CYPRIEN ISNARD
Cyprien Isnard était diacre à Neuchâtel en 1576. Le 2 juillet 1580, il fut nommé pasteur aux Verrières, d'où il passa, en août 1584, à la cure de Boudry, puis à celle de Neuchàlel, en 1589. Il était doyen de la Classe en 1585. Le 22 avril 1588, le synode de Berne avait condamné comme contraire aux dogmes de la religion évangélique le livre d'un certain Alberius : De fide catholicd apostolied romand. En 1591, la vénérable Classe de Neuchâtel avait donné sa pleine et entière adhésion à cette sentence; un seul de ses membres s'y était refusé , Cyprien Isnard , pasteur à Neuchàtel, qui partageait les opinions d' Alberius et qui avait introduit secrètement dans le pays un certain nombre d'exemplaires de cet ouvrage. Rien n'avait pu le faire revenir de son avis, et par son opiniâtreté il avait jeté dans le trouble toute l'église de Neuchâtel, qui le suspendit de ses fonctions et qui donna avis de ce qui se passait dans son sein, soit par lettres, soit par députés aux églises de Genève et de Bâle. Jacomot avait remplacé Isnard dans sa charge de pasteur à Neuchâtel, et en 1593, l'agitation subsistait encore. Enfin, sur la proposition du gouverneur du comté, Pierre Wallier, et sous sa présidence , il se tint au château de Neuchâtel un tribu-
53i D'ITESNOIS.
Bal arbitraire, à h sttOtmet doqiid Isnard avait promis de se sou- Biettre. D était comfesé de dnq ministres « doctes et craignant Diea ^ cèioi^ par la Oasse, de trois conseillers d'Etat et de plusieurs btMirgetjè» de Nenebàtel. Les cinq mÎDÎstres étaient: Biaise Horr. min^tre de Gkresse, doven de la Classe de Nîdau ; Nicolas Séguier, nuntstre de Payeme ; François Paulmier, ministre de Traneian ; GrégUre Ibehaud, ministre de la Neuveville ; et Guillaume Perrot .. nûoc^tre de Saint-lmier. Cyprien Isnard fut condamné ainsi qize le ËTre d'AlbérioSy mais il ne fut pas cassé. Il reçut son coct^ et dot s'engagjer à quitter Té^ise et le pays de Neuchàtel, mais a^ec bon témoignage et après récondlialion de bonne foi. Ce fut lui ausiîi qui paya les journées des cinq ministres.
La (X'f ie de Facte dressé k la suite de ce jugement existe dans les archives de la Classe des pasteurs de Neuchàlel , dont les registres ciHitiennent le rédt très-détaillé et très-intéressant de toute cette affaire d'Isnard ; on \ trouve aussi la rétractation d'Isnard et
sa soumission à la sentence , écrite de sa propre main et signée par lui.
irtfl«trr ée Jfwekmiti H Fmimmgm, par F. de Cbambiier, p. 381. mfuekiiHmMS et BImiit Aory, pobliées par M. de Rougemont, p. 65êê. — Le (irrr âts ODTf, BaMvçcril. — Arrhives de !<eiichàtely mss. X 39 , n* 10. 1330. S 10 ■• i%, F 20 ■• IS, etc.
jea:ç-a>toine divernois.
Au commencement du siècle dernier, un négociant du Val-de- Travers, nommé Abraham DvTemois, fit une fortune considérable à Paris au moment des folles entreprises de Law. Il obtint , en I7ii, des lettres de noblesse du roi Frédéric-Guillaume ^*^ dans lesquelles il fit déclarer nobles son père, et quoique décédés « ses aïeul, bisaïeul et trisaïeul. H obtint du même prince les charges de conseiller d*Etat et de châtelain du Landeron , avec la croix de Tordre de la Générosité. H avait épousé Marie-Anne Tribolet, fille de Jean-Frédéric Tribolet, capitaine au régiment des Gardes-suisses au service des Etats-Généraux, et de N. de Marconay. Il mourut sans enfants; mais il laissa plusieurs frères qui furent compris dans les lettres d'anoblissement qu'il avait obtenues; ce sont :
1® Guillaume-Pierre d'Ivernois , conseiller d'Etal et procureurgénéral en 1749, qui mourut vers 1770, laissant de N. Baillodsde Bellevaux, sa femme, un fils, N. d'ivernois, colonel d'infanterie au service du roi de Prusse et chevalier de l'ordre du Mérite, allié par son mariage à une famille de Silésie. Il eut un fils qui fut d'abord page de la princesse Amélie, sœur de Frédéric ii, puis officier de cavalerie.
2® N. d'hernois, négociant à Lyon, père de M. César d'Ivernois, avocat et maire de Colombier, dont on trouvera la biographie plus loin, et de deux autres fils.
3^ Charles -Guillaume d*Ivernois , négociant à Lyon, obtint la charge de conseiller d'Etat et de trésorier-général, en 1763. Il épousa Marie-Anne de Montmollin , fille de M. de Montmollin, professeur et pasteur de Métiers, dont il eut un fils et une fille mariée, en 1794, à J-F. d'Osterwald, commissaire-général.
4® Jean- Antoine d'Ivernois, le plus célèbre de la famille, né à Môtiers en 1703, mort à Neuchâtel en I7G4. Après avoir fait d'excellentes études et passé quelques années en Russie, il prit ses grades à la faculté de médecine de Montpellier, en 1728^ et, à son retour à Neuchâtel, en 1733, fut nommé médecin du roi.
Nommé membre de l'académie impériale de St-Pétersbourg, le docteur d'Ivernois fournit plusieurs mémoires intéressants sur la botanique et la médecine aux Commentaires de cette illustre société. Botaniste de premier ordre, il étudia avec passion la flore du Jura Neuchâtelois: il a laissé un catalogue manuscrit de toutes les plantes qu'il avait étudiées , qui appartient aujourd'hui à la bibliothèque de Neuchâtel. Ce volume précieux, amplement utilisé par. Haller, fut le point de départ de tous les ouvrages spéciaux publiés depuis sur les plantes du canton de Neuchâtel et du Jura. M. d'Ivernois jouissait d'une grande considération comme médecin et comme naturaliste; ses écrits révèlent ctiez lui à la fois l'homme de science et l'ami de son pays. Dans une lettre à Cartier, publiée dans le Journal helvétique , il combat en faveur de la réputation des savants suisses, trop rabaissée par Tollat de Genève, et établit les services rendus par eux à la botanique dans la personne des Gessner, des Bauhin, des Zwinger , des Thurneisen , des Kônig, des Murait, des Scheuchzer, des Wagner, des Haller, des Garcin, des Lang, des
Gagnebin , etc. Si la même question menait à être soulevée aujourd'hui, il serait aisé de compléter cette défense. Combien de pays pourraient produire une liste commençant par les Gessner et se terminant aux De Gandolle et aux Agassiz?
Le docteur d'Ivernois, Scholl de Bienne, Gagnebin de la Perrière et Garcin de Ncuchàtel formaient un petit comité botanique, dont les investigations s'étendaient jusque dans les coins les plus reculés du Jura Neuchàtelois et sur la partie du Jura bernois. Tous quatre virent leurs recherches vivifiées par le patronage du grand Haller. Ils raccompagnèrent dans la course qu'il fit au Greux-du-vent, à la sollicitation de d'Ivernois. En 1739, Haller consultait notre docteur sur son projet de visiter les Montagnes de Neuch&tel. D'Ivernois lui répondit : a II n'y a à proprement parler dans ce pays que le Creu\-du-vent qui soit digne de votre curiosité , experto crede Roberto. Mais là vous trouverez, Monsieur, en abrégé, tout et même plus que vous ne trouveriez dans toute l'étendue du pays. » Haller partit de Berne, prit en passant le pasteur Scholl de Bienne et arriva chez d'Ivernois, qui lui fit présent d'un grand nombre de belles espèces de plantes dont il ignorait même l'existence en Suisse. Chez d'Ivernois se trouva Gagnebin, et les quatre botanistes entreprirent ce fameux voyage botanique dont Haller nous a conservé le souvenir dans sa Bibliothèque botanique; ils recueillirent une riche moisson de plantes sur les belles montagnes du Val-de-Travers.
M. d'Ivernois, comme tant d'autres Neuch&lelois, était de l'école du modeste J. Gessner, cette noble personnification du désintéressement scientifique et de l'amitié qui, en livrant sans réserve à Haller ses nombreuses observations botaniques , lui écrivit: Mihi sat gloriimm erit si vel exiguam aliquam particulam operi tuoattulero. il cherchait son bonheur dans l'étude de la nature, sans se préoccu|>er de la considération qui pourrait lui en revenir. Cependant son nom n*a pas été perdu : s'il existe dans la mémoire des NeuchAtelois, il vit aussi dans les annales de la science. Un fossile végêlal , trouvé dans les marnes oxfordiennes du Jura bernois a reçu le nom de C^rpolithes kemovsi, et se trouve décrit dans la belle monographie de Gagnebin de la Perrière , par M. Thurmann.
Voué entièrement à l'exercice de sa profession » et consacrant à
rétude les courts moments que lui laissaient une pratique trèsétendue, et les soins qu'il donnait sans distinction aux pauvres et aux riches qui avaient recours à lui , d'Ivernois fut du plus grand secours pendant les maladies épidémiques qui régnèrent à cette époque dans le pays. Ses profondes connaissances en botanique Tavaient rois en relation avec les plus célèbres savants de la Suisse et de l'étranger. Il enrichissait notre ancien Mercure suisse d'observations sur les sciences qu'il cultivait. Il a publié dans ce recueil les opuscules suivants:
I. Lettre d'un médecin à M. leC***, écrite à Poccasion de celle qui se trouve insérée dans le Mercure suisse du mois de novembre, adressée à Messieui*s de l'académie royale des sciences de Berlin, sur la possibilité de redonner la vie aux noyés. Décembre 4733 et Mars ^34.
II. Considérations générales sur Vabus des médicaments étrangers y où Pôn s'attache principalement à faire voir que la souveraineté de Neuchâtel et Valangin renferme dans son enceinte les remèdes nécessaires à ses habitants. Mai
III. Examen si Von peut connaître la nature et les causes des maladies par V inspection des urines. Août 4736.
IV. Considérations sur les bains dousr , spécialement ceux du lac de Neuchâtel , où Ton parle par occasion de la nature de ce climat et des maladies les plus fréquentes de ses habitants. Mai 1739.
y. Extraits raisonnes du voyage botanique de Haller. 1740.
VI. Réponse à la lettre de M, Normand, insérée dans le Journal helçétique de Décembre 4742, sur la petite vérole. 4 743.
vu. Lettre servant d*apolngie aux médecins botanistes suisses y contre ce qu'on a avancé dans le journal de décembre 4 741, sur l'état de la botanique en Suisse. Janvier 4742.
C'est une réponse à un sot article de J-B- Tollotde Genève, contre les savants suisses. Ce dernier répliqua dans le journal de Mai 1742, p. 65—88.
Souroet. Etrennes historiques et morales pour l'année 4765, p. 39- — Haller, EnumeratiostirpiumHelvetiœ, 4740,prefatio,p. 40.- Haller, Hist, stirpium indigenarum Heltetiœ, 4768, XVII. — Catalogue raisonné des auteurs sur Vhist. naturelle. - Bcrnouilli, Lettres sur divers sujets, t. I, p. 265. — Haller, Bibliotheca botanica, II, p. 322. — Haller, Schweizer Bibliothek, t. I, n» 4354, 4358. — Thurmann , Abraham Gagnebin, etc.
César d'Ivernois, conseiller d'Etat et maire de Colombier, mort le 28 mai 48&21 , âgé de 71 ans. Il est peut-être le premier poëte
de notre pays dont les œuvres souvent relues et appréciées par tous ceux qui les connaissent, soient vraiment dignes de l'impression. Ses poésies annoncent toutes de l'esprit , de la verve , un goût fin et délicat, et sont remarquables par la pureté de la forme et par la facilité de l'expression, qui a cependant un tour gracieux et original.
Envoyé à Bàle à l'âge de IS ans , pour y faire ses études en droit , avec son ami d'enfance , M. de Sandoz-Travers , qui devint plus tard son beau-frère , M. d'Ivernois y composait déjà un petit poème sur le Jea de boston, dans lequel il assignait un rôle à chacun de ses compagnons d'études ; et si cette première œuvre, qu'il n'a pas retouchée dès lors, n'est pas exempte de fautes, elle décèle dçjà ce talent qu'il devait développer plus tard , et un génie précoce à une époque surtout où les jeunes gens s'occupaient peu de littérature dans les collèges. Revenu dans son pays, les charges qu'il remplit dans la magistrature ne l'empêchèrent pas de se livrer de temps à autre à son goût favori , et jusqu'à la fin de sa vie, il a cultivé les muses, qui naturellement furent plutôt pour lui un délassement et un sujet de récréation qu'une occupation réelle. On voit dans VEpUre des jeux de société, le soin qu'il mettait à polir ses vers et à les amener à leur perfection. Les habitudes, les tics, les travers de la bonne compagnie de Neuchàtel , à la fin du siècle dernier, sont décrits dans ce petit poème avec une gaieté et une vérité remarquable :
Déjà novembre a prolongé les nuits ;
Chaumont blanchit et l'hiver nous assiège ;
Bientôt nos ceps, dépouillés de leurs fruits,
Vont se courber sous des amas de neige.
Sortant enfin de son obscur cellier,
De vendangeur devenu petit-maitre.
Chacun de nous au grand jour va paraître.
De six à neuf on nous verra briller
Dans ces grands thés que nous nommons soirées :
Cercles nombreux, rassemblés par devoir,
où se rendront cent femmes bien parées.
Pour se montrer bien plus que pour se voir, etc.
Le Mari consolé, autre poëme de M. d'Ivernois, est écrit avec plus de légèreté et d'abandon , et quoiqu'il soit un chef-d'œuvre de
D'ÏVERNOIS. B29
style , il témoigne de la verve et de la facilité du châtelain de Colombier. Son portefeuille contient un grand nombre de poésies, des contes, desépitres, des idylles et plusieurs pièces de circonstance adressées à des parents ou à des amis intimes , et qui , pour cette raison, ne souffriraient pas l'impression. Quoi qu'il en soit, il est certain que le petit nombre de pièces imprimées sous le nom de M. d'Ivernois feraient honneur à leur auteur, si elles étaient signées Ândrieux ou Gresset.
Peu partisan de la nouvelle école romantique qu'il appelait la littérature nébuleuse, M. d'Ivernois, parmi les poètes de nos jours, ne goûtait guère que Lamartine. Ses auteurs de prédilection étaient Boileau, Frenilly, La Fontaine, etc. , et peut-être y a-t-il dans sa manière plus d'un rapport avec ce dernier. En tous cas personne, même dans ce siècle prosaïque, ne sera tenté de dire de lui ce qu'il écrivait quelques années avant sa mort , sur un Boileau destiné à un de ses jeunes amis :
Des Boileaux les dieux sont avares»
Mais nos regrets sont superflus ; Hélas t si les bons vers sont rares , Les lecteurs le sont encore plus t
Nous croyons au contraire, que M. d'Ivernois trouvera plus de lecteurs encore qu'il n'a composé de bons vers.
Le Mari consolé et VEpitre sur ks jeux de société ont paru pour la première fois dans le Musée historique de Neuchétel et ValangiUf par M. le professeur Malile; mais on a fait un tirage particulier de ces deux charmantes pièces. On doit aussi au châtelain d'Ivernois des Couplets chantés à Neuchdtel pour l'anniversaire de cinquante ans de service de son Excellence Monsieur le gouverneur de Béville, le ii décembre 1799, s. 1. in-S» pp. U. Il a traduit de l'allemand le Voyage de Napoléon, de Fontainebleau à Fréjus, en avril 1814, par le comte de Truchsès-Waldbourg. Neuchàtel 1815.
M. d'Ivernois appartenait à l'école de W^^ de Gharrière dont il fut l'ami pendant le séjour de cette femme distinguée à Colombier. Un grand nombre de magistrats doués de talent et d'instruction, mais qui sans elle n'auraient pas cultivé les muses aussi assidûment, profitèrent de ses conversations. Outre M. d'Ivernois, nous
530 JACOMOT.
citerons parmi ses amis M. de Chambrier d'Oleyres, ministre de Prusse à Turin et plus tard gouverneur de Neuchàtel, et M. de Sandoz-Rollin , conseiller d'Etat , auteur de VEssai statistique sur Neuchdtel.
Sooroct. Musée historique de Ffeuehâtel et ra/angt'n, par G- A. Hatile , t. H, p. 330—331. — Etudes sur Vhistoire liltêraire de la Suisse fratiçaise dans la seconde moitié du XFiii' siècle, par E-U. Gaailieur. Genève i 856, in-8*, p. i 77, etc.
JEAN JACOMOT.
Dans le siècle qui suivit la réformation , la Classe des pasteurs du comté de Neuchàtel , souvent au dépourvu d'hommes propres à prêcher la doctrine évangélique , se vit plusieurs fois dans la nécessité d'appeler, pour remplir les fonctions pastorales , des ecclésiastiques étrangers. Parmi eux se trouva Jean Jaquemot ou Jacomot, originaire de Bar-le-Duc en Lorraine , qui fut pasteur à Neuchàtel de 159*2 à 1596. Il avait sans doute émigré pour cause de religion. En 1S76, nous le voyons pasteur à Genève, qui l'avait admis, déjà en 1S69, au nombre de ses bourgeois. Il fut recteur de l'académie de cette ville en 1586. Sa réputation le fit désirer par l'église de Neuchàtel , alors violemment agitée par un de ses membres , le ministre Cyprien Isnard , qui avait refusé sa désapprobation à l'ouvrage d'Âlbérius intitulé: De fide calholicd, apostolicd romand, dans lequel le synode de Berne avait trouvé des hérésies. Isnard avait été suspendu , et pour le remplacer dans sa charge de pasteur à Neuchàtel, la Classe demanda Jacomol. a Mais messieurs de la ville de Genève s'y refusèrent en raison de la nécessité grande; toutefois , pour gratifier aucunement à ceux de la ville de Neufchàtel, ils octroyèrent pour le terme de trois mois M. Jacomot, que la Classe accepta pour le temps préfixé , espérant Tavoir davantage. » Ceci se passait en juillet 1591. Jacomol était à Neuchàtel en automne ; mais nous ne savons ce qu'il fit , et rien ne prouve qu'il ait été nommé doyen à cette époque , comme sc^mbterait Tindiquer le titre de sujwrinlefidens ecclesiœ Neocomensis, que lui donne Biaise Hory. La nomination d'un étranger à cette haute charge, et pour un temps aussi court , aurait été en effet quelque chqse d'ir-
JACOMOT. 831
régulier et d'extraordinaire; et ce titre de superintendant pourrait n'indiquer que la confiance illimitée que la Classe avait en Jacomot, à qui elle aurait peut-être demandé son avis et ses conseils sur toutes les institutions ecclésiastiques du pays. C'est ce que semble confirmer cette ligne qui se trouve dans les registres de la Classe, sous la date de novembre: a Remontrances de propositions de M. Jacomot. » Mais rien ne fait connaître sur quels objets elles portaient et comment elles ont été reçues. Les trois mois écoulés, Jacomot retourna à Genève, mais ce ne fut pas pour longtemps; car, le 16 novembre 1592, il est proposé comme pasteur de Neuchàtel, par la Classe , aux. autorités séculières chargées de faire cette nomination. Après quelques différents qui portaient sur le nombre des pasteurs présentés pour cette charge , il fut accepté de la seigneurie et de la ville. On l'avait demandé à la ville de Genève qui l'avait accordé. En janvier 1593 , « il se présenta devant la Compagnie avec témoignage et déclaration de son bon zèle et affection, et, disent les registres, il a été reçu en joie de tous et incorporé avec nous par la main d'association qui lui a été donnée. »
Ce fut pendant son séjour à Neuchàtel que Jacomot publia un volume de poésies latines de ^238 pages, intitulé: Joannis Jacomoti Barrensis Mmœ Neocomenses. Excudebat Mallhaens Berjon cio. i3. xcvii, in-8^. Ces poésies qui dénotent un auteur doué d'une muse facile, correcte et savante, sont adressées à diverses jicrsonnes éminentes et à des savants distingués de l'Europe, à des parents et à des amis. Ce recueil renferme en outre des prières et des odes composées pour certaines circonstances de la vie, quelques chapitres des Proverbes de Salomon, reproduits en vers lyriques , un chant de deuil , peut-être la perle du recueil , sur un tout jeune enfant que la mort avait enlevé au poëtc. Il traduisit également en vers latin la tragédie intitulée : Le sacrifice d'Abraham, qui avait pour auteur Théodore deBèze, dont Jacomot était l'ami. *
Jacomot s'était lié d'amitié, en 1591, avec le poète neuchâtelois, Biaise Hory, pasteur à Gleresse , qui lui adressa plusieurs épitre^
I Scnebicr, dans VHistoire littéraire de Genève , t. II, p. 23 , cite outre les Musœ Néocomemes, d'autres ouvrages de Jacomot : Agrippa ecclesiomatix, Genevœ 4597; Farta poèmataf Genevœ 1604 ; 06 liberatam Genevam poema enchariiticum , 4603; plusieurs pièces latines sur la mort de Théodore de péze. Moréri parle d'une Tragédie d'Ehud, attribuée à Jacomot. -
832 JACOMOT.
en vers latins où il prodigue les plus magnifiques louanges; ces
épitres ont été imprimées dans la très-précieuse monographie sur
la famille Hory , que nous devons au talent et à l'érudition de M.
F. de Rougemont. Jacomot ne s'enorgueillit pas des éloges que Hory faisait de ses vers. Il lui répondit peu de jours après par une
courte épitre qui est imprimée dans les Musœ Neocomenses (p. ilh). Jacomot reproche à son ami ses flatteries peu méritées et ne traite ses poésies que de légères bagatelles. Cependant il a la pensée de les publier un jour , mais il veut les garder longtemps encore auprès de lui. à l'exemple de l'ourse qui cache ses petits dans les rochers et qui donne, en les léchant avec patience, une tournure moins laide à leurs membres informes.
En 159&, Jacomot envoya à son ami sa paraphrase des Proverbes. Hory semble avoir compris que ses éloges précédents étaient exagérés , et il se borne à dire au poète que sa réputation, quelque grande qu'elle puisse étre,«n'est nullement égaie à ses œuvres:
Laudas quae vitse praecepta dedere Theognis
Pbocilides ne ? Illis hic poUora legas,
^us cui sancUe commisit sceptra sionis
Et facili optatis annuit aure Deus,
iEternat ^ujus nomen sapientia, quasque
AUalicas dextra divite junxit opes,
Gui Solymam adventans Meroes regina rémoise
« Est, ait, expertis nuntia fama minor ; >
At quas hic patrio Gnomas sermone notavit
Ausonia puisas has Jacomote lyra.
Tu veterum dulces exsequas arte Camœnas,
Ad fersque obscuris lumlna pura locis.
Consona nemo tuo referet praeconia plectro.
Par nulla est Musis laus, licet ampla tuis.
Qui connaît Jacomot hors de Genève et de Neuchâtel? et dans ces deux villes, qui a lu ses ouvrages? Cependant Scaliger lui a donné le nom de grand poète. Les vers qui suivent sont adressés à un magistrat de notre pays, Daniel Perret-Gentil, maire du Locle, avec lequel Jacomot soutenait des relations d'amitié, et auquel il reproche de ne pas vouer à la poésie un culte plus exclusif. Il a chanté ailleurs un autre poète neuchàlelois , Biaise Hory : le recueil des poésies de ce dernier , et parmi lesquelles il en est de charmantes.
JACOMOT.
nous font regretter celles que nous n'avons plus de Perret-Gentil ; car à en juger par la manière dont Jacomot parle de Tun et de l'autre, ces deux poêles pouvaient être placés au même rang.
AD DANIELEM PERRETUM GENTILIUM,
LOCLEIfSIS AGRI Ilf COMITATU HIOCOMERtI nUEFICTUM.
Quis te morantem per rigidas, bone Perrete, cautes et nive turgidos Algente montes atque saltus PiniferoSy putet esse Phoebo
Musisque gratum? Jurgia quis foro Clamosa rauco dixerit, et malas Lites serenantem placere Dulcisonis Charitum ehorsds?
G, te beatum divitis ingeni Turgente vena 1 pollice quid times Pulsare foecundo canoram Ausoniae cytharam Camocnœ ?
Te Musa magnis vatibus asserit.
Et rupe carptos Aonia jubet Monstrare ramos, et nitentes Fronde comas redimire sacra.
Si quem sonoris fontibus admovent Plndi benigna; Castalides , sua Non dona, non lauros repelli Pierias patiuntur sequie.
Tranquilla vatem Delius ocia, Turpemque non vult mollitiem sequi Vits nec obscurum latentis Carpere iter, nec inertis œvi.
Sic, quum moveret fortibus Ilii Duella mûris» non tulit abditum AchivaPelidem juventus Virgineos simulare vullus.
lllum coegit Dulichii ducis Astu repertum, militiam et feros Perferre bellorum labores, Atque decus sibi Marte longum:
Csesoque laudes Hectore nobilcs Parare fortem : quas venientia Non sœcla Saturnusve posset Faice furens rcsecare dira.
Obliviosi nonne silentii Virtus latebras excutit, et suos Ostentat ignés, et décore Purpureo nitet usque clara ?
Tmduciion,