‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 63 sur 129 · AIS · texte numérisé non relu

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soins furent prodigués à son éducation : on n'oublia

que des principes. Faite pour connaître et pour aimer ht vertu, la jeune Circassienne ne revint à elle qu'après de longues erreurs. Elle fut séduite par le maître auquel elle devait tout. Ce maître avait des mœurs dépravées, et il abusa de l'ascendant que lui donnaient ses bienfaits sur son esclave. Quoique l'éditeur des lettres de mademoiselle Aïssé s'abstienne de cet aveu, tous ceux qui vécurent de son temps ont eu la même opinion, et on doit l'en croire elle-même, lorsqu'elle dit, dans un passage de l'une de ses lettres : « Ma mauvaise conduite m'avait rendue mia sérable; j'ai été le jouet des passions, emportée et « gouvernée par elles. » La femme qui n'aurait eu à se reprocher qu'un amour si constant pour le chevalier d'Aidic n'aurait pas ainsi parlé de sa vie. Cependant cette même femme, dont la jeunesse avait été entraînée dans le vice par l'exemple et les maximes d'une société dangereuse, sut résister aux hommages et aux offres brillantes du duc d'Orléans, régent, qui en dev int amoureux pour l'avoir vue une fois chez madame de Parabère; et les persécutions de madame de Ferriol , complice des projets du prince, ne purent l'intimider ni la vaincre. Ce ne fut pas le seul trait de bassesse de madame de Ferriol. Lorsque l'ambassadeur, dont les torts étaient effacés, aux yeux de mademoiselle Aïssé, par le souvenir de ses bienfaits et par l'image de son danger, eut reçu d'elle, dans la maladie dont il mourut, des soins tels qu'une fille eût pu les rendre à son pére, il l'en récompensa par 4,000 livres de rente viagère, et une assez forte somme qui devait être payée après sa mort Madame de Ferriol reprocha ce dernier bienfait à celle qui en était l'objet. Aïssé, d'un caractère naturellement noble et délicat, lui offrit d'y renoncer, et cette femme avare eut l'indignité d'accepter. Parmi beaucoup d'hommes qui montrèrent de l'amour pour mademoiselle Aïssé, le chevalier d'Aidic fut le seul qu'elle distingua; elle l'avait connu chez madame du Deffant. Cette passion fit le sort de sa vie, dont elle occupa une grande partie. Le chevalier avait prononcé ses voeux à Malte, il voulut tenter de s'en faire relever pour épouser sa maîtresse; elle-même s'y opposa, à ce qu'elle nous apprend dans ses lettres, et Voltaire le confirme par une note qui se trouve dans le précis avant ces mêmes lettres. Elle eut du chevalier une fille, dont elle accoucha en Angleterre. Lady Bolingbroke, nièce de madame de Maintenon, connue d'abord sous le nom de madame de Villette, rendit alors les plus grands services à mademoiselle Aïssé, et plaça sa fille dans un couvent de France, sous le nom de miss Black. C'est à cette époque que commencèrent les remords d'une femme faible, mais capable de grands sacrifices. Une maladie de langueur décida son retour vers la religion; elle aima tant qu'elle vécut : mais, en se reprochant son ancien amour, elle exigea du chevalier d'y renoncer, et de ne plus la regarder que comme une amie. La résistance qu'elle avait opposée aux tentatives du régent n'était rien en comparaison de cet effort, c'était l'homme aimé qu'elle éloignait d'elle; et c'est alors qu'elle écrivit à madame de Calandrini : « Qu'il faut de force pour

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