DAVID HUGUENIN
Il arrive quelquefois à des hommes marquants d'être peu connus de leurs compatriotes, celui qui fera le sujet de cette notice parait avoir été complètement ignoré chez nous, quoique de son vivant il ait joui d'une certaine renommée à l'étranger.
David Hugttenin, né à Neuchàtel vers le milieu du \\n^ siècle, fut d'abord aumônier d'un régiment suisse au service de Hollande et bientôt après ministre de l'églîse française de Wesel. Quelques
années ensuite il fut reçu docteur en théologie , et nommé professeur de langues orientales à l'université de Duisburg. Le savant théologien Hermann-ÂIexandre Bœll ayant, dans des leçons et dans des thèses soutenues publiquement, émis sur la divinité de Jésus- Christ et la mort des fidèles des opinions qui n'étaient pas en harmonie avec les doctrines de l'église, fut vivement attaqué par. plusieurs de ses collègues. Huguenin fut au nombre des adversaires de Rœll, il publia contre lui, en 4690, un traité intitulé: Chrislianus ratiocinans , etc. Ce petit ouvrage parait avoir fait assez de bruit, car nous en trouvons une analyse, relativement longue, dans les Acta eruditanim, 1G92, supplément t. 1, section vu, p. 377 — 382. Cette dispute théologique ne fut terminée que par une défense* faite par les Etats de Frise, à Rœll et à ses adversaires, de s'occuper des deux points en question.
En 4699, Huguenin devint pasteur de l'église française de Duisburg et prédicateur latin ; en prenant possession de ce dernier emploi, il prêcha d'une manière très-remarquable surEsaïe xux, 43. Il obtint la même année une chaire de professeur de théologie. Cependant en 4702 , nous ne savons pour quels motifs, Huguenin se fit catholique romain et semble avoir mis beaucoup de ferveur dans sa nouvelle croyance , car préchant sur ce lexte : « L'Eternel ton Dieu te suscitera un prophète comme moi, d'entre tes frères , vous l'écouterez. » (Deuter. xviii, 45); et voulant augmenter la considération des papes, il chercha à démontrer cette étrange proposition , que le pape était le prophète promis. Le docteur Théodore Hase publia contre ce sermon un écrit ayant pour titre: Dissertatio de magno Propheta ad Dent, xviii, 45. En 4703, un an après sa conversion au catholicisme, Huguenin , pour défendre ses nouvelles convictions, fit paraître son livre: Catholicœ religionis veritas, mais son collègue Hulsius l'ayant vigoureusement réfuté par son travail : Pseado-catholicœ religionis inanitaSy ses raisons le convainquirent de ses erreurs et il prit la résolution de rentrer dans la religion réformée. Il fit part de son projet aux théologiens d'Heidelberg, qui s'efforcèrent de lui procurer une nouvelle chaire où il pût continuer ses travaux ; mais peu de temps après il mourut avant d'avoir pu exécuter son dessein de revenir à son ancienne foi. Les écrits de Huguenin ne nous sont connus que par leurs titres
et par Tarticle critique contenu dans les Acta eruditorum ; cependant ces titres seuls témoignent d*une assez vaste érudition cbez leur auteur, ainsi qu'on peut en juger par la liste suivante:
I. Dissertatio de Dei primœ causœ concursu cum secundis, istarum UbartaU $alva, Dulsbourg 1689, in- 4*.
II. Christianw ratiocinans; quo H.^A, Rœllii di$$ertati<mem theologieamde generatione Filii et morte fidelium temporali refetlit, ecctesiœque orthodoxiam vindicat. Lugduni Batavorum, Jordanus Luthmans i690, in-8^