DIEU DE BELLEFONTAINE
Né à Caen, le 30 novembre 1759 , de parents protestants, Jean- Michel-Samud Dieu de Bellefontaine fut de bonne heure destiné au saint ministère. Il fit avec succès ses études théologiques à Genève et vint se fixer dans notre pays en 479S, où il fut agrégé à la Compagnie des pasteurs. Successivement subside à Yalangin et à St- Aubin et diacre du Yal-de-Travers , nommé en 4799 pasteur aux Planchettes , il quitta ce poste en 1806 , pour celui des Verrières, dont il fut pasteur pendant 3& ans. M. de Béville, après l'avoir entendu prêcher à Neuchàtel, lui témoigna sa satisfaction, en lui accordant la qualité de bourgeois de Yalangin.
Par ses talents , il semblait destiné à exercer ses fonctions dans quelque grande capitale , et il a été pasteur de village dans un des plus petits pays de TEurope ! Quoique sa réputation se soit peu étendue au dehors , il était néanmoins considéré dans tous les cantons protestants comme un prédicateur distingué , et plus encore comme un théoricien consommé dans l'art de la chaire, dont il s'est constamment occupé et qu*Q a professé dans un cours qui fut trèssuivi.
Il avait étudié la composition du sermon pendant toute sa vie, sans négliger l'art de la récitation ; à cet ^rd on ignore sans doute que pendant son séjour à Genève, ses professeurs, désespérant de son mauvais organe^ crurent un moment que sa voix, sourde et
désagréable, le forcerait à renoncer à la carrière du ministère; mais à force de travail et de persévérance , il parvint à acquérir une perfection de débit telle qu'il lui a peut-être dû en partie ses succès.
Les écrits de M. de Bellefontaine sont restés pour la plupart inédits. Dans les dernières années de sa vie il travaillait encore à un ouvrage sur Téloquence sacrée , dont M. Goquerel a inséré quelques passages dans ses Observations pratiques sur la prédication. Un autre morceau du même ouvrage, contenant un jugement sur J-F. Osterwald, ainsi que deux sermons, ont été publiés dans le tome vu du Disciple de Jésus- Christ.
La poésie ne lui était pas étrangère; il composa pour le Jubilé de 1830 , trois cantiques qui prouvent qu'il aurait pu se distinguer dans un genre qu'il n'a pas cultivé , mais pour lequel il avait du goût et de la facilité.
M. de Bellefontaine était tendrement attaché à sa nouvelle patrie qui l'avait accueilli avec empressement lorsque la tourmente révolutionnaire le tenait éloigné de la France. « Quand le grand Napoléon , disait-il un jour à quelques-uns de ses confrères , se ferait protestant, et qu'il voudrait me faire son chapelain, je ne quitterais ni ce pays, ni la Compagnie des pasteurs. »
Il mourut aux Verrières, le 14 janvier 48&0. Ni ses infirmités, ni ses quatre-vingts ans, ne l'empêchaient de monter en chaire ; il était du nombre de ces hommes privilégiés qui conservent jusqu'au moment d'entrer dans la tombe toute la vigueur de leur esprit et la sensibilité de leur àme.
Souroei. Renseignements donnés par la famUIe. — Cartulaire de la fMrin^ dpauté de Neuchâlelf mss. — Coquerel , Observations pratiques sur lapredica^ (ioii. — Constitutionnel neuchàlelois, 1840.
Très-ancienne et noble famille du comté de Neuchàtel , éteinte déjà au milieu du xiii^ siècle , dont on ne peut donner qu'une notice fort incomplète faute de documents certains. Elle appartenait
à ces hommes libres» désignés dans nos contrées sous le nom d'hommes francs ou d'hommes royaux, en langue romande les Reyes ou les Rayés , qui ne dépendaient primitivement que du roi de Bourgogne, puis du roi des Romains ou de l'empereur. C'est comme au représentant du roi qu'ils obéissaient au comte, dans le gouvernement duquel ils étaient domiciliés. Soumis à son autorité militaire et à sa juridiction , ils étaient d'ailleurs maîtres de leurs personnes et de leurs biens. Peu à peu ils se rendirent pour la plupart directement dépendants du comte ou de quelque seigneur , en recevant de lui des rentes ou des terres, que pour se les attacher il leur donnait à fief. Ces hommes royaux étaient répandus en grand nombre au xii^ et xiii® siècle dans notre pays. Ils n'habitaient pas les villes, mais ils vivaient dans les campagnes sur la terre de leur héritage. La guerre dont ils faisaient partie , en a détruit un grand nombre. Les autres devinrent vassaux du comte , en recevant des fiefs de lui, ou en lui prêtant hommage pour leurs francs alleux. D'autres encore se firent bourgeois des villes ou se confondirent insensiblement avec les sujets affranchis, à cause de la désignation commune d'hommes libres.
La famille dal Donjon, nommée aussi dans les titres: du Donjon et Dnlione , tenait en fief des rois de Bourgogne la tour appelée aujourd'hui encore le Donjon et ses dépendances à Neuchàtel, dont ils étaient gardiens héréditaires. Cette tour, dont les murs ont douze ou treize pieds d'épaisseur, n'est construite qu'en moellons ; les angles seuls ont de plus gros matériaux. Plusieurs membres de cette famille figurent comme témoins dans les actes les plus importants de la maison de Neuch&tel. Ils sont titrés de Domini et de Milites et placés dans le rang des témoins, immédiatement après les Estavayer et les Grandson.
Le nombre des personnages de cette famille, dont le nom est parvenu jusqu'à nous est très-restreint. Dans la donation du comte Ulrich au monastère d'Haulerive, en 1162, de la dîme qu'il percevoit sur les travaux des conventuels, nous trouvons Cono dal Donjon de Novocastro , au nombre des témoins avec Bainaldus et Richardus de Corcelles> Pierre, ministral d'Arconcie, et Borcardus de Itrotigny. En 1201 , Rodolphe dal Donjon assista coaune témoin i un acte par lequel le comte Ulrich conçue à Tabbaye de Hauterive,
en échange de vignes , situées à Arins , trois lunages de terre à Epagnier. Le même Rodolplie apparaît encore comme témoin, en 4202 , d'une donation d'un tiers de la dime de Boudevilliers, faite par Conon Albrahe, confrère du prieuré du Vaux-Travers, à ce monastère. II fut aussi témoin , en 1208 , dans un échange entre le couvent d'Hauterive et Berthold de Neuchàtel , prévôt de Bàle et trésorier de Lausanne, d'une terre à Epagnier.
Ulrich du Donjon assiste , en 1203, à la donation que Berthold, seigneur de Neuchàtel, du consentement de sa femme Richense, et de ses enfants, fait à l'église de Frinisberg de certaines vignes qu'il possédait dans le val de Nugerol. Le même Ulrich fut témoin , le 7 des calendes d'avril 4203 , à un acte par lequel le comte Berthold remet à l'église de Frinisberg diverses terres. On le voit paraître, en 4213, comme témoin avec Wuillcrme d'Estavaver et Walchems de Grandson, dans une charte par laquelle Conon de Duan , reconnaissant le tort que son oncle Conrad a fait à l'église de Cressier en retenant la dime d'Enges, du domaine de cette église, fait une confession publique en cour du comte Ulrich et restitue ce qui avait été soustrait. La dernière fois qu'il parait , sous le nom de Ulrich de Duiione, chevalier , est en 4224. Le 43 des calendes de novembre de cette année, il assiste à un acte par lequel Albert, prévôt de Neuchàtel, et son chapitre, font savoir qu'en leur présence et en celle de plusieurs autres personnes dignes de foi , Berthold de Neuchàtel a déclaré avoir vendu à Guillaume, évéque de Lausanne, le droit de battre monnaie, qu'il tenait en fief de lui. Cet Ulrich possédait une maison au château de Neuchàtel, car dans un acte de l'an 4286, il est parlé d'une maison sita in Castro Novicaslri inter domum Johamis dicti Moneier et domum quondam Uldrici dicti don Dojom,
En 4224, Jacques du Donjon est présent avec un grand nombre d'illustres témoins à la vente que fait Berthold de Neuchàtel à Guillaume, évéque de Lausanne, pour 4 OS marcs d'argent et 402 livres lausannoises , du droit de battre monnaie qu'avait acquis son aïeul Ulrich, de l'évéque Roger. Il est qualifié Jacobus de Duiione, miles, en 4234 , dans la convention passée entre Berthold , seigneur de Neuchàtel et le chapitre de Neuchàtel, au si\jet du droit de présentation à la place d'un chanoine. Il fut aussi présent, en 4237, à la
donation que fait Berthold de Neuchàtel à l'abbaye de Saint-Jean de Gerlier , du droit sur les choses que les religieux achèteront ou vendront dans la seigneurie de Neuchàtel. Nous le voyons encore comme témoin d'une concession faite , le 2 des calendes d'avril 1237, par Berthold à l'abbaye de St-Jean et à l'église de Neuchàtel^ du droit d'acquérir tout ce qui leur sera donné en aumône par les chevaliers et bourgeois dans l'étendue du fief qu'il tient de l'empire, et dans le domaine de Neuchàtel , ainsi que dans un titre du mois de janvier 1240, contenant un jugement porté par Berthold dans un différend entre l'abbaye de St-Jean et Guillaume de Vaux-Travers, pour une terre à Yœns. Le dernier acte qui fait mention de lui est de l'année 4249 , où il assista en qualité de témoin à la donation de la pèche de la Thielle , faite à l'abbaye de St-Jean , par Berthold de Neuchàtel , à condition que le passage des bateaux ne soit pas entravé.
Cette ancienne famille du Donjon s'éteignit à cette époque misérablement. Le chanoine anonyme raconte, qu'en 1 249, Neuchàtel fut brûlé par le seigneur Henri^ évèque de Bàle, qui était de la maison de Neuchàtel , par la trahison des nobles du Donjon , vassaux du comté. Aussi furent-ils exféodés et exhérédés. Quelques-uns même d'entre eux subirent une mort douloureuse et justement méritée. * Le chancelier de Montmollin assure que cet incendie eut lieu dans la nuit du 27 au 28 septembre 1249, et qu'à la même heure « certains nobles, entre lesquels sont nommés Jehan de Porte, Benoit de Sochat et Pierre de Gorgenay , lâchement pratiqués par le prélat, mirent le feu en deux endroits du Neubourg, et tentèrent le semblable en la ville haute es maisons de Diesse et de Clairon, proche la Malporte , non sans succès. Les bourgeois grandement irrités murmurèrent sur lacendrede leurs maisonset demandèrentque justice soit faite des traîtres. Pierre de Corgenay (et plusieurs autres) convaincus furent décapités. »
I Bellorum incursu magna ruina patait Novi Castrl, nam anno Donini MCGXLIX, sicut in veteribus codicibus ecclesie repperimos, combustum fuit et dcstructum Novum Castrum a domino Henrico episcopo BasiUensI qui erat de Novicastrensibus per traditionem factam contra dominos Novi Castrl a nobilibus suis de Dulione qui nobiles erant. Inde fuenmt exfeodati et exheredati et quidam corum mortem crudelem et debitam parsi fuerunt.
(Manuscrit du chanoine anonyme, (^ /.)
Il est fort probable que Jacques du Donjon , qui fut témoin cette même année dans l'acte de donation de la pèche de la Thielle, était on des malheureux qui trahirent leur patrie. Depuis ce temps il n'est plus fait aucune mention de cette famille dans le comté de Neuchàtel. Les armes des dal Donjon sont inconnues.
Sovroei. MaUle, Monumenti de Vhiitoire de Neuchàtel , p. 15, 38 à 41 ; 51, 65 à 67; 86,92, 95, 96, 110, 811. — Cartulaire de St-Jean , aux archives de Berne, t. I, p. 789. — Choupard, Recueil d^actes, t. II, p. i09, liO, 422. — Livre des anciennes donations d?Hauterive, p. 5. — Collection diplomatique d*HaufertVe, p. 12, 50. — Livre de Frinisberg , t. II, p, iO, archives de Berne.— Mémoires du chancelier de Montmollin , t. II , p. ii2. — Chronique du chanoine anonyme , f* I. — Monuments de l'ancien Ifeuchâtel , par Frédéric DuBois de Montperreux, page 8. — Histoire de Neuchàtel et Falangin, par F. de Chambrier, p. 17, 34, 61 y etc.