‹ Biographie neuchâteloiseChapitre 52 sur 117 · PAUL-LOUIS COULON · texte numérisé non relu

PAUL-LOUIS COULON

Paul Goulon, père du philanthrope dont Neuchàtel pleure encore la perte, appartenait à une famille protestante de Cornus en Rouergue. Â peine âgé de quinze ans, il fut séparé de sa famille par le redoublement de la persécution contre les protestants , et forcé de chercher un asile loin de sa patrie. Il arriva à Genève, y reçut rinstruction religieuse et y fit un apprentissage de commerce. Il était employé de la maison Rivier et Plantamour, lorsque le chef de la célèbre maison de commerce , qui jetait alors tant d'éclat sur Neuchàtel et qui fut la principale source de la prospérité dont notre pays a joui dès lors, M. Jacques-Louis de Pourtalès, eut connaissance des talents spéciaux et des qualités morales du jeune réfugié. Il l'appela auprès de lui et ne tarda pas à en faire son associé. M. Goulon acheta la bourgeoisie de Neuchàtel, et épousa une cousine de M. de Pourtalès, M^^® Yiala, comme lui française d'origine et d'un nom illustré dans les dernières crises des églises réformées.

Son fils aine, M. Paul-Louis-Auguste Goulon, dont nous allons entretenir nos lecteurs, naquit à Neuchàtel, le 28 février 1777. Il eut pour premier précepteur le ministre Imer de la Neuveville, qui sut exciter chez lui'dès son enfance le goût de l'étude de la nature. Son oncle, le chancelier Boyve, le savant auteur de Vlndiginat helvétique , s'occupa aussi de son éducation. Ge respectable magistrat prenait tant de plaisir à développer l'intelligence de l'enfant et ji voir sa précoce application au travail , qu'il dérobait chaque jour

ane heure à ses importantes fonctions pour lui enseigner l'histoire, l'allemand et l'arithmétique. Près de soixante et dix ans plus tard, M. Coulon parlait encore, avec toute la vivacité d'un cœur reconnaissant, de la peine que s'était donné son oncle pour lui aplanir, par une méthode à lui , les terribles difficultés de la langue allemande. Il profita si bien de ses leçons , qu'une fois en Allemagne, il parvint au bout de peu de temps et sans effort à parler l'allemand aussi facilement que sa langue maternelle. Quelques années après, M. de Pourtalès et lui, voyageant en Autriche pendant la guerre, tombèrent dans un corps de pandours qui , les soupçonnant étrangers, étaient sur le point de leur faire un mauvais parti. Mais M. Coulon fit signe à son compagnon de garder un silence absolu ; il s'aboucha seul avec les Autrichiens et leur parla si bon allemand qu'ils n'hésitèrent point à le croire du pays et à laisser les deux voyageurs continuer leur route.

Un séjour en Allemagne étant alors comme aujourd'hui le couronnement obligé d'une bonne éducation neuchàteloise , le père de M. Coulon résolut de l'envoyer à Hanau chez le professeur Bergstrftsser : ce fut encore le chancelier Boy ve qui se chargea de l'y conduire. Il y arriva à la fin de mai 1790. « Le principal but du séjour que mon fils va faire chez vous, écrivait son père à M. Bergstrftsser, c'est d'apprendre la langue allemande et d'acquérir les autres connaissances qu'un négociant instruit doit posséder. Mais ce qui importe surtout, c'est de lui former le cœur et les mœurs par des principes si purs , si lumineux , qu'il ne puisse jamais s'en écarter sans rougir. Je vous prie de veiller aussi à ce qu'il se rende régulièrement aux catéchismes , et de lui inspirer le goût du travail et surtout du plus grand ordre , en le lui représentant comme l'une des vertus les plus essentielles à son bonheur, et sans laquelle nul homme ne saurait prospérer longtemps. »

M. Coulon fit à Hanau de rapides progrès; le latin seul était un peu en retard. Un jour d'examen public , le professeur qui l'avait pris en grande affection et qui ne négligeait aucune occasion de le faire paraître avec avantage , déclara que son élève allait expliquer Yirgiîe ad aperturam libri. Grand fut l'effroi du jeune homme qui n'en avait jamais lu qu'une page. Heureusement, grâce à la bienveillance du professeur, le livre s'ouvrit juste à cette page-là, et

l'examen fut brillant. M. Coulon fut vivement peiné de cette petite supercherie faite en sa faveur, et se reprocha d'en avoir été le complice involontaire.

La prise de Mayence par les Français , à la fin de 1792 , abrégea son séjour à Hanau. Â la nouvelle de l'approche des ennemis , FElecteur de Hesse avait fait construire un camp près de cette ville, et le jeune Coulon , toujours avide d'acquérir des connaissances de Umt genre , avait obtenu la permission d'accompagner l'ingénieur, afin de se faire une idée de l'art des fortifications et de se former à la levée des plans. Mais lorsque la ville fut près d'être occupée, il se retira dans l'Odenwald , avec un de ses compatriotes et camarades de pension, chez le comte d'Erbacb, auquel il était recommandé. Il y laissa un temps fort agréable , jouissant de la vie de château et des plaisirs de la campagne , prenant part aux grandes chasses du ivmto et s*amusant déjà à empailler des oiseaux.

De retour à Neuch&tel, M. Coulon ne fit qu'un court séjour dans sa famille ; les ailaires de la maison de Pourtalès étaient immenses à cette époque et l'on avait bâte d'y faire entrer M. Coulon. On renvoya donc à Manchester pour y faire son apprentissage de commerce chez M. Brandt du Locle. Il y passa trois ans, et tout en s'y formant aux affaires, il ne négligea pas l'étude des arts et des sciences; il apprenait la physique et la botanique, s'occupait d'horticulture, dessinait, faisait de la musique et prenait des notes sur tout ce qu'il observait d'intéressant dans la nature et dans le monde. Aussiiôt son apprentissage fini , il fut rappelé à Neuchàtel, d'où il fit de fréquents voyages à Londres , pour les ventes de la Compagnie des Indes, à Lyon et surtout à Paris. La maison Pourtalès ayant pris fin vers ce temps-là, il était entré comme employé dans la maison Coulon , que son père venait de fonder et dont il fut bientôt un des chefs.

Nous avons déjà parlé de son premier voyage à Vienne avec H. de Pourtalès. Ce négociant infatigable, génie commercial du premier ordre, ardent aux affaires et peu soucieux de toute autre chose , ne permettait ni à soi ni aux autres de dérober au travail un Innlant de plus qu'il n'était rigoureusement nécessaire. Déféchomuom de dormir , disait-il le soir à ses commis. Le repos, la table. In Hommeil mémo, étaient pour lui des affaires d'autant meilleures

qu'elles étaient expédiées plus vite. On comprend que M. Coulon, curieux de voir et d'apprendre, avait quelque peine à subir la contrainte à laquelle le réduisait son patron ; il s*échappa quelquefois pour aller au théâtre, à l'université ou au jardin botanique. M. de Pourtalès ne dissimulait pas son déplaisir; mais de retour au comptoir, le jeune homme savait si bien regagner le temps perdu et être tout aux affaires , que le mécontentement du patron n'était jamais de longue durée.

Pendant les nombreux séjours qu'il fit à Paris, dans les dernières années du siècle passé et au commencement de celui-ci, M. Cou. Ion sut également concilier l'étude et les affaires , grâce â l'habile distribution qu'il savait faire de son temps , à l'énergie de sa volonté et à sa puissance de travail. Laissant murmurer ses associés^ qui lui reprochaient de perdre son temps à suivre des cours et de dépenser son argent en livres et en plantes desséchées , il profitait de chacun de ses séjours â Paris pour compléter ses études , et surtout pour étendre ses connaissances dans la botanique, qui était alors son goût dominant.

Parmi les savants qu'il voyait le plus à cette époque , nous devons nommer Persoon, le célèbre mycographe, avec lequel il resta toujours en correspondance; André Thorein, jardinier en chef du jardin des plantes et professeur d'économie rurale à l'école normale ; Desfontaines , qu'il fit entrer en relation avec notre botaniste neuchâtelois , le capitaine Ghaillet; Poiteau, et surtout L'Héritier. Ce dernier^ à la fois botaniste et bibliophile, l'accueillit avec une grande bienveillance; M. Coulon mit souvent à contribution sa magnifique bibliothèque;, la plus riche collection de livres de botanique qui existait alors. On sait que L'Héritier en faisait part avec une rare générosité. Lorsqu'il fut question de faire payer l'entrée des bibliothèques publiques, L'Héritier résolut d'accorder sur-le-champ à tout le monde le libre usage de la sienne. M. Coulon suivit plus tard ce noble exemple : non content de mettre â la disposition de ses concitoyens ses belles collections de livres et de cartes géographiques, il acquérait souvent à grands frais tel ou tel ouvrage précieux , afin de se procurer le plaisir de le prêter à quelqu'un qu'il savait en avoir besoin. Il serait difficile de dire combien de per-

«at dà à sa générosiië les connaissances qu'elles ont acqui- H fo Irar ont permis de se rendre utiles. OvtR les hnaotcs que nous venons de nommer, M. Coulon, penéml ses sqovs à Puis, se lia plus particulièrement encore avec 4fs:( je^Ks cens de sod âge , tous deux passionnés comme lui pour k ktMîfae, ci tpi ne tardèrent pas à se faire un nom dans cette I1IUHUI et de Candolle. Lamoureux , qui fut plus tard à Caoi et qm s'est fait connaître par ses beaux travaux ks aMfhvtes, était alors dans une situation fort semblable à «fe 4e M. Gwkii. Fib d'un manufacturier d'Agen , il venait à pov k placement de ses marchandises, et au milieu des H ées TCBlfs , il s'efforçait de trouver encore du temps pour olMffiscr d suivre des cours. Hais son goût pour le plaisir le dête^mait souvent tout à la fois des afiEidres et de la science, et M. C««loo , son 9Îùé de deux ans , usait de l'ascendant que lui donnait cette légère supériorité d*àge , et surtout le sérieux du carac- Icffc .. pour le réconcilier avec le travail et le ramener à ses devoirs de négociant et de botaniste.

Qnant à de Candolle , M. Coulon le connaissait peut-être déjà knqn^ik se rencontrèrent à Paris. En 1793, lorsque M. Coulon revînt de Hanau , la famille de Candolle , que la révolution avait ^biîgê de quitter Genève , habitait une campagne sur les bords du lac de Neuch&tel. C'est peut-être à cette époque que se formèrent entre eux ces relations d'amitié qui leur ont toujours été chères à Tan et à Tautre, et qu'ils ont entretenues toute leur vie. Quoiqu'il c« s^t, ils se virent souvent à Paris; tous deux furent accueillis avtv affection par L'Héritier ; tous deux avaient le même goût pour la (botanique; un autre lien les unissait encore, c'était leur amour nimr le bien public. M. de Candolle fut ainsi que H. Coulon, un vrai {philanthrope ; comme membre de la Société des arts et du Comité d*utilité publique, il rendit à sa patrie des services assez sem- Kkihles à ceux que son ami a rendus tant de fois à la nôtre.

A la mort tragique de L'Héritier, en 1800, son magnifique herhier fut vivement ambitionné par les deux jeunes gens. Ni l'un ni Taulrc no se trouvant assez riche pour l'acquérir à lui seul, ils Tachetèrent en commun et se le partagèrent. De Candolle, qui travaillait à sa Flore française » garda pour lui les plantes indigè-

oes; M. Goulon eut pour sa part les plantes exotiques. C'est cette . collection qu'il donna plus tard au Musée de Neuchàtel , dont elle fait une des richesses les plus précieuses.

Nous avons vu jusqu'ici la jeunesse et les éludes de M. Goulon. Nous allons essayer de retracer ce qu'il a fait pour son pays et pour ses concitoyens. Notre récit sera nécessairement incomplet. Gomment ne pas oublier bien des traits de patriotisme et de charité dans la vie d'un homme , dont toutes les pensées et toutes les actions avaientpour butlebien deson pays et de son prochain I Et d'ailleurs, parmi tant d'actes de désintéressement et de dévouement , combien nous sont inconnus , qui sont pourtant les meilleurs ! Ils ont été faits dans le secret, Dieu les récompensera publiquement.

En 4802, quelques hommes instruits formèrent à Neuchàtel une société qui se proposait pour objet d'acquérir et de répandre des connaissances utiles, et de s'occuper en général de tout ce qui pourrait contribuer à la prospérité et au progrès de leur pays. Gette Société, composée d'un nombre de membres très-restreint, évita de Se donner une existence officielle ; on ne la désignait que par le nom du jour où elle s'assemblait, la Sociiti du Jeudi. M. Goulon, dont les voyages commençaient à être moins fréquents et qui s'était marié l'année précédente, fut invité à en faire partie. Deux savants étrangers, alors en séjour à Neuchàtel, M. Tralles et M. Léopold de Buch, assistaient d'ordinaire aux séances. On s'y occupait Burtout d'agriculture , d'éducation , des industries bonnes à introduire dans notre pays. On y rédigeait un almanach populaire. La Société de lecture et l'institution de registres météorologiques dans fliverses localités du canton, doivent leur origine à ces réunions du jeudi. Plusieurs autres objets y furent discutés avec grand soin ; ainsi, par exemple , l'établissement d'une compagnie d'assurance oontre l'incendie , la fondation d'une maison de travail pour les pauvres, l'introduction des exercices gymnastiques dans les écoles publiques, etc.

Mais l'institution la plus importante dont nous soyons redevables à cette société est sans contredit celle de la caisse d'épargne. Gomme M. Goulon y eut la plus grande part et n'a pas cessé jusqu'à son dernier moment de s'en occuper avec un zèle et un désintéressement sans pareil, il convient de nous y arrêter un peu.

Hk COULON.

C'est à Berne qu'appartient l'honneur d'avoir fondé la première caisse d'épargne de l'Europe, en 1787; mais cette caisse, counae sous le nom de caisse des domestiques, n'était, comme sou nom l'indique, destinée qu'à une seule classe d'individus. Le gouvernement lui avançait 60,000 fr. sans intérêts et en nommait les administrateurs. Cette belle institution fut ensuite établie par la ville de BAle, qui étendit à tous les habitants les bienfaits de sa caisse d'épargne. Chez nous , dès Tannée 4801 , la société d'émulatioa patriotique avait formé le dessein de doter le pays d'une fondation pareille; mais elle dut y renoncer, parce qu'elle ne put obtenir le concours de la ville de Neuch&tel. Dix ans plus tard , la société du jeudi reprit ce projet , et grâce au zèle et à la persévérance de M. Coulon et de quelques autres personnes, Neuchàtel eut, en 1812, une caisse d'épargne, à peu près semblable à celles qui se formaient à la même époque dans d'autres états de la Suisse , mais qui s'en distinguait pourtant par divers avantages de son organisation, entre autres par l'institution de receveurs dans chaque localité. M. Coulon a été l'âme de ce grand établissement : pendant près de trente ans il en a été à la fois le directeur et le teneur de livres , remplissant gratuitement cette double fonction. Son intelligence des spéculations a fait réaliser, à notre caisse d'épargne, des bénéfices considérables; elle a pu traverser sans s'en ressentir les crises financières de ces dernières années , et elle administre aujourd'hui un capital de dix millions.

Un homme moins actif que M. Coulon aurait cru avoir assez fait ^ pour sa patrie en l'enrichissant d'une telle institution , et en se^s chargeant presque seul des soucis et des fatigues d'une gestion si considérable. Mais M. Coulon , sans rien dérober aux soins qu' consacrait à la caisse d'épargne , trouvait moyen de s'occuper en — core d'une foule d'autres œuvres utiles, et poursuivait entre autrese? avec un intérêt tout particulier, le projet de faire avancer dans no—-* tre patrie l'étude des sciences et des arts. En 1815, il conçut ave»< M. le baron de Buren, de Yaumarcus, comme lui botaniste et dé-â voué à toute bonne œuvre , l'idée d'une sociiti pour Vatancemei^m des éludes dans la principauté de NeuchdleL L'hôtel Du Peyrou a rait été érigé en Musée national; on aurait formé des oollectio d'histoire naturelle et d'objets d'art; le beau jardin de l'hôlel seras/

devenu un jardin botanique. Malheureusement le moment était peu propice & une fondation de ce genre : les charges extraordinaires qui pesaient alors sur Neuchàtel par suite de la guerre, ne peromirent pas de réaliser ce projet pour lequel cependant MM. Goulon et de Buren avaient déjà réuni 2S,000 livres. Mais M. Goulon ne se découragea point, et il a eu la satisfaction de réaliser plus tard la plupart des projets qu'il formait alors pour l'avancement des études. Se trouvant à Nice en 1818, avec sa femme déjà malade et qu'il devait avoir la douleur de perdre peu d'années après , il y retrouva son ami M. de Buren, et se livra avec lui à son goût pour Thistoire naturelle ; ils herborisèrent souvent ensemble. M. Goulon commença à former une collection de coquillages, de crustacés, de poissons et d'autres animaux, qu'il apprit à préparer lui-même, et qui furent la base de notre musée actuel. Dans toutes les collections qu'il faisait , il n'avait en vue que le plaisir d'en faire hommage à sa patrie. En 1840 , il donna à la ville de Neuchàtel une riche collection de médailles , de cartes géographiques et de livres précieux, amassés pendant de longues années.

Lorsque la société neuchàteloise des sciences naturelles se constitua, en 1832, on lui déféra la présidence. M. Goulon remplit ces fonctions plusieurs années; les séances avaient lieu dans son salon, liorsque plus tard il se démit de la présidence , il voulut bien se oharger des fonctions de caissier. La société était alors engagée fjans des frais considérables; le caissier, sans en faire bruit, avançait de ses propres fonds les sommes nécessaires , souvent assez fortes , et les comptes se bouclaient toujours d'une façon satisfaisante. Malgré ses nombreuses occupations et les charges publiques dont il était revêtu, M. Goulon ne négligeait pas les travaux scientifiques. Ghaque semaine on le voyait passer par les marnières fi'Hauterive , pour y chercher des pétrifications , qu'il étudiait et envoyait ensuite à Defrance. Gelui-ci donna le nom de M. Goulon au fossile le plus caractéristique du terrain néocomien, ïostrea Couioni. M. Goulon avait entrepris aussi, dès 1817, une série d'observations limnimétriques, qu'il a poursuivies jusqu'à sa mort et sur lesquelles on peut consulter le compte-rendu de M. de MontmoUin père, dans les Mémoires de la société des sciences naturelles de Neuchàtel, année 1836. Il ne cessa jamais de prendre une part

active aux séances de cetle société , en lui communiquant ce qu'il a^ail trouvé d'intéressant dans ses lectures ou ses observations. Peu de semaines avant sa mort , ne pouvant plus se rendre aux séances , il loi envoyait encore un article qu'il venait de traduire d^an jiMunal américain sur la morsure des serpents à sonnette.

Cest à M. Coulon que les habitants de Neuchàtel doivent l'arrangement du Jutrdim du prince , qui malheureusement a été un peu négligé depuis; le dessin et l'exécution d'une partie de la promenade du Faubourg, la distribution de l'eau de l'Ecluse dans les fontaines, et plusieurs autres travaux d'édilité qu'il fit exécuter pendant qu'il était membre des conseils de la ville. En 1822 , il s'eiupii>ya avec un zèle extrême à faire décréter la route neuve qui conduit à Xeuchàtel du côté de l'ouest , et qui a pris tant d'importance qu'elle est maintenant Tune des deux seules grandes routes par lesquelles on arrive dans cette ville. Ce projet rencontrait beaucoup d'obstacles et de contradicteurs, mais M. Coulon se donna tant de peine à recueillir des souscriptions, fit tant de démarches pour persuader les uns et pour stimuler les autres, qu'il vint à bout de son dessein.

M. Coulon était entré dans le Grand-Conseil de la ville de Neuchàtel en 180&; il passa dans le Petit-Conseil en 1813, fut nommé membre des Audiences-Générales en 1818 , et fut plus tard à diverses reprises député au Corps législatif. En 1831 , il devint pré- sident de la régie des postes et membre de la Commission des fi- ~ nances de l'Etat. Â peine entré dans cette Commission , il eut le^:^ courage de se prononcer avec énergie et de lutter avec persévérancess pour la réforme de certains abus qui s'étaient glissés dansTadmi — nistration des receltes de l'Etal et qu'il parvint à faire cesser— - Comme président de la régie des postes , il fil abaisser la taxe d< lettres, malgré la vive opposition que souleva cette mesure , don" on ne comprenait pas encore la portée et dont le principe est maii tenant adopté universellement.

Avant de quitter M. Coulon comme homme public, nous devoiw^j rapporter un trait qui achèvera de le faire connaître, et qui moiHr trera avec quelle présence d'esprit et de cœur il savait se décideor-; sans balancer , quand il s'agissait du bien de son pays. On smii qu'en 1847 , Neuchàtel ayant refusé de fournir son contingent i

l'armée fédérale pour marcher contre le SoDderbund , fut , après la guerre , condamné par la Diète à une contribution de 300,000 livres. Cette somme devait être payée le 20 décembre au plus tard. Le conseil d'Etat de Neuchàlel envoya M. Coulon à Berne pour régler cette affaire. M. Coulon se présenta au jour fatal, et offrit, de la part du gouvernement neuchâtelois, de remettre au Directoire des créances hypothécaires d'une valeur égale à la somme demandée. Les créances ayant élé examinées ne furent pas jugées acceptables par le caissier de la Confédération, et sur son rapport le Directoire refusa de les admettre. On pouvait en appeler à la Diète» mais la Diète pouvait refuser le délai que Neuchâtel demandait pour s'acquitter en espèces, et le Directoire menaçait en attendant de faire occuper militairement le canton. M. Coulon ne voulait pas laisser son pays exposé à cette humiliation ; il n'hésita pas un instant , négocia des valeurs qui lui appartenaient , et remit le jour même au Directoire, en écus sonnants, la somme de 300,000 livres, (fr. 438,000.)

Le 1^' mars 1848, pendant que le gouvernement provisoire était occupé à s'installer au château de Neuchâtel, la première personne qui se présenta â la porte , demandant à être introduite , était M. Coulon père. On le fit entrer , non sans se demander avec quelque surprise quel pouvait être dans un pareil moment l'objet d'une visite si empressée. M. Coulon n'apportait ni adhésion, ni protestation. «( Je viens vous prier , messieurs , dit-il aux membres du nouveau gouvernement, de faire placer un factionnaire à la porte de la caisse d'épargne. La caisse d'épargne est la fortune des pauvres , il importe, quoiqu'il arrive, qu'elle n'ait aucun danger à courir. »

Après la révolution, M. Coulon continua, malgré son grand âge, À s'occuper avec la même activité de tout ce qui pouvait être utile & son pays. La maison de santé à Préfargier , qui se fondait alors, le comptait au nombre de ses administrateurs , et il déployait dans ces fonctions-là le même zèle et la même intelligence que dans toutes les autres. Il assistait régulièrement aussi aux séances de la commission de la bibliothèque publique, dont il était membre depuis longtemps. Il y arrivait rarement les mains vides: il avait toujours sous son manteau quelque livre ou manuscrit précieux qu'il apportait en don à la bibliothèque; et lorsqu'il avait quelque présent

à faire , il arrivait avant l'heure , afin de n'avoir pas de témoins de sa générosité.

Atteint dans l'automne de 4854 de la maladie qui devait l'enlever , il vit venir la mort non-seulement avec calme , mais avec la joie du chrétien: il sut oublier tout le bien qu'il avait fait pour ne laisser reposer son espérance que sur la miséricorde divine. II ne cessa pas de travailler aux choses qui l'avaient occupé pendant toute sa vie» et voulut mourir à l'œuvre. La dernière fois qu'il sortit de chez lui, ce fut pour aller présider la direction de la caisse d'épargne. Peu de jours après , on lui apporta le compte annuel de cel établissement , qu'il signa d'une main défaillante; le lendemain il expira. C'était le 22 mars 185S.

Après avoir montré tout ce qu'a fait M. Coulon, il peut paraître superflu de parler encore de sa passion pour le travail. Disons cependant qu'après avoir occupé sa journée aux affaires , il passait encore une partie de la nuit à transcrire des manuscrits dont il désirait enrichir la bibliothèque publique. La bibliothèque de Neuchàtel possède plusieurs volumes in-folio copiés de sa main.

Sa munificence était extrême : il avait une foule de protégés qu'il assistait avec une incomparable générosité ; il subvenait aux frais d'apprentissage d'un grand nombre de jeunes gens pauvres , leur procurait des places et se chargeait de leurs trousseaux. Il y avait dans sa manière d'obliger , de la grandeur, de la délicatesse, de la grâce et surtout de la simplicité ; son seul luxe était la bienfaisance. Prodigue pour les autres , il n'avait aucun besoin pour lui-même; il était sobre à l'excès, ennemi de toute espèce de faste et de vaine gloire. Sa fortune ne fut jamais pour lui une source de tentations, il n'y vit au contraire qu'un moyen de faire le bien. En contemplant la vie de cet homme excellent , nous ne pouvons nous empêcher de rappeler ce beau mot de Fénélon, que nous voudrions voir gravé sur sa tombe : /( n'y a que les grands cœurs qui saeheni combien il y a de gloire à être bon.

Le buste de M. Coulon par Schlœth, de Bàle, a été placé au musée d'histoire naturelle de Neuchàtel, le 20 octobre 4857. Il repose sur une colonne de marbre noir portant cette inscription :

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