III. Deux sermons sur la mort. Neuchâtel 4828, in
lY. Sermon sur les devoirs envers Dieu et envers le roi , prêché à Neuchâtel le 3 août 1834, jour anniversaire de la naissance du roi. Neuchâtel 1834, in-S*, 39 p.
V. Sermofidtf Jti6i/é, prêché à Neuchâtel le 31 octobre 1830. NeuchâteH830, in-8*f 46 p. et 2 notes.
YI. Discours prononcé au château, le l' janvier 4831. Neuchâtel 4831, in-8».
Y1I. Sermons, prêches à Berlin dans le temple de la Frederichsstadt. Neuchâtel 4833, in-8*.
YIII. OMcolirs, prononcé dans le Temple-neuf de Neuchâtel le lundi 47 août 4835, à l'occasion de l'inauguration du Gymnase. Neuchâtel 4835, in-8*.
IX. De l'Unité en philosophie, dissertation lue le 3 novembre 4842, à la séance d'ouverture des cours de Tac^démie de Neuchâtel. Neuchâtel, in-8*, 44 p.
X. Récit du séjour du roi et de la reine de Prusse dans leur principauté de Neuchâtel et Falangin, Neuchâtel 4842, in-4S 28 p.
Inséré également dans VÀlmanach de lieuchâtel de 4842.
XI. Fers pour Varrivée du roi, en 4842 , avec la musique. Neuchâtel 4842, une feuille in-4«
XII. Discours pour l'inauguration du cimetière de Ffeuchâtel, en 4844. Neuchâtel, août 4844, in-8«.
XIII. Quelqueê mois sur la loi eeclésiastique» Neuchâtel ia49,iii-a«.
U8 GUINÂND.
xnr. Âéreue et MM pmtUmrrmmrkrrf m m panmt. Heoch&ld, 94 janTler 1849, iii-8% 7 p.
tel 1853, în-8%20p.
XTI. SimpU réeil dm mmmfrmge mrrhé ntr le Imeéê Hrmthàiei , en i8S3, par un téBoin ocoUire. ?(eiicfcâlcl I8S3, »-•*, IC p.
xriL IfeuekàlH'PriÊteifmmU H ^femeàHH-méptÊkUfm. Kcochâtei 18»- 1854 , 1 TOI. iD-8% 298 p.
Savante et consoenciciise êlade smr rêtal ém eaBloa de !leiichitel aTant et après la révoliitHHi de 1848. Oa fira to^ieia arec iBlcrét ce ToImBe, dans lequel les principes foMtaacataBX ém beahcar des pciilti saat exposés et discutés arec ane rare iapartialilé.
X>lll. Varaigmèe ti m eàcsar. Trais articies ialéressants publiés dans les tones IX et X de la Be^me saûsr.
XIX. U rr/ÎHK dus le peys dr Jfcacàélef , iaqwîMdaBS le bollelln de la Société de Thistoire du prolC!«lantisae frwçais; m, CiO ; IT« 153 ; LX, 465.
.XX. L'artide OtierwmU da» U Riofiapfcie aurerseOe de Micbaud , et an grand noabre de petits opsscsies dans le gfiwftr kmiUmXf et antres recoeils.
X.XI. Mo^rapAie ée J-F. CMcrwafd^wcrée dams le Disciple de Jésus-Christ, 1846, L TU.
(. 5otts avons rédifê celle notice d^près la ft'afrnpfcic de M. CmUleberî^ qui a para dans le Matmger kmitimx dcJffcàéfci,-— IJe Jemrmml re/iytewr dmcamiom de Stmeàmlei y I8j«în I8«K p. ±19-225;— leJrc«cAdleloisda9iial I86l,n*56:— La Presse, 4 janvier I8C2;— elle «mMtldf èMiograpkie wen- \ mtss. par r.-A.-M.
PAUL-LOUIS GUINAND.
Oo peul dire eo toute vérité, que rartisle distiogué qui va faire Tobjet de cette biographie , n'a dû qu'à lui-nnéiiie tout son développement : et per>onne ne peut mieux rappeler que lui oe qu'un auteur a jadis remarqué à rcccaston du célèbre astronome Herscbelli que )e$ faits sont favorables à Fopînion qui admet que chaque individu nait investi de certaines dispositions naturelles à une vocation déterminée : car il ne parait pas que les eirconstances dans lesquelles P-L. Guinand s*est trouvé, eussent dû l'engager à entrer dans la oarrièrv qull a paivourue avec tant de succès , s*il n*y eût d'ailleurs été entraîné par une disposition particulière.
U y a près d*un siècle que œt homme de génie, mort octogénaire au\ Bnmets, le IS fiKrier iSiJk » habitaii un hameau iwàlé dans les Monti^gnes du cswta de NeMhftIel, nommé la Gorbatièni
GUINAND. 449
où il naquit en 4748. Appelé bien jeune par la nécessité à aider son père dans la profession de menuisier , il reçut à peine les premiers éléments de Tinstruction la plus élémentaire. A Tàge de quatorze ans, il se fit ébéniste et s'occupa principalement à fabriquer des cabinets de pendule. Le jeune Guinand s'était lié à celte époque avec un fabricant de boucles, qui demeurait dans le voisinage de son habitation , et il apprit de lui à fondre et à travailler divers métaux; cette connaissance le mit en état, à Tâge de vingt ans, et après avoir vu faire une seule boîte de montre, d'essayer d'en fabriquer : il y réussit et embrassa la profession , alors fructueuse, de monteur de boîtes; il l'abandonna dans la suite pour prendre celle plus lucrative encore de fabricant de timbres pour les montres à répétition.
Faisant des cabinets de pendule pour Jaquel-Droz, il eut l'occasion de voir chez ce célèbre mécanicien un très-beau télescope anglais et à miroir, qui excita vivement sa curiosité et son intérêt. Ces instruments étaient alors fort rares dans notre pays et surtout dans les Montagnes. Guinand était âgé à cette époque de vingt à vingtdeux ans; et on ne peut douter que ce ne soit cette circonstance, assez indifférente en elle-même, qui l'ait engagé à faire ses premiers essais dans un genre de travail auquel, encouragé par la réussite, il s'est livré ensuite avec persévérance.
Quoiqu'il en soit, Guinand ayant manifesté le désir de pouvoir démonter le télescope de Jaquel-Droz, afin de l'examiner en détail, celui-ci, qui avait sans doute remarqué l'adresse du jeune homme, eut la complaisance d'accéder à son désir, le rassura sur la crainte qu'il lui manifesta de ne pouvoir peut-être le remonter, se chargeant lui-même d'y pourvoir, au cas qu'il n'en vînt pas à bout. Guinand démonte l'instrument, en prend exactement les dimensions, ainsi que les courbures des miroirs et des verres, et enfin le remonte facilement r puis, mettant à profit ses petites connaissances métallurgiques et l'expérience qu'il avait acquise en fondant des ornements pour les pendules , il essaie d'en construire un semblable. Le second essai qu'il fil lui réussit si bien, que dans une étude comparative de son instrument avec celui qui lui avait servi de modèle, faite par un grand nombre de personnes, on ne put décider auquel on devait donner la préférence.
4S0 6UINAND.
Jaquet-Droz, surpris de ce succès, deroauda au jeune homme quel traité d'optique l'avait dirigé dans son travail; mais il fut plus étonné encore lorsque l'artiste lui répondit qu'il n'en connaissait aucun: il lui en remit un entre les mains, et ce fut alors que Guinand étudia ou plutôt déchiffra, car il lisait à peine, les principes de celte science.
A la même époque il sut mettre X profit une autre circonstance, aussi indifférente en elle-même que la première. Sa vue étant mauvaise, lorsqu'il embrassa la profession de monteur de boites, qui exigeait des soins minutieux, il ne fut plus satisfait des besicles dont il s'était servi jusqu'alors ; ne pouvant en trouver qui le oonteiitassent , il essaya d'en fabriquer lui-même et réussit si bien que plusieurs personnes lui en demandèrent et les trouvèrent excellentes. Cette connaissance lui fut très-utile pour construire les lentilles de ses télescopes , ainsi que pour Caire des lunettes à longue vue,' dans la construction desquelles il excella ; il s'amusa à en fabriquer un grand tiombre qu'il montait lui-même, ordinairement en carton. II étudia d'ailleurs le petit nombre d'ouvrages traitant d'objets relatifs à Toptique qu'il put se procurer.
Cependant l'ingénieuse et importante découverte des lunettes achn^matiques commençait alors à se répandre, ayant pénétré jusqu*ioi, elle dut naturellement l)eaucoup intéresser Guinand, qui écoutait avec avidité tout ce qu'il enteodait sur ce sujet. Jaquet- Droi $*étant procura une de ces nouvelles lunettes , permit encore au jeune industriel de la démonter et de dériver les verres de l'objectif, se chargeant du soin de la faire reconstruire dans le cas où il ne le p^^urraît pas. Le but de Guinand était , comme on le compn^nd , d^essayer de c»nstruir\^ lui-même une pareille lunette; mab ici il fut airxHé par la difficulté de se procurer des verres de différ^Uos rt^fraotiiHis. Ce ne fut que quelques années plus tard, qu'une de ses c^Mwaissanofs, M. Recordoo , aj-ant passé en Angleterre, où il a i^btenu un bœvet d^invention pour b fabrication des montres à $^\His^:os « lui rappi>rta de of pax^s du ffint-glass ; et quoique œ \Trrv fut. i\>nime on s^t qu*il Test d^ordinaire, exirêmement filan* div. il (v»r\înl c^ifiexidânt en remployant , à faire d'assez bonnes lun^tos aohr\^matiqQes. Ay^wit oMenu à diverses reprises des morctNaux de \v xYO^ . et ayant vu d^aulrcs lunettes que odle de Ja-
GUINAND. 481
quet-Droz, il remarqua facilement que le flint-glass qui n'est pas très-défectueux estcxtraordinairement rare. Convaincu derimpossibililé de s'en procurer tel qu'il désirait vivement d'en avoir pour la construction de ses lunettes, et d'ailleurs assez familiarisé par ses divers genres de travaux avec l'art de fondre, il fondit dans son fourneau à vent les rebuts de son flint-glass. Il n'en obtint rien de satisfaisant; toutefois il découvrit par quelques particules de plomb, qui reparurent dans la fusion , que œ métal entrait dans la composition de cette espèce de verre. Guinand pouvait avoir trente-cinq ans lorsqu'il fil cette première épreuve. L'ardent désir qu'il avait d'avoir du flint-glass , l'engagea alors à étudier dans les divers ouvrages qu'il put se procurer, les notions de chimie qui pouvaient lui être utiles dans ses essais de vitrification ; et pendant six à sept ans (de 1784 à 1790), il employa une partie de ses soirées h faire des essais variés, en fondant chaque fois dans son fourneau à vent trois ou quatre livres de verre. Il avait soin , à chaque épreuve, de noter les doses et les matières de ses compositions, le temps de leur fusion et autant que possible le degré de chaleur auquel il les avait soumises; puis examinant attentivement le résultat de ses expériences , il cherchait à trouver la cause de la défectuosité do ses produits, afin d'y obvier dans un essai suivant.
Pendant que Guinand s'occupait de ces recherches, il fut fortement encouragé à les poursuivre par les prix qu'on lui dit avoir été proposés à ce sujet par diverses académies vi spécialement par celle de Londres, dont on lui procura le programme. Plus lard il apprit aussi d'une manière plus positive la presque impossibilité où l'on était de se procurer du flint-glass exempt de stries: tout cela lui fit sentir l'importance de la découverte qu'il cherchait, et l'excita à la poursuivre. Mais, disait-il, tous ces essais faits trop en petit furent infructueux.
A l'âge de quarante ans, ayant quitté son état de monteur de boites pour prendre celui de fabricant de timbres, très-lucratif alors, puisqu'il parvenait à gagner jusqu'à deux louis par jour, il résolut de faire ses essais plus en grand. En conséquence, ayant acheté un terrain dans un lieu retiré sur les bords du Doubs, près des Brenets, il y construisit de ses propres mains un fourneau, dans lequel on pouvait fondre à la fois environ deux quintaux de verre;
452 GUINAND.
et, vivant lui et sa famille avec la plus grande économie, il consacra tout son gain et tout son loisir à de nouveaux et dispendieux essais.
Avant de réussir à obtenir seulement du verre , la persévérance de Guinand eut à surmonter des contre-temps, qui auraient probablement dégoûté de cette recherche la plupart de ceux qui Tauraient tentée. Tantôt son fourneau, qu'il n*a pas su construire avec toutes les précautions convenables, menace de s'écrouler en s'échauffant, et il est obligé de le reconstruire avec des matériaux qu'il fait venir de l'étranger à grands frais ; tantôt ce n'est qu'après avoir passé plusieurs jours à le chauffer et y avoir consacré beaucoup de bois et de temps , qu'il remarque un défaut essentiel dans sa construction, qui l'oblige à suspendre sa fonte; tantôt encore ses creusets, qu'il a fait venir de l'Allemagne ou qu'il a construits lui-même, se fendent sans qu'il puisse en deviner la cause, et sa matière vitreuse coule dans les cendres et se perd. Entre ses essais , il est toujours obligé de mettre un intervalle plus ou moins long, afin de gagner pour s'entretenir, acheter du bois et les matériaux nécessaires pour son fourneau, ses creusets et son verre. Ces tentatives infructueuses le décourageaient par moments ; mais dans d'autres aussi elles l'excitaient tellement qu'il en perdait le repos et méditait jour et nuit sur les causes probables des accidents qu'il avait éprouvés, et sur les moyens d'y obvier. Enfin cependant il obtint un culot ou masse de verre d'environ deux quintaux. Ayant scié ce culot verticalement, il polit Tune de ses sections, afin d'examiner ce qui avait lieu pendant la fusion, et voici ce qu'il observa: Il y avait à la surface supérieure de la matière vitreuse, beaucoup de petites demisphères, qui avaient l'apparence de gouttes d'eau et qui se terminaient par un fil ou un petit cylindre plus ou moins long, à l'extrémité duquel était encore un petit renflement sphérique. Cette apparence provenait de ce que ces gouttes et ces fils étaient formés d'un verre plus dense que le reste de la masse. D'un autre côté, il s'élevait au fond du creuset d'autres cylindres ou tuyaux, aussi terminés à leur extrémité par une espèce de tète ou renflement; ils avaient une apparence creuse , parce qu'ils étaient formés d'une malièro moins dense que le reste du verre; enfin, on voyait çà el là (les »Mains, suivis d'une petite traînée de verre aussi moins dense
GUINAND. 453
que le reste de la masse, dans laquelle ils flottaient et qu'il a nommés , & cause de leur apparence, des comètes.
Guinand expliquait ce fait de la manière suivante: Ayant vu souvent avec le microscope, sur la surface de son verre, de petits globules de plomb, il suppose que par une cause quelconque quelques particules du plomb qui compose sa matière vitreuse, s'en séparent et paraissent à la surface dans leur état métallique; que là, s'oxidant de nouveau par le contact de l'air, ou se récalcinant après être ressuscitées , pour employer ses expressions , elles se combinent avec la matière vitreuse sur laquelle elles reposent, et forment ainsi , à la place où elles se trouvent , ce verre d'une densité plus grande, qui paraît à la surface sous la forme de gouttes. La pesanteur spécifique de ce verre l'entraîne au fond du creuset; mais en descendant plus ou moins lentement, selon la température du fourneau , il laisse en passant une traînée qui donne lieu à ces fils de verre d'une réfraction plus forte. Arrivée au fond, cette matière vitreuse, en quelque sorte saturée de minium, étant un puissant fondant , elle attaque la matière du creuset et forme avec elle une pâte vitreuse , d'une densité moindre que la masse, qui d'ailleurs attaque aussi elle-même « quoique faiblement , les parois du creuset. Cette nouvelle pâte s'élevanl en conséquence de sa légèreté spécifique, donne lieu à ces tuyaux ou cylindres, formés d'un verre d'une réfraction plus faible que celle du reste de la masse. Enfin, lorsque ce fondant, en dissolvant la matière du creuset et surtout celle du fond, en a isolé un grain de sable ou de terre cuite, ce grain , à moitié fondu , s'élève et nage dans la masse d'une manière oblique, parce que, agglutiné à une partie de la matière vitreuse qu'il a produite, il n'est pas sollicité sous tous ses points à s'élever avec une force égale.
Quoi qu'on pense de cette explication , le fait qui cause originairement la non-homogénilé du verre ôe forte réfraction une fois reconnu, il s'agissait d'y remédier, et c'est surtout ici que P-L. Guinand eut de grands obstacles à surmonter; tellement, dit-il, que les sacrifices et les travaux qu'il fit antérieurement à cetle épreuve sont très-peu considérables, comparativement à ceux qu'il fit ensuite pour faire disparaître ces divers défauts et rendre son verre homogène.
484 GUINAND.
Après des luttes et des épreuves de tout genre , cet homme iufotigable eut enfin le bonheur d'obtenir du verre qui avait des parties parfaitement homogènes et complètement exemptes de ces stries ou filandres qu'il est si rare de ne pas rencontrer dans le flint-glass. Il réfléchit profondément sur les diverses circonstances qui dans cet essai avaient pu lui procurer un aussi heureux résultat. Dans des essais subséquents , il obtint des masses de verre qui avaient des parties plus considérables de matière homogène ; et il en vint au point d'être sur, dans des fontes de verre de deux à quatre quintaux, d'obtenir au moins la moitié de ce verre parfaitement pur et par conséquent propre à l'optique.
Un très-habile artiste qui visita Guinand, en 4822, s'exprime de la manière suivante sur la perfection des derniers travaux de cet homme de génie : « Dans ma dernière visite à cet artiste distingué, j'ai tenu un disque de verre de la plus grande homogénité , de l'épaisseur de quinze à seize lignes et du diamètre de douze pouces et six lignes ; j'ai pu lire au travers de tout ce diamètre une fine écriture, sans que le papier parut sensiblement moins blanc, dans la partie que couvrait cette épaisseur de verre de plus d'un pied, tant cette matière est pure et transparente! Ce beau disque est maintenant en route , destiné à M. Cauchoix à Paris, pour le prix de 7000 francs. On parle d*en fabriquer un de deux pieds de diamètre: son prix s'élèverait de ih à 25»000 francs. »
Dans la visite que S. M. le roi de France fit, en 1823, à l'eiposition des produits de l'industrie, il s'arrêta devant la lunette à grande ouverture, présentée par II. Cauchoix; et après avoir fait compliment à Tartiste sur la beauté de cet instrument, le roi lui demanda qui lui avait fourni le verre pour le grand objectif achromatique? Le fils de Guinand, qui était présent, prit la parole: — «Sire, c'est mon père, qui est Neuchàtelois. — Hé bien ! qu'il vienne à Paris.— 11 est malheureusement incommodé. — Qu'il fasse de petites journées et qu*il vienne à mes frais», répondit le roi avec une bonté touchante.
Li^rsque Guinand eut iibtenu ses premiers culots renfermanl quelques |Vfirties de bon verre, il le retira d'abord en sciant les culots ai branches horixontales ou perpendiculaires à leur axe ; pub (Kilissant ses branches > il choîstssaît les parties qui pouvaient lui
GUINAND. 485
servir, ci refondit les autres; mais indépendamment de la longueur de ce travail et de la perte de la matière enlevée par l'opération de la scie , ce procédé avait le grand inconvénient de ne pas couper les plus belles parties de son verre de la manière la plus propre à obtenir des disques aussi grands que possible : souvent les parties les plus homogènes se trouvaient ainsi coupées en plusieurs branches ; un heureux accident dont il sut profiter avec son adresse ordinaire,. le mit sur la voie d*un procédé plus simple et plus propre à atteindre son but.
Faisant un jour transporter sur un brancard l'une de ces masses de verre jusqu'à une petite scie à eau qu'il avait établie au Saut-du- DoubSy à une demi-lieue de son habitation, cette masse échappa à ceux qui la portaient et, roulant au bas d'une pente raide et rocail- Jeuse, elle se brisa en plusieurs morceaux. Guinand fut d'abord affligé de ce contre-temps ; mais ayant encore enlevé à ces morceaux tout le verre qui ne lui paraissait pas parfaitement homogène, il essaya de les ramollir dans des moules circulaires qui , en se refroidissant, lui donnèrent des disques qu'on pouvait de suite mettre en travail. Dès lôrs Guinand s'en est tenu à ce procédé; il a trouvé le moyen de fendre son verre à mesure qu'il se refroidissait, et ordinairement les cassures suivaient les parties les plus défectueuses. Od a vu souvent dans son atelier des morceaux de verre brut, du poids de quarante à cinquante livres, d'une transparence et d'une homogénité parfaites; lorsqu'ils avaient des défauts, il les enlevait encore en les fendant avec des coins ; puis il les ramollissait dans des moules, qui leur donnaient la forme de disques; ayant ordinairement le soin de laisser dépasser un peu de verre sur l'un des points du bord, afin que les opticiens qui les travaillaient pussent employer ce verre à faire un prisme qui leur donnât la mesure de la force réfractive de celui du disque^ sans qu'il fût nécessaire de l'entamer, car la réfraction du verre de Guinand variait à chaque fonte; comme aussi celui d'une même fonte était tellement homo gène, que la force réfractive de deux morceaux pris indifléremment. l'un au haut, l'autre au bas du creuset, était absolument la même. Cette manière de fabriquer le verre, d'abord en morceaux bruts et informes, et ensuite de les ramollir en disques, rendait le procédé
456 GUINAND.
de Guinand absolument différent de celui des autres opticiens, qui coulent ou soufflent leurs matières.
Lorsque les disques ainsi obtenus par un premier ramollissage avaient encore des défauts, ce qui arrivait assez ordinairement, surtout dans les pièces de grande dimension, Guinand enlevait ces défauts à la roulette ; puis les ramollissant de nouveau , la matière vitreuse s'étendait et remplissait les creux qu'il leur avait faits. Après les avoir polis, s'il remarquait d'autres défauts, il recommençait le même procédé, jusqu'à ce que ces disques fussent aussi parfaits qu'il le désirait. Il est même p<irvenu par ce moyen à souder des morceaux de verre qui n'ont laissé aucune trace de leur séparation : d'abord ces morceaux n'étaient que collés, souvent même il y avait de l'air ou du sable entre les surfaces agglomérées; il creusait alors le long de la ligne du contact une petite raie demi-cylindrique, peu profonde , afin que la matière vitreuse, en se ramollissant« remplit cette raie , non en roulant de ses bords dans le fond, mais en soulevant ce même fond, ce qui rapprochait de l'extérieur du verre les matières étrangères des surfaces agglomérées, tandis qu'une matière \itreuse homogène s'étendait à leur place. En répétant cette opération un nombre de fois suffisant , il assure être parvenu à faire disparaître absolument toute trace de jonction.
En 1798, Guinand fit un voyage à Paris et présenta à plusieurs savants, entre autres à Lalande, plusieurs disques de quatre à six pouces, du verre qu'il obtenait de sesculots en les sciant, n'ayant pas encore imaginé à cette époque de les ramollir. Le célèbre astronome les trouva très-précieux , et ayant demandé à Guinand ce qu'il comptait en faire , celui-ci lui témoigna le désir de les faire travailler on objectifs , afin de s'assurer si le verre qu'il obtenait par le moyen de ses procédés était tel qu*on souhaitait depuis longtemps d'en obtenir. Mais Lalande lui répondit qu'il ne connaissait point d'opticien en état d'entreprendre ce travail ; et apprenant qu'il s'était d'cupé d'optique , il lui cc>nseilla de les travailler lui-même et d'en faire dos lunettes qui prouvassent la bonté de son verre. Guinand suivit 01^ conseil , et tout en faisant des timbres , il mena de fnml, (H^ndant plusieui^ années, la fabrication du verre et le travail des objectifs; il fit dos luDetlcs adiromatiques, dont quelques-unes avaient dos objoctiù^ de quatre à dnq pouces, parfaitement exempts
GUINAND. 457
de filandres, et il acheta aux Brenets, une petite place de moulin, dont il employa le cours d'eau au polissage de son verre. Malgré ses découvertes, il ne voulut jamais cooc^urir pour les prix proposés, parce que le programme exigeait que tout le détail des procédés par lesquels on obtenait le flint-glass pur , fut dévoilé à diverses commissions , avant que de rien prononcer. Il craignait que quelque difficulté ne le privât non-seulement du prix , mais encore du fruit qu'il pouvait légitimement retirer de ses sacrifices, en exerçant une industrie pour laquelle il était sans concurrence.
Quoique le succès obtenu par Guinand n'ait point été publié, cet artiste avait cependant acquis par ses divers travaux , et spécialement par ses lunettes achromatiques, assez de réputation pour être visité par les savants et les amateurs qui voyageaient en Suisse. Ayant fait la connaissance du capitaine Grouner de Berne, employé dans les mines, celui-ci eut Toccasion de parler en Bavière des travaux de Guinand, et peu de temps après, en i804, il lui demanda, de la part du chef du célèbre établissement de Bénédictbeurn, dans une lettre qui exprimait à la fois toute l'estime qu'il avait conçue pour Guinand , et le vif désir qu'il avait de voir sa découverte utilisée, il lui demanda, dis-je, des échantillons de son verre. Bientôt après il quitta sa patrie pour aller travailler dans cette maison, à laquelle il enseigna son art; et ce fut à lui et aux ouvrages qu'il y confectionna qu'elle acquit la réputation qu'elle a conservée jusqu'à ce jour. Il y passa neuf années de sa vie, puis s'en revint aux Brenets avec une chétive pension annuelle qu'on 4ui avait donnée, à condition qu'il renoncerait à ce genre de travail, dans le but de prévenir la concurrence qui aurait pu en résulter. Au bout de quelques années, il renonça à sa pension, afin de se livrer avec une nouvelle ardeur à ses premiers travaux; il fabriqua alors du flintglass et du crown-glass. En i823 , il put enfin monter un disque de plus d'un pied de diamètre et de deux pouces d'épaisseur. On doit le regarder comme le premier qui ait réussi sur le continent à faire du verre non-seulement égal à celui des anglais , mais supérieur par la qualité et par le volume.
Parmi les lunettes que Guinand a faites depuis son retour en Suisse , il en est plusieurs qui sont d'une grandeur et d'un effet remarquables ; et en général la plupart soutiennent la comparaison
488 GUINAND.
avec les travaux les plas parfaits dans ce genre, ce qu'elles doivent surtout à la qualité du verre. Mais ce qu'elles présentent surtout d'unique, c'est d'avoir été construites par un vieillard plus que septuagénaire , qui fabrique lui-même le flint-glass et le crown-glass qu'il emploie à leur construction , après avoir fait de ses propres mains son fourneau à vitrifier et ses creusets; qui , sans aucune connaissance mathématique et sans l'avoir appris de personne, trouve par un procédé, graphique le rapport des courbures qu'il doit donner aux diverses surfaces de ses verres; qui ensuite les travaille et les polit par des moyens qui lui sont propres, et enfin fait lui-même toutes les parties des diverses montures , à tirage ou à pied, fond et tourne les pièces de laiton , soude les tuyaux , travaille le bois et compose les vernis.
Quelques semaines avant la mort de Guinand , le gouvernement français lui avait fait des propositions avantageuses pour obtenir le secret de ses procédés. Quinze mille francs devaient lui être remis immédiatement en échange de ses communications qui seraient livrées à des commissaires, dont le rapport devait être cacheté pendant quinze ans. Guinand aurait également obtenu toutes les facilités désirables pour la translation de son établissement en France. Mais la mort le surprit avant que les négociations fussent terminées.
En parlant de cet homme vraiment extraordinaire, il est impossible de ne pas dire un mot d'un pasteur neucbâtelois qui s'honorait d'être son ami , et qui , pendant de longues années, lui rendit toute espèce de services. Nous voulons parler de feu M. Rêynier, pasteur aux Planchettes. Cet excellent ecclésiastique était grand amateur d'astronomie et, dans la solitude où le retenaient ses fonctions pastorales , il s'était créé les plus douces jouissances. Savant modeste, aux goûts simples, l'étude du ciel et de la nature était sa seule jouissance. On raconte qu'il était lié avec un prêtre catholique du voisinage, sur la rive gauche du Doubs^ qui avait les mêmes goûts que lui : chaque jour les deux amis communiquaient ensemble par des signaux et se parlaient par les yeux au moyen du télescope. Guinand trouva dans M. Reynier un ami précieux, (lui se dévoua à la réussite de ses travaux , lui communiquait les découvertes des savants étrangers, passait des heures entières i lai
expliquer des traités d'optique, le dirigeait de ses conseils, et souvent Taidait de sa bourse. C'est M. Reynicr qui a publié dans la Bibliothèque de Genève, en 1824, la notice consacrée à Guinand et à ses travaux. Il est donc bien juste que son nom soit associé dans l'estime des Neucbàtelois à celui de l'artiste.
L'un des fils de Guinand, établi en France, utilisant les procédés de son père , a fait des disques d'une dimension plus considérable que ceux de Guinand. Ce dernier ne doutait pas qu'en travaillant sur une plus grande échelle , il ne put facilement en faire d'un diamètre du double et du triple de ceux qu'il avait faits précédemment, ce qu'il eût mis à exécution si la mort ne l'eût enlevé à ses travaux. Le Journal des Débals, du 20 novembre 1844, qui signalait cette découverte comme toute française, ignorait probablement que dans un coin obscur du Jura s'étaient accomplis les travaux surprenants dont nous venons de donner une idée. Ajoutons que les beaux disques exposés par M. Daguet à diverses expositions, où ils ont remporté plusieurs médailles , ont été faits d'après les procédés de Guinand , dont le nom mérite d'être transmis à la postérité comme celui d'un inventeur de premier ordre , d'un artiste distingué, d'un honnête homme et d'un vrai Neucbàtelois.
Souroes. Pfoticetur la vie et lettraçaux de Guinand, Biblioth.univers, t.XXV, série: Sciences et artt, — Some account oflhe late M. Guinand and the important diseovery mode by him, etc. London 4825. La première de ces notices est de M. Reynier, l'autre deN. le colonel C-P. deBosset.— Philoiophical magazine^ mai 1826. — Meuager boiteux de Neuchâtel, 4825, t829.— Bibliothèque univerielle, t. XXXII , p. 244-251. — Les Cltantt ra/an(]r<tiots contiennent aussi quelques pages sur Guinand , etc. etc.
Famille bourgeoise de Neucbàtel , originaire du Yal-de-Ruz. On serait tenté de croire qu'il y a eu deux familles de ce nom , car on trouve dans le xv* siècle et au commencement du xvi«, les individus de cette famille, portant le nom de Guy diV Haudanger, et à la fin du XVI® siècle , ils prennent souvent le nom de Clerc dit Guy, Cette singularité est difficile à expliquer. Un acte allemand de l'an io53, contracté à Bàle par Claude Schuller dit Guy, porte les ar-
mes de la famille Guy^ et ce qui est aussi bizarre, c'est que dans le testament de Jacques de Guy-Haudauger , officier-général au service de France , il ordonne que Jean-Henri , son petit-neveu et son héritier, portera son surnom avec ses armes.
I. Pierre Guy dit Haudanger, le premier de cette famille que Ton connaisse , était membre du petit-conseil de la ville de Neuch&tel, suivant un acte de l'an 1470, où il se trouve avec son surnom. De son épouse , dont on ignore le nom , il eut pour fille Jaquette , femme de Guillaume Merveilleux , banneret de Neucbàtel en 1 520, et pour fils :
1^ Claude Guy, qui suit;
2° François Clerc dit Guy , conseiller d'Etat et procureur-général de Neucbàtel en 1S65, qui épousa Jeanne Barillier, fille de Jean, conseiller d'Etat et commissaire-général du comté de Neucbàtel, dont les enfants sont inconnus;
3^ Emard Guy , capitaine d'une compagnie de 400 bommes au service de France, tué en iS76, à l'armée du prince de Gondé , au siège de St-Yénin-des-Bois« sans avoir été marié.
II. Claude Clerc dit Guy, maire de Neucbàtel , était mort en iS84, ayant épousé Freni Paris, de laquelle il laissa deux fils:
^o Pierre Clerc dit Guy, qui suit;
2*^ Jean Clerc dit Guy, cbef de la seconde brancbe.
III. Pierre Clerc dit Guy, du conseil de ville à Neucbàtel en 1585 , fut colonel au service de France en 1590 , et tué au siège d'Autun en I59I . Il avait épousé Françoise, fille de N. Wuillemier, capitaine au service de France, qui se remaria en secondes noces avec Jacques de Charobrier, gentilhomme de la Cbambre de Henri n de Longueville. Pierre Guy eut pour enfants:
l^ Abram LeClerc dit Guy, qui suit;
2° Jean Guy, capitaine dans le régiment de Diesbacb, au service de France en 1626, puis conseiller d'Etat et maire de Valangin.
30 Pierre Guy, capitaine dans le régiment d'Estavayé-Mollondio, au service de France en 1639, et ensuite conseiller d'Etat et procureur-général de Neucbàtel. Il avait été anobli par Louis xiv, en récompense de sa bravoure et de ses services. On ignoie s'il a été marié.