‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 114 sur 129 · M ANA · texte numérisé non relu

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Amcréon , se couronnant de roses, cliantait l'amour, s'enivrait, et l'inquiétait peu des biens de la fortune. On prétend même qu'ayant reçu de Polycrale une somme assez considérable, il ne put passer qu'une nuit avec un bote si dangereux, et alla, le lendemain, rei>orter l'argent au tyran, en le conjurant de lui rendre ses chansons et sa gaieté. Cette anecdote a probablement fourni à la Fontaine la fuble intitulée : le Savetier et le Financier. Après la mort de Polycrate, Anacréon alla a Athènes ; et llipparque, qui y commandait, envoya à sa rencontre une galère armée de cinquante rames. Lacbute d'Iiipparque chassa d'Athènes noue |>oèïe, qui probablement retourna alors à Téos; car il s'y trouvait lorsqu'Histiéc lit révolter l'Ionie contre Darius. Justement alarmé des suites que devait avoir celte rébellion, le chantre des amours et du vin se retira à Abdére, où il conduisit gaiement sa carrière jusqu'à 85 ans. Il mourut étranglé , dit-on , par un pépin de raisin :

Ainsi finirent ses Itc.iux jours, Évanouis ilans In mollesse :

El son nom, qui vivra sans cesse, Fui déposé par la Paresse Dans les annales des amours.

Téos honora sa mémoire , et sa statue fut placée à Coté «le celles de Périclès etdcXautippc. Nous avons d'Anaeréon des odes Inehiqueset erotiques; ce sont presque autant de modèles achevés, dans un genre qui a gardé le nom du vieillard de Téos ; mais, tout en rendant justice a ses talents , il serait à désirer que la postérité n'eut aucun reproche à faire aux mœurs d'Anaeréon. Malheureusement, les noms de [ Ralhylle, de Sinerdias et de Cléobule, devenus désormais inséparables de celui d'Anaeréon , n'attestent que trop la dépravation «le ses mœurs et la licence de ses chants. Indépendamment de ses odes, Ann- \ crêon avait composé un assez grand nombre d'ouvrages, dont quel q ncs-u ns sont nommés ptr Suidas, et d'autres cites avec éloge par Athénée ; mais il ne nous reste de tout cela que quelques fragments, qui prouvent que ce |KX*te ingénieux et facile ne sciait guère exercé que sur des malières érotiques. Dans ce qui nous est itarvenu de lui , tout respire l'enjouement et la mollesse ; ce n'est point un auteur qui écrit, c'est un convive aimable qui s'almndonne à la gaieté de sa verve. Les œuvres d'Anaeréon parurent , |iour la première fois ( Pari» , 1554), par les soins de Henri Ivstienne , qui trouva l'ode IIe sur la couverture d'un vieux livre. On ne connaissait jusque-là d'Anaeréon que ce qu'Aulu- Gelle et Y Anthologie en avaient conservé. L"n hasard heureux ayant procuré à ce même éditeur deux manuscrits d'Anaeréon , il les conféra soigneusement, et publia l'édition (nie je viens d'annoncer, avec quelques fragments d Aleée. et deux odes de Sapho : les deux manuscrits qui guidèrent Henri Julienne, les seuls que l'on ail longtemps connus d'Anaeréon , ne nous ont jkis été conservés. Henri étant tombé, sur la fin de sa vie , dans une espèce d'aliénation d'esprit, les laissa périr, avec beaucoup d'autres, qu'il ne communiquait à personne , pas même au

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savant Casaubon , son gendre Aussi celle édition princeps fut-elle reçue bien diversement de la plupart des ci in lits : les uns l'accueillirent avec transport, les autres en suspectèrent l'authenticité, et s'obstinèrent à ne reconnaître pour poésies d'Anaeréon que celles dont ils trouvaient les vestiges dans les anciens auteurs. Tannegui-Lefèvrc contesta, le premier, daus des notes savantes, l'antiquité d'un grand nombre d'odes (Sauuiur, 1660 ); la célèbre madame Dacier, sa tille, publia ces notes ( l'aria, 46X2, et Amst. , 1693, 1600 et 1716), avec une version française et des notes , et l.oogepicrre , avec une traduction en vers français. I.c Bouthilier de Rance. devenu si fameux depuis, comme ablw de laTraj»- |te, était à |>einc ;'igé de treize ans, lorsqu'il donna son édition d'Anarréon , avec les scolics grecques , dédié au cardinal de Richelieu , son parrain ( Paris, 1639 et 1647 ). Baxter donna , en 16%. une édition réimprimée a Londres, 1710, in-8*. Uien n'égale la témérité avec laquelle il change , corrige et mutile le texle, jusqu'alors respecté, de Henri Kstienne. Barnése réfuta Baxter, dans l'édition qu'il donna ( Cambridge , 1705), d'après un manuscrit du Vatican , et les conjectures de Scalîger , Saumaise et Dan. Ileinsius. Enfin, parut celle de Maiuaire( Londres, 1725, in-4° ) , celle de Corn, de Paw ( Ltrecbt, 4732, in-4° ), remarquable |iar la hardiesse des conjectures que l'éditeur propose de suUtiluer aux anciennes leçons. Il fut comidélentcut réfuté par le savant Dorville. Aidé de tant de secours, et éclairé par tnul «le fautes, Fischer publia cnliii ( I.ripsick, 4776, cl réimp. en 1793, in-K°), une édition d'Anaeréon , bien supérieure , sous tous les rapports , à celles «pie je viens de citer; ce «pii n'vuqxVlw |ws Brunck d'en donner une autre (Strasbourg, 1778), avec des ol*oi valions critiques, et uue révision exacte de tout le texte grec , d'après les manuscrits et les remarques des éditeurs précédents. Celle jolie édition a été surpassée par celle de l'abbé Spalelli ( Borne, 1781), qui, en faisant graver le texle d'après le manuscrit du Vatican , en lit plutôt un objet de luxe et un monument de curiosité ly|K>graphi«pic, qu'un ouvrage d'une utilité vraiment littéraire. On en peut dire aulantde la iuagniii<iue édition de Parme (Bodoni, 1785). Brunck donna, à Strasbourg, en I786,in-I6, une seconde édition de son Anacréon , d'après le manuscrit du Valœan. C'est celle édition qui est le plus généralement estimée. Beaucoup de traducteurs se sont exercés sur Anacréon ; il est |»cu de îmèies français qui n'aient imité (|uelqu'unc de ses pièces. Régnier Desmarais , la Fontaine , Mulot et beaucoup d'autres, MM. Roman, Millcvoyc, Tissot, etc., en ont imité quelques-unes. \ «>ici l'indication des traductions entières, outre celles de madame Itacicr et de Ijongepicrrc , dont nous avons déjà parlé : 1" Gilet d'Anaeréon, traduites en vers, par Rend Belleau, Paris, 1550, 1571, pc;it in- 12, et dans les Œuvres de Helleuu, 1578, ou 1585, in-12 2° Traduction nouvelle des Odes d'Anaeréon, sur l'original grec, par la Fosse, arec des remarques et autres ouvrages du traducteur, 1704, in - 12. 3" Les Odes d'Anaeréon et de Sapho, traduites tn vers fronçai*,

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