JEAN -PIERRE DROZ
Jean-Pierre Droz , célèbre graveur de la monnaie de Paris , naquit à la Chaux-de-fonds en 1746, et mourut à Paris le 2 miars 4823. Son père, propriétaire d'une fabrique de faux , apercevant en lui d'heureuses dispositions pour la gravure et le dessin , après lui avoir donné les premières leçons pour façonner les métaux et tremper Tacier, l'envoya , à l'âge de dix-huit ans, se perfectionner àParis, où ses études se dirigèrent surtout vers l'art du monnayage, et où il s'illustra bientôt par ses talents et ses succès. En 1783, il fit à ses frais l'expérience de procédés de son invention , sur un balancier de la monnaie de Paris, et cet essai réussit. En 1786, lors de la refonte des monnaies d'or et d'argent de la France , il frappa sous ce même balancier des écus de six livres et des doubles louis, dont on admire la perfection et qui paraissaient plutôt être des médailles que de simples monnaies. Appelé ensuite en Angleterre par un savant artiste , Boulton , qui venait d'obtenir le privilège de fabriquer la monnaie de cuivre pour toute la Grande-Bretagne, et qui s'estima heureux de pouvoir s'associer un tel collaborateur, J.-P. Droz fit construire plusieurs balanciers de son invention avec les autres machines nécessaires, aussi perfectionnées par lui, et substitua la pompe à vapeur aux bras des hommes pour les mettre en
mouvement, ce qui procure une grande accélération de travail, ainsi qu'une économie d'argent et de main-d'œuvre. De retour en France, ses découvertes ayant été communiquées à la direction des monnaies, sur le rapport de celle-ci il obtint, en 4799, des encouragements du Directoire , et fut nommé la même année Conservateur de la monnaie et des médailles.
L'art du monnayage ofire deux parties , qui forment deux divisions générales ; à la première se rapportent les opérations chimiques et docimastiques qu'on fait subir au métal pour lui donner le degré de pureté ou le titre exigé par la loi. La seconde embrasse la construction et l'emploi des instruments et des formes nécessaires pour donner aux pièces le poids , la forme et les empreintes qui les caractérisent. Cette seconde partie est la seule dont Droz se soit occupé ; en effet , tout ce qui a rapport à la fabrication , à la gravure, à la trempe des coins, au mécanisme de la virole brisée, du laminoir, du découpoir et du balancier, tout cela a fait l'objet des études approfondies de Jean-Pierre Droz. En 1802, les inventions et les services de cet artiste fournirent la matière d'un rapport à l'Institut de France, dans lequel on lui assigne un rang distingué parmi les hommes qui ont le plus contribué aux progrès de l'art auquel il avait voué ses talents et ses veilles. L'année suivante, un académicien célèbre, M. de Prony, les décrivit avec figures, dans un nouveau rapport à la classe des sciences physiques et mathématiques de l'Institut^ qui en ordonna l'impression. Ce rapport, rédigé par MM. de Prony, Desmarets, Perrier, Charles et Berthoud, est un des plus beaux titres de gloire de notre compatriote. D'après ce rapports Droz a apporté dans la trempe et la fabrication des coins plusieurs procédés d'une perfection sans exemple, parmi lesquels on peut distinguer ceux qui sont relatifs aux moyens d'obtenir eiaotement la similitude des formes et l'égalité des volumes, en ayant égard aux dilatations des métaux. Il appliqua la presse inventée par Pascal au mouvement du balancier. Ses perfections sur le laminoir portent principalement sur l'engrenage qui mène en même tiMn[)s l'un et l'autre cylindre; sur le moyen de tenir très-solidenuMit le cylindre supérieur à une distance arbitraire de l'inférieur, 8ans que le parallélisme soit dérangé, et de rendre, au moyen d'une
articulation heureusement appliquée, le mouvement de oe cylindre supérieur compatible avec celui de Tengrenage qui le mène.
Mais le balancier est de toutes les machines employées à la fabrication des monnaies celle dans laquelle Droz a le plus déployé les ressources de son esprit inventif. Il n'est pas une partie de cette machine qu'il n'ait perfectionnée; mais les descriptions propres à donner l'intelligence parfaite des nouveautés qu'oflrent ses mécanismes ne sont pas de nature à entrer dans cette notice. Disons seulement que ses balanciers offraient une garantie contre les contrefacteurs , car on pouvait frapper, au moyen de la virole brisée, la pièce sur face et sur tranche d'un seul coup, quelles que fussent les empreintes creuses ou saillantes que la tranche doive porter.
A l'exposition de Londres, en 1802, le Jury central, après avoir pris connaissance dans les plus petits détails des moyens employés par Droz pour opérer à la fois et d'un seul coup de balancier l'empreinte des deux faces et de la tranche d'une pièce de monnaie, ainsi que de ses autres découvertes pour obtenir autant de précision que de célérité dans l'exécution de ses ouvrages , le Jury central, disons-nous, s'exprimait ainsi :
a Cet artiste remarquable a embrassé dans toute son étendue l'art du monnayage, et il n'est pas une partie de cet art qu'il n'ait améliorée. Par ses procédés, s'ils étaient adoptés, la possibilité de contrefaire les monnaies serait presque entièrement détruite. 11 frappe la pièce en même temps sur le plat et sur la tranche avec un degré de perfection tel , qu'on peut regarder les monnaies ainsi frappées comme ayant l'immense avantage de ne pouvoir être imitées. Toutes les parties de l'art monétaire ont été revisées , modifiées et perfectionnées par ses soins avec un succès qu'on refuserait de croire si l'on n'avait pas le fait sous les yeux. »
Le Jury décerna & Droz une grande médaille d'or ; sa réputation commençait à s'étendre au loin ; il était consulté par les gouvernements étrangers qui lui firent les plus magnifiques propositions s'il voulait se vouer uniquement h la perfection de leurs monnaies. En 1803, une députation de l'Institut se rendait chez lui pour admirer un magnifique balancier qui lui avait été commandé par le roi d'Espagne , et cette députation adressait au corps illustre dont elle fai-
sait partie un nouveau mémoire encore plus remarquable que le premier.
Comme graveur, J.-P.Droz a remporté le prix sur quatorze concurrents, au concours ouvert en 4810, pour la confection desmconaies , et l'on doit à son talent de nombreux essais en médailles et autres objets du même genre, qui auraient suffi pour lui faire uo nom. Il avait résolu de publier lui-même l'bistorique de ses travaux et le résultat de ses diverses expériences ; mais , employant toujours la plus grande partie de son temps à esquisser de nouvelles conceptions relatives à des procédés d'arts mécaniques, il n'eut pas celui de mettre la dernière main à son ouvrage. Gel artiste a gravé la belle médaille frappée en mémoire de la paix de Lunéville; d'un côté elle porte le buste de Napoléon i^>^, de l'autre une partie du globe sur laquelle on distingue la France et l'Angleterre. Cette médaille est remarquable par la parfaite ressemblance du profil de Bonaparte, ainsi que par la beauté du travail et la pureté du monnayage, que le relief très-saillant du buste rendait fort difficile.
J.-P. Droz a gravé un grand nombre d'autres médailles , toutes estimées et recherchées des amateurs. On en trouve la description dans les ouvrages suivants : Schtceizerisches Mûnz- und Médaillen- Cabinet, beschrieben von Haller. Berne 1784, ii, p. 532. — Histoire métallique de la révolution française. Paris 4806 , in-ft®. — Histoire métallique de Napoléon i«'. Londres 1819 , in-4®, avec le supplément, Londres 1821 ,in-ft^, etc. Ajoutons que sous le régime du prince Alexandre Berthier le système monétaire de Neucbàtel devait être assimilié & celui de l'empire français , Droz s'était fait un plaisir de graver pour son pays natal , avec son habileté ordinaire , les coins nécessaires à cette opération , que firent ajourner des circonstances particulières, et que les événements survenus dès lors ont fait abandonner. Les coins subsistent encore et quelques collections possèdent une ou deux des rares pièces de cinq francs frappées à titre d'essai.
Droz a formé plusieurs élèves distingués, qui ont fait honneur à leur maître illustre. De ce nombre est Henri-François Brandt , k célèbre graveur en médailles de la cour de Berlin, son compatriote, qui resta six ans chez lui et y reçut tous les conseils et les soins de cet habile artiste. Il a paru à Versailles^ en 1823, une Notice sur
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les diverses inventions de feu M. J.-P. Droz , graveur-mécanicien, etc., par C.-P. Molard, membre de Tlnstitut, brochure in-4^ de 32 pages. On trouve aussi sur cet artiste, dont le nom s'associe si honorablement à celui des Jaquet-Droz, des Berthoud, de^ Breguet, d'intéressants détails dans l'Annuaire nécrologique de A. MahuI, année
Sooroei. Outre les ouvrages indiqués plus haut» consultez: Magasin ency» elopédique, 5* année, t. II, p. 122 ; 9* année, t. Y, p. 245, t. I, p. 122 ; ft*ann&, t IV, p. 516-521. — Rapport fait à la classe des sciences mathématiques et physiques de l'Institut national sur diverses inventions de M. J.-P, Droz, imprimé par ordre de la classe. Paris, imprimerie de PInstitut, an XI, in-4*. — Recueil des ouvrages de peinture , gravure , etc, cités dans le rapport du Jury sur les prix décennaux f exposés le 25 avril 1810, etc., publié par Lardon. Paris iSiO. — Biographie nouvelle des contemporains, t. XVI , p. 445-450. — Bernouilli, 1. c. p. 456. — JlMldung und Erlduterung der fûnfzehn Denkmûnxen , welche hestimml waren an dem pariser grossen Feste unter die franzôsische aus Deutschland zurUckgekehrte Armée ausgetheill zu werden» 1806, in-4*, p. 15.
CHARLES-LOUIS DE LA GACHERIE DUBLÉ.
Charles-Louis de la Gacherie Dublé, issu d'une famille réfugiée, originaire de Pujols en Âgenois, docteur en médecine, bourgeois de Neuchàtel où il est décédé le 2 décembre 1807, à l'âge de soixante et douze ans, sans laisser , ni dans le pays ni à l'étranger , aucun prodie parent à qui il eut été naturel de transmettre sa succession, l'a destinée à un objet d'utilité publique qui prouve à la fois son patriotisme et son respect pour la religion. Dans la vue d'encourager les jeunes gens à se vouer au ministère évangélique , il institua pour son héritière universelle la Compagnie des pasteurs de Neuchàtel, en ordonnant que le revenu de son bien, assez considérable , serait essentiellement employé à salarier les jeunes ministres, qui, n'ayant point encore de places ni de pensions, étaient appelés à cette époque à aller prêcher dans tout le pays aussi souvent qu'il en était besoin, sans aucune rétribution. Une telle disposition donne à ce généreux citoyen des droits bien fondés à la reconnaissance de ses concitoyens.
M. de la^Gacherie Dublé a publié une dissertation intitulée: Dissertatio inauguralis medica sistens examen Bituminis Neocomensis
quam die 5 julii Defendente. C. Lttd. La Gasckerie Dubli, Neocomensis auctar, Basileœ 47S8, in-ft<>, 18 p. Réimprimé dans Toovrage de Stockar sur le même sujet. Leyde 1761, iQ-8<>, 24 pages. C'est une disseiiaiioD sur les propriété de l'asphalte du Yal-de- Travers.
I. ÂlwÊamach de IfeuehàlH^ 1809. — Haller , Bibliothek helvet., 1. 1, n* I80§. — Gôîtinger gelehrte jifueigeny 1759, p. 492. — Jeta heluetica, U VII, p. 151. ^ Huf , MM France proie%tanUy t. lY. — JEwai HalUlique sur Nevehàffl, p. M. ^ Bernouilli, I. c. p. 55.