‹ Biographie neuchâteloiseChapitre 78 sur 117 · ALL0T · texte numérisé non relu

ALL0T

ment, dès que ce parti fut vaincu, il fut choisi pour défenseur par quelques-uns des hommes influents contre les idées desquels il avait le plus fortement lutté. C'est ainsi qu'il chercha à soustraire M. l'avocat Bille au jugement d'un tribunal militaire dont la création ne lui paraissait pas légale, et qu'il envisageait, en tous cas, comme incompétent pour apprécier, avec des garanties suffisantes de savoir et d'impartialité, les actes d'un homme qui n'avait pas été pris les armes à la main et qu'on avait arrêté à cause de ses tendances bien connues, plutôt que pour des faits positifs qu'on pût mettre à sa charge. 11 défendit en outre, comme parlier, M. Youga , député de Gortaillod , qui se trouvait dans le même cas que M. Bille et qu'il parvint à faire mettre immédiatement en liberté. Ecoutons , pour ce qui concerne cette époque, comment M. l'avocat Bille s'exprime dans un mémoire où il relate sa comparution devant le tribunal militaire :

<( Plein de confiance dans la droiture et les nobles sentiments de mon ci-devant confrère , 6.-F. Gallot , je réclamai son assistance dans cette cause. Cette marque d'estime envers un homme dont l'opinion politique est diamétralement opposée & la mienne, fut comprise par ce noble cœur. Il n'hésita pas un instant , et se consacra à cette tâche avec un zèle digne d'un meilleur succès. La discussion de l'incompétence du tribunal, l'illégalité de l'arrestation, l'inconstitutionnalité de tout ce qui avait été fait contre moi , tout cela fut démontré avec une admirable force de logique et de saine jurisprodence par mon loyal et généreux défenseur. »

D'autres encore, dont la manière de voir était en politique l'iotipode de la sienne , eurent également recours , dans diverses circonstances , aux services désintéressés d'un homme toujours prêt à défendre quiconque lui paraissait mis en accusation sans motifs suffisants. Et tandis que nous en sommes à parler de M. Gallot, comme défenseur soit des intérêts des autres soit de ses propres opinions, il est une observation qu'il importe de faire, parce que le fait qu'elle constate met, plus que toute autre chose, dans un plein jour combien le caractère de cet homme de loi était foncièrement intègre. Dans ses plaidoiries, non plusquedans ses autres discourset dans ses écrits, il ne se permit jamais de recourir & des réticences calculées ou à des artifices de langage donnant le change sur la na-

ture des faits qu'il fallait juger , ou sur le point en question qui devait être décidé. Aussi eut-il été tout à fait inhabile à défendre une cause qu'il regardait comme mauvaise , car sa conscience lui faisait un devoir sacré de rejeter toute argumentation qui ne se présentait pas à lui comme fondée sur des raisons solides. De là vient que peu d'hommes ont fait connaître comme lui , avec une franchise complète et au risque souvent de compromettre sa position et ses intérêts , sa pensée tout entière. Dans la chaleur de la discussion , ses paroles ont pu être parfois trop accentuées et trop vives , mais jamais on n'a pu leur reprocher d'être entachées du plus léger subterfuge ou de la moindre feinte.

Et c'est cette rectitude d'esprit et de cœur qui explique comment pendant la longue carrière qu'il a fournie et durant laquelle il a presque continuellement lutté contre des principes qui, soit trop absolus soit trop relâchés, tendaient à rompre l'équilibre entre les libertés du peuple et l'autorité constitutionnelle du gouvernement, il a pu ne dévier en rien de la ligne de conduite qu'il s'était tracée. Toujours concordant avec lui-même , il s'est montré dans toute la force de l'expression , un homme conséquent , ami du peuple sans jamais chercher à se rendre populaire, honorant l'autorité sans ambitionner sa faveur, détestant l'intrigue, dédaignant les finesses de la diplomatie et désavouant les mesures qui n'étaient que des expédients. 11 blâmait toute opposition systématique et se gardait avec soin de l'esprit de parti ; car, homme de parti, quoique sa manière de voir fdt bien arrêtée, il ne voulut point l'être et efiectivement ne le fut jamais. Et voilà pourquoi , agissant toujours sans dissimulation aucune et sans courber jamais le front devant l'idole du jour , il n'a pu se soustraire aux attaques fondant sur lui, tantôt d'une part, tantôt de Tautre. Mais quelles qu'aient été ces attaques , quelques reproches qu'on lui ait adressés , quelque pression qu'on ait cherché à exercer sur lui pour en obtenir ce qu'on désirait, il ne s'est point départi de cette conviction, savoir : que les institutions qui avaient contribué à la prospérité du pays et dont il admirait l'harmonie , devaient être maintenues ; que sans doute il pouvait et devait y avoir développement et progrès ; mais que si tout progrès régulier et bien entendu méritait d'être favorisé, d'autre part les droits des corporations et des personnes ne devaient ja-

mais être lésés, ni même restreints sans le consentement volontaire des intéressés ; rien ne devant être obtenu par la violence ou par la ruse.

(( Il ne jugeait de rien , lisons-nous dans une lettre qui le concerne, que par principes fermes et clairs ; il gardait en tout la conscience du juge, et cela d'autant plus qu'en cherchant à apprécier toutes choses à leur juste valeur , il laissait son cœur s'intéresser aux personnes, car il aimait les hommes, lui fussent-ils contraires; mais il n'aimait pas moins la vérité qui souvent l'obligeait à les condamner ou à s'opposer à eux. Il ne lui échappait jamais de dire ou de faire quoique ce soit où l'on ne retrouv&t l'homme droit. Droit, il l'était tellement que personne n'était plus simple, plus aisé, plus abordable dans les afiaires communes. L'ordre qu'il avait dans le cœur et la conscience, comme dans l'esprit, lui permettait d'être naturel partout: il l'était en soignant les fleurs de son jardin aussi bien qu'à la tête de la bourgeoisie. Il ne croyait pas s'abaisser eo parlant familièrement avec des personnes beaucoup plus jeunes que lui ou en plaisantant dans l'intimité. » C'est que, malgré toute la rigidité de ses principes et parfois son apparente sévérité , il avait grandement hérité de la débonnaireté qui distingua esseniiellemeot son père ; aussi a-t-on pu dire de lui que n même en grondant soo regard était tendre. »

Voici au reste, du vivant même de M. Gallot, le jugement que porte de lui un homme dont les vues politiques n'étaient nullement les siennes. Dans ses Fragmenis neuchâlelois , imprimés en 1833, M. Ulysse Guinand s>xprime ainsi :

« M. G. -F. Gallot , secrétaire de ville , est un de ces bororaes précieux et nécessaires qui, à eux seuls, valent une adminislratloo. Actif, instruit, laborieux et d'une probité à l'épreuve, il avait pardessus tout une énergie opiniâtre. » Puis dans un autre endroit, il rappelle « Un royaliste austère et consciencieux , qui l'était par TofTet d*une profonde conviction et qui , exempt d'ambition , était resté étranger à toutes les faveurs dont le lèle de quelques autres avait été récompensé, » — « Plusieurs captifs, ajoute M. Guinand, se souvinrent dans leur cachet que Gallot avait un grand caracti^iv ; ils confièft^nt à son talent la défense de leur vie. Gallot ré-

pondit à leur appel avec un dévouement absolu à leur infortune. » (Fragm. neuch. pages 269 el 407 J

Après une assez longue maladie , G. -F. Gallot mourut d'un ramollissement du cerveau, le 28 août 1855, âgé de 73 ans.

Plusieurs journaux suisses et étrangers : la Gazette de Bdle , la Gazette fédérale de Zurich, la Nouvelle Gazette de Prusse, le Nord, ont consacré à sa mémoire des articles honorables.

c( Aussi respectable par son caractère , dit le Neuchdtelois , que marquant par les services qu'il a rendus à TEtat et à sa ville natale, M. Gallot emporte dans la tombe de vifs et nombreux regrets, nous pourrions dire des regrets universels, car la vivacité des luttes politiques dans lesquelles il fut engagé, n'a jamais altéré la considération et la confiance qu'inspirait à tous ses concitoyens sa droiture incorruptible. Pendant de longues années secrétaire de ville et membre des Conseils de la Bourgeoisie , il fut en quelque sorte l'âme de l'administration municipale, qu'il n'abandonna point même lorsque d'autres fonctions vinrent réclamer une portion considérable de son temps et de ses travaux. Sa profonde connaissance de notre droit coutumicr, l'indépendance de son caractère, un amour de la justice, une impartialité qui écartaient de lui jusqu'au soupçon de la moindre acception de personnes, ces hautes qualités réunies l'avaient désigné. au choix du roi pour la place éminente de président du tribunal souverain. »

Ajoutons à cette appréciation quelques phrases tirées du Messager boiteux de Neuchdtel de 185G et de la Feuille d'avis de l'année 1855 : (c M. G. -F. Gallot avait longtemps joui d'une santé à toute épreuve. Pour entamer cette santé de fer, il a fallu de grandes douleurs morales. Sous une certaine apparence de sévérité , il cachait une sensibilité profonde. Il fut toujours, partout et à tous égards, fidèle. A chacun le sien, c'était sa devise. Une des tendances de l'époque est de placer trop bas la justice ; cette tendance n'était pas celle de M. Gallot pour qui le droit était sacré. II avait une énergie de caractère rare dans tous les temps et surtout dans le nôtre, une de ces empreintes mâles, de ces fortes trempes qui semblent appartenir à une autre époque. Ses dernières publications montrèrent que l'âge et les infirmités ne lui avaient rien fait perdre. II a vu

s'approcher la morl avec la sérénité du chrétien. » (Messager boiteux de 1856.)

(( Dans les divers et importants emplois auxquels il fut porté par la confiance de ses compatriotes ou celle de son souverain , il se montra toujours à la hauteur de ses fonctions, maniant également bien la plume et la parole, homme de bon conseil et de haute raison, défenseur courageux et désintéressé du droit, esclave du devoir et de la foi jurée, en tout modèle de fidélité. » (Feuille d'avis de NmcMlel 1855.)

Un ami qui l'a plus d'une fois visité dans la dernière période de sa vie , aimait à répéter qu'il se disait toujours en le quittant : « Voilà un homme résigné. »

Et quand vint sa dernière maladie , elle le trouva prêt à quitter ce monde en s'appuyant avec une foi humble et ferme sur les promesses de l'Evangile. Aussi, comme l'écrivait un autre de ses amis: <( Sur son tombeau sera bien placé ce passage des Psaumes: la fin de l* homme droit c'est la paix.ny Et ce sont eflectivement les paroles qui furent gravées sur le monument funèbre que de nombreux amis ont tenu à consacrer à sa mémoire.

La liste des écrits de M. Gallot est assez longue. En 1831, il publia un journal , intitulé Le Neuchdtelois , qui paraissait à des époques indéterminées sous la forme de feuilles in-8^. Nous indiquerons ce qu'il a publié depuis en suivant l'ordre de date :

I. Retation de la séance des bourgeois de Neuchâtel, habitant la viUe et » banlieue, Ncuchàtcl 4834, in-4«.

II. Impartialité et modération du Constitutionnel neuchâteloiâ , mise* âaM$ tout leur jour, Neuchàtel 4832, in-8*.

III. Réflexions d'un prétendu républicain sur un article du soi-disant Aitriote suisse, Neuchàtel 1833, in-8^.

IV. Lettre sur le refus du Conseil de ville d*admettrt une troupe de speetads à Neuchàtel. Neuchàtel 4833, in-8*.

V. Seconde lettre sur le refus du Conseil de ville d'admettre un speclades Neuchàtel, servant de réplique à un article sur le même sujet, inséré dans le Por triote suiue, Neuchàtel 4833, in-8*.

VI. Quelques mots à messieurs les libéraux neuchàlelois, Neachàtel 4847| in-S*.

VII. Lettre au sujet d'une allocution touchante de la Compagnie des pastewrt prenant congé , au moment de sa suppression , des églises de notre patrie, Neuchàtel 45 janvier 4849.

TIll. PètitioH à M. lepréiident et à MM, les membres du Grand-Conseil au jet d'enquêtes exira- légales, Neuchàtel 29 janvier 1849.

IX. Réflexions au sujet d'un procès que doit intenter la Bourgeoisie de Neuàiel à trois membres de l'ancienne administration de la ville et Bourgoisie de mehâtel, Neuchàtel 1849, in-8*.

X. Réplique à la courte réponse de M. Ch. Petitpierre, Neuchàtel 1849, in-8**

XI. Observations sur le règlement de la Bourgeoisie de Neuchàtel^ sanctionné i9 juillet 1850. Neuchàtel 1850, in-8*.

XII. Petite chronique neuchàteloise, en deux parties, Neuchàtel 1850-1853, -8*.

Souroet . Cette notice a été composée au moyen de documents que la faille Gallot , a bien voulu nous communiquer. ^ Voyez aussi Mercure suisse, ai 1747. — Fragments neuchâteloii par M. Ulysse Guinand 1833. — Le Pfeu- \àlelois, septembre 1855. — Feuille d'avis de Neuchàtel, 1856. — Messager ileux de Neuchàtel de 1856, etc.

Page 1