‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 3 sur 129 · S AAR · texte numérisé non relu

S AAR

AAGARD (Christian), poëte danois, ne à Viborg, en I6IG, frère cadet du précédent, fut professeur de poésie à Soroë , [mis à Copenhague, et mourut en 4064. On a de lui quelques poésies latines qui étaient estimées de son temps; elles ont été recueil* lies dans le t. i" des Drlicia quorumdam poetarum danarum Frederici Rosigaard, p. 339, Lugduni Batavorum, «093 , 2 vol. in-I2. Sa vie, écrite par son lils (Sfrm'n) , se trouve dans le même recueil. M— B— rt.

AAGESEN iSvem), connu aussi sous le nom latin Sueno Agonit F. ) , historien danois , florissail en 4180, du temps de l'archevêque Ahsalon, dont il parait avoir été le secrétaire. Il écrivit, par ordre de ce prélat, une histoire du Danemark, sous ce titre : Compendiosa Hisioria regum Vania a Skiulda ad Canulum 17. Cet ouvrage est très-inférieur pour le style à celui de Saxo Grammalicus; mais sur quelques points de critique historique, Svend Aagesen a eu des opinions plus conformes à la tradition des Islandais, adoptée aujourd'hui par les savants du Word. Il ne remonte pas jusqu'à Dan I", roi fabuleux de Saxo. On a encore de lui : Hittoria Irgum easirensium régis fanuti Magni; c'est une traduction latine de la loi dite de WHhcrlag , donnée par Canut le Grand et puhliée de nouveau par Alisalon , sous le roi Canut VI. Aagesen l'a mise en tête d'une notice historique sur l'origine de cette loi. On trouve l'un et l'autre ouvrage dans le recueil intitulé : Suenonts Agonis filii, Chrisiierni nepotis, piimi Ifoniœ gentis hislorici , quœ CTtanl Opumtla. Sleplumut Jubannis Slrphaniux, rx rrluttitfimn codice nirnibraneo Ms, regiœ bibVolhrcns Ilafniensix, primut publiei juris fetit, Sorœ, ttfpis Henrici Crusii, IGÎ2, 222 pages in-8". Dans cet intitulé, il faut, par rryit» bibliolheece , entendre la bibliothèque de l'université de Copenhague. On trouve encore l'Histoire de Danemark de Svend Aagesen insérée avec des notes excellentes, dans les Scriptoresûe Langebeck, t. Ier, p. -12, suiv. La traduction des Liges caitrenses régis Canuli Magni est également imprimée dans les Scriptores, t. 3, p. 139, sqq. M— B— ». AALST. Voyez Aelst.

AARE ( Dihk vais uer), évèque et seigneur d'Utrecht dans le 13e siècle, avait été prévôt à Maastricht. Parvenu à l'épiscopat , il eut bientôt à soutenir une guerre périlleuse contre Guillaume, comte de 1 lollande. qui le battit, le fit prisonnier à Stavoren, et se disposait à le faire transférer au couvent d'Ooslcrzée, lorsque les moines , aidés des habitants de l'évêché d'Utrecht, délivrèrent leur souverain. Celui-ci dissimula d'alxtrd son ressentiment : mais le comte de Hollande ayant été à son tour surpris et fait prisonnier par lecomtedeBrabant, Aare profita ilecettecirconstance pour s'emparer «le plusieurs places de la Hollande. Guillaume étant rentré dans ses États après avoir acheté sa liberté, l'évéquc d'Utrecht fut obligé de lui accorder la paix , qui ne fut pas de longue durée. Le comte de Looz , qui avait épousé la fille «le Guillaume , et qui était devenu son ennemi , n'eut pas de peine à communiquer son ressentiment à Aare ; Ului vendit, pour 1,000 marcs d'argent, l'investiture

I du comté de Hollande , et tous deux se mirent en | campagne pour s'en emparer. Ils eurent d'abord quelques succès ; mais bientôt obligés d'abandonner leurs conquêtes , ils furent réduits à chercher leur sûreté dans les more d'Utrecht. Aare s'empara néanmoins ensuite de Dordrecht, qu'il pilla et réduisit en cendres ; cependant il fut contraint de faire la paix, et de renoncer à tous les projets d'envahissement qui avaient occupé son règne. Il mourut à Dewenler, l'an 1212, après avoir régné I i ans, et fut inhumé i dans la cathédrale d'Utrecht. D — o.

AARON, premier grand prêtre des Juifs, fils d'Amramet de Jochabed, arrière-pet il- fils de Lévi, ] frère de Moïse, et né trois ans avant lui, en Egypte, vers l'an 2130 de la création (1374 ans avant J.-C.). lorsque Dieu voulut affranchir son peuple «le la capj tivitc d'Egypte, il associa Aarou à Moïse pour cette I importante mission ; et les deux frères se rendirent I ensemble auprès du roi d'Egypte pour lui annoncer ' les ordres du Seigneur, ce qui ne fit qu'endurcir encore plus le cœur de ce monarque. Pour le convaincre de la vérité de leur mission , ils furent obliges «l'avoir recours à des prodiges. Aaron cliangea en seront la verge de Moïse ; les magiciens du roi opérèrent le même miracle, mais le serpent d' Aaron dévora tous les autres. Rien de tout celane put ébran- I 1er le nionanjue ; Aaron cliangea alors en sang les eaux «le l'Egypte. On vit naître une multitude de grenouilles , de sauterelles, etc. A la voix de l'envoyé de Dieu , la peste se joignit à tous ces fléaux , et la terre Tut couverte des plus épaisses ténèbres. L'ange du Seigneur frappa de mort tous les premiers-nés des Égyptiens , et il épargna ceux des Israélites. I Pharaon consentit alors seulement à laisser partir les ! Hébreux. Aaron était doué de beaucoup d'éloquence. 1 Dans plusieurs circonstances, ce hit lui qui parla a | Pharaon et au peuple, pour Moïse, qui avait de U peine à s'exprimer. Moïse, allant recevoir sur le mont Sinaïhs tables de laloi.conduisitaveclui Aarou, qu'accompagnèrent Nadabet Abiu, ses lils, et soixante-dix vieillards d'Israël. Dieu se lit voir à eux; nuis Moïse, étant retourné seul sur la même montagne, y demeura pendant quarante jours : les Hébreux, mécontenta de son absence , demandèrent à Aaron de leur faire des dieux qui pussent les conduire et marcher devant eux. Aaron, ne sachant comment résister à une multitude séditieuse, eut la faiblesse de consentir à sa demande; et employant les pendants d'oreilles, ainsi ' que les autres bijoux que les femmes et les enfants lui fournirent , il fil fondre un veau d'or, à l'imitation du lxruf Apis, que les Égyptiens adoraient, et qu'une partie des Hél)reux eux-mêmes avaient adoré en Egypte. Le peuple révéra cette idole comme le dieu qui l'avait délivré de l'esclavage; on lui dressa un autel; on lui offrit des sacrifices, et on dansa autour d'elle. Tandis qu'Israël se livrait à ce culte sacrilège, Moïse descendit de la montagne, et accabla de reproches son frère et les Hébreux. Aaron , qui n'avait été coupable que par faiblesse, essaya de s'excuser : il répondit à son frère que les menaces des Israélites l'avaient effrayé : ««Vous savez, dit-il, «nie « ce peuple est mécliant. » Dieu vit la pureté de m-

Aaron ne fut point compris dans le massacre des rebelles, qui fut exécuté par les enfants de Lévi, armés du glaire exterminateur; 23.<mjo des plus coupables périrent dans le jour D'après la loi de Dieu, que Moïse donna i au peuple, Aaron et ses quatre fils, Nadab, Abiu, Éléazar et Ithamar furent appelés à exercer la suprême sacrificature. Moïse les purifia par l'eau sacrée, et revêtit Aaron deshabillementsde sa dignité, c'est-à-dire d'une robe couleur d'hyacintbe, d'une tunique de lin, de l'épbod, et du rational, ou pectoral, sur lequel étaient gravés les noms des douze tribus d'Israël. L'buile sainte répandue sur la tête d' Aaron , et la mitre dont on le décora , achevèrent la consécration. Sur le devant de la mitre, était une lame d'or où on lisait ces mots : La $ainuié en au Seigneur. Le grand prêtre portait aussi sur sa poitrine les emblèmes appelés urïm et thummim, par ie moyen desquels Dieuavait promisde lui découvrir ses volontés. La dignité à laquelle Aaron venait d'être eievéexcita de grandes jalousies; Coré,qui descendait de Lévi au même degré que lui, et qui jouissait d'une (fraude considération par son âge et ses richesses, voulut lui disputer la sacrificature suprême; mais Dieu l'engloutitdans le sein de la terre avec ses deux complices, Abiron.Datlian. et deux cent cinquante autres qui s'étaient soulevés contre Moïse et Aaron, et les avaient obligés à se réfugier dans le tabernacle. Dieu allait les venger, eu envoyant contre le peuplent! feu dévorant , lorsque, l'eucensoiràlaniaiii, Anmii, se plaça entre les morts et les vivants, et «rbliut la grâce d'Israël. Dieu, pour mieux confirmer le choix qu'il avait fait d'Aarop. opéra de nouveaux prodige* Le grand prêtre lit écrire sur douze verges les notn> des tribus : celui d' Aaron était sur celle de la tribu de U-vi ; on les plaça toutes dans le taJicrnacle, et le lendemain on vit que celle d'Aaron s'était couverte de Heurs et de fruits. Le feu du ciel consuma ensuite l'holocauste d'Aaron ; mais deux des enfants de ce pontife, Kadah et Abiu , ayant mis dans l'encensoir du feu étranger, malgré la défense de Dieu , furent aussitôt foudroyés; et Moïse ne permit point qu'Aaron pleurât ces coupables que le Seigneur avait punis. Les fond ions d'Aaron et de sa famille étaient de garder le sanctuaire, dont ils avaient seuls la permission d'approcher. Eux seuls aussi pouvaient accomplir toutes les cérémouies ({ui se pratiquaient en deçà du voile placé à l'entrée du lieu saint. 11 leur était défendu de boire du \ in ou toute autre liqueur enivrante quand ils devaient entrer dans le sanctuaire. Toutes les offrandes qui n'étaient point destinées à être brûlées sur l'autel leur appartenaient, mais les miles seuls de cette famille avaient le droit d'y participer, et ils étaient obligés de s'en nourrir tlans l'intérieur du lieu saint, (l'oy. Lévj.) La vie d'Aaron n ome plus rien de remarquable jusqu'à sa mort. I>es Israélites, arrives pour la seconde fois à Cadès, étaient sur le point d'entrer dans la terre promise; Aaron soupirait comme les autres après cet heureux événement ; mais Dieu, pour le punir de ce qu'il avait douté de ï, auprès de ce même rocher où il se

frapper pour en faire jaillir une source d'eau, lui signifia qu'il mourrait sans passer le Jourdain. Aaron, résigné â cette volonté sainte, se transporte sur la montagne de Ilor. où Moïse le dépouille des habits pontificaux, dont Éléazar, son fils, est aussitôt revêtu, à la vue de tout le peuple; et Aaron expire entre les bras de son frère à l'Age de 123 ans, en ayant passé 40 dans l'exercice dn .sacerdoce. L'alliance que le Seigneur avait faite avec hii et avec toute sa postérité dans sa personne, à l'exclusion de tout autre , devait durer autant que la nation dont il était la grand prêtre. Les Juifs modernes ont mis le nom d'Aaron dans leur calendrier. Il y eut à Jérusalem quatre-vingt-six grands prêtres depuis Aaron jusqu'à la destruction de temple. Cette dignité était essentiellement à vie; mais lorsque les Romains se furent rendus maîtres de la Juclée. les empereurs en disposèrent â leur gré et la vendirent quelquefois à l'encan. (Foi/. Moïse.) D— t.

AARON (Saint |, fondateur du premier monastère qui ait été élevé en Bretagne , naquit dans cette province, au commencement du 0e siècle. 11 vivait dans l'exercice des vertus chrétiennes , au milieu de sa famille, nouvellement convertie, ainsi que lui, lorstruc St. Malo arriva dans le même pays avec l'intention d'y prêcher la foi. Les deux saints réunirent leurs prédications. Peu de temps après , St. Aaron, ayant assemblé autour de lui plusieurs néophytes , céda a leurs installées , bâtit un monastère et consentit à être leur père spirituel ; il les gouverna avec autant de sagesse que d'édification jusqu'à sa mort, arrivée en 580. On eéléhrait sa fête le £2 juin, dans le diocèse de St-Malo, et il y avait, avant la révolution, une paroisse sous son invocation dans celui de St-Biïeuc. G— s.

AARON, d'Alexandrie, ou AHRON, prêtre et médecin célèbre , florissait vers l'an 022. Dans un ouvrage divisé en 50 livres , connu sous le nom de Pundccta, et écrit en langue syriaque, il a faiblement commenté 1rs ouvrages des médecins grecs. C'est par le secours de ces versions syriaques que les Arabes commencèrent à connaître les ouvrages des Grecs. Le premier qui les ait traduits dans la langue arabe est le médecin Maderjawaihus, Syrien ci juif, qui, vers l'an 683, donna une interprétat ion des Pandeetes. Aaron est aussi le premier qui ait fait connaître, dans un traité en langue syriaque, la petite vérole, que quelques-uns voilent à tort faire remonter jusqu'aux Grecs, et dont quelques autres n'assignent l originc qu'au temps des Arabes. C. et A.

AARON ou H A HOU N, surnommé AI.-RÉCUVD, le Jutle, 5' calife abasside, et l'un des princes les plus célèbres de sa dynastie, naquit à lley, en 148 de rhégirf (TG5-6 de J.-C). Mahdy, son père, confia sa jeunesse aux soins de Yahya le barmécyde. ( Voy. Maiidy et Barmécyde. ) Dès l'année 77». il débute dans la carrière militaire par une expédition contre les Grecs , à <pn il enlève la ville de Samalica , avec un immense butin. Il n'obtint pas moins de gloire dans une seconde expédition qui oit lieu deux ans après. L'impératrice Irène envova contre lui Nicéias, son général. Le fils du calife, dédaignant de se i

avec cel infidèle , fait marcher contre lai Yézyd , son lieutenant, qui met en fuite les Grecs, et tue leur chef. Après cette victoire, Haroun longe le Sangaris a la tête d'une armée de 95,000 hommes , traverse la Bilhynie, et pénètre jusqu'au Bosphore. Ses lieutenants n'obtinrent pas moins de succès. Lachanodracon , le plus habile général grec , fut l»ltu , et trois armées arabes, prèles à se réunir, menacèrent Constanlinople. Irène députa auprès du vainqueur

5 tau race, Antoine, et Pierre, grand maître du palais. A peine ces trois officiers sont-ils arrivés au camp d'Haroun, qu'il les fait jeter en prison, sous prétexte qu'ils n'avaient point de lettres de sauvegarde. Irène , privée de ses conseillers , et livrée à elle-même, se soumit à la loi du vainqueur, et s'engagea à payer un tribut annuel de 70,000 pièces d'or (environ un million), à faire pratiquer des chemins pour le retour de ses ennemis, et à leur indiquer leur route par des colonnes élevées de distance en distance. Au retour de cette expédition, le calife , père d'Haroun , le déclara successeur du premier de ses fils nommé Hady. ( Voy. Hadv. ) Ce calife mourut en 109 de l'hégire (785-6) ; et Haroun, loin de profiter pour usurper le trône de l'absence de son frère, occupé à faire la guerre en Djordjan, le proclama calife, et reçut en son nom le serment de fidélité des troupes. Le mérite éclatant d'Haroun, et la confiance dont l'avait honoré son père, excitèrent la jalousie de Hady. A cette jalousie se joignait un ressentiment particulier : Haroun avait reçu de son père mourant un diamant d'une rare beauté, et le portait à son doigt. Hady, lorsqu'il fut calife , désira le possédei , et le fit demander à Haroun , un jour qu'il se promenait sur les bords du Tigre. Haroun refusa de donner ce gage précieux de la tendresse de son père ; et Hady ayant ordonné qu'on le lui prit par force, il le détacha de son doigt, et le jeta au milieu du fleuve. Ce trait de fermeté ne contribua pas peu à aigrir le calife contre son frère. Il tenta plusieurs fois de le priver de la succession au trône , et n'en fut empêché que par les conseils et l'ascendant de Yahya le barmécyde. Enfin, lassé de l'opposition que ce ministre mettait à ses desseins , et craignant de plus en plus son frère , il ordonna la mort de l'un et de l'autre. Cet ordre allait être exécuté, lorsque le calife mourut lui-même subitement. Cet événemênt sauva la vie à Haroun , et le mit en possession du trône, le 45 de rebyi 4" , 470 de l'hégire ( M septembre 786 de J.-C. ). Dès qu'il y fut monté , il s'acquitta de la reconnaissance qu'il devait à Yahya , et en fit le second fiersonnage de l'empire. Telle fut l'origine de la fortune rapide des Barmécydes. Los talents de ce ministre et les services de ses fils ne contribuèrent pas peu à la splendeur du règne d'Haroun. Ce prince possédait un des plus vastes empires qui aient jamais existé, mais cette étendue même était une source de guerres et de rébellions continuelles. Les provinces orientales étaient livrées aux incursions des peuples voisins; i l'occident, les Grecs auaquaient sans relâche l'empire, déchiré au dedans par la faction des Alydes. (Voy. Ali.) Haroun s'opposa lui-même aux Gras,

tandis que ses lieutenants , et particulièrement Fadhl, fils de Yahya, soumirent les peuples rebelles par leurs victoires , ou par une sage administration. En 701 , il désigna pour son successeur son fils âgé de 5 ans. Ce fut une démarche impolitique d'assurer la couronne à un prince dont il ne pouvait connaître la capacité ; et le peuple, qui la jugea telle , refusa de reconnaître Amyn , et ne donna son consentement que lorsqu'il y fut contraint. En 792 , l'alyde Yahya, qui s'était sauvé dans te Déylem , fut reconnu pour iman par les habitants de cette province. Haroun envoya contre lui Fadhl, fils de Yahya, qui, par une adroite négociation , l'amena à des dispositions pacifiques. Yahya consentit même à se rendre à la cour du calife , s'il voulait lui donner des lettres de sauvegarde écrites de sa propre main et signées de ses principaux officiers. Haroun dissimula , délivra les lettres de sauvegarde, et lorsque Yahya fut à sa cour , il se saisit de sa personne et le fit mourir. Les écrivains orientaux n'ont point cherché à diminuer l'horreur de ce crime , et les poètes osèrent même déplorer daus des élégies l'assassinat de Yahya , et couvrir de honte le prince des croyants. En 797, Haroun marcha sur Moussoul,et, irrité des . rébellions fréquentes des habitants, il fit abattre les murs et les fortifications de cette ville. La même année il rentra dans l'Asie Mineure , enleva Sassaf aux Grecs, et revint chargé d'un riche butin. Il s'acquitta pompeusement du pèlerinage , en 808 , et fit suspendre son testament à la Kaabah. 11 y déclarait Amyn son successeur , et lui donnait la Syrie et l'Iran. Mamoun devait succéder à son frère Amyn , et avait pour apanage Unité la parti* orientale de l'empire. L'apanage de Motassem , son troisième Ois, se composait du Djezyreh, des Tsaghour, de l'Awasim et de l'Arménie. Nicéphore, qui était monté sur le trône de Constantinople , après la chute d'Irène, écrivit à Haroun pour lui redemander les sommes que lui avait payées celte impératrice. Il ne lui laissait point d'alternative entre la restitution ou la guerre , et ses ambassadeurs présentèrent au calife un faisceau d'épées en signe des intentions de leur maître. Haroun écrivit pour toute réponse sur le dos de la lettre : « Haroun , commandeur des « croyants, à Nicéphore, chien de Romain. Fils a d'une mère infidèle, j'ai lu la lettre; tu n'enten- « dras pas ma réponse, tu la verras. » Et rompant en même temps le faisceau d'épées d'un coup de cimeterre : « Vous voyez , dit-il aux ambassadeurs, si « les armes de votre maître peuvent résister aux « miennes; mais, eût-il mon cimeterre, il lui faudrait « encore mon bras. » L'effet suivit de prèsla menace; Haroun traverse une partie de l'Asie , assiège Héraclée , met tout à feu et à sang , et fait trembler le faible Nicéphore , qui s'offre de lui-même à payer un tribut annuel. Haroun accepta sa proposition et se retira. La rigueur de l'hiver qui suivit parut à Nicéphore une occasion favorable pour refuser de payer le tribut. Mais Haroun, bravant la pluie et le froid le plus rigoureux , traverse de nouveau l'Asie Mineure , et vient encore une fois près du Bosphore recevoir le tribul de Nicéphore. Plus avide d'argent que de

conquêtes, il se relira aussitôt après. Nicéphore, plus avare que seasible à l'honneur , tirait avec peine des sommes considérables de son trésor, pour les livrer à son ennemi. 11 rassembla donc toutes les forces de l'empire , se mit à leur téte , et se dirigea sur la Syrie ; Haroun était également entré en campagne à la téte de 135,00)) hommes. Les armées se rencontrèrent près de Crasc, en Phrygie. Les Grecs Turent encore défaits , et Nicéphore reçut trois blessures ; il pava encore une fois le tribut , et Haroun rentra dans ses Etats pour revenir, deux ans après, à la téte de .100,000 hommes, se venger d'une uouvelle agression. Il envoya un corps d'armée jusqu'à Ancyre. Nicéphore, aussi prompt à s'effrayer qu'à manquer à ses promesses , demauda la paix , et l'obtint en payant encore des sommes considérables. Haroun , voulant l'humilier et l'accabler du dernier mépris , l'obligea à racheter sa propre personne par 6 pièces d'or , dont 5 pour sa téte , et 3 pour celle de son fils. Ce dernier tribut flattait plus Haroun qu'une victoire brillante. A peine fut-il de retour dans ses États, que Nicéphore rompit ce traité , en faisant rétablir les forteresses détruites. Haroun revint , prilSébaste, et jura de ne jamais faire la paix avec un aussi vil ennemi. Sans les troubles élevés dans le Khoraçan, et qui exigèrent sa présence , Constanlinople serait peut-être tombé dès lors au pouvoir des musulmans. Mais, en 807, Haroun alla en Khoraçan, dans le dessein de soumettre Reby lien Leits.qui avait secoué le joug de l'obéissance , et s'était emparé de Samarcand. 11 était parti malade de Haccah , où il faisait sa résidence , et il mourut à 'llious , au mois de djoumady, 2', 193 de l'hégire (mars 809), après un régne de 23 ans, et à l'âge de 47 ans. L'histoire des califes ne nous présente aucun règne aussi brillant. «Jamais l'État ne jouit de plus de splendeur « et de prospérité, dit un écrivain arabe, et les bornes « de l'empire des califes ne furent jamais plus rc-

■ culées. La plut grande partie de l'univen était sou-

■ mise à ses lois. L'Egypte même formait une pro- « rince de son empire , et celui qui y commandait

■ n'était qu'un de ses lieutenants. Jamais la cour

■ d'aucun calife ne réunit un aussi grand nombre « de savants, de poètes et de gens du plus haut « mérite. » Haroun eut le bonheur d'être conseillé par de grands ministres , et quoiqu'il faille attribuer a leurs talents l'état brillant de son immense empire, il faut convenir qu'à de grands vices il joignit d'éminentes qualités. Sous son règne, les chrétiens d'Orient n'éprouvèrent point de persécutions. Il aimait les lettres, et admettait à sa familiarité ceux qui les cultivaient. Bon poète lui-même , il avait des connaissances très-étendues en histoire et en littérature. Sa gaieté naturelle avait rendu sa cour l'asile des plaisirs et d'une aimable liberté. Il aimait beaucoup les échecs ; et il assigna des appointements à ceux qui professaient ce jeu. Ce qui peint surtout Haroun et son siècle , c'est qu'il figure dans presque tous les contes inventés par les Arabes. Mais des qualités aussi belles sont flétries par des vices et des crimes impardonnables. 11 manqua de bonne foi envers Irène ; il usa de la plus noire perfidie à l'égard

de Y. i h va . et sacrifia , sans aucune raison , la famille des Barmécydes , à qui il devait une partie de sa gloire. (Voy. Yahya Sa dévotion était feinte, et sa générosité tenait plus à l'orgueil qu'à la grandeur dame. Charlemagne jetait alors le même éclat en Occident , et ces deux princes, dignes de s'apprécier, furent en correspondance. Le calife envoya, en SOT, une ambassade au monarque français avec les clefs du saint sépulcre. Parmi les présenta qu'il lui fit offrir , on remarquait une clepsydre , ou horloge d'eau , regardée alors comme un prodige , un jeu d'échecs, et des plants de légumes et de fruits de différentes espèces , dons inappréciables dans un temps où la France était peu cultivée. Les restes du jeu d'échecs furent déposés, en 4793 , à la bibliothèque nationale, où ils se voient encore. La même bibliothèque possède un petit Coran in-16, écrit en caractères koufyques, sur peau de gazelle, qui a appartenu à Haroun. Amvn, son fils, lui succéda. J— n.

AARON, Ben -Ase'ji, célèbre docteur juif, entreprit de corriger, avec Ben-Nephtali, les exemplaires hébreux de la Bible. Le premier recueillit les diverses leçons des manuscrits d'Occident , et le second, celles des manuscrits d'Orient. Leurs exemplaires , conservés religieusement, l'uu à Jérusalem, l'autre à Babylone, ont servi de modèles à ceux qui ont été faits depuis. Il en est résulté deux sectes parmi les Juifs : celle des occidentaux, qui reconnaît Ben- A m t pour chef , et celle des orientaux , qui suit scrupuleusement Ben-Ncphlali. Du reste, leurs corrections n'ont guère pour objet que des minuties gramma:icales. L'opinion la plus commune les place dans le 10* ou le H' siècle. Comme on croit qu'ils étaient che fs d'académies, et que leurs exemplaires sont les premiers dans lesquels on trouve les poiots-voyelles, on a conclu qu'ils en ont été les inventeurs ; ce qui fournil un argument plausible en faveur de la nouveauté de ces points, que le commun des rabbinistes fait remonter à une plus haute antiquité. T—p.

AARON (Isaac ), né vers le milieu du 1 1' siècle, voyagea dans la partie occidentale de l'Europe , et se retira dans sa patrie sous le règne de Manuel Comnène , dont il était né sujet. Ses voyages le mirent à même de rendre des services à son prince; il devint son interprète pour les langues des différents États qu'il avait parcourus; mais il trahit ses devoirs en révélant les secrets de son souverain aux amlmssadeurs des puissances qui résidaient auprès de lui. L'impératrice découvrit son crime , et il fut condamné à avoir les yeux crevés , ses biens furent confisqués. lorsque Andronic Comnène eut usurpé le trône , Aaron lui conseilla de ne pas se contenter d'arracher les yeux à ses ennemis , mais encore de leur couper la langue, qui pouvait lui nuire davantage. Aaron fut dans la suite victime de cet horrible conseil ; car Isaac l'Ange étant monté sur le trône, en 1203 , lui fit couper celle langue , qui avait conseillé tant de crimes. Cet homme , suivant lesmu-urs du temps , s'occupait de prédictions et de nécromancie. M — T.

AARON- ARISCON, fils de Joseph, rabbin caraîte et médecin, vivait à Constant inople au 43* ri*-

cle. Il était docte interprète de la loi , habile théologien , et l'un des plus illustres écrivains de sa secte. Le rabbin Mardochee, caraïte, dans son livre intitulé Dod Mordachai , ou Notice tur let caraïtet , que Wolfius a publiée avec une version latine , le vanle encore comme grand philosoplte cl cabalisle, comme un homme plein d'honnêteté, d'amour pour la vérité , et vénère ses écrils comme propliéticnies el divins. Ceux qui subsistent sont : 1a un Commentaire sur le Pentateuque, intitulé Machvar, Choiti, qui en effet, dit le docteur Roasi, est choisi, précis, excellent, grammatical et littéral, mais quelquefois allégorique, subtil et obscur; 2° Commentaire tur les premiers prophitet, c'est-à-dire, sur les livres de Jotuc, des Juges, de Samuel, etdesAou; 5° Comme nt/rire «»r /«ne e ( sur les Psaumes ; 4* Commentaire sur Job : ces quatre ouvragesn'ont pasété imprimés ; 5° t7i«/tf Jofi, parfait en beauté, petit, maisexcellenl livre de critique sacrée et de grammaire, très-rare, imprimé in-8u à Constantinople, en 1 381 ; 6° Seder Tefiloth , Ordre de prières selon le rite de la synagogue des caraïles , Venise, 2 vol petit in-4 , 1328 et 1329. En 1713, les raraîles essayèrent de le réimprimer à Venise, mais ne purent y parvenir. La part qu'eut Aaron dans cette espèce de bréviaire caraïte fut d'avoir indiqué l'ordre dans lequel se trouvent toutes les prières relatives aux fêles et aux autres jours, et d'y avoir joint une préface, ainsi que ses Piutim ou hymnes sacrées, qui se trouvent dans la première partie de l'ouvrage. D — t.

AARON- ACHARON , fils d'Elias, rabbin, natif de Nicomédie, vivait vers 1316, et a compose différents ouvrages très-estimes de sa secte. Le premier est Elx Chatm, l'Arbre de la vie, ouvrage philosophique et theologique qui expose les fondements de la religion et la vérité de la loi mosaïque, selon les idées des caraïtes. 2° Gan Kden, Jardin dEden, appelé aussi Se fer Mitsvcoth , livre de préceptes. L'ouvrage contient, en 15 traités, tous les rites el préceptes des earalles. 3° Cheder Tora, Couronne de la loi, commentaire littéral , mais diffus, sur le Pentateuque. VNolser emunim, Gardien de la foi; ce livre, en 11 chapitres, traite des fondements de la loi, et fut composé en 1546. (Juelques-uns lui ont attribue un Commentaire tur Isait , qui n'est pay de lui , mais d'Aaron-Ariscon. D— t.

AARON (Pibtro) , né à Florence vers 1480, fut moine de l'ordre des Porte-Croix (Crosaehieri) de cette ville, et chanoine de Himini. On ignore la date de sa mort . mais on sait qu'il vivait encore en 1345, car il publia, celte année, l'un de ses ouvrages intitulé iMcidario in musica. On connaît de lui: 4" Compendiolo di multi dubbi segreti e trntcnse, intorno al canto fermo e figuralo, da molli ecccllenti eontumati mutiei dichiarate raceolle dall' rccellenle e suinzalo etutore , fraie Pielro Aaron dell' ordine de Crotaehieri, e délia inelila ciltàdi Firentein ifilano per Gio. Antonio da Castiglione; in-8° (sans date). Jean- Antoine Fiaminio, ami de l'auteur, traduisit ce livre en latin el le publia sous ce titre: Li6rï 1res de Intlitutione harmonica.cdili a Petro Aaron Florentine .interprète Jo. Ant. Fiaminio Forocorvclùnsi;Bononim, 1516, in-8*. 2' Trattalo deUa na-

lura e délia eognitione di tutti gli Tuoni nW cnnlo figurato; Venesia, 1525, in-fol. La deuxième édition est de 1527, in-fol. .V II Toscanello deUa Venise, 1523, 1525, 1529, 1539 et 1562, in-fol. Cest le meilleur de ses ouvrages , et c'est celui où les régies du contre-point ont été le mieux exposées jusqu'à Jarlin 4" Lueidario in musica di alctme opinioni anlichee moderne; Venise, IMS, in- J". On ne trouve dans les ouvrages d'Aaron qu'un développement de la doctrine de Tinctoris el de Gussorio; mais ils sont précieux , parce qu'il y a mis beaucoup d'ordre et de

clarté. F T s.

AARON DE BISTRICZ (Pierre-Paul)^ religieux de l'ordre de Saint-Basile, et évèquede Fogaras, siège principal desGrecs-L nis de la Transylvanie, se fit une réputation de sainteté par sa |h< u . et écrivit plusieurs ouvrages en langue va laque ; le plus connu de tous est celui qui a [KMir titre : Definitio et fxordium saur h: el oxumenica synodi ftorentinœ, ex anliqua grwco-tatina editione desumpta ; Balaslalv*, 1762. in-12. M— Dj.

AARON-ABEN-CHAIM, rabbin, naquit dans la ville de Fez. Son vaste savoir, dont Aboab fait un grand i lt.ge dans sa \omotogie, le plaça à la tète des rabbins de sa paîrÎ8^ers le commencement du 17e siècle. Il fut aussi rabbrnîk^ synagogues d'Egypte. I*e désir de livrer sesou\ragèâàJ'impression lui lit entreprendre, en 1609, le voyage .de Venise, où il en publia quelques-uns. 11 mourut péll apr< laissant très-imparfait son Commentaire drsptfmiers prophèles. f-'es ouvrages sont : 1" un Coimni^iaire sur Josué et les Juges, a\ee le texte sacré, sousSe titre de Uv Aaron, Cœur d'Aaron, Venise, 1009, Pire; 2° k'orban Aaron, l'Offrande d'Aaron, commentaire diffus el savant sur le Siffra , ancien commentaire sur le Létilique. 11 parut dans le même format et en la même ville, la même année, el l'auteur y a inséré, sous h litre de Midolh Aaron , Qualités d'Aaron, un commcuuire sur les u-eize façons dont le rahhiu Isniaêl interprète l'Ecriture sainte. Il travailla encore à des commentaires sur le Sifri el le Mclchila, etc. Tous ces ouvrages sont très-eslimés des juifs. V — Ve.

AAROÏVOYVICZ (Isaac), appelé aussi Isaac bm Aaron Prostylt, juif polonais , était imprimeur à Cracovie , où il mourut fort âgé , en 1629. On a de lui quelques ouvrages hébreux, relatifs a la religion juive. Lesédilious les plus remarquables sorties de ses presses sont : 1° /.,■ TaJmud de Ilubylone , (5 vol. in-fol. , une des meilleures éditions que nous avons de cet ouvrage; 2° Scphtr Miruoth , 1330; 3° Açugda ou /' Abrégé du Talmud, 1571 ; 4° Proverbes de Salomon , eu hébreu, avec une traduction allemande en regard, 1587 ; .vie /'/ ntaU ><././■'. eu hébreu et chaldéen, enrichi de notes , 1587 ; 6° Talmutl de Jérusalem , 1609 ; 7° la Bible en hébreu , avec des notes, parRaschi. 1610. A la même époque ( 1617 à 1627 ), Lé»i Bar Abraham Kalonymus publia à Lublin , chez José Bar Israël Oestereicher , une autre édition du Talmud babylonien, en 15 Ml*, d'après celle de Justinicn de Venise ; il ne faut point la confondre avec celle d'Aaronowicz. L'imprimerie de celui-ci , si florissante tant qu'U vécut, '

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dans l'oubli quand elle ne fut plus soutenue par son savoir et par ses richesses. G-ï.

AAHSCHOT [Voyez Aerschot).

AARSSEN (Corneille va.n), seigneur de Spijck, grenier des états généraux de Hollande , d'une ancienne famille du Bradant , naquit à Anvers en 1545. Uobtint, en 4574, lacharge de secrétaire de Bruxelles, et fut non» me pensionnaire en 4584. Dans la même année, on lui confia les fonctions de greflier des étals généraux , qu'il exerça pendaut quarante ans. Son f grand âge et les troubles qui agitèrent la Hollande, en 4624 et en 4625, le forcèrent de renoncer à sa charge. 11 mourut peu de temps après , laissant sa mémoire souillée par sa conduite envers Olden Barnevelt, dont il était devenu l'ennemi. Après avoir défeudu longtemps avec lui les intérêts de sa patrie contre Maurice de Nassau , Aarsseu avait liui par passer dans le parti de ce prince. D-c.

AAHSSEN ( François van), ambassadeur hollandais, fus du précédent, naquit â la Haye, en 4572 Son père le plaça dans la maison du prince d'Orange et sous la direction de Duplessis-Mornay,avec qui il avait des relations d'amitié. Le jeune Aarssen accompagna le prince dans ses voyages. Connaissant bien la langue et les affaires politiques de la France , il fut nommé , eu 1598, par les étals généraux , résident des Provinces - Unies auprès de Henri IV. Ce fut le pensionnaire Olden - Barnevell qui lut lit confier cette mission.jl s'en acquitta avec succès, se fit aimer à la cour de France, et reçut, en 1000, des états généraux et du roi Henri IV, le litre d'ambassadeur. H prit place immédiatement après l'ambassadeur de Venise , et concourut aux négociations difficiles qui amenèrent enfin une trêve de douze ans entre l'Fspagne et les élals généraux, sous la garantie de la France ; mais , après la mort de Henri IV, il entra dans des intrigues de cour. 8 étant uni à plusieurs grauds qui faisaient ombrage à la reine mère, il s'opposa à quelques demandes de Louis \ 1 1 1 , se permit même de publier un libelle contre ce prince , et fut disgracié. Rappelé dans sa patrie eu 4615, sa conduite fut aussi odieuse que celle de son père. H se déclara contre Barnevelt , devint l'âme de tous les projets de Maurice de Nassau , et attaqua le grand pensionnaire dans des écrits pleins d'art et d'éloquence. Ce fut lui qui conseilla la convocation du fameux synode de Dordrechl , on furent condamnés Barnevelt et les principaux adversaires de Maurice. Ce meurtre judiciaire acheva de rendre Aarssen odieux A tous les partisans de cet illustre citoyen. Maurice étant devenu tout-puissant, Aarssen fut nommé, en 4619, ambassadeur auprès de la république de Venise. Pendant les troubles de la Bohème , il remplit plusieurs missions auprès des princes allemands et italiens. En 4620, il lit partie de la dépulation envoyée en Angleterre pour conclure un traité d'alliance, et. l'année d'après, il se rendit en France, chargé d'une mission semblable. 11 gagna l'estime du cardinal de Richelieu , qui , de son temps , n'avait , disait-il , connu que trois grands politiques , Oxensliern, Viscardi et Aarssen. Eu 4040, il passa une seconde fois en Angleterre pour négocier le nta-

riage de Guillaume , Gis du prince d'Orange , avec la fille de Clutrles 1". 11 mourut un an après ce voyage, à l'âge de 69 ans. Aarssen a écrit des mémoires inédits sur ses différentes andnssadcs; ils sont pleins de détails intéressants , et prouvent une grande linessc d'esprit et cette souplesse dont les négociateurs îe font un mérite sans oser la regarder comme une vertu. 1! fut rampant et ambitieux ; on lui reproclte avec raison d'avoir vendu sa plume à Maurice , et d'avoir trop aimé l'argent. 11 laissa à sa mort un revenu de 100,000 liv.— Son fils , Corneille Aarssen , né en 4002, et mort en 1602, rut commandant de Nimèguc et colonel d'un régiment de cavalerie ; il passait pour le plus riche particulier de la Hollande. — Son pelit-lils , qui portait également le nom de Corneille , se rendit puissant à Surinam ; mais s'étaut attiré la haine de ses soldats , il fui massacré par eux en 4088. — Enfin , son arrière-petit fils, connu sous le nom de seigneur de CJiastillon , mourut avec le rang de vice-amiral. G — t.

AAHSSEN (François), seigneur de la Plaate, l'un des petits-fils du précédent, se noya, passant d'Angleterre en Hollande , l'an 4650 , après un voyage de huit ans en divers endroits de l'Europe. On a de lui : Voyage d'Espagne , curieux , historique et politique , fait en l'année 1655, Paris, 4665, h>4°, et 4666, in-4°; en Hollande, 4666, Ut- 12 , édition 1 préférable aux précédentes et contenant quelques : augmentations. Cet ouvrage est aussi imprimé sous ce titre : Voyage d'Etpagne, contenant, entre plu- I sieurs particularité» de ce royaume , trois discours politiques sur Us affaires du protecteur d'Angleterre, la reine de Suètle et du duc de Lorraine, etc. ; Cologne, P. Marteau , 4606 , in-12. A— a— t.

AARTGEN ou AERTGENS, peintre hollandais, né à Lcyde en 1498, fut d'abord cardeur de laine. S'étaut appliqué à la {teinture , il eut pour premier I maître forneille Engelhrechtz. 11 acquit bientôt une ! si grande réputation, que les meilleurs peintres de son temps s'honoraient de son amitié. Franck Floris, ; jaloux (le le connaître, vint d'Anvers àLeyde à cette ' intention. Lorsqu'il s'informa de la demeure d' Aart- | gen , on lui indiqua une misérable petite maison. Il ' s'y rendit ; Aart^eu était absent. Introduit dans son atelier, Fions renouvela le trait d' A pelle , lorsque ce célèbre artiste alla chez Prutogcne ; il prit un charbon et dessina sur la muraille l'évangéliste saint Luc : Aart^en , de retour , s'écria que Floris seul pouvait avoir (ait ce dessin ; et il alla le voir aussitôt. Floris 's'efforça vainement de l'attirer 4 Anvers; Aartgen répondit qu'il aimait mieux sa pauvreté : ce désintéressement s'alliait malheureusement à des habitudes de paresse et de débauche qui lui devinrent fatales : comme il rentrait souvent fort tard , et dans un état d'ivresse, il se uoya un soir dans un canal, A l'âge de 66 ans , en 1564. G — t.

AARTS BERGEN ( Alexandre van dir Kapelle, seigneur de ) , gentilhomme hollandais , naquit vers la fin du 46e siècle, et se fit remarquer, étaui encore étudiant à l'université de Leyde, par son goût pour le travail , et par ses heureuses dispositions G. Vossiua, dans l'éloge d'Erpénius, dit

8 *** que, non coûtait d'étudier avec le plus grand zèle l'histoire et le droit , Kapelle , élève de ce savant , avait appris la langue arabe en quatre mois , dans les heures de récréation. Au sortir des études , il visita différentes contrées , et particulièrement la France, où il demeura quelques années. En 4624 , il fut reçu dans l'ordre équestre du comté de Zutphen, qui le nomma successivement député de la chambre des comptes , et juge du district de Dorsbourg , etc. En 1676, il épousa la fille d'un gentilhomme qui lui apporta en dot la seigneurie d'Aartsbergen , dont il porta dès lors le titre. Les troubles auxquels la Hol- ( lande fut en proie dans les années suivantes lui donnèrent l'occasion de développer ses talents politiques. Lié d'amitié avec le prince Guillaume , il lui parlait avec franchise , et blâmait souvent la témérité de ses entreprises. Effrayée de la masse des dettes nationales , la province de Hollande avait résolu de diminuer l'armée ; le prince Guillaume II et les états des autres provinces s'opposèrent vigoureusement à celte mesure. Aartsl>ergen fut l'âme de ce parti. Dans un manifeste adressé à la ville de Dordrecht , il exhorta avec énergie les Hollandais à se réunir sous la direction du prince Guillaume , auquel ils devaient leur liberté. Des manifestes semblables furent adressés à d'autres villes ; mais Dordrecht n'en cessa pas moins de payer la solde des troupes. Aarlsbergen publia alors un autre mémoire pour engager cette ville à ne pas se séparer de l'union. Wagenaaret d'autres historiens hollandais l'accusent de n'avoir été qu'un aveugle partisan du prince Guillaume , et de lui avoir douné de pernicieux conseils, entre autres celui d'arrêter les membres des états qui s'opposaient a ses projets. Il a réfuté lui-même une partie de ces accusations dans ses mémoires, publiés en 1778 , 2 vol. in-8° , par sou petit-fils Rob. Gaspard van der Kapelle, qui a accompagné l'ouvrage d'une longue préface apôlogéuque. Aartsbergeu est mort à Dordrecht, en 16,16. D-c.

AAKTSEN (Pierre), peintre hollandais, appelé communément Lange Pier , Long-Pierre , à cause de sa grande taille , naquit à Amsterdam , l'an 4507. Placé de bonne heure dans l'atelier d'Allart Klaassen, qui était alors un des plus fameux peintres de cette Tille , il se fortifia sous sa direction , et s'accoutuma surtout à mettre beaucoup de réflexion et de patience dans son travail. A l'âge de dix-sept ans, il se rendit à Anvers , où il perfectionna sa manière , chez Jean Mandyn , qui imitait avec succès le genre de Jérôme Bos : il fut admis , en 1533 , dans la maîtrise des peintres anversois. 11 peignit le plus souvent des objets peu élevés, tels que l'intérieur d'une cuisine , des mets, et autres objets semblables qu'il savait grouper avec art, et qu'il représentaitavec tant de vérité, que peu de peintres ont pu l'égaler dans ce genre. Il peignit cependant aussi plusieurs sujets religieux pour les églises d'Amsterdam , Louvain et autres ; mais il eut la douleur de voir détruire ces tableaux , en 4366 , par suite des troubles religieux. Aartsen soignait moins les tableaux d'une petite dimension que les grands ; la perspecUve et l'architecture lui «aient très-familières; il se plaisait aussi à repré-

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senter des animaux.dont le coloris varié produisait un très-bon effet. Il vendit ses ouvrages à bas prix , et s'occupa fort peu de sa fortune. Il mourut dans sa ville natale , en 4573 , et fut enseveli dans l'église dite Oudekerk , auprès du chœur, où on lit encore son épitaphe. D — o.

ABA , ou OWON, roi de Hongrie, épousa la sœur de St. Etienne, premier roi chrétien de ce royaume, et fut exilé par Pierre , surnommé f Allemand , neveu et successeur de ce prince , qui , s'étant attiré la haine de ses sujets , ne voyait dans Aba qu'un rival dangereux. En effet, Aba étant venu se mettre à la tète des mécontents , fit déposer Pierre , et fut élu roi à sa place, en 4041. Mais il ne répondit point à l'attente de la nation hongroise. Se croyant affeimi sur le trône , il montra les mêmes vices qui avaient occasionné la chute de son prédécesseur. Les Hongrois , irrités , appelèrent l'empereur Henri 111 , qui lit des préparatifs pour aider Pierre à remonter sur le trône. Aba, voulant prévenir l'empereur , fit une irruption en Bavière et en Autriche, qu'il ravagea. 11 revint avec un riche butin; mais, l'année suivante , il fut obligé de restituer ce qu'il avait pris , et en outre de payer une somme considérable pour se soustraire à l'attaque dont il était encore menacé de la part de l'empereur. Se croyant alors affermi sur letrône , ildevint cruel et filmourir cinquante nobles , accusés d'avoir conspiré contre lui. I>a haine de la noblesse envers lui fut encore augmentée par la familiarité qu'Aba accordait aux gens de la plus basse classe du peuple, qu'il admettait souvent à sa table. Les nobles fugitifs, aidés par l'empereur et par le marquis de Moravie, se révoltèrent contre Aba. L'empereur, appelé de nouveau par les mécontents , entra en Hongrie, et , après trois campagnes consécutives , il défit , le 3 juin 4044, près de la Tlieiss , les troupes d'Aha, qui prit la fuite, et fut arrêté presque aussitôt près de Tibisc , et ameiié au roi Pierre , son compétiteur, qui lui fil trancher la tête. Quelques historiens prétendent néanmoins qu'Aba fut tué dans la mêlée par ses propres soldats. Pierre , dit l'Allemand , fut rétabli sur le trône. B — p.

ABACA-KAN, 8* empereur mogol, de la race de Djenguyz- Kan , était fils de Holakou- Kan , à qui il succéda en 6U3 de l'hégire ( 4265 de J.-C. ). Au commencement de son règne , Barkah-Kan , roi de Bokliara, tenta de faire une invasion en Perse par les défilés du Caucase : mais il fut défait par Techmout , frère d'Abaca-Kan. Cette victoire , loin d'effrayer Barkah , lui fit mettre un plus grand nombre de troupes sur pied II se dirigea de nouveau vers l'Adzerbaîdjan. Abaca-Kan, de son côté, s'était mis en défense ; mais au moment où les deux partis allaieut en venir aux mains , Barkah mourut , et ses troupes s'en retournèrent à la hâte. En 4269 , Borac-Oghlan envahit le Khoracan ; Abaca-Kan , prince aussi actif que bon guerrier , marcha contre lui , le rencontra prèsd'Hérat, le mit en fuite, et reprit le Khoraçan, dont il donna le gouvernement à l'un de ses frères. Lorsque Abaca-kan eut repoussé ses ennemis, et qu'il eut , par son bon gouvernement , donné le repos a son empire, il conçut le projet de réduire la Syrie et

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rÉgypte, conquis»-» par Holakou-Kan, et qui s'étaient soustraites à sa dumination. Il y envoya , en 4380, son frère , Mankou-Tymour, avec une année considérable. Ce prince Tut défait par Calaoun , sultan d'Egypte , et forcé de s'enfuir à Bagdad , où il mourut. Abaca-Kan se rendit aussitôt daas cette TiUe pour y taire les préparatifs d'une nouvelle expédition qu'il devait commander en personne ; mais des troubles, qui s'élevèrent dans ses États le forcèrent de retourner à Uamadan. On l'avait soupçonné d'être favorable à la religion des chrétiens. Apres avoir assisté à une cérémonie religieuse, dans une de leurs églises , à Hamadan , il se rendit le lendemain à une fête magnifique à laquelle un seigneur persan l'avait invité : il y fut saisi d'un mal subit , et mourut presque aussitôt , en 680 de l'hégire ( 1282 de J.-C. ). On prétendit qu'il avait été empoisonné et l'on pensa même que son premier ministre n'était pas étranger à ce crime. Abaca-Kan fut un prince juste et bon ; sous son règne , qui dura 17 années lunaires , le peuple et le soldat jouirent d'un bonheur constant : les ruines de Bagdad furent relevées par ses soins. Il réunissait sous son empire le Khoraçan , rAdzerbaïdjan , le Farsistan, les deux Irac, leKhouzisthan, leDyar-Bckir,etune grande partie de l'Asie Mineure. Amed-Kan, son frère , lui succéda. J— N.

ABAD I" | Mohhammed - Ben - Isuael-Abocl- Caci m - 1 ta m , premier roi maure de Séville, de la dynastie des Abadytes, était d'origine syriaque (un de ses ancêtres étant venu d'E messe s'établir à Tocina , sur le Guadalquivir, sous le règne d'Abd-el-Rahman 1"). Possesseur d'un riche héritage, Abad devint, au commencement du II* siècle, un des principaux musulmans de Sévillé. Ses manières populaires et ses largesses lui gagnèrent tous les habitants, qui, fatigués de leurs déchirements politiques depuis la chute des princes ommiades, reconnurent Abad pour leur souverain. Ce prince parvint à assurer sa puissance, et ajouta à son royaume celui de Cordoue, dont il fit périr le roi. Aucun monarque de ce temps-là [n'égalait Abad dans l'art de gouverner les hommes, et ne savait, comme lui, tempérer la sévérité par la douceur. 11 mourut après un règne de 26 aas, l'an 433 de l'hégire (1041 de J.-C.), laissant la couronne à son fils Abou-Amrou-Ben-Abad , qui recula encore les Iwrnes de son royaume , et eut un règne heureux et paisible. B — p.

ABAD III (Mouhammed-Al-Motaiifd- a- l'Allah ben), petit-fils du précédent, succéda, l'an 461 de l'hégire ( 1068 ), à son père, Abou - Amrou, roi de Séville. Abad unissait à l'éclat de la puissance souveraine toutes les qualités de l'esprit et du cœur, un goût éclairé pour les beaux-arts, et surtout pour la poésie qu'il cultivait avec succès. A peine fut-il monté sur le trône qu'il rassembla une armée considérable, reprit Cordoue, s'empara de Malaga et de Murcie , et fit aux chrétiens une guerre longue et active. Maître de Séville et de l'ancienne Cordoue , de l'Estramadure et d'une partie du Portugal, Abad passait pour le plus formidable des rois maures d'Espagne, et le seul qui put inquiéter la Castille . déjà

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puissante à cette époque. Humain et généreux , il s'empressa de donner asile dans ses États a Garde, roi de Galice, que ses sujets avaient laissé sans appui contre un frère ambitieux. Alphonse VI, roi de Castille , après avoir fait la guerre à Abad , rechercha son alliance , et obtint en mariage sa fille Zaîdah , avec plusieurs places importantes pour dot. Cet hymen causa la chute d'Abad. Les petits rois maures, ses voisins et ses tributaires, alarmes de son i alliance avec un prince chrétien, sollicitèrent l'appui de Youçouf-Taehcfyn , roi de Maroc. Celui-ci vint attaquer Alphonse, et le défit en bataille rangée ; de là , tournant ses armes contre le roi de Séville , son ancien allié, il lui enleva Cordoue, et assiégea sa capitale. Il se préparait à donner l'assaut, lorsque Al>ad vint se mettre, avec ses enfants, à la discrétion du vainqueur. Tachefyn le fit charger de clialnes, et l'envoya dans une prison en Afrique, où ses filles furent obligées de travailler de leurs mains pour le nourrir. L'infortuné monarque vécut quatre ans dans cette situation. On a de lui des poésies composées durant sa captivité ; il y consolait ses filles, rappelait sa grandeur passée, et se donnait en exemple aux rois qui osent compter sur la fortune. En lui finit la dynastie des Abadytes, qui avait régné 60 ans sur l'Andalousie. B — p.

ABADIE (d'). Voyez Dabadie.

ABAFFI ou APAFF1 (Michel), fils de Georges Aliaffi , magistrat à Uermanstadt , fut élu prince de Transylvanie en 1661. L'empereur Léopold, qui regardait la Transylvanie comme une barrière utile entre ses Etats et l'empire ottoman, avait fait -élire vayvode, par la diète transylvaine, son protégé Jean Kemeni ; mais Ali-Pacha, qui commandait l'armée turque, forma le dessein de lui donner un antagoniste, et de faire nommer,par les villes qui étaient restées dans les intérêts de la Turquie, un prince qui fût sous la protection immédiate de la Porte. Les députés transylvains désignèrent Michel Abafli qui , par sa prudence et son courage , s'était acquis une considération méritée. Lorsque les envoyés d'Ali se présentèrent au château d'Ebestwalve, résidence de Michel Abaffi, ils le trouvèrent à peine remis des maux qu'il avait soufferts citez les Tartares qui, l'ayant fait prisonnier dans une rencontre, ne lui avaient rendu la liberté que pour une forte rançon. 11 prit avec autant de fermeté que de courage les rênes d'un État dont la possession lui était disputée par un rival puissant , et que soutenait l'Autriche. Mais Kemeni ayant été tué dans une bataille contre les Turcs , près de Schesbourg, le 25 juin 4662, Abafli fut reconnu dans toute ta Transylvanie. La paix de Témeswar, en 1664, lui assura celte souveraineté, sous ta condition toutefois de payer tribut à la cour de Vienne et à la Porte. Il régna alors paisiblement sous la protection de cette dernière puissance, et acquit même les villes de Clausembourg , Zeckelheit et Zatmar. Placé entre les Polonais, les Impériaux et les Ottomans , Abaffi mit toute son adresse à ne mécontenter aucune de ces puissances ; mais croyant ensuite qu'il cuit de ses intérêts de soutenir les rebelles de Hongrie, il déclara ta guerre à TEinpereur.et justifia son agres-

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non par un manifeste qu'il lit répandre dan* toute F Europe en 1 68 1 . Pendant la célèbre campag ne de l'année suivante, il joignit ses troupes à celles de Tékéli, cher des Hongrois révoltés, et seconda Carra-Mustapha, quand il porta le siège devant Vienne. Cependant les succès du duc de Lorraine, qui se rendit maître d'Hermanstadt et d'une prande partie de la Transylvanie , forcèrent Abafli et les principaux Transylvains de reconnaître l'empereur, et de conclure avec son général une convention par laquelle Micliel Abafli conserva son autorité. Il régna ensuite paisiblement jusqu'à sa mort , en avril 1690. 11 aimait les lettres, parlait plusieurs langues, et savait fort bien le latin. B— p.

ABAFFÏ (MlCHEt.) , dernier prince de Transylvanie, (Ils du précédent , naquit en 1677, et succéda à son père , ayant été reconnu par l'empereur Ferdinand III, qui lui donna des tuteurs à cause de sa minorité. Mais sa principauté lui fut disputée par le comte de Tékéli, allié de la Porte. Tandis que le grand vizir Caprogli battait, en 1690, l'année impériale, Tékéli s'emparait de plusieurs places de la Transylvanie; mais l'anarchie qui existait dans l'empire turc empêcha Tékéli de conserver ses conquêtes. Les Impériaux reprirent tout ce qu'ils avaient perdu, et la Transylvanie rentra sous leur domination en 10:)9, par le traité de Carlowitz, sans néanmoins que le jeune Abafli put y régner aux mêmes conditions que son père. Ce prince ayant épousé la lille de Georges Retlilem, comte de Transylvanie, contre la volonté de l'Emi>ercur,qui n'attendait qu'un prétexte pour le dépouiller, fut mandé à Vienne, et contraint de céder tous ses droits de souveraineté pour une pension de 15,000 florins et le titre de prince du Saint- Empire. Abaffi mourut à Vienne le I" février 1713. Depuis cette époque , la Transylvanie est restée sous la puissance de l'Autriche. B — P.

ABAILARD. Le plus illustre représentant de la philosophie scolastique au 12e siècle, l'adversaire de St. Ilcrnard , le savant professeur qui compta parmi ses disciples nn pape et une foule d'évêques, A bai lard a traversé les siècles en héros de roman plutôt qu'en philosophe ; son nom , inséparablement uni à celui d'Héloîse, s'est gravé dans la mémoire comme un symbole poétique de malheur et d'amour. Iji critique moderne a retrouvé les véritables titres de ce nom célèbre, et rétabli le caractère de sa gloire en fixant la place qui lui appartient dans l'histoire de la philosophie. — Pierre Altailard naquit en 1079, à quelques lieues de Nantes, dans le bourg de Palais, dont Bércnger, son père, était seigneur. Bans un de ses écrits, Abailanl nous a laissé des détails intéressants sur les occupations de sa jeunesse. « La na- « turc, nous dit-il , m'avait donné, avec un caractère « léger, une intelligence qui me rendit l'étude trésa facile. Mon père, avant de ceindre l'épéc, avait été « assez bien instruit dans les lettres, et il voulut que « tous ses enfants reçussent une éducation savante « avant d'être formés au métier des armes. » Placé sous la direction de maîtres habiles, le jeune Abailard fit des progrès rapides ; ses succès accrurent son zèle, et il s'éprit pour l'étude d une passion si pro-

fonde , qn'il vouhit s'y livrer sans partage. Il abandonna à ses frères ses droits d'ainesse et d'héritage, « préférant, comme il le dit lui-même, les exercices « de l'esprit et les triomphes de la logique aux tro- « phées des batailles. » — Les matériaux dont l'esprit lui main disposait alors n'étaient pas nombreux ; les débris les plus importants de la civilisation antique n'avaient pas encore été retirés des ruii celées par les barbares; le travail de déblai mencait : quelques déments d'astronomie, de géométrie et d'arithmétique, un peu de grec, quelques poètes latins, le Timée de Maton, traduit par Chalcidhis, les parties de l'Or gamim d'Aristote, traduite» et commentées par Doèee, les Analytiques, les Topiques et la Bivision de ce dernier, rotin l'k tion de Porphyre, tels étaient, à peu de chose les éléments de (a connaissance au 12* siècle. Abailanl eut bientôt épuisé le savoir de ses maîtres et do ses livres; il s'était de bonne heure exercé dans I leetiipie; ce lui fut un arsenal où il puisa les de satisfaire son goût inné pour la polémique et ht disfiute. Le noble clerc « n'avait lait qu'échanger « les armes île la guerre contre celles de la logi- « une ; « aussi porta-t-il dans les luttes de l'école la turimlcnce et la fougue des luttes féodales. Véritable chevalier errant de la philosophie, il s'en allait d'école en école, armé du syllogisme et du dilemme, brûlant de se signaler dans les tournois scolastiques, cherchant de tous cotés des rivaux à combattre et des erreurs à redresser. — A vingt ans environ , il s'en vint à Paris, ofi sa réputation l'avait précédé. Guillaume de Champeaux , archidiacre de Notre- Dame , tenait alors l'école dn cloître avec le plus grand succès. 11 reçut avec distinction Abailard pnnni ses disciples et lui donna même des marques particulières de bienveillance; maïs ce premier sentiment passa vite : son brillant élève lui devint bientôt insupportable. Abailard ne cherchait qu'à embarrasser son maître, lui soumettait ses doutes, proposait des objections, suscitait des discussions qu'il soutenait vivement et sans ménagement ; argumentant à outrance , réfutant , poussant son interlocuteur dans tous les coins de la logique , il lui arrivait souvent de rester maitre du champ de bataille. — La question des universaux était le sujet ordinaire de leurs disputes. Cette question fondamentale se retrouve sous des formes diverses à toutes les grandes époques de la philosophie : elle avait partagé l'antiquité en deux grandes écoles rivales ; Platon et Aristote l'avaient résolue rontradietoirement. Transmise au moyen Age par Porphyre et Boèce avec l'une et l'autre solution, elle fut pour l'esprit humain un nouveau point de départ vers une philosophie nouvelle. Le 11* siècle sut tirer des conséquences nouvelles du problème de Porphyre. Roscelin , l'un des premiers , professa que les universaux , c'est-à-dire les genres et les espèces , ne sont que des mots, et qu'il n'y a de réalité que dans les individus; il allait jusqu'à dire que les parties d'une chose n'ont <ni'une valeur verbale : voilà le nomtnalisme. Ce système, qui dérivait de la

)gle

i péripaletkie nue, ne pouvait se concilier avec le dogme de la Trinité. L'Eglise le comprit, et se rapprocha aussitôt de la solution platonicienne, qui était plus conforme aux principes du christianisme. St. Anselme soutint contre Boscelin que les genres et les espèces existent par eux-mêmes, que les individus, identiquement semblables , ne différent que par les accidents ; de plus, il attribua l'existence à de pures abstractions , par exemple à la couleur séparée du corps coloré : voilà le réalisme. Cette doctrine allait plus loin que Platon et aboutissait au pantltéisme. Le notuinalisme fut vaincu dans cette première renonii f Rubcelin fut condamné par le concile de Soissons, et le réalisme régna a peu prés sans partage jusqu'à l'arrivée d'Abailard 4 Paris. Clumpeaux était le successeur de St. Anselme; le réalisme avait reçu de lui une formule plus précise. Abailard , qui avait étudié sous Koscelin, s'était approprié ses

les avaient décriées. — roicouraifc par un premier: ces, le jeune dialecticien de Palais aspira à devenir mailre lui-même. Il quitta Paris et se rendit à Melun avec l'intention d'y ouvrir une école. Cbampeaux s'efforça de faire échouer ce projet ; nuis Abailard trouva à la cour de puissants protecteurs et obtint la permission d'enseigner. Dés ses premières levons, sa voix fut couverte d'applaudissements. Peu de temps après, il transporta sa chaire à Corbeil, afin, dit-il , d'avoir l'ennemi sous la main et de lui donner de plus rudes assauts. Là encore sa réputation ne ht que s'accroître. Mais l'excès du travail avait altéré sa santé, il tomla malade et fut obligé d'aller respirer l'air natal. — 11 resta deux aimées en Bretagne. Pendant son absence, Guillaume de Cbampeaux avait quitté l'école de Notre-Dame pour se retirer à l'abbayedeSaint-Victor, où il tenait un cours public ( 1 108). Abailard alla se replacer sous sa discipline pour apprendre la rltétorique. Après une trêve de courte durée, il renouvela ses attaques contre le réalisme, et pressa si vivement son adversaire, qu'il le força d'abord à modifier son système, puis à l'abandonner tout à fait. Les talents qu' Abailard avait déployés dans cette lutte et l'éclat de son triomphe exercèrent un tel prestige sur les esprits, que les plus fervents disciples de Champeattx désertèrent son cours ; et l'on vit le professeur qu'il avait mit à sa place dans le cloître descendre de sa chaire pour y faire monter le vaininieur. Ce dernier coup porta à son comble l'irritation de l'archidiacre ; il lit destituer son successeur, qui hit remplacé par un de ses adhérents. Abailard fut obligé de retourner à Melun pour quelque temps. A Paris, on murmurait contreCbampeaux, qui crut devoir s'éloigner. A peine était-il parti, qu' Abailard vint établir son camp sur la montagne Ste-Geneviève, comme pour assiéger celui qu'il appelait son usurpateur. Guillaume nit pourdélivrer son lieutenant: m eu fuite ce qui pouvait rester d'étudiants dans le cloître ; il se vit réduit à fermer son école, et fut peu après nommé évêque de Cl liions.— Abailard se préparait à recueillir les fruits de sa victoire lorsqu'il fut rappelé en Bretagne par une lettre de Luce, sa mère chérie.

son époux, avait pris l'habit; elle se dis-

posait à suivre son exemple et désirait embrasser i fils avant de se séparer du monde. Après la cérémonie, Abailard revint en France et se rendit à Laon pour étudier la tliéologie sous Anselme , qui passait pour le premier maître dans cette science. Il goûta peu ses levons, et le témoignage qu'il a laissé du savoir et de la méthode de cet évêque est loin d'être avantageux. « Ce vieillard, nous dit-il, devait plutôt « à la routine qu'à son génie sa grande réputation. Si « vous alliez le consulter sur quelque difficulté, vous « reveniez plus incertain qu'auparavant. Lorsqu'il al- » lumait son feu, il remplissait sa maison de fumée « sans l'éclairer de lumière. » Aussi le disciple montrait-il peu d'assiduité. 11 proposa un jour à ses compagnons d'expliquer, avec le secours d'un seul commentateur, tel passage difficile de l'Écriture qu'ils voudraient choisir. Ils acceptèrent , espérant jouir de sa confusion, et désignèrent Ézéclùel. Abailard tint liarole. Son explication eliarma tous ceux qui l'entendirent, et il fut prié de la continuer. Il y consentit ; nuis le bruit de ses succès déplut à Anselme, qui lui interdit son école, ne voulant pas, disait-il , preudre sous sa responsabilité les erreurs qui pouvaient éclwpper i son inexpérience. — Loin d'arrêter l'essor du talent, la persécution le pousse à son but. Cnielques jours ■prés sa disgrâce, Abailard rentrait dans I»aris et prenait possession de cette chaire du cloître, depuis longtemps l'objet de son ambition. Jusque-là le vainqueur de Champeaux n'avait Ruére fait que de la polémique; il avait combattu l'un par l'autre le nominalisme outré de Roseelin et le réalisme (untliéiste du successeur de St. Anselme ; nuis ce n'était pas assez que d'avoir réduit ses adversaires au silence : il ne pouvait assurer son triomphe et mériter le titre de chef d'école qu'en élevant sa critique à la hauteur d'un système. Cette tâche difficile, Abailard sut la remplir ; ce fut la seconde partie de son œuvre philosophique. Il y a six ans . on était encore réduit à des conjectures sur la dialectique d'Abailard et sur son argumentation contre les deux écoles qu'il combattit. Si nous pouvons aujourd'hui nous rendre un compte exact de ses opinions philosophiques, c'est à la belle publication de M. Cousin , c'est surtout à la savante introduction aux (ruvres menues u Abattant que nous en sommes redevables ; le passage suivant donnera une idée nette des opinions et du caractère philosophique du péripatilieitn de Palais : « Mais entre ces deux aécoles qui se réfutent et se détruisent réciproque- «ment, quel système élèvera donc Abailard? Un seul «est possible encore. Si les universaux ne sont ni des a choses ni des mots, il reste qu'ils soient des concep- « lions de l'esprit. C'est là toute leur réalité ; niais «cette réalité est suffisante. U n'existe que des indi- « vidus, et nul de ces individus n'est en soi ni genre « ni espèce ; mais ces individus ont en soi des resseni- « blances que l'esprit peut apercevoir, et ces ressem- « blances, considérées seules, et abstraction faite des auiuercnees. lornieni (tes ciioses plus ou moins com- « préhensives qu'on appelle des espèces ou des genres. « Les espèces et les genres sont donc des produits « réels de l'esprit • ce ue sont ni des mots, quoique des

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« nuits les expriment, ni des choses en dehors ou en «dedans des individus; ce sont des conceptions. De « là ce système intermédiaire qu'on a nommé le eon- « ceplualisme. Maintenant quelle est la valeur de cette « solution ? Cette école a-t-elle un caractère qui lui «soit propre? On pourrait avancer que l'école fondée « par Abailard est une brandie nouvelle, un dévelop- « peinent du nominalisme ; développement où les prin- « cipes nominalistes, dégagés des extravagances <pii le «décriaient, ont pu réparai Ire à la lumière, se soute- « nir contre les principes de l'école opposée, et faire « leur chemin àtravers lessiècles. ... Le conceptualisme «en lui-même n'est pas autre chose «ro'un nomina- «lisme plus sage et moins conséquent, v» — L'importance d'une théorie s'établit par les applications qu'elle offre aux grands intérêts du moment. Abailard transporta la sienne dans la théologie , la science par excellence à cette époque, et l'adapta à la démonstration des vérités de la foi. Dans cette carrière nouvelle, sa réputation s'accrut encore, son enseignement jeta un éclat extraordinaire , et les plus célèbres écoles de la France et de la chrétienté furent éclipsées par la sienne. De toutes parts on accourait pour l'entendre : « La Bretagne reculée, la Gascogne, «l'Espagne, l'Allemagne, la Suéde, Borne elle- «même lui envoyait ses disciples; ni la profondeur a des vallées, ni la I (auteur des montagnes, ni la mer, « ni les dangers, ni la longueur des chemins ne les « arrêtaient, » On concours immense se pressait à ses leçons. Les talents du professeur justifiaient pleinement sa grande renommée; il possédait tout ce qu'il faut pour attacher, séduire, subjuguer un auditoire : des idées neuves et hardies, une méthode savante et simple, une rare netteté d'exposition, une argumentation vive, serrée et subtile, une élocution facile et brillante; à tous ces avantages il joignait encore ceux que donnent la naissance, la jeunesse et la beauté : la nature l'avait investi d'une véritable souveraineté sur les esprits et les ctrurs. Autour de sa chaire se pressait sans cesse un concours imntense dont sa parole excitait l'admiration. Tout ce qui se sentait attiré par le désir de connaître se donnait rendezvous à Paris; cette ville commença dès lors à devenir la capitale des intelligences. « De cette célèbre école « sont sortis un pape, dix-neuf cardinaux, plus de ein- « quante évêques ou archevêques de France, d'Angle- « terre et d'Allemagne, et un bien plus grand nombre « encore de ces hommes auxquels eurent souvent af- « faire les papes, les évêques et les cardinaux, comme « Arnaud de Brescia, et beaucoup d'autres (I). » La jeunesse d' Abailard n'avait connu que les distractions et les plaisirs sévères de l'étude; la voix des voluptés s'était vainement fait entendre, le bruit des luttes scolastiqucs l'avait étouffée, et la panthère agile au poil maculé n'avait pu le détourner de la bonne voie; à trente-neuf ans, il n'avait encore reposé sa tête mie sur le chaste sein de la science. Sa sagesse triomphait avec orgueil ; il avait la richesse et la gloire, « lorsque «la fortune lui offrit pour le trahir une occasion plus «favorable, qui devait le renverser des hauteurs de

(») Cniiot.

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« cette vertu sublime ( 1 ) . «Nous laisserons le philosophe raconter lui-même sa défaite : — « 11 existait à Paris aune jeune fille nommée Héloïse, nièce du dianoine « Fulbert, qui l'aimait tendrement et voulait qu'elle a fut instruite dans toutes les sciences. Belle, elle avait ■ encore plus d'esprit que de beauté ; son savoir lui «avait acquis une haute renommée. Elle possédait « toutesles qualités qui captivent un amant: je désirai « lui plaire. Mon nom était célèbre ; j'étais jeune, beau «et fortement persuadé que toute jeune fille que je «jugerais digne de mon amour ne me refuserait pas «son orur.Jeme disais : Héloïse aime la science; je « puis donc lui écrire ; le papier dira bien des choses «que ma boudie n'oserait pas prononcer. Enflammé « d'amour, je cherdiai l'occasion de me rapprocher « d'elle, de la voir dans l'intimité, de la voir cliaque «jour et de la captiver jiar mes entretiens. Quelques- «uns de mes amis engagèrent le clvanoine à me pren- « dre dans sa maison, qui touchait à cdle où je faisais « mes cours. Je prétextai (pie le soin des affaires do- « mestiques nuisait à mes études. Le chanoine était «avare, fier de sa nièce et de son savoir; il se laissa « prendre à l'appât du gain et à l'espoir de profiter de « ma présence pour augmenter l'instruction d'Héloïse; «il accepta. l<a jeune fille fut entièrement confiée à «ma direction, avec prière de lui donner tous les in- «stantsque me laissait l'école ; j'étais autorisé à la voir « à toute heure du jour et de la nuit , et a la châtier «sévèrement si je la trouvais négligente. — C? fut ainsi « que Fulbert livra la tendre brebis au loup affamé, a Ignorait-il donc qu'il donnait pleine licence à mes «désirs, en me fournissant l'occasion d'obtenir au be- «soin par les menaces et les coups ce qui serait refusé «à mes prières? 11 se reposait sur l'innocence d'Hé- « loïse et sur la renommée de ma sagesse I Nous n'eù mes « bientôt plus qu'un ctrur. Nous reelterebimes la soli- « tude qu'exige la sdence, et, loin de tous les regards, « l'amour s'applaudissait de nos retraites studieuses. « Les livres étaient ouverts devant nous, mais il y avait «plus de paroles d'amour que de leçons de sagesse, « plus de baisers que de maximes : mes mains reve- « liaient plus souvent au sein d'Héloîse qu'à nos au- «teurs. Pour éloigner le soupçon, j'allai jusqu'à la « frapper I . . . coups donnés par l'amour et non par la co- « 1ère, par la tendresse et non par la haine , et plus « doux mille fois crue tous les baumes qui auraient pu «les guérir. Que vous dirai-je? Dans notre ardeur, « nous passâmes par tous les degrés de l'amour ; toutes « ses inventions furent mises en œuvre, aucun raffine- « n>ent ne fut oublié. Ces joies, si nouvelles pour nous, «nous les prolongions avec délices, et nous ne nous « lassions jamais. Le plaisir me dominait tellement que «je ne pouvais plus me livrer à la philosophie, ni don- «ner mes soins à mon école. C'était pour moi un mortel « ennui de me rendre à mes exercices. Je faisais mes le- « çon s avec abandon et tiédeur: mon esprit ne produisait «plus rien. Je ne parlais plus d'inspiration, mais de « mémoire ; je me bornais à être l'écho des anciennes « traditions, et s'il m'arrivait de composer des vers,

H) UN. ralnlt.

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«de philosophie (1).» — La nation savante gémissait du changement qui s'était fait dans le maître ; nul n'en ignorait la cause : dans toute la ville, on ne parlait que des amours d'Uéloïse et d'Abailard. Fulbert seul ne savait rien. A la lin, le bruit public parvint à ses oreilles : il sut tout. Qu'on se figure la colère du chanoine et la honte des amants à cette découverte ! Peu de temps après, Héloïse s'aperçut qu'elle était mère. Pour la soustraire aux mauvais traitements de son oncle, Abailard l'enleva, une nuit, et la conduisit en Bretagne, chez sa s<rur, où elle donna le jour à un (ils qu'ils nommèrent Astrolabe. Fulbert était furieux. Abailard, touché de sa douleur, lui offrit d'épouser sa nièce , à condition que le mariage fût tenu secret. C'est qu'en effet, dans ce siècle, le mariage était considéré comme contraire à la dignité d'un philosophe, et incompatible avec le silence et les méditations solitaires qu'exige la science. Le clianoine consentit avec empressement et engagea sa foi. Mais Héloïse refusa d'acheter l'honneur en exposant la gloire de son amant ; les raisons qu'elle lit valoir pour le détourner de son projet sont admirables de dévouement et de tendresse. Abailard refusa d'accepter ce magnanime sacrifice. Héloïse le suivit avec tristesse A Paris. Après une nuit passée en prières dans une église, ils reçurent la bénédiction nuptiale en présence de quelques amis. Les époux se retirèrent séparément et ne se virent plus qu'à de rares intervalles et avec mystère, afin que personne ne pût soupçonner ce qui s'était fait. Mais Fulbert voulut que la réparation fût publique comme avait été l'offense ; et, au mépris de la foi promise , il s'empressa de tout divulguer. Héloïse indignée protesta liautement contre les hruils répandus par son oncle, et Abailard , craignant pour elle la violence de Fulbert, l'envoya au couvent des nonnes d'Argenleuil où elle avait été élevée ; elle y prit l'habit, à l'exception du voile. Le chanoine et ses parents, s' imaginant qu'il la mettait au couvent pour s'en débarrasser, forment aussitôt le projet de punir cette trahison. Ils gagnent un domestique, s'introduisent dans la chambre d'Abailard pendant son sommeil , et exercent sur sa personne une vengeance sans nom. Deux des bourreaux furent arrêtés et mutilés de la même manière. — Paris s'éveilla au bruit de ce tragique événement. Abailard, honteux de lui-même, résolut d'aller cacher son humiliation dans l'ombre d'un cloître. Avant de s'y renfeniMîr, il ordonna à son épouse de prendre le voile à Argcnteuil. Héloïse n'avait pas de vocation pour la vie monastique. Des amis , des parents , jaloux de conserver au monde sa jeunesse, sa beauté, ses talents, s'efforcèrent de l'effrayer par la peinture d'un insupportable supplice , par la perte des joies maternelles ; ils n'obtinrent (pie des larmes, des sanglots, avec ces plaintes de Cornélie : « Illustre époux ! ma • couche n'était pas digne de toi ! Quels droits a vais -je a sur une tête si haute? Pouvais-je former ces nœuds «impies, s'ils devaient faire ton malheur? Reçois aujourd'hui l'expiation volontaire que je l'offre. » Elle marclia en même temps vers l'autel et prit le voile

(t) lli«t. nlamii.

ABA 13

des mains de révêque.— Abailard entra à St-Denis Avant la lin de sa convalescence, les clercs vinrent en foule le solliciter de reprendre ses cours et de consacrer à l'amour de Dieu des talents qui, jusque-là, n'avaient été pour lui qu'un instrument de gloire et de fortune. Les moines, dont il censurait sans ménagement la vie mondaine et les dérèglements, saisirent avec empressement l'occasion de se débarrasser d'un témoin odieux, et joignirent leurs instances à celles de ses disciples. 11 céda et alla s'installer dans une maison dépendante du couvent. Sa parole y attira une si grande foule de disciples , que lo lieu ne suffisait pas à les loger, ni la terre à les nourrir. 11 recommença I a mêler dans son enseignement la philosophie à la religion. Ce fut alors qu'il composa pour ses élèves son Traité sur l'Unité et la Trinité en Dieu, sous le titre d'Introduction à la théologie. Dans cet ouvrage , Abailard appliquait à la démonstration du dogme fondamental des chrétiens des comparaisons tirées de l'ordre humain et philosophique. La Trinité, disait-il, ressemble au syllogisme, où trois propositions distinctes ne forment cependant qu'un seul et même raisonnement. Le livre produisit une vive impression , et fut três-goûlé de ses disciples, « qui prétendaient, assure-t-il, qu'il est inutile de parler pour n'être pas compris, qu'on ne peut croire que ce qu'on comprend, et qu'il est ridicule de voir un homme prêcher aux autres ce que ni lui ni ceux qu'il veut instruire ne peuvent comprendre. Le Seigneur ne se plaignait-il ■ pas que des aveugles conduisissent des aveugles ? n Mais il n'était pas prudent de vouloir expliquer les I mystères. Ses ennemis, ceux dont il avait dépeuplé les écoles, l'accusèrent d'hérésie. A leur tête se signa- | laient par leur acliarnement deux disciples de Champeaux et d'Anselme, Albéricet Lotulfc, qui gouvernaient les écoles de Reims. Il fut traduit devant un concile réuni à Soissons, en 1121, sous la présidence du légat apostolique. En entrant dans la ville, Abui- ; lard faillit être lapidé par le peuple, à qui on avait persuadé qu'il enseignait trois Dieux. Mais la crainte i du danger ne le détourna pas du soin de sa défense. Chaque jour, avant les séances du concile , il I expliquait publiquement le sens orthodoxe de ses I écrits, et tous ceux qui l'écoutaient cédaient au pou- I voir de son éloquence. Les accusateurs étaient fort j embarrassés de leur rôle et ne savaient comment le • convaincre. Le dernier jour, Geoffroi, le saint évêque de Chartres, exhorta les juges à la modération et demanda que l'accusé fût admis à se justifier. Les ennemis d'Abailard s'écrièrent qu'il y avait folie à vouloir le mettre aux prises avec la rhétorique d'un homme dont les arguments et les sophismes triompheraient du monde entier. Cet avis ayant prévalu, Abailard j fut déclaré hérétique sabellien et condamné comme tel, sans qu'il lui fût permis de répondre ni de prononcer un seul mot pour sa défense. Amené en présence du concile, on lui lut sa sentence ; après quoi les évêques le forcèrent à jeter lui-même son livre au feu , et le livrèrent à l'abbé de St-Médard, qui l'emmena prisonnier à son couvent. Cette condamna tion rigoureuse pouvait être juste au fond , car les opinions du professeur sur les universaux ne devaient

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