‹ Biographie neuchâteloiseChapitre 61 sur 117 · DAVID DURAND · texte numérisé non relu

DAVID DURAND

A la fin du dix-septième siècle , un minisire Languedocien, nommé Jean Durand , originaire de Monlpellier et pasteur à Com- Qfjiers , se réfugia dans le comte de Neuchàtel , et mourut à fleuchâtel au mois d'avril 1G95. Sa femme était restée en France ivec ses quatre enfants , dont les deux aines ayant passé Tâge de sept ans, ne pouvaient suivre leurs parents sur la terre étrangère ; nais elle soupirait après le jour qui la réunirait à son mari. L'ocvision se présenta enfin , et à force de précautions elle réussit à gagner la Suisse en compagnie du ministre Perrin. Elle mourut mx Brenets en 4707. Jean Durand laissa deux fils; Tainé Jean- Antoine fut pasteur de Féglise des Brenets, et n'eut qu'un fils, Darid-Henri-Durand , qui naquit en 1731 , et mourut à Londres en •808 après avoir desservi successivement l'église de l'artillerie et l'église Wallone. Un choix de ses sermons, qui a été publié après sa mort par son collègue Jean -Louis Cliirol , et qui fut édité par Fauche-Borel (Londres 1814, in-8°), donne Tidée la plus favorable de son talent oratoire. Ses sermons ne sont pas moins remarquables par la simplicité des divisions que par Ténergie du style et la force des argumentations.

Mais le personnage le plus distingué de cette famille que le malheur transplanta sur le sol hospitalier de Neuchàtel , est un frère cadet du pasteur des Brenets, nommé David Durand , qui s'est fait dans toute l'Europe une réputation justement méritée. Historien, poète, traducteur, philologue, il a laissé des ouvrages qui justifient chacun de ces titres et dont la plupart sont très-recherchés. Né à Saint- Pargoire vers 1680 , David Durand se réfugia avec ses parents dans notre pays et y demeura jusqu'au moment où il entra à l'université de Bàle pour y commencer sa théologie ; il fut reçu ministre à l'âge de 22 ans , et fut attaché comme chapelain ù un régiment de réfugiés au service de Hollande. Prisonnier quelque temps en Espagne, il s'évada, vint à Genève d'où il se rendit à Rotterdam , et se lia d'amitié avec Bayle , qui l'engagea à conlinuer à La Haye l'histoire des ouvrages des savants de Basnage. En 1714,

il passa à Londres et fut nommé chapelain du lord baron de North ei Grey. Une note de la préface de sa Religion des Mahomitans pri>aTe, qu'en I7i0, il desservait l'église française de Martins' Laoe. Son Hisloire n^mrelle de For ei de Vargenl , extraite de Pline, le fit connaître an public comme membre de la Société royale. Il dut peut-être cet honneur à VHistoire de la peinture ancienne , extraite aussi de Pline et publiée en 47i5 avec des remarques fort curieuses. H devint minbtre de l'église de Savoie à Londres , en 47SO. C'est dans cette place qu'il termina sa longue et honorable carrière , à l'âge de 84 ans. Ce fut lui qui attira en Angleterre son nevea Henri-David Durand.

A la grande variété des connaissances et à la solidité du jugement, Durand joignait une remarquable pureté de langage , beaucoup de délicatesse de sentiments et une éloquence à la fois douce et majestueuse ; tout cela soutenu d'un air et de manières qui lui étaient entièrement propres et qui relevaient hautement au-dessus de ceux qui sont simplement imitateurs ou copistes. Théologien et prédicateur de premier ordre , il était aussi grand humaniste, et possédait, dans un degré supérieur, tout ce que l'ancienne Grèce et Rome nous ont laissé d'excellent. Il en a donné au public plusieurs preuves non équivoques, comme on peut le voir dans le catalogue de ses ouvrages. Ses traductions de Pline et des Académiques de Cicéron, sont remarquables et lui ont mérité les suffrages des véritables savants , tant en Angleterre qu'en France. Ses talents pour la poésie n'étaient point méprisables; on peut s'en convaincre en lisant les pièces qui servent d'introduction à ses traductions de Pline. Nous ne voulons pas dire cependant que Durand fut parfait, car lui-même s'accusait d'être trop porté à se rendre justice et il s'appliquait volontiers ce vers que Horace donne aux Grecs :

Prœter laudem nuUius avaris.

On pourrait lui reprocher ses relations intimes avec plusieurs coryphées de Tincrédulité à Londres , tels que Tolland et Collios, relations qui scandalisèrent ses compatriotes de Neucbàtel. Nous avons une lettre de Bourguèt à M. de Lignon , en date du 9 avril 4721, où il parle en ces termes de Durand et de sa famille :

(( Je suis persuadé que M. Durand est l'auteur de la traduction

du livre de Reland. Vous avez au reste. Monsieur i très-bien jugé du caractère de cet auteur ; je pourrais vous en dire bien des nouvelles , mais je sais qu'il est plus convenable de se taire. II se fait assez connaître dans la vie de Vanini sans qu'il faille rien ajouter à son portrait. II a une des bonnes églises presbytériennes de Londres, et la seule, à ce que Ton m'a dit, où il y ait des cloches. Il est grand ami de Tdland et de Collins. avec qui il va souvent dans un café où se rassemblent les esprits de cette force. Sa famille au surplus m'est bien connue ; il avait pour père un pasteur très-honnéte et sa mère était noble. II a encore à Neuchâtel un frère, Jean-Antoine Durand , qui a beaucoup de bon sens en partage et qui est fort aimé et placé depuis quinze ans dans une des églises du pays. Il y a encore deux sœurs, tous très- honnêtes gens et fort estimés. L'ainéeest mariée avec un médecin de NeuchâteU nommé Coderc, et a plusieurs enfants , entre autres un fils proposant , qui a un grand génie et que M. Osterv^ald estime beaucoup. Je pourrais vous faire cent contes sur notre auteur ; mais ce que je viens de dire suffit. »

Nous avouons que Bourguet a été bien dur envers David Durand, qui expia du reste par beaucoup de contrariétés ses courtes amitiés littéraires avec les philosophes anglais. Cette lettre n'en est pas moins intéressante par les détails qu'elle donne sur la famille Durand aujourd'hui complètement éteinte.

Charles-Etienne Jordan, de Berlin, parle beaucoup de Durand dans la relation du voyage littéraire qu'il fit en 4733 , en France, en Angleterre et en Hollande. Il alla voir à Londres notre auteur, qu'il trouva occupé à restituer des passages anciens et à déchiffrer des pierres antiques. Un de ses projets favoris était de publier une édition de Pline moins chère que celle du P. Hardouin. Il devait encore publier une édition complète des ouvrages philosophiques de Cicéron, traduits en français par différents auteurs. C'est dans cette vue qu'il traduisit les Académiques et le traité De fato. La traduction de ce dernier ouvrage est restée manuscrite. Il avait aussi composé une Vie de Jacquelot; Jordan la vit entre ses mains , et elle lui parut contenir bien des faits. Le dernier ouvrage de Durand, qui était annoncé dans les journaux que nous avons pu coni^ulter, est de l'année 4755 ; il avait à cette époque 76 ans.

Voici la liste et les dates de ses ouvrages qui sont venus à notre connaissance , soit pour les avoir eus sous les yeux , soit pour en avoir vu des annonces ou des extraits dans des journaux: dignes de foi et dans les bibliographies de Quérard et de Barbier.

!• tjavieetUs sentiments de Lucilio Fanini. Rotterdam » Gaspar Pritscfa, I7l7,ln-I2«.

Lors de la publication de cet ouvrage, des gens soupçonneux prêtèrent de mauvais desseins à l'auteur, Naigeon entre autres, dans le Dictionnaire de PEncyelopédie méthodique qui traite de la philosophie ancienne et moderne, regarde cet ou\Tage comme rempli de digressions inutiles ; il n'y trouve que les préjugés et Tesprit étroit d*un controversiste. Mais Naigeon n'est pas un modèle de véracité et de jugement ; on doute avec raison de ses assertions. L'abbé Goiûet, dans le catalogue raisonné de sa bibliothèque , dit que la Fie de Fanini a été traduite en anglais en 1730.

i* La retigiom des Mahométans atec des éclaircissements sur les opinions qu*on leur a faussement attribuées ; tirée du latin de Reland , avec une Profession de foi makomèlane qui n'avait point encore paru. La Haye, Isaac Vaillant I7il, in-li. — Cet ouvrage est esUmé, et il fait autant d'honneur au caractère de Pauteur qu'à ses connaissances.

3* Histoire de la peinture ancienne, extraite de Pline, livre XXXV, avec le texte latin corrigé sur les manuscrits de Vossius et sur la première édition de Venise, et éclairci par des remarques nouvelles, Londres, Bowyer, I7S3, infolio, rare. — Une épitre dédicatoire au roi d'Angleterre, en vers, ouvre ce volume. L'auteur y vante le rapport que la poésie et la peinture ont entre elles.

4* Histoire naturelle de l'or et de Vargent , extraite de Pline le naturaliste, livre XXXIII ; avec le texte latin corrigé sur les manuscrits de Vossius et sur la première édition, et éclaircie par des remarques nouvelles, outre celles de J.-F. Gronovius, et un poème sur la chute de l'homme et sur les ravages de l'or et de l'argent, dédiée au roi et à la reine. Londres, G. Bowyer, 1729, in-f», très-rare. — Des critiques judicieux ont trouvé dans le poëme sur la chute de l'homme de la poésie et des images. II a été réimprimé en 1730 à LaHaye, chex Vander Kloot, à la suite d'une édition en 3 vol., de la traduction française du ParaUt perdu de Milton, par Dupré de Saint-Maur.

David Durand avait proposé, en 1 7â5, par souscription, VBistoire de la seulp ture, extraite également de Pline ; mais ce travail n'a point été publié.

5* C. Plinii Historiœ naturalis ad Titum imperatorem prœfatio ; ex nui. et veteri editione recensuit et notis illustravit D,Durandus, Londini 1728, in-8«, 80 pages. — Cette préface de Pline a été appelée un ouvrage divin par Alexander Benedictus , un des anciens éditeurs de Pline. Beaucoup d'auteurs ont cherché à en corriger le texte ; on en trouve la liste au commencement du huitième livre des Disquisitiones Plinianœ, du comte Rexzonici. Parae 1763, 2 vol. in-f*. David Durand n'y est pas oublié; son nom est accompagne de cet éloge aussi noble que simple : optimè de Plinio aliis elioM im pohtmim'

but meritm. On assure, dit le Journal de$ Savants da mois de septembre 1728» que cette dédicace de Plioe est tout autrement correcte que dans l'édition da P.Hardouin, et même dans tout le livre il n*ysL pas une seule faute d*impression« Cet opuscule n*a pas été mentionné par Boclimer dans sa Bibliothèque des écHvains iur riiiêtoire naturelle ^ Leipzig 1785-1789, 9 vol. in-8«, et il est si rare que nous ne le voyons pas dans le précieux catalogue de la bibliothèque de Joseph Banks, Londres 1796-1800, 5 vol. in-8«.

6* Le$ open/tf ret de Télèmaquey fiU d'Vlyuef parFénélony nouvelle édition, enrichie des imitations des anciens poètes, de nouvelles notes et de la vie de l'auteur, Hambourg 1731, % vol. in'l8«,et I732,in-I2«.— Dans une lettre écrite en 1742 à Tauteur de la Biblioliièque britannique f et insérée dans la !'• partie du tome XIX*, David Durand déclare avoir fourni pour cet ouvrage la vie de Fénélon et les passages imités des poètes latins. Il avait Tintention de faire réim* primer cette édition en Angleterre, avec des augmentations considérables ; Jordan le vit même occupé à ce travail , mais ce projet ne fut réalisé qu'en 1750, où elle parut à Londres chez Walts. Au reste on aura une juste Idée du travail de Durand sur Télèmaque, en lisant les réflexions suivantes tirées de Tavertissement de l'édition de cet immortel ouvrage que Bosquillon a publiée l'an VU, en 2 vol. in-12*: ~ « L'édition de Hambourg, 1731, dit le savant éditeur, l'emporte de beaucoup sur les précédentes. Elle- est enrichie des imitations des poètes grecs et latins et de nouvelles notes. Les éditeurs ont conféré avec soin les meilleures éditions ; le choix des diverses leçons est en général fait avec beaucoup de jugement , mais on ne peut leur pardonner d'avoir corrigé, sans autorité , divers passages qui leur ont paru altérés par l'infidélité des copistes ou par la négligence des correcteurs. Un éditeur doit toujours respecter aveugle-* ment son texte, etc. •

7* Bisloire du seizième siècle. Londres, Coudère, 4725-4729, 0 vol. in-8*.— Getfte histoire faite sur le plan de celle de Perizonlus, a obtenu un succès mérité. Fiemde Hondt l'a réimprimée à La Haye en 4734 , 4 vol. in- 4 2% qui ne contiennent pas une Mptième partie de l'édition de Londres publiée par l'auteur en 4732 ; elle contient la vie de M. DeThou. C'est sans doute de ce volume qu'ont voulu parler divers biographes modernes, lorsqu'ils ont dit d'une manière vague, que Durand avait publié la vie de Thou en français et qu'elle était fort curieuse.

8* Eloge de Perizonitu^ 46 p. ln-42«, à la tête du 4* volume de VBistoiredu XVf siècle, édition de La Haye. — On trouve dans cet éloge des détails curieux sur la vie littéraire et les opinions politiques du savant Perizonlus, dont David Durand avait suivi les leçons d'histoire pendant plusieurs années.

9* Onzième et douzième volumes de VHistoire d'Angleterre par Bapin- Thoyras, La Haye, 4734 ; Paris 4749, 2 vol. in-4*. ^ Dans la préface de la nouvelle édition de Rapin-Thoyras, Le Fèvre de Saint-Marc juge un peu sévèrement Durand au sujet de ces deux volumes.

40* académiques de Cieéron, traduites en français avec le texte latin de Cambridge et des remarques nouvelles, outre les conjectures de Davies et de Bentley. Londres , Paul Vaillant 4740. — Ce volume in-42* est d'une telle rareté

qu'en 1795, Capperonnier, Pun des conservateurs de la Bibliothèque nationale, voulant ajouter cette traduction à celles qui ont été publiées chez Barbou , fut obligé de la copier de sa main sur un exemplaire que lui prêta M. Chardin, possesseur d'un des plus beaux cabinets de livres de Paris. Salvemlni deCasUllon, membre de TAcadémie de Berlin, n'avait pu se procurer non plus un exemplaire de ce livre pour ses Commentairei des Aeadémiqyei^ et à Theure qu'il est nombre de grandes bibliothèques n'ont pas la traduction de Durand.

i {• Notice $u%^ Pierre de Fafenlto, dans la Bibliothèque britannique^ t. XTIII. « Lorsque Durand fit réimprimer , à la suite des Àeadèmiqueê de CieéroHf le eommentaire de P. de Yalenlia, il ne savait rien de positif sur la personne de Pauteur ; mais ayant eu depuis communication de la grande bibliothèque espagnole de Nicolas Antoine, il y trouva un article instructif sur ce philosophe, ce qui lui donna lieu de rédiger une notice sur la personne et les écrits de Valentla, qu'il envoya à la Bibliothèque britannique.

li* Exercices français et anglais, au nombre de 80. Londres 4745, in-8*.

13* Dissertation en forme d!*ent retien sur la prosodie française ^ à la tète du JHetionnaire at^lais-français de Boyer, Londres 1748. 2 vol. in-4*.— Cette dissertation a été réimprimée à la suite du Traité de la prosodie française par d'Olivet» Genève 4760. On en a donné une nouvelle édition à Paris &i 4818, in-8*.

44* rrate noltce de la république des ProtHnces-Unies. Londres 4748, in-4*.

45* Selaireissements sur le toi et te cous. Londres 4753, St4 p. in-48*, dans le Journal britasmique de Maty, t. XI, p. 298 et suiv. ^ Durand a écrit en homme d*esprit dans ce morceau , Phistoire du toi et du potu chez les peuples anciens et modernes ; mais particulièrement en France. Il prouve comme l'a fait depuis , d^près lui peut-être , le professeur Laharpe , dans la leçon qu'il donna aux écoles normales sur le tutoiement , que la grammaire , toute impérieuse qu^dle e$tf se trouve dominée par Pusage, et cela parce que des raisonsde bienséance doivent être au-dessus d'une simple délicatesse d'oreille.

Ï6* Lfs dtiiwrs du tmourant, sermon sur Isaïe xxxvui, i. On y a joint une i^tre supposée ^tnme du ciel de la part d*une épouse à son mari affligé, Londre»' 4755, in-8*. — Ces deux opuscules sont annoncés dans le journal de Maty^ L XVIII. Le journaliste observe que le second est imité d'un poème latin d^ Donille.

47* Projet d\ine édition complète de Cieéron. Londres 1740, in-4% et dans i^ t. XV de la lli6/tof Aè^ii^ britannique.

48* La vie de J.-F. Onlenraid, ouvrage posthume. Londres, Payne 4778.^ in-8* (rare), avec une préface sur la vie et les ouvrages de Durand, par Samue K Beuzeville, pasteur de relise de St-Jean.

49* Sermons sur divers textes de VEcriture-sainte, Rotterdam 4744 , in-S** ? Londres 47i8, in-8*. Li\Te rare quoiqu'il ait eu deux éditions.

iO* Sermons choisis de divers auteurs, avec un fragment de la vie de Jaque* — lot, et une oraison funèbre de la reine Anne, traduit du latin de Gnevius. Loc»' dres 47i6 , in-8*; 2* édition, Londres 4728, in-8*. — Cette prétendue éditiez n nVst que la première» augmentée d\m sermon sur la mort de Georges V, pn»— honcé en 4727.

Picot attribue à Durand un Abrégé de lamorale chrétienne d'OHenoald, dont aucun bibliographe ne fait mention. Masson, dans son Histoire critique de la république des letlretf 15 vol. in-lâ*, le présenta, en 1717, comme l'auteur des Réflerions fnorale$t satiriques si comiques , dont la 4* édition parut à Liège en 1733, ainsi que des Nouvelles réflexions sur le Pogge, publiées à Amsterdam en 1712, in-18*. Mais Durand déclare dans la préface de la Religion des Mahomé» tans, n'avoir jamais vu les réflexions sur les contes de Pogge, et n'avoir jamais pu achever la lecture des Réflexions satiriques et comiques. Il est étonnant, qu'après une dénégation aussi franche et aussi ferme, le P. Niceron et I^nglet Dnfresnoy se soient encore permis d'attribuer ces deux ouvrages à Durand, l'un dans le tome IX de ses Jfemofres, à l'article Pogge; l'autre dans le second volume du Traité de l'usage des romans.

Il nous parait résulter des difiérents jugements portés sur notre auteur , qu'il joignait un style naturel et aisé à des connaissances aussi étendues que variées et à un goût très-sain ; ce qui est d'aur tant plus remarquable que les troubles politiques et religieux qui réioignèrent de nos contrées , le privèrent du commerce des bons auteurs français, qui ont contribué par leurs écrits à rendre la langue française la première des langues vivantes.

Souroes. Correspondance de Bourguet, mss. ~ Quérard, La France liUé-' rairCf t. II. — Magasin encyclopédique de Millin, Paris 4802, t. XLVI. ^ Journal britannique de Maty , t. XI , p. 298 et suiv. — Bibliothèque britannique, t. XVIII, p. 60 et suiv. — Journal des Savants, septembre 1728, mai 1746. — Barbier, Dictionnaire des livres anonymes, article Durand, — Fie de Durand^ dans la préface de la vie de J.-F. Oslerwald , Londres 1778. — Denina , La Prusse littéraire , t. I , p. 204. — Mélanges d'histoire littéraire , t. XXXV. ~ Haag , La France protestante , article Durand, — Biographie de Michaud, — Formey , La France littéraire, — Bozérian , IjCS Académiques de Cicéron , traduites par Durand , 1796 , 10 vol. in-12*, préface. — Bibliothèque annuelle et universelle par Burtin, Paris 1733, in-12« , t.lll,p. 403. — Ditquisitiones Plinianœ, auct. A. J. Rezzonici. Parme 1763 regest. — Le livre des Cures de Neuchâtel , mss. — Masson , Hist, crit, de la répM, des lettres ,45 vol. in-l2«. — Niceron, Mémoires, X, IX, etc., etc.

Adrien-Marie-François Verdi , chevalier DuVernois, officier des Gardes du corps de monseigneur le comte d*Artois, officier de cavalerie en France, né à Brans en Franche-Comté, le 18 avril 1738. L'abbé Denina , dans la Prusse littéraire , t. m, p. &3S , dit qu'il était sujet du roi de Prusse par un fief qu'il possédait dans le oomté

de Neuchàtel, et qu'il est Tauteur de plAsieurs ouvrages historiques du plus grand intérêt.

En effet, la famille DuYernois, originaire de la basse Bourgogne, se divise en deux branches. En 1560^ deux frères, Claude et Jean, s'expatrièrent et allèrent s'établir dans le pays de Monthéliard , où leurs descendants, qui se sont perpétués jusqu'à nous, se sont divisés en plusieurs rameaux. Le second se réfugia dans le comté de Neuchàtel , où il épousa Susanne Meuron , qui lui donna plusieurs enfants dont nous ignorons le nom. C'est de ce Jean , nationalisé Neuchàtelois, que descend le chevalier DuYernois, qui possédait un fief et des terres au Val-de-Travers.

Une liste des écrits du chevalier DuYernois se trouve dans Meusel's sechster Nachtrag zu der vierten Ausgabe des gelehrlen Deutsehland, 180&, p. 9&1; et dans La France littéraire de Quérard:

!• Hommage à la çertu Querriere^ ou élogei de gtielfUM-tifti des plui eétèbre$ offkien français qui ont vécu 0t qui sont morts sous le règne de Louis XV, Hambourg 1779, In-I2«. — Deuxième édiUon sous ce titre:

Eloges de quelques-uns des guerriers français les plus célèbres, qui sont morts sous le règne de Louis XV, Strasbourg 4797, in-S*.

8« Encyclopédie militaire , par une société d'anciens offlciers et de quelques gens de lettres. Paris 1770-4778, 48 vol. in-S*.— Quoiqu'il y eût plusieurs collaborateurs pour cet ouvrage , le plan et le plus grand nombre des notices appartiennent au chevalier DuVemois.

S* Essais de géographie, de politique et d'histoire, sur les possessions de l'empereur des Turcs en Europe, par L. C. D. M. D. L. D. G. D. C. D. M. L. C d*A. (le chevalier Duvemols, maréchal des logis des Gardes du corps de M. le comte d'Artois.) Londres 4785, in*S*.

4* Becherches sur les carrousels anciens et modernes, Cassel 4784, fn-8*. — Ouvrage rempli d'érudition et de recherches savantes.

5* Bé/lexions sur Véducation des jeunes gens destinés à Véttst militaire; pré* cédé d'un discours sur la nécessité de perfectionner l'art de la guerre. Berlipi 4788, In-8». — Seconde édition 4798, in-S».

Le chevalier DuYernois est mort en Prusse à la fin du siècle passé.

Bourcei. L'abbé Denina, La Prusse littéraire sous Frédéric ii, U III, p. 435. — NeusePs sechster Nachtrag lu der vierten ÀMsgahe des gelehrlen DeuUchlandi 4804, p. 944. — Quérard, LaFrance littéraire, t. Il, p. 758. — Recueil ntomifcrits de bibliographie, — Comte Henkel von Donnersmark, Cafologne cTouproges neuchàtelois , section Biographie, — Haag , La France protestante , t. m, p. 8a7| etc.

EGKARD. — D'ENGOLLON. 314

JEAN-PHILIPPE ECRARD.

Jean-Philippe Eckard , originaire d'une ancienne famille patricienne de Strasbourg, docteur en médecine, exerçait sa profession à Neuchàtel , où il naquit en 4774. Il fut naturalisé et membre du Grand-conseil de la bourgeoisie de Neuchàtel. Il a publié l'ouvrage suivant : Parallèle des accouchements naturels et non naturels , Paris et Strasbourg, Armand Kônig, an xi , 1803, in-8^, 80 pages.

Bonroei. Magasin encyclopédique 1803, Yl. p. 135. — Mlgem. LUteralW' Zeitung, 1804, N« 103, avril p. 25.

D'ENGOLLON.

Ancienne famille noble, qui tirait son nom du village d'Engollon au Yal-de-Ruz. Perrod d'Engollon , donzel , par un acte daté du mardi après la fête de St-Nicolas de Fan 4324 , vendit du consentement de Jacquette, sa femme, à Henri et Perrin frères, seigneurs de Colombier, la moitié de la dime de Ghézard, avec toutes ses dépendances, situées dans les paroisses de Saint-Martin, de Gernier et ailleurs, pour la somme de 85 livres lausannoises, à condition que les dits seigneurs de Colombier acquitteront annuellement à Tabbave de Fontaine-André un tercier de froment et un tercier d'à-

voine , ainsi que quatre émines de froment et quatre émines d'avoine à l'église d'Engollon , en vertu du don fait autrefois pour le repos de l'àme des prédécesseurs du dit Perrod d'Engollon. Cet acte est scellé des sceaux de Jean d'Arberg , seigneur de Yalangin , de Nicolas , curé de Giez , et de Perrod d'Engollon. Nous voyons dans l'obi tuaire de Fontaine-André, que dans la donation faite vers 4443, par Mangold et Berlhold de Neuchàtel, ces deux seigneurs donnent au monastère tout ce que tenaient d'eux en vignes , champs , prés et forêts, Conon et son frère Ulrich d'Egollon.

Guillaume d'Engollon , curé de l'église de St-Pierre d'Engollon, est ainsi nommé dans un acte de l'an 4 463, portant: qu'agissant au

312 D'EYRINIS.

Dom de son église paroissiale , il termina un difiérend avec Antoine, Jacques et Jean, seigneurs de Colombier, au sujet d'un don de quatre émines de froment et quatre émines d'avoine sur la dime de Chezard, faite autrefois à cette église par Perfiette d'Engollon, pour son anniversaire, et acquitté par Perrin de Savagnier son fils. On nomme dans cet acte Jacques de Savagnier , frère de Perrin , mais on- n'y indique pas le nom de leur père , mari de cette Pernelte d'Engollon. Guillaume d'Engollon négligeant le service du culte k lui prescrit, les seigneurs de Colombier refusaient de lui payer ce qu'ils lui devaient. Le curé s'étant plaint , on en vint à un arbitrage, ensuite duquel les défenseurs furent condamnés à payer ces cens , mais sous la réserve que le curé les préviendrait quelques jours à l'avance des anniversaires à célébrer pour la famille des donateurs. On voit que ce prêtre eut encore une difficulté avec le curé de Fontaines , Etienne Dumont , maitre-ès-arts. II ne voulait voir dans celui-ci qu'un simple vicaire , lui contestait le droit d'inhumer dans l'église de Fontaines sans sa permission , de célébrer avant lui les saints mystères aux quatre fêtes de Notre-Dame et à d'autres encore dans les églises de Gernier et de Fontaines , exigeant qu'il vint à Engollon aux trois fêtes de St-Pierre et à la dédicace ; qu'il lui fit trois corvées de charrue annuellement , lui payât la moitié des dîmes , la moitié du luminaire et des oblations, et enfin lui payât soixante écus d'or de dommages-intérêts. Jean d'Arberg elVauthier de Fallerans, prieur de Métiers-Travers, furent nommés arbitres pour ce différend; mais leur sentence ne nous est pas connue. Voilà tout ce que le temps nous a laissé sur la famille d'Engollon.

Bovroes. Àrchites de Neuehàiel . 0' n* 8S , L* n* 9 , L** n* 2S. — M<m»' menu de l'histoire de Neuehàtcl, p. 35S. — CoUeelion diplomatique du baron et Chambrier, — rféerologe de Fùntaine-Ândréf SS septembre.

EYRINI D'EYRINIS.

On sait fort peu de chose sur la vie de ce personnage , qui se fit une réputation en Suisse au commencement du dix-huitième siècle.

D'EYRINIS. 313

n se disait grec de nation et docteur en médecine. Nous n'en parlerions pas dans ce recueil si son nom n'était lié intimement aux mines d'asphalte du Val-de-Travers. C'est Eyrinis, qui a découvert ces mines, et qui le premier a indiqué les usages que l'on pouvait faire de cette substance minérale. Les nombreux écrits qu'il a publiés à ce sujet ont beaucoup contribué à faire connaître notre asphalte en France. En effet on se servit de l'asphalte du Val-de-Travers pour paver les écuries de Versailles avant qu'on songeât seulement à l'utiliser dans le pays de Neuchâtel. D'Eyrinis avait extrait de l'asphalte une huile médicinale qui fit beaucoup de bruit et qui donna lieu à un grand nombre de disputes dans le Journal des Savants, t Lxxi, dans les Acla Helvelica, etc. Il est le premier qui ait songé à employer ce bitume pour l'agriculture. Voici le catalogue des écrits de d'Eyrinis sur les mines du Val-de-Travers :

I. Dissertation sur l'asphalte ou ciment naturel découvert depuis qwlques années au Val-de-Travers dans le comté de Neuchâtel , par le sieur d'Eyrinis, Paris I7S1, in-12% 50 pages.

U. Diuer talion sur les propriétés de l'asphalte ou ciment naturel ; de l'usage de son huile , ses çertw merveilleuses dans la médecine et l'agriculture , par d'Eyrinis , docteur et professeur grec. Neuchâtel 17S4 , 41 p. — Uirzei flis de Zurich en a donné un extrait en allemand dans Hopfner's Magazin fur die Na" turkunde Helvetiens, — 1788, t, II, p. 319-Â27.

m. Jvis sur l'usage d'un asphalte ou ciment naturel, trouvé par le sieur E. d'ByriniSf s. 1. et an., 60 p. in-li«.

lY. Jçis sur l'usage médicinal de l'asphalte, les vertus de son huile et de Vhuile de naphte, par le sieur Eyrini d'Eyrinis, s. I. et an., in-12«. — C'est le même ouvrage que le précédent, avec quelques variantes.

V. Berieht voh Kraft und fVûrkung des Asphalts ingleichen von dem Gefni'aueh der Naphta, wie dos erstere von 6 lahren in dem kôniyl, preusiischen Fûrsten<^ thum fyelsch'Neuenburg, in dem Thaï Travers, die andere aber erst kûrzlich in hocMôbl. hemischer Juridiction , nach bey Chavornay , von dem aus Riusland gdmhrtigen griechischen Doctore und Prof essore Eyrino d'Eyrinis, etc. , s. 1. et an. in- 12*

TI. Berieht vom Ifutzen und Gebrauch des von dem Herm E, von Eyrinis von Russovû gefundenen jésphalt, 1718, in- 12*.

VII. Description des lois des mines, en latin et en français , par M. Eyrinus d'Eyrinis. De Russienne. Besançon 1721, in-12*, 80 p.

VIII. Dissertation sur l'asphalte découvert depuis quelques années au Val-de- Travers dans le comté de Neuchâtel , par le sieur d'Eyrinis, professeur grec et docteur en médecine, avec la manière de l'employer tant sur la pierre que sur

314 ESGHERNY.

le bois et les utilités de Thuiie qu'on en tire. PariSi diei Philippe-Nleolas Loi- Ud, l7Si,in-IS%40p.

IX. Béponu à un extrait du Journal des Sapante f p. 110, hébraïque, greeqiiu, latine et française, Jsphaltasphalia prinus seu inçertihilit Bituminis veHIos « securitas eum aliis Àlphaltasphaliis et Mysteria; ou véritable histoire de It découverte de la mine d'asphalte. Besançon, s. d. in- 1 2*9 48 p.

Sooroei. Haller , Bibliothek^ etc. , I, n** i802, 1803» 4806, 1808. — Jdi Helvftica, VII, p. 250, 251. ^ Mémoires de Trévoux , avril 4722. — Gdttinger gtlekrte Anzeigen^ 1759, p. 192. — Journal du 8a9anls, 4722» t. LXXI, p. STtf- 379. — Bibliothèque italique, 1. 1» p. 142. — Haller, iter HelvetieuM , 4731, p. 54.

DESCHERNY.

François-Louis, comte d'Escherny, naquit à Neuchàtel d'une famille noble qui jouissait d'une fortune considérable , et qui avait acquis la naturalisation neuchàteloise après la révocation de l'édit de Nantes. ' Il eut pour précepteur un Neuchàtelois célèbre par ses opinions religieuses, Ferdinand-Olivier Peiitpierre, ensuite pastear à la Chaux-de-fonds , qui eut une grande influence sur les idées morales de son élève. A Tàge de 18 ans, il était à Crest en Dauphiné. Follement épris d'une dame aussi vertueuse que belle, il fit pour se distraire de cette passion un voyage en Italie, fréquenta les tliéàtres et les concerts , entendit les musiciens les plus célèbres, entre autres Farinelli, retiré depuis peu de temps à Bologne^ et qui eut la complaisance de chanter pour lui plusieurs morceaux. De retour à Neuchàtel , il se remit à l'étude du latin, et, pendant quatre ans passa quinze heures par jour à lire les classiques. M. d'ilscherny alla pour la première fois à Paiis en 1762. C'était au moment où Rousseau , menacé d'un décret personnel , se disposait à chercher un asile en Suisse. Il rencontra l'auteur i^Emile h Sauvigny chez M. de Berthien, intendant de Paris, mais ne lui parla point. Admis dans la société des encyclopédistes, il fut bientôt l'un

I Vn neveu de M. d'Escherny, le comte de Pries, épousa une priocesse de maison souveraine. Les comtes de Schônfeld et Haugwitz , qui appartiennent â des familles d'Allemagne qui se sont distinguées dans les armes , le minisière et la diplomatie, avaient épousé deux nièces de notre compatriote.

ESGHERNY. 31B

des convives des dîners de M"' Geofirin^ visita Thomas , Marmontel , Helvétius , et se concilia l'amitié de Diderot et de d'AIembert. An bout de dix-huit mois il quitta Paris et vint louer une petite maison de campagne au Yal-de-Travers , afin d'avoir l'occasion de se lier avec Rousseau , qui venait de s'établir à MAtiers. Les premières avances qu'il fit au philosophe furent accueillies assez froidement, (c Si, lui répondait Rousseau, notre goût commun pour la retraite ne nous rapproche pas l'un de l'autre , ayez-y peu de regrets. » ( 2 février 1764. ) D'Escherny ne se découragea pas ; le séjour qu'il venait de faire à Paris, et ses liaisons avec les anciens amis de Rousseau , ne pouvaient manquer d'inspirer à celui-ci le désir de le voir quelquefois. La passion de la musique les rendit bientôt inséparables. Pour plaire à Jean-Jacques , d'Escherny feignit de vouloir étudier la botanique ; il apprit les noms et la description de quelques centaines de plantes , qu'il eut plus de peine à classer dans sa mémoire qu'il n'en eut à les oublier ; et pendant l'été de 4764, ils firent de nombreuses courses dans les montagnes du Jura, au Locle, à la Chaui-de-fonds, aux Brenets , sur les bords pittoresques du Doubs , et jusque dans l'Erguel , herborisant avec Dnpeyrou et le colonel de Pury. Il regretta depuis de n'avoir pas eu l'idée d'écrire tous les soirs les conversations de la journée : « C'eût été , dit-il , un ouvrage assez piquant que les Entreliens de J.'J. avec ses trois compagnons de voyage , dans ses courses sur les montagnes du Jura. )) A la demande de Diderot , il tenta de le réconcilier avec Rousseau; mais Rousseau fut infiexible : « Je sais, lui écrivait-il, respecter l'amitié, même éteinte ; mais je ne la rallume jamais : c'est ma plus inviolable maxime. » (6 avril 4765.) Rousseau ayant quitté la Suisse , le 29 octobre suivant , d'Ediemy , que rien ne retenait plus à MAtiers-Travers , alla visiter TAllemagne, et s'arrêta longtemps à Vienne, où il avait une partie de sa famille. Honoré des bontés de Marie-Thérèse et de l'empereur Joseph, il y vivait dans l'intimité du prince de Kaunitz et des hommes les plus distingués par leur naissance et leurs talents. C'était alors la mode en Allemagne comme en France, de jouer la comédie ; et, longtemps après, d'Escherny se rappelait avec une certaine satisfaction les succès qu'il avait obtenus à Vienne dans les rôles de Lekain , qu'il se flattait d'imiter assez fidèlement. Ce fut

316 ESGHERNY.

à la même époque qu'il enlendit pour la ppemiëre fois Mozart, chez le grand prieur de Zinzendorf. Il osa prédire que cet enfant prodigieux ne serait jamais un homme; a mais révénement est venu, dit-il , me donner un démenti complet. » En quittant Vienne , il passa par Stuttgard ; et le duc de Wirtemberg , dont il était déjà connu, le décora du litre de son chambellan. De retour à Paris, en 4768, il continua de cultiver les arts en amateur riche et passionné, sans cesser de se livrer & son goût pour les plaisirs. Lorsque Rousseau fut revenu se fixer à Paris , d'Eschcmy reprit Thabitude de lui rendre d'assez fréquentes visites ; mais ayant eu l'imprudence de lui présenter le banneret d'Osterwald , directeur de la société typographique de Neuchàtel, Rousseau se souvint qu'Osterwald s'était comme magistrat opposé quelque temps auparavant à la réiinpression de ses œuvres, et lui ferma la porte, ainsi qu'à son introducteur qu'il ne voulut plus revoir.

Avec de l'esprit , de l'originalité , de l'instruction , et passant sa vie au milieu des chefs de la littérature, d'Eschemy ne s'avisa que très-tard d'écrire. Gomme Rousseau, ce fut une question proposée par une académie de province qui le fit auteur. L'académie de Besançon avait , en 1778 , mis au concours : les funestes effets de figofsme. Il résolut de traiter ce sujet ; mais en le méditant il y trouva la matière d'un livre qu'il intitula : du moi humain ou de Végoisme et de la rertu. Cet ouvrage , dont il n'a publié que des fragments sous le titre de Lacunes de la philosophie , l'occupa pendant près de trente ans , à diverses reprises ; mais lorsqu'il y eut mis la dernière main, il ne voulut point le faire imprimer, persuadé que lors-méme qu*on n'en tirerait que vingt à trente exemplaires on ne parviendrait pas à les débiter. Ne pouvant rester en place, et ne manquant pas de raisons ni de prétextes pour justifier son goût |K>ur les voyages, il se rendit, en 1780, à Berlin. Muni d'oné lettre de dWlembert pour le roi de Prusse, il reçut de ce monarque raccueil le plus flatteur, et n'eut qu'à se louer des bontés du prince Honri. Il se lia très-particulièrement avec le premier ministre, ci>mte de llertzberg; et sMl avait eu de l'ambition, il aurait pu prétendre à TamlKissade de Prusse à Versailles. Quoiqu'il en soit , il était de n^tour î\ Paris en 1783. L'année suivante on le trouve i Varsovie, assistant à un grand diner diplomatique dont il donne la

Page 1