‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 64 sur 129 · AIS · texte numérisé non relu

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« résister à quelqu'un que Ton trouve aimable, et « quand on a eu le malheur de n'y pouvoir résister, « couper au vif une passion violente, une amitié la « plus tendre et la mieux fondée ; joignez à tout cela c de la reconnaissance ; c'est effroyable : la mort n'est « pas pire. » Peut-être les combats qui occupèrent ses dernières années abrégèrent-ils sa vie. Elle mourut en 1733, âgée seulement de 38 ans. Le chevalier fut inconsolable ; il se retira de Paris, emmenant sa fille avec lui, et la maria dans la suite à un gentilhomme de Perigord. Mademoiselle Aïssé , dont les aventures sont plus intéressantes que les œuvres, a cependant laissé un recueil de lettres adressées à madame de Calandrini, femme du résident de Genève à Paris. Ces lettres ne sont point un des premiers modèles du genre ; le ton n'en est pas habituellement celui d'une femme de bonne compagnie ; mais on a quelque indulgence pour celle qui l'emploie, quand on songe que les habitudes de galanterie de son temps, et surtout de la société dans laquelle elle vivait, devaient la tromper sur la mesure et les convenances prescrites & son sexe. Son style a du charnu , sa manière de narrer est facile, coulante, et ne manque pas de piquant. Quoiqu'on ia blâme, il est impossible de ne |kis aimer celle qui se peint avec tant de naturel dans ces lettres ; cllescontiennent d'ailleurs des anecdotes multipliées et assez intéressantes sur la cour et sur plusieurs personnes célèbres qui ont été ses contemporaines, entre autres, mesdames du Deffant et de Tencin, sœur de madame de Fcrriol , MM. d'Argcntal et de Pont-de-Veyle, fils de cette dernière, qui furent élevés avec mademoiselle Aissé, et lui conservèrent la plus tendre amitié pendant toute sa vie. Au milieu de cette société spirituelle et [>olic , elle reçut «les hommages multipliés; elle eut beaucoup d'amis vrais, un amant qui oublia tout pour elle, et dont elle ne fut jamais oubliée. Elle dut ces avantages à son caractère, plus encore qu'aux charmes de son esprit et de sa ligure, et ce caractère se voit dans toute sa correspondance. Elle dit quelque part : « C'est un mouvement natu- « rel cliez les hommes de chercher à se prévaloir de « la faiblesse «les autres ; je ne saurais me servir de ■ cette sorte d'art ; je ne connais que celui de rendre « la vie si douce à ce que j'aime, qu'il ne trouve rien « de préférable, et je veux le retenir à moi, [«r la « seule douceur de vivre avec moi. » Ailleurs : m Que n'étiez-vous madame de Ferriol ! vous m'au- « riez appris à connaître la vertu t » Enfin, dans ses derniers moments : « La vie que j'ai menée a été « bien misérable. Ai-je jamais joui d'un instant de « joie T Je ne [HHivais être avec moi-même, je crai- « gnais de penser. » Ces trois passages semblent expliquer l'amour ardent et la constance du chevalier d'Aidic, excuser les fautes de sa maîtresse, et offrir la meilleure leçon aux femmes dans l'aveu des peines qui accompagnent et suivent les grandes passions. Les lettres de mademoiselle Aissé ont été imprimées, d'abord seules, avec quelques notes de Voltaire, Paris, 1787, 1 vol. in- 1 s ; ensuite avec celles de mesdames de Villars, la Fayette et de Tenciu, Paris, 1806. I>. V-z.

A1TON ( Guillaume ), botaniste anglais, né en 1731 , dans le comté de Lanarck, en Ecosse. D'abord simple jardinier, il fut nommé, en 1759, à la recommandation du célèbre Miller, directeur du jardin du roi d'Angleterre à Kew. C'était un immense dépôt, où, dès lors, des végétaux de toutes les parties du globe étaient apportés et se répandaient ensuite dans toute l'Europe : Aiton contribua à l'enrichir encore, et il parvint a y faire vivre et prospérer des plantes dont la culture était regardée jusqu'alors comme impossible. Il a publié en 1789 : Hortut k'euvnrit, or a Catalogue of tht Plants eullivaled in ihe royal bo tanic gartten ai h'ew, 3 vol. in-8°. Cet ouvrage, fait avec beaucoup de méthode et de précision, est le catalogue de toutes les plantes cultivées dans ce jardin ; le nom de cliaque espèce est suivi de la phrase linnéennequi en exprime les caractères distinctifs ; ses variétés, son origine et sa culture y sont désignées avec un soin particulier ; on y trouve la description d'un grand nombre de plantes rares et nouvelle»; niais, ce qui le rend plus précieux |»our l'Angleterre, c'est qu'il indique l'époque précise où chacune de ces plantes y a été introduite, ainsi que le nom de celui qui l'a envoyée ou apportée, et les jardins où elle a été cultivée |»our la première fois. Cet ouvrage est orné de treize planches, qui représentent autant d'espèces nouvelles ou rares, et dont on n'avait pas encore de bonnes ligures. Le soin qu'Alton a pris de nommer, comme ses principaux collaborateurs, les deux naturalistes suédois, Solanderet Dryander, fait honneur à sa modestie. Jean Hill avait déjà fait connaître la richesse de ce jardin, par un premier catalogue, publié en 1798, sous le même titre tV Hortut Kewensit, Aiton est mort en 1795. \x, roi a nommé ses deux lils pour lui succéder dans les deux places qu'il avait occu|»ees. M. Thunberg lui a dédié, sous le nom d'Aitonia, uu genre qui fait partie de la famille des méliacées. — Depuis sa mort, l'un de ses fils a commencé à publier un grand ouvrage, disposé suivant le système de Linné, dans lequel il donne les figures coloriées de plusieurs plantes exotiques, cultivées au jardin de Kew, avec l'exposé de leur caractère générique. D— P-s.

AITZEMA (Foppe van), gentilhomme frison, résident des états généraux a Hambourg, remplit successivement plusieurs missions politiques en Allemagne, et fut chargé, en 1930, d'engager l'Empereur à garder la neutralité ; il était charge en outre, par le prince d'Orange , d'obtenir pour lui, comme lief, le comté de Meurs, et, par la reine de Bohême, de travailler pour les intérêts de l'Empire. La cour de Vienne parut d'abord se prêter à toutes ces propositions ; mais la France et l'Espagne ayant trouvé moyen de la faire changer de résolution, Aitzema fut obligé de retourner eu Hollande, sans espoir de réussir. Le titre de baron de l'Empire et un fief dans l'Ile d'Amcland furent les seules faveurs que l'Empereur lui accorda publiquement . On réjiandit que, dans ce voyage, il s'était plus occupé des intérêts de la cour de Vienne que de ceux de sa patrie; les états le traduisirent devant une commission ; mais le résultat de cette enquête fut tout entier en sa fa-

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•/eur, et ne fit qu'augmenter son crédit. Pour tirer parti de ses liaisons avec le elief de l'Empire, les états l'envoyèrent ensuite A la diète de basse Saxe. On le chargea aussi d'une mission secrète auprès du chancelier de Suède, qui se trouvait alors a Magdebourg; mais le prince d'Orange, qui ne lui partlonnait pas d'avoir donné de la publicité à ses prétentions , se réunit à La France. A l'Angleterre et A la Suéde, pour Tamiser de s'être montré, dans ses négociations, partisan outré de l'Espagne et de l'Autriche; on prétendit même que le don de l'Ile d'Ameland n'était que le prix de ses complaisances , et les états instruisirent de nouveau son procès. Cette fois, Aitzema n'attendit pas la décision des juges, et H s'enfuit A Prague ; mais il fut poursuivi par la haine de plusieurs souverains et de ses compatriotes ; Il se vit obligé d'aller chercher un dernier asile à Vienne, où il mou ni t peu de temps après son arrivée. Aitzema avait publié, en 4607, à HelmsUedt, des poèmes latins, plus curieux que réguliers, et des Dinertaiiom *ur le droit civil, que Mécrman a fuit réimprimer dans le 6* volume de son Tfte$aurus v us juri» civ. et ecclcê. I) — o.

A1TZEMA (Léon he), neveu du précédent, fils de Ménard Aitzema , liourgmcstre et secrétaire de l'amirauté, naquit a Dockum, en 4600. Il avait a peine seire ans lorsqu'il publia ses Poematn Jurrnilia. Nommé, par la protertion île son oncle, conseiller et résident des villes hanséatiques à la Haje , il fit deux Ms le voyage d'Angleterre, et acquit bientôt une grande célébrité par son Histoire det affaires H'État et de guerre, depuis 4(124 jusqu'en 4668. La première édition de cet ouvrage important , dont le titre hollandais est : Zaken t-an Siaat en Oorlog, forme 4-1 volumes et 16 volumes in-4°, avec le traité de paix de Munster. Pars, dans son Catalogue det écrivain» baiaves, assure que cette édition, imprimée en 4637-4674 , est plus recherchée des connaisseurs (pie l'édition in-fol. publiée en 4669- 4672, parce que l'auteur, |>our se conformer aux circonstances, a supprimé dans cette seconde édition beaucoup de remarques essentielles. Cependant, un examen sévère a prouvé que ces altérations ne sont pas importantes : on préfère même l'édition en 7 volumes in-fol., parce qu'elle est plus correcte et pins méthodique. O qui donne une si haute importance a l'ouvrage d'Aitzema, c'est cette foule d'actes originaux, tels qu'instmetions, mémoires des ambassadeurs, lettres, ré|»onscs des souverains, etc., dont il a fait usage, et qu'il a su tirer des archives et des dépôts les plus secrets. 11 avait une adresse et une activité particulières pour se mettre en possession des pièces dont il avait licviin. Ses liaisons avec les hommes en place lui en facilitaient les moyens ; mais souvent il usait, pour arriver à son but, de voies détournées et peu dignes d'un homme délicat. les Hollandais lui reprochent aussi d'avoir entretenu des correspondances secrètes avec les cours étrangères , et particulièrement avec l'Angleterre. l>es jwipiers de Thurloc , rapportés par Wagenaar, ne laissent plus de doute à cet égard. Ses compatriotes l'accusent en outre de montrer dans ses ouvrages du mépris |K>nr

la religion. Wiqucfort, dans son Ambattadewr, critique amèrement l'histoire d'Aitzema : « Elle peut « servir, dit-il, comme d'inventaire à ceux qui n'ont « point d'accès aux archives d'État; mais ce que « I auteur a ajouté du sien ne vaut pas la gazette, o II n'a point de style, son langage est tout à fait « lwrbare, et tout l'ouvrage n'est qu'un chaos. » Bayle trouve ce jugement dur et choquant. Quels que soient au reste les défauts de l'ouvrage d'Aitzema, on ne peut lui contester un mérite réel, c'est de jeter beaucoup de jour sur les affaires de son temps, et d'offrir une source sûre et abondante pour les diplomates et les historiens. Il a été continué jusqu'à l'an 4697 par Lambert Sylvius, ou Tan den Bosch, 4 volumes in - fol. Aitzema est mort en 4669 , âgé de 69 ans, a la Haye, son séjour ordinaire (I). D — G.

AKAKIA (Martin), professeur de médecine à l'université de Paris, reçu docteur en 4526, était de Ch.ïlons en Champagne, et, selon l'usage de son temps, changea son nom de Sont-Malice en celui d'Akakia , qui veut dire la même chose en grec. Commentateur de Galien , il a traduit le de Ratione curandi, et VArs médira omit ett art parva; il a réuni ce que ce prince de la médecine avait dit dans ses cinq premiers livres , sur les propriétés des plantes médicinales. On a aussi d'Akakia des Contitia médira, et deux livres sur les maladies des femmes. Akakia a joui d'une grande considération ; il fut médecin de François I", et un des principaux députés de l'université au concile de Trente, en 4545; il mourut en 4551. C. et A— -S.

AKAKIA (Maktin), fils du précédent , fut reçu docteur de la faculté de Paris en 4570, et bientôt nommé professeur de chinirgie au collège royal, et second médecin de Henri III; en 4578, il prononça en latin, devant la faculté , un panégyrique de ce roi, qui fut son bienfaiteur. Akakia mourut A l'Age de 49 ans. en 4588. Plusieurs hingraphes lui attribuent l'ouvrage sur les maladies des femmes , que nous avons dit ap|«rtenir A son père. Cette famille se distingua longtenqis dans la médecine ; les rois Charles IX , Henri III , Louis XIII, les attachèrent successivement A leur personne. — I<c dernier, petitfils de celui dont nous (tarions en ce moment, mourut de chagrin, en 4677, pour avoir été rayé de la faculté , ou seulement intenlit pendant six mois, comme ayant consulté avec des médecins étrangers, contre la teneur de son serment. C. et A— n.

AKHAR ou AKIJKK ( SaïAii-PJiNJ.i-Anoi L-

Mot 7.llTKn-I)JEI.I.AI.-F.r.-nVN-MoilAMMOin-AKBAIl-

Paosciiaw-Ghazi, c'est-à-dire le Roi fgalàDjumrhyd, le Père victorieux propagateur de la religion, Mahomet Akbar, monarque invincible) , empereur mogol, le génie le plus complet de cette race tar-

(I) l)au* la Billioth^Ht rvrieue de D. Ciraient, L I, p. 404. on Imli'liu- rr que douent rmilceiir les éditions cl«- VUtitarie of \trkmt, \m Sacken, Va» srn e» Vortegh; rrlli* en ti mi. in-t*. UW7- 4S7I. a»er deux antres ouvrages qui rnaplt-lrat relui wl : Yertrl, rtu it SeJerlamUfhe trtedt Hndtiat el HtnltU* Ixtuv; ainsi que lediiion en 7 vol. in-fol., t«*M67i, pour qnelles soient tanpleies. H.-F.-C.

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tare qui a produit Djenguiz-Kan, Timour-Lank et Baber. Guerrier plein de valeur, réformateur hardi, administrateur habile, Akbar ocrupe une large place dan» les annales de son pays. Il est nécessaire, pour bien apprécier rimportance réelle des conquêtes de cet homme extraordinaire, qu'on se rende un compte exact de ta situation de l'Inde, à son avènement. Une esquisse rapide du règne de l'empereur Houmajoun sera pour nous une introduction naturelle à l'histoire de son fils Akbar. Iloumajoun monta sur le trône en 1530, à la mort de llabcr, son père, qui Parait choisi pour successeur. Le nouvel empereur confia les provinces de Caboul, Laliore et Cashmir, à ses frères Shere-Shaw, Mirza-€amiran etMirza-llindal, dont il voulait s'assurer le concours. Mais à peine en possession de leurs gouvernements, ces princes in -rate s'en servirent comme d'un point d'appui pour renverser Iloumajoun. Ils envahirent ses Etats, et le défirent plusieurs fois en bataille rangée. Presque tous les omrah ( grands de l'empire ) abandonnèrent alors l'empereur ; un d'eux lui refusa même le cheval qu'il demandait pour faciliter sa fuite. Après avoir couru des dangers inouïs, après avoir vu le |>etit nombre d'amis dévoués (pai l'avaient accompagné mourir faute d'un peu d'eau dans les déserte de Guzarate, Houmajoun atteignit eniln la forteresse d'Amerkot, dans le soubab d' Adjemer. C'est là que, le dimanche 15 octobre 1542 (5 redjeb 949), la sultane Hamida-Banu Begum donna le jour à un prince qui fut nommé Akbar, c'est-à-dire grand. Toutes les espérances de l'empereur déchu s'étaient tournées du côté de la coin- de Perse. Il partait pour en implorer le secours, lorsqu'un omrah, du nom de Mohammed- Askhari, enleva par surprise Akbar et sa mère, et les amena prisonniers à Candahar. Houmajoun dut emporter dans l'exil cette nouvelle et amère douleur. A cette époque, le désordre était à son comble dans l'empire; cent factions avides s'en disputaient les débris. Shere-Shaw, qui s'était proclamé empereur, n'en avait guère que le titre. Chaque rajah commandait en maître absolu dans la ville confiée a sa garde. Houmajoun, désespéré des lenteurs apportées par la Perse à l'exécution de ses promesses, assistait dans une inaction forcée au démembrement de ses plus riches provinces. Il put ainsi voir les omrah l'a tans, naguère subjugués pur Baber au prix de tant de sanglante efforts, relever peu â peu la tète, et, sous un clief liabile nommé Secunder-Shaw, reconstituer l'empire des Palans. Enfin, en 4515, Houmajoun reparut à la tète d'une petite armée persane qui, après quelques succès, alla toujours se grossissant des mécontente de tous les partis. Bientôt il s'empara de Candahar, puis marclia sur Caboul. Le 40 ramazan 952 (15 novembre 4545), cette ville capitula. Houmajoun eut la joie d'y retrouver Akbar et la sultane sa mère.

• Alors, dit Perishta, prenant son enfant dans ses

• bras, il répéta ce verset : Joseph, jeté dans un puits « par ses frères , fut élevé par la Providence au « comble de la gloire. » Pendant que l'empereur poursuivait d'un autre côté le cours de ses succès, Camiran attaque Caboul et l'emporte d'assaut. Akbar retombe

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alors au pouvoir de son onde. Aussi rapide que son ennemi, Iloumajoun réparait devant les murs de la place. La désertion commence parmi les assiégés; deux chefs entre autres, k irradie - Kan et Baboos-Beg, passent du coté d'Houmajoun ; alors l'atroce Camiran, dans un accès de rage, fait couper en morceaux les trois entants de baboos, et empaler entre deux créneaux le fils de Kirracbe-Kan, Houmajoun, craignant tout pour son fils, précipite l'assaut et reconquiert la ville. Successivement battu sur tous les pointe, Camiran se réfugia à la Mecque, où il mourut en 4553. Mirza-llindal, qui s'était réconcilié avec son frère Houmajoun, contribua puissamment à ces heureux résultats, que, malheureusement, il paya de sa vie. Resté en possession des richesses de Mirza-Hindal, Houmajoun les rendit sous forme de dot à la fille unique de celui-ci, et la donna pour épouse à Akbar. Quant au jeune prince, il obtint le commandement des troupes de Ilindal et le gouvernement de Ghizni. 11 partit aussitôt pour cette ville, accompagné de son précepteur Djellal-el-din-Mammoud. A cette époque, Houmajoun avait enfin soumis tous les rebelles; il crut le moment favorable pour reconquérir l'Indoustan. L'un des principaux omrah, Beyram-Chan-Chanan, reçut le commandement de l'armée ; l'empereur s'y rendit en personne, et fut bientôt rejoint par son fils. Le dernier jour de redjeb 962 (24) juin 4555), Akbar faisait une ronde autour du camp. Les Palans, voulant profiter de l'avantage que son inexpérience semble leur inspirer, le provoquent au combat : l'action commence; Akbar fait des prodiges de valeur et en inspire à son armée. « Les Mogols semblaient avoir oublié qu'ils « étaient mortels. » Totalement battu , Secunder- Sliaw chercha son salut dans la fuite ; et Houmajoun entra triompliant dans la ville de Delhi. AbouI-MaJi fut ensuite nommé gouverneur du Pendjab; mais, inhabile ou traître, ce chef permit à Secunder-Shaw de regagner du terrain. Akbar et Beyram se remirent en campagne ; mais, à peine arrivés au Pendjab, ils apprirent que le 7 de rebyi 1" 963 (20 juin 4555), Iloumajoun avait rendu le dernier soupir. Akbar fut proclamé empereur le 2 rebyi 2* 963 ( 45 juillet IUD). H avait près de quatorze ans. Beyram-Chan devint alors régent, et réunit dans ses mains tous les pouvoirs de l'empire. Son premier soin fut de se concilier le peuple, en défendant toute espèce d'exaction, et en supprimant le péage des routes. De plus, il dispensa les laboureurs du service militaire. (Cependant ces occupations ne lui firent pas ralentir ses préparatifs contre Secunder-Sluiw ; el bientôt ISagracot se rendit aux Mogols. Mais l'époque des pluies survint : pendant qu' Akbar prenait ses quartiers d'hiver a Djallender, Soliman- M irza s'emparait de Caboul, et Himu,vizirde Mohammed-Adili,schahdu Bengale, envahissait l'empire. L'omrah Tirdi-lteg se laissa enlever Agra, Delhi et tout le Pendjab. En apprenant ces désastres, Akbar fit mander Beyram j « Vous êtes mon seul espoir, lui dit-il, et ma con- « duitc en ce jour vous doit prouver combien je « prête peu l'oreille à de perfides insinuations, qui, je « ne vous le cache pas, ont été dirigées contre vous. »

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A la suite de cet entretien , Beyram jura sur les mânes d'Houmajoan de remplir fidèlement les devoirs que lui imposaient les malheurs de l'Etat. I n conseil de guerre fut assemblé ; les omrahs hésitaient et parlaient de se soumettre; Beyram, au contraire, proposait une énergique résistance. Akbar appuya cet avis avec tant de chaleur, que les omrah y adhérèrent. La guerre fut résolue. Chaja-Cbijer-Chan fut envoyé au Pendjab pour tenir Secunder en respect ; et l'empereur marcha sur le Sirhind, où vinrent le rejoindre les omrahs de l'armée de Tirdi-Beg. Ce dernier, arrêté par ordre de Beyram, paya de sa tête l'abandon de Delhi. Cette sentence ne fut connue d'Akbar qu'après l'exécution. Beyram s'en justifia sans le moindre embarras : il avait , disait-il , redouté de son maître un acte de clémence dangereux en pareil cas. Sous cette apparente justice , Akbar aurait pu voir le coup d'essai d'une audacieuse volonté qui tendait à ne relever que d'elle-même; mais il parut seulement affligé de la cruauté du supplice, et finit par remercier Beyram du service, trés-réel, que celui-ci lui avait rendu ; car cet acte barbare jeta, parmi les omrah dont la fidélité chancelait, une salutaire terreur. Le 2 moharrem 964 (5 novembre 1536), les deux armées en vinrent aux mains. Malgré l'étonnante valeur qu'il déploya, malgré ses 100,060 cavaliers, ses éléphants monstrueux et son artillerie, Himu dut céder devant l'impétuosité des Mogols. Il fut fait prisonnier et conduit devant Akbar. Beyram était présent, et engagea le jeune prince à décapiter Himu de sa propre main. Akbar, tout en larmes, se contenta de lui toucher légèrement le cou du plat de son sabre; mais Beyram •'écria que la clémence n'avait été que trop funeste i la race de Timour. et fit rouler lui-même aux pieds d'Akbar la tête de l'infortuné général. Les immenses trésors amassés par ilimu tombèrent en même temps que Meswat et Delhi aux mains de l'empereur. Sur un autre point de l'empire, Chaja-Cbijer- Chan, que les Patans tenaient, pour ainsi dire, prisonnier dans Lahore, parvint à sortir nuitamment de la ville avec toute la garnison, se porta rapidement sur Mancot, et s'en empara, après avoir fait prisonnier le fils de Secunder. Le roi des Patans consentit alors à se retirer au Bengale, et la tranquillité fut un moment rétablie ( ramazan 964 ; 7 juin 1556). Pendant cette campagne, quelques laveurs accordées par Akbar à des ennemis personnels de Beyram irritèrent si fort ce dernier, qu'il se tint assez longtemps éloigné des affaires. Akbar lui ayant assuré que ces faveurs étaient de simples récompenses accordées au mérite, il revint alors à la cour; mais il rapportait de son exil volontaire une colère sourde et concentrée dont les effets ne tardèrent pas à se manifester au dehors. Chajer-Callan, qui. dans la dernière guerre, avait montré de grands talents, eut l'imprudence de se déclarer ouvertement contre l'administration de Beyram. L'audacieux ministre le Ht mettre à mort, sans même consulter Akbar. Il alla même jusqu'à exiler le tuteur de celui-ci, Mdilu-Pier-Mohammed,dont il craignait l'influence. Cette fois l'empereur laissa voir

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une certaine irritation. Alors Beyram lui proposa la

conquête de Gualier, où s'était réfugié le fils du rebelle Camiran. Cette entreprise ne coûta pas une goutte de sang; on eut seulement à débattre le prix auquel le commandant du fort mettait sa capitulation. Ces circonstances, rapprochées de la liaison intime qu'on sut avoir existé entre Beyram et Abuel-Carim (ainsi se nommait le cousin germain d'Akbar), purent faire supposer que l'expédition de Gualier n'était pas sérieuse et qu'elle n'avait été destinée qu'à opérer une diversion dans les pensées d'Akbar, sans exposer Beyram aux chances et à la responsabilité d'une défaite. Vers cette époque, une victoire sérieuse, remportée sur les Palans par l'omrah Schah-Ziman, livra a l'empereur deux villes d'une immense richesse , Djonpoor et Benarès; mais chaque nouveau succès, en affermissant la puissance d'Akbar, diminuait celle de Beyram en le rendant moins nécessaire. L'heure de sa chute approchait à grands pas : il l'accéléra lui-même. Se laissant guider par une ombrageuse jalousie, il éloigna de la cour un rajah nommé Schah-Mohammed-Ghori, qui, pendant l'exil d'Houmajoun , avait donné les preuves les moins équivoques de son attachement à la dynastie mogole. Un jour, la négligence d'un des esclaves d'Akbar occasionna la mort d'un éléphant appartenant a Beyram ; l'esclave fut décapité par ordre du ministre, au mépris de l'autorité impériale. Celte fois, la colère d'Akbar éclala. Beyram eut recours à son expédient ordinaire : la conquête de Malwah fut proposée et accomplie; mais une circonstance fortuite vint porter le dernier coup au régent. Akbar partit pour la ville de Delhi, où sa mère était dangereusement malade. Le rajah de Delhi avait maintes fois encouru le ressentiment de Beyram; croyant pressentir sa propre perte dans l'arrivée d'Akbar, il accourt le fléchir et lui avoue ses craintes. Akbar se sentit profondément blessé de l'étendue de ce pouvoir usurpateur qui avait grandi à l'ombre de son trône, et qui, dans l'opinion publique, faisait de l'empereur l'instrument des vengeances du ministre. Les ennemis de Beyram, fort nombreux à la cour, saisirent l'occasion qui se présentait de l'accabler; ils portèrent contre lui les accusations les plus graves; les reproclies de trahison ne fuient pas épargnés; on fit surtout valoir contre lui ses relations avec Abuel- Carim. A la fin, Akbar en vint à faire emprisonner, sans même les entendre, deux envoyés de Beyram. Il le déclara déchu de la régence, et désormais gouverna par lui-même. Beyram se laissa dépouiller sans résistance de toutes les marques de sa dignité, et, la rage daus le co?ur, s'achemina vers la Mecque. A peine au terme du voyage, l'ambitieux se prit à regretter amèrement «l'avoir si vite abandonné la partie. 11 retournadans l'Inde, et leva l'étendard de la révolte. A lu ii il -M. il i , détenu clans une forteresse |>our crime de trahison, s'échappa et se joignit à lui. Cependant Mullu-Pier- Mohammed, rappelé d'exil à son tour, poursuivit les rebellesavec toute l'ardeur de la haine. Beyram se réfugia dans le Pendjab, qu'il avait jadis peuplé de ses créatures ; mais ceux qui lui devaient le plus furent les plus ingrats ; et bientôt il se trouva

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réduit à chercher un refuge dans les montagnes de l'Afghanistan. Jamais la colère n'avait, dans l'àme généreuse d'Akbar, survécu au triomphe ; aussi n' eut-il plus d'antre pensée que de consoler l'infortune de Beyram, et de lui accorder un pardon sans réserve. Peut-être même passa-t-il les bornes de la prudence en lui offrant le gouvernement d'une province. Beyram refusa par des paroles pleines d'une touchante et noble humilité, et résolut de finir ses jours à la Mecque. Le généreux Akbar lui assura une pension de 50,000 roupies (5,000,000 francs). II partit donc pour la ville consacrée; mais, en traversant un bourg de Guzarate, il tomba sous le poignard d'un chef afghan dont le pére avait été tué en combattant sous les ordres de Uimu. Akbar eut des larmes pour cet homme infortuné dont les actions, même les plus criminelles, ne furent jamais dénuées d'une certaine grandeur. La complète de Malwah , de Mertah, puis la mort du fils de Mohammed- Adili, vinrent successivement effacer de l'àme d'Akbar de tristes impressions ; une ltorrible catastrophe les ranima bientôt. Des intrigues de cour ayant fait retirer à Adan- Chan le gouvernement de Malwah, dont la conquête lui était due ; Adan crut devoir attribuer sa disgrâce au grand vizir Schah-Azim , et jura de s'en venger. 11 se servit d'une ruse <pji, vingt ans plus tard, et sous le règne même d'Akbar, devait réussir en France au régicide Chàtel. S'étant fait accorder, au palais même, une audience par son ennemi, il détourna son attention en lui remettant des papiers à examiner, et le poignarda. Akbar accourut un cimeterre à la main ; à son aspect, l'assassin crut sa dernière heure venue, et lui saisit les mains en implorant sa grâce. Mais Abkar se méprenant sur ce mouvement, et croyant qu'Adan en voulait à ses jours, 1 étendit mort à ses pieds. Cette double catastrophe affecta profondément l'empereur; jamais, jusque-là, il n'avait répandu de sang hors du champ de bataille. Peu de temps après, il eut à châtier le rebelle Aboul-Mali et son complice Hussein. C'est au retour de cette expédition qu'il faillit être assassiné par un esclave de Hussein (971-1563). Tant de peuples divers se heurtaient dans ce vaste empire , tant de rivalités ardentes et d'ambitions inquiètes y étaient en présence, que l'esprit de révolte, toujours comprimé, jamais éteint, ne disparaissait guère d'une province cnie pour se montrer dans une autre. D'ailleurs l'action trop lente du temps était loin d'avoir effacé de la mémoire des races indigènes leurs vieilles laines et leurs rancunes nationales contre la race conquérante des Tartares. Aussi, en 1565, voyonsnous une révolte terrible éclater tout à coup, sous un prétexte auquel le caractère bien connu d'Akbar ôte toute vraisemblance. l.e> omrah de l'ancienne famille des Ousbecks, autrefois subjuguée par Djenguiz, prétendirent que, sous une feinte bienveillance, l'empereur cachait le projet odieux de les faire assassiner en masse Ils se déclarèrent simultanément indéf»endants sur tous les points de l'empire où ils pouvaient jouir de quelque influence. En-

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traînant à leur suite de nombreuses populations, ils défirent trois fois l'armée impériale. Mais Akbar reprit vivement l'offensive; les Ousbecks furent vaincus , et leurs têtes tombèrent en expiation de leur crime (juillet 1567). La soumission définitive de Malwah, ville qui, depuis Beyram, avait été trois fois conquise et trois fois reperdue, la prise de Tchelter, Hintimpore, Callinger, signalèrent l'année suivante. L'Inde jouit enfin d'un court moment de calme. Après douze années de guerres continuelles, le grand empire de Baber était rétabli dans son intégrité. Nous examinerons bientôt les moyens employés par son petit-fils pour en assurer la durée. A celle époque, il craignait encore de ne pouvoir perpétuer sa dynastie, tous ses enfants étant successivement morts en bas âge. Conduit par l'espoir d'obtenir du ciel un successeur, il alla consulter un célèbre derviche qui vivait retiré dans le village de Sikry, prés d'Adjemer, et lui confia pendant quelque temps la sultane favorite : « grâce aux prières de ce saint « homme, » il eut bientôt un fils que l'on nomma Selym-Pjehanguyr ( 17 «le rehji 1er 977 ; 29 août 1569 ). Après avoir réprimé de nouveaux symptômes de désordre , qui s'étaient manifestés dans le Pendjab, Akbar revint à Sikry, et, par ses ordres, une ville nouvelle nommée Fattepoor ( ville de la Victoire), s'éleva rapidement sur l'emplacement de ce village. I^es prières d'un autre fakir, non moins célèbre que le premier, donnèrent à Abkar un second fils, qui porta le nom de Daniel (2 djomady 1er 978; 2 octobre 1570). Bientôt la tranquillité fut encore troublée dans le royaume de Guzarate ; et ce fut seulement en 1575, que la prise de Surate entraîna la réduction de la province entière et, par suite, du Bengale. Akbar eut en outre à combattre quelques-uns de ses propres généraux , qui, après avoir dompté les reltelles , étaient devenus rebelles à leur tour. — Depuis longtemps l'empereur des Mogols méditait la conquête de la grande péninsule indoustanique, connue alors sous le nom de royaume du Décan. Quatre princes différents se partageaient cette presqu'île. Akbar les somma, par ambassadeurs, de reconnaître sa suzeraineté. L'invasion immédiate que leur refus allait déterminer fut retardée par une révolution sanglante qui mit l'Afghanistan et le Pendjab en combustion. Il fallut à l'empereur de longs et sanglants efforts pour conserver ces deux provinces. L'ordre n'y fut même jamais parfaitement rétabli. Akbar le comprit si bien (pie, pour exercer sur elles une surveillance à la fois plus facile et plus active, il fit désormais de Lahore la capitale de son empire (997-1588). 11 ordonna alors à Sclym-Djehanguyr d'envahir le Décan. Quelques victoires signalèrent cette première tentative; mais jamais celle belle contrée n'avail subi de joug étranger, et sa répugnance pour la religion, les mœurs et les usages des vainqueurs, interdit longtemps à ceux-ci la formation d'établissements durables. Plusieurs années s'écoulèrent ainsi dans des alternatives de succès et des revers; enfin la soumission totale de l'Afghanistan permit à l'empereur de diriger lui-même les opérations, et bien-

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tôt 11 fut maître d'une partie (lu Décan ; mais, se réservant seulement- la suzeraineté, il altandonna la possession réelle à Djelianguyr, dont il a^ait sujet de craindre l'humeur ardente et indomptable. Akliar satisfit ainsi l'ambition de son fils, tout en lui donnant assez d'occupation dans le Décan pour qu'il ne pût se rendre redoutable au dehors. Tel était surtout son but , et l'on peut dire qu'il l'atteignit complètement par cet acte d'une politique à la fois habile et généreuse, la seule qu'il ait jamais employée. Peu de temps après. Aboul-FazL le minière et l'ami d'Akbar, fut assassiné par des Iwndits sur la route de Lahorc. Ce crime fut attribué par quelques contemporains à la vengeance du prince Daniel, dont Aboul-Fazl aurait publiquement blâmé les honteuses débauches. L'historien Ferisbta traite de calomnie cette accusation, qu'il ne discute même pas. Sans nous prononcer pour ou contre, faisons remarquer seulement que la crainte de blesser la famille régnante en attaquant un de ses membres peut avoir influé sur l'opinion de Ferishta. Lorsque la tristesse causée par cet événement fui un jieu dissipée, on célébra le mariage de Daniel. La joie que cette fêle de famille jeta dans l'âme d'Akbar sembla ranimer ses forces épuisées par les fatigues et les travaux de tout genre; mais lu mort de Daniel, qui eul lieu à Rurkanpour le 1" zcllitrge 1015 (10 avril 100!) , à la suite d'une nuit de débauche, plongea l'empereur dans un affreux désespoir ; il tomba dangereusement malade, et, malgré les efforts des plus célèbres médecins arabes et persans , il expira le jour même où commençait sa M* année (I l djomady 2* IllU; 16 octobre 1005'. 11 avait régné 49 ans 5 mois I jour. I u magnifique tombeau, aujourd'hui en ruines, lui fut élevé à Seeundra, sur la route de Delhi. Il existe de lui deux portraits : l'un est une magnifique miniature du manuscrit de Manueci que possède la bibliothèque royale; l'autre est une peinture orientale reproduite en tête de Yllhlnry nf UinUmstan, trantlated frnm Frri<hta , by Âlexander Dow , 3 vol. — La guerre réussit presque toujours a Akbar, mais son heureuse étoile |ieut revendiquer une large jiart dans les résultats qu'il obtint. Ce prince fut plutôt un soldat héroïque qu'un habile général. Déduit souvent, par sa vaillance inconsidérée, a des situations extrêmes, il en sortit à force de témérité. Il aimait le danger pour le danger lui-même: et les historiens persans racontent avec complaisance les luttes qu'il prit plaisir à soutenir corps à corps avec des tigres monstrueux Mais, pour nous, la gloire d'Akbar n'est pas dans ses vertus guerrières; eette gloire est ailleurs, dans ses institutions, dans sa |wlitique,dans la pureté de sa vie privée, même dans ses erreurs, qui furent toujours celles d'un homme de génie. Il ne faut pas s'abuser sur l'étendue de ses conquêtes : Daber en avait opéré trois fois plus ; mais conserver ces conquêtes, faire un tout homogène de tant d'éléments disparates, telle fut la tache immense et laborieuse qu'il accomplit. Il détruisit tous les pouvoirs, et les réorganisa sur le grand principe de la centralisation, qu'il semble avoir deviné.

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L'empire se composa de quinze tovbah, ou vice-royautés ; cliaque souhah se divisa en perganah, ou provinces, et chaque province en districts. Les provinces furent administrées par des naïb, qui, sous le commandement du tnubahdar , étaient cependant «a correspondance directe avec le premier ministre. Mais voici quelques faits dignes d'être sérieusement médités. L'arbitraire seul avait jusqu'alors présidé à la répartition des impôts ; Akbar leur donna deui bases équitables, la propriété, le revenu. La première de res bases fut déterminée au moyen d'un cadastre général de l'empire ; la deuxième,, par des mercuriales relevées périodiquement dans chacun des soubah. Lne vaste administration financière embrassa tout l'empire; et quelques règlements crées par Akbar se retrouvent en France, entre antres, l'obligation imposée aux percepteurs de verser leurs receltes au trésor publie, dès qu'elles s'élèvent a une certaine somme. Comprenant que les nationalités diverses et antagonistes dont se composaient ses Etats étaient ineonqKitibles avec une organisation compacte et forte, l'empereur s'appliqua à les effacer par tous les moyens que peut suggérer une politique habile et prévoyante : un système uniforme de poids et mesures fut imposé à toutes les provinces ; une ère nouvelle fut établie sur les débris de toutes les chronologies employées jusqu'alors, et qui, suivant Aboul- Fazl, étaient au nombre de vingt, y compris l'ère de Jésus-Christ et l'Iiégire. Cette ère nouvelle fut nommée /« granité ère au Y ère d'Akbar. Bien qu'établie seulement en l'année de l'hégire 902 ( 1583), on la fit commencer du jour de l'avènement de son fondateur. Elle avait l'a vantage immense «le supprimer les calculs si compliqués d'es chronologies arabes, en substituant aux mois lunaires et à leurs jours intercalaires des mots solaires de trente ou trenleet un jours, sur lemodèle des calendriers d'Europe ; seulement, les noms persans furent conserves. Certes un prince , accomplissant au 16* siècle, à deux mille lieues de l'Europe, et dans un pays demi-barbare, des réformes d'une si haute importance et dont l'utilité ne lui était révélée que par son propre génie, un tel prince, disons-nous, ne fut pas un homme ordinaire; sa gloire, jusqu'ici en partie effacée par le sanglant éclat des noms de Djenguis et Timour, devrait s'élever de toute la supériorité de la raison et de la philosophie sur l'ignorance et la force brutale. Donnons maintenant un aperçu des rieliesses d'Akbar. En 16fH , l'empire, composé seulement alors de 12 souhah, comprenant 105 provinces et 757 cantons, produisait un revenu annuel de 00,7 13,881 roupies , équivalant à 9.071,388,100 fr. (1) ; les officiers de la maison du

(•) I'ar nne erreur inrvplirahle, M. Kasiralrski, dans mu article Akher de VF.neyclopèiUt uotntlte, a donne. pour chiffre de* revenu de l'empire m«t!»l fl.071.5KR.IOO munies, |.rnduisiii)l, selon loi, *0O milliard* de franrs. Quand même l'etajtéralion de ce rhiffre effrayant n'en arroserait |kis la fausseté, nous ferions remarquer que 9, 07*. 5*8,100 roupies donneraient en franrs, non pas 400 milliards, mats lu. il StB7.i3S.8IO, 000. Du reste. V.iyetu AUtri donne posiltvetiirnl le chiffre que nous adoptons. Si nous relevons relie inexactitude, r'est uniquement dans l'intérêt de 11 verilé, far l'arllrle Akber, de l' Karyrtopedir muretle, est rentarqnalile parmi Uni lis remarquables articles qui composent te recueil, dont la repouitat Cil loin d'égaler le m. rite.

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roi, outre le traitement alloué à plusieurs eux anmne chefs militaires, touchaient en

d'entre ensemble

une somme annuelle de 7,729,652 roupies (772,665,200 fr.). Nous renvoyons à YAyecn Akberi pour une foule d'autres détails curieux, mais qui ne peuvent trouver place ici. — Examinons maintenant le règne d'Akbar au point de vue de la réforme religieuse qu'il essaya dans son empire Houmajoun avait astreint l'enfance de son fils à l'accomplissement le plus strict des pratiques de la religion musulmane ; , par une réaction toute naturelle, l'esprit d'exane «'en développa que plus rapidement chez le jeune prince. L'islamisme ne satisfaisant qu'imparfaitement les vagues instincts religieux de 800 àmc, il voulut connaître par lui-même toutes les autres religions, et se lit expliquer les dogmes de chat-une, depuis l'antique judaïsme , jusqu'à la fui nouvelle enseignée par Kanaku-Schah aux liahitauts du Pendjab, vers la lin du I.V siècle de notre ire. Un jésuite portugais initia l'empereur mogol aux mystères du christianisme. .Mais quand U fallut s'enquérir de la croyance de ses propres sujets les Indous, la volonté d'Akbar vint se briser contre une résistance invincible. Les brahmanes avaient de tout temps gardé le plus profond secret sur les doctrines contenues dans leurs Vidas, ou livres sacrés. La tolérance étant un des caractères principaux de leur croyance, ils n'admettaient poiut de prosélytes; ils redoutaient de confier leurs préceptes à un conquérant qui, peut-être, voudrait les inqioscr par la force ; et certes la proposition suivante, énoncée par Aboul- Fazl dans un de ses écrits, n'était pas de nature à dissiper leurs craintes. « Lorsqu'un liommc, dit « Aboul-Fazl, »'élève a la connaissance de la cé- « leste vérité, le ciel le revêt alors de la robe impé- « riale, alin que, par la force, il contraigne l'hu- « mauité à entrer dans le droit chemin. » [Ayeen Akberi, t. I, part. 3.) L'autorité d'Akbar n'ayant pu triomplier de la détermination des brahmanes, il fallut user de ruse, n 11 se concerta avec Aboul- « Fazl, et l'on envoya dans la ville de Bcnarcs un « enfant nommé Feizi ; cet enfant , instruit du « râle qu'il devait jouer, se lit passer pour un « pauvre orphelin de la tribu des brahmes. Cette « fraude réussit, un brahmane instruit recueillit « Feizi et l'éleva comme son propre lils. Au bout de « dix années d'étude, le jeune adepte posséda la « connaissance parfaite du sanscrit et de la religion • de Brahma (I ) ». L'authenticité de cette anecdote, que nous dépouillons des circonstances romanesques dont Al. Dow l'a entourée, reçoit uu certain degré de con lirma lion de quelques passages de Y Ayem Akberi, qui semblent y faire une allusion directe. Nous allous rencontrer maintenant un fait bien curieux pour ceux qui suivent avec quelque intérêt la marche de Pâme humaine dans ses chemins les plus cachés. Akbar, qui avait passé tant d'années à chercher la meilleure des religions , tant pour lui que pour son peuple, finit par en créer lui-même une nouvelle,

h Alex. Do», t. i". IMuerlam»,

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dont il fut le pontife. Quels étaient les dogmes de cette religion? Nul ne peut le dire, car Aboul-Fazl lui-même n'en a rien révélé. Quant au culte extérieur, en voici les principaux préceptes : « Mer « Dieu quatre fois par jour, à midi, à minuit, au « lever et au coucher du soleil ; adorer le soleil lui- « même, car chacun doit glorifier son bienfaiteur, « et par conséquent célébrer la source de tout bien- « fait, la fontaine de lumière. » Il fallait aussi s'abstenir entièrement de manger la chair des animaux. Les sectateurs de la foi nouvelle recevaient de l'empereur lui-même le shust de rédemption sur lequel étaient gravés ces mots : Allah Akbar (Dieu grand). Quand deux disciples s'abordaient , l'un prononçait ces mots : Allah Akbar ! et l'autre répondait : Djelle- Djrllal-hoo ! toute- puissante est sa gloire {Djellal était un des noms d'Akbar). Il paraîtrait, d'après Aboul-Fazl lui-même, que cette tentative aboutit seulement à faire considérer Abkar comme blasphémateur et impie par ses anciens coreligionnaires, qui déjà regardaient comme sacrilège l'abolition de l'ère de l'hégire. Observons, en passant, que nous avons dégagé l'exposé qui précède de l'exagération tout orientale d'Aboul-Fa/l, qui, pour mieux louer son maître, va jusqu'à lui attribuer des miracles nombreux.—Akbar protégea les savants, les artistes, les écrivains. Voulant enrichir la littérature de son pays par la connaissance d'ouvrages étrangers, il fit traduire en langue persane ou indoue les Tables asiranomiques d'Ouloug-Reg , les Commenfairts de Balwr, Yflistaire du Cashmir, et d'autres ouvrage* importants. Le Fahrang Djehanguiri , dictionuaire persan, dont se servit le docteur Hyde vers la fin du 17* siècle, fut entrepris par ordre d'Akbar, mais ne fol achevé que sous son fils Djehanguyr, dont l'ouvrage a retenu le nom. (Voy. Anqueiil-Duperron , Zend-Avesta, t. 1.) Aboul-Fazl a écrit une histoire d'Akbar, et la conduite , pour ainsi dire, jusqu'au jour où il tomba sous un poignard inconnu. Cette histoire pour le nom (Y Akbarnamma. Francis G ladwin en a traduit la partie statistique et scientifique sous le nom de The Ayeen Akberi or Itulilulet e>\ empernr Akbcr, 3 vol. in-4°, Calcutta , 1785. Cette édition, dont le seul exemplaire que |M*sêde la bibliothèque royale provient de la collection de feu M. Langlès, est indiquée comme très-rare par une note autographe de celui-ci , placée sur la garde blanche du t. Ier. A. V— ti.

AKBÉH-BEX-NAFY, gouverneur arabe d'Afrique, puur le ealire Moawyah, fituneguerrecruelle aux chrétiens, étendit au loin la domination des Arabes, et bâtit la forteresse de Raï Couan, pour contenir la nation africaine des Berbers , dont l'esprit remuant donnait de l'inquiétude aux califes. Akbéh fut cependant destitué par le gouvernement d'Egypte , dont il dépendait alors ; il se rendit aussitôt à Damas pour implorer la justice de Moawyah , mais il ne fut rétabli dans son gouvernement que sous le successeur de ce prince. II passa alors en Afrique, où les Crées possédaient encore quelques places. Akbéh leur prit d'assaut la ville de Bugie , et les tailla en pièces dans une grande bataille. Trop faibles pour

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lui résister, les Grecs, après avoir rallié quelques troupes, se joignirent aux Berbers qui avaient pris les armes contre les musulmans; mais, quoique réunies , ces deux nations furent battues de nouveau par Akbéh , qui s'empara de tout le pays soumis aux Grecs, et marcha ensuite sur Tanger. En vain les Berbers voulurent s'opposer à son passage : ils furent complètement défaits. Akbéh les poursuivit , et entra avec eux dans Sous, où il fit un butin immense, Tout plia alors devant lui, et il ne s'arrêta qu'à l'extrémité de l'Afrique occidentale. Ce fut la qu'avec tout l'enthousiasme d'un zèle musulman , il poussa son cheval dans l'Océan , tira son sabre , et s'écria : « Grand Dieu ! si je n'étais pas retenu par les Ilots , « j'irais jusqu'aux royaumes inconnus de l'Occident ; a je prêcherais sur ma route l'unité de ton saint « nom , et j'exterminerais les peuples qui adorent « un autre Dieu que toi. » Mais les vaincus, qui n'étaient soumis qu'en apparence , prolifèrent de la dispersion des forces d'Akbéh, et l'attaquèrent avec une armée nombreuse; il se défendit avec fureur, parvint à se faire jour, et se réfugia sur la montagne d'Oiiras,oo il fut assassiné par kouseileli , l'an 03 de l'hégire (682 de J.-C. ) après avoir rangé sous la domination des Arabes une grande partie de l'Afrique, et préparé la conquête de l'Espagne. B — p.

AKENSIDE ( Makc ) , né le 9 novembre 4721 , à New-Castle , sur la Tyne. Son père , riche bouclier, et de la secte presbytérienne, le lit élever avec soin. A dix-huit ans , il fut envoyé à l'université d'Edimbourg , où il commenta les éludes nécessaires pour embrasser l'état ecclésiastique ; mais il renonça bientôt à celle carrière pour se livrer à l'étude de la médecine II passa, en 1741 , à Leyde, où il reçut le degré de docteur en 1744. De retour en Angleterre, il s'établit d'abord à Northamplon,de là à Hampslead , et se fixa enfin à Londres, où il n'aurait pas été en état de former un établissement , du moins dans les premières années , sans le secours d'un ami, M. Dyson, qui le força d'accepter une pension annuelle de 300 livres sterling. Il fut successivement médecin de l'hôpital de Si -Thomas, agrégé au collège des médecins de Londres , et membre de la société royale. Il a écrit plusieurs ouvrages de médecine , publiés dans les Transactions philosophiques et dans d'autres recueils périodiques ; le plus considérable est un traité sur la dyssenlerie, écrit en latin avec beaucoup d'élégance , et imprimé séparément , en 1704 ; mais ce n'est pas comme médecin qu'Akenside s'est fait une réputation brillante dans son pays , son goût le portait vers la poésie , qu'il n'a cessé de cultiver , tout en pratiquant la médecine. La première, comme la plus célèbre de ses productions poétiques, est son poème des Plaisirs de l'imagination , qu'il avait commencé à Leyde , et qu'il publia à son retour à Londres. 11 publia ensuite , à différentes époques , des odes , des épltres , et d'autres poèmes de différents genres ; mais ces derniers ouvrages n'ont eut qu'un médiocre succès, et sont presque oubliés aujourd'hui. Le poème des Plaisirs de l'imagination, qui a été accueilli avec enihou-

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siasme dans son origine , est encore regardé comme un des plus beaux monuments de la poésie anglaise ; il est cependant moins lu qu'il n'est admiré. Il est écrit en vers hlancs , comme le poème de Milton ; et Akenside a peut-être mieux connu que Milton même Harmonie propre à ce genre de poésie. Il semble avoir pris l'idée de son poème dans un des essais du Spectateur, écrit par Addison, et qui porte le même titre des Plaisirs de l'imagination. Le style est digne du sujet ; le ton en est élevé , la couleur brillante , et la diction très-figurée ; niais les idées trop métaphysiques qui y dominent, l'emploi trop fréquent des termes abstraits , et l'abus des métaphores, répandent sur tout l'ouvrage une certaine obscurité qui fatigue l'esprit. C'est ce qui faisait dire au lord Cliesterlield ; « C'est le plus beau des oua vrages que je n'entends pas. » Tout ce qu'a écrit Akenside respire un amour de la liberté qui va souvent jusqu'à l'excès ; c'est le sentiment qui domine en Angleterre , parmi ce qu'on appelle les dissenters, presque tous presbytériens. Le républicanisme est l'esprit essentiel de la doctrine presbytérienne. Samuel Johnson , qui était un ardent tory , implacable ennemi des principes républicains, dit , en priant d'Akenside , « qu'il montrait un zèle ou- « trageux pour ce qu'il appelait liberté; zéle qui « cache trop souvent le désir de dépouiller les riches a et d'abaisser les grands ; dont la tendance itnme- « diate est l'innovation et l'anarchie , avec le besoin a impétueux de renverser et de détruire, sans s'em- ■ barrasser de ce qu'on pourra mettre à la place. » En écrivant cette phrase, Johnson pensait à quelque autre chose encore qu'au poème des Plaisirs de l'imagination. Lorsqu' Akenside voulut faire imprimer son poème, il en porta le manuscrit au libraire Dodsley, et lui en demanda 150 guinées. Le libraire trouva la somme un peu forte, pour l'ouvrage d'un jeune homme qui n'avait pas encore de nom en littérature. Il alla consulter Pope, qui, après avoir lu le poème, dit à Dodsley : « Je vous conseille de n'y « pas regarder de si près , ce n'est pas là un au- « leur de tous les jours. » Le poème des Plaisirs de l'imagination a été traduit fidèlement en français par le baron d'Holbach, 1709, in-42,et 1800, in-48 ; la seconde édition est accompagnée de notes et notices sur l'auteur et le traducteur, par M. Pissot. Akenside préparait une nouvelle édition de son poème , corrigée et augmentée , lorsqu'une fièvre putride l'enleva à la poésie et à la médecine , le 25 juin 4770, âgé seulement de 49 ans. M. Dyson a publié une édition complète des Œuvres poétiques d'Akenside, Ixmdres, 4772, in-4°. S — D.

AKEBBLA1) (Jean-Daviu) philosophe et antiquaire suédois , né vers 1700 , se livra dès son enfance à l'étude des langues orientales , et fut attaché très-jeune à l'ambassade de Suède à Constantinople. Nommé plus tard secrétaire de cette ambassade , il eut l'occasion de visiter la Palestine et la Troade. Vers 1800, il vint habiter Goettingue, qu'il quitta peu de temps après pour occuper la place de chargé d'affaires à Paris. Ses fonctions diplomatiques lui laissant assez de loisirs , il se mit à exa-

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