‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 2)Chapitre 67 sur 97 · CAT 56T · texte numérisé non relu

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tien. On ignore ce que Caius fit dans le conrs de son pontificat. On croit qu'il ordonna que les clercs passeraient par les sept ordres avant d'être sacrés évêqnes. Quoiqu'il n'ait point souffert le martyre, ses dangers et ses souffrances l'ont fait admettre au nombre des saints. V— ve.

CAICS, savant auteur ecclésiastique, vivait au commencement du 3* siècle, et fut disciple de St.' Irénée, ce qui porte à croire qu'il était né dans la Gaule. Il se retira à Rome, et fut agrégé au clergé de cette Église, sous le pontificat de Victor et de Zéphyrin, et ordonné ére'que des nations, vers l'an 210. {jour aller prêcher la foi dans les pays barbares, sans être attaché à aucun lien particulier. Caïus est surtout célèbre par une conférence qu'il eut à Rome avec Procle ou Procule, l'un des chefs des montanistes. Eusèbe nous a conservé des fragments précieux de la relation qu'il en avait écrite en forme de dialogue. C'est le premier auteur connu qui ait combattu le millénarisme, en écrivant contre Cérinthe. On lui attribue divers ouvrages contre Alcinoûs, où il prouve que la nation juive est beaucoup plus ancienne que celle des Grecs; contre Artémon, en faveur de la divinité de Jésus-Christ, etc. Eusèbe, St. Jérôme, Théodorct, Photius, nous ont conservé quelques fragments de ses traités. A la manière dont les anciens en parlent, on doit en regretter la perte. Parmi ces ouvrages, il y en avait un que Photius intitule le Lirre de l'univers, où l'auteur faisait nn magnifique éloge de Jésus-Christ. Comme certains critiques attribuaient le livre a Josèphe, on a voulu conclure de celte notion vague qu'Eusébe en avait extrait le passage sur Jésus-Christ, qu'il cite d'après les A ntiquitale* Judaiea. D — T.

CAICS, KEY, ou KAYE (Jean) médecin anglais, naquit à Norvvich en 1510. Il fit ses études médicales à Cambridge, où il était élève en 1529 : il y fut reçu bachelier et maître ès-arts, et même nommé membre du collège de celte ville en 1555. S'étant déterminé à voyager pour compléter son instruction, en 1559, il parut pour l'Italie, séjourna longtemps à Padoue, où il écouta les leçons de Montanus, et y fut reçu docteur en 1541. De retour en Angleterre, en 1544, il s'acquit une telle réputation, qu'il fut successivement premier médecin d'Edouard Yl et des reines Marie et Elisabeth. H servit a la fois les sciences el la médecine par sa fortune et ses travaux. Il fonda en effet, a Cambridge, un collège portant son nom, et propre à recevoir vingt-trois étudiants; d'autre part, il découvrit plu» sieurs manuscrits inconnus des ouvrages d'Hipuocrate et de Galien, savoir : le premier livre de Detretis Hippoeralis el Platonis; le livre d'Hippocrale, de Pharmacis ; et des fragments du 7' livre de Galien, de Vsu parlium, et du livre de Plisanna. 11 a donné quelques éditions des ouvrages de ces princes de la médecine, ainsi que des ouvrages de son maître Montanus, savoir : I" de Melhodo medendi ex Cl. Galeni Pergameni , et Jornnis Baptista Montant Teronensis ptindpum medicorum senlcntia libri duo. Baie, 1544, in-8»; ibid, 1558, in-8", avec différents opuscules de Montanus. 2« Cl. Galeux Pergameni

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Libri aliquot graei, partim haclenusnon viti, parlim a mendit repurgali, annotalionibutque \Uu$lrali, Baie, 4544, in-8" ; 4574, in-4°. Enfin il a aussi donné quelques ouvrages de sa composition : 4 * Opéra aliquot et versionts, tidelicet : de Meihodo medendi, libri duo; de Ephemera Britannica, liber unut; Vertio librorum Galeni; de Ordine librorum tuo— rum ; de Ratione victut secundum Hippocralem in morbit aculit ; de Placilit Hippocratis et Platonit, Louvain. 4556, in-8°. 2° De Anliquitate Cantabrigiensit academiw libri duo, Londres, 4568, in-H", et 4574, in-4«. 3* Historiœ Cantabrigiensis academia ab urbe ccmdita liber primus, Londres, 4574, in-4", ouvrage différent du précédent, mais qui lui est réuni dans celte édition. On peut, sur tous les deux, consulter la Bibliothèque curieuse de David Clément. 4° De Libris propriit liber unut, in quo tinguhrum rationem reddil; de Canibut Brilannicit, liber unut, 4570 ( Pennant l'a inséré dans sa Zoologie britannique ) ; de Itariorum animalium et tlirpium llistoria, liber unut, Londres, 4570, in-4°; 4721, in-4*; ibid., 4729, in-12; c'est le titre de cette dernière édition que nous avons rapporté. Son traité de la suctte anglaise, de Ephemera Britannica, fut aussi imprimé sé|wrément en 4721 , à Londres, in-8» ; c'est même la meilleure édition ; la description de cette maladie y est fort exacte. Chauffepié ( dans son Dictionnaire) donne la liste des ouvrages de Laïus ]| mourut en 1573. Sur le monument qu'on lui éleva dans la clia|telle du collège de Kaye, à Cambridge, on mil cette épitaphe laconique : Fui Caiut. ( Voy. les Mémoires du P. Niceron, t. 41 et 12.) — Un autre Jean Cuis, également Anglais, et né dans une époque un peu antérieure, a donné, enlre autres ouvrages, une traduction du latin de YHistoirc du tièqe de Vile de Rhodes . dédiée à Edouard IV, dont il était poète lauréat. C. et A — N.

CAILS (Thomas ), théologien, né dans le comté de Lincoln, et élevé a Oxford, mort en 4572, dans le collège de l'université, dont il avait été nommé principal en I56I, a donné : 4" Attertio antiquitatis Oxonientit academiœ, 4566. C'est pour répondre à cet ouvrage que Jean Caïus publia sur l'antiquité de l'université de Cambridge les deux traités indiqués n«>» 2 et 3 de son article. 2° La traduction en anglais de la Paraphrate sur St. Marc, par Erasme. S" La traduction du grec en latin du livre d'Aristote, de Mirabilibut mundi ; celle des tragédies d'Euripide, du Nicoelèt d'isocrate, etc. 4° Les sermons de Longland, évéque de Lincoln, traduit de l'anglais en latin. C. et A— n.

CAIIJS (BERN.vnDLN), médecin vénitien du 47* siècle, a publié : 4° de Veticantium Utu, Venise, 4606, in-4» ; 2° de Sanguinit Effutione, 4607 ; 3° de Alimeniit, 4008 et 4610, in-4». Z — o.

CAJADO (Hebmicls, ou plutôt Henri, suivant Erasme), pofte latin, fils d'Alvarez Cajado, naquit en Portugal vers le milieu du 46* siècle. 11 étudia d'abord la jurisprudence, d'après la volonté exprimée par le roi Jean, ou Emmanuel, son successeur, et sous la direction de Nonius Cajado, son parent ; mais il joignit à l'étude des lois celle des auteurs

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classiques, et il parait que les muses l'occupèrent plus que le droit. Il adressa ces beaux versa Nonius

Cajado :

Legibus incumbo, Nonl, tua jtusa secutus ;

Namque jubere potes, et paler et Domlnus. Ingeotum, musas, viUm libi debeo; Caesar,

Son dare plura potest, non dare plura Deus.

La grande réputation dont jouissait alors Ange Politien lui inspira un si vif désir de le connaître, qu'il quitta sa famille, ses amis, sa patrie, pour se rendre à Florence ; mais Politien était mort quand il y arriva. Il se lia bientôt d'une amitié vive et durable avec Philippe Beroaldo, et se lit connaître par des poésies latines où l'on remarque un tour heureux, de l'élégance et de la facilité. C'est l'éloge que leur donnent Érasme cl Beroaldo. Cajado mourut en 4508, d'un excès de vin, s'il faut en croire Monteiro qui a écrit sa vie. La première édition de ses poésies parut à Bologne sous ce titre : Eclogce et Silcœ et Epigrammala, 4501, in-4* ; elles furent réimprimées en 1745 dans la collection intitulée Corput Poelarum Lutitanorum. V — ve.

CAJ ETA N (Benoit). Yoyei Bonifacr VIII.

CAJETAN ( Thomas nE Vio, dit), du nom de la ville de Gaête, où il naquit le 20 février «469 (4). Reçu à l'âge de quinze ans dans l'ordre de St-Dominique, il s'y lit une brillante réputation par ses talents et par son savoir. Après avoir professé la théologie avec un applaudissement universel à Brescia et à Pavie, il devint, en 4500, procureur général de son ordre, puis général en 1508. Cajetan n'avait alors que trente-neuf ans ; mais le crédit de Jules II, dont il s'était acquis la faveur en faisant avorter le projet d'un concile que l'empereur et le roi de France voulaient tenir à Pisc, suppléa à ce qui lui manquait du côté de l'âge. 11 fut l'un des premiers à conseiller à Jules II d'opposer concile a concile en convoquant celui de Latran. Il composa aussi pour la défense du pontife un livre où il entreprit de prouver qu'un concile général ne pouvait être av semblé que par l'autorité du pape. Léon X 1 éleva, en 4517, à 13 pourpre romaine, et le nomma l'année suivante son légat en Allemagne. L'objet principal de celte mission était de rattacher Luther aux intérêts du saint-siége avant que ce novateur eût consommé sa séparation. Cajetan ne manquait ni de science ni de talents pour remplir une pareille mission. Il y montra même, de l'aveu des prolestants, une modération qui tait honneur à son caractère ; mais sa qualité de dominicain devait nuire au succès de la négociation dans une querelle qui tirait son origine de la rivalité de cet ordre avec celui des augustins, auquel appartenait Luther. Ce cardinal était d'ailleurs imbu d'une opinion exagérée sur l'autorité du

(I) L'article tres-lnsnfllsant que lai a consacré Morén est tous le irnni de Vio. Par une crtrur snintilicre, et qui tient a ce que le Iradui leur Crantai* de la Vie île Mon X fur Ruscoe a (ait an contre w-ns dans la phrate ou il est parle pour la première fois do cardinal Gijeian, ce prêtai eat, dan* tout le coure de l'ouvrage, confondu avec le cardinal Christophe Nutnalio, et cette erreur m retrouve mémo dan» la table des matures. D s— ».

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pape ; car on le regarde comme le premier qui ait soutenu sans détour l'infaillibilité papale, dont il avait été le seul champion dans le concile de Latran. Des disputes «'étiquette firent naître d'autres obstacles. Cajelan rejeta la voie de discussion. Luther se refusa à toute rétractation. lisse séparèrent sans avoir rien avancé. Cajctan, nommé en 4519 à l'évéché de Gaiette, eut encore quelques autres missions. Il fut fait prisonnier dans le sac de Rome en 1527, et ne put recouvrer sa liberté qu'au moyen d'une rançon de 5,000 écus romains, ce qui l'obligea d'aller vivre très-économiquement dans son diocèse pour rembourser ceux qui lui avaient prêté cette somme. Rappelé à Rome en 1500 par Clément VII, il y mourut le 0 août 1534. Les affaires importantes dont ce cardinal avait été chargé toute sa vie ne l'empêchèrent pas de se livrer à l'élude, et de composer un grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont : 1° un commentaire sur la Bible, Lyon, 103!), 5 vol. tn-fol., à la létc duquel on a mis sa vie, composée par Fonseca. L'auteur s'y attache trop strictement au sens littéral, fait peu d'usage des Pérès de l'Église, s'y exprime avec beaucoup de liberté sur la Vulgale, et se permet quelquefois des explications singulières. Comme il ne savait point les langues originales, il se faisait rendre le texte mot à mol par des rabbins qui l'ont quelquefois égaré. Sur le Nouveau Testament, il s'est trop attaché a la version et aux notes d'Érasme. L'ouviagc fut durement attaqué par Catharin, et censuré par la faculté de théologie de Paris. Il opposa à la censure une apologie où il s'explique sur certains endroits et se défend sur d'autres. Cette apologie n'empêcha pas qu'on ne fit des changements dans l'édition de 1639. C'est pour cela qu'on lui préfère les anciennes, surtout celles qui sont antérieures au décret du concile de Trente sur la Vulgate. 2" Un commentaire très-court sur la Somme de St. Thomas, qui se trouve dans les éditions decette Somme, Anvers, 1577 ; Lyon, 1581 ; Bergame, 1590, et avec quelques retranchements dans l'édition générale de ses ouvrages, à Rome, 1570, par les ordres de Pie V. 3" Des opuscules sur différents sujets, Lyon, 1562. On distingue celui qui a pour titre de l'Autorité du pape. C'est là que les conciles de Constance et de Baie sont peu ménagés; qu'il soutient le droit exclusif du pape de convoquer les conciles; sa supériorité sur ces grandes assemblées ; son infaillibilité, etc. Ce fut ce traité qui lui valut le chapeau de cardinal. Jacques Almath et Jean Major le réfutèrent par ordre de la faculté de Paris, à laquelle Louis XII l'avait dénoncé. 4» Des commentaires sur la Philoiophie d'Aristote. 5* Traetalue de comparalione papœ et eoneilii, Venise, 1531 et 1562. Cajelan possédait une vaste lecture théologiquc. Il avait de la clarté et de la méthode ; mais il n'est le plus souvent qu'un compilateur. 11 avait divisé son commentaire sur le Nouveau Testament en douze chapitres, auxquels il donnait le titre bizarre de Déjeuner» du Nouveau Tettament. Il a eu des partisans zélés et des censeurs sévères dans les deux communions. Mélanchthon en fait un portrait affreux ; Charnier, au contraire, loue sa droiture, «h candeur et

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sa modération. Catharin, son confrère, ne garde aucune mesure à son égard, et Sixte de Sienne le comble d'éloges, « C'était, dit Bossuet, un esprit ardent a et impétueux, plus liabile dans les subtilités de la « dialectique, que profond dans l'antiquité ecclésias- « tique. » T — n.

CAJ ETA N (Henri), de la maison de Sermoneto, fut fait cardinal en 1585, et envoyé en France en qualité de légat a lalere, par Sixte V, au mois de décembre 1589; à sa suite étaient plusieurs prélats italiens, le jésuite Bellarmin, depuis cardinal, et le cordélier Panigarole.évêqued'Ast, fameux prédicateur, qui vint crier dans les chaires de Paris : Guerra! guerra! Henri III avait été assassiné à St-Cloud, et la mission du légat était de contribuer à l'élection d'un roi catholique. Henri IV avait été reconnu par un grand nombre de seigneurs catholiques et protestants; mais Philippe 11, roi d'Espagne, voulait faire couronner l'infante sa fille, et se faire déclarer luimême protecteur du royaume. Le duc de Lorraine demandait le trône pour son fils; les Guises l'ambitionnaient pour eux-mêmes, et le duc de Mayenne, renonçant à l'obtenir, cherchait à se conserver l'autorité en faisant proclamer roi le vieux cardinal de Bourbon, sous le nom de Charles X. Tel était l'état de la France en proie aux discordes civiles et aux factions de l'étranger, lorsque Cajelan, infidèle aux instructions qu'il avait reçues de la cour de Rome, au lieu de rester neutre, embrassa le parti de la ligue, et se réunit à Mendoze, ambassadeur de Philippe, et aux Seize qui étaient dévoués aux Espagnols. Ce fut le 5 janvier 1590 que le légat fil son entrée dans Paris par la porte St-Jacques. Cette en trée fut remarquable, en ce que le prévôt des marchands, toutes les autorités, tout le clergé, et 10,000 Suisses ou bourgeois, allèrent à la rencontre de l'envoyé du pape, qu'il fut longuement harangué par tous les corps de la ville, et salué d'une salve de 8 à 10,000 moutquelade». « Le légal tremblait de peur, « dit le Grain , que quelque lourdaud ou quelque « politique n'eût chargé à plomb, et faisait perpé- « tuelleinent signe de la main qu'on cessât ; mais « eux, pensant que ce fussent bénédictions qu'il leur « donnât, reeltargeaient toujours, et le tinrent une « bonne heure en certaine alarme. » (Décade» de Henri le Grand, liv. 5. ) Le 11 du même mois, Cajetan, suivi des principaux membres de l'Union, se rendit au Palais, où siégeait une partie du parlement de Paris pour la ligue, tandis que l'autre partie siégeait à Tours pour les royalistes. Les bulles et les pouvoirs du légat furent lus, enregistrés et publiés. Le légat, ambitionnant les honneurs suprêmes, avait voulu se placer sous le dais destiné pour le roi ; mais Brisson, qui faisait les fonctions de premier président, le prit par la main, sous prétexte de lui faire honneur, et le fit asseoir sur un banc au-dessous de lui. Cajelan dissimula son dépit, et, dans la harangue qu'il prononça en latin, il parla de la puissance du pape, et du zèle qu'il espérait trouver dans les Français pour la conservation de la religion catholique. Dés lors il se mit à travailler « de toutes ses forces « pour empêcher qu'on ne s'accommodât avec le

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« Réarnois. » (P. de l'Etoile, Journal du règne de Henri IV. ) II n'était occupé, dit Cayct dans sa Chronologie mvennaire, que de l'avancement des affaires d'Espagne. Le parlement de Tours avait rendu un arrêt portant défense de correspondre et de communiquer avec le légat, sous peine de se rendre coupable du crime de lèse-majesté. Le parlement de Paris cassa cet arrêt, et enjoignit de rendre au légat révérence et respect. Plusieurs évêques avaient été invités à se rendre dans la ville de Tours pour travailler à la conversion de Henri ; Cajetan leur écrivit une lettre circulaire pour leur défendre de s'y trouver, sous peine d'être excommuniés et déposés. Tandis que le parlement de Tour* faisait brûler par la main du bourreau la bulle envoyée de Rome au légat pour procéder à l'élection d'un nouveau roi de France, le parlement de Paris rendait un décret (5 mars) pour qu'on eût à reconnaître Charles X. Dans le même temps, le légat se réunissait aux Augustins avec le conseil de l'Union, dont il était membre, le parlement et les cours souveraines, les ambassadeurs d'Espagne et d'Ecosse, le prévôt des marchand* et les échevins, les colonels et capitaines de quartier ; et, revêtu de ses habits pontificaux, assis dans un fauteuil, ayant le livre des Évangiles sur les genoux, il faisait jurer de mourir pour la conservation de la religion catholique, et de rester soumis à Charles X et au duc de Mayenne, lieutenant général du royaume. Ce serment fut prêté ensuite par tous les bourgeois de Paris. Peu de jours après, la bataille dlvry vint déranger les projets du légat. Le duc de Mayenne, vaincu et sans armée, s'était retiré à St-Denis; les déclamations de Cajetan et des Seize l'avaient forcé de se battre; le légat alla le consoler et lui promettre le frivole appui du pa[K?, et les secours si tardifs de Philippe II. A la suite de cette entrevue, il demanda et obtint un passe-port de Henri pour une conférence qu'il désirait avoir avec le maréchal de Hiron : clie eut lieu au château de Noisy. Le légat pressa le maréchal de conseiller au roi une sus|>ension d'armes ; mais Riron répondit «pic le roi était bien résolu de ne point perdre son temps, et qu'il voulait une paix absolue ou une auerrt guerroyable. bientôt, sur la nouvelle que Henri s'avançait vers Paris, un grand conseil fut tenu chez le légat ; il y fut résolu que les prédicateurs de la ligue emploieraient leur éloquence et leur adresse pour préparer le peuple à recevoir cette nouvelle sans émotion, et ils y réussirent parfaitement, dit Cayet. Peu «le jours après, on apprit à Paris que le roi de la sainte union était mort, le fl mai, dans sa prison de Fontenai-lc-Comtc : et le même Cayet dit : a Cette « mort affligea le légal et le duc de Mayenne, ne « sachant plus qui substituer à la place de ce bon- « homme, pour retenir les peuples et conserver l'au- « torité. » Déjà Paris était assiégé par Henri IV. Cajetan et l'ambassadeur d'Espagne délibérèrent chez le duc de Nemours de donner volontairement du l'argent pour la paye des soldats ; Cajetan donna aussi 50,004) écus pour le pain des pauvres ; mais quand les vivres vinrent à manquer, le peuple au désespoir s'ccriaii ; « Point d'argent, tuai» du pain ! »

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On lit dans quelques historiens que ce fut Cajetan qui conseilla l'horrible invention de la farine faite avec de vieux ossements ramassés dans les cimetières. Des cris de paix se llrent entendre dans une émeute, et les Seize tirent pendre ou jeter dans la rivière quelques malheureux. Pour éveiller le courage du peuple, on imagina, le 5 juin, cette fumeuse procession des moines de la ligue commandée pai Rose, évéque de Senlis. On y vit, dit Maimbourg, plus de 4,200 ecclésiastiques, tant séculiers que religieux, des capucins, des minimes, et même des chartreux, armés de pertuisanes et d'arquebuses, portant des cuirasses sur leurs robes retroussées, et des casques sur leurs capuchons, chantant des psaumes, des hymnes, et faisant de fréquentes décharges. ■ Il arriva, dit l'Étoile, qu'un de « ces nouveaux soldats, qui ne savait pas sans doute a que son arquebuse était chargée à balle, voulant « saluer le légat qui était dans son carrosse ( au bas « du pont Notre-Dame ), avec Panigarolc, le jésuite « Rellarmin, etc., tua son aumônier (1), ce qui fit « que le légat s'en retourna au plus vite, pendant « que le peuple criait que cet aumônier avait été for- « tuné- d'être tué dans une si sainte actien (2). » Les prédications, les processions étaient l'unique remède que ie légat et les Seize opposassent & l'extrême misère des Parisiens. Le parlement avait rendu, le 45 juin, un arrêt portant défense de parler de paix avec I hérétique sous peine de la vie. Vers ce même temps, le maréchal de Riron chargea le marquis de Pisany, qui avait été ambassadeur à Rome, d'entamer des négociations avec le légat, et Cajetan eut deux conférences avec lui, au palais épiscopal, où il logeait, chez le cardinal de Gondi. Cajetan mit pour première condition de la paix que le roi se ferait catholique, et Pisany n'ayant rien répondu sur cette condition, les deux conférences furent sans résultat. Depuis quelque temps, le légal était moins ardent dans ses projets. D'un côté, les affaires de la ligue prenaient une tournure inquiétante; de l'autre, Sixte V avait écrit à Cajetan pour lui exprimer son mécontentement de ce qu'il excitait l'incendie, au lieu de travailler a l'éteindre, pour lui ordonner de sortir de Paris, de se concerter avec les cardinaux de Vendôme et de Lénoncourt, comme il le lui avait précédemment recommandé. Le légat fit demander des passe-ports à Henri pour conférer encore avec Pisany au faubourg St Germain. On voit par là que le siège de Paris était pressé plus vivement, bientôt les chefs de la ligue sentirent le besoin de négocier la paix. Le légat fut consulté, et il décida, le 4 août, avec Panigarole et Tyrius, recteur du collège des jésuites : 4° que les Parisiens, contraints par la famine, n'encouraient point l'excommunication en se rendant à un prince hérétique; 2" que les députés qui seraient envoyés à ce dernier pour le convertir

M) Otja dit <iw t'etoil «m «wreliire.

(I) On utmïe d»«* Il S*t9re Mnlfféc me fptufke de cet au*

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C«l»l <r" (fat itj HiAmU trM roauta», Wliw ** têJ»t, U C»)eua Mfil, tu.

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ou soutenir les droits de l'Eglise «étaient point compris dans l'excommunication du pape Sixte V. En conséquence de celte décision, une députalion dont faisait partie le cardinal de Gondi, évéque de Paris, et l'archevêque de Lyon, alla le lendemain trouver le roi, qui dit : « Vous devriez mourir de a honte, vous qui êtes nés Français, de vous asser- « vtr sous la domination espagnole, et d'avoir vu • mourir 10,000 âmes de faim par les rues de Paris, « sans oser faire semblant d'en avoir regret, |wur « n'offenser le légat ou messer Diego de Mendozze. » Cependant l'approche du duc de Parme, venu des Pays-Das avec une armée, et qui avait fait sa jonction avec le duc de Mayenne, engagea le roi à lever le siège de Paris ; les ligueurs reprirent courage , cl la guerre civile se prolongea. Sur ces entrefaites, Cajetan rappelé partit pour retourner à Kome, laissant & Paris, pour le remplacer, son conseiller intime, Philippe Séga (depuis cardinal de Plaisance), imbu des mêmes principes, et dévoué aux Espagnols. « Cajetan, dit l'Etoile, trouva le pape mort, « et bien 6 point pour lui ; car il lui eût fait tran- « cher la tête, pour avoir, contre son exprès coma mandement, allumé le feu de la sédition, au lieu « de l'éteindre. Il laissa pour bonne odeur de sa lé- « gation une fumée de bénédictions dont il avait « repu lo peuple, qu'il faisait mâcher à vide. » Pendant son séjour à Paris, Cajetan lit imprimer: 4° Lettre à la noblesse de France, 4590, in-#» ; 2* Lettre aux archevêque», iviques et abbé» du royaume, 1500, in-8", et la même en latin ; 5° Missive envoyée à la faculté de théologie, Paris, 1591, in-8*, et d'autres ouvrages do ce genre. H fut envoyé, la même année, i Varsovie, afin de déterminer Sigismond a joindre ses armes à celles des impériaux contre les Turcs. De Thou dit qu'il haranuua dans lu diête, avec l>eaucoup de force, tous les ordres du royaume; que son discours fui ensuite imprimé; mais qu'il ne réussit pas mieux en Pologne qu'en France. Il mourut en 1599, âgé de 49 ans. — Il avait un frère, ou, suivant Mézerai, un neveu {Pierre Costa* ), colonel d'un régiment napolitain , qui suivit en France le duc do Parme, et servit le parti de la ligue. V — ve.

CAJETAN ( Octave ), jésuite sicilien , né le 22 avril 1566, à Syracuse, mort à Palcrme en 1600, âgé seulement de 54 ans. C'était un homme d'une profonde érudition et d'une solide piété. On a de lui : 1° des Remarques sur les lettres de Théodose, vmt ne. concernant le siéfre de Syracuse, que l'on trouve dans le 1. 1", 2* partie du recueil de Muratori. 2" longtemps après sa mort, on a publié de lui : Vitw sanclorum Siculorum, Palermc, 1652, in-fol. ; 3* Isagoge ad hisloriam sacram Siculam, Palerme, 1707, in-4*, réimprimé dans le t. 10 du Thésaurus Antiquitatmm de Grevias : on y trouve des remarques curieuses sur la langue sicilienne. C. T— v.

CAJETAN (Constantin) , fils du marquis de Sortino , prince de Cassano , naquit à Syracuse en 1560, et entra eu 1586 dans l'ordre de St-Bcnolt a Calane, où il se distingua par ses travaux littéraires, et surtout par un zélé exagéré pour la gloire de son

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ordre , qu'il chercha à illustrer par les noms d'une foule de personnages célèbres, tant anciens que modernes, dont il entreprit de faire des bénédictins ; tels étaient , entre autres , St. Grégoire pape, St. Ignace de Loyola, St. François d'Assise, St. Thomas a' Ai juin etc. Il .suffisait qu'un homme devenu célèbre eut séjourné quelque temps dans un monastère de l'ordre pour être inscrit sur cette liste. Les moines du mont Cassin sentirent tout le ridicule d'une pareille prétention, et la désavouèrent surtout pour le fondateur des jésuites; et le cardinal Cabellucci dit plaisamment à cette occasion : « Je crains « que Cajetan ne transforme bientôt St. Pierre en <t bénédictin. » Cependant il Tut fait abl>é de St-Baronte, au diocèse de Pistoie. Paul V l'appela à Rome, et le lit son secrétaire pour les lettres sacrées. Clément \ 111 le nomma bibliothécaire du Vatican, et il mourut à Rome, le 17 septembre 1650. Cajetan avait fourni beaucoup île matériaux à Baronius pour ses Annales, et publié lui- même un grand nombre d'ouvrages, dont les principaux sont : 1° P. Damiani Opéra, Rome, 1606-8-40, 4 vol. in-fol. avec des notes; réimprimés à Paris en 1642 et 1665. Il avait donné précédemment une édition des lettres du même auteur, 1610 , in— i*. 2" Amalarii Fortunati Vila, Rome, 1612, in-4» de 45 p. 3» Sanclor. Isidon Hispatensis, lldefonsi Toletani et Oregorii card. Osliensis Vila scholiis illustrala, accesserunt opuscula quœdam S. Isidori nondum édita, ibid., 1616, in-4». Le titre gravé porte 1600, ce qui a fait croire à quelques personnes qu'il y avait deux éditions. 4° Animadversiones in vilani S. Anselmi Lucensis, dans les Monumento envtra sehismaticos de Gretser. 5» De Erectione collegii Gregoriani, Rome , 4622 , in-4°. 6" Vita Erasmi Gaeta, urbis patroni, ibid., 1638, in-4". 7° Gelasii papa II Vita a Pandulpho Pisano conscripla, commentariis illuslrata a Const. Gaetano, ibid., 1638, in-4*. 8' De singulari Primalu S. Prlri solius, item de romano ejusd. domicilia et pontificatu. dans le t. 7' de la Bibliolheca pontificia de Roccaberti. Cajetan a composé un grand nombre d'autres ouvrages sur divers sujets, les uns pour attribuer à un inconnu nommé Jean Gessen, ou Gersen, prétendu abbé de son ordre, le livre de Imilatione Chrisli, ce qui l'entraîna dans une longue dispute aven Rosweydc ; les autres , pour revendiquer en faveur du même ordre plusieurs illustres personnages. Dans celui de Rcligiosa St. Ignatii fundaloris soc. Jesu per benediclinos Institut ione , Venise, 1641, in-8°, il veut prouver que le fameux livre des Exercices spirituels du saint est l'ouvrage de Cisnéros, bénédictin espagnol. Il fut réfuté par Jean Rho, jésuite milanais, qui publia contre lui : Achates adversus ineptias et malignitales libelli Pseudo- Constantiani, etc., Lyon, 1644, in-4". Les deux ouvrages furent défendus par la congrégation de l'Index. Cajetan avait deux frères jésuites. — Alphonse Cajetan, également recommandante par son savoir, a publié la vie de François Cajetan, de la même société. — Sébastien Cajetan, fut provincial des mineurs observantins dans la province de

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Labour, vers la fin du 16° siècle. On a de lui un commentaire latin des décrets de la congrégation des rites, sur la célébration de la messe. T — D.

CAJ ET AN ( Palma ). Voyez Cayit.

CAJOT (non Juan-Joseph ), religieux bénédictin de U congrégation de St- Vannes, né k Verdun , en 4726 , mort à l'abbaye St-Airi de cette ville , le 7 juillet 1779, réunissait a des qualités estimables une vaste érudition et des connaissances étendues, surtout dans l'histoire moderne. On a de lui :\vles Antiquités de Mets, ou Recherches sur l'origine des Médiomalriciens, Metz, 4760, in-8», ouvrage savant , mais écrit d'un style lourd qui en rend la lecture fatigante ; 2* Histoire critique des coqueluchons, Cologne (Metz), 1762, in-12. Les reclierclies employées à découvrir l'origiue et les changements qu'a éprouvés cette coiffure pourront paraître assez inutiles maintenant ; elles déplurent aux confrères de l'auteur. 5* Les Plagiats de M. J.-J. R. (J.-J. Rousseau ), de Genève, sur l'éducation , la Haye et Paris , 1766 , in-8» et in-12. L'auteur s'efforce de démontrer que ce philosophe a emprunté à Plutarque et à Montaigne ( il aurait pu ajouter à Rabelais ) , quelques-unes des idées qui ont fait la fortune de YEmile; mais il lui aurait été difficile de prouver que Rousseau était un plagiaire dans le sens attaché à ce mot. Cette brochure est assez mal écrite , mais il y a des recherches. 4" Examen philosophique de la règle de St-Beno(t, Avignon, 1768, in-12. D. Grappin, son confrère , lui adressa , au sujet de cet ouvrage , une Lettre critique , imprimée en France (licsançon), 1769, in-8°. On attribue encore fe Jean- Juseph Cajot : Eloge de l'âne, tu dans une séance académique par Christ. Philonagre, aux dépens du loisir, 1782, petit in-12. — Cajot (dom Charles), son frère, né à Verdun le 17 août 1731, entra dans le même ordre , où il se distingua par sa piété et ses lumières. II mourut le 6 décembre 1807 , laissant quelques ouvrages, dont le seul curieux est intitulé : Recherches historiques sur l'esprit primitif et les anciens collèges de l'ordre de St-Benoit. d oû résultent tes droits de la société sur Us biens qu'il possède, Paris, 1787, 2 vol. in-8". W— s.

CALA ( Fus > v mi le Scocco , plus connu sous le nom de } était natif de Cosenza en Calabre. Il est auteur d'une histoire de Souabc ( Istoria de' Suevi nel eonquisto de' regni di Napoli e di Sicilia per l'imperatore Enrico VI , ron la vila dtl B. Gio. Cala, Naples, 1600, in-fol.), devenue fort rare. Le Nouveau Dictionnaire historique italien, imprimé à Bassano , nous dit que le but de l'auteur, en composant cet ouvrage, était de flatter bassement la famille de Cala ; qu'il en fit naître un St. Jean de Cala , qui n'avait jamais existé que dans sa folle imagination ; qu'alin de donner une apparence de véracité à cette fable, il imagina de faire passer pour les reliques du saint les restes d'ossements du squelette d'un ane ; que cet impudent fourbe joignit à ces prétendues reliques ce vers latin , qu'un auteur moderne, connu sans doute du rédacteur de l'article, mais que nous avouons ne pas connaître, a

cru pouvoir adresser à l'étonnante multitude d'académiciens et de littérateurs qui brillent dans ce siècle :

Pelices asinl, quant.. s meruislU honores !

qu'enfin, par décret de l'inquisition, on fit brûler ces indignes restes, et supprimer l'ouvrage de Cala. Nous citons le seul garant que nous ayons de ces faits, et, comme il n'y assigne aucune date, nous n'en fixerons non plus aucune. R. G.

CALABEB. Voyes Qlintus.

CALABRE ( Edme ), prêtre de l'Oratoire , né à Troyes , le 4 mai 1 665 , entra dans celte congrégation en 1682. Après avoir parcouru avec distinction sa carrière classique à Vendôme , où il fut préfet du collège , il se consacra pendant les quinze dernières années de sa vie, dans l'emploi de directeur du séminaire de Soissons , à former de jeunes ecclésiastiques. Le zèle et la prudence qu'il y montra l'ont fait proposer comme le modèle de tous ceux qui occupent de pareilles places. Tout le temps que ses fonctions lui laissaient de libre, il l'employait i aller catéchiser dans les campagnes , consoler les malades dans les hôpitaux et soulager les pauvres. Il procura l'établissement d'un petit séminaire à Soissons, et mourut dans cette ville le 13 juin 1710, ayant abrégé ses jours par ses austérités. Sa mémoire est encore en vénération dans tout le diocèse. C'était un homme de beaucoup d'esprit. 11 avait reçu de la nature un rare talent pour la chaire, cultivé par de bonnes études, mais auquel son extrême humilité ne permit pas de donner l'éclat dont il était susceptible. Ses sermons et ses conférences se conservent en manuscrit. 11 avait fait des paraphrases sur plusieurs psaumes. On n'a publié que celles des psaumes 50 , 102 et 105, plusieurs fois réimprimées. On y retrouve la piété et l'onction qu'on avait admirées dans ses discours publics. T — d.

CALABRÈSE. Voyez PaBTl (Matlia), Gbeco et GortsAi/vE.

CA LACES , ou C A LAD ES , peintre athénien, vivait dans le 4* siècle avant J.-C. Pline rapporte qu'il excellait à représenter des sujets comiques dans de petits tableaux, In comieis tabellis; la traduction littérale du mot comieis semblerait indiquer que ces tableaux servaient sur la scène, dans les comédies. Ce point fort obscur a été discuté, plutôt que décidé , par Caylus , dans un mémoire imprimé dans le 23e volume du recueil de l'académie des inscriptions et belles-lettres. Ou reste , on sait peu de choses de Calades. En admettant les corrections proposées par Meursius à l'occasion d'un passage de Pausanias, il s'ensuivrait que les Athéniens auraient érigé en l'honneur de Calades une statue placée dans le Céramique , prés du temple de Mars ; mais il est plus probable qu'elle fut élevée à Calliades , qui , au rapport d'Hérodote , était archonte à Athènes, lors de l'invasion de Xercês. — Il y eut aussi un sculpteur, nommé Calades, qui fit la statue de la courtisane Nérée, et un peintre du même nom cité par Lucien dan» un de ses dialogues. L — S— l.

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CALAGES (Marie de Pech de), vivait à Toulouse dans les premières années du 17* siècle. Son nom et ses talents ont été ignorés jusqu'ici. Elle cultiva la poésie avec succès, et remporta plusieurs fois le prix a l'académie des Jeux floraux ; mais le plus important de ses ouvrages est le poème de Judith , ou la Délivrance de Béthulie , en 8 livres, qu'elle composa dans sa jeunesse, et qui ne fût cependant publié qu'après sa mort. L'éditeur ( mademoiselle Y Héritier de Viilandon ) le dédia à la reine Anne d'Autriche, alors régente, Toulouse, 1660 , in-4°. Mademoiselle de Calages , contemporaine de Corneille, avait terminé son travail avant que le Ctd eut paru , avant que la langue poétique eût été formée par les chefs-d'œuvre de ce grand homme , lorsque les poèmes de St-Louis, d'Alaric, de Clovit, etc., écrits dans un style si barbare, faisaient pourtant une réputation à leurs auteurs , et sa Judith contient des morceaux dignes d'une autre époque, tels que les passages suivants (Judith passe dans l'appartement nuptial pour quitter ses vêlements de deuil , et y reprendre ceux qu'elle portait le jour de son union avec Manassès ) :

Elle touche, et cent fols elle arrose de larmes L'habit dont son époux voulut parer ses charmes, Quand, aux yeux des Hébreux, s'avançaul à l'autel. Tous deux se sont juré un amour éternel. Qu'un soin bien différent l'agite et la dévore! Ah ! ce n'est pas pour plaire a l'objet qu'elle adore Que Judith a recours à ces vains ornements. Elle entend tout a coup de longs gémissements: Son bras avec effroi comme enchaîné s'arrête ; Elle frémit, soupire et détourne la tète ; D'un nuage confus son œil est obscurci, D'un tremblement soudain tout son corps est saisi. A la pale lueur d'une sombre lumière, Un fantôme effrayant vient frapper sa paupière : Cesl Manassès qui s'offre à son cœur attendri. Tel que ses yeux l'ont vu, quand cet époux chéri Exhala dans ses bras son ame fugitive, etc.

Enfin Judith est au moment d'exécuter son dessein :

Son courage redouble, un feu divin l'embrase ;

Ce n'est plus cet objet dont le ebarme vainqueur

Du farouche Holopberne avait séduit le cœur;

Sa démarche et ses traits n'ont rien d'une mortelle,

Une sombre fureur en ses yeux étincelle,

Ses cheveux sur son front semblent se hérisser,

Un pouvoir inconnu la force d'avancer

Elle voit sur le lit la redoutable épée

Qui dans le sang hébreu devait être trempée »

Elle haie ses pas, et prend entre ses mains

Ce fer victorieux, la terreur des humains ;

Observe avec horreur ce conquérant du monde,

S'applaudit en voyant son ivresse profonde,

Puis soulève le fer, l'arrache du fourreau,

Et, le cœur enflammé par un transport nouveau,

Croit entendre la voix du ciel qui l'encourage :

t Tu le veux, Dieu puissant, achève ton ouvrage.»

Elle dit, et d'un bras par Dieu même afTerml,

Frappe d'un fer tranchant son superbe ennemi...

11 n'y a rien là du style ridicule des poètes épiques de la même époque. L'apparition de Manassès et

d'autres passages prouvent même que mademoiselle de Calages savait faire une heureuse étude des anciens. Son poème, comme on le pense bien, n'est pas constamment écrit de cette manière, et il est juste de faire observer que nos citations sont extraites du Parnaite de* Dames de Sauvigny, qui déclare que pour faire goûter notre ancienne poésie, il a changé des expressions et quelquefois même des tours de phrase, mais il n'en est pas moins vrai que les vers de Judith annoncent un talent réel. On doit penser que Racine les avait connus et appréciés, car il serait étonnant que le hasard seul lui en eût fait répéter deux dans la tragédie de Phèdre. L'un d'eux se trouve dans une des tirades qu'on vient de lire :

Qu'un soin bien différent l'agile et la dévore! et Phèdre dit,' acte 2, scène 5 :

Qu'un soin bien différent me trouble et me dévore!

l'autre , dans celle où l'auteur de Judith peint Holopherne, s'étonnant du trouble et de l'agitation qu'excite dans son âme ra passion nouvelle :

11 se cherche lui-même et ne se trouve plus, et Racine a fait dire à Hippolyte, dans sa déclaration à Aricic :

Moi-même, pour tout fruit de mes soins superflus, Maintenant je me cherche, et ne me trouve plus,

CALAIS (Saint). Voyex Calis (Saint).

CALAMINUS ( George ), savant helléniste du 16* siècle, était fils d'un pauvre journalier de Silberberg en Silésie, et naquit en 1547. Son nom de famille était Rurich , mot dérivé de l'allemand rohr { roseau ) , qu'il latinisa , suivant la coutume des érudits de son siècle. Après avoir étudié à Brcslau, à Ileidelberg et à Strasbourg, il fut fait gouverneur du comte d'Andelot, et nommé en 1.778 professeur de langue grecque à Linlz, en Autriche. Il traduisit en vers latins les Phéniciennes d'Euripide ( Strasbourg, 1577, in-8« ) et d'autres tragédies grecques; composa lui-même en latin Béii, tragédie sacrée; Rodolphe OUocare, tragédie autrichienne, un recueil d'anagrammes, etc. On a aussi de lui : Vila Guntherii, en vers, Strasbourg, 1574, in-4». 11 mourut le 1er décembre 1595. CM. P.

CALAMIS , sculpteur et ciseleur grec , Oorissait à Atltèncs environ quatre cent vingt ans avant J.-C., ou quarante-huit ans plus tût , en admettant l'opinion habilement défendue par M. Eméric David, dans son Essai sar Us classements chronologiques des sculpteurs grecs les plus célèbres. Il excellait surtout à représenter des chevaux, et personne avant lui n'avait porté aussi loin cette partie de l'art; aussi avait-il fait ceux de plusieurs chars, sur lesquels étaient placées des statues de princes ou de héros de la main d'autres artistes contemporains, entre autres celle de Gclon , roi de Syracuse, faite par Onatas d'Éginc. Properce a rappelé le talent de cet artiste dans le vers suivant :

Exactis Calamis se mini jactat equis.

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11 ne réussissait pas moins dans les statues humaines, et, pour prouver qu'il n'était point inférieur à ses rivaux , il entreprit et termina seul plusieurs belles statues 11 ne put cependant éviter les défauts que lui avaient transmis les premiers maîtres de l'art, et ses ouvrages, moins durs que ceux de Canaclius, l'étaient plus que ceux de Miron et surtout que ceux de Polyclète. C'est le jugement qu'en porte Cicéron. ( Voy. aussi Quinlilicn, liv. 12, chap. 10.) Calamis fut chargé par les Athéniens d'ajouter une statue de Yénus à coté de la lionne d'airain élevée précédemment en l'honneur de la courtisane Lcirna, maîtresse d'Aristogiton , un des littérateurs d'Athènes. Les sculptures de Calamis étaient en grand nombre ; on les recherchait, parce qu'en général elles étaient d'une proportion et d'un aspect agréables. 11 lit aussi plusieurs grands ouvrages, outre les chars dont on vient de parler. Le principal était un colosse d'Apollon, qu'on voyait dans une petite lie de la cote d'Jllyric , où s'était établie une colonie de Milésiens. Lucullus enleva ce monument , et le consacra dans le Capitole : on avait aussi placé dans les jardins de Servilius, à Home, un Apollon apporté d'Athènes, et du même sculpteur. Pausanias cite un grand nombre d'ouvrages de Calamis , entre autres une Victoire , que l'on voyait à Olympie , et qui , faite sur le modèle de celle d'Athènes, n'était point ailée. Calamis employait avec un égal succès le marbre ou les niétaux ; il lit même une statue d'Esculape en or et en ivoire ; mais il parait que le plus grand nombre de ses ouvrages était en bronze. On remarquait, parmi ces derniers, des statues de jeunes garçons élevant les mains et paraissant implorer les dieux, et, sans doute, il a dit y avoir quelque analogie entre ces morceaux et l'athlète de bronze trouvé à Herrulanum. Calamis eut pour élève Praxias d'Athènes. Il était encore excellent ciseleur. Pline cite deux vases précieux, ouvrages de cet artiste, et que Germanicus avait possédés. (Yoy. Zenoiiote. ) L — S— e.

CALAMY (Edmoisu), théologien anglais, naquit a Londres eu 1000. 11 fut élevé à l'université de Cambridge, et demeura plusieurs années, en qualité de chapelain, chez l'évèque d'Ely (Felton). Il y passait souvent seize heures de la journée à étudier, ce qui avait inspiré à l'évèque un si grand respect, qu'il avait donné ordre qu'on eût soin d'avertir toujours le docteur une demi-heure d'avance pour les prières de famille , ou pour toute autre cause qui aurait pu interrompre trop brusquement ses éludes. Il fut successivement nommé à plusieurs bénéfices pendant la vie de l'évèque , et , après sa mort , soit qu'il hésitât de se déclarer contre les opinions reçues dans l'église de son pays , soit que les siennes ne fussent pas encore décidées, il se montra d'abord soumis à la doctrine de l'épiscopat; mais enfin , ayant été obligé de se déclarer a l'occasion des articles de l'évèque VVren, il se montra dès ce moment un des non-conformistes les plus ardents. Appelé à Londres en 1059, comme ministre de Ste-Maric Aldermanbury , il prit la plus grande part aux violente* controverses qui s'y éle-

vèrent , et contribua beaucoup à la rédaction de l'ouvrage désigné par le litre de Smectgmnwt , mot formé des lettres initiales des dix auteurs qui avaient concouru à sa composition , et qui parut à Londres sous ce titre bizarre : Uéponie à un livre intitulé: Humble remontrance, dan$ laquelle on diicute l'origine de la liturgie et de iépUcopat. etc., par Smcctymnws, Londres, 1641 , in- 4°. Cet ouvrage, écrit avec une grande violence dans le sens des opinions alors dominantes, ne pouvait manquer de produire un grand effet. En 1641, Calamy fut nommé, par la chambre des lords, membre du comité de religion. 11 prononça dans la chambre des communes plusieurs sermons , toujours extrêmement conformes à l'esprit du temps ; mais il parait qu'il ne se joignit point à ceux qui voulaient renverser le gouvernement , et qu'il s'opposa de tout son pouvoir à la condamnation de Charles I". Lors* que Cromwell voulut gouverner seul , il affecta de consulter, pour éclairer sa conscience sur ce point, les premiers théologiens de Londres. Calamy, à leur téte, s'offrit de lui démontrer que cette mesure était à la fois illégitime et impraticable. Cromwell eut bientôt mis de coté l'obstacle de l'illégitimité , |<ar le motif du salut de la patrie : « Mais pourquoi « impraticable? demanda-l-il. — Parce que vous « aurez, réjwndit Calamy , les neuf dixièmes de la * nation contre vous. — Mais , reprit Cromwell , si a je désarme ces neuf dixièmes , et que je remette « les armes entre les mains de celui qui restera ? » L'argument était d'un homme qui entendait la théorie pratique du gouvernement. Calamy céda, et les théologiens furent congédiés. Lors de la restauration , Calamy fui, un des députés envoyés a Charles 11 en Hollande, pour le complimenter, et fut quelque temps en faveur auprès de ce monarque, qui , en 1060 , le (il son chapelain ordinaire; mais, ayant refusé de se soumettre à l'acte d'uniformité, il fut destitué de toutes ses fonctions. Comme il fréquentait toujours la paroisse qu'il avait gouvernée , un jour que le ministre n'arrivait pas , on pressa Calamy de monter en chaire à sa place. Probablement il ne demandait pas mieux ; car, lorsqu'il y fut monté, il parla avec tant de liberté contre les mesures du gouvernement , qu'il fut arrêté et enfermé à Newgate ; mais cet emprisonnement faisant un très-mauvais effet , Calamy fut relâché peu de jours après. 11 mourut en 1668 , du serrement de eu ur que lui causa l'incendie de Londres. Quoique rempli de savoir, c'était un homme simple, et sobre de citations dans ses sermons , qui , lorsqu'il n'en faisait pas des ouvrages de parti, n'étaient que des traités de morale pratique. 11 exprimait librement ses sentiments en toute occasion. Prêchant, peu de temps après la restauration , devant le général Monk, et parlant des gaine illieUee : « Il y a quel- « ques hommes, dit -il, capables de livrer trois a royaumes pour un profit sordide ; » et, en disant ces mots, il lança son mouchoir, qu'il avait coutume d'agiter en prêchant, du côté où était assis le général. On a de lui plusieurs sermons , quelques-uni imprimés séparément, et einq antres publiés en»

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semble sous ce titre : V Arche de l'homme de Dieu, ou Ville de refuge dam leijouri de ditretse, et dont la 8' édition a été publiée à Londres en lus-, in 12. — Benjamin Calamy, son fils , fut élevé à l'université de Cambridge , et se montra zélé partisan de la religion établie. Nommé en 1677 ministre de Ste-Marie Aldermanbury , et chapelain ordinaire du roi , il prêcha en 1683 un sermon lur let Conteiencet tcrupuleutet, qui, dirigé contre les sectaires, produisit un très-grand effet pour et contre le docteur Calamy. H y poussa le zélé jusqu'à montrer, d'après «n sermon de son père , mie les non-conformistes les plus ardents avaient eu soin de prêcher la conformité a l'Église établie, lorsqu'ils étaient à la léte de l'Église. Un Thomas Delaune , emprisonné pour avoir écrit une critique très-violente de ce discours et quelques autres ouvrages dans le même esprit , mourut a Newgatc , avec sa femme et ses enfants, accusaul de ses malheurs le docteur Calamy, qui parait cependant n'y avoir eu d'autre part que de ne les avoir pas empêchés. 11 fallait que sa probité fui bien établie, pour que sa réputation ait survécu à de pareils faits , et les temps de parti demandent quelquefois d'étranges choses d'un honnête homme 1 Calamy était doux , ennemi de la persécution. On prétend que sa mort fut avancée par le chagrin que lui causèrent les mesures imprudentes prises par le parti auquel il était attaché, et qui était alors celui du gouvernement. 11 mourut en 1686, après avoir possédé un assez grand nombre de bénéfices , et ne laissant que quelques sermons estimés pour le fond et pour le style. S — d.

CALANDRA ( Jean-Baptiste) , peintre en mosaïque et élève du Provenzale, naquit à Verccil en 1586, et mourut en 1614, suivant Paseoli. Pa^seiï assure, au contraire, qu'il mourut en 1618, Agé de 72 ans. Il fut chargé de plusieurs ouvrages pour l'église de St-Pierre. On ne pouvait pas conserver longtemps des tableaux à l'huile dans celte basilique, à cause de son humidité : aussi on commença sous Urbain VIII à y substituer des mosaïques. Le premier tableau d'autel de ce genre qui y fut placé était de la main de Calandra, c'est un St. Michel, d'après le cavalier d'Arpino. Le même artiste orna ensuite celte église de semblables ouvrages, sur les cartons de Komanelli, de Lanfranc, de Sacchi et de Pellegrini. Bientôt, se voyant mal payé, il travailla pour des particuliers, et lit des portraits ou des copies des premiers maîtres. Pascoli donne beaucoup d'éloges à une petite madone de Calandra, copiée d'après Raphaël , et qui passa dans le cabinet de la reine de Suède. A — d.

CALANDRELLI ( l'abbé Joseph ) , astronome, né à Zagarnla dans l'État romain, en 1749, fut élevé à Rome par une de ses tantes, et se consacra d'abord a l'étude des lois qu'il abandonna plus lard pour les sciences physiques et naturelles , dont il s'occupa exclusivement pendant quatre ans qu'il fut professeur de philosophie au séminaire de Magliano dans la Sabine. Retourné à Rome en 1774, après la suppression des jésuites, Calandrelli fut nommé professeur de mathématiques, et ce fui

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alors qu'il publia ses intéressants ouvrages : 1 « Saggio analilico tulla induzione degli archi circotariai logaritmi immaginari ; 2e tulla Fallacia délia dimostrazione del Galileo dtl moto accelerato in ragione degli tpatii; 5* la Dimottrazione dtlC equilibrio ; 4" l'Opéra $ul moto e tulla forza impellente i penduli da una fune tu i piani inclinait. 11 s'occupait aussi dans le même temps de physique expérimentale et dirigeait une académie dans la maison du cardinal Zelada. Ce fut lui qui le premier fit poser des paratonnerres au palais ponlilical. Le savant cardinal , |K>ur l'encourager dans cette utile carrière, lit construire un observatoire, et lui donna pour adjoint l'abbé Conti, qui, depuis 1781, tenait un journal d'observations météorologiques et correspondait avec l'académie de Manheiin. Enfin, en 1787, Calandrelli fut nommé directeur de l'observatoire où le jésuite Doscovich avait acquis tant de célébrité. Pie VU s'étant rendu i Paria en 1804, pour le sacre de Napoléon, et ayant beaucoup entendu vanter les astronomes français , surtout les travaux auxquels ils se livraient pour la division du globe , résolut de donner aux mêmes études dans ses Élats de grands encouragements, et» après avoir fait acheter beaucoup d'instruments d'astronomie, il fixa pour les professeurs, surtout pour Calandrelli , de très-bons traitements. C'est à compter de celte époque que les deux inséparables amis, Conti et Calandrelli, publièrent une série d'observations astronomiques sous ce titre : Oputcoli attronomici, Rome, 1812, in-fol. , continuées et imprimées de nouveau en 1824, 8 vol., contenant tous les ouvrages des savants sur la matière, les observations sur les comètes de 1807 et de 181 1 , plus différentes formules pour l'emploi du calendrier grégorien et du calendrier Julien sous le titre de Calendario gregoriano e dell' attronomia romanm notisieittoriche, Rome, 1819, in-8»; enfin une formule analytique délia Patqua, Rome, 1822, in-8°. Il publia aussi, vers celte époque, une dissertation sur une éclipse arrivée l'an 559 de la fondation de Rome. En 1824, le collège romain ayant été rendu aux jésuites, le vieux Calandrelli fut obligé de quitter son observatoire et de passer au collège de Sl-Apollinairc avec ses collègues; et, tandis que l'on construisait un nouvel édilice astronomique, il mourut le 27 décembre 1827, à Rome. Calandrelli, nommé par Léon XII , en 1825 , chanoine de St-Jean-de-Latran, était membre de l'académie des sciences de Turin, de l'Institut de Bologne, de Naples, de Modène, et il fut en relation avec Piazzl, Oriani , Fontana, d'Alembert , Delambrc, La lande, Zach et d'autres hommes célèbres. L'abbé Conti est dépositaire de ses manuscrits, parmi lesquels se trouvent : 1° délie Formule per la longitudine <M magnetitmo; 2° del Modo per regolar la decim* quarla patquale dedotto da un nuovo cielo che ricondurrà Kabilmente al 21 di marzo l'ingretto dH tôle in Ariele. G — C — Y.

CALANDRINI (JBAX-Lons), né en 1705, à Genève, où il mourut en 1758, fut professeur de philosophié et de nwthématiques à l'académie de celle ville, en*

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suite conseiller d'Eial et trésorier de la république. C'était un savant profond dans les sciences exactes, studieux observateur de la nature,etque ses connaissances ont placé a coté des Bernoulli et des Bonnet. 11 a publié un ouvrage sous le titre de Thetet de vegelaiione et generatione plantarum, Genève, 1734, in 4". Il y traite avec beaucoup de sagacité de la végétation et de la génération des plantes. Bonnet le cite souvent avec éloge dans ses Recherchet tur l'utage det feuillet dans let plantei, et il dit même qu'il lui doit les bases de son travail, et qu'il n'a fait que développer ses idées. Calandrini a soigné la première édition des Principet mathémaliquet de Newton, commentes par les PP. le Sueur et Jacquier, Genève, 1739, 3 vol.in-4*; il l'a enrichie d'un traité élémentaire des sections coniques et de plusieurs notes. En 1750, il se démit de sa place de professeur de philosophie en faveur de son ami Cramer ; c'est alors qu'il fut nommé conseiller d'État et trésorier, places dans lesquelles il ne mérita pas moins bien de sa patrie que dans l'enseignement. — Un autre Cala.ndrini, appelé par quelques-uns Calendrini, aussi Genevois, a publié une description en vers latin» d'un orage arrivé à Genève le 19 janvier 1645 : on la trouve dans les œuvres du baron de Zulichcn. D— P — s.

CALANDRCCCI (Guciîrro), peintre, né à Païenne, en 1646, élève chéri de Charles Maratte, composa à Rome plusieurs ouvrages importants, entre autres, pour St-Antoine-des-Portu gais, que Lanzi appelle par erreur St-Antonin. le grand tableau du maître autel.et un Si. Jean-Baptitte placé sur un autel latéral, et, pour San-Paolino alla Regola, uneSfc. Anne assez estimée. Peu de temps après, Caladrucci fut appelé i Païenne par une invitation Irés-obligcanle. Il y entreprit, pour l'église du Sauveur, une grande composition représentant la Vierge entourée de St. liaiile et d'autret suints. Il mourut dans la même ville, en 1707, laissant un fils nommé Jean-Baptitle, son élève, qui fut employé quelque temps à Rome. Il eut aussi un frère appelé Dominique, également peintre, qui n'acquit pas une grande réputation. A — d.

CALANNA ( Pierrej, religieux, né à Tcrmini. en Sicile, dans le 16' siècle, cultiva les lettres et la philosophie, et se fit connaître par un savant ouvrage intitulé : Philotophia teniorum tacerdotia et plaloniea, a junioribus et laicit neglecta pkilotopkit, Palcrme, 1599, in-4*. L'auteur, partisan déclaré de la doctrine île Platon, se plaint de la préférence que les jeunes gens accordaient à Aristote. On n'a pas encore remarqué qu'il y avait un très-grand courage à attaquer alors Aristote, suivi dans toutes les écoles, et que la même liardiesse avait été la première cause de la mort funeste de Ramus. ( Yoy. Ramus.) David Clément fait mention de l'ouvrage de Calanna dans sa Bibliothèque eurieute, & cause de sa grande rareté, mais seulement d'après Seelen, zélé défenseur d'Aristole, qui nomme Calanna un platonicien à brûler. Dans le fond, il est plutôt syncrétiste que platonicien déterminé, et Seelen exagère en disant que

et qu'il a puisé dans VY-a.

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CALANSON (Giralt de), jongleur de la Gascogne, mort à la fin du 13* siècle, a composé des chansons d'amour et des espèces de satires contre les moeurs et les vices de son temps. Une des pièces les plus curieuses, parmi les quinze qu'on a conservées de lui, est une instruction sur l'art des jongleurs, dans laquelle il nomme les instruments qui étaient à leur usage, et décrit plusieurs de leurs exercices. Dans cette pièce, qui parait avoir été faite d'après le fabliau des Deux Bordéort ribaux, l'auteur s'adresse à l'un de ses confrères et lui dit : « Sache bien rimer et bien inventer, bien parler, « bien proposer et définir un jeu parti ; sache jouer « du tambour, des cymbales, et faire retentir la sym- « phonie (sorte de vielle) ; sache jeter et retenir des « pommes avec des couteaux, imiter le chant des « oiseaux, faire des tours avec des corbeilles, faire « sauter des chiens ou des singes au travers de qua- «t tre cerceaux ; jouer de la citole, de la mandore, « du monocorde, de la guitare, de la rote (vielle), « de la harpe, de la gigue et du psaltérion. Jono glcur, tu feras préparer neuf instruments de dix « cordes, et, si tu apprends à bien en jouer, ils four- « niront a tous tes besoins.... Sache comment l'a- « mour est volage et perfide, combien ses deux flè- « ches, dont l'une est d'or qui éblouit, et l'autre « est d'acier, blessent si rudement qu'on ne peut « guérir de leurs coups. Apprends les ordonnances « d'amour, ses privilèges et ses remèdes, et tu sau- « ras expliquer ses divers degrés; sache encore les « tromperies qu'il exerce, comment il abandonne « ceux qui l'ont servi, pour dévoiler ses ruses, son « astuce, et pour apprendre à s'en garantir... Si tu « sais bien ton métier, tu n'auras point à te plaindre « des rigueurs de la fortune ni de celles de IV « mour. » R— T.

CALANUS, l'un de ces philosophes de l'Inde que les Grecs appelaient gymnosophittet, parce qu'ils se passaient de vêtements, privation peu pénible sur les rives du Gange. Alexandre le Grand, désirant attacher à sa suite quelques-uns de ces sages, chargea le philosophe Onésicrite, disciple de Diogène, d'aller les trouver et de lui amener ceux que pourraient tenter sa faveur et ses présents. Calanus, âgé de quatre-vingt-six ans, fut le seul qui consentit à se rendre auprès du conquérant. Plutarquc rapporte qu'il se nommait Sphinet, et que les Macédoniens l'appelèrent Calanus, parce qu'en saluant ceux qui l'abordaient, il avait coutume de dire cala, qui, dans sa langue, signifiait talut. Ce philosophe osa, dit-on, demander au vainqueur de l'Inde de se dépouiller de ses habits et de se mettre tout nu pour entendre ses discours, il le suivit en Perse. Un jour qu'Alexandre se plaignait des soulèvements et des troubles qui éclataient dans son empire, Calanus jeta à terre un cuir desséché, et, pressant successivement du pied tous les bords, il fit soulever les autres jusqu'à ce que, posant son pied au milieu, le cuir resta également abaissé au centre et à la circonférence. Il voulait exprimer par là qu'Alexandre 'ne contiendrait tous ses peuples qu'en se tenant au centre de tes États. Calanus, qui jusqu'alors n'avait connu ni

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maladies, ni infirmités, ne put changer de ciel et de régime sans en être incommodé. Ne se sentant pas le courage de souffrir, il résolut, suivant la doctrine de sa secte, de prévenir sa dernière heure par une mort volontaire, et pria le roi, qui était alors à Pasargade, de commander qu'on lui dressât un bâcher. Alexandre, n'ayant pu réussir à le détourner de ce dessein, voulut du moins honorer le philosophe d'une pompe funèbre digne de la magnificence d'un grand roi. Toute l'armée fut rangée en bataille, avec les éléphants, dans une vaste plaine. On répandit les parfums les plus précieux sur Calanus et sur le bûcher. Calanus fut revêtu d'une robe de pourpre couverte de pierreries; de riches tapis, des vases d'or et d'argent lui furent donnés. 11 traversa la ville de Pasargadc la téte couronnée de fleurs, chantant des hymnes dans la langue des brachtnanes; et, porté comme en triomphe dans les rangs de l'armée, il descendit au pied du bûcher. Apres avoir fait aux dieux sa prière et des libations, il coupa une partie de ses cheveux comme on coupait le crin des victimes, prit congé des Macédoniens, et, leur touchant dans la main, dit : « Après avoir vu « Alexandre et perdu la santé, la vie n'a plus rien « qui me touche. Le feu va brûler les liens de ma « captivité. Je vais remonter au ciel et revoir ma « patrie. Vous devez en ce jour vous réjouir et faire « bonne chère avec le roi. Je ne lui dis point adieu, « parce que je le reverrai dans peu à Babylonc. » Après ces dernières paroles, qui furent regardées comme une prédiction (Alexandre ne survécut à Calanus que de quelques mois), le philosophe indien distribua à ses amis les présents qu'il venait de recevoir. Il monta avec joie sur le bûcher, se coucha sur ce lit funèbre, et se couvrit enlin le visage. Lorsque les flammes commencèrent à briller, on entendit de toutes parts le son des trompettes et les cris des soldats, auxquels vint se mêler le meuglement des éléphants. On dit qu'en ce moment Alexandre se retira morne et pensif dans son palais. Les assistants frémirent d'horreur en voyant Calanus, atteint par les flammes, demeurer constamment dans la même attitude, sans faire le plus léger mouvement, sans donner aucun signe de douleur. Suivant Diodore de Sicile, on porta divers jugements de sa mort : les uns n'y virent que l'action d'un insensé, les autres qu'un fol amour de vainc gloire ; mais plusieurs, et Alexandre avec eux, y admirèrent un beau triomphe sur la douleur et sur la mort. Alexandre, ayant fait recueillir dans une urne les cendres de Calanus, retint a souper les principaux de ses capitaines et de ses amis, et, pour honorer le philosophe indien, il proposa pour prix une couronne d'or, estimée un talent, a celui des convives qui boirait une plus grande quantité de vin. Ce prix fut remporté par Proinachus, qui avala quatre mesures (dix-huit à vingt pintes), et ne survécut à cette honteuse victoire que de trois jours ; des autres convives, quarante et un moururent des excès qu'ils liront en buvant, et ce fût, ditRollin, la digne clôture du spectacle que Calanus venait de donner. (Foy. Arrien, Plutarque, Diodore de Sicile, Strabon, Quinle-Curce, elc.) V— vu.

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CALAODN. Voyex KÉLAorw.

CALAS (Jean ), victime de la législaUon vicieuse du siècle dernier, non moins que du fanatisme religieux, naquit le 49 mars 1096 au bourg de Claparède, dans le diocèse de Castres, en Languedoc. Il épousa, en 1751, une Anglaise, Anne-Rose Cibibel, dont la famille était d'origine française et calviniste comme lui. Il exerçait â Toulouse la profession de négociant. 11 eut quatre fils ( Marc-Antoine, Louis, Jean-Pierre etDonat), et trots filles, dont il soigna lui-même l'éducation. Considéré dans le commerce, il avait atteint la vieillesse et obtenu l'aisance au milieu des occupations d'une vie laborieuse et paisible, lorsqu'à soixante-trois ans, il se vit l'objet de la plus terrible accusation. Le 13 octobre 1761, après le souper, M arc- Antoine Calas, son fils aîné, âgé de 28 ans, fut trouvé suspendu à une cordeau-dessus de la porte du magasin de son père. On pouvait croire que ce jeune homme, d'un esprit sombre, ardent, inquiet, et de plus adonné au jeu, s'était donné la mort ; mais le peuple s'attroupa aux cris de la famille, et dans cette foule le bruit se répandit soudain que ledéfunlayant voulu se faire catholique, à l'exemple de Louis son jeune frère, le vieux Calas avait prévenu cette abjuration par un meurtre. Marc-Antoine Calas , doué d'ailleurs d'un esprit distingué, sollicitait le titre d'avocat; nuis le barreau était alors interdit aux réformés, et ce jeune homme, sans avoir renoncé formellement à la croyance de ses pères, fréquentait les églises pour obtenir un titre dont ses talents le rendaient digne. On impliqua dans l'accusation nonseulement la famille Calas, mais le jeune Lavaysse qui avait assisté au souper. Cétait le fils d'un riche avocat au parlement de Toulouse ; il revenait alors de Bordeaux, où il était allé passer quelques années pour apprendre le commerce, et se rendait chez son père, à Caraman. 11 traversait Toulouse, lorsqu'il aperçut daus le magasin de Calas des personnes de Caraman ; il leur demanda des nouvelles de sa famille, et convint de partir le lendemain avec elles. Les deux (ils de Calas, liés d'amitié avec Lavaysse, avaient profilé de cette circonstance pour l'inviter a souper avec eux, et le père avait joint ses instances à celles de ses lils. De là l'accusation contre le jeune Lavaysse d'avoir été envoyé par les protestants de la Guyenne pour prendre |iart au meurtre. Marc- Antoine Calas fût donc, grâce à ces bruits populaires, regardé comme un martyr du fanatisme de ses parents, et avec d'autant plus de probabilité, que par une délicatesse honorable, mais qui lui fut bien funeste, la famille Calas, entourée dans le premier moment par la foule, avait pris soin, au milieu de son déses|X)ir, d'écarter tout soupçon de suicide : on sait qu'alors ceux qui terminaient volontairement leur vie étaient jugés indignes delà sépulture chrétienne, et leur cadavre ignominieusement traîné sur la claie. Les pénitents blancs de Toulouse lui firent de splendides funérailles. Les dominicains lui érigèrent un catalalque au-dessus duquel ils placèrent un squelette représentant la victime, tenant d'une main une palme de martyr, et de l'autre un acte. d'abjuration. Cependant la rumeur pubuque, qui represen- • - • 48

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tait ce suicide comme un meurtre, avait été accueilli dans ce sens par David Baudigné. un des capitouls de ia ville, que la famille Calas avait appelé sur les lieux au moment où le jeune tomme avait été trouvé étrangle. Il avait fait transférer sur-le-champ à l'hôtel de ville M. et madame Calas, leur servante, qui était catholique, et le jeune Lavaysse. Au lieu d'accueillir leurs réponses si claires comme l'expression de la vérité, il s'obstina à les trouver coupables. Ni la probité connue du vieux Calas, ni le bon accord qui avait toujours régné dans celte famille, et que n'avait pas même troublé la démarche d'un lils qui avait abjuré le protestantisme pour se faire catholique, ne furent capables de détruire les préventions des juges. En vain Calas produisit des témoignages de sa tendresse pour ses enfants, et de la noire mélancolie qui consumait son lils; en vain il représenta que, loin d'être capable des fureurs dont on l'accusait, il payait une pension à l'un de ses lils qui s'était fait catholique ; qu'affaibli par l'âge, il n'aurait pu exécuter ce parricide sur un jeune homme ardent et vigoureux ; qu'une servante catholique, qu'on supposait avoir été présente à cette scène exécrable, aurait trouvé moyen de prévenir son crime, etc. Condamné en première instance par le tribunal des capitouls, sur la déposition de nombreux témoins qui se présentaient plutôt comme les échos d'une accusation que comme des accusateurs directs, Calas le fut encore par la chambre criminelle du parlement de Toulouse. Sur les huit capitouls, un seul, l'assesseur Carbonnel, avait déclaré les prévenus non cou|iables. Au parlement, sur treize conseillers, deux seulement opinèrent pour l'absolution. Les mémoires du temps s'accordent à dire que le calme de l'innocence n'abandonna pas un seul instant le vieux Calas, pendant la procédure et au milieu des angoisses de la torture. Le 9 mars 1762, il subit l'affreuse sentence, et expira sur la roue en protestant de son innocence. Par une inconséquence à laquelle l'humanité applaudit sans doute, mais qui semblerait prouver que les juges eux-mêmes eurent horreur de leur sentence, la femme de Jean Calas et le jeune Lavaysse, qui assuraient n'avoir pas quitté l'accusé au moment où son fils était mort, furent renvoyés absous, ainsi que la servante catholique. Le plus jeune des fils de Calas fut condamné au bannissement ; mais au moment où il sortait de Toulouse, il fut arrêté et renfermé pendant quatre ans dans un cloître. 11 parvint i s'évader et alla traîner son infortune en pays étrangers. La veuve Calas s'était retirée à Genève, et trouva un protecteur aussi puissant que zélé dans Voltaire, qui résidait alors à Ferney. Dès ce moment, la sanglante tragédie que le fanatisme avait joué à Toulouse produisit tous ses résultats. Les protestants, attérés, n'osaient élever la voix; mais les vrais catholiques gémissaient en silence ; car l'incrédulité ne manqua pas de s'emparer de cette affaire, l'exploita jusqu'au bout, s'en lit une arme funeste contre la religion, et deux fanatisme* furent alors en présence, le fanatisme sanguinaire des bourreaux de Toulouse, tout honteux d'eux-mêmes, et le* payions non moins intolérables du philosophisme

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incrédule, trop heureux d'avoir ici le beau rôle. Combien l'homme qui avait pris pour devise Écratont l'infâme se donna carrière! Combien il sut à bon marché afficher l'indignation vertueuse, la générosité, le courage I Quoi qu'il en soit, le publie s'intéressa comme il le devait à la cause d'une fiunille malheureuse. 11 avait paru d'abord Genève un mémoire de Donat et de J. Pierre Calas. Vollalre ne cessa de donner tout l'éclat possible à cette affaire, soit par ses démarches auprès des grands, soit par des écrits empreints d une véhémente éloquence. 11 parvint enlin à en porter la connaissance au conseil du roi. Ou lui demandait alors où il en était de sa tragédie A'Olympie: « N'espérer point, répondit-il, tirer de « moi une tragédie que celle de Toulouse ne soit « finie. » Au commencement de 1763, on recueillit en un gros volume tout ce qui avait été publié dans ce procès. On trouvait dans ce recueil les mémoires de trois célèbres avocats : l'un d'Élie de Beaumont, le second de Mariette, le troisième de Loyseau de Mauléon. Ce dernier produisit le plus d'effet, parce que l'auteur y traitait la cause d'une manière moins savante que populaire. Quant au mémoire d'Élie de Beaumont, il offrait, au milieu de quelques déclamations, un lumineux examen de la législation relative aux protestants depuis la révocation de l'édit de Nantes. Le 4 juin 1764, le conseil d'État cassa l'arrêt du parlement de Toulouse; et en effet, il paraîtrait que la procédure qui avait été instruite fourmillait de nullités. On aurait peine & croire un pareil entraînement de la part de graves magistrats, si trop d'exemples ne prouvaient combien la prévention et le fanatisme rendent aveugles les hommes même les plus consciencieux. On citait alors celte anecdole. Un conseiller au parlement de Toulouse , qui se trouvait à Paris, se vit, dans un cercle, ainsi que ses confrères, en butte aux repioches. « 11 n'est « si bon cheval qui ne bronche, dit-il, — Oui, niais « toute une écurie ! » lui réptiqua-t-on. Le procès fut instruit de nouveau aux requêtes de l'hôtel du roi, et le 9 mars 1765 fut rendu au souverain, dans cette cause, un arrêt définitif qui réhabilitait la mémoire de Calas, décliargcail sa veuve, un de ses fils, le jeune Lavaysse et la servante de l'accusation internée contre eux, ordonnait que l'amende et les dépens fussent rendus et l'arrêt affiché, etc. Le conseil d'État ne s'en tint pas la : il fut en outre arrêté de demander au roi de défendre, par une déclaration expresse, la procession qui se faisait tous les ans i Toulouse en l'honneur du massacre de 4,000 huguenots. Enfin il fut décidé qu'il serait écrit au roi, au nom de la compagnie, pour recommander la famille Calas aux bonlés.de Sa Majesté, et la supplier de supprimer l'usage des britfi inlendiu. Cet usage, conservé au parlement de Toulouse contre la disposition de l'ordonnance criminelle de 1670, consistait à faire aux témoins des questions, au lieu de recevoir et d'écouter leurs dépositions : méthode par laquelle un juge inique ou. prévenu pouvait faire dire à un témoin ce qu'il jugeait i propos. La feinille Calas, qui s'était rendue à Paris, s'était con-

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atituéo prisonnière avec le jeune Lavaysse et la servante, huit jours avant le jugement. Elle y avait reçu les visites d'un grand nombre de personnes distinguées. Quant au capitoul David Baudrigué, il fut destitué. Le parlement de Toulouse envoya une dépu talion A Versailles, mais ses excuses furent mal reçues par le roi. Le domaine, en taisant à la famille Calas remise de l'amende et des frais immenses de la procédure, rendit à la veuve une somme de 24,000 livres, par forme de douaire ; mais les frais du procès de révision, jusqu'au jour du jugement souverain, s'étaient montés à plus de 50,000 livres. La générosité publique couvrit une partie de ces dépenses. Toute celte malheureuse famille fut présentée au roi et a la famille royale. Louis XVI lui accorda une gratilication de 56,000 livres, savoir : 18,000 livres à la veuve, 6,000 livres & chacune des deux lilles, 5,000 livres à Pierre Calas, et autant à la servante. Une estampe gravée sur le tableau de Carmontelle ( voy. ce nom ), lecteur du duc de Chartres, fut publiée par souscription au profil de cesinfortunés. Elle fut d'autant plus recherchée que l'autorité, par un reste de ménagement pour le parlement de Toulouse, fit semblant d'en interdire la publication. On voit, dans cette gravure, la veuve assise dans «m fauteuil : l'altération de ses traits atteste son infortune. Sa fille aînée est assise à côté d'elle. La cadette est debout derrière sa mère et appuyée sur son fauteuil. Rien de plus touchant que la ligure de ces deux jeunes personnes. Toutes les trois ont les yeux fixés sur le jeune Lavayssc, qui leur lit le mémoire d'ÉUe de Bcautnont ; derrière lui est Pierre Calas. Entre ce groupe et celui de la mère et des filles, on voit la vieille servante debout, écoutant cette lecture. Les deux jeunes filles n'avaient pas été oubliées dans la persécution ; elles avaient été arrachées à leur mère et mises dans deux couvents différents. L'alné y avait éprouvé beaucoup de duretés ; la cadette, par une douceur angélique, avait conquis l'affection des religieuses, qui la traitèrent avec la plus grande bonté. Cbrs de la révision du procès, elles avaient été rendues à leur mère. Quant au jeune Lavaysse, il n'avait jioint eu part aux bienfaits du roi, son père étant fort riche. Cette affaire qui, pendant longtemps, occupa le public en France et en Europe, a donné lieu à bien des publications, indépendamment des factums et des mémoires des avocats, ainsi que des nombreux écrits de Voltaire, Hlin de Sainmorc a rimé une héroïde intitulée : Jean Calas à sa femme et à $et enfants (Paris, 17C5, in-8°). Un autre a fait parler Calas sur l'échafaud à ses juges ( Uayonne et Paris, 1765, in- 12). Un troisième a publié : Y Ombre de Calas le suicidé, à sa famille et à son ami ( Amsterdam et Paris, 17C5, in-8"). Un tel procès, qui figure dans tous les recueils de causes célèbres, ne pouvait manquer de fournir matière à des pièces de théâtre. Au mois de décembre 1790, les comédiens du Théâtre-Français jouèrent successivement deux drames sur ce sujet; le premier intitulé : Calot ou le Fanatisme, drame en 4 actes et en prose par Th. Lemierre neveu; le second ayant pour titre : Jean Calas,

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