‹ Biographie neuchâteloiseChapitre 39 sur 117 · DIEU EST NOSTRE SEIGNORIE · texte numérisé non relu

DIEU EST NOSTRE SEIGNORIE

Ce passage nous parait on ne peut plus digne de mémoire. Croirait-on qu'au milieu du xv® siècle il existât des vues aussi saines, nous dirons même d'une politique aussi profonde? Ce Pierre Marquis était véritablement hommed'Etat. L'étendue et l'énergie du sens frappent également dans ce paragraphe que nous venons de citer : l'espérance de soustraire le comté de Neuchàtel au domaine de Ch&- Ions , à l'aide des liaisons avec les Suisses , était une idée fine et hardie, qui portait l'empreinte du génie.

Sans avoir autant de génie , ni des vues d'une politique aussi étendue que le donzel Pierre Marquis, le chanoine Henri Purry de Rive, son successeur , pensait judicieusement et s'exprimait avec naïveté. Après un exposé succint de la guerre de Zurich, cet auteur disait, en 1444, que Berne et Soleure ayant demandé un secours d'hommes , les troupes du comte Jean s'étaient mises incessamment en route, a le diemange avant la feste de Sainct>Georges sous cuslode et auctoritey du sieur de Bellevaux : les borgeoix en firent de mesme ; ycelle bande non petette bien ordonnée et conduicte en liesse par Thiebaud Jaquemot ministral. » Les gens, hom-

mes rayes de M. de Yalangin, commandés par Jacques Pictet de Savagnier, chevalier, s'étaient aussi mis en chemin par ia montagne pour se joindre à ceux du Landeron : le quartier d'assemblée était à Âarau, où les troupes de Soleure devaient se rencontrer. Le chanoine entrait ensuite dans quelques détails au sujet d'une tracasserie survenue dans le chapitre de Neuchàtel. Il observait qu'une bulle du pape Eugène iv, de l'an 1433, semblait accorder sans distinction l'entrée au chapitre, moyennant que le candidat eût été gradué à l'université de Paris ou à celle de Bftle; d'où il résultait que les canonicats vacants étaient postulés par des personnes qui déplaisaient aux anciens chanoines, et qui, à l'aide de faibles études faites à Bàle, et des degrés obtenus légèrement ou à prix d'argent, auraient bientôt envahi le chapitre. Ces motife déterminèrent le prévôt et le chapitre à envoyer, avec l'approbation du comte Jean, deux membres de confiance, Antoine de Ghauvirey et Henri Purry de Rive , vers le pape Félix v , alors siégeant au concile de Bàle, pour obtenir un nouvel induit, par lequel il ne pût y avoir à la fois, désormais dans le chapitre , que quatre non-nobles , avec titre de docteurs en théologie, gradués de Paris ou de Bàle.

Nos deux chanoines étaient à Bàle lorsque le Dauphin, à la tète d'une nombreuse armée , arriva dans les environs , menaçant la ville et le concile. Ils se hâtèrent de terminer leurs affaires et de rentrer chez eux. Vers le soir de la première journée de marche, ils rencontrèrent ce fameux bataillon de 1600 Suisses, détachés du camp des Confédérés, avec ordre de se jeter dans Bàle à tout prix. (( Grandement esbahis et marris fuimes-nous , dit Henri Purry de Rive , trovant ycelle bande tant petete , au demeurant joyeuse et advenante; oncques ne se vit jouvenesse plus merveilleusement belle et accorte. Des nostres estoient là cinquante , sous ordonnance de Albert de Tissot , vaillant chevalier , nous témoingnant force ayse et contentement de nostre improvise advenue. De ce advisez tout d'abord aulcung des principaux des Ligues, ycMîulx nous requinrent leur bailler devisement des choses à no c«)gnues à l'endroit de Basle: sur ce leur remonstrances que 1' du Dauphin comportoit vingt et cinq , voir trente mille Armai gnacH , charapoyants et spoliants monts et vaulx par alentour ville el circuit d'ycelle , et sembloit ugne entreprinse non hu

maine de voloir avecque si petet reconfort gaigner les portes à rencontre de telle épouvantable moultitoude. Ung des dicts seigneurs des Ligues (et sembloit yceluy chevalier par grave et souperbe prestance avoir auctoritey) respondit : Si faut-il que ainsi soit faiet demain , et ne pavant rompre à la force les dicts empesckemens , nous baillerons nos asmes à Dieu et nos corps aux Armaignacs. »

U est bien naturel d'apprendre avec plaisir que nos pères ont été pour quelque chose dans cette célèbre journée , décrite en termes si magnifiques, à la louange des Suisses, par le pape Pie ii (Âneas Sylvius) , témoin des prodiges de valeur de cette poignée d'intrépides , que le pontife compare dans son journal aux Spartiates des Thermopyles. Notre chanoine , après avoir exalté la vaillance de ces Suisses qui se dévouèrent tous à la mort aux portes de Bàle^ excepté un très-petit nombre , lesquels , dit-il , furent punis dans leurs cantons, les uns de mort , les autres par le bannissement , le chanoine, dis-je, ajoutait que des cinquante Neuchfttelois, on croyait qu'il en était revenu sept , mais qu'ils n'osaient se montrer. De ce nombre était un bourgeois de Neuch&tel, «etrecognu sain de corps, non feris ne mortris , a esté le dict Jehan Fevre , moult, honni et dejeté de touts comme vilain et déléal , debvant bien plustàt aller lui aussi de vie à trepassement que délaisser les bandières des Ligues ensemble ses braves compaignons et frères occis. »

Ce chanoine écrivait dans un temps fertile en événements remarquables et il les déduisait avec intelligence. Ses annales finissent en 1455. Il fut remplacé par Philibert CatheUn, donzel de Rooiont, et Loys DuTerreaax. Ces deux chanoines étaient unis par la plus étroite amitié. Le premier fut le continuateur proprement dit des Chroniques ; mais employé fréquemment dans des négociations au dehors par le comte Jean, et plus fréquemment encore sous le règne suivant, il souhaita que son ami DuTerreaux tint la plume en son absence. C'était par ce dernier qu'on apprenait ces ciroonstances , ainsi que l'attention plus particulière que le chapitre apportait depuis quelque temps dans le choix des continuateurs de ces Chroniques. La partie rédigée par Philibert Cathelan et Loys DuTerreaux commence en l'année 1456 et finit en 1467. Le premier

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moanit de epifdew^ pestiUnee en Savoie, où il avait été envoyé par fe comte Rodotplie. Il paraît que ce prêtre était un homme à talents et en grande estime. Qaoiqa'il y ait eu plusieurs Gathelan établis dans ce pays, cette famille était vassale de Savoie et des comtes de RomoQt. Loys DuTerreaus indiquait ces particularités, et ajoutait que la mort prématorée de son ami ne lui permettait plus de travailler à ces annales , qui renouvelleraient trop sa douleur.

n fut remplacé par Hagwes de Pierre • le plus original et le plus instruit de nos anciens dironiqueurs ; il écrivait avec gaité et d'une manière très-agréable, à Tune des époques les plus intéressantes et pour la Suisse en général, et pour le pays en particulier. SU est pcisàble d'apprécier aujourd'hui le langage du xv« siècle, celui de Bu^:ues de Pierre est piein de sel et d'énergie , et rappelle les plie belles pages de Froissard. Son récit des guerres de Bourgi^^rne est un cheM* cmvre de style , bien connu de tous les historiens . qui ne serait pas desavoué par les meilleurs écrivains français de son siècle. Ce qu'il rapporte du caractère de Louis xi et de Chorles-le-Têmêraire, sur les vues et la politique de ces deux princes, sur rêtat de la Suisse et sur celui de la maison d'Autriche, était un tableau de main de maître et une bonne introduction à la fanH>u$e guerre que le duede Bourgogne entreprit de faire aux Suisses. Ce bon écrivain attache également son lecteur par la manière dont il présente la situation inquiétante et difiBcile de notre comte Rodolphe, qui, par ses grandes liaisons avec les Suisses, était devenu susiHVt à Char les-le- Hardi, malgré ses soins à le ménager, à cause des terres considérables qu'il possédait en Bourgogne, et de la proximité do ce prince redoutable, dont les états bordaient les siens. D'un autre ciMé , Rodolphe n'était pas moins suspect aux Suisses : sa qualité de maréchal de Bourgogne, les fiefs considérables qui le ivndaiont vassal de Charles , l'affection particulière de ce prince pour le jeune Philippe de Neuchàtel , établi en quelque sorte à la oour lie Bmirgi^e . toutes ces circonstances indisposaient les ConftMérés. Cei>endant Rodolphe sentit le besoin de faire cause commune et s'almudonna à la grâce de Dieu , en mettant son comté »()us la jîarde des villes de Soleure et de Berne.

Nous ne pouvons pas donner ici le récit de ces mémorables batailles de Grandson et de Morat, qui remplissent plus de vingt pa-

ges serrées des annales de Hugues de Pierre ; on peut le lire dans les Mémoires du chancelier de Montmollin et dans les Extraits de la Chronique des Chanoines, publiés à Neuch&tel en 1839. Cependant nous ne pouvons résister au désir de citer une page de ce chroniqueur, pour donner au lecteur une idée de son style attrayant :

« A grandes chevauchées venoit le duc Charle avecque moult gens d'armes de pied et de cheval , espandant la terreur au loing par son ost innumérable; là estoient cinquante mill, voir plus, hommes de guerre de touttes langues et contrées, force cannons et aultres engins de novelle facture, pavillons et accoustrements touts reluisants d'or, et grande bande de valets, marchands, et fiUes de joyeux amour. )> Semblable moultitude bruyoit de loing, et bailluit epevantement es confins. De tout quoy bien advisés les seigneurs des ligues tost ordonnèrent deux cent hommes d'armes et cent de Solleure, à celle fin reconforter la ville de Neufchastel et tenir dedans. Geulx de la Bonneville, Biel, Gerlier et Landeron arrivés en haste furent ordonnés à la garde de la Tour-Bayard , où faisoit beau voir accourre pareillement touts les hommes forts et gens de bien de la comté, aussi ceux de M. de Yalengin. Les archers de Rheutelin et aultres pays de nostre sire de vers le Rhin, partie se logèrent au chastel de Theile et en la ville de Landeron, partie furent meis et embusqués à la roche de St-Sulpy et en celle de laClusseta. Bonne garde ainsi faicte et ordonnée apparaît l'avant bataille des Bourguignons , cuidant descendre par la Tour-Bayard, et criant aux nostres de retrayer la chaîne et bailler passaige, sinon touts pendus seroient. A telle semonce ne fut respondu que à grands coups d'arcquebuzaides ; tant et si bien furent frottés les plus curieux et hardis Bourguignons , que touts virèrent doz. Le comte Rodolf , bien que il eut prins demeure en la ville de Berne, allait et venait, se trouvant cy et là où besoing estoit , et ne faillit d'apparoir , incontinent après la novelle que la Tour-Bayard estoit assaillie, ayant avecque luy les archers du Rheutelin qui tenoient le pont de Theile et Landeron : arrivés dedans la ville la nuict, les dlcts archers forains prestèrent serment , tout ainsi que ja avaient faîct les aultres , de se comporter fidèlement envers messieurs des ligues , et furent conduits et logés à Boudry et Rochefort. Sur ce le grand duc Charle voyant le passaige de la Tour-Bayard clos

aux siens, chemiDa sur Jouxgne, et posa son osl devant Grandson ; là où par vanitude et superbie fit monstre de ses puissances et richesses si grandes que pareilles ne furent oncques par deçà. Les seigneurs des ligues et alliances avoient octe cent des leurs dedans la chétive Grandson , enjoint à iceux de la tenir et défendre à ouitrance, à quoy ne faillirent. Âssaults un dessus l'autre , tours et murailles jà depiecées ne peuvent abastre le courage des assaillis; ains se ruent-ils comme lions de jour de nuict dessus les assaillans, espérant après Dieu en la prompte assistance des ligues. De vray trois cent de Berne, aussi des nostres bien cent, bourgeois et aultres du lac, résolvant porter ayde aussi provisionnement aux frères de Grandson, parassamblèrent force battaux à Neufchastel; et partement ordonné pour l'heure de vespres , touts se ébattoient d'entrer , nul ne volait estre le dernier. Mais possible ne fut de tendre mains ne nourriture aux pauvres assaillis ja retrayés dedans le chastel ; et les nostres ne treuvant que brandons et fumée^ en la ville et Bourguignons mill et mill deçà delà en bonne gar — de , si furent contraints de revenir gémissants. Le duc Charle dé — sireux de passer oultre , se courrouxe , jurant en sa coustume pai St-George , si incontinente tradition ne se faict , pendus seront oee vilains : ceulx du dedans respondent , que portes ne portettes apportes ne seront sans exprès voloir de messieurs des alliances. Bourguignon oyant ce, requiert de paix les assaillis par traitreu faintize, leur promestant vies et bagues saulves : ceulx-cy décru: plus de moitié par tant d'assaults et bateries , nuls reconforts n*' aparaissants, et la nourriture non loing de défaillir, baillent ce à la foy et parole du Bourguignon , et viennent en toute si plesse devers luy , qui par horrible méchanceté faict pendre gens de bien, aimant mieulx conquester par abjecte trumperie selon Dieu et raison. Le susdict duc ayant ainsi parachevé sa songne de Grandson par perfides instruments sans nulle vergongn résolvit d'invadir Neufchastel et faire rage en la comtés par vi cation des bons traitements, grandes amitiés et bourgeoisies de n

trc sire comte Rodolf envers messieurs des ligues et alliances^ : toutes lesquelles particulières choses ont été récitées à plusieurs de nous du chapitre de Nostre-Dame par le comte Philippe nostre U^mnt

cher seigneur fils » oompaignon d'armes du duc de Bourgogne et lesmoing bongré maugré présent à tout ce que dessus. »

Il faut voir avec quelle verve le bon chanoine raconte les exploits des Suisses , « se ruant dessus les Bourguignons , taillant , dépiesçant deçà , delà tous ces beaux galants , tant et si bien déco nfits en vaulx déroutte que semblaient-ils fumée épandue par vent de bize. Messieurs des alliances, ajoute-t-il, retournèrent en leurs maisons que deçà que delà avec grand bruit de guerre , un chascun fort joyeulx ; de ce quoi voulut estre oyant et voyant nostre sire comte, si s'advança avecque grande compaignie proche la porte des dames, ensemble plusieurs du chapitre, desquels je Hugues de Pierre altarien ; et de plus loing que le dict seigneur comte Rodolf vid la bandiëre de la ville es poings du banderet Varnoud , se print à rire d'aise, esbattant ses mains et criant paroles d'afiection au dict sieur banderet lorsçay mon compère le bien revenu soyez^davantaige force amitiés aux aultres compaignons dont neuf seulement trespassèrent par delà en bon somme. »

Hugues de Pierre raconte également avec les plus grands détails la bataille de Morat et la déroute du pauvre Charles, a qui se saulva quasi seul tout d'une boutée jusques à Sainct-Claude , sans virer face. » Il termine son récit par un fait d'armes des Montagnards du Locle, auquel le style nerveux du chanoine donne un agrément particulier :

a Obmis ne doict estre le beau faict d'armes de nos Montaignons, et vault illec à rementevoir aussi bien que les aultres : deux jours après la feste de la nativité de nostre dame , passèrent le Doux six cent (aulcuns disent octe cent) Bourguignons, desseignant faire sacs et paillaiges es Brenetz, Locle et lieugs proches, aussy es maix et oernils le long des Chaux ; de quoy incontinent adverti Jehan Droz, bon et sage notaible compaignon, alla promptement sonner la cloche au moustier du Creux , disant à touts hommes forts de courre aux armes et se parrassembler en certain lieug dedans les bois ^ semblablement furent tost advertis par messagei^ les gens de bien de long et de large ; délibérant le dict Droz pour plus assuré profict de laisser commode voye aux dicts Bourguignons à celle fin les assaillir , alors que débandés seroient par esbastement et pilliaiges : si dict , si faict : les Bourguignons cuidant regaigner

k poBteaaige et retonier ai leor pays , panoe pleine et butin desresdûne, nos Montaîgnons leur sauttenl rudement au corps que que delà avecque piques , pertuisaines aussy couleuvrines , octroyer bague ne vie : tant et tant furent dépeschés , moult aoKy dqetlés dedans le Douie : touttes fois aulcuns nagèrent et gaignèmit la rive delà ; aulcuns aussi se saulvant contre mont la rÎTÎère, treurèrent deux battaux et passés qu'ils furent ces pauvres BoorgiûgDOos foui<nent41s à force , et cuide foulent encore. Par ainsy 1106 gens reprindrent tout bestaii et butin, mesmement vingt et deux hommes notables vielx et chenuls, que les dicts Bourguignons menaient par delà : et fut prinse et gaignée à toujours leur bandîère , et icelle plantée par gratitude en l'église du Seigneur ; de quel faici et prouesse fut fort parlé es pays des ligues , et loanges baillées aux dicts Monlaignons comine juste. »

Le cbanoine de lierre cessa d'écrire lors de la mort du comte Rodolpbe. Il avait tenu la plume pendant vingt ans , avec autant de clarté que d'agréments ; nous allions dire avec élégance , s'il était possible d'apprécier un style de quatre siècles. Son patriotisme éclairé , qui perce dans toutes les pages de sa chronique , ajoute un nouveau mérite à sa manière agréable de narrer. Malheureusement nous n'avons aucun détail biographique sur la vie de cet homme d'élite. Homme d'église et chaud Neuchàtelois , vie s'est écoulée dans l'enceinte de la Collégiale , qu'il édifiait par ses vertus.

Adrien DaTerrauz, son successeur , plus docte peut-être , n i\it pas comme lui un aimable écrivain , homme du monde.

manière, diffuse à l'excès, était chargée de saintes citations latines^, souvent forcées. Ces choses-là n'annoncent pas le génie. En échan — go on iTmarquait Thonnôte écrivain , scrupuleusement exact ; or roxactitude est le premier mérite d'un historien. Son travail comprenait une époque de quatorze années (1487 — 1501), renfermant dos détails précieux pour notre histoire . à en juger du moins par la pAlo analyse qui en est restée.

A sa mort, le chanoine Jehan Porry de RÎTe ne prit la plume, c'ost lui-même qui l'assure , que par obéissance aux volontés du chapiti^ ; il prévoyait que sa mauvaise santé ne lui permettrait pas do continuer longtemps les chroniques. Cet auteur intéressait au-

!aiit par sa modestie que par son style. Il trouvait que son savant levander laissait à son successeur une tâche difficile à remplir. Jn autre chanoine historien nous apprend que Jehan Purry, assissuit aux vêpres , dans le chœur , le jour de la fête de Saint-Luc pôtre, fut frappé d'apoplexie, et mourut dans la nuit fort regretté u chapitre.

L'avènement de Jeanne de Hochberg et diverses circonstances ai l'accompagnèrent et le suivirent , formaient le début des anna- BS du ehanoine Horj, le dernier chroniqueur, très-bon écrivain, [uelquefois un peu long et trop minutieux chronologiste. Il jugeait !q[iendant avec sagesse et avec un vrai patriotisme les événements |u'il racontait , et ses réflexions prouvaient autant de justice et l'honnêteté dans ses sentiments que de rectitude et de fermeté dans on esprit. Sa chronique commence à Tannée 1 SOS et finit en 1516. ion frère Pierre Hory périt à la bataille de Novarre , en 1513. ion ouvrage finissait par ces mots : Dominus providebit. Amen, imen. Amen.

En général les annales étaient rédigées en forme de journal hisorique , dans lequel étaient inscrites à fur et à mesure les choses fui se passaient dans TEtat , mais en échiquier et sans liaison , ex- «pté la chronique de Hugues de Pierre et une couple d'autres. 7est ainsi que Hugues de Pierre coupait à tout coup ses intéres- Ants récits, pour placer précisément à leur date les faits interméliaires ; mais cependant avec une sorte d'art et un fil de liaison, [ui permettait de relier les diverses parties du même récit. Le derlier des chroniqueurs, par exemple, interrompait sa narration de a campagne de 4515 en Italie à plusieurs reprises , entre autres MUT une assez longue digression au sujet d'une démarche du bailli le Lucerne, par laquelle il parait reconnaître les ministraux et conseillers de la ville comme les interprètes des lois coutumières du [lays.

On conserve aux archives de Neuch&tel une autre chronique , formant un gros et grand in-folio, faite au commencement du \vi® ûècle par un chanoine anonyme , que l'on suppose être Jean Du- Boscoy et qui renferme sans ordre de temps et sans liaison , tout ce qui peut intéresser l'église de Neuch&tel. Enfin , un autre chanoine , nommé Baillods, qui embrassa la réformation et qui fut

père du chevalier de ce nomi composa» à l'époque de la réformatioi une troisième chronique fort intéressante» qui fut donnée au chai celier de MontmoUin par le maître-bourgeois Baillodz. Le chana lier en faisait le plus grand cas » à cause de la scrupuleuse fidélil des faits et des citations.

U nous semble que ces courtes notes » sur l'œuvre capitale de chanoines du chapitre de Neuch&tel, répondent assez aux reproche que l'on a faits au clergé neuch&telois sur son ignorance avant I réformation. Personne ne peut dire le nombre d'hommes instruite de savants modestes, de patriotes dévoués au bien public qu'a pn duits notre pays à cette époque. Si l'on a à déplorer des scène scandaleuses dans la vie de certains ecclésiastiques ignorants i sans vocation sérieuse pour les saintes fonctions qu'ils étaient ap pelés à remplir , il y a une souveraine injustice à rendre le corp entier du clergé neuch&telois responsable des fautes de quelques uns de ses membres. Certes des hommes comme Hugues de Pierre Jean Purry , etc. , sont rares & toutes les époques ; mais dans un sphère plus humble, on peut, sans être un phénix de science, 6 rendre utile , travailler pour le bien spirituel et temporel de la pa trie. U faudrait être bien avenue pour croire que notre clergé, cette époque d'ignorance , n'a produit que des hommes incapables Nos chapitres, nos églises, nos couvents avaient des livres en asse grand nombre, pour l'instruction du clergé. Nous voyons dans l'ii ventaire que l'hôpitalier de Neuch&tel fit, en 1539, des objets ap partenant & la pieuse institution dont il avait la direction , noa voyons , disons-nous , figurer au milieu d'une longue nomenda ture de pièces de lit et de batterie de cuisine, les livres suivants une Bible en latin ; un livre des Décritales ; un livre de wnMm voragine ; un livre de Oratione dimiîtorum; un autre de Vila sanù îorum, un autre de sermonibus discipulomm, etc. Le catalogue dee livres de l'église de Saint-Biaise, en 1511 , ofire & notre attention divers livres : Le Liber sentenîùurum en papier écrit en pressure ; Décréta patrum ; trois missels sur parchemin ; le Catholicum hmgnum; Sermones quadragesimales; Tkesauri noci; la Bible, eo pressure de papier ; Sermones de sanctis tocabulariis ; un brémmn sur papier ; un Commentaire sur les Décritales; un livre de chirW' gie, etc. On conviendra qu'une modeste église de village, qui, dans

UD temps où les livres étaient chers et rares, avait pu s'en procurer un aussi grand nombre, ne mérite pas le reproche d'ignorance que l'on applique trop souvent à la légère aux anciens ecclésiastiques, parce que beaucoup d'entre eux, malheureusement, vivaient plus dans les intérêts matériels du monde que dans la vie intellectuelle et morale qui convenait à leur état, he chapilre de Ncuchfttel possédait aussi des livres , comme tous les monastères du pays. On trouve à chaque page , dans les comptes du chapitre , des sommes destinées à acquérir des ouvrages nouveaux et à réparer ceux qu'il possède déjà. Divers chanoines s'occupaient à copier des manuscrits pour la Collégiale ; ainsi nous voyons qu'en 14S0 , le chanoine Jacques de Chalomont refuse un salaire pour la peine qu'il a eue de copier un livre, ayant fait ce travail pro Deo, salute et remédia anime sue. Le Mystère de la Nativité , imprimé à la suite du chanoine anonyme , et qui a probablement pour auteur un de nos anciens chanoines , ainsi que celui de la Résurrection , qui furent joués en 1478 et 1490, indiquent également que la poésie était cultivée à Neuch&tel. Le chancelier de Montmollin nous apprend que ce spectacle , auquel prirent part les chanoines , les chapelains et les dercs, dura trois jours, et que l'affluence fut si grande que les ministraux jugèrent prudent de mettre des gardes aux portes de la ville. En témoignage de leur satisfaction, ils donnèrent trente livres aux auteurs de ces Mystères, somme assez forte pour le temps.

Déjà en 1446, un chanoine avait composé un Mystère sur le personnage du mauvais riche; et en 1469 et 1471, il y eut des rimes et des fictas pour la solennité de la Fête-Dieu. Sans doute toutes ces pièces n'étaient pas des chefs-d'œuvre , mais au moins indiquentelles la facilité de leurs auteurs à composer des rimes , car généralement ces Mystères religieux avaient des prêtres pour auteurs. La seule pièce théâtrale ou comédie, qui n'eut rien de religieux, fut jouée en 1S22 , sous le titre du Peuple qui cherche bon temps. Le nécrologe de Fontaine-André nous fait aussi connaître le prix que les religieux de cette maison attachaient aux livres, puisqu'ils s'engagent à célébrer un office annuel pour Nicod Raclet de Morat, religieux de leur église, qui leur avait donné un bréviaire.

Les archives de Neuchàtel possèdent d'anciens registres notariaux de Richard le Pic, clerc , bourgeois de Neuchàtel , qui vont

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de 1421 à 1470, et dans lesquels on trouve des vers accompagnés de cette devise : La mort m'y mord. Voici deux quatrains tirés de l'un de ces registres :

L'homme vivant selon raison.

Considérant le temps qui court.

Est plus ayse en sa maison Que les grantz seigneurs en cour.

Quand je naiquis rien nappourtay :

En ce monde je vins tout nudz ; Se je nay rien quand je mourray, Je nanrray gaigné ne perduz.

Dans les comptes de Jean de Pribourg, il est quelquefois question des livres du château; ainsi, en 1437, on trouve cette note écrite de la main du comte : a Au prebstre qui m'a copié le livre de Varbre de bataille, pour le parchemin, trois livres dix gros. )» On voit ailleurs que Conrad de Fribourg fait acheter une peau pour recouvrir le romant de Lancelot , et du parchemin pour en recouvrir les aisselles en bois. On lisait probablement oe roman depuis longtemps, puisqu'il fallait en renouveler la couverture. L'imprimerie n'était pas inventée, et la vie très-active des seigneurs ne leur permettait guère de lectures que dans les longues soirées d'hiver.

Sources. Extraits des chroniques ou annales , écrites par les chanoines dm chapitre de Neuchàtel. Neuch. 1839, in-8«. — Mémoire sur la collégiale de Newchâlel, par le baron J-F. de Chambrier. — Schwtdzer. Gesdiichtsforseher, U VI. — Mémoires du chancelier de Montmollin, t. II, p. 301. ^ Musée hist. de Neu^ chàlel et Falangin, par G-A. Matile, t. III, !•' et 2« cahier. — Néerologe de Fontniiie-Andrc, i 9 mars. — Description de lu mairie de Neuchâtel, par S. de Chanlirier, p. 422, 394. ^ Boyve, Recherches sur Vindigénat helvétique de Neuehà' tel, etc., etc.

CLERON.

Ancienne maison noble de la Franche-Comté, dont une branche possédait un fief dans le comté de Neuchàtel. On trouve très-anciennement les individus qui en sont issus , titrés de chevaliers, figurant avec l'ancienne noblesse des deux Bourgognes et alliés

CLÉRON. 205

avec elle. Ils ont été attachés aux comtes de Neuch&tel pendant fort longtemps.

Jean de CUron, chevalier, seigneur de Cléron, est le premier de

ce nom que l'on connaisse. Il avait épousé, en 1250, Marguerite

de Scey, fille de Guy de Scey, chevalier. De ce mariage naquirent:

Othenin et Clémence. — Othenin de Cliron, chevalier, eut de son

épouse, dont on ignore le nom : Girard de CUran^ écuyer, qui n'eut

qu'un fils nommé Humbert, lequel contracta alliance avec Isabelle

de Lomont. — Son fils, Olhenin, deuxième du nom, est qualifié

écuyer et conseiller du comte Jean de Fribourg, dans un acte de

l'an 1457; il épousa Henriette Bourgeois, dame de Ghaleseule, et

en eut:

1® Simon de Cléron, chevalier, qui paraît parmi les vassaux de Ilodolphe, marquis de Hochbcrg, en 1480. Il avait épousé Jeannette de Dompré.

2® André de Cliron , armé chevalier par Philippe-le-Bon , duc de Bourgogne, en 1453, après la bataille de Gaure. 3® Anne de CUron, épouse de Jacques de Rochefort. 4® Louise de Cléron, femme de Antoine de Willafans. Parmi les enfants de Simon, au nombre de sept, nous remarquons Simon de Cléron , abbé de Monlbenoit et de Goailles , et Othenin^ 14^ du nom, seigneur du dit lieu et de Ghaleseule, qui testa en 1535, et qui avait épousé Marie, fille de Pierre de Saigny et de Urbine de Ghoiseuil. Nous pourrions suivre la généalogie de cette famille jusqu'au xvii® siècle; mais comme elle vécut principalement en Bourgogne , nous devons nous borner à mentionner les membres qui jouèrent un certain rôle dans le comté de Neuchàtel. On ne voit pas à quelle branche de cette maison appartenait Jean de Gléron , écuyer, et Villa de Gléron , femme de Villod de Gottens , qu'on trouve parmi les vassaux et les possesseurs de fiefs les plus considérables du temps d'Isabelle de Neuch&tel, en 1372. Jean de Cléron, père d'Etienne, donzel, était vassal du comte Gonrad de Fribourg, en 1424. Simon de Gléron assista aux audiences générales en 1430, Guy de Gléron en 1537, en Joachim de Gléron en 1565.

On voit dans les anciennes reconnaissances des fiefs du comté de Neuch&tel , que nos comtes en érigèrent un en faveur de cette fa-

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