‹ Biographie neuchâteloiseChapitre 62 sur 117 · ESCHERNY · texte numérisé non relu

ESCHERNY

]escription dans ses Mélanges, puis à St-Pétersbourg, où il ne fut pas moins bien reçu de rimpératrice Catherine qu'il ne Tavait été lu roi de Pologne. Il ne put voir le Nord que très-rapidement, car SD 178S il était à Versailles, occupé de quelques afiaires diplomaliqaes. Il fit la même année une excursion en Savoie , et se trouvant à Ghambéry, il ne laissa pas échapper Toccasion de visiter les Char mettes, ce lieu devenu si célèbre par le séjour de Rousseau.

D'Escherny retourna à Vienne en 4787; mais il prenait un trop vif intérêt aux événements qui se préparaient en France pour n'y pas revenir le plus promptement qu'il lui serait possible. Il adopta les principes de la révolution avec enthousiasme. Malgré son dévouement à la cause populaire , il fut arrêté , le jour même de la prise de la Bastille , par des hommes qui lui trouvaient l'air d'un aristocrate et d'un traître. Déjà la foule l'entourait , et les redoutables cris à la lanterne se faisaient entendre : sa présence d'esprit le sauva. Ayant demandé à être conduit au district le plus proche pour y faire d'importantes révélations , il parvint à se débarrasser ainsi de ces furieux. (Corresp. 72.) Il n'en continua pas moins de B*extasier sur la sagesse et la modération des Parisiens et de se mêler aux groupes : « tour à tour interrogeant , interrogé , écoutant et écouté , et même quelquefois applaudi , ce qui flattait beaucoup BOD amour propre. Il admirait les décrets de l'Assemblée constituante; mais il trouva qu'elle s'était trop pressée d'abolir la noblesse; il aurait voulu qu'en supprimant les privilèges , on eût conservé l'institution et créé, comme en Angleterre, une chambre haute héréditaire; prédisant, et cette fois d'accord avec tous les bons esprits, que sans cet utile contrepoids la France tomberait infailliblement dans l'anarchie. ( Corresp. 436. ) Son enthousiasme pour la révolution durait encore au mois de juillet 4790; il était du nombre de ceux qui se rendirent à cette époque au Champ-de-mars pour travailler à l'autel de la patrie. Au retour d'un pèlerinage qu'il fit alors à Ermenonville, il envoya six cents francs à Marmontel, secrétaire perpétuel de l'académie, pour augmenter le prix destiné au meilleur éloge de Rousseau. L'idée lui vint ensuite de concourir lui-même, et son discours fut remarqué par Marmontel, qui trouva « qu'il réunissait les beautés et les défauts que produit l'enthousiasme. »

U8 ESCHERNT.

Dès le principe ât la rérolatîoa , d'EsGherny n'avait pas cessé d'être en rapport iTec les dépatés el les hommes les plus influents des opinioos h» plus opposées. Plusieurs fois on avait agité d^ vaut loi la questîûo de la guerre^ el toujours il avait soutenu qu'elle n'aurait pas Ben, poeque son résultat serait de porter la révolution à rextnhne. U fàl forcé d'oarrir les yeux et songea à quitter prudenunent la France pour ooosenrer sa tête. Il sortit de Paris le 24 niai I79i, dans la voîtore de l'ambassadeur de Prusse, et vint s'établir à Moaliers-GfaDdval dans Tévédié de Bàle. C'est alors qu'écLiiré par une triste eipérieoce , il reconnut combien il s'était trompé sur les moyens d'assarer le bonheur de la France : « J'avais , dit-il , partagé jusqu'ici l'opinion de Rousseau sur la perfectibilité indéfinie de Tespèce humaine; je Tai reproduite , en 4783, sous plosienrs formes dans les Lacunes de la philosophie.... La révolution a dissipé cette douce illusion» (De l'Egalité, i» 48)- U empIo\a rïcs loisirs à composer, sous le titre de V Egalité, un ouvrage dans lequel il se propose de montrer que ce principe est anti-social, et que c'est à son application que l'on doit attribuer tous les crimes qui venaient dTcffrayer la France et le monde. N'ayant pu obtenir Tautorisation de le £ûre imprimer à Lausanne, d^cbemy alla, eo 1 795 , à Paris , apportant son manuscrit , qu'il ne tarda pas i mettre au jour; mais , jugé sur son titre l'ouvrage eut peu de lecteurs , et ce fut vainement que l'auteur y substitua celui de Philo- $opkie de la poliliq^êe, dans l'espoir de fixer l'attention sur un livre dont il s*e\agèrait sans doute le mérite et l'importance , mais qui contient réellement quelques idées utiles. Cette indifférence l'affligea comme on le voit dans plusieurs passages de ses Mélanges. Ce lîTre, qu'on s*obstinait à ne pas lire en France, avait eu beaucoup de succès en Allemagne, où il s'en était écoulé une édition entière et où l'auteur était mis entre Montaigne et Montesquieu ; mais les suf^ frages de l'Allemagne ne consolaient pas d'Escherny de n'avoir pu obtenir ceu\ de Paris. Il avait retrouvé dans cette ville quelques-uns de ses anciens amis, entre autres Labarpe qui, revenu de ses égarements, lui disait chaque fois qu'il le rencontrait: «Vous seul aviez bien vu. »

Peu de temps après la formation de l'Institut , d'Escherny fut présenté pour une place à la classe des sciences morales; mais Nai-

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