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2° Dheorsî topra Cornelio TaHlo, Florence, Giuntr, 1594, in-4°; ibid., 1598, et plusieurs fois ailleurs. Ce furent sans doute les discours de Machiavel sur Titc-Live qui donnèrent à l'Ammirato l'idée d'en faire sur Tacite ; mais ceux-ci n'ont ni l'énergique liberté de leur modèle, ni sa profondeur ; nous avons une traduction française de ces discours, Lyon, 1610, in-4°. 5* Orasioni a diverti prinripi, intomo a' prrparainrnti conlro la potenza del Tureo, Florence, Giunti, 1398, in-4°, contenant sept discours ou harangues adressées & Sixte V, à Clément VIII, à Philippe II, roi d'Espagne, etc. 4° ïslorie florentine, le meilleur ouvrage de l'auteUr, et l'une des meilleures histoires de Florence. Il ne faut jiourtaiit pas oublier la position où il était en l'écrivant , et l'influence qu'elle a dit avoir sur tout ce qui regarde la famille des Médicis. La première partie parut à Florence, chez les Junte, en 16(10, In-fol.; elle comprend vingt livres, et s'étend jusqu'en 1434. La seconde partie ne fut publiée que quarante ans après sa mort, par Ammirato le jeune, Florence, 1641, in-fol. ; elle contient quinze autres livres, et va jusqu'en 1574. Le même éditeur fit ensuite réimprimer la première partie seulement, Florence, 1647, 2 vol. in-fbl., avec des additions, marquées dans le texte |>ar des guillemets. Ce sont les exemplaires cnnqiosés de ces deux volumes, réimprimés en 1647, et de la seconde partie imprimée en 1641, qui sont le$ plus recherchés, et composent la meilleure édition des Sforie florentin*. 5° Délie Famiglie nobili florentine, Florence , 1615, in-fol. 6° / Veieovi di Fie$ole, di Yollerra e d'Arezxo, Florence, 1637, in-4*. V Op»*coli, Florence, 3 vol. în-4°, 1640-1642. Ce sont des mélanges, dés discours, parmi lesquels on retrouve les sept qui avalent été imprimés en 1598; des lettres, des dialogues, des parallèles, des portraits, des morceaux de philosophie morale, des poésies diverses, etc. Ammirato fut le premier éditeur des poésies de Berardino Rota, célèbre poète napolitain ; il les accompagna dénotes, et donna à leur publication des soins qui n'ont pas peu servi à leur succès. On lui dut l'impression de plusieurs autres bons ouvrages en prose et en vers. Il laissa lui-même plusieurs écrits qui n'ont point été publiés, entre autres l'histoire de sa vie, que l'on dit conservée en manuscrit à Florence, dans la bibliothèque de l'hôpital de Ste-Marie- Nouvelle. Ammirato fit, en mourant, son légataire universel le fils d'un maçon de Monlajone, nommé del Hianco, qui avait été son secrétaire, et il mit a ce bienfait la condition de porter son nom. Bel Bianco remplit fidèlement celle condition, el ncs'api>ela plus que Scipion Ammirato le Jeune. 11 fut ensuite attaché au prince Laurent de Médicis, et eut quelques autres emplois, où il se Ht estimer. Il n'a laissé aucun ouvrage de sa façon ; mais il a publié plusieurs de ceux de son père adoptif, et y a fait de bonnes et utiles additions. Il mourutà Florence en 1648. G— É.
AMMONIO (Andhé), de Lucques, poète latin, intime ami d'Érasme, qui l'a beaucoup loué dans ses lettres. Né en 1477, il se livta de bonne heure, et avec succès, à l'étude des belles-lettres, de la langue (rrecque et de la poésie latine ; il vécut que I -
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que temps à Rome, el passa ensuite en Angleterre, ou il eut pour protecteur el pour ami le célèbre Thomas Morus. Après quelques années de gène et de mécontentement, il devint, vers 1513, secrétaire du roi Henri VIII, pour les lettres latines. 11 suivit ce prince, en cette qualité, dans sa campagne contre la France, fut témoin de notre défaite à Guinegate, et de la prise de Tournay et de Térouane. 11 célébra ces victoires dans un poénie latin qu'il intitula Panegyricui, dont Erasme fait un grand éloge. Léon X le nomma, peu de temps après, son nonce auprès du même Henri VIII, charge qu'il exerça le reste de sa vie, sans quitter celle de secrétaire du roi. Il mourut à Londres en 1517. On cite de lui des poésies latines, dout il n'existe ni éditions ni manuscrits. Une de ses églogues seulement se trouve imprimée dans le recueil intitulé : Bucolicorum Auctore*. Baie, 1546, in-80. Dans les lettres d'Erasme, on en a inséré dix ou onze d'Ammonio, qui suffisent pour donner une idée avantageuse de son esprit de son style. G— É.
AMMONIUS SACCAS, ainsi nommé parce qu'il fut, dit-on, porte-sac dans sa jeunesse, était natif d'Alexandrie, el vivait vers la fin du 2* siècle. Ses parents étaient pauvres et chrétiens ; ils l'élevércnt dans leur religion. Dégoûté de l'état pénible qu'il exerçait, il le quitta pour se livrer à l'étude de la philosophie, dans laquelle on crut qu'il eut pour maître Pantsnus. Au bout de quelques années, il ouvrit une école et se fit un grand nombre de disciples, dont les plus célèbres furent Hércnnius, Or»— gène, Plotin. On regarde ordinairement cette école comme la première de la philosophie éclectique. Cette opinion néanmoins a besoin d'élrc rectifiée. L'éclectisme est la doctrine de ceux qui, sans cmorasser aucun système particulier, prennent dans ebacun ce qui leur parait le plus conforme à la vérité, et, de ces diverses parties, coordonnent un nouveau tout. C'était ainsi qu'avait procédé Potamon. Mais il est inqiossiblc de donner le nom d'éclectisme à la philosophie d'Ammonius, assemblage monstrueux et bizarre des opinions les plus contradictoires. En effet, non content d'avoir amalgamé sans ordre les systèmes fondamentaux des diverses sectes grecques, l'épicurismc excepté, il tomba dans la même confusion relativement aux principes religieux ; de sorte que le chaos de sa doctrine embrassait également les opinions philosophiques et les dogmes sacrés. On doit donc plutôt le regarder comme le fondateur des théosopbes ou illuminés. Ainmonius n'écrivit jamais rien. 11 ne confiait ses principes qu'à un petit nombre de disciples et sous le voile du mystère. Cependant quelques historiens le font auteur d'une Concorde évemgélique, qui se trouve dans le 7e tome de la Bibliothèque des Père», et que d'autres attribuent, avec plus de fondement, i un évéque Ammonius. D. L.
AMMONIUS, philosophe éclectique, fils d'Hcrmias et d'£dcsia, vivait vers le milieu du 5* siècle. Il était natif d'Alexandrie ; mais, après la mort de son iwre, jEdesia le conduisit à Athènes avec son frère Hébodorc, et les confia tous deux aux soins de
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Prochis. Sous cet habile maître, Ammonius obtint des succès honorables ; il eut même, à son tour, des disciples distingues, tels que Simplicius, Damascius, J. Philoponas. 11 nous reste d'Ammonius divers commentaires sur les œuvres d'Aristotc et de Porphyre, savoir : \" inlibr. Péri - lier men eia* , Venctiis, Aid., 1505, in-fol.; 2° ïn libr. Aristot. de Inierpretalione ; 5° m ejusdem Prœdicamenta ; 4° t'n Quin> que Vocet Porphyri. Les trois traités réunis. Veutlits, Aid., 1546, in-80. Un extrait du 2* commentaire, dans lequel Ammonius traite du libre arbitre et de la Providence, se trouve, grec-latin, dans l'édition faite à Londres, du traité de Fato d'Alexandre d'Aphrodisée ; et, en latin seulement, dans le recueil de Grotius intitulé : Philosophorum Sentenliœ de fato. On attribue encore à Ammonius la vie d'Aristote qui orne plusieurs éditions des œuvres de ce philosophe. — Un autre Auxioms. philosoplie péripatéticien, fut un des maîtres de Plutarquc : il était également natif d'Alexandrie, mais il quitta cette ville pour aller s'établir i Athènes, où il termina ses jours. Il essaya de concilier entre elles la doctrine d'Aristotc et celle de Platon, ce qui doit le faire regarder comme un des fauteurs de l'éclectisme. Plutarquc avait écrit sa vie, qui est perdue. Au reste, on compte dans l'antiquité plusieurs Ammonius, souvent confondus, et dont l'histoire est enveloppée d'une giande obscurité. Longin parle d'un péripatéticien de ce nom, différent du précédent, et que Philostratc regardait conunc riionimc le plus savant de son siècle. D. L.
AMMONIUS, grammairien grec, est sans doute le même que celui qui, étant à Alexandrie, prêtre d'un singe, fut obligé de prendra la fuite vers l'an 389 de notre ère, lorsque Théophile, patriarche de cette ville, eut porté les chrétiens à détruire les temples des païens. Il nous reste de lui un traité de ndfinium verborum Différentiel, qui a été imprimé un grand nombre de fois, à la suite de différents dictionnaires grecs. La meilleure édition est celle que Valckcnacr en a donné, avec des notes très-savantes, Lugd. Bat., 1739, in-4°. M. Ammon, savant professeur de Gocttinguc, l'a fait réimprimer, avec des notes choisies de Valckenacr, et les siennes propres, Erlangce, 1787, in-8°. C— il.
AMNON, fils aîné de David et d'Achinoam, devint tellement épris de sa sieur Thamar, qu'il lui lit violence ; mais il n'eût pas plutôt commis cette action détestable , «pie, sa passion se changeant en liaine, il chassa honteusement Thamar. David, qui aimait beaucoup Amnon, laissa son crime impuni ; mais Absalon, irrité de l'insulte qu'Amnon avait faite à sa sœur, résolut de s'en venger. Il invita ses frères à un festin, el à peine Amnon se fut-il abandonné aux plaisirs de la table, qu'il le fit tuer, l'an 1030 avant J.-C. T— d.
AMOLON, disciple, diacre et successeur d'Agobard dans l'archevêché de Lyon, en 840, gouverna cette Eglise avec beaucoup de zèle et de sagesse jusqu'à sa mort, en 852 : il avait joui d'une grande considération auprès du roi Charles le Chauve et du pape Léon IV. Le petit nombre d'écrits qui nous
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restent de ce prélat donnent une idée avantageuse de son esprit et de son savoir. Le princqial est une lettre curieuse à Tliéobalde, évêque de Langres, sur de prétendues reliques apportées de Rome, par des moines vagabonds, et sur des convulsions que des femmes éprouvaient auprès de ces reliques, et qu'on voulait faire j tasser pour des miracles. « Les « miracles, dit Amolon , rendent souvent la sanUt « aux malades, mais ils ne I otent jamais, non plus « que l'usage de la raison à ceux qui y ont foi. » Sa lettre à Gotescalc, où il réfute les erreurs attribuées à ce moine infortuné, est écrite avec beaucoup de modération. Rien n'eût été plus propre à le tirer de ses erreurs, s'il eût été coupable, que le ton de charité et l'adresse qu'emploie le respeetablc prélat. On a encore de lui des opuscules sur la grâce et la prédestination, où les matières sont traitées suivant les principes de St. Augustin. Tous ces écrits ont été insérés dans l'édition d'Agohard que Baliuc donna en 1866, d'où ils sont passés dans la liibliothcca Patrum. On attribue à Amolon un petit traité contre les Juifs rempli d'érudition, «pic le P. Chifflct publia, en 4656, à Dijon, sous le nom de Raban Maur. T— u.
AMONTONS ( Guillaume), naquit à Paris, le 31 août 1663. Dans sa jeunesse, il essuya une maladie considérable, qui le rendit presque entièrement sourd. Cet accident l'ayant forcé de chercher toutes ses ressources en lui-même, il s'adonna aux mécaniques, pour la construction desquelles il avait beaucoup de dispositions naturelles; bientôt ce goût devint une passion, et il aurait volontiers regardé sa surdité comme im avantage, parce qu'elle lui assurait une plus grande tranquillité. 11 apprit le dessin, l'architecture, et fut employé à divers ouvrages publics; mais bientôt les nouveaux instruments dont la physique venait de s'enrichir, le baromètre, le thermomètre, l'hygromètre, attirèrent toute son attention. 11 travailla beaucoup à les perfectionner, et rassembla ses recherches sur cet objet dans un ouvrage intitulé : Remarques et expériences physiques sur la construction d'une nouvelle clepsydre, sur les baromètres, thermomètres et hygromètres, Paris, Ifi95. Quatre ans après la publication de cet ouvrage, il fut reçu de l'académie des sciences, s'occupa des frottements et de plusieurs autres objets de mécanique et de physique, comme on peut le voir dans l'histoire de cette compagnie. Après avoir joui constamment d'une santé parfaite, qu'il devait à sa tempérance autant qu'à la nature, il fut tout à coup attaqué d'une maladie aiguë, qui l'emporta en peu de jours, et il mourut le 4 I octobre 4705, à l'âge de 42 ans. Amontons est le véritable inventeur de l'art télégraphique, tel que nous le voyons aujourd'hui ; il en lit deux fois l'expérience publique devant des membres de la famille royale. « Le secret, dit Fon- « tenclle, consistait à disposer, dans plusieurs postes « consécutifs , des gens qui, par des lunettes de « longue vue, ayant ajierçu certains signaux du « poste précédent, les transmissent au suivant, et a toujours ainsi de suite. Ces différents signaux « étaient autant de lettres d'un alphabet dont on
« n'avait le chiffre qu'A Paris et à Rome. La plus « grande portée des lunettes réglait la distance des u postes, dont le nombre devait être le moindre « qu'il fût possible ; et, comme le second poste fai- « sait des signaux au troisième, à mesure qu'il les « voyait faire au premier, la nouvelle se trouvait « portée de Paris à Rome, presque en aussi j»eu de « temps qu'il en fallait pour faire les signaux à « Paris. » L'invention des télégraphes ne pouvait pas être plus clairement décrite, ni son utilité mieux exprimée. On pourrait s'étonner qu'il ait fallu cinquante ans pour en sentir le mérite et pour le mettre à exécution ; mais la vérité ne marche pas plus vite. La découverte d'Amontons a eu le sort qu'il éprouva lui-même pendant sa vie : « Il n avait, dit Fontcnclle, une entière incapacité de se « faire valoir, autrement que par ses ouvrages, ni de • « faire sa cour, autrement que par son mérite , et, « [jar conséquent, une incapacité presque entière de « faire fortune. » B — t.
AMORETTI (l'abbé CHARLES ), géographe et naturaliste distingué, naquit en 4740, à Onéglia, petite ville du duché de Gênes. Son père, négociant, jouissait dans le pays d'une certaine considération, puisqu'il était capitaine de la milice. Après avoir terminé ses premières éludes, Amoretli embrassa la règle de St- Augustin, et parvint bientôt à la chaire du droit canonique de l'académie de Panne. Mais, fatigué des obstacles que rencontrait son goût pour les sciences, il sollicita de la cour de Rome sa sécularisation ; et, en quittant le cloître, il abandonna la théologie |>our se livrer à l'étude des langues et à celle de l'histoire naturelle. En 1772, il se rendit à Milan; et, s'étant clutrgé de l'éducation des enfants du patricien Cusani, il lit avec ses élèves des voyages daas les Alpes, à Vienne et dans l'Italie méridionale, qui contribuèrent beaucoup à perfectionner ses connaissances en minéralogie. Il fut du nombre des savants que s'associa le P. Soave (voy. ce nom) pour la publication du recueil intitulé : Opuscoli scelti sulle scienze e suite arti, dont il a paru 22 vol. in-4", de 1778 à 1806. Lié d'une étroite amitié avec le P. Fumagalli, sur sa demande, il traduisit en italien l'Histoire de l'arl chez les anciens, par J. Winckclmann. Cette version, imprimée à Milan en 4779, 2 vol. in-4°, est accompagnée de notes très-ërudites, et quoique Amoretti ne s'en soit pas ouvertement déclaré l'auteur, elle n'en contribua pas moins à étendre sa réputation. Il devint, en 1783, secrétaire de la société patriotique de Milan, dont le but était de favoriser les progrés de l'agriculture, et il en remplit les fonctions pendant quinze ans. Les révolutions politiques dont l'Italie fut le théâtre ne eliangèrcnt rian à ses habitudes studieuses. Nommé l'un des coascrvateurs de l'Arabrosiennc, en 4797, ce fut d'après les manuscrits de celte bibliothèque qu'en 1800 il publia le Premier voyage autour du monde d'Antoine Pigafelta, dont il donna lui-même une traduction française {voy. Ant. Pigafetta), et, en 4812, le Voyage delà mer Atlantique à l'Océan Pacifique de Ferrer Maldonado, qu'il traduisit également en fran-
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çai». Ce dernier voyage lut regardé par h plupart des géographes connue supjiosc. Les journaux de France, d'Angleterre cl d'Allemagne en contestèrent l'a ut heu licite ; mais Aniorelti ne laissa pas sans réponse les objections de ses adversaires, el M. Walekcnaer, dont l'opinion est d'un si grand poids dans toutes les questions géographiques, pense que le dédain avec lequel on rejeta les relations de Maldnnado n'est rien moins que fondé. (Foi/. M w.no.\ vno. ) A la création de l'ordre de la Couronne de Fer, en 1N')5, Aniorelti en avait été Tait chevalier. Il était membre de l'institut d'Italie et du conseil des mines; mais sa fortune resta toujours très-médiocre. Il mourut a Milan, le 23 mars 1816. Outre l'ouvrai* deWinekelinann, il a traduit de l'allemand en italien Je traité de Sonnenfcls sur V ibalitian de la torture, et le Voyage de Berlin A Nice de Sulrer ; il a traduit du latin toi Elementa rei ntsticœ île Milterpacher. ( Vtty. ce nom. ) Indé|K'ndamuient d'une foule de mémoires dans les deux recueils dont nous avons prié, dans celui de l'académie italienne, ilans le Magasin cncyclojtédique. etc., on a de ce savant laborieux : 4" Memorit slarirhe su la rita, gli $tudi e le opère di !.<••■■■ ■ da Vinci, Milan, 1784, in-8". Cette excellente biographie a été réimprimée plusieurs fuis; il existe de l'édition de IHtH, des exemplaires sur vélin. Elle fait partie de la Raccolta de' classici ilatiuni, «800. 2" Vingyin da Milano ai ire laghi. M'dan, 1704 ; ibid., 1803, in-*"; Ibid , 4H06, in-8"; c'est un voyage minéraloirique. Les trois lacs sont ceux de Como, de LtlgUU) et le lac Majeur. S0 \,°Klnge historique de Fumagalli, a la téte du Codiee diphmatieo Sant' Ambrosiano, [Voy. Fi m\o\i.M.) 4" \ je Guide de* étrangers dam Milan et aux environs, Milan, 1805, 2 vol. in-12. L'auteur écrivit en français ce petit ouvrage, qui se recommande par beaucoup d'exactitude et de netteté 8° Rieerrhe ftsiche e storichr êulln rabdamnn'Ja, ibid., 1808, in-80. C'est une histoire complète do la baguette divinatoire, dont l'auteur trouve des traces chez les peuple* les plus anciens, et I laquelle il ajoutait une conllancc bien extraordinaire dans un homme d'un si rare mérite. On a en manuscrit des traductions en allemand et en anglais qui devaient paraître en même terni* 'lue l'original. 0» Delta Torba e délia Lignite, ibid., 1810. in-8\ ^"Rieerea drl carbone fossile, ibid , 1811, in-8°. On trouve l'éloge et le portrait lithographie d'Amoretti dans la 14* livraison des Riltrati ed elogi di Uguri illustri, info!. Le P. Lombardi lui a consacré un article plus exact dans la Storia délia lettrratura italiana, t. 2. p. 72. W-s.
AMOHEUX ( PlEftnV- JOSEPH ), médecin , né à Roaucaire, mourut en 1821 à Montpellier, où il était bibliothécaire de la faculté de médecine. 11 a publié un grand nombre d'ouvrages, dont plusieurs sont nnonymes, sur la médecine, l'histoire naturelle , la botanique et l'agriculture , parmi lesquels nous citerons : 1» Traité de V olivier , contenant l'histoire et la culture de cet arbre, les différentes manières d'exprimer l'huile d'olive, etc., couronné par l'Académie de Marseille, Montpellier, 1781, in-Ji-.î'édi-
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1Ï011, 2" Recherche* sur la i'ie et les ouvrage* de Pierre Iliclier de Ht lie val , fondateur du jardin liotanique donné par Henri IV à la faculté de inédccine de Montpellier en 1593, Avignon, I7K0, in-81 (vny. RelLEVaL). 3' Mémoire sur les haies destinées à la clôture des prés, (1rs champs, etc., couronné par l'académie de Lyon, Paris, 1787, in-8"; S'édit., sous le litre de Traité, elC., Montpellier , 180.), in-8". 4' Notice des insectes de la France réputés miiincuT, 1789, ln-8*. 5" Dissertation air les pommes d or des HetpéHdes , 1800 , in£\ Essai historique et littéraire sur la médecine des Arabes. Montpellier, 180.'», in-8°. 7" Précis historique de l'art vétérinaire , jmur servir d'introduction à une bibliographie vétérinaire générale, Montpellier, 181!) in-8'. 8° Des notices biographique» : sur Gui!!. Amoreux ( père de l'auteur ) , Montpellier , I8O0, in-8«; sur L. Jnuberl , ibid., IKI4, in-8°; sur Ant. Gouan , Paris, 1822, in-8"; tous trois médecins de Montjiellicr. La notice sur taurent Joubert , médecin du 16e siècle , est savante et très-esliinée. !» Dissertation philologique sur Us plantes religieuses , Montpellier, 1817, in-S". Amoreux a donné une édition de Y Apologie pour It s médecins de Lussand , avec des notes et une préface historique , Montpellier, 1810, in-81; el taie édition de la Guirlande de Julie, expliquée par de nouvelles annotations, Parts el Montpellier. IS2t, in-18. Z.
AMOHT { FtsfcBK), doyen du COUVCnt de Pollingen , en Rivière, né \c. 15 novembre 1692, près de Tito , entra A PoIUngCO , dans l'ordre des chanoines réguliers, et, après avoir été professeur de théologie dans son couvent , suivit à Home le cardinal Lcreari: revenu à Pollingcn , en 1735, il fut nommé membre de l'académie des sciences à Munich : il employa dès lors tout son temps et tout son savoir a combattre les préjugés el les superstitions qui régnaient dans sa pairie, et à dérendre l'autorité du pape. Il mourut en 1775, a l'âge de 82 ans. Ses écrits sont fort nombreux , el roulent sur un grand nombre de matières diverses. Les principaux sont : 1" Mm philaxiqrfiite planctarutn et artis critiete Systemata , Xorimbergœ , 1725, in-!"; 2° Sculum h'empense , sen Vindicht { librorum de Imitât inné Chrfsti, quibus llmmnsa Kcmpis in sua passessione stabilitus, ÇolùnUe, 1728, in-4" ; ouvrage destine à établir que Thomas à Kcmpis est l'auteur de X Imitation; Za de Origine, Progressa, Valnre , Fruetu indulgentiarum,c\c, Aug. Vindel. , 1735, iu-fol. ; i° de Revclationibus , Visionihus et Apparilionibus priratis Regulay tutar e.r Scriptura, eoneUUi collectée, ibid., 1744 , 2 vol. in-81; 5° Demonstratio critica religionis eatholica-, clc, ibid., 1715, in-fol. ; 6° JVora Demonstralio de [ahilate revclationum Agredauarum , ibid., 1751 , \n-\n.; 7° Theologia eclectica, maralis et schulastira, ibid., 4 vol. in-fol. ; 8" Dedue- Uo critica, quajnxta sanioris crilicœ leges moraliter eertum reddilur Thomam h'empcnsem librorum de Imitatione Christi auctorcm esse, etc., ibid.. 1761 , in-40. G -T.
AMORY (Thomas}, théologien anglais, né ca 1700, fui pasteur d'une congrégation presbytérienne
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et partagea sa vie entre l'enseignement , lo saint ministère et les travaux du rabinet. Il mourut en 1774. On a de lui, outre plusieurs volumes de set nions estimés, i" Dialogue sur la dévotion, 1735 et 1748, in-8" ; 2" Sotice sur la vie cl Ici écrits de M. Grave, en tête de ses Œuvres posthumes, 1740; 3° Système de philosophie morale de Grove , revu et dévclop|>é , 1759 ; 4" Mémoires du docteur Benson, eu tête de son Histoire du Christian.; li° Mémoires de Samuel Chandler. — Un autre Tlunnas AutWY , fils d'un conseiller d'État du roi Guillaume , a donné lui-même des détails sur sa vie et ses opinions, dans un livre intitulé la Vie de John Buncle , 1750, m s . H lit ses études a l'université de Dublin. Ayant adopté la doctrine des unitaire», elle devint pour lui la mesure du mérite des personnes avec lesquelles il était en contact. Sa vie, dès sa jeunesse , s'était écoulée loin dos hommes, au milieu des livres, et celte habitude d'isolement n'avait vraisemblablement pas peu contribué à lui faire contracter cette bizarrerie, pour ne pus dire plus, qui se décèle dans ses échu. Un premier volume intitulé : Mémoires contenant les vies de quelques dames de la Grande-Bretagne, observations sur la religion chrétienne telle qu'elle était professée par l'Église établie et par les dissidents de toute dénomination , etc. , en forme de lettres , 1755 , in-8°, devait être suivi d'un second, où il aurait donne des détails très- précieux sur le célèbre docteur Swift, qu'il avait, dit-il, connu mieux qu'aucun de ses amis, euccpléla maliicureusc Stella; mais ce volume n'a point paru. (Juant aux dames qui sont l'objet des Mémoires, on présume qu'elles u ont existé que dans l'imagination de l'auteur : elles sont toutes belles, savantes, spirituelles, pieuses, et surtout zélées uuitaires comme lui. La Vit de John Buncle parut en 1750 et 1700, 2 vol. in-8°, et fut imprimée depuis en 4 vol. in-12. Buncle se trouve , des l'âge de dix-huit ans, par un incideut bien romanesque , en i ■'•!•• à téle avec une jeune demoiselle qui pàiil sur une Bible hébraïque, et qui , lorsqu'il commence à lui déclarer son amour , l'interroge sur la langue que parlait Adam dans le paradis terrestre. L ue dissertation qu'elle fait ensuite sur la tour de Babel et la confusion des langues le ravit au point qu'il ne peut se retenir de la prendre dans ses bras , et d'appliquer une demi-douiaine de baisers sur sa bouche embaumée. Amory mourut en 1780. L.
AM()S, le 5^ des jtelits prophètes dans les Bibles ordinaires, et le second dans les Septante, place qu'il lierait plus convenable de lui assigner , |«rcc qu'ayant exercé sa mission sous les règnes d'Osias , roi de Juda , et de Jéroboam II , roi d'Israël , il doit être mis avant Joèl , qui occupe le second rang, quoiqu'il n'ait paru qu'après le dernier de ces princes. Amos n'appartenait poiut à ces troupes d'hommes inspirés qui se rendirent célèbres sous la conduite d'Élie et d'Éliséc ; son état ne semblait pas même le destiner à cet auguste ministère ; il gardait les troupeaux, et cultivait des sycomores dans les champs de Thécué . lorsqu'il reçut *a mission , vers l'an 780 avant J.-C. Il prophétisa à Béthcl , où était le siège principal rh> l'idolàuie . annonçant à
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Jéroboam 1 ruine de sa maison et la captivité de tout Israël , s'il persistait dans le culte des faux dieux. Amasias, prêtre des idoles, s'apercevant de l'impression que les discours du prophète luisaient sur le peuple , et craignant pour la sûreté de son temple, l'accusa devant le roi d'Israël de soulever ses sujets contre lui : cette dénonciation força Amos de sortir de Béthcl, après avoir prédit à Amasias que sa femme se prostituerait au milieu de Samarie; que ses fils et ses filles périraient par le glaiv e ennemi, et qu'il mourrait lui-même dans une terre profane, loin du tomlieau de ses pères ; voilà tout ce qu'on sait de la vie de ce prophète. Les Grecs célèbrent sa fête le 25 juin, et les Latins, le 51 mars. Sa Prophétie contient 0 chapitres. Son style se ressent de l'état dans lequel il était né, et c'est ce qu'on reconnaît aisément à une certaine rudesse, et surtout aux comparaisons prises dans la vie champêtre ; on y trouve néanmoins quelquefois des expressions vives et figurées , qui ne manquent point de grâce. On peut s'en convaincre par la peinture qu'il fait , au 0* chapitre , du luxe et de la volupté qui régnaient à Samarie. T— n.
AMOUDRU (Anatole), architecte, naquit à Dole, le 0 janvier 1750. Après avoir passé deux ans a Dijon chez un architecte , il vint a l'aris suivre les cours de Blondel. Admis au nombre des élèves de Louis, ses talents et son application lui méritèrent l'amitié de son maltro qui l'emmena en Pologne, où il venait d'être apjielé par les magnats pour dresser les plans et diriger la construction de plusieurs palais à Varsovie. Ce voyage ne fut poiut perdu pour l'instruction du jeune Amoudru. De retour en France, il ne tarda pas à être employé. C'est à lui que l'on doit le beau château de Frcsncs, prés de Vendôme, bâti en 1705. H revint à Dôlc en 1775, étudia le droit et se fit recevoir avocat au parlement. Toutefois il fut nommé (wclque terni» aPrcs architecte de la maîtrise des eaux et forêts pour les provinces de l'Est, place qu'il remplit, sans abandonner son cabinet , jusqu'à la révolution. Elu premier maire de Dole en 1790, il ne voulut point accepter une place qui devait le détourner de ses occupations haiMtuelles ; mais ayant été réélu l'année suivante , il ne crut pan pouvoir résister plus longtem|>s au vœu de ses compatriotes. Bientôt il passa de la mairie au tribunal de l'arrondissement, et donna sa démission do juge en 1797, afin de se livrer entièrement à l'exécution du cadastre du territoire de Dole, travail qui lui coûta dix années. Amoudru mourut le 8 mars 1812. Il avait épousé la nièce du général Lachichc, le premier auteur du projet du canal de jonction du Rhône au Rhin. ( Voy. Laciiiciib. ) On lui doit : 1° Cadastre parcellaire de la ville de Dôle, ancienne capitale de la Franche-Comté, Dole, 1808, in-4° ; c'est un modèle en ce genre ; 2° des Mesures agraires en usage dans la Franche-Comté , de leurs rapports entre elles et avec le nouveau système métrique, in-8" de 54 pages. L'auteur y donne la véritable longueur du pied ancien de Bourgogne, dont il avait retrouvé l'étalon que l'on croyait |»erdu. Il a laissé, manuscrite DOC Notice historique sur Dôle.
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qu'il croyait être l'ancien Didatium. Les raisons dont il appuie ce sentiment adopté par tous les historiens dôlois ( voy. Normand ) , mais combattu par ceux du reste de la province , mériteraient d'être examinées par les savants. \V— s.
AMOUR (Guillai me de Saint-), fameux docteur de Sorbonnc, et chanoine de lleauvais, naquit, au commencement du 13' siècle, dans le bourg île St-Amour en Franche -Comté. Le zélé souvent exagéré qu'il déploya en toute 'occasion contre les religieux mendiants , nouvellement institués , soit comme prédicateur, soit comme professeur de théologie , le (il choisir par l'université de Paris ])our défendre ses intérêts contre les dominicains et les franciscains, auxquels clic disputait le droit d'ouvrir des chaires publiques de théologie et de philosophie. Ces religieux , outrés de l'animosité qu'il mettait à les décrier, l'accusèrent d'avoir débité en chaire , dans ses levons et dans des libelles, des choses peu honorables pour le jiapc Alexandre IV, et des propositions erronées contre l'esprit de mendicité dont ils faisaient profession ; mais il s'en justifia pleinement , et dans ses sermons, et dans ses défenses, présentées à Renaud de Corbeil, cvèquc de Paris, à qui St. Louis avait renvoyé la connaissance de cette affaire. Les plaintes se renouvelèrent plus fort que jamais en I 236, lorsque St-Amour publia son fameux livre des Périls de» derniers temps, où, à travers beaucoup d'invectives contre ses adversaires , on trouve d'excellentes choses sur la subordination aux pasteurs, dont les nouveaux frères cherchaient partout à secouer le joug , à la faveur des bulles qu'ils obtenaient de Rome. L'université le mit alors a la tète d'une depulation de sept de ses membres , chargés d'aller défendre à Anagni , où résidait le pa|>e , le livre des Périls . et demander la condamnation île l'Évangile éternel , attribué à un religieux mineur, qui y avait compilé les rêveries de l'abbé Joachim ; mais les religieux avaient prévenu la déflation par l'envoi de leurs plus célèbres docteurs, TI>omas d'Aquin , Albert le Grand , lionaventure, et autres. Ils avaient obtenu la bulle L'rbi et orbi , qui condamnait le livre des Périls , avec les qualifications les plus odieuses. Les collègues de St-Amour se laissèrent gagner et s'y soumirent ; lui seul resta ferme, et il se défendit avec tant de force, qu'il fut renvoyé absous ; mais à peine fut-il reparti , que le pa|>e lui ht signifier la défense d'enseigner, de prêcher, et de rentrer en France. Alors il se retira dans son lieu natal , d'où il n'eut la lilierté de revenir à Paris que sous le pontificat de Clément IV. C'est dans cette ville qu'il mourut, en 1272. St-Amour était savant, régulier dans sa conduite, mais d'une imagination exaltée, qui lui faisait souvent déliasser les bornes de la modération dans les chases qui contrariaient ses idées. Ses ouvrages ont été imprimés à Paris en 1632, 1 vol. in-4°; ils ont tous pour objet de réfuter les prétentions des relipicux mendiants , et renferment licaueoiip de déclamation. T— ».
A MOL lt ( Louis Goiu.n de Saint) Voyez Saint- Amour.
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AMPÈRFi ( André-Marie), naquit à Lyon, la paroisse dcSt-Nizier, le 22 janvier 1775, de Jean- Jacques Ampère, négociant, et de Jeanne-Antoinette Sarcey de Sutiéres. Jean-Jacques Ampère était instruit et fort estimé. Sa femme avait, elle aussi, conquis l'affection générale, |«r une inaltérable douceur de caractère et une bienfaisance qui cherchait avec avidité les occasions de s'exercer. Peu de temps après la naissance de leur fils, M. et madame Anq»ére quittèrent le commerce et se retirèrent dans une petite propriété située a Poleymieux lez-Mont-d'Or, près de Lyon. Ainsi, c'est dans un obscur village, sans les cxciuuions d'aucun maitre, que commencèrent à poindre, ou, pour mieux dire, que surgirent les trésors d'intelligence du futur membre de l'Institut. — La faculté qui, chez Ampère, se développa la première fut celle du calcul arithmétique. Avant île connaître les chiffres et de savoir les tracer, il faisait de longues opréations, à l'aide d'un nombre très-borné de petits cailloux ou de haricots. Peut-être était-il déjà sur la voie des ingénieuses méthodes des lndous; peut-être disposait-il ses cailloux comme les grains enfilés sur plusieurs lignes parallèles que les bracltmanes maUiématiciens de Pondichéry, de Calcutta ou de Bénarès, manient avec tant de rapidité, de précision, de sûreté. Cette supposition perdra graduellement de sa hardiesse à mesure qu'on avancera dans la vie d'Ampère. Pour le moment, devons-nous montrer à quel point extraordinaire l'amour du calcul s'était emparé du jeune écolier ? Nous dirons que la tendresse maternelle l'ayant privé, pendant une grave maladie, de ses chers petits cailloux, il y suppléa avec les morceaux d'un biscuit qui lui avait été accordé après trois jours d'une diète absolue. — Le jeune Anqiérc sut bientôt lire, et dévora tous les livres qui lui tombaient sous la main. L'histoire, les voyages, la poésie, les romans, la philosophie l'intéressaient presque à un égal degré. S'il avait quelque prédilection , c'était pour Homère, Lncain, le Tasse, Fénclon, Corneille, Voltaire; c'était enfin pourThomas, qu'on sera peut-être étonné de trouver en si brillante compagnie, malgré l'incon teslable talent dont cet écrivain a fait preuve dan* plusieurs ouvrages. La principale lecture de l'écolicr de Poleymieux fut Y Encyclopédie |»r ordre i alphabétique, en 20 vol. in-tbl. Chacun de ces volumes eut séparément son tour : le second après le premier, le troisième après le second, et ainsi de suite, sans jamais interrompre l'ordre arithmétique. La nature avait doué Ampère à un degré éminetit de la faculté dont Platon n'a rien dit de trop en l'appelant une grande et puissante déesse. Aussi l'ouvrage colossal se grava-t-il tout entier et profondément dans l'esprit de l'adolescent; aussi chacun a pu voir le membre de l'académie des sciences, déjà parvenu à mi âge assez avancé, citer, avec une parfaite exactitude, jusqu'à de longues tirades de l' Encyclopédie, relatives au blason, à la fauconnerie, etc., des tirades qui, un demi-siècle au|wravant, avaient |wisse sous ses yeux au milieu des rochers «le Polcy mieux. Ces mystères d'une prodigieuse mémoire doivent cer-
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tainemcnt étonner ; mais que dire de la force unie à la flexibilité que suppose une intelligence capable de s'assimiler, sans confusion et d'après une lecture par ordre alphabétique, la substance des matières si variées qui figurent dans le grand dictionnaire de d'Alembert et de Diderot? ta modeste bibliothèque d'un négociant retiré ne suffit bienUU plus au jeune écolier; M. Ampère conduisit alors son fils de temps en temps à Lyon, où il allait consulter les livres les plus rares, entre autres, les œuvres de Bernoulli et d'Euler. Lorsque l'entant clietif, délicat, adressa pour la première fois sa demande au bibliothécaire de la ville : — « Les œuvres d'Euler et de Remoulli ! s'écria M. Daburon, y pensez-vous, mon petit ami ? Ces ouvrages ligurent au nombre des plus difficiles que l'intelligence humaine ait jamais produits ! — J'espère néanmoins être en état de les comprendre, repartit l'enfant — Vous savez, sans doute, qu'ils sont écrits en latin ?» ajouta le bibliothécaire. Cette révélation atterra un moment le jeune Ampère : il n'avait pas encore étudié la langue latine. Au bout de peu de semaines, l'obstacle avait entièrement disparu. — Ce qu'Ampère cherchait surtout, même dans ses premières lectures, c'étaient des questions à approfondir, des problèmes à résoudre, ta mot langue du 9e volume de Y Encyclopédie le transporte sur les rives de l'Euphratc, à la lourde Uabel, de biblique célébrité. Il y trouve les hommes parlant tous le même idiome. I n miracle engendre subitement la confusion. Chaque peuplade a, dès lors, une langue à part. Ces langues se mêlent, se corrompent et perdent peu a |»cu les caractères de simplicité, de grandeur, qui distinguaient leur souche commune. Découvrir cette souche, ou du moins la reconstituer avec ses anciens attributs, était un problème assurément très-difficile. Personne n'oserait affirmer que le jeune Ampère envisagea la question de la langue universelle avec aillant de généralité, de profondeur, que l'avaient fait Descartes et Lcibnitz; on peut du moins remarquer qu'il n'en renvoya pas la solution, comme le premier de ces immortels philosophes, au pays de» romans. Il ne se borna pas non plus, à l'exemple du second, à disserter sur les merveilleuses propriétés du futur instrument : cet instrument, il le créa. Les amis lyonnais d'Ampère ont tenu dans leurs mains une grammaire et un dictionnaire, fruits d'une infatigable persévérance, et qui renfermaient déjà le code à i>cu près achevé de la nouvelle langue; plusieurs l'entendirent réciter des fragments d'un poème, composés dans cette langue nouvelle, et rendent témoignage de son liarmonie, la seule chose, à vrai dire, dont ils pussent juger. On se souvient aussi de la joie qu'éprouva Ampère, devenu académicien, le jour où, parcourant l'ouvrage d'un voyageur moderne, il découvrit, dans le vocabulaire de certaine peuplade africaine, diverses combinaisons auxquelles il s'était lui-même arrêté. Tel fut aussi le principal mobile de la vive admiration dWmpère pour le sanscrit. Ln travail parvenu à ce degré d'avancement ne doit pas être condamné à l'oubli. La réalisation d une pensée de |
Descartes et de Leibnitz intéressera toujours les philosophes et les philologues. — A l'époque d'uu de ses plus violents paroxysmes, en 1 793, la tempête révolutionnaire pénétra jusque dans les montagnes de Polcymieux. Jean-Jacques Ampère s'en alarma. Pour échapper à un danger que ses sentiments d'époux et de père avaient peut-être grossi outre mesure, il cul la fatale pensée de quitter la campagne, de se réfugier à Lyon, et d'y accepter les fonctions de juge de paix. Après le siège de cette ville, Collot d'Ilcrbois et Fouché y établirent, sous le nom malheureusement spécieux de représailles, d'exécrables massacres quotidiens. Jean Jacques Ampère fut une de leurs victimes, moins encore comme ayant été juge d'instruction pendant le procès de Chalicr, qu'a raison de la qualification banale d'aristocrate, dont l'affubla, dans le terrible mandat d'arrêt, un homme qui, peu d'années après, devait avoir sur les panneaux de son carrosse des armoiries brillantes, et signer du titre de duc les trames qu'il ourdissait contre la France et contre Napoléon, son bienfaiteur. Le jour où il monta sur l'échafaud, Jean-Jacques Ampère écrivit à sa femme une lettre sublime de simplicité, de résignation, de sensibilité courageuse. Un y lisait ces [>aroles : * Ne parle pas à Joséphine « (c'était le nom de mademoiselle Ampère) du malci heur de son père; fais en sorte qu'elle l'ignore. « Quant à mon fils, il n'y a rien que je n'attende « de lui! ■ Uelas! la victime se faisait illusion. Le coup était trop rude; Ampère en fut terrassé. Ses facultés intellectuelles, si actives, si ardentes, si développées, firent subitement place à un véritable idiotisme. Il passait sa vie à contempler machinalement le ciel, ou à faire de petits tas de sable. Si des amis, inquiets sur un dépérissement rapide dont les conséquences semblaient devoir être fatales et prochaines, entraînaient le pauvre jeune homme dans les bois voisins do Polcymieux , il était ( |x>ur se servir de ses propres expressions ) « un témoin « muet, un visiteur sans yeux et sans pensée. » Ce . sommeil de tout sentiment moral et intellectuel durait depuis plus d'une année, lorsque les Lettres sur la botanique de J.-J. Rousseau tombèrent dans les mains d'Amjiére. Le langage limpide, liarmonicux de cet ouvrage, pénétra l'àmc du jeune malade et lui redonna du nerf; tels les rayons du soleil levant percent les épais brouillards du malin et portent la vie dans le sein des plantes que le froid de la nuit avait engourdies. A la même é|»oque, un volume, ouvert par hasard, offrit aux regards d'Ampère quelques vers de l'ode dHorace à Licinius. Ces vers, il ne les comprenait pas, lui qui précédemment avait appris du latin tout juste pour lire des mémoires de mathématiques ; leur cadence, toutefois, le cliarma. Dès lors, par une rare exception au principe du moraliste qui déclarait le cœur humain inhabile à nourrir à la fois plus d'une vive passion, Ampère se livra avec une ardeur infinie à l'étude simultanée des plantes et des poètes du siècle d'Auguste. Un volume du Corpus Poelarum latinorum l'accomfiagnait dans ses herborisations, tout aussi bien que l'ouvrage de Linné. Les prés, les collines de I'oley-
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mieux retentissaient journellement de quelque tirade I d'Horace, de Virgile, de Lucrèce, de Lucain surtout, I entre les dissections minutieuses d'une corolle ou d'un fruit. La quautité dos mots latins devint si familière à Ampère, que, quarante ans après, il composa cent cinquante-huit vers techniques, en chaise de poste, i>cndant une tournée d'inspection universitaire et sans jamais recourir au Gradus. Les connaissances botaniques qu'il - puisa dans ces études solitaires n'avaient été ni moins profondes, ni moins durables. — Peu de temps avant la catastrophe de Lyon, Ampère, âgé alors de dixhuit ans, faisant un examen attentif de sa vie passée, n'y voyait encore, disait-il, que trois points culminants, que trois circonstances importantes et décisives : c'étaient sa première communion, la lecture de V Éloge de Descaries par Thomas; enfin, chose curieuse, la prise de la Bastille 1 De la première communion datait chez lui le développement réfléchi du sentiment religieux ; de la lecture de V Éloge de Descaries, le goût, l'enthousiasme dont il fut toujours animé pour les études mathématiques, physiques et philosophiques ; de la prise de la Bastille, l'épanouissement de son âme au doux nom de liberté, de dignité humaine, de philanthropie. La mort terrible qui lui enleva un père vénéré put bien un moment opprimer toutes «es facultés, mais elle ne changea rien à ses convictions. Au moment du réveil, il se retrouva dévoué d'esprit et de cœur à la cause de la civilisation. Ampère rejeta bien loin la fiensée que les fureurs de quelques énerguménes, que les crimes dont il avait si cruellement soufTcrt, dussent arrêter la marche progressive du inonde. — L'écolier de Poleymieux mit en action, dès sa plus tendre jeunesse, la féconde intelligence dont la nature l'avait doté. Il n'en fut pas de même de ses sens. Ces puissants instruments de plaisir et d'étude, Ampère les connut beaucoup plus tard, du inoins dans toute leur force, et par une sorte de révélation subite. Il était très-myope. Les objets, même peu éloignés, ne s'offraient "à ses yeux que par masses à moitié confondues et sans contours définis. Il ne se faisait aucune idée du plaisir qu'à diverses époques des centaines de personnes avaient manifesté devant lui, en descendant la Saône entre la Neuville et Lyon. Un jour, il se trouva, par hasard, sur le coche, un jeune homme d'un myopisme pareil à celui d'Ampère. Les lunettes de ce compagnon de voyage étaient du numéro qu'Ampère ent choisi chez un opticien. 11 les essaya, et tout à coup la nature s'offrit a lui sous un aspect inattendu, et les mot* : campagnes riantes, pittoresques, collines gracieuses, tons riches, chauds, harmonieusement nuancés, parlèrent pour la première fois à son imagination; et un torrent de larmes témoigna de l'émotion qu'il éprouvait. Ampère avait alors dix-huit ans ; depuis celte époque il se montra toujours très-sensible au\ fautes de la nature. Ce fut à tel point qu'en 181-2, dans un ' voyage sur les frontières méditoi ranéennes de l'Italie, la vue du paysage qu'on aperçoit d'un Certain point de la célèbre corniche de la rivière de Gênes
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le plongea dans une telle admiration, dans une telle extase, qu'il se sentit saisi du désir le plus violent de mourir à l'instant même, eu présence de ce tableau sublime. S'il fallait montrer combien ces impressions étaient profondes, combien Ampère les jetait facilement au milieu des scènes vulgaire*» qu'il désirait embellir, on en trouverait la plus singulière preuve dans une deVs lettres portant la date du 24 janvier 1 81 9. A cette époque, le membre de l'Institut habitait depuis peu la modeste maison qu'il avait achetée au coin de la rue des Fossés-Sl- Victor cl de la rue des Boulangers. Le jardin, plus modeste encore, formé de quelques dizaines de mètres superliciels d'un terrain infertile, venait d'être bêché. A certain escalier avait succédé un sillon rapide et sinueux dont les bords, sur la partie la plus profonde, supportaient deux ou trois planches assez étroites; le tout se trouvait entouré de murs extrêmement élevés. Mais n'est-ce pas là, dira-t-on, le tableau du préau humide et sombre d'une prison? Non : c'est la description exacte du jardin où Ampère, au milieu de janvier, dans la rue des Boulangers, rêvait déjà, on peut même dire, voyait de frais gazons, des arbres resplendissants de verdure, des bouquets de fleurs brillantes et embaumées, des touffes d'arbrisseaux au milieu desquelles on esjiérail lire avec délices les longues lettres des amis lyonnais ; où le pont jeté sur la vallée devait former un pittoresque point de vue. Voilà |ieut-élre, dans la vie d'Ampère, la seule circonstance où des élans d'imagination n'aient point été pour lui une source de cliagrins. Ce n'est pas seulement aux émotions douces, grandioses, sublimes, dont la vue de certaines contrées et des pays de montagnes saisit la plupart des hommes, qu'Ampère fut initié tard et subitement ; c'est aussi tout à coup que le sens musical se développa chez lui. Dans sa jeunesse, il donna une très-sérieuse attention à Yacoustique. 11 se complaisait à étudier la manière dont les ondulations aériennes naissent et se propagent ; les formes diverses que prend une corde en vibration ; les curieux clmngements périodiques d'intensité qu'on a désignés sous le nom de battements, etc., etc. Quant à la musique proprement dite, c'était pour lui lettres closes. I f jour vint où certaines combinaisons de notes devaient être pour Ampère autre cltose que le sujet d'un problème mathématique, autre cltose aussi (pie le tintement monotone des cloches. 11 atteignait déjà sa trentième année, et assistait, en compa&rnic de plusieurs amis, à un concert on, dans le principe, on exécuta exclusivement des morceaux de la musique profonde, énergique, expressive de Gluck. I-c malaise d'Ampère était visiWe pour tout le monde; il bâillait, se tordait, se levait, marchait, s'arrêtait, marchait encore sans but et sans suite. De temps en temps (chez lui c'était le dernier ternie d'une impatieuce nerveuse), il allait enchâsser sa figure dans l'un des angles du salon, en tournant le dos à la compagnie. Enfin l'ennui, ce terrible ennemi que le savant académicien ne sut jamais maîtriser, faute, disait-il. d avoir été à l'école dans sa jeunesse, sortait par ion» ses
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jkïii*. Mais h la musique étudiée du célèbre conq>ositcur allemand succédèrent inopinément des mélodies simples, douces, et Ampère se trouva trans- |M>iie" dans un nouveau monde ; et l'émotion qu'il éprouva se trahit encore par d'abondantes larmes : la libre <pii unissait son oreille et son eu ur venait d'être touchée, et vibrait pour la première fois. — Ampère Tut donc, relativement aux beaux-arts, à peu prés aveugle jusqu'à dix-huit ans, à |>eu près sourd jusqu'à trente, (l'est dans un fige intermédiaire, c'est à vingt et un ans que son mur s'ouvrit tnul à coup à l'amour. Ampère, qui écrivait si peu, a laissé des cahiers où, sous le titre Âmorum, il consignait, jour par jour, l'histoire touchante, naïve, vraiment admirable de ses sentiments. En tète du premier cahier on lit ces paroles : « Un jour que je me promenais après le « coucher du soleil, le long d'un ruisseau solitaire... « Iji phrase est restée inaclievéc. On peut la compléter à l'aide des souvenirs de quelques amis d'enfance du savant académicien. Le jour était le 10 août 1700. \/c ruisseau solitaire coulait non loin du petit village de Si-Germain, ù quelque distance de l'oleymieux. Ampère herborisait ; ses yeux, en (tarfaile condition pour bien voir depuis l'aventure du coche de la Saône, ne restaient pas si exclusivement attachés aux pistils, aux étamines des fleurs, aux nervures des feuilles, qu'ils uc lui montrassent à quelque distance deux jeunes et jolies demoiselles, au maintien modeste, faisant des bouquets dans une verte prairie. Celte rencontre décida du sort du jeune botaniste. Jusque-là, l'idée du mariage ne s'était jkis même offerte à son esprit. Un leurrait supposer qu'elle s'y inlillra doucement, qu'elle y germa peu a peu ; mais ce n'est |ias ainsi que procèdent les imaginations romanesques. Am- |>ére se fût marié le jour même ; la femme de son choix, la seule qu'il eût acceptée, était une de ces deux jeunes filles qu'il apercevait au loin, dont il ne connaissait pas la famille, dout il ignorait le nom, dont la voix n'avait jamais frappé son oreille. Les choses ne marchèrent jas avec celle rapidité ; c'est trois ans après seulement que la jeune personne du ruisseau solitaire et de la prairie, que mademoiselle Julie Carron devint madame Ampère. Le futur académicien était sans fortune. Avant de lui donner leur fille, les parents de mademoiselle Carron exigèrent prudemment qu'il songeât aux charges que le mariage lui inqioserait, ou, comme on dit vulgairement dans le monde, qu'il prit un état. Tout entierà son amour, Ampère permit qu'on discutât sérieusement s'il s'installerait derrière un comptoir, si du matin au soir il déplierait, plierait, et déplierait encore les belles soieries de la fabrique lyonnaise; si sa mission consisterait principalement à retenir les acheteurs (Kir des paroles engageantes, à maintenir les prix avec fermeté, mais sans impatience ; à disserter à perte de vue sur la finesse des tissus, le goflt des ornements, la solidité des couleurs. Ampère, sans qu'il y mit du sien, échappa à l'immense danger qui le menaçait. La carrière des sciences ayant prévalu, dans une assemblée de famille, il quitta ses mon-
tagnes chéries pour aller à Lyon donner des leçons particulières de mathématiques. Cette époque a marqué à plus d'uu titre dans la vie d'Ampère. C est alors qu'il forma des liaisons d'un genre bien rare au temps où nous vivons, car elles subirent, sans « affaiblir, l'épreuve de plus d'un demi-siècle de risée politiques cl de bouleversements de toute espèce. Les nouveaux amis, dominés par des goûts communs, se réunissaient de très-grand matin chez un d'eux, M. Lenoir. Là, sur la place des Cordeliers, au cinquième étage, avant le lever du soleil, sept ou huit jeunes gens se dédommageaient d'avance des ennuis d'une journée que les affaires devaient absorber, par la lecture à haute voix de la Chimie de Lavoisier. Cet ouvrage, où la sévérité de la méthode, la lucidité de la rédaction, le disputaient à l'im|»ortanec des résultats, excita cliez Ampère un véritable enthousiasme. Le public, quelques années plus tard, fut étonné de trouver un profond chimiste dans le professeur d'analyse transcendante à l'école |iolytechnique ; mais alors on n'avait encore rien appris sur les réunions studieuses de la place des Cordeliers de Lyon. En y regardant de bien près, il est rare qu'on ne découvre pas dans la vie de chaque homme les liens souvent presque imperceptibles qui rattachent les mérites et les goûts de l'âge mûr à des impressions de jeunesse. — Le mariage d'Anqiére eut lieu le 15 thermidor an 7 (2 août 1799). La famille de mademoiselle Julie Carron n'admettant point la validité des pouvoirs des prêtres assermentés, seuls reconnus alors par la loi civile, il fallut que la cérémonie religieuse se fit clandestinement. Cette circonstance laissa dans l'esprit du savant géomètre de« traces profondes. — Ampère, au comble d'im bonlteur qui devait peu durer, |Mrtagea doucement ses journées entre sa famille chérie, des amis sincères et les élèves particuliers dont il dirigeait l'instruction mathématique. Le 24 thermidor an R (12 août 1800), Ba femme lui donna un (ils qui devait, jeune encore, prendre rang dans l'élite de la littérature française. Devenu père de famille, Ampère ne pouvait ni ne devait se contenter de la |iosition précaire d'un maître courant le cachet. Il obtint, dans le mois de décembre 1801, la chaire de physique à l'école centrale du département de l'Ain, et se rendit à Itourg, en s'imposant le bien rude sacrifice de laisser à Lyon sa femme déjà gravement malade et son enfant. — Jusqu'ici, les éludes, les recherches d'Ampère n'ont eu aucun retentissement. Tout est resté renfermé dans le cercle, fort restreint, de quelques amis; il n'est pas même nécessaire de Paire une exception spéciale pour deux mémoires manuscrits adressés à l'académie de Lyon. Maintenant, au contraire, le jeune savant va se révéler au public, et, comme on doit s'y attendre, ce sera à l'occasion d'une question controversée, ardue, d'une solution difficile. — Les R|>éeu la lions d'un joueur du grand monde, du chevalier de Méré, firent naître, dans le siècle de Lotus XIV, le calcul de» probahililfs, ou du moins tournèrent de ce coté les idées de Pascal et de Fermât, deux des plus grands génies dont la France puisse s'enorgueillir. Cette
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branche des mathématiques appliquées, quoiqu'un illustre géomètre l'ait appelée le sens commun réduit en calcul, n'a pas été reçue sans opposition. Encore aujourd'hui le public n'admet guère que des formules analytiques soient susceptibles de renfermer le secret des décisions judiciaires; qu'elles puissent donner les valeurs comparatives des jugements prononcés par des tribunaux diversement constitues ; il n'adopte aussi qu'avec certaine répugnance les limites numériques entre lesquelles on s'attache à renfermer le résultat moyen de plusieurs séries d'observations distinctes et plus ou moins concordâmes. Quand il s'agit d'un ordre de problèmes moins subtils, de tous ceux qui se rapportent aux jeux, il suffit de l'intelligence la plus vulgaire pour entrevoir que l'algèbre ait pu en faire son domaine ; niais là même se rencontrent, dans les détails, dans les applications, des difficultés réelles très-dignes d'exercer la sagacité des hommes du métier. Personne ne se méprend sur le danger qu'il y aurait a jouer, les mises étant égales, conlre quelqu'un à qui les conditions du jeu donneraient plus de cliances de gagner ; chacun aperçoit, du premier coup d'œil, que si les cliances de gagner des deux joueurs sont inégales, les mises doivent l'être aussi ; (pie si les chances de l'un d'eux sont, par exemple, décuples de celles de son adversaire, les» mises respectives, les sommes avennirées sur chaque coup, doivent être de même dans le rapport de 10 à 1; que cette exacte proportionnalité des mises aux chances est la règle nécessaire, caractéristique, mais suffisante de tout jeu loyal. Cependant il est des cas où, malgré l'olwervation de ces conditions mathématiques, un tarante raisonnable ne consentirait pas à jouer. Qui voudrait, par exemple, eût-il un million de chance» contre une en sa faveur, risquer un million, dans Pespérance de gagner un franc? Pour expliquer celte anomalie, ce désaccord entre les résultats du calcul et les inspirations du sens commun, Uuffon trouva qu'il fallait ajouter une considération nouvelle à celles qui jusqu'à lui avaient paru suffire ; il parla d'appréciation morale; il lit la remarque que nous ne pouvons pas, ne fiU-ce que par instinct, nous empêcher de tenir compte des effet» qu'auront sur notre position sociale, sur nos habitudes, sur nos jouissances, la iicrte ou le bénélice attachés aux jeux qu'on nous propose; Buffon aperçut que l'avantage dont un bien petu être l'origine ne saurait se mesurer sur la valeur absolue de ce bien, et abstraction faite de la fortune à laquelle il va s'ajouter. Le rapport géométrique de l'accroissement de fortune a la fortune primitive lui sembla devoir conduire à des appréciations beaucoup plus eu harmonie avec notre manière d'être. En adoptant celte règle, on comprend à merveille, pur exemple, comment avec un million de chances favorables contre une seule chance contraire, tout homme doué de la plénitude de sa raison ne consentirait |«s à jouer un million contre un franc. L'introduction de considérations morales dans la théorie mathématique du jeu en a certainement affaibli l'importance, la clarté, la rigueur. On «lovait donc |
regretter (pie Ruffon en eut fait usage pour arriver à la conséquence qu'il énonce ainsi : « l ne longue o suite de hasard* est une chaîne fatale, dont le pro- « longemeut amène le malheur; » en termes moins poétiques, un joueur de profession court à une ruine certaine. Cette proposition est d'une haute importance sociale : Ampère sentit le besoin de la démontrer, sans rien emprunter aux considérations dont l'illustre naturaliste et le non moins célèbre Daniel Bernoulli avaient fait usage. Tel fut le principal objet de l'ouvrage qui parut à Lyon en 1802, avec le titre modeste de : Considérations sur la théorie mathématique du jeu. L'auteur s'y montre calculateur ingénieux et exercé ; ses formules ont de l'élégance et le conduisent à des démonstrations purement algébriques, de théorèmes qui semblaient devoir exiger l'emploi de l'analyse différentielle. La question principale s'y trouve, du reste, complètement résolue. — Pendant son séjour dans le cher-lieu du département de l'Ain, les sciences n'absorbèrent pas tellement toutes les pensées d'Ampère, qu'il ne trouvât le temps de cultiver les lettres et même la poésie légère ; témoin uneépitrc dont il fut donné lecture, le *2G germinal an 1 1, à la Société d'Émulation de l'Ain, et qui commence ainsi :
Vous voulez donc, belle Émilic, Que de Grasset et d'Hamilton Dérobant le léger crayon, J'aille chercher, dans ma folie.
S'il reste encor quelque lioulon De faut de fleurs qu'ils ont cueillies. Souvent mes tendres rêveries, etc.
Qui sait si Émilic n'était pas un de ces êtres imaginaires sur lesquels les poêles jettent à pleines mains toutes les perfections qu'ils ont rêvées ? Au reste, la femme éminemment belle et lionne qui unit sa destinée à celle du professeur de Ilourg avait, elle aussi, excité sa muse. Voici l'heureux début d'une des épitres d'Ampère à sa femme :
Que j'aime à m'égarer dans ces routes fleuries Où je l'ai vue errer sous un dais de lilas ! Que j'aime à répéter aux nymphes attendries, Sur l'herbe où tu l'assis, les vers que tu chantas!
Les voilà, ces jasmins dont je l'avais parée; Ce bouquet de Iroèue a touché tes*cheveux, ele
Ampère avait composé, pendant sa première jeunesse, une tragédie sur la mort d'Annibal, dans laquelle on remarquait de très-beaux vers et les plus nobles sentiments. — La théorie mathématique du jeu, favorablement appréciée par Lalande et Dclamlirc, valut à son auteur le plaisir d'être employé à Lyon, et |)ou de temps après la place de ré|»étileur d'analyse à l'école polytechnique. A la fois géomètre et métaphysicien, Ampère, dés son arrivée à Paris, vécut dans deux sociétés distinctes. Ces sociétés avaient pour unique trait de ressemblance la célébrité de leurs membres. D'un coté se trouvaient la première classe de l'ancien Institut, les professeurs et les examinateurs de l'école polytechnique, les professeurs
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du collège de France ; de l'autre, Cabanis, Destutt de Tracy, Maine de Biran, de Gérando, etc. Ici on essayait de sonder, d'analyser les mystères de l'intelligence; la, cette intelligence, telle que la nature nous la départit, telle que l'éducation la perfectionne et l'étend, créait chaque jour de nouveaux prodiges. Les psycliologistes cherchaient de quelle manière on invente ; les géomètres, les chimistes, les physiciens inventaient. Sans trop s'occuper du comment cela se faisait, ils découvraient soit les formes analytiques ou sont actuellement renfermées les lois des mouvements des astres, soit les règles subtiles des actions moléculaires, lesquelles, tout en nous mettant sur la voie des causes d'un grand nombre de pliénomènes naturels, éclairaient les procédés des arts, développaient la richesse nationale. Ils saisissaient enlin les nouvelles propriétés de la lumière, de l'électricité, du magnétisme, qui ont jeté tant d'éclat sur les premières années de ce siècle. Ballottée entre deux écoles, si l'expression est permise, l'ardente imagination d'Ampère subissait journellement d'assez rudes épreuves. On ne saurait dire avec certitude sous quel asj>ect les sciences exactes étaient alors envisagées par les métaphysiciens; mais il est certain que les géomètres, les chimistes accordaient peu d'estime aux recherches purement psychologiques. Ce tort s'amoindrira sensiblement aux yeux de ceux qui voudront bien considérer qu'en métaphysique tout se lie, se tient, s'enchaîne, comme les mailles du tissu le plus délicat ; en telle sorte qu'un' principe ne saurait être détaché de l'ensemble de délinitions, d'observations et d'hypothèses dont il découle, sans perdre l)caucoup de son importance apparente cl surtout de sa clarté. lorsque Ampère, encore vivement ému des entretiens qu'il venait d'avoir avec les psycliologistes, allait étourdiment, c'est-à-dire sans préparation, jeter Yémeslhèse, par exemple, au milieu d'une réunion de géomètres, de physiciens ou de naturalistes; lorsqu'en cédant à son enthousiasme, il soutenait qu'un mot obscur, ou du moins incompris, renfermait la plus belle découverte du siècle, n'était-il pas naturel qu'il rencontrât des incrédules? Tout aurait été même dans l'ordre, si l'extrême bonté d'Ampère n'avait autorisé les incrédules moqueurs à usurper la place des incrédules sérieux. On trouve dans la correspondance manuscrite du savant géomètre avec M. Bredin de Lyon, qu'en 1812 et 1814 il rêvait la publication d'un livre qui aurait été intitulé : Introduction à la philosophie. Le fameux anathème de Napoléon contre l'idéologie n'avait pas découragé Am|)êre; il lui semblait, avec raison, que la violence contribuerait à propager ce genre d'études plutôt qu'à le restreindre. Il élaliorait alors sa « théorie des relations, sa théorie « de l'existence, des connaissances subjectives, des « connaissances objectives et de la moralité ab- « sotue. » Le profond penseur se jugeait luimême incapable d'éclairer d'une manière suffisante des sujets si difiieiles, s'il ne trouvait pas l'occasion de les soumettre à des discussions vertfalheureusemcnt cette occasion tant désirée
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lui manquait à Paris : Maine de Biran était retourné à Bergerac, et, dans le reste des habitants de l'immense capitale, pas un ne paraissait alors prendre intérêt, sous le point de vue métaphysique, au subjectif, à l'objectif et à la moralité absolue. Ampère reporta alors ses vues du côté de ses amis d'enfance, et résolut de retourner momentanément à Lyon. Les conditions du voyage avaient été strictement formulées par lui : certitude complète d'au moins quatre après-dinées par semaine, consacrées à des dé- | bats sur l'idéologie ; promesse formelle qu'on lirait, qu'on examinerait chaque jour, du point de vue de la rédaction et de la clarté, les pages que chaque jour aurait vu naître. Les réponses desamis deLyon furent loin de satisfaire le savant métaphysicien ; aussi écrivait-il à M. Bredin : « Combien est admirable la « science de la psychologie I et, pour mon malheur, « tu ne l'aimes plus, » « Il faut, disait-il ailleurs, « pour me priver de toute consolation sur la terre, « que nous ne puissions plus sympathiser en ma- « tière de métaphysique... Sur la seule chose qui a m'intéresse, tu ne penses plus comme moi... c'est
■ un vide affreux dans mon âme. » A Lyon, on avait trouvé la psychologie d'Ampère un peu sèche et minutieuse. 11 répondait sur un ton lyrique : « Comment quitter un pays plein de fleurs et d'eaux « vives; comment quitter des ruisseaux, des bo— « cages pour les déserts brûlés par les rayons de ce « soleil mathématique qui, répandant sur les plantes « la plus vive lumière, les flétrit, les dessèche «jusqu'à la racine... Oh! qu'il vaut mieux errer « sous des ombrages mobiles que de marcher le « long d'une route droite, où l'œil embrasse tout, « où aucun objet ne semble fuir pour nous exciter a le
■ |>oursuivre. » L'avenir marquera la place d'Ampère parmi les psycliologistes. On peut dire dés ce moment que la plus étonnante pénétration, que la rare faculté de saisir d'immenses généralisations dans un tourbillon de minutieux détails, que le génie enfin brille dans les recherches métaphysiques de l'illustre savant, comme au milieu des admirables travaux de physique mathématique qui forment aujourd'hui la partie la plus solide, ou, si on l'aime mieux, la plus reconnue, la plus incontestée do sa renommée scientifique. Autant que le sujet pouvait le permettre, Ampère se rapprochait de la voie expérimentale. Ce n'est certainement pas de sa bouche que sortirent jamais ces incroyables paroles attribuées à un psychologiste : Je te méprise eomm* un fait. Les faits, il en tenait un compte res|>ectueux : c'est à les enserrer dans les théories qu'il appliquait surtout sa merveilleuse perspicacité. Quand, par extraordinaire, ses efforts restaient infructueux, les théories étaient immédiatement changées ou abandonnées. Parmi les lecteurs de cet article, il se trouvera probablement des personnes à qui ces mots rappelleront et les premières idées d'Ampère sur l'instinct des animaux, et la manière franche et nette dont il les modifia. Nous ne quitterons pas ce sujet avant d'avoir montré, jwr un exemple frapjiant, combien Ampère, malgré l'extrême vivacité qu'il apportait dans les discussions, était, au Tond, loyal,
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tolérant, à l'abri des passions haineuses que l'amourpmpre et les idées pH 'Tournes menait ordiuairenient à leur suite. Dans îles notes manuscrites du médecin (M. llrediu ) avec lequel Ampère étudiait la doctrine molaph}»iquo de Wtbsvlu, on lit textuellement cette phrase ; « Des discussions 1resa animées s'élcvaioul journeUeiucnt entre nous ; a elles furent l'origine de la sainte et iudisso- « lubie amitié qui nous a constamment unis. » Un auteur de roman croirait aujourd'hui blesser la vraisemblance, s'il plaçait l'amitié au nombre drs conséquences possibles d une \i\e discussion. U ne se permettrait de pareilles hardiesses (|u'eu IrausiKirtant ses personnages dans le pays de la fable, — En dehors de la métaphysique, les travaux d'Ampère se comp^eut de recherches d'analyse mathématique transcendante, d'applications de cette même analyse aux plus inqKJi tantes questions de la mécanique rationnelle, do l'optique, de la phv sique des gaz, et même do la chimie moléculaire. Les classifications chimique* pro|«o*é«5 |>ar le savant arademicieu pourraient, mémo aujourd'hui, être publiées avec fruit ; elles prouveraient, chose étrange, que, peu» daut une dos dernières révolutions de la science , Anqtére, le géomètre Anq»éro, fut toujours dans le vrai, même quand ses opinions étaient opposées à celles de |tresque tous les eliiuiisles du monde. — Dans les nombreux travaux dont nous aurions à parler, si U) cadre d une biographie le permettait, il eu est un qui prune tous lus autres et constitue à lui seul une belle science. Son nom : Yrleelro-dt/namnuu , est a jamais iiwj»aiable de celui d'Ampère. Aussi, au lieu d'arrêter les pensées du lecteur sur vingt sujets divers, nous nous bornerons à les concentrer sur la jJus va»tc, sur l.i plus féconde conception de l'illustre géomètre. — Au milieu des progrès rapides, admirables que faisaient tant do sciences anciennes et modernes, celle qui traite du magnétisme restait à peu près stationnaire. Ou suit, depuis six siècles au moins, que les barres de fer ou d'acier, convenablement préparées, convenablement supiiorlccs, se dirigent vers le nord. Celte curieuse propriété nous a donné les deux Amérique*, la ISouvclle-Hollaude, de nombreux archipels et les centaines d'Iles isolées de l'Océanie, etc.; c'est à elle «pie, dans le* temps soin lu es ou de brouillards, recourent, pour se diriger, les capitaines des mille et mille navires dont toutes les mers du monde sont sillonnées de jour et de nuit. Aucune vérité de physique n'a eu îles Conséquences aussi colossales. Cependant jusqu'ici on n'avait rien découvert toitcUmt la nature de la modification iutime qu'éprouve une lame d'acier neutre, pendant les opérations mystérieuses, on pourrait presque dire Cabalistique*, à l'aide desquelles s'opère sa transformation en aimant. L'ensemble des phénomems du magnétisme, les affaiblissements, les destruction», les renversements de polarité de» aiguilles de Uu>sole, occasionnes A bord de quelques navire» par île violents coups de foudre, semblaient établir des luisons intimes eutre le magnétisme et l'électricité. Cependant les travaux ad hoc entrepris ;i la demande
tic plusieurs académies, pour développer et fortifier
celte analogie, n'avaient pas conduit à des résultats décisifs. Ou lit même, circonstance singulière, dans un programme d'Ampère, imprime à la date de 1802 : « Lt * profesteur itËMo.vruEUA que les phènoméues c/cc/rt- « qws i l uuiijncliques tant diw a DEUX VU lOEs diffe- « rentt et qui tigistenl independumment l'un de Cauu tre !o Les choses dictaient a ce point, lorsqu'cn 1810, le physicien danois OLrsled annonça au monde savant un fait, immense pur lui-même ctsurtout par les conséquences qu'on en a déduites ; un fuit dont le souvenir se .transmettra d*àge en âge, tant que les sciences seront en honneur parmi les liommcs. Ce fait, actuellement connu de tout le monde, consiste dans l'action rutative qu'un lil métallique quelconque exerce sur l'aiguille aimantée placée dans son voisinage, quand un courant électrique le traverse. La découverte d'Ob'rslcd arriva à Paris par la Suisse. Le lundi II septembre 1820, un académicien, qui revenait de Genève, répéta devant l'académie les expériences du savant Danois. Sept jours après, le lu septembre, Ampère présentait déjà un (ait beaucoup plus gênerai «pie celui du physicien de Copeuhague, (tans un si court intervalle de temps, il avait deviné que deux lils conjonclifs (c'est ainsi qu'on appelle des (ils que l'électricité |»arcourt) agiraient l'un sur l'autre ; il avait imagine des disputions extrêmement iugemeuses (mur rendre ces lils mobiles, saut que les extrémités de chacun d'eux eussent jamais à su détaelier des pôles respectifs de leurs piles voj. laïques ; il avait réalisé, transformé ces conceptions en instruments susceptibles de fonctionner; il avait euliu soumis son idée capitale à une expérience décisive Le vaste champ de la physique n'offrit peut-être jamais une si belle' découverte conçue, mise hors de doute et complétée avec tant de rapidité. Cette brillante découverte d' Ampère, eu voici l'énoncé exact : deux lils conjonclifs parallèles s'attirent quand l'électricité les jNireouri dans le même sens; ils se repoussent au contraire si les courants électriques s'y meuvent en sens upjmsés. Les liU conjunctifs dé deux piles scmbUblcmcut placées, de deui piles dont les pôles cuivre et zinc se correspondent respectivement, s'attirent donc toujours. Il y a, du même, toujours répulsion cuire les (Us conjonclifs de deux piles, quand le pôle zinc de 1 une est en regard du pôle cuivre de l'autre. Ces singulières attractions et répulsions n'exigent pas que les (ils sur lesquels ou opère appartiennent à deux piles differen'es. Lu pliant el repliant uu seul lil conjonclif, on peut faire en sorte que deux de ses portions en regard soient traversées par le courant électrique, ou dans le même sens, ou dans des sens oppose». Les phénomènes sont alors absolument identiques à ceux qui résultent de l'action des courants provenant de deux sources distinctes. Dès leur naissance, les phénomènes d'OErsted avaient été justement aj>pelés elcrtro maimtliqucs. Ceux d'Ampère, puisque l'aimant n'y jonc aucun rôle direct, durent prendre j le nom plus général de phénomènes élecli o-dj/MHti- | que$.~ Lesexitérieuces du savant français n'orkip. I purent pu aux critiques que 1 envie réserve à tout ce
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qui a dp la nouveauté, de l'Importance, de l'a tenir. On voulut dabord ne voir dans les attractions et les répulsions des courants qu'une modification a peine sensible des attractions et des repulsions électriques ordinaires, eonnnes depuis le temps de Pufay. Sur t-c point, les réponses d'Ampère furent promptes, décisives. Les corps scmblablement électrisés se repoussent; les courants semblables s'attirent. Les corps inversement électrisés s'attirent ; les eourants inverses se repoussent. Deux corps scmblablement électrisés s'écartent l'un de routre, dés le moment qu'ils se sont tourbes ; deux lils traversés jwr des courants semblables restent attachés comme deux aimants, si on les amène au contact. Aucun subterfuge au monde n'aurait pu résister a cette argumentation serrée. Une antre classe (Vnbjtrdonncttrs cmlmrrassa plus sérieusement Anqièrc. Ceuxci étaient en apparence charitables : à les en croire, ils appelaient de tous leurs ttrax, mais sans espoir, la solution d'une grande difficulté. Ils souriraient sincèrement, disaient-ils, en voyant si promplcment s'évanouir la gloire dont les nouvelles observations auraient entouré le nom d' Ampère. L'insurmontable diflicullé, voici à très-peu prés comment on la formulait : Deux corps qui, séparément, ont la propriété d'agir sur un troisième, ne sauraient manquer d'agir l'un sur l'antre. Les (ils conjonctifs, d'après la découverte d'OErsted, agissent sur l'aiguille aimantée ; donc, deux lils conjonctifs doivent s'influencer réciproquement ; donc les mouvements d'attraction ou de répulsion qu'ils éprouvent lors- <ni'on les met en présence sont des déductions, des conséquences nécessaires de l'expérience du physicien danois; donc on aurait tort de ranger les ol>servations d'Ampère |tarmi les faits primordiaux qui Mtvratl aux sciences (les voies entièrement nouvelles. L'action ctt rgtite â la réaction ! Il y avait, dans la phraséologie citée, un Taux air de re principe incontestable de mécanique, qui .séduisit beaucoup d'esprits. Ampère répondit en posait! a ses adversaires le défl de déduire des expériences d'OLrstcd, d'une manière un tant s<«il peu plausible, le senx de l'action mutuelle de deux courants électriques; mais quoiqu'il mit beaucoup d'aigreur dans sa demande, personne ne s'avoua vaincu. Le moyen infaillible de réduire au silence cette opposition passionnée, de saper ces objections par la base, était de citer un exemple où deux corps qui, séparément, agiraient sur un troisième, n'exerceraient néanmoins aucune action l'un sur l'autre. Un ami d'Ampère lit remarquer que le magnétisme offrait le phénomène désiré, il dit aux bienveillants antagonistes du grand géomètre : Voilà deux clefs en fer doux; chacune d'elles attire cette lwussole : si vous ne prouvez pas que, mises en présence l'une de l'autre, ces clefs s'attirent ou se repoussent, le point de dépMl de toutes vos objections est faux. Dés ce moment les objections furent abandonnées, et les actions réciproques do courants électriques prirent définitivement la place qui leur appartenait parmi les plus belles découvertes de la physique moderne. Lue fois sorti des questions d'originalité, de priorité, toujours plus
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I pénibles par ce qui est sous-entendu que par ce I qu'on dit ouvertement, Ampère rhercha avec ardeur 1 une théorie claire, rigoureuse, mathématique, qui comprit dans un lien commun les phénomènes électro-dynamiques, déjà a cette époque très-nombreux et très-variés. La recherche était hérissée de difficultés de tout genre. Ampère les «surmonta par des méthodes où brille à chaque pas son génie. Ces méthodes resteront comme un des plus précieux modèles dans l'art d'interroger la nature, de saisir, an milieu des formes complexes des phénomènes, la loi simple dont ils dépendent. Eblouies par l'éclat, la grandeur, la fécondité de la loi de l'attraction t universelle, cette immortelle découverte de ISewton, les personnes peu au courant des connaissances I mathématiques imaginent que pour faire rentrer j ainsi les mouvements planétaires dans le système de l'attraction universelle, il a fallu surmonter des obstacles mille fois supérieurs a ceux (pie rencontre le géomètre moderne quand, bd aussi, veut, a l'aide du calcul, suivre dans toutes leurs ramillcalions les divers phénomènes découverts et étudiés par les physiciens. Cette opinion, quelque générale qu'elle soit, n'en est pas moins une erreur. La petitesse des planètes, si on les compare au soleil ; l'immensité des distances, la forme ù peu près sphérique des corps célestes , l'absence de toute matière capable d'opposer une résistance sensible dans les vastes régions où les orbes elliptiques se déve!o|>pent, sont autant de circonstances qui simplifiaient extrêmement le problème et le faisaient presque rentrer dans les abstractions de la mécanique rationnelle Si au lieu de mouvements de planètes, c'est-à dire de corps très-éloignés pouvant être censés réduits A de simples points, on avait eu à considérer des phénomènes d'attraction de polyèdres réguliers ou Irréguliers, agissant l'un stir l'autre a de petites distances, les lois de la jiesanteur universelle resteraient peut-être encore a découvrir. Ce peu de mois su f ira pour faire entrevoir les obstacles réels qui rendent les progrès de la physique mathématique si lents. On ne s'étonnera plus d'apprendre que la propagation du son ou des vibrations lumineuses, que le mouvement des ondes légères qui rident la surface d'un liquide, que les courants, atmosphériques déterminés |>ar des inégalités de pression et de température, etc., etc., sont beaucoup plus difficiles A calculer que la course majestueuse de Jupiter, de Saturne ou d'Lranus. Parmi les phénomènes de la physique terrestre, ceux contre lesquels Ampère allait lutter étaient certainement au nombre des pins complexes. Les attractions, les répulsions observées entre des fils conjonctils résultent des attractions nu des répulsions de toutes leurs parties. Or le passage du total a la détermination des éléments nombreux et divers qui le composent; en d'autres termes, la recherche de la manière dont varient les actions mutuelles de deux parties infiniment petites de deux courants, quand on change, le un distances et leurs inclinaisons relatives, offrait des difficultés Inusitées. Toutes ces difficultés ont été vaincues. Les quatre états d'équilibre à l aide desquels l'auteur a dé-
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brouillé les phénomènes, s'appelleront les lois d'Ampère, comme on donne le nom de lois de Kepler aux trois grandes conséquences que ce génie supérieur déduisit des observations de Tycho. Grâce aux efforts de l'illustre académicien, la loi du carré des distances, la loi qui régit les mouvements célestes, la loi (pie Coulomb étendit aux phénomènes d'électricité de tension, et môme, quoique avec moins de certitude, aux phénomènes magnétiques, est devenue le Irait caractéristique des actions exercées |«r l'électricité en mouvement. — Dans toutes les expériences magnétiques tentées avant la découverte d'OErstcd, la terre s'était comportée comme un gros aimant. On devait donc présumer qu'à la manière des aimants, elle agirait sur des courants électriques. L'expérience cependant n'avait pas justifié la conjecture. Appelant à son aide la théorie t U etro-dynamique, cl la faculté d'inventer des appareils qui s'était révélée en lui d'une manière si éclatante, Ampère eut l'honneur de combler l'inexplicable lacune. Pendant plusieurs semaines, les savants nationaux et étrangers purent se rendre en foule dans un humble cabinet de la rue des Kossés-St-Vietor, et y voir avec élonnement un fil conjouctif de platine qui s'orientait par l'action du globe terrestre. Qu'eussent dit NewtOQ, llalley, Dufay, /Epinus, Franklin, Coulomb, si quelqu'un leur avait annoncé qu'un jour viendrait où, à défaut d'aiguille aimantée, les navigateurs pourra itnt orienter leur marche en observant des courants électriques, en se guidant sur des lilséleclrisés ! L'action de la terre sur un lit conjonctif est identique, dans toutes les circonstances qu'elle présente, avec celle qui émanerait d'un faisceau de courants ayant son siège dans le sein de la terre, au sud de l'Europe, et dont le mouvement s'opérerait, comme la révolution diurne du globe, de l'ouest à l'est. Qu'on ne dise donc pas que les lois des actions magnétiques étant les mêmes dans les deux théories, il est indifférent d'adopter l'une ou l'autre. Supposez la théorie d'Ampère vraie, et la terre, dans son ensemble, est inévitablement uuc vaste pile voltaïque, donnant lieu à des courants dirigés comme le mouvement diurne; el le mémoire où se trouve ce magnifique résultat va prendre rang, sans désavantage, à cùté des immortels travaux qui ont fait de notre globe une simple planète, un ellipsoïde aplati à ses pôles, un corps jadis incandescent ilans toutes ses parties, incandescent encore aujourd'hui à de grandes profondeurs, mais ne conservant plus à sa surface aucune trace appréciable de celle chaleur d'origine. — On a prétendu que toutes ces belles conceptions d'Ampère furent accueillies froidement; on a dil que les géomètres et les physiciens français s'étaient montrés peu enclins à les admettre ou même à les étudier; que l'académie, à l'exception d'un seul de ses membres, dominée par des préventions, refusa longtemps de se rendre à l'évidence. Ces reproches sont arrivés au public par des organes éloquents et éminemment honorables ; il n'est donc pas possible de les laisser sans rcjKHise. Les expériences d'Ampère, à leur apparition, furent l'objet de critiques sévères deja citées dans cet article, et, bientôt après, d'une admiration universelle. Quant
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aux calculs compliqués et savants, aux déductions
théoriques si délicates dont le lecteur entrevoit sans doute à présent l'immense portée, ils ne pouvaient guère avoir que les géomètres pour juges compétents el éclairés ; or, est-il juste de dire que les géomètres français firent défaut à l'illustre savant national, lorsque, bien près de la naissance de l'électrodynamisme , on trouve Savary complétant un point très-important de cette Uiéorie; lorsque l'on voit M Liouvillc s'allachant à en simplilier les bases; à les rendre plus rigoureuses ; lorsque, dans,la[rédaction des parties les plus difficiles de son grand mémoire, Ampère a M. Duhamel pour coUaborateur empressé? Est-il vrai d'ailleurs que la formule d'Ampère ne présentât aucune circonstance dont les géomètres passent justement s'étonner ?Ccux qui avaient fait le plus fréquent usage des théories newtoniennes ne devaient-ils pus être inquiets en voyant des lignes Irigonométriques, relatives aux inclinaisons rcspecUvcs des éléments infiniment petits des courants électriques, dans l'expression générale des actions mutuelles de ces éléments? Quand de nouveaux phénomènes paraissent sortir si complètement des voies connues, quelque hésitation n'est-elle pas naturelle ? Cette hésitation n'eut rien d'extraordinaire, d'exceptionnel ou d'outré de la pari des savants qui l'éprouvèrent. Peu d'années auparavant, les ondes lumineuses transversales de Fresnel avaient soulevé les mêmes doutes, les mêmes incertitudes, et chez les mêmes personnes, quoiqu'elles semblassent uue conséquence plus évidente encore, une traduction plus directe, plus immédiate, plus facile à vérifier, des faits d'interférence que présentent les rayons polarisés. Lu thèse générale, ne nous plaignons pas du culte cpie vouent ordinairement les hommes aux idées sous l'action desquelles leur intelligence s'est développée. En pareille matière, il est naturel, il est juste, il est moral de ne cliangcr qu'à Iwn escient. Envisagées du point de vue scientifique, les critiques, les difficultés de toute nature dont ou accable si souvent les novateurs ont une utilité réelle. Elles réveillent la paresse, elles triomphent de l'indolence ; il n'est |m> jusqu'à la jalousie qui, avec sa cruelle, sa hideuse perspicacité, ne devienne une cause de progrés. Ou peut s'en fier à elle de la découverte des lacunes, des lâches, des imperfections que l'auteur, même le plus soigneux, laisse inévitablement échapper. Le contrôle qu'elle exerce, jiour qui ne dédaigne pas d'eu profiter, vaut cenl fois celui du meilleur ami. On ne lui doit sans doute aucune reconnaissance, puisque son lot esl de rendre service sans le vouloir; mais ce serait, d'autre part, une faiblesse, que de s'appitoyer outre mesure sur les ennuis qu'elle suscite aux hommes de génie. Gloire et tranquillité d'esprit marchent rarement de compagnie ! Celui à qui il faut une grande place dans le monde matériel ou dans le monde des idées doit s'attendra à y rencontrer pour adversaires les premiers occupants. Les petites choses et les petits esprits ont seuls le privilège de trouver à point nommé de petites cases dont |K*rsonne ne songe à leur disputer la possession. — Le besoin d'abréger ne saurait nous dispenser de
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donner ici une légère idée du dernier ouvrage que le savant illustre ait composé. — C'est par la lecture de l'Encyclopédie du t8* siècle qu'Ampère entra dans la vie littéraire; c'est par la rédaction du plan d'une encyclopédie nouvelle que sa vie littéraire se termina. La partie la plus essentielle de ce vaste plan était uu projet de classification de toutes les connaissances humaines. Molière metuiit en question, par la bouclic d'un des personnages de ses immortelles comédies, s'il faut dire la ligure ou la forme d'un chapeau : c'était se demander si l'on doit mettre les chapeaux dans la classe des formes ou dans celle des ligures. L'abus des classifications ne saurait être signalé d'une manière «1 la fois plus profonde et plus comique. En remontant au temps de Molière, ou même seulement aux premières années du ISC siècle, on verra que le grand poète ne s'attaquait pas ù un vain fantôme; on sera frappé des plus étranges associations d'idées ; on trouvera les classilicaleurs obéissant à des analogies, a «les rapprochements vraiment burlesques; par exemple, dans la Société des Arts, créée par un prince du sang, par le comte de Clermont, société qui réunissait à la fois les sciences, les lettres et les arts mécaniques, l'historien sera, le plus sérieusement du monde, classé a\ec le brodeur; le poète, avec le teinturier, etc., etc. Kn toutes choses, au surplus, l'abus n'est pas l'usage. Kst-ce à l'usage qu'Ampère s'est arrêté dans l'ouvrage, encore à moitié inédit, qu'il a composé a la lin de sa vie, sous le titre d'Essai sur la philosophie des sciences, ou Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humaines? Ampère se proposait la vaste et célèbre question dont la solution avait été déjà tentée par Aristote, par Platon ; {>ar Bacon et d'Alembert, par Lcibnitz et Locke, etc., etc. Ixs efforts infructueux de tant d'hommes de génie sont une démonstration convaincante de la difficulté du problème. Prouvent-ils aussi complètement son utilité? Aristote prétendait que tous les objets pouvaient être renfermés dans dix catégories. Si on rappelait combien de fois elles ont été remaniées, on pourrait répondre, et avec raison, que c'était une conséquence nécessaire et prévue de la faiblesse «le l'esprit humain. Ce serait certainement poser une question plus embarrassante, que de demander à quoi les catégories ont servi. On a déjà vu ce qu'en pensait ' Molière. Voici l'opinion de l'auteur célèbre de la Logique de Port-Royal : « L'élude des catégories ne peut « être que dangereuse, en ce qu'elle accoutume les « hommes à se payer de mots, et à croire qu'ils savent « toutes choses lorsqu'ils ne connaissent que des noms « arbitraires. » A cette critique exorbitante , si elle était tombée sous ses yeux. Ampère aurait répondu qu'une classilication naturelle «les sciences serait le type sur lequel devraient scrupuleusement se modeler les sections d'un institut qui prétendrait représenter l'universalité des connaissances humaines; qu'une classification naturelle des sciences indiquerait les vraies coupures des divers dictionnaires d'une encycloj)édie méthodique bien ordonnée ; qu'une classification naturelle des sciences présiderait à une distribution rationnelle des livres, dans les grandes
bibliothèques, objet assez capital pour que Leibnitz l'ait étudié longtemps, et avec le plus grand soin ; qu'une classilication naturelle des sciences ferait une heureuse révolution dans renseignement. Tout cela est juste et vrai. Malheureusement les principes qui, à priori, semblaient devoir conduire aux classifications naturelles, ont assimilé, groupé, réuni'les connaissances les plus distraies. Si vous prenez l'arbre encyclopédique de Bacon et de d'Alembert , ce tableau fondé sur l'hypothèse, contre laquelle aucune objection ne s'était élevée, que l'intelligence humaine peut se réduire a trois seules facultés : la mémoire, la raison, l'imagination, vous serez conduit, dans la grande division des connaissances dépendante* de la mémoire, à placer l'histoire îles minéraux et des végétaux avec l'histoire civile ; dans les sciences du domaine de la raison, la métaphysique sera associée à l'astronomie, a la morale, à la chimie. Suivez Locke ou plutôt Platon, et la théologie marcliera à côté de l'optique. Divisez, comme le font aujourd'hui les écoles de Home, l'ensemble de nos connaissances en trois règnes : les sciences d'autorité, les sciences de raison, les sciences d'ofot rrafton, et des anomalies presque risibles surgiront aussi à cliaque pas. On ne rencontre point ces graves défauts dans la classification d'Ampère. Là. tout ce qui a de l'analogie est uni ; tout ce qui diffère est séparé. L'auteur ne crée pas, au gré de son imagination, do prétendues facultés fondamentales pour en faire la liase d'un système sans solidité. Ses deux points de vue principaux, ses deux règnes, sont l'étude du monde, la cosmologie; l'élude de la pensée, Vonlologie. Les sciences cosmologiques se divisent, à leur tour, en deux sous-règnes, savoir : les sciences qui traitent des objets animés, et les sciences qui envisagent seulement les objets inanimés. Le premier sous-rè^ne des sciences cosmolugiques donne lieu à deux embranchements : les sciences mathématiques, les sciences physiques, lu |M>ursuivant cette division, toujours par deux, Ampère n'arrive à rien moins qu'à former un tableau où l'ensemble des sciences et des arts se trouve dis|>osé : en deux règnes ; — en quatre sous-règnes ; — en huit embranchements; — en seize sous-embranchements; — en trente-deux sciences du premier ordre ; —en soixantequai iv du second ; — en cent vingt-huit du troisième. — Cent vingt- huit sciences ! Voilà donc ce qu'il faudrait étudier pour être au fait de l'ensemble des connaissances humaines ! Ce nombre, si considérable, ne doit-il pas cire à la fois un sujet de découragement pour les individus considérés isolément, et un juste sujet d'orgueil pour l'espèce humaine ? Ni l'un, ni l'autre. Ampère n'est arrivé à trouver cent vingt- huit sciences distinctes dans les résultats des travaux accumulés de quarante siècles, qu'en dépeçant, qu'en morcelant ce qu'on avait jusqu'ici laissé réuni ; qu'en transformant en sciences sé|>arées desimpies chapitres des sciences actuelles ; qu'en leur appliquant des noms qui ont trouvé plus d'un contradicteur, tels que camAbologie, cybernétique, terpnognosie, techneslhéliquc , etc., etc. Resterait à examiner si les nouvelles divisions ne sont pas trop
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nombreuses ; si elles ajouteraient ;'i la clarté, senrc i de mérite qu'on doit rechercher à tout prix : si files I introiluiniieiit tjuelques facilités dans renseignement. | 11 n'est pas de professeur qui ne comprenne aujourd'hui que le cours le plus élémentaire d'astronomie doit offrir d'abord aux étudiants la description des mouvements apparents des corps célestes ; que, flans une seconde section, il faut remonter des apparences à In réalité; qu'une troisième section, enlin, doit être consacrée à la recherche et à l'étude de la cause physique de ces mouvements. Ce sont M trois parties d'un seul et même tout. 11 est difficile de voir ce qu'on gagnerait ù faire de la première seç*tion, du premier chapitre du cours ou du traité, une science A part : Yurttmygrnphie; de diviser le second chapitre en deux sciences : Yhèliostntiqur et Yas- Ironnmie. Ampère bannit du cours de physique générale l'étude comparative des modification-: «me les phénomènes éprouvent en divers lieux et en divers temps. Si c'est d'une étude approfondie qu'il entend parler, la thèse peut être soutenue. Dans la supjH)silion contraire, on ne concevrait pas comment, après avoir annoncé qu'aujourd'hui, a Paris, la pointe nord de l'aiguille aimantée décline de 22" à l'occident du nord, le professeur s'arrêterait tout à coup, et laisserait 6 son confrère, professeur de géographie physique, la mission de dire, l'année d'après peut-être, qu'à Paris, avant 1660, la déclinaison était orientale; qu'en 1660 les observateurs la trouvèrent nulle, qu'elle n'est pas la même dans tons les lieux, et que, dans chaque lieu considéré Séparément, elle éprouve une oscillation diurne autour de sa position moyenne. Ampère trouve inadmissible la réunion qu'on a faite dans renseignement, de la matière medieale et de la thérapeutique 11 est très-vrai (pie connaître les propriétés des médicaments, c'est tout autre chose que savoir les appliquer ; mais quand on considère que les propriétés dont il s'agit ne seraient guère étudiées si elles ne devaient pas servir a l'humanité souffrante; que la réunion du point de vue abstrait au jioint de vue d'application Soutien I l'intérêt et fait gajner du temps, on revient d'abord à ce qui avait semblé défectueux. « l.a vie est courte « et l'art est long. » Ces mémorables paroles d'Hipjmerate, dont, pour le dire en passant, la matière médicale et la thérapeutique réunies on sé|<atées ne sont pas encore parvenues à affaiblir la vérité, méritent bien aussi qu'on en tienne quelque compte dans la distribution des études de la jeunesse. Ampère pensait être arrivé, dans sa classification, à éviter entièrement les redites; il se flattait que désormais chaque science pourrait être étudiée sans aucune trace de cercles vicieux ; (pie jamais, dans cette étude, on n'aurait besoin de recourir aux sciences qui ligurent à un rang inférieur sur le tableau synoptique. Un illustre métaphysicien ne croyait cette marche méthodique complètement possible que dans le domaine des sciences mathématiques abstraites. « Il faut, disait-il, de l'équité dans « les lecteurs et qu'ils fassent crédit pour quelque a temps, s'ils veulent qu'un les satisfasse; car il n'y « a que les géomètres qui puissent toujours payer I
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« comptant. » Ampère, suivant l'expression de Malebranche. pnyerait-f! toujours comptant, même dans les mathématiques appliquées? Non, certes. Pans son tableau on voit, par exemple, l'astronomie avant la physique , et conséquemment avant l'optique ; mais alors, dés les premières leçons d'nranographie, dès la première étude «lu mouvement diurne du ciel, comment le professeur expliquerait-il l'usage de In lunette, du réticule placé au foyer commun de l'objectif et de l'oculaire? que dirait-il, tant demander erêdit, des réfractions atmosphériques qui déforment si sensiblement les orbital circulaires diurnes des étoiles? Tons les astronomes trouveraient également peu naturel que l'héliostatique ou In démonstration du système de Copernic précédât l'cxjxisition des lois de Képler. considérées comme simple résultat de l'observation. Ces remarques , on pourrait les multiplier, mais elles n'empeYIieraient pas la classification d'Ampère d'être très-supérieure a toutes celles qui l'avaient précédée; de n'exiger, peut-être, (pie des suppressions, que des remaniements de peu d'importance, pour acquérir toute la jicrfeetion compatible avec la nature du sujet. Des ce moment, on peut le dire sans hésiter, elle offre dans ses diverses parties l'empreinte indélébile d'un savoir également prodigieux par l'étendue et jmr la profondeur. — De bonne heure un singulier concours de circonstances initia le public « tous les détails de la vie privée d'Ampère. On s'occupait presque autant de ce qu'on appelait sa crédulité, ses travers, se? distractions, des alternatives si fréquentes d'activité infinie et d'apathie profonde auxquelles il était sujet, (pie de ses brillantes découvertes. Petit à petit il devint le principal acteur dans une multitude d'aventures, [dus ou moins bizarres, fruits de l'imagination de quelques oisifs. I.a calomnie, toujours aux aguets des occasions d'exercer son détestable rôle, se mit de la partie; aussi cet article biographique ne serait-il pis complet si on négligeait d'y faire entrer une esquisse lidèle du caractère et des habitudes d'Ampère. Comme Philopomicn qui, au dire de Plutanpie, parla un jour la \n-ine de ta mauvaise mine, le metn* bre de l'Institut porta la peine de ses ntpniérc*, de ses habitudes excentriques. Ainsi que la Fontaine, avec lequel il avait plus d'un point de ressemblance. Ampère demeurait (piclqucrois comme isolé au milieu de la foule. De là, certaines Nzarreries, certaines aherralions de langage, de tenue on de costume, que devaient difficilement comprendre ceux qui jamais ne subirent la domination tyrannique d'une idée ou d'un sentiment. Les distractions blessent quand elles ne font pas rire. Les distractions d'Ampère excitaient la gaieté, et cependant il faut bien qu'elles aient blessé quelques j>ersonnes, puisqu'on a été jusqu'à: les croire calculées. Cette grave imputation, très-répandue, ne mérite rependant pas une réfutation sérieuse : faire du distrait une sorte de mélange obligé du trompeur et de l'hypocrite, ce serait se résoudre ft déchirer d'excellents feuillets de la nmyére. , et condamner au feu une agréable comédie de Kegnard. M est toutefois une conséquence qui refnignmU encore davantage ! ImimitaWe fabu»
liste cesserait d'être le bonhomme, comme le baptisa Molière. En restant les admirateurs de ses œuvres immortelles, nous serions obligés du dépouiller sa personne de cette auréole de respect, d'estime, de tendre attachement dont taut de générations successives l'ont entourée. Lue cause est perdue, quand elle conduit a des conséquences qui froissent si violemment la conscience publique! — La crédulité d'Ampère était en quelque sorte devenue proverbiale. Elle lui faisait accepter, coup sur coup, les événements les plus fantastiques dans le monde politique, les faits les plus étranges dans le monde physique. Cet aveu, au reste, ne portera aucun préjudice à la grande réputation de |>ersptcacilé du célèbre académicien. Chez lui la crédulité était le fruit de 1 imagination et du génie. En entendant raconter une expérience extraordinaire, son premier sentiment était, sans doute, la surprise; mais, bientôt après, cet esprit si pénétrant, si fécoud, apercevant des possibilités là où des intelligences communes ne découvraient que le chaos, il n'avait plus ni trêve ni cesse qu'il n'eût tout rattaché, par des lieus plus ou moins solides, aux priucipes de la science. On ne doit pas craindre d'être accusé de méconnaître le cœur humain, en ajoutant que le mérite de la difficulté vaincue a quelquefois pu influer sur la ténacité que mettait le savant académicien a défendre certaines théories. — En quittant Lyon en 1803, Ampère n'avait |>as assez calculé ce qu'il laissait d'amis cl de souvenirs dans celte ville. Peu de temps après son arrivée à Paris, il fut pris d'une véritable nostalgie dont la guérison n'a jamais été complète. Dans des lettres de 1813, de 182», et même d'une date postérieure, il se repeut d'avoir accepté la place qui l'attacha à l'école polytechnique ; sa détermination est qualilice d'acte de folie insigne. .Ses rêves favoris étaient des combinaisons, toujours impraticables, qui auraient pu le ramener aux lieux témoins de son enfance. L'exclamation : «1 Oh ! si j'étais reste à Lyon ! » termine le récit de ses chagrins de toute nature. Ceri donne la clef de bien des circonstances de la vie d'Ampère restées jusqu'à présent inexpliquées. La métaphysique vint constamment à la traverse de ses travaux de mathématiques, de physique ou de chimie; elle ne fui momentanément vaincue qu'en 1820, 1821 et 1822, pendant les recherches éUctru-dynainiques, et l'on a vu ce qu'il en advint. En 1813, Ampère consultait ses amis de Lyon sur le projet qu'il avait formé « de se livrer entièrement a la psychologie. » Il se croyait a|»pelc « à poser les fondements de cette science pour « tous les siècles. » 11 ne répondait pus a une lettre de sir llumphry Davy : « n'ayant plus le courage de « lixer ses idées sur ces ennuyeuses choses-là ! • — Au nombre des écrivains que l'histoire littéraire a distingués, à raison de leur ardeur constante et infatigable, on trouve des hommes profondément pieux, des indifférents et des incrédules. Quant à ceux qui, pétulant toute leur vie, ont été troublés par des combats religieux intérieurs, ils sont très-rarement parvenus à achever des ouvrages de longue lialeinc. Amoère niUKirtieut beaucouD ulus nu on ne le ucusc
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à cette dernière classe de savants. Madame Ampère avait, de bonne heure, excité dans l'dmc de son lils les sentiments de pieté qui ranimaient elle-même. La lecture assidue de la Hible et des Pères de l'Eglise était le moyen infaillible doul le jeune géomètre faisait usage, lorsque sa foi devenait chancelante. Plus tar d, le talisman perdit quelque peu de sa première vertu : des pièces manuscrites nous l'ont appris, car, de son vivant, Ampère ne laissa rien percer des doutes cruels qui, de temps à autre, bouleversaient sou esprit. En parcourant les lettres écrites à l'ami qu'il avait pris pour coniidenl de tant de combats intérieurs, le lecteur se surprend à croire qu'il a sous les yeux le récit des tortures poignantes qu'éprouva l'auteur des Provinciales. « Si c'était vrai ceci pendant! écrivait-il le 2 juin 4813... Malheureux tt que je suis!... d'anciennes idées ne me dominent '« pas assez pour me faire croire; mais elles ont enci cure la puissance de me frapper de terreur! Si je a les avais conservées intactes, je ne me serais pas « précipité dans un gouffre ! » Dans ses moments de ferveur religieuse, il n'y avait pas de sacrilice littéraire qu'Ampère ne trouvât léger. A l'école centrale de Bourg, le professeur composa un traité sur l'avenir de la chimie. De hardies prédictions n'avaient alors rien dont sa conscience s'effarouchât. Déjà même l'ouvrage était imprimé, lorsque plusieurs circonstances tirent passer subitement Ampère a un état d'exaltatiou mystique extraordinaire. Des ce moment, il se crut coupable au premier chef, pour avoir essayé de dévoiler prématurément «me multitude de secrets que les siècles futurs portaient et porteut encore dans leurs lianes; il ne vit plus dans son o uvre que le finit d'une suggestion saUmique et la jeta au feu. Cette perte, l'illustre académicien l'a, depuis, vivement regrettée, d'accord en cela avec tous ceux qui s'intéressent aux progrès des sciences et à la gloire du pays. — Le doute religieux n'est |»as le seul qui ait troublé la vie d'Ampère. Le doute, quel qu'en fut l'objet, bouleversait son esprit au même degré. « Le doute, écrivait-il à un de ses amis de « Lyon, Cil le plus grand des tourments que l'homme ci endure sur la terre! u Voici, entre mille, une des questions assurément très-douteuses, pour ne pas dire d'une solution impossible, sur lesquelles la
j j>ensée d'Ampère s'était exercée avec le plus d'em-
I portement. L'élude des animaux fossiles montre que notre globe a été le théâtre de plusieurs
! créations successives qui, de perfectionnement en perfectionnement , se sont élevées jusqu'à
' l'homme. La terre n'offrait d'abord rien de vivant, rien d'organisé ; puis se présentèrent quelques végétaux; puis les animaux invertébrés : les vers, les mollusques; plus tard, des jwissons, des reptiles marins ; plus tard encore des oiseaux ; en lin les mammifères. « Vois-tu, écrivait encore Arupère à un de « ses amis de Lyon, vois-tu les pidéothériums, les « anaplolbériums remplacés par des hommes? J'es- « père, moi, qu'a la suite d'un nouveau cataclysme, « les hommes, à leur tour, seront remplacés |>ar des « créatures plus parfaites, plus nobles, plus sineère- « meut dévalées à la vérité. Je donnerais la moitié
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« de ma vie pour avoir la certitude que cette trans- « formation arrivera. Eli bien, le croiras-tu : il y a « des geiU assez slupidet pour me demander ce que « je gagnerais à cela ! n'ai-je pas cent fois raison « d'être indigné? » — Hien que ce fait paraisse étrange, on peut placer les événements et les fassions politiques parmi les causes qui portèrent si souvent la trislesse, le découragement dans le cnmr d'Ampère, et nuisirent le plus à ses travaux scientifiques. C'est seulement dans sa correspondance la plus intime qu'on a pu connaître tout ce qu'il y avait de patriotiques douleurs sous une s«;réuité apparente, sous un vernis de douce résignation. L'année 1815 marqua surtout dans la vie de l'illustre géomètre d'une manière cruelle. L'empereur était revenu de l'Ile d'Elbe. Le bruit des armes retentissait dans l'Europe entière ; les nations allaient se heurter sur un champ de bataille inconnu. De ec choc terrible pouvait naître, pour de longues années, l'asservissement de la France et du monde. Os pensées bouleversaient l'âme de l'illustre savant. Mais il eut l'incroyable malheur de tomber alors dans une société où tout ce qu'il redoutait était un objet d'espérance ; où les plus désastreuses nouvelles excitaient des transports de joie, où la mort d'un demi-million de nos compatriotes ne semblait pas devoir entrer en balance avec le maintien de quelques institutions vermoulues. Ces hideux sentiments inspiraient à Ampère une juste et profonde antipathie, I l'autre |»rt, il trouva dans la population parisienne des personnes ardentes qui, sans attendre aucun acte blâmable de la part de leurs antagonistes, voulaient faire main basse sur eux. C'est alors qu'Ampère écrivait à ses amis lyonnais : « Je suis comme le « grain entre deux meules! Rien ne pourrait expri- « mer les déchirements que j'éprouve ; je n'ai plus « la force de supporter la vie ici. Il faut à tout prix a que j'aille vous rejoindre; il faut surtout que je « fuie ceux qui me disent : vous ne souffrirez pas « personnellement : comme s'il pouvait être quest ion « de soi-même au milieu de semblables catastro- « plies! » Ampère, par timidité, concentrait soigneusement en lui-même les sentiments douloureux que les événements publics lui inspiraient. Deux fois cependant la mesure devint comble ; elle déborda violemment. S'il fallait citer un désespoir égal à celui qu'éprouva l'illustre géomètre en apprenant la prise de Parga, et, plus tard, la chute de Varsovie, ce serait parmi les hommes voués à la culture des sciences qu'en le trouverait ; il faudrait montrer Ruelle, entrant dans son amphithéâtre, les habits en désordre, la figure pale, les traits décomposés, et commençant une leçon de chimie par ces paroles qu'on doit priser autant que la plus belle expérience : « Je ■ crains de manquer aujourd'hui «le clarté et de « méthode; j'ai à |>cine la force de rassembler, de « combiner deux idées ; mais vous me pardonne- « rez quand vous saurez que la cavalerie prus- « sienne a pissé et repassé sur mon corps pendant m toute la nuit! » On avait appris la veille à Paris le résultat nV la bataille de Rosliach. Une fois entraîné |»ar la direction de son esprit, |>ar son
tempérament ou par son cepur, à étudier les événements politiques, à calculer leur importance, leur gravité, il est rare qu'on sache se borner à ceux d'un seul pays ou d'une seule époque, fût-elle aussi féconde en terribles péripéties que la lin du 18* siècle et le commencement du 19*. On raconte que la Mothc le Vayer mourut en demandant .d'une voix éteinte : « A-t-ondes nouvelles du Grand Mogoll » Pour Am|>ere, le Grand Mogol, c'était le monde tout entier ; le temps passé, le temps préseut et le temps à venir. Les souffrances des sujets de Sésostris, de Xereès, de Tamcrlan trouvaient dans son ra-ur une fibre sensible, comme les souffrances des pauvrei paysans de la Rressc parmi lesquels sa jeunesse s'était écoulée. « Il se préocriqtait avec la même |»s- « sion (ce sont des paroles textuelles) de ce qui « arrivera dans trois siècles, et des événements qui « se déroulaient sous ses yeux. » On retrouve ici l'horreur du doute renforcée encore par des sentiments philanthropiques. — « Les amis, s'écria Ryron « dans un moment d'humeur, sont des voleurs de « temps. » Ln homme très studieux avait dit avant lui, avec moins d'apreté : a Ceux qui me viennent « voir me font honneur ; ceux qui ne viennent pas « me font plaisir. » La pensée, également égoïste sous l'une et sous l'autre forme, n'effleura jamais l'esprit et le c<rur d'Anqvérc. Son cabinet de travail s'ouvrait à toute heure et à tout venant. On n'en sortait pas, il faut l'avouer, sans qu'il vous demandât si vous connaissiez le jeu des échecs. La ré|>onse était-elle affirmative, il s'emparait du visiteur, et joutait contre lui, bon gré, mal gré, des heures entières. Ampère avait trop de candeur |H»ur s'être aperçu que les inhabiles eux-mêmes connaissaient un moyen infaillible «le le vaincre : quand les chances commençaient à leur être défavorables, ils dé* claraient, en termes très-|»osilifs, qu'après «le mûres réflexions, le chlore était définitivement p«>ur eux de l'acide murialiquc oxygéné; «pie l'idée d'expliquer les propriétés de l'aimant à l'aide de courants electrupies semblait une vraie chimère ; <uie t«K ou tard les physiciens reviendraient au système de l'émission, et laisseraient les ondes lumineuses parmi les vieilleries décrépites du cartésianisme. Ampère avait ainsi le double chagrin de trouver de prétendus adversaires de ses théories favorites, et d'être échec cl mat. — Le caractère d'Ampère, envisagé sous Umt de faces diverses, doit sembler dt^jà à tout le monde, du moins dans certaines limites, une explication naturelle du découragement auquel il s'abandonna tant de fois ; on ne peut manquer d'y voir une des principales causes du dégoût «pie lui inspirèrent souvent d«^s études où le moindre de ses efforts eut certainement conduit a d'éclatants succès L«^s traces de ce découragement, de ce dégoût, se montrent en foule à cpiiconque jette un coup «l'nil attentif sur les dernières années «le la vie du savant. Celui qui, dans sa jeunesse, dévorait avec tant d'ardeur les livres de toute nature, même les vingt volumes in-folio «le 1" Encyclopédie , parvenu à un certain âge, n'avait plus la force «le rien lire. A peu d'exceptions près, les ouvrages de sa lu-
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hliothèque n'étaient pas cou|»és. On y voyait bien, ça et là, quelques feuillets dentelés Mir leurs bords comme une large scie, preuve certaine qu'un doigt inhabile les avait séparés. Un auteur, même parmi les plus célèbres, se serait vainement mis en quête de traces plus nombreuses, plus manifestes de l'attention, de la curiosité d'Ampère. Avec l'unique exception du projet de classification naturelle des connaissances humaines, tout, dans le monde scientifique, dans le monde littéraire, lui était devenu tellement indifférent, qu'il existe dans les mains des géomètres, dans les mains des élèves de nos grandes écoles, un Traité de calcul différentiel et de calcul intégral, publié sans nom d'auteur , sans titre et sans table de matières : l'imprimeur, après de nombreuses tentatives, avait fini par comprendre qu'Ampère ne lui fournirait jamais les quelques lignes qui eussent été nécessaires pour donner au nouveau livre la forme que tous les livres ont eue depuis le temps de Gutlcmbcrg. Qu'on ne se récrie lias sur ce que ce fait offre d'extraordinaire. En voici un du même genre cl plus étrange encore. Frcsnel, ce physicien illustre, qui poussait l'art des expériences jusqu'à ses dernières limites ; «pii, dans la discussion des phénomènes les plus complexes, parvenait, à force de génie, à se passer des secours puissants, mais peu accessibles , qu'on trouve aujourd'hui dans l'analyse transcendante; Fresncl, en mourant, laissa dans le monde scientifique un vide immense. Ampère, sous un rapport au moins, aurait pu le combler. Des amis lui en |»rlèrent ; ils firent briller à ses yeux le grand avenir de gloire, d'utilité, qui s'allierait a une renommée déjà européenne. La démarche fut sans résultat. Ampère était arrêté par une incroyable difficulté : il ne pouvait accepter la mission qu'on lui offrait, attendu, disait-il, qu'elle le mettrait dans l'obligation de lire deux mémoires sur la théorie des ondes, dont Poisson venait d'enrichir les sciences ! ( Les deux mémoires embrassent une centaine de pages, et' sont écrits avec l'élégante clarté qui distingue tous les travaux de l'illustre géomètre.) L'excuse d'Ampère étonnera tout le monde. Eli bien ! il la donnait d'un Ion si |Klnétré qu'il y aurait eu vraiment de la barbarie à s'en fâcher. Si les grandes et les petites choses pouvaient être comparées, l'excuse du savant rappcllerait la réponse qu'un ouvrier, jeune et valide, lit un jour à cette question de Marivaux : « Pour- « quoi ne travaillez- vous pas? — Ah! monsieur, si « vous saviez combien je suis paresseux !» — La large part faite à l'influence du caractère ne doit [tas détourner les yeux d'une cause non moins puissante, qui, elle aussi, a beaucoup contribué à diminuer le nombre des travaux d'Ampère. S'il est vrai que ses découvertes, malgré tout ce qu'elles offrent de vaste, de profond, d'ingénieux, ne soient qu'une très-petite partie de celles qu'aurait pu enfanter sa puissante tète, les institutions solidaires d'un si fâcheux résultat méritent la réprobation de tous les amis des sciences. La vocation d'Ampère était de n'être pas professeur; cependant c'est au professorat qu'on l'a forcé de consacrer la plus belle par-
lie de sa vie ; c'est par des leçons rétribuées qu'il a toujours dû suppléer à l'insuffisance de sa fortune patrimoniale. Une blessure grave qu'il reçut au bras pendant sa première jeunesse n'avait pas peu contribué à le priver de toute dextérité manuelle. Le premier emploi qu'on lui donne est cependant celui de professeur de physique, de chimie et d'astronomie, à l'école centrale du dé|>arteinont de l'Ain. Le professeur de physique manquera inévitablement ses expériences ; le chimiste brisera ses appareils ; l'astronome ne parviendra jamais à réunir deux astres dans le champ de la lunette d'un sextant, ou d'un cercle à réflexion : sont-cc là des difficultés réelles pour l'administrateur? Une place devient vacante, il nomme, et tout est dit. AnqH're, comme on l'a vu, quitta Dourg pour occuper, d'abord à Lyon, une chaire de mathématiques pures, et, plus lard, à Paris, l'emploi de répétiteur d'analyse a l'école polytechnique. Dans ces nouvelles fonctions, il n'avait plus à manier des cornues, des machines électriques, des télescopes ; on pouvait donc compter cette fois sur un succès complet ; mais le savoir, mais le génie ne suffisent jkjs à celui qui se voue à l'enseignement d'une jeunesse vive, jtétulantp, moqueuse, liabilc à saisir les moindres ridicules et à les faire servir à son amusement. Pour ne pas donner prise à sa malicieuse sagacité, il faut avoir étudié, en vivant longtemps au milieu d'elle, ses goûts, ses allures, ses caprices, ses travers. L'homme qui s'est formé lui-même, qui n'a pas passé |wr les écoles publiques, manque d'un des éléments de réussite. Les salutations d'un professeur sont-elles très-profondes; cette marque de déférence devrait lui valoir des remerclmcnts; elle excite, au contraire, des éclats de rire. Mal conseillé par des amis peu au courant des choses d'iei-bas, un nouveau titulaire arrive-t il dans l'amphithéâtre d'une école presque militaire, en habit noir à la française, œuvre malheureuse d'un des moins habiles tailleurs de la capitale ; pendant plusieurs semaines, le malencontreux habit empêche plus de cent jeunes gens de prêter attention aux trésors du science qui se déroulent devant eux. 4'.e professeur craint-il que les caractères tracés sur le tableau noir soient peu visibles de ses auditeurs les plus éloignés; ce serait une faute de ne pas s'en enquérir. Eh bien ! qu'il établisse un colloque avec des jeunes gens réunis en grand nombre ; plusieurs d'entre eux auront l'espièglerie, en argumentant toujours de la prétendue faiblesse de leur vue, d'amener par degrés le professeur à des caractères d'une telle grosseur, que le plus vaste tableau, loin de suffire à des calculs compliqués, ne contiendrait seulement pas cinq chiffres. Que, tout entier enfin au développement d'une théorie difficile, il lui arrive, dans le feu de la démonstration, de prendre le torchon saupoudré de craie pour son mouchoir; le récit de cette méprise, assurément bien innocente, grossi, amplifié, se transmettra de promotion en promotion; et quand le professeur paraîtra pour la première fois à l'amphithéâtre, ce ne sera plus le géomètre illustre, le savant européen qu'on cherchera de pré-
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férencc; on guettera plutôt le moment où arrivera la distraction, dès longtemps annoncée, et sur laquelle on s'imagine avoir des droits imprescriptibles. Voilà rénumératiou des écuciU sur lesquels l'excellent Ampère alla souvent se briser. Quelques bizarreries; l'ignorance du monde; ce que dans notre société, toute artificielle, on appelle un manque de tenue, n'empêchaient pas assurément qu'Am|k're ne fût un des savants les plus perspicaces, les plusjngénicux de notre époque; mais, on doit l'avouer, les leçons en souffraient ; mais les forces d'un bomiue de génie auraient facilement reçu un emploi plus judicieux, plus utile; mais la science elle-même, dans sa juste susceptibilité, pouvait regretter qu'un de ses plus nobles, de ses plus glorieux représentants se trouvât exposé aux plaisanteries d'une jeunesse étourdie et de quelques désœuvrés. D'autres fonctions publiques nuisirent encore à la gloire du savant. Si Ampère convenait peu aux fonctions d'inspecteur général de l'université, cette place, on peut l'affirmer, ne lui convenait guère: mais les devoirs de |)ère de famille, mais une bienfaisance qui s'exerçait fort au delà des limites rie la prudent e, même aux époques où ses amis calculaient avec inquiétude de combien il s'en fallait qu'il n'eût rien ; mais la ruineuse habitude de jouer avec les remaniements dans les imprimeries; mais le l>esoiu de faire exécuter sans cesse de nouveaux appareils d'électro-magnélismc, éloignaient chez Ampère jusqu'à la pensée d'akindonner la princi|>alc branche d'un modeste revenu. Aussi, tous les ans, au moment où les tournées étaient distribuées dans les bureaux universitaires, le voyait-on se soumettre, avec résignation, au métier de solliciteur; et pour obtenir telle mission dont sa santé aurait le moins à souffrir, *ou qui pouvait devenir l'occasion de quelques centaines de francs d'économie, |>erdre en démarches pénibles, humiliantes, souvent infructueuses, plus de temps qu'il ne lui en eût fallu pour créer un chapitre de ses théories électro-magnétiques. I n si misérable emploi des plus hautes faculté* intellectuelles a nui, plus qu'on ne l'a remarqué, au progrès des sciences et à la gloire d'Ampère. Débarrassé d'une multitude d'occupations assujettissantes, de détails mesquins, de servitudes minutieuses ,
11 eût poursuivi avec ardeur, avec persévérance, les mille idées ingénieuses qui journellement traversaient sa vaste létc. Chaque jour il mettait luimême en balance, dans sa corrcs|»ondancc avec ses amis, ce qu'il faisait et ce qu'il aurait pu faire, et chaque jour les résultats de cet examen ajoutaient à sa profonde tristesse. Voilà ce qui cnqxjisonna sa vie; ce qui lui faisait désirer qu'on écrivit sur sa tombe l'épitaphe brève et en même temps si expressive qu'un célèbre ministre de Suéde s'était choisie :
Heureux enfin! (Tandem felix ! )
— Ampère partit de Paris tivs-sonfirant, pour une inspection universitaire, le 17 mai I8ô«. Ses amis étaient cependant pleins de confiance. Ils se rappelaient que le climat du midi lui avait déjà VO« foi* redonné la santé. M. Brédin, qui alla à
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sa rencontre à StÉticnne, ne partagea pas ces illusions. Le savant directeur de l'école vétérinaire de Lyon vit dans les habitudes corporelles d'Ampère l'empreinte de la décrépitude. Tout lui parut altéré dans sa figure; tout jusqu'à la forme osseuse du profil. La seule chose qui n'eiU pas changé, et celle-là devait avoir la plus fatale influence sur une santé déjà si délabrée, c'était l'intérêt passionné, immodéré, que prenait l'illustre académicien à tout ce qui du nord au sud, du levant au couchant , lui semblait pouvoir améliorer les conditions actuelles de l'espèce humaine. L'affreUM toux qui minait Ampère, sa voix profondément altérée, sa grande faiblesse, commandaient un silence, un rejKis absolu. La |>orsonnc la plus indifférente se serait fait un scrupule de provoquer dix paroles; et cependant, dès que M. Brédin eut commencé à décliner une discussion minutieuse, difiicilc, sur des changements projetés dans le second volume de l'Essai sur la philosophie et la classification des sciences, Ampère s'emporta avec une extrême violence, « Ma santé ! ma santé ! s ccria- « t-il. Il s'agit bien de ma santé 1 il ne doit être « question, ici , entre nous, que de vérités élerncl- « les. » A ces exclamations succédèrent de longs dévelopjioments sur les liens délicats, subtils, imperceptibles au commun des hommes, qui unissent les diverses sciences. Bientôt après, franchissant le cadre que M. Brédin avait fini par lui concéder. Ampère, saisi d'un mouvement d'enthousiasme, évoqua à son tribunal, pendant plus d'une heure, les personnages de l'antiquité et de notre é|>oque, qui ont inllué d'une manière utile ou fâcheuse sur le sort de leurs semblables. Ce violent effurt l'épuisa. Le mal s'accrut |>endant le reste du voyage. Lu arrivant à Marseille, celte ville qu'il aimait tant, qui une première fois le rendit à la vie, Ainpire était dans un état presque désespéré. Les soins tendres et respectueux de tous les fonctionnaires du collège, ceux du savant médecin de l'établissement, amenèrent une légère amélioration. L'àgc peu avancé tlu malade était aussi un sujet d'es|»érance. On ne songeait |ias qu'Ampère aurait pu dire, comme van Orbccck : « Comptez double, messieurs , coniptei «double, car j'ai vécu jour et nuit I » L'illuMrc géomètre ne partagea aucune des illusions de l'amitié. Kn quittant Paris, il se croyait déjà sans ressources. La preuve en est consignée dans une lettre que nous avons eue sous les yeux, cl dans cette réponse aux exhortations pressantes de l'aumônier du collège de Marseille : « Mtrci, « monsieur l'abbé, merci ! Avant de me mettre en « route, j'avais rempli tous mes devoirs de chrétien. » La résignation «pic montra Anq>èrc à ses derniers moments étonna tous ceux qui connaissaient son caractère ardent , sa vive imagination , son c«mr chaud. Jamais on ne se fût attendu à trouver tu lui le calme de cet ancien philosophe qui , au lit de mort, repoussait toute distraction, afin, disait-il, de mieux observer ce qui se passerait au moment précis où l'àmc abandonnerait le corps. Peu d'instants avant que le mourant perdu entièrement counau-
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sancc, M. Peschamps, proviseur du collège de Marseille, ayant commencé à demi-voix la lecture de quelques passages de Yfmilalion, Ampère l'avertit qu'il savait le livre par cœur. Ce furent ses dernières paroles. Une fièvre aiguè s'était jointe tout à coup à l'affection ehronique de poilrinc la plus grave. Le
10 juin 1836, a cinq heures du matin, Ampère, succombant sous les coups répétés de 60 années de douleurs physiques et morales, acheva de mourir, suivant la hclle expression de HulTon, plutôt qu'il ne finit de vivre. Le jour même, le télégraphe de Marseille transmit la triste nouvelle a Paris. Elle y excita une douleur profonde et universelle. Qu'on ne s'y trompe i>oinl : l'instrument aérien aux communications rapides ne passait pas dans le domaine des choses privées; il remplissait son rôle oflicicl : la mort d'Ampère était un malheur public (1). — Ampère était membre de l'Institut de France, des sociétés royales de Londres et d'Edimbourg ; des académies de fortin , de Stockholm , de Bruxelles, de Lisbonne; de la société Philomatique de Paris, des sociétés de Cambridge, de Genève, etc.
11 fut successivement répétiteur et professeur d'analyse à l'école polytechnique, professeur de physique au collège de France, membre du bureau consultatif des arts et manufactures , inspecteur général de l'université, et membre do la Légion d'honneur. Voici le catalogue de ses travaux :— Tn\ vaux sua les m athématiques pures. Considérations sur la théorie mathématique du jeu, I vol. in-4°, Lyon, 1802. Démonstration de l'égalité de volume des polyèdres symétriques. (Correspondance sur l'école polytechnique , 6e numéro, 1806.) Recherches sur l'application des formules générales du calcul des variations aux problèmes de la mécanique. (Mémoires des Savants étrangers, t. 1, iSOU.j Recherches sur quelques points de la théorie des fonctions dérivées qui conduisent à une nouvelle démonstration du théorème de Taylor et éi l'expression finie des termes qu'on néglige, lorsqu'on arrête cette série à un terme quelconque. (Journul de l'Ecole polytechnique, 13' cahier, t. 6, 1806.) Démonstration générale du principe des vitesses virtuelles, dégagée de la considération des infiniment petits. (Journ. de l'École polylcch., 13* cah., t. 6, 180G.) Mémoire sur les avantages qu'on peut retirer, dans la théorie des courbes, de la considération des paraboles osculalrices, avec des réflexions sur les fonctions différentielles dont la valeur ne change pis lors de la transformation des axes. (Journ. de l'École polytech., 14' cah., t. 7, 1808.) Ce mémoire avait été adressé à l'Institut en 1803. Considérations générales sur les intégrales des équations aux différences partielles. (Journ. de l'École polytech., 17» cah., t. 10, 1815.) Mémoire contenant l'application de la théorie exposée dans le 17* collier du Journal de l'École polytechnique, à l'intégration des équa-
(I) Cet article se rompose d'extraits prrvjnr tcilvlt, .le IVle-Re. enmre luedll, prononcé dans une vsnrf puMiqnc ,1e l'Aodemic <U* wienrev par V. F. Arapi. C'est à son firre. signataire de rel arliile, qne la Uayraptuc urUtertellc est redevable de ce» preiictn emprunts.
lions différentielles du 1" et du 2* ordre. (Journ. de l'École polytech., 18* cah., t. Il, 1820.) Mémoire sur queltpses nouvelles propriétés des axes permanents de rotation des corps et des plans directeurs de ces axes. (Mém. de l'Acad. roy. des sciences, t. 3, 1826.) Traité de calcul différentiel el de calcul intégral, sans titre, sans nom d'auteur et sans table de matières, 1 vol. in -4". — Travaux de chimie. Lettre à Rerthollct, sur la détermination des proportions dans lesquelles les corps se combinent, d'après le nombre et la disjfosHion respective des molécules dont les parties intégrantes sont composées. (Ann. de Chimie, t. 90, p. -13, avril 1814 ; et Journ. des Mines, t. 37, p. 5, numéro de janvier 1815.) Démonstration de la relation découverte par Mariotte entre les volumes des gaz et les pressions qu'ils supportent à une même température. Lu à l'Institut le 2i janvier 1814. (Ann. de Cllint, , t. 04, p. 145, mai 1815.) Essai d'une classification naturelle pour les corps simples. ( Ann. de Chira. et de Phys., t. 1, p. 205 et 573, et t. 2, p. 5 et 105, 1816; et in-8°, 84 pages.) — Travaux suit la lumièke. Mémoire intitulé : Démonstration d'un théorème nouveau d'où l'on peut déduire toutes les lois de la réfraction ordinaire el extraordinaire. Lu à la première classe de l'Institut, le 27 mars 1815. (Mém. de 1 Inst. , t, 14, p. 235, 1810.) Mémoire sur la détermination de la surface courbe des ondes lumineuses dans un milieu dont l'élasticité est différente suivant les trois dimensions, c'est-àdire celles où la force produite par l'élasticité a lieu dans la direction même du déplacement des molécules de ce milieu. Lu à l'acad. des sciences, le 26 août 1828. (Ann. de Chim. et de Phys., t. 3», p. 113; 1828.) Note sur la chali-ur el la lumière considérées comme résultant de mouvements vibra~ toires. (Ann. de Chim. et de Phys., t. 58, p. 432.) — Travaux sur l'électho-magnétisme. Mémoire sur l'action mutuelle de deux courants électriques, sur celle qui existe entre un courant électrique et le globe terrestre, et celle de deux aimants l'un sur l'autre. Lu à l'acad. des sciences, les 18 et 25 septembre, 2 et 30 octobre 18241. (Ann. de Chim. el de Phys., t. 13, p. 5î) et 170, 1820.) Recueil d'observations électro-dynamiques, in-8°, 1822, où sont contenus la plupart des travaux exécutés par Ampère sur celte matière (de 1820 à la fin de 1822), ainsi que si corrcsjwndance avec plusieurs savants physiciens étrangers; donnés par extraits. (Journal de Phys., t. 01, p. 76 et 166, 1820; Bibliothèque universelle de Genève, t. 16, p. 209, avril 1821; Bull, de la Société philom., p. 158, 1820.) Lettre sur l'étal magnétique des corps qui transmettent un courant d'électricité. ( Ann. de Chim. et de Phys., t. 16, p. 119.) Note sur un appareil à t'aide duquel on peut vérifier loutes les propriétés des conducteurs de l'électricité vollaîque. (Ann. de Chim. et de Phys., t. 18, p. 88,315.) Mémoire sur la théorie mathématique des phénomènes électrodynamiques, uniquement déduite de l'expérience, dans lequel se trouvent réunis les mémoires qu'Ampère a communiqués à l'académie royale
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«les sciences, dans les séances des 4 et 26 décembre 1820, 10 juin 1822. 22 décembre 1823, 12 septembre cl 21 novembre 1825. (Mém. de l'Acad. royale des sciences, t. 0, 1827.) Mémoire contenant le calcul de l'action qu'exerce un petit aimant qui ne peut que tourner autour de ton centre d'inertie, dans un plan horizontal, sur un fil conducteur, incliné à l'horizon et situé dans un plan vertical, passant par le centre d'inertie du petit aimant. Lu à l'académie des sciences las 8 et 15 janvier 1821 . (Extrait du Jour, de Piiys., t. 05, p. 160, février 1821 .) Notices sur les expériences électro-magnétiques de MM. Ampère et Arngo. Lues [à lu séance publique de l'académie des sciences du 2 avril 1821. (Obs. électro-dynam., p. 100; Bibliotb. univ. de Genève, 1. 17, p. 10; Mollit, du 25 niai 1822.) Notice sur une nouvelle expérience électro-magnétique , où l'on observe le mouvement toujours dans le même sens, d'une portion de conducteur voltaïque, par l'action du globe lem sire. (Obs. éleclro-dynam., p. 259; Ann. de Chim. et de Pbys., t. 20, p. 60, 1821; Bibliotb. univ., t. 20, p. 173, 1821.) Notice sur les nouvelles expériences électro-magnétiques qui ont été faites par différents physiciens depuis le mois de mars 1831. Lue à la séance publique de l'académie des sciences du 8 avril 1822. (Obs. électro-dynam., p. 199; Journal de Pbys., t. 91, p. 61, 1822; Mollit, du 1er octobre 1822.) Mémoire sur la détermination de la formule qui représente l'action mutuelle de deux portions infiniment j>etitcs de conducteurs voltaiques. Lu à l'académie des sciences, les 10 et 21 juin 1822. (Ann. de Chim. et de Pbys , l. 20, p. 598, août 1822; Mém. de l'acad. des sciences, t. 0, p. 175, 1827 ; Obs. cleetro-dynam., p. 203 et 516.) Notice sur quelques expériences nouvelles, relatives à l'action mutuelle de deux portions du circuit voltaïque, cl à la production des courants électriques par influence, et sur les circonrtunces dans lesquelles l'action électro-dynamique doit, d'après la théorie, produire, dans un conducteur mobile autour il'un axe fixe, un mouvement de rotation continu, ou donner à ce conducteur une direction fixe. Lu a l'académie des sciences , les 16 et 25 septembre 1822. (Itull. de la Société philom., p. 115, 1822; Obs. élcctro-dvn;uu.,.p. 319.1 Nouveau mémoire sur l'action mutuelle des courants électriques. Lu a l'académie des sciences, les 22 et 29 décembre 1823. (Inséré dans les Ann. de Chim. et de Phys., t. 20, p. 151 cl 216, 1825; Mém. de l'Acad. des sciences, t. 6, p. 175, 1827.) L'analyse de ce mémoire a paru séparément sous le litre de : Précis de la théorie des phénomènes électro dynamiques, pour servir de complément au Recueil d'observations électro-dynam iques, et au Manuel d'électricité dynamique de M. de Monfrrrand , in-8", 1824. Note sur une nouvelle expérience relative à la nature du courant électrique, en commun avec M. Becquerel. Lue à l'académie des sciences, le 12 avril 1825. (Ann. de Chim. et de Pbys. , t. 27, p. 29, 1826.) Uthe à M. Faraday sur VUcctro -magnétisme, (Ann. de Chim. H -lr Pbys , t. 27, p. 389.] Mémoire sur tel phénomènes électro-dynamiques. (Ann. de Chim. et de
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Pbys., 1.27. p. 134, 246.) Description d'un appareil éleetro-dynumique. (Ann. de Chim. et de Pbys., t. 2", p. 390.) Rapport sur les piles sèches de M. Zamboni. (Ann. de Chim. et de Pbys., t. 29, p. 198.) Mémoire sur une nouvelle expérience électro-dynamique, sur son application à la formule qui représente l'action mutuelle de deux éléments de conducteurs voltaiques , cl sur de nouvelles conséquences déduites de cette formule. Lu à l'académie des sciences, le 12 septembre 18^5. (Mém. de l'Acad. des sciences, t. 6, p. 175, 1827; Ann. de Chim. cl de Pbys., t. 29, p. 381, 1823, et t. 50. p. 29, ibid.) Précédé d'une Lettre à M Gherardi, in-8°,
1825. Mémoire sur l'action exercée par un circuit électro- dynamique, formant une courbe plane dont les dimensions sont considérées comme infiniment petites; sur la manière d'y ramener celle d'un circuit fermé, quelles qu'en soient la forme et la grandeur; sur deux nouveaux instruments destinés à des expériences propres à rendre plus directe et à vérifier la détermination de la valeur de l'action mutuelle de deux éléments de conducteurs; sur l'identité des forces produites par des circuits infiniment petits et par des particules d'aimant; enfin, sur un nouveau théorème relatif à l'action de ces particules. Lu à l'Académie des sciences, le 28 novembre 1825. (Mém. de l'Acad. des sciences, t. 6, p. 175, 1827; et Correspond, mathém. et pbys. des Pays-Bays; et iu-8\ 16 p.) Note sur une nouvelle expérience électro-dynamique qui constate l'action d'un disque métallique en mouvement, sur une portion de conducteur voltaïque, plié en hélice ou en spirale. Lue à l'académie des sciences, le 4 septembre; expérience faite le 1 1 septembre 1820. (Itull. de la Société philum., p. 154, 1826.) Mémoire sur l'action mutuelle d'un conducteur voltaïque et d'un aimant, adressé à l'académie des sciences de Bruxelles, le 28 octobre 1826, imprimé dans le t. 4. 2* série, part. I**, de ses Mémoires ; et à part in-4" de 88 p., 1828. Le résumé de ce mémoire a paru sous le titre de : Note sur l'action mutuelle, etc. (Ann. de Chim. et de Phy»., t. 57, p. 115, 1818; cl iu-8°.) Note sur une rx/w?rience t e M. Bippolute Pixii, relative au courant produit pur la rotation d'un aimant, à Vaide d'un apparat imaginé par M. Jlippolyte l'ixii. (Ann. de Chim. ctdePhys., t. 51, p. 76.) Ampère a publié séparément sur la même matière : Description d'un appareil électro - dynamique, etc., in 8", 1825-
1826, 1 pl. La première notice sur cet appareil a été consignée dans les Annales de Chimie et de Physique, I. 18, p. 88 cl 313, 1*21. Exposé des nouvelles découvertes sur le magnétisme et /Yleclrici é de MM. OCrslcd, Arago, Ampère, 11. Davy, Biot, Eiinan , Sciiwciger, Delarive, etc., faisant |>artie du 5* volume du Système de chimie de Tliomson, traduit par Th. llhTault, 5e édit., Suppl., arlicle de l'Electricité et du Magnétisme, fait en commun avec M. Babiuet, p. 165, et in-8", 1822. Exposé méthodique des phénomènes électro-dynamiques et des lois de ces phénomènes, in-8" de 42 p., Pans, 1825 (insère en |»artic dans Recueil d'obtervalimu électro-dynam., p. 325). — Zoologie. Considéra-
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lions philosophiques sur la détermination du système solide et du système nerveux des animaux articulés. (Ann. des Sciences natur., t. 2. p. 293, et t. 3, p. 499 et 453, juillet, octobre et décembre, 1831.) — Philosophie des sciences. Essai sur la philosophie des sciences, ou Exposition analytique tT une classification naturelle de toutes les connaissances humaines, 2 vol. in-8". (Le 2e volume n'a pas encore paru.) A— o (E.).
AMPIllLOQUE(Saint),évémicd'Iconc,issu dune famille noble de Cap|>adoce, exerça dans sa jeunesse la profession de rhéteur, puis celle d'avocat, et s'acquit l>caucoup de réputation dans l'une et l'autre. Il se retira ensuite dans la solitude , par le conseil de St. Grégoire de Nazianzc, pour s'y consacrer entièrement à Dieu. Ampbiloquc se trouvant à Icône nu moment où cette ville était privée de son pasteur, le clergé et le peuple se réunirent, d'une voix unanime, pour le porter sur ce siège. On croit que St. Grégoire de ÏSazianze ne fut pas étranger à cet événement, qui est de l'an 374. Le zèle et les talents du nouveau prélat brillèrent dans le gouvernement de son diocèse , dans l'éclat avec lequel il parut à plusieurs conciles. 11 en tint un a Icône contre les macédoniens, en 370. 11 se trouva, en 381, au concile général de Constantinople, et présida à celui «le Side, en Pampliilie, où furent condamnes les mcssaliens, dont l'hérésie naissante commençait à infecter son " troupeau. L'empereur Tbéodosc ayant refusé de rendre lui une loi pour défendre aux ariens de tenir leurs assemblées, il affecta, dans une circonstance, de ne point rendre au jeune Arcadius, nouvellement créé Auguste , les honneurs d'usage. Tbéodosc lui en témoigna sa surprise et son mécontentement : « Eh quoi ! seigneur, lui dit Amphiloque , vous ne « voulez pas qu'on manque de respect a votre fils, « et vous souffrez ceux qui blasphèment contre le o (ils de Dieu ! » Cette prompte repartie produisit son effet ; car l'cnqtcreur rendit aussitôt une loi I»ur défendre les assemblées puhlicpics de tous les hérétiques. On ignore l'époque précise de la mort de cet évèque. On sait seulement qu'il vivait encore en 394 , et qu'il mourut dans un âge très-avancé. L'Eglise célèbre sa fétc le 23 novembre. Il avait composé beaucoup d'ouvrages contre les hérésies de son temps, et s]>écialcmcnt contre les mcssaliens. Il ne nous en reste que des Ir&gmcntt assez longs dans les conciles d'Ephèsc et do Chalcédoinc , et dans quelques auteurs ecclésiastiques. Cottelicr a publié sa lettre aux évèques macédoniens. Le P. Combefis a fait imprimer, en 1644, in-fol., grec et latin, les ouvrages qui portent sonnom, mais dont la plupart lui sont faussement attribués : ils ont passé de la dans la Bibliotheca Patrum. T— n.
AMPHINOMl'S. Voyez An a nus.
AMPHOUX - CHASSEVENT ( M adeleine - Achaiid ) , si connue en Europe par la liqueur des iles dite de la veuve Amphoux , naquit à Marseille en 1707, échappa en 1720 aux ravages (pic la peste exerçait dans sa patrie, épousa Amphoux, passa avec lui à la Martinique, et alla s'établir dans nie de Stc- Lucie, qui ne comptait alors que
quelques habitants. Amphoux mourut dans cette Ile, et sa veuve revint à la Martinique. Elle y épousa en secondes noces Grenet, aussi Provençal , qui tomba malade le jour même de son mariage , accabla sa femme de mauvais traitcmciiLs , J et mourut en 1741. Madeleine Achard reprit alors j le nom de veuve Amphoux, qu'elle affectionna toujours. En 1759, elle tenait un billard au Eort-Hoyal de la Martinique, lorsqu'elle se lia avec madame de la Roque, née d'Orange, à qui est due la découverte des procédés qui ont fait la célébrité des liqueurs de la Martinique. Cette dame n'en lit jioint un secret à sa nouvelle amie ; et lorsqu'elle quitta le Fort-Royal, en 1702, pour aller s'établir à St- Picrrc , madame Amplwux continua à faire des liqueurs qui furent bientôt reconnues supérieures a celles de madame de la Roque. Cette supériorité a été si constante depuis cinquante ans , qu'on l'attribue généralement , dans la colonie , à l'eau de la rivière Madame ou le Vassor, qui coule au Fort- Royal. En 1708, madame Amphoux prit pour troisième mari M. Chasscvcnl, arpenteur général et grand voyer de la Martinique. Ayant acquis , dans le commerce de ses liqueurs, une fortune considérable , elle forma le projet d'en jouir dans la métro|>olc, vendit a M. de Grandinaison , garde magasin de l'artillerie, le fonds considérable de son établissement , et ce droit d'étiquette pour les liqueurs : (irandmaison , successeur de madame veuve Amphoux. Elle partit, dclwrqua à Marseille, vint a Paris, et ne pouvant s'habituer au climat de France, repassa bientôt à la Martinique. Elle voulut y reprendre la fabrication de ses liqueurs; M. de Grandmaison s'y opposa ; on plaida , et madame Chasse vent perdit son procès. Alors elle imagina fie publier ses liqueurs sous le nom de madame Chassevent , ci-derunl veuve Amphoux, et cette étiquette désigna constamment leur préexcellence jusqu'à l'année 1812, é|HM|ue où madame de Chasscvent est morte âgée de 105, et non de 112, comme les journaux l'ont annoncé. Les vertus hospitalières qu'elle exerça, surtout envers les Provençaux, ses Compatriotes, qui afiluaient à la Martinique, avaient contribué à faire donner à 'cette colonie le nom de petite Provence. M. S — M.
AMPSINGILS, ou A M PSI N" G (Jean-Assieuls), né dans la province d'Over-Yssel, fut d'alwrd ministre de la ville de Harlem, se fit ensuite recevoir médecin, exerça son art successivement en Suède, dans la basse Saxe, fut nommé professeur à la faculté de Rostock, et mourut médecin du duc de Mecklembourg, à Rostock, en 10i.\ à l'âge de 83 ans. On a de lui : 1° Disserlatio iatro-mathematira, dans laquelle il relève l'cxellcnce de la médecine et de l'astronomie sur toutes les autres sciences, et veut les unir d'une manière indissoluble, Roslochii, 1002, 1018, in-4"; 1029, in-8»; 2* de iheriaca Oratio, ibid.,1018, in-4°; 1019, in-8»; 3° demorborum Diffrrentiis liber, ibid., 1019, in-S°; 1023, in-8", avec le traité précédent; 4° Ilectas Afferlionum eapillos cl pilos humani corporis infestanlium, Wittebergiee, etJbtfoefttf, 1023, in-»". C. et A — N.
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AMRÏ, roi d'Israël, fut proclamé par l'armée qu'il commandait au sidfçc de Gebliéthon, après la mort d'Ela, assassiné par Zambri. Il investit l'assassin usurpateur dans Tliersa, et le força de se brûler, avec sa famille, dans le palais du roi. Tbebni lui disputa encore la couronne pendant quatre ans ; mais enfin il se trouva maître de tout Israël par la mort de son concurrent. L'Koriture loue la valeur de ce prince, mais elle lui reproche d'avoir porté l'impiété plus loin que ses prédécesseurs, en quoi il fut sur]>assé par Acbab, son lils. Amri mourut vers l'an 91» avant J.-C, après avoir fait bâtir Samarie, pour en faire la capitale de son royaume. T — r».
AMRIAL-CAIS, le plus célèbre des anciens poètes arabes, est auteur d'une des sept Moallacah, poèmes composés avant Mahomet, et qui avaient été suspendus à la kaaba, ou temple de la Mecque, d'où leur est venu le nom de Moallarah (suspendus). Amrial-Caïs était d'une famille distinguée ; son goût pour la poésie ayant déplu a son père, qui régnait sur la tribu des Benou-Asad, il fut chassé de sa maison, et mena une vie errante parmi les Arabes vagabonds et brigands, jusqu'à la mort de son père, qui fut tué par ses sujets, indignés de sa barbarie. Amrial-Caïs alors obligé, selon l'ancienne coutume des Arabes, de venger, par le sang, le sang de l'auteur de ses jours, vint fondre, avec une troupe d'Arabes errants, sur ses sujets ; mais ceux-ci s'étaient sauvés, et une tribu voisine devint l'objet de la vengeance d' Amrial-Caïs. Ses compagnons, irritésde cette méprise, l'altandonnèrcnt, et il se réfugia auprès d'un prince de l'Yémen, qui lui promit, mais en vain, de lui faciliter les moyens de se venger. Lassé des retards que ce prince apportait à l'exécution de sa promesse, il alla trouver l'empereur grec, dont il implora le secours. Malheureusement, un Arabe de la tribu des Iknou-Asad se trouvait a la cour de ce prince; il parvint à l'indisposer contre Amrial- Caïs, et enfin a |>erdrc ce dernier. L'empereur lui avait promis des troupes : il les lui donna en effet, mais, pendant sa mirche, il lui envoya une chemise empoisonnée. A peine Amrial Cnïs s'en fut-il revêtu, qu'il sentit de vives douleurs, il expira pou après et fut inhumé près d'Ancyre. Amrial-Caïs était contemporain de Mahomet, et avait même fait des vers satiriques contre lui. La MtHLllnrah, dout IxMIe a publié, à Leyde, en 1748, le levte arabe, et W. Jones, la traduction anglaise, a Londres, en 17H2, ne tient à aucun fait historique ; c'est une suite de tableaux où s'égaya l'imagination de l'auteur. Les plaisirs qur» lui a causés la présence «les Mies, les charmes de ses maîtresses, la description de son asile coursier, et la peinture d'un orage qui fond sur la terre, et dérobe a la vne les sommets des montagnes, tels sont les sujets traites dans ce |>ofmc, dont les riches détails, les comparaisons variées, et Jes ligures hardies, semblent avoir servi «le modèle à la phqwrt des poètes arabes «les siècles suivants. J — n.
AMHOl -BCX-LFdTS, deuxième prince de la dynastie des Soffaridcs, succéda à Yacoub, son frère, l'an 2M de l'hégire («7» de J.-C). Maître d'un
trône où l'avait porté la faveur des troupes, il voulut s'y affermir en méritant les bonnes grâces du calife alors régnant, et à qui son frère avait juré une guerre peritétuelle. Lue splcndide ambassade porta son hommage au pied du trône, avec des présents considérables, et le calife lui envoya à son tour un riche kihlah (habillement) , avec le diplôme de gouverneur du Khoraçan, d'Ispahan, etc. Le calife et sou lieutenant vécurent ainsi en bonne intelligence pendant quelques années, qu'Amrou employa à étouffer les troubles élevés dans son gouvernement ; mais en M81 de l'hégire, soit qu'il né^lige^t d'envoyer des présents à Bagdad, soit qu'il eût mécontenté, par son avarice, les habitants du Khoraçan, le calife ordonna que son nom fût rayé de la prière, et qu'on le chargeât de malédictions ; ce qui fût le signal d'une guerre funeste. Complètement battu par les troupes de Bagdad, Amrou se réfugia dans le Kerman, et passa, de cette province, dans le Khoraçan, ou Refyi s'était rendu indépendant. Amrou le vainquit, le lit prisonnier, ainsi que Mohammed, et les envoya au calife, avec qui ce service le réconcilia. Pendant ce temps, Ismaél le Samanide s'était révolté contre Amrou, à l'instigation du calife; celui-ci se mit à la tète de ses troupes, marcha contre le rebelle ; mais, trop sûr de vaincre, il négligea de choisir un campement avantageux. L'armée d'Ismaél, au contraire, qui avait passé le Djyhoun, était disjwséo de telle façon, qu'elle cernait celle d'Amrou. Ce désavantage de position jeta l'effroi dans le camp soffaride, où avait déjà retenti le bruit des exploits d'Ismaél. Les généraux vinrent trouver Amrou, et le forcèrent à se retirer dans une forêt voisine. Ce prince céda aux circonstances ; mais sa marche fut plutôt une déroute qu'une retraite. Entraîné lui-même jwr les fuyards, son cheval le jeta dans un buisson, et un parti ennemi le fil prisonnier. D'autres historiens disent qu'Anirmi fut emporté par son cheval au milieu des rangs ennemis; quoi qu'il en soit, Ismaél obtint une victoire complète, et devint maître d'un vaste empire ; Amrou fut conduit dans une tente pour y attendre son sort. Le changement inattendu de sa fortune ne lui fil rien perdre de sa gaieté, et comme on lui apprêtait quelque nourriture, un chien mit la tête dans la marmite : s'étant brûlé, il la retira avec tant de vivacité qu'il ciniiorta à son cou, et le rcj>as du prince, et le vase qui le contenait. Amrou, témoin de cette scène, rit aux éclats, et, quelqu'un lui ayant témoigné son étonnement de le voir si gai, lorsqu'il avait tant de sujets d'être affligé : « Ce qui me fait « rire, lui dit Amrou, c'est de jienser que mon «nii- « sinier se plaignait ce matin que trois cents cha- « mcaux ne suffisaient pas iiour porter ma cuisine, et « de voir qu'un seul chien la |*>rte si lestement. » Lorsqu'Amrou parut devant Ismaél. celui-ci vint à sa rencontre, l'embrassa, et jura qu'il ne lui arriverait rien de f cheux ; mais le ealife ayant réclamé ce prisonnier, ïsmaël, qui voulait mériter ses faveurs, le lui envoya. Amrou entra à Bagdad monté sur un chameau, et quand il eut servi de s|iectaele à toute la ville, on le jeta dans un cachot. Les cirron-
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stances de sa mort diffèrent Iwiucoup chez les divers historiens; niais l'é|>oque i>eul en être Ikée à l'an 289 de l'hégire (902 de J.-C). Amrou avait régné 23 ans. 11 se montra digne des faveurs de la fortune \ar ses vertus militaires ; il parut supérieur à ses revers, par la grandeur d'âme avec laquelle il les supporta. 11 n'eut pas moins de férocité que la phqtart des autres chefs de dynasties asiatiques. On lui reproche beaucoup d'avarice. Sa politique consistait surtout à élever de jeunes garçons, qu'il donnait ensuite en présent à ses ofliciers, et ces jeunes gens, comblés de ses faveurs, lui rendaient compte de toutes les actions de leurs maîtres. Amrou révélait ensuite à ces mêmes ofliciers leurs plus secrètes démarches, et il n'en fallait pas davantage |»our leur persuader que le prince avait des relations avec les génies. Ou |>cut dire, avec vérité, qu'en sa personne Unit la dynastie des Soffarides, dont on place les commencements à l'an 2-*»9 (872 de J -C.) ; car on ne doit pas mettre au nombre des souverains de cette maison Thaher, petit— fils d' Amrou, qui fut déclaré son successeur dans leSyslan, mais qui n'eut qu'une puissance très-précaire dans cette province , et encore moins Amrou, arrière-petit-fils d'Amrou- Rcn-Lcîls, qui ne fut qu'un fantôme, dont les kharidn' du Systan se servirent pour se soustraire au pouvoir des Samanidcs. Knlin, quelques historiens placent parmi les Soffarides Ahmed I5cn-Khalaf. J—y.
AMROU-BCN-KL-ASS, l'un des plus célèbres capitaines des premiers temps de l'islamisme , était le fils d'une prostituée , qui , dit-on, de cinq koréiches qu'elle recevait chez elle, ne put dire lequel était le père de cet enfant. Amrou s'adouna dans sa jeunesse à la |Kjésie, et fit des vers satiriques contre Maliomet. Sa liainc contre le prophète fut telle qu'U alla poursuivre en Abyssinic les musulmans qui s'y étaient réfugiés; mais enfui il se convertit à la doctrine du Coran, et en fut un des plus zélés prt>|>îiga— leurs. Quoiqu'il ait liguré dans les différentes guerres qui eurent lieu sous Abou-Dekr, et le commencement du régne d'Omar, la conquête d'Cgyptc est néttllmoins son plus l»eau titre de gloire. A la mort d'Abou- Obéïdah, Amrou, malgré l'op|iosiiion d'Otman, fol nommé gouverneur de la Syrie, qu'il avait contribué ù soumettre. Il se dirigea aussitôt après verslT.gyptc, et a peine était-il parti de Gaznah , qu'on lui remit une lettre d'Omar, qui lui ordonnait de revenir sur ses pas, s'il n'était point encore entré en Cgyptc, mats qui le laissait libre de continuer sa route s'il m avait dépassé les frontières. 1* rus»4 Amrou fait alors doubler le |»as à ses troupes, et , lorsqu'il est assez avancé, il ouvre la lettre d'Omar, et la lit eu présence des ofliciers ; il interroge ensuite les habitants sur le nom et la situation géographique du lieu où campait l'année, et, comme on lui répandit qu'il était sur les frontières d'Kgyptc : a Continuons donc notre «marche,» dit- il a ses généraux. Quoiqu'il n'eût avec lui que 4,(100 hommes, Sariuah, ou Pchise, tomlia en son pouvoir, et Mesr subit le même sort , après un siège de sept mois. Amrou , aussitôt après cette dernière conquête, à laquelle la trahison du commandant grec contribua beaucoup, jeta ta fou-
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I déments d'une nouvelle ville, nommée alors Fostat,
, et aujourd'hui le vieux Caire. Il continua sa marclic, et vint assiéger Alexandrie. Dans toutes les attaques , le glaive et le dnqicau d'Amrou brillaient à l'avant-
' garde. Un jour, les guerriers qu'il avait à sa suite avaient |>énétré dans la citadelle , mais ils en furent chassés , et le général , qui ne voyait plus autour de lui qu'un ami et un esclave, demeura au |touvoir des Crées. Lorsqu'on le conduisit devant le préfet, son maintien audacieux et son langage fier pouvaieut avertir qu'il était le chef des musulmans , et la hache d'un soldat . déjà levée sur lui , allait abattre la tète de l'insolent captif. Sa vie fut sauvée par la présence d'esprit de son esclave , qui frappa son maitre au visage, et qui, d'un ton irrité, lui ordonna de garder le silence devant ses supérieurs. L oflicicr grec fut tronqxr, il écouta la proposition d'un traité, et renvoya ses prisonniers , qui se donnaient pour les députés des musulmans ; mais bientôt les acclamations du camp ennemi annoncèrent le retour d'Amrou.
I 1 .a conquête d'Alexandrie coûta aux Sarrasins 25,000 hommes. «J'ai pris la grande ville de l'Occident , « écrivait Amrou au calife : il n'est pas possible de « faire rémunération des richesses et des beautés « qu'elle contient. » 'Amrou eut assez d'influence sur les fanatiques qu'il commandait pour préserver la ville du pillage, Il ne fut pas cependant le maitre d'empêcher l'incendie de la bibliotMque d'Alexandrie, dont Jean le Grammairien lui avait demandé la conservation et la propriété ; Amrou ne voulut |K)int disposer de cette bibliothèque sans la permission du calife, et bientôt arriva l'ordre d'Ontar qui lui commandait de la livrer aux flammes, ce qu'il exécuta avec une funeste exactitude. 11 est bon d'observer ce|>endant que ce fait , digie de la barbarie d'Omar, mais non de l'âme généreuse d'Amrou , est encore aujourd'hui un point de contestation entre les savants. Un gouvernement sage et ferme, une adroite politique, concilièrent à Amrou l'esprit des Égyptiens. 11 lit creuser un canal qui joignit la mer Ilougc à la Méditerranée ; entreprise digne de son génie, et qui avait été tentée, peut-être même exécutée, jwr les Pharaons et les Ptolémées. De l'Kgypte, Amrou étendit ses conquêtes dans les parties voisines de l'Afrique. Corsqu'Otman eut été nommé calife, il rappela Amrou près de lui ; mais les habitants, mécontents de ce changement, s*' révoltèrent, et livrèrent la ville à la flotte grecque. Amrou revint bientôt reconquérir cette ville, et eut le pouvoir d'emjHxhcr le massacre des habitants. Le faible Otman , ne pouvant M passer de l'appui de ce jrrand général, le rap|tela prés de lui. En 040, lorsqu'Ali fut élevé au Califat, Amrou se déclara \mir Moauyah , et vint à bout , par son adresse , de placer la couronne sur la tète de son favori (ruy. At,t), échappé au poignard des Kharidjy ; il reçut de Moawyah le gouvernement il' Egypte, en Ki8 ou 59, et le conserva jusqu'à sa mort, arrivée l'an 42 de l'hégire (602-3). La piété" d'Amrou l'a fait mettre au nombre des sept compagnons de Mahomet connus sous le nom àcSMft ses victoires l'ont placé au rang des plus srninds conquérants qu'aient produits les premiers siècles Uo
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l'hégire, et son adroite politique le fit appeler parles chrétiens le plus rusé des Arabes. J — N.
AMSDORF ( Nicolas i>' ) , né en 1483, prés de YVûrtzen, en Misnie, d'une famille noble. Ses liaisons intimes avec Luther sont aujourd'hui son princqwil titre à une place dans un dictionnaire historique ; car ses ouvrages ne sont que des traités |X>lémiques contre l'Église romaine , les sectateurs de Schwenckfeld , les approbateurs de l'Intérim , les réformés , et contre tous les théologieas dont les idées s'écartèrent , sur quelques jioinls , de celles de Luther. 11 professa la théologie , et remplit les fonctions de pasteur à V\ ittenberg, Magdebourgct Naumbourg. En 1327, il accompagna Luther à la dicte de Worms, et, en revenant de là , se trouva dans la même voiture que le réformateur, lorsque celui-ci fut enlevé |*ar les ordres de rélecteur de Saxe , et conduit à Wartbourg. En 4857, il concourut à la rédaction des articles de Smalkaldc, et fut nommé, en 1542, évêquede Naumbourg , par l'électeur Jean-Frédéric , qui était niécontent du choix que le chapitre avait fait j»mr celte place, dans la personne de Jules de Pflug. Cinq ans après , son protecteur ayant été fait prisonnier par Charles-Quint , il fut obligé de céder son ëvéché à PHug, et de se retirer à Magdcbourg. II concourut ensuite à la fondation de l'université d'Iéna , qui était destinée à être la rivale de celle de Wittenberg, et mourut à Eisenach, le 14 mai 1563. Son zèle i>our la défense de la doctrine de Luther, et une fausse interprétation d'un (tassage de St. Paul (Rom. III, 28), le portèrent à soutenir, dans la chaleur de sa dispute avec G. Major, que les tonnes ouvres étaient pernicieuses |»our le salut , assertion dont l'immoralité égalerait l'absurdité, si, dans l'intention d'Amsdorf , elle n'eût été identique avec la proposition rente, avec plus ou moins de modifications, par toutes les communions chrétiennes, que nos bonnes actions ne peuvent nous mériter le ciel, et qu'une foi sincère en Jésus-Christ nous donne seule des droits à la miséricorde céleste. Amsdorf enseignait d'ailleurs, comme tous les. théologiens, que cette foi était nécessairement féconde en vertus ; et il n'avait d'autre but que de répéter énergiquement ce qu'ils avançaient tous , c'est-à-dire que c'était à la foi , et non à ses fruits , qu'étaient attachés , selon les saintes Écritures, les bienfaits de Dieu et le pardon de nos péchés; mais, ayant mal exprimé sa pensée, il n'en fallut pas davantage |>our donner naissance à une longue controverse , et pour enrichir l'histoire des hérésies d'un nouveau chapitre. Walch, (Lins son Hitloire des controverses qui te tant élevées dans V Eglise luthérienne , t. 1 r, p. 98, et Planck. Histoire de l'origine et des vicissitudes du protestantisme , t. 4, p. 469, sont ceux qui ont jugé celle dispute avec le plus d'éipiitc et de sagacité. I>es écrits d'Amsdorf sont indiqués dans Jtrcher et Adelung. S— a.
AMTHOR (CiuiiSTuriiK-IlEMii) , jurisconsulte, né à Stolberg en 1678, fut élevé à Hundshourg, par un de ses oncles, et, en 1704, nommé professeur de droit et de politique à Kiel, où il acquit une grande considération. Des vers qu'il composa à la louange des ministres danois le rendirent odieux à
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la cour de Holstcin-Gottorp. En 4713, il entra au service du Danemark, et fut nommé historiographe royal, et conseiller de la chancellerie du duché de Holstcin-Schleswig. 11 composa, par ordre du roi, plusieurs pamphlets relatifs aux différends qu'avait alors le Danemark avec la Suède et le duché de Holstcin-Gottorp. Ces écrits eurent un si grand succès, qu'en 1715, on l'engagea à venir à Copenhague, où il fut nommé conseiller tic justice, et eut pour logement le château royal de Rosembourg, dans lequel il mourut, le 21 février 1721. Parmi ses nombreux ouvrages, on peut citer : 1° Meditationes philo$Opkiett de juslitia divina et muleriis eu m en connexis; 2° Poésies et traductions (en allemand), Flensbourg, 1717; 3° ses écrits |K)litiques (en allemand), entre autres : Essai historique sur l'état jmssé et présent de la Noblesse du duché de Holslein- Schltstcig; la Recherche des causes qui ont fait nailre les différends existants entre la Suède et le Danemark, 1713, in-4", etc. G— T.
AMI LU S, roi d'Albc, lils de Procas, dixième descendant d'Ascagne. H renversa du trône son frère Numitor, qui y était monté |«tr droit d'aînesse, et fit périr jEgesUis, son neveu. Il obligea ensuite Rhéa Sylvia, lille de Numitor, à se consacrer au culte de Vesta, alin qu'elle ne pflt jamais être mère ; mais Rhéa Sylvia devint enceinte, cl prétendit que, comme elle allait puiser de l'eau à une fontaine, le dieu Mars lui avait Tait violence. Cette fable, toute digne qu'elle était de ces tenq» grossiers, ne fut pas crue par Amulius, et lorsque Rhéa Sylvia mit au monde deux jumeaux, son oncle la lit condamner à mort. On ordonna en même tcnq>s «pic les enfants fussent jetés dans le Tibre. Suivant quelques auteurs, Amulius, à la prière de sa lille Antho, commua la sentence de mort portée contre sa nièce en celle d'une prison pcr|>étucllc. On a prétendu que lui-même il lui avait fait violence, non pir amour, mais pour avoir un prétexte de la faire mourir. Les deux enfants, Romulus et Réinus, sauvés par un prodige (oy. Romi- Li s), voulurent, lorsqu'ils curent atteint leur dixhuitième année, venger leur mère et leur aïeul. Ils se mirent à la tète d'un grand nombre de paysans, forcèrent la garde qui défendait le palais d Amulius, le tuèrent, et rétablirent Numitor sur le troue. On rapi*>rte cet événement à l'an 754 avant J.-C, et on ajoute qu' Amulius avait alors régné 42 ans. D — T.
AMLLll S, peintre, vivait sous le règne de Néron; ses plus beaux ouvrages furent exécutés dans la Maison-Dorée. Il était d'un caractère grave et sévère, et ne peignait «pie diiranl qticUnies heures de la journée, sans quitter sa toge. Pline parle d'une Minerve qu'Amnliiis avait peinte, et qui scml»lait toujours regarder le spectateur, à quelque place qu'il se mit. L — s — e.
AMI RATII I", ou MORAD, 5 sultan, fils et successeur du Millau Orkan, naquit l'an de l'hégire 740 (131!) de J.-C), et monta sur le tronc a 41 ans. Jusqu'à son règne, les Ollomans, maîtres de l'Asie Mineure, n'avaient fait que des incursions en Europe. Sous cet lieureux conquérant, ils réduisireut les m;percurs grecs â ne régner que sur Constantinoplc et
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ses faubourgs. Amurnth Tut souvent leur arbitre, et leur parla toujours en maitre. 11 signala |»r la prise d'Ancyre la première année de son régne : l'armée ottomane passa ensuite le détroit de Galli|>oli, s'empara de la plupart des villes de la Tlirace, mit le siège devant Andrinoplc, et réduisit cette ville sous l'obéissance du sultan, avec toute la Tlicssalie, à l'exception de Tliessaloniquc. Amuratb transféra à Andrinople le siège de son empire, et y lit bâtir une superbe mosquée, appelée encore aujourd'hui temple de Morad. Il embellit aussi la ville de Pnis. Le sultan sema la division parmi les princes de l'Asie Mineure, et les ménagea avec tant d'adresse que la plupart offrirent d'eux-mêmes de tenir leur souveraineté comme une espèce de ûef des empereurs ottomans. Chaque année valait au petit-fils d'Orkan une nouvelle province en Europe. Il pénétra dans la Macédoine et dans l'Albanie ; enfin, ce qu'il n'entreprit pas faute de vaisseaux présagea tout ce que ses successeurs pourraient bientôt oser. Pour assurer sa puissance, ce sultan, dont le génie égalait la fortune et la valeur, fonda la milice des janissaires, année permanente, formée d'abord de jeunes chrétiens, enfants de tribu, ou pris à la guerre, tous dévoués au maître à qui leur vie appartenait ; phalange invincible dès son institution, puisque sa vocation était de combattre, et son devoir, de mourir les armes à la main. Au moment de leur formation, un dervis, placé à la tête de leurs rangs, leur donna sa Iténédiction en prononçant ces paroles : a Qu'on les a nomme janissaires ou nouveaux soldats ; puisse « leur valeur être toujours brillante, leur é|>éc tran- « rhante, et leur bras victorieux! puissent tous « leurs traits porter à la tête de leurs ennemis, et o puissent-ils revenir blancs de toutes leurs expédi- « lions ! » tas janissaires furent longtenq» la terreur des ennemis, et, quelquefois, celle des sulums. Il est difficile de dire à quelles bornes l'ambition d' Amuratb se serait arrêtée, s'il n'eut trouvé la mort au sein même de la victoire. Alannés de l'accroissement de sa puissance, les peuples voisins de l'Albanie et de la Macédoine formèrent une ligue |wur défendre leur indépendance. Les Valaqucs, les Hongrois, les Dabuates et les Serviens comjioscrent cette espèce de confédération , dont La/are , prince de Servie, fut le chef. Amuratb marcha au-devant des ennemis, qu'il rencontra dans les plaines de Cassovie, l'an de l'hégire 791 (1589 de J. -<:.). Là, se donna une bataille sanglante; la victoire fut longtemps disputée ; enfin les chrétiens plièrent, Lazare fut fait prisonnier, et, presque tous les autres chefs ayant été tués, le reste prit la fuite, et fut taillé en pièces. Cette victoire anéantissait la ligue et l'indépendance des tribus de l'EscIavonie. Amuradi, en parcourant la scène du carnage, remarquait (pie la plupart des morts n'étaient que des adolescents ; son vizir lui répondit que des hommes d'un âge raisonnable n'auraient pas entrepris de lui résister; tandis que le sultan prêtait l'oreille aux flatteries du courtisan, un soldat servien, caché parmi les morts, s'élança sur lui, et lui porta un coup mortel, tas Ottomans consternés jurent de venger Amuralh ; ils
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dressent sur le champ de bataille la tente du sultan, le placent dessous, reprennent leurs rangs avec une ardeur et une furie sans égale, et font massacrer, aux pieds d' Amuratb expirant, le prince de Servie, et les autres chefs, prisonniers de guerre. Le règne d'Amurath fut de 29 ans, et sa vie, de 70. Pendant cette longue carrière, il entreprit trente-neuf guerres, qu'il termina toutes avec gloire. Amuratb fut ambitieux, entreprenant, et toujours heureux. Comme guerrier, il lit couler plus de sang que ses deux prédécesseurs ; mais, sous lui, la gloire ottomane prit un essor bien plus élevé, et brilla sur un plus grand théâtre; comme souverain, il se montra juste, sévère et religieux. 11 ne laissa jamais le crime impuni, pas même dans ses propres enfants : jaloux de son autorité, il lit crever les yeux à un de ses fils rebelle, et fit mourir dans d'horribles supplices tous ceux qui avaient pris part à la révolte. Il était ennemi du faste, à tel point qu'il ne portait jamais que des habits de laine ; enfin sa piété ne peut être mieux attestée que par la leçon publique que le mufti osa lui faire, et qu'il reçut avec soumission. Le sultan était venu déjwser comme témoin devant le tribunal du mufti, qui, dans l'empire ottoman, est à la fois pontife et juge. « Partout ailleurs « ta parole est sacrée, lui dit le chef de la religion « et des lois, mais ici, clic ne doit être comptée pour a rien : tu n'assistes point au namaz. » En effet, les sultans ne participaient point à cette prière publique que les musulmans font en commun : ils se contentaient de prier dans l'intérieur de leur [«lais. Amuratb retira son témoignage, reconnut sa faute, assista au namaz, et fit bâtir une mosquée. L'accomplissement de tant de devoirs divins et humains, ses brillantes qualités, ses complètes et sa gloire, dont la religion était le principe et le but, ont fait donner à ce prince le nom de Khodovrndikar, c'est-àdire l'ouvrier de Dieu, lldérim Bajazet, son fils aîné, fut proclamé sultan. S — Y.
AMl'RATH II succéda à son père Mahomet 1er, l'an de l'hégire KiS (1 122 de J.-C.), n'ayant alors que dix-huit ans. tas malheurs de Bajazet, son aïeul, avaient mis l'empire ottoman sur le penchant de sa ruine; mais les déchirements intérieurs, fomentés |)ar l'interrègne, avaient donné une nouvelle vigueur aux sujets, et semblaient avoir tremjic l'âme des sultans dans l'adversité. Né au milieu des discordes civiles et des dangers publics, Amurath apporta sur le trône ce courage mâle et cette force de volonté qui ne connail ftoînt d'obstacles. Peu de teni|»s après son avènement, il s'éleva un imposteur qui, appuyé par l'empereur grec, prétendait être Mustapha, fils de Baja/ct ; mais, après avoir battu le grand vizir, il fut défait par Amuralh, et mis à mort. Le sultan investit ensuite Constantinoplc avec mie puissante armée ; mais il échoua dans son projet : car I'eni|»ercur grec fit soulever contre lui Mustapha son jeune frère. Ce prince fut bientôt fait prisonnier, et étranglé en présence d'Amurath. D'autres troubles, survenus en Asie, furent apaisés par les généraux du sultan. En 1426, Amuratb dévasta l'Ile de Zante, appartenant aux Yéniliens. L'année suivante, il sou-
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mit la Morée, et obligea l'empereur grec a lui payer tribut : il prit ensuite Thessalonique , et força le» Vénitien* à la paix. La rébellion de Karaman-Ogli lut étouffée, en 1434, par le sultan en personne. Vers ce temps, la guerre eut lieu entre l'empire ottoman et le roi de Hongrie : le fameux général hongrois, Jean Huniadc, remporta plusieurs' victoires; cependant Amiiratb passa lu Danube, ravagea le pays, et assiégea Belgrade; tuais il ne put s'en emparer. Il envaïiit et subjugua la Servie; mais il rendit cette province lorsqu'il conclut la paix avec la Hongrie et la Pologne. Kn 1442, Karaman-Ogli reprit les armes, et (it une irruption dans plusieurs provinces d'Asie. Amuratb mareba contre lui ; mais sa sœur, femme de karainan, vint au-devant de lui, et parvint à les réconcilier. Voyant alors son empire dans un repos parfait, Ainurath, qui s'était toujours montré très-attaché aux pratiques de m religion, renouvela un exemple de modération et de mépris des grandeurs que jusqu'alors le seul Dioctétien avait donné au monde : il abdiqua, et, laissant le tronc au jeune Mabomet II, son (ils, il se retira à Magnésie, dans la société des derviclies, dont il partagea 1rs austérités. 11 n'avait |«is encore quarante ans, et fut bientôt tiré de sa retraite par les dangers qui assiégèrent le tronc des sultans. I.adislas, ni de Hongrie, et ses auxiliaires, envahirent le territoire musulman, à l'instigation du jtarjure Karaman-Ogli. I-c nouveau sultan n'était alors qu'un enfant, et tous les Ottomans eurent recours à Âmuratli, (pli consentit à les guider encore aux combats. 11 attaqua les chrétiens à Varna, et, dans la chaleur de l'action, il fitporter dans ses rangs, au bout d'une lance, le dernier traité conclu entre lui et les chrétien, en s'écriant : « Que les infidèles marchent « contre leur dieu et leurs serments ; et penuets, ■ juste Dieu, qu'ils se punissent eux-mêmes de leur « perfidie! » Tandis que. la victoire était encore douteuse, le jeune roi de Hongrie, pénétrant jusqu'au sultan, lui livra un combat singulier. Amuratb perça son clieval, le roi tomba, et péril sous les coups des janissaires. Sa téte, coupée, fut montrée, mi bout d'une lance, a ses soldats, dont la plupart périrent ou furent faits prisonniers. Le cardinal Julien, qui avait obtenu du pape, |K>ur le roi de Hongrie, la dispense de son serinent, fut une des victimes de cette juste vengeance. Après cette victoire, Amuratb se dévoua de nouveau à une vie pieuse et retirée; mais, en 1446, il fut rappelé au souverain pouvoir par une terrible sédition des janissaires, qui, sentant que les rênes de l'empire étaient tenues par de faihles mains, se révoltèrent pour la première fois, et dévastèrent Andrinople. A peine Amuratb reparut-il, qu'il vil la milice à ses pieds ; il tourna aussitôt ses armes rouira le célèbre Scanderbeg, prince d'Épire, qui s'était révolté, le chassa de ce pays, et le poursuivit en A 11 '.mie. H (it deux tentât i\ es pour prendra Kroya, capitale de cette province; mais il hit obligé d'abandonner son dessein, après avoir éprouvé des perles considérables. Amuralh, cependant, convertit tous les Épirotcs au Coran, en les menaçant de la mort. Los Hongrois ayant fait une nouvelle invasion sur
les bords du Danube, le sultan marcha contre eux, et les joignit à Cassovie, où AmuraUi l« avait été victorieux. Il s'ensuivit plusieurs actions sanglantes, mais partielles, qui se terminèrent parla déroute des chrétiens, et Jean Huniade, dans sa retraite, fut fait prisonnier par le despote de Servie. Amuratb revint à Andrinople, et ne songea plus à résigner le \xmvoir; car, après avoir marié son fils Mahomet à la fille du prince d'Elhistan, il lui donna le gouvernement de l'Asie Mineure. En 1451, il fut attaqué d'une maladie de cerveau, qui bientôt l'enleva dans la Î7e aimée de son âge, après 29 ans de règne. I.es Ottomans regardent Amuratb II comme un de leurs plus illustres souverains; ils louent ses vertus civiles cl militaires, sa piété, et la munificence qu'il montra en faisant bâtir des mosquées, des caravenséniis, des collèges et des hôpitaux. Mais il {taitieipait trop au caractère des conquérants de sa nation, qui regardent la cruauté et la violence comme légitimes, lorsqu'il s'agit de la propagation de la foi. Cef tendant on reconnaît que rarement il tira l'é|tée avant d'y a\oir été provoqué, et qu'il observait les traités avec "une fidélité inviolable. S — v.
AMUKATll MI, fils de Selim II, monta sur le trône à trente et un ans, l'an de l'hégire 982 (1 575) .Le premier acte de si puissance fut le meurtre de cinq de ses frères, dont le plus âgé n'avait jws huit an>. Cette tnrltaric, que la politique ottomane motive et n'excuse pas, dut faire craindre aux sujets d'Amuralli un règne sanguinaire. Cepcmlaril ces victimes furent les seules que ce sultan immola; il ne fit tomber la tète d'aucun des grands vizirs qu'il disgracia presque chaque année. 11 recommença la guerre contre les Persans, dès l'an 1578; et cette longue calamité, également funeste aux deux peuples, afiligea presque tout son règne. La paix fut enfin conclue en 1590, et elle mit Amuratb en possession de Tamis et de trois provinces |iersiues. Du coté de l'Europe, ce sultan fil obtenir le trône de Pologne à Etienne lialtori, vaivode de Transylvanie, son vassal, au préjudice de l'empereur Maximilien. En 158$, il demanda un tribut à Rodolphe, successeur de ce dernier prince, cl, sur son refus, fit entrer en Hongrie le grand vizir Sians-Pacha, qui, en 1592, fit lever le siège de Grun à l'archiduc Mathias, et prit l'importante place de Daab, au nom du miH.ui. Cet exploit, auquel Amuratb n'eut aucune part, ne l'a pas moins fait placer au rang des princes qui ont reculé les bornes de l'empire ottoman. Sons son régne, la Crimée m: souleva ; mais l'orage fut bientôt dissipé. Les janissaires se révoltèrent, et cette sédition, «pie la faiblesse d'Amurath ne sut ni prévenir, ni arrêter, ni punir, conta la tête au defterdar de l'empire, «pie son maître, abandonna lâchement, et causa, dans Constantinoplc, le terrible incendie de 1581, qui consuma 15,000 maisons. Amuratb 111 mourut l'an de l'hégire 1092 (1594), à l'Age de 50 ans, après en avoir régné 20. 11 aima la guerre, mais ne parut jamais à la tète de se* années. Timide, irrésolu, frisie au milieu même des plaisirs, «rare jusqu'à vendre les fleurs qui ornaient ses jardins; dur avec ses ministres, il se montra toujours plus
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porté fl punir les foutes qu'à récompenser les services. S— v.
AMCIUTH IV, neveu et successeur de Mustapha, déposé en 1022, naquit l'an de l'hégire 1018, (1009). et prit les rênes de l'empire dans les circonstances les plus difficiles, à peine iJgé de treize ans. La sultane Kirscm, sa mère, lui apprit a régner, et Inentot il mit se foire craindre de ses sujets et de ses ennemis. Après cinq règnes faibles, les Ottomans virent sur le trône le prinre le plus absolu qui leur eut jamais commandé. Doué d'un esprit ferme et intrépide, la nature lui avait donné une force de corps extraordinaire, et une majesté qui appuyait ses qualités morales de tout ce que les formes extérieures ont de plus inq>osant : aucun spahis ne maniait un cheval comme lui ; aucun Tatarne décochait une llôche avec plus d'adresse et de force. Il se mit sans crainte au-dessus des lois et des préjuges de la nation, cl fut le premier des sultans qui osa ouvertement permettre l'usage du vin; lui-même en buvait avec excès, et ses deux favoris les plus clicrs, qu'il éleva aux premières dignités, n'eurent d'autre litre à la fortune que la crapuleuse passion qui les dominait comme lui. Peu «le régnes cependant ont été plus glorieux que celui d'Amurath IV. Maître de ses passions, il était sobre quand il se montrait à ses troiqtcs. Ses guerres contre les Polonais et contre les Persans, où toujours il combattit en personne ; la prise de Van, et celle, a jamais fanteuso, de Bagdad, où il entra sur les cadavres de 50,000 vaincus, lui ont valu le litre de lihazy (le victorieux), surnom que les sultans ont toujours été jaloux de mériter; mais ses débauches avancèrent le terme de ses jours, et le conduisirent a une mort prématurée. Sous son règne, l'empire ottoman fut plus (lot issant qu'il n'avait jamais été. La terreur qu'il avait su inspirer contenait dans leur devoir les paclias qui gouvernaient les provinces; et les magistrats qui rendaient la justice n'osaient plus prévariquer. Amuralh, accoutumé à accueillir toutes les plaintes, était toujours prêt à punir. Souvent déguisé, et, par la, présent dans des lieux où il était le moins attendu, son nom seul suffisait pour faire pâlir ceux qui n'auraient contrevenu qu'à ses moindres ordres. On compte jusqu'à 14,000 individus frappés par sa justice, aussi prompte qu'inexorable. La mort de ce terrible sullan fut digne de sa vie : quelques heures avant d'expirer, on l'entendit menacer ses médecins de les foire périr, s'ils ne se hâtaient de le guérir. Il mourut, l'an de l'hégire 1030 (1040), à l'âge de 31 ans. S — v.
AMI HA l ll, bey do Tunis, fils de Mohammed- Bcy, fut renfermé au cliàtcau de Sour, vers 1600, par ordre de son oncle Ramadan. Condamné à jwrilre la vue pour avoir aspiré au gouvernement, Amuralh corrompit ses gardes, tua l'aga qui les commandait, et s'enfuit vers les montagnes, à 30 lieues de Tunis, où il fut joint par une grande partie des troupes à la solde du bey. 11 marcha alors sur Tunis, s'en cnipara, et fit étrangler Hatuadati. Les Algériens, qui avaient favorisé son oncle, éprouvèrent son ressentiment ; il leur fit la guerre avec tant de fureur,
qu'il attira les plus grandes calamités sur son royaume. Sa cruauté n'eut |>oint de bornes; mais il fut enfin égorgé lui-même par Ibrahim, son capitaine des gardes, qui se (it proclamer bey à sa place, vers l'an 1095. B — p.
AMY. Voyet Lamt.
AMY (, . . .), avocat an parlement d'Aix, mort en 1700, a publié quelques ouvrages de physique; ils décèlent un homme ami de l'humanité, et qui emploie ses lumières à chercher ce qui peut être utile ou nuisible à ses semblables: 1° Observations expérimentale* sur le* eaux des rivières de .Seine. de Munie, etc., 1741), in- 12. 2" Nouvelles fontaines domestiques, 17."i0, /n-12. 3J Nouvelles fontaines filtrantes. 1752-1754, in-12. 4° Réflexions sur 1rs ruisseaux de euivre, de plomb et d'étain, 1751, in-12. On croit «pie cet auteur était de la Provence, mais on ignore le lieu de sa naissance, et le temps auquel il se rendit à Paris. K.
AMYN'AHMED, raiy. ou natif de la ville de Bey en Azerlmïdjan, était un savant persan qui florissail au commencement du II' siècle de l'hégire. Noua n'avons pu recueillir aucun renseignement sur cet écrivain, mais son existence cl sa vaste érudition nous sont attestées |>ar un traité, à la fois géographique et biographique, de la plus haute inqioi*tanec. Cet ouvrage, intitulé llcft Iclym ( les Sept Climats), contient la description des principales contrées et des villes connues des Orientaux. Ces descriptions ont été recueillies par les écrivains arabef cl persans les plus estimés. A la suite de la description de chaque pays, on trouve les notices biographiques sur chacun des |>crsonnages célèbres auxquels il a donné naissance. Ces notices purent être d'une grande utilité (tour l'histoire civile et littéraire de l'Orient, tant par l'exactitude des dates que par la nomenclature de tous les ouvrages de cliaque auteur. L'Uefl Iclym fut terminé en 1002 do l'hégire, comme l'auteur nous l'apprend lui-même, fol. 2 du manuscrit de la bibliothèque royale, et non en 101 ou en 1012, commeon lit dans la Bibliothèque de Hadjy-Khalfa. JNous |>ossédons à la bibliothèque royale une excellente copie de cet ouvrage ; c'est un gros volume in-fol. de 582 feuillets, copié en l'an 10» 5 de l'hégire (1085). J'ai donné plusieurs descriptions extraites de cet ouvrage, dans les noies que j'ai ajoutées à la traduction française des deux premiers volumes des Recherches asiatiques, ou Mémoires de la société de Calcutta, et à la nouvelle édition des Voyages de Chardin. L — s.
AMY N (Mohammed), surnommé Al, c'est-àdirc le Croyant, 0* calife abba&sidc, (ils et succès* scur d'IIaroun-AI-Béchyd, né au mois de cliawal 170 de l'hégire (787), fut proclamé calife le 5 do djamady 1", 193 de l'hégire. A peine fut-il sur le trône qu'il se livra à toutes ses passions, et surtout à celles du vin et des femmes. Il déposa ses frères Marnoun et Notassent des gouvernements que leur avait légués leur père, cl priva même le premier, dont il était jaloux, des biens qui lui revenaient. Uaroun avait désigne Marnoun comme successeur I d'Amyn ; celui-ci fit couronner son fils, qui n'avait
encore que cinq ans. Irrité de ce que Mamotin avait refusé de se rendre à sa cour, il raya son nom de la khulhbah (prière), et lui déclara solennellement la guerre. Le gouverneur du lils d'Ainyn , Ali-ben- Issa, homme présomptueux et suis talents militaires, offrit au calife de chasser Mamoun du Khoraçan ; et Amyn lui donna le commandement d'une armée de 00,000 hommes. Mamoun était aimé de ses solilaLs, et son armée, bien moins nombreuse que celle de son frère, lui était toute dévouée. Ali s'avança jusqu'à Rey, où commandait Tliaher, général brave et expérimenté, qui justifia pleinement la conliance de Mamoun ; avec 4,000 hommes d'élite seulement, il attaqua et mit en fuite l'armée d'Ali, qui périt dans l'action : ce revers fut suivi de beaucoup d'autres pour Amyn. Les généraux qu'il envoya successivement contre Tliaher furent battus, et liagdad, où il s'était renfermé, fut prise. Lorsqu'on lui apprit que Tliaher victorieux venait l'assiéger, il s'amusait à pêcher à la ligne. « Ne me troublez |*s, dit-il au « messager, car mon affranchi a déjà pris deux pois- « sons, et je n'en ai pas pris un seul. » Pendant le siège, au moment où l'ennemi venait de se rendre maître d'un poste important, les ofliciers du calife, qui venaient l'exhorter a prendre les armes, le trouvèrent jouant tranquillement aux échecs. Il leur ordonna de se retirer, |iarce qu'il était sur le point de faire son adversaire édiecelnwt. Après lapriscde Bagdad, Amyn, qui redoutait Tliaher, alla se rendre à Hcrtscmeh, autre général de Mamoun, qui le fit embarquer sur le Tigre; mais Tliaher lit submerger la barque, et Amyn, tombé dans les mains des soldats, fut massacré par aes ordres, le 25 demoliarrem 198 (813 de J.-C.); il n'était âgé que de 28 ans, dont il avait régné 5. Sa mort mit Mamoun en possession du califat. J— n.
AMYNANDRE, roi des Alhamanes, peuples voisins des Éloliens, interposa sa médiation en faveur de ces derniers, pour obtenir la paix de Philippe, roi de Macédoine, l'an 208 avant J.-C. Longtemps après, à la sollicitation du consul romain, il engagea les Éloliens dans la ligue contre Philippe, amena des secours aux Romains, se laissa gagner ensuite |wr les promesses d'Antiochus le Grand, fut obligé de quitter ses États par l'adresse de ce même Philippe, remonta peu après sur son trône , où le rappela son peuple, irrité de l'orgueil des lieutenants du prince macédonien, ht sa paix avec les Romains, et engagea la ville d'Ambracie à leur ouvrir ses portes. On ignore le temps et les circonstances de sa mort. N-l.
AMYNTAS I", roi de Macédoine, fils d'Alcetas, auquel il succéda vers l'an 507 avant J.-C. A cette époque, le royaume de Macédoine était peu puissant, et la monarchie des Perses prenait cliaque jour un nouvel accroissement, sous Darius, lils d'Hystaspc. Ce prince, à son retour de l'expédition contre les Scytlies, envoya demander la terre et l'eau à Amyntas, qui, trop faible pour refuser, se reconnut tributaire de la Perse, et donna un magnifique repas aux ambassadeurs de Darius. Ceux-ci, échauffés par le vin, demandèrent, à la fin du repas, au roi de Macédoine, ses femmes et ses filles. Amvntas eut la bassesse de les amener, et les députés de Darius allaient
s'abandonner à leur brutalité, lorsque Alexandre ,
fils d'Amyntas, substituant avec adresse aux princesses macédoniennes de jeunes garçons armes ac poignards et travestis en femmes, Ut massacrer les ambassadeurs, et sauva ainsi l'honneur de sa famille. Il trouva ensuite le moyen de dérober ce crime à la connaissance du roi de Perse, en donnant en mariage sa sœur Gygsa, qui était d'une beauté ravissante, à Bubaris, seigneur persan, que Darius avait envoyé à la recherche de ses ambassadeurs. Ce fut encore pendant le règne d'Amyntas que Xerecs vint attaquer les Grecs avec l'armée la plus formidable qui eût jamais été rassemblée. Il traversa la Macédoine, et Amyntas n'épargna rien pour lui prouver son attachement aux intérêts de la Perse. 11 mourut peu de jours après la bataille de Sa lamine, l'an 480 avant J.-C., et eut pour successeur Alexandre 1", son fils. C — r.
AMYNTAS II, fils de Philippe, et petit-fils d'Alexandre 1", roi de Macédoine. On l'a souvent confondu avec Amyntas III, ce qui nous oblige à entrer dans quelques détails sur les rois de Macédoine, depuis Alexandre 1er. Ce prince laissa trois lils : Perdiccas, Philippe et Alcçtas. Pcrdiccas refusa de partager le royaume avec ses frères ; Alcétas ne chercha point a faire valoir ses droits; Philip|ie se retira auprès de Sitalcès, roi de Thrace, qui ne lit rien pour lui. Après sa mort, il ramena Amyntas II, sou fils, dans ses États, avec une puissante armée, l'an 428 avant J.-C. Bientôt après, Sitalcès, s'étant allié avec Pcrdiccas, abandonna Amyntas, qui se retira on ne sait où , car l'histoire n'en parle plus. Pcrdiccas laissa en mourant deux lils, Archélaûs, qu'il avait eu d'une esclave, et qui était déjà grand, et Alcétas, qu'il avait eu d'Eurydice, son épouse, et qui n'avait que sept ans.Archélaûs prit le gouvernement de la Macédoine, comme tuteur de son jeune frère. Feignant alors de vouloir rendre la couronne à Alcétas, son oncle, qui avait un fils à peu près de son âge, nommé Alexandre, il les manda tous les deux , et. les ayant enivres, il les égorgea. Il précipita ensuite dans un puits le lils légitime de Pcrdiccas, et se trouva ainsi seul possesseur du trône ; il laissa en mourant Oreste, son fils encore enfant , sous la tutelle d'Aéropus, qui le tua, cl s'enqiara du trône. L'origine de cet Aéropus ne nous est pas connue. Celui-ci, après avoir régné 0 ans, mourut, et laissa la couronne à Pausanias, son lils. qui fut tué au bout d'un an. Tan 392 avant J.-C, par Amyntas III, lils de Ménélaûs. 11 y a donc eu entre ces deux Amyntas trente-six ans d'intervalle ; et, comme le troisième a régné 24 ans depuis la mort de Pausanias, que d'ailleurs on lui donne un père différent, il est évident qu'on ne doit pas les confondre. C — R.
AMYNTAS 11], roi de Macédoine, fils de Tharalée, selon les uns, et de Ménélaûs, selon d'autres, et probablement petit-fils d'Amyntas IL monta sur le trône par l'assassinat de Pausanias, fils d'Aéropus, Tan 392 avant J.-C.; mais Argée, frère de Pausanias, s'étant fait un parti puissant parmi les nobles de Macédoine et les princes voisins, Amyntas fut obligé de lui abandonner la couronne, et de se retf-
rer en Thessalie. Argée n'occupa le trône que pendant 2 ans. Sa conduite iinpolitique ayant fait désirer à ses sujets le retour d'Amyntas, ce prince, à l'aide de quelques troupes de la Thessalie, força son compétiteur à lui laisser enfin le royaume. 11 lit aux Olynthiens une guerre d'abord malheureuse, mais qui finit à son avantage, parce qu'il réussit à engager Sparte dans ses intérêts. 11 voulut aussi se lier avec les Athéniens, qui jusqu'alors n'avaient eu qu'une médiocre confiance dans les rois de Macédoine ; mais Amyntas réussit dans ses négociations, en déclarant qu'Amphipolis devait appartenir aux Athéniens, et en promettant de les mettre en possession de cette place. Toute la conduite d'Amyntas fut celle d'un profond politique ; il affermit le trône dans sa famille, augmenta la puissance de la Macédoine, s'attacha ses voisins, et mourut 368 ans avant J .-C. , après un régne de 24 ans, laissant trois fils légitimes : Perdiccas, Philippe et Alexandre II, qui lui succéda sous la tutelle d'Eurydice, sa mère. C — R.
AMYNTAS, fils d'Antiochus, Macédonien, quitta la Macédoine après la mort de Philippe, sans autre motif que sa laine pour Alexandre le Grand; il se rendit à Kphèsc, d'où il s'enfuit, lorsqu'il apprit le passage du Graniquc, alla joindre Darius, et entretint une correspondance avec Alcxandre-Lynceste, qui devait assassiner Alexandre le Grand. Il donna à Darius le sage conseil d'attendre qu'Alexandre vint l'attaquer dans les plaines de l'Assyrie, où il pouvait déployer toute son armée, et surtout sa cavalerie ; mais il ne fut pas écouté. Amyntas fut un des commandants des troupes grecques auxiliaires des Perses à la bataille d'Issus. Après cette journée, il se réfugia, avec d'autres tranfuges grecs, à Tripoli en Syrie, s'y embarqua, fit voile vers l'Ile de Chypre, et ensuite vers Pclu.se, qu'il surprit, en faisant croire qu'il avait une commission de Darius, qui l'établissait gouverneur de l'Egypte à la place de Sabacas, tué à la bataille d'Issus. Quand il se vit maître de cette place inq>ortante, il leva le masque, prétendit à ta couronne d'Égypte, et déclara qu'il voulait eh cliasser les Perses. Les Égyptiens se joignirent i lui, et formèrent une armée, avec laquelle il mardia droit à Memphis. Les Perses, commandés |wr Mozarés, furent défaits devant celte place, et forcés de s'y renfermer. Après cette victoire, Amyntas, se croyant maître du pays, laissa ses soldats se livrer au pillage, sans précaution ; Mozarés sut en profiter, fit une sortie, tua Amyntas, et détruisit son armée. — On trouve encore plusieurs autres Amyntas célèbres dans l'histoire de Macédoine, du temps d'Alexandre : 1° Amyntas, fils d'Androménc, qui commandait une portion de la plialange ; il fut compris, ainsi que Polémon, Attalc et Simmias, ses frères, dans l'accusation portée contre Philotas; mais il se justifia, et fut tué peu de temps après d'un coup de flèche, en assiégeant un bourg; 2° Ahyntas, l'un des chefs de la garnison macédonienne qui était dans la Cadmée, à Tbébcs ; il fut tué par les exilés qui venaient de rentrer. C — R.
AMYNTIAN ou AMYNT1ANUS, historien grec, viftut sous le règue de L'empereur Marc Aurèlc, au-
quel il dédia une vie d'Alexandre, où il annonçait ridiculement que son style serait digne des exploits du conquérant macédonien. Cet ouvrage n'est point parvenu jusqu'à nous; mais, d'après le jugement de Photius, la vanité d'Amyntian tint mal ses promesses. C'était un écrivain froid, décousu et sans force, très-inférieur aux autres historiens d'Alexandre. On regrette toutefois (pie Photius ne rap|>ortc aucun passage qui puisse motiver son jugement. Amyntian avait aussi publié la vie d'Olympias, mère d'Alexandre le Grand, ainsi que des vies parallèles, dans le genre du Plutarque, celles, par exemple, de Denys le Tyran et de Domitien ; de Philippe, roi de Macédoine, et d'Auguste. De tous les ouvrages de cet historien, celui qu'on doit le plus regretter, c'est, sans contredit, la vie d'Olympias, qui ne |K>uvait manquer de jeter beaucoup de jour sur l'histoire de la Macédoine et de la Grèce, a cette époque qui est si ]ieu connue. C— a.
AMYON (Jean-Claude), député du Jura à la convention, était né en 1755, à Poligny. Cultivant lui-même le modeste héritage qu'il tenait de ses pères, il avait acquis, dans l'exercice d'une vie laborieuse, la réputation d'un bon agriculteur. Trop occupé des soins qu'exigeait son petit domaine pour prendre aucune part aux affaires publiques, il resta jusqu'en 1792 étranger à la révolution, dont il ne soupçonnait pas plus les causes qu'il ne pouvait en prévoir les conséquences. Les électeurs de Poligny, divisés sur le choix du député qu'ils devaient envoyer à la convention, jetèrent les yeux sur Amyon, qui réunit les suffrages des deux partis. Lancé dans cette assemblée qui, dès sa première séance, décréta l'abolition de la monarchie, Amyon fut entraîné par le torrent auquel il n'avait aucun moyen de résister. Dans le procès de Louis XVI, il vota la mort sans appel et sans sursis ; mais ce fut de sa part l'effet de la peur, comme son repentir l'a témoigné depuis. L'un des soixante-treize députés qui protestèrent contre la fameuse journée du 31 mai, il fut arrêté dans le sein même de la convention et enfermé aux Madelonnettes, d'où il ne sortit qu'après le 9 thermidor. Il devint membre du conseil des anciens à l'époque de son organisation, et ««sa d'en faire partie en 1797. Exempt d'ambition, ce fut un bonheur pour lui de rentrer dans la vie privée. Pendant tout le temps de son séjour à Paris, Amyon a '.ait conservé l'Iiabitude d'aller acltctcr et de préparer lui-même les aliments dont se composait son modeste repas. Nommé par le premier consul adjoint a la mairie de Poligny, il donna l'exemple du retour aux idées d'ordre et aux principes religieux, et mourut le 17 juin 1803, à l'âge de 67 ans. W— s.
AMYOT (Jacques) naquit à Melun le 30 octobre 1513. On ne sait pas au juste quelle était la profession de son père ; les uns en font un boucher, d'autres un corroyeur, d'autres un petit mercier. St-Kéal, historien fort peu scrupuleux, a fait de la jeunesse d'Amyot un récit dont les principales circonstances sont démenties par des faits avérés, et qu'en conséquence nous ne rapporterons point. Amyot, étant venu à Paris pour y continuer ses éludes commet*.
oées à Melun, n'avait d'autre secours de ses parents qu'un pain que sa mère lui envoyait claque semaine : pour y suppléer, il fut obligé de servir de domestique à d'autres écoliers de son collège ; on prétend que la nuit, à défaut d'huile ou de chandelle, il étudiait à la lueur de quelques charbons embrasés. Après avoir fait ses cours de poésie et d'éloquence latine, de philosophie et de mathématiques, sous les plus célèbres professeurs du collège do France, nouvellement fondé, il se lit recevoir maître ès-orts, et ensuite se rendit à Bourges, pour y étudier le droit civil. Là, Jacques Collin, lecteur du roi et abbé de St-Ambroise, lui conlia l'éducation de ses neveux, cl lui lit obtenir, par le crédit de Marguerite, so>ur du roi, une chaire de grec et de latin dans l'université. Pendant dix ou douze ans qu'il occupa celte chaire, il traduisit le roman grec de Théagène et Chariclée, et quelques Vies des hommes illustres de Plutarquc. François 1", à qui il dédia cet essai, lui ordonna de continuer l'ouvrage, et lui lit présent de l'abbaye de bellozane, vacante par la mort du savant Valable. Désirant, pour le perfectionnement de sa traduction de Plutarquc, conférer les manuscrits de cet auteur qui existaient en Italie, il y alla, à la suite de l'ambassadeur de France à Venise. Odct de Sclve, successeur de cet ambassadeur, el le cardinal de Tournon, résident à Rome, le chargèrent do porter au concile, assemblé de nouveau à Trente, une lettre du roi Henri 11, contenant une protestation courageuse contre qucUpies décisions du concile. Sans caractère public, sans lettres de créance, il s'acquitta de cette mission en homme également ferme et adroit. Il eut le plaisir de donner une petite leçon de latinité aux pères du concile, dont l'orgueil, ou plutôt la malveillance, s'offensait de ce (pic le roi, dans sa lettre, avait donné à leur assemblée, au lieu du nom de conriiium, celui do conventus, qui, en latin moderne, signilic couvent. Il leur représenta que, dans les bons auteurs, conrenlus ne voulait dire autre chose qu'assemblée, réunion, concile, en im mot. « Je ne sais , dit-il dans une lettre où « il rendait compte de sa mission, je ne sais s'ils « avaieut peur que le roi ne les prit tous pour des « moines. » Le cardinal de Tournon, charmé de son savoir et do son liabileté en affaires, le ramena â Paris, et, apprenant que le roi cherchait un précepteur pour ses deux fils, lui proposa Amyot, qui fut agréé. Durant le cours de cette éducation, il termina sa traduction des Vies des hommes illustres de Plutarquc, qu'il dédia a Henri II, et commença celle des nmvres morales de cet écrivain, qu'il n'acheva que sous le régne de Charles IX, son élève, à qui il en fil pareillement l'hommage. Le lendemain même de son avènement, Cliark-s IX le nomma son grand aumônier. ]a reine mère, Catherine de Médicis, qui destinait cette place à un autre, entra en fureur, lit appeler Amyot, et lui dit : a J'ai fait bou<|ucr les « Guise et les ChAiillon, les connétables et les chan- « celiers, les rois de Navarre et les princes de Condé, et je vous ai en tète, petit prestolet 1 » Klle lui déclara qu'il ne vivrait pas vingt-quatre heures, s'il ne à la charge. Il n «dut , et laissa passer
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plusieurs jours sans paraître à la table du roi. Ce
prince, soupçonnant sa mère d'avoir fait à Amyot plus que des menaces, entra en fureur à son tour, et s'écria : a Quoi ! parce que je l'ai fait grand aumô- « nier, on l'a fait disparaître? » La reine, pour apaiser son fils, fut obligée de faire chercher Amyot, à qui elle donna toutes les sûretés qu'il put désirer. On est forcé de convenir que le récit do cette querelle entre la mère et le Iils n'a d'autre garant que St-Héal. Le siège d'Auxcrre étant venu à vaquer, le roi y nomma son maitre (tel est le titre qu'il donnait à Amyoti. Celui-ci, prenant possession de épisco|iat, se lit rendre avec fermeté, mais sar leur, tous les honneurs, tant ecclésiastiques que seigneuriaux, attachés à son siégo. Il contribua d'assez bonne grâce, malgré sa parcimonie, à restaurer et a orner de nouveau l'église cathédrale, que les huguenots avaient profanée, cl surtout pillée. Il avoua que, n'ayant encore étudié que les auteurs profanes, il n'était ni théologien, ni prédicateur; il se mit a lire l'Écriture et les Pères, eut de fréquentes conférences avec des docteurs, et se hasarda enfin à prêcher devant son troupeau. Son autre élève, Henri III, étant parvenu au tronc, lui conserva la grande aumônerie, et y ajouta le titre de commandeur de l'ordre du St-Esprit, qu'il venait de créer, voulant qu'à sa considération, Unis ses successeurs dans cette cliarge y réunissent la même prérogative. Amyot se trouvait à Blois lorsque le duc de Guise y fut assassiné. Un gardien des cordeliers d'Auxcrre souleva contre lui toute cette ville, qui était du parti de la ligue, en soutenant qu'il avait su et même conseillé le meurtre. N'ayant osé se rendre à Auxcrre que quelque temps après, il fut pillé en route par les ligueurs; arrivé, il courut de grands dangers: on lui tira des coups d'arquebuse , et on lui mit le pistolet sur la poitrine. 11 fut obligé de se faire donner une absolution en forme par le légat, et tout rentra dans l'ordre. C'est à ce sujet que le président de Tbou l'accuse d'ingratitude et d'infidélité envers Henri III. Il paraît justifié de ce reproche l>ar tout ce qu'il eut à souffrir de la part des ligueurs, comme trop attaché à la cause du roi. Ce ne fut véritablement qu'après la mort de Henri III, qu'en quelques occasions il se montra favorable aux projets de la ligue. Du reste, il passa ses dernières années dans son diocèse, uniquement occupé de l'étude et de l'exercice de ses devoirs. Il mourut à Auxcrre, le 6 février 1593, dans sa 80» année. Quoiqu'il se fut plaint d'avoir été ruiné par les troubles civils, il laissa, dit-on, en mourant, plus de 200,000 écus. Il passe pour avoir été à la fois aride et parcimonieux. 11 demandait une nouvelle abbaye à Charles IX, qui lut en avait déjà donné plusieurs. « Ne m'avez-vous pas assuré autrefois, dit le roi, « que vous borneriez votre ambition à 1 ,000 écus « de rente? — Oui, sire, répondit-il, mais l'appétit « vient en mangeant. » Personne n'a rendu plus de services que lui à la langue française. Un homme à qui elle doit aussi lteaucoup, Vaugelas, a dit : a Quelle obligation ne lui a pas notre langue, n'y « ayant jamais eu personne qui en ait mieux su le.
« génie et le caractère que lui, ni qui ait usé de mots
« et de phrases» naturellement françoiscs, sans au- « cuii mélange des façons de parler des provinces, « qui corrompent tous les jours la pureté du vrai a langage françois ? Tous ses magasins et tous ses « trésors sont dans les œuvres de ec grand homme. » On a prétendu, les uns, qu'il n'avait traduit Plutarque que d'après une traduction italienne, les autres, que ce travail n'était pas de lui, mais d'un homme pauvre et savant qu'il avait à ses gages. Ces assertions sont détruites par la seule vue des exemplaires de l'Iutarque qui lui ont appartenu ; ils sont chargés de notes et de variantes, qui prouvent une véritable connaissance de la langue grecque. Néanmoins il parait prouvé qu'en beaucoup d'endroits la version manque de fidélité : le savant Méziriac prétendait y avoir trouvé jusqu'à 2,000 fautes. Quoi qu'il eu soit, elle n'a été effacée par aucune de celles qui ont paru depuis, et l'on trouve toujours beaucoup de charme à la lire, malgré l'espèce d'obscurité qu'y répand, pour les lecteurs ordinaires, l'emploi d'un assez grand nombre de tournures et d'expressions lomlwes en désuétude. « Celte traduction, dit Ra- * cinc, a, dans le vieux style du traducteur, une « grâce que je ne crois pas pouvoir être égalée dans « notre langue moderne. » Les ouvrages d'Amyot sont : 1° Histoire alhiopique d TIéliodoru» , contenant dix livres, traitant des loyales et pudiques amours de Théagènes , Thessalien, et Chariclée, /Ethiopienne, nouvellement traduite du grec en françois, 1547, in- fol., et 1359, in-8". Amyot, lors de son voyage en Italie, ayant trouvé au Vatican un manuscrit complet d'Héliodore, retouclia sa traduction et la lit réimprimer en 1559, in-fol. C'est cette édition qui a servi de modèle aux réimpressions faites à Lyon, à Paris et à Rouen. 2° Sept livres des Histoires de Diodore, Sicilien, traduits du grec, Paris, Yascosan, 1554, in-fol. , réimprimés en 1587. Ce sont les livres 11 à 17, commençant au voyage dcXcrcès cl finissant a la mort d'Alexandre. 3* Amours pastorales de Daphnis et Chloc, traduites du grec, de Longus, 1539, in-8". Parmi les nombreuses reimpressions, ou dislingue : I" l'édition dite du Régent, imprimée aux frai* de ce prince, 1718, petit in-8°, et ornée de 28 gravures, faites sur ses dessins, par B. Audran : dans quelque* exemplaires, on trouve une 29e gravure; 2" celle de 1731, in-12, avec des t notes de Falconnet; 3U celle de 1737, in-4", offrant en regard la traduction d'Amyot et une traduction nouvelle, par un anonyme (le Camus}; 4" l'édition donnée par Didot, an 7 (17118), grand in-4°, avec 9 figures, et dont 27 exemplaires ont été tirés in-fol.; 3° l'édition in-18 publiée à la même époque par le même imprimeur ; 0° celle que Paul-Louis Courier a fait imprimer sous ce titre : Daphnis et Chloé, traduction complète, d'après le manuscrit de l'abbaye de Florence, Florence, 1810, grand in-8°, tiré a 60 exemplaires : l'éditeur a retouché en quelques endroits la traduction d'Amyot, et a traduit lui-même, en vieux langage, un fragment recouvré à Florence, lequel remplit la lamne qu'on sait être au premier Jivrc de l'ouvrage. k"U» Vies des Hommes illustres,
grecs et romains, comparées l'une avec l'autre, trans' lalées du grec en français, 1559, 2 vol. in-fol. On recherche l'édition donnée par Yascosau, 1507 , 0 vol. in-8°; on y joint la traduction d'une Décade de Guevare, faile par A. Allègre. (Foy. Allègue.) 5° OEuvres morales de Plutarque, traduites en français, 1574, 6 vol. in-8°. C'est cette édition que l'on joint a celle des Vies des Hommes illustres, de 1567. Les OEuvres complètes de l'Iutarque, traduites par Amyot, ont été recueillies plusieurs fois. L'édition de Yascosan, 1565-75, 4 tomes en 2 vol. in-folM est peu recherchée aujourd'hui ; il en est de même de l'édition donnée par M. bastion, en 1784, 48 vol. in-8"; mais on estime l'édition publiée en 1783-87, avec des notes et observations de G. Hrottier et Vau< villiers, 22 vol. in-8°. Elle a été réimprimée par Cussac, 1801-1806, 25 vol.; M. Clavier, éditeur, y a ajouté des notes, et de plus la traduction, faite par lui, de la Vie d'Homère, de Y Essai sur la poésie, du Traité sur la Koblesse, et do plusieurs fragments : ces additions forment le 23e volume. Les tables des matières des Vie» des Hommes illustre» et des OEuvres morales forment les 24e et 25» volumes. 6° Lettre à M. de Morvilliers, maître des requête», du 8 septembre 4351. Cette lettre, dans laquelle Amyot donne une relation de son voyage à Trente, se trouve dans les Mémoire» du concile de Trente, par Yargas, dans les Mémoire» du même concile, par Dupuy, et dans l'ouvTage de PiUiou , intitulé : EccUtim Gallicana> in tchismale Statut. 7° OEuvres mêlées, 1611, in-8°. Le P. Niccron parle de ce volume ; mais nous croyons qu'il y a erreur, et que ces OEuvres mêlée» n'ont jamais existé. 8° Projet de l'Eloquence royale, composé pour Henri III, roi de France, imprimé pour la première fois en 1805, in-8° et in-4°. A—g— r.
AM Y R-BE-1 1 1 K A M ILLAH , surnommé Mak- IOCB, calife fathemiic, succéda à son |>ére Mostaaly, le 17 de EtAv 495 de l'hégire (27 novembre 4 104 de J.-C), n'étant âgé que de cinq ans. Ce futAlafdhal, vizir de sou père, qui le fit reconnaîtra calife, afin de se conserver l'autorité ; mais lorsqu'Amyr se sentit assez puissant pour se défaire d'un tel ministre, il le fit assassiner, et mit à sa place un nommé Mohammed. Celui-ci ne fut pas longtemps sans s'attribuer un |touvoir semblable à celui d'Alafdhal, et blâma publiquement les nururs du calife, qui se défit également de lui par le |>oignard. Le régne «l'A— myr, prince sans jugement , se livrant a l'excès du vin et à ses passions, fut de 29 ans 5 mois et quelques jours ; il mourut, assassiné par des Ismaéliens, partisans d'Alafdhal, le 3 de dzoul-hedjah 52i de l'Iiégire (7 novembre 1130). Lorsqu'il monta sur le tronc, Godefroi régnait encore a Jérusalem. Baudouin , nommé par les Arabes Hardouil , qui succéda à Godefroi, fit une invasion en Egypte, et s'en serait emparé, si la mort ne l'eût arrêté au milieu de ses conquêtes. Amyr étant mort sans enfants, Hafcth lui succéda. J— Jt.
AMYRALT (Moïse), non pas AMYRAL'LT, comme l'écrivent ceux qui le font descendre de l'ancienne famille des Lamvhali.t d'Orléans, vit le jour à Bourgucil , en Anjou, l'an 1596. Son père, qui lo
destinait à occuper la charge de séncclwd de celte petite ville, possédée par un de ses oncles, le fit d'abord étudier en droit : mais la lecture de I7m(i<tition de Calvin lui inspira un tel goût pour la théologie, que ce goût l'emporta sur les arrangements de famille. Apres avoir fait son cours d'étude à Saumur, sous Cameron , et rempli pendant dix-huit mois les fonctions du ministère dans le Maine, on l'appela pour remplacer Daillé à l'académie de celle ville, et il entra en exercice le même jour que Louis Cappcl et Josué de la Place : ils publièrent tous les (rois les Thèse* Salmurienses , qui curent une grande vogue dans leur parti. Député, en 1651, au synode de Charenlon, il fut chargé de porter en cour le cahier des représentations sur les infractions faites aux édits de pacification, et il obtint la suppression de l'usage Humiliant qui astreignait les députés protestants à ne haranguer le roi qu'à genoux. Amyraut était trésattaché à sa croyance ; mais il combattit ouvertement le zèle fanatique de ceux de son parti qui abusaient de leur religion pour semer des maximes, ou faire des démarches contraires à l'obéissance duc aux princes légitimes. Il défendit la dignité des rois, et la sûreté inviolable de leur personne, contre les indépendants d'Angleterre, qui lirent périr sur Pécha* faud le malheureux Charles 1". Ce fut à celte occasion qu'il se déclara ouvertement pour l'obéissance passive, dans son livre de la Souveraineté des rois. Un ministre de la Rochelle ayant auparavant attaqué ses principes sur cette matière, ii l'avait déjà complélcmcnt réfulé dans son Apologie pour ceux de la religion. Mazarin l'employa utilement pour contenir les protestants, qu'on cherchait à faire entrer dans les troubles de la fronde. Amyraut sentit vivement le tort que faisaient A la réforme les nom- Dreux schismes qui la divisaient. Ce fut |iour ramener tous les partis à un point central de réunion contre l'Église romaine, qu'il COmpOM son traité de Secessionc ab Kcclesia romana , deque pace inler erangelicos in negotio religionit instituenda. On dit qu'il traita plus amplement ce sujet dans un livre intitulé Irenieon ; mais nous doutons qu'il existe un pareil ouvrage de lui sous ce (ilre. Bayle fait riiistoire d'une conférence qu'il eut à Saumur avec le P. Audebert, jésuite, par ordre du cardinal de Richelieu, sur la réunion des catholiques et des réformés ; mais il parait que ce récit est, au moins dans ses détails, une fable de l'invention du fils d'Amyraut, qui avait fourni à Bayle le mémoire sur lequel a été rédigé cet article de son Dictionnaire. Cet habile homme avait l'usage du monde ; il était doux et conciliant. Ces qualités, qui se trouvent rarement chez les théologiens , ne furent pas du goût de tous ceux de son |»rti ; niais elles lui méritèrent, dans les deux communions, l'estime des personnes les plus distinguées, qui eurent toujours pour lui beaucoup de considération, jusqu'à sa mort, arrivée en f 604. Le grand nombre d'écrits sortis de sa plume, tant en français qu'en latin, sur toutes sortes de matières, prouve sa facilité d'écrire dans les deux langues, et des talents très-variés. Ils sont très-rares I aujourd'hui, la pliqurt n'ayant guère été imprimés I
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qu'une fois, et assez peu recherchés, par le peu d'intérêt qu'excitent maintenant lesmaliéres de controverse. On distingue, dans ce nombre, outre ceux dont il a élé fait mention : ^ ° Traité des religion* contre ceux qui les estiment indifférentes ; 2° de l' Elévation de la foi et de l'Abaissement de la raison ; 3° Morale chrétienne, G vol. in-8° ; -1° Traité des songes ; S8 deux volumes contre les millénaires, pour réfuter le sieur de Launay, grand partisan du millénarismc ; 6° Traité de l'état des fidèles après la mort, dédié à sa femme pour la consoler de la perte de leur fille ; T" du Gouvernement de l'Église, dont l'objet est de soutenir l'autorité et la nécessité des synodes , contre les indépendants, qui voulaient que chaque église particulière se gouvernât par ses propres lois, sans aucune subordination à l'autorité des synodes; $" Considérations sur les droits par lesquels la nature a réglé les mariages; 9" Vie de François de la Noue, depuis le commencement «les troubles, en 1560, jusqu'à sa mort , en 1591; l.eyde, 1661, in-40. Le style en est lourd, les réflexions communes ; l'auteur y prodigue à son héros «les louanges exagérées pour les actions les plus ordinaire1* ; mais on doit lui savoir gré d'avoir rédigé, dans un ordre chronologique, les actions d'un guerrier également estimé des deux partis, et donl la vie intéresse tout bon Français. T— D.
AMYTIS, fille d'Astyages , était mariée à Spitamès , dont elle avait deux fils. Cyrus ayant vaincu Aslyages, ce prince s'enfuit à Ecbalane, où son fils et son gendre le cachèrent; mais Cyrus ordonna qu'on les mit à la question, ainsi «pic leurs enfants ; Astyages, voulant leur épargner les tortin-es, se découvrit lui-même ; Cyrus lui donna la liberté , et éjwusa , par la suite , Amytis , dont il eut Cambyse et Tanyoxercès. Ce récit, que j'abrège beaucoup , n'est fondé que sur le rapport de Ctésias , qui se trouve en contradiction avec tous les autres historiens, et qui mérite peu de confiance. C — n.
ANACHARSIS, Scythe de nation, était fils du roi Gnurus et d'une femme grecque : de sorte . qu'avec la langue de son pays, il aj>prit aussi celle d'Homère. Les beautés qu'il y découvrait chaque jour exaltèrent son admiration |iour les peuples qui la parlaient. bientôt , l'àprelé du climat , la rudesse «les munira de ses concitoyens, le déterminèrent a visiter la Grèce. Il quitta les bords du Font-Eu&in, que fréquentaient les nomades auxquels il devait le jour , et se rendit à Athènes , sous l'archontat d'Eucratc, la 1" année de la 47* olympiade (589 ans avant J.-C. ). Toxaris, son compatriote , le présenta à Solon , dont il ne tarda pas à devenir le disciple assidu. La pureté de ses munira, la rectitude de son jugement , la sagacité de son esprit , lui méritèrent l'amitié du législateur d'Athènes, et , par suite, le titre de citoyen. Il cultiva les lettres, les arts, et connut tous les grands hommes contemporains de Solon. Parti d'Athènes, il visita plusieurs autres contrées de la Grèce. A Cyzique, il vit célébrer la fétc de la mère des dieux , et fit vnoi , s'il arrivait dans son pay» sain et sauf, de sacrifier A U déesse avec les mêmes cérémonies. Ce vœu (fut cause de sa i«crtc ; car, ayant voulu l'accomplir dans fat ville
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<f Hyllée, il fut tué d'un coup de flèche par son propre frère Saulius , devenu roi du pays, et <mi ne lui pardonna pas d'avoir préféré les dieux de la Grèce à ceux de Scythic. Anacharsis fut un des hommes les plus vertueux de l'antiquité. L'histoire nous a conservé plusieurs de ses a|K)plithegmes , qui feront aisément connaître son caractère : « La vigne, « disait-il, porte trois fruits ; le premier, de volupté ; « le second , d'ivresse ; le troisième , de repentir. « — Les turpitudes d'un ivrogne sont la meilleure « leçon de tempérance.* Interrogé quel devait être le souverain le plus illustre?» Le plus sage, » répondit-il. — Quelle était la meilleure forme de gouvernement? « Celle où l'on n'admet d'autre distinction que l'éclat « des vertus, et l'opproltrc du vice. » — Le premier, il compara les lois aux toiles d'araignées. — « Chez les «Athéniens, disait-il, ce sont les sages qui discutent, « et les fous qui décident. — Je les admire, ajoutait-il ; « ils usent de petites coupes au commencement du rc- « pas, et de grandes, quand ils sont ivres. » — I n Grec lui reprochait d'être Scythe : « Ma patrie fait a mon déshonneur, répondit-il , et toi , celui de ta « |iatrie. » La vivacité de ses reparties , la force de ses arguments, donnèrent lieu à cette expression proverhiale, un discours scythe. Il écrivit en vers héroïques sur les lois de son pays , sur l'art de la guerre , sur la frugalité. Mais les lettres publiées sous son nom, Paris, 1552, gr. et lat. , in-4", et réimpr. dans les Epistol. grec. , sont apocryphes. Nous avons son portrait dans le Laêrcc de Wcstein, et dans les Antiquités grecques de Gronovius. Chez les anciens, ses images portaient ordinairement cette inscription : Linguam, venlrem, veretrum tontine. L'abbé Barthélcmv a rendu son nom immortel. D. L.
ANACLET ou CLET (Saint), pape. Les anciens biographes distinguaient deux personnes différentes sous ces deux énouciations ; les écrivains modernes, et notamment les auteurs de Y Art de vérifier les dates , n'en admettent plus qu'une , qui a occupé le saint -siège depuis l'an 78 jusqu'en 91. C'est un point historique universellement reconnu aujourd'hui. Anaclct était originaire d'Athènes; les Latins l'ont appelé Clet par abréviation, et de là est venue l'erreur. Il vint à Rome, y fut converti par les apôtres , et associé au saint ministère. St. Pierre lui confia , pendant son absence , le gouvernement de l'Église , conjointement avec St. Lin et St. Clément. 11 succéda au premier, suivant l'opinion des historiens actuels ; les autres le faisaient succéder à St. Clément. L'Eglise latine honore St. Anaclct comme martyr, ce qui signifie seulement qu'il éprouva quelques persécutions |>cndant sa vie; car il ne s'est passé de son temps aucun événement qni prouve qu'il ait terminé sa vie dans les supplices. On a quelques fausses Décrétales sous le nom de ce pape. D— s.
ANACLET, antipape, élu en 1130, après la mort d'Honorius II , par une petite partie des <ardinaux , dont la majorité , quelques jours auparavant, avait choisi Innocent II. Anaclet s'appelait Pierre de Léon, ainsi que son aïeul. Ce dernier,
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juif de naissance, puis converti et baptisé par le pape Léon, était savant, extrêmement riche et trèsconsideré. Son fils, père d' Anaclct, doué des mêmes avantages et de plus grandes qualités , jouit d une grande faveur auprès du pape Pascal II. II servit si bien l'Église romaine dans la querelle des investitures, et par ses armes, et par ses conseils, qu'on lui donna le gouvernement de la tour de Crescencc, ou château St-Ange. Anaclet se destina d'abord aux lettres, et vint étudier en France, où il prit l'habit de l'ordre de Cluny, ce qui donnait , dans ce temps-là, une grande considération. Etant encore très-jeune , il servit d'otage pour le pape entre les mains de l'archevêque de Colosnc. 11 fut rendu , en 1119, au concile de Reims, où il parut, dit Fleur)', « magnifiquement vêtu , mais noir , pale et de si « mauvaise raine, que tous les assistants le trouvaient a plus semblable à un juif, ou a un Sarrasin, qu'à « un chrétien. » Calixte II le fit bientôt cardinal, et l'envoya légat en France, conjointement avec Innocent II, auquel depuis il disputa la tiare. Anaclct, nommé ainsi qu'on vient de le voir , fit tout ce qu'il put pour se maintenir. Il tint Innocent II assiégé dans le palais de Latran, et s'empara de la basilique et du trésor de St-Picrre. Il en fit autant de Ste- Maric-Majeurc , et des autres églises de Rome. Maître de la ville et du territoire, après avoir forcé Innocent II de fuir, il négocia partout pour se faire des appuis et se procurer des suffrages : il donna sa sœur en mariage à Roger, duc de Sicile, auquel il conféra le titre de roi ; ii écrivit à toutes les puissances pour se faire reconnaître. Le schisme s'établit, et la contestation fut longue. Condamné par les conciles de Reims et de Fisc , rejeté par la plus grande partie du clergé de toute la chrétienté , méconnu par tous les souverains, excepté Roger et le duc d'Aquitaine, Anaclet se soutint dans Rome malgré les armes de l'empereur Lotliairc, qui protégeait Innocent II, et dont les troupes victorieuses avaient dépouillé Roger d'une grande partie de ses États. Il mourut à Rome , le 7 janvier 1158, après huit ans d'une élévation contestée Aussitôt après sa mort, ses frères reconnurent Innocent II, et le schisme cessa. Voltaire l'appelle le pape juif, quoiqu'il n'ait été, véritablement, ni l'un ni l'autre. Anaclet a été fortement décrié par St. Rernard, et surtout par Arnoul, archidiacre de Sécz, dans un traité adressé à Geoffroy , légat du pape Innocent. Arnold reproche à Pierre de Léon le vice de sa naissance , les usures de ses parents, l'infamie de sa jeunesse, son luxe, sa profusion , ses débauches , et enfin un commerce incestueux avec sa sœur. {Voy. Fleury, Hist. eccl. ) Toutes ces accusations ont un caractère d'animosité qui peut y faire soupçonner de l'exagération. Fleury dit simplement que telle était alors la réputation d' Anaclet. ( Foy. Innocent IL) D— s. ANACOANA. Voyez Ovanoo.
ANACRÉON naquit à Téos, en lonic; il vivait vers la 71'ct la 72» olympiade (Pan 530 avant J.-C.) ; voilà tout ce qu'on sait de certain sur son compte. On croit que Polycrate, tyran dcSamos , l'attira à sa cour , et lui accorda son amitié et ses laveurs. Le voluptueux
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