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rencontra un pauvre qui lui demanda l'aumône; Aidan, n'ayant point d'argent, mit pied à terre, donna au pauvre son cheval avec tout son appareil, et continua sa route à pied. Le roi ayant été informé de cet acte de cliarité un peu bizarre, en témoigna son mécontentement i l'évêque, en lui disant : « Mi- « lord, comment avez -vous pu faire assez peu de « cas de mon présent pour le donner à un pau- « vre? Si cet homme avait absolument besoin d'un « cheval, ne pouvici-vous pas lui en donner un de « moindre valeur ; et s'il n'en avait pas un véritable « besoin, ne pouviez -vous pas le secourir d'une au- « tre manière? » L'évêque lui répondit : « Sire, vous « ne me paraissez pas avoir considéré cette affaire «avec l'attention qu'elle mérite. Est-ce que vous ■ attacheriez plus de prix à l'enfant d'une jument « qu'à un lils de Dieu ? Numquid tibi carior est Me u filius equœ quant ille filius Dei?» Bédé rapporte plusieurs miracles que l'évêque Aidan a opérés pendant sa vie et après sa mort. Le récit qu'il en fait ne doit pas être soumis a une analyse rigoureuse ; mais, parmi ces miracles, il en est un qui mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il peut servir à expliquer un (ait de physique plusieurs fois observé, et encore problématique. Le roi de Northumberland, Oswin, ayant obtenu en mariage la princesse Eanfieda, fille du roi Edwin, qui résidait à Canterbury, chargea un prêtre, nommé Ltta, de se rendre dans cette ville pour y recevoir la princesse, et la conduire dans le Northumberland. Le prêtre devait aller par terre à Canterbury, et revenir par mer ; avant de partir, il alla trouver Aidan, et se recommanda à ses prières pour l'heureux sua-ès de son voyage. Le bon évéque donna à Ltta sa bénédiction, le recommanda à Dieu, et lui prédit qu'à son retour, il serait accueilli par une violente tempête; mais il lui donna une fiole d'huile, en lui recommandant de répandre l'huile sur les vagues de la nier, quand elles seraient le plus agitées, et que ce moyen les calmerait aussitôt. Tout se passa exactement comme l'évêque l'avait annoncé ; la tempête eut lieu, et menaçait le vaisseau d'une destruction inévitable ; mais heureusement la fiole d'huile apaisa tout, et le navire ramena saine et sauve la princesse Eanfieda à son royal époux. On pensera ce qu'on voudra de la prédiction ; mais le récit prouve que, du temps de Béde au moins, on avait connaissance de la propriété attribuée à l'huile de calmer les flou de la mer. Il y a vingt i vingt-cinq ans que Francklin en fît l'observation, et cita plusieurs expériences qui semblaient en garantir la certitude; on se moqua d'abord de cette opinion ; lorsqu'ensuite l'autorité de Francklin, et des épreuves répétées qu'on ne pouvait plus contester, eurent donné à l'observation un degré de probabilité qui embarrassait les incrédules, m se borna à dire que le fait était connu même des inciens, et l'on cita des passages de Pline et de Plutarque où il en était fait mention. Tel a été le sort Je plusieurs découvertes modernes; cependant, la propriété supposée de l'huile a encore besoin d'être soumise à des expériences plus précises que celles qui ont été faites jusqu'ici. Aidan mourut en 651,
et son corps fût enterré dans son église épiscopale de Lindisfame. S — d.
AIGNAN ( Etienne ), écrivain laborieux qui a embrassé presque tous les genres de littérature, depuis la poésie épique jusqu'au pamphlet, naquit i Beaugenry . en 1773, d'une famille de robe, et fit ses études à Orléans. Dès l'âge de dix-neuf ans, il fut nommé procureur général syndic du département du Loiret, ce qui le mit dans le cas de publier des proclamations et de prononcer des discours empreints des opinions les plus démagogiques, notamment à l'occasion de la condamnation d'Hébert et de Danton (34 mars 1794), puis pour la fête de l'Être suprême (4 juin suivant). Les auteurs de la Bibliothèque royaliste, qui, sous la restauration, ont reproduit ces pièces, et prétendu qu'Aignan prenait alors le nom de Brutus, ce qui n'a pas été démenti , auraient dû se rappeler qu'il avait à peine vingt ans quand il cédait à ce fâcheux entraînement. On doit ajouter que, comme ses actions étaient peu d'accord avec ce langage, sa modération réelle le rendit bientôt suspect : il fut incarcéré, conduit à Paris, et renfermé a la Conciergerie. La mort de Robespierre vint le soustraire à une condamnation certaine. Alors il reprit ses fonctions ; et, dans la séance publique tenue par les autorités administratives d'Orléans, sous la présidence du représentant Porcher, depuis comte de Richebourg, le 4 mars 1705, Aignan reçut des témoignages éclatants de l'estime et de la reconnaissance de ses concitoyens. On lit ces paroles dans le procès-verbal : « Il est permis enfin de décerner la « couronne civique au petit nombre d'hommes qui, « sous l'empire de la tyrannie, eurent le courage si « rare d'attaquer ses suppôts : Aignan, tu te dévouas « pour la liberté, pour la patrie ! Ton courage en- « treprit de devancer dans ces murs l'heureuse épo- « que du 9 thermidor I » La municipalité d'Orléans, voulant alors honorer par une fête funèbre la mémoire de neuf citoyens que le représentant Léonard Bourdon avait fait condamner à mort par le tribunal révolutionnaire, dioisit Aignan pour composer les citants destinés à cette cérémonie. Sa pièce- a pour titre : Aux mânes de* victimes d'Orléans ! mélo-drame, 1795, in-tî. Ce n'était pas la première fols que sa muse se consacrait au malheur : l'exécution du roi martyr lui avait, sous les yeux même de ses bourreaux , inspiré une tragédie ; mais, comme l'a observé Auger, dans l'éloge d'Aignan, elle n'était pas destinée pour le théâtre; et le seul triomphe qu'elle pût procurer au poète était la mort sur un échafaud. La Mort de Louis XVI, pièce en trois actes, fut imprimée trois semaines après cette catastrophe, et, dans l'éloge déjà cité, Auger rapporte à ce sujet l'anecdote suivante : « Si Aignan , qui ve- « nait ainsi d'exposer sa tête, n'accrut pas alors le « danger par des confidences indiscrètes , on ne le « vit pas non plus, le péril passé, tirer vanité de sa « courageuse imprudence. Il n'en faisait ni ostenta- « tion ni mystère : il aimait seulement qu'on en fût « informé. Une fois pourtant il céda au désir de s'en « glorifier lui-même. Peu de mois avant sa mort, « dans une de nos séances académiques, il aborda,
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« j'en fus témoin, l'illustre défenseur de Louis XVI, « et lui demanda s'il savait qu'il eût osé le faire agir « et parler dans un drame, et revêtir des formes de « la poésie quelques traits de cette éloquence par a qui l'auguste client eut été sauvé, s'il avait pu « l'être (1). » Cette tragédie prouve mieux que des rétractations officielles quelles étaient les véritables opinions politiques de son auteur. Elle ne prouve pas inoins, par l'absence totale d'entente dramatique et du mérite de style, que les sentiments les plus vertueux ne peuvent tenir lieu de génie. Il s'y trouve cependant quelques vers beureux. Lorsque, après le 18 brumaire, les préfectures s'organisèrent, Aignan devint secrétaire général adjoint de celle du Cber, sous M. de Luçay, qui, deux ans après, nommé préfet du palais impérial , l'emmena à Paris comme secrétaire de ce préfectoral. Celte brillante position ne détourna point Aignan du culte assidu des lettres. De cette époque de sa vie, date une suite de publications qui manifestent, par leur variété, que l'auteur avait pour les genres les plus divers cette aptitude facile qui n'appartient qu'au génie ou à la médiocrité. La traduction des vqyages et des romans anglais était alors une spéculation fort en vogue. Aignan sut l'exploiter avec profit, et voici les traductions qu'il fit paraître , la plupart sous le voile de l'anonyme : 1° Abrégé du voyage de Mungo Park dam l'intérieur de l'Afrique , rédigé à l'usage de la jeunesse, avec des notes et un dictionnaire explicatif et descriptif, Orléans et Paris, 1798, in-12. Il existe des exemplaires datés de 1800 ; mais le titre seul avait été réimprimé pour réveiller le débit du reste de la première et unique édition. 2° Estai tur la critique, poème en trois citants, suivi de deux discours philosophiques, traduit en vers libres ( pour traduction libre en vers), Paris, 1801, in-8°. Cette production fit avantageusement connaître Aignan comme versificateur. 5° L'Amitié mystérieuse, 4802, 5 vol. in-12 4° La Famille de Mourlray, 1802, 5 vol. in-12. 5e Le Fugitif, traduit de l'anglais, de M. Smith, Paris, 1803, 3 vol. in-12. 6° Sigimar, par madame ••*, auteur de Villeroy, Paris, 1803, 3 vol. in -12. 7° Le Ministre de Wakefield, d'Olivier Goldsmitb, Paris, 1803, in-12. C'était la plus estimée des six traductions françaises qui avaient jusqu'alors paru de ce chef-d'œuvre ; mais elle a été surpassée par celle de M. Charles Nodier. Aignan travaillait aussi pour le théâtre : ses opéras de Clisstm, musique de Porta (1802), et de Nephtali, musique de Blangini (1806), ont été mentionnés avec éloge par la classe des beaux-arts dans le rapport pour les
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(I) Noua »tom sons les yeux cette tragédie, formant 32 page* itH»*, avec celle annonce :Â Parit, eket Ut marchands de ».nrfm/«, 1793; et c«Ue épigraphe : J'ai Irauti quelques âmes tensitle* et compatissantes. Que cens-là jouissent dans leur cœsr de la tranquillité que toit leur donner leur façon de penser {Testament de Louis XV| ). La brockure, imprimée &ur de tres-mauTaia papier, le seul que l'on eut alors pour l'impression, porte l'éeasson fieurdeiisè. La Si page contient 4* Fails historique* tur Louis X»7; S* Lettre de Monsuu* a tabkt Fermant (pour Firnuml), confesseur du rai. On doit observer que M. Derthèirtn, alors libraire I Orléans, eot part | cette tragédie r la composition dn plaidoyer de Deseze. Elle fat réimprimée a
pour I; Partit
prix décennaux. En 4804, il avait donné, sur la scène française, Polyxène, tragédie en trois actes et en vers, qui n'eut qu'une seule représentation. Les fonctions qu'il exerçait dans le palais impérial avaient procuré à Aignan la protection du grand maître des cérémonies, Ségur, qui le fit nommer, en 1804, aide des cérémonies , et secrétaire impérial à l'introduction des ambassadeur*. Après le couronnement de Napoléon et de Joséphine , il fut , sous la direction de ce même dignitaire , chargé de la rédaction du texte pour le livre du Sacre de Sa Majesté l'Empereur, etc., de la Description des tableaux et explication des costumes, que, par une erreur bientôt reconnue, l'auteur du Dictionnaire des anonymes avait d'abord attribuée à M. Hochet. Aignan s'acquitta de celle tâche avec beaucoup de soin. Cependant il travaillait depuis longtemps à une traduction en ver» par laquelle il espérait se faire une véritable réputation littéraire : c'était Y Iliade ; mais cette traduction fut peu goûtée par les hommes du monde, qui la trouvaient froidement versifiée ; et encore moins par les savants, qui pouvaient la comparer avec l'original. On faisait de plus au nouveau traducteur le reproche d'avoir emprunté une innombrable quantité de vers (12 à 1,500) a l'estimable, mais froide traduction de Kochefort. Ici , le seul tort d'Aignan était d'avoir fait mystère de ces emprunts , qui sont tout à fait permis à un traducteur ; car, comme l'a dit un critique , « son premier devoir est de traduire « fidèlement et élégamment son modèle : les moyens « n'y font rien. » 11 est vrai que dans la préface de sa seconde édition, publiée en 4819, Aignan s'exécuta de bonne grâce el dit en propres termes : « J'ai « beaucoup profité de l'estimable traduction de M. de « Rochefort. Je lui dois non-seulement des vers en- « tiers ou faiblement altérés , mais la pensée, la « coupe , le mouvement d'un grand nombre d'au- « très, qu'il serait difficile de reconnaître au milieu « des changements qu'ils ont subis. » Que manquet-il à cet aveu pour disculper Aignan de tout reproche de plagiat? D'avoir été mis en téle de la première édition. Et il est assez curieux qu'Auger, qui, en pleine académie, entreprit de défendre Aignan à ce sujet, ait lui-même commis une escobarderie manifeste, en ne taisant pas cette distinction essentielle d'une édition à l'autre. Au surplus, dans la seconde, l'imitateur de Rochefort avait en |«rtie refondu son travail. Le mariage de Napoléon avec l'archiduchesse Marie-Louise , en 4840, et la naissance du roi de Rome, en 4811, lui avaient inspiré deux pièces qui n'étaient pas sans mérite : la première est intitulée : la Vision d'un vieillard dans la nuit du 42 décembre 4791, imprimée au Moniteur du 26 juin 1810; la seconde est une Cantate, mars 1811. La même année, il donna sur la scène française Brunehaut, ou les successeurs de C loris, tragédie en cinq actes, dont la première représentation fut très-orageuse. Elle ne se soutint queltpie temps à la scène que par le jeu de M"e Raucourt , qui faisait le rôle principal. L'auteur avait retouché sa pièce; mais il ne put corriger le vice du plan et l'absence de toute locale Toutefois, on v trouve nueluues scènes
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intéressantes, de beaux vers et de nobles sentiments convenablement exprimés. A la mort de Bernardin de St-Pierre, Aignan fut élu membre de l'Académie française, le 3 mars 1814. Il avait j»our concurrent» MM.Jouy et Baour - Lormian , qui nilminérent, le dernier surtout, contre leur heureux rival. Les journaux se mirent de la partie ; ils attaquèrent vivement cette promotion presque entièrement due au crédit des hauts protecteurs d'Aignan, et à l'influence alors irrésistible à l'Académie d'une coterie dite du déjeuner. Des lors Aignan se vit («rticulièrcmeiit en butte aux attaques du Nain jaune , |>elit recueil périodique dont la hardiesse malicieuse alla toujours croissant jusqu'à la fin de 1815. Il est juste toutefois de remarquer que si, comme écrivain faible et sans couleur, Aignan était fort attaquable, il méritait de l'estime comme homme privé. Plein de douceur, d'aménité , il fut d'autant plus sensible à tant de sarcasmes, que jamais il n'avait tremj)é sa plume dans le Bd. Le 10 avril 1814, après la chute de Napoléon , le gouvernement provisoire le désigna pour faire les fonctions de maître des cérémonies à la réception du comte d'Artois. Depuis cette époque, il rentra dans la vie privée, jusqu'au moment où le retour de Napoléon le rappela aux Tuileries. Ce fut pendant les cent jours, le 18 mai, plus d'une année après son élection , qu'il prit possession du fauteuil académique. Le discours qu'il prononça produisit peu d'effet ; il était empreint de cette médiocrité fleurie qui, sous une plume vulgaire, est le caractère indélébile de tout discours académique. S'il s'étendit beaucoup sur les ouvrages et le mérite littéraire de son prédécesseur, il eut la sage modestie de parler de lui-même le moins possible; et, gardant la môme réserve dans l'éloge obligé du pouvoir régnant, il se contenta d'émettre le vam que la main ferme et puissante qui venait de rendre un libre essor à la parole écrite ne voulût point enchaîner la parole déclamée. C'était demander l'abolition de la censure dramatique. M. Parce val Grandmaison, qui répondit au récipiendaire, parla des travaux de celui-ci avec autant d'urbanité que de franchise. « Quand votre ouvrage s'est produit au grand jour, « lui dit-il , loin de vous irriter contre la critique, « vous en avez profité pour faire disparaître les né- « gligences qu'elle vous reprochait ; vous vous êtes « servi de sa sévérité contre la malveillance ; vous « vous êtes fait un bouclier de ses propres armes, et « maintenant encore vous avez recours à ses con- « seils pour améliorer votre ouvrage par des correc- « tions nombreuses. El pourquoi seriez-vous à l'abri « des traits qu'elle décoche? Les traducteurs de 17- « liade n'ont pas le privilège de son héros, de cet « Achille que Thétis plongea dans le Styx pour le « préserver des mortelles blessures : la critique peut « les atteindre, et quoique trempés dans la source « poétique, ils ne sont point invulnérables. » Après la seconde restauration, Aignan ne hit pas du nombre des académiciens éliminés par ordonnance ; mais il avait perdu sa place à la cour, et il se consacra désormais tout entier à la littérature. On peut se demander pourquoi , tandis que tant d'autres gens
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de lettres conservaient sous le gouvernement royal les avantages dont ils avaient joui sous l'empire, Aignan fut ainsi laissé à l'écart? N'aurait-il pas pu se faire auprès des Bourbons un titre de sa tragédie de Louis XVI ? Ne jiouvait-il pas invoquer un antécédent moins connu, mais aussi honorable? 11 avait, à l'époque de l'assassinat du duc d'Enghien , manifesté, autant qu'on le pouvait alors, sa vertueuse indignation, en publiant, le 21 mars 1804, trois jours après la catastrophe , et dans le même numéro du Journal de» Débalt où se trouvait le texte de la sentence de mort, quelques vers qui ne pouvaient avoir d'autre intérêt que celui de l'allusion, entre autres ceux-ci :
Que le sang d'un héros versé sous nos portiques Ne souille point ma table et dos dieu Toi frapper Annibal I...
Sois l'hôte d'Aunibal, et non son assassin (t).
Plus fidèle que bien d'autres au souvenir de Napoléon son bienfaiteur, Aignan ne fit aucune démarche pour obtenir delà restauration ces faveurs qui étaient alors le prix presque exclusif de l'apostasie. Dans celte position , il se trouva tout naturellement conduit dans les rangs de l'opposition qui, de bonapartiste qu'elle était d'abord, devint libérale par la force des choses. Au commencement de 1816 (3 février), il donna une troisième tragédie qui ne réussit point : c'était Arthur de Bretagne, dont le sujet était tiré de la pièce de Shakspcare qui a pour titre : la Vie et la Mort du roi Jean. Déjà Ducis en avait fait une faible imitation ; mais Aignan n'avait jas même eu le bon esprit d'emprunter à Shakspeare deux scènes magnifiques que le sujet lui indiquait. Malgré le jeu deTalma, de Damas, dcSt-Prix, de M'**» Mars et Duchesnois, car la pièce avait été montée avec un soin tout particulier, les acteurs ne purent l'achever, et le rideau tomba sur ce vers ridicule : Le fer d'un roi, d'un roi, lui traversait le flanc.
Depuis cette époque, Aignan ne tenta plus l'épreuve de la scène et s'adonna exclusivement au genre polémique. 11 fut un des fondateurs et des collaborateurs les plus actifs de la Minent et de la Reiwmmée. Lors de la réunion de cette feuille au Courrier fronçai f, nouvellement fondé par MM. ViUenave et Kératry, le 1" février 4820, Aignan devint copropriétaire de ce journal ; mais il ne fut point admis au nombre de ses rédacteur» ordinaires. Ses articles, toujours correctement écrits, manquaient de relie force de doctrine qui décèle un publiciste exercé, et de cette allure piquante qui place un journaliste au premier rang. Appelé, en 1816, à prononcer, comme juré, sur la conspiration de l'épingle noire, qui n'était guère qu'une intrigue provoquée par la police, Aignan prouva ce que peut dans un procès politique un juge éclairé et indépendant. Par son influence, intervint un verdict qui renvoya absous tous les ac-
(f)Gta vm, io sont ce titra :
fort pm^ne de « M «a
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cusés; puis il publia, sur les débats de cette affaire et sur leur résultat, un écrit dans lequel il développait les motifs de sa conviction et ju&liliait la décision du jury. C'est ici que s'ouvre la série de ses différentes brochures politiques : 1* de la Justice a de la Police, ou Examen de quelque» partie* de l instruction criminelle considérée» dan» leur» rapport» avec le» mœurs H la sûreté des citoyen», Paris, 4817, in -8" : c'est la brochure à laquelle avait donné lieu l'affaire de l'épingle noire. S* De l'État de» protet- UmU m France depuit le 16* tiède jusqu'à no» jour», avec de» note» et des éclaircissement» historique*, Paris, 1817, in-8°. Cet écrit offre des recherches et des anecdotes. Mais plusieurs assertions hai sardées et des erreurs de fait, échappées à l'auteur, prouvent qu'il n'avait étudié la matière que pour faire sa brochure. Les journaux de l'opinion opposée ne manquèrent pas de relever ces fautes avec amertume : la personnalité s'en ntéla. Aignan avait établi une comparaison mal fondée entre la terreur de 1703 et le régne de Louis M \ , Au lieu (f accumuler les preuves contraires, on prétendit qu'un tel rapprochement était indigne d'un Français et d'un académicien. Aignan répondit, dans ta Minerve, qu'il persistait dans son opinion, et annonça qu'il rassemblait des preuves historiques à l'appui de ce qu'il avait avancé. Benjamin Constant prit fait et cause pour son ami ; et comparant la rigueur des mesures adoptées contre les protestants par Louis XIV, non a tous les excès de la terreur, mais seulement aux lois rendues contre les émigrés, il ramena cette question à son véritable point de vue ; ce qui était non pas justifier Aignan, mais le corriger. Au reste, on peut voir dans sa seconde édition (Paris, même année) comment celui-ci essaja de répondre à ses adversaires, et principalement a un très-bon article d'Auger, inséré dans la 12e livraison du Spectateur politique et littéraire. 3° Des Coup» d'État dam la monarchie constitutionnelle, Paris, 1813, in-K" (deux éditions). 4e Réflexion» tur le dialogue du maire d'une petite ville et celui du village voisin (ouvrage de M. Goupil, maire de Nemours), 1819, in-*". 5° Uittoire du Jury, volume in-8°, 1822. Dans cet ouvrage, qui a été traduit en es|>agnol et en allemand (1), Fauteur, voyant partout le jury, en va cliercher l'origine jusque dans les temps les plus reculés ; et il remonte jusqu'au système judiciaire des Juifs, de la Grèce et de Rome. La politique n'absorbait pas tellement Aignan qu'il ne se livrai encore à des travaux littéraires importants, dont voici la liste : 14 Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature ancienne et moderne, ou choix d'ouvrages curieux , traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques, Paris, 1823-1821, 3 vol. in-8°. Cet ouvrage devait avoir six volumes ; la mort de l'auteur en empêcha la continuation. Le but de cette compilation vraiment curieuse était de peindre les mœurs des différentes époques par les écrits contemporains, et de faire voir que les
(I) Dans m. <wm«e périodique miaule Tkemi*, et publie à
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hommes sont plus méchants et plus malheureux à
proportion de leur ignorance et de leurs préjugés (1). 2° Extrait» de» Mémoire» relatif» à t'hittoire de France depuit tannée 1767 jusqu'à la révolution, 2 vol. in-8°, Paris, 1823. Cette date indique un ouvrage posthume. Le tome premier de ce recueil, relatif à l'histoire ecclésiastique de France (jansénistes ou jésuites), est d'Aignan, saur l'introduction. Le second volume, relatif à l'histoire civile, est de M. de Norvins. 5" Œuvres complète» de J. Racine , le» note* de tous le* commentateurs, et de» études sur Racine par Aignan, 6 vol. in-tr\ Le premier volume avait été publié en avril 1824; la publication des autres ne fut pas interrompue par la mort de l'éditeur, dont le manuscrit était entièrement achevé. 4» OEuvret complète» de J-J. Rousseau en 21 vol. in-8°; douze volumes avaient paru avant la mort d'Aignan. Il était collaborateur de la Revue encyclopédique et de la collection publiée, en 1821 et années suivantes , sous le titre de Cheft-d'œuvre des théâtre* étranger*. Il a rédigé, pour la Nouvelle Encyclopédie de M. Courtin, l'article Bardes, dont il a fait tirer à part un certain nombre d'exemplaires. Aignan s'occupait en outre avec ardeur à traduire en vers VOdytsée. Il avait composé une Uittoire ancienne en quatre volumes, laissée en manuscrit, et dont le libraire Audin est propriétaire. Son éloge, comme académicien , a été prononcé deux fois par Auger, secrétaire perpétuel, d'abord aux funérailles, en second lieu le 25 novembre 1824 , à la réception de M. Soumet, son successeur. D— r— r.
AIGNATJX (Robert et Avtoine le Chevameii, sieurs n'). On doit réunir sous le même article ces deux frères, que rien ne put séparer pendant leur vie, et qui confondirent toujours leurs études, leurs travaux et leurs succès. Ils naquirent à Vire, en Normandie, vers le milieu du 16* siècle. I,a protection que François I"* avait accordée aux beaux -arts en répandait le goût jusque dans le fond des provinces. La Normandie se distinguait dès cette époque par son zèle pour les bonnes études ; les deux frères d'Aignan \ en firent d'excellentes. Ils se livrèrent , d'abord à Paris et à Poitiers, à l'étude des lois et de la médecine; mais, abandonnant bientôt des professions qu'ils n'avaient embrassées que par raison, ils revinrent, dans le fond du Bocage normand, cultiver dans la retraite leur talent pour la poésie. Des infirmités longues et douloureuses mirent souvent obstacle à leurs travaux , et avancèrent le terme de leur vie. Tous deux moururent jeunes, Robert à 49 ans, et son frère deux ou trois ans après lui. Les traductions de Virgile et d'Horace en vers français sont les deux ouvrages qui ont le plus contribué à
1 d A * * 11» - mm JL Ju » * A — — — » AnontMhlA AHM ■ ■■■■ -
leur réputation. Ils exécutèrent ensemnie ces entreprises avec beaucoup de zèle , mais avec trop de rapidité. Leur traduction de Virgile est la première complète de ce poète en vers héroïques; et, ce qui
(t) Aogcr, dans l'éloge académique d'Aignan, caractérise ainsi c* travail : « La littérature du mojen âge lai ouvrit ses obaurs arebl- « ves , et on le vit en extraire arec discernement, et présenter M « public étonné, de ce» tieai monument» de la pensée, MM "«it «ignorance a fait des nouveauté*.»
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était rare alors, l'alternative des rimes masculines et féminines y est exactement observée. Elle parut en 1382, in-4«, et fut réimprimée Tannée suivante, in-8° , avec le texte latin ; on trouve , à la suite , la traduction du Moretum , et de quelques autres pièces attribuées à Virgile. La traduction d'Horace des frères d'Aignaux n'a pas le même mérite ; l'esprit , l'élégance et la grâce du favori de Mécènes y manquent absolument. Cette version parut en 4588. On a encore des mêmes quelques poésies diverses , imprimées à la suite d'un recueil de vers à leur louange, publié par leur compatriote Sallières, en 1 vol. in-12. L. K— e.
AIGREFEUILLE ( Charles d' ) , docteur en théologie, et chanoine de l'église cathédrale de Montpellier, vivait au milieu du 18* siècle. Il a laissé : 1° IJisloire de la ville de Montpellier, depuis son origine, I737, in-fol.; cet ouvrage est divisé en 20 livres; il est estimable, quoiqu'il ne soit guère connu que dans le pays à la gloire duquel il a été entrepris. 2* Histoire ecclésiastique de Montpellier, 1739, in-fol.; ce volume fait suite au précédent. Dans les 13 livres de cet ouvrage, l'auteur donne la suite des évéques de Montpellier, l'histoire de ses églises, de ses monastères , de ses hôpitaux , de ses collèges et de son université. La famille d'Aigrefeuille, qui possédait en Languedoc la terre de ce nom , a donné des hommes distingués au clergé et à la magistrature. A. B — t.
AIGREFEUILLE (Fulcraxd-Jban - Josrph- Hyacinthe d' ), conseiller d'Etat, premier président de la cour des aides de Montpellier , naquit eu cette ville le 26 février 1700. La maison d'Aigrefeuille établie en Languedoc s'était divisée en plusieurs brandies . dont une seule subsistait au commencement du 18* siècle. De l'une de ces branches éteintes était sorti l'abbé d'Aigrefeuille , chanoine de la cathédrale de Montpellier, et auteur d'une Histoire civile et ecclésiastique de cette ville (roy. l'article précéd.) Les ancêtres de Joseph -Hyacinthe s'étaient voués constamment à la magistrature; l'on voit en 1595, Pierre d'Aigrefeuille, bisaïeul d'Hyacinthe, conseiller en la cour des comptes de M ontpel I ier : son aïeul occupa le même poste , et brilla beaucoup dans sa province par la délicatesse ci l'agrément de son esprit . Enfin , son père , Jean-Pierre d'Aigrefeuille, fut un magistrat d'un mérite rare. Ses services lui valurent, en 1736, un brevet de conseiller d'État ; et il mourut président honoraire de la cour des aides de Montpellier. Hyacinthe d'Aigrefeuille descendait par sa mère du fameux Jean Duché, chancelier de la faculté de médecine de cette même ville. Après avoir fait de brillantes études et soutenu avec distinction toutes les épreuves alors exigées d'un jeune magistrat, le jeune d'Aigrefeuille obtint, en 1720 la survivance de la charge de président de la cour, dont son père était revêtu. Il n'avait alors que vingt ans ; et, comme il jouissait d'un grand loisir il alla passer trois années à Paris , où il s'adonna avec ardeur à la science métallurgique. De Boze, l'abbé Fraguier, l'abbé Fauvel, dora Rernard de Monlfaucon devinrent ses amis , et
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furent ses guides dans cette science. Rappelé dans sa patrie en 1724 par son père , qui se démit la même année de sa charge de président, Hyacinthe d'Aigrefeuille en prit alors possession , et se fit remarquer par l'assiduité avec laquelle il remplissait ses fonctions. Les discours qu'il prononça aux ouvertures des audienceset dans d'autres occasions lui donnèrent la réputation d'un magistrat éloquent. Possesseur d'une riche bibliothèque formée par son père, il l'augmenta de précieuses richesses métallurgiques, d'abord par l'acquisition du cabinet du P. Vaniére, si connu par son Prœdium Rusticum ; il grossit beaucoup ce trésor savant, et composa sur des médailles, plusieurs dissertations, qui sont restées manuscrites et qui lui valurent, en 1761, le titre d'académicien honoraire de Montpellier. En 1768, dans un vovage qu'il fil à Paris, il y prit place, en la même qualité, dans l'Académie des sciences. Depuis seize ans, il exerçait la première présidence de sa compagnie, lorsqu'il mourut le 30 août 1771, après cinquantedeux ans de magistrature. — Aigrefecille ( marquis d' ), fils du précédent, né vers Tannée 1745, était chevalier de Malte et procureur général à la cour des aides de Montpellier. 11 tenait dans cette ville table ouverte, et passait déjà pour un gastronome aussi aimable que savant dans l'art de bien vivre. Lorsque la révolution éclata, il eut le bonheur d'échapper à la proscription. Cambacérès, devenu second consul après le 18 brumaire, se rappela avec reconnaissance l'accueil bienveillant qu'il avait reçu du marquis d'Aigrefeuille, lorsque lui-même n'était qu'un simple conseiller , fort pauvre , à la cour des aides de Montpellier. 11 admit son ancien procureur général dans le petit cerde d'amis qui formaient sa société intime. D'A igrcfeuille devint en quelque sorte le maître d'hôtel et des cérémonies de cette petite cour, où l'on se piquait de rappeler les manières de l'ancien régime, et surtout de savourer avec une savante recherche les plaisirs de la table. II devint bientôt célèbre dans les annales de la gastronomie. C'est à lui que Grimo-J de la Reynière a dédié la première année de son Almanach des Gourmands, « comme à « l'homme aimable qui possédait l'art si difficile et « si peu connu de tirer le meilleur parti possible «d'un excellent repas (1). » D'Aigrefeuille aimait la bonne chère, mais il l'aimait en convive délicat ; il découpait à merveille, et possédait surtout le talent de laisser tomber , comme involontairement, dans un coin du plat, le meilleur morceau de la pièce qu'il s'était chargé de dépecer. On raconte a ce propos qu'un jour Cambacérès, qui n'était pas moins friand, lui demanda la queue d'une carpe , parce que d'Aigrefeuille avait l'habitude d'y cacher nous ne savons quelle partie de ce poisson , et qui en est , dit-on, le morceau le plus délicat. Si Cornus était la divinité favorite de d'Aigrefeuille, son culte pour ce dieu ne l'absorbait pas tout entier, il était rempli d'obligeance et ne refusait ses services
{() Crimod de U Reynière dans la antres rolnmw de ton « t. 'I se plaît a ruer en exemple le marquis d'Aigrefeuille.
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à personne, surtout aux gens de lettres; il avait de l'esprit, l'usage du monde, une politesse exquise, des reparties heureuses et de l'instruction. Il était petit, gros et rond , sa figure passablement enluminée
Semblait d'ortolans seuls et de bisques nourrie;
il portait une petite épéc, se dandinait en marchant, comme son illustre patron dont il était le fidèle Àchate. Tout Paris eût été surpris, si Cambacérès, qui faisait chaque soir sa promenade au Palais- Royal, fût sorti, sansd'Aigrefeuille. Le second acolyte de l'archichancelier dans ces promenades si régulières était le marquis delà Villevieille, long, sec, maigre, pâle, représentant par son piètre extérieur le gastronome sans argent ; il semblait fait exprés pour former auprès de d'Aigrefeuille un contraste ou plutôt une caricature parfaite. Les événements qui, en 1 8 1 4, amenèrent la restauration ne changèrent pas d'abord les relations intimes qui existaient depuis tant d'années entre d'Aigrefeuille, redevenu marquis et Cambacérès rentré dans la vie privé, mais conservant le titre de duc et une très-belle fortune. Les faiseurs de caricatures n'épargnèrent pas alors l'archichancelier déchu ainsi que ses deux acolytes : tous trois devinrent les héros des croquis les plus divertissants. D'Aigrefeuille avait le bon esprit de rire tout le premier de ces pochades : heureux si jusqu'au dernier moment il lut demeuré fidèle à son patron 1 Mais, tout en fréquentant sa maison, il recevait de la police royale une indemnité pécuniaire pour donner chaque soir le bulletin de ce qui se passait chez l'ex-archichancelier. Cette indemnité n'allait pas à plus de dix louis par mois ; et l'on conviendra que c'était se déshonorer pour une bien modique somme. Cambacérès finit par le savoir : il tarit la source de ses bienfaits envers d'Aigrefeuille, qui mourut en 1818, dans un élat voisin de l'indigence. Ceux qui ont reproché à Cambacérès son ingratitude envers son ancien acolyte ont ignoré cette particularité, que nous tenons de bonne lource. D'Aigrefeuille, à la restauration, avait repris le cordon noir, ce qui donna lieu à celte épigramme :
Eb! quoi, d'Aigrefeuille, est-ce un jeu?
Pour relever ta large mine,
Un cordon noir!... ah! c'est trop peu.
Depuis longtemps à la cuisine,
Tu méritais le cordon bleu. D — R — R.
AIGUEBERRE ou A1QUEBERT (Jean Dumas n' ), mort le 31 juillet 1755, était conseiller au parlement de Toulouse , sa patrie. Il a donné : 1° les troit Spectacles, 1729, in-8». Cet ouvrage est composé d'un prologue en prose; de Polyxène, tragédie en un acte et en vers; de l'Avare amoureux, comédie en un acte et en vers; de Pan et Durit , pastorale héroïque , espèce d'opéra , avec des ballets et des chamrs, dont la musique est de Mouret. Il fut représenté le 9 juillet 1729, avec un grand succès : on en donna au théâtre italien une parodie, sous le titre de Melpomène vengée , et on l'a réimprimé dans le tome 12 du Théâtre Fronçait. Un anonyme publia, en 1759, des Lettre» tur la pièce dei trois Spectacles, in-«. * Le Prince de Noisy, comédie en
trois actes et en prose, avec un prologue, jouée le 4 novembre 1750, non imprimée. 5» Colinelte, parodie de sa tragédie de Polyxène, non imprimée. A. B — t.
AIGUILLES. Voyex Roter.
AIGUILLON (Marie-Madeleine de Vignerot, duchesse d') , fille de René de Vignerot, seigneur de Pont-Courlay , et de Françoise Duplessis , sorur du cardinal de Richelieu , parut à la cour de Louis XIII après la mort de sa mère. Le crédit de son oncle lui fit obtenir la place de dame d'atours de la reine Marie de Médicis. Elle épousa, en 1620, Antoine du Roure de Combalet. Restée veuve sans enfants, madame de Combalet eut beaucoup à souffrir des querelles de la reine mère avec le cardinal de Richelieu. Malgré les prières et même les ordres de Louis XIII, cette princesse renvoya madame de Combalet , et poussa dans la suite la haine jusqu'à vouloir la faire enlever au milieu de Paris. Le roi, informé de celte tentative, déclara qu'il n'aurait pas hésité à aller en Flandre avec 50,000 hommes pour la délivrer. Le cardinal de Richelieu désirait ardemment l'élévation de sa nièce, qu'il aimait tendrement , parce qu'elle avait , comme lui , de la hauteur et de la générosité. Après avoir essayé inutilement de lui faire épouser le comte de Soissous, petit-fils du prince de Condé, il entama de nouvelles négociations pour la marier avec le cardinal de Lorraine. Ce ministre tout- puissant, qu'aucun obstacle n'effrayait, s'engageait à faire rentrer le duché de Bar dans la maison de Lorraine , pour dédommager le prince des biens ecclésiastiques qu'il aurait perdus en renonçant au chapeau. Ce projet ne put réussir ; alors le cardinal acheta pour sa nièce le duché d'Aiguillon, en 1658. Après la mort du cardinal, en 1642, la duchesse d'Aiguillon se jeta dans la plus profonde dévotion ; elle se mit sous la direction de St. Vincent de Paul; et, portant dans cette nouvelle manière de vivre la générosité qui lui était naturelle, elle lit des dons immenses, dota des hôpitaux, fit raclieter des esclaves en Afrique ; et, ne bornant point son intarissable charité à un seul hémisphère , elle fonda l'hôtetdieu de Québec , dont elle dressa elle-même les règlements. Guidée par cette piété ardente , elle engagea en un seul jour pour 200,000 francs de biens , parce qu'on l'avait assurée qu'elle parviendrait, par ce sacrifice, à rappeler à la religion catholique la plus grande partie des ministres protestants. Madame d'Aiguillon mourut en 1675, laissant une haute idée de son esprit et de ses vertus; elle légua le duché d'Aiguillon à sa nièce, Tltérèse de Vignerot, soeur du duc de Richelieu , et lui substitua son neveu , le marquis de Richelieu, dont le petit-fils, de la brandie cadette des ducs de Richelieu, fut déclaré duc d'Aiguillon, par arrêt du parlement, en 1731. L'oraison funèbre de la duchesse d'Aiguillon a été faite par Fléchier (1). h — t
(t) On a pablie a Paris, en 1806, Vlluteire tecrèlt 4u rvrdn&i de Riehelien, ou set ernours ira Marie de Utdtcit et madame 4» <..'.", <::<■! . depuit duekettt fAituitln. L'Miteor anonyme de os petit livre est feo Chardon de la RocbeUe. B. — as.
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AIGUILLON (Armand-Louis de Vionerot- Dcplessis, duc o') , né en 1685, était petil-nevcu de Marie-Madeleine de Vignerot-Duples&is-Richelieu (Voy. AIGUILLON] , et neveu de Thérèse, décédéc religieuse en <70."J, et qui ne fut jamais timlaire du duché d'Aiguillon que lui avait légué sa tante, avec substitution en faveur d' Armand-Louis, dont il s'agit ici. — Lui-même ne fut d'abord connu que sous le titre de marquis de Richelieu ; mais II prit celui de duc d'Aiguillon , lorsque cette pairie eut été rétablie eu sa faveur, en 4751. Il mourut le 31 janvier 1750. C'est à lui, et non à son fils, ministre sous Louis XV, que l'on doit attribuer les publications suivantes: 1° Heeueil de pièce* ehoisie», ra**emblée* jxir le» soin* du rotmopolite, Ancôue, Vriel R...t, 1755, in-4», tiré à sept exemplaires seulement ; il l'avait imprimé lui-même dans sa terre de Verret, près de Tours. Quelques personnes en ont fait honneur ù la princesse douairière de Gonti. C'est une collection des pièces les plus impies et les plus libres connues alors. L'épltre dédicatoire et la préface sont de Moncrif. 8° Suite de la nouvelle Cyropédie, ou Réflexion* de Cyrut tur te* voyage*, Amsterdam (Rouen), 1728, in-8". Le duc d'Aiguillon eut pour collaborateurs de cet ouvrage la princesse de Conli, l'abbé Gréeourl et le P. Vinot, de l'Oratoire. 11 avait épousé, le 42 aont 1748, Anne-Charlotte de Crussol de Florensac. On a de celle dame: 1* une traduction de VÈpilre d'Uéloite à Abailard, de Pope (Paris. 1758, in-89 Tilliard), précédée d'un Abrégé de la vie d' Altailard, par Marin. Fréron, dans le compte qu'il rendit de cet ouvrage, /limée littéraire, 1758, t. -I, dit : « J'ignore de quelle main , ou plutôt de u quel emir, est cette traduction ; je sais seulement « que M. Marin en est l'éditeur. » Fréron était probablement plus instruit qu'il ne voulait le paraître. 2 • Carthon , poème traduit de l'anglais de Macpherson , par madame *** ( la duchesse d'Aiguillon et Marin). Cette dame, qui mourut d'apoplexie dans son bain, en juin 1772, conserva jusqu'à la fin de sa vie une sorte de fraîcheur et de l'embonpoint. Elle avait une physionomie douce et qui prévenait en sa faveur, tellement qu'à la cour on l'appelait la bonne duehe»*e d'Aiguillon, réputation usurpée, si l'on en croit les mémoires du temps , car la maréchale de Mirepoix disait « qu'une caresse de la duchesse « douairière d'Aiguillon était aussi dangereuse qu'une « morsure du duc d'Aven. » /Y. L-D.
AIGUILLON ( Abm and-Vignerot -Di:pi.essis- Riciiemeu , duc d' ) , fils du précédent, naquit en 1720, et parut jeune, avec beaucoup d'éclat, à la cour de Ixmis XV. Ce monarque, épris de la duchesse de Châteauroux , sut qu'elle aimait le duc d'Aiguillon ; voulant éloigner ce rival, il l'envoya à l'armée dTlalic. D'Aiguillon se distingua, en 1742, à l'attaque de Château-Dauphin , où il fut blessé ; mais ce fut moins à ses services militaires qu'à la faveur de la cour qu'il dut d'être nommé successivement gouverneur d'Alsace, et commaudaut de la Bretagne. Protégé par le dauphin, lils de Louis XV, il se montra constamment opposé au duc de Choi- ■eul, alors premier ministre. Il manifesta son opposi-
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lion en se faisant le chef du parti des jésuites, dont ce ministre venait de provoquer la suppression. L'administration arbitraire et malhabile du duc d'Aiguillon excita le mécontentement du parlement de Bretagne ; cette compagnie ayant résisté à quelques édits bursaux, le gouverneur déploya dans cette province un appareil cl une sévérité militaires qui excitèrent contre lui la liaine de la population. En 4758, pendant la guerre de sept ans, les Anglais, ayant fait une descente sur les cotes de Bretagne , furent défaits à St-Casl et forces à se rembarquer. Le danger passé, les Bretons accusèrent d'Aiguillon de les avoir abandonnes au moment de l'action , et de s'être tenu caché dans un moulin pendant qu'on se battait. La Chalotais, procureur général du parlement de Bretagne , se permit à ce sujet des plaisanteries offensantes qui ne se pardonnent point, et écrivit dans une lettre qui eut trop de publicité : « Si notre général ne s'est pas couvert de gloire , « il s'est du moins couvert de farine. » Acharnés contre leur commandant, les Bretons lui reprochèrent son faste, et l'accusèrent d'exaction et d'infidélité. Dans plusieurs provinces, l'autorité militaire, déjà aux prises avec la magistrature, avait eu le dessous; ces succès augmentaient en Bretagne l'audace du parlement ; il informa contre le gouverneur et sollicita son rappel. Le duc d'Aiguillon était en même temps forcé de lutter contre le premier ministre; mais il brava l'orage, et accusa à son tour le procureur général d'un complot tendant à renverser les lois de la monarchie. La Chalotais, poursuivi, emprisonné, enlevé à ses juges naturels et traduit devant une commission, devint l'idole du parti des parlements ; le tumulte redoubla en Bretagne , l'esprit de sédition commença à se manifester, et on insulta à un simulacre de parlement formé par d'Aiguillon. Le |>arlement de Paris prit la défense de la Chalotais et de ses coaccusés, et fit suspendre les pouvoirs de la commission. En 1766 , le parti de la cour obtint un édit qui supprimait la procédure et condamnait les inculpés à l'exil. Cependant les partisans de d'Aiguillon . charmés de sa fermeté, annonçaient qu'on verrait renaître en lui le cardinal de Richelieu son grand-oncle, et l'opposaient sans cesse au parti des Choiseul qui gouvernait alors. Le duc , encouragé par ces éloges , entreprit de dépouiller le parlement et les états du plus précieux de leurs droite, de celui de fixer et de lever l'impôt. Cette tentative porta a son comble l'irritation des esprits et donna lieu à des plaintes plus énergiques. Le gouverneur fut rappelé et l'ancien parlement rétabli. Louis XV, laissant se ranimer une affaire qu'il avait voulu étouffer , parut céder aux plaintes que la magistrature renouvelait contre d'Aiguillon ; le procès fut évoqué au parlement de Paris; et cette cour, s'rtant déclarée contre l'accusé, menaça de le frapper judiciairement. Tout se réunissait pour le perdre ; il recourut alors à la protection de la comtesse Dnbarry, qui venait de succéder a madame de Pompadour. Fort d'un appui si peu honorable, il obtint un ordre du roi qui supprimait la procédure. Le parlement, irrité, parut alors excéder
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les bornes de ses pouvoirs , en anticipant sur son propre jugement , et en rendant , le 4 juillet 1770 , un décret qui déclarait le duc d'Aiguillon « prévenu « de faits qui entachaient son honneur, et suspendu « des fonctions de la pairie jusqu'à son jugement. » La France entière semblait faire cause commune avec le parlement de Paris ; mais , sous ce règne, le caprice (Tune vile courtisane était plus puissant que les parlements et l'opinion publique. Le chancelier Maupeou évoqua l'affaire à la cour des pairs, et Louis XV vint justifier lui-même l'accusé dans un Ut de justice où siégeait d'Aiguillon (4770). Le duc triompha de ses ennemis, qui n'eurent plus à lui opposer que des chansons satiriques. Aidé de la protection de la favorite, il fit enlever du greffe du parlement toutes les pièces de sa procédure , qui fut ainsi anéantie. L'année suivante, il obtint l'exil de Choiseul, et vit enfin son ambition satisfaite par son élévation au ministère. Le département des affaires étrangères lui fut d'abord confié. Un triumvirat, que formèrent ce ministre, l'abbé Terrai et le chancelier Maupeou, changea totalement le système de l'administration. L'autorité royale parut y gagner ; cependant c'est de cette époque que date la fermentation des esprits qui , vingt ans plus tard , entraîna la chute de la monarchie. On ne saurait le nier , jamais hommes d'État n'encoururent plus justement le mépris et la colère d'une nation généreuse et jalouse de son honneur. Tandis que Maupeou supprimait les parlements, et que Terrai remédiait au désordre des finances par là banqueroute, le duc d'Aiguillon laissait s'accomplir l'acte le plus inique des temps modernes, le plus dangereux pour l'équilibre européen, et en même temps le plus honteux pour la France , le partage de la Pologne par la Russie , la Prusse et l'Autriche. A cette nouvelle, Louis XV s'écria : « Si Choiseul eut été ici, le partage n'aurait ■ pas eu lieu. » Ces paroles, dans la bouche d'un tel prince , marquent d'une f
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flétrissure indélébile la politique du duc d'Aiguillon. Tout ce qu'on a pu alléguer pour sa défense, c'est que, tout occupé à disputer au chancelier la plénitude du pouvoir et à se maintenir dans les bonnes grâces de la favorite, et mal servi en même temps par ses agents diplomatiques, surtout par le cardinal de Rohan, son ambassadeur a Vienne, il ignora totalement les projets des trois cours copartageantes , et n'apprit le premier partage de la Pologne que lorsqu'il n'était plus temps de l'empêcher ; ce qui lui eût été d'autant plus facile, que ce ne fut point sans une longue résistance et sans de violents remords que Marie-Tbérèse donna son consentement à une usurpation jusque-là sans exemple. D'Aiguillon ayaut payé à Gustave III, pendant le voyage de ce prince à Paris, une partie des subsides arriérés , il s'attribua l'honneur d'avoir préparé la révolution arrivée en Suède, en 1772, en faveur de l'autorité royale. Ce ministre avait tant d'éloignement pour tous les projets de son prédécesseur , qu'il se déclara contre l'alliance de r Autriche, et affaiblit le pacte de famille qui liait la France à l'Espagne. Peu de temps avant la mort de Louis XV, il réunit le département de la guerre
à celui des affaires étrangères. L'avénement de Louis XVI fut le signal de sa disgrâce. 11 s'attendait à être soutenu par son oncle, le comte de Maurepas ; mais ce ministre ne voulut pas lutter contre la haine publique, et surtout contre celle que la jeune reine portait à d'Aiguillon. Le protégé de M"* Dubarry, dont l'égoïsme cl l'incapacité avaient été si funestes à l'honneur et aux intérêts de la France, alla terminer dans l'exil sa honteuse carrière. 11 mourut oublié et méprisé , laissant la réputation d'un courtisan immoral , plein d'esprit et de dextérité pour l'intrigue, niais dépourvu des qualités qui fout l'homme d'Etat B — p.
AIGUILLON ( ARM AND-VlGKEROT— DUPLESSIS,
duc d'), fils du précédent, était, avant la révolution, colonel du régiment de Royal-Pologne, cavalerie, et commandant des chevau- légers de la garde du roi. 11 fut, en 1789, député de la noblesse d'Agen aux états généraux. Le 25 juin, il alla avec la minorité de son ordre se réunir au tiers état. Dans la fameuse séance nocturne du 4 août, il fut le second a provoquer les gentilshommes à renoncer à leurs privilèges. Accusé d'avoir été l'un des lionunes déguisés en femmes qui excitèrent le désordre à Versailles dans la nuit du 5 au 6 octobre 1789, il repoussa ces accusations; mais ses dénégations ne convainquirent personne, et l'abbé Maury l'apostropha un jour au milieu de rassemblée en lui disant : Taii-toi, salope. Le 4 août, il avait donné, avec le duc de Liancourt, aux agents du parti révolutionnaire, un repas remarquable par sa profusion. 11 fut membre des comités de vérification et de liquidation, puis du comité central pour l'inspection de la salle. Il présenta à la tribune quelques travaux de finance, entre autres un rapport fait à la séance du 8 août sur la situation des recettes et des dépenses, et d'où il résultait que celles-ci surpassaient la recette de 30 millions 800,000 livres. Peu de temps après, il voulut faire transférer au corps législatif la nomination des emplois, et demanda qu'il n'y eût point de destitution sans jugement. Le 4 janvier 1790, il fut élu secrétaire de rassemblée. Le 15 avril, il se prononça pour la création des assignats. Le 15 mai suivant, à l'occasion des armements de l'Espagne coiure l'Angleterre, auxquels la cour paraissait déterminée à prendre une part active, il s'éleva fortement contre la guerre, qu'il qualifia de piège tendu par les ministres à la constitution, et développa, avec une adresse dont on ne le croyait pas capable, les dangers pour un État libre d'un roi guerrier et victorieux ; il insista en conséquence pour que l'assemblée commençât par déterminer à qui du corps législatif ou du roi appartiendrait le droit de paix et de guerre; et dans la discussion qui s'ensuivit, il se prononça pour l'attribution de ce droit à la nation. A la séance du 7 décembre au soir, il répondit â Cazalès qui attaquait la conduite du ministre son père. A la séance du 25 février 1791, après la lecture d une lettre de la municipalité de Moret, qui annonçait qu'elle avait en vain essayé de s'opposer au départ de Mesdames, tantes du roi, et qu'elle avait été obligée de céder à la force, le duc d'Aiguillon de-
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manoa que le ministre de la guerre fût interpellé, pour savoir s'il avait ordonné de fournir une escorte à Mesdames : « Dans ce cas, continua le duc, je le « dénonce comme auteur d'un délit grave, et comme « ayant porté atteinte à la constitution. ■ Quelques jours après, et par suite «le celle affaire, il réclama une loi sur la résidence de la famille royale. Lors de la fuite de Louis XVI, ce fut lui qui présenta à rassemblée la lettre par laquelle le duc d'Aumont l'assurait de son dévouement. Le 13 août, il renouvela la proposition faite précédemment et tendant à décréter que le roi et l'héritier présomptif de la couronne ne pourraient jamais commander les armées. 11 remplaça, au commencement de 1792, le général Custines dans le commandement de l'armée employée dans les gorges de Porentrui. Il resta à cette armée jusqu'après le 10 août. Alors une lettre qu'il écrivait à Barnave, et où l'assemblée était qualifiée d'usurpatrice , ayant été saisie, elle devint le motif d'un décret d'accusation contre lui. 11 sortit de France, fut accusé par Y tard d'être à Londres membre d'une coterie d'émigrés intriguant contre la France , ce qu'il nia par une lettre insérée dans le Moniteur, au commencement de 1793. Après s'être fait remarquer par ses opinions contre le roi, on ne le voit pas sans étonnement traiter d'usurpatrice l'assemblée qui renverse le trône. Pour expliquer cette contradiction, on a prétendu qu'un ressentiment particulier contre la reine avait jeté d'Aiguillon dans le parti démocratique, où son peu d'habileté ne lui permit pas de jouer un rôle supérieur. On ajoute que son patriotisme, quels qu'en eussent été d'ailleurs l'origine et le mobile, échoua tout ù fait lorsqu'il fut question d'appliquer aux colonies les principes de la constitution. Il est certain, au reste, que l'époque de la révision ramena vers la cour une grande partie de la minorité de la noblesse, et que d'Aiguillon perdit dès lors la réputation que lui avaient acquise ses opinions précédentes. A partir de cette époque, il disparut de la scène politique. Pendant son émigration, il liabita longtemps Hambourg avec ses amis les frères de Lameth, et mourut dans cette ville, le 4 mai 1800, au moment de rentrer en France par sa radiation de la liste tles émigrés. M— n j.
AIKIN (Jou.n), médecin et littérateur anglais, né en 1747, à Kibworth, en Leicestershire, était lils d'un instituteur et ministre presbytérien. Destiné de bonne heure à l'art de guérir, il reçut d'abord les leçons d'un opérateur célèbre, C. White, de Manchester, qui lui procura la première occasion de se faire connaître, en insérant parmi ses Observations chirurgicales (Cases in surgery), un essai de son élève sur la ligature des artères. Aikiu s'établit à Chester comme chirurgien : en 1771, il seréimit à sa famille, à Warrington, en Lancashire, et se maria l'année suivante. Une cliaire de chimie et de physiologie lui fut donnée dans l'école que dirigeait son père; mais trouvant peu d'avantages à exercer sa profession, il alla prendre a Leydc un degré en médecine, et revint s'essayer dans un champ plus vaste, à Yarmouth, en Norfolk. Là sa clientèle s'étendit un peu. Il y forma uue société littéraire, et vécut
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heureux au milieu de ses livres et d'honorables amis, jusqu'au moment où le cri de liberté proféré en France commença à retentir dans les Iles Britanniques. Aikin s'était déjà rendu suspect au gouvernement de son pays par l'ardeur qu'il avait mise à faire révoquer, en faveur de ses coreligionnaires, les actes de test et corporation, qui les excluaient des emplois publics. La notoriété de ses opinions, favorables aux idées apj>elées nouvelles, rendit moins tranquille son séjour à Yarmouth, et il crut devoir, en 1792, transférer sa résidence à Londres. Le cercle assez limité de sa clientèle lui avait laissé beaucoup de loisir pour s'adonner à la culture des lettres : sa plume s'exerçait alternativement sur la chimie, la biographie, la morale cl l'art du chansonnier. Il avait publié un grand nombre de productions, recommandables surtout par l'utilité de leur objet, par leur tendance morale, par le naturel, la correction et l'agrément du style, lorsqu'on lui proposa la direction d'un nouvel ouvrage périodique, le Monthly Magazine, qui fut enriclii de ses écrits, depuis 1790 jusqu'en 1800. Il a été l'éditeur et le principal rédacteur d une Biograpliie générale, en 10 volumes in- 1°, dont le premier parut en 1799 et le dernier en 1813. Les divers collaborateurs, Aikin, Enfield, Nicholson, Thomas Morgan, William Johnston et autres, ont puisé leurs matériaux à de bonnes sources, et présenté les faits avec impartialité et simplicité. Leur ouvrage a fourni d'utiles documents aux auteurs de la Biographie universelle. La robuste constitution d'Aikin s'était considérablement affaiblie par des veilles prolongées dans le cabinet et dans le monde, où l'agrément et la sûreté de son commerce le faisaient rechercher. Ses facultés intellectuelles s'altérèrent plusieurs années avant sa mort, arrivée le 7 décembre 1822, à Stoke-Newington. Au nombre de ses amis étaient Priesley, les historiens Henry et Boscoe, et le philanthrope Howard. Presque toute sa famille cultivait la littérature. Sa tille Lucy, à qui l'on doit des mémoires sur la cour d'Elisabeth, a publié des mémoires sur la vie de son père, avec un choix de ses écrits, et un portrait, 1823, 2 vol. in-8°. Bappelons ici ceux des ouvrages d'Aikin que nous n'avons pas mentionnés • Observations sur l'usage extérieur des préparations de plomb. — Observations sur les hôpitaux, trad. en français, parVerlac, 1787, in-12.
— Mémoires biographiques de la médecine dans la Grande-Bretagne , jusqu'au temps d'Harvey, 1780, in-8*. — Une édition, tres-augmentée, de la Maltria mediea de Lewis. — Esquisse de l'économie animale.
— Estai sur la composition des chansons (song-writing), in-12. — Pièces diverses rn prose, conjointement avec sa snur, miss Aikin (depuis madame Barbauld), 1773, in-8°. Cette dame a inséré aussi quelques morceaux dans les deux premiers volumes des Soirées au logis, ouvrage publié par son frère, de 1793 à 1795, en 6 volumes, et dont le succès se soutient toujours. H a été traduit en français, 6 vol. in-12, sur la 12* édition; mie 14* a paru en 1827, 4 vol. — Textes de Chimie; Manuel de chimie, trad. de Baumé.— Essai sur l'application de F histoire
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WuetUeàla peine, in-12. - Le Calendrier de ta nature, «HS. — TraducUon anglaise de Tacite: des Mœurs des Germains et Vie d'Agric ola. 1815, in-8° avec carte. Aikin n'alla pas plus loin, dès qu'il sut què Murphy traduisait le même historien. - England dehnealedy 2 vol. in-8°, système de géographie trèsestime, imprimé plusieurs fais.— Poésies, 1 vol. in-12 — Lettres sur la poésie anglaise, adressées par l'auteur àune deses nièces, 2» édition, 1807, in-12. - Esquisse au caractère et des servîtes publics de John Houar, 1790, trad. en français par Boulard, in-12 —
fïï2 *? Pèrt t T fiU' Sl,r divm relatifs
t ,„ i ofe f a ,a maniè'nc de " dans leinonde, 2 vol., 4795-1799, réimprimées en 1806. CM lettres sont, de toutes les productions d'Aikin,
dnersite de sujets intéressants y sont traités avec beaucoup de sens et de bonne foi. Le père exhorte son fils à ne pas trop craindre de se faire des ennemis : c est en effet souvent le partage de la vertu On en trouve une analyse en français dans un des cah.ers du Spectateur du Aorrf, qui contient aussi J* traduction de quelques morceaux des Mélanges notamment . Recherches sur le genre de malheurs qut exatent des sensations agr éables. — Les Mémoire» ae Uuet, trad. en anglais, avec des notes, 1810 S - Essais liuéraires, 181 1 , in-8->- Vies
de Selden H d l'sher, 1812, in-8».- Les Saisons de Thomson, 1793, in-8"; V Essai sur l'homme, de Pope 1796, m-12; les Poésies de Green, auteur du faC 1790, in-12; les Œuvres poétiques de GoIdZTh] 1796 in-12, ont été enrichies d'essais critiques dus Î<L> !> mtroductionsont été reproduites en
182», dans l'édition des œuvres choisies des poètes anglais - Poésie vocale, ou Recueil de chansons, Londres, 1810 m-8». Aikin avait l'habitude d'écrire, à la lin de cl»a(|ue année, des notes sur les événements historiques; c'est de ces matériaux qu'il composa les Annotes du règne de Georges III, ouvrage dont on a loué 1 impartialité. On en a fait une nouvelle édition on le récit est prolongé jusqu'à ta fin du règne. M. Eyriès en a publié une traduction française. j
i«^,KMAN(GD,LLAUMB'> Peintre écossais, né en 1682. Après avoir puisé les principes de son art dans 1 étude des grands maîtres en Italie, et fait quelque séjour en Turquie, il revint en Ecosse et passa ensuite en Angleterre, où il trouva un généreux protecteur dans le duc d'Argyll. Il est estimé de ses compatriotes pour la grâce et l'élégance de ses compositions. On a conservé de lui, entre autres ouvrages des portraits des personnages les plus dishngues de son temps. Il fat l'ami des premiers portes rte sa nation ; et, quel que soit son rang parmi les artistes, on lui doit de la reconnaissance pour avoir le premier fait connaître et encouragé le mérite naissant du poète Thomson. Aikman rnouruten 1731 . Plusieurs poètes anglais ont célébré dans leurs vers ses talents et ses excellentes qualités. Thomson a rail un poème touchant sur sa mort. S— o AILHAUD (Jean), chirurgien, né à Lourmian r ne doit sa célébrité qu'à la poudre
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purgative qui porte son nom, et dont il se a
^,T,f1r„0nJ.prétend 1"'" en a™< obtenu le se cret de la fille d un chirurgien-major. Ailhaud en fit les premiers essais à Cadenet, petit village de Pro-
™P*>1> h gain d^ce^t a se laire recevoir docteur à Aix. Méconnaissant 1m premiers principes de son art, qui rejette £S Z apphcauons exclusives, il se rangea parmi S char launs, es médecins à spécifiques, efeû récura à toutes les petites menées de Hntrigue plrTsTeî à sa poudre un emploi universel. Il se procura un
cPetVeffet St^Î! 'T ^ "Stt" nvill daiM ,CS Prin«P«le8 villes du
royaume. l«our Iw donner encore plus de vo<me il publ», en 1758, un Traité de l'origine t ei aes effets de la poudre purgative, «i latin et m français. 11 en donna une seconde édition au ï mentée en 1742. Le succès de cette poudre fût £f q« elle lui valut des sommes imni £' quelles ,1 acheta des terres considérables et devSt un des plus grands propriétaires de Provence Toi n en sera pas surpris, quand on saura qu'un naqurt <^e poudre, qu'il vendait un louis, lui coùtait^K
raphia dans ses écrits toutes les maladies A uni. cause unique, et proclama sa poudre (qu?n'éta"! autre chose qu'un mélange de résine, de ILln^ et de su,e) le remède par excellence ; suivant 1^? sape des charlatans, il fit imprimer à la suite de ses ouvrages un grand nombre de lettres des malades qu'il avait séduits. Paris fut aussi tertre dâ ses empiriques travaux. Il mourut à A x, en 1756 à 82 ans -Son fils, Jean-Gaspard A.u, un-C^' tem et, baron de la Pellet, acheta une charge dl
™luT- tZT]ei2
« avait publié : 1» Médecine universelle prouvée f 1 e™"!n'umenl> «• Préci* du traité de J ï?
M. Rarb^u-Rourg, au sujet de la poudre pur J.
W in-12; 5" l'Ami des Malades, Secours hutoriques et apologétiques de la poudre P«rgal,ve, <765, in-12; 4° Traité de cause des maladies, et Manière la piut les guénr par le moyen d'un seul remède, 1776 in-iz (i). q ej ^ •
li.r pI^ÎI70 Ï,erre-To«saint), né' à Montpellier en 1759, embrassa l'état ecclésiastique, et anrés avoir professé la rhétorique ««collège de Mau.auban devint bibhotliécaire de cette ville, où il est mort en 1826. On a de lui : f Apothéose de Thérésine^Z élégiaçpie en cinq chants, Montauban, 1802 inV 2» L hgypdade, poème héroïque en douze chants Toulouse, 4802, in*; nouvelle édit., Paris 1813 m*. Le sujet de ce poème est l'expédition de Bo-
(I) Ou 1 1 dit querelle pon.lr, éuit on mélMfede re,ine de seimmonee e. de *ule Je croU «re sar qu'il „ y tfMrt du pa.n brûle pU|veri«. Quelque Idée qu'on ail de la iZZ d'^l- ;.o4 II M l certain q„e e'«t le médlramenl (ri . to S Voû » IVquiwte d. rbevalier de Boulier, au Mtfpï, Quant a» oomgef qu'on attribue a Ailhaud le 11U, pas un seul n esi de lui il, 12, de se» amis oo de quelques zrles partisans de sa poudre. L Ami du maMrfM^r^exeinpIe^est d'un cure du diocèse d'Autun, qui en dis-
sa paroisse, z.
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napartc en Egypte. L'auteur en a emprunté tout le plan à la Jérusalem délivrée, mais son modèle ne l'a guère inspiré : l'Egyptiade n'est qu'un long et monotone panégyrique dé|>ourvu de pensées poétiques. L'abbé Aillaud voulait ajouter quatre nouveau* cliants à son poème; mais les événements de 1814 étant survenus, il les fil paraître sous le titre de Fastes poétiques de la rénAulion française, Montauban, 482», in-»8. 5° Cléopùire à Auguste, liéroïde, Mon* tauban, 4802, in-8*. 4« Le Nouveau Lutrin, ou le§ Banquettes, poème liéroï-comique en huit citants, ibid., 1803, in-8°. 3° LeTriomphe de la révélation, poème en quatre cliants, ibid., 4815, in-80. 0" Les Argonautes de l'humanité, en deux chants, ibid., 4817, in-8". 7° Jean-Jacques Rousseau dévoilé, ou réfutation dt son discours contre les sciences et les lettres, ibid., 4817, in-80de54 pages. S". Tableau politique, moral et littéraire de la France, depuis le règne de Louis le Grand jusqu'en 4815, renfermé dans le dévelopjïemenl de cette question : Quels ont été les effets de la décadence des mœurs sur la littérature française ? Montauban et Paris, 4825, in-8D. li° La Nouvelle titnriade, poème béroïque en douze citants, dont le premier seulement a paru, Montauban, 4820, in-8» de 3(1 pages. Cet essai est précédé d'observations sur ta llenriade de Voltaire, que l'abbé Aillaud trouve très-défectueuse dans le plan et dans l'exécution, ce qui l'avait déterminé à refaire entièrement ce poème. On a encore de lui une traduction en vers de quinze odes d'Horace. Z.
A1LLY .l'iHuih n'), cardiual, surnommé l'aigle des docteurs de la France, et le marteau des hérétiques, naquit à Gompiègne, en 4350, d'une famille obscure, et s'éleva, par son mérite, aux premières dignités de l'Église. Admis comme boursier au collège de Navarre, il s'y distingua, et publia, avant l'Age de trente ans, des traités de philosophie, suivant les principes des nominaux, dont les disputes avec les réaux agitaient alors tous les esprits. Reçfl docteur en 4380, et grand maître du collège de Navarre quatre ans après, il forma dans cette école les Gerson et les Cléinangis. Chargé ensuite d'aller plaider à Avignon, devant le pape Clément VII, la cause de l'université de Paris contre Jean de Monteson, et d'exposer les motifs de la conduite qu'elle avait tenue dans l'afTaire du schisme , il s'en acquitta avec un tel succès, qu'à son retour il fut fait chancelier de l'université, aumônier et confesseur de Charles VI. Ce roi l'ayant envoyé vers l'anti-pape Pierre dé Lune, il décida le conseil, au retour de sa mission, à reconnaître Pierre iwmr |w|ie légilime, sous le nom de Benoit XI il. Peu de temps après, il fut nommé successivement aux évèchés du l'uy et de Cambray; mais il ne prit possession «pie de ce dernier siège. 11 avait prêché avec tant de force sur la Trinité, devant Benoît XIII, que ce pontife en institua la féte. Ses instances anj rès de Bombée IX obtinrent l'établissement des théologaux dam toutes les cathédrales du royaume. I .<■- soins que d'Ailly se donna pour éteindre le schisme qui divisait l'Église romaine, soutenant la nécessite d'un concile général pour y parvenir, amenèrent la convocation de celui de Pise,
en 4 409. Pierred'Ailly s'y distingua autant par son savoir que y >ar sa fermeté et sa prudence. Deux ans après, JeanXXiiU'éleva aucardiualat, et l'envoya en Ail» magne en qualité de légat. Mats c'est surtout par le rôle qu'il joua au concile de Constance que ce prélal s'est rendu célèbre; il fut de la commission chargée de recliercher la cause des hérésies, et d'y apporter remède ; il présida même la troisième session de ce fameux concile, fit décider que la retraite de Jean X X II l et de ses cardinaux n'empêchait pas que le concile ne conservât tonte son autorité, y soutint, par ses discours et ses écrits, la supériorité des conciles sur le |>ape, et la nécessité d'une réformatioti dans l' Église, à commencer par le chef. D'Ailly s'était démis de son évéché en 444 1, lorsque Martin V le lit légat d'Avignon, où il mourut en 4420, comme cela est marqué dans la relation île ses ol«êques par Jean le Hobert, écrite au moment où elles furent célébrées, et dans les actes du chapitre général des thartreux, qui se tenait à la même époque. Le collège de Navarre, qu'il avait comblé de bienfaits, hérita de ses livres et de ses manuscrits. On en trouve la liste dans l'Histoire de ce collège, par Launoi, dans le Gersoniana de Dupin, et dans la Bi-
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con. Le plus connu et le plus remarquable de se* écrits est celui qui est intitulé : Libellus de emendatione Ecclesia, imprimé séparément, Paris, 4034, in -8°, et dans la dernière édition des œuvres de Gerson, bibliothèque de Reims, il' 1 4.15 ; il s'y t h ve contre le grand nombre des ordres mendiants, contre le faste des prélats, coutre les excommunications et la multiplicité des fêles. D'Ailly était persuadé que la puissance ecclésiastique jtouvait disposer des couronnes ; mais ce grand théologien, cet esprit élevé et ferme, ce hardi réftirnialeur partageait les faiblesses de son siècle, il croyait à l'astrologie judiciaire. Dans ses livres intitulés : Concordantia astrO' numiee cum theologia et concordantia aslronomim cum historia, Vienne, 4490, Venise, 4394, in-8*, il fait coïncider les révolutions et la chute des empires et des religions avec les con jonctions des grandes planètes, et soutient, en outre, que le déluge, ht naissance de Jésus-Christ, les principaux miracles et prodiges ont pu être devines et prédits par l'astronomie. Ses traités et ses sermons furent imprimés à Strasbourg, en 4490; sa Vie du pape Célestin V, à Paris, 4339, et ses Météores, à Strasbourg, 4504, et à Vienne, 4509. D'Ailly a aussi composé quelques pièces de vers français, qui sont tombées dans l'oultli. T — D.
A1LLY (Pierre »'), né à Paris, y exerça la chirurgie avec succès, et y mourut en 44184. On le regarde comme l'auteur d'un ouvrage estimé sur le traitement des plaies d'armes à feu, imprimé en 4668. in-42; mais cet ouvrage n'est que la traduction d'un traité latin de Plazzoni, professeur d'anatomie et de chirurgie à l'université de Padoue, auquel d'Ailly a fait seulement quelques additions. C. et A — ji.
AILUED, ETHELHED, ou EALRED, historien anglais, abl>é de Hevesby, dans le comté de Lincoln,
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était ne en 4100, et fut élevé en Ecosse avec Henri, fils de David, roi de ce pays, ii passa sa vie dans la retraite, et la consacra a l'étude et aux lettres; il reste de lui les ouvrages suivants, écrits en latin : 4° Mit loir* de la guerre 4e (Etendard, sous le règne du roi Êlienne; '2° Généalogie des rois d'Angleterre; 5° Histoire de la rie et des miracles d'Édouard le Confesseur; A» Histoire delà religieuse de Watthun { ces quatre ouvrages se trouvent dans les Decem Scriptores, publies par Twysden, à Londres, en 1682) ; 3« des Sermons ; 6» le Miroir de charité ; 7° Traité sur f Enfant Jésus; 8" Traité de V Amitié spirituelle. Os trois derniers ouvrages, publiés à Douai en 1631, se trouvent aussi dans la Bibliotkeca Cisterciencis, S* vol., et dans la Bibliotheca Patrum, vol. 23. X— «.
Al M AH R1VAULT. Toyex Rival.
ÀIMAR-VERNAI (Jacques), paysan de St- Véran, près St-Marcellin, en Dauphiné, s'est rendu fameux par l'usage de la baguette divinatoire. Jusqu'au 17e siècle, on ne l'avait employée cpie pour la recherebe des métaux , aussi les écrits des alchimistes sont-ils les premiers qui en aient fait mention. Mais, vers la fin du 47* siècle, la puissance que manifesta la baguette devint de plus en plus merveilleuse, surtout en Dauphiné, et dans les mains de Jacques Aimar. A l'aide de sa baguette de coudrier, il prétendait découvrir les eaux souterraines, les métaux enterrés, les maléfices, les voleurs et les assassins. Le bruit de ses talents merveilleux s étant répandu dans toute la France, il fut appelé à Lyon eu 1 692, pour découvrir des assassins qui avaient échappé à toutes les recherches de la justice. Arrivé dans cette ville, il est conduit sur le lieu même où avait été commis le crime : à l'instant sa baguette tourne rapidement ; il suit les coupables à la piste, s'embarque sur le Rhône, arrive à Reaucaire, reconnaît et fait arrêter un des meurtriers, qui, après avoir confessé son crime, l'expie sur l'écliafaud. L'exactitude des renseignements fournis par Aimar excita l'admiration générale ; on en publia plusieurs relations, et la plus complète fut celle d'un M. de Vagny, procureur du roi à Grenoble, intitulée : Histoire merveilleuse d'un maçon qui, conduit par la baguette divinatoire, a suivi un meurtrier pendant quarantecinq heures sur la terre, et plus de trente heures sur ïeau.toe nouvelles épreuves furenl pour Jacques Aimar de nouveaux triomphes, et on ne parla plus dans toute la France que de sa taguette merveilleuse ; mais quel était le principe ou l'origine des prodiges qu'il opérait? Quelques philosophes n'y voyaient qu'un effet naturel, une suite nécessaire des lois du mouvement et de l'existence des émanations qui. selon eux, s'échappent des fontaines, des métaux et même du corps humain ; mais d'autres, ne voyant dans la physique rien qui pût expliquer la propriété de la baguette, prirent le parti d'attribuer ses prodiges à l'influence de Satan et de l'enfer. Telle fut l'opinion que manifestèrent le P. Lebrun de l'Oratoire et le célèbre Malebranche. Ils appuyaient leurs arguments de citations tirées de Porphyre et de St. Augustin. Tous ces débats occupaient le pu-
Mie*, Jacques Aimar devenait chaque jour plus célèbre. Frapjié des récits qui lui venaient de toutes parts, Henri-Jules de Rourbon-Condé, fils du grand Condé, voulut voir l'auteur de tant de prodiges. Il fit venir Aimar à Taris, où la vertu de sa baguette fut mise aussitôt à l'épreuve ; niais elle prit des pierres pour de l'argent ; elle indiqua de l'argent dans un lieu où il n'y en avait pas; en un mot, elle opéra avec si peu de succès, qu'elle perdit bientôt tout son crédit. Les épreuves Turent répétées, et, à la grande confusion d'Aimar, la baguette resta immobile. L'on se convainquit enfin qu'il n'était. qu'un imposteur adroit. 11 avoua lui-même au prince que la baguette et lui-même étaient sans pouvoir, et qu'il avait seulement cherché par cette ruse à gagner quelque argent. On le chassa, et il ne fut plus question de lui. Environ un siècle plus tard. Rletton, bydroscope non moins fameux que le paysan du Dauphiné, a renouvelé à Paris les prodipes de la baguette divinatoire, appliquée à la recherche des sources et des métaux. En Italie et en France, connue en Allemagne, des savants même, surtout des médecins, se sont faits les apologistes de Jactnies Aimar, de Rletton, de Pennel, et des autres charlatans de cette espèce qui ont pris le titre d'hydroscopes. Ln membre de l'Académie de Munich, le docteur Ritter, a soutenu les merveilles de la taguette, en s autorisant des phénomènes du galvanisme. La rabdomancie a pris les dehors d'une véritable science, elle a été qualifiée, par ses partisans, du nom d'électricité souterraine, quoique la plupart d'entre eux ignorassent jusqu'aux lois de l'électricité. On a plusieurs fois mis leur charlatanisme à découvert; mais, comme tous ceux qui fondent leur crédit sur les erreurs populaires, ils ne se sont pas découragés. Aux hydroscopes Rletton et Pennet, a succédé le nommé Campetli, né sur les limites de l'Italie et du Tyrol. Au lieu delà baguette hydroseopique, il ne se sert que d'un petit pendule que l'on tient à la main, et qui est formé par un morceau de pyrite, ou de quelque autre substance métallique suspendue à un fil, et auquel on attribue des choses merveilleuses , qu'on rapporte toutes à un système de polarité positive et négative, selon le sens dans lequel le pendule tourne. Sous ces nouvelles formes, l'hydroscopie n'a pas fait autant de bruit que lorsqu'elle était livrée au peuple. D'ailleurs le progrés des lumières rend aujourd'hui le succès de toutes les charlataneries beaucoup plus difficile. Quant à l'opinion que l'on doit avoir sur le fond de la question, elle est nécessairement subordonnée à l'expérience. Il est possible qu'il s'échappe des corps fluides ou métalliques des émanations qui agissent sur le système nerveux de quelques individus, de manière à les avertir de la présence de ces substances. Mais il n'existe, jusqu'à présent, aucun fait qui prouve cette propriété; et quelques effort* qu'aient faits les vrais physiciens, ils n'ont jamais pu amener les apôtres de la rabdomancie à une seule épreuve rigoureuse dont ils se soient tirés ave* honneur. R — t.
Al MER I DE RELENVEI. Yaget lMfl'11 AIMERI DE RELMONT. Voyes BeuiOffT.
AIMERIC DE SARLAT naquit, dit son biographe provençal, dans un riche bourg du Périgord, et fut d'abord jongleur. Le talent remarquable avec lequel il chantait ou déclamait les vers lui acquit un grand renom comme interprète intelligent et pathétique des troubadours et des dames qui s'exerçaient dans la gage icience. Une étude attentive des maîtres développant en lui des dispositions naturelles, il devint poète lui-même et prit rang parmi les troubadours. 11 ne nous reste que trois de ses compositions; « mais elles suffisent, dit M. E. David, « pour placer leur auteur au rang des troubadours « les plus distingués par la finesse de leur esprit, a la précision et l'harmonie du style. » On y retrouve, en effet, ces pensées ingénieuses et vives, ces sentiments élevés et délicats, ce style élégant et léger, ces expressions pittoresques et musicales, cet accord harmonieux des sons et du rhythme avec les idées qui caractérisent les productions de la muse occitanienne. La strophe suivante donnera une idée de la manière d' Ai incric : elle offre une comparaison charmante et un bel exemple d'harmonie imitante:
Aissf muev mas chansos Corn la lauzeta fai, Que poian aut s'en val E de sus deisen jos; Pueis pausa s'en la via
Ainsi s'élance ma ehauson, Comme fait l'alouette, Qui, battant de l'aile, en haut s'élève, El d'en haut redescend, Puis sur le chemin se |>ose Eu chantant (t).
Ne voit-on pas s'élever la chanson légère et comme ralouettc redescendre en chantant? Dans cet autre exemple, où la pensée est respectueuse et triste, la marche du vers est lente et l'image prend un air de majesté :
E m sui cubertz de ma granda tristor, E trac l'afan de las penas d'amor, E vauc v es tal, franc e obedien, Que ja per mi non sabra mon talen.
Enveloppé de ma grande tristesse.
Je traîne le tourment des peines d'amour,
Et je viens, franc et obéissant, vers celle
Qui jamais de ma bouche ne connaîtra mon désir (2).
1-a pièce à latruclle nous avons emprunté notre première citation linit par deux envois : l'un s'adressait à un troubadour couronné, à don Pedro II, roi d'Aragon , prince brillant, chevaleresque, protecteur généreux des poètes; l'autre à Guillaume VIII, vicomte de Montpellier et gendre de don Pedro. Aimeric de Sarlat vivait dans la seconde moitié du 12» siècle et au commencement du 13* ; il appartient par conséquent encore à la belle époque de la poésie
U) Trad. de M. E. David, (i) Trad. de M. E- David
provençale : mais sur la fin de sa carrière, une nouvelle invasion de barbares, l'affreuse guerre des Albigeois, amène une décadence rapide, et cette brillante fleur du génie méridional languit, perd la grâce aimable et riante de ses couleurs primitives, et meurt. Ce qui nous reste de ce troubadour a été recueilli par Kaynouard dans le Choix, etc. ; et par Rochegude dans le Parnatie occilanien. C. W — r.
AIMERIC MALEFAYDA , ou de MALEFAYE, patriarche de l'Église d'Antioche, naquit au commencement du 12' siècle, dans le bourg de St-Yiance, en bas Limousin, et se voua de bonne heure à l'état ecclésiastique. Son zèle et ses vertus l'ayant (ait remarquer en Orient, dans la croisade qu'avait publiée Urbain II, il fut élu doyen, puis patriarche d'Antioche en Il 12. Il travailla à la i > formation des ermites du Mont-Carmel , les rassembla en une congrégation , et leur donna une règle. Sa réforme fut conlirmée en 1180 par le |>ape Alexandre III. C'est de là que sont venus les carmes , dont St. Herthold , frère d' Aimeric, fut le premier général. Ce patriarche, qu'Alexandre III avait nommé légat du saint-siége en Orient, mourut en 1 187. Nous avons de lui : 1° de InstUulione primor. monachor. in lege veteri exorlorum , et in nova peneveranlium . au S* volume de la Bibliothèque det Pèret. Ce livre, dans lequel l'auteur veut prouver que le prophète Êlie est le fondateur des carmes , est la iraduciiou d'un ouvrage faussement attribué à Jean de Jérusalem , au 5e siècle. 2° La Prise de Jérusalem par Sala. din.Z" Epistola adliugonem Klerianum, dans le 1. 1" du Trésor de dom Martenue. T — D.
A1MERICH (le P. Matthieu), savant philologue, naquit en 1715, à Bordil , dans le diocèse de Girone. A dix -huit ans, il embrassa la règle de St. Ignace, et, après avoir terminé ses études, professa la philosophie et la théologie dans divers collèges de son ordre. Il fut fait ensuite recteur à Barcelone , puis à Cervera , et enfin chancelier de l'université de Gandia. Il se trouvait à Madrid, où il était venu surveiller l'impression des ouvrages de deux de ses confrères N), lorsque parut le décret qui prononçait l'expulsion d'Espagne de tous les jésuites. Conduit sur le bâtiment qui devait le transporter en Italie , il se montra plein de résignation , dit un témoin oculaire (le P. Caballero), et pendant toute la traversée, il ne s'occupa que de consoler ses compagnons d'infortune dont plusieurs étaient âges et infirmes. Le P. Aiinerich s'établit à Ferrare ; et ce fut dans son exil qu'il composa les ouvrages qui lui assurent un rang distingué parmi les philologues et les critiques du 18* siècle. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il rédigea ces ouvrages, si riches d'érudition , sans autre secours que celui de la bibliothèque publique, et encore, suivant la Serna , ses infirmités précoces ne lui permettaient-elles pas de la fréquenter régulièrement. (Catalogue de la
(t) La Ckremqu dldace ( ro». ce nom ) avec des i du
P. Canon et VUutotre nalurciU Je la C*t*lot»e, écrite dam le dialecte de cette proviim-, |>ar \e V. Cil. et iraduiu- du catalan en espagnol par le P. Aiinencli. Ces di»rrs ouvrages sont reste»
irtediU
Sema, n" 6131) Il mourut à Ferme en 1799 (1), i l'âge de 84 ans , dans de grands sentiments de piété. Doué <f un esprit lin et judicieux , le P. AJmerich joignait à l'érudition la plus vaste, le talent, qui devient de plus en plus rare , d'écrire en latin avec élégance et pureté. Outre des ouvrages de philosophie scolastique , quelques opuscules ascétiques et des harangues dont on trouvera les titres dans le Supplément. Biblioth. $oc.Je$u du F. Caballero,77, 78, on a du P. Aimerich : 1» \omina et Acta epiteoporum Barcinonensium , Barcelone, 1760, in-4a. 2° Quinli Modérait Centorini de vita et morte linguœ latinœ Paradoxa philologica, crilicit nonnullit di$tertationibu$ expotita , atserta et probata , Ferrare , 1789, in-8°. Cet ouvrage est annoncé dans le Catalogue de la Serna (n" «086) , comme tiré à un très-petit nombre d'exemplaires. Il est rare en France. 5° Relalione aulentiea deW aceadulo in Parnatso, ibid., 1782, in-8*. C'est une défease de l'ouvrage précédent, qu'avait critiqué vivement le comte Louis Vanetti, caché sous le masque de Lagarini, aeademico occulto. Le P. Aimerich, feignant de n'avoir pas reconnu son censeur, le railla à son tour d'une manière très-piquante. 4- Specimtn veterit roman» litteraturœ drperditœ tel adhue latenti$, teu Syllabut hisloricut, etc., ibid., 1784, in-4°. 5* Norum Lexieon hittorieum et criticum anliquœ romance titleraturm deperdila vel lalenlit, ac Romanorum ervditorum qui eaflorverunt ab urbe condila ad Honorii Augurti interitum : aceedunl ditterlaiionet et multa corollaria, Bassano, 1787, in-8°. Cet ouvrage, qui a fait la réputation du P. Aimerich, est la suite et le complément du précédent , auquel les amateurs le réunissent. Il a laissé manuscrit un supplément à son dictionnaire, ainsi que plusieurs discours latins. \V— s.
AIMERIC ( de Péguilain ), troubadour du 13* siècle, était fils d'un marchand de drap de Toulouse. L'amour, en lui inspirant des vers |our une belle Toulousaine, lui révéla son talent pour la poésie. Malheureusement la dame de ses pensées avait un mari peu facile ; Aimeric, insulté par lui, blessa son adversaire d'un coup d'épée. Forcé de fuir, il chercha un asile auprès de Guillaume de Bergedan, qui tenait en fief la ville de Berga. Ce seigneur l'accueillit d'autant mieux qu'il était jKtête lui-même ; il lui fit présent d'un palefroi, de riches habits et le présenta à Mphonse IX, roi de Castille, qui goûta ses vers, et lui donna des marques de son estime et de sa générosité. Ces faveurs du prince n'effacèrent point l'aimable Toulousaine du eo?ur de Péguilain. Il était depuis plusieurs années éloigné d'elle, lorsque ayant appris un jour que son mari était en pèlerinage a St-Jacques de Compostelle, il résolut de mettre à profit l'occasion qui lui était offerte de revoir sa dame. Alphonse, voulant se divertir de cette intrigue, forma au troubadour amoureux un cortège d'hommes déguisés en gardeset en chevaliers. Aimeric, arrivé à Tou-
(I) Et noo pas en I7M, comme le conjecturait Barbier. L'article qa'il » donne tlu P. Aimerlrli. dans YExame* <rUiqiu iu IMciwnnàru, p. 15, est tre»-saj>erllckel.
louse, fit annoncer à sa belle maîtresse qu'un parent «lu roi d'Aragon taisant un pèlerinage était tombé malade en route, et lui demandait un asile. La réponse de la dame ne pouvait manquer d'être favorable. Aimeric, prétextant qu'il n'était pas en état de quitter son appartement, la fit prier de venir le voir. Elle le reconnut sur-le-champ , et feignant de relever les draps du lit , elle se baissa et lui donna un baiser. Après dix jours de bonheur, le faux prince de Castille prit congé de son hôtesse et continua son voyage vers la Provence. A Montpellier, il congédia son escorte et prit la route d'Aix , où il fut bien reçu du comte Alphonse II et de Garscnde de Sabran, sa femme. Ce fut là qu'il se lia avec Blacas, baron puissant et poète renommé. D'Aix, il se rendit à Monlferrat, chez Boniface III. Foulques de Neully prêchait alors la 4* croisade. Notre troubadour adressa aux Italiens un sirvente où il les exhortait à s'armer pour la défense des lieux saints. Ses Chants ne restèrent pas sans effet ; un grand nombre de barons se croisèrent, et Boniface, qui avait déjà pris une part glorieuse aux guerres saintes, accepta le commandement en chef de l'expédition. Péguilain passa ensuite à la cour des seigneurs de la maison d'Est, qui avait alors pour chef Azon Vf, et obtint aussi les bonnes grâces des seigneurs Malaspina. L'Italie et l'Allemagne étaient à cette époque agitées par la querelle d'Othon IV et de Frédéric IL Aimeric, plein d'admiration pour le caractère héroïque du jeune roi de Naples, lui adressa , en 1213, un sirvente dans lequel il lui témoignait les espérances que faisaient concevoir au monde sa vaillance et ses vertus. Notre troubadour habita l'Italie depuis 1201 jusqu'à sa mort, qui eut lieu vers 1235. Pendant ce long intervalle, il ne cessa pas de chanter, et sa voix se mêla a tous les grands événements dont l'Italie et le midi de la France furent le théâtre. Il entretint une honorable correspondance avec les plus illustres personnages de son siècle, et paya à ceux auxquels il survécut le tribut poétique de ses éloges et de ses regrets; la mort d'Alphonse IX, le plus ancien de ses protecteurs; de Guillaume de Malaspina, préfet de Rome, et de Béatrix d'Est, sa femme, qu'il appelle beau modèle ; celle de Raimond Bérenger IV, comte de Provence, furent pour lui le sujet de complaintes qui sont aujourd'hui d'un véritable intérêt historique. Les malheurs de sa patrie, dévastée et ensanglantée par les bandes de Montfort, firent aussi couler ses larmes. Sa douleur et ses gémissements redoublèrent lorsque après le mariage de Marguerite et de Béatrix, filles de Raimond Bérenger IV, avec St. Louis et son frère Charles d'Anjou fit passer la Provence à la France. ■ Dans la tristesse et dans les pleurs, dit • il , je a supporte malgré moi la vie , puisque la mort a ne peut pas m'en délivrer. Désormais ils vivront « dans la douleur les Provençaux ; car au lieu d'un
« bon seigneur, ils vont avoir un tire Serfs des
« Français, ni par droit, ni à tort, vous n'oserez « porter écu ni lance. » Aimeric de Péguilain fournit une longue et brillante carrière ; il chanta plus de cinquante ans, et sa muse, en vieillissant , conserva
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toute sa vigueur. 6a réputation ne fut pas moins grande en Italie qu'en France; et ses vers eurent une heureuse influence sur le développement de la poésie italienne. Pétrarque lui accorde un glorieux témoignage de sa reconnaissance, lorsque, dans le 4* chant de son Triomphe de F amour, il nous le montre à la suite du cliar du jeune dieu, parmi le* poètes immortels qui ont le plus dignement honoré son culte, a Je vis, dit-il, Piudare, Anacréon, Yir- « gile, Ovide, Tihullc ; ensuite, à la tète des noma breux troubadours, je vis Arnaud Daniel, grand « maitre en amour, Rambaud , l'amant de Bcalrix «i de Monlfcrrat, Aimeric (de Péguilain), Hcrnard o (de Vcntadour), Hugues et Anselme, et mille au- « très à qui la langue tint toujours lieu de lance et a d'épée, de casque et de bouclier. » 11 existe, dans divers manuscrits, environ cinquante pièces d' Aimeric de Péguilain. Haynouard en a public six en entier, et des fragments de huit autres. P — x.
Ai MOIN, religieux de l'ordre de Sl-Benoit, et l'un des plus anciens historiens de France, naquit à Villefranche en Périgord, d'une famille nohle de cette province. Sa mère était proche parente de Girauld, seigneur d'Aulietcrre. Étant entré, dés sa jeunesse, dans l'ahbaye de Fleur y, il y fit ses études sous la direction du savant Abbon, qui brilla entre tant d'autres abbés du II* tiède, illustres par leurs lumières et leurs vertus. Aimoin puisa dans les leçons de cet habile maitre la connaissance et le goût des lettres et des sciences, et sa vie tout entière fut employée a de doctes travaux. Il s'exerça dans des genres «ariés, mais l'histoire fut son étude de prédilection. Abbon, juste appréciateur du mérite de ce laborieux disciple, l'honora de son estime et de son amitié. Iles desordres ayant éclaté à la Réflle, abbaye soumise £ Fleury, Abbon s'y rendit en 1004, afin de rétablir dans cette communauté la régie et les bonnes mœurs; Aimoin accoiu|>agna son abbé dans ce voyage, et eut la douleur de le voir périr sous ses yeux, au indien d'une sédition excitée par les moines rebelles. Après ce cruel événement, il revint à Fleury, où il mourut vers 1008. Aimoin a laissé un assez grand nombre d'écrits : le plus important est son Hiiloire de* Frank», qui commence avec la nation et s'arrête a la \W année du régne de Clovis 11 (654) ; plus tard, elle a été continuée jusqu'en tlb\*>. L'auteur nous apprend luimême, dans l'épitre dédicatoire, que son dessein était de réunir et de coordonner les récits épars des annalistes et d'en former une narration suivie. Grégoire de Tours, Frédégaire, les Gtsles de* Frank*, les Gtiltt de Dagoberl, et quelques hagiographes lut ont fourni la plus grande partie de ses matériaux. L'ou- Arase est précédé d'un tableau eéoirrnphique «le la Gaide, pour lequel il s'est contenté de copier Orosc, Pline et St. Cesal. « Quant à la manière dont il a « exécuté son entreprise et mis ses matériaux en « (vuvre, il n'a point réussi à nous donner une his- « toire exacte et foncière. Il ne fait presque que dé- « Mimer ou indiquer légèrement les faits, à l'exem- « pie de Frédégaire, sans entrer dans les détails « convenables. 11 ne parle des guerres en particu-
AIN
« lier que tort succinctement, et n'en développe ni
a les motifs, ni les causes, ni les suites, de quela que nature qu'elles soient. Non-seulement il ne « cite aucun des auteurs ot'i il a puisé , mais il « ajoute de son crû diverses choses a ce qu'ils «ii- « sent, renverse l'ordre dans loque! ils le rappor- « U ni, et se trouve quelquefois en contradiction avec o eux. ■ Ce jugement sévère, mais juste, atteste l'impartialité des auteurs de YHistoire littéraire. Il nous semble ce|icudant que, sans être taxé de complaisance envers les bénédictins, on |iourrait remarquer que l'idée de réunir, par une histoire complète et suivie, les anneaux détacltés de la chaîne des traditions franques, et d'embrasser dans son ensemble le tableau du développement politique et social de la nation ; il nous semble, disons-nous, que cette idée n'a pu être conçue au 10* siècle que par un esprit d'une certaine portée historique et philosophique. VHimire de* Frank* fut imprimée, pour la première fois, par lladius Ascensius, sous ce titre : Hitloria, ou de Gttlit Franeorum, un volume iufol., dédié à Guillaume Parvi, confesseur du roi, Paris, loi 4. Une seconde édition, moins incorrecte, fut dounée par J. Nient, en 1367, Paris, t vol. in-tf1. Jacques Du I treuil en publia une troisième en 1604 Le même ouvrage a été inséré par Fr. Duchesne dans le 3e vol. de sa collection dos historiens de France, édition supérieure aux précédentes; et par dom bouquet à la tète de son recueil. On trouve, dans la Bibliothèque de Fleury, un éloge de St. Benoit par Aimoin ; c'est une compilation dans laquelle il a rassemblé tout ce qui avait été écrit a la louange de ce saint. Le disciple d'Abbon avait aussi composé un poème de 200 vers sur la translation du corps de St. Itenoit du Mont-Cassin à Fleury, et une continuation de l'bistoirc des miracles du fondateur de son ordre. Ces trois derniers ouvrages ont été imprimés jiar Duchesne, dom Bouquet et Mabillon. Enfin, nous avons du même auteur une Vie d'Abbon, son maître, recueillie par Fleury, Duchesne et. Mabillon. Cet écrit, dicté par une pieuse et tendre amitié, est sans contredit le plus licou titre littéraire d'Aimoin. « On y a non-seulement, dit dom « Hivct, une histoire exacte, bien ordonnée, dégagée « d'éiasodcs, de lieux communs, de réflexions hors « d'nuvre, mais on y trouve encore plusieurs pièces « originales apportées en preuve ; et les faits par- « tieuliers y sont liés avec d'autres nui regardent « l'histoire générale de l'Église, et celle de France « en |tarticulier (I). » C. W — ».
Al MON. Voyez ATVOV.
AI MON F». Vouez Aynoni.
AINDJY-SOL1MAN , grand vizir, était de la Bosnie , et naquit chrétien. Il fut élevé dans la religion raahomelane, et dans le palais des Kiuperlis, dont il était la créature. Son surnom û'Aiadjy, qui veut dire ruté. lui fut donné à cause de son adresse à tromper ses amis et ses ennemis, en paix comme en guerre. De grade en grade, il devint serasquier en tOKS, et battit Jablonowski, grand général de la Port) llUtetrt lUlèrtort. L 7.
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Imrne. Le grand virir Cara-Ibraliim, dans l'intention de le perdre, l'opposa aux Impériaux , en Hongrie. Afndjy-Soliman , averti que sa nouvelle dignité n'était ipi'un piège dressé par son ennemi, se rendit à Constant inople , sous prétexte de remercier Cara- Ibrahim : il parvînt à le supplanter, et partit pour l'armée , revêtu du titre de grand vizir. H ne put empêcher les Impériaux d'assiéger Bude, en 1686. En vain essaja-t-il de secourir celte place, le duc de Lorraine l'emporta sous ses yeux : Aïndjy-Soliman Ait forcé de se retirer. Le général Vélérani le Italtit, et lui enleva Sregedin , A la suite de la victoire. L'année I0K7 fut encore plus malheureuse pour ce grand virir : les chics de Lorraine cl de Bavière le mirent en déroute A Mohaez, champ de bataille fameux qui rappelait des souvenirs de gloire aux Ottomans : il se borna à jeter des secours dans Essek et dans Péterwaradin , et se retira sous Belgrade. Ne pensant plus A attaquer, mais à se défendre, il voulut envoyer A Agria un renfort de janissaires et de spahis . qui refusèrent de marcher, s'il ne se mettait lui-même à leur tête. Le grand vizir Soliman voulut en vain les y contraindre, et la révolte de 1688 commença. Aïndjy-Soliman fui obligé de fuir et d'aller se réfugier aux pieds de Mahomet IV, qui reçut de lui les premières nouvelles de la sédition. Le sultan lui promit de le protéger, et il se perdit lui-même sans sauver son malheureux grand vizir. Caché chez un Grec qui demeurait près du sérail , son asile n'était connu que de son maître et du Kislar-Aga. Mahomet IV refusa constamment de le livrer A l'armée , qui demandait sa tête. Les rebelles avançaient sur Constant utopie ; il fut forcé alors de céder A la nécessité, et envoya par uuchiaoux la tête d'AIndjy-Soliman. La mort tardive de ce grand vizir n'empêcha pas la chute de son maître; et la honteuse condescendance avec laquelle Mahomet IV l'avait saerilîé ne tourna ni à sa gloire ni A sa snrelé. S- t.
AINE (MABiE-JÉAîi-BAPnsTE-Nicui.AS n ). né à Paris en 1733. fut maître des requêtes et successivement intendant de Pau, de Limoges et de Tours. Il mourut A Paris, le 23 septembre 1801. On a de lui : 1* une traduction des Kglogues de Pope, qui se trouve dans fe Merevrt de 1733, et dans In Nouvelle Bigarrure, t. 2, p. 73 et suiv. ; 2» Économie de la vie humaine, trad. de l'anglais de Dodslev. 17.">2, iiMS ; Edimbourg , 1782. C. T-v.
AlflSLIE (Georges-Robert), lieutenant général anglais, gouverneur de la Dominique, où il rendit d'importants services. Après avoir quitté la carrière militaire et administrative, il consacra ses loisirs à la numismatique: ses recherches portèrent principalement sur les médailles et monnaies anglo-normandes, et il parvint à en rassembler une précieuse collection. Il a publié en 1830 un historique de ses découvertes, sons le titre de Ânglo-French Coinage. Ainslie est mort en 1859, A Edimbourg ; il était né en 4776. H— x.
AINSWORTH (Henri), théologien anglais, d'une secte de non-conformistes, vivait fa la lin du 16» siWe, et au comniencement du 17'. On ne con-
naît ni la date ni le lieu de sa naissance. Il s'était attaché A la secte des brownistes, qui, ayant renoncé à toute communion avec l'Kglise anglicane, ne voii* laient reconnaître aucune espèce d'autorité ecclésiastique ; ce <pii lui attira une persécution cruelle sous le règne très-intolérant de la reine Élisabeth. Alnsworth fut obligé , comme beaucoup d'autres nonconformistes, d'aller chercher un asile en Hollande ; là il fut choisi pour ministre d'une congrégation indépendante, dans laquelle l'esprit de secte suscita des disputes si violentes, qu'elles amenèrent bientôt la dissolution de la société. Tout en respectant le zèle et la piété de ces hommes qui s'exilaient volontairement pour défendre ce qu'ils croyaient la vérité, on ne peut trop s'étonner de les voir donner le scandale de l'intolérance la plus furieuse, dans les pays où ils allaient solliciter l'indulgence des autres communions; et ce qui ajoutait au scandale, c'étaient les questions futiles qui souvent composaient le sujet de leurs querelles. On lit , dans une Histoire dei Presbytérien*, par Heylin , qn'Ainsvvorih eut une dispute, accompagnée de beaucoup d'injures et d'inveclives, avec un «les théologiens de sa communion, sur la question de savoir si I ephod de lin d'Aaron était de couleur bleue ou verte. Ces divisions entre les brownistes d'Amsterdam déterminèrent Ainsworih A quitter cette ville, pour aller cberelier mie retraite en Irlande; mais n'y ayant pas trouvé la tranquillité qu'il espérait, il revint en Hollande, où il resta jusqu'à sa mort, dont la cause et les circonstances sont assez singulières. 11 trouva un jour, dans la rue. un diamant d'une valeur considérable; il en donna avis dans les papiers publics, et il découvrit que le diamant appartenait A un juif. Celui-ci offrit A Ainsvtorth une somme d'argent, en reconnaissance du service qu'il lui rendait ; Aihsworth rejeta cette offre avec fierté ; mais il demanda au juif, pour toute récompense , de lui procurer une entrevue avec quelques savants rabbins, à qui il voulait demander des éclaircissements sur les prophéties de l'Ancien Testament concernant le Messie. Le juif le promit , mais probablement ne se trouva pas en état de remplir sa promesse. AinsWorlh renouvela ses instances, et l'on prétend que, pour se délivrer de ses importunités, ou par quelque autre motif impossible A deviner, le juif prit le j*rli de l'empisonuer. Un tel crime, fondé sur un si étrange motif, est bien peu vraisemblable. Quoi qu'il en soit, la mortd'Ainsivorth, dont la date est incertaine, est fixée, par quelques biographes, A l'an 1629. 11 a été regardé comme le plus savant théologien de sou parti. I.e plus considérable de ses ouvrages est une suite d'Annotations sur l'Ancien Testament dont la dernière édition, imprimée en I vol. in-fol., en 1639, est devenue extrêmement rare. Ce volume contient un discours préliminaire sur la vie et les écrits de Moïse ; une traduction littérale du Penlateuque, avec des remarques, tirées particulièrement des écrivains rabbiniques; une dissertation sur l'authenticité du texte hébraïque; une vie de David; des notes sur le Livre dei Psaume* , et une traduction du Cantine des cantiques, avec de*