‹ Biographie luxembourgeoise: histoire des hommes distingues ..., Volume 1Chapitre 6 sur 33 · JUS CORPUS IN HAG SPELUNCA ABSGONDITUR · texte numérisé non relu

JUS CORPUS IN HAG SPELUNCA ABSGONDITUR

EXSPBCTATQUB DIEM NOVISSIMUM.

AVB VIATOR. VaLB VIATOR.

JOANNBS BbRTBLS MORTEM HABBNS PRiE

[ocuus ,

ViVENS POSUIT ANNO 1606.

Après sa mort les religieux ajoutèrent la date de son décès :

Obiit 19 JuNii 1607.

Sur ce piédestal se trouvait placée la statue de Bertels, grandeur naturelle, taillée en pierre, les mains jointes et sculptée, dit-on, en vrai portrait.

Le piédestal du monument avec son inscription se trouve encore à sa place pri-

mitive; mais la statue en a été enlevée pour être posée sur le pont de la Sûre à Echternach : M. Dondelinger devenu propriétaire de l'abbaye, cédant à la prière des bateliers, la fit mettre en cet endroit pour remplacer trois images de saints qui s'y trouvaient anciennement et que les Français avaient jetées à la rivière.

Outre les Dialogues sur la Règle de St.- Bénoit et le Catalogue des abbés de Munster, dont nous avons parlé plus haut, on a de l'abbé Bertels : 5^. Catalogus et séries Abbatum Epternacensium, rédigé vers Vannée 1595 et imprimé à Cologne. — 4"". Deorum Sacrificiorumque gentilium, cum ad vitandos ethnicae superstitionis ritus et ceremonias ; tum ad sacros profanosque scriptores probe intelligendos delucida etsuccincta descripUo. Cologne, 1606, in *• : Cet ouvrage^ quoique superficiel en apparence, peut être lu avec quelque fruit, surtout pour ses applications au culte de nos aborigènes. — S^^ enfin , Histoia Luxemburgensis, seu Commentarius quo ducum luxemburgen9ium ortus, progressus, ac res gestœ continuata série ab ipso primario initiatore , usque ad prsesentem illustriss.

Archiducem Albertum accurate discribuntur. Simul et totius Provinciœ Luxemburgensis Ducatus, Marchionatus, Baronatus, cœteraque Dominia succincte perstringuntur. Cologne, 1605, in 4®; et Amsterdam, apud Guiljelmum Blaeu, 1635, in 32. Cette dernière édition, publiée sous le titre de :

Respublica Lutzelburgensis , est incomplète. Ce livre, pour avoir été tourné en ridicule par Bertholet (v. son article) qui ne le comprenait sans dotUe pas, et trop peu estimé par Vévique de Hontheim , est le fruit de longues et de laborieuses recherches dont la profondeur commence seulement de nos jours à être appréciée à sa valeur. Bertels a, en outre, le mérite d'avoir été le premier qui ait entrepris d^ écrire et de publier VHistoire du Pays de Luxembourg. Si donc on fait abstraction de quelques taches de crédulité, inévitables dans le siècle où Vaur teur a vécu, on sera forcé d'admettre, après de mûres réflexions , que cette œuvre est a

moins aussi estimable que la confuse et indigeste compilation du Jésuite qui la critique tant. Nous ajouterons cependant que le style de Bertels est en général trèsdur ; ce qui joint aux innombrables fautes typographiques de Fédition de Cologne^ en rend la lecture absolument fatigante.

MM. Brimmeyr et Michel en ont publié une nouvelle édition-luxe, revue et corrigée, en un vol. in 8^; Luxembourg, Bûck^ 1856.

BisniJ, lai-néoie, dans ton Hiitoria Lnxembur* gevMB , ëdit de CologDC, iStf ; 144, sq. ; 178; 184 , sq.— D. Calset, Bibliothèque Lorraine, et Catal. des •ntenrt Lorrains —IVulh. a Wiltisim , Diiquis. ant Hbt. Lnxeoib. 1. IL , c. TI , § 3.— Paqurt, 6S.-BKa. THOUR, I, antè textum, XXXV.; II, P. J. XI; VIII, W-Mamem Epitome Hittor. Trevir. , 69IS.— lloam, II, SfiO.— Ret nuniterieniet , micr.— Hittoire de l'Abbaye de N.-D de Mnniter; mter. BU»1. de Lnxbg.— Aa HoNTBsin, Hiit. Trevir. diplom., II, 53Siet m, i0t7.-Uetta Treriromm, UI, »8.— Baovaa, Antiq. et Annal. Tre^ir., II, 4S8.— Da FKLua, Dictionnaire historique, litt. B.;et anpplément à cet ouTra|re, édit 1819,1, l88.-DéUcet des Pays-Bas, III, 801.--HcLLn, Geschichte der 8. IVUlibrordVAbtcy , 86.— ▼. STaAnaaao, Metropolis Eccles. TreTcricse, 1, 558 ; et 355, sq.— Blases , Eiflia illnstraU, III. II. ii., 890, sqq. — CovaTM, Encyclopédie moderne , III , 308.— Clasbh , Gâtai, de la BibL de Lnzembonrg , 474. — BiograpUe universelle, IV, 547.— NsuHAan, Les auteurs luxembourgeois; dans: Programme de l'Athénée, 1856, SO. — SwnaTios, Athens Belgicc, 596.

BERTHOLET, Jean, né à Yieil-Salm, le 30 décembre if688, étudia les humanités et la philosophie au collège des Jésuites à Luxembourg ; et, décidé à entrer dans leur Ordre il se rendit à Tournay en 1708 pour y faire son no?iciat. Il ne reçut la prêtrise qu'à Tâge de trente-cinq ans et se lia alors à la société de Jésus par la profession solennelle des quatre vœux.

Cette cérémonie se fit à Armentières en

Uélocution facile de Jeaii Bertholet le fit désigner pour la prédication. Pendant quinze ans il remplit avec zèle, dans la plupart des villes de la Belgique les pénibles fonctions de missionnaire, qui ruinèrent sa santé et Fobligèrent à mener désormais une vie sédentaire. Une telle vie se conciliait d'ailleurs parfaitement avec soa penchant pour Tétude des faits historiques,

comme il le dit lui-même dans la préface d'un de ses ouvrages dont nous aurons occasion de nous occuper.

Il paraît par les actes que nous avons sous les yeux que Bertholet a résidé pendant nombre d'années au collège de Luxembourg ; que de là il s'est rendu à Namur, pour enfin aller s'enfermer définitivement dans la maison des Jésuites de Liège oii il est mort le 25 février 1765, à l'âge de près de soixante-sept ans.

Si Bertholet a eu des talents comme prédicateur, on peut dire sans hésiter que comme auteur, surtout comme historien, il est resté bien audessous du degré de critique nécessaire pour juger les faits et les présenter sous leur véritable point de vue.

L'ordre dans les idées, la logique dans le classement de ses matériaux semblent lui avoir complètement fait défaut. Dominé le plus souvent par une idée fixe il n'est pas de torture d'esprit qu'il ne se soit donnée pour plier à sa pensée les événements qu'il retraçait. Si nous portons sur ce personnage un jugement dicté par la justice la pkis sévère comme la plus impartiale, c^est bien parceque lui-même il nous a donné l'exemple de Tacerbe dans les appréciations presque toujours outrées qu'il s'est permises sur le compte des auteurs qu^il consultait, souvent sans les comprendre suffi»

samment, lorsque ces auteurs ne professaient pas la tournure qu'il voulait donner aux faits qu'il avait à rapporter.

Le P. Bertholet a beaucoup écrit ; mais nous ne connaissons d'imprimé que trois ouvrages dont voici les titres : i^. Histoire ecclésiastique et civile du Duché de Luxembourg et Comté de Chiny; 8 forts volumes in 4^; Luxembourg, André Chevalier, 1741 — 43 : Cette ceuvre prolixe et dénuée é^ ordre, pour la rédaction et la publication de laquelle les Etats du Pays avaient fait des sacrifices tris -considérables en argent et communiqué de nombreux documents hors dts archives publiques, et qui n'y sontjor mais rentrés, n*a ni plan ni unité et est tellement entremêlée de faits étrangers au pays, y. intercallés inutilement, qu'en maint en-

iO

droit le lecteur est fondé à se demander s'il lit bien un livre sur l'Histoire particulière du Luxembourg? Du reste ^ pour le dire d'un trait : l'Histoire de Bertholet n'est réellement qu'une copie du mantêscrit intitulé: ESSAY DE L'HiSTOIRB DE LUXEMBOURG y

en cinq volumes in folio, attribué au noiaire Pierret ai^uel les Etats l'avaient acheté pour six cents florins et qu'ils avaient communiqi^ à notre auteur pour le consulter : mime style, mimes mots, mimes tours de phrase, le mime manuscrit en un mot ; mais ce manuscrit jeté pile-mile, décousu feuillet par feuillet et recopié au hazard, avec addition d'innombrables digressions tant sur l'histoire générale qw sur des objets entièrement étrangers. Tout le texte de Pierret s'y trouve, moins plusieurs titres très-importants que Bertholet n'a pas appréciés ou qui ne se pliaient pas à sa manière de voir; mais hors l'ordre parfait que l'atUeur de ce mantiscrit avait mis dans son ouvrage. Nous aurons Voccasion de revenir sur ce manuscrit qui est très-précieux à nos yeux (y. Tari. Pierret). D'un autre côté, par suite de différentes circonstauces peut-être indépendantes de la Yoionté de Bertholet,'cet auteur s'est trouvé cooune balotté entre des difficultés et des proeès-d'argent à Toccasion de la publication de sa soi-disante Histoire de Luxemboui^. Tantôt c'étaient les Etats qui lui demandaient le remboursement de leurs ayances montant à audelà de cinq mille florins; tantôt c'étaient les imprimeurs ou les relieurs qui saisissaient ses liyres et ses documents, qui ces derniers cependant ne lui appartenaient pas, et les yendaient publiquement à l'encan; k tel point qu'il faut vraiment admirer sa perséyérance, en ce que dans des circonstances si fâcheuses il soit parvenu en fin de compte à mener à terme un travail d'aussi longue baleine et si coûteux autant qu'il était parsemé d'obstacles aussi nombreux qu'humiliants.

Dans son Histoire de Luxembourg cet historien critiquait avec plus ou moins de fondement, ce que nous ne discuterons pa$

ici, une soi-disante tradition que les PP.

Capucins d'Arlon avaient eu soin de ré* pandre et qui consistait à faire admettre que le lieu occupé par leur monastère aurait porté dans les temps reculés un temple consacré à la lune ; et qu'une pierre antique trouvée dans les environs et qu'ils avaient exposée devant l'image de la Sainte- Vierge aurait été l'autel consacré à l'idole payenne , pour symboliser la victoire du culte chrétien sur l'idolâtrie. Les PP. Capucins craignant vraisemblablement de voir diminuer le nombre des fidèles qui venaient journellement invoquer la Ste.-Vierge dans leur église et y déposer leurs offrandes , du moment où par leur silence ils seraient censés avoir passé condamnation sur la critique de Bertholet, se mirent à rédiger et à répandre à profusion une brochure d'invectives contre cet auteur. Leur opuscule, in 18, de 54 pages est devenu rare de nos jours, a pour titre : Laacienne tradition d^Arlon, injtutement attaquée par le R. P.

Bertholet, Jésuite; mais justement défendue par la Ville et Magistrat ffArlon; Luxembourg; héritiers de J.-B. Ferry,

Le P. Bertholet se crut en devoir de répondre aux accusations des Arlonais par une lettre imprimée même format, de 30 pages et datée de Liège, le 5 février 1745.

Cette lettre il l'adressait à un capucin du monastère d'Ârlon, nommé P. Bonaventure (v. l'art. Mirchout, Henri-Remy), natif de Luxembourg, qu'il supposait peut-être à bon droit être l'auteur du libelle lancé contre lui.

Sa lettre fut suivie la même année , de la part des Arlonais, d'un nouveau libelle intitulé : Remarques de la part de la ville d'Arlon sur la lettre etc.; 61 pages; et peu de temps après , d'une : Suite des remarques elc ; 48 pages.

Dans ce procès dont les sarcasmes plutôt que les bonnes raisons ont fait tous les frais de part et d'autre , le pauvre Père Bertholet qui en était la cause innocente , semble n'avoir péché que pour avoir d'abord donné pour sienne la dissertation

d'Alexandre de Wiltheim (v. son art.) sur le même objet, sans avoir eu les connaissances de son devancier pour réfuter conyenablement le sentiment contraire qui lui était opposé.

En 1746 y alors qu'il était déjà retiré à Liège ) le même auteur publia une:

Histoire de finslilution de la Pite^Dieu, avec la vie des bienheureuses Julienne et Evi*j in 4®. Son eonfrère, le Jésuite de Feller pense que dans ce livre il y aurait à désirer plus de critique: C'est encore le reproche que nous avons donné à son histoire de Luxembourg.

Bertholet s'occupa en outre à plusieurs autres ouvrages qui sont restés manuscrits, parceque , dit-on , les réviseurs les ont rejettes. Ce sont entr'autres: 4^. Abrégé de l'histoire de Luxembourg ; volume in folio, de 636 pages, possédé p^rH. Lavalleye. — S^. Histoire de l'Eglise et de la principauté de Liège; in folio, 1749; à la Bibliothèque de l'Université de Liège.

— <r. Vie des Saints et des Saintes des Pays-Bas; 2 vol. in folio, dont le sort nous est resté inconnu. — Et peut-être encore d'autres compositions.

Mabcbllin LaGabbb, IfoUce 8ar les Luiemboor* geoi8 célèbres, 33 k 3IS.— As Hostikim , Historia TretireniU diploaatiea» III « 1017.- BcmnoLBr, Hittoire de Laxenb^org» 1, Préface.— D. Galhct, Biblioth« lorraine f et Catalogue des auteura lorraini. — Db Fauta, Dîctiona. hiator.; litt. B.— Da Aaimaasac, éilitioo de: Hiitoire des diicf 4e Bourgogne, pardeBarante, 1836; IX, 861, note.— L'ancienne tradition d'Arlon , etc.— Jakimms , Histoire des Pays- Bas depuis les temps anciens jusqn*à la création du Royaume des Pays-Bas en 181 S ; I. Introduction,XIII. — WfiaTi-PAQutT, Escb sur l'Alsette et sections qui ea dépendent; 1848, 5, note 8.— ArchiTcs du Oou- Tcruement du Grand-Ducbé de Luxembourg. — Pa- Quar, 80.— Hommes illustres des Pays-Bas; I, 41.— Conana, Encyclopédie moderne, III, 308.— Glasbji, Catalogne de la Biblioth de Lnxbg., S56, 474.— Biographie uniTcrselle, IV, 386 — NacnAaa, Les auteurs luxembourgeois; dans: Programme de TAthéttéc, 1886,43,sq.

BETTINGEN, Wolfram de, naquit k Bettingen-sur-la-Prum , devint en 1077 le yingt-unième abbé de Prum et mourut en 1103 après vingt-six ans de préiature.

Les Chroniques de son abbaye le dé-

signent comme un homme prudent qui défendit avec énergie et force les droits de son monastère. Il sut obtenir pour ce dernier la protection de Teropereur Henri IV contre les entreprises des avoués.

BAascn,Eiflia illustrata; I, i, SU, sq.— Khauft, Defensio Abbatic pmmiensis.— BaaTnoLST.

BIDÂRT, Marie 'Anne de^ originaire d*une famille équestre très-distinguée du pays de Liège, avait été mariée à François de Thomassin , chevalier , seigneur d'Ansembourg, Dieulewart, Septfontaines et Kahler, mort le 15 septembre 1684. En 1688 elle fit pour le Mont-Marie, près d'Ansembourg , la fondation de bénéfice qui a motivé son inscription dans cet ou* vrage. Voici à quelle occasion:

Depuis un certain nombre d'années il y avait un grand concours de fidèles sur une colline placée à Test du vieux château d'Ansembourg , oii Ton venait honorer j principalement aux fêtes de Notre* Dame , une petite madone qui suivant la tradition populaire avait été découverte entre les branches d'un chêne séculaire :

On Tinvoquait sous le titre de refuge des pécheurs.

La dame de Bidart , touchée de cette dévotion, avait fait bâtir en cet endroit vers 1678 une chapelle superbe qui fut d'abord consacrée le 12 septembre 1779 par Févéque suffragant de Trêves. Elle la fit aggrandir en 1687 et elle fut consacrée de nouveau le 4 mai 1690, par Henri d'Anéthan, évéque de Hiéropolis. — En 1771 cette chapelle fut de nouveau aggrandie et ornée de son portail actuel ainsique de ses deux clochers latéraux par Joseph- Lambert de Marchant, comte d'Ansembourg (v. son article). Audessus du portail il fit placer ses armes avec celles de la comtesse son épouse et il décora l'intérieur d'un orgue qui fut plus tard vendu et transporté dans l'église paroissiale de Neuerbourg.

Non contente de cette première oeuvre^ la fondatrice expédia , manu propriâ , sous la date du 27 octobre 1688 , une constitu-

Uon en règle pour on bénéfice de chape* lain qui serait attaché à la dite chapelle poor la desservir et qui serait en même temps chargé de donner l'instruction primaire à un certain nombre d'enGants de la seigneurie.

Afin de présenter une idée exacte de cette institution nous allons extraire du titre même les passages qui énumèrent les charges et les émoluments attachés au bénéfice.

Elle ordonne à son héritier qui possédera le château d'Ansembourg y ainsi qu'à tous ses successeurs d'entretenir la chapelle en bon état de consenration y de réparation et d'ameublement. Pour le cas où les seigneurs d'Ansembourg seraient réduits à l'indigence au point de ne pouvoir suffire à cet entretien elle affecte à cet objet le tiers des reyenus du moulin d'Ausembourg a^ec les rentes en dépendantes.

Elle y constitue ensuite un chapelainprêtre, à sa nomination et à sa réYocation, de même qu'à celles de ses successeurs.

Ce chapelain sera chargé 1* d'y célébrer le seryice divin et d'administrer aux fidèles ; les sacrements de pénitence et d'Eucharistie ; 2"" d'y dire toutes les semaines la messe , le dimanche pour tous les fidèles; le lundi pour les trépassés et nommément pour le mari de la fondatrice , ses père et mère^ sa famille et finalement pour tous ceux qui pour leur soulagement n'ont aucun suffrage ni intercesseur en ce monde ; le vendredi en l'honneur de la passion et enfin le samedi en celui de la Sainte Vierge.

3^ Le samedi , le dimanche et les fêtes pendant toute Tannée , à cinq heures du soir^ le chapelain est tenu d'y chanter le salve regina.

4« Le chapelain instruira gratuitement douze enfants dans la foi catholique , la pratique des vertus et les lettres: Ces élèves sont au choix du seigneur et seront pris de préférence parmi les pauvres de la terre d'Ansembourg.

A défaut de sujets dans celle-ci ils le seront parmi les enfants des villages voisins : Chacun d'eux pourra suivre l'école pendant quatre ans.

Pour ses émoluments le chapelain recevra: 1® pour ses messes hebdomadaires, cinquante écus blancs par an; 2^ pour Tinstruction des douze enfants pauvres, neuf écus; et 3^ pour le salve regina six écus; en tout, monnaie moderne, trois cent soixante dix-sept francs. Pour sa résidence le seigneur lui fournira une maison convenablement distribuée et entretenue, et pour son chauffage quinze cordes d'Espagne de bois à couper dans le bois vis-à-vis du château.

La fondatrice ordonne en outre qu^aux sept fêtes de la Sainte Vierge il soit célébré dans la chapelle du Mont-Marie une messe haute à trois prêtres ; qu'à ces jours aussi il y aît prêche et deux confesseurs pour entendre les fidèles qui voudront faire leurs dévotions ; pour le jour de la nativité elle commande quatre confesseurs. Ces prêtres doivent recevoir du seigneur : Tofficiant cinq escalins ou deux francs quatreving-dix centimes; chacun des deux lévites, y compris leur messe basse, trois escalins ; le chantre deux escalins; le prédicateur trente-cinq sols. En cas que l'officiant de la messe hante ferait en même temps le sermon il recevra un écu en tout. Chacun des confesseurs enfin obtiendra vingt sols, plus dix sols pour sa messe. Ces prêtres auront en outre droit à une réfection honnête avec une pinte de vin , à leur offrir par le chapelain qui recevra de oe chef, pour chacun d'eux , un quart d'écu à lui payer par le seigneur.

Afin que le concours qui a lien au Mont- Marie n'entraîne à aucun excès, le seigneur d'Ansembourg aura à veiller scrupuleusement à ce qu'il ne s'y débite pas de boissons et à ce qu'aucun marchand- mercier n'y étale ses marchandises pendant les dites fêtes.

Le lendemain de chacune de ces sept fêtes il sera célébré dans la chapelle une messe haute à trois prêtres, et deux messes basses, toutes de requiem pour le repos de l'âme de la fondatrice, de celle de son époux et de celles de sa parenté. La même rémunération que dessus sera payée aux prêtres et au chantre; mais sans repas.

Somme toate, les rétribations ici fixées montent en total, pour les sept fêtes, à trente-huit écus et dix sols y monnaie forte ou ancienne; pour les anniversaires à onze écus et dix-huit sols , même monnaie ; pour les honoraires du chapelain a soixantecinq écus; total cent quatorze écus et trentecinq sols y argent du pays , Técu compté à soixante sols de huit centimes.

Le seigneur d'Ansembourg est tenu d'acquitter cette somme sans déduction aucune, sous rhypothèque spéciale du château , des forges, fourneau et dépendances ainsique du tiers de toute la seigneurie d'Ansembourg^ de même que de tous les biens meubles et immeubles, droits, raisons et actions de la fondatrice, dame dudit Ansembourg, là oii ils pourront être situés et de quelle nature ils soient, sans que la spécialité déroge à la pluralité , ni la généralité à la spécialité , avec défenses et interdiction de les pouvoir alliéner , engager on autrement en disposer qu'avec les charges et obligations ci-dessus énoncées.

La fondatrice ajoute: (cJe déclare qu'en « cas que ledit chapelain serait négligent à inn struire la jeunesse ou qu'il n'eût le nombre « de douze enfants réglé ci-dessus, que pour « chaque an on lui défalquera trois quarts « d'écu par enfant ou bien trois sols par mois (c et par enfant manquant. De même pour (c chaque fois qu'il omettra de chanter le sal- « ve regina il subira une réduction de deux «sols ; le tout hors le cas d'une maladie qui « ne serait pas absolument trop longue. »

Tous les bénéfices opérés par ces réductions seront distribués aux pauvres d' Ansembourg et de la paroisse de Tuntingen.

Finalement, la fondatrice prie le Procureur-général de Luxembourg de veiller à la conservation de sa fondation; et elle l'engage à cet effet à se transporter deux fois par an aux fêtes de Notre-Dame au Mont-Marie pourvoir si ses intentions s'exécutent ponctuellement. Les honoraires du magistrat sont fixés pour chaque yisite qu'il fera , à trois écus qui sont à payer par le seigneur ; le tout ajouté à l'hypothèque ci-haut consentie.

La dame de Thomassin, née Marie- Anne de Bidard est décédée sans enfants , le 10 mars 1711 . Elle a été inhumée dans sa chapelle au Mont-Marie, du côté de l'évangile du maître-autel , sous une tombe en marbre , artistement travaillée. Ce monument porte l'inscriptiott suivante^ en lettres d'or:

Ptœ memoriœ Prœnohilis Daminœ D. Mariœ Annœ Bidarty hujas sacelli mariant fundatricis, Toparchœ in Ansembourg et Kahler, et ferrifundinarum dominée , prœnobtlis ae generosi Domini D. Franciscide Thomassin , ordinis equestris y eonjugis

QuŒ obiit 10*"* Martii anno 1711.

Hoc monumentum posuit gratus nepos ae hœres , Prœnobilis Dominus D. Thomas Marchant , toparcha in Septemfontibus et Ansembourg.

Lector piis manibus apprecare.

Requiescat in pace.

Nous ajouterons subsidiairement que depuis la promulgation de la loi sur l'instruction primaire , en date du 26 juillet 1843, le chapelain-bénéficier de Mont- Marie k Ansembourg ne fait plus l'école aux douze enfants pauvres fixés dans l'acte de fondation : le seigneur est dès lors tenu de verser la somme fixée à cette fin dans la caisse communale pour être employée à l'usage désigné.

Aete de fondation dn bénéfice de Mont-Marie; ans archiTet du Si^e det nobles; toI. 136, p. iS5, IV® 1104.— Itenfei|piemeutarecueillis.~Notes d'étude. — D' N" NiLLBt, Maria, die maechtige Patronin «ur Eiche» auf dem fiL Berge Maria'i bey Antembnrg ; paitim.

BINGEN, Antoine, né à Useldange, le 23 prairial an XI (12 juin 1803) , était fils de Sébastien Bingen, riche cultivateur et de Anne- Catherine Clomes, sœur du professeur Pierre Clomes (v. son art.).

Après avoir achevé avec distinction ses études gymnasiales à l'Athénée de Luxembourg, il alla faire sa philosophie au collège philosophique de Louvain, cette con-

ception de Gnillaume 1*' , roi des Pays- Bas j si belle en théorie mais qui fat absolument viciée dans son mode de mise en pratique.

En se rendant à cet établissement Bingen n^a fait qu'obéir anx lois de son pays ; et cependant lorsqu'il se présenta ensuite pour être admis au séminaire clérical de Namur les portes lui en furent impitoyablement fermées comme à tant d'autres jeunes gens de la même époque qui comme lui se sentaient une yéritable Tocation pour le sacerdoce et qui désertèrent ensuite Técole pour retourner à moitié instruits dans leur famille et embrasser une autre carrière. Mais Bingen eut plus de constance et plus de fermeté dans sa résolution : il alla solliciter et obtint son admission au séminaire de Trêves oii il fit ses cours de Théologie et fut ordonné prêtre en 1827.

On était alors si prévenu en Belgique contre les anciens élèves de Louvain qu'on ne voulut les admettre à aucune place de curé, pas même de vicaire. Et cependant Bingen était ordiné ; il ne pouvait bonnement pas se condamner h passer sa vie dans l'inaction : ses connaissances demandaient à être mises à profit à la prédication de la loi de l'Evangile ; son caractère l'appelait à devenir le dispensateur des sacrements de l'Eglise et le pasteur d'une communauté catholique. Répudié par l'autorité ecclésiastique de sa patrie envers laquelle cependant il n'avait pu pêcher pour avoir obéi à la loi civile, il fut forcé de rester dans le diocèse de Trêves où il obtint bientôt la cure de Schœnberg , village qui autrefois avait aussi été luxembourgeois. C'est là qu'il passa ses jours et qu'il mourut le 14 décembre 1854, à l'âge de cinquanteun ans.

Sans nous étendre sur ses actes comme curé, puisqu'ils ont été accomplis en Pays étranger, l'abbé Bingen mérite par deux circonstances importantes de figurer parmi les luxembourgeois distingués : Son oncle le Professeur Clomes (v. son art.) l'avait nommé son exécuteur testamentaire, le

chargeant de fonder une bourse d'études en faveur de sa famille et de vendre au Pays sa bibliothèque. pour, le prix à euprovenir, servir à augmenter le revenu de cette bourse. Il lui avait cependant permis de retirer de cette bibliothèque les ouvrages de Théologie. Bingen, plus ami de son pays natal refusa cet avantage qui était considérable et voulut que la collection entière restât k la patrie luxembourgeoise.

La fondation fut faite et il se trouva que par un effet de son abnégation personnelle elle put être portée à un revenu annuel de cinq cents francs.

De plus, son oncle avait ordonné en termes généraux que cette bourse fût attachée à sa famille. Bingen refléchissant sur la possibilité ou la famille pourrait venir k s'expatrier ou à s'éteindre, ajouta dans son testament et pour ce cas, la stipulation de l'aliénation à perpétuité do capital au profit des élèves de l'athénée.

Le second acte de civisme du curé Bingen est plus personnel, plus direct : il fonda aussi une bourse d'études dont le chiffre ne nous est pas connu, mais qui à ce qu'il est à présumer, s'élèvera à la même somme de dix mille francs de capital et qui est accessible à tous les luxembourgeois sans préférence de famille. Quant à son patrimoine qui était considérable, s'élévant à près de vingt-mille francs, il l'a légué à ses parents ; et finalement, ce que sa cure lui avait laissé d'épargnes il a statué que cela serait consacré à fonder de bonnes écoles dans sa paroisse. Ainsi, ce dont la générosité de son oncle l'avait gratifié il le légua à son pays natal ; il a laissé aux siens ce qu'il avait reçu de ses auteurs et il a donné à ses paroissiens, qu'il aimait comme un père, les moyens de continuer à toujours l'instruction qu'il n'avait cessé de leur enseigner par lui-même pendant un quart de siècle qu'il a dirigé leur conscience.

Nahui, Cataloipie de U Biblloth. de LniBi^., 70, tq. -* MuLLSE, Notiee iiécrolo|^iquc, dans le Journal t Lniemburger Wort fur Wahrheit and Recht, iS^tf, N^ 18 — RenieignemenU fournis par M. le Bonrçmestre d*Useldange,

BINSFELD, famille recommaDdable de Luxembourg, qui a produit vers la fin du seizième et la première moitié du dix-septième siècles plusieurs personnages trèsdistingués et dignes de figurer au nombre de nos illustrations. Cependant, à défaut de données généalogiques plus positives il nous est impossible de marquer. d*une manière absolue leur degré de parenté à moins de les reconnaître pour frères, à Texception toutefois de Pierre Binsfeld qui doit dans ce cas avoir été Tonde des deux Jean, de Christophe et de Bernard dont nous aurons à parler successivement. Le nom de Binsfeld subsiste encore à Luxembourg et dans le Pays; mais nous nous croyons autorisé à douter si les familles qui le portent aujourd'hui descendent des Binsfeld dont il s*agit ici.

BINSFELD Bernard, vivait en 1645.

L'auteur du manuscrit des Viri illustres nous fournit les seuls renseignements que nous ayons pu recueillir sur ce personnage :

«1645. Bernardus Binsfeldius, Luxemccburgensis, S. Theologiae Licentiatus, ca- « nonicus ad sanctum Cunibertum Colonise c( et Pater spiritualis ibidem in Magno Nacrzareth mortuus in eodem cum opinione tt sanctitatis. »

Viri illoitra, I, N« 79.— Ninv, Notice hif torique •or U famiUe de WilCkeim, 14.

BINSFELD Christophe, était vraisemblablement frère du précédent, puisqu'il a vécu à la même époque que lui et que comme lui il était originaire de la ville de Luxembourg. Christophe Binsfeld se voua à Tétude du droit: <( Christophorus Bins- <f feld, dit le manuscrit des Viri illiLStres, mj. U. Doctor Consiliarius Régis in hoc «ducatu; hic Luxembnrgensi seminario «cessit quartam partem Decimse in Sas- « senbeim filiumque unigenitum Joannem « Wilhelmum dedicavit Societati Jesu. »

Nous ajouterons encore que ce personnage s^est rendu recommandable par ses vastes connaissances dans les antiquités du Pays, à tel point qu'Alexandre de Wiltheim (v. son art.) le cite très-souvent avec éloge et comme autorité, à Tégal de Cbif-

flet, dans son Loxemburgum romannm ; et si comme il semble il n'a rien écrit luimême sur cette branche des connaissances humaines on ne peut cependant pas lui 6ter le mérite d'avoir aidé de ses avis, de ses recherches et de ses collections à mener à sa perfection un des plus profonds ouvrages qui ait été écrit sur la matière.

Christophe Binsfeld qui avait commencé sa carrière publique en se faisant admettre avocat-postulant au Conseil provincial de sa ville natale, fut nommé substitut du Procureur-Général près le même Conseil par Lettres-Patentes du 23 juin 1634; ensuite Procureur-Général le 29 avril 1636 ; enfin Conseiller-lettré le 28 avril l638.

Nous n'avons pas découvert la date de son décès.

Il avait épousé Marie de Witheim, fille de Jean, GrelBer au Conseil provincial et de Marguerite Brenner de Nalbach, et sœur des savants frères de Wiltheim (v. leurs articles): sa science profonde avait sans doute puissamment contribué à la conclusion de cette union d'où naquirent deux enfants, une fille, Gertrude, qui fut à son tour mariée à Jean Georges de Balonfeaux (v. son art.). Conseiller à Luxembourg et qui vivait encore en 1723 ; et JeanrGuih laume qui entra dans l'Ordre des Jésuites comme nous l'avons vu plus haut.

Tiri Ulostres, HI, N« 9i8.^D. Gaust, BibUotk lorr.; et Catol. dei aoteiirt lorr. — Nsnii, Notiee hlft 8iir la famiUe de WilCbdiB, 14. — NnaaRii, Les aiiteiin LiizeadMiv|feaia ; daMt Pregnia»e de

rAtkéiiée, iwe, 19.

BINSFELD, Jean. Ici nous devons hésiter sur la question de savoir si nous admettrons deux personnages de ce nom qui auraient simultanément existé; ou bieu si les actes que nous connaissons pour avoir été accomplis par Jean Binsfeld doivent être tous attribués à une seule et même individualité. Ce doute fondé ne provient que du laconisme désespérant des sources où il nous a été donné de puiser et qui sont cependant les seules , que nous sachions qui existent. En définitive cependant nous croyons pouvoir nous résoudre à recon-

nattre qu'il y a eu réellement deux Jean Binsfeld qui ont Tëcu la même époque et qui sont morts tons les deux vers le même temps. Voici nos motifs: Les deux Jean Binsfeld ont existé à ou vers le temps où le manuscrit des Viri illustres a été rédigé; l'un des deux était prêtre , cela est hors de doute , et l'autre a été classé parmi les laïcs 9 les claripace, mis en opposition avec les clari ecclesiastict ^ par l'auteur du manuscrit invoqué. Mais ces deux personnages étaient-ils frères ? Etaient-ils cousins ou seulement parents lointains? Ou bien ne l'étaient-ils pas? C'est ce que nous n'entreprendrons pas de fixer.

Nous dirons donc que Jean Binsfeld , que nous désignerons par Jean I , est mentionné comme suit dans le manuscrit des Viri illustres : ((1656. Joannes Binsfeld, (c Luxemburgensis , Consiliarius intimus i( ducis neoburgensis Juliœ Cliviae. » Il nous est impossible de fournir aucune donnée ultérieure sur cet homme distingué; nous disons distingué , car sans cela Fauteur de notre manuscrit, qui était un excellent critique , ne lui aurait pas donné place dans son œuvre.

Jean II Binsfeld, de spn côté, n'est pas cité parmi les Viri illustres. Ce dernier était frère de Pierre Binsfeld , dont l'article suivra. Il entra dans les Ordres sacrés et devint Chanoine-Doyen de la collégiale de St. Siméon , à Trêves. Tous les docunients que nous avons consultés pour la rédaction de cette notice s'accordent à dire que Jean II Binsfeld a été un écrivain célèbre; mais aucun ne nous donne le titre de ses ouvrages; et même la Bibliothèque de Luxembourg n'en possède point. Ce personnage mourut vers l'année 1655 ou 56, non en 1636 comme quelques auteurs nous l'avaient fait i^ccroire lorsque nons avons rédigé notre Notice historique sur la famille de Wiltheim; ni en 1615, suivant d'autres, puisque plus de vingt ans après cette date il a encore, concouru à des actes concernant ses fonctions de Doyen du chapitre de St. Siméon.

Viri mottret» m, Ifo a«.- D. Calut, BibUoth.

lorr.; et Gâtai, deu aoteim lomiiiif;'NeYSii, Notice kittor. 8Br U faMÎUe de IViltheim, 14. — GetU Tre- ▼Iroram, III. 58, note q^. — PiBaasr, I, fol. LIX.— BeaTBOLBT, VIII, 188»— Ulvuirg, 37.— AbUohv- ■BiH, Hiator» TreTÛr. diplom., m, 444. — Clohii, Hanofcrits. — ▼• STAAMBsao, MetropoL Ecclei. TreTcr. I, S 10 et 818. — Nbubahr, Les auteun luiembomrgeois; dans: Pro|p«mine del'Atliëaée» 1886» 19.

BINSFELD, Pierre, qui n'est pas mentionné dans le manuscrit des Viri illustres, était frère de Jean II Binsfeld, doyen de St. Siméon. Comme ce dernier , il était né à Luxembourg , de parents peu moyennes à ce qu'on rapporte. Sur la puissante recommandation de Jean de Bridel, abbé de Himmerode , il fut admis à faire ses études au collège germanique de Rome oit il reçut le bonnet de Docteur en Théologie et en Droits. Il était encore dans cette ville lorsque Jean de Schonenbourg, archevêque de Trêves, demanda au Pape quelques jeunes prêtres à mœurs régulières, éloquents et profondément instruits, pour s'opposer au schisme qu'un hérésie arque nommé Gaspard Olévianus avait essayé d'introduire dans le diocèse. Pierre Binsfeld fut un des trois orateurs qui furent députés à cet effet ; et il n'était pas le moins instruit d'entre eux. Aussi les annales de Trêves font-elles l'éloge le plus brillant de sa science et de la force de son entraînante éloquence. Quelque temps après l'archevêque le désigna pour se rendre à l'abbaye de Prum afin d'y faire revivre l'esprit de la règle religieuse et de corriger les mœurs dépravées des moines.

Dans cette mission Binsfeld eut d'abord à subir des contrariétés voire même des avanies sans nombre de la part des religieux récalcitrants habitués à mener une vie dissolue. Il ne se rebuta pas cependant. Plus la communauté se montrait revêche à ses exhortations et plus il affichait la patience la plus évangélique qu'il unissait constamment à la science la plus approfondie. Sa mission dura trois ans entiers au bout desquels, après avoir constamment prêché par son exemple autant que par ses paroles, il parvint enfin à ramener ces brebis égarées dans le bercail et à les faire rentrer

8008 la loi dont dans leurs vœox religieux ils ayaient juré de ne jamais s^écarter* Jean de Schonenboui^ qui était vieux et infirme , apprit avec une yiVe satisfaction la réussite de ^Fobjet de ses désirs , et Toulut en récompenser dignement Binsfeld : Il le manda en conséquence à Trêves , le sacra éyèque du titre d'Azot (1589), le nomma son suffragant et ajouta à ces dignités celle de Prévôt de St, Siméon, afin y disent les annales que nous consultons , de lui donner les moyens de remplir ses fonctions nouvelles avec Téclat nécessaire. Binsfeld avait i^M^pté toutes ces dignités avec reconnaissance , pensant apparemment que le caractère nouveau d'évéque allait lui fournir Toccasion de prêcher ITvangile avec plus d'autorité.

Mais pour les biens terrestres très-considérables qui y étaient attachés, leur acquisition ne lui fit pas abandonner la vie austërement régulière qu^il avait menée jusqu'alors : Ce qu'il épargnait sur les revenus de ses prébendes il le distribuait aux nécessiteux. Son humilité qui avait été admirée par tous jusqu'alors , resta la même si elle n'augmenta pas. En un mot Pierre Binsfeld peut au rapport de tous les historiens , être cité comme un vrai modèle de science et de vie chrétienne.

Ce grand homme fut une victime de la peste qui sévissait en 1598 dans le diocèse de Trêves et qui l'enleva le 24 novembre.

Suivant ses désirs exprimés à son lit de mort, il fut inhumé en avant du vestibule de t'i^lise inférieure de St. Siméon, à côté de trois enfants jumeaux qui venaient de mourir immédiatement après avoir reçu le baptême; afin, ajouta-tril, qu'à la résurrection générale il soit compris au nombre de ces enfants pour paraître devant le juge-suprême.

L'évêque Pierre- Binsfeld dont nous avons admiré la science , a publié plusieurs ouvrages dont quelques-uns ont été souvent réimprimés et qui sont encore aujourd'hui fort estimés. Nous allons en donner les titres en ajoutant que presque tous se trouvent à la Bibliothèque de

Luxembourg. Ce sont: i^ Commentarius in titulum juris canonici : De Injuriis et Damno date. Treviris. 1597; in 12. — S^ Commentarius in titulum joris canonici:

De Simoniâ , per qusstiones et conclusiones. Trev. 1604; in 12.-5^ Commentarius in titulum juris canonici : De Usuris. Tjrev. 1609 ; in 12. — J"* Liber receptarum in Theologiâ sentenliarum et condusionum , * cum brevibus necessariisque fundamentis. Trev. 1595; in 12.— i!f* Tractatns de Confessionibus maleficorum et sagarum ^ an et quando fides ils habenda ait. Trev. 1591; in 8^— - tf"" Enchiridion Theologise pastoralis , pro animarum curationibus non contemnendo labore consuluit.

Trev. 1599; in8^. —7® Exactum examen ordiuandorum. Rothomagi , 1620; in 12.— 8^ Tractattts de tentationibus et earumremediis. — 9^ Commentarius ad titulum Codicis Lib. IX. deHalefieis et M athematicis. In fine adjunctasbullae et extravagantes Bom. P>ontif. adversus astrologos , etc^ — iih Endiiridlon theologiae pastoralis cum additionibus Sylvii; cum Fr. Borgiae rhetoricâ condonnandi. Antverpite, 1647; in 12.

Getta Treviroram, III, 1(8, et AnnoC. 14, tq.— Catalogua Bibliothecae Golle|ru 6oc. Jeaa Loratt., I9tf. — Ab Hoarauv, Hiit. Tre'vir. diploan. II, <S48. — Nbtsii, Notice histor. tur la famille de 'Wilthehn, 14. 'D. Galskt, Biblioth. lorr.; Catal. des outcura lorraina ; et Hitt de Lorraine, HI, 3tf sq. — - Clasbh, Gâtai. SibL Lnxbg., S8, 9184, 301. 808, 570 — Hasui, Epitome Annal. Trevir , 896. — Baowsa, Annal. Trefir., II, 481, aq. et 4S9.— Moacai, II, U88. — PuaaBT, I. fol. LX.*ULVKLiaG, 37. — Bbb- TBOLBT, VIII* 188. — ¥. Sra^naBao, Hetropol. Ecclet. Trerer. I, 79, 810, 913, et 478. — GovaviR, Encyclopédie moderne, HI, 364, sq. — NaunAiin, Les anteon lazembonrgeois; dans; Programme de rAthénée, 1886, 19.

BIRTHON^ Mathias, naquit vraisemblablement à Luxembourg. En 1598 et 1599 il était échevin de cette ville. Si nous nous laissons aller à une induction qui a pour elle quelque vraisemblance nous admettrons qu'il était fils de Hubert (Huprich) Birthon (Birtoin) qui est cité comme échevin sous Tannée 1572. Quoiqu'il en soit, c'est à ce personnage qu'est dû l'honneur d'avoir importé dans la capitale

du Pays la première imprimerie permanente. Avant lui, en 1578, Martin Marchand avait bien édité quelques ouvrages portant le nom de Luxembourg comme lieu de leur impression ; mais , ainsi que M. Wûrth-Paquet Ta fort bien démontré dans sa savante dissertation sur Tintroduction de Tart typographique en cette ville , il n'est guère à croire qu'il y eût eu alors déjà une presse permanente. Et en effet, par Lettres-Patentes du 10 avril 1598, le roi Philippe III lui octroya le permis d'imprimer. Le 5 septembre suivant Birthon prêta le serment à Toffice d'imprimeur devant le Conseil provincial et commença de suite à faire travailler | puisque nous avons un placard imprimé par lui encore la même année.

Birthon était un homme instruit puisque dans sa requête au roi il dit qu'il a achevé sa philosophie et ses cours de littérature ; et dans une lettre du 18 avril 1601 à LL. AA. , le comte de Hansfelt , Gouverneur du Pays , le déclare « bien expert en «(sciences maUiématiqueft , mesme la géoce graphie et géométrie. x> — Dans un ouvrage publié en 1603, il prend le titre d'imprimeur du Roi.

Birthon mourut en 1603 ou 1604. Sa veuve continua l'état d'imprimeur.

Wdiitb-Paqvst , bîsterUtira tvr l'introdiietiaii de l*inpriiiierie à Lazenboarnf; daati PabUeatioM de la Société arebéologiqiie de Luxembourg, f 84f , II, 4tf. — BsuTaoi.sT, IV, antè textum, XLI.

BISS£N, Marc, est encore une des illustrations nationales qui nous serait restée entièrement inconnue si le manuscrit des Viri illustres nkt nous avait conservé son souvenir dans les quelques mois que nous allons transcrire: ((1596. Harcus Bissen « natus in suburbio Pfaffenthall dicto filins « tenuissimi civis et aliquando stabularius « per militiam Hungaricam evectus in gu- « bematorem minoris Ratisbonas, /m Hoff <r dictas pro Bavariae duce. » Comme Beck et Aldringen, ce personnage est donc né dans une des basses-villes de Luxembourg, le Pfaffenthal ; comme eux il a vu le jour pendant le seizième siècle; et, extrait

comme eux de la plus basse classe de la bourgeoisie il a commencé par occuper un des emplois les plus modestes, celui de valet d'écurie à la suite de l'armée. Mais, par quelle suite d'actions d'éclat s'est-il rendu digne de devenir Gouverneur civil et mililaire du quartier de Ratisbonne dit :

la Cour, poste éminent s'il en fut, puisque cette viUe était une des grandes et des im* portantes cités de l'Empire ? c'est là une question que nous ne pouvons résoudre à cause du silence des auteurs. En effet, aucune Biographie, aucun mémoire de tous ceux que nous avons consultés n'a conservé son nom, tandisque bien des hommes beaucoup moins méritants sans doute que ne Tétait Marc Bissen ont échappé à cet oubli :

Tin Uluttret, H, N« 147.

BiTTBOURG, Maihias de; v. MATHIAS, dii de BiUbourg.

BLANCHART, Blanckart onBlanquard, nom qui désigne un blanc par opposition à un maure. Famille de nom et d'armes, originaire d'Espagne, laquelle porte : d'azur, à un marteau guerrier, maillet ou masse d'argent, obliquement placé. Heaume : un buste de chien d'azur portant au col le maillet de l'écu.

La maison Blanchart vint s'établir en France pendant le treizième siècle, ensuite en Lorraine, enfin dans le Pajrs de Trêves, celui de Cologne et celui de Juliers, ou ils sont jurés depuis plusieurs siècles dans l'ordre équestre et dans les chapitres nobles. Plusieurs de ses membres ont rempli un grand nombre de charges importantes à la Cour. Dans la suite elle s'est partagée en deux branches qui se dénommèrent , l'une d'Odenhansen , aujourd'hui d'AUtorff, l'autre d'Ars sur Moselle, ou d^Ahnùeiler.

Cette famille a produit entre autres personnages distingués les illustrations luxembourgeoises que nous allons rappeler ici successivement.

BLANCHART, Antoine de, que le manuscrit des Viri illustres n'a pas mentionné et qui eut cependant mérité cette distinc-

tion plas peut-être que les autres personnages de sa maison qui y figurent. II était fils de Claude de Blanchart, d'Ars^ seigneur de Crespy^ et de Barbe de Fla- Yigny.

Antoine de Blanchart (Antoine I dans la généalogie de sa famille) se titrait de seigneur de Crespy, Sorbe et Linden. Il naquit à MetZj le 13 mai 1535. Lorsque cette Tille et le Pays messin furent subjugués à la France en 1552, il quitta sa patrie pour rester attaché k la maison d'Autriche et vint s'établir dans le Luxembourg oii FArcbiduchesse Marguerite, gou- ▼ernante des Pays-Bas le nomma successiyement Conseiller de S. M. G., receveur des domaines à Bastogne , commissairegénéral des montres et son envoyé plénipotentiaire dans diverses ambassades importantes entre autres près des princesélecteurs pour les détourner de prêter secours aux Provinces-Unies révoltées. Dans tous ces emplois Antoine de Blanchart se rendit très-recommandable par son intégrité, son zèle et ses vastes connaissances diplomatiques.

Il épousa le 28 mai 1564 dame Jeanne Brenner de Nalbach, de Luxembourg, fille de Jean Brenner, Greffier du Conseil provincial et de Marguerite Housmann d'Ebly i d'où neuf enfants : Michel, capitaine d'une compagnie de cent hommes d'armes ; Jean, qui a son article dans cet ouvrage; Gaspard, qui aussi a son article ; Louis ; Antoine II; Marguerite; Jeanne; Anne et Françoise.

Antoine de Blanchart mourut à Luxembourg en mai 1586 , à l'ftge de 51 ans et fut enterré aux Cordeliers de cette ville.

D'après un manuscrit de famille presque contemporain, sa femme lui survécut de vingt-sept ans, étant morte le 20 novembre 1613. Robens verse donc dans une erreur lorsqu'il avance qu'après Jeanne Brenner, Antoine Blanchart aurait épousé Marie-Salomée Housmann d'Ebly.

Mamuerit de famille de 8éBAtTieif - FaAVÇoii m BLARGHAiTt leignettr du Ghatelet, BeUauz, Haehi- ▼Ule et partie de Braodenboiirg. — RoBaiit» AdeU-

Baeli det Niedeni vad Mittel-Rheint.*-BAaoN £■- ■AMOsi, a*BCAaT» Généalof^e de la Maison Blanchart; dans s PnbUcationf de la Société arehéoloipqiie de Lnxemboui^; VI, 184, a^q. «~ Généalogie Brenner de Nalliaelii manatcrit.

BLANCHART, François de, était fils de Michel de Blanchart, de la branche d^Ars, capitaine d'une compagnie de cent hommes d'armes, mort de la peste en 1636, et de Françoise Roemer, de Thorn, sa seconde femme. Le manuscrit des Viri illustres le mentionne comme suit: a 1654.

« Franciscus Blanchart Luxemburgensis (c pastorin Feulen, magnus Seminarii Lux- « emburgensis fautor. » Monsieur le Baron Emmanuel d'Huart s'est donc trompé lorsqu'il a dit que François Blanchart était curé de Diekirch. Quoiqu'il en soit de l'assertion des Viri illustres qui le proclame grand partisan des progrès du séminaire attaché au collège des Jésuites de Luxembourg, il n'est rien resté de cette protection dans les archives de l'établissement; du moins Tauteur de la dissertation sur les fondations attachées à cette institution ne fait aucune mention de ce personnage : Mais tous les actes d*une véritable charité chrétienne ne sont pas parvenus jusqu'à nous.

Viri iUnitm, I, N<» 97.-*RoafeNa, Ad«l«Bacli - NABua» Catalofpie historique des Boursea d'ëtadet fondées an eoUége des Jésoites à Laxembonrg ; dans : Pros^ramme de rAthénée, 1847. ~ Eau. a'HuasT, Généal. Blanebart; danst Pnblieat. de la 8<»c. archéol. de Lusbg. VI, 184, aqq.

BLANCHART, Gaspard -Antoine de, toujours de la même famille, était Toncle de François qui précède, et fils d'Antoine II de Blanchart (y. son art.) qui avait quitté Metz à la conquête de cette yille par la France pour se retirer dans le Luxembourg. Catherine d'Eyerlange, dite de Vitry, était sa mère.

ce 1651 . Casparus BlanchardtLuxemburcr gensis, dit le manuscrit des Viri illustres, (c ex Taticinio illi Majorise a B^ Fratre nostro « Rodrignes Collegii istius Janitore facto a Societatis Jesu Coadjutor Temporalis In- «stitutor et quasi fundator Famosissimœ « processionis annuae in Unseldingani prio-

«ratûs Templo Festo Yisitatiônis Beatisa simae Virginis Marise. »

Il résulte de ce passage que Gaspard de Blanchart o'entra pas dans les ordres sacrés, bien qu'il fût affilié à la Société de Jésus. Et en effet une généalogie authentique de sa famille lui donne pour femmes:

a. Louise de la Court; et 6. Gatherine- Sidonie Deschamps ^ dite Van de Velde.

Il a laissé postérité de Fun et de l'autre de ces mariages.

C'est lui qui avec le concours de Mathîas Beckerich (▼. son art.) , le pieux vicaire perpétuel du village de Saeul^ institua la procession et la dévotion particulière qui subsistèrent pendant près de deux sièdea dans réglise du prieuré ou noviciat d'Useldange. Les annales ne nous apprennent rien d'ultérieur sur ce pieux personnage.

Vin iUnitref, I, N» 84 Eh«. b'Hoamt, .—Généalogie Blanehart. — Aoust, Adds-Iiesikoa.

BLANCHART, Jean de, était frère de Gaspard qui précède. Il mourut en 1617.

Ce personnage devint bailly du Baron Jean de Wiltz, en Tabsence de celui-ci qui résidait presque toujours hors de sa seigneurie j d'abord à Tarmée , ensuite dans son gouvernement à Thionviilé, enfln dans celui du Lîmbourg. Il est difficile de croire combien d'actes divers ce personnage a rédigés lui-même et transcrits de sa main, tous sur parchemin, pendant les douze à quinze ans qu'il occupa ces fonctions avec celles de juge féodal, dans la plus grande seigneurie du Pays. Mais il semble que la mention que le manuscrit des Vin illustres fait de lui a été particulièrement motivée par une autre cause, celle d'une donation pieuse. £n effet, voici ce que nous y lisons : <( 1616. Joannes Blanchardt Luxem- (( burgensis prœfectus Dominii et Comitatus « Wiltz— erreur : la seigneurie de Wiltz n^a a été érigée en comté qu en Vannée 1629 — , « moriens donavit œdificandae ecclesiœ So- «cietatis Jesu Luxembourgi 900 florenos (c brabanticos, quantum vix ullus.»

Jean de Blanchart n'avait pas contracté mariage.

Viri Ulattref, III» N« 908. — EasAiiin». •'H^aat. Géoëaloflfie BlMichart. — ArehiTM de la Maiton é% WilU. de teOS à 1617.

BLAifCKAkT; V. BLANCHART.

Blanquard; v. BLANCHART.

BOCH, les frères, famille très- respectable , originaire parait-il de Hayange an canton de ThionviUe, ou d'Aodun-le-Tiche, canton d'Audun-le-Roman, France, et établie dans le Luxembourg depuis la seconde moitié du dix-huitième siècle.

Le père des frères Boch, excellent ouvrier employé aux forges de Hayange, y était occupé, dit-on, avec ses fils à couler les bombes, boulets, canons, etc., tant en sable qu'en moule.

Ses fils, an nombre de trois, se nommaient : Dominique et JeanrFrançois, jumeaux; ainsi que Pierre- Joseph, le plus jeune* Outre ces trois garçons le père Boch avait plusieurs filles dont Faînée était devenue réponse d'un nommé Valette, chef d'atelier à la faïencerie de Saint-ClémenI en Lorraine. Ce dernier qui connaissait les grands bénéfices que les poteries ou les faïences donnaient, ne cessait de repéter à ses beaux-frères: «C'est de la ff faïence qu'il faut faire ; il y a à Audunccle-Tiche tout ce qu'il faut pour cela.»

a Et en effet, malgré que Von gagnât sa « ^ie en puisant la fonte incandescente pour 4i remplir les moules de petites casseroles, «comme Pierre-Joseph, l'un des frères « Boch répéta souvent à ses enfants, les réa sultats ont démontré que la fabrication a des faïences donnait des richesses » lorsqu'on possède l'esprit inventif et le talent industriel.

Les frères Boch goûtèrent facilement les conseils de leur beau-frère. Us s^associèrent et fabriquèrent sous leur toit de chaume de la faïence commune, recouverte d'émail blanc.

A leur porte se trouvaient les mines d'un vieux château d'oii sortait une source dont ils ne pouvaient se passer pour délayer leur argile. Ils voulurent l'utiliser ; mais le sieur de Gerbeville, propriétaire de la masure et qui était le seigneur du

village leur défendit de s'en servir^ Les frères Boch se virent ainsi obligés de jet* ter les yeux d'un autre côté. Ceci se passait vers 1755.

Dans un voyage que Pierre-Joseph, Fun d'eux 9 fit à Luxembourg il eut occasion de se plaindre des procédés peu courtois du sieur de Gerbeville et il eut le bonheur de se faire comprendre par la portion la plus sensée du Magistrat de la ville ; à tel point qu'on l'engagea à venir s'établir à proximité de la forteresse où le bois, disait-on, l'argile et le terrain vague abondaient. On lui fit entendre que la concession de ce terrain nécessaire à l'usine en projet n'entraînerait qu'à peu de difficultés, peutêtre même à aucune à cause de la protection des personnages qui voulaient bien prendre cet établissement naissant sous leur patronage. Le bois était à vil prix et l'eau y sortait de sept sources très-rapprochées, limpide comme le crystal, ne tarissant jamais.

Pierre-Joseph Boeh se laissa facilement oonvaincre, et il engagea ses frères à le rejoindre : ils avaient à peu près six cents livres de fortune lorsqu'ils arrivèrent à l'endroit aujourd'hui si riant et si populeux dit des Sept-Fontaines, mais qui alors était encore désert et couvert d'un gazon rabougri et vierge de culture. Us demandèrent au Souverain la concession de ce qui leur était nécessaire en terrain pour établir leur four et leur habitation; et ^tte concession ne tarda pas a leur être octroyée moyennant quelques escalins de cens à payer annuellement au domaine :

cette rente même ils la rachetèrent quelque temps après en versant le capital multiplié au denier vingt.

Ils commencèrent alors à travailler.

Environ dix ans après ^ en 1767, la grande Impératrice Marie-Thérèse voyant leur industrieuse activité et leurs premiers succès dans une branche de commerce entièrement neuve pour le Pays, leur accorda de beaux privilèges , entr'autres celui de pouvoir creuser la terre là où ils voudraient pour la recherche des argiles et sables,

moyennant indemnité à dire d'expert. Leur fabrique obtint le titre de Manufacture impériale et royale s le droit de placer les armes de l'empire à la partie la plus apparente de leurs bâtiments et de prendre pour cachet l'aigle à deux têtes, etc. « S'il «arrivait, ajoutait la Patente, que la face brique eût besoin de qnelqu'autre faveur ce ou encouragement raisonnable pour son « soutien ou accroissement, les frères Boch « pourront s'adresser au Gouvernement qui «y disposera favorablement suivant les «circonstances et les progrès de la face brique. »

Plus tard le Gouvernement offrit aux frères Boch la prohibition des faïences étrangères; mais ils eurent la générosité de refuser cette nouvelle faveur.

A leur début ces industriels eurent à soutenir de bien rudes épreuves. Nous avons dit plus haut que dans le principe tout leur pécule ne se composait que de six cents livres.tournois environ. Ils eurent d'abord des succès au point que bientôt leur premier four devint trop petit pour suffire aux besoins. Ils songèrent donc à le reconstruire sur une plus grande échelle; malheureusement le nouveau four n'était pas encore assez séché lorsqu'ils voulurent l'employer: à leur première cuisson la voûte s'en écroula et détruisit dans sa chute la marchandise qu'il contenait. Les ressources de l'établissement se trouvèrent anéanties par cet accident.

Pour remédier au sinistre qui semblait devoi^ en^oûtir la fortune naissante des frères Boeh, la veuve Valette leur sœut qui avait perdu son mari et qui s'était retirée chez nos^ potiers, partit à pied pour Metz et alla trouver un de ses parents , l'abbé Guistelle chanoine de la cathédrale, auquel elle conta le malheur qui venait ruiner les espérances de ses frères.

Le généreux abbé lui remit cinquante louis d'or pour aider à la reconstruction du four.

Etabli cette fois avec des dispositions mieux calculées le nouveau four leur permit de reprendre leurs succès et de les continuer sans interruption; les cinquante

louis prêtes purent être rendus pea de temps après.

A cette époqne la chimie n'ayait pas fait les immenses découvertes que cette science a enregistrées de nos jours ; mais les frères Boch qui joignaient Famour du travail au génie de rinvention et à la probité la plus exquise qu'ils accompagnaient de Tesprit d'ordre le plus parfoit , ne pouvaient manquer d'arriver à la fortune , et ce qui plus est, à la considération publique la mieux méritée. Ils n'avaient que rinstruction que Ton recevait à cette époque dans les écoles de village ; et cependant ils prirent rang parmi les plus haut placés du Pays', parceque tout le monde devait admirer en eux cette aménité de cœur et cette franche honnêteté qui caractérisent si particulière^ ment Fhomme de bien et l'industriel qui est digne de ce nom»

On fabriquait à la manufacture de Septfontaines deux espèces de faïences communes: Tune entièrement recouverte d'émail stannifère blanc, l'autre ayant une couverte brune k l'extérieur ; on y fabriquait en outre deux espèces de (aïence fine : Tune ayant une couverte transparente, l'autre un émail blanc. Ces deux faïences fines , Pune nommée terre de pipe , l'autre blanc fin , étaient décorées de peintures bleues : Pendant quelque temps on a même orné cette (aïence fine émaillée au moyen de diverses couleurs qu'on cuisait à la mouffle.

Une autre fabrication, moins importante cependant, était celle de statuettes en biscuit de porcelaine tendre , modelées avec beaucoup de goût par de véritables artistes : un suisse , nommé Spengler , a travaillé entr'autres pendant quelque temps à Sept-fontaines. Un allemand avait fabriqué en terre cuite les Pflris , les Baigneuses , etc. , qui décoraient les jardins à l'italienne des frères Boch. Ces statues , presque de grandeur naturelle , passaient l'hiver dans un caveau.

En 1781^ lorsque l'Empereur Joseph II passa à Luxembourg, les bourgeois de cette ville se plaignirent déjà auprès du monarque de ce que les frères Boch faisaient

renchérir le bois; tellement leur établissement avait pris d'extension.

En 179S , lorsque les armées frtmçaiaes en?ahirent le Duché de Luxembourg , le général Lebrun ordonna aux habitants de Sept-Fontaines , car déjà alors il y existait uû assez grand nombre de maisons d'ouvriers de la faïencerie qui devaient leur origine à cet établissement ; le général Lebrun, disons-nous, ordonna aux habitants de Sept-Fontaines d'abandonner leurs demeures dans l'espace de deux heures ^ les menaçant de les canonner après ce délai :

cet ordre était motivé sur la proximité de la forteresse.

On avait laissé à la famille Boch deux chevaux sur dix qu^elle possédait pour ses travaux. Pierre-Jos$ph Boch mit ce qu'il put sur un grand chariot ^ plaçant sur on matelas sa femme avec un enfant an maillot et son frère Dominique qui était malade.

Il traversa à pied l'armée française , conduisant à la main ses cinq autres enfants et une belle-sœur a laquelle la frayeur fit perdre la raison pendant quelque temps.

Cependant le lendemain il alla trouver le général Davoust et lui dit: «Citoyen a général, je te prie de me laisser enlever « de chez moi ce que je pourrai empor- «ter.» L'autorisation fut accordée; et k l'aide des paysans des environs il fit ce pénible déménagement eu trois jours.

Quand après les sept mois que dura le blocus de Luxembourg les frères Boch purent revenir dans leur établissement, ils le trouvèrent entièrement saccagé et pour ainsi dire réduit à L'état de ruine : les portes et les fenêtres avaient été transportées au camp et la charpente ainsique les planchers enlevés pour servir au chauffage de l'ennemi pendant un hiver rigoureux.

Les propriétaires firent expertiser leur dommage et il fut reconnu qu'il s'élevait à six cent quarante-huit mille francs. Quelle prospérité pour un quart de siècle de travail et d'économie bien dirigée!

Les frères jumeaux DaminiqM et Jean- François, dont le premier n'était pas marié et dont l'autre avait épousé Harie-Françoise

Bourgeois, fille d'un négociant de Luxem* bourg mais qui ne lui avait pas donné d'enfants, prirent en partage les biens-fonds de la communauté et laissèrent k Pierre^ Joseph, le plus jeune comme le plus industrieux, les ruines de la faïencerie. « J'ai « fait ma fortune par le travail, dit ce der^ « fiter en recevant son lot, je saurai la re- « foire de même : Je rebâtirai les maisons ce incendiées et je ne vendrai pas un champ. »

Son parent, le chanoine n'existait plus; mais il lui restait dans les Ardennes un ami qui, devinant sa position, lui prêta vingt à vingt-cinq mille francs sans intérêts : il avait alors près de soixante ans d'âge. Il reprit sa bannette, se remit sur le tour et fit de nouveau tous les moules nécessaires à sa fobrique.

La guerre terminée il eut des luttes d'un autre genre à soutenir. Ne pouvant plus aller chercher sa craie en Champagne il apprit à la remplacer par un tuf calcaire qui se trouve dans le Pays. Il en fut de même pour le sable des Vosges et la soude d'Alicante ; il croyait que le minium, qu'il nommait mine rouge de plomb, était un minerai qu'on ne trouvait qu'en Angleterre; il apprit forcément à le fobriquer lui-même.

Il est curieux de comparer les efforts des particuliers à ceux que fit la nation française pour sa défense, par suite de son isolement : L'an X de la République le trop fomeux Camus, membre de l'Institut, visitant le département des Forêts reconnut que Pierre-Joseph Boch était le premier ouvrier de son établissement dans lequel il se foisait aider par son fils aîné, qu'il avait eu soin d'envoyer à l'école de Paris entendre les leçons de Vauquelin.

Pierre-Joseph Boch ne tarda pas à rétablir l'importance de sa foïencerie. Par son travail infatigable il encourageait ses ouvriers; par sa sage économie il les habituait à la régularité ; par les égards qu'il avait pour tout le monde' il leur apprenait L'urbanité et la politesse; en un mot sa fabrique était k la fois une école de travail, de sobriété et de douceur pour les mœurs. En effet lorsqu'encore on ignorait

généralement l'influence salutaire de la musique sur le caractère, Pierre-Joseph Boch fondait dans ses ateliers un corps de musique où chacun rivalisait de zèle pour foire des progrès dans cet art si éminemment civilisateur. Et tandisque les ouvriers des autres établissements s'adonnaient à l'intempérance pendant les jours de fête, ceux de SeptrFontaines se réunissaient autour du chef d'orchestre qui était soldé par le patron, pour exécuter des morceaux d'harmonie ou de chant, amusement innocent à la fois et bien destiné à polir ce que le caractère de l'ouvrier a d'âpreté native.

Hais ce n'était pas encore assez pour lui, pour cet excellent maître, pour ce philantrophe par excellence : l'ouvrier devenu vieux ne pouvait plus gagner pour son entretien et celui de sa famille ; il pouvait aussi tomber malade et se trouver dans l'impossibilité de travailler. Pierre-Joseph Boch chercha et trouva un moyen pour parer à cette terrible perspective : à une époque ou les caisses d'épargnes n'existaient pas encore, il en créa une pour les artisans de Sept-Fontaines. Les malades y reçoivent, au moyen d'une retenue imperceptible sur leur salaire les secours de la médecine et les infirmes une pension.

L'une et l'autre de ces institutions, qui à elles seules dépeignent si bien l'esprit d'ordre et de prévoyance ainsi que la charité vraiment chrétienne du fondateur de la foïencerie de Sept-Fontaines , subsistent encore et subsisteront tant que l'établissement sera debout. La seconde, celle pour fonds de secours , possédait à fo fin de 1854 un capital de francs 10,263 et 33 centimes, et les dépenses se sont élevées pendant la même année, à une somme de francs 404^ pour subsides aux malades et pour inhumation de frères dé-^ cédés ; finalement à celle de francs 1,033,* 71 centimes pour pensions à des ouvriers infirmes et à des veuves. ,

D'un autre côté encore, le généreux patron non content d'avoir créé ces fon-

dations de prëYoyance qui deyaient ae soutenir par des moyens de mutualité, Toulut aussi inspirer à ses ouvriers Tesprit de propriété en leur fournissant de quoi acquérir quelque bien au moyen d'une caisse de prêts à remboursements presque insensibles à prélever sur le salaire : Ainsi, lorsqu'un ouvrier veut s'établir et avoir une maison, la caisse lui prête, sans intérêts, les sommes nécessaires pour acquérir le fonds et pour la construction. Ces avances sont ensuite remboursées denier par denier; de façon que , contrairement à ce qui se remarque presque partout ailleurs, les ouvriers de l'usine de Sept-Fontaines sont tous ou presque tous propriétaires sans avoir besoin de louer leur logement ; et ils le sont devenus au moyen de sacrifices successifs moindres que n'aurait été un loyer, même modique. Par ce procédé civilisateur Pierre-Joseph Boch est parvenu à peupler en peu d'années la solitude dans laquelle il s'était établi de ces maisons d'artisans à l'extérieur riant qui y fourmillent de nos jours et dont le nombre s'élève en ce moment à deux cent quatrevingt-quatre avec une population de 1410 âmes , ayant une belle ^lise et une superbe maison d'école dues l'une et l'autre en très grande partie à la générosité du fils aine du fondateur (v. l'art. Jean-François Boch).

Les trois frères Boch atteignirent chacun un âge respectable , ayant approché ou atteint les quatre-vingts ans. Dominique^ le premier-né des jumeaux, mourut à Sept- Fontaines; Jean^FrançoiSy le second, avait obtenu pour sa partie domaine de Kockelscheuer dans la commune de HoUerich, oii il est décédé le 22 juin 1817 , à l'âge de 83 ans. Sa veuve lui survécut jusqu'au 26 mars 1817 : elle était âgée de 78 ans.

Le troisième enfin, Pierre-Joseph , ou le vrai fondateur de la faïencerie de Sept- Fontaines , avait épousé Dame Harie-Ântoinette-Louise Nothomb , d'une ancienne et belle famille. Cette dame, qui était née à Differdange, lui donna: Marie-Catherine^ qui fut unie à son oncle maternel,

le sieur Jean de Nothomb, ancien colonel de cuirassiers au service d'Autriche; Jean- François, époux en Dame Rosalie Buschmanu, de S^ Vith ; Marie-Françoise-Ferdinande, morte en 1856, veuve de Jean- Pierre-Bonaventure Dutreux, en son vivant receveur -général à Luxembourg : Cette généreuse dame a légué à la Société archéologique de Luxembou]^, dont son fils, ancien receveur-général du Grand-Duché, est un des membres fondateurs, sa collection de tableaux anciens et d'objets rares.

Antoine-Jean, mort célibataire; Marie- Louise, veuve en ce moment de Guillaume Buschmann, de S^ Vith ; finalement Jeaur Joseph, mort pendant ces dernières années, époux de dame Charlotte Richard, de Clervaux.

Pierre-Joseph Boch et sa femme moururent à Sept-Fontaines ; ils reposent l'un à côté de l'autre au cimetière de Weimerskirch, autrefois paroisse du lien, sons une tombe en marbre noir, portant cette inscription qui est vraie si jamais il en fut :

Ici reposent Pierre-Joseph Boch,

DÉCÉDSE À SePT-FoNTÀINES,

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