‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 10 sur 129 · ABB M · texte numérisé non relu

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la poésie, et surtout ses malheure, la rendirent célèbre. Elle lut donnée en mariage, par son frère, au grand vizir Giafar (Dja'far-ben Yahya), chef de la famille des Barmécides, et ami du calife; mais Haroun y mit l'étrange condition qu'ils ne se considéreraient point comme époux , et qu'ils borneraient leur liaison à la simple amitié. On a prétendu que le calife leur fit cette défense parce qu'épris d'Abbassa , et trop pieux |*>ur se livrer à un commerce incestueux, il ne voulait pas qu'un autre éprouvât le bonheur auquel lui-même ne pouvait prétendre. D'autres donnent à cette défense un motif moins odieux : ils disent que le calife n'avait marié sa sœur à son favori que pour permettre à Giafar l'entrée du sérail , et lui faire ainsi partager tous ses plaisirs. Quoi qu'il en soit de ce caprice singulier, la jeunesse et une passion mutuelle eurent plus de pouvoir que la volonté tyrannique du monarque. Abbassa devint mère, et donna le jour à un lils, que Giafar et elle envoyèrent élever secrètement à la Mecque (quelques écrivaius disent même qu'elle accoucha de deux jumeaux). Le fait parvint a la connaissance du calife, qui fît périr Giafar avec tous les Barmérides, et ne se montra pas moins cruel envers sa steur, eu la chassant de son palais et en l'exposant à toutes les horreurs de l'indigence. Dans un pèlerinage qu'il fil i la Mecque, Haroun témoigna le désir de voir l'enfant , sans doute pour lui faire aussi ressentir les effets de sa haine; mais on parvint à le soustraire à ses regards. L'atroce conduite d'Haroun parait une preuve bien forte qu'il avait regardé la malheureuse Abbassa avec d'autres yeux que ceux d'un frère. Plusieurs années après, une femme, qui l'avait connue pendant sa prospérité , la rencontra et lui demanda ce qui lui avait attiré son infortune. «J'ai eu autrefois «quatre cents esclaves, lui répondit Abbassa; je ne « possède plus maintenant que deux peaux de mou- « bn, dont l'une me sert de chemise, et l'autre de « robe. J'attribue mes malheurs à mon peu de recon- « naissance pour les bienfaits de Dieu. Je fais péni- « tence de ma faute , et je vis contente. » La femme lui fit présent de 500 dragmes d'argent, el Abbassa montra, dit d'Herbelot, autant de joie que si «Ile eût été rétablie dans son premier état. Parmi les vers d'Abbassa que les Arabes oui conservés, on remarque ceux que Ebn- A hou- Hadjelah rapporte dans son ouvrage intitulé Saba. Us sont adresses à Giafar, et annoncent un rmir passionné. D — t.

ABBATE (Niccolo oeli/), peintre, né à Modène en \ 300 , fut élève , non pas du Primatice , comme on l'a cru , mais de Ruggiero Ruggieri que le Primatice amena avec lui en France, et qui l'aida à orner de peintures le château de Fontainebleau. Il est vrai que dell' Abbate a souvent rappelé le Primatice dans les compositions qu'il a laissées à Bologne. Toute la famille de Niccolo , comme celle des Hassan et quelques autres, s'était vouée aux arts, et de père en fils, ils furent tous des artistes recommandables. On cite avec honneur, parmi les peintres modénois, Jean son père, Pierre-Paul son frère, Jules^amille , son fils, Hercule, fils de Jules- Camille, et Pierre-Paul, fils d'Hercule, Les principales fresques de Niccolo

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sont à Bologne, clans les salles et sur les plafonds de l'institut. H lés a peintes de concert avec Pellegrino- Pellegrini, dit Tibaldi, vers 1550. Ces fresques représentent différents sujets de VOdystSe. Elles ont de la vérité, de la noblesse et de la grâce. Antoine Buratti les a gravées, et Ton y a joint la vie des deux auteurs par Zanotti, Venise, 1756, in- fol. Niccolo mourut en 1571, laissant après lui la gloire de son nom dignement soutenue par son petit-fils Hercule, et son arrière-petit-fils Pierre-Paul dell' Abbate. Le musée français possède un tableau de Nieeolo, représentant le mariage mystérieux de Ste. Catherine d'Alexandrie. Sur le devant est un buste d'homme, présume le donataire. Les tableaux de ce maître sont rares en Italie. A— d.

ABBATE ou DE ABBATI ( Balde-Angelo t, médecin sur lequel on n'a que des renseignements incomplets, était de Gubbio et vivait a la fin du 16° siècle. Il pratiqua son art dans sa ville natale, puis à Pésaro, où le duc d'Lrbin le fixa, du moins quelque temps, par le litre de son premier médecin. Il avait des connaissances étendues en histoire naturelle, et se montra un bon observateur dans l'ouvrage suivant : de admirabili Yipriœ Xatura, et de mirificis ejusdem Facullatibut, Lrbin, 1589, in-l", fig., ëdit. très-rare ( Voy. la Bibliolh. curieuse de Dav. Clément, t. 1'); il y a des exemplairs avec la date de 1594. Cette monographie de la vi- . père se trouve encore, après plus de deux siècles, au niveau de la science. Elle a été réimprimée à [Nuremberg, 1605, in-4u, et à la Haye, 1060, in-12. Les curieux en recherchent toutes les éditions. On cite encore de ce médecin : Opus prceclurum ennrertnlionum discussarum de rébus, verbis et sententiix controrersis ex omnibus fere scriploribus, libri 15, Pésaro, 1595, in-4°. \V— s.

ABBA-THt IXE. rupack de l'Ile Courouraa, et le chef le plus puissant de l'archipel des Iles Pelew, naquit vers 1740, avec des dispositions naturelles qui méritaient de briller sur un plus vaste théâtre. Dès sa jeunesse, il avait la réputation du plus vaillant guerrier qui eut existé dans ces lies , et n'était pas moins remarquable par sa justice et sa magnanimité. 11 avertissait ses ennemis trois jours avant île les attaquer, et se prétait à tous les accommodements honorables. Lesprisonniersde guerre étaient seuls train* sévèrement ; il s'en méliait , croyant à cette maxime transmise par ses ancêtres : qu'un prisonnier est plus à craindre que cinq ennemis Vénéré de ses peuples, il professait dans

toutes les circonstances les sentiments les plus nobles ; il avait le mensonge en horreur, et savait se rendre aux avis de ses conseillers. Il donnait tous les jours audience à ses sujets avec une extrême affabilité. Sa physionomie exprimait la sagesse et la bienveillance; il était aussi gai , aussi spirituel que fameux guerrier et liabile homme d'Etat. On pourrait l'appeler, à plus d'un titre, le Pierre le Grand de l'Océanie, car il s'était livré à tous les arts de son pays pour les eneouraser. et il excellait dans plusieurs. Cependant, sans le naulrage du paqueliot /' Antilope , commandé par le capitaine Henri Wilson ( toy. Wil-

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son), qui se perdit, en 1785, sur les lies Pelew, l'Europe n'aurait pas connu le beau caractère d'Abba- Thulle. Il exerça envers les Anglais la plus touchante hospitalité; mais ceux-ci, l'ayant soupçonné de vouloir les retenir, tramèrent un détestable complot, et désignèrent leur bienfaiteur et ses frères pour leur» premières victimes. Heureusement la bonne intelligence se rétablit; les naufragés construisirent un petit bâtiment, et aidèrent leurs botes à combattre des peuplades ennemies. Avant son départ, le capitaine Wilson fut décoré du bracelet , ordre chevaleresque des des Pelew. Abba-Thulle avait cinq femmes et plusieurs enfants; les Anglais connurent sa fille Erre-Bess et ses lils Oui- Bill et Lee-Boo ( Libou). Le second s'embarqua pour l'Angleterre , a la demande de son père , qui voulait lui faire acquérir des connaissances utiles à son peuple; il mourut à Londres, de la petite vérole, le 27 décembre 1781. La conduite <pic tint Abba-Thulle avec les Anglais fait le plus grand honneur à sa mémoire; mais il ne fut pas assez sage pour prévoir les désastres que les armes à feu devaient causer dans ses Iles. Des mousquets et des munitions lui furent laissés par Wilson ; il en recul encore, en 1791, de la part de la compagnie des Indes, par le commandant Mac-Cluer, dont les compagnons prirent parti dans ses guerres. Lorsque le capitaine américain Delano visita les Iles Pelew jMMir la seconde fois , en 1795 . les armes à feu y avaient occasionné les [tins grands ravages. Abba- Thullc était mort; son lils Oui-Bill, d'un caractère faible, n'avait pu conserver la couronne, malgré les valeureux efforts des guerriers fidèles à la mémoire de son père. Son oncle Hara-Kook . premier général d' Abba-Thulle, avait usurpé l'autorité suprême et l'exerçait avec tyrannie. Il fut bientôt assassiné , et plusieurs nipacks lui succédèrent au milieu des troubles. Le nom d'Abba-1 bulle parait être devenu un titre attaché à la dignité suprême dans les Iles Pelew. Le chef qui l'honora par ses talents et son caractère rappelle Taméah-Méah et Finow, rois des Iles Sandwich et de Tongatabou , dont le génie se développa dans des circonstances à peu près semblables. Il a été appelé Abba-Thulle le Grand par le navigateur Delano. B— v— e.

ABU ATI CCI (Jacques-Pierre), général français, naquit dans l'île de Corse en 1726. Après avoir fait de bonnes études à Padoue, il embrassa l'état militaire. La Corse était alors en guerre avec les Génois, dont elle cherchait à secouer le joug; mais les chefs de l'insurrection étaient divisés. Ahbatueci , , d'alwird en rivalité avec le fameux Pascal Paoli , finit par se réunir à lui, et devint son lieutenant. I.orsqu'en 1768, la république de Gênes, fatizuée d'une lutte opiniâtre, céda l'Ile de Corse â la France, Abbatucei combattit encore pour l'indépendance de sa patrie, et contribua vaillamment aux succès que Paoli obtint contre le marquis de Chauvelin ; mais lorsque les Français, commandés par le comte de Vaux , eurent détruit l'armée corse , Abbatucci fit sa soumission, et reçut de l>ouis XV les épaulettes de lieutenant -colonel. Sous le gouvernement du comte de Marbœuf , il fut impliqué dans un procès

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politique et condamné à une peine infamante ; mais l'assemblée des états provinciaux , dont il était membre, obtint la cassation de l'arrêt, et Abbatucci fut acquitte au parlement de Provence, devant lequel il avait été renvoyé. Non-seulement Louis XVI le réintégra dans son grade, il lui donna encore la croix de Saint -Louis et le nomma ensuite maréchal de camp. En 1793, lorsque Paoli, devenu chef des mécontents, appela les Anglais dans l'Ile de Corse, Abbatucci combattit courageusement, mais sans succès , en faveur de la cause française. Obligé de se retirer sur le continent , il fut récompensé de son dévouement par le grade de général de division , et employé à l'armée d'Italie sous les ordres de Bonaparte ; mais celui-ci en avait fort mauvaise opinion. 11 écrivit au Directoire, le 15 août 1790 : « Ab- « batucci n'est pas bon à commander cinquante ■ hommes. » On juge qu'avec une pareille recommandation, ce général fut bientôt obligé de quitter l'armée. Il retourna en Corse, où il mourut en 1812. Trois de ses iils sont morts au service de France : le plus connu est Cbarles Abbatucci. ( Yoy. l'article suivant.) M — dj.

ABBATUCCI (Charles), fils du précédent, naquit en 1770. Après avoir suivi les cours de l'école militaire de Metz, il fut promu, en 1747, à l'âge de seize ans, au grade de lieutenant d'artillerie. 11 était capitaine en 171*2; sa belle conduite lui valut, avaut la lin de la même année, le grade de lieutenantcolonel. En 17 !).">. il passa dans l'artillerie à cheval. Picbegru le choisit pour aide de camp, en 1704. Il lit la campagne de Hollande avec le grade d'adjudant général, qu'il avait refusé trois fois, parce qu'il ne voulait pas se séparer d'un de ses frères d'armes , dont l'amitié lui était chère. Ablutucci fut nommé général de brigade après le premier passage du Rhin , où il avait déployé la plus rare valeur, et fut employé en cette qualité à l avant-garde de l'année de Hhin et Moselle dans la campagne de 1700. Moreau le chargea de préparer le passage du Hhin. le 21 juin 179G, et de prendre part à l'attaque contre le fort de Kehl , où il signala de nouveau son courage. Le 27, il franchit intrépidement le Lech en présence de l'ennemi , et mit deux fois les Autrichiens eu déroute. Le 20 octobre suivant, ce fut encore lui qui protégea la retraite des Français près de Neubourg; il eut dans cette journée un brillant engagement avec le corps du prince de Condé, et Savary rapporte, dans ses mémoires, qu'Abbatucci traita les émigrés en ennemi généreux. Ces éclatants faits d'armes valurent à ce jeune oflicier les épaulettes de lieutenant général. Lorsque Moreau fut forcé de repasser le Hhin, après la défaite du corps de Jourdan, il confia à Abbatucci la défense d'Huningue, qui était deveuu le boulevard de l'Alsace. La place fut bientôt attaquée par les Autrichiens. Abbatucci se défendit vigoureusement , mais il fut mortellement blessé, le 2 décembre, dans une sortie qu'il dirigeait avec son intrépidité ordinaire. Sa mort fut suivie de la reddition de la forteresse. Moreau voulut honorer la mémoire de ce guerrier malheureux en lui faisant élever un monument au lieu où il était tombé. En

i 1815, les Autrichiens crurent effacer le souvenir de j leur défaite en détruisant ce tombeau; mais, en I 1819, le général Happ ouvrit une souscription pour : le rétablir; le général Foy s'inscrivit un des premiers. Toutefois le monument d' Abbatucci ne fut reconstruit qu'après 1850. C. XV—*.

ABBON, surnommé Le Cofrbe (en l.ilin Âbbo Certain* ) , né dans la Normandie, vers le milieu du 9' siècle, vint étudier à Paris sous Aimoin l'ancien, qui était alors en grande réputation. Après avoir fait profession à l'abbaye de Saint-Gcrmain-des-Prés, il devint diacre et prêtre dans ce même monastère, où il mourut , vers l'an 025. Nous avons de cei écrivain un poème épique, divisé en trois livres sur le siège, de Paris par les Normands [de Bello Pariniarœ urbit), qui dura depuis le mois d'octobre 880 jusqu'à celui de février 887. L'auteur publia cet ouvrage en 890, et le dédia à Gozlin, diacre, et non ù Gozeliu, évêque de Paris. Abbon avait été témoin des événements qu'il rapporte. Sa piété lui fait attribuer la délivrance de îa capitale, et les succès «le l'armée îles Parisiens, aux reliques de St. Vincent, de St. Germain et de Ste. Geneviève. 1 1 a réuni dans ses vers tous les défauts des poètes de son siècle il écrit mal; ses constructions sont toujours vicieuses, et ses métaphores tirées de si loin, qu'à peine la comparaison qu'elles renferment se laisse-l-elle entrevoir; il a cependant souvent affecté d'employer les propres I expressions de Virgile : c'est même le poêle qu'il s'était proposé pour modèle, lorsqu'il entreprit d'écrire I en versl'histoiredu siège de Paris. A/aronù. dit-il dans i son épi Ire ilihlicaUnre, proseindebameehtgat. Comme il a été le témoin de la plus grande partie des événements qu'il raconte, son poème est précieux pour les détails et la certitude des faits. I,e savant P. Pilhou, à qui le seul manuscrit connu de cet ouvage appartenait, le lit imprimer pour la première fois à Paris, en 1588, dans son recueil de divers annalistes, chroniqueurs ou historiens de France, et donna ensuite son manuscrit à l'abbaye St-Germain-des-Prés : il est à présent à la bibliothèque royale, sous le no1055, fonds de l'Abbaye. Ce poème a encore été publié par dom Jacques du Brcul, 1005, à la suite de l'édition d' Aimoin; ensuite par André Duchesne, et par plusieurs autres. Mais la meilleure édition est la septième qui a été mise au jour par dom Toussaint Du- I plassis dans ses Nouvelle» Annale» de Pari», 1755, in-4°, p. 215. Des trois livres qui composent le poème d' Abbon, les divers éditeurs n'ont jugé à propos de publier que les deux premiers. Outre que le troisième ne contient rien d'intéressant et que le manuscrit est fort imparfait , l'auteur l'a rempli de digressions et d'allégories qu'il a eu soin d'expliquer par des gloses ou fcolies aussi peu intelligibles que le texte. En s'expliquanl mal , dom Rivet ( Hitttrire littéraire de la Franee, t. 0, p. 192), a laissé penser qu'il existait, outre le texte latin d'Abbon , une ancienne glose ou traduction en vers français de ce poète, qu'il cite d'après le président Fauchet ( p. 521 ). Cette méprise du savant bénédictin a fait avancer par tous les dictionnaires historiques qu'on avait publié une traduction du poème du Siège

de Paris. Abbon a laissé encore : 1° Epi st nia ad Desiderium episcopum, qui se trouve dans le t. 5 de la Bibliol. Pair.; 2- un Recueil de Sermons, dont cinq seulement ont été publiés par les soins de d'Achery, dans le 9« t. de son Spicilegium. Celui qui a pour objet lesprogre* du christianisme est sans contredit le chef-d'o-nvre de cet auteur; il s'y montre très-instruit dans l'histoire de l'Église, et l'on y trouve une déclamation vraiment pathétique contre les usurpateurs des biens ecclésiastiques. ( Voy. GosLiN.note 1.) M. Guizot, dans sa collection des documents relatifs à l'histoire de France, a donné la traduction française du poème du Siège de Paris. R— T.

ABBON , moine , ensuite abbé de Fleury ou de Saint- Benoit- sur- Loire (en latin Abbo Floriacensis), né à Orléans dans le milieu du 10' siècle, fut poète, historien et mathématicien. Dès son enfance, son père , Létus , et sa mère , Ermengarde , l'envoyèrent à l'abbaye de Fleury pour y étudier sous Gunbolus et Christianus, savants professeurs de ce monastère. A un zèle ardent et à un travail excessif, Abbon joignait un jugement sain et le plus grand amour pour les lettres ; aussi fut-il en état de les enseigner de bonne heure, ayant fait profession et reçu l'habit religieux. Voulant encore posséder les hautes sciences , il demanda la permission de voyager pour étudier dans les écoles les plus célèbres , et alla successivement de Paris à Reims pour se former dans la dialectique ; de là, à OrliMns, où il apprit la musique. Son abbé lui donna l'ordre d'aller en Angleterre pour y instniire les religieux bénédictins de l'abbaye de Ramsey ; au bout de deux ans , sur la fin de 087, il revint à Fleury, dont il fut nommé abbé l'année suivante. Alors, tout entier aux devoirs de sa place , il ne s'occupa qu'à l'étude de l'Écriture sainte et aux ouvrages des Pères. Dans un voyage qu'Ai»!» on ht en Gascogne pour rétablir l'ordre dans l'abbaye de la Réole, qui dépendait de celle de Fleury , il s'éleva une émeute violente ; un Gascon lui porta dans le côté gauche un coup de lance dont il mourut le même jour, 15 novembre 1004. Abbon avait assisté à trois conciles, et fait deux voyages à Rome en qualité d'envoyé du roi Robert, sous les papes Jean XV, en 086, et Grégoire V, en 996, qui lui donnèrent des témoignages de leur estime. Ses contemporains avaient la plus haute idée de ses lumières et de son érudition. Fuiltert de Chartres l'appelle, dans une de ses épitres: Summœ phitosophiœ abbas.et omni dirinaet sœadari aucloritate lotius Franci» magitler famosissimus. Ses principaux ouvrages sont : i* des lettres qu'on trouve à la suite du Codex Canonum relus , Paris, 4687, au nombre de quatorze; la treizième n'est |ias d'Abbon , mais d'Albert , abbé de M ici. La dixième est un traité philosophique du serment : c'est la plus curieuse et la mieux écrite; 2° Y Apologétique d'Abbon contre Arnulphe, évèque d'Orléans, qu'on trouve à la suite de ses lettres ; 3° un Recueil de Canons, adressé aux rois Hugues et Bolwrl son fds, que le P. Mabillon a inséré dans les Analccla , t. S ; 4« un Recueil de sentences de la Bible et

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des Pères, publié avec des notes par D. Mabillon; 5' Abrégé des vies de 91 papes, tiré de l'histoira d'Anastase le bibliothécaire; Mayence, 4604 , in-4*. Quoique le titre annonce l'abrégé de l'histoire de 91 papes, le manuscrit sur lequel l'ouvrage a été imprimé par les soins du P. Busée ne parle que de 87, et linit a Grégoire II, successeur de Constantin. A la suite de cet ouvrage, on trouve celui de Luitprand, diacre de Pavie . sur la même matière. 6* Quelque» lettres dispersées dans diverses collections, entre autres dans le t. 1" des Miscellanea de Baluze, Paris, 1678, in-8". Aimoin , disciple d'Abbon, ■ écrit la vie de son maître, et y a inséré quelques fragments de ses écrits. On trouve le tout dans le t. N* des Acla sanclorum ordinis sancli Benedicti. R— T.

ABBOT ( George ) , archevêque protestant de Cantorl)éry, célèbre dans un temps où les controverses religieuses, mêlées partout aux querelles politiques, commençaient à remuer vivement l'Angleterre. Né d'un tisserand, à Quilfort, en 1S6Ï, il fut élevé successivement dans l'école de sa ville natale, qui avait pour fondateur Edouard VI , puis dans le collège de Bailleul à Oxford. Il était docteur en théologie et l'un des plus fameux prédicateurs de l'Eglise anglicane, lorsque le roi Jacques 1", après l'avoir fait doyen de Winchester, en 1599, le nomma, en 1604, un des huit théologiens chargés par ce prince de traduire le Nouveau Testament. Élu en 1605, pour la troisième fois, vice-chancelier de l'université d'Oxford, Ahbot perdit, en 1608, dans la personne de celui qui en était chancelier, le plus puissant et le plus chéri de ses protecteurs , Thomas Sack ville, comte de Dorset , grand trésorier d'Angleterre. Il trouva sur-le-champ un nouvel appui dans le trésorier d'Ecosse, George Hume, comte de Dunbar, qui le sollicita d'être son chapelain, et l'emmena a Edimbourg, on ce lord avait à remplir depuis deux ans la pénible mission de réunir l'Église d'Ecosse à celle d'Angleterre. Le roi, cruellement tourmenté par l'esprit et le pouvoir du presbytérianisme dans ces contrées, attachait la plus grande importance à y

rétablir l'épiscopat. Déjà le comte de Dunbar blait y avoir remporté un grand avantage , en obtenant de l'assemblée générale un acte qui ordonnait la restitution de tous les biens des évêques et de leurs sièges; mais les zélés du parti venaient de faire éclater une résistance nouvelle et si vigoureuse, que, loin d'espérer de gagner encore du terrain sur eux, on craignait de perdre tout celui que Ton avait tenu pour acquis. Lord Dunbar s'abandonna aux conseils d'Abbot, et toute cette résistance hit domptée, toute opposition aliattue par l'esprit, l'habileté, et surtout la modération d'Abbot; modérât ion, au reste, qui lui coûtait peu quand il mesurait les droits de l'épiscopat, et qu'il oubliait complètement lorsqu'il se ralliait avec les presbytériens à la haine du papisme. Quoi qu'il en soit, il servit peut-être mieux la cause des évêques par son indifférence, qu'il ne l'eût fait par son zèle. Le résultat de sa négociation fut un acte émané du kirk ou de l'Eglise d'Ecosse et ratifié par le parlement écossais, por-

tant : « qu'an rot seul appartiendrait la convocation I « des assemblées générales et le droit d'en nonuner le « modérateur ; que les évoques ou leurs députés se- « raient modérateurs nés et perpétuels de tous les c synodes diocésains; que personne ne pourrait être a ni excommunie ni absous saas leur approbation ; € que ce seraient eux qui présenteraient a tous les bé- « nelices , dont aucun ministre de l'Évangile ne se- « rait susceptible , sans avoir prêté le serment de « suprématie et d obéissance canonique; qu'enfin la « visite du diocèse serait partout une fonction at- « tribuée exclusivement aux évéques ou à leurs dé-

■ légués , et qu'aucun conciliabule ne pourrait se « tenir, aucune réunion ae former pour forcer, « prophitiur, etc. , sans avoir pour modérateur « l'évèque du territoire sur lequel on s'assemble- * rait. » Ce succès inespéré et toute la conduite d'Abbot en Ecosse plurent tellement à Jacques 1", qu'il résolut de ne plus rien décider en pareille matière , sans avoir consulté le cbapelain de lord Dunbar. A quelque temps de là, ce prince convoqua une assemblée du clergé , pour qu'elle eût à prononcer : Si le roi d'Angleterre pouvait légitimement ueourir le$ étate généraux de Hollande contre te roi d'Etpagne ? Abbot était membre de cette assemblée, et l'un de ceux qui se faisaient le plus écouter. Jacques fut mécontent des opinions. Il ne •avait comment se mettre d'accord avec lui-même. Outré dans sa théorie sur le droi'i divin de» rois, et voulant dans la pratique secourir des sujets révoltés contre le leur, il reprocbait tour à tour à son dergé de soutenir trop la royauté de fait, et trop la royauté de droit. Il avait proposé des questions, et U trouvait mauvais qu'on les examinât avant de les décider, dût-on les décider pour lui en définitive. De ces perplexités intérieures et de ces contradictions ouvertes, sortit une lettre écrite par le roi Jacques an docteur Abbot; lettre peu connue hors de l'Angleterre, qui, même dans ce pays, n'a vu le jour que longtemps après la mort des personnages intéressés, mais dont l'authenticité est incontestable, et qui, par son étonnante singularité, ne peut manquer d'exciter l'attention de nos lecteurs. Elle était ainsi conçue : — « Bon docteur Abbot , je ne puis « m'empêcher de vous faire savoir le jugement que « je porte sur la conduite de votre assemblée. J'y « suis doublement intéressé, et comme roi sur le « trône {rex in $oli>> et comme une ouaille du trou- « peau dans l'Eglise {unut gregis inEcclenia). Tout

■ ce que vous et vos confrères avez débité d'un roi « défait (expression, jesuis bien aise de vous le dire,

■ à laquelle se réduisent toutes celles employéesdans « vos canons) ne me regarde en rien. Jesuis l'héritier « direct et immédiat. La couronne m'appartient par « tous les droits que vous pouvez articuler, le seul « droit de conquête excepté. Enlin, mon avocat gé- « néralvous a suffisamment expliqué ma pensée tant « sur la royauté en elle-même que sur l'espèce de « royauté qui réside en ma personne ; et je dois vous « croire toits de son avis, puisque le langage qu'il « vous parlait en mon nom n'a été contredit par au- « cun de vous. Mais ce dont je pense que vous êtes

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