ALEXANDRE GUIBERT DE SISSAC
Alexandre Guiberl de Sissac, lieutenant-général au service de la maison de Savoie , colonel du régiment suisse de son nom , naquit en 4677 en Guyenne. Elevé dans la religion protestante, proscrite dans le royaume de France par la révocation de l'Edit de Nantes, il se vit obligé, en i696, d'abandonner sa patrie et de chercher un asile en Suisse, où un grand nombre de ses corréligionnaires avaient trouvé une généreuse hospitalité. Il fut reçu à Neuchàtel, et gratifié la même année de lettres de naturalisation et du droit de bourgeoisie dans cette ville. En 1697, il entra au service de Guillaume m, roi d'Angleterre; mais avec la permission de la reine Anne , il accepta, en 1704, une compagnie dans le régiment de Portes , au service de la maison de Savoie, dont il fut nommé major en 1716, et lieulenant-colonel en 1722. 11 quitta le service en 1726 ; mais en 1733, il leva un régiment Suisse de 1200 hommes sur l'invitation du roi Charles-Emmanuel, qui eut toujours pour lui une estime particulière, et qui, en récompense de la valeur qu'il avait montrée
dans les différentes expéditions de la guerre de 1734 , le créa brigadier en 1737. M. Guiberl de Sissac , pénétré de reconnaissance envers ce grand prince, profita de la paix pour augmenter ses connaissances , et se prépara à de nouvelles guerres par une étude assidue et un travail continuel. Il mit son régiment sur un très-bon pied , et se donna bien des peines , en 1742 , pour discipliner les quatre nouvelles compagnies qui furent jointes à son régiment. La même année il le commanda avec distinction au siège de Modène et de la Mirandole. Envoyé, en 1743 , pour défendre l'entrée du Piémont contre l'armée française et espagnole, il fut attaqué, le 6 octobre, sur les hauteurs de Belin par la brigade d'Anjou et un détachement espagnol. Le colonel de Guibert les reçut si vertement, que ce corps qui se promettait déjà une victoire assurée , fut contraint de se retirer , quoique toute l'armée fut à portée de le soutenir.
En janvier 1744, le roi de Sardaigne créa le colonel de Guibert général-major. Cette campagne fournit à ce brave officier de nouvelles occasions de se distinguer; et si la victoire ne couronna pas toujours sa valeur , on doit lui rendre la justice de croire qu'il fit toujours son devoir avec la plus scrupuleuse exactitude. Attaqué le 19 juillet par les ennemis dans les retranchements de Château- Dauphin, il fit une très-belle défense, qui fut louée de toute l'armée et qui causa de grandes pertes aux assaillants. Ce ne fut qu'après avoir perdu la plupart de ses gens qu'il quitta la partie et se rendit. Nommé lieutenant-général en janvier 1745, il conduisit son régiment au camp de Monte-Castello , et se trouva à la bataille du 27 septembre, où le roi de Sardaigne, surpris par l'ennemi, fut en danger d'être fait prisonnier. M. Guibert, qui avait eu un cheval tué sous lui, commanda l'arrière-garde de l'armée qui se retirait; mais il fut atteint par un soldat français qui le blessa mortellement , et tomba entre les mains des ennemis. Ayant obtenu sur sa parole la permission de se rendre à Turin , il y mourut de ses blessures, au mois de janvier 1746.
Sooroei. Girard , Histoire des officiers suisses , etc., t. I , p. 320. •* May, Histoire militaire des Suisses, t. II, etc.
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L'on ignore & quelle époque Guillaume, * plus tard béati&é, vint s'établir à Neuchàtel ; mais il est probable que c'est de lui qu'il est parlé dans un acte de i 4 96 , où il est qualifié de Magister , titre qu'il devait sans doute à sa science. Le nécrologe de l'abbaye de Fontaine-André dit aussi , qu'Othon , abbé de Fontaine-André , de il95 à 1220 environ , était le compagnon de St-Guillaume. Ce- . lui-ci, désirant s'instruire dans les sciences et principalement dans la théologie , se rendit à Paris et s'appliqua à l'étude avec tant de succès qu'il put se vouer à l'instruction des autres. Au nombre de ses élèves se trouvaient deux fils d'un comte de Neuchàtel , alors à Paris pour y suivre leur éducation ; ils furent si satisfaits des soins que Guillaume prenait d'eux , de sa douceur , de ses mœurs et de sa conduite , qu'ils désirèrent se l'attacher et l'emmener avec eux à Neuchàtel ; désir que partagea leur père. Il céda à leurs vives instances et fut accueilli avec joie et empressement par le comte Ulrich , qui lui conféra une place de chanoine et l'attacha à sa personne comme clerc et comme chapelain , probablement de la chapelle du château. Il était commensal du comte, s'il voulait vivre à la cour ; sinon , on le nourrissait de sa table , excepté le pain et le vin , dont il lui était délivré chaque année deux muids de l'un et un de l'autre.
Le lieu retiré où était située l'église lui avait sans doute plu et détermina son séjour à Neuchàtel. Ce fut lui qui fit construire le cloître au nord de Téglise. Cet édifice, bâti en bois, devint la proie des flammes en 1450, et fut ensuite réédifié plus solidement. Il s'était également fait bâtir une maison qui devait occuper la place sur laquelle est actuellement le Conclave.
St-Guillaume figure dans plusieurs actes , mais ses actions sont peu connues. Le Chanoine anonyme parle d'une légende de Saint- Guillaume; mais elle n'existe malheureusement plus, ce qui est fort A regretter, car nous y aurions probaUemeot trouvé, sur la vie de
I La tradîUon et rinscripUon ptocce aa bas de son portrait, le font anglais irorigine.
ce saint, une multitude de données intéressantes et curieuses. La volumineuse collection des Bollandistes , les Acla sanctorum , ne parle pas de lui comme parait le croire M. Matile. Dans les actes où il est cité, il porte souvent différents titres : magister, confesser, beatus, sanctus. H était chanoine honoraire du chapitre de Lausanne.
Les uns font mourir St-Guillaume en 1221 , d'autres en 1233, 123& et 1240 ; d'après un très-ancien psautier manuscrit appartenant à la bibliothèque de Neuchàtel, et ayant évidemment été à Tusage de la collégiale ou du collège des chanoines, il serait mort le 29 mars 1231 . Nous croyons cette date exacte , car c'est la seule qui indique positivement le jour de son décès; d'autres inscriptions indiquent aussi que l'on célébrait sa fête le 29 mars. Le temps de sa canonisation est ignoré : il est possible que, sans s'attacher aux formes papales, le vœu seul du peuple ait suffi pour lui donner le mérite de saint, pour déterminer son invocation, et pour l'envisager comme le patron de la ville.
Cependant l'on ne peut douter de sa science, de la pureté de ses mœurs et de ses vertus , quand on voit que dans le siècle même de sa mort il lui fut érigé une chapelle et un autel dans l'église collégiale. Toutefois il ne parait pas que la ferveur ait été bien grande pour lui dès le xiii™® siècle jusqu'au xv™^: les actes connus n'indiquent rien de plus remarquable en sa faveur que pour les autres saints.
Jean de Fribourg et sa femme Marie de Ghàlons le tirèrent de ce long oubli en 1446. Ils trouvèrent ce saint , pour lequel ils avaient une grande vénération , logé trop à l'étroit dans son ancienne chapelle, qui parait avoir été placée à gauche de la porte du cloitre , par laquelle sans doute St-Guillaume entrait ordinairement dans l'église. Ils résolurent donc de lui faire construire une cbapelle plus vaste , pour laquelle ils ne virent pas de place plus coDYenable que le jardin du prévôt, et ainsi cet édifice se trouva adjoint à l'église dont il fit en quelque sorte partie, par la suppression de la porte d'entrée de la nef , qu'il masqua et à laquelle on n'arriva plus que par la petite porte extérieure de la chapelle , qu'il fallut traverser. Les fondateurs y attachèrent trois chapelains bien dotés et logés : a ils devaient estre honnestes de vie et mœurs et non concubinaires. » La construction fut terminée en 1456.
Un témoigiiage au» édaUmt de Ja dévotion du comte envers St-GniHaame , raniina celle do peuple qui était fort languissante. Peu d'années après, les magistrats de la ville lui consacrèrent une fontaine au milieu de la rue du Château ; une autre située au vignoble des Parcs portait son nom depuis longtemps.
On avait attribué des miracles à St-Guiliaume pendant sa vie, mais depuis sa mort il n'en est plus fait mention, jusqu'en 1472. A cette époque , la ferveur redoublée l'envisage comme ayant rendu la santé à un enfant morveux; il guérit encore un autre enfant à peu de temps de là : ces miracles firent le texte du prédicateur, qui monta en chaire, et une sonnerie générale de toutes les cloches les célébra. En 1496 , les Quatre-Ministraux s'adressent solennellement à St-Guillaume et à Notre-Dame de pitié pour obtenir par leur intercession TassistaDce de Dieu dans leur bon droit. Le chanoine Bourckard célébra, en 1498, deux messes solennelles sur l'autel de St-Guillaume, pour amener la protection de Dieu sur le contingent neucfaftteiob envoyé à l'armée de Berne.
Les vieux misseb de la Bibliothèque de Neuchàtel contiennent les formules suivantes des prières que l'on adressait à Dieu par Tintertession de ce saint.
c Dems qui sanciis tmis gloriam imam semper renoms miraculis gloriofis, da mokis graciam tmmm wuritis, et precibus beati Willermi comiessoris lui propicims adspici , ml ejms pio presidio circumfulti, ftrafaM sime fme leîiiimwt proseqmamèmr. »
« Smstipimi clememiîm Ima , domime, de manibus nostris munus olh Imlmwè, ml /ler kmjms samclûm confessons lui Willermi prœsentiam et oraliones , ab ommibms mmmdel peecatis divina libantes misteria , d(h mime , f m<p in honore kmjms smncii confessoris lui Willermi , cujut prttsfniimm rtnermmmr, tmœ obimlimms majeslali: prœsia nos utper M frenimm m^remmmr peccmtormm et celeslis graliœ donis reficiamur,^
m (hrmms per inlercessiomem bealissime rirginis Marie et per merilm appos^lolormm tmormm Peiri ei Pamli el beali Willermi , et mnimm s^nclormm el stûincimrmm dei descendûi pax et benedicio domini smper nos, smf»r rillmm mosiram, smper tineas et omnes fines et (tuetms terre et wktnemi semper. Jm momine Patris et Filii et Spiritvs samncti. Aswti. »
Voici la traduction libre de ces trois prières :
(( 0 Dieu, qui renouvelles sans cesse ta gloire à tes saints par de glorieux miracles, donne-nous ta grâce et nous regarde plus favorablement par les mérites et les prières de ton confesseur, le bienheureux Guillaume, afin que, entourés de son pieux secours, nous passions une vie heureuse et sans fin. »
((Que ta clémence, Seigneur, reçoive le service que nos mains t'ont offert , afin que par la sainte présence et les prières de ton confesseur Guillaume, il nous purifie de tous les péchés. Nous qui célébrons les divins mystères , ô Seigneur, que nous avons offert à ta majesté en honorant ton saint confesseur Guillaume, dont nous révérons la présence , fais que par eux nous obtenions le pardon de nos péchés et que nous soyons restaurés des dons de la grâce céleste. »
(( Nous prions par l'intercession de la bienheureuse vierge Marie, par les mérites de tes apôtres Pierre et Paul, du bienheureux Guillaume et de tous les saints et saintes, que la paix et la bénédiction du Seigneur descendent et demeurent à toujours sur nous, sur notre ville , sur les vignes et sur tous les champs et les fruits de la terre. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen. »
Il semble qu'un homme aussi vénéré aurait dû obtenir un monument funèbre plus remarquable que les autres; mais, peut-être par l'effet de son humilité , l'on ignore où il fut enseveli. La tradition lui donnait pour tombe une pierre taillée , ornée d'une seule croix, devant la porte à l'occident de celle du chœur; et à peu de distance sur la même ligne , plus rapprochée du chœur , une autre pierre brute au second Guillaume^ qui trois cents ans après lui changea la règle que le premier avait établie dans l'église de Neuchàtel. Quelqu'ait été le lieu de sa tombe, il fut exhumé à une époque inconnue, car en 14i9, Etienne, évêque de Marseille , commissaire délégué par Georges de Saluées , évêque et comte de Lausanne , fait placer sur un autel de la chapelle du château de Neuchâtel des ossements de St-Guillaume et des onze mille vierges, et accorde des indulgences à tous ceux qui visiteront le dit autel à certains jours fixés. En 4472 , à la demande du prévôt et des chanoines du chapitre de Neuchàtel , les syndics de la sainte église de Lausanne, (le siège épiscopal étant vacant ) en considération des miracles opérés
438 SAINT-GUILLAnME.
par le corps de Sl-Guillaume, accordèrent quarante jours d'indulgences dans l'année, à tous ceux qui par dévotion pour le dit saint, assisteraient au service fait pour sa fête, aux processions en son honneur, aux sermons, etc.
La réformation fit cesser le culte de St-^uillaume, et en 1S43 ses reliques furent déposées dans le trésor du château. Dès lors sa mémoire ne s'était plus conservée que dans la tête de quelques érudits, lorsqu'en 1841, M. le professeur Matile le remit au jour d'une manière assez singulière. Se trouvant à Sion , il fit une visite au château de Tourbillon , édifice ruiné en 1 788 par un incendie , et découvrit dans une chapelle une fresque, dont l'étal de bonne conservation le frappa d'autant plus que toutes les autres étaient plus ou moins endommagées , soit par les intempéries de l'air , soit plus encore par la main de l'homme et le séjour des moutons et des chèvres , seuls animaux qui puissent arriver sur œ cône de rochers élevés. Cette fresque était à huit pieds au-dessus du sol dans l'angle S. E. et placée entre une fenêtre et l'arceau gothique de la voûte. On ne voyait de œ saint que la partie supérieure jusqu'aux genoui. Jkl. Matile enleva de la muraille les pierres adossées contre elle et qui empêchaient de voir la totalité du dessin , et quelle ne fut pas sa surprise de lire dans un cartoudie en volute, placé aux pieds du saint, cette légende : Sanclus Wilhermus de Anglia, prepasitus eccksie iVorî Caslri.
La présence du portrait de St-Guillaume dans une chapelle du Valais était une espèce de mystère , qu'un document découvert récemment est venu éclaircir. La chapelle du château de Tourbillon, ayant été réparée en 1447, l'évêque de Sion , Guillaume vi de Rarogne, par un acte de consécration, la dédie â St-Georges, martyr , â St-Gras évéque et à St -Guillaume, confesseur et prévôt de Neuchâtel, et ordonne que chaque année, le 3 octobre, on fasse Tanniversaire de cette dédicace.
Lors de sa première visite , M. Matile avait fait un croquis de la fresque de Sion , qu'il rapporta à Neuchâtel. En 1844, s'étant de nouveau rendu en Valais , il eut la chance de retrouver le portrait tie St-Guillaume encore en bon état; il se hâta d'en faire prendrek calque, sur lequel la Société d'émulation patriotique fit faire, eo 1857 , le tableau qui se trouve dans la bibliothèque de Neuchâtel.
Depuis lors ce tableau a été reproduit sur un vitrail de Véglise du Cerneui-Péquignot.
Soaroet. Mémoire tur l'égliM collégiale et le chapitre de Neuchâtel, par J.- F. de Chambrier. ~ Natile, Mtuée historique, t. III. — Description de la mairie de Neuchâtel, par S. de Chambrier.— Manuscrits de la bibliothèque de Neuchàtel. — Renseignements fournis par M. l'abbé Jeunet, curé du Cerneux-Péquignot.