CHEVALIER
DE BOCHBFOBT.
Famille d'aDcienne bourgeoisie de Neuchàtel , qui posséda le fief
de Rochefort, dont elle prit le nom. On voil qu'en 1499 , TOffieial
de Lausanne s'adresse au curé de Neuchàtel pour qu'il enjoigne à
Jean Chevalier, bourgeois de Neuchàtel, de payer 12 sols de cens
fu'il devait au chapitre , sous peine des censures de l'Eglise. Jean
f^hevalier était maire de Neuchàtel en IKSO, et avait épousé Marie
Merveilleux, fille de Guillaume Merveilleux, banneret de Neuchàtel,
^t de Jaquette Guy-d'Âudanger. C'est de ce mariage que descendait
^itnan Chevalier , habile mMecin , et comme tel fort estimé de la
^ucbesse de Nemours. Cette princesse le nomma conseiller d'Etat et
châtelain de Thielle; elle l'anoblit avec ses frères Théodore e\ Jean-
^tuques Chevalier en 1681. Simon Chevalier épousa Marguerite Tri-
lk)Iet, fille de noble Samuel deTribolel, receveur de Fontaine-André,
ot de Catherine Le Goux , dont il eut :
4^ Simon Chetalier , conseiller d'Etat, inspecteur-général des Qiilices du comté de Neuchàtel et Valangin , chevalier de l'ordre de la Générosité , mort sans enfants en 1736 , âgé de 59 ans. Il avait été colonel de cavalerie au service de Frédéric l*"", roi de Prusse, qui le nomma adjudant-général de ses troupes. Il reçut de la propre main du roi , au mois d'août 1 707 , l'ordre de la Générosité, en récompense de ses services ;
2^ Elisabeth Chevalier, femme de Henri Roy, conseiller d'Etat et châtelain de Yauxtravers en 1737;
3® Marie Chevalier, épouse de Jonas Hory , conseiller d'Etat et <^àtelain deBoudry, morte sans enfants.
II ne restait de la descendance de ces trois frères , Simon , Théodore et Jean-Jacques Chevalier, en 1780, que François Chevalier, petii-fils de Théodore , qui avait servi dans les Gardes-nobles du roi de Pologne, et qui fut ensuite lieutenant-col jnel des milices des Montagnes, mort en 1780, ayant laissé de N. Des Barres, sa femme, sœur de Pompée Des Barres, capitaine en Hollande, quatre fils : 4® N. Chevalier, capitaine dans le régiment de Chambrier au
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GHOUPÂRD. 187
Arrivé à un ftge fort avancé, il disposa de sa prébende de chanoine en faveur de son neveu Amidée de Cholex , que la chronique dit avoir été un homme de mœurs douces et honnêtes.
Après la mort de Guillaume et Pierre , biitards de Yauxlravers, le fiel de Grand-Jacques, qu'ils possédaient du chef de leur père, rentra dans le domaine de Rodolphe de Hochberg, comte de Neucbàtel. Le comte Philippe, son fils, remit ce fief à François de Cholex, son écuyer, qui le laissa en mourant à Charles de Cholex son fils. Celui-ci le vendit à Didier de Diesse et à sa femme , mais Michière de Cholex ^ sa sœur, femme de Pierre Métrai, seigneur de Gottens, en fit le retrait, et le vendit, en 1537 , à Claude Baillodz et à Jean Merveilleux, pour une somme de 600 écus d*or, à condition qu'ils satisferaient aux droits de Jeanne de Hochberg, co mtesse de Neuchàtel, laquelle leur octroya le dit fief en 1538, aux conditions des autres nobles du comté de Neuchàtel.
Voilà tout ce que nous avons pu découvrir sur cette famille de Cholex, dont les armes nous sont inconnues.
Sourees. Traité dei flef$ du comté de NeucKâtel , par le chancelier de Mont mollin. — Chronique du etumoine anonyme » fol. 231. — Ifoticei généalog. du baron d'Estavayer , t. XI , 86. — CoUect. diplom. du baron J-F. de Chambrier.
JEAN-LOUIS CHOUPARD.
Jean-Louis de Choupard, d'une famille originaire d'Âuvernier, était pasteur à Neuchàtel en 17:27, lorsqu'il fut député avec deux de ses confrères, par la Compagnie des pasteurs , à la cour de Berlin , pour demander le redressement de quelques griefs de la Classe contre le Conseil d'Etat. Un motif moins connu regardait certaines affaires intérieures, qui avaient occasionné divers troubles en 1725 et 4726, pour lesquels le baron de Strunkcde, ministre d'Etat, avait été envoyé à Neuchàtel , mais que sa conduite partiale et peu habile avait plutdt fomentés que calmés. Le roi Frédéric-Guillaume i^^ les accueillit avec l)onté, leur donna le titre de chapelains de la cour et les anoblit. Il n'y avait rien que d'assez naturel dans la concession de ces faveurs, mais on dit dans le temps que le roi les avait créés nobles chevaliers, ce qui était sans doute une mauvaise plaisanterie.
lis obtinrent d'ailieurs une autre faveur marquante pour leur corps, ceile de ia préséance des ministres sur les conseillers d'Etat.
Ghoupard a fourni au grand Diciionnaire de Moréri ie nombreux articles^ entre autres ceux de Neuchdlel, Valangin, Farel, etc., et quelques notices sur divers hommes célèbres de la Suisse » dans lesquelles on remarque de Texaclitude et de grandes connaissances de l'histoire du pays. Il a laissé également deux volumes in-quarto de recherches et de documents sur l'abbaye de Fontaine-Ândré, qui n'ont jamais été publiés , mais sont déposés à la bibliothèque de la ville de Neucbàtel. D'autres manuscrits historiques et religieux de ce savant sont peu connus, quoiqu'ils méritassent l'attention da public. Il avait été chargé de déchiffrer la Chronique des chanoines du chapitre de Neucbàtel , retrouvée fortuitement sous un amas de vieux papiers aux archives de Neucbàtel. Ce travail difficile était commencé, lorsque survint ce grand incendie qui détruisit la rue du Pommier et consuma ce recueil précieux, dont la science pleure encore la perte. On a de M. de Choupard un Sermon sur le JubiU de la Ré formation à Neuchdlel, prononcé en 1730, qui contient un abrégé historique de cet événement et diverses réflexions morales et de controverse religieuse. Cet ecclésiastique estimable menait une vie retirée, cultivant les lettres, non pour briller au dehors, mais pour satisfaire ses goûts particuliers. Son désintéressement égalait sa modestie; ses contemporains l'appréciaient, ses amis l'aimaient tendrement, son église le vénérait , et il a laissé la réputation d'un savant, alliée à celle d'un homme juste et droit. Le Journal helvilique, en annonçant sa mort, fit le plus grand éloge de ses qualités et de son esprit judicieux. Jean-Louis de Choupard mourut à Neucbàtel le 15 février 1740, âgé de 71 ans.
Sources. Journal lielvètique, Mars ilkO. ^ Boyve, ÀnnaUif 1727. ^ Di* vers Mémoires contemporains, etc.
DU CHAPimB DE NEUCHATBL.
On nous reprocherait d'oublier dans la Biographie NeuchâteUrist cH)ttc famille de chanoines-chroniqueurs, qui, pendant plus de tr€
siècles, se sont passé de main en main une plume fidèle et inédite à la fois , avec laquelle ils tracèrent les faits et gestes de nos pères. Malheureusement on sait très-peu de chose sur eux : leur vie s'est écoulée paisiblement à Tombre du cloître de Notre-Dame, et sans une espèce de miracle, jamais leurs noms ne seraient parvenus jusqu'à nous.
En 171 &, on trouva aux archives du château de Neuchàtel. relégué dans un coin sous deux vieux et gros missels abandonnés aux vers, un énorme manuscrit de six pouces d'épaisseur, à moitié gâté par l'humidité et la vétusté. Ce manuscrit tomba heureusement entre les mains d'un homme habile , qui eut bientôt déchiffré l'écriture illisible du vieil in-folio, et qui, à son grand étonnement, s'aperçut que ce gros livre contenait un journal historique du comté de Neuchàtel, écrit successivement par les chanoines du chapitre de Notre-Dame de Neuchàtel. L'origine et la première date de ces annales ne pouvaient plus être connues , h cause du mauvais état du volume. La couverture manquait et les 88 premières pages étaient emportées ou si gâtées qu'il n'était pas possible d'en tirer parti. M. Samuel de Pury , procureur-général de Neuchàtel et conseiller d'Etat , auteur de cette précieuse découverte , s'empara des annales et des missels , à la tète desquels il avait aussi trouvé des feuilles blanches couvertes d'annotations, dans l'espérance d'y découvrir quelques matériaux pour un ouvrage sur l'indigénat helvétique du pays de Neuchàtel , auquel il travaillait.
M. de Pury n'avait encore extrait de ce manuscrit que les morceaux les plus directement relatifs à ses études , lorsqu'il reçut de la cour de Berlin l'ordre de se rendre incessamment à Baden, où devait être conclue et signée la paix déjà ourdie à Radstadt, entre l'Empereur et le roi de France. Avant son départ , et avec la perfnission du Conseil d'Etat, il remit ces livres au ministre Choupard, ^and amateur et bon déchiffreur de vieilleries , qui se faisait fête ^e copier le manuscrit des chanoines , avec une version en langue moderne à côté du texte. M. Choupard comptait y puiser lui-même |)our une histoire de la Réformation de Neuchàtel , à laquelle il travaillait. Malheureusement la chronique fut brûlée quelques semai- ^mes après par la négligence de M. Choupard, dans le grand incendie ^ui dévora la rue du Pommier. Il n'en est resté que les extraits faits
par M. de Pury, qui font regretter douloureusement la perte de ces précieuses chroniques.
Selon toute apparence , les premières pages remontaient au commencement du xiv^ siècle; le chanoine écrivain était oertainemenl un ancien noble, car, quoiqu'il fit en plus d'un endroit l'éloge de h conduite adroite par laquelle la comtesse Isabelle cherchait et ménageait les occasions de complaire à Berne et à Soleure, ses alliés, ii exprimait à plusieurs reprises son chagrin sur les progrès de lu forme républicaine en Suisse « aux dépens de la grande et deli petite noblesse, dont il prévoyait le prochain écrasement, du moim à l'égard des hauts barons. Ce chanoine n'était pas bon latiniste; mais en échange sa manière de raisonner sur la nécessité où étaien nos anciens comtes de flatter la confédération des villes de la haute Allemagne (villœ super allemaniœ) , et la dextérité qu'exigeait alon la situation de ce pays , prouvaient que ce chanoine ne manquail pas de sagacité.
Les annales furent continuées alternativement et jusqu'en 1&05, par Pierre de Visemeau et Claude Mestral, donzel. Ces deui chanoines faisaient mention d'une combourgeoisie déjà ancienne entre Neuchàtel et Morat, sans spécifier s'il s'agissait du comte ou de la ville de Neuch&tel. Ils racontent le traité d'alliance conclu en 1396, entre Soleure et Conrad de Fribourg, les traités de combourgeoisie avec Berne, en 1399. Par le langage de ces deux chanoines, on voyait évidemment qu'il y avait alors à Neuch&tel la même tendance vers l'esprit de confédération que dans les autres contrées de la Suisse. Les comtes de Neuch&tel s'étaient jetés habilement de ce côté'là , sous les trois derniers règnes , et par leurs liaisons avec Soleure et Berne, voulaient s'étayer autant contre les desseins exaltés de plusieurs des principaux bourgeois, qu'afin de se garantir du commun danger, chaque jour plus menaçant pour les grands seigneurs de la Suisse, allemaniœ superioris.  cette occasion, Piem de Visemeau remarquait judicieusement que, lorsque les bourgerâ firent une course , en 1 386 , dans le Yal-^de-Ruz et le pillièreol pour punir Malhault dame de Valangin , qui, malgré les remontrances d'Isabelle , fournit sa bannière & Léopold d'Autriche contre le! confédérés , il serait probablement arrivé pis encore sans les liai sons d'Isabelle avec les Suisses, qu'elle avait la sagesse de captivei
en toutes occasions, comme elle le fit voir alors en leur écrivant dés lettres de félicitation sur leur victoire de Sempach, quoique celte journée eut porté un coup mortel à la puissance féodale en Suisse. Il y avait dans ce récit des choses bien vues et plusieurs observations de la plus saine politique.
Jean de Diesse. donzeL prit la plume après Pierre de Visemeau, et écrivit jusqu'en 142K. Il n'était pas meilleur latiniste que les précédents, et son écriture, surchargée d'abréviations, en rendait la lecture difficile. Ce Jean de Diesse était vraisemblablement un zélé client, donzel de Conrad, et un grand partisan de l'autorité féodale et absolue. Il blâme rudement la ville de Neuchàtel sur le fameux acte passé en faveur de Jean de Chàlons, à l'insu et au détriment de Conrad. Cependant on sait que le sceau du chapitre de Neuch&tel était attaché à l'acte, ce qui prouvait, ou de la dissimulatioD de la part de cet écrivain, ou que s'il était véritablement attaché à Conrad, la majorité du chapitre ne pensait pas comme lui. Son successeur , le chanoine Rollin MaiUef ert , d'une bonne famille bourgeoise de Neuchàtel , fut le premier qui écrivit en langue romande. Son langage sur le compte de Conrad , qui venait de mourir, était bien diflérent de celui de Jean de Diesse. Après avoir loué ce prince sur quelques qualités estimables , il disait que sa roideur impérieuse avait cabré les esprits à tel point qu'il tint à peu de chose qu'il n'eût été assailli par ses sujets. Il raconte le grand incendie de Neuchàtel , pendant lequel il assure avoir vu le jeuDe comte Jean de Fribourg se livrer au travail le plus pénible au milieu des bourgeois, avec une bonté et une constance remarquables. U prend occasion de là de pronostiquer un règne aussi doux que le précédent avait été orageux. Ces différents morceaux sont bien faits et certainement par un homme d'esprit.
Un aflaiblissemenl de vue ne permettait plus à Rollin Maillefert d'écrire lui-même; le chanoine Guy de Oottens prit la plume sous sa dictée. On apprenait par lui que le comte et la ville de Neuchàtel fournirent un secours à Berne et à Soleure pour une expédition dans le Milanais , où plusieurs de nos gens périrent. Voici ce récit dans le langage rude et.naïf du temps :
« Le dict segnour comte Jehan estant postulé par la segnourie de Berne et ville de SoUoure , leur bailley ayde par hommes d'ar-
mes , en virtou de la comborgeoisîe , lut et ensi que estoit costou* mier faire et se portey son bénin sir Père Gonrand (oui Dieu pardoiol) remonstrant les dicls de Berne et SoUoure comme quoy le doue de Milan contennant touttes joustices et rasons, sans vouloii se desportey de ses invasions et mcprisements à l'endroit de ceui deSuitz, Ury et Unterwal: partant besoignoit que tuts com* borgeois amez et partisseurs des Ligues et confraternaiges prestassent mains et force , tant et si long que le dict doue restaublit el rempoUit les dicts de Suitz : prestement a forni le segnour comte Jehan sa bandeyre, aussi les borgeois à ce semblablement exhortey : si que nos dicts gens de guerre, ensemble ceux de Solloure, Berne et autres, gambadirent par delà le Valis et monts-biancs , et cornportoit ycelle bande seix voir octe mill , porchassant et dépiesçani deçà delà les domizels et gens d'armes dou doue , si que vauU el diastels mies fourent prins et sangués. Ceoyant et vedant le eau tueleux sire, et que temps prou ne avoit de encheviller nouvelles pra- Ucques et de le allés, foutcontrainct bramey miséricorde raesmemenl bailley cigne cbarrée de florins biancs doubles et testons, et de prime se desportey des terres et droictures que il avait mescham* ment invadi : En après retornèrent les ligues par deçà un chacung en son heritaige. Prou trepassircnt là des nostres aussi dou Yaul de Reul, et ne a vollou M. de Vallangin les nommerer. »
Ces derniers mots semblent indiquer que le seigneur de Yalangin commandait le contingent de ce pays à celte expédition.
Pierre Marquis rédigea les Annales après Guy de Gottens, vers le commencement de 1433. Ce qu'il éi;rivit regarde principalement l'intérieur de l'Etal, mais dans des circonstances intéressantes, aux- (|Uolles sa manière de penser et de dire ajoutait un nouvel intérêt. Il fut le donzel dont le comte Jean se servit le plus, au dedans etaa dehors: il est certain que ses écrits annonçaient l'homme de génie, bien au fait de l'administration et fort instruit pour ce temps-là. Il est regrettable que nous n'ayons pas sa chronique en entier, mais durlout les morceaux qui concernaient le mode féodal, la forme des tribunaux d'alors, et les idées de l'auteur sur les moyens d'amélioror l'administration par la correction de plusieurs abus. A cAté du mal il plaçait le remède avec discernement et connaissance de oauno. Cet habile homme remarquait judicieusement, en 1440, qoo
l'empereur Albert ayant renoncé à la suzeraineté sur les fiefs de la Suisse^ les comtes de Neuch&tel ne seraient plus appelés dans la suite à réserver la foi au roi des Romains dans leurs hommages. Cette réfleuon est si remarquable que nous n'hésitons pas à la transcrire ici en entier :
«Nul ne porait doubter ne desnier que cettuyComtey et grand fied, giest ses terres , porprinses et borgeoisie des Ligues , partant doibt estre en ycelles comprins et emboiné. De seur nos sires par dextre sapience ne ont cherchey ne volu aultre , soûlant courtoiser le beaing voloir et affectouosités des villes et seignories des dictes Ligues, et se irapétrer en ycelles tant et tant par comborgeoisies, bon mesoage et grande amitié , lour baillant prompte assistance par touts coins, voir à rencontre des haults barons, mesmement de ceux du Chezal. Et par telle preude goubernance ont nos dicts sires gaigné et romptu le hommaige au royx des Romains. Ung reste assavoir le liedge , si fault spérer que par chevances des villes et alliances yceluy baston se comptera tout pareillement et poront lors nos dicts sires instroumenter disant ainsi et comme Messieurs des Ligues :