‹ Biographie neuchâteloiseChapitre 93 sur 117 · LOUIS-GUSTAVE GRISEL · texte numérisé non relu

LOUIS-GUSTAVE GRISEL

Né à Auvernier, le 8 janvier 1822, Louis-Gustave Grisel ne reçut d'autre éducation que celle d'une bonne école de village. Trèsheureusement doué, il cultiva ses dons naturels par un travail persévérant, et à l'âge de seize ans devint précepteur dans une famille de Prague. Peu de temps après il alla étudier la chimie à Vienne et y obtint un diplôme qui lui ouvrait la carrière de l'enseignement public ; mais des études très-différentes de celles de la chimie avaient plus d'attrait pour lui. Il eut le bonheur de deviner son talent, et les deux ouvrages qu'il publia prouvent qu'il eût pu devenir un publiciste ou un historien de premier ordre.

Il était rentré à Neuchàtel depuis quelques années, lorsqu'en 1853 parut son premier ouvrage : La monarchie et les préjugés politiques. Ce livre eut un grand succès, chose d'autant plus remarquable que son auteur était parfaitement inconnu ; l'éditeur, M. Meline de Bruxelles, en apprécia de suite le mérite et répondit à M. Grisel, qui , en lui envoyant son manuscrit, lui avait demandé à quels frais se monterait l'impression , qu'un tel travail ne devait rien coûter à son auteur et qu'il prenait les dépenses à sa charge. Plusieurs journaux étrangers en parlèrent avec éloge. « Cet ouvrage , dit la Gazette de Lyon , écrit sous la forme de lettres, est une réhabilitation de l'autorité. Nous n'avons pas besoin , pour faire l'éloge de ce livre , de dire qu'il a été l'objet de hautes adhésions, que la

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presse étrangère l'a signalé , dès le début , comme l'une des œuvres politiques les plus importantes et les plus sérieuses qui aient été écrites en faveur du principe monarchique. » « L'auteur qui a écrit le livre que nous signalons et dont le pays de Neuchàtel peut à juste titre se gloriQer, dit le Journal de Francfort, a su trouver un langage éloquent et une logique puissante pour rétablir à nos yeux dans toute sa splendeur, le principe de la monarchie. »

Nous citerons ici une partie de la préface, dans laquelle les principes de Tauteur sont exposés et qui peut être considérée comme un résumé de l'ouvrage.

(( Quand un homme de cœur nourrit la conviction que la cause qu'il a embrassée et la tâche qu'il s'est imposée sont nobles et saintes, il ne doit pas balancer à employer toutes ses forces et toute soo énergie à défendre cette cause et à accomplir celte tâche. Cette oodsidération m'a déterminé à écrire les pages que renferme cet ouvrage. Les vieux principes sont les principes éternels ; ils procèdent d'une loi immuable , car ils sont aussi anciens que le monde et ik se sont constamment révélés comme les conditions de Texistenoe normale des nations. C'est parce qu'on a méconnu la valeur et le caractère véritables de ces principes , que l'Europe a subi , depuis un certain nombre d'années, tant de commotions violentes. La révolution française, tout en proclamant, comme la plupart des révolutions , de magnifiques doctrines , s'est attaquée avec une grande violence à ces principes éternels et a jeté dans les esprits une foule d'erreurs et de préjugés politiques. On sait quelles conséquences ces erreurs ont produites partout où elles ont pénétré.

» Humble soldat dans l'armée de la cause de l'ordre , je me suis attaché plus particulièrement à défendre une institution contre laquelle Tesprit révolutionnaire s'est acharné depuis longtemps , et j'ai cherché à la dégager des erreurs et des préjugés dont ses ennemis se sont efforcés de l'entourer. Si je me suis constitué le défenseur énergique de cette antique institution , c'est parce que j*ai l'intime conviction qu'elle seule, dans le domaine politique, possède la puissance de rendre d'une manière durable les nations grandes, fortes et prospères. Parmi les erreurs que j'ai combattues, il en est quelques-unes qui sont particulières à un grand nombre d'hommes, appartenant au parti de Tordre el de la monarchie. J'aurais cm oe

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remplir que bien incomplètement ma tâche , si je ne m'étais attaqué à ce genre d'erreurs , car j'estime qu'elles sont de nature à exercer l'influence la plus dangereuse dans notre époque. Cependant, tout en poursuivant l'erreur jusque dans le camp des partisans de la monarchie, je ne me suis pas fait le champion de l'absolutisme , je suis demeuré fidèle aux principes d'un sage libéralisme. »

Au commencement de la guerre d'Orient , M. Grisel publia La Riissie et ses ticcusateurs , sous le pseudonyme de M. à*Estrafnberg. Ce petit ouvrage , quoique publié à Neuchfttel et dans un moment où des travaux de ce genre pullulaient , n'en fit pas moins le tour de l'Europe et fut immédiatement traduit en allemand et en russe. Cette brochure fut encore plus remarquée que son premier ouvrage et les journalistes se sont beaucoup occupés, dans le moment, de la question de savoir qui en était l'auteur.

Ces deux ouvrages montrent de grandes connaissances, un esprit mûr , un sens droit et une rare modération. Le style se distingue par cette noble simplicité qui sied surtout aux ouvrages essentiellement historiques.

M. Grisel allait recevoir la récompense due à ses talents et à ses travaux quand la maladie dont il était atteint fit les plus rapides progris. Un des principaux souverains de l'Europe lui avait fait oflrir, par un message exprès, une place très-avantageuse, mais c'était trop tard.... La source est tarie! dit il, quand on lui montra la traduction allemande de son second ouvrage. Il mourut le 44 octobre 1854, ftgé seulement de 32 ans.

II a laissé de nombreux matériaux manuscrits, dont ses deux ouvrages publiés ne sont que des extraits.

Sonrocf. Gazette de Lyon, septembre 4853. — Journal de Francfort, octobre 1854. ^ Messager boiteux de Neuchàtel, 1856. — Le Neuchâtelois 1854.

GROSOURDY.

Le nom de Guillaume Grosourdy ne serait point parvenu jusqu'à nous sans un malheureux acte de faux auquel il eut la faiblesse de

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consentir et qui eut pour lui les suites les plus désastreuses. Le seigneur de Valangin , René de Challant, voulant régler sa succession, fit en 4546, un testament par lequel il donnait à sa fille Philiberté , Tainée , les seigneuries de Valangin et de Baufremont , et réduisait son autre fille Isabelle , femme de Jean-Frédéric de Madruz , comte d'Avy et marquis de Surianne « à une dot de trente mille écus, outre la baronie Yivieux-le-Grand. Mais Philiberte s'étant liée avec un homme de basse extraction , le suivit , emportant avec elle pour trois mille écus de joyaux qu'elle enlevait à son père. Celui-ci , indigné contre sa fille , cassa son premier testament , et par un nouvel acte, signé à Milan en 1SS7 , il exhéréda Philiberte en lui léguant un ducat , et institua Isabelle pour son héritière universelle. Philiberte était alors à Venise où elle venait de perdre celui qui l'avait séduite. Un jour , ayant rencontré son père dans cette ville , elle sut par ses larmes fléchir le cœur du vieillard , et René , par un troisième testament, révoqua celui de Milan et réhabilita sa fille ainée dans ses premiers droits. Tel était l'état des choses, lorsque René mourut en 1565.

Dès que son père eut fermé les yeux, Isabelle se rendit à Berne, y produisit le testament de Milan qui était en sa faveur , demanda d'être reconnue dame de Valangin , et de pouvoir renouveler en cette qualité la combourgeoisie perpétuelle. Après avoir obtenu tout ce qu'elle désirait , elle revint à Valangin . s'établit au château , se fit prêter le serment de fidélité , nomma Gilles de Brion son lieutenant-général , et commanda en souveraine. Pour attirer les cœurs et se fortifier dans son usurpation, elle et son mari , qui était venu la joindre, accordèrent une foule de grâces et d'exemptions; ils créèrent dos tkiurgcois , acoensèrent des terres, des moulins et des for^s aux communes et aux particuliers.

Philiberte était à Issogne , quand son père mourut. Dès qu'elle fut informée des manceuvres de sa sœur à Valangin. elle courut en Lorraine pour s'emparer de Baufremont, et elle eut encore l'adresse de se donner un prv>tecleur en épousant Joseph, comte de Toumiel. Munis des deux testaments de IS%6 et de 1557 « Philiberte et son nouveau mari aliénait auissi à Berne pour Eure valoir leurs droits sur Valai^dn et prtwver par rade de léhabUilatîon que la comtesse

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d'Âvy était une usurpatrice. Mais Talliance déjà jurée avec celle-ci suspendit quelque temps la décision du sénat de Berne.

Que peut-on attendre de deux sœurs qui commencent par le pillage des biens paternels ? Isabelle , alarmée de voir sa sœur produire deux titres en sa faveur , dont le dernier et le seul valable détruisait celui qu'elle avait produit à Berne , prit le criminel parti d'en fabriquer un qui anéantirait ceux de Pbiliberte.

Le comte et la comtesse d'Avy mandent au château de Valangin le greffier du lieu /Guillaume Grosourdy; là ils lui proposent de stipuler un testament , que René serait supposé avoir dicté peu de jours avant sa mort, et par lequel il aurait de nouveau institué Isabelle pour son béritière. Le notaire , révolté d'une aussi indigne proposition, refuse sa plume; les promesses étant inutiles, il est menacé , et les domestiques l'ont déjà saisi pour le précipiter par les fenêtres qui donnent sur le Seyon, lorsque la peur lui fait faire tout ce qu'on exige de lui.

A la faveur de cet acte faux , Isabelle parvint à susciter à sa sœur de nouvelles difficultés , à Berne , à Ghambéry , en Lorraine, partout où René avait laissé quelques biens.

On ne reconnut pas d'abord la fausseté de ce testament; mais en l'examinant attentivement, on s'aperçut que les feuilles sur lesquelles il était écrit , sortaient de la papeterie de Serrières , dont l'établissement était postérieur à la date de l'acte. Le procureur du comte de Tourniel, Guillaume Richard, qui avait découvert cette iniquité , accusa Grosourdy. Le notaire se défendit mal et en homme coupable. Interrogée par lettres rogatoires en Italie , où elle était alors , Isabelle ne répondit pas et laissa ainsi peser sur le malheureux greffier un acte criminel dont elle était le premier auteur. Grosourdy paya sa faute par la perte de la vie , condamné à mort, il fut exécuté à Neuchàtel en 1582. Sa famille s'éteignit à Valangin en 1762.

Sovrocf. Huguenin, La Chàteatix neuchâtelois, pages 63, 64.— MaUIe, J7iftoire de la seigneurie de Falangin.

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GRUERES.

Ancienne famille noble , bourgeoise du Landeron. Oo trouve Pierre Gruères, bourgeois et commissaire général du Landeron, vivant en 4460, qui contracta deux alliances. La première avec Isabeau de Berne , de Neuchàtel, la seconde avec Catherine de Vieilmarché, veuve de Jean Gaudot du conseil de bourgeoisie à Neuchàtel, et fille de Pierre Quemin de Vieilmarché et de Guillerma Clerc, dont il eut :

(^ Othenin Gruêres , lieutenant et receveur du Landeron , qui épousa: 1^ Marguerite de Fère, veuve de N. de Rosière, dont était venu Marguerite de Rosière , première femme de Jean Gruères, maire de Neuch&lel, frère d'Othenin dont nous parlons; 2® Jeanne Rossel de la Neuveville , qui testa en i48S. Dans ce testament, Jeanne Rossel se dit veuve d'Othenin Gruères , appelé dans quelques actes lieutenant du Landeron et dans la suite châtelain. Après avoir fait beaucoup de legs pieux à Téglise et à divers particuliers, dont elle remit Texécution à Jean L'Ecureux, elle nomme pour sod héritier universel son neveu N. Rossel.

2^ Marguerite Gruères, mariée le i8 mai i496 à noble Jacques du Terraux, bourgeois du Landeron.

3^ Jean Gruères, dont nous parlerons bientôt.

Othenin laissa de sa première femme un fils nommé François, qui fut châtelain du Landeron, et qui épousa Marguerite de Cressier, veuve de Jaquemin d'Aigné, écuyer, qui prit le nom de Vieilmarché , fille de Petremand de Grossier, bannerct du Landeron, et dlsabelle de Gressier de la même famille, dont il eut Pierre, qui suit.

Pierre Gruères, conseiller du Landeron , contracta alliance avec Annely Pointz , fille de N. Pointz de Cerlier, et de Coletta Peter de Hauterivc près de Neuchàtel, dont il n'eut qu'une fille, Elsi Gruères, mariée à Hans-Rodolphe de GraSènried, banneret de Berne.

SCCOHDB BBAMCHS*

Jean Gruères, second fils de Pierre, commissaire-général du Lan-

GRUÈRES. 434

deron et de Catherine de Yieilmarché, fut maire de Neuchàtel , et comme tel, il présida la justice de ce lieu en 1458. Il fit un traité avec Othcnin son frère , passé le 40 août 4473 , par devant Jean Doyens, notaire, portant que le dit Olhenin devait lui rendre compte à sa première réquisition, en présence de leurs parents , messire Jacques de Fère , curé de Morteau et chanoine de Neuchàteh Jean de Bariscourt, écuyer , René Gaudot et Nicolet Warnod, bourgeois de Neuchàtel. Jean Gruères contracta deux alliances : la première avec Marguerite de Rozières, d'une famille bourgeoise du Landeron, où elle parait quelquefois comme noble ; la seconde, par la faveur de Marie de Savoie, comtesse de Neuchàtel, avec Louise de Livron, fille de N. de Livron, écuyer, du consentement des nobles seigneurs Philibert de Cholex, protonotaire apostolique, Jean de Livron, chanoine de NeucbAtel, Antoine de Livron, maître d'hôtel de la princesse, et Pierre de Livron, sœur de Louise, à laquelle Marie de Savoie assigna 506 livres pour ses bons et agréables services. On ne voit pas que Jean Gruères ait eu d'enfants de son second mariage. Il acquit un fief qui donna rang à son fils Léonard aux Audiencesgénérales , où il siégea lui-même ; mais on ignore d'où et comment il tirait sa noblesse. Son fief garda le nom de Gruères jusqu'à la fin du siècle passé; il acquit aussi celui de Savagnier, dans la seigneurie de Yalangin. Jean de Gruères laissa de Marguerite de Rosière, sa première femme, un fils et trois filles.

4^ Jeanne Gruères , femme de Jean Brement , fils de Jean Brement, bourgeois et châtelain du Landeron.

2® Jaqua Gruères, épouse de Pierre Guyvet, bourgeois de Neuchàtel.

3^ Léonard Gruères, chanoine et officiai de l'église métropolitaine de Besançon , ambassadeur de l'empereur Charles v auprès des Ligues-Suisses , comme on le voit par deux lettres de ce monarque aux cantons , datées de Madrid le !20 février et le 7 mai 4535. Il était aussi protonolaire apostolique , comme le prouvent les armoiries qu'on voit au grand poêle de la maison de ville du Landeron. Léonard Gruères, qu'on voit siéger aux Audiences-générales de l'an 4532, soit par lui-même, soit par représentant, avait dés neveux à Besançon, tels que Nicolas Lulié, seigneur de Roïcourt, les seigneurs d'Orcbamps et les Lovets.

432 GUIBERT DE SISSAC.

Léonard de Gruères vendit, en i537 , le fief de Gruères à Benoit de Gbambrier son cousin, avec tous ses autres biens dans la mairie de la Gôte, à Cernier et à Savagnier. Dunod rapporte que Léonard de Gruères , atteint d'une maladie que les médecins estimaient incurable , pria qu'on lui apportât le Saint-Suaire et qu'il fut guéri par l'attoucbement de cette relique. Ce fait , dit-il , est prouvé par le tableau, qu'il offrit après sa guérison et qui fut mis dans la diapelle du St-Suaire.

&^ Jeanne Gruères , mariée à Besançon à noble Antoine d'Orchamps, citoyen de Besançon, dont elle eut Marguerite d'Orchamps, alliée par contrat du & février i536 , à noble Etienne Bancenel de Salins.

Sovrocf. Titres de la collection diploaiatique de J.-F. de Chambrier. — MontmoIIin, Traité des fiefs, mss. p. 62. — Dunod, Histoire de l'église de Besançon, 1. 1., p. 421. — Boyve, Annales, etc., années 1535, 1532, etc. — Histoire des intt. judiciaires de Neuchâlel, par G.-A. Hatile, p. 9S. — Noticet généaL da baron d'Estavayer , t. XL, p. 170-173.

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