance ouverte, à la révolte disent les historiens d'alors, pour se débarasser du poids insupportable que le cardinal faisait peser sur tous par les mesures vexatoires qu'il faisait adopter. Mais ces événements déplorables et leurs suites n'appartiennent heureusement pas à notre Biographie, et nous nous hâtons de tirer sur eux un voile épais, pour reprendre le récit des faits et gestes de notre héros qui, quoique souvent, mais toujours indirectement enchaîné à ces événements tragiques, n'en fut jamais la cause, puisque tout en restant fidèle au souverain auquel il renouvela même son hommage en 1562 à l'origine des troubles qui ensanglantèrent les Provinces belgiques, il n'a jamais approuvé, comme nous aurons l'occasion de le voir, les mesures auxquelles Philippe II a cru pouvoir recourir pour étouffer la révolte.

Mansfelt se trouvait retiré à Luxembourg oii il jetait les fondements de son palais qui devint dans la suite si splendide, lorsque la gouvernante des Pays-Bas le chargea d'aller prendre en Portugal et de conduire à Bruxelles la princesse Marie, fille d'Edouard et d'Isabelle de Bragance, et petitefille d'Emmanuel roi de Portugal, pour la marier avec Alexandre Farnèse, duc de Parme, son fils. Après son retour à Bruxelles en 1566, il fut nommé gouverneur de cette ville , et la suivante , au mois d'avril il alla à la tête de seize cents hommes s'assurer d'Anvers dont il obtint de même le commandement.

Lorsqu'en 1567 la gouvernante résigna ses pouvoirs, Mansfeld fut encore chargé de l'accompagner jusqu'en Italie. Le duc d'Albe qui succéda à Marguerite de Parme, envoya en 1 569 et sous le commandement

da gottternear de Luxembourg un renfort de vingt-cinq bataillons et de deux mille chevanx à Charles IX pour combattre les Huguenots , dans cette malheureuse guerre civile connue sous le nom de Ligue, pendant laquelle le roi, qui aurait dû être le père de tous ses sujets sans exception comme sans distinction , a employé les armes des uns pour combattre les autres, soudoyant le frère pour assassiner son frère , et cela à cause d^une soi-disante dissidence dans les opinions religieuses, car en réalité la religion n'a été que le prétexte de ces honteux massacres tandis que l'ambition de quelques grands en fut le vrai motif. L'armée royale était campée dans la plaine de St. Glet, lorsque Mausfelt la joignit avec ses troupes auxiliaires espagnoles; et elle avait celle de« la Ligue en regard. Dès que le général espagnol eut remarqué la position avantageuse de son parti il proposa de marcher droit à l'ennemi et de lui livrer bataille.

Ce conseil fut adopté. Le choc , qui fut donné immédiatement , le 30 septembre , fut terrible et fit déjà présager la victoire conTplète que le roi Charles IX remporta trois jours après , le 3 octobre , près de Montcontour.

A ce jour les armées se trouvant de nouveau en présence , commencèrent par se canonner pendant quelque temps , après quoi elles en vinrent aux mains : les Huguenots se battirent avec un courage de lion et avaient déjà mis la cavalerie royale dans une déroute complète , lorsque Mansfelt avec une intrépidité à peine croyable fondit sur eux à la tête de ses wallons et les Suisses qui formaient l'aile droite , en fit une terrible boucherie et leur arracha décidément la victoire qu'ils croyaient déjà certaine. Ils laissèrent sur le champ de bataille dix mille morts sans compter les prisonniers, ainsi que leur matériel avec tout le bagage.

Charles IX qui devait cet éclatant succès au général espagnol, lui en témoigna sa reconnaissance dans une lettre où il le nommait le Protecteur de sa couronne.

Mansfelt avait pendant cette bataille célèbre reçu au bras droit une blessure grave qui le rendit estropié. H retourna bientôt après dans son gouvernement de Luxembourg oii il conserva un corps de deux mille chevaux destiné plutôt , disent les auteurs contemporains , à défendre la province contre les atteintes des révoltés des Pays-Bas — car ces malheureuses provinces étaient alors en révolution complète contre la tyrannie du duc d'Albe*que pour y maintenir par la force la fidélité due au prince. Et en effet, par sa sage administration le gouverneur avait su éloigner tout motif de mécontentement religieux parmi nos paisibles populations chez lesquelles l'attachement devenu proverbial à la foi de leurs pères avait du reste rendu absolument inutile la publication des édits Inquisitoriaux du monarque espagnol.

Louis de Zuniga de Requeseos , Grand Commandeur de Castille fut sur ces entrefaites (1572) envoyé dans les Pays-Bas pour succéder au sanguinaire et féroce duc d'Albe dont la mémoire restera à jamais exécrable parmi ces populations. Ce nouveau gouverneur général se hâta d'appeler Mansfelt à Bruxelles, le nomma membre du Grand Cohseil-d'Etat et général de bataille.

L'état déplorable oii les affaires se trouvaient dans le moment faisait un devoir pressant à ceux qui en obtinrent la conduite d'employer toutes leurs ressources pour les rétablir ; et Mansfelt ne fut pas un des moins zélés ni un des moins capables pour arriver à ce but si désirable.

Comme sa présence était jugée absolument nécessaire à Bruxelles et que conséqnemment il lui était impossible de se rendre à l'armée , il leva à ses propres frais un corps de deux mille chevaux qu'il envoya dans la Gueidre pour renforcer les forces de Don Sanchez d'Avila : ce renfort ne contribua pas peu à la victoire que ce général remporta peu de temps après près de Moch sur Louis, Prince de Nassau (1574).

Cet avantage fut suivi de près, en

1575*1576, de la reddition de Zieriezée en Zélande.

Louis de Requesens goa^eroeur géoéral des Pays-Bas étant mort sar ces entrefaites le 5 mars 1 576 , le Conseil d'Etat avait été chargé da Gouyernement en attendant Tarrivée d'un nouveau gouTerneur , lorsque le 4 septembre le grand Bailly du Brabant à la tête de trois cents fusiliers Tint faire irruption dans ce conseil qu^il emmena en prison au milieu des huées de la populace ameutée : Mansfelt était du nombre des prisonniers et resta avec ses collègues enfermé dans la maison des brasseurs jusqu^à rarriyée de Don Juan, fils naturel de Charles-Quint, qui fut désigné pour succéder à Louis de Requesens.

Ce prince qui arriva le 4 novembre 1 576 à Luxembourg pour prendre possession de son nouveau gouvernement, montra d'abord des intentions pacifiques ; mais il refusa de se rendre à Namur pour entrer en négociation avec les députés des Etats des différentes provinces des Pays-Bas parce qu'il craignait, avec quelque fondement peut-être, pour sa sûreté personnelle , tant l'état de ces provinces était déplorable, tandis que dans le Luxembourg tout était dans une tranquillité tellement parfaite que nos Etats ont pu placer sur le nouvel hôtel de ville qui a été construit sous le gouvernement de Mansfelt , ainsi entre les années 1545 et 1604, et qui de nos jours forme Thôtel du Gouvernement du Grand-Duché, cette inscription mémorable autant qu'elle était flatteuse pour le grand homme qu'elle concernait particulièrement :

In Belgio omnia dum vastat civile bel-

[lum,

MaNSFBLDCS BELLO et PACB FIDUS, PeBPETUUS iEQUITATIS CUSTOS, .

iEQcissiMi Régis Legatus, Hanc provinciabi in FIDE CONTINBT,

SbRYATQUE ILLiESAH

cch summo populi cohmodo et hilari se-

[curitate.

Unde Mansfeldi nohen

ÂPUn GENTEM LuxEMBURGAM PER SiSCCLA

Clarum manebit.

Cet éloge si vrai et si mérité, incrusté en lettres d'or sur une table en marbre noir, a disparu il y a bien longtemps déjà, parce que sans doute les luxembourgeois, ou plutôt les édiles de cette ville ont eu bientôt oublié un bienfait dont il ne leur était pas donné alors d'apprécier Timmensité, n'ayant pas connu les horreurs que les guerres civiles et religieuses entraînent à leur suite.

Don Juan, avons-nous dit, ne consentit pas à se rendre à Namur pour traiter avec les députés des Etats des Provinces des Pays-Bas, parce qu'il croyait avoir à redouter des attentats contre sa personne.

11 convoqua en conséquence ces députés à Marche oii il conclut avec eux le 12 février 1 577 cet accord devenu fameux et connu sous le nom d^Edit perpétuel, qui confirmait la pacification de Gand, rompait les alliances et les confédérations tant oITènsives que défensives que les Provinces révolutionnées avaient faites pendant les derniers troubles avec des puissances étrangères et rendait la liberté aux membres du Conseil d'Etat. Cependant Mansfelt qui était du nombre de ces derniers, ne fut relâché que deux mois après ses collègues , et encore fallut-il Tintervention du roi de France pour procurer sa délivrance, tant la populace, mal informée, était irritée contre lui parce que sans doute elle était instiguée par les agents de Guillaume-le-Taciturne, par vengeance de ce qu'il avait obtenu la jouissance de la terre de Vianden et antres dans le Luxembourg, lesquelles avaient été saisies sur la maison de Nassau-Orange et séquestrées par ordre du roi d'Espagne.

Le nouveau gouverneur général fit son entrée à Bruxelles le 8 mai 1577 et chargea d'abord Mansfelt, en exécution des clauses de l'édit perpétuel , du soin de conduire hors des Flandres et du Brabant, par le Luxembourg, les troupes espagnoles, italiennes et bourguignonnes, lesquelles s'élevaient à trente mille hommes, pour les faire rentrer dans leurs pays respectifs. Il était en marche pour remplir cette commission lorsque Don Juan, forcé de fuir

daos le Laxemboorg par suite des menées du prince de Nassau-Orange, le rappela promptement avec ses soldats pour venir k son secours. Mansfelt obéit, et dans les premiers jours de 1578 le gouverneur gé* néral se vit à la tète de vingt mille hommes qn^il conduisit vers les frontières de Brabant 011 il attaqua les confédérés le 31 janvier avec tant de vigueur près de Gemhloux, qu'il les mit dans une déroute complète. Cette victoire fut suivie de près de la reddition de Louvain , Arschot , Sichem, Diest, Philippevilie, Limbourg et de plusieurs autres places dont la plupart furent conquises par Mansfelt.

La mort inespérée de Don Juan, arrivée le 1^' octobre de la même année 1 578, mit fin à ses conquêtes. Mansfelt pleura sincèrement ce prince qu'il affectionnait beaucoup , tant à cause de ses grandes qualités qui fureqt longtemps méconnues, qu'en mémoire de Tamour qu'il avait jadis porté à son père.

Alexandre Fanièse, prince de Parme, lui succéda.

Les confédérés s'assemblèrent le 29 janvier 1579 à UtrechI et y conclurent le fameux traité-d'union qui servit plus tard de base à la République batave.

En arrivant dans les Provinces belgiques, Alexandre Farnèse avait voulu réduire les mécontents par les négociations ; mais ayant vu bientôt qu'il n'avait aucun succès à espérer par cette, voie il eut recours aux armes et marcha d'abord contre Maestricht dont il fit le siège. Mansfelt y assista et se distingua à son ordinaire. Après bien des peines et des péripéties sans nombre cette ville fut prise le 29 juin 1579 et livrée au pillage.

Après la reddition de Msestricht Mansfelt fut envoyé avec un gros détachement dans la Gueldre. La promptitude qu'il mit à y appaiser les troubles lui permit de se diriger encore pendant la même campagne du côté du Hainaut et de l'Artois ainsi que vers les environs de Lille et de Douai.

Pendant les premiers jours de décembre il se trouva devant Le Quesnoy dont il obli-

gea la garnison à se livrer à discrétion, et il en fit pendre une partie avec le gouverneur qui s'était obstiné à défendre son poste. Deux jours après il emporta Commines et les trois mille hommes qui y étaient en garnison furent faits prisonniers de guerre. Ce hardi coup de main intimida si fort ceux qui gardaient le château de Varnesdonck qu'ils l'abandonnèrent précipitamment et sans attendre son arrivée. Il y mit deux cents hommes de garnison et s'achemina sans s'arrêter vers Courtray et MorU^ne qui se rendirent par capitulation.

De là il courut sur Lille d'oii il chassa un détachement ennemi occupé à ravager les abords de cette ville et qui avait déjà mis le feu à quelques maisons du fauboui^.

Enfin il couronna cette campagne par la soumission de St. Arnaud.

Le gouvernement pour récompenser tant de succès , nomma Mansfelt gouverneur et capitaine général de cette partie des Provinces belgiques.

L'année suivante Alexandre Farnèse lai donna la direction du siège de Bouchain dans le Hainaut. Cette place quoique assez forte et située dans le voisinage de Cambrai dont les confédérés étaient les maîtres, ne se voyant pas en état de résister longtemps à la force des attaques des assiégeants , demanda à capituler et la garnison obtint des conditions favorables, parce que Mansfelt ne pouvait pas soupçonner la lâche perfidie du Gouverneur Villers qui , avant de sortir de la ville avait fait creuser dans plusieurs directions des mines qui ayant été mises en jeu renversèrent plus de cent maisons et ensevelirent une partie des habitants sous leurs ruines : cependant les espagnols n'en reçurent aucun dommage parce que marchant au pas lorsqu'ils entrèrent , l'éclat des poudres avait fait ses ravages avant leur arrivée.

De là notre héros marcha contre Nivelles dont la garnison se rendit le 5 octobre 1581 après trois jours d'attaque:

Mansfelt en fit pendre une partie et accorda à l'autre la vie et la liberté. Le

gouirerneur fut retena prisonnier pour Té* changer contre la princesse de Nivelles que ce gouverneur avait faite prisonnière quelque temps auparavant lorsqu'il s'était emparé de cette ville par les confédérés.

Ayant enfin fait subir en 1582 à peu près le même sort à Vilvorde et rendu ainsi impossibles les courses des ennemis dans le Hainaut et la province de Namur, Mansfelt joignit ses troupes k Tarmée d'Alexandre Farnèse et assista avec ce prince à la prise de Tournai et d'Audenarde après quoi il repassa en 1583 dans son gouvernement de Luxembourg pour donner la chasse à quelques régiments espagnols qui s'étaient révoltés faute de paye et qui commettaient des pillages dans ce pays.

Les mutins s'étaient retranchés près de St. Vith lorsque avec les garnisons des places voisines qu'il avait réunies il les attaqua le 21 août et en fit un horrible carnage, massacrant les uns et chassant les autres hors du Duché.

Mansfelt était à peine revenu dans ses foyers que sa présence dans les Pays-Bas redevint nécessaire pour aider à l'ei^écution des projets que le prince de Parme avait arrêtés après la mort de Guillaumele-Taciturne qui fut comme on sait , assassiné le 10 juillet 1584, à l'instigation de la cour d'Espagne: il s'agissait en effet de récupérer Anvers. Le Gouverneur de Luxembourg mandé en diligence se rendit précipitamment à l'armée de Flandre qui s'était déjà emparée de plusieurs postes dans le dessein de serrer Anvers de plus près. Dès son arrivée Alexandre Farnèse lui donna le commandement d'une partie de ses troupes avec commission de s'assurer des frontières du Brabant. Il passa en conséquence l'Escaut à Rupelmonde sur un pont de bateaux qu'il fit jeter sur le fleuve et vint camper à StabrcBch à quatre lieues de Lille. H s'y tint retranché jusqu'à l'arrivée de Farnèse qui l'emmena à la conquête de Termonde.

Cette ville qui se rendit après onze jours d'attaque livra un passage libre pour entreprendre le siège d'Anvers dans les règles.

Les confédérés qui connaissaient Timportance de cette ville , ne voulurent rien négliger pour s'en assurer la conservation.

Ils conclurent en conséquence le 10 août 1585 avec Elisabeth reine d'Angleterre un traité par lequel cette princesse s'obligeait à leur fournir de puissants secours.

Mais tous leurs efforts furent inutiles.

En effet , Farnèse avait pris toutes les mesures et les précautions imaginables pour assurer la conquête qu'il méditait.

11 fit jeter sur l'Escaut ce pont remarquable , de deux mille quatre cents mètres de long, pour faciliter la communication des deux armées mais surtout afin d'empêcher les assiégés de recevoir les secours qu'ils attendaient: aux deux extrémités de ce pont il fit construire des forts dont l'un fut nommé la tête de Flandre et l'autre celle de Brabant. Mansfelt eut la garde de ce dernier. Ces ouvrages étaient destinés à mettre le pont hors de l'insulte des ennemis qui firent des efforts presqu'inouïs pour le détruire. Ces gigantesques constructions terminées il ne s'agissait plus pour réduire la ville , que d'emporter la digue de Cowenstein qui était défendue par treize forts. Farnèse donna le signal de l'attaque et fut le premier à mettre son ordre à exécution : il s'élança dans l'eau jusqu'à la ceinture , suivi des siens , et harcela l'ennemi dans ses reti'anchements pendant que MansfeU secondait ses efforts avec toute la valeur possible , puisque repoussé deux fois avec perte il ne se déconcerta pas , rassembla à la hâte les débris de ses colonnes et revint à la charge avec la plus imperturbable intrépidité. La digue fut enfin forcée par lui après huit heures d'un combat des plus acharnés oh périrent plus de deux mille hommes de part et d'autre.

Ainsi que les assiégeants l'avaient prévu, la prise de la digue emporta celle de la ville qui fut obligée de capituler le 17 août 1585 et après un an de siège.

On rapporte que le roi Philippe II ayant pendant le siège d'Anvers conféré au duc de Parme son ordre de la Toison d'or, ce prince ne voulut l'accepter qu'a-

près la reddition de la place ; et que dès après la capitulation, avant même d'entrer dans la ville il fit prier Mansfelt de se rendre an fort St. Philippe place en tête du pont qu'il avait fait construire, et que là il lui déclara qu'il voulait bien maintenant recevoir le collier de ses mains; « car , ajouia-t-iU Tordre insigne que mon « souverain me donne ne saurait être ap- « pendu à mon col par des mains plus « dignes. »

L'avantage immense que les espagnols venaient de remporter par la prise d'Anvers les anima de plus en plus à poursuivre leurs conquêtes sur les confédérés. Parnèse se mit en conséquence en marche, accompagné de l'intrépide Mansfelt et alla en 1 S86 soumettre successivement Venloo et Grave; puis il vola au secours d'Ernest de Bavière électeur de Cologne. Mais sa présence y devint bientôt inutile puisque les factieux contre lesquels il se disposait à combattre étaient trop faibles pour pouvoir opposer une résistance sérieuse à tant de forces réunies. Alexandre Farnèse retourna donc dans les Pays-Bas d'oii il avait projeté de joindre ses vaisseaux à la flotte dite Tinvincible qui devait être destinée à investir l'Angleterre. Mais la défaite complète qui suivit cette entreprise obligea* le gouverneur-général à diriger ses forces vers un autre point. Mansfelt avait été chargé du Gouvernement-général pendant l'absence du duc de Parme : il reçut encore l'ordre d'aller se mettre à la tête des troupes qui avaient été laissées dans l'électorat de Cologne , sous la conduite du prince de Chimay pour terminer la guerre dans ce pays. Mais ayant reçu en chemin la nouvelle de la réduction de Bonn avec la soumission de l'électorat entier, et ses troupes étant d'ailleurs encore en bon état il les dirigea vers la Gueidre , toujours sur l'ordre de Farnèse qui lui avait Commandé de chasser la garnison de Wachtendonck (1588) parce qu'elle ne cessait de commettre des pillages dans les environs.

Bien que le succès de cette nouvelle

expédition parAt fort douteux à cause de la saison avancée et que d'ailleurs la place était abondamment pourvue de munitions et de vivres, le comte de Mansfelt qu'aucune difficulté ne rebutait, qu'aucun péril n'arrêtait, marcha à cette entreprise comme à une conquête assurée. Il fit d'abord investir la place et repoussa l'ennemi pendant plusieurs sorties jusqu'à ce que ses batteries fussent en état d'être mises en jeu pour battre les murs en brèche. De son côté le gonvei*neur de la ville ne se déconcerta pas; il faisait réparer de la nuit les dégâts que les assiégeants faisaient pendant le jour; et le siège jurait été traîné en longueur si Mansfelt, voulant en finir, n'avait employé les bombes qui venaient seulement d'être inventées. Presque toutes les maisons étaient déjà réduites en cendres par ces terribles projectiles et les souterrains enfoncés, que le gouverneur ne songeait pas encore à se rendre, lorsque les bourgeois craignant pour leur vie ainsi que pour le reste de leurs propriétés se révoltèrent contre la garnison et menacèrent d'ouvrir les portes aux assiégeants. Mais le Gouverneur les appaisa par de belles paroles ; après quoi il commanda une nouvelle et vigoureuse sortie qu'il dirigea lui-même et dans laquelle il périt avec beaucoup des siens. Le reste de la garnison, qui n'avait pu se sauver qu'a grande peine, rentra dans la place et se rendit à discrétion , le 26 décembre 1588, après un siège de deux mois.

La conduite de Mansfelt, qui à Tâge de soixante-onze ans avait encore soutenu avec tant de fermeté de si pénibles travaux , plut tellement à Alexandre Farnèse qu'il écrivit expressément au Roi pour le lui recommander d'une manière toute particulière. Et cependant malgré ce grand âge qu'il avait lui-même reconnu au héros, il ne laissa pas que de le charger encore dès, la campagne suivante (1589) d'un nouveau commandement dans une expédition dirigée contre Heusdin qu'il se contenta de bloquer jusqu'à ce qu'il eut pris Hemert. Mais comme il tenta simnltané-

ment uoe surprise infruclaeuse coatre Bommel, le fruit de son entreprise de ce côté fut perdu : En effet , l'ennemi ayant lâché toutes les écluses il fut obligé de se retirer et d'abandonner même quelques forts dont il s'était déjà rendu maître.

Ce revers ne déconcerta pas Mansfelt:

11 se jeta incontinent sur la ville de Se*" venberg qu'il emporta avec le château après quelque résistance. Mais comme il ne put réduire le fort qui y était cootign et sans lequel ce poste était intenable , il l'abandonna, se bornant à la prise des châteaux de Heel et de Hemert. Il passa ensuite la Meuse pour entrer dans l'Ile de Thiel: mais la fortune qui semblait en ce moment prendre plaisir à traverser ses desseins excita ses troupes à la révolte pendant qu'elles étaient en pleine marche. Les espagnols en vinrent aux mains avec les italiens, et en un clin d'œil toute l'armée se trouva dans un désordre complet. Mansfelt accourut au milieu des combattants pour calmer les esprits, mais il ne put y réussir et il essuya même plusieurs coups de mousquets : force lui fut donc de conduire les mutins en garnison à Grave oii il fit sévèrement pupir les auteurs de la rébellion.

Malgré que la campagne de 1589 «eût été à peu près infructueuse en gloire pour Mansfelt comme en profit pour la couronne d'Espagne, la renommée bien méritée du général luxembourgeois ne perdit rien de son prestige aux yeux du Gouverneur-général. Car lorsque ce dernier partit en 1590 avec une armée de dix-huit cents hommes au secours du roi de France il remit de nouveau à notre Comte les soins de l'administration dans les Pays-Bas pendant son absence.

Le peu de troupes qui étaient restées dans ces provinces ne purent être efficacement opposées aux entreprises du Prince Maurice de Nassau qui en définitive resta maître de la campagne après avoir repris Hemert , Elsbout , Crevecœur , Ter- Heyden et Steenberg d'oii il se dirigea avec trois mille hommes sur Dunkerque

qu'il pensait emporter par surprise. Tant de progrès étaient faits pour alarmer le comte de Mansfelt qui se hâta de passer en revue trois régiments allemands qu'il chargea de tenir tête à l'ennemi. Mais ces soldats refusèrent d'obéir à moins de recevoir leur paie d'avance. Dans cette perplexité il crut pouvoir leur faire distribuer l'argent qui était destiné à la solde des garnisons de Zutphen et de Heerenthals , et ils marchèrent. Cependant la résolution qu'il avait été forcé de prendre , pressé qu'il avait été par les circonstances , ne manqua pas de produire un contre-coup fâcheux , en ce que les soldats de ces deux garnisons ne recevant pas leur paie menaçaient de se mutiner et de se livrer à des désordres dont les suites ne pouvaient être calculées d'avance. Mansfelt sut les contenir dans le devoir en leur promettant qu'au retour du Prince Gouverneur-général ils recevraient ponctuellement leur arriéré:

ce qui fut exécuté en effet.

L'année suivante, 1591, Alexandre Farnèse marcha de nouveau au secours du roi de France et confia encore an comte de Mansfelt les soins du Gouvernement général des Pays-Bas. Tout y fut tranquille pendant son absence et aucun événement de marque ne se présenta, excepté quelques actes de brigandage commis par des mécontents contre lesquels Mansfelt envoya trois cents hommes de troupes qui les eurent bientôt mis à la raison.

En 1592 les confédérés mirent sur pied une nombreuse armée avec laquelle ils se rendirent maîtres de Cœvorden, de Steenwick, d'Ootmaersen et de plusieurs autres places sans que ni le Gouverneur-général ni Mansfelt pussent s'opposer à ces conquêtes; et pour combler la mesure du désastre , Alexandre Farnèse lui-même vint à mourir à Anvers le 3 décembre.

Le lendemain le comte de Fuentès s'étant rendu à Bruxelles s'empressa d'assembler le Grand-Conseil et proclama, en vertu des pouvoirs dont il était pourvu , le comte de Mansfelt Gouverneur-général des Pays-Bas, honneur qui jusqu'alors

n'avait été conféré qu'à des princes et princesses de sang.

Dès le 6 janvier suivant (1593) le nouveau Gouverneur-général fit publier un édit par lequel il était expressément défendu de payer à Tennemi des contributions quelconques. Les confédérés frappés au cœur par cette mesure de haute politique destinée à leur ôter les ressources nécessaires pour solder leurs troupes , répondirent à cet ordre par la menace d'exiger les subsides par le fer et le feu, ce qu'ils auraient exécuté sans doute si Mansfelt n'avait pas cédé en révoquant son ordonnance pour laisser le tout dans le statu qno précédent. Il leva sur ces entrefaites une armée de quatre mille hommes dont il donna le commandement au comte de Berlaimont qu'il envoya contre Philippe de Nassau qui faisait des courses continuelles dans le Luxembourg et le Limbourg ; mais il fut bientôt obligé de rappeler une partie de ces forces pour s'opposer au dessein des ennemis qui, ayant fait mine d'attaquer Dunkerque Tinrent le 28 mars investir Gertruyden* berg par terre et par mer. Le Prince Maurice qui conduisait ce siège fit d'abord travailler en même temps aux lignes de circonvallation et de contrevallatîon , et fortifia les unes et les autres avec tant d'art et de précaution qu'il sut mettre en peu de temps son camp à l'abri de toute insulte.

De son côté Mansfelt convoqua à Anvers un grand Conseil de guerre dans lequel on arrêta les mesures qu'on jugea nécessaires et utiles pour venir au secours de la place assiégée ; et le 6 mai il se mit luimême à la tête de onze mille hommes avec lesquels il vint camper le 26 du même mois à Osterhout en vue du quartier de Maurice. Il commença par faire exécuter à ses troupes des marches et des contremarches presque continuelles, dans Tespoir d'attirer l'ennemi au combat; mais comme après plusieurs jours de ces manœuvres il vit qu'elles ne produiraient pas l'effet espéré il résolut d'attaquer le prince dans ses re-

tranchements mêmes. A cet effet il fit demander dix pièces de canon de gros calibre au comte de Fuentès qui se teoaU à Anvers. Mais celui-ci, on ne devioe pas pour quel motif, ne lui en enroya que deux. Mansfelt en les voyant arriver^ dit tout en colère et comme animé d'on esprit prophétique : « si Fuentès veut remettre « Gertruydenberg entre les inains de Ten- «nemi j'en serai l'innocent spectateur.»

Et en effet l'événement vérifia ses prévisions; car après avoir tenté plusieurs fois mais sans succès de donner des secours aux assiégés ceux-ci se virent contraints de capituler le 24 juin, après une Yigonreiise résistance.

Mansfelt qui ne dut cet insuccès qnk une secrète jalousie de Fuentès, oe décampa de devant les lignes ennemies que le lendemain de l'occupation de Gertruydenberg. Il marcha sans perte de temps vers l'tle de Bommel dans le dessein de reprendre Crevecœur, fort situé sur la Meuse à l'embouchure de la Deise. Mais ayaot été repoussé trois fois avec grande perte il se retira le 6 juillet vers Vliemen et Engelen, et ne pensa plus qu'à assurer la conservation de Bois-le-Duc.

La bourgeoisie de cette ville était alors divisée en factions , ce qui fut cause que les troupes qu'il y envoyait en garnison ne furent point admises. Tout ce qu'il put obtenir fut d'y faire entrer son artillerie»

Il laissa cependant une partie de cette artillerie autour de la place pour la couvrir contre les insultes de l'ennemi et Tint luimême camper à Os.

Le fort qu'il fit élever en même temps k Ortben, afin de mieux tenir la garnison de Crevecœur en bride, alarma les habitants de Bois-le-duc qui se ^^rurent à la veille de se voir en proie à Tun ou à l'autre parti. Dans cette pensée ils firent une rigoureuse sortie, démolirent le nouveau fort et obligèrent les troupes qui campaient autour de la ville à se retirer. Mansfelt qui se trouvait en ce moment en Frise oii il était allé amener des secours , ne put punir cet acte de témérité inconsidérée. Il

laissa le géoéral Verdogo (y. son art.) qui devint son gendre, dans la Frise afin d'y maintenir la tranquillité et revint en diligence à Bruxelles oii des troubles avaient éclaté parmi les troupes espagnoles qui se plaignaient de ne pas recevoir leur paie.

Les brigandages que ces mutins exerçaient dans le Hainaut et dans TArtois furent même cause que Mansfelt se trouva dans l'impossibilité d'arrêter les courses du comte de Solms dans le pays de Waes, ni de tenir tête à l'armée du prince Maurice de Nassau. Il chercha cependant à opposer la ruse k la force ouverte, et fut sur le point de se voir maître de Zierickzée, par intelligence avec un traître qu'il avait su gagner : mais ce dernier ayant été fait prisonnier son espérance fut trompee*

Sur ces entrefaites Philippe If avait conféré le Gouvernement général des Pays- Bas à l'archiduc Ernest, frère de l'empereur Rodolphe. Dès que Mansfelt en eut reçu la nouvelle, il alla k sa rencontre jusqu'à Luxembourg oii il le reçut avec toute la magnificence possible, le 17 janvier 1694, lui remit ces pouvoirs et l'accompagna à Bruxelles d'oii il revint bientôt dans son gouvernement pour s'opposer aux projets du roi de France qui, secondé par les troupes auxiliaires du prince Louis de Nassau, méditait d'envahir la province.

Aussitôt après son arrivée il envoya aux frontières un corps de quatre cents suisses que le nouveau gouverneur- général des Pays-Bas avait mis à sa disposition.

Cet acte de prudence, qui valut k Mansfelt le titre de prince du Saint- Empire, pour lui et ses descendants de l'un et de l'autre sexe, que l'empereur Rodolphe II lai conféra par Patentes datées de Prague le 4 mars de la même année 1694, était destiné k garantir le pays contre toute ai»

taque à l'improviste.

L'année suivante les Pays-Bas perdirent encore une fois leur Gouverneur-général par le décès de l'archiduc Ernest qui mourut en février 1696. Le comte de Fuentès fut chargé de l'intérim jusqu'à l'arrivée du Car-

dinal-Archiduc Albert d'Autriche. Mansfelt conduisit ce prince a Luxembourg à la tête de cinq compagnies de cuirassiers et de mille lances. Il fit son entrée solennelle à Bruxelles le 11 février 1696.

Les progrès que Tarchiduc fit d'abord en Picardie malgré la rigueur de la saison et les forces que la France lui opposait furent d'heureux présages pour son gouvernement futur. Mansfelt l'accompagnait en qualité de maréchal de camp lorsque le maréchal Biron, voulant profiter de son absence pour tenter une surprise contre la ville de Luxembourg, investit cette place pendant une nuit profonde et tenta d'en escalader les murs le 17 novembre 1697.

Hais la vaillance de la boui^eoisie qui se réunit k la faible garnison commandée par Jacques de RavUle sut déjouer ses projets et culbuter son monde. Dès que Mansfelt eut reçu avis de cette glorieuse défense il se hflta d'en faire un rapport détaillé k l'archiduc qui écrivit le 10 décembre 1697 une lettre très-flatteuse à ces courageux défenseurs de leur cité.

La paix ayant été conclue sur ces entrefaites, Mansfelt revint en 1699 dans son gouvernement à Luxemboui^ oh il attendit le retour de Farchiduc Albert qui était allé en Espagne épouser l'infante Isabelle- ' Claire-Eugénie: cette princesse, fille de Philippe II, apportait pour dot les Pays- Bas et la Bourgogne que son père lui avait cédés en toute souveraineté par acte du 6 mai 1698.

Mansfelt alla au-devant des nouveauxmariés qu'il reçut à Luxembourg le 21 août 1699, à la tète de toute la noblesse du Pays, au milieu d'une haie formée par la bourgeoisie rangée sous les armes et au bruit de l'artillerie des remparts. Le lendemain il y eut fête et grande réception dans son palais, k Clausen, faubourg de Luxembourg ; puis il accompagna ses augustes hôtes jusqu'à la frontière du Brabant.

Revenu dans la capitale du pays, Mansfelt y vécut tranquillement jusqu'en 1602 ou, ayant fait défense aux habitants du

Luxembourg de payer des coutributioDs à renuemi , le comte Louis de Nassau y pénétra à la tête de mille chevaux et de douze cents fantassins, mettant tout à feu et à sang. La ville de St. Yith qu'il avait d'abord attaquée, s'était déjà rendue par capitulation, le 11 novembre (l602), et avait été obligée de payer une rançon de trente-deux mille écus afin d'être préservée du pillage et de l'incendie dont le prince Nassauvien l'avait menacée en cas de refus. Bastogne , Marche , St. Hubert et plusieurs autres petites places étaient menacées de subir le même sort si elles n'avaient pas été mieux défendues par leurs habitants auxquels les paysans des environs étaient venus se joindre. Enfin les troupes hollandaises après avoir rapidement étendu leurs ravages jusqu'aux portes mêmes de Luxembourg, prirent le parti dé se retirer emmenant avec elles un butin considérable avec plusieurs otages, sans que Mansfelt eût pu s'y opposer à cause de la faiblesse de sa garnison et de la lenteur que les secours qu'il avait demandés dans les Pays-Bas mettaient dans leur marche : Ces troupes auxiliaires commirent même sur leur passage, disent les chroniques contemporaines, de plus grands désordres que l'ennemi, parce qu'elles ne recevaient pas leur paie assez régulièrement.

Dans ces cdbjônctures déplorables Mansfelt crut devoir faire son testament le 2 décembre de la même année 1602. Par cet acte il légua ses tableaux, ses statues et les plus riches meubles de son palais à Philippe III, roi d'Espagne, et le palais même à l'arcbiduchesse-infante Isabelle- Claire -Eugénie: Cependant comme cet édifice était chargé de plusieurs dettes assez considérables la princesse refusa le legs qui, étant resté abandonné et sans entretien, ne tarda pas à tomber en ruines.

Enfin ce grand homme mourut le 22 mai 1604, à cinq heures du soir, à l'âge de 86 ans, 10 mois et 2 jours, avec la réputation d'un des plus vailla'nts généraux et des plus expérimentés administrateurs

de son temps. Son corps fut embaumé et resta exposé sur un lit de parade pendant huit jours, c'est-à-dire jusqu'au 1*' juin oii les États et la noblesse du Pays procédèrent à son inhumation avec toute la pompe qui était due aux hautes qualités comme aux éminentes dignités du défunt.

Comme toutes les bouches dans le Luxembourg ne prononcent encore aujourd'hui le nom de cet émineiit personnage qu'avec un religieux respect, il nous sera bien permis de nous étendre dans son article, en rapportant tout ce que nous avons pu recueillir sur son compte. C'est ainsi que nous donnerons ici le récit de l'ordre de sa pompe funèbre, la description de son mausolée et finalement des indications sur ses alliances et ses enfants.

L'ordre du cortège funèbre a été le suivant :

1^ Cinquante-deux bourgeois rangés deux à deux et portant des cierges aU lûmes.

2^ Les ordres religieux de ta vHle, savoir: les récoUets et les dominicains; puis environ soixante-dix prêtres séculiers; enfin les bénédictins de Munster suivis de leur abbé , le Père Pierre Roberti et le Père Jean Bertels , abbé d'Echternach.

3* Les domestiques de la maison du défunt, en grand deuil.

4® Le premier cheval de bataiUe, cou* vert de drap noir et conduit par Herman de Larochette et par Philippe de Waldeck.

6^ La bannière de la province de Luxembourg , portée par Théodorie de Lonzen, dit Roben.

6^ L'écusson de la Maison de Mansfelt, porté par Geoffroy de Hœpgen de Wassebourg.

7^ Les éperons d'or, portés par Ernest de Munichausen.

8^ Le casque et les gantelets de fer, portés par Charles de Munichausen.

9^ L'épée dans le fourreau, portée par Michel de Wopersnow.

10^ La cotte d'armes, par Gérard, baron de Scbwartzembourg.

11* Le bfttoD de commandeur, par Pierre, baron de Brandenbourg.

12^ Le second cheval de bataille, conduit par Pierre-Ernest de Larocbette et par François Du Mont.

13^ Le troisième cheval, conduit par Guillaume de Hattsteîn et Jean-Francois de Baville.

14^ L^épëe de commandement , portée par Salentin Faust de Stromberg.

15* La couronne de prince, portée par Godefroy d*Ellx.

16* Le collier de la toison d'or sur un coussin de velours noir, porté par Eustache de Munichausen, seigneur d'£sch-sur-la-Sûre.

17* Le corps, dans un cercueil de plomb, porté par : a. Bernard de Metzenhausen , seigneur de Linster ; b. Osvrald de Larocbette , seigneur de Mersch et de HefBngen ; e. Charles de Daun , seigneur de Sassenheim ; d. Engelbert d'Autel , seigneur de Bertrange; e. Jean-Henri Schloder de Lachen , seigneur de Schœnfeltz ; /• Jean-Frédéric de Gondersdorf , seigneur de Neaerbonrg ; g. Frédéric de Stein; h. Nicolas de Laittre; t. Ernest Fock, de Heisdorf.

Aux deux côtés marchaient trente-six personnes , toutes couvertes de deuil et tenant en main des flambeaux allumés.

18" Le président et les membres du Conseil provincial , précédés de dix huissiers.

19^ Le prévôt de la noblesse.

20* Le bourgmestre de la ville, les échevins et les gens de la justice.

21^ Douze hallebardiers suivis de deux cents bourgeois avec les armes traînantes.

Les restes mortels du héros furent déposés à côté des corps de ses deux épouses et de deux de ses fils qui étaient morts avant lui , dans le caveau qu'il avait fait pratiquer sous la chapelle annexée, du côté de rOrient , à Téglise des récollets , la plus vaste et la plus belle de la ville de Luxembourg.

Cette chapelle , construite par ordre de Mansfeit en 1586, avait un bon tableau

représentant la résurrection , peint par Martin de Vos, d'Anvers. Le fondateur y avait attaché un capital de deux mille florins de Brabant , dont les revenus étaient destinés à un anniversaire à perpétuité et à une messe haute à chanter le jeudi de chaque semaine.

Au centre de cette chapelle se trouvait placé le mausolée du comte de Hansfelt.

C'était un bloc de marbre noir , de six pieds huit pouces de long sur cinq pieds et quatre pouces de large et trois pieds quatre pouces de haut , sur lequel se trouvait couché sur une natte , roulée en haut pour former coussin, le prince Pierre- Ernest entre ses deux femmes , Marguerite de Brederode et Marie de Montmorency.

Ces trois figures, d'un beau travail, étaient en bronze et plus que de grandeur naturelle. Le comte était velu à la mode des capitaines espagnols de son siècle : il avait les cheveux courts et la barbe à l'espagnole, la couronne de prince sur la tête , portant une fraise au col et couvert de son harnachement sur lequel était passé le manteau avec pèlerine en hermines. Sur la cuirasse on voyait le collier de la toison d'or. Il portait sa main droite à la tête et la gauche k un coutelas ou couteau-poignard pendu à la ceinture. A ses pieds (la jambe droite était un peu relevée) se trouvait un lion supportant dans une de ses griffes les armes dé la maison du défunt. A droite et à gauche on voyait son casque et ses gantelets.

Ses deux épouses étaient couchées de même et dans l'atUtude du sommeil. Elles portaient des couronnes princières, des fraises ainsi que des robes à manches longues et étroites allant jusqu'aux poignets. A leurs pieds se trouvaient des chiens , symbole de la fidélité conjugale. Les figures, dit-on, étaient faites d'après nature et très ressemblantes.

Aux quatre coins du cénotaphe se trouvaient des piédestaux en marbre noir, supportalat des pleureuses en marbre blanc. Les côtés étaient ornés de bas-

reliefs eo bronze. Sur le derrière Charles, un de ses fils naturels et aumônier de Tlnfante Isabelle-Claire-Ëugénie (y. son art.), avait fait graver en lettres d'or sur une table en marbre noir , Tépitaphe suivante :

Qui TCMULDM VIDES, ViRVM COGITA IIlC , ILLO MAJOR EST

PETRUS-ERNESTUS,

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