‹ Biographie neuchâteloiseChapitre 75 sur 117 · LOUIS FAYRE · texte numérisé non relu

LOUIS FAYRE

M. Louis Favre , né en (78&, mort en 1860, fit essentiellement son éducation par lui-même , et étudia presque sans maîtres. Il réunissait le goût des arts et celui des sciences. 11 avait assez bieo étudié l'architecture ( toujours par lui-même ) pour que M. Frdicher , architecte de Paris , qui avait fait les plans du Gymnase de Neuchàtel , s'en remit à lui pour l'exécution. La ville lui doit de plus l'établissement de deux promenades , la suppression des arcades , la transformation d'une rue étroite et peu agréable en une belle et large rue, l'idée et l'exécution d'abreuver la ville d'une provision d'eau suffisante, surtout l'idée dt l'exécution du tunnel S au moyen duquel le Seyon a été détourné de son lit, et les inondations de ce torrent rendues à l'avenir à peu près impossibles.

4 Les plans, faits en grande partie par la commission des travaux poblics» furent approuvés par MM. I<régrelli et Lacordaire.

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Nommé président de la Commission des bâtiments, en 182&y il le fut 48 ans.

Entré dans le Grand-conseil de la ville en 181K, et dans le Petitconseil en 1818 , il s'y faisait principalement remarquer par la clarté de ses idées et sa facilité à les exprimer. Mais ce qui nous parait l'avoir surtout distingué, c'était un grand courage, un grand sang-froid dans les circonstances difficiles , et une grande force de volonté, que peut-être même il porta quelquefois un peu trop loin.

Nous ne savons pas si nous nous trompons ; mais il nous semble que des caractères fermes et énergiques de la trempe de celui de M. Louis Favre, deviennent de plus en plus rares; motif de plus de les apprécier, et de payer un juste tribut de regret à leur mémoire.

ABRAHAM GAGNEBIN.

Abraham Gagnebin naquit à Renan le 20 août 1707 et mourut à la Perrière, en avril 1800, &gé de 92 ans.

Ce fut un de ces modestes savants, un de ces pionniers solitaires de la science , qui travaillent par amour pour elle et non pour la renommée , et dont les ouvrages sont comme les échelons qui aident leurs successeurs à gravir plus facilement la pente ardue des connaissances humaines.

Son père était médecin ; son grand-père l'avait aussi été ; ce qui influa sans doute sur le choix de sa carrière, car il se voua de même à l'étude de la médecine et des sciences naturelles.

La famille Gagnebin était nombreuse ; elle se composait de douze enfants, dont Abraham était l'ainé. Us furent élevés dans la maison paternelle et eurent pour précepteur de latin De Rivaz, de Villeneuve. Â l'âge de quinze ans , Gagnebin se rendit à Bàle pour y 'aire ses premiers cours de physique et de médecine; études qu'il continua, à son retour chez lui , sous la direction de son père. A Bâle , les leçons et la société de Théodore Zwinger et de son fils Jean-Rodolphe, dirigèrent ses goûts du c6lé de l'histoire naturelle et surtout de la botanique. Ce fut à cette époque qu'il commença ses

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herborisations en faisant de, nombreuses courses dans le Jurabàlois.

En rentrant chez ses parents, en 1725, son premier soin fut de parcourir son district natal et les contrées enrironnantes. U profita aussi d'un voyage à Berne pour visiter Fribourg, ainsi qu'une partie des Alpes vaudoises et valaisannes. Il fut accompagné dans ses excursions par son ancien précepteur De Rivaz.

La fortune de son père n'étant pas considérable, Gagnebin dut penser de bonne heure à ^ rendre indépendant de sa famille et à ne pas en augmenter plus longtemps les dépenses. En 4728» âgé de 24 ans, il entra comme chirurgien dans un régiment suisse, stationné à Strasbourg. Il résida deux ans dans cette ville et y fit la connaissance du professeur Lindern , auteur de la première Flore d'Alsace, sous la direction duquel il herborisait dans tous ses moments de loisir. En 4730, il changea de régiment et pendant les cinq années suivantes, allant de garnison en garnison, il visita une grande partie de la France. Ces années passées au service militaire, loin de nuire à ses études, contribuèrent puissamment à les avancer. Partout il observait, collexitait plantes et fossiles et tenait un journal suivi de ses observations. U se lia en outre dans ses voyages avec plusieurs hommes de mérite, et conserva ces relations après son retour dans sa patrie.

En 4735, il quitta le service et s'établit comme médecin et chirurgien à la Perrière, où il habita jusqu'à sa mort. U se maria TaQnée même de son retour, avec W^^ Esther Marchand, de Sonvilliers, dont il eut trois fils et trois filles ; il eut le malheur de la perdre en 4754 et lui survécut 46 ans.

Une fois établi à la Perrière, les relations de Gagnebin avec les naturalistes suisses et étrangers commencèrent d'une manière suivie. Il était surtout lié avec les savants de Neuchàtel: d'Ivemob, Bourguet et Garciu, avec le pasteur Cartier de la Ghaux-du-miliea et le botaniste Scholl de Bienne. Avec Bourguet et Cartier il s'occupait plus particulièrement de paléontologie, et avec d'Ivernoiset Scholl de botanique.

En 4739, Haller passant à Neuchàtel rencontra GagnelHnchei dlvernois; ils firent ensemble une excursion au Creux-du-vent et dans diverses parties du Jura. La précieuse connaissance qu'il fil

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de riliustre Haller dans cette herborisation , redoubla son aotivité pour la botanique. Elle lui fil voir mieux encore les moyens d'être utile à la science , et fut l'origine d'un commerce épistolaire qui ne devait pas durer moins de trente-deux ans, dans lequel allaient successivement se débattre les points difficiles de la détermination. Au fond de sa retraite, dans un village de montagne, entouré de la végétation de nos rochers, de nos pelouses subalpines, de nos tourbières, Gagnebin se trouvait en position favorable pour étudier les éléments de la flore jurassique. Il avait déjà recueilli beaucoup de matériaux qu'il mit à la disposition de Haller pour être utilisés dans le premier volume de VEnumeratio melhodica slirpium Heivetiœ indigenarum , ouvrage qui parut trois ans après, en 17 ki. Mais ce n'était là que le commencement d'une longue série d'observations qui devaient en outre s'étendre à diverses parties des Alpes, et enrichir vingt-cinq ans plus tard YHistoria planUtrum indigenarum Heivetiœ, avec ses nombreux Emendationes et AucUtria^ enfin, quant au Jura, donner naissance à un catalogue spécial pour Neuchâtel et l'évêché de Bàle.

Gagnebin était continuellement en courses; il fit plusieurs voyages dans les Alpes sardes, valaisannes, bernoises, lucernoises; dans la vallée du Rhin et dans les Vosges. Quelques-uns de ces voyages se firent en partie aux frais de Haller, d'autres proposés par ce dernier ne purent être exécutés à cause des dépenses qu'ils auraient enlrainées. Il fit aussi, en 1764-62-63, pour lord Goventry, par ordre de M. de CoUenbrock, envoyé d'Angleterre en Suisse, trois longs voyages dans les Alpes. Il parait que Gagnebin fut honorablement rétribué , car dans une de ses lettres il parle de ces messieurs comme a ne craignant pas la dépense. » Ses courses à travers le Jura furent très-nombreuses et c'est par lui qu'une foule d'indications locales sont devenues, en quelque sorte , classiques dans les flores suisses.

Ces excursions eurent pour résultat, non-seulement la découverte de beaucoup d'espèces , nouvelles alors pour la Suisse , et c'est notamment le cas pour un bon nombre de celles de nos hautes tourbières, mais encore le perfectionnement rapide de la statistique végétale dans nos Montagnes, branche d'étude alors à son berceau;

Par l'entremise de Dupeyrou , avec qui il était en relation , Ga-

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gnebin fit la connaissance de Rousseau pendant le séjour de celui-ci à Métiers. Jean-Jacques avait pris goût à la botanique et dirigeait dans ce but des excursions jusqu'à la Perrière, où il se plaisait à faire de petits séjours ; mais Gagnebin ne fut pas son premier maître comme l'affirme M. Thurmann. Ce fut, ainsi que le dit M. Ch. Godet dans la préface de VEnumération des plantes vMculaires du cantofï de Neuchâtel , le docteur d'Ivernois , qui le premier avait initié le philosopbe à la science végétale. Au reste, Rousseau nous le dit lui-même dans ses Rêveries du promeneur solitaire^ cinquième promenade. « J'emplissais ma chambre de fleurs et de foin ; car j'étais alors dans ma première ferveur de botanique, pour laquelle le docteur d'Ivernois m'avait inspiré un goût qui bientôt devint pas. sion. Ne voulant plus d'œuvre de travail, il m'en fallait une d'àjnusement^ qui me plût et qui ne me donnât de peine que celle qu'aime à prendre un paresseux. » Après le départ du philosopbe, le savant de la Perrière resta en rapport avec lui ; il lui envoyait les plantes qu'il supposait lui être inconnues , et Rousseau , dans ses lettres à Dupeyrou , en témoigne plusieurs fois sa reconnaissance.

Gagnebin n'était pas un botaniste à la légère : c'était un observateur sérieux qui apportait à ses travaux des soins et une exactitude extrêmes, mais son véritable titre scientifique c'est sa longue collaboration avec Haller, auquel il communiqua de nombreuses données qui ont enrichi la flore suisse par l'intermédiaire de l'illustre Bernois. Nous avons vu qu'en ce qui concerne le Jura , ses découvertes étaient consignées dans un catalogue spécial, qui se trouvait manuscrit entre les mains de Haller. Il est à regretter qu'il o'ait pas publié ce travail , car il aurait contribué à étendre plus rapidement les connaissances des après-venants.

La botanique n'était pas la seule occupation de Gagnebin : la géologie et K^ météorologie faisiiient aussi partie de ses études. Pendant SOS voyages il recueillait indifléremmenl plantes, minéraux et fossiles; aussi à rêpoque de sa liaison avec Haller il était déjà possesseur d'une collection remarquable. En 1740, parut le Trailii^ j^trifictUions, publié par Bourguet; il fut un des principaux collabùraleurs do cet ouvrage, qui fit époque dans les pays français, encore i^eu initiés aux sdences géologiques. Indépendamment de

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ses travaux pour cette publication, il communiqua des fossiles à divers savants: à Bruckner et surtout à Hofer, qui le cite iréqueroment dans son travail sur les Encrtnes. Il avait précédemment publié dans les Acta helvetica la description d'une étoile de mer qui fut reproduite par Bourguet.

Les observations météorologiques que Gagnebin fit à la Perrière, furent probablement les premières faites à cette altitude. D'Ânnone, le physicien , observait de son cdté à Bâie et leurs travaux furent insérés l'un en regard de l'autre dans les vol. III et IV des Acta helvetica.

Voici la liste des écrits connus de Gagnebin , tant inédits que publiés :

Correspondance avec Haller, de 4739 à 4772; i 44 lettres. Mss. (Biblioth. de Berne).

Catalogus plantarum comitatuum Pfeocomemit et Fallanginensis, Urbi$ Biennae et EpUcopalûsbasilieniis, 4760 à 4770. Mss. utilisé par Halleret qui parait perdu.

Liste de quelques plantes trouvées en Alsace, Dans : Buchoz , Dictionn, des plantes. Paris 4770.

Description du bouleau nain. Acta helv., 1. 1.

Observations sur les systèmes des auteurs en botanique et sur VOphrys minhna, Actahelv., t. U.

Description de la grande campanule à fe^dlles larges, Acta hel., t. IV.

Journal des observations botaniques faites dans le midi de la France, Mss. Parait perdu.

CollaboraUon avec Bourguet. Traité des pétrifications, plusieurs éditions.

Collaboration avec Hofer. Tentamen lithologicum de polyporitis, etc. Acta helv., t. IV.

Description du cabinet de MM. Gagnebinf etc. Journal des savants , octobre

Catalogue très-abrégé des curiosités naturelles qui composent le cabinet dé rrères Gagndnn. Mss.

Description de Vétoile de mer et de quelques pétrifications, Acta hel., t. VII.

Observations météorologiques faites à la Perrière en 1756-57-58. Acta helv., t. III et IV.

Observations du thermomètre, faites en Sibérie, par Delisle. Acta helv.t t. IV.

Lettre à M. d'Ivcrnois sur Vépidémie, etc. Mercure Suisse, avril 4743.

Plusieurs manuscrits sur des sujets botaniques et géologiques dont une par- Ue sont perdus.

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DANIEL GAGNEBIN.

Frère cadet du précédent , Daniel Gagnebin naquit à Renan en 4709et mourut à la Gbaux-de- fonds en 4781. Il fut médecin comme son aine (^t servit aussi en France quelques années, il était capitaine dans le régiment de Sonnenberg et décoré du Mérite militaire, équivalent pour les officiers protestants à la croix de St-Louis.

A son retour du service militaire, il fonda à la Ferrière un espèce d'hospice pour le traitement des aliénés, établissement qui ne paraît pas avoir eu une longue durée. Il était membre correspondant de l'académie de Gôttingue et s'occupait avec succès de physique, de chimie et de mécanique: à ce dernier égard il passe pour avoir rendu des services à la population qui l'entourait, dans ud moment où toutes les idées se portaient vers les applications industrielles. Le banneret Osterwald, dans sa Description des morUagnet, en parle ainsi : u II a inventé une machine propre à piquer, avec la plus grande justesse, des cylindres ou rouleaux nécessaires pour les pendules à carillon. Il fait des aimants artificiels, connaît par ses expériences les phénomènes de l'électricité , et s'est principalement attaché à l'optique, ayant construit des télescopes, des microscopes et divers miroirs de toutes formes, cylindriques, coniques, pyramidaux, etc. »

On a de lui une lettre à Garcin sur les œufs philosophiques, insérée dans le Mercure suisse, mars 1745, et une Relalion succinteié la tournée de S, A. le prince-évéque de Bdk dans ses états. Neuchâtel 1766.

Sources. Thurmann , Abraham Gagnebin. — Morel, Jbrégéde VhUloire, etc., de VEvéchéde Bâle. — Wolf, Biographien zurKuUurgeschichtederSehweix, Lin.

Cette famille , une des plus anciennes de notre pays , était déjà bourgeoise de Neuchâtel au xvi« siècle ; et depuis deux oenls ans

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