HORT
ses terres à Âuvernier et Colombier. Od voit même qu'en 4649, on subhastait encore de ses propriétés.
Dépouillé de sa fortune, le malheureux chancelier est encore eo butte aux injures et à la haine de Favargier; et quand il lui demande réparation d'honneur , le conseil prend fait et cause pour Favargier, comme ayant agi par le devoir de sa charge. En le défendant devant les tribunaux , son fils Félix s'était plaint avec véhémence de ce qu'on violait à son égard les franchises. Là-dessus, Favargier poursuit criminellement le père et le fils , comme ayant cherché à émouvoir le peuple contre les officiers de son Altesse. a Le prince le sait, le prince le veut; il n'a résolu, dit-il, de perdre cette famille comme étant venue avant le déluge , mais il veut la traiter avec rigueur , et après il verra à trouver les moyens de ne la perdre pas. » U pardonne enfin , Hory présente au Conseil ses lettres de grâce , et c'est encore par grâce qu'on ne lui fait pas fléchir le genou devant ce corps qu'il avait présidé. Bientôt ses mœurs sont attaquées, on fait paraître le vieillard devant le consistoire , on en vient jusqu'à l'accuser d'avoir altéré des écritures de sa main. Alors, soit pour se soustraire à une nouvelle humiliation, soit pour aller se défendre auprès du prince , il quitte le pays , et pendant son absence , sa femme , Madeleine Fornachon, périt vietime d'une accusation pleine d'horreur et de mystère.
Saisie à Neuchâtel et conduite en prison , elle y est tenue vingt jours, puis elle est mise dans un bateau et transférée au château de Thielle, où, le troisième jour, elle fait l'aveu d'un parricide, confession franche et libre, dit l'acte du procès, qui constate cependant qu'elle avait été torturée avant comme après son aveu. U y avait un grand nombre d'années , dit-elle , que le bruit s'étant répandu que sa mère était accusée du crime de sorcellerie, son mari, J.Hory et ses parents, émus à l'ouïe d'une telle accusation , qui devait entraîner le supplice de sa mère et la difiamation de leur famille, formèrent le complot d'étoufier le crime en empoisonnant la coupable, ce qui fut malheureusement exécuté. Aujourd'hui , Dieu permettait qu'elle-même fut accusée de sorcellerie, afin de manifester ce parricide , de lui en faire subir la peine , et endurer , comme il était juste , celle à laquelle ils avaient soustrait sa mère. D'après cet aveu , les jurés de Thielle la condamnèrent au supplice de la
HORY. 483
roue , que le conseil d*Etat modéfa en ordonnant qu'elle aurait la tétc coupée, et la sentence fut exécutée le 3 juillet I6&9.
Mais d'accord avec la tradition, un témoignage grave, sorti d'une plume contemporaine, celui du chancelier de Monlmollin , est parvenu jusqu'à nous pour déclarer son innocence. Il dit que le seul crime de Madeleine Hory était d'avoir blessé les autres femmes par ses hauteurs , pendant que son mari était chef de l'Etat , et qu'accusée de sorcellerie par une machination des ennemis assez connus de Hory , elle fut tant torturée qu'elle avoua tout ce qu'on voulut d'elle. C'est parce que la justice de Neucbàtel refusait alors de sou< mettre ses bourgeois à la torture , que Favargier livra cette malheureuse au châtelain de Tbielle , juge impitoyable des délits de sorcellerie. C'est Favargier, qui le premier est instruit par un messager exprès, qu'elle a fait une confession et déclaré des complices. On les arrête; ils sont enfermés dans le ch&teau de Colombier et interrogés par le maire. Alors , sous prétexte que leurs réponses sont captieuses et la matière importante , le procureur-général se fait donner par le conseil d'Etat l'ordre de les examiner et d'instruire la procédure. Dix jours après , les Fornachon sont suppli-* ciés.
A deux siècles de distance, dit M. de Chambrier, on peut à peine soulever quelques coins du voile qui couvre cette sanglante scène^ et qui dérobe à nos regards les actions secrètes de ces deux hommes fameux, entre lesquels il ne s'agit de rien moins que de juger si l'un a été coupable d'un parricide ou l'autre d'un triplé meurtre.
Tel. fut le terme et le comble des malheurs éclatants de Hory, Ceux-là il les avait épuisés. Inculpé par les aveux de sa femme, il dut à son absence de n'en pas partager le sort; mais douze années d'humiliation et d'amertume furent encore suivies de dou£e années de proscription et de malheur, et c'est après l'âge de quatre-vingts ans que ce vieillard , secouru par la pitié du prince , comme jadis élevé par sa faveur , obtint pour dernière grâce de rentrer dans sa patrie et de finir ses jours loin de la ville , dans sa métairie de Combe-Varin. Il y mourut en 1656, ayant conservé jusqu'à la firi jde sa vie une tête pleine de feu et dans laquelle il roulait sans cesse quelque nouveau dessein. La devise latine tirée d'Horace qu'il
484 HORY.
avait adoptée dans sa jeunesse, était celle des athlètes rappelée par Saint-Paul ;
Qui studet optatum cursu contingere metam, Multa tulit, fecitque puer, sudavit et alsit.
La vie du chancelier Hory offre un exemple unique parmi nous des vicissitudes de la fortune, et lui-même le premier exemple d'un homme éminent par la culture de son esprit. Le temps et le feu ont détruit ses recherches sur les antiquités de Neuchàlel et ses travaux historiques ; mais il suffit pour son éloge qu'un homme tel que Moritmollin se plaise à le reconnaître pour son guide et son maître.
Jean Hory avait laissé un fils , nommé Félix. Félix Hory était né en 1606. Il servit en France; en l6Si, il était lieutenant et fut fait prisonnier par la garnison de Dijon ; mais il fut plus tard mis en liberté. A sa mort le domaine de Combe- Varin^ dont la seigneurie lui avait laissé la jouissance , fut réuni au domaine et vendu au gouverneur de Mollondin pour la somme deL. 6000, dont L. 1000 furent données à Anne-Marie , fille de Jean Hory. Une autre sœur de Félix, Béatrix, épousa, en 1640, Samuel Purry.
Jean Hory avait trois frères , avons-nous vu. David Hory, né en 1S92 , épousa Isabeau Marval. Jonas Hory , siégeait aux audiences de 16i8 pour le fief Grandjacques. Il fut nommé maire de Neuchàtel le 14 mars 1621. En 1622 il reçut la recette du prieuré de Vauxtravers , à charge d'en payer 6000 livres par an. Il fut à plus d'une reprise député auprès du prince en France. Il ne fut pas disgracié avec son frère Jean ; au contraire il reçut, en 1628 , pour cinq ans , la charge et intendance de toutes les vignes du domaine, vacante par la mort d'Abraham Tribolet , procureurgénéral. 11 fit une expédition en France en 1630, à la tête d'une compagnie , et l'on nomma pour le remplacer dans ses fonctions de maire 6. de Monlmollin. Il mourut en 1641.
Pierre Hory était receveur de Valangin depuis cinq ou six ans lors de la disgrâce de son frère Jean. En 1627 on le voit demander comme une grande grâce de garder encore un an sa recette, espérant pouvoir pendant ce délai mettre ordre à ses affaires et s'acquit-
HORY. 485
ter de ce qu'il devait au prince. Il mourut en 4634 , laissant une dette de 96,373 livres 9 gros.
Jonas, maire de Neuch&tel , eut deux fils , Josuê et Henri Hory. En 4644, ce Jonas était capitaine d'une compagnie de 200 hommes à pied au régiment suisse de Watteville; menacé depuis quelques mois de perdre entièrement la vue, il ne pouvait plus continuer le service militaire , et il pria le marquis de Coislin , colonel-général des Suisses et Grisons , de bien vouloir pourvoir de sa compagnie SCS deux fils, Josué et Henri, dont Fainé était déjà lieutenant, a Désirant les obliger tous trois à continuer la bonne volonté qu'ils ont toujours eue pour la couronne de France. » Coislin donna & ces deux jeunes gens la charge de capitaines en chef de cette compagnie.
Le 24 juillet 4647, Henry Hory signe à Soleure un contrat par lequel il s'engage à lever <( une compagnie de 200 bons hommes de guerre de sa nation et non d'autre, propres à rendre service, sur peine d'être cassée; qu'il l'amènera en France et la rendra aux portes de la ville d'Amiens, le 20 du mois d'août au plus tard. » On voit que l'année suivante le roi lui devait 45,440 livres pour avances faites aux soldats de cette compagnie. En 4649, Henri de Lon> gueville donna au même Henri Hory, capitaine d'une compagnie de gens de pied suisses au régiment des gardes du roi , la charge de maire de Valangin , à condition que Hory établisse sa résidence à Valangin ou dans quelque autre lieu voisin. En 4653 , le même prince étant à Rouen et voulant le récompenser de ses services, le nomma conseiller d'Etat. Deux ans plus tard, il reçut la charge de chancelier, vacante par la démission de Stenglin,qui l'occupait depuis 4648.
Henri mourut jeune encore, le 6 décembre 4660. Il avait épousé Ursule de Treytorrens , de laquelle il eut un fils, Jonas, le dernier de la branche noble des Hory , et une fille mariée à J.-J. Sandoz, commissaire-général et receveur de la baronnie du Vauxtravers. C'est au chancelier Hory que Haller attribue , je ne sais sur quelle autorité, les Monuments parlons du pays et souveraineté de Neufchdtel et Vallengin, Ces monuments appartiennent plutôt à Barillier.
Josué Hory, fils du maire de Neuch&tel, Jonas, et frère de Henri, chancelier, eut une carrière toute militaire. Il entra en 4639 dans
486 HORY.
la compagnie de son père. En 16&0, ir servit au siège d'Airas. Ce fut lui qui signa, en 164&, ce pacte par lequel les capitaines du régiment neuchàtelois d'Haudanger s'engageaient par serment à ne pas suivre les armées françaises en Allemagne, avec laquelle les Ligues avaient des alliances qui ne permettaient pas aux Suisses d'y faire la guerre. En 4647, il leva une compagnie qu'il conduisit à Piombino, en Italie. Là , elle fut divisée et il en reçut une moitié; il continua à faire la guerre en Italie et prit part à plusieurs batailles. En 1653, il quitta le service français, et son prince, Henri de Longueville , lui donna l'intendance du château de Joux, dont avait été chargé auparavant le chancelier Stenglin.
Jonas Hory fut le dernier de la branche de Guillaume. En 1666, il est qualifié de docteur en droit. En 4670, il devint membre du Petit-Conseil de la ville de Néuchàtel , et l'année suivante, Charles de Longueville , a sur le bon rapport qui lui a été fait de sa personne, de sa bonne vie et mœurs, sens, suffisance et expérience, et en considération des services que feu son père a rendus en la charge de chancelier , » le nomma châtelain de Boudry. Nous le voyons conseiller d'Etat en 4678. En 4680 , 4694 et 4699 , il fit les fonctions d'interprétre auprès de la duchesse de Nemours pendant les séjours qu'elle fit à Neuchâtel.
En 4707, il fut confirmé dans ses charges par le roi de Prusse, pour la cause duquel il s'était employé avec zèle et succès. Ce fut lui qui porta au comte de Metternich la sentence des Etats. Il avait épousé Isabeau Purry, fille de Samuel Purry et de Béatrix Hory, et son unique enfant , Barbe , entra par son mariage dans la noble famille bernoise de Bondely. Les partisants du prince de Conti le représentent sous un jour peu avantageux ; ils font de lui un homme intrigant, rusé, tracassier, versatile. Il parait que dans la longue période de troubles que l'incertitude de la succession occasionna chez nous à cette époque , il se conduisit avec beaucoup d'habileté et sut toujours prévoir le parti qui aurait le dessus. Ses relations de famille avec Berne lui donnaient en outre une certaine importance; car cette république exerçait une puissante inOuence dans toutes nos affaires, et chaque parti cherchait à la gagner à sa cause. Jonas Hory mourut en 4726 à l'âge de 88 ans. . On trouve dès le xvu® siècle un très-grand nombre de membres
de cette famille, non reconnus pour nobles et occupant des emplois dans la bourgeoisie et dans l'Eglise. Ils descendaient probablement des fils du pasteur de Gleresse. Comme ils n'ont joué qu'un rôle très-secondaire dans le pays nous n'en parlerons pas ici.
En 1745 , on voit un Abram Hory qui vivait à Vevey où son père s'était établi. Il y épousa Isabeau Du tour , fille de Bertrand Dutour de Saillans en Dauphiné. Hory mourut dans cette ville en 4757, &géde66ans.
Gaillaame Hory, fils d'Abraham , né en 1745 à Vevey , retourna dans sa patrie où le rappelaient ses parents. Il était alors le seul membre mâle de toute la famille Hory. Plusieurs membres du conseil d'Etat voyaient en lui le descendant , non de Guillaume Hory , anobli en 1565 , mais de son père Biaise , qui avait aussi été anobli , et ils l'engagèrent à revendiquer ses droits à la noblesse; mais il n'en fit rien. On raconte même que le tribunal des Trois-Elats, ayant un jour à juger une cause dans laquelle la presque totalité des nobles inscrits sur la matricule, étaient intéressés et avaient dû se retirer; le président fit appeler Guillaume Hory pour occuper au banc de la noblesse une des places vacantes ; le sautier le trouva dans sa cave, surveillant un transva$agî qu'il ne voulut pas quitter pour les fonctions^ toutes nouvelles pour lui, auxquelles il était inopinément appelé.
Son fils, Guillaume Henri, naquit en 1793. Il se voua au ministère évangéliquc et fut consacré en 1814. En 1815, il fut nommé diacre du Val-de-Travers, et en 1817, il fut appelé à la charge de pasteur dans l'église française de Bàle. Il s'y rendit avec sa jeune épouse et y mourut peu d'années après , laissant une fille unique. Avec lui s'est éteinte, jusque dans ses derniers rameaux, l'antique et belle famille des Hory, sur laquelle il aurait jeté un nouvel et brillant éclat , si sa carrière n'eut pas été si promptement terminée. Comme son aïeul Biaise de Gleresse , il était à la fois pasteur et poète. Nous aimerions voir réunies dans un même volume le Hory du siècle de la réforme et le Hory du xix^ siècle. Mais les poésies de ce dernier se sont perdues; sa veuve qui les gardait comme un cher et précieux dépôt qu'elle voulait transmettre à sa fille, consentit avec regret à remettre, pour un temps, ce manuscrit unique
à un étranger , entre les mains duquel il s'est égaré , et toutes i« recherches faites pour le retrouver ont été jusqu'ici infructueuses.
Souroet. La famille Hory , notice de M. F. de Rougemont en tête de sa publication des poésies de Biaise Hory, p. 6-32. — F. de Chambrier, Hisloire dePieuchâlel el Falangitif p. 3â5, 327, 364, 366, 398, 404-443, 496, etc. «- Àih nales hisloriques de Jonas Boyve, années 4529, 4562, 4565, 4575, 4576, 4595, 4625, 4628, 4707, etc. — Exlrails des chroniqties ou anruUei du chapilre de Pfeuchâlel, par Samuel Pury. Neuchàtel 4840, in-S*— Généalogie manuserilede la famille Bory. ^ Tiller, Gesch. des Freyslaales Bern, t. 111, p. 439 et solv.— Boyve, Recherches sur Vindigénat helvétique de Neuchàtel , p. 49, 64, 425. — Zurlauben, Histoire militaire des Suisses au service de France^ t. Il, p. 423, 480, 483 ; t. V, p. 27. — Notices généalogiques du baron d'Estavayer, t. XI , p. 490- 494. — Mémoires sur le comté de Neuchàtel , par le chancelier de Montmollio, t. Il, p. 23, 24, 27, 30, 62. — Traité des fiefs^ manuscrit du même chancelier. — Matile, Histoire des institutions judiciaires de Neuchàtel , p. 98, 99. — Archives de Neuchàtel, comptes des parties casuelles de 4640. — Manueh du Conseil d*Etat, etc.
BLAISE HORY.
Biaise Hory, pasteur à Gleresse au xvi® siècle, était fils de Guillaume Hory , lieutenant au gouvernement de Neuchàtel. La date précise de sa naissance nous est inconnue , mais on peut la placer à l'une des deux années 4528 ou 1529. Hory ne nous a rien appris de son enfance. Il a sans doute été un des élèves de ce Mathurin Cordier, qui fut pendant sept ans régent d*école à Neuchàtel, et qui, à l'âge de 85 ans, écrivait dans la préface de ses Colloquia ces belles paroles: a II y a pour le moins cinquante ans qu'ayant pris la charge d'enseigner les enfants , j'ay tousiours eu désir de faire tant que j'ay peu , qu'ils joignissent la piété et les bonnes mœurs avec l'étude des lettres.... Or que j'aye constamment persévéré en cette entreprise , plusieurs petits livres par moy mis en lumière à diverses foys,en rendront suffisant tesmoignage: en la composition desquels mon but a tousiours esté de façonner les enfans à ces deux choses à la fois. Le mesme aussi pourront tesmoigner mes disciples , d'entre lesquels il y en a plusieurs vivans , mêmes des gens de renom. Et ces miens Colloques sont tels que (si je ne me trompe) ils pourront beaucoup aider aux bons enfants pour parvenir à ce que j'ay tousiours principalement désiré.... »
Quelques vers de Biaise Hory sur la mort de Louis Pfyfifer, nou$
HORY. 489
apprennent qu'ils avaient fait leurs études ensemble à Tuniversité toute récente de Strasbourg , qui était alors en grande célébrité. Louis Pfyfier était de Lucerne, et l'on est surpris de voir un catholique achever son éducation dans une école et dans une ville protestante. Il fut un des hommes les plus puissants de son siècle parmi les catholiques suisses.
Hory ne nous a transmis aucun détail sur son éducation. Mais les nombreuses allusions qu'il fait à celle de ses parents , de ses amis , de ses enfants , et tout ce que nous savons de lui et de son temps , nous donne une idée assez exacte de la discipline sous laquelle il a passé son enfance et des études de sa jeunesse. Ses parents avaient abandonné le catholicisme > en même temps sans doute que les autres bourgeois de Neuch&tel , et il est facile de juger de leur zèle pour la nouvelle foi, quand on voit un de leurs fils prendre place parmi les ministres nouveaux. Hory naquit pour ainsi dire sur un champ de bataille; il grandit au milieu des combats , et Ton voit aux sentiments qui l'ont animé pendant toute sa vie qu'il aurait été, si l'occasion s'en fût offerte, un vigoureux champion des églises évangéliques. Le caractère de l'esprit religieux à cette époque , était chez nous une très-grande sévérité morale ; la discipline était même quelquefois outrée, au point d'occasionner des troubles. A Neuchàtel, le Conseil de ville émit, en 4S&0, une ordonnance pour interdire les danses qu'on faisait communément aux noces, et en 45&2 parurent des constitutions faites en commun par le gouvernement et lesQuatre-Ministraux, qui déterminent les peines qu'encourent ceux a qui ne célèbrent pas les sacrements selon la manière ordinaire, qui prennent le nom de Dieu en vain^ qui usent de paroles , ordes et détestables , qui boivent trop , qui jouent aux cartes, dés, et autres jeux semblables et illicites, qui se trouveront oiseux dans les rues le jour du dimanche , tandis qu'on prêche le Saint-Evangile , qui rompent le saint dimanche par œuvres mécaniques , qui parlent contre les prédicants , qui portent des habits découpés, qui assistent à la messe, etc., etc.» Cette sévérité morale se retrouve également dans toute Thistoire du clergé neuch&telois au XVI® siècle; elle était un des éléments dont se composait l'atmosphère spirituelle de ces temps , et on la retrouve imprimant son ^çeau àlapres()ue totalité des poésies (|ue nous a laissées Plaise Hory,
490 HORY.
Hais qae peoveDt être des poésies nées chez un peuple qui est tout occupé des vérités de la religion qu'il saisit par rintelligenoe plutôt que par le cœur, et qui se prive de toutes les joies de la terre sans goûter en plein les joies du ciel? Ces poésies sont pauvres, chétives ; elles ont cru sur un sol mauvais. Mais tout mauvais qu'il fût, il a pu cependant les produire, et il ne l'aurait pas pu sans la Bible et les clas^ques grecs et latins. L'ancien Testament et plus particulièrement les Psaumes, Job et les Prophètes , sont une source inépuisable de pensées , de sentiments et d'images poétiques. Uo peuple qui possède la Bible, qui l'aime, qui s'en nourrit, peut difficilement tomber dans un tel état de barbarie littéraire, qu'il n'ait plus de sens pour les beaux-arts. La Bible lui inspirera le goût des cantiques et lui fera un besoin d'une musique sacrée. Elle peut même lui révéler des beautés inconnues dans la nature et dans l'histoire, le maintenir à une certaine élévation morale et lui parler des choses les plus sérieuses en un langage qui frappe fortement l'imagination. Cette influence de l'Ecriture-sainte sur des hommes qui n'ont ni grands talents poétiques, ni une piété profonde, est trèssensible chez Biaise Hory, dont les fréquentes allusions à des passages de la Bible prouvent combien ce livre lui était familier et qui se plait à composer ses chansons sur le chant de tel ou tel psaume de la traduction de Marot.
L'étude des belles-lettres grecques et latines, remises en honneur dans le xiv^ et le xv^ siècles entretenaient le goût des beaux-arts et de la poésie dans la société ; et à l'époque de la Réformation, le grec et le latin formèrent avec la religion les deux branches principales de Tinstruction inférieure et supérieure. On écrivait en latin tout ouvrage qui n'était pas destiné pour le peuple; tous les savants maniaient cette langue avec la même facilité que leur langue maternelle, à laquelle même plusieurs la préféraient, et rien n'était plus commun que le talent de composer des vers latins. Hory emploie indifiTêremment Tune ou l'autre langue ; il chante en français tous les sujets fiimiliers et historiques , mais c'est en latin qu'il célèbre ou déchire les théologiens , et qu'il écrit aux doctes poètes de son temps. Et Ton trouve dans plusieurs de ses pièces des preuves irrécusables que les bons auteurs latins lui étaient aussi bien connus que la Bible. On peut même assurer que le grec ne lui était pas étranger.
HORY. 49i
Le talent poétique de Hory a dû se former aussi par la lecture des auteurs français contemporains. Les seules strophes dont il fait usage , sont celles que Marot a choisies pour la traduction de ses psaumes, qui avait, en dépit de Timmoralité de son auteur, acquis très-promplement une grande réputation chez les protestants. Et par diverses poésies de l'&ge mûr et de la vieillesse de Hory, on voit que Ronsard et les autres poètes étaient fort bien connus des Neuchàtelois.
La culture littéraire, en eflet, était au xvi*' siècle, beaucoup plus grande dans notre pays et dans les contrées voisines que nous ne le supposons d'ordinaire.
Notre siècle produit un million d'esprits, Subtiles, qui se riront de nous et de nos esprits.
a dit Biaise à son ami Jaquet. Nous apprenons à connaître par ses poésies plusieurs rythmeurs bons ou mauvais : son ami Jaquet, pasteur à Dombresson ; un régent d*Auvernier qui avait entrepris une satire contre Catherine de Médicis; un a rithmeur présomptueux, )i qui avait chanté un des bannerets de Neuchâtel ; Vinsler, pasteur à Bienne, dont on a encore des poésies latines imprimées et manuscrites; Christophe Luthard, plus connu par sa science théologique que par ses talents littéraires; Jacomot, pasteur à Neuch&teL dont les œuvres sont aussi en latin. Les Mnsœ Neocomensis de ce dernier nous apprennent que Hory était traité de poêla elegantissimus, et nous révèlent Texistence entièrement inconnue d'un poète de nos Montagnes , Daniel Perret-Gentil , maire du Locle, à qui Jacomot envoie les éloges les plus flatteurs (voyez Jacomot). Nous voyons enfin le banneret Tribolet Hardy adresser à Jehan Hory une épitre française « en beaux vers écrits » , et le diacre de Neuchâtel , A. Royet, en adresser une semblable à son oncle G. Hardy.
Un fait assez curieux à observer ici, c'est que la langue française, en se développant chez nous, était toujours en arrière de la France d'un siècle ou d'un demi-siècle. C'est ainsi que le langage de nos chroniqueurs, Hugues de Pierre et Purry au xv« siècle, est celui de Froissard qui vivait au xvi«. C'est ainsi que le chancelier de MontmoUin, contemporain de Racine, de Boileau et de Fénélon, aemble par ses écrits appartenir au règne de Louis xiii. Ce n'est
«92 HORY.
qu'à la fin du xtiu® siècle que cette espèce d'anachronisme de langage s'est efiaoé et qu'on trouve les auteurs NeuchÀtelois parlant la langue de leurs contemporains de France.
Nous ignorons en quelle année Hory quitta Strasbourg. Le silence des registres de la Classe prouve qu'il n'a pas été consacré à Neucbàtel et nous ne savons où il a vécu jusqu'en 1564. Nous apprenons seulement de lui-même, qu'en 45S4 il épousa Louise Grandjean.
Dix ans plus tard, en 4564, il devint pasteur de Gleresse, et s'établit pour le reste de ses jours loin de sa patrie, dans une paroisse bernoise. Ce poste était difficile à pourvoir : Gleresse est un joli village situé sur les limites du français et de l'allemand , et la prédication devait s'y faire alors alternativement dans les deux langues. Au xvi^ siècle, le village était plus français qu'allemand, et l'on recberchait des pasteurs français. De nos jours la population est complètement germanisée , et le pasteur ne prêche en français que quatre fois par an. Hory avait fait ses études à Strasbourg, il savait l'allemand, dont la connaissance a de tout temps été rare chez les français , et c'est peut-être à cause de cela qu'il fut appelé à Gleresse par la Classe de Nidau.
Hory passa des jours heureux dans sa cure modeste et ignorée. Nul orage ne vint y troubler sa vie paisible , et de sa douce retraite il entendit les rumeurs lointaines des disputes tbéologiques auxquelles il ne prit jamais part, et le bruit sinistre des guerres civiles qui n'approchèrent pas de sa demeure. Il tempéra le sérieux de ses fonctions pastorales par les lettres et la poésie , à la culture desquelles il apporta un cœur pur, un esprit religieux. Hais son àine peu profonde ne fut jamais excitée à chanter par une impulsion spontanée, et ses poésies ne nous parlent que des événements» grands et petits, qui se sont passés dans sa famille, chez ses amis, dans sa patrie , dans le monde politique , dans l'église, et qui l'ont assez fortement frappé pour lui arracher quelques accents poèti*
ques.
L'époque où Biaise Hor>' fut appelé à la cure de Gleresse , fut aussi celle de ses premières poésies. Les premiers vers que nous avons de lui sont de 1554. Ils sont en latin et au nombre de vingt environ. Ils parlent de deux pêcheurs, in duospiscalores, que Hory,
HORY. 493
caché par des buissons , entend discuter sur les poissons auxquels ils tendront leurs amorces. Cette pièce a perdu tout son sel pour nous, si tant est qu'elle en ait jamais eu, et qu'elle soit autre chose qu'un simple exercice de versification latine. Nous en dirons autant de trois distiques latins de 4556 et 4557: Super Lodicem; In horlo sertum; In Gnaltherum Ennium, En 4560, il composa quelques vers latins sur l'ossuaire de Morat.
En 4558, Hory essaya pour la première fois de composer des vers en sa langue maternelle, encore ne le fit-il pas de son propre mouvement , ce fut son ami Jaquet qui lui demanda de réparer une chanêon mal baslie sur les saints de boys de Cressier, En 4563, il revint pour la seconde fois au français ; mais il ne fit encore que corriger et s'approprier une pièce de vers composée par une autre personne. Ce n'est qu'en 4567 qu'il composa en français une poésie entièrement originale , VEpUre à Royet , et depuis cette époque il ne fit plus que rarement usage du latin. Ces années 4554-4563 ont donc été presque stériles.
De 4563 à 4572, les poésies sont encore très-peu nombreuses, mais elles*ont un tout autre prix que les précédentes. Ce sont: De obitu Musculi; sur la morl de Henri II; response à Royet; pour entrée d'ung an nouveau; et Christ Lulhardo. La pièce sur la mort de Musiin, qui est de 4563, est sans contredit la plus remarquable de toutes les poésies latines de Hory et elle est même de tout son livre la seule dans laquelle l'auteur donne par une heureuse fiction une forme originale aux sentiments et aux pensées qu'éveillaient en lui les événements contemporains. L'épltre à Royet est sans doute inférieure pour la versification aux dernières poésies françaises de notre auteur; mais elle ne l'est à aucune pour l'élévation morale des idées.
Sa vie à Gleresse était celle d'un pasteur protestant dans un village de campagne. Il avait établi un culte domestique du matin et du soir; une prière commençait le repas, que terminait une action de grâces. Hory faisait ses visites pastorales , inspectait l'école, composait ses sermons, et les dimanches, d'un pas grave et en robe noire, il montait au milieu de son troupeau les nombreux degrés qui conduisaient au temple.
Sa table était très-frugale. Un de ses amis lui avait envoyé du
494 HORY.
porc , avec un distique qui exprimait ses regrets de n'avoir pas à lui envoyer plutôt des faisans. Hory lui répondit :
AtUgen et pictos pavo, vel Phasidis aies.
Perdis et tnrdiis, SangelinusqQe capus,
Montifeii«qiie fene, qam épulis servantar optimis,
Baro suBt BensK fercala nota me«.
OBoe olos ei sodica comedo plemmqae patella
IX si quid prerio venditar exiguo.
Non tasen aspeinor tante convivia ccen»,
Mellea Bonifico liba parante Deo.
Attolitv acreptns porcorum ex corte tuonmi
Delims, a^joncto canDîne, delicias.
rtqoe Bihi gratiun muniis fuit, impleat opto
Prvgnans porco toas, tetaqne semper haras.
L*unirormité de cette vie paisible et réglée était suspendue de temps en temps par des assemblées où se réunissaient les pasteurs du voisinage. Avaient-elles lieu à des époques fixes, comme celles du clergé neucbàtelois? Se tenaient-elles à Nidau? Le manuscrit de Hory ne le dit pas; il nous apprend seulement a qu'on s'assemblait pour traiter de la sainte parole de Dieu » et que ces assemblées commençaient par une prière, que sans doute chacun des membres faisait à son tour. Horv' nous a laissé celle qu'il avait composée.
Le talent poétique qui avait germé dans l'àme de Biaise» en 155^ , et qui en 1563 était déjà une forte plante , ne commença qu*en lS7i à produire des fruits en abondance et ne fut jamais stérile. Sa réputation commençait à se répandre dans la contrée, et le$ catholiques eux-mêmes rendaient justice à son talent. A quelques lieues du lac de Bienne était un couvent dont les antiques bâtiments s'élevaient à l'extrémité occidentale du moot Moron, qui sépare le val de Moùtiers en deux vallées d'inégale grandeur. 11 était entouré de bois de sapins et de pâturages, doDt Tuniformité n*est interrompue par aucun village voisin , par aucune vue lointaine. Dans cette solitude vivaient des membres de cet illustre ordre de Bénédictins, qui fut dans le moyen-àge l'un des principaux dépositaires des sciences et des lettres. Bellelaie soutenait dignement la réputation de son ordre, et lors de la révolution française , ce couvent comprenait une école célèbre où soixante élèves recevaient à un prix modique une excellente éducation, et
HORY. 495
un institut de bienfaisance où étaient élevées seize jeunes orphelines. Mais ce bel usage que les moines faisaient de leurs grandes richesses, ne sauva pas de la sécularisation leur couvent, qui devint d'abord une fabrique d'horlogerie, puis une brasserie, et dont l'église a été changée en écurie. A l'époque de notre histoire, Jean- Simon de Buren était abbé de Bellelaie depuis 1574. Il désira faire la connaissance du poète de Gleresse, et l'amour commune des lettres et de la vertu surmonta les préjugés d'église, sans toutefois les faire oublier. Simon, en 1576, invita Hory à venir le voir dans son couvent. Le pasteur protestant partit le 42 octobre, et annonça son arrivée à l'abbé par les vers suivants:
Quem, rcvcrcnde, coram voluisti cemere, pnesul,
Credulus ex simplex ecce vocatus adest.
Hoc desiderium quid, quseso, accendit? Inanis
Fama mci (nam sic suspicor) ingenii.
Sic licct id nullum, tamcn hoc laodabile, doctos
Integer et reclus quod tuus ardet amor. Nempe ergo ignotos studium conjungit honesti ;
Optarim simus relligione pares.
Au couvent, on fit voir à Hory un livre curieux, le rentier de la congrégation, dont l'original très-ancien était tout rongé des mites et des vers et dont l'abbé Simon avait achevé , non sans grande peine , la copie commencée par ses prédécesseurs. De retour à Gleresse, Hory célébra dans trois langues, en latin, en français et en allemand, cet exploit de l'abbé, à qui sans doute il envoya ses vers. Les voici dans notre langue :
Jean-Sîmon de Buren , abbé de BeUelaie , à ion livra ,
ft7 Wovembre.
Sans moy tu t*en iras : heureux soit ton voyage ,
Beau et ample rentier, jusques au dernier âge.
Si lors quelquMng s^enquicrt de toy : qui fut ton père ?
Qui furent tes autheurs? Et qui te fut prospère?
En brefs propos (de peur que se faschant ne fronce),
Tu seras averti faire telle responce:
Déià et tigne et vers mon géniteur paissait,
La putréfaction mesme le menaçait,
En misérable estât son beau teint estait mis,
Et presque! mescognu estait de «es amis.
496 HOBT.
Lorsque Tabbé Fotel m'extralre s'faazarda Du ventre du mourant ; mais la mort Pen garda. Tost après Melcfaior, lors assis sur le siège Episcopal, de mort fut aussi prins au piège. Mais moy, du père mien au ventre encore pendu. Secouru par Simon, sain et sauf fus rendu. Pourtant en ce prélat ie ne me puis bien complaire. En Pevesque Blaurer, en Huggè commissaire. Aussi pour ung tel bien Dieu qui au ciel praeside. Ne laisse esclairer jour qui de biens leur soit vuyde.
Les poésies de Biaise Hory sont divisées en deux classes , lef Chansons eWe^Epîtr es. Sous le nom de chansons, on eDleodiit des poésies de plusieurs sortes sur divers tons et divers rilhines, mais dont le caractère distinctif était d'être partagées en stances ou couplets. En général c'est le ton sérieux et religieux qai domine dans notre poète. Lorsqu'un événement heureux vient réjouir sa famille, la reconnaissance délie les lèvres du poète, qui remercie Dieu pour les gr&ces qu'il lui accorde. Ce sont les événements qui surviennent dans sa famille ou dans celle de ses amis qui font le sujet du plus grand nombre de ces chansons, des décès, des veuvages, des guérisons, des baptêmes , des mariages et poésies dans lesquelles domine le même sentiment religieux, mais difiEèrent beaucoup entre elles par le mérite. Quelques-unes sont fort médiocres, taudis que d'autres dénotent un vrai talent, soit pour le fonds, soit pour la forme.
Les années 1589 — 1594 sont avec celles de 1575 — 1578 les plus riches en poésies de tout genre. Elles se distinguent parle vif intérêt que Biaise Hory prit aux disputes théologiques de Huber avec Théodose de Bèze et Abraham Musiin , et des Luthériens avec les Calvinistes sur l'ubiquité. C'est pendant ces mêmes années, que Hory fit la connaissance de Jaquemot, français d'origine, pasteur à Neuchàlel, poète latin, homme célèbre de l'époque, et qu'il se brouilla avec son ancien ami Jaquet, dont il n'avait pu louer les poésies et qu'il lui renvoya avec un épitre où le pauvre poète de Dombresson était assez persifflé :
Couve donc en ton sein, honteux, Je te supplie. Ton nourrisson non mûr et pas ne le publie. Croy-moy, celuy qui plus s'est escarté du monde.
HORY.
Vit en plus grand repos et plus en paix abonde. Je te rends ton livret qu'ay gardé longuement; H n'a reçu chez moi que tout bon traitement; Tel que me le donnas, tel je te le renvoyé ; Je n'y ai pris ny mis, de fait je ne scauroye. Qui sur ung habit vieux et frippé pour remplage A mis du drap escru, a empiré Touvrage ; Le vieil est emporté par le neuf eh bandeaux, Tout autour on n'y voit que gailles et lambeaux.
Vers la fin de 1594, Hory vit sa femme subitement atteinte d'une grave maladie; le 42 décembre, son cœur fut brisé par la douleur la plus vive et la plus profonde qu'il eût éprouvée en sa vie ; sa femme a qui avait comme été faicte selon sou dessein » et qu'il aimait de l'amour le plus tendre, sa douce et fidèle compagne pendant seize années de bonheur, la mère de ses quatre enfants, lui fut enlevée. Cette mort lui inspira une complainte pleine de poésie, parce qu'elle est pleine de cœur, où se mêlent et se succèdent de la manière la plus vraie et la plus touchante , le tendre souvenir de celle qu'il vient de perdre, l'expression de sa grande douleur, la vue de la vanité des choses terrestres, la soumission à la volonté de Dieu et la confiance en sa miséricorde. Cette poésie est la dernière que Hory composa: elle fut le chant du cygne. Nous en citerons quelques strophes :
En ma tristesse dolente
Je lamente ; Tu me vois. Dieu tout-puissant, Privé de ma tourterelle ;
Je l'appelle Incessamment gémissant.
Lorsque moings m'y attendoye.
Fut ma joye Tournée en plainte et pleurs ; Et tant mon malheur me fascfae,
Que relasche Je ne trouve en mes douleurs.
Tant elle m'estoit fldéle,
Qu*autre qu'elle Ne contentoit mon désir ;
N'affectant une seule heure
Ma demeure Sans elle au monde choisir.
De mortelle et rude attainte
L*as estreinte.
Seigneur estant irrité ; Plustost me devois occire
Et destruire Moy qui Tavois mérité.
Certes la vie de l'honune
S'en va comme La belle fleur qui fleurit, Puys estant du chauld haslée»
Ou gelée De froidure, test périt.
498 HORY.
Hory cherchait une troisième femme « selon son cœurn, lorsque Dieu lui envoya la mort. En 4594, son ami Le Comie vint prendre sa place à Gleresse, dont il fut le cinquième pasteur. Sa première femme, Louise Grandjean, lui avait donné huit enfants dont sept filles et un fils. S'étant remarié avec Jeanne Perregaux , il en eut en 4580, Guillaume; en 4584, Marthe; en 4583, Biaise; en 458», Samuel, et trois autres filles dans les années suivantes.*
En lisant les poésies de Biaise Hory, nous nous sentons dans le monde réel , au sein d'une famille vertueuse , dont les membres sont unis par le lien d'une solide affection , auprès d'un homme de bien , qui possédait une bonne culture littéraire.. Dans la cure de Gleresse la vie est sérieuse sans avoir rien de sombre, et il y règne plutôt un certain enjouement qui donne aux pensées une tournure élégante et aimable. Parfois on s'y égare à la vue des ridicules d'autrui, et on les attaque avec l'arme innocente d'une satire indirecte ou d'une ironie sans méchanceté. Les poésies de Hory sont pures , mais elles n'ont pas une grande élévation de pensées. Elles sont vraies, mais elles n'ont rien d'idéal. Elles sont sages, mais l'invention y est nulle. Et les sentiments qui les ont dictées n'ont que bien peu de force et de profondeur, a Elles ont, dit M. deRougemont, un fonds religieux, mais on y sent une piété peu développée. L'amour de Dieu est bien plus riche de poésie que l'amour terrestre: il a ses inquiétudes, ses angoisses, ses joies célestes, qui saisissent l'âme avec une bien autre force que ne peut le faire même la plus intime et la plus ardente de toutes les passions mortelles. L'amour de l'Ame pour son Sauveur est infini dans son objet; et le but auquel il tend, est non pas un bonheur imparfait pendant les quelques années que l'homme passe ici-bas, mais une félicité corn-
4 Les registres de la Compagnie des pasteurs nous font connaître , dans le zm* siècle, cinq pasteurs descendants de Biaise. Le premier est Guillaume, consacré en 4605 , pasteur à Serrières en 1609 et à Boudry en 4631, où il moarut en 4636. Il était doyen en 4645 et 4624. Samuel , autre fils de Biaise, consacré en 4640, fut pasteur à Valangin en 4642, et mourut pasteur de 8t-Aabin en 4632. Son fils Samuel était pasteur à Travers en 4642, aux Brenets en 4654> aux Verrières en 4655, où il mourut dix ans après, en 4665. Deux autres petitsfils de Biaise furent aussi pasteurs : Isaae, reçu ministre à Genève, était pasteur aux Ponts en 4652, à Valangin en 4655, à Colombier en 4657 et à Boudry en 4675, où il mourut en 4699. Son frère Biaise, consacré en 4637, fut pasteur aox Brenets en 4640, à Cortaillod en 1646, à St-MarUn en 4651, à St-Blalse en 4662 et à Boudry en 1671» où U monnit en 1676.
plëte pendant réternité. II nait dans les larmes de la repentance ; rame pécheresse descend dans les abîmes de l'enfer et de la condamnation et en revient à la lumière pour s^élever vers les cieux ; elle y voit son Dieu , dont le nom est amour, elle lui parle, elle le perd , elle le recherche avec soupir, elle le retrouve avec ravissement, et elle vit dans sa société intime et habituelle, sur des hauteurs célestes où brille le soleil le plus pur, dans de ravissantes vallées où l'air est embaumé du parfum de mille fleurs inconnues au monde. Mais Hory semble n'avoir jamais eu connaissance de cette région mystérieuse de la vraie piété chrétienne; et aussi mérite-t-il moins le nom de poëte chrétien que de poëte moral. Il ne nous a parlé nulle part , ni des angoisses de l'âme qui dans sa pauvreté pleure sur son éloignemeut de Dieu et ses péchés, ni des vicissitudes de la vie spirituelle. Il était pasteur, et il ne nous a parlé nulle part, ni de ses prières pour les âmes qui lui étaient confiées, ni de ses douleurs à la mort d'un impénitent, ni de ses joies à la conversion, d'un pécheur. Il était poëte et chrétien , et ce qui fait à la fois l'essence et la beauté du christianisme, est resté pour lui couvert d'un voile épais. »
Le style des poésies de Hory est non pas celui de ses contemporains Ronsard et DuBarlas, mais c^lui de Marot; il lui emprunte la forme de la plupart de ses stances. Comme Marot, il finit le vers dans un sens coupé qu'il termine par enjambement au vers qui suit. Chez l'un et l'autre les hiatus sont très-fréquents ; Ye muet à la fin des mots n'est pas toujours élidé et compte pour une syllabe, et les mots sont parfois abrégés, allongés, chargés pour trouver plus aisément la mesure ou la rime. Enfin Hory, comme Marot, emploie les rimes suivies dans les pièces qui sont d'une mesure égale et non par stances ; et il ne s'est point astreint non plus à faire succéder régulièrement deux rimes masculines à deux rimes féminines.
Sourcef . Cette notice n'est qu^un abrégé de la belle monographie de M. de Rongemont sur la famille Hory, écrite avec autant de talent que de sentiment. Il nous aurait été impossible de découvrir tous les matériaux que cet écrivain « recueilli avec la plus laborieuse patience, et son travail nous a singulièrement facilité notre tâche pour la famille Hory.
HOniET.
JACQrES-F&£DÉM€ HOURIET.
lacqaes-Fréilêrir Hocriel, câèfcre horloger neodiàtelois , naquit à b OanHf AM dn» iXrgvl , le i5 KTrier 1743. Son père, Jm^i H'imhêi^ ^ evhiiralear cslîiiié ci considéré , était capitaine de ■flke ; sa nère. Marie-llagiMciiie Gagnebiii, était fille d'Abraham Gagnelwi . dûrarpcB àt la mulrtse de Berne et sœur de l'illustre Ahrahas Gagnebin , im des pfats fameoi naturalistes de la Suisse
Les parents de notre savant artiste firent donner à leur nombmtse famille une cdncition ansâ soignée que les temps et les cireottstanoes le permeliaienl alors dans les montagnes du Jura. A Fige de neof ans, Frédéric Hoarici fat envoyé à Mulhouse pour y apprendre Tallemand. A son retour au bout de deux ans , un événement fortuit décida de son goàt pour l'horlogerie : il eut occasion de trouver une montre perdue par le docteur Mestrezat , dans le voisinage de la demeure de son père. Une montre était alors un objet rare ; le jeone homme Fouvrit . l'examina , et ne pouvant se rendre raison de la cause du mouvement de cette petite mécanique, il témoigna à son père un vif désir de s'en instruire. Celui-ci y
1 Les enfuis et petits c&fuits de Jocoè EmâriH se sont distingués , les ans dans riDdostrie en portant an loin le nom ^corhâtelois, les autres dans des positions sociales notables. L^un de ses Sis • Jmtque$-Prèdèric Bouriet , dont nous donnons la biograpàie, acalHY de plosienrs sociétés saTantes suisses et étrangères, a été rintrodoctctirdesclironoaétres en Suisse et Pinventeur des thennométres métalliques. Son gendre, M. ITrlMÛn Jurgensen, de Copenhague, est Tanteur des Prineipts gèméramj et la musmre dm Umpt , des Mémoire» sur VhorUh gerie exacte^ etc. Le fils de ce dernier, M. Jules Jurgensen, est aussi mathématicien et membre de sociétés scientifiques. Tne fille de Jacob , Lydie Courvoisier-Houriet, a eu pour gendre, M. Gauthier, auteur de plusieurs ouvrages re- Ugieux, dont MM. L. et Ch. Vuillemin, ses neveux, ont écrit la biographie. Vnt petite-fille de Ljdie a épousé M. d^Otto , secrétaire de la duchesse de Vl^'eymar. Une autre fille de Jacob, épouse du maître-bourgeois J.-J.-H. Calame, a eu pour fille M"* Marie-Anne Calame, fondatrice de Pinstitut desBillodes, et pour petit-fils M. H. -F. Calame, ancien conseiller d^tat, député à la Diète, publiciste distingué. Un autre petit-fils de Jacob a été le lieutenant Houriet, biographe de son aïeul et oncle de M. Frédéric Courvoisier de la Chaui-<le-fonds , dont le non est si honorablement connu dans notre pays.
2 En i766, Alexandre Houriet, demeurant au Locle et père de M. le lieutenant Houriet , s'est fait la plus grande réputation dans la gravure par son goàt et U déUcatesse de son burin.
HOURIET. SOI
consentit et prit chez lui un lùattre horloger, pour enseigner à deux de ses fils les premiers principes de c«t art.
A l'âge de treize ou quatorze ans , Jacques-Frédéric Houriet fut placé en apprentissage chez un maître habile , Tancien d'église Abram-Louis Perrelet , un des meilleurs horlogers que nos Montagnes aient produits. Il y resta jusqu'en 1759, où il fit sa première communion; puis il partit ensuite pour Paris avec son frère aîné, habile graveur en or de couleurs, qui habitait Genève. A son arrivée de Paris , il entra dans l'atelier de Julien LeRoy , horloger du roi, où il avait été demandé. Après un premier essai , il se découragea presque quand il vit combien ce qu'il avait appris était loin de répondre à ce qu'on exigeait de lui ; il fut même sur le point de quitter Paris , mais encouragé par son frère , il redoubla tellement de zèle et d'aptitude qu'au bout de quelques semaines il parvint non-seulement à contenter son patron, mais à l'étonner par la perfection et la célérité qu'il mettait dans ses ouvrages. Ce fut dans cette ville qu'il se lia d'une étroite amitié avec Frédéric Berthoud et Louis Berthoud , ses compatriotes , et qu'il connut intimement Breguet et Janvier. Lorsqu'il se mit à travailler pour son compte particulier, les conseils et les leçons qu'il avait reçus de ces princes de la science de l'horlogerie lui furent d'une grande utilité et lui permirent de s'élever au niveau des hommes qui furent ses maîtres.
Pendant son séjour à Paris, Houriet dirigea et surveilla la construction d'une pendule à régler, avec équation et compensation. Cette pièce d'une exécution difficile , était encore dans son atelier au Locle il y a peu d'années ; il en vérifiait la marche chaque année, au moyen d'une lunette des passages, et jamais, dans le cours d'une année elle n'a varié d'une minute entière. Il en faisait le plus grand cas et s'en servait pour régler ses chronomètres.
Après neuf ans de séjour à Paris , Jacques-Frédéric Houriet revint au Locle, où son frère aîné et trois de ses sœurs étaient fixés. Il y fonda un établissement avec son beau-frère , David Courvoisier, dont plus tard il épousa la fille issue d'un premier mariage: il était par conséquent beau-frère et gendre de son associé. Dès lors et pendant quarante ans il dirigea toujours dans les diverses sociétés de commerce qu'il fonda avec ses parents , la fabrication de l'horlogerie soignée que ces maisons établissaient, et que Ton peut
802 HOUKIET.
supputer au chiffre de cinq à dix mille montres par année. Pendant tout ce temps , il. fut de la plus grande utilité à la fabrique d'horlogerie de ce lieu, par les perfectionnements qu'il chercha toujours à provoquer, tant pour les plans de construction que pour Ytxécution. A cette époque les savants ouvrages sur l'horlogerie de Ferdinand Berthoud étaient à peine connus de nom dans nos vallées reculées. Jacques-Frédéric Houriet tira les principes de cet iiuteur célèbre d'un oubli non mérité , et peu après la mort de l'illustre inventeur , inventa lui-même plusieurs choses , entre autres les spiraux isochrones qui lui valurent un brevet d'invention de rinstitut national à Paris. L'entreprise de M. Houriet était grande, même avec le secours des dé(*x)uvertes de Berthoud. Il fallait avoir comme lui pour réussir, du loisir, des fonds à sa disposition , une patience laborieuse , un grand talent d'horloger , et ce talent plas rare encore de savoir choisir et guider les ouvriers collaborateurs. En 4806 , après de grands revers de fortune qu'il surmonta avec courage et persévérance, il recommença une nouvelle maison de commerce avec son fils cadet, et fit plusieurs voyages en France, qui lui donnèrent occasion de voir et de se lier avec un grand nombre d'artistes distingués. C'est à cette époque qu'il eut l'idée pour sortir de l'ornière, de s'occuper exclusivement de la haute horlogerie, ou de la fabrication des chronomètres ou des montres marines. Il sentit que pour cela il fallait essenlielleroent travailler au perfectionnement des ressorts spiraux , alors encore très-défectueux. A l'exposition de la Société des amis des arts de Genève , dont il faisait partie , il présenta, en 1828, deux chronomètres exécutés par lui. Le premier était un chronomètre sans acier, hormis le ressort moteur et les axes de mobiles : tout le reste était en laiton , or ou platine. Le but de ce choix de métaux était de rendre cet appareil moins sensible aux influences magnétiques. On l'a placé en contact avec un aimant qui peut soutenir vingt-cinq à trente livres , sans que sa marche ait été dérangée. Cet instrument lui fut suggéré à Toccasion du dérangement et de la perturbation qu'éprouvèrent les horloges marines du capitaine Parry, lors de son expédition au pôlenord. La seconde montre présentée par M. Houriet, était un chronomètre régulateur à tourbillon , dans lequel le système ordinaire était comme renversé: tout ce qui constitue l'échappement éuit
HOURIET. BOd
renfermé dans une cage mobile très-légère ; la roue des secondes était immobile et celle de l'échappement tournait autour d'elle; le balancier oscillait comme à l'ordinaire et de plus tournait sur son axe par un mouvement de rotation qui se répétait et se renouvelait à chaque minute. De ces dispositions, il résultait que si le balancier perdait son équilibre il devait se corriger de lui-même, en regagnant en vitesse d'un côté ce qu'il aurait perdu de l'autre; de plus ce balancier aurait la même régularité dans toutes les positions du chronomètre.
La Société des arts de Genève possède une notice sur les diverses inventions de Jacques-Frédéric Houriet , consignées dans un mémoire qu'il fut engagé à lui présenter quelques années avant sa mort , et à la suite duquel cette société lui fit l'honneur de le recevoir au nombre de ses membres honoraires.
En 1818 , M. Houriet se retira tout à fait du commerce pour s'adonner exclusivement à son art , et depuis cette époque jusqu'à sa mort , arrivée le 12 janvier 1830 à la suite d'un catarrhe qui l'enleva au bout de huit jours , il a confectionné au-delà de cent chronomètres qui se font remarquer autant par la justesse et la perfection du mouvement que par l'élégance et le luxe de la main d'œuvre. Presque nonagénaire , il avait conservé la jeunesse de son talent; il venait encore de faire des découvertes en horlogerie, il les suivait avec zèle; il exécutait les ouvrages les plus délicats et les plus soignés, et les travaux de sa verte vieillesse serviront longtemps de modèles aux meilleurs ouvriers, comme ils feront toujours honneur à son pays. On a su apprécier ses recherches sur l'isochronisme , ses spiraux sphériques , lesquels le conduisirent à inventer l'instrument qu'il a nommé levier élastique , ci qui, présenté en 1818 à l'académie des sciences de Paris , lui valut Thonneur d'être admis dans cet illustre corps; ses chronomètres à compensation , ses mouvements de montres en or écroui , exempts de toute influence magnétique , ses thermomètres métalliques en forme de montres, dont l'idée lui vint à la suite de ses expériences sur la dilatation des métaux dans les diverses températures. Il a laissé une collection de mémoires et d'instruments précieux qui resteront au pays, puisque la ville de Neuchàtel en a fait l'acquisition vraiment patriotique.
504 HOURIET.
Nous venons de parler des tbennomètres métalliques en forme de montres de J.-F. Houriet ; il en a fabriqué un très-grand nombre. Cette branche d'industrie l'intéressait infiniment , et dans les dernières années de sa vie, il a exécuté un thermomètre métallique à suspension de très-grande dimension , dont le mouvement . produit par la contraction et la dilatation de deux lames, du poids de 19 livres, suffit pour remonter continuellement une horloge qui s'y adapte et à la faire cheminer sans autre force motrice. Il a aussi fait un baromètre à deux aiguilles , remarquable par sa construction , la délicatesse du travail , et par sa sensibilité aux moindres influences atmosphériques.
En 1819 , la Société d'émulation patriotique de Neuchàtel fiti M. Houriet l'honneur de le recevoir dans son sein en qualité de membre honoraire.
Cet homme a été remarquable, autant par la vivacité de son génie , qui le portait pour ainsi dire chaque jour à de nouvelles découvertes , dans un Age qui est ordinairement celui 'de la décrépitude pour ceux qui y parviennent, que par la délicatesse extraordinaire de ses travaux. Par exemple , dans ses chronomètres, c'était toujours lui-même qui faisait le balancier avec ses masses compcDsatrices, le spiral , le réglage dans les diverses positions et températures, avec un soin et une exactitude dont son journal fait foi. 11 a égalemeni dessiné tous les plans des instruments qu'il a inventés ou exécutés. Ces dessins sont admirés des connaisseurs. Il poussait si loin la délicatesse dans ce travail qu'il sertissait au papier de petites rivures en or pour éviter l'altération des points de centre que pouvait produire l'application de la pointe du compas. Il trouvait encore le loisir de s'occuper d'objets de récréation , tel que d'écrire en caractères excessivement fins. A l'Age de 85 ans, il écrivit sur une ligne spirale du diamètre de cinq lignes de France, une sentence de Confucius, contenant seize lettres de plus que l'Oraison dominicale: cette écriture, lue à la loupe, est parfaitement correcte.
Jacques-Frédéric Houriet reçut au commencement de notre siècle une médaille d'or de la Société d'émulalion patriotique , pour h confection de la montre la plus parfaite qui fût sortie jusqu'alors de notre pays. Nous aimons à transcrire ici le témoignage honorable que lui rendaient ses collègues de la Çociété des arts de Gt-
HOURIET. SOS
nëve en 1828: « M. Houriet, vieillard aussi respectable qu'artiste distingué , conserve , à Tàge de passé quatre-vingts ans, toute la force de sa tête et toute la légèreté de sa roain^ et consacre tout son temps à des recherches et des travaux qui ne tendent qu'à perfectionner l'art auquel il s'est voué dès sa jeunesse. »
M. Houriet était renaarquable aussi par l'amabilité de son caractère et la régularité de sa vie. Toujours d'une humeur égale . enjouée et agréable, il se mettait tous les jours à Touvrage à la même heure et finissait également à la même heure, travaillant en hiver pendant quelques moments à la lumière de sa lampe. Il est inutile de dire qu'il fut toujours d'une sobriété exemplaire , l'âge avancé auquel il est parvenu et la conservation de toutes ses facultés en sont la meilleure preuve.
Disons aussi pour les personnes qui attachent du prix aux distinctions royales, que le toit de M. Jacques-Frédéric Houriet a reçu au Locle , en 1810, l'impératrice Joséphine; en 181& , Frédéric- Guillaume m, roi de Prusse; en 4819, le prince royal, depuis Frédéric-Guillaume IV, et le prince Frédéric d'Orange^ second fils du roi des Pays-Bas. De même, en 1842, M. le lieutenant Henri Houriet a reçu LL. MM. le roi et la reine de Prusse , Frédéric-Guillaume IV et Elisabeth-Louise.
M. Henri Hoariet, ancien lieutenant-civil au Locle , neveu de Jacques-Frédéric Houriet, mérite aussi quelques lignes dans ce livre. Il est mort le 1& février 1857 à l'âge de 80 ans. 11 fut membre des Audiences-Générales pendant toute leur durée, puis du Corps-législatif jusqu'en 18&8. Il était aussi membre du Tribunal souverain de Yalangin. Ses capacités bien connues avaient marqué sa place dans ces diverses corporations ; mais c'est au Locle naturellement qu'il a été le plus apprécié. Il fut pendant de longues années chef en second de cette grande et importante juridiction. Grâce en partie à son heureux caractère , sa vie a été remarquablement favorisée. Vénérable vieillard , ses cheveux blancs étaient pour lui comme une couronne d*honneur. Il avait le même amour, le même dévouement et la même solidité de principes que son oncle.
Un fils de M. le lieutenant Houriet et petit-neveu du célèbre horloger^ M. Jacques-Frédéric Houriet , promettait de marcher sur les traces de son aïeul si la mort ne Teût enlevé prématurément à l'af*
fection de sa famille et de ses amis. — M. Alexandre Hooriet, après avoir suivi avec application les écoles du Locle , le collège et les auditoires de Neuchàtel , étudia toutes les brauches de l'horlogerie sous les meilleurs maîtres du Locle et de Copenhague et sous la direction de son parent , M. Jurgensen , horloger de la cour, et auteur de plusieurs ouvrages sur Thorlogerie, fort estimés. De retour dans sa patrie , il forma un établissement au Locle; mais quelque temps après avoir épousé M^® Dubied de Gouvet , il alla se fiier dans ce village, où il exerçait l'art de l'horlogerie avec distinction. Il égalait ses meilleurs ouvriers , les surpassait même et il en occupait près de 200 ; il était leur ami et leur soutien. Il ne produisait guère que de l'horlogerie fine et cultivait l'art pour l'art et non pas seulement pour le gain. Lors de la fondation de la Société d'émulation du Val'de-Travers , il en fut nommé président et prononça le discours d'inauguration. Atteint d'une maladie de poitrine , que tous les soins , les ménagements et les remèdes ne purent guérir, la mort vint le ravir à son pays le 1^*^ mai 1859, à l'âge de 31 ans, regretté de tous ceux qui le connaissaient. Il a laissé inachevée une pendule astronomique , qui devait être un chef-d'œuvre de précision et figurer au concours pour l'Observatoire deNeuchfttel.
Sources. Rapport présenté tur VexposUion des produits de l'industrie à G^ nève en 1828. — Notice manuscrite sur Jacques- Frédéric Houriet , appartenant à M. Jules Jurgensen fils , au Locle. — Messager Mieux de Neuchàtel , années I8i9, 1834 , 1860. — Etrennes neuchâteloises , par F.-A.-M. Jeanneret, Locle 1862, p. 52-56. — Àbram Gagnebin, de la Ferricre^ monographie de M. Thurmann, p. 99. — Comptes rendus des séances de la Société d'émulation patriotique de Neuchàtel , etc., etc.