MAIRE DU LOCLE
Au milieu d'âpres rochers , de montagnes couvertes de neige et de sombres forêts de sapins, comment pourrais-tu, mon cher Perret, plaire àPhœbus et aux Muses ! Auditeur de procès fâcheux au sein de ton plaid bruyant, et juge de méchantes causes, comment prétendrais-tu te rendre agréable aux chœurs mélodieux des Grâces? Oh! toi,riche du trésor inépuisable d'une ardente imagination, pourquoi redoutes-tu de faire courir tes doigts habiles sur la lyre sonore de la muse d'Ausonie? Le Dieu des vers t'appelle , Q Perret , à prendre place parmi les grands poètes; 11 veut te voir en main des rameaux cueillis sur la roche d'Aeonie et les cheveux ondoyans ceints du feuillage sacré; et, si quelquefois les déesses de Castalie donnent aux mortels l'accès aux sources de l'harmonie, elles ne voient pas d'un œil indifférent qu'ils repoussent leurs dons célestes et les lauriers du Pinde. Le Dieu protecteur de Délos ne tolère pas que dans Poisiveté le poète coule des jours tranquilles , qu'il s'abandonne à une honteuse molcssc, qu'il suive le chemin obscur d'une vie cachée et d'une existence inactive. Ainsi la jeunesse grecque appelée à combattre sous les murs de la redoutable llion , ne voulut pas que le (ils de Pelée restât plus longtemps caché sous une (unique de fille, et l'obligea, découvert enfin par la ruse du chef de Dulichium , à prendre les armes , à supporter les travaux pénibles d'une longue guerre, à s'illustrer dans lescomba(s , et pour prix de la défaite d'Hector, à se voir chanté dans des vers que les âges futurs, ni la faux toiyours brandissante de l'impitoyable Saturne ne pourront jamais détruire. La Vertu ne va-t-elle pas secouer dans sa retraite le silence, père de l'Oubli? ne veut-elle pas montrer sa bouillante ardeur et s'entourer d'un pompeux éclat? Et l'Envie l'a-t-elle jamais arrêtée , non plus que
834 JÂGOT-DESCOMBES.
Non livor illam terfitat impius: les propos impudens d'une langue té-
Ncc sa?va dictis lingua procacfbus. méraire? Non, mais toujours sûre d'el-
Pergit per obstantes procellas le-méme, elle poursuit sa route en bra-
Tuta, suis simul aucta damnis. vant les tempêtes et va s'agrandissant
par les obstacles qu'on lui oppose. Tel
Ceu palma crescit, pondère qus gravi croit le sarment : le poids qu'il supporte,
Non pressa cedit: sed caput altius couché, ne l'écrase pas ; victorieux , au
Tollit reluctans, atque lœtis contraire , Il relève sa tète altière et
Gelsa comis petit astra victrix. pousse des rameaux plus vigoureux.
Jacomot avait été doyen de la Compagnie des pasteurs de Neuch&tel en 1593 et 4594. Il doit être retourné à Genève en 1597, puisque dans cette naéine année il publia à Genève son Agrippa. En 1603, il fit un voyage en Valais; le conseil de Genève l'employa auprès des villes de Zurich et de Berne , afin de solliciter leur intervention auprès de la France, pour obtenir des ducs de Savoie la liberté de conscience dans les baillages de Ternier , de Gaillard et de Tbonon. Il mourut à Genève en 1609 ou 1615.
<t Nous ignorons , dit M. de Rougemont , les causes qui ont engagé Jacomot à quitter , en 1597 , Neuchàtel , où il avait été reçu de la manière la plus honorable. Une note sur une feuille volante dans le registre de la Compagnie, dit qu'en 1605 a M. Jacomot ayant été présenté et oflert par MM. de Genève , il a été élu et nommé ministre à Neuchàtel. » Est-ce ce même Jacomot? cela nous semble peu probable. Il est possible que des recherches dans les archives de la Compagnie, plus attentives et plus longues que celles qu'il m'a été possible de faire , amèneraient à des résultats plus précis sur le rôle et les divers séjours de Jacomot à Neuchàtel. L'article de Senebier sur Jacomot est inexact et incomplet. »
8oaroe«. Poésies de Biaise iJory, publiées et annotées par F. de Rougemont. Neuchàtel t844, in-8*. — Senebier, iîi$(oirc littéraire de Genève , t. Il, p. 23.— Matile, Musée historique de Neuchàtel et f'alangin, t. I, p. 66-69. — Etrennes helvétienties, année 1 796. — Dictionnaire de Moreri, article Jacomot, etc.
DAYID JAGOT-DESCOMBES.
David Jacol-DesCombes, communier du Locle , fils de David Jacot, avocat, entra comme soldat au service du Piémont. Il parvint successivement au grade de lieutenant, de capitaine et de major;
JACQUEMET. -^ J AQUEMOT. t(3K
puis en 1730, il passa en qualité de colonel au service d'Espagne:. Excellent officier, il rendit de grands services à la couronne d'EiSpagne par ses travaux de fortifications dans plusieurs places. Il est mort vers 1750. Son oncle, Jean-Henri Jacot, avocat, était maire de Rochefort, en 1751.
Souroet. Mémoires manuscrits du siècle dernier.
JEAN JACQUEMET.
Jean Jacquemet, chevalier, bourgeois de Neuchàtel, commandait, en 1503 , une compagnie de 200 Neuchàtelois au service de Louis xii en Italie, où il perdit la vie ainsi que son lieutenant Léonard Baillodz, et 153 hommes de sa compagnie; il n^en revint que 47 dans le pays. Berne, informé que Jean Jacquemet levait publiquement sa compagnie à Neuchfttel , avait envoyé Louis d*Erlach pour représenter à la ville de Neuchâtel que ces expéditions ultramontaines étaient tellement ruineuses pour la Suisse, que les canetons avaient résolu de modérer ou d'arrêter même la sortie de tant d'hommes qui, la plupart, périssaient en delà des monts, ou en rapportaient des maladies diaboliques. Ces sages représentations furent inutiles. Le chanoine Jean Purry de Rive assure que la seule expédition de Louis xii coûta 7000 hommes à la Suisse, tous jeunes gens qui partirent pour l'Italie sans autorisation publique des cantons, par des levées secrètes que le comte Philippe de Hochberg fomenta de toutes ses forces. Il ajoutait que les expéditions d'Italie avaient déjà coûté la vie à plus de &0,000 suisses.
Bour^f, Chronique des chanoines, p 6k,
GEORGES-FRÉDÉRIC JAQUEMOT.
Georges-Frédéric Jacquemot, ministre du Saint-Evangile, né en 1776, consacré au ministère en 1789, est mort pasteur à Neuchâtel en 1841, où il avait commencé ses fonctions pastorales coitime
83« JACQUEMOT.
ministre du vendredi. De œ poste il passa , en 480& , à l'an des plus pénibles du pays , à celui de pasteur de Yalangin : il fut dix ans dans cette église à annexe, qu'il quitta en 4 814 pour les fonctions bien plus laborieuses encore de pasteur à la Ghaux-de-fonds. On est étonné qu'avec une constitution faible, un corps cbélif et contrefait , M. Jaquemot ait pu porter seul le fardeau du ministère dans une paroisse de sept ou huit mille âmes , et de plus, pendant trois de ces dix-huit années, être doyen de la Classe de Neuchàtel. Dans ces divers postes, il s'était fait de nombreux amis, par l'agrément de son commerce, les ressources de son esprit et les qualités de son cœur. Homme d'étude et de cabinet , il avait une instruction solide et variée et un style d'une élégance et d'une correction peu communes dans notre pays.
Un seul des sermons de M. Jaquemot a été imprimé de son vivant , quoique plusieurs méritassent de l'être : c'est celui qu'il prêcha à la Ghaux-de- fonds, en 1830, pour le Jubilé de la réformation. Le Sermon sur le support mutuel, qu'on a imprimé après sa mort , a entre autres mérites celui de le peindre si bien qu'à chacune des phrases qu'on en lit , on croit l'entendre lui-même. C'est comme un souvenir qu'il a laissé à ses amis ; aussi se sont-ils empressés d'en faire l'acquisition : « La justice, la religion, notre propre intérêt nous disent à la fois : supportez-vous charitablement les uns les autres. » Ce sont là les trois principales idées développées dans ce discours qui, dans un petit nombre de pages, contient un grand nombre d'idées utiles et édifiantes. Les sujets de charité chrétienne étaient ceux qu'il traitait avec le plus de succès, ce dont on avait facilement l'explication dans son cœur si bon , si humain et si charitable; mais il en a traité d'autres avec une vraie supériorité. Les dernières années de sa vie , ses discours perdaient un peu par la récitation. Les personnes qui ne l'ont connu que depuis sa nomination à la cure de Neuchàtel, n'ont guère pu apprécier tout son mérite , car il avait apporté de la Ghaux-de-fonds , où ses forces avaient déjà souvent trahi son courage, une fatigue invétérée qu'il n'a jamais pu complètement surmonter. Ses amis intimes pouvaient seuls se faire une juste idée de tout ce qu'il était , de tout ce qu'il savait, et de tout ce dont il était capable. Dans ses Promenades cmtour de Yalangin , M. Georges Quinche parle beaucoup de M. Ja-