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la royauté, ils le conduisirent à Alexandre. Ce prince , qui distingua en lui un esprit digne de son origine , se retourna vers ceux de sa suite et dit : « Je désirerais savoir comment il a supporté sa « pauvreté. — Fasse le ciel , répondit le nouveau « roi, que je puisse supporter aussi bien ma pros- « périté ! Ces mains ont fourni à tous mes besoins, « et ne possédant rien , je ne manquais de rien. » Alexandre fut si charmé de cette réponse, qu'il confirma la nomination faite par Éphestion, donna à Abdolonyme le palais et les biens particuliers de Straton , son prédécesseur, et même augmenta ses possessions d une partie du territoire voisin. C'est ainsi que Quinte-Curce et Justin rapportent cette histoire : mais Diodore , qui appelle ce personnage Balloninms , dit qu'il fut fait roi de Tyr; et Plutarque, qui le nomme Alonyme , le fait roi de Paphos. Il est probable que ce récit est fondé sur quelque vérité, quoique Quinte-Curce paraisse l'avoir orné, selon son usage, de circonstances fabuleuses. L'histoire d' Abdolonyme a fourni a Fontenelle le sujet 4'une comédie d'où Pleinchesne a tiré un opéraoomique , joué au Théâtre-Italien en 1768. Uelille en a fait aussi un bel épisode de son poème des
Jardins. C—tt.
t ABDON, 10* juge du peuple hébreu, de la tribu d'Éphraïin, succéda À Ahialon, l'an 4101 avant J.-C.; jugea Israël pendant huit ans, et fut enterré à Fharatun, dans la terre d'Éphraïm. 11 laissa quarante bis et trente petits-fils, que l'Écriture représente montés sur soixantedix ànons : c'était, chez les anciens Israélites, la monture des personnages distingués. Il y eut encore trois autres Abdon. Le dernier dont il est parlé dans l'Écriture était lils de Micha, et, vivait du temps de Josias, à l'époque où le livre de la loi fut trouvé dans le temple. Josias envoya le fjls de Micha vers la pmphétesse Holda, pour la consulter sur ce livre. C— t.
ABDOIL-RERYM, fils de Kliodjab, ou maître A'agib'en-Mahhmoud , et petit-fils de Mohhammed Bolaqy, était un personnage très-distingué, originaire du pays de Cachemir. Lorsque Nadir-Scbah fit son invasion dans l'Inde, au commencement de l'année 1738, Abdoul-Kcrym demeurait à iJehli , qui eut le bonheur d'échapper au carnage que les Persans firent dans cette ville. Ayant trouvé accès auprès du garde des archives de Nadir, celui-ci le présenta à son maitre, et le fit recevoir au nombre dos commensaux de la maison impériale. Il suivit donc l'armée victorieuse, à son retour en l'erse, et visita, en passant par Kaboul, le tombeau de son aïeul maternel. Arrivé à Cazwyn, il obtint de Nadir la permission de faire le pèlerinage de la Mecque. C'était le principal motif qui l'avait déterminé à quitter l'Iude, et à suivre l'armée victorieuse. 11 partit donc le 16 du mois de rebyi 2*, 1154 ( 4 juin 1741 ), avec A'iouy, célèbre médecin, fil ses dévotions à Médine et à la Mecque, s'embarqua ensuite à l)jeddah, altorda à Mascat, de là à Pondirhéry, et arriva à Dchli le SI juillet 17 43, après plus de quatre années d'absence. Abdoul-Kcrym a écrit ses Mémoires en persan, sous le titre de Btyoni Ouaqi (Éclaircissc-
ABD
ment nécessaire); ils contiennent des détails très-circonstanciés sur les opérations militaires et la vie de Nadir-Schah, la relation de son pèlerinage, et un précis curieux des événements politiques de Fin— doustan vers la lin du règne de Moliammed-âcliab, et au commencement de celui d'Ahmed-Schah. Ces Mémoires ont été traduits en anglais, Calcutta, 4788, 4 vol. in-* pur Gladwin, qui a cru devoir supprimer tout ce qui concernait Nadir-Schah avant son retour de l'indooslan. En effet , celte portion de l'histoire du conquérant a été |iarfaitement décrite par le myrza Mehdy. On trouve au bas des pages de ce volume les noms orientaux de personnes et de lieux écrits en très-beaux caractères taalyc. Fai extrait des Mémoires d'Abdoul-kerym la relation de son pèlerinage à la Mecque ; elle forme le premier volume de ma Collection portative de* Yoyaget, traduite de différentes langues orieulales et européennes, Paris, 4707 et années suiv., in-18, 5 vol. et un atlas. L — s.
ABDODL-RAIIHYM, le Kluun Khanan, était un des personnages les plus recommandables de l'empire mogol, tant par la distinction de sa naissance que par ses talents politiques el son immense érudition. Il rendit d'importants services à l'empereur Akbar dans différentes négociations. Le même souverain cl»argea ce savant île traduire en persan les Commentaires que l'empereur Balwatr avait composés en langue torque, c'est-à-dire ta tare, et, proprement, oigoure. La bibliothèque ro>ale possède un exemplaire de cette intéressante traduction |iersane, intitulée Ouaqa'ti Babour ( Actions de Babour ). J'y ai puisé d'excellents et nombreux matériaux pour mon ouvrage sur l'Indoustan. Abdoul-Rahbym était également très-versé dans les langues arabe el indoue , et |iassait , avec raison, pour un excellent poète. Il mourut à Dehli en l'an de l'hégire 4036 ( 4627-8 de J.-C. ), dans la 72- année de son âge. Voy. Babour. L— s.
ABDI L-HAMII). sultan, le dernier des cinq fils d'Àelimet 111, parvint a l'empire en 1774, après la mort de son frère ainé. Mustapha III. Il était né le 20 mai 4725. Tiré de prison pour monter sur le trùne, dans un âge qui louchait à ta vieillesse, il n'y porta ni courage ni activité. Agé de cinquante ans, il en avait passé quarante-quatre dans le vieux sérail, où son occupation était de faire des arcs el des flèches. 11 s'en fallait de beaucoup qu'un tel caractère convint aux circonstances difficiles oit le sort le faisait régner; et jamais l'empire ottoman n'éprouva plus d'humiliations. Mustapha 111 avait commencé les préparatifs de la guerre contre la Russie; son successeur, ami delà paix, mais jaloux de l'honneur de son trône, ordonna des préparatifs immenses: ses armées, sous les ordres du grand vizir Mussum- Oglou, furent portées à 400,600 combattants; mais la discipline el la valeur des Russes triomphèrent partout du nombre et de l'ignorance de leurs ennemis. Iax Turcs, déjà battus par les généraux Soltikow, Kamen.sk y etSuwarow, furent enfermés dans leur camp de Schumla, par les manœuvres savantes du feld-maréchal Romanxow, et le vizir, séparé de
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ses détacliements et de ses magasins, ne pouvant ni |
se retirer, ni combattre, ni recevoir des secours, se rit réduit à demander la paix. Les préliminaires furent signés à Kainardji, sur un tambour, par le feld-maréchal Romanzow et le lieutenant du grand vizir, Mussum-Oglou feignant d'être malade, pour éviter la ttonte de se trouver en présence de son vainqueur. Ce traité fut conclu dans le mois de juillet 1774. La Porte reconnut l'indépendance des petits Tatars , et toutes les mers de l'empire ottoman furent ouvertes au commerce russe. Tant d'avantages n'empêchèrent pas le cabinet de Pélersbourg de faire, pendant plusieurs années, une guerre sourde au malheureux Abdul-Hamid. Ses généraux envahirent la Crimée , et le divan , consterné , souiïrait , sans se plaindre, leurs empiétements frauduleux, et osait à peine murmurer contre cette agression publique. Abdul-Hamid voyait la décadence de son empire ; il en gémissait, et ne pouvait la prévenir ni l'arrêter. Enlin, en 1787, excité par les conseils et les promesses de l'Angleterre, il déclara de nouveau la guerre à la Russie ; mais il était trop tard : la Crimée était déjà mise au rang des provinces de Catherine. En vain le roi de Suède, Gustave III, fit en faveur des Ottomans une diversion puissante ; les armées turques ne combattirent pas sans honneur contre celles de l'Autriche, que l'empereur Joseph Il avait réunies aux forces de Catherine ; mais la fortune et l'audace du prince Poleinkim ( roy. ce nom) rendirent ces premiers succès inutiles. Toutes les provinces turques au delà du Danube furent conquises; Choczim et Oczakoff tombèrent au pouvoir des Russes, et l'Orient parut menacé d'une grande révolution. Abdul-Hamid mourut le 7 avril 478», au milieu des préparatifs d'une nouvelle campagne, laissant à son neveu, Sélim, lils de Mustapha III, un empire affaibli par des pertes irréparables, des ministres lâches et corrompus, des paclias révoltés, des armées sans discipline, des généraux sans talents et sans expérience. C'est avec ces moyens et sous ces tristes auspices que ce jeune prince monta sur le trône, pour en être précipité, seize ans après, par une catastrophe encore plus funeste. E— n.
ABEILLE (Gaspard), né à Riez, en Provence, vers l'an 1648, vint de bonne heure â Paris, et fut introduit chez le maréclial de Luxembourg, qui, ayant goûté son esprit, se l'attacha en qualité de secrétaire. L'abbé Abeille fut aussi recherché du duc de Vendôme , le prince de Conti l'estimait beaucoup, et remmenait souvent à l'Isle-Adam. Il plaisait à ces deux princes par sa conversation vive et animée, par le tour piquant qu'il donnait aux bons mots les plus communs. Un visage fort laid et plein de rides, qu'il arrangeait comme il voulait, lui tenait lieu de différents masques. Quand il lisait une comédie ou un conte, il se servait fort plaisamment de cette physionomie mobile pour faire distinguer les différents interlocuteurs. Reçu à l'Académie française, le 1 1 août 1704, à la place de Charles Boileau, abbé de Beaulieu, Abeille mt ensuite nommé secrétaire général de la province de Normandie. Il était prieur de
Notre-Dame de la Merci, et mourut à Paris le 22 mai 1718. Quoique engagé dans l'état ecclésiastique, il ne crut pas apostasier en travaillant pour le théâtre, et ileomposa: i'Argélie.retntdr Thenalie, tragédie en 5 actes et en vers, représentée en 1 673, imprimée en 1674, in-12, et d'abord attribuée au P. de la Rue. 2° Coriolan, tragédie, représentée el imprimée en 1676, in-12. Cette pièce eut dix-sept représentations. D'après une tradition populaire, appuyée sur un passage du Recueil des pièces fugilive$ d'histoire et de littérature anciennes et moderne», par Fladiat de St-Sauveur, on a très-souvent répété que l'un des personnages de Coriolan, étant resté court après avoir dit ce vers:
Vous souvienMl, ma soeur, du feu roi notre père?
un rieur du parterre répondit par celui-ci dd prince Jodelet :
Ma fol, s'il m'en souvient, H ne m'en souvient guère.
Titon du Tillet et le P. Nicéron citent cette anecdote à pro|>os d'Argélie. Mais le vers qui fait le fonds de celte plaisanterie ne se trouve ni dans Coriolan ni dans Ârgêlie. Olivier, de l'Académie de Marseille, n'en fit pas moins cette épitaphe assez mordante :
O-glt un anteur peu fêté, Qui crut aller tout droit a l'immortalité; Mais sa gloire el sou corps n'ont qu'une même bière;
El quand Abeille ou nommera,
Daine postérité dira :
Ma foi, s'il m'en souvient, il ne m'en sourient guère.
5° Lyncée (1), tragédie représentée en 1678, imprimée en 1681 à la Haye. Cette édition, la seule qu'un connaisse, est très -incorrecte. L'abbé Abeille, cédant aux suggestions de quelques personnes scrupuleuses, ne mit plus son nom aux autres ouvrages qu'il composa pour le théâtre. Ce fut sous le nom de la Thuilerie qu'il donna Hercule, tragédie, jouée et imprimée en 1681; et Soliman, tragédie, jouée en 1680. (Yoy. La Thuilbrie.) La comédie de Crispin bel-esprit, qu'on trouve dans les œuvres de ce dernier, est attribuée par quelques personnes à l'abbé Abeille, qui a aussi composé Silanus et la Mort de Caton , tragédies. Ces dernières pièces ne sont pas imprimées. L'abbé Abeille a publié en différentes occasions des épitres sur f Amitié. 1704 ; «r f Espérance, 17(r7; lur le Bonheur, 1713; et des odes sur la Constance ou Fermeté de courage, 1708; sur la Valeur, 1714; **r Us Science», 1714; sur ta Prudence, 1713 ; sur les Stoïciens, C'est a l'occasion de l'ode sur la Constance que l'indolent et spirituel Chaulieu fit l'épigranune suivante, qui courut alors tous les salons:
Est-ce Saint-Aulatre ou Touretllé, Ou tous deux qui vous ont appris Que, dans l'ode, seigneur Abeille, Indifféremment on ait pris
(I) On trouve l'extrait de /.m. H dans le t. 9 de Ytt'uttir* dm Thettire-Françait , vol. in-«. C'est nne plerc anssi Méprisable par la bisseie des pensées que par 1rs defanU de la verilltaUoa. Elle fut jouée eu le théâtre de I notel de Boertof ne. C.-T.-^r,
Patience, vertu, constance f ^
Apprenez cependant comme on parle à Paris : Votre longue persévérance A nous donner de mauvais vers, C'est ce qu'on appelle constance Et, dans ceux qui les ont soufferts, Cela s'appelle patience.
L'abbé Abeille avait aussi composé deux opéras, Hésione et Ariane ; ces ouvrages, que Quinault aurait pu lui envier, si l'on en croit M. de Sacy, n'ont pas vu le jour. Il a eu part à la traduction de Justin par Ferrière, dont la 1 " édition est de 1 695. Son discours de réception à l'Académie française, 1704, est sagement écrit; on peut le ranger parmi les meilleurs du genre, bien qu'il soit dépourvu d'élévation et de traits brillants. Son successeur à l'Académie, l'abbé Mongault, a lait son éloge. On le trouve aussi dans le tome 5 de l'Histoire des membres de PAcadémie française par d'Alembert. Cet écrivain y rapporte contre Abeille une autre épigramme, attribuée 4 Racine, et qui parait être de Faydit. Le style de l'abbé Abeille est presque toujours lâche et languissant. Tous ses ouvrages de circonstance se trouvent dans les recueils de l'Académie française. A — H— T.
ABEILLE (Scipion), frère du précédent, né dans la même ville , cultiva la poésie avec quelque succès , mais il dirigea principalement ses études vers l'art de guérir. 11 Ut deux campagnes en Allemagne, en qualité de chirurgien-major du régiment de Picardie, et mourut à Paris le 9 décembre 1697 . On a de lui des ouvrages aujourd'hui peu dignes d'attention, f • Histoire nouvelle des os, selon les anciens et les modernes, enrichie de vers, 1685, in-12; 2° Anatomie de la téte et de ses parties, 1689 et1696,in-12; 5» Chapitre singulier tiré de Guidon, 1689 et 1695, in-12; 4' Traité des plaies d'arquebusade, 169 >, in-12*; S* le Parfait Chirurgien d'armée, 1696. A la suite de ce dernier, on trouve les trois ouvrages précédents. —Abeille, son fils, embrassa la profession de comédien, et l'exerça en province, où il est mort. Il donna, en 1712, la Fille Valet, comédie en trois actes et en vers, non imprimée, et qui eut sept représentations; on attribue aussi cette pièce à l'abbé Gaspard Abeille, son oncle. Il avait composé une petite comédie intitulée : Crispin jaloux, qui n'a pas été représentée. A— B-T.
ABEILLE (Louis-Paul ), né à Toulon, le 2 juin 1719, fut membre de la Société d'agriculture de Paris, et successivement inspecteur général des manufactures de France et secrétaire général du conseil du bureau du commerce. Il mourut à Paris, le 28 juillet 1807. On a de lui : 1° Corpi d'observations de la Société d'agriculture, de commerce et des arts, établi* par les états de Bretagne, Rennes, 1760 et 1762, 2 vol. in-8° et in-12; 2» Principes sur la liberté du commerce des grains , 4768 , in-8°. Il a eu part , avec quelques-uns de ses confrères , à la rédaction des Observations de la Société d'agriculture de Paris, sur l'uniformité des poids et mesures, 1790, ia-8»>etc.>ctaété éditeur des Obserrationt de Ma-
lesherbes *ur l'Histoire naturelle de Buffon , 4796 ,
2 vol. in-8* et in-4» (I). A-B-T.
ABEL, 2* fils d'Adam, était, selon l'opinion commune, et d'après l'historien Joséphe, frère jumeau de Caïn. Plusieurs le font naître un an après son frère, c'est-à-dire la 2« année du monde ; d'autres lui donnent quinze ans, et quelques-uns enfin trente ans de moins. Caïn était laboureur, et Abel se livrait à la vie pastorale. Tous deux offraient des présents au Seigneur: Caïn, les prémices de ses fruits; et Abel, lespremiers-nésde son troupeau. Dieu témoigna qu'il agréait les offrandes d' Abel, et qu'il rejetait celles de son frère. Celui-ci , consumé d'envie , invita Abel à sortir, et le tua au milieu des champs. Le sang innocent de ce juste cria vers le ciel, et le Seigneur demanda à Caïn ce qu'était devenu Abel. Il répondit : « Suis-je le gardien de mon frère? » L'Église cite souvent le sacrifice d'Abel comme le modèle d'un sacrifice saint, pur, désintéressé; c'est particulièrement dans le Canon de la messe : Sicut accepta habere dignatus es munera pueri lui justi Abel. Plusieurs Pères de l'Église ont cru qu'Abel était mort sans avoir été marié; et c'est sans doute cette opinion qui a donné lieu à une secte d'héré. tiques qui s'éleva aux environs d'Hippone en Afrique, sous les règnes d'Arcadius et d'Honorius , et qui prit, du nom d'Abel, celui d'Abélites ou d'Abélonites. Cette hérésie consistait à condamner l'usage du mariage. Au rapport de quelques voyageurs , on montre, à 16 milles de Damas, un tombeau que l'on dit éïre celui d'Abel ; et St. Jérôme assure que, de son temps, la tradition constante des Hébreux était qu'Abel avait été tué dans la contrée qui environne Damas. Mais on sait quel est le goût des peuples de l'Orient pour les monuments qui semblent les reporter jusqu'aux premiers temps du monde. Ce que nous savons de plus positif au sujet d'Abel , c'est que sa mémoire a toujours été en grande vénération. St. Paul dit de ce patriarche (jue son sang parle encore après sa mort. Jésus-Cbrist lui-même le qualifie du nom de Juste; et son sacrifice est loué dans l'Eglise comme ceux de Melchisedech et d'Abraham. Tout le monde connaît la Mort d'Abel, poème par Gessncr. Legouvé a donné sur ce même sujet une tragédie en trois actes. C— T.
ABEL, roi de Danemark, 2* fils de Waldemar II, eut en partage le duché de Sleswick ou le Jutland méridional ; mais le troue étant échu , en 1244, à Éric, son frère aîné, l'ambition divisa bientôt ces deux princes. Abel fit une étroite alliance avec Adolplie de Holstein, dont il avait épousé la fille, nommée Mechtilde. Se voyant appuyé, il déclara la guerre à son frère, et soutint ses autres frères dans leur rébellion contre Eric. Ce monarque, successivement vainqueur de tous ses rivaux , força Abel à demander la paix et à se reconnaître son vassal. Peu après, en 1250, les comtes de Holstein ayant refusé de restituer à la couronne la ville de Rend-
(I) On trouve, dan» le t. « des Mtmoira ielcSocUlt
sborg , Éric marcha contre eux ; comme il passait par le duché du Jutland méridional, A 1*1, qui avait formé le plus horrible dessein , l'invite à un repas près de Sleswick, comme pour resserrer les nonids de l'amitié : au repos succèdent des jeux et des fêtes; les deux frères se mettent à jouer aux échecs, jeu favori des Scandinaves. Tout à coup Abel dit au roi, son frère : « Te souvient-il quand tu livrais au pilai lage la ville de Sleswick ? Te rappelles-tu avoir « forcé ma fille à se sauver mi-pieds au milieu des « filles du peuple ? » Éric répondit : « Soyez con- « tent, mon cher frère, j'ai, Dieu merci, de quoi lui
• payer ses souliers. — Non, réplique Abel, d'une « voix de tonnerre, tu ne seras plus dans le cas de
• le faire. » Éric est aussitôt chargé de fers et jeté dans un bateau, sur la rivière de Sley, où il est livré à un Danois nommé Gudmundson,autrefoisexilé par ses ordres, qui le décapita, et jeta son corps dans la rivière. Pour voiler son crime, Abel témoigna en public la plus vive douleur. Cet artifice réussit, et tout le Danemark crut Abel innocent du meurtre de son frère, meurtre découvert par le corps déchiré du roi que les vagues avaient jeté sur le rivage. D'ailleurs, six nobles holstenois affirmèrent par serment qu'Abel n'était point coupable de la mort de son frère, occasionnée, suivant ces faux témoins, par une chute accidentelle. Le malheureux Éric ne laissait pas d'enfants mâles, et les états de Danemark, pour ne point s'écarter de la coutume établie, élurent pour souverain, en 4250, le fratricide Abel. Ce prince obtint les suffrages de la nation, en accordant aux élats plus de pouvoir qu'ils n'en avaient eu sous les règnes précédents ; mais , ayant voulu maintenir une taxe extraordinaire établie par son frère, les Frisons se révoltèrent; il marcha contre eux et les défit en 1252. Le lendemain de la bataille, les rebelles revinrent à la charge, attaquèrent le roi dans son camp , mirent son armée en déroute et le tuèrent. Aussi fourbe qu'inhumain, Abel avait eu Part de cacher sa cruauté sous une apparence d'humanité. Son frère, Christophe I", lui succéda. M— B— M.
ABEL ( Gaspard )r prédicateur à Westdorf, dans la principauté d'Halberstadt, né à Hindenburg en 1676, mort a Westdorf, en 1763, fit ses études à l'université de HelmsUrdt, et fut successivement recteur à Osterburg et à Halberstadt. C'était un savant antiquaire : ses Antiquités allemandes , saxonnes , hébraïques et grecques en sont la preuve. Outre ces grands ouvrages, il a écrit : Historia monarehiarum orbit antiqui ( Leipsick, 1715, in-8°), et plusieurs dissertations et traités particuliers. Il était aussi poète , et il a traduit en vers allemands les Héroïdes d'Ovide et les Satires de Boileau. G— t.
ABEL ( Frédéric Gon ) , fils du précédent, médecin à Halberstadt, où il naquit le 8 juillet 1714, et mourut le 23 novembre 1704. Après avoir reçu une éducation classique à Halberstadt et à Wolfenbuttel, il étudia dans la première de ces deux villes la théologie, sous Mosheim, en 1731, et, un an après, se rendit à Halle, où il assista aux discours publics de Wolf et de Baumgarten. et prêcha sou-
vent avec beaucoup de succès. Malgré l'espérance bien fondée qu'U avait de remplacer, dans sa ville natale, le chef del'école de St.-Jean, il quitta l'état ecclésiastique après quelques années, par la crainte de se priver de la faculté de professer librement ses opinions, et de se voir forcé de faire violence à l'extrême franchise et à la loyauté parfaite qui le distinguaient; mais l'état qu'il embrassa lui offrit un écueil d'un autre genre. Quoique praticien zélé et heureux pendant près de cinquante ans, il n'avait aucune confiance dans les moyens de la médecine, et ne cessait de répéter que cette science manque tout a fait de principes solides; que l'organisation humaine, comme il s'en était convaincu par la dissection d'un grand nombre de cadavres, variait tellement d'individu à individu, qu'on ne pouvait jamais être certain de l'effet des remèdes. On a de lui Disserlatio de stimulanlium meckanica operandi ratione, et une traduction allemande de Juvénal en vers métriques, qui est plus remarquable i«r la fidélité que par l'élégance. Cette traduction avait été faite dans sa jeunesse, par le conseil de son ami Gleim; il la retoucha peu d'années avant sa mort, et la publia en 1788. 11 avait l'intention de corriger et de publier une autre traduction du Remedium amoris d'Ovide, composée également dans un âge peu avancé, et de s'essayer sur les satires de Perse ; mais l'âge et d'autres occupations l'en empêchèrent. Abel se maria en 1744, et laissa trois filles et deux fils, dont l'un, Jean Abel, médecin à Dusseldorf, s'est fait un nom comme écrivain. S — h.
ABEL (Charles-Frédéric ), musicien célèbre, né à Coethen, en 1710, fut élève de Sébastien Bach, et, pendant près de dix ans, attaclié à la troupe du roi de Pologne, à Dresde. Mais les malheurs de la guerre ayant réduit cette cour a une rigoureuse économie, il quitta Dresde en 1738, et parcourut successivement, dans un état voisin de la détresse, plusieurs des petites capitales de l'Allemagne; enfin, l'année suivante, il arriva en Angleterre, où il trouva bientôt à tirer parti de ses talents, Le duc (TYork devint son protecteur, et lorsqu'on forma la troupe de la reine, il y fut compris avec des appointements de 200 livres sterling par an, et devint directeur de la chapelle de cette princesse. Abel était moins renommé pour la composition que pour l'exécution ; cependant ses morceaux furent très-répandus et souvent joués dans les fêtes publiques. Il passait pour le plus liabile violon de son temps { viola da gamba J. On a de lui vingt-sept enivres gravées à Londres, et publiées, depuis 1760 jusqu'en 1784,en Angleterre, & Paris, à Berlin et à Amsterdam. Quoique d'un caractère irascible et emporté, il était bien vu dans la société. Son principal défaut était la passion du vin, qui probablement abrégea ses jours. Il mourut à Londres, le 22 juin 1787, à la suite d'une espèce de léthargie qui dura trois jours. G— t.
ABEL ( chevalier n' ), baron de Woelworth, et conseiller de légation du duc de Wurtemberg, fut nommé ministre plénipotentiaire pour conclure, entre ce prince et la république française, le traité de paix qui fut signé à Paris, le 7 août 1796 120 thertui-
dor an 4 ) . Les articles secrets de ce traité, par lesquels le duc s'engageait, à l'exemple de la Prusse, à favoriser, moyennant des indemnités, les projets de sécularisation conçus par la France, furent trouvés et publiés après la dissolution sanglante du congrès de Rastadl; et l'on attribua à la connaissance de celte partie du traité les marques de malveillance que ce prince reçut de l'empereur. M. d'Abel résida ensuite fort longtemps à Paris comme ministre des villes libres d'Allemagne, et il mourut dans cette capitale à l'âge de 72 ans, le 40 septembre 1825. M— D j.
ABEL (Clark ), médecin et voyageur anglais, fut attaché à l'ambassade de lord Amberst, que le gouvernement britannique envoya à la Chine en 4816. Les vaisseaux partirent de Spithead le 9 février. Lord Atnherst et sa suite débarquèrent à l'embouchure du Pei-Ho, le 9 août. On sait que, parvenue, le 29, à Yuen-Min-Yuen, où l'empereur résidait, l'ambassade fut obligée de repartir sur-leehamp, à cause du refus de se conformer au cérémonial chinois, et qu'elle alla ensuite par les rivières et les canaux jusqu'à Canton, où elle entra le i" janvier 1817. Lord Amlierst monta, le 20, sur le vaisseau l'Alceite que commandait le capitaine Maxwell. On fit voile d'abord pour Manille, on l'on arriva le 5 février. Le 18, l'Alce$te. en passant le détroit de Gaspar, entre les lies Bancaet Billiton, toucha sur un récif de rocher que la mer cachait, et y périt. Tout le monde put se sauver sur le Poulo-Lit, petite Ile voisine; le lendemain, l'ambassadeur et toutes les personnes appartenant à la légation s'embarquèrent sur la chaloupe et le canot du vaisseau, qui les conduisirent à Batavia en quatre jours. On quitta ce port le 12 avril, sur le César. Ce bâtiment ayant, suivant l'usage, relâché à Ste- Hélène, Abel fut présenté à Bonaparte, qui, entre autres questions, lui demanda s'il avait fait beaucoup de découvertes qui [tussent ajouter à nos connaissances en histoire naturelle. Le 47 août, on fut de retour en Angleterre. Abel s'occupa de la publication de ses observations; la compagnie des Indes l'ayant ensuite nommé chirurgien du gouvernement général de l'Inde, il passa plusieurs années à Calcutta. 11 étudiait les productions naturelles du pays, et se disposait à parcourir les provinces supérieures de l'Indoustan baignées par le Gange, lorsqu'il mourut, le 20 décembre 1820, dans un âge peu avancé. On a de lui : 1° Relation d'un voyage dansâ' intérieur de la Chine, et de la traver~ tèe pour y aller et pour en revenir, dam les années 1810 et 1817, contenant un récit des événements les plus importants de l'ambassade de lord Amherst à la cour de l'éking , rf des observations sur les pays qu'elles a visitée, Londres, 1818, în-4\ cartes et ligures. Dm nialadic grave et longue fut cause qu'Abel ne put, à l'époque la [dus intéressante du voyage, poursuivre ses observations avec le soin qu'il comptait y apporter, et l'empêcha de se procurer tous les renseignements désirables sur l'état «les sciences naturelles en Chine. Ensuite le naufrage de l'Alccste anéantit presque entièrement les matériaux qu'il avait recueillis. Ce fut à l'aide du peu qui lui resta
qu'il put suppléer, mais bien faiblement, à la perte
qu'il avait faite. Son Uvre est néanmoins celui qui donne les notions les plus exactes sur les productions naturelles du céleste empire. On y remarque aussi son essai sur la géologie du cap de Bonne- Espérance, et des détails curieux sur les environs do Batavia, Ste-Ilélènc , l'Ascension, la description du boa de Java, de l'orang-outang de Bornéo, et de plusieurs végétaux de la Chine. La carte générale de la Chine et celle de la route de l'ambassade sur l'Yang-Tsé Kiang sont réduites d'après la grande carte des jésuites, donnée par d'Anville. Abel dit : « Nous avons eu plus d'une occasion de constater « son exactitude, et nous n'en avons jamais eu d'en a douter.... » Des tables météorologiques ajoutent à l'utilité de ce livre. 2" Mémoire sur la graphite de l'Himalaya , dans le recueil de la société asiatique de Calcutta. Roltert Brown a consacré à ce voyageur le genre Abcliu, qui comprend deux arbustes de la famille des caprifoliacées. E— s.
ABEL ( INicolas-Heniu ) , Norvégien, quoique mort très-jeune, a pu se placer, dans sa trop courte carrière, au premier rang des géomètres. Il naquit le 25 août 1802, sur la côte occidentale de la ÏSorwége, dans un village appelé Frindoé, dont son père était pasteur protestant. En 4805, sa famille ayant été transférée à Gierrestadt, Abel y resta jusqu'en 1815, époque à laquelle il entra à l'école cathédrale de Christiania. Dans les premières années de ses études, il montra si peu d'application et fit si peu de progrès, qu'on n'espérait rien de lui ; mais à l'âge de seize ans, ayant commencé à étudier les mathématiques, il s'y distipgua de manière à mériter que M. Ilolmboê, son professeur, lui donnât des leçons particulières. Après les éléments, qu'il parcourut rapidement, on lui fit étudier l'Introduction à l'analyte des infiniment petits d'Euler, et le calcul différentiel et intégral du même auteur, ainsi que le grand traité de Lacroix. Il lut ensuite avidement les ouvrages de Gauss, de Poisson, de Lagrange ; et il s'attacha spécialement à suivre les méthodes de ce dernier. Sorti de l'école cathédrale, Abel entra à l'université de Christiania. Mais ayant déjà perdu son père, et se trouvant sans fortune, il dut solliciter une bourse, et recevoir les bienfaits des professeurs pendant les deux premières années de ses études : plus tard, il obtint un secours extraordinaire du gouvernement. En 1820, il commença à publier, dans le Magasin pour les sciences nalurttUs de Christiania , des mémoires d'analyse dont le premier a pour titre: o Méthode générale pour trouver une fonction d'une h variable, lorsqu'une propriété de cette fonction est « exprimée par une équation entre deux variables. » — Il s'occupa ensuite des équations algébriques du cinquième degré, et il crut un instant en avoir trouvé la solution générale ; mais ayant découvert une erreur dans son analyse, il voulut la corriger, ou bien démontrer l'impossibilité de la résolution des équations algébriques d'un degré supérieur au quatrième; effectivement, en 1824, il publia cette démonstration à Christiania, en français. Les professeurs et Hansteen, frappés de ses
obtinrent pour lui l'autorisation de voyager pour oonUnuer ses études, pendant deux années, en Allemagne, en France et en Italie, aux frais du gouvernement suédois. 11 quitta la Suède en tW5, avec plusieurs de ses camarades d'université, et arriva dans Tété de la même année à Berlin, où il se lia avec M. Crelle qui songeait déjà à la publication d'un journal pour les mathématiques transcendantes. Aber, enchanté de cette idée, tit connaître au savant Prussien un grand nombre de travaux Importants qu'il avait préparés; en lui promettant sa coopération, il lui donna une puissante impulsion pour effectuer son projet. C'est ainsi que nous devons en grande partie 4 Abel , sorti à peine des lianes' de l'école, la publication de ce beau journal qui a mérité à M. Crelle ta reconnaissance de tous lés géomètres. Après un séjour de six mois, Abel quitta Berlin et se dirigea vers le midi de l'Europe. Mais, soit que son excessive modestie et sa timidité naturelle l'empêchassent de se taire connaître, soit, comme quelques personnes l'ont supposé, que les moyens qu'il avait à sa disposition ne fussent pas suffisants pour vivre commoilément, 11 ne vit personne dans son voyage en Italie; et même à Milan et à Turin, où il aurait pu être apprécié et encourage par d'illustres géomètres, il ne se présenta chez aucun d'eux . En quittant l'Italie, il se rendit à Paris, où il demeura dix mois. Il y rédigea, pour le bulletin de M . de Férussac, un extrait de son mémoire sur l'impossibilité de résoudre généralement les équations du cinquième degré, et demanda à présenter à l'Académie des sciences un mémoire sur une classe particulière de fonctions transcendantes. Personne ne devina le génie du jeune homme dont ta mort, deux ans plus tard , devait retentir douloureusement daas toute l'Europe ; et ce ne fut qu'après bien des sollicitations que M. Fourier se cliargea de présenter le mémoire à l'Académie. Mais par cette nonchalance des géomètres modernes, dont chacun d'eux à son tour est devenu victime, et qui fait qu'en général on ne lit presque jamais les ouvrages des jeunes mathématiciens, le mémoire d'Abel resta longtemps enfoui dans les papiers des commissaires : plus tard on le combla d'éloges, mais il n'était plus temps. 11 faut le dire , Abel n'obtint aucun succès à Paris. De retour dans sa patrie après un voyage de vingt mois, il ne put avoir aucune place, aucun secours; et, dénué de toute ressource, il alla se réfugier auprès de sa pauvre mère, à Christiania, où il dut accepter pour vivre une place très-secondaire. Là, peu à peu, le délaissement dans lequel il vivait commença à miner sa santé : ce n'était pas tant sa pauvreté qui l'accablait , car les hommes du caractère d'Abel visent plus haut qu'à l'argent ; mais c'est qu'il sentait sa supériorité saits trouver personne qui voulût comprendre La puissancede son génie ; c'est qu'il ne pouvait parvenir à force de découvertes à vaincre l'indifférence. Son creur se flétrit, l'excès du travail et les chagrins achevèrent de détruire sa constitution. Cependant l'amour de la science l'animait toujours ; et c'est dans cet état d'abandon et de souffrance qu'il écrivit ces beaux mémoires qui font l'admiration des
géomètres. Il supportait son sort sans se plaindre ; mais une fois il lui échappa quelques mots qui révèlent sa position; il annonçait dans un de ses mémoires c que l'ensemble de ses recherches sur les « fonctions elliptiques formerait un ouvrage de ipiel- « que étendue que les cirromionrM ne lui permet- « tent pas de publier. » — Enfin tant de travaux remarquables, après lui avoir mérité l'estime de l'Allemagne, forcèrent les géomètres français à s'occuper de lui. M. Legendre, qui venait d'élever la voix en faveur de l'illustre géomètre de Krrnigsberg (M. Jacobi). eut encore le mérite de proclamer le premier les découvertes d'Aliel. 11 lui adressa en même temps une lettre très-obligeante, en lui offrant son Traité des transcendantes elliptiques. I .a réponse d'Abel a été publiée dans le journal de M. Crelle. Le passage suivant fait connaître l'émotion qu'éprouva le jeune géomètre, en voyant qu'à la fin on commençait à l'apprécier : « Monsieur, « la lettre que vous avez bien voulu m'adresser, en « date du 25 octobre (1828), m'a causé ta plus vive « joie. Je compte parmi les moments les plus heu- « reux de ma vie celui ou j'ai vu mes essais mériter « l'attention de l'un des plus grands géomètres de o notre siècle. Cela a porté au plus haut degré mon a zèle pour mes études. Je les continuerai avec « ardeur; mais si j'étais assez heureux pour faire « quelques découvertes, je les attribuerais à vous pluo tôt qu'à moi; car certainement je n'aurais rien fait « sans avoir été guidé par vos lumières. » En même temps , quatre des membres les plus distingués de l'Académie royale des sciences de Paris, MM. Lacroix, Legendre, Maurice et Poisson, ayant eu connaissance des malheurs d'Abel, s'adressèrent directement au roi de Suède pour lui recommander le sort de ce jeune géomètre (l). On croirait qu'une demarche si noble et si extraordinaire de ta part d'hommes si justement célél)res devait faire ta fortune de celui qui en était l'objet point du tout :
[1] Voici U lettre de ce» savtnun
t Pari», le « septembre tws.
a Sire,
« Les princes éclairé» et généreux aiment a découvrir le mérite modeste et a réparer envers loi les torts de la fortune ; ils se plaisent a donner a l'homme de génie le» moyen» de Jeter sur les science» cet éclat qo'rlles recevront de tes travail et qoi refleruil sur leur gouvernement. A ce titre le» soulignes, membre» de l'Institut de France, te permettent de signaler a la royale birnvcilljnrr de Votre Majejtê on Jeune géomètre, M. Abel, dont le* production» annoncent in esprit du premier ordre, et qui m .Miniums languit à Christiania dan» un poste peu digue de son rare et précoce talent. Il» ont osé croire que le roi de Suéde, sensible peut-être au suffrage, comme aux vceux spontané» de quelque» amis de» science», daignerait s"lntere**er au sort d'un homme si distingué, en l'attirant du fond de se» États an »ein de sa capiule. justement illustrée dus tous le» lemp» par U présence des savants célèbres qu'y rénnit l'académie de Stockholm. C'est auprès d'eux et i la portée des secours mutuels que peuvent s'offrir le» grands talent», que leur semblerait marquée la place d'un géomètre tel que M. Abel; mais, dans tous les cas, ils croient avoir assez fait pour lui, s'ils parviennent k fixer un instant, en sa faveur, l'auguste alicntîtm de son souverain. Les soussignés se disent ave* un profond respect. Sire, de Votre Majesté, les tres-buinbles et très-obéissant» serviteur»,
« Uatnaas, Poisson, Lacaoïl NaD»l«. •
cette lettre demeura sans réponse; et A bel, après avoir langui encore plus de six mois dans le malheur, mourut le 6 avril 1829, aux mines de fer deFroland en Norvège, où il était allé pour visiter ses parents. Pendant qu'Abel se mourait, le gouvernement prussien, voulant attirer dans ses États un homme qui pouvait contribuer si puissamment au progrés des sciences, lui Gt offrir une place ltonorable à lierlin ; mais cette démarche, qui aurait au moins adouci les derniers moments de l'infortuné géomètre, ne fut connue en Norwêge que lorsque Abel n'existait plus. Sa mort, et les circonstances déplorables qui l'avaient peut-être amenée, causèrent des regrets universels. L'Institut de France, par une décision sans exemple, ordonna que la moitié du grand prix de mathématiques, pour Tannée 1850, serait donnée à la mère d'Abel; et cette mère infortunée dut ressentir davantage, par cet honneur, la perte qu'elle avait éprouvée. En Allemagne, en Italie, on déplora vivement ce malheur : on regrettait les vertus privées d'Abel, non moins que ses talents extraordinaires. Sa modestie, la noblesse de son caractère, l'absence de toute jalousie , lui conciliaient l'estime et l'affection de tous ceux qui avaient eu le bonheur de le connaître; et le célèbre M. Bessel l'appelait l'homme modèle. Enfin, après quatre ans, le gouvernement suédois entendit ces cris d'admiration, et Ton dit qu'il chargea M. Ilansteen de publier en un seul corps tous les ouvrages d'Abel, en y ajoutant une biographie complète de cet illustre auteur. Cette publication fut attendue par tous les amis de la science. Rien n'a manqué à la gloire du géomètre norvégien après sa mort, mais tout a manqué à son bonheur pendant sa vie. — Et ici nous élèverons la voix pour demander compte à ces hommes égoïstes qui, par leur indifférence , ont contribué à abréger les jours d'Abel, pour leur demander compte, disonsnous, de toutes les découvertes que sa mort nous a ravies, et dont quelques-unes, qu'il a énoncées sans démonstration, frappent d'étonnement tous ceux qui peuvent en comprendre l'importance. Etaitce bien le temps , au 19* siècle, de renouveler la mort du Camoêns? Nous ne parlons pas seulement aux gouvernement* et aux rois, nous parlons aussi aux particuliers et aux nations, car on ne demande pas sous quel régne a langui le Camoêns, mais on se dit : il mourut de faim en Portugal. Et il faut qu'on sache que cette protection accordée à des savants célèbres, dans un âge où ordinairement ils n'en ont plus besoin ; que cette protection qui rappela dans sa patrie Galilée à cinquante ans, après que la persécution l'on eut chassé dans sa jeunesse, n'est autre chose que le désir d'acheter comptant un peu de la gloire de ces grands hommes; et que celui qui aurait illustré son pays, s'il y avait été bien traité, peut le couvrir d'opprobre lorsqu'il y est mort abreuvé de diagrins. — Après avoir parlé de la vie d'Abel, il nous reste à rendre compte de ses travaux analytiques. Sans nous arrêter à des recherches spéciales sur les séries, sur les intégrales eulériennes , sur un problème de mécanique, etc., nous pouvons partager les travaux d'Abel en deux grandes classes :
ses écrits sur les équations algébriques, et ceux sur les fonctions elliptiques. Nousavons déjà dit qu'ils'occupa d'abord de la résolution des équations du cinquième degré ; mais dans ce premier essai, et dans la démonstration de l'impossibilitédobtenir généralement cette résolution, il parait n'avoir jamais connu les nombreux travaux du géomètre italien Ruflini , sur le même sujet. Il nous est impossible d'exposer ici l'analyse d'Abel : nous dirons seulement qu'en s'appuyant sur un théorème de M.Cauchy,il parvient à démontrer que si la résolution de l'équation algébrique du cinquième degré était possible, il en résulterait une absurdité, dérivée de la multiplicité des racines. Ce genre de démonstration, tiré de la multiplicité des racines, peut ne pas paraître entièrement satisfaisant pour ceux qui connaissent a combien de disputes on a été amené par l'ambiguité des racines, dans la résolution des équations du quatrième degré. Quoi qu'il en soit, ces recherches resteront comme de beaux théorèmes d'analyse, lors même que la démonstration d'Abel ne serait pas complète. Mais bientôt il s'occupa de questions plus importantes. Lorsque M. Gauss publia, en 1801, sa mémorable découverte de la résolution des équations à deux termes, il annonça qu'il pouvait résoudre par des méthodes analogues les équations d'où dépendait la multisection de l'arc de la lemniscate. Mais cette espèce de défi porté aux géomètres resta longtemps sans réponse ; et quoique Lag range, en 1 808, par une méthode très-ingénieuse, ramenât à sa théorie générale des équations la résolution des équations à deux termes, cependant il ne donna pas la solution du problème de l'illustre géomètre de Gottingen (i). Abel fut amené à s'occuper de cette question par ses recherches sur les fonctions elliptiques. Il a publié en 1820, dans le 4' volume du journal de M. Crelle, un mémoire sur une classe d'équations résolubles algébriquement, qui est un modèle d'invention et d'élégance de méthode. II y démontre que si toutes les racines d'une équation sont liées entre elles par un rapport rationnel, on pourra les déterminer algébriquement, et il trouve d'autres propositions importantes. 11 avait promis d'appliquer, dans un second mémoire, sa théorie aux fonctions elliptiques, mais il n'a pu achever cette partie de son travail. 11 résulte de quelques-unes de ses lettres qui ont été publiées, qu'il avait aussi déterminé toutes les classes d'équations algébriques qu'on pouvait résoudre par les radicaux : découverte très - importante, dont il n'a laissé ni l'analyse ni la démonstration. L'autre classe des travaux d'Abel comprend ses recherches sur les fonctions elliptiques. Après la découverte du calcul intégral, on espéra tm instant ramener aux fonctions algébriques et circulaires l'intégration de toutes les fonctions différentielles d'une seule variable ; mais après bien des essais infructueux, on reconnut qu'il fallait placer, parmi l'infinité de formules qu'on ne savait pas intégrer, une expression fort simple,celle qui
(1) nlns un mémoire prisent* a nasillât le H juio 1823, l'auteur de cet article avait déjà résolu te problème; nais tt travail, quoique antérieur aux rwherches d'Abri, n'a été publie qae longtemps après, dans le 5' volume du recueil des SaranU ttrengert.
renferme d'une manière irréductible la quatrième puissance de l'inconnue, sous un radical carré. Cette formule, à laquelle on était conduit par la rectification des sections coniques, repoussa les efforts de tous les géomètres, et même aujourd'hui on n'est guère phis avancé sous ce rapport-là, puisque Laplace a été jusqu'à dire qu'il est impossible d'obtenir cette intégrale sous forme finie , proposition que plus tard Abel a tenté de démontrer. Quoi qu'il en soit de cette impossibilité, on se persuada bientôt qu'au lieu de se consumer en vains efforts, il valait beaucoup mieux considérer cette classe de différentielles comme une transcendante particulière, en tâchant de réduire à leur forme la plus simple toutes celles qui en dépendaient. On a dit que Mac la u ri u et d'Alembert avaient été les premiers à s'occuper de cette réduction; mais ce fait n'est pas exact, car, bien avant que ces géomètres publiassent leurs travaux sur ce sujet (qui sont de 1742 et 4746 et qui n'offrent pas un grand intérêt), un géomètre italien , Fagnani , doué d'une grande sagacité , et qui obtint depuis de Lagrange une marque très-flatteuse d'estime , avait ouvert la route à ces recherches en publiant, en 1718 (1), un mémoire où il donnait une intégrale particulière de l'équation différentielle qui sert à la division de l'arc de U lemniscate, et exposait les équations algébriques qui servent à la résolution du problème. Généralisée par son auteur, dans la suite, cette découverte (qui transportait à une courbe transcendante un procédé que pendant plus de vingt siècles on avait cru applicable à la géométrie élémentaire seulement) forme la base de ce qu'on appelle la comparaison des amplitudes dans la théorie des fonctions elliptiques, et a mérité les éloges de tous les géomètres. Euler , ayant eu connaissance de la découverte de Fagnani , reprit le même sujet et trouva , par une sorte de divination , l'intégrale générale d'une équation différentielle du premier ordre dont chaque membre était une transcendante elliptique complète. Hais celte intégrale ne j>ouvait pas se rattacher à l'analyse ordinaire, et c'est tagrange qui eut le mérite de là retrouver directement par une méthode extrêmement élégante. Jusqu'ici on n'avait comparé que les arcs d'une fonction elliptique pris sur la même courbe; mais en 1775, Landen géomètre anglais très-distingué , trouva un théorème fort remarquable , par lequel on apprenait à mesurer toujours un arc d'hyperbole par deux arcs d'ellipse , et fonda cette théorie qu'on appelle maintenant la transformation des modules , et qui sert à la transformation d'une section conique donnée , en une autre de paramètre différent. Plus tard, Lagrange montra, par une méthode très-simple , comment on pouvait réduire, par des transformations successives , un arc d'ellipse à différer très-peu d'une ligne droite ou d'un arc de cercle. Cependant ces recherches demeuraient éparseset sans lien commun, lorsqu'en 1705, M. Legendre publia un Mémoire sur les transcendantes elliptiques, ou il commençait d'abord par établir un algorithme propre à exprimer ces fonctions et à les
(1) c in nmle te" luttnti t Italie, t. 30.
calculer avec facilité, et où, en continuant les recherches de Lagrange , il donnait une échelle de transformation pour les modules. Pendant longtemps personne ne s'occupa de ces questions , et quoique M, Gauss, par son annonce sur la division de l'arc de la lemniscate, eût montre qu'il s'était occupé des transcendantes elliptiques, et que Ton sache d'ailleurs qu'il a fait des découvertes importantes dans cette branche de l'analyse , il n'a pas encore publié le résultat de ses recherches. Cependant M. Legendre , avec cette persévérance qui caractérise ses travaux , prépara pendant vingt ans ses exercice s de calcul intégrai, où , entre autres choses, il traite complètement des fonctions elliptiques , donne des tables pour leur calcul numérique , et montre quelques-unes de leurs applications à la mécanique. Mais les géomètres , à cette époque , s'occupanl spécialement de physique mathématique , laissèrent de côté ces recherches, et M. Legendre eut le temps de travailler encore plusieurs années sans qu'on fit rien de remarquable dans cette belle partie de l'analyse. En 1827 , lorsqu'il venait de faire paraître son Traité des fonctions elliptiques, Abel publia, dans le second volume du journal de M. Crelle, son premier mémoire sur ces mêmes fonctions. 11 serait impossible , sans sortir des bornes d'un article biographique , de rendre un compte détaillé des découvertes que renferme cet écrit; nous dirons en substance qu'il contient toutes les formules nécessaires pour la
I comparaison des amplitudes, et qu'il donne, pour la multiplication et le développement des transcendantes elliptiques, des expressions très-élégantes, analogues à celles que l'on connaissait depuis longtemps pour les j fonctions circulaires. A peine ce beau travail pouvait-il | être connu des géomètres, que M. Jacobi de Kcrnigsberg lit paraître, dans le journal de M. Schumaj cher (1 ), une courte notice dans laquelle il énonçait des j théorèmes très-importants sur la transformation des modules par une infinité d'échelles nouvelles. Abel j répondit par un second mémoire où il s'occupait aussi de cette transformation d'une manière géné- | raie ; dés ce moment, il s'établit une sorte de conçu r- ' rence de découvertes entre ces deux jeunes et illustres rivaux. Mais quoique la publication de leurs mémoires se soit faite à des époques diverses , cependant ces époques sont si rapprochées, les méthodes sont si différentes , qu'il ne pourra venir dans l'esprit de personne qui sache comment on travaille en analyse que ces deux jeunes géomètres, publiant à l'envi , à deux ou trois mois de distance , une série I de découvertes importantes, aient rien pris l'un à | l'autre. Sans doute leurs idées se sont fécondées mu- \ tuellement , mais chacun d'eux a dû travailler sur un fonds propre. L'ensemble de leurs travaux forme une ' théorie complète des fonctions elliptiques qui a mérite d'être exposée par M. Legendre dans des suppléments à son grand traité. Les mémoires d'Abel sont aussi fort remarquables par l'élégance des mé- I thodes et la clarté des démonstrations. Modeste et simple dans ses écrits , comme dans sa vie privée ,
I U)AttroM>misehtNi>ekiidit*,i',*n.
jamais il ne s'admire , jamais il ne cherche à se faire valoir.... Nous ne cesserions pas de nous occuikt d'un sujet si intéressant , mais pour finir dignement cette notice , nous empruntons les expressions d'un géomètre dont le jugement n'admet point d'appel (1) : « Les recherches qu'Ahel a publiées en moins de • deux ans dans les journaux de M. Crelle et de « M. Schumacher, prouvent, par leur nombre con- « sidérable, l'activité de son esprit et l'ardeur « qu'il mettait à cultiver les sciences. Elles sont « toutes remarquables par h généralité des considé- « rations que l'auteur y expose, et par les vues nou- « velles qu'il se proposait de développer. La mort a « interrompu ses travaux avant qu'il eût achevé sa « 27* année; mais [tendant une vie si courte, il s'est « placé au premier rang parmi les géomètres, et, « dans ce qu'il a Tait, la postérité saura reconnaître « tout ce qu'il aurait pu faire s'il eût vécu davau- « tage (2). o L— I.
ABELA (Jean-François) naquit à Malte, vers la fin du 16e siècle, d'une famille illustre, qui s'éteignit avec lui. 11 entra de bonne heure dans l'ordre des clievaliers de Jérusalem, et s'y distingua au point qu'il obtint, avant 1622, le titre de vire-chancelier, et enfin celui de commandeur. Il est principalement connu par un ouvrage curieux et devenu rare, intitulé : Maiia illustrai i oveero delta descrisione di Malla, con te sue anlichilà, edaltre notizit. Malte, •1047, in-fol. L'auteur y montre une grande érudition et semble avoir embrassé tout ce qui concerne sa patrie. L'ouvrage est divisé en quatre livres : le i" traite de la topographie et de la statistique de l'Ile de Malle; le 2" en retrace l'histoire; le 5 contient des notices sur les églises et les couvents ; le 4' d'autres notices sur les grands maîtres , sur les familles et les hommes les plus remarquables. Cet ouvrage offre quelques particularités sur la vie d'Abela; on y voit qu'en 1610, il était, avec la flotte des galères de la religion et le vaisseau amiral, dans l'Ile de Lampédouse. Il voyagea dans une grande partie de l'Europe, recherchant les monuments et les livres anciens. 11 entretenait des correspondances avec les savants les plus distingués de son temps; nous citerons, entre autres, Gualteri, auquel il fut très-Utile, lorsque celui-ci parcourut la Sicile |iour en recueillir les monuments . Luc Holstein, qu'il amena lui-même dans Tlle de Malte, au retour de ses voyages ; et Peiresc, auquel il envoya divers objets rares tic cette Ile. On voit, par quelque* passages de son ouvrage, qu'il Ta composé dans un âge avancé. Seiner l'a traduit en latin et y a ajouté une courte préface. Cette traduction a été publiée séparément , et insérée, en 1723, dans le 15* volume du recueil de J.-G. Gra-vius, intitulé : Thésaurus antiquilatum et hittoriarutn Sicilitet Leyde, in-fol. Seiner, dans sa pré-
(I) Rapport de M. Poisson a l'Académie de» sciences sur tes travaux de M. Jscobi.
(S) Outre les mémoires insérés dans le journal de Chri&tianta et dans le recueil de M. Schumacher, Abel a donne au journal de M. Crelle Vingt et nn mémoires, doul on peut voir les titres dan* le to* volume de celte Importante publication. Le mémoire présenté a linslilul a pare dam les volâmes des Sttonti Hmtert.
face , s'exprime sur Abela d'une manière très-liono-
rable; et Pierre Burrmann, dans celle qu'il a faite au 1 T vol. du Thesaurut de Gra>vius, en parle dans le même sens , lui reprochant toutefois d'avoir admis quelques traditions fabuleuses; mais, ajoute-t-il, ces légers défauts sont plus que tomj>ensés par sa vaste érudition. A, L. M.
ABELIN (Jean-Philippe), historien, né à Strasbourg, mort vers l'an 1646, est le même que Jean-l>ouis Gottfried, ou Godiofredus , nom supposé sous lequel il est plus connu , parce qu'il l'a mis en tète de la plupart de ses écrits qui sont assez nombreux. Il n'a publié sous son véritable nom que le 1 ' volume de son Tkealrum Europoum , qui contient l'histoire de l'Europe depuis 1617 jusqu'à la fin de 1628 ; et les 17-, 18", 19' et 20e tomes du ilereurius Gallo-Iielgicus, commencé par Gothard- Artlius , ouvrage où l'on trouve la relation des événements qui se sont passés en Europe, et surtout en France, depuis 1028 jusqu'en 1056. Ces volumes ont été imprimés à Francfort , dans les mêmes années, in-8". Le Mercurius est écrit en latin ; le Thcatrum en allemand. Le second volume de ce dernier ouvrage porte aussi le nom d'Abelin ; cependant Chrétien Gryphe, dans sa Disserlalio isagogica de scriptoribus hisioriam seculi XVII iUusIranlibus, Leipsick, 1710, p. 18, prétend qu'il est de Jean-George Schleder, qui est aussi l'auteur de quelques-uns des volumes suivants. La meilleure édition du Theatrum Europeeum est celle qui a paru à Francfort depuis 1662 jusqu'à 1738, en 12 vol. in-fol. Elle est ornée de gravures de Matthieu Mnittaire. Cette énorme compilation parut en 1718. Les volumes qui ont été composés par Abelin, Sehleder et Schneider, sont estimés; mais ceux de leurs nombreux continuateurs n'ont ni la même réputation ni le même mérite. Abelin publia, en 1010 une explication des Mëtai morphotes d'Ovide sous ce titre : P. Ovidii Kasonis JUelamorphoseon plerarnmque historica , naturalis, moralit bfaewtt, Francfort, in-8°. 11 l'avait rédigée pour accompagner de jolies gravures de Jean- Théodore de Bry, qui représentaient quelques-unes des fables d'Ovide. Le titre du livre est sans nom d'auteur , mais il se nomme, dans la dédicace, lAidovicut Goitnfridus. En 1628 il parut à Francfort une traduction allemande, et, l'année suivante, une traduction latine des Estais, Empires, Royaumes el principautés du Monde, de D. T. V. Y. (d'AUvy). La dernière est intitulée : Archontologia cosmiea , tive imperatorum, regnorum, principaluum, rerumgue pubiicarum omnium per toium terrarum orbem commentarii locuplelitsimi ... Francfort, 1620, infol. La traduction allemande, qui a aussi été publiée in-fol., porte le même titre en allemand; mais l'ouvrage original français n'y est pas nommé. Elle a été réimprimée à Francfort, du vivant de l'auteur, en 1638, et après sa mort, en 1616 et 1695. Ces deux dernières éditions, qui ont clé faites par les soins de Matthieu Mérian et de ses héritiers, ont reçu des augmentations considérables, el sont ornées de gravures faites par Mérian; dans celle de 1695, l'auteur n'est pas nommé. L ' Archontologia cosmiea jouissait
de beaucoup de crédit dans le siècle où elle parut, et où Ton n'avait, pour les sciences géographiques, que la Cotmograpkie de Sebastien Munster. Aujourd'hui que nos connaissances sont plus étendues, son importance a beaucoup diminué. On doit aussi à Àbelin le 42° et dernier volume de YMittoire de* lndet orientales, publié à Francfort, en 1628, infol., sous ce titre : Biiloriarum orientait* India lomui 12. J. budovicu* Gotlofridu* ex anglieo et belgico termone in lalinum Iranslulil, etc. Cet ouvrage, qui embrasse la description des Indes orientalcs et occidentales, est extrêmement rare et précieux, lorsqu'il est complet; il a été payé 4,000 francs pour la bibliothèque royale. Eu 1632, Abelin publia en allemand, dans la même ville, sa Description du royaume de Suède; et, l'année suivante, parut aussi, en allemand, sa Chronique historique, ou Description de l'histoire, depuis le commencement du monde jusqu'à l'an 1610, avec un grand nombre de ligures gravées \m Matthieu Mérian. Cet ouvrage n'a même été composé que pour servir de texte à la suite des gravures historiques que Mérian voulait publier. Ces ouvrages sont l'uu et l'autre in-folio. Le second a eu plusieurs éditions; Jacques de Meurs a fait une traduction Irlandaise du 1er volume, avec des augmentations. Enfin Abelin est l'auteur d'un livre allemand, intitulé : Uistoria Antipodum, ou le Nouveau Monde ; c'est-à-dire, Description de la partie de la terre connue sous le nom d'Indes oceuh niâtes, pat J .-L.Gottfried; Francfort, 1655, in-fol. On croit aussi qu' Abelin est le même que Jean-Philippe A bel, qui a publié à Francfort, en 1627, in-8°, une traduction allemande de la comédie de Daniel Cramer, intitulée : l'iagium, comœdia de Alberto et Ernesio surreptis. A. L. M.
ABELL (Jean), célèbre chanteur anglais et joueur de luth, renvoyé par Charles II, comme catholique, passa sur le continent , dissipa follement l'argent qu'il y gagna , et voyagea son luth sur le dos. Arrivé à Varsovie, le roi de Pologne voulut l'entendre. Abell refusa d'abord, fut conduit au palais, placé dans un fauteuil , et guindé fort haut au milieu d'une grande salle. La cour parut dans une galerie. Des ours entrèrent, et Abell eut l'option de chanter ou de leur être livré. Il n'hésita pas, et de sa Tie il n'avait si bien chanté. Après avoir erré plusieurs années , il revint en Angleterre en 1701 , y publia un recueil de chansons en plusieurs langues, et mourut dans l'obscurité , après avoir conservé sa voix jusqu'à une extrême vieillesse. N — L.
ABELLI ( Antoine 1 , abbé de Livry, et prédicateur du roi, naquit à Paris, en 1527, et entra fort jeune dans Tordre des frères prêcheurs. Ayant eu quelques différends avec ses supérieurs, il fut relégué a Troyes ; mais il rentra bientôt en grâce et fut nommé vicaire général de sa congrégation. Il avait prêché avec tant de succès dans plusieurs églises du royaume, que la reine Catherine de Médicis le choisit pour directeur de sa conscience. Après avoir été pourvu d'une abbaye, il paraissait réservé à l'épiscopat. La mort de sa pénitente, arrivée en 4580, lui en ferma le chemin. Les ouvrages qu'il a pu-
bliés sont : i* La manière de bten prier, avec la vertu et esficace de l'oraison , Paris, 1564 , in-8° ; 2* Sermon sur les lamentation* du saint prophète Hiirimie, Paris, 1582, in-8-. La Croix du Maine et Duverdier ne citent d'Abelli que cet ouvrage. Bayle, qui les copie, tout en reprochant à Moréri d'en avoir fait autant tant corriger let fautet que ces bibliographes peuvent avoir commitet, se livre à des réflexions assez longues où il examine si un jacobin pouvait posséder une abbaye. La M on noyé lui avait adressé à ce sujet une note qui n'a pas été reproduite dans l'édition de la Croix du Maine donnée par Rigoley de Juvigny. Cette note, présentée par Bayle comme un bon éclaircissement , contient plusieurs erreurs qui ont été relevées par Josse Leclerc dans sa Lettre critique sur le Dictionnaire de Bayle (p. 518-525). Ce savant prouve que Fr. Abelli, abbé d'Ivry, dont le nom ligure au bas de l'acte de prestation de serment de fidélité au roi Henri IV par les docteur* de Sorbonne , n'est autre qu'Antoine Abelli , abbé de Livry (et non d'Ivry où il n'y a jamais eu d'abbaye), et que les lettres initiales Fr., dont sa signature est précédée, indiquent sa qualité de frère. Cette discussion sert du moins à prouver que les plus savants philologues peuvent tomber dans d'étranges préoccupations. 5" Lettre du frère Antoine Abelli à la royne Catherine de Médicit, 1564, in-8». Le P. Lclong \Bibliathecu sacra, t. 2, p. 591) dit qu'il mourut en 1580; mais on ne peut admettre celte date, puisque la soumission de la Sorbonne, dont Abelli faisait partie, n'a eu lieu qu'en 1594. Les PP. Quctif et Echard, qui lui donnent de grands éloges et l'appellent vir morum integritale et eruditione clarus ( Seriptores ord. pradicat. recensili, in-fol. , t. 2 ) , n'ont pu découvrir l'époque de sa mort. Il n'a été fait aucune mention d'Abelli dans Y Histoire det confesseur t det roi* et des princes, par Grégoire. L — m — x.
ABELLI (Lot is), né en 1605, dans le Vexin français (ou à Paris, suivant quelques auteurs). Après avoir pris le bonnet de docteur en théologie, il fut d'abord curé de St-Josse, à Paris , puis évéque de Rodez. Abelli, alors âgé de soixante ans, et ayant passé la plus grande partie de sa vie avec les gens de lettres, ne put trouver agréable le séjour de son évêché. Il s'en démit en 1664 , et revint a Paris s'établir dans la maison de St-Lazare, on il mourut le 4 octobre 1691. Les ouvrages d'Abelli sont en très -grand nombre. Le P. Nicéron en donne la liste dans le 41' vol. des Mémoire* pour servir ù l'histoire des hommes illustres de la république des lettres. Les principaux sont : 1° Medulla theolngiea | la Moelle théologique ) , imprimée pour la première fois en 1650, et très-souvent réimprimée; production pernicieuse selon les uns, estimable selon les autres, mais qui n'est plus lue de personne. C'est au titre de cet ouvrage que Boileau faisait allusion quand il appelait l'auteur le moelleux Abelli {Lutrin, ch. 4). Le prélat s'en plaignit hautement, et cita Hoileau au tribunal de Dieu. Abelli avait composé cet ouvrage principalement pour réfuter un autre traité sous le même litre, par Amesius, puritain
anglais, et pour établir des principes d'une morale moins sévère sur la probabilité et la pénitence (I). 2» Tradition de l'Église, touchant la dévotion des chrétiens envers la Ste. Vierge, in-8-, 1652, 1662, 1672. Bayle prétend que cet ouvrage fit plaisir aux protestants, qui s'en servirent pour l'opposer à Y Exposition de Bossuet. 3° La Vie du vénérable serviteur de Dieu, Vincent de Paul, 1664, in-4". Cette édition, quoique la première, est préférable à celles qui l'ont suivie, et dans lesquelles on a retranché plusieurs passages contre les jansénistes. Ces passages ayant déplu à quelques personnes , et ayant donné naissance à un écrit intitulé : Défense de M. Vincent de Paul, contre le faux discours de sa vie, publié par M. Abelli, 1668, in-4», Âbelli publia sa défense, à laquelle on fit une Réplique l'année suivante. La Vie de St. Vincent de Paul, par Collet, a fait oublier l'ouvrage d'Abclli. 4» La Couronne de Tannée chrétienne, ou Méditations sur les plus importantes vérités de l'Evangile, formant d'abord 4 vol. in-12, et dont l'abbé Baudran a donné une nouvelle édition en 2 vol. La diction de cet ouvrage fait tort au Tond. 11 a été traduit en latin en 1732. 3° Un Traité des hérésies, Paris, 1661 , in-4". 6° Défense de la hiérarchie de l'Église et de l'autorité du pape, Paris, 1650, in-P. 7° Considérations sur l'Éternité, 1 vol. in-12. 8° La Vie de St. Josse de Bretagne, Abbeville, in-18. 9° D'autres écrits polémiques sur le jansénisme, qui annoncent que l'auteur était grand ennemi de Port-Royal. Le style d'Abelli est dur en latin, lâche et plat en français ; c'était d'ailleurs un homme rempli de toutes les vertus de son état. A— B— T.
A BEN-BIT AR ( Abdau.ah-Be.\- Ahmed ), ou, correctement, Al Beîthar, le vétérinaire, célèbre botaniste et médecin arabe, né à Benana, village près de Malaga. Il voyagea longtemps pour se |*rfectionner dans la connaissance des plantes. Sa réputation était telle que, lorsqu'il alla en Egypte, il en fut, d'un concert unanime, nommé premier mé-
decin. Mélek Al-Kamil, prince de Damas, le combla de bienfaits, et le nomma intendant général de ses jardins. Il mourut dans cette ville , l'an 6 16 de l'hégire (1248 de J.-C.i. Aben-Bitar a laissé un monument précieux pour la botanique , sous le titre de Recueil de médicaments simple*. Cet ouvrage, dont Casiri a fait connaître la préface [Bibl. arab.-hisp., t. 1, p. 278), se divise en quatre parties où l'auteur traite, en suivant l'ordre alphabétique, de toutes les plantes, pierres, métaux et animaux qui ont une vertu quelconque en médecine, avec une telle exactitude, que les ouvrages de Dioscorides, de Galicn et d'Oribazius, y sont souvent corrigés, et qu'on y trouve des fait» et des détails qu'on chercherait en vain dans ces auteurs. On a imprimé à Paris , en
H) Boilean rqwebc UMl i Abelli ses ieu dans lepllrc 13 :
Apprene t qse la gloire on le fiel nous appelle L'n joar des vrais enfants doit ronronner le lele. Et non les froids remords d'un evlave craintif, Oé crut »oir Abelil quelque amour négatif.
[Note de rtùtfur.)
1(V)2, la traduction latine de l'article consacré aux Unions dans ce grand traité. J— m.
ABEN-HEZRA, ou ABENESDRA (Abraham- Ben-Meib), célèbre rabbin espagnol, surnommé, i cause de la multitude de ses connaissances, le Sage, le Grand , l'Admirable , naquit, suivant l'opinion commune et d'après Rossi, à Tolède, en 1110. Il fut à la fois astronome, philosophe, médecin , poète, philologue et grammairien ; possédant à fond toutes les langues savantes, et très-versé dans la littérature arabe. Les auteurs juifs le vantent, en outre, comme habile cabaiiste, et l'un des plus fameux interprètes de l'Ecriture sainte. Aben-Hezra embrassa, en effet, toutes les connaissances, et les perfectionna par de longs voyages en France, en Italie, en Grèce, en Palestine et en Angleterre. 11 se fit surtout remarquer par ses explications hardies de l'Écriture sainte; il soutenait que les Hébreux n'avaient pas traversé la mer Rouge par un miracle , mais que Moïse profita d'une basse marée, pour passer à l'extrémité du golfe. Aben-Hezra acquit tant de réputation dans l'astronomie, que les plus grands savants de son siècle adoptèrent ses découvertes. Cependant ceux qui lui ont attribué l'invention de la méthode de partager la sphère céleste en deux parties égales, par le moyen de l'équateur, paraissent avoir ignoré que cette méthode est aussi ancienne que l'astronomie. La bibliothèque de la Sorbonne possédait une t«aduction française de la Sphère, d' Aben-Hezra, faite en 1275 par maître Deîade. Ce savant aurait sans doute porté beaucoup plus loin ses travaux , si la mort ne l'eut enlevé à Rhodes, en 1 174 , à l'âge de 55 ans. Quelques auteurs l'ont fait vivre jusqu'à 73 ans. Quoi qu'il en soit , ce mi pendant ses voyages qu'Aben-Hezra, voué exclusivement à la culture des sciences et des lettres, composa une grande partie de ses ouvrages. Son Commentaire sur les livres saints a été publié par Bombe rg, à Venise, en 1526. Quelques parties de ce grand ouvrage ont été imprimées séparément. On n'y trouve ni les allégories si familières aux rabbins , ni les ridicules futilités de la cabale. L'auteur n'ose pas censurer ouvertement les caraîtes, ennemis des traditions, parce que les docteurs et le peuple étaient fort attachés à leur méthode ; mais il n'en fait guère usage et se sert avec discernement de l'autorité des anciens, recherchant avec exactitude le sens grammatical des mots, et expliquant le texte le plus littéralement qu'il lui est possible. Son style est élégant, mais trop concis, ce qui le rend obscur, au point qu'il a fallu composer d'autres commentaires pour expliquer les siens. Arn. Pontacus publia une traduction latine des Commentaires d'Abcn-Hczra sur Abdias, Jonas et Sophonias, à Paris, 1530, in-4*. Leusden en publia un autre à Ltrecbt, en 1637. Le texte hébreu d'Aben- Hezra, sur Joël, fut imprimé â Paris, en 1563; le même, avec des notes par Leusden, L'trecht, 1656. Robert Etienne imprima à Paris, en 1536, en 1 vol. in-4 •, le Commentaire d' Aben-Hezra, *ur Osias, avec celui de deux autres rabbins. Le Cantitfue des cantiques fut imprimé séparément, Paris, 1370. On puussi à Constantinople, en 1532, son
taire tur la loi. On ne trouve presque plus l'édition faite à Naples, 1488, de son Commentaire tur le Pentaleuque. Aben-Hezra est aussi auteur d'un ouvrage de morale, intitulé : Chai- Ben- Megir, c'est-à-dire, vive le fil* qui resttucite, et d'un livre des Etre* animés, où il prouve l'existence de Dieu par la merveilleuse structure des êtres qui peuplent l'univers. Ce dernier ouvrage , composé en arabe, a été traduit en hébreu par Jacob ben Alphander. Quelques auteurs modernes lui attribuent le petit traité Amicus Medieorvm : mais cet ouvrage est de Jean Ganivete. L'erreur vient de ce qu'il se trouve joint dans les anciennes éditions au traité d" Aben-Hezra , intitulé : de Luminaribut et Diebut critieis liber, imprimé à Lyon, 1496, 1508, in-4% et 1330, in-8° ; Rome, 1544» in-4°; Francfort, 1(M4, in-12. Il y a un commentaire d' Aben-Hezra sur Joséphe (Josephben Govion), de Bello Judaïco, Barileœ, 1509, in-8°, heb. Int. Enfin . on a de cet auteur un livre de géométrie et d'algèbre ; un Traité d'astronomie, intitulé Porte de* deux; un poème publié en bébreu et en latin, par Th. I-ayde, Oxford, 1694 ; et un livre d'astrologie, dont la bibliothèque de l'Escurial possède deux traductions manuscrites en limousin. Bailly [Atlr. mod.,t. 1, p. 600) a été nul informé, lorsqu'il dit qu'il ne nous est rien resté des ouvrages de cet astronome : il convient cependant «pi' Aben-Hezra a rendu service à l'histoire de l'astronomie, en nous conservant les trois sphères dont Scaliger nous a laissé la description. On trouve une notice détaillée sur la vie de ce fameux rabbin dans Bartholomio. D— g.
ABEN-PACE. correctement Ibn Badjeh, dont le nom entier est : Abolbecr-Moiiamued-Eb.n-el- Sâteg, un des plus fameux philosophes arabes, naquit à Cordoue , et mourut très-jeune à Fez , en Afrique, l'année 555 de l'hégire (1158), par excès d'application, ou, selon quelques historiens arabes, empoisonné par des envieux. Ses ouvrages ne sont que des esquisses et des pensées que sa mort prématurée l'empêcha de développer. La métaphysique et la morale étaient le sujet de ses méditations. Sa réputation est très-grande parmi les savants aral>es, c'est leur Vauvenargues. Aboul-Haçan, qui a fait un recueil de ses ouvrages, n'hésite point à le préférer à tous les auteurs de sa nation , même à Avicenne et à Algazaly. On trouve des détails intéressants sur Aben-Pace, sur ses ouvrages et sur l'estime dont ils ont joui, dans la Vie du philo*ophe Ebn-Vokdan, écrite par Ebn-Tophail, que Pocock a traduite et imprimée a Oxford, en 1671, et dans la Bibl. arab.-hitp. de Casiri. C. — S — a.
ABEN-RAGEL (Ali), astrologue arabe, natif de Cordoue , vivait vers le commencement du 5' siècle de! hégire (11- de J.-C.), sous le calife Mamoun. Il jouit d'une grande célébrité parmi les mahométans, et même parmi les chrétiens qui croyaient à la science occulte de l'astrologie. Le livre qu'il a laissé tur le jugement et le sort des étoiles a été traduit en latin et imprimé à Baie, par Henricus Pétri, et à Venise, en 1485, par Erbard Radelez, sous ce titre : de Judiciit teu Fait* ttellarum. Il est de h plus grande rareté. Abcn-Ragel est aussi l'au-
leur d'un second ouvrage, connu sous ce titre : de Bevolutionibu* nativitatum, teu de fredariit, Venise, 1524. Les historiens arabes racontent des choses merveilleuses sur la certitude des pré-, dictions d'Aben-Ragel. La bibliothèque de l'Escurial possède un poème de cet auteur arabe, sur l'astrologie judiciaire. C'est probablement l'original du premier des deux ouvrages imprimés. C— S — A.
ABEN-ZOHAR, dont les noms sont : Abou- Merw an-Ben-Abdel-Melck-Ben-Zohh, fameux médecin arabe, naquit à Penaflor, prèsdeSéville, vers la fin du 12* siècle; il était juif de religion, fils et petitfils de médecin. Dés l'âge de dix ans, il commença à étudier la médecine sous la direction de son père, qui lui fit faire le serment de ne jamais employer de poisons. Ce serment, qui a tout lieu de nous étonner, montre à quel point les empoisonnement s étaient multipliés chez les Arabes. Aben-Zohar guérit le frère d'Ali- Sentemin, tyran de Séville, que sa propre famille avait empoisonné; les parents irrités persécutèrent avec acharnement ce médecin, et le retinrent longtemps en prison. A la lin, il entra au service de Yousef ben Tachefyn ( voy. ce nom), prince de Maroc, qui venait de chasser les petits tyrans d'Espagne ; ce souverain généreux le combla d'honneurs et de richesses. Aben-Zohar mourut à son service, Pan 55T del'hcgire(126l-2deJ.C.),àl'àgede92ans. Il fut le maître d'Averroès, qui, tout détracteur qu'il est des autres médecins, parle toujours d'Aben-Zohar avec vénération et même avec enthousiasme. « Pour parvenir, « dit-il, à une connaissance profonde de la médecine, il « faut lire avec soin les ouvrages d'Aben-Zoliar, qui « en sont le vrai trésor. Il a connu tout ce qu'il est « permis à l'homme de connaître dans ces matières, • et c'est à sa famille que l'on doit la vraie science « médicale. » Il fut aussi le maître de son fils, dont nous prierons dans l'article suivant. Aben-Zohar n'est pas un simple compilateur, comme presque tous les savants de cette nation : il voulait ramener la médecine à la méthode sage de l'observation. C'est même ce qui l'a fait accuser d'empirisme, mais à tort , car il tendait à réduire les faits en principes ; il cherchait à s'élever à la connaissance des causes des maladies; et profondément nourri de la lecture de Galien , on le voit sans cesse professer la doctrine de ce grand maître. Il osa , contre les préjugés de son temps, unir à l'étude de la médecine celle de la chirurgie et de la pharmacie; il chercha même à démontrer l'utilité de cette triple alliance : aussi la matière médicale lui doit-elle l'emploi de quelques médicaments nouveaux; la chirurgie, la première idée de la hronchotomie; et la médecine, la description de quelques maladies nouvelles, comme l'inflammation du médiastin, du péricarde, etc. Cependant Aben-Zohar ne secoua pas complètement le joug de toutes les superstitions et de toutes les erreurs de son temps. Son livre intitulé : Thai* ter, correctement Teiçyr, où il indique les remèdes et le régime qui conviennent à la plupart des maladies, semble faire croire qu'un hôpital lui tut confié. Ce livre, traduit en latin , a paru plusieurs fois
sous ce litre : Reetifieatio mediealionis et regitninis, Venise, 1490, in-fol. ; 1496 , HW, id. avec le colliget d'Averhoés, 1514, in-fol., à Lyon, 1531 , in-8°, etc. Aben-Zoliar écrivit ce livre pour le prince de Maroc qu'il servait. On y trouve un grand nombre d'anecdotes sur sa propre vie. Cet ouvrage fut d'abord imprimé à Venise, d'après une traduction latine faite en 1285 par le docteur Paravici et le docteur Jacob, médecin juif, non d'après l'arabe, mais d'après une traduction hébraïque. Le texte arabe de cet ouvrage existe manuscrit à la bibliothèque royale, et à celle dite Bodléienne. Al>en-Zohar est encore auteur : 1e «l'un Traité de la guèrison des maladies , dédié à Ibrahim , fils de Yousef ben Tachefyn ; 2° de deux Traités des fièvres, traduits en latin, et imprimés à Venise en 1370. C. — S — a.
ABEN-ZOHAR le jeune, filsdu précédent et son disciple, naquit à Cordoue, en 11 42, et mourut en 1216. 11 exerça la médecine avec succès et fut en grande faveur auprès de l'émir Yousouf ben Tachcfy n . Léon l'Africain nous a conservé un trait de ce souverain, qui montre sa générosité, son esprit, et les bontés qu'il avait pour Aben-Zoliar. Cet empereur, partant pour l'Afrique, mena avec lui ce médecin, qui était aussi un poète élégant. Un jour, il entra à ('improviste dans l'appartement de ce dernier ; et , ne le trouvant pas , se mit à regarder les papiers qui étaient sur sa table; il y vit des vers où Abeu-Zohar exprimait les regrets d'être séparé de sa famille. Le prince, sans rien dire à Aben-Zohar, envoya au gouverneur de Séville l'ordre de faire venir en toute bâte la famille du médecin à Maroc, où elle fut logée dans une belle maison , richement meublée et dont il lui Ht présent. Aben-Zohar, envoyé dans cette maison sous prétexte d'y voir des malades, fut bien agréablement surpris de se trouver au milieu de sa famille , dont il se croyait si éloigné. Ce médecin a laissé des ouvrages estimés , dont aucun n'a été imprimé. Nous observerons que la famille des Zohar a produit plusieurs médecins célèbres , qu'on a souvent confondus, et à chacun desquels Abou-Osaïba a consacré un article dans sa Biographie des médecins. C — S — a .
ABERCROMBIE (Johh), fils d'un jardinier de» environs d'Edimbourg, annonça de bonne licure un goût presque exclusif pour les études qui se rattacliaient à la profession de son père, et non-seulement acquit des connaissances étendues en botanique, mais montra un rare talent pour tirer un parti avantageux des divers terrains. Étant venu à Londres, et ayant eu occasion de déployer son habileté dans des jardins royaux, il fut sollicité de mettre ses idées sur le papier. Après avoir longtemps hésite, il Ut imprimer, vers 1767, un manuscrit intitulé : Que chacun soit son propre jardinier, ou Almanach du jardinier, auquel Thomas Mawe, jardinier du duc de Leeds, mit son nom , afin de le recommander au public. L'accueil que reçut cet ouvrage , dont les éditions se multiplièrent (la 9', Londres, 4782, in-12 de «08 p.), encouragea l'auteur à publier sous son nom un Dictionnaire universel de jardinage il de botanique, in-4". Ce livre fut suivi de plusieurs autres, tels que
l'Art de soigner les jardins fruitiers (the British fruil-gardener), Londres, 1779, in-12; Principes de la taille des arbres à fruits, 1783, in-12; Manière dé hâter la maturité des fruits et des fleurs, 1781, in-12; le Jardin potager, etc., ouvrages qui ont été traduits en plusieurs langues, bien que quelques-uns ne soient que des compilations. John Abercrombie mourut en 1806, à 80 ans. Ses compatriotes reconnaissent que l'art des jardins doit beaucoup à ses travaux et à ses écrits. L.
ABERCROMBY (David), médecin anglais du 17' siècle, a publié quelques écrits sur la maladie vénérienne, sur le pouls, et sur d'autres sujet* médicaux, lesquels ont été recueillis sous le titre iVOpuscula medica hac tenus édita , Londres, 1687, in-12. On lit une analyse de ces ouvrages dans les Art. Lips., 1685, 86, 87. Saxius, qui le qualifie medicus et philalogus, lui attribue un opuscule badin, intitulé : Fur academicusy Amsterdam, 1689, in-12. L.
ABERCROMBY (sir Ralph), général anglais, d'une ancienne famille d' Ecosse, entra de bonne heure au service, en qualité de cornette, dans les gardes du corps; obtint, en 1760, le grade de lieutenant, et fut successivement capitaine de cavalerie» lieutenant-colonel, major général et commandant du 7' régiment de dragons. Employé à l'armée anglaise, sur le continent, en 1793, il se distingua à l'attaque du camp de Famars , le 23 mai , et ensuite devant Dunkerquc. 11 se signala également dans l'affaire de Caicau-Cambresis; reprit le fort Saint-André, sur Ut Meuse, et dirigea une des principales attaques du siège de Yalenciennes. Abercromby commanda l'avant-garde de l'armée anglaise pendant la campagne de 1794; et le duc d'York eut souvent occasion de rendre le compte le plus honorable de sa conduite. Blessé à Nimègue, au commencement de l'hiver de 4795, il dirigea néanmoins la retraite des troupes anglaises, et fut nommé, l'année suivante, commandant en chef des troupes anglaises aux Indes orientales. Il s'embarqua à Portsmouth, au mois de février, et s'empara de quelques établissements français et hollandais. A son retour en Europe, en 1797, il fut fait chevalier de l'ordre du Bain , gouverneur de I'ile de YVighth et lieutenant général, puis envoyé aux Antilles, où, dans le mois d'avril de la même année, il éprouva, sous les murs de Saint-Jean de Porto- Ricco, un échec désastreux pour l'Angleterre, et dont les détails se trouvent dans la relation du siège de celte ville, rédigée par Lcdru. ( r'oy. Voyage aux lies de Ténériffe, elc, 1810, in-8", t. 2.) En 1798, on lui donna le commandement de l'armée anglaise en Irlande, où il montra de l'habileté et de la modération; mais l'insubordination des troupes, les agitations des partis, et les contrariétés de l'administration, ne lui permirent pas de conserv er longtemps ce commandement. 11 repassa en Angleterre, et commanda en 1799, sons le duc d'York, l'expédition contre la Hollande. Abercromby adressa aux amis du slaUioudéral une proclamation qui fit peu d'efTet. Il commandait la gauche à la bataille du 17 septembre, perdue par le duc d'York, à qui l'on
reprocha de n'avoir point assez écouté les avis de ce général, dont le corps avait eu des succès et s'était emparé de Horn. L'armée anglo-russe fut défaite de nouveau, le 2 octobre, et Aberrromby eut deux chevaux tués sous lui dans cette journée. Ces revers ne lui firent rien perdre dans l'opinion publique, et n'empêchèrent pas qu'il ne fut regardé connue l'un des meilleurs ofheiers de l'armée britannique. 11 se retira quelque temps en Écosse, et fut bientôt designé pour commander l'expédition qui se préparait pour la Méditerranée. Tout entier à ses grands desseins sur l'Egypte, qu'occupaient alors les Français, Q refusa de se rendre aux sollicitations du roi de fVaples, qui le pressait de débarquer ses troupes dans ce royaume, où s'étendait le feu de l'insurrection. Ce (ut mars 1801 que la flotte anglaise parut dans la rade d'Aboutir. Le 7, Abcrcromby ordonna le débarquement, et força les troupes françaises qui défendaient la côte à se retirer. Il attaqua d'abord le fort d'Aboukir, dont il s'empara , et marclia ensuite sur Alexandrie, à la téte d'une armée de 16,000 hommes. Il s'avançait avec précaution, couvrant sa marche par des ouvrages et des lignes de défense. Le 21 mars, il fui attaqué dans ses retranchements par l'armée française, sous les ordres de Menou (voy. ce nom). Malgré leur bravoure, les Français furent repoussés sur tous les points. Les troupes revinrent cependant à la charge, et la cavalerie pénétra jusqu'à la seconde ligne de l'infanterie anglaise et de la réserve. Abercromby, qui s'y trouvait avec son élatmajor, fit des prodiges de valeur, et fut ble>sé mortellement. Il eut assez de sang-froid et décourage
Sour cacher sa blessure jusqu'au moment où le son e la bataille fut décidé. Le général Hulchinson prit alors le commandement, et fit poursuivi* les Français, qui abandonnèrent successivement toutes leurs positions. Cette bataille entraîna pour eux la perte de r Egypte, cl confirma la haute opinion que les Anglais avaient de leur général. 11 mourut sept jours après, à bord d'un vaisseau qui le conduisait a Malle. Ses restes furent déposés dans cette ile, à la suite d'une pompe funèbre à la fols simple et touchante. Abercromby avait été deux fois appelé à siéger au parlement comme député du comté de Kindoss; mais il est plus counu par ses services militaires que par ses travaux législatifs. — Deux de ses frères étaient entrés, comme lui, dans la carrière des armes; l'un d'eux fut tué à la bataille de Bunker'shill en Amérique. . B— p.
ABERCROMBY (sir Joii.vRobekt), lieutenant général anglais, né en 1774, embrassa de bon ne heure la carrière des armes, et se trouvait, dès 1790, à la tète d'un corps de troupes anglaises destinées à combattre Tipoo-Safb. Dans le mois de janvier 1791, il envahit les Etats de la reine de Cananore, alliée du sultan, et six mois après il s'établit sur quelques points du royaume de Mysore. Nommé gouverneur de Bombay le 20 octobre 1793, il passa ensuite au gouvernement de Madras, et il eut sous ses ordres toutes les troupes anglaises en deçà et au delà du Gange. Dana la même année, il s'empara des comptoirs que la noDande possédait encore sur la cote du Malabar.