‹ Biographie luxembourgeoise: histoire des hommes distingues ..., Volume 1Chapitre 23 sur 33 · XXXI. LÉOPOLD, nommé au baplême · texte numérisé non relu

XXXI. LÉOPOLD, nommé au baplême

Pierre- Léopold-Joseph-Jean-Antoine - Joachim-Pie-Godard, archiduc d'Autriche, fils puîné de l'empereur François I et de Marie- Thérèse d'Autriche, est né le 5 mai 1747. Créé grand-duc de Toscane le 23 août 176 S, il devint roi de Bohême et de Hongrie, ainsi que Prince-Souverain des Provinces belgiques après le 20 février 1790.

Il fut élu le 30 septembre de la même année roi des Romains sous le nom de Léopold II, couronné en cette qualité le 9 octobre 1790 et mourut le V mars 1792.

Vempereur Léopold II avait pris les rênes du Gouvernement lorsque encore les Provinces belgiques se trouvaient en pleine

révolte contre l'autorité légitime^ far Veffet des édits réformateurs de son prédécesseur.

Il se hâta de faire les concessions qu'on exigeait, en révoquant ses ordonnances novatrices. Mais le pouvoir une fois ébranlé ne put se raffermir entièrement avant le décès de ce prince. Le Luxembourg, à l'exception de quelques mécontents étrangers au Pays , était resté calme pendant les désordres de la Belgique.

Léopold a^ait épousé le 5 août 1765 TinfaDte Marie-Louise, fille de Charles IV roi d'Espagne, née le 24 novembre 1745 et morte le 16 mai 1792, deux mois et demi après Fempereur son époux. Dix enfants sont issus de cette union :

a) Marie - Thérèse - Josèphe - Charlotte - Jeanne, née le 14 janvier 1767, fut mariée le 12 octobre 1787 à Antoine-Clément de Saxe, frère de TËlecteur-Roi Frédéric- Auguste III, né le 27 décembre 1755.

b) François- Joseph- Charles, archiduc, né le 12 février 1768, qui suivra.

c) Ferdinand' Joseph' Jean, né le 6 mai 1769, Grand-duc de Toscane sous le nom de Ferdinand III le 2 juillet 1790. Ce prince épousa le 19 septembre 1790 Louise- Marie-Amélie, princesse-infante de Naples, fille de Ferdinand I roi de Naples, née le 27 janvier 1773 et décédée le 2 septembre 1802.

d) Marie - Anne - Ferdinande - Josèphe - Charlotte- Jeanne, née le 21 avril 1770, morte abbesse à Praguele T' octobre 1809*

e) Charles- Louis- Jean- Joseph-Laurent , connu plus tard sous le nom d'Archiduc Charles , né le 5 septembre 1771 , marie le 17 septembre 1815 avec Henriette- Alexandrine-Frédérique-Wilhelmine,princesse de Nassau- Weilbourg.

f) Charles -Alexandre- Léopold- Jean-Joseph, palatin de Hongrie, né le 14 août 1771 , mort le 12 juillet 1795 , des suites de Texplosion d'une poudrière.

g) Maximilien-Jean-Joseph-Victor , né le 23 décembre 1774, mort le 10 mars

h) Joseph-Antoine- Jean, archiduc, né le 9 mars 1776, fut plus tard palatin-

gouverneur et capitaine-général de Hongrie , Comes et Judex Jazygum et Cumanorum, feldmaréchal-général et propriétaire des régiments de hussards N^ 2 et 12, et mourut le 13 janvier 1847* Ce prince avait été marié 1"" , le 30 octobre 1799, à Alexandrine-Paulowna , grande -duchesse de Russie, fille de Fempereur Paul I et décédée le 16 mars 1801 ; 2*, le 30 août 1815, à la princesse Herminie, fille de Victor-Charles-Frédéric, prince d'Anhalt- Bernbourg-Schaunibourg, morte en couches le 14 septembre 1817; 3"" enfin, le 24 août 1819, à Marie-Dorothée- Wilhelmine- Caroline, fille de Louis-Frédéric- Aiexandre, duc de Wurtemberg.

Bien quê la descendance de la Maison impériale d'Autriche, après 1796^ n'intéresse plus directement le Luxembourg ^ nous nous croyons cependant en devoir d'ajouter ici comme un complément ttès-intéreeeant et de haute importance pour la partie de ce Pays qui appartient depuis 1839 à la Belgique, que Son Altesse Impériale et Royale, Madame la Duchesse de Brahant, n^«]llAmiB-HiiimiBTTB-Aifi», abghidvcbebsi d'Aotbigib, est la troisième et dernière enfant du troisième lit de l'archiduc Joseph^ Antoine-Jean que nous rappelons icû Cette princesse naquit le 23 ao4t 1636 et fut mariée le 10/22 août 1853 à S. A, R. LÉoroLD-Lonu-PBit.irrB- Marib- ViCTOi , DOC DB Brabart , prtncê héréditaire du royaume de Belgique, né à son tour le 9 avril i^h, fils de S. M, Léopold^Georges^Chrétien-frédérie, R^n des Belgee, duc de Sase-Coèourg-Gotha, et de la bonne Reine Louise-Marie- Thérèse -Charlotte -Isabelle, princesse d'Orléans. C'est ainsi que les Belges voient se continuer, dans la dynastie qu'ils se sont donnée^ le sang de leurs anciens Souveraine qu'ils ont tant aimés, uni à celui qu'ils ont appelé à présider à leurs destinées constitutionnelles,

i) Marie-Clémentine-Josèphe-Jeanne-Fidèle, née le 24 avril 1777, mariée le 25 juin 1797 à François- JauTier-Joseph , prince héréditaire des Deux-Siciles , fils de Ferdinand IH, infante d'Espagne et roi de Naples^ et de Marie-Caroline, archiduchesse d'Autriche. Cette princesse est morte le 15 novembre 1801-

i) Antoine-Victor-Amédée-Joseph-Jean- Raimond, né le 3 août 1779, élu grandmaître de rOrdre teutonique , le 20 juin

k) Marie-Amélie- Josèphe-Jeanne-Catke-

riné-Thérèse , née le 15 octobre 1780, dëcédée le 25 décembre 1798.

1) Jean-Baptiste-Joseph' Fabien - Sébastien, né le 20 janvier 1782.

m) Rainier- François - Joseph-Jean-Michel'-Jérôme, né le 30 septembre 1783; nommé vice^roi du royaume Lombardo* Vénitien le 3 janvier 1819 à la place de Farcbidac Antoine , son frère ; marié le 28 mai 1820 avec Françoise-Marie^Eli' sabethrCharlotte-Joséphine , princesse de Savoie^Carignan , née le 13 avril 1800*

n) Louis-Joseph^Anloine^Jean, né le 14 décembre 1784.

o) Un archiduc y né en i 785, mort enfant.

p) Un archiduc, né en 1786^ mort enfant.

q) Rodolphe-Jean-Joseph-Rainier j né le 8 janvier 1787; créé grand-maitre de rOrdre teutonique en 1818 , après la résignation de Tarcbiduc Antoine.

XXXI I. François - Joseph - Ghablbs , archiduc , né comme nous Tavons dit, le 12 février 1768, succéda le 1*' mars 1792, dans les pays héréditaires de son père. Le 14 juin de la même année il fut élu empereur d'Allemagne sous le nom de François II, et mourut le 2 mars 1835.

Ce prince avait épousé en premières noces Elisabetb-Wilhelmine-Louise, fille de Frédéric-Eugène, prince de Wurtemberg, née le 9 mai 1761 , morte le 18 février 1790; en secondes noces, le 19 septembre de la même année Marie-Thérèse- Garoline-Joséphine, princesse de Naples, fille de Ferdinand IV, roi des Deux-Siciles, née le 6 juin 1772 et morte le 18 avril

1807 ; en troisièmes noces , et

enfin en quatrièmes, le ,:Ut!w. 1816, Charlotte -Auguste, fille de Maximilien- Joseph, roi de Bavière.

Ce fut sous ce prince que les armées de la République française vinrent envahir d'abord, puis conquérir notre pays dont la capitale fut rendue le 7 juin 1795-

Afin de condaire cette gëDëalogie, da moiiif quant nus tétet couronnées , jutqu*à la génération actuelle.

nous dirons en peu de mots que Temperenr François II laissa de son seeond mariage, entr*autres enfants deux princes qui doivent être mentionnés ici, ce sontt

1 ^. Ferdinand^Charles'Lèopold^otêph'Françoiê-MarcêUin^ Archiduc, né le 19 avril 1798, lequel succéda à son père le 9 mars 1 83tf , sous le nom de Ferdinand I*', comme empereur d'Autriche, et le V* eu qualité de roi de Hongrie et de Bohême. Ce prince abdiqua le S décembre 1848 en faveur de son neveu, comme nous allons le voir. Il avait épousé le 12/87 février 1831 Marie-Anne-Caroline-Pie, fille de Victor- Emmanuel, roi deSardaigne, née le 19 septembre

8**. François' Chorles^oseph , archiduc, fils putné de Temperenr François II (Joseph-Charles), du second lit comme celui-ci, est né le 7 décembre 1808, Il fut nommé Feldmaréchal-lieutenant et propriétaire du 58* régiment d'infanterie. Ce prince renonça , par acte du 1*' décembre 1848, en faveur de son fils atné, à tous ses droits éyentoels aux couronnes qu'il pouvait être appelé li porter, par son droit de naiësance et en l'absence de toute postérité de son frère atné, l'empereur FerdinaiM I". Il épousa le 4 novembre 1884 Frédériqae-iSopfcM-Dorothée-W^ilhelmiue, fille de Ma limîllen- Joseph, i^i de Bavière.

Cette princesse, née le 87 janvier 180tf , a donné à l'archiduc son époux, quatre princes dont l'alné, FaAMÇois-JosBrn I Charles ^ né le 18 août I8S0, succéda à son oncle, l'empereur Ferdinand I*% (après l'abdication de ce dernier et la renonciation de son père) par rescrit du 8 décembre 1848, à la couronne impériale, ainsi qu'à celles de Hongrie et de Bohême: Cesi l'Empereur régnant. Ce prince a épousé le 84 avril 18M Elisabeth- Amélie Eugénie, née le 84 décembre 1837 , fille de Maximilien- Joseph , doc de Bavière. — De cette union sont nés jusqu'à ce jour: m) Ci- «eUe- Louise -Marie, archiduchesse, le 18 juillet 1856; h) AoioipAe-François-Charles-Joseph, archiduc, le 81 août 18tf8.

PendaQt le peu de temps qui s'ëcoula entre riuauguraHon de François II et sa dépossession du Duché de Luxembourg, ce prince n'apu marquersongouYernementpar de grands actes administratifs. Cependant, on ose le dire, les Belges en général, mais surtout les Luxembourgeois déplorèrent amèrement le changement de domination qui venait de s'opérer si brusquement; et au moment de l'approche des Français, même les plus mécontents d'entre les Belges accoururent renforcer les rangs de leurs frères afin de combattre pour la dynastie légitime, tant le sentiment de gratitude pour la Maison d'Autriche et d'attachement pour cette légitimité était profondément gravé dans leur cœur.

Si nous jetoDâ un coup-d'œil général rétrospectif sur l'histoire politique de la Patrie pendant la période de plus de quatre siècles que nos princes souverains demeuraient loin de nous^ nous serons forcés de déplorer Fabandon dans lequel nous semblions végéter^ placés pour ainsi dire à la merci de gouverneurs-généraux qui se contentaient généralement de leur titre avec les revenus y attachés en qualité de sinécure, ne se souciant guère du bonheur individuel et abandonnant les soins de Tadministration intime à d'autres qui , il faut le dire à la louange de ces derniers, surent presque constamment prendre nos intérêts populaires à cœur. C'est ainsi que, pour ne citer qu'un de nos gouverneurs particuliers on provinciaux, le bon Comteprince Pierre-Ernest de Mansfelt (v. son art.) a su préserver le Pays contre les horreurs de toute réaction sanguinaire et contre la guerre civile et religieuse sous Philippe II. Mais si nous avons eu un Mansfelt pour faire le bonheur de nos pères, Wenceslas II avait aussi donné une Elisabeth de Gœrlitz à nos aïeux ! ! !

Somme toute, sous les dominations Bourguignonne et Espagnole le peuple n'eut pas toujours à se louer de Tadministration immédiate de ses Souverains, tandis que si la Maison d'Âutriche-d'Allemagne, qui ne nous a régis que pendant un peu moins d'un siècle, de 1713 à 1794, ne nous a pas toujours gouvernés absolument suivant la routine des préjugés invétérés, elle a eu néanmoins le mérite d'avoir eu constamment devant les yeux la plus stricte justice et très souvent des intentions très libérales.

La Bépublique française avait décrété le 1" octobre 1795 l'annexion des Provinces belgiques et du Pays de Luxembourg à son territoire, avant encore que le traité de Campo-Formio , en date du 17 octobre 1799, ne fût venu légitimer en quelque façon cette conquête par la renonciation libre ou forcée de la part du Souverain naturel à son Duché. Mais la République toute-puissante et qui agissait

comme si elle eût été infaillible, avait déjà morcelé de nouveau notre Patrie en faisant du noyau de cette province son département des forêts et en répartissant les portions orientale, septentrionale et occidentale entre les département sdeSambreet-Meuse (Namur) et de l'Ourte (Liège), sous lesquelles dénominations elle continua à être administrée par les lois françaises.

La renonciation de François II à ses droits de souveraineté sur le Luxembourg et la Belgique eut pour effet direct d'enlever à la Maison d'Autriche la possession de ces belles provinces qui restèrent ainsi soumises à la domination française, et par droit de conquête ou du plus fort, et par droit de cession.

L'incorporation du Luxembourg au nombre des départements français avait en outre fait disparaître momentanément la nationalité propre de ce Pays, qui, quoique quelques auteurs superficiels aient pu en dire, avait été conservée intacte et entière sous les différents souverains qui avaient jusque là gouverné le Duché.

Nous avons cru devoir terminer ici l'article que nous avions à donner sur la généalogie politique des souverains qui ont possédé et gouverné le Pays de Luxem-bourg depuis son origine historique, parce que les périodes qui suivirent la conquête française sont encore trop jeunes pour pouvoir, sans blesser peut-être quoique innocemment, être passées au creuset de la froide appréciation de l'historien : l'un ou l'autre pourrait voir de la passion là oii cependant il n'existerait qu'un raisonnement calme et une déduction impartiale de conséquences logiquement vraies tirées des faits les plus authentiquement établis.

Liber sareas , manuscrit de Tabbaje d^Ecblernacb. — ABa.FABBR,F«inilia augnsta Laxembari^entis.— Bbb- TBL8. — PiBaaiT.^nioRBai.— Fr. »cs RosrÈa£B,8temfl[iata F^otbariiigisB ac Barri Dacnm.— >D. Calbbt, Hbt de LorraiiKS et Notice de la Lorraine.— Bertholkt. — 1>i> CBBSKB, Uiat. gcnéal. des Maisons de Dreaz, Bar, Laxembourç etc.—llAGiH, Chronic des Dcutscb-Oestcrreicbîseben Hanses.— Cbronica Anls^Brçise — Do»a4¥i« us, HistoriaBobemica.— KBAPrr,Hist çénéal. de FAn* guste Maison d*Antricbc.— KaBBSB, Genealogiscbe Ge^ scbichte des alten Ardeanifcben Kavaes.^HABASvt»

Annales dncnni Drnbanticornn.— I/Art de ?érifier les dates; éditions de 1770, de 8t. Alais et dn cliev. de Conrcelles.— DoTKans, Troph. Brab.— Fisan, Hist. eetitê. Leodien. — Foullor, Hist. episcop. Leodirn. — Bacwan, Annal. Trev. — Mâsaa, Epitome Annal. Trer. ^Viri illnstres, I, N<^ 6, 7, 8, 9, 10, 11, Ifi, 14, 17, afi, as, M, S8, 80, 39, 34, 39; ii, N<^ 191S,lfi8,197, 198,150, 131,139,153, 134, 13tf, 149 ; m, N<^ 176, 177, 178, 181 -Aimanaeks da Grand-Dnclié. ~ Almanachs de Gotha. — Aa HoNtnua , Hist, Trerir. diplomat. ; et Prodromns Histor. Trerir. diplomat— Dkwm, Histoire générale des ProTÎnees belgiqnes; Histoire particnlière des Provinces belgiqnes; et Abrégé de THistoire générale etc. — Pktao, Rntionnrinm Tempomm. ~ Nébt , Mémoires historiques et politiques. — ToLSia , Additiones ad Historiam palattnam. — Kurtser und schlechter Bericht und Beschreibung des Hans and Schloss und Landts Luetxembnrg, sampt deren fnersten und Herren Ursprung und herhommens. Mmit««erif.~HiaBAN Contsact. — SioaaBRT as GsuaLovi. — Hamahvs Sgotus.— MwiBUS , Opéra diplomatiea.— Magnnm Chronicon Belgicum.— Joambu a Lbims.— Abgid. AOiBiB VALUS. — HocsBBiiis, Hîstoria Episeoporam leodiensium. — Albbbtihvs Mussatvs , De Gestis Henrici Vil Imp. - Ctbamats , Respublica Namncensis.— GoBRABCs Ybcbsiis , De rebns gestis Henrici VII imp.— Pblzbl, Geschichte der Bœhroen ; et Kaiser Cari der IV.— Chronicon Cabiobis— Lbkb , Jean l'aveagle , etc. — OcTAVB Du LB FiBABB, Chroniquc des faits et gestes de Mazimiliea I.— Db Babantb , Hist. des ducs de Brabant.— Db laHavt , Ann. clv.ctrelig d*Yvois- Carignan.— Batlb, Dictionnaire historique et critique. — Tabooillot , Histoire générale de Mets.— Gesta Tre- ▼îruram.— FaoMAOBOT , Annales du règne de Marie- Thérèse.— Da Mabbb, Hist. du comté de Namnr.— Galliot, Hist. dcNamur.— Db Fbllbb, Dictionn. historique.— Sbyrisis, Tablettes chronolog. del'Hist. sue. et mod.— Nbybr , Henri , fils de Conrad I , a-t-il été comte régnant de Luibrg. 7— Bossvbt , Disc, sur THist. univ.— Tbissibr , Hist. de Thionville. — C * * * Hist de Longwy.— CuaiSTiABi.— MiBTSS.— Ulvblihg.— JoAcnin.

— Paqobt. — Dbsrocbbs, Epitome Historiée Belgicc — La Gabdb, Hist. dn Duché de Luxbrg.— Jabssbbs, Hist. du Royaume des Pays-Bas.— Biom , Hist. de Lorraine.

— Varobb MiBLBR , Dictionn. géogr. du Luxembourg. — Barsch, Johannes, Graf v. Luxembnrg und Kœnig von Bcêhmen.— etc. , etc.

Les Cadets de la maison régnante qui sb sont distingués.

Sous cette Fabrique nous donnerons la Biographie des personnages aux articles d(5sqaels nous avons renvoyé dans la généalogie générale qui précède.

LUXEMBOURG, Adalbbbon de, évéque de Metz, dont le manuscrit des Viri illustres ne dit que six mots : « Adalbero Episce copus Metensis Gomitis Lucelburgensis «filius», était fils du comte Frédéric et frère puîné du comte Giselbert, seigneur de Luxembourg. Elevé sur le siège épiscopal de Metz après Théodoric II ou le jeune , son oncle, et lui troisième évéque de son nom, ce prélat se distingua par sa piété, sa science, sa prudence et son désir de ramener la régularité dans la vie monastique. Il eut rhonneur d'être un des maîtres ou précepteurs de Brunon, issu de la maison de Habsbourg et son cousin, qui fut plus tard évéque de Toul et enfin Pape sous le nom de Léon IX (1048 à 1054) : Adalbéron , disent les annales, contribua beaucoup h celte élection. Apssi le SottVerain-Pontife sut-il en plusieurs occasions montrer sa gratitude à Tévéque de Metz : il vint même lui rendre visite dans sa ville épiscopale. — Adalbéron est mort le 13 novembre 1072 et fut suivant ses désirs, inbumé dans Téglise de Saint-Sauveur à Metz, dont il était regardé comme le principal fondateur.. Il avait occupé le siège épiscopal pendant 26 ans.

Mburimb, Histoire des ETefqoet de l'Eglise de Mets, 3tfi à 367. — BimnoLBT, III, W à 130. - Viri illustres, I, N« 9.

LUXEMBOURG, Adalbéron de, priti'^ cier de l'église de Metz, pour lequel le manuscrit des Viri illustres se contente de ces quatre mots : « Adalbero Comes Lu- « celburgensis primicerus. » De son côté, Meurisse ne sait rien de bien précis à son égard et voudrait le confondre tantôt avec un évéque problématique de Metz qui aurait été le quatrième du même nom, tantôt avec un autre homonyme qui fut le quatrevingt-unième évéque de Trêves (1131 à 1152) et qui, comme notre prince Luxembourgeois avait été princier de la cathédrale de Metz, mais dont Textraction est restée inconnue si elle n'a pas été infime, comme semblent Tinsinuer les Gestes de Trêves.

Quoiqu^il en soit, Adalbéron on Albéron

de Trêves ne fut sacré évéque qae plus de ▼iDgt SDS après la mort d'Âdalbéron de Luxemboorg. Ce dernier était fils du comte Conrad I, prit part à la première croisade et fut tué devant AntiocLe, en 1109: Le prélat, disent les Chroniques contemporaines, se trouvait dans un verger à pro« ximité de la .ville assiégée, occupé à jouer aux dés avec une dame d'une grande beauté, lorsque les Sarrasins faisant inopinément une sortie, vinrent les surprendre, les percèrent de flèches et leur coupèrent la tête qu'Us emportèrent en triomphe, sans que leur suite, attérée par cette surprise, osât opposer la moindre résistance*

DuTBOLBT, III, 985. — MuinsB, 386. — Vin ûlustres, I, N® 12. — Fabbi, Familia sngusta Lnzembariçensis. — > Almbtds Aqqusis, Historia HierosolymiUna, lib. III, c. 46. — Pwaan , I, 89. — GesU TreVirornm, c. M.

LUXEMBOURG, Adalbbrondb, prévôi de St. Paulin près de Trètes, était fils du comte Sigefroy de Luxembourg. Voici ce que le manuscrit des Viri illustres dit de lui : « Adalbero Comes Luxemburgensis, (tfrater Sanctae Cunegundis Imperatricis <t ex praeposito Sti Paulini Trevir. Ârchie- «piscopus Trevirensis contra Hegingau- « dum. Insignis ejusdem Ecclesiœ Benefac- « tor et spéculum pœnitentiœ. »

Adalbéron était un dé ces prélats turbulents et ambitieux comme on en vit tant à cette époque reculée, où des prêtres, même parmi les plus haut élevés en dignités ecclésiastiques, ne se gênaient pas de ceindre Tépée et d'aifubler la cuirasse, souvent pour des vétilles.

Dans le partage des biens patrimoniaux, Adalbéron avait obtenu les seigneuries de Berncastel, de Sarbourg, de Sierck et de Roussy. Il était prêtre, comme nous venons de le voir, et parvenu à la dignité de Prévôt de la collégiale de St. Paulin près de Trêves. Adalbéron vivait dans son cloître de la vie tranquille des religieux, lorsque Ludolphe, archevêque de Trêves vint à mourir en 1007.

Alors notre prévôt de Saint-Paulin, soit quil fût mû par une ambition personnelle, soit qu'il crût pouvoir se faire un appui

de rinfluence de l'Empereur Henri II, son beau-frère par sa sœur Fimpératrice Cunégonde mariée à ce prince, prétendit an siège archiépiscopal. En public il se fondait principalement sur des promesses, soit positives soit prétendues que PEmpereur lui aurait faites, de le faire succéder à Farchevêqne défunt ; et il sut si bien diriger Tesprit d'une partie des chanoines qu'en effet ils rélurent. Un autre motif, que quelques historiens ajoutent à ceux que nous venons d'énnmérer, a pu encore contribuer pour beaucoup à provoquer les prétentions d'Adalbéron : Henri II voyant qu'il ne laisserait pas de descendance de- Cunégonde son éponse, avait annexé les principales terres dotales de Fimpératrice à la cathédrale de Bamberg qu'il venait de fonder; ce que les frères de Cunégonde avaient vu avec déplaisir, puisque par là une partie très -considérable des domaines de leur Maison se trouvait perdue pour leurs descendants. Ils firent d'abord des représentations énergiques auprès de FEmpereur ; mais celuici fut sourd à leurs démarches ; de façon que, ayant échoué par les voies de douceur ils crurent n'avoir plus aucune mesure à garder et saisirent la première occasion qui se présenta pour tirer vengeance des griefs qu'ils prétendaient avoir à formuler contre leur beau-frère: ces faits se passaient pendant la vacance du siège archiépiscopal de Trêves. Adalbéron , pour sa part, prétendit donc à cet archevêché auquel du reste une partie des chanoines Favait nommé. L'Empereur voyant cette violence et présumant bien qu'elle était principalement dirigée contre lui, oublia les promesses qu'il avait faites à son beaufrère, si toutefois elles l'avaient été, et désigna archevêque de Trêves Mégingaud, Prévôt de Féglise de Mayence. Dès qu'Adalbéron et ses frères eurent appris cette nomination, ils se déclarèrent ouvertement et contre FEmpereur et contre le nouvel élu. Adalbéron leva même des troupes pour se maintenir dans sa dignité, fortifia le palais archiépiscopal et tenta de résister aux efforts des seigneurs qui avaient pris

parti pour Mégingaud et étaient yenas Fassiéger. Hégingaod voyant qo'il ne pourrait pas réduire son concnrrent, eut recours à Tautorité de Henri II qui^ croyant tout terminer au moyen d'un acte d'éclat contre lequel il n'y aurait plus à rerenir, fit de suite consacrer Mégingaud et excommunier en même temps son beau-frère. Il fit plus, il vint en personne attaquer Âdalbéron qu'il assiégea k son tour depuis le dimanche de quasimodo de Tannée 1007 jusqu'au mois d'août ou de septembre, où les partisans du prétendant se voyant réduits aui abois, sans Tivres et sans espoir de secours, finirent par se remettre à la clémence de l'Empereur qui leur accorda la liberté. Henri II entra donc dans la ville de Trêves et confirma derechef la nomination de Mégingaud :

Malgré tout cela Adalbéron n'en persista pas moins à prétendre d'être archevêque, et ne permit pas à Mégingaud d'en eiercer les fonctions : son frère, le comte Frédéric de Luxembourg ne cessait, dit-on, de l'animer et de l'entretenir dans son obstination.

L'empereur voyant la ténacité du prétendant et voulant cependant concilier autant qu'il le pouvait le respect qu'il devait à sa propre dignité avec l'affection qu'il portait aux frères de l'Impératrice, prit le parti de convoquer à Coblence une diète où cette affaire devait être traitée. Mais Adalbéron ainsi que ses frères n'y parurent que par des députés que l'empereur renvoya en exigeant que les accusés comparussent en personne à Mayence où il réunit une nouvelle assemblée à cette fin.

Thierry ou Théodoric, évêque de Metz (v. l'article Luxembourg, Théodoric de) et Henri, duc de Bavière, frères d'Adalbéron, se présentèrent seuls à cette conférence où, malgré tous leurs efforts ils ne parvinrent pas à se disculper des griefo dont ils étaient chargés ; et l'assemblée se sépara encore une fois sans prendre de décision , ce qui rendit les seigneurs luxembourgeois plus insolents qu'auparavant :

ils sortirent en effet de Mayence comme des forcenés et vinrent attendre les prélats qui avaient assisté au Concile. Ces derniers retournaient sans défiance lorsque tout-k-

coup ils se virent àssaillis^ avec leur suite : une partie fut massacrée et les autres dispersés ou faits prisonniers, de manière que peu d'entre eux furent assez heureux pour échapper sains et saufo par la fuite.

L'empereur eut la longanimité de feindre encore d'ignorer ces coupables excès. Mais son indulgence n'ayant fait qu'enhardir les récalcitrans, il assembla uo troisième synode à Aix-la-Chapelle pour les punir de leurs attentats : Le prévôt Adalbéron y fut suspendu de ses fonctions sacerdotales et excommunié derechef. Une maladie grave, réputée mortelle, étant sur ces entrefaites venue accabler le turbulent prélat, il crut y voir un avertissement du ciel pour se porter à la soumission : Il témoigna donc un vif repentir pour ses excès et consentit enfin à restituer à son compétiteur les biens de l'Eglise de Trêves qu'il avait retenus jusque-là. Mais ce repentir n'avait été motivé que par la crainte de la mort ; car dès qu'il fut échappé au danger il se remit à poursuivre les projets de son ambition. Le décès de Mégingaud arrivé sur ces entrefaites (1015) le servit à souhait en lui fournissant l'occasion de renouveler ses tentatives à l'effet de se faire agréer en qualité d'archevêque de Trêves. Ce nouveau trait finit par convaincre l'empereur de l'incorrigibilité de son beau-frère dont l'ambition égalait l'audace, et lui fit comprendre qu'il ne parviendrait k le mettre k la raison que par un coup d'autorité.

Il nomma donc à Tarchevêché de Trêves Poppon, Prévôt de Bamberg , et lui donna des troupes pour se rendre dans son diocèse et s'y établir par la force. Le nouvel élu suivit à la lettre les instructions de l'empereur, tellement que les historiens du temps en faisant le récit de son arrivée à Trêves, disent qu'il y entra plutôt comme un brigand que comme un évêque; et qu'après avoir ravagé les terres d'Adalbéron il avait fini par assiéger ce dernier et le forcer dans le palais archiépiscopal :

à la prise du palais le prélat luxembourgeois fut fait prisonnier et mené à l'Empereur. L'archevêque Poppon intercéda néanmoins pour lui, dit-on, afin d'obtenir

8on élargissement et sa grâce. Il fut en etfet renvoyé à sa Prévôté de St. Paulio^ avec la sévère recoœmaDdation de ne plus à l'avenir élever une prétention quelconque s'il ne voulait s'exposer aux plus rudes châtiments spirituels et corporels. Adalbéron promit de rester tranquille ; et cette fois il tint parole, puisqu'il vécut retiré et inoifensif dans son monastère jusqu'à sa mort, arrivée en 1037. En 1036 et 1037, il fit de grandes donations à l'Eglise de Trêves, dans la vue, dit-il, de réparer les dommages qu'il lui avait causés précédemment: Tévêque de Hontheim nous a conservé les actes de ces libéralités.

Bmowsa , 1 , 497 tqq. — PiKKtir , I, l$6, tq. — BI. La Gabdi, Histoire du Daché de Loxembonrg, 1, 99, 8q. — Vîri Ulastrea, I, N^ 8. - AIauii, 50fi, sq, — Ab UoNTonM, Uîst. Trevir diplomat. I, 568 et 371. — BiaTBOLBT, III, 69, sq^. -^ GesU Trevîroram, I, tl9, sqq. — Cbronicon Gabion», 1. IV.

— Histoire GëDérale de Metz, II, 113, sqq. — Do- CBBSNB, Histoire de la maisoD de Lnxefliboargf , 10.

— SiGBBBBT BB Gbbblodz, GhrooicoD, adannuBA i004.

— DiTTMAB, IlliroDieon, VI, -- D. Calhbt, Hist de Lorraine, II, 40, sqq. — Mborissb, 346, sq. — Bbrtbls, 97.

Luxembourg, Arnoul de; ARNOUL, dit de.

LUXEMBOURG, Baudouin de, archevêque de Trêves, est ué au château de Luxembourg en 1284, ou plutôt en 1285.

Le manuscrit des Viri illustres le cite en deux endroits différents, parmi les célébrités ecclésiastiques et parmi les illustrations militaires. Ces mentions il les méritait sous tous les rapports. Voici les passages concernants: a 1327. Baldvinus Gomes « Lucelburgensis, Frater Henrici VIL Gœsa- «ris, ArchiepiscopusTreverensis et eodem (c tempore Administrator Archiepiscopa- (( tnum Moguntini et Coloniensis S. R . J. P. « Elector , omnium episcoporum tantum «fastis SS. non inscriptorum facile prin- « ceps, ut in Arcbiepiscoporum Treviren- « sium inaugurationibus olim voveretur, « ut electus novus Baldvinus hune œquet.

i' Fundavit Treviris et Gonfluentiae Garthu- «sianos, Luxembnrgiin patria Gonfraterni-

c( tatem V. Sacramenti. Est sepultus Treviris « in Ghoro SU Nicolai sommœ sdis. » — Et plus loin : « Baldvinus comes Lucelburi< gensis istius Imperatoris — id est Hen- «rtci VII j de quo mox in manuscrtpto « cLgebatur — frater Archiepiscopus Tre- «virensis S. R. Imp. princeps-elector , «quantus fuit pede, tantus et gladio, «doffluit armis Metenses, composuit Er- «fordenses, expugnavit et evertit arces « plurimas. »

Le Gonversations-Lexicon, de son côté, fait de ce prélat l'éloge suivant : n Aucun c( prince dans Thistoire des pays du Rhin « et de la Moselle n'a joué un rôle plus im- « portant que Tarchevéque Baudouin. Il ce fut sans contredit un des personnages les «plus pénétrants et les plus fermes de «l'Allemagne, non seulement pour son « époque mais de tous les Ages , réunissant « en sa personne le savant , le guerrier , « le prince et le pieux prêtre. Et si Ton « entreprenait de classer d'après leurs roé- « rites personnels les prélats qui ont oc- «cupé le siège métropolitain de Trêves, «il faudrait sans contredit attribuer le «premier» rang à Baudouin de Loxem- « bourg. Nous ne trouvons en effet , h côté «des grands empereurs qui ont illustré « l'Allemagne pendant le moyen-âge , que « fort peu de caractères aussi éminents et «qui pourraient autant que lui servir de « modèle dans l'étude des rapports entre « les gouvernants et les gouvernés. »

Baudouin était fils de Henri III comte de Luxembourg et de Béatrix d'Avesne ou de Beanmont. 11 n'avait encore que trois ans lorsque son père périt à la bataille de Wœringen: sa mère s'appliqua à lui donner une éducation essentiellement religieuse. Il n'était que dans sa vingt-deuxième ou vingt-troisième année et se trouvait encore aux études à l'Université de Paris oii il faisait des progrès étonnants dans la philosophie, le droite la théologie et les sciences , lorsque, le siège ardiiépiscopal de Trêves étant venu k vaquer par le décès de l'archevêque Diether ou Didier de Naussau , mort le

23 novembre 1307 , le chapitre s'assembla pour procéder aa choix d'un nouvel archevêque : Toutes les voix tombèrent , le 7 décembre de la même année 1307, sur le jeune Baudouin de Luxembourg qui était déjà chanoine et grand prévôt de cette église* Cependant cette élection trouvait quelques objections à cause de la trop grande jeunesse de Télu. Hais le pape Clément V, appréciant ses mérites transcendants^ le fit venir auprès de lui à Poitiers où il se trouvait pour lors , lui accorda , de la plénitude de sa puissance apostolique la dispense d'âge nécessaire j le fit ordiner par un de ses cardinaux le 11 mars 1308, confirma son élection et le consacra lui-même , dit-on , le lendemain 12 mars, archevêque de Trêves. Il le renvoya ensuite dans son diocèse après lui avoir donné sa bénédiction.

Baudouin se mit incontinent en route et fit son entrée solennelle dans sa capitale^ le jour de la pentecôte qui cette année tombait le 2 juin.

Quelques historiens ont avancé que quelques années auparavant (1304) , Henri IV comte de Luxembourg et frère aîné de notre prélat avait fait faire au près du Souverain- Pontife des démarches pour le faire parvenir a Tarchevêché de Mayence qui pour lors était vacant, mais que le Pape ayant considéré la jeunesse du postulant, avait refusé d'acquiescer aux sollicitations qui lui étaient présentées par Pierre d'Aspelt (v. son article) , pour lors médecin du comte de Luxembourg ; et que , pour couper court il avait proclamé Pierre d'Aspelt lui-même à cette chaire. Mais les faits historiques ne concordent pas avec les dates cl-énoncées, de façon qu'il semble prudent de se tenir sur la réserve.

Les premiers pas que Baudouin fit dans la vie publique eurent leur importance : il fixa d'abord d'une manière stable et positive les rapports de la ville de Trêves avec son archevêque, ou plutôt il força cette ville à renoncer aux privi^lèges et prérogatives qu'elle avait usurpés sous son prédécesseur. Puis il alla se réunir aux six électeurs de l'empire, à

Rense sur le Rhin , pour conférer sur le choix d'un nouvel empereur pour succéder à Albert I d'Autriche qui avait été tué le 1^' mai de la même année par Jean d'Autriche , prince de Souabe , son neveu.

Baudouin sut, par la force de son éloquence faire tomber ce choix sur son frère aine, Henri IV, comte de Luxembourg (1308). Non content d'avoir fait entrer la couronne impériale dans sa Maison , l'archevêque Baudouin ne cessa d'aider l'Empereur de ses conseils dans tons ses actes.

Après que ces deux princes eurent donné les soins nécessaires aux affaires les plus pressantes de l'Empire , ils commencèrent leurs préparatifs pour une expédition en Italie. Baudouin y contribua au moyen de grosses sommes d'argent et *accompagna l'Empereur : Ils se dirigèrent vers la Savoie en passant par Berne, Lausanne, Genève et les Alpes. Le cortège entra ensuite comme en triomphe h Suze, à Turin et à Asti. Milan lui ouvrit de même ses portes (1310) : Comme on ne retrouvait pas la couronne de fer des rois de Lombardie on en fit faire une neuve et Henri se fit couronner dans cette ville , en grande cérémonie. Presque en même temps Jean son fils recevait la couronne de Bohême des mains de Pierre d'Aspelt, archevêque de Mayence. Dans un combat contre Guido délia Torre, à Milan, de même qu'au siège et à la prise de Bre«cia, Tarchevêque Baudouin se distingua en grand capitaine. Son frère Walram y reçut un coup de flèche qui lui coûta la vie : ce jeune prince fut inhumé à Vérone.

Les deux frères de Luxembourg entrèrent ensuite à Gènes où l'Empereur Henri eut la douleur de perdre son épouse , l'impératrice Marguerite de Brabant. De Gènes l'armée s'avança en traversant le pays de Lucques ainsi que la Toscane et entra finalement dans Rome , épouvantée de ce spectacle guerrier auquel elle n'était plus habituée depuis longtemps: C'est dans cette ville que l'empereur donna à son frère l'archevêque de Trêves, les villes de Bop^pard et d'Ober-Wesel en engagère.

Pendant le séjour de l'Empereur Hen-

ri VII à Rome , il se présenta plusieurs occasions qui donnèrent lieu à des escarmouches entre les diiférents partis, et pendant lesquelles un étèque et un abbé de Farmée impériale succombèrent en combattant vaillamment. Après qu'il eut reçu la couronne impériale , Henri dirigea ses troupes contre la puissante ville de Florence j avec Tintention d'en faire le siège que cependant il fut obligé de lever après avoir essuyé des pertes sensibles. Jusque là l'archevêque Baudouin n'avait pas quitté l'Empereur son frère , lorsque au mois de mars 1313 il s'embarqua pour retourner en Allemagne à l'effet d'en ramener de nouveaux renforts à l'armée d'Italie. Hais le sort en avait décidé autrement , puisque avant son retour , l'Empereur Henri mourut près de Sienne , le 26 août , d'un genre de mort dont la véritable cause est restée un mystère jusqu'à ce jour. Tout le monde sait que la perte de Henri VII occasionna l'avortement du but de la campagne d'Italie.

Après le décès de son frère , Baudouin prit une part très-active aux affaires de l'Allemagne et chercha en même temps par tous les moyens à étendre les limites de son diocèse en acquérant des uns des possessions nouvelles en récompense de services qu'il leur rendait, des autres en leur faisant la guerre. Dans le pays de Trêves au contraire, il faisait construire des routes et des ponts, parmi lesquels derniers nous mentionnerons celui qu'il jeta sur la Kyll près d'Ehrang, et nn autre sur le Rower (1314). Celui de Coblence lui est dû également.

Quelque temps après il se réunit à l'archevêque de Mayence pour marcher au secours de son neveu , Jean , roi de Bo« hême , contre ses sujets rebelles de la Bohême, entre autres le seigneur de la Lippe ; puis il combattit à la bataille d'Eslingen pour Louis de Bavière, amena à Tarmée de ce dernier des secours et des vivres et força par là Frédéric d'Autriche à U fuite. Il en agit de la même manière auprès des villes Rhénanes et sut acqué-

rir en retour de nouvelles epgagères de l'Empereur qui se trouvait ainsi son obligé.

En 1317 il secourut encore contre l'archevêque de Cologne Guillaume comte de Juliers qui était accouru auprès de lui implorer son assistance. L'Empereur lui avait versé de fortes sommes d'argent pour frais de la guerre qu'il avait faite pour lui:

Baudouin les employa à faire de nouvelles acquisitions et à fortifier les villes de Mayen et de Witilich. L année suivante il vint avec son neveu , le roi de Bohême , au secours de la ville de Cologne pendant la guerre que cette ville soutenait alors contre son propre archevêque, Henri II , né des comtes de Virnenbonrg.

Comme il l'avait fait dans le différend avec l'évêque de Strasbourg il sut aussi se faire payer à cette occasion des sommes considérables et se faire céder plusieurs terres ; il finit cependant par reconcilier les parties belligérantes entre elles.

En 1319 Léopold d'Autriche s'était avancé contre Louis de Bavière : les deux princes se trouvaient déjà face à face non loin de Wiesbaden et prêts à engager la bataille, lorsque Baudouin parut dans les rangs de son ami , l'empereur Louis : A la vue de l'archevêque de Trêves l'armée d'Autriche saisie d'une espèce de terreur panique se débanda et se retira précipitamment.

La réputation de sagesse et de conrage que Baudouin avait su s'acquérir était devenue si grande que, pendant qu'il se trouvait au camp devant Strasbourg au secours de l'empereur Louis, le chapitre de Mayence vint le trouver en corps pour le supplier de consentir à succéder à l'archevêque Pierre d'Aspelt (v. son article) qui venait de mourir le 4 juin 1320. Il refusa cependant cet honneur, parce que le Pape venait de désigner pour cette chaire nn religieux bénédictin d'Alsace , nommé Mathias de Bucheck et Bourguignon de naissance; choix que du reste l'Empereur avait déjà ratifié : Baudouin combla d'honneurs le nouvel archevêque et lui voua son amitié. Peu de temps après il entra

eD campagne contre plusiears seigneurs de r£iffelet du pays de la Lahn qu'il savait être mal intentionnés à son ëgard , entr'autres Rodolphe, duc de Bavière , de même que les comtes de Nassau , de Spanheim et de Westerbourg; mais il pardonna à une de ses parentes, la comtesse de Castellaune, nëe de Falkenstein, qui était venue audevant de lui avec ses en£ants pour implorer sa grâce.

La même année il fit construire le château de Baldenstein sur la Lahn , pour lui servir contre deux frères de Westerbourg qui s'étaient révoltés contre lui ; de même que celui de Richement ou Reichenberg qu'il donna en fief à Guillaume comte de Gatzenellenbogen (1321).

La ville de Metz s'était déclarée contre Louis de Bavière. Baudouin vint en faire le siège en 1324, de concert avec des troupes de Bohême, de Lorraine et de Bar. Mais les assiégeants ne purent pas la prendre parce qu'elle était trop bien fortifiée et trop populeuse. Cependant avant d'en lever le siège , les confédérés se firent payer une forte rançon par les assiégés. Â son retour de devant Metz, il alla attaquer plusieurs châteaux-forts qu'il prit et soumit à sa suzeraineté.

Quelques années plus tard (1327) Baudouin aida à l'archevêque de Mayence à s'emparer de la ville de Giessen , à Toc^ casion d'une contestation qui avait surgi entre cet archevêque et le duc de Hesse :

il s'agissait de l'interprétation de certains droits féodaux. De là notre prélat marcha contre la ville de Boppard qui faisait mine de vouloir se révolter contre lui et il la ramena à la raison.

Baudouin qui jusqu'alors n'avait essuyé aucun revers, se trouvait an comble du bonheur et de la prospérité lorsque le sort voulut l'éprouver: c'était en 1328.

Il s'était embarqua sur une nacelle et descendait la Moselle sans défiance , lorsque Laurette, comtesse de Starkenburg, qui était en contestation avec lui touchant quelques terres situées près de Btrckenfeld, le fit saisir à l'improviste et emmener dans

son manoir oii il fut retenu prisonnier pendant près de quatre mois et jusqu'à ce qu'il eut solennellement promis qu'il n'élèverait jamais de château-fort sur le finagè de Birckenfeld. D'autres auteurs avancent qu'il fut en outre obligé de payer trente mille marcs d'argent pour sa rançon.

Sur ces entrefaites l'archevêché de May*ence étant venu à vaquer de nouveau (1328) , le chapitre le choisit une seconde fois pour succéder au prélat défunt; mais Baudouin refusa encore. Il consentit néanmoins à se charger de l'administration de cette église , en attendant qu'elle eût obtenu un titulaire. Cette administration , qu'il dirigea avec la fermeté et la dignité que nous lui connaissons , il la conserva pendant trois ans. II accepta de même la direction des évêchés de Worms et de Spire, appaisa les troubles de Fnlde et y rétablit les moines qui avaient été chassés de leur monastère.

Quelques seigneurs de son diocèse, les d'Eltz, les d'Ehrenberg, les de Waldeck et les de Schœnecken s'étant de nouveau ligués contre lui , il fit construire en 1331 sur la petite rivière d'Eltz, un château-fort qu'il dénomma de son nom Baldenelz et y jeta des troupes qui eurent bientôt mis fin aux brigandages suscités par ces seigneurs coalisés: le dynaste d'Eltz , qui avait été le premier moteur de ces troubles et qui en même temps passait pour le plus grand ennemi de Tarchevêque , fut nommé par lui gouverneur ou Bourggrave du Castel de Baldenelz: Baudouin, en profond politique, crut par cet acte s'attacher cet homme qui n'aurait vraisemblablement pu, par aucun autre moyen , être ramené à des sentiments de soumission envers son suzerain, puisqu'il lui avait juré une haine à mort.

Lorsque Louis de Bavière auquel Baudouin se montra constamment attaché, revenait d'Italie , il alla conférer avec lui à Nurenberg et obtint à cette occasion la confirmation des principaux privilèges de son archevêché, avec la concession de

nouvelles immunités. Après la guerre d'Erfurt, notre archevêque s'occupa des affaires intérieures de son église et convoqua une synode à Trêves. C'est aussi de cette époque que date la fondation du chapitre de Notre-Dame à Ober-Wesel, la réanion des sept princes-électeurs à Reinse , en favear de Fempéreur Louis contre le Pape, le voyage d'Edouard, roi d'Angleterre à Trêves et l'engagement de sa couronne entre les mains de Baudouin (1339), et finalement Thommage des comtes de Sayn.

Peu de temps après il entra de nouveau en guerre avec les comtes sauvages, Wildgrafen, et le duc de Lorraine, guerre qu'il conduisit et termina avec son bonheur ordinaire et entièrement à son avantage. Il conclut en outre avec le roi de France un traité qui ne laissa pas que de tourner à son honneur et à son profit.

En l'année 1344 il fit, comme nous l'avons déjà dit, construire le grand pont de Coblence , monument gigantesque qui subsiste encore de nos jours ; et il acquit pour son diocèse la ville de Limbourg avec sa banlieue, au-delà du Rhin. Lorsque Louis de Bavière fut mis au ban, Baudouin se vit, par obéissance, obligé de retirer son amitié à ce prince ; et, en homme franc il eut le courage de le lui mander en lui expliquant les motifs de sa conduite et en lui témoignant la douleur que lui causait cette dure nécessité. Il parvint ensuite, en 1346, à faire élire à Reinse, son petit neveu, Charles de Luxembourg et de Bohême en qualité d'Empereur. Ce prince, le quatrième empereur de son nom, fut sacré et couronné à Bonn, et Baudouin obtint en récompense de ce succès la concession de nouvelles terres pour son archevêché.

Au décès de l'empereur Louis de Bavière, Charles IV ne réunissait pas encore les voix de tous les électeurs. Baudouin fut en conséquence nommé protecteur de l'Empire et agit puissamment en cette qualité contre Gonthier de Schvirartzbonrg, compétiteur de son petit-neveu: cette circonstance lui procura plus que jamais Toccasion d'étendre ses possessions.

Baudouin eut la faiblesse de tolérer les excès des flagellans ; mais en revanche il prit les juifs sous sa protection contre les habitants de Boppard et d'Ober-Wesel qui leur faisaient souffrir les cruautés les plus indignes. La ville de Trêves 6e fondant sur l'appui de quelques seigneurs puissants auxquels elle avait accordé le droit de bourgeoisie, faisait sur ces entrefaites mine de recommencer a remuer; mais Baudouin finit par la remettre à la raison.

Comme il se sentait vieillir au milieu de cette vie d'agitation, notre prélat commença à apprécier le néant des grandeurs d'ici-bas; et désirant après de si longues fatigues, après tant et de si importants événements dont il avait été un des principaux acteurs, jouir de quelque repos pendant lequel il pût se rapprocher de son Dieu par la méditation, il fit en 1350 la paix avec tous ses ennemis, nomma un administrateur pour les affaires de son diocèse, se retira à la Chartreuse qu'il avait fondée en 1331 près de Trêves et se soumit à toutes les exigences de la règle de cet Ordre austère. Cependant, comme dit le proverbe : le lion quoique devenu vieux reste toujours lion. Jacques, Seigneur de Monclair, Rheingrafenstein et Eildingen avait promis aux Trévirois mécontents de se mettre à leur tête avec son fils contre leur archevêque. Le projet s'en étant ébruité , Baudouin se fit saisir de la personne du vieux seigneur de Monclair et ne le relâcha qu'à l'instante prière de ses amis et sons bonne caution. Son fils au contraire se mit à parcourir l'archevêché avec ses soudards , incendiant et pillant tout ce qu'il rencontrait sur son passage : ces événements se passaient au cœur de l'hiver de l'année 1350, et Baudouin se donnait l'air de n'y point faire attention lorsque à l'approche du printemps il quitta tout à coup la Chartreuse, se mit en campagne comme d^habitude et marcha droit contre la forteresse de Monclair sur la Sarre, accompagné d'un attirail de siège au grand complet. La garnison du château se défendit avec courage et parvint même à repousser les assaillants. Le coflunan-

dant de ces derniers, Hartard de Schœneckeo perdit même la vie pendaot une sortie, accablé qu'il se trouva par les pierres qui pleuvaient sur lui, percé de flèches et étouffé par la chaleur de Tair ainsi que par le poids de son armure. Baudouin fit porter avec la plus grande pompe la dépouille mortelle de ce vaillant guerrier à l'église de St. Mathias près de Trêves où il célébra lui-même des obsèques solennelles à son intention. Il courut de là à Coblence oii il se hâta de terminer quelques négociations touchant Sayn et Berg; et Ton était loin d'attendre son retour lorsque déjà il reparut devant Monclair, déterminé à prendre la place à tout prix.

Comme il voyait bien qu'il n'y réussirait pas par la force, il résolut d'employer la ruse: il y avait là un roc inaccessible, fortifié en partie au moyen d'un mur flanqué de tours. Un sentier étroit y conduisait et on ne pouvait penser à enlever le château qu'après avoir forcé cette position.

Cependant la force ouverte devenait impuissante pour y parvenir. Baudouin fit en conséquence enduire de poix, de soufre et d'autres matières inflammables des troncs d'arbre et de grosses poutres ; puis il ordonna de miner le roc en ayant soin de.

faire étançonner la voûte de la mine au moyen de ces poutres goudronnées. Lorsque le tout fut percé il fit mettre le feu aux étançons qui, par l'effet de leur combustion laissèrent crouler le rocher entier avec ses murs d'enceinte et ses tours crénelées, de manière que le plateau situé en avant du castel fut rendu abordable ; et , ce qu'il y avait de plus , la seule source d'eau qui servait aux assiégés se trouva détournée par l'effet de la commotion produite par la chute du roc dont il vient d'être parlé. La garnison se voyant de cette manière entièrement privée d'eau, résolut de tout tenter pour reprendre la fontaine qui avait commencé à couler dans un fossé placé entre deux rochers très élevés et dont l'un se trouvait occupé par les gens de l'archevêque.

L'entreprise était très difficile et il ne pouvait venir à l'idée à personne de croire

que quelqu'un eût été assez osé pour sV venturer à descendre du haut de l'autre rocher taillé à pic et à la vue des sentinelles ennemies, lorsque les assiégés tournèrent la difficulté en entreprenant de creuser un canal souterrain jusqu'à la fontaine et à reprendre ainsi l'eau, au grand étonnement des chefs de Tarmée de Baudouin qui se virent par là obligés de recommencer les escarmouches pour soutenir de nouveaux et de périlleux travaux afin de s'emparer de nouveau de la source, en amont du canal dont il vient d'être question. Ils y parvinrent enfin, et la garnison se vit encore une fois réduite aux abois par la disette absolue d'eau. Malgré tout cela on ne songeait pas au château à se rendre, lorsque Baudouin imagina de faire élever un gibet sur un rocher à pic placé en avant du château et à la vue de tous, pour indiquer qu'il n'y aurait pas de pardon à espérer si la résistance se prolongeait. La garnison terrifiée à cette vue perdit courage et capitula, parce que tout le monde connaissait la fermeté de l'archevêque : le vainqueur permit aux soldats de se retirer , chacun avec ce qu'il pourrait emporter.

L'archevêque entra en triomphe dans cette forteresse dont le siège lui avait coûté plus de temps et de peines qu'aucune de ses guerres précédentes. Il y célébra joyeusement les fêtes de Noël et y chanta la messe en grande pompe. Après cela il ordonna de détruire le manoir de fond en comble et fit élever en face de l'emplacement qu'il avait occupé un fort nouveau qu'il dénomma Sarrenstein. En mémoire de sa conquête, Baudouin fit transporter la porte du castel de Monclair dans sou palais à Trêves oii elle subsistait encore plus de deux siècles plus tard.

Non content de ce succès, l'archevêque voulut punir ceux de ses vassaux qui lui avaient refusé leur concours dans cette circonstance : Ainsi Marie, duchesse douairière de Lorraine fut obligée de lui payer une forte somme d'argent. D'une autre part, Henri Bayer, de l'ancienne et

illustré maison de Boppard ayait, de concert avec ses fils , occupé le château de Sternberg et refusait d'en faire hommage. Baudouin le condamna pour ce fait à une amende de yingt-sept mille mares d'argent et en outre le déclara déchu de la possession du dit casteK Sur ce la famille Bayer courut aux armes afin de s'y maintenir ; mais la querelle fut tout d'abord assoupie par l'entremise de Robert comte palatin, à la condition que l'archeTêque resterait, comme auparavant, Seigneur suzerain du manoir en litige.

Les contrées du Rhin et de la Moselle se trouvaient à cette époque de triste mémoire et malgré les efforts de Baudouin, travaillées par des querelles armées, apparemment parce que les nobles, enfermés dans leurs donjons ne craignaient plus ce grand prince autant que pendant ses jeunes années et alors qu'il était dans toute la force de l'âge. En effet, les seigneurs de l'Eiffel et des environs de la Lahn avaient recommencé leurs pillages et leurs rapines.

Cet état des choses était même arrivé à un point tel que les voyageurs et les commerçants n'étaient plus en sûreté sur aucune route, parce qu'ils avaient à chaque pas à craindre la rencontre de l'un ou de l'autre de ces dynastes, brigands et voleurs de grand chemin, qui jour et nuit battaient la campagne, détroussant indistinctement tous les passants. Baudouin s'était bien chargé au nom de l'empereur Charles IV, de protéger le Landfrieden ; il avait bien établi à Coblence une cour de justice qui s'assemblait quatre fois par an pour juger et punir toutes les infractions à la paix publique ; et plusieurs princes voisins, de même que les comtes de Juliers et de Berg étaient entrés dans cette confédération.

Mais les nobles, d'accord avec les bourgeois de Trêves ne se laissèrent pas intimider par ces mesures de rigueur parce qu'ils croyaient que ce n'étaient que des menaces faites en l'air et continuèrent leurs rapines jusqu'à ce que l'archevêque se crut en devoir de marcher contre eux :

il prit leurs manoirs et leurs repaires et

les détruisit de fond en comble. Il passa ensuite rapidement le Rhin et vint camper devant les forts de Sasroth à son approche :

Ces châteaux furent rasés. De là il marcha sur Elkershausen , que l'art et la nature avaient rendu imprenable. Il s'en empara par ruse, comme il l'avait fait à Burg et à Monclair. Comme là il avait fait dresser une potence devant la place, menaçant d'y faire pendre la garnison entière si elle faisait la moindre résistance. Cette dernière, craignant que l'effet ne suivit la menace, consentit à capituler moyennant qu'on lui accordât la liberté de se retirer saine et sauve : le fort fut réduit en cendres et les murs détruits de fond en comble, de manière qu'il ne resta pas une pierre sur l'autre. Pendant que Baudouin était occupé à ces expéditions. Rénier, comte de Westerbourg retenait en prison à Hachenbourg un grand ami de l'archevêque. Dès que ce dernier eut enlevé Elkershausen il marcha contre cette ville et la força de relâcher le prisonnier.

L'empereur avait sur ces entrefaites envoyé des troupes de Bohème au secours du roi de France : eHes traversaient tranquillement et sans défiance l'Electorat de Jrèves, lorsqu'un vassal de Baudouin, Gérard de Schœnecken , vint inopinément fondre sur elles, non loin de la capitale et pendant le Landfrieden, leur enleva leurs bagages et en emmena une partie en prison dans son château de Liesheim.

Le vieux Baudouin, irrité de cet acte de félonie, accourut contre Liesheim qu'il emporta d'emblée et le détruisit après avoir rendu les prisonniers à la liberté. De là il marcha contre le fort de Gérolsteia (1353) que cependant il ne parvint pas à enlever à cause des grandes chaleurs de l'été et du manque absolu d'eau.

Dans ces temps florissait Gerlac , chevalier baron de Brunshorn. Il habitait le château-fort de Beilstein et n'avait pas d'enfants. Baudouin sut obtenir de l'empereur qu'au décès de ce seigneur ses riches possessions , qui s'entendaient sur les deux rives de la Moselle et que l'on

ne poQTait embrasser de l'œil qa'en partie lorsqu'on se trourait placé sur les crënanx do rénérable manoir de Beilstein dont les rmoes commandent encore aujourd'hui le respect ; que ces riches possessions disonsnous, reyiendraient è rarcherêché de Trêves : ce qui eut lieu. Ces fiefs entrèrent plus tard, à charge de foi et hommage, dans la puissante maison de Winnenberg qui habitait le castel de son nom et dont les ruines subsistent près de Cochem : Conon- Gerlac fut le premier seigneur qui se dénoomia de Winnenberg-Beilstein. Il est un des aïeux du prince de Metternich-Winnenberg, ce fameux ministre autrichien sur lequel l'histoire contemporaine trouvera tant de faits à rapporter.

Baudouin parut pour la dernière fois, et dans toute sa gloire, à la diète de Mayence, en 1353. La veille de Noël il y céMbra les vêpres dans la cathédrale, en présence de Tempereur et d'une nombreuse assemblée de princes ; le lendemain il chanta les matines et la première messe dans la chapelle du palais et donna la communion à Tempereur. A cette occasion il sut demander et obtenir pour les archevêques de Trêves de nouvelles et importantes prérogatives, telles que la confirmation de la charge d'archi - chancelier pour le royaume d'Arles, qui lui avait été conférée personnellement en 1348, ainsi que le droit de voter le premier dans les assemblées des princes-électeurs.

Il revint à Trêves vers la mi-janvier 1354; et, se sentant affaiblir de plus en plus il demanda les sacrements de l'Eglise qu'il reçut avec une grande dévotion. Il mourut le jour de Sainte-Agnès, le 21 janvier, d'autres écrivent le 18 de la même année, dans la soirée, à Fâge de soixante-neuf ans.

L'Empereur Charles IV et un grand nombre de princes de l'Empire vinrent assister à ses obsèques. Il fut inhumé dans sa cathédrale , au chœur de l'église ou chapelle de St. Nicolas on on lui avait élevé un monument portant l'épitaphe suivante :

Hic Bàldewinus jacet Antisfeê Treveri'-

[nus, Magni ficus , justus , patriœ lùx , mente

[venusttês.

Lutzhinbureh natus: septeni denique gratus Cœsaris Benrici germanus juris amici.

Utilis Ecclesiœ pater hujus, dote sophiœ Quam bene respexit, augens per multaque

[rexit Sex quadraginta fere simul annis, queis

[sibi vere Guerra frequens crevit graviter, quia raro

[quievit Vineere prœdones , et castra per obsidiones.

Anno milleno C. ter L. L ter, duodeno Carne Kalendarum fuit exutus Februarum, Quetn pie rex Christe clementer ad œthera

[siste.

Amen.

Il avait fondé des anniversaires dans les principales églises de Trêves, de Mayence et de Spire, et il perpétua le souvenir de son nom en le donnant à trois châteaux construits par lui , savoir : celui de Baldeneck , celui de Baldenelz et celui de Bal' denstein. 11 avait gouverné l'église de Trêves pendant quarante^six ans, six semaines et quatre jours. Savant lui-même il honora constamment les sciences et les savants ; il a composé plusieurs ouvrages, entr'autres une apologie de l' Empereur Hen^ ri, son frère. Ce grand prélat sut toujours par ses libéralités réunir autour de lui les hommes les plus instruits de son époque et il aimait à s'entretenir avec eux.

Pendant sa retraite à la silencieuse et frugale Chartreuse , il s'efforçait par ses prières et ses méditations à s'élever audelà de la sphère terrestre pour s'unir plus étroitement à celui devant qui toutes les grandeurs mondaines ne sont que pous* sière et vanité. Il y surpassait les autres religieux dans la ponctuelle observance de la règle, surtout pendant les ofllces de nuit auxquels il se rendait toujours le premier.

L'archevêque Baudouin a encore écrit :

8^ y le Bréviaire qui encore aujourd'hui

est en usage dans le diocèse de Trêves ; 5^ Un recueil des Statuts du Concile proyincîal de Trêves tenu en 1310 et auxquels il en ajouta d'autres en 1337 et en 1344; 4' Il arrangea de même le rituel de son église. Il disait la messe régulièrement tous les jours et donnait de ses mains la communion aux chartreux pendant les fêtes à ce désignées.

Lorsque pendant les premières années de son épiscopat il eut remarqué que la discipline ecclésiastique s'était scandaleux* sèment relâchée au point que les prêtres menaient une vie dissolue et ne visaient qu'à amasser des trésors et des biens terrestres, il convoqua à Trêves ce Concile provincial qui devint si célèbre et auquel il présida en personne : Les cent quinze canons ou décisions disciplinaires qui y furent décrétés , constituent le monument le plus remarquable de son époque et mériteraient bien d'être réimprimés dans leur langue originale , parcç qu'un grand nombre d'entre ces règles renferment des dispositions qui trouveraient leur application encore aujourd'hui.

Baudouin n'eut pas moins à cœur la justice et le maintien de la paix publique.

Pour les abus contre lesquels l'Empereur ne pouvait ou ne voulait peut-être pas ap^* porter de remède , il en faisait son affaire en punissant les nobles qui se livraient aux rapines , détruisant leurs castels et leurs repaires. Son amour pour la justice entr'autres , était porté à l'extrême, puisqu'il n'épargna pas, dit-on, son propre frère dans une circonstance de ce genre :

il avait un demi-frère qui venait de tuer sa femme dans l'espoir d'en épouser une autre qui lui paraissait faire un parti plus avantageux. En apprenant ce crime, Baudouin doit s'être écrié: soit répandu à son tour le sang de celui qui a répandu du sang ! et l'avoir condamné à être roué vif. D'un autre côté Frédéric, seigneur de Neumagen avait entravé la navigation sur la Moselle en dévalisant des marchands. Ce seigneur se trouvait à Trêves lorsque le fait arriva à la connaissance

de Baudouin qui le força à restituer son vol avant même de quitter la ville.

Notre prélat écoutait avec bonté les plaintes fondées, protégeait les pauvres et était constamment affable sans cependant oublier son caractère. Personne ne fut jamais plus fidèle à la parole donnée et il avait le talent d'être généreux avec discernement. Pendant une disette entre autres , il fit ouvrir ses greniers et distribua ses provisions gratuitement, sous la seule condition que , k la récolte suivante chacun restituerait en nature ce qu'il avait reçu , mais en ne le prenant que sur son superflu.

Comme il appréciait l'importance des titres anciens il fit faire plusieurs copies de ceux de son église et il en fit déposer une à la cathédrale , une seconde au palais et la troisième aux archives de la justice. Si dans le cours de sa vie il se distingua comme un guerrier plein de courage, il n'en a pas moins montré en plus d'une, circonstance qu il ne faisait pas la guerre uniquement par amour pour la guerre, bien que parfois chez lui comme chez tant d'autres princes , même parmi les mieux intentionnés, le bonheur et certaine propension pour les armes semblent avoir fait entreprendre des courses sans besoin pressant; ce qui a fait dire de lui qu'il n'a pas toujours bien saisi la différence qu'il faut admettre entre la force brutale et le bon droit, comme cela était du reste de mode de son temps. Sa réputation serait restée plus pure aussi s'il n'avait pas constamment usé de ses conquêtes pour agrandir son diocèse ou sa propre puissance : Ainsi , on pourra toujours conserver des doutes sur ses véritables intentions lorsqu'il poursuivait avec tant d'acharnement les nobles qui se rendaient coupables de pillage.

Son extérieur était majestueux : de taille moyenne , avec des traits réguliers et le port digne, il avait la figure pleine et belle; ses cheveux et sa barbe étaient d'une teinte blonde-ronssâtre et crépus.

Son front haut et ouvert dénotait chez lui

UQ jagement saio et pénétrant. Il avait Foeil clair et brillant mais myope , défaut qa'il partageait ayec la Maison de Luxemboorg tonte entière. Ses épaules larges, sa poitrine bien voûtée et ses membres musculeux montraient sa force physique et son adresse : On raconte en effet de lui que, un jour pendant sa jeunesse , un cavalier qui voulait le courir sus , fut renversé par lui avec son cour* sier. Finalement il conserva , même pendant les dernières années de sa vie un extérieur respectable et plein de dignité.

L'archevêque Baudouin est le fondateur du collège des Princes-Electeurs à Reinse: cependant ce ne fut qu'en 1314 qu'il commença à prendre le titre d'£leoteur dans un acte public. Pour résumer enfin son éloge en peu de mots, nous dirons : De tous les prélats qui ont gouverné l'église de Trêves il n'en est point dont cette église ait eu lieu d'être plus fière , ni qui puisse lui être comparé.

Viri iUustrea,!» N® 17 et II, f 51.— D. Galmrt, Bibliothèque Lorraine; ef Histoire de Lorraine , II , 461 à {S9S; III, paMim.— Hagnam Ghronicon Belj^cain , 886.— BBaTKLS, 44 et ISO.-BsaTHOLBr, I, P.J.V; V, 544 à 409 ; VI . 12 à 246. — Masbh, 502 à 556. — Gesta Baldevini, dans Gesta Treviromm, II, 184 ad 271; AnnoUt 11 ad 15.-Biowbr, II, 185 ad 288.— AbHouthbih, Histor. Tre^ir. diplom. 0,8, 9, 12, 55, n. 117, 122, 124, 125, 126, 154, 156, 202, 886; III, 986 ad 995; et Prodromns Hist Trevir. 816 sqq.; 1077, 1 1 97. — HIobbri , Sappiément, 1 , 671. — Rheinisches Con^ersations-Lexicon ; édit de 1824: article Baldoin, II, 76 sqq. — Bab- THOLD , Der Aœmerzng Kcenig Heinrichs Ton Lûtzelbnrg; passim.— Pibbbbt, I, LVIII.— MAaTim, Thésaurus noTus , 255 , sqq. -Fabbb , Faniilia augasta Lutzenburgensis ; passim.

Luxembourg, Bernard de; y. BER- NARD de Strassen.

LUXEMBOURG, Charles de, ou de Bohétne, fils aîné de Jeao, comte de Luxembourg et roi de Bohême , et d'Elisabeth héritière de ce troue , sa première femme, est plus particulièrement connu dans rbistoire sous le nom de Charles IV, empereur d'Allemagne.

Ce prince, quoique appartenant au Luxembourg par sa filiation , ne devrait

peut-être pas être mentionné dans cet ouvrage parce que nous avons adopté pour principe de ne pas y comprendre la Biographie des dynastes qui y ont régné souverainement sur le Pays , vu que pour écrire ces Biographies il faudrait faire l'Histoire entière du Duché. Mais pour donner dans son entier le manuscrit des Viri illustres il a fallu l'y placer. Voici en effet ce que dit* de ce personnage l'auteur de Topuscule que nous venons de citer: «1347. Carolus IV Impcrator a Joannis Régis Bohemiœ Coroitis Lucel- « burgensis fiiius , Junior adhuc domuit « urbes Italiae loco patris , Caesar Romam « asseruit a servitute in libertatem , fre- « git Eberhardum Comitem Virtembergi- «um. » (II, N^ 133).

Nous n'entrerons pas dans de longs détails sur la vie de ce prince comme Empereur ni comme roi de Bohême. Il naquit à Prague, le 14 mai 1316, et reçut au Baptême le nom de Wenceslas, en souvenir de son grand-père maternel.

En 1323 son père l'envoya en France, à la cour de Charles IV , pour y recevoir une éducation très-soignée. Ce fut là qu'il reçut des mains du Pape Jean XXI le sacrement de confirmation et qu'il changea son nom en celui de Charles , en mémoire du roi qui avait été son parrain à cette cérémonie. Rien ne fut négligé pour son instruction , aussi parvint-il à connaître parfaitement, outre la langue bohémienne , le latin , le français , Tallemand et l'italien, comme il nous l'apprend luimême dans un ouvrage que nous avons de lui et dont nous parlerons dans cet article. Plusieurs historiens assurent en outre qu'il possédait également bien les idiomes qui dérivent des langues que nous venons d'énumérer. Les autres connaissances humaines , qui ne formaient alors qu'un simple accessoire des études linguistiques, n'avaient pas non plus été négligées et il y avait fait de grands progrès qui, joints à un naturel avantageux, avaient fait de lui un des princes les plus doctes de son siècle.

Après un séjour d^eoTiron sept ans en France il retourna en Bohême (1330)^ rappelé par son père pour l'envoyer en Italie. En 1346 il fut élu roi des Romains et prit le nom de Charles IV. Il fut sacré Empereur à Rome,ep 1355. Tout le monde sait qu'il avait assisté h la bataille de Crécy , le 26 août 1346 et qu'il y avait reçu trois blessures.

Charles IV aimait et Cultivait les lettres.

Il a composé des mémoires sur sa vie, qu'il destina à ses fils ; ouvrage grave et d'un bon style latin , que Freher a publié dans le Recueil des Historiens de Bohême. lia aussi écrit des Apophthegmes que Le Pogge a recueillis et que le même Freher a publiés dans le livre que nous venons de citer. II travailla également à des Commentaires sur les Evangiles : mais il paraît que cette dernière composition est perdue. Comme Empereur il publia la fameuse Constitution de l'Empire, connue sous le nom de Bulle d'or, à cause du sceau gravé sur ce métal qui y était attaché. Cet acte , dont une partie fut promulguée pendant la diète de Niirenberg en 1356 , ensuite complété a Metz aux fêtes de Noël de la même année, constitua pendant plusieurs siècles la loi de l'Empire. Rédigée par Barthold, cette chartre se ressent du style de son époque par son mauvais latin. Elle a pour but de régler le cérémonial de l'élection des empereurs romains , leur cour, le nombre des électeurs fixé h sept à cause des sept dons du Saint-Esprit , des sept branches du chandelier de l'Apocalypse, etc. Elle commence par une apostrophe aux sept péchés capitaux; etc.

L'Histoire fait à la mémoire de l'Empereur Charles IV plusieurs reproches graves : elle l'accuse entre autres d'avoir été d'une âme faible, d'un esprit vain, d'un cœur intéressé et avide et très superstitieux de caractère , ayant fait enfermer dans un de ses châteaux de Bohême les trésors et les ornements impériaux, parce qu^un conte populaire prétendait que cette dignité serait conservée à sa famille tant

que ces objets seraient au pouvoir de cette ^ dernière : Plein de cette croyance, il avait été jusqu'à faire graver les armes de Bohême sur le pommeau de l'épée de Charlemagne. On l'accusa encore d'avoir été absolument trop soumis aux exigences même les plus outrées de la Cour de Rome, ne s'étant jamais opposé aux pernicieux envahissements des Papes dans les affaires de l'Allemagne. On dit de plus que, comme il avait ruiné sa Maison pour obtenir l'Empire, il avait ensuite ruiné l'Empire pour remettre les siens : son fils Wencesïas n'avait que quinze ans lorsque, au moyen de cent mille ducats d'or qu'il paya à chacun des sept électeurs, il le fit proclamer roi des Romains. On sait le profit que Wenceslas a fait à TAllemagne et k TEmpire !

Comme prince luxembourgeois, Charles IV doit être mentionné pour avoir, le 13 mars 1354, élevé ce Pays an rang de Duché et pour avoir par une autre bulle d'or (27 décembre 1357), décrété que les luxembourgeois n'étaient pas responsables pour les dettes de leurs princes. Le second de ces actes est un bienfait ; mais le premier, pris dans sa froide signification, devait être indifférent au peuple , puisqu'il ne faisait qu'élever la maison régnante.

D'un autre côté, le Luxembourg eut sa part d'humiliations dans les largesses que coûtèrent les voix des électeurs pour faire parvenir ce prince à l'empire, puisqu'il fut le premier qui, à cette occasion , morcela le Pays pour en engager ou vendre les seigneuries frontières Sud-Est à l'archevêque Baudouin son grand-oncle, en assurance du payement des sommes que ce dernier lui avait avancées dans le but que nous venons d'indiquer, but qui pour avoir paru glorieux pour sa personne, n'en dut pas moins être déplorable pour le Luxembourg qui se voyait ainsi déchiré en lambeaux et devenir la pâture de l'ambition d'un des rejetons de sa propre dynastie.

Charles IV mourut à Prague, le 20 ou le 29 novembre 1378, à l'âge de soixantetrois ans. Il fut enterré dans Téfflise de

St. Vith en cette yille. Sa tombe porte encore aujourd'hui, assure-t-on, Tépitaphe suiyante :

Anno M.CCC.LXXVHI. tertiâkal De-

[cembris Quarti^ ego Carolus magnus quondam tre~

[mor orbis, Cœsar et invictusy modo vicius morte, sub

[istd Fossâ tegor; Deus almeprecor, mens astra

[subintret.

Spiritus, cuncti, pro me pia solvite vota, Quo8 moriens liqui, quos vivens opère fovi.

Et sic anima ejus requiescat in sanctâpace.

En 1361 il avait fondé FUniversité de la ville de Prague, d'oii est venu à cet établissement le nom de Caroline.

Ce prince fut marié quatre fois : a. avec Agnès ou Anne, fille de Rodolphe comte palatin, dont il n'eut pas d'enfants ; b. avec Blanche, fille de Charles de Valois; d'oii quatre princesses ; e. avec Anne, fille de Henri II, duc de Schweidnitz, laquelle lui donna Wenceslas et Sigismond qui devinrent l'un et l'autre empereurs, et Jean, duc de Moravie ; d. enfin, avec Elisabeth, fille de Rodolphe duc de Stettin.

Tirî illttslres,!!. N^ 133.— De FeLLsm, DîcUoiia. histor. litt C — D. Calhbt, Biblioth. Lomine; et CaUloguedcs aotears lorrains.— C* •■ Bsc-oB-Liivms, Biof^raphiti liégeoUi;, I, 114, sq. — Guillaume oi WiLTBBiM, Disquifit antiqaar. histor. Lniemburç., II, c. 6.— MoMBi • III , 48.— PsLzsL, Geschichte der BoemeD , S toI. pafsîm ; Gef chichte Kaiser Karl der Tierte, Kœnigs in Bœhmen ; 8. toI.— FasHa , Scriptores reram gerinanicaram.— Abivbas Stlvius, Germania ; et: de Boheniaram orijpne ne gestis Historia — Bbbtbolbt, VI, 187, sqqq. passin; et VII, t ad 110, passim.— DoBBAVius Jo , Olomosbusis btiscopos , Historia Bœmica.— CouBTiN^ Encyclopédie moderne, V, 401 , sq.— Biographie aniferselle, VIII, IGl , sqq. — Nbomabs, Les auteurs luzenliourgeois, 8, sq.

LUXEMBOURG, Cunégondb de^ ou la sainte, était fille du comte Sigefroy le fondateur de la dynastie de Luxembourg. Sa mère se nommait Hedwig, Hedwide ou Hadwige.

Cnnégonde fut mariée vers Tannée 1002 à Henri duc de Bayière qui venait d'être

élu empereur d'Allemagne au mois de juin de la même année, et ayait pris le nom de Henri II. Il n'entre pas dans notre sujet de raconter comment Fépoux de Cunégonde fut élevé à l'Empire. Après qu'il eut été solennellement couronné à Mayence le 7 juin, il convoqua à Mersebourg une diète à laquelle assista Rcthar évéque de Paderborn. Ce dernier ayant accompagné le monarque jusqu'à Gronau sur le Wéser où Cunégonde vint rejoindre son époux, invita l'Empereur et l'Impératrice à visiter Paderborn. Ils y vinrent et Cunégonde y reçut la couronne à son tour, le 6 ou le lO août, toujours de la même année : ce fut sans doute en souvenir de cet événement que Henri et Cunégonde montrèrent toujours une grande affection pour cette ville et qu'ils se plurent à y séjourner souvent. On rapporte même que pour mieux vaquer à leur dévotion aux heures canonicales, et afin de n'être pas aperçus du public dans ces exercices de piété, ils avaient fait construire un chemin souterrain et secret conduisant du palais impérial jusque dans le monastère d'Abdinghof, et que de grand matin ils se rendaient par là et sans pompe aux oiBces religieux, donnant souvent des heures entières à la méditation et la prière.

En 1014 l'empereur se rendit à Rome avec Cunégonde et y fut couronné le 24 février , ainsi que l'impératrice , par le Pape Benoît VIII.

L'Histoire rapporte que dans la vue d'acquérir une plus grande perfectibn chrétienne, Henri et Cunégonde avaient, d'un commun accord , fait vœu de chasteté et de continence perpétuelle, vivant ensemble comme frère et sœur ; et qu'un jour , vers 1017, des soupçons injustes s'étant élevés dans l'esprit de Tempereur touchant la vertu de son épouse , Cunégonde aurait offert de se justifier par l'épreuve du feu, comme cela était du reste de mode à cette époque. Que Henri y ayant consenti, elle aurait marché pieds nus et sans se brûler, sur des socs de charrue rougis au feu ou bien sur une barre de fer incandescente.

Qae FEmperenr conyaincu par là de Tianocence de son épouse et de sa pureté, lui aurait demandé pardon de Toffense qu'il lui avait faite en la soupçonnant coupable du crime d'adultère ; et que depuis ce jour le couple impérial aurait continué à yivre dans des exercices continuels d'une piété exemplaire.

Henri II mourut le 15 juillet 1024 h Gronau , à Fâge de 52 ans, et fut inhumé dans la cathédrale de Bamberg qu'il avait fondée en 1012 et dotée en grande partie , dit-on , avec les biens que l'impératrice lui avait apportés en mariage. Au lit de la mort il doit avoir remis cette princesse à sa famille en disant: Je vous la rends vierge et pure comme je Tai reçue.

Dès qu'elle eut perdu son époux, Cunégonde se retira du monde et alla s'enfermer dans le monastère de Gauffungen ou Capungen, près de Castel, qu'elle avait fondé et y prit le voile. Pendant quinze ans qu'elle vécut dans cette maison religieuse elle donna au monde le plus édifiant exemple d'austérité et de régularité. Après sa mort, arrivée le 3 mars 1039 ou 1040 solvant les légendes, son corps fut d'après ses ordres formels, transporté sans appareil à Bamberg et déposé dans le caveau impérial à côté de celui de l'empereur son époux. Tous deux y sont honorés comme saints: le pape Innocent III a d'ailleurs solennellement canonisé l'Empereur Henri II, en 1198 et en 1216 (non en 1145 comme quelques légendaires l'ont écrit), et l'Impératrice Gnnégonde le 3 avril 1200. Le P.

Noël, rédemptoriste à Luxembourg, a donné une version de la bulle de canonisation.

L'église de Rome a fixé sa mémoire au 3 mars tandis que dans d'antres on la célèbre à d'autres jours: A Bamberg elle a même plusieurs fêtes.

BuTHOLiT, III, £S4. 75 à 78 — Morbii, III, 461. — DrFillbr, Dictionn. histor.; litt G.— C^ db Bbg db- LiÈVBB, Biographie liégeoise, I, 46.— ConveriatioiiB- Lexicon, 1824. III, 742— Rmaoiubira, Flevn delà fie des Saints,!, S38. — Martyrologium romanam, ad 5 mart.— SoRios et les Bollardistbs, au 8 mars.^

GooBSCARo , Vies des Saints , II , 383 sqq^ ^ Cooa* TIR, Encyclopédie moderne, VIII, 81. — TRrrrnRiH, De Viris illastribas Ord. S. Bened. , lib. III , e StfS. —Biographie nnif erselle « X , 383.~Nobl, Leben der heiligen Kunignnde fon Laxensharg.

Luxembourg, Denis de^ v. DENIS,

dit de.

LUXEMBOURG, Henri de, évéque de Liège, n'est plus à proprement parler un prince luxembourgeois demandant une place dans cet ouvrage. Nous citerons d'abord Tarlicle que Fauteur du manuscrit des Viri illustres lui a consacré, article qui nous a engagé à mentionner ce personnage : (( Henricus Comes Luxemburgen- «sis Episcopus Leodiensis S. R. J. P. Ul- (( timus primorum comitum , maluit Deo « sacrificare quam illustrem Genlem suam « propagare. » Nous ajouterons que celte mention se trouve placée entre les années 1237 et 1312.

La généalogie que les auteurs fournissent pour la maison de Luxembourg pourrait faire croire que ce Henri ne serait qu'un personnage fabuleux : Et cependant Cliapeauville , de même que Bertels le rappellent nominati?ement avec sa qualité d'évéque de Liège et de dernier mâle de la branche ainée de sa maison. L'assertion de l'auteur des Viri illustres n'a donc pas été inventée par l'auteur de ce manuscrit.

Il a fallu dès lors aller le chercher ailleurs que sur les tablettes établies par Bertfaolet et ses successeurs; et pour y parvenir, Bértels nous a fourni des données trèsprécieuses dans le passage suivant : « Fri- « dericus Gisberti, secundi ordine comitis (c Luxemburgensis filius primogenitns, pa- « tris demortui primarios titulos , utpote « Luxemburgensem Comitatum assecutus, «Gerlrudem Gozelouis Gibberi, Dueis « Lotharingiœ filiam sibi in uxorem ascivit, «atqne ex ea filios suscepit Sigifridum, (c Giselbertum, Henrieum, ac filiam Erme- «sindam. Fuerunt isti Frederici filii ad- « modum nobiliter educati , et multis «virtutibus evaserunt conspicui. Horum «Henricus ad régis Francis commenda- « tionem in episcopum Leobiensem circa

€< annum Domini 1046 vtvente adhue pâtre K suo electw est, oti liquidum est ex cata- « logo Episcoporam praelibaUe Ecclesiae, « sub bis yerbis : Henricas filius Frederici « Lotharingi» Ducis. Nec yero movere « qaemquam débet, eum non filiom Lnx- « emburgensis comitis, eo loci appellari, « id enim eo contingit , qaod Fredericus a pater ejas non modo Laxembnrgeosis c< cornes , sed etiam Mosellanas in Lothac< ringia dax ab imperatore pridem extiterat « constitutas : ex qno tanqaam honoratiori « patris titalo ipse Henricas episcopas <€sibi cognomentom osnrpabat. JEftc autem c( suœ ecelesiœ regimen tempore haud longo a tenuit , abreptus nimirum prwmaiura « morte ex hae vita» In fata similiter ejuê a duo germant fraires Sigifridus €t GieeU <« hertue eoncessere juvenes , nullo post se «relieto hœrede. Unde aceidit ut prœter « ipsorum sororem Ermesindam nulla Frevderico patri proies, et ex ejw corpore « hœres nemo residuus maneret mtucultnt « sexûs. »

Ainsi pour revenir an personnage qui lions occupe , il ne faut pas aller le chercher dans la branche régnante de Luxembourg, mais bien dans la branche aînée de cette maison qui obtint dans les partages de famille de nos premiers dynastes des appanages plus riches et plus considérables que ne Tétait le domaine luxembourgeois. Or , nous ayons vu dans la généalogie de la Maison de Luxembourg que cette branche fut constituée par Fré-' déric, troisième fils de cet autre Frédéric j second dynaste de Luxembourg. Ce Frédéric , qui avait épousé d'abord Gerberge comtesse de Bouillon , ensuite Regelinde, était devenu duc de la Basse- Lotharingie. De la première de ces unions, à ce qu'il paraît , advinrent Henri , dont il est ici question , puis Sigefroy et Giselbért, morts jeunes et sans alliance, ainsi que Jutte, nommée aussi Ermesinde ou Elisabeth.

Ce Henri , qui ne doit plus à propre^ ment parler figurer parmi les princes Luxembourgeois du Luxembourg ; puisque

sa branche avait quitté ee pays depuis deux générations, passa sa jeunesse soit à Toul, soit à Verdun, résidence de son père que les Historiens liégeois dénomment même comte de Toul. Après avoir fait ses études il obtint les ordres et devint archidiacre de l'Eglise de Verdun , dignité qu'il occupait en 1 076 lorsque Théoduin , 53* évéque de Liège vint à mourir. Le décès de ce prélat avait donné l'occasion à plusieurs ambitieux de se prononcer en manifestant le désir de lui succéder. Les choses traînaient en longueur et le chapitre ne pouvant tomber d'accord sur le choix d'un nouvel évéque députa vers l'empereur un abbé , du nom de Thierry , qui fut chargé de remettre au prince la crosse épiscopale en signe qu'on accepterait celui qui serait désigné par lui. Godefroidle-bossu , oncle de l'archidiacre de Verdun, sollicita sur ces entrefaites l'empereur par de si puissantes raisons qu'il parvint à l'engager à dénommer Henri à l'évéché vacant, à la grande stupéfaction de ses nombreux compétiteurs.

Le nouvel évéque fut reçu à Liège avec de grandes acclamations et se fit sacrer encore pendant la même année par l'archevêque de Cologne, son métropolitain.

L'évéque Henri, dit de Verdun par Dewez, de Toul par les historiens liégeois et de Luxembourg ou de Lotharingie par l'auteur des Viri illustres , Bertels , Chapeauville , etc. fut à bon droit surnommé le pacifique ; car tous ses vœux comme tous ses efforts et ses sacrifices mêmes n'ont jamais tendu qu'à la paix.

Il vit avec une peine extrême la guerre qui s'alluma entre Godefroid de Bouillon (v. cet article dans l'Appendice) et l'évéque de Verdun , lequel dernier prétendait que Godefroid-le-Bossn , duc de Lo»

thier avait enlevé par force le comté de Verdun à son église ; et qu'après la mort de ce duc ce comté devait lui être restitué.

Godefroid de Bouillon soutenait an contraire que, comme neveu de Godefiroidle-bossu , le comté lui appartenait en qualité d'héritier de son oncle.

Les deux parties en étaient déjà yeniies aux mains et des succès ayaient été remportés de part et d'autre, lorsque l'é- Téque de Liège voulant prévenir les suites plus fâcheuses que cette lutte pouvait entraîner , conçut le louable projet de ménager un accomodement entre les contendants : il proposa en conséquence une entrevue à Tabbaye de St. Hubert ; mais il ne put opérer entre le duc et Févéque une réconciliation si parfaite qu'ils ne conservassent l'un contre l'autre une défiance cachée , jointe à un ressentiment secret. Le comte de Namur qui s'était attaché à l'évéque de Verdun, voulut de son côté se mettre en mesure à tout événement:

il fit en conséquence fortifier le chftteau de Mirwart, situé sur une hauteur à une lieue et demie de Saint«Hubert. Mais Henri , évéque de Liège , toujours porté à JEavoriser Godefroid, rompit les mesures d'Albert en achetant de Bichilde , comtesse de Hainaut, ce château avec toute la seigneurie qui en relevait ainsi que les terres de Bras et de Grupont ; il ajouta aussi de nouveaux ouvrages au castel et permit à l'abbé de St.

Hubert qu'il estimait beaucoup, d'ériger dans le manoir même un petit cloître dédié à St. Michel , lequel fut occupé par ses religieux; il confia enfin à l'abbé le gouvernement de la forteresse.

Ce fut aussi du temps de l'évéque Henri qu'on institua le tribunal de paix pour mettre fin aux petites guerres entre les seigneurs, commencées souvent pour les motifs les plus frivoles, ainsi qu'aux rapines si fréquentes à cette époque ou il ne régnait de droit que celui du plus fort.

Tous les principaux nobles, les comtes et les ducs adhérèrent aux statuts de cette institution si salutaire pour son époque.

Le seul comte de Laroche refusa d'y souscrire et leva même dans sa terre une petite armée avec laquelle il osa résister à tous les confédérés. Il fut aisément et complètement mis en déroute ; mais cette défaite ne le déconcerta point : il s'enferma dans son château de Laroche qui était

très-fort et abondamment pourvu d'approvisionnements. L'ennemi vint en former le siège qui dura sept mois. Lorsque les vivres commencèrent à manquer, le comte imagina un stratagème pour donner le change aux assiégeants : il fit sortir du château un porc bien nourri, gros et gras.

L'ennemi , qui s'en saisit , prit facilement le change , jugeant d'après l'embompoint de l'animal enlevé que les provisions de»

assiégés étaient encore en abondance ; il se trouvait d'ailleurs fatigué de ce siège qui durait depuis trop de temps , k une époque oii l'on était habitué à n'avoir affaire qu'à de simples murailles ; et la pensée qu'il devait avoir d'être forcé à camper bien du temps encore avant de pouvoir conquérir la place par famine , le détermina à faire la paix et à se retirer. Le comté de Laroche ne fut donc pas compris dans la Trêve -de -Dieu ou le Tri»

bunal-de-paix , car c'est bien sons ces deux noms que l'institution dont nous parlons est désignée par les chroniqueurs.

L'Evéque Henri de Luxembourg mourut le 2 novembre 1091 et fut inhumé dans l'église de Notre-Dame , à Huy.

Si nous avons consacré un article à ce personnage qui, nous le répétons, n'est plus luxembourgeois à nos yeux, ce ne fut que pour commenter le texte du manuscrit des Viri illustres que nous avons pris à tâche de Reproduire absolument dans son entier dans notre ouvrage.

Tiri ninstret^I, N» £4— Fism, Sancfa Lc(pa Romanae Ecclesiœ fiUa , sif e Hiitoria Ecdesîs LeodieniiU, 5Sfi, sqqq.— FooLLOii, Hîstoria LeodientU, I , 84fi, sqqq.— DswBS, Histoire an Pays de liège,!» 52, sqqq.— BsaTBU , ëdit orig. 28 , iq ; édît. Baid- MBYR etMicHiL, 1856; 47, sq.; édit Amttelodara , 159, sq.

LUXEMBOURG, Hbnri, Comtb de,

soi^isani évéque de Metz , a obtenu de l'auteur du manuscrit des Viri illustres la mention suivante : « Henricus Comes « LucelburgensisEpiscopus Metensis, œdi- « ficavit Basilicam Sancti Stephani ibidem.»

11 y a évidemment ici confusion de noms en ce que Von aura voulu écrire, Thbodb-

Biens ou Thbodobicus au lieu de Henricus; car il n'y a jamais eu sur le siège de Metz UD prince de la maison de Luxembourg du nom de Henri. Aussi Tacte même qui est ici attribué k ce soi-disant Henri revient-il à Théodoric ou Thierry (mort en 1042) , fils du comte Sigefroy de Luxembourg, et que le même manuscrit avait déjà inscrit à la page précédente. Nous renvoyons ainsi le lecteur à Tarticie Luxembourg, Thierry ou Théodo^ rie de, en faisant observer que, ayant pris l'engagement de donner dans son intégrité le manuscrit des Viri illustres nous ne nous sommes pas cru autorisé à supprimer ce passage bien qu'erroné , et que nous pensons ne pouvoir attribuer qu'à une erreur purement matérielle on à une faute du copiste.

VIri illustres, I,N* II.

LUXEMBOURG, Henri db, dit le jeune, était fils du comte Frédéric de Luxembourg et de Berthe , comtesse de Flandre, son épouse; conséquemment frère de Giselbertou Gilbert qui obtint les possessions paternelles dans le Luxembourg , et d'Adalbéron qui fut évèque de Metz (v. son article). Quant à Henri, il reçut de l'Empereur Henri II son beaufrère le duché avec le titre de duc de Bavière , ce duché n'étant pas encore héréditaire, et succéda ainsi à Henri fils de l'empereur Conrad-le-Salique.

Ce personnage n'appartient que fort indirectement à la Biographie luxembourgeoise. Voici ce que le manuscrit des Viri illustres dit de lui: «1046. Henri- «cus de Luxemburgo Bavariae dux sub « Henrico III Imperatore militavit in Apula «contra Nortmannos, ibidemque mor- « tuus. »

D'autres auteurs au contraire, tel que Hermann Contract le font mourir à Trêves en 1047. Ce qui paraît certain c'est qu'il reçut sa sépulture dans cette ville.

Vin illastres, II, N^ 1S5.— Fabkr, Farailia aagasU Laceaborgensis ; Tabula II , et pag. 8 , sq. probatio*

LiTXEMBOURG, Hbrman DE, Comte de Saltn; v. SÂLM, Herman, Comte de.

Luxembourg, Herman de; v. HERMÂN,

dit de Luxembourg, le frère.

LUXEMBOURG, Jban-Sobeslas de, n'appartient pas à la Biographie luxembourgeoise; et si nous faisons mention de lui ce n'est que pour donner le manuscrit des Viri illustres dans son entier.

Voici ce que l'auteur de cet ouvrage dit de ce personnage : « Joannes, aliter So- « beslaus de Lucelburgo filins Joannis Mar- « chionis Moraviae, Nepos Joannis Régis « Bohemiae , Comitis Lucelburgensis ex « Episcopo Olomucensi patriarcha aquilien- «sis S. R. I. Princeps. »

Il était fils de Jean-Henri, marquis de Moravie, qui lui-même l'était de Jean l'aveugle, roi de Bohême et comte de Luxembourg.

Viri illastres, I, N<> 94.

LUXEMBOURG, ii^i^-Wenceslas, ou plutôt simplement Jean, se disant de, n'appartient pas plus à la Biographie de ce pays que le personnage qui précède; et l'article qui le concerne dans le manuscrit des Viri illustres offre même une variante très notable entre les copies des Bibliothèques de Luxembourg et de Trêves.

Voici la leçon de celle de Luxembourg :

« 1398. Joannes Wenceslaus C. Ducis Lu- «ciliburgensis Filius ex episcopo Ârgen- «toratensi Archiepiscopus Moguntinus S.

R. L princeps Elector. » L'exemplaire de Trêves porte au contraire : Joannes Weneeslai C. Ducis Luciliburgensis Filius »

etc. ; et ceci semble plus grammaticalement exact. En effet, vers cette époque vivait Wenceslas, dernier comte (G.) et premier duc de Luxembourg; notre personnage devait donc être son fils. Mais Wenceslas I n'a pas eu d'enfant légitime de Marguerite duchesse de Brabant, son épouse. 11 s'agit par conséquent d'un fils naturel qui du reste est rappelé sur les tablettes généalogiques d'Abraham-Godefroid Faber, par Olivier Vredius, dans ses preuves pour

la généalogie de la maison de Flandres, et par beaucoup d'autres auteurs. Il était conséquemment né en Brabant oii son père résidait, n'ayant retenu que le nom de Luxembourg. Bertels qui fait de ce Jean un fils légitime du duc Wenceslas, ajoute qu'il mourut avant son père. Nous ne connais* sons du reste aucune particularité sur le compte de ce prélat.

Vîri niostres, I, N<> St.— A. G. Fabbb, FamiUa augusU Lacembargeiiftis , ex «ounnentii ftde di|pi» de- «oDstrata; Tabala V. et Probationes, 68,N<» St.— Oliv. Vaaoïus, Probationes Genealogiœ Gomitam Flandrenainm , P. I, ad Tab. IL, p. 401 — BcaTiLS, 61 et 120.

LUXEMBOURG, Rodolphb de, a obtenu dans le manuscrit des Viri illustres Farticle qui suit: «1109. Rudolphus filins « Conradi Lucelburgensis , Monasterii Sti- «Vitonis Verduni Abbas.»

Ce personnage, vraisemblablement le plus jeune des fils de Conrad I, le premier des seigneurs du Luxembourg qui étendît son titre de comte sur cette terre , et de Clémence de Longwy, embrassa la carrière religieuse et entra d'abord à l'abbaye de St. Âiry, puis dans celle de St.

Vanne de Verdun, dont il fut élu le quatorzième abbé, vers l'année 1078. 11 paraît que cet abbé, zélé partisan du Saint- Siège contre Tempereur Henri IV, eut à subir de ce cbef bien des tracasseries de la part de Thierry évéque de Verdun qui était attaché à l'empereur, puisque les annales nous apprennent que l'évéque le chassa de son monastère et le relégua dans le château de son père, à Luxembourg.

Ces faits se passèrent vers l'année 1081 ou 1082, pendant que le comte Conrad I était occupé à la construction de l'abbaye de Munster. Il chargea en conséquence son fils de présider à cette construction. Lorsque Rodolphe vit cet ouvrage achevé il se retira à l'abbaye de St. Bénigne de Dijon oii il se trouvait lorsque le corps de son père, mort pendant son pèlerinage en Terre -Sainte, fut ramené à Luxembourg en 1086. II y accourut pour rendre à l'auteur de ses jours les derniers devoirs

de la religion et de la tendresse filiale ; et ' la plaque eu plomb trouvée dans le tombeau de ce comte marque bien cette circonstance, puisqu'elle porte que l'inhumation du défunt a en lieu par les propres mains de ses fils, parmi lesquels l'abbé Rodolphe est dénommé. Après cette cérémonie le prélat retourna à St. Bénigne où il resta avec ses autres religieux qui avaient été exilés comme lui, jusqu'à la mort de l'évéque en 1095. Le successeur de ce dernier se hâta de rappeler Rodolphe et les siens de l'exil et de les réintégrer.

Depuis cette époque l'Histoire ne mentionne plus aucun fait particulier de l'abbé Rodolphe qui passa le reste de ses jours dans les exercices de la piété la plus austère et la plus exemplaire. Vers les derniers temps de sa vie il se retira au prieuré de Flavigny qui dépendait de son abbaye, afin d'y être plus en repos. On croit qu'il mourut en 1099 ou 1100, en odeur de Sainteté.

D. Galmst, Hist. de Lorraiiie, I, antè testa A, CGIV. — Fabbe, FamiUa angnata L«ceinbai|peMÎa , Tab. III.— Bbbtbolbt, III, 281, aqq. et 307, iqqq. —Viri inastres, I, N^lOl-Toates les Histoires da Pays de Laxemboarg.

LUXEMBOURG , Thbodoric ou Thibr- RT DE, a reçu cette courte mention de Fauteur du manuscrit des Viri illustres :

(( Theodericns cornes Luxemburg. Episcopus Metensis, S. R. I. Princeps. »

Théodoric de Luxembourg, qui était fils puîné du comte Sigefroy premier seigneur de Luxembourg et de la comtesse Hedwige, était apparemment chanoine de FEglise de Metz lorsqu'Âdalbéron H , quarante-huitième évéque de ce diocèse Tint à mourir après avoir résigné son évèché en fayeur d'Âdalbéron son neveu , fils de Théodoric, duc de Mosellane ou de la Haute-Lorraine. Gomme le jeune Âdalbéron était encore très-loin d'avoir atteint Tâge canonique requis pour être sacré évéque , son père Théodoric chargea son parent Théodoric de Luxembourg, du soin de l'administration du temporel et du spirituel du diocèse.

Celui-ci ayant accepté cet office, s'appliqaa d'abord à diriger les affaires avec une extrême prudence et une grande sagacité, au point, dit Meurisse, que tous conçurent bientôt du regret de ce que lai-méme ne fût pas évoque titulaire ; et qu'ils finirent par lui proposer de se déclarer évéque. Quoiqtfil en soit, c'est-àdire que ces représentations lui eussent été faites réellement ou qu'il eût agi par Timpulsion de sa propre ambition , Théodoric finit par chasser le jeune Adalbéron son pupille , et à se dénommer évâque de Metz.

Vers la même époque l'empereur Henri II, qui avait épousé Cunégonde de Luxemboui^ , sœur de Théodoric , fonda révêché de Bamberg auquel il fit donation d'une grande partie des biens patrimoniaux de l'Impératrice qui, comme on sait, n'avait pas d'enfants parce qu'elle avait fait vœu de chasteté perpétuelle ainsi que l'empereur son époux. Les frères de Cunégonde qui voyaient par Teffet de cette donation échapper l'espoir de pouvoir rentrer un jour en possession de cet héritage , commencèrent d'abord k murmurer et passèrent ensuite à des hostilités ouvertes contre l'empereur leur beau-frère (v. l'art. Luxembourg, Adalbéron de , Prévôt de St. Paulin) . Théodoric, évêque de Metz se joignit dans cette occurrence à ses autres frères; et, mettant sa confiance dans la valeur des messins, les appela aux armes, marcha contre le père du jeune Adalbéron qui voulait réintégrer celui-ci de force, le défit et l'emmena même prisonnier. L'empereur de son côté, voyant cet attentat de son beau-frère, leva incontinent une forte armée avec laquelle il vint mettre le siège devant la ville de Metz. Théodoric ne s'en émeut point; il prend aussitôt la résolution de tenir tête aux troupes impériales, et, pour fournir aux frais de la guerre il engage hardiment toutes les terres de son évêché. Mais à la fin le jeune Adalbéron, au sujet duquel tant de sang était répandu, éUnt venu k mourir, la paix fut conclue à la condi-

tion que Théodoric conserverait Tévêché de Metz : cette paix , dit-on , se fit ^ar la médiation de Héribert archevêque de Cologne.

Lorsque le calme fut revenu dans son diocèse, Théodoric s'occupa uniquement d'affaires religieuses et des soins qu'il devait à ses ouailles. Il commença en 1020 la construction de sa cathédrale qu'il éleva jusqu'à la voûte et qu'il enrichit d'un bras de St. Etienne qu'il avait rapporté de Besançon.

Théodoric gouverna l'Eglise de Metz pendant quarante-deux ans, dont dix furent passés en guerre avec l'empereur son beau-frère. Il mourut le 30 avril 1046 et fut inhumé dans sa cathédrale. Lorsqu'on ouvrit son tombeau en 1521 , on y trouva ses ossements avec une plaque en plomb, sur laquelle on lisait cette inscription :

//. KaL May obiit Theodericuê Junior Ecclesiœ Metensis Episcopus.

Son monument funéraire portait l'épitaphe que nous allons transcrire :

Ly Evbsqub Thbodoriqub, Ses bibnfaicts lui soibnt mbritb , Il print cocragb en telle guise.

Qu'il commença la grande bsguse.

Et print cette dévotion.

En l'an de l'incarnation Environ l'an mil et vingt ans. Fut commence en cetui an.

Et si donna la grande couronne Qui autour du Choeur environne.

Pour avoir mémoire de ly Il fut dessous ensevely.

Hbvumb, Hlitoire des ETesqves de Hetx, 343, sqqq. — Viri iUastres, I. N» 6.— Bbrtmolkt, II, P. J. Il; et III, 87, 60, •€!. 80. 99, sq.-FâBn, FamUia augosU LncembargcaMS, Tab. I ; Prabat 3 •<!. N<^ 5 — D. Cal- ■BT, Hisl. de Lorraine I ad annos coBcernentea — Nbybb, Histoire da Pays de LnzeBDiboar|r; rnscrt

Luxembourg, Wcdram de; v. WAL- RÂM , dit de.

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