‹ Biographie neuchâteloiseChapitre 80 sur 117 · ARCIN · texte numérisé non relu

ARCIN

pagnie, qui parlait pour les Indes-orientales , dans lesquelles il fit trois voyages successifs , de 1720 à 1729. L'illustre Bœrhaave, qui avait distingué ses talents pour les observations et pour les découverles, et qui lui a rendu le plus beau témoignage dans le Journal littéraire de Hollande de 1730, lui donna des directions, lui indiqua les objets dontil devait principalement s'occuper, et le munit deleltres de recommandation pour le Gouverneur-général de Batavia, pour le commandant de Ccylan et de Maduré , et pour les principaux directeurs et agents, tant militaires que civils de la Compagnie Hollandaise. Ces recommandations lui furent de la plus grande utilité durant ses divers séjours au Bengale, sur la côte de û)ron^andol , à Surate , à Malacca , en Perse , en Arabie et dans les grandes iles de Java, de Sumatra et de Ceylan : elles lui facilitèrent tout ce qu'il apprit pour avancer, soit ses propres connaissances, soit les progrès de l'histoire naturelle, dans ces régions éloignées, bien plus connues à celte époque sous les rapports commerciaux que sous les rapports scientifiques.

La botanique étant une des études de prédilection de Garcin, il explora avec soin les richesses végétales des terres qu'il parcourut; il signala un grand nombre de plantes nouvelles, les décrivit, les classa et en envova des échantillons aux herbiers des académies d Euri^pe et des graines à leurs jardins. Linnée a été si content des sorvict^ que Garcin a rendus, que pour en immortaliser le souvenir, il a donné le nom de Garcinia h un bel arbre de la famille des Mangostans, originaire des Molluques et acclimaté à Java. C'est ct^rtainomont là un l>eau titre d'illustration, que j'appellerais volontiers K^ lettres de noblesse de la science. Le grand naturaliste dit dans sa /**i7a<\>; AiV hotatèiqHt: * 11 faut garder avec respect les noms des genivs destinés à conserver la mémoire des botanistes qui ont bien mérité do la science: c'est la plus belle ou plutôt l'unique réi\^mjHnis<^ de leurs travaux : mais il faut décerner sobrement ces htMuuninii Maniques. >

Knliv ;uitrt^ inslructiv ns que Bœrhaave avait données au vo\a- ^nir Gamn. il lavait spceialement chargé de s'informer de la roéd^vine indionno et de frwjuenter les hommes qui l'exerçaient pour appnMidre knir molbvxio dinique : of fut le sujet d'une savante corrv!S|KMHUiKV av^x" s^hi pix^tecteur. c J'ai ahserré , dil-il dans une

ettre aux éditeurs du Journal helvétique (septembre 17 hh), j'ai observé leur pratique et la nature de leurs remèdes, quoiqu'ils eussent bien de la peine à me les communiquer; mais j'en ai l'obligaion aux égards dus à l'autorité des gouverneurs et des directeurs le la Compagnie. Ceux que j'ai trouvés les plus versés dans l'art le guérir, sont les Brabmines du Bengale et les médecins chinois le Malacca, de Sumatra et de Java : les Européens s'en servent K)uvent et rendent témoignage aux belles cures qu'ils opèrent tant )armi les naturels du pays que parmi les étrangers. Ces médecins ndiens seraient les meilleurs du monde avec leurs bons remèdes, i'ils ayaient autant de connaissance en anatomie et en physique que ^ux d'Europe; mais c'est ce qui leur manque essentiellement. Je iens d'eux des remèdes restaurants pour l'estomac, dont par la mite je ferai connaître l'usage et les propriétés. » Dans une autre lettre du même journal (octobre 4744), Garcin nous apprend qu'il a lonné le nom de madurines à des pillules dont il avait appris la K)mposition d'un Brahmine de Maduré, qu'il rencontra à la fin de 'an n^i dans l'ile de Ceylan. lequel mit à la communication de M)Q secret, qui lui fut bien payé, la condition expresse qu'il ne sc- 'ait ni révélé, ni employé dans ces pays-là, mais seulement en Europe après le retour de Garcin.

Ce fut en 1730 que Garcin revint de son dernier voyage aux Inies; il séjourna encore un an à Leyde, pour perfectionner ses étules de médecine sous la direction de Bœrhaave; il se fit ensuite graduer docteur à Rheims et, venu à Genève où il s'arrêta quel- ]ues mois, il épousa une demoiselle Maystre, d'une famille de rançais réfugiés qui y exerçait le commerce; puis il se rendit à ^euchàtel pour revoir et soigner son père, alors très-âgé et infirne. Ayant acheté la bourgeoisie de cette ville , il y pratiqua la nédecine avec succès ; il fit cependant encore quelques voyages en France et en Hollande., et passa deux ans à Huist comme médecin. ]'est de là qu'il alla, en 1737, faire sa dernière visite à son grand )alron Bœrhaave, auquel il communiqua son système de météoroogie, et dont il reçut des encouragements et des directions. L'air le la Flandre ne convenant point à sa santé, il la quitta pour revenir i Neuchàtel. A son passage à Paris, en août 4739, il lut dans une iéance de l'académie royale des sciences, un mémoire sur ses obser-

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valions météorologiques faites soit à Neuchàtel, soit à Hulst, et dont il avait tracé des tables raisonnées. Ce travail fut bien accueilli et lui valut des éloges honorables sur ses découvertes et ses progrès dans une science encore peu connue et peu cultivée : il profita des remarques qui lui furent faites, et répondit à quelques objections contre le système qu'il mettait en avant. Déjà en 1735, il avait répondu par une lettre à un savant physicien de Rome, qui avait publié une critique de ses doctrines atmosphériques.

Garcin était un observateur infatigable; ses concitoyens n'oot pas rendu peut-être toute la justfee due à ses travaux scientifiques et à la philanthropie qui caractérisait ses recherches ; mais du moins les étrangers ont apprécié à Leyde, à Paris, à Londres, à Vienne ses connaissances, ses découvertes et sa sagacité, et lui en ont donné d'honorables preuves.

Le docteur Garcin parait être le premier en Suisse qui ait en ridée de Yhydrolhérapie , ou de la guérison des maladies par Teau pure. Il écrivait, en 4750: « Je reconnais Teau pour le meilleur remède qui soit au monde ; mais il n'appartient pas aux ignorants de la vraie médecine de savoir guérir avec de l'eau. On vaaui sources minérales pour se guérir et plusieurs y guérissent. On a beau dire, l'eau commune fait les mêmes efiets. Je puis le démontrer aux incrédules en cherchant des malades abandonnés d'un certain ordre, que je guérirai véritablement avec l'eau pure. Il est vrai qu'il faut que je l'accompagne d'un régime convenable, mais qui n'est guère connu des médecins, car sans ce régime l'eau n'y ferait rien. Je dis plus: je veux guérir avec l'eau commune plus de sortes de maladies et en plus grand nombre que ne font toutes les sources d'eaux minérales de la France. II y a une raison mécanique des effets do l'eau quand on en use avec art , que personne n'a connue , mais que je connais et que je veux tenir secrète. Si on la savait , on aurait un flambeau qui ferait voir l'utilité de l'eau plus grande qu'on ne la connaît en médecine. On dit que l'eau commence à perdre tout crédit depuis le docteur Sangrado. C'est un bonheur i>our les médecins qui en savent faire usage qu'une telle porte soit faite dans le public. Si le quina avait perdu le sien, il forait la fortune de celui-là seul qui en saurait user. »

L'Académie des sciences de Paris nomma Garcin son correspon-

dani en 1731 ; à peu près dans le même temps la Société royale de Londres lui donna le titre de membre honoraire, ainsi que la Société impériale des curieux de la nature. L'institut de Bologne lui envoya aussi un diplôme d'associé. Il soutenait une correspondance active avec Boerhaave, le chevalier Hoane, Bernard de Jussieu, Réaumur, Giraldi, Jallabert, Bernoulli, Bourguet, Haller et d'autres naturalistes , dont les lettres originales étaient entre les mains de son fils. Celui-ci se disposait à les publier, ainsi que les voyages de son père et divers mémoires météorologiques inédits, lorsqu'une mort prématurée l'en empêcha. Le docteur Garcin avait apporté un riche herbier, composé de plantes sèches des Indes , du cap de Bonne-Espérance, des iles de la Sonde, etc. ; et cette rare collection , visitée de son vivant par plusieurs savants, a péri, comme il arrive souvent , par la négligence des héritiers, ou sous la main destructive du temps.

Garcin donnait à Neuchfttel, en 1747, des leçons de botanique, en suivant une méthode claire et aisée. Il parcourut plusieurs fois avec ses élèves les vallées et les montagnes du Jura Neuch&telois, pour leur faire connaître toutes les plantes de leur pays. Lui-même fit des études sur les fossiles ; il a puissamment aidé son ami Bourguet dans la rédaction du Traité des pétrifications. Gagnebin de la Perrière, par reconnaissance pour les travaux géologiques de Laurent Garcin , a donné le nom de Phasianalla Garcini à un genre rare de coquillages fossiles, que le docteur de Neuchàtel avait le premier découvert et étudié.

Garcin mourut à Neuch&tel en 1752, à l'âge de 69 ans. Depuis quelque temps des attaques d'apoplexie avaient paralysé les doigts de ses pieds et de ses mains : ces dernières étaient devenues tellement insensibles que faisant une expérience de chimie , il se brûla une main jusqu'aux os; et cette brûlure, à laquelle la gangrène se mit, avança la mort de ce savant Neuch&telois.

Les ouvrages de Garcin sont disséminés dans un grand nombre de recueils des sociétés savantes; nous allons en donner une liste complète :

I. Lettre écrite à M. deJussieu, contenant Pexamen de quelques cndroUs de la lettre de M. G. M., insérée dans la Bibliothèque franc, t. XV, part. II, art. VI,

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