‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 80 sur 129 · IG · texte numérisé non relu

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chanoine de Pisc, H fut appelé à Rome par le pape Eugène 111, qui l'ordonna cardinal -diacre du titre de Sl-Come et de St-Damien , puis cardinalprètre du titre de Si -Marc; enfin, il fut fait chancelier du siège apostolique. « Car il était « cloquent, dit Fleury, et hien instruit des choses di- « vincs et humaines ; henin, patient , sohre, chaste, u bon aumônier, et toujours attentif aux choses « agréables et plaisantes à Dieu. » Élu pape le 16 septembre 1 159, après la mort d'Adrien IV, son élection fut troublée par des violences inconnues jusqu'alors. I)c vingt-cinq cardinaux qui y concoururent, trois lui refusèrent leurs suffrages, et choisirent Octavien, l'un d'entre eux, sous le nom de Victor III. A lr vu ni iv était déjà revêtu de la étape écarlatc, lorsque Victor la lui arracha ; un des sénateurs présents s'en saisit ; aussitôt Octavicn fait signe à son cliapelain qui le revêt d'une cliapc prépirée en secret et le salr!" du nom de Victor III ; mais, dans sa précipitation, il lui met la cliapc à l'envers ; ce qui lit dire qu'il avait été élu d rebours. Alexandre et ses amis se retirèrent dans la forteresse de St-Pierrc, où ils demeurèrent neuf jours, assiégés par les soldats sti|iendiés par le jrarti de Victor. Au bout de ce temps, Alexandre fut délivré par le peuple, qui avait à sa tète Hector Frangipane et d'autres nobles. Cet événement fut accoiiqKigné des signes d'une joie universelle. Alexandre, conduit à quelques milles de Home, au lieu nommé Sanrla Xympha, y fut sacré par six évéques ; tous les cardinaux de son |«rti et le peuple romain en foule assistèrent à cette cérémonie. Victor, de son coté , trouva avec peine trois évéques qui voulussent coo|)érer à son sacre. Ixs deux adversaires écrivirent, cliacun de leur côté, à Frédéric Harberousse, pour avoir son approbation. Cet Empereur les manda l'un et l'autre au concile de l*avie, qu'il avait dessein d'assembler |»our prévenir le schisme. Alexandre prétendit qu'un concile ne pouvait être convoqué sans la participation de l'Église romaine. Cependant il y avait des exemples contraires , dans des circonstances semblables , avec cette différence qu'ici le pape était devenu souverain de Home, et qu'il s'agissait d'annuler une élection faite par la réunion des |N>uvoirs |>olitiques. Quoi qu'il en soit, le concile de Pavie, conqiosé d'év'ques de Lombardie et d'Allemagne, et où Frédéric vint, après avoir pris et brûlé Crème qu'il assiégeait, confirma l'élection de Victor. Alexandre y fut déposé, et s'en vengea en excommuniant Frédéric, dans une assemblée d'évêques et de cardinaux tenue à Anagni. 11 déclara les sujets de ce prince déliés du serment de fidélité. Persécuté avec acharnement |»ar l'Empereur et par l'anti-pa(ie, Alexandre se réfugia en France (1161), où régnait Louis le Jeune, alors en guerre avec Henri II, roi d'Angleterre et duc de Normandie. Arnould, evéque de Lisieux, conçut le projet de faire reconnaître Alexandre pir les deux monarques, ce qui s'exécuta d'abord dans deux assemblées particulières, l'une du clergé anglican , à Londres , et des évéques normands , au pays de Caux ; l'autre, du clergé de France a Beauvais; et enfin dans m concile géuéral à Toulouse,

après la conclusion de la paix entre les deux couronnes. Alexandre se fit également reconnaître par les rois d'Espagne , de Sicile , de Jérusalem et de Hongrie. Cependant, Victor, après avoir obtenu quelques partisans en Italie , mourut à Lucques, où les cluinoines de la cathédrale et ceux de St-Frigidien refusèrent de l'enterrer chez eux, comme intrus et schismaliquc. Frédéric ne lui en fit pas moins donner un successeur, qui fut Gui de Crème, l'un des cardinaux sectateurs d'Octavien, et qui prit le nom de Pascal III. A la nouvelle de cet événement, Louis le Jeune , prévoyant que le pape ne pourrait de longtemps retourner à Home, l'invita à lixer sa résidence dans une ville de son royaume, et Alexandre choisit Sens en Bourgogne, où il alla s'établir le 1" octobre 1 163, après avoir posé la première pierre de l'église Notre-Dame de Paris. Ce fut à Sens, où il séjourna deux ans, qu'Alexandre reçut les lettres de Tiiomas Becket. Craignant de se mettre un nouvel ennemi sur les bras, le pape refusa l'entrevue que Thomas lui demandait , et se contenta de lui écrire qu'il le rétablissait dans sa dignité épiscopale. Le nouvel anii-pape n'exista pas longtenq» , et fut remplacé par Jean, abbé dcSturmc, que l'on nomma Calixte III. Celui-ci abjura bientôt sa faute et vint se jeter aux pieds d'Alexandre, qui le reçut avec joie et le traita avec bonté. Enfin , quelques schis— maliques, a la place de Jean de Sturmc, élurent Lando Silino, de la famille des Frangipane, qu'ils nommèrent Innocent III. Un chevalier, frère de l'anti-pape Octavicn , prit le nouvel intrus sous sa protection, dit Fleury, en haine d'Alexandre, et lui donna une forteresse qui lui appartenait près de Rome. Alexandre l'en tira |»r la suite, et, malgré sa soumission, le traita comme un séditieux. Il le lit enfermer a Cava. La plupart des historiens ont dédaigné de s'occuper de lui. Alexandre, triomphant ainsi successivement de ses contemporains, avait profité de l'insurrection des villes lomlrardes contre Frédéric pour retourner, en 1165, en Italie, où le vœu général l'appelait. H restait dans Anagni, éloigné de Rome , où la division des partis l'empêchait encore de rentrer ; il avait encore à vaincre l'inimitié de Frédéric. Cet Enq>ereiir, qui avait conçu le projet de la monarchie universelle, voyait alors le bonheur de ses armes troublé par la révolte de la Lombardie, et j«ir la perte de la bataille navale de Lignano, gagnée par les Vénitiens. Frédéric songea alors à se rapprocher d'Alexandre ; cl , après quelques hésitations, la réconciliation se fit à Venise, en 1176, de la manière la plus solennelle. Quelques historiens ont raconté, de cette réunion, des détails injurieux pour Alexandre, et humiliants pour Frédéric ; il est sûr qu'il ne s'y |>assa pas autre chose que ce qui avait eu lieu entre ce nièine Empereur et Adrien IV, et ce qui s'est pratiqué longtemps après dans de pareilles entrevues. Avant de quitter Venise , Alexandre, voulant laisser à la république un témoignage de sa reconnaissance, donna au doge son anneau en lui disant de le jeter dans la mer, qu'il lui donnait pour é|)ouse. Telle est l'origine de la cérémonie qui se renouvelait tous les ans à Venise, où le doge épou-

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sait solennellement la mer. Alexandre rentra avec gloire dans la capitale du monde chrétien en 1178. Son premier soin fut de remédier aux maux causés par un long schisme. 11 assembla le troisième concile de Latran. Ce concile, où assistèrent tous les députés d'Occident, et où l'Orieut fut aussi représenté, s'occupa de réformes nécessaires dans toutes les parties. Celles <|ui concernent la discipline seraient trop longues à rapporter ; mais on peut remarquer le règlement par lequel il est statué qu'à l'avenir les deux tiers des voix des cardinaux sufliront [tour l'élection du pape. Alexandre étendit ses soins partout où il y avait des erreurs à combattre et des maux A guérir. Le mauvais état des affaires de Palestine l'engagea à publier une nouvelle croisade (1181), qui fut acceptée par Philippe-Auguste et |tar Henri 11, roi d'Angleterre. St. Bernard fut canonisé |«r Alexandre, et ce droit , partagé d'abord par les luétrujiolitains , fut réservé depuis exclusivement au |>ape. Alexandre se montra inspiré |...r ces grandes vues qui honorent la {lolitiquc, et font aimer la religion. Ce fut lui, dit le président llénault, qui, au nom du troisième concile de Latran, déclara que tous les chrétiens devaient être exempts de la servitude , ou plutôt , suivant Flcury, de l'esclavage, parce qu'il ne peut être question ici que de l'ancien état politique. Il mourut le 5 août 1181, à Cilta di Castello, après 22 ans d'un pontificat pénible et glorieux. Alexandre III montra une grande fermeté dans ses malheurs, de la modération dans la prospérité, des lumières dans l'administration , une douceur évangélique, et quelquefois une juste et sage sévérité envers ses ennemis. On a beaucoup parlé de son savoir et de son éloquence ; mais on ne dit point qu'il ait laissé d'ouvrages. Alexandre 111 eut pour successeur Luee 111. D— s.

ALEXANDRE IV, élu pape , à Naples, le 25 décembre 1254. 11 s'ap|>elait Rinai.o, était neveu du pape Grégoire IX, et de la famille des comtes de Segni. Son oncle l'avait fait cardinal, puis évêque d'Ostie , en 1251 . A son avènement au pontificat, les derniers rejetons de la famille de Souabe travaillaient à recouvrer leur héritage dans les royaumes de Naples et des Deux-Siciles. Mainfroi, lils naturel de l'empereur Frédéric II, et que l'on soupçonnait, peut-être injustement , d'avoir empoisonné son frère Conrad, travaillait avec succès à exécuter cette grande entreprise, et pour lui-même, et pour le jeune Conradin, son neveu. Quelquefois il avait négocié, pour cet effet, avec le prédécesseur d'Alexandre, Innocent IV; mais, plus souvent, il l'avait commun. 11 suivit la même marche avec le nouveau pape, que ses progrès victorieux obligèrent de retourner à Rome. Alexandre fil offrir le royaume de Sicile à Edmond , fils du roi d'Angleterre. Henri tH; mais ce projet demeura sans exécution. Ce n'était pas à lui qu'il était réservé d'abattre de tels ennemis. Ils le poursuivirent juscnic dans Rome. Une faction , dirigée en secret par Mainfroi, obligea le pape de se réfugier, tantôt à Viterbe, et tantôt dans Anagni. Pendant le cours d'un pontifical aussi agité , il ne laissa |>as de s'occuper de l'administration ecclésiastique ; il rendit aux frères prêcheurs des fonctions et des privilèges

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que leur avait ôtés Innocent IV, sur les plaintes do l'université de Paris, et fit condamner le livre de Guillaume de Si -Amour, inUtulé : des Périls des derniers temps, et V Évangile éternel des franciscains. Ce fut sous le pontificat d'Alexandre IV, en 1259, que parut en Italie la secte des flagellants, qui , pour expier les vices et las désordres de leur temps, donnaient en public le spectacle d'une pénitence non moins scandaleuse que cruelle. Ces fanatiques ne tardèrent pas à devenir, pour toutes les puissances, et même pour la cour de Rome , un objet de mépris et de proscription. Alexandre IV envoya à St. Louis des inquisiteurs que le roi lui avait demandés. L'histoire n'a point dissimulé ce dangereux excès de léle de la part du monarque. Alexandre lui écrivait, dans une de ses bulles, o qu'encore que le « royaume de France soit au-dessus de tous les au- « 1res i>ar sa noblesse , Louis le relève plus haut « par l'éclat de ses vertus , etc. » Il mourut à Vilerbc, le 25 mai 1261 . Alexandre IV, dit Fleury, était pieux, appliqué à la prière, et pratiquant l'abstinence; mais il passait ]K>ur écouter avec trop de facilité les flatteurs. Le poids des affaires politiques que ses prédécesseurs lui avaient imposé n'était pas de mesure avec la faiblesse de son caractère. Il eut des ennemis, et des malheurs, auxquels il ne sut opposer ni assez de force ni assez de dignité. Alexandre IV eut pour

successeur Irbain IV. D s.

ALEXA1NDRE V se nommait Philarge. Né dans l'Ile de Candie, de parents pauvres et inconnus, il passa ses premières années à mendier son pain de porte en porte. Un frère mineur italien, remarquant en lui d'heureuses dispositions, le fit recevoir dans son ordre. Ses supérieurs l'envoyèrent perfectionner ses études à Oxford et à Paris. Galéas Visconti le fit précepteur de son fils, et lui procura ensuite l'évêché de Vicence, puis celui de Novarre, et enfin l'archevêché de Milan. Innocent VI I le revêtit de la pourpre, et il avait soixante-dix ans lorsqu'il fut élevé sur le siège de Rome, par le concile de Pisc, le 20 juin 1 409. C'était |)our finir le schisme d'Occident, et pour opposer un adversaire respectable à Benoit XIII et à Grégoire XII, qu'Alexandre V avait été élu; mais il ne réiwndil point aux espérances que sa jeunesse avait données : il se laissa conduire par les conseils du cardinal Cossa, qui l'empèclia de se rendre à Rome, et le détermina à rester à Bologne , où il était plus sûr de le gouverner a son gré. Benoit XIII et Grégoire XII méprisèrent sa médiocrité, et persistèrent dans leur insubordi nation. Alexandre V, par un sentiment d'humilité, et par reconnaissance pour son premier état, rendit aux religieux mendiants des privilèges qui blessaient les intérêts et les droits de l'université de Paris , ainsi que le décret du concile général de Latran. Ces privilèges furent bientôt révoqués par le successeur d'Alexandre, Jean XXIII. Alexandre ne fit rien pour la réformation de l'Église. On a loué la pureté de ses mœurs : on garde le silence sur ses autres qualités. 11 mourut à Bologne, le 5 mai 1410, après 10 mois et 8 jours de pontificat. On soupçonna le cardinal Cc«sa de l'avoir empoisonné, ce qui, peut-être, n'eut d'autre fondement que le bonheur

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qu'il eut de le remplacer immédiatement. D— s.

ALEXANDRE VI, né à Valence en Espagne, l'an 1430 ou 1431 , élu pape en 149*2. Il s'appelait llodcric Le>zioli, mais il prit le nom de Rohgia, qui était celui de sa mère, sœur du pape Calixte 111 , cl d'une famille trés-ancienne et Ires-illustre. Cepeniant des médailles du temps de son pontificat le nomment encore Lrnzuoli. Sa jeunesse fut signalée par de grands talents cl de grands désordres. 11 eut l»ur maîtresse une femme célèbre par sa Uauté , nommée Rosa Vanuzia. Cinq enfants naquirent de cette union : François, duc de Gandie; César, d'abord évèquc et cardinal, puis duc «le Yaleiitinois; Lucrèce, qui fut mariée quatre fois, et que l'on soiqx.onna de liaisons incestueuses avec son père et ses frères; Guifry, prince de Squillacc ; le nom du cinquième est resté ignoré. Le pape Calixte ap|>ela à Rome son neveu Roderic, qu'il lit cardinal en 14S6, et qu'il combla de biens. Ces avantages le déterminèrent à quitter un moment Yanozia , qui ne tarda jias à le suivre secrètement en Italie. Ce fut à Venise qu'elle se réfugia, en attendant des circonstances plus favorables. Roderic, que l'on flattait de l'espoir de succéder à son oncle, affecta des mœurs plus régulières. Calixte mourut en 1458. Pie 11 lui succéda, et ensuite Sixte IV, qui, trompé par l'bypocrisie de Roderic et séduit par ses talents, l'envoya en qualité de légat auprès des rais d'Aragon et de Portugal , pour régler leurs différends au sujet de la Castille. Roderic ne fut |kin heureux dans ses négociations; il le fut encore moins dans son retour en Italie : il lit naufrage , et manqua de périr sur la cote de Pise. Innocent VIII, qui occupait alors le siège |>onlilical, lit défense à Roderic de quitter Rome ; mais celui-ci , malgré les ordres du pape, alla rejoindre à Venise Vanozia, qui ne tarda pas à venir le retrouver dans cette capitale du monde chrétien , oU de plus grands événements allaient lixcr le sort de Roderic. La sauté d'Innocent VI 11 déclinait visiblement. Roderic se ménagea, ou plutôt, suivant d'autres, acheta les suffrages des cardinaux Sforze, Riario et Cibo. Le premier surtout eut une grande influence dans l'élection qui suivit la mort d'Innocent VIII. On prétendit que ce fut le résultat d'un marché fait avec ce cardinal et sa faction , et que cinq cardinaux refusèrent de prendre |»rt à l'intrigue. Quoi qu'il en soit, Roderic fut choisi et déclaré pape le 11 août 1492, sous le nom d'Alexandre VI. Pour se faire une juste idée de son système d'administration, et des projets dont il poursuivit l'exécution, il est nécessaire de se rap|»eler succinctement la situation où se trouvaient alors les affaires en Italie. Le long séjour des pa|>cs à Avignon , les tentatives du peuple, de Rome jiour recouvrer sa liberté municqwlc , les concessions obtenues par les barons romains, vicaires du saint-siége, soit des Empereurs, soit de quelques prédécesseurs d'Alexandre VI , sur les terres ap|iartenant auparavant au domaine de l'Eglise, avaient considérablement affaibli l'autorité du souverain |K)iitifc, et diminué le trésor public. Alexandre a|>pliqua tous ses soins à recouvrer ces avantages. Il voulut principalement dépouiller des voisins puissants, qu'il envisageait comme

des usurpateurs. Tels étaient les princes d'Est à Ferrare; les Rcnlivoglio, à Rologne; les Malatesta, à Rimini; les Manfrcddi , à Facnza; les Colonne, dans Oslie ; les Montcfcllri , dans L rbini ; les Orsini , les Y i toi 1 i , les Savelli , et plusieurs encore , dans d'autres contrées de l'Italie. En faisant rentrer le saint-siége dans ses anciens droits, Alexandre travaillait à l'élévation de sa famille, qui le secondait dans ses entreprises , et ce fut ainsi qu'en se servant de moyens [tcrsonnels |wur l'accomplissement de ses projets , il couvrait son intérêt particulier du voile de l'intérêt public. Lors de son avènement au siège pontifical, le roi de iNaples était celui de tous ses voisins qui lut portait le plus d'ombrage. Alexandre avait formé coutre lui mie ligue avec les Vénitiens et avec Ludovic Sforze, duc de Milan, ou plutôt régent de celte souverainelé pendant la minorité de Galéas, son neveu et son pupille , dont il voulait se défaire pour envahir son patrimoine. Mais Ludovic, se déliant de la sincérité d'Alexandre et de la légèreté des Vénitiens, chcrclia un allie plus puissant, et le trouva dans Charles VIII , roi de France, jeune prince rempli de valeur, et animé du désir de faire valoir les droits de la branche d'Anjou sur un trône dont la famille d'Aragon l'avait dépouillée. Alexandre sentit qu'un tel auxiliaire ne tarderait pas à devenir redoutable à lui-même. 11 aima mieux s'en faire un ennemi , et se rejeta du côté d'Alphonse , qui venait de succéder à Ferdinand , son |>ère , au trône de Navarre , cl qui d'ailleurs liaïssail dans Ludovic l'oppresseur de Galéas, auquel il avait marié sa fille. Alexandre ne manqua pas de faire |»yer à Alphonse celte nouvelle alliance. Il obtint que Guifry Rorgia , l'un de ses fils, aurait la principauté de Squillacc et lecomlédcCariati, et qu'il é]iouserait I). Sancia , l'une des tilles de ce monarque. Il lit donner une riche dotation en bénéfice à César Borgia; à Franrois Borsia, duc de Gandie, des revenus immenses, ainsi que l'expectative, pour tous, des premières cliargesdu royaume, et du commandement des armées. Ce traité d'union, ce mariage, le couronnementd'Alphonse, doimèrent lieu a des fêtes qui furent célélirécs a Rome avec une magnificence extraordinaire, et inconnue aux premiers successeurs de St. Pierre. La fille naturelle d'Alexandre, Lucrèce, l'ornement habituel de ces fastueuses représentations, n'en était pas le moindre scandale. Alexandre chercliail des ennemis au rai de France jusque sur les rives du Bosphore. Il négociait avec Bajazet, dont le frère, nommé Gemme ou Zizimc, avait tenté inutilement de le détrôner, (^e jeune prince était alors réfugié à Rome, où il s'était mis sous la protection du prédécesseur d'Alexandre. Celui-ci se servait adroitement de cette circonstance pour mettre le sultan dans ses intérêts. Il faisait craindre en outre à Bajazet que les Français, une fois mailrcs de INaples, ne tournassent leurs armes contre lui , et ce projet était avoué hautement par Charles lui-même. Cependant le roi de France, après avoir vaincu ou dispersé tous les obstacles qui s'opposaient à son passage , s'avançait en triomphe aux |iortc$ de Rome. Alexandre effrayé essaya d'abord la voie des négociations, mais le vainqueur exigea une soumission abat»

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lue. Alphonse, qui était venu au secours de Rome, fut obligé de se retirer avec ses troupes pour défendre son propre territoire. Les conventions conclues entre Cliarles VIII et le pa|>e furent, connue il arrive toujours dans de pareilles circonstances , dictées par la force, et consenties par la crainte. La princi|ialc fut l'investiture du royaume de Naples. Alexandre remit, entre les mains de Charles, Zizime, qui mourut huit jours après de la dysscuterie, et que beaucoup d'historiens croient avoir été cm|H>isounë à l'avance ; César Borgia , alors évéque et cardinal , sous le nom de Valentin, suivit Charles en nudité d'otage. Mais, peu de jours après le départ de l'armée française pour Naples, il s'échappa du camp à la faveur d'un déguisement ignoble, et retourna à Rome, où le pa|»e le reçut avec joie. Charles dissimulant son courroux, et remettant sa vengeance à des moments plus favorables , poursuivait rapidement ses avantages ; à son approche, Alphonse s'enfuit en Sicile, et laissa à Ferdinand, son lils, le soin de défendre Naples. Les efforts de celui-ci furent également inutiles ; la conquête fut achevée avec une inconcevable facilité. Alexandre disait « que les Français l'avaient faite « avec des éperons de bois , et qu'ils n'avaient fait « que marquer leurs logements a la craie. » Cependant Alexandre ne perdait |mis de vue ses grands projets contre Charles. César le secondait, animé par les insultes que Yanozia, sa mère, avait reçues de quelques Français |iciidaiH leur séjour à Rome. Ceux qui y étaient restés , et leurs partisans, éprouvèrent des outrages, et plusieurs y perdirent la vie. Ce n'était que le prélude des grands orages politiques près d'éclater. Venise se repentait d'avoir laissé un étranger redoutable s'introduire en Italie. Ludovic, qui avait déjà donné de justes soiqiçons sur sa fidélité, commençait à craindre dans Ciiarlcs un ami trop puissant. Alexandre se hâta de mettre à profit ses dispositions haineuses, et, dans une assemblée de quelques cardinaux , il proposa et lit résoudre une ligue composée du pape, de l'empereur Maximilicn , de la république de Venise et du duc de Milan, avec faculté aux autres princes d'y accéder, sous les conditions qui seraieut agréées par les premiers confédérés. Charles sentit le danger dont il était menacé. Ses troupes, affaiblies par le séjour de Naples , ne demandaient qu'à retourner en France ; il se hâta d'effectuer ce projet. F.n ixqmssantà Rome, il ne trouva pas Alexandre , qui s'était retiré à Orviette , suivi de ses partisans. Charles ne resta que trois jours à Rome ; il se |M»rta rapidement en Toscane, et, de là, dans le duché de Parme, où les confédérés , rassemblés à Fornouc , lui op|K)sérent des forces et des oljslaclcs dont la valeur fran< aise pouvait seule triornplicr. Délurrassé de ce formidable ennemi, Alexandre ne songea plus qu'à l'accomplissement de ses projets contre les barons romains, dont la plu|Mirt avaient aussi favorisé les amies françaises. Plusieurs furent dépouillés sans résistance. Les premiers exposés à son ressentiment furent Prosper et Fabrice (/tlonnc. Les Orsini lui op|K>sèrcnl plus de vigueur. Malgré tous les efforts du due de Gsndie , qu'Alexandre avait fait nommer général do

l'Église, iU échappèrent pour le moment à sa colère,

et conclurent un accommodement avantageux. Dans ces circonstances , le duc de Gandie mourut assassiné ; son corps fut trouvé dans le Tibre. On soupçonna de ce meurtre César Borgia , devenu jaloux de l'élévation de son frère. Quoi qu'il en soit , Alexandre ne |>arut pas l'en accuser. Toute sa tendresse, au contraire, se tourna vers César. 11 lui fit quitter la pourpre de cardinal et la dignité d'évèque, pour l'élever à de plus hautes destinées, se pro|iosant de lui faire épouser la fille de Frédéric, alors roi de Naples. Celte princesse était en ce moment à la cour de France, sous la protection de Louis X 11, qui venait de monter sur le tronc, après la mort de Charles VI IL Alexandre députa vers lui, pour obtenir sa coopération et sa bienveillance en faveur du mariage projeté. Louis parut y consentir avec joie , et lit à son tour au pape trois demandes auxquelles il attachait une grande importance. La première était de l'assister dans l'expédition qu'il méditait contre le duché de Milan, sur lequel il faisait valoir ses droits , du chef de Valentine, son aïeule ; la seconde était de consentir à son divorce avec Jeanue de France, jwur qu'il pùt épouser Anne de Bretagne , veuve de Charles VIII; la troisième, enlin, était un cha|icau de cardinal |>our George d'Amboisc, son ministre favori. Ces demandes ayant été accordées par Alexandre , il en résulta une nouvelle liaison politique , qui cliangca toutes ses anciennes relations, même avec Frédéric, qu'il abandonna bientôt après, par les motifs que nous allons expliquer. Il ne manquait à cette alliance entre Louis XII et Alexandre que la solennité des cérémonies d'apparat. Files eurent lieu avec le plus grand luxe. César, que Louis XII créa duc de Valcntinois, fit son entrée publique, cl fut reçu à la cour de France avec des honneurs extraordinaires. Cependant la lille de Frédéric le refusa avec mépris. Alexandre l'en vengea en prononçant la déchéance de Frédéric , et Look l'eu consola en lui faisant épouser la fille d'Albret , roi de Navarre. Louis , qui venait de conclure un accord avec Ferdinand le Catholique pour le partage du royaume de Naples , avait besoin de l'amitié d'Alexandre pour accomplir ses desseins, et celui-ci jugeait très-bien qu'à la faveur des succès du roi de France, il achèverait aisément de détruire ou de dépouiller une multitude de princes ou de seigneurs particuliers, qui, sous le titre de vicaires de 1 Eglise, s'étaient enrichis de ses anciens domaines. Ce projet d'Alexandre fut découvert par Ludovic Sforce , qui fit saisir le courrier et publier les dépèches. Tous ccuxqui furent soupçonnésd'avoir coopéré a cette révélation furent en butte au ressentiment d'Alexandre. Ils se réfugieront chez le cardinal Colonne , qui aima mieux s'enfuir avec eux que de les livrer. Toute la colère d'Alexandre tomba sur Capra, évéque de l'esaro , qui fut emprisonné , et mourut au bout de deux jours, de la frayeur dont il avait été saisi. Vers ce temps-là environ, un complot fut tramé contre les jours d'Alexandre par un certain Tomasino, qui devait l'empoisonner. Cet homme fut trahi |iar un de ses amis, et les conjurés

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furent mis en prison. L'histoire n'ajoute point que le pape eût porté plus loin la vengeance. Alexandre n'en fut que plus ardent à poursuivre ses violentes revendications , en élevant sa famille sur les ruines de toutes les autres. Pendant que César prenait Faenza, et joignait à ses autres titres celui de duc de la Romagne, tandis qu'il s'emparait, soit par ruse, soit par force, du duché d'Urbin, de Bologne et d'autres domaines qui étaient l'objet de son ambition, Alexandre en faisait condamner à Rome les titulaires par les tribunaux qui lui étaient dévoués, et les vainrus se trouvaient toujours coupables ou de félonie ou d'usurpation. Ce fut dans ces circonstances qu'Alexandre revêtit Lucrèce du gouvernement de Spolettc : elle était veuve alors d'Alphonse d'Arragon ; Alexandre lui fit épouser Alphonse d'Est, (ils du duc de Ferrure. Rodrigue d'Arragon , fils de Lucrèce , eut le duché de. Sermoneta : le duché de Pt'epi fut donné à Jean Borgia , que quelques-uns supposent aussi fils naturel d'Alexandre , mais d'une autre femme que Vanozia , et que l'on désigna dans l'investiture comme fils de César. Pour subvenir aux frais immenses de toutes ces entreprises, Alexandre, sous prétexte d'une croisade , imposa des taxes énormes sur tous les États de la chrétienté. Dans le seul territoire de Venise, elles donnèrent 799 livres pesant d'or , somme énorme pour un temps où l'Amérique n'avait pas encore versé en Europe le produit de ses mines. Ce nouveau monde venait d'être découvert, et déjà sa possession excitait des différends entre les rois de Castillc et de Portugal. Alexandre les termina en traçant à ces souverains une ligne de partage et de démarcation. A ce prix, il obtint d'eux de reconnaître César comme duc de la Romaine , ce qui avait déjà été fait par les Vénitiens et le roi de Hongrie. Alexandre ne négligeait pua d'autres moyens de grossir son trésor. Il vendit les indulgences, s'empara de la succession des cardinaux de la Rovérc, de Canonc et de Zéno, au mépris des dispositions testamentaires qu'ils avaient faites, et sous prétexte qu'elles l'avaient été sans son consentement. Ces excès de la cour de Rome excitèrent surtout le zèle «le Savonarolc , religieux dominicain de Florence , qui , dans de fougueuses prédications et des écrits violents , essaya de soulever les peuples , et d'obtenir la réforme entière de l'Église et la déposition d'un pontife qu'il faisait envisager comme simnniaque. Cet homme avait commencé Luther, mais il n'eut pas l'adresse de mettre des puissances dans son parti. Alexandre l'excommunia , et lui interdit la prédication. U continua cependant décrire; il proposa des épreuves, qu'ensuite il voulut éluder. La multitude se tourna contre lui. Son procès lui fut fait par le général de son ordre, l'évêque de Romolino et les députés d'Alexandre. 11 fut condamné a être pendu et brûlé, et la sentence fut exécutée. La mésintelligence s'étant mise a Naples entre les Français et les F.s|>agnols, le pape commençait déjà à se dégoûter de l'alliance de Louis XII; il témoignait quelques incertitudes, lorsqu'il mourut le 18 août 1503, âgé de 74 ans environ , après 11 années et quelques jours de pontificat. Quelques historiens, à

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l'exemple de Guicchardin, prétendent qu'il s'empoisonna lui-même , par méprise , d'un breuvage qu'il avait préparé pour le cardinal Adrien Corncto et plusieurs autres, dont il voulait envahir les richesses; mais ils ne sont point d'accord sur les dates. Ils ajoutent que César pensa périr victime de la même erreur. Ainsi finit cet homme qui déshonora la tiare par ses vices, sans illustrer son gouvernement par aucun acte généreux. On ne peut lui refuser des talents pour l'administration , du savoir , de l'éloquence, de l'habileté dans la politique ; comme il partagea toutes ces qualités avec César Borgia , il doit partager aussi avec lui les louanges de Machiavel. Alexandre VI ne fit point usage, comme les Grégoire VII, les Bonifacc VIII , et quelques autres, de ces anathèmes religieux qui appelaient les |>euplcs à la révolte en proscrivant des souverains légitimes. Ces mesures commençaient à perdre de leur puissance ; il n'avait d'ailleurs à revendiquer que des droits de propriétés domaniales ; mais il y mêla des vues personnelles d'ambition et de cupidité. Il porta l'oubli des montra jusqu'au scandale, et la jalousie du pouvoir jusqu'à la plus odieuse sévérité. Il employa, il est vrai , beaucoup de fermeté et de vigueur à la répression du brigandage et au rétablissement de la justice. Mais ce qui est un sujet d'éloge dans un bon prince n'est souvent qu'un artifice dans un souverain animé par des haines particulières. On ne peut nier que ce ne fût là le mobile principal de toute la. conduite d'Alexandre , cl le trait dominant de son caractère. Mais il n'est pas également avéré qu'il ait employé Ions les moyens qu'on lui attribue. Les ennemis qu'il se lit pendant » vie lui ont attiré de la pari de ses contemporains des diairiltcs sanglantes, que d'autres écrivains se sont plu à copier et à repéter, toutes les fois qu'ils ont voulu décrier l'autorité |K)iililicale. Gordon est le plus remarquable Je ces écrivains; il a recueilli avec soin toutes les satires de ceux qui l'ont précédé , et les accusations d'empoisonnement contre Alexandre se multiplient sous sa plume avec une profusion qui devient suspecte. Le fait le plus frappant en ce genre est relatif a Zizimc, frère de Bajazct. Ce malheureux prince mourut, suivant l'aveu de Gordon lui-même, quelques jours après avoir été remis entre les mains du roi de France, à la suite d'une dyssenterie, maladie très-ordinaire et presque inévitable dans une armée un |>eu nombreuse, sous un climat qui lui est étranger. Cet historien assure néanmoins que Zizime périt d'un poison qui lui avait été donné quelques jours aiqtaravaiit. Il ajoute qu'Alexandre commit ce crime à l'instigation de Hajazct , qui lui promettait 300,000 ducats , s'il le délivrait ainsi de son frère. Gordon avoue que les lettres de Bajazct , où ces propositions étaient contenues, furent interceptées par le gouvernement d'Anconc , qui les envoya à Charles VIII , de manière qu'Alexandre ne dut pas

I les connaître. De tout cela il résulte une obscurité qui aurait dû rendre les copistes plus déliants, et leur faire observer à tous la réserve du président Hé* nauh, qui raconte cet événement comme un bruit pu-

I blie , et ne le donne point comme un fait positif.

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Les circonstances prétendues de la mort d'Alexandre n'ont pas excité moins de doutes. Voltaire lui-même, qu'on ne soupçonnera point de partialité en faveur d'un pape, réclame contre cette assertion avec la plus grande véhémence dans sa dissertation sur la mort de Henri IV : « J'ose dire a Guicchardin , s*écrie-t- « il , l'Europe est trompée par vous , et vous l'avez a été par votre passion; vous étiez l'ennemi du pape, « vous en avez trop cru votre haine et les actions o de sa vie. Il avait, à la vérité, exercé des ven- « geances cruelles et perfides contre des ennemis « aussi cruels et aussi perfides que lui, etc. » Ce peu de mots d'une discussion historifpic qu'il est inutile de citer tout entière , parce que chaque lecteur est à même de la vérifier, contient le jugement im]>ai'tial qu'on peut porter sur Alexandre. Terminons d'un seul trait ce qui le concerne. Les faits prouvés contre lui suffisent pour faire haïr sa mémoire , sans y joindre des inculpations dont l'incertitude élèverait des soupçons sur des points non contestés. L'historien peut hien louer ou absoudre sur la foi de témoignages imposants ; mais il ne doit condamner qu'à l'unanimité des suffrages , ou d'après des monuments authentiques. Les historiens principaux qui ont écrit sur Alexandre VI sont Guicchardin, Durchard, Tomas-Tomasi , Patd Jovc et Gordon. 11 eut pour successeur Pic III. D— s.

ALEXANDRE VII, né à Sienne le 12 février 1599, appelé Fabio Chigi, et de l'illustre famille de ce nom, fut d'abord nonce en Allemagne, ' inquisiteur à Malte, puis vice-légat à Ferrare, évê- j que d'Imola, et enfin cardinal. Il avait fait concevoir quelques idées heureuses de ses talents et de son caractère, particulièrement pendant les négociations relatives à la paix de Munster, et on lui croyait une grande sévérité de principes, pure qu'il déclamait contre les abus. Le cardinal de Hetz, qui parle de lui dans ses Mémoires, ne contribua |»as peu à l'élever à la tiare, après la mort d'Innocent X, le 7 avril 1655. La querelle élevée au sujet du livre de Jansénius avait occupé les deux prédécesseurs d'Alexandre VII : cette affaire eut aussi ses premiers soins. 11 confirma d'abord, par une bulle de 1656, celle d'Innocent X, qui condamnait les cinq propositions. On s'était occu|>é ensuite de faire constater, par un acte particulier, que ces cinq proj»silinns étaient contenues dans le livre de Jansénius. Cet acte, appelé le Formulaire, devait être si-rné individuellement |»ar chaque ecclésiastique séculier ou régulier. Il avait été profiusé et rédigé par une assemblée du clergé de France, en 1656; Alexandre le prescrivit par une Imllc de 1665, qui change quelques termes a ce formulaire, mais qui en conserve l'essence. Louis XIV fit enregistrer ces deux bulles au parlement. Une affaire d'un autre genre, l'insulte faite par la garde corse au duc de Créquy, ambassadeur de France, donna beaucoup de chagrin a Alexandre; Louis XIV exigea des réparations proportionnées à l'outrage; le cardinal Chigi, neveu du pape, vint faire des excuses au roi ; les Corses furent chassés de Rome, et cette punition fut attestée par une pyramide élevée devant leur an-

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cien corps de garde. Louis XIV consentit que ce monument fut abattu, sous le pontilleat de Clément IX, à qui il rendit aussi Avignon, dont il s'était emparé, après avoir obtenu des restitutions (tour ses alliés, les ducs de Parme et de Modène. Alexandre VII rendit, en 1665, une bulle contre les censures, faites par la faculté de théologie de Paris, des erreurs de Vcrnant et de Guillaume de Moya; en 1667, il donna une autre bulle au sujet de l'attrition. Il reçut à Rome la fameuse Christine, reine de Suède, qui avait précédemment abjuré le luthéranisme, pour embrasser la religion catholique. Il canonisa St. François de Sales et St. Thomas de Villeneuve, archevêque de Valence ; embellit Rome jmr des édifices, dépensa beaucoup pour achever le collège de la Sapicnce, qu'il orna d'une belle bibliothèque, et nomma le savant Allacci (voy. Allacci) bibliothécaire du Vatican. 11 aima les lettres, et les cultiva lui-même avec quelque succès. On a de lui un volume de poésies imprimées au Louvre, 1656, in-fol., intitulé : Philnmathi Musa Juvénile»; il les avait coiiqmsces dans sa jeunesse, lorsqu'il était membre de l'académie des Philomati de Sienne. Alexandre eut des ennemis qui l'accusèrent de peu de sincérité, ce qui tenait peut-être moins à un vice de cœur qu'à la versatilité de sa conduite ; en effet, il démentit sur la fin de sa vie la grande austérité qu'il avait d'abord affichée. 11 avait fait mettre un cercueil sous son lit, pour s'habituer aux images de la mort, ce qui ne l'empêcha point de se livrer ensuite à une sorte de luxe. Le népotisme obtint de lui de grandes faveurs, après n'en avoir essuyé que des refus. Le cardinal de Hetz, a son second voyage à Home, prétend qu'il trouva les choses bien changées. Ce prélat, dans ses Mémoires, a tracé le portrait d'Alexandre VII avec son style ordinaire, souvent léger et mordant. Ce fut, à la vérité, un homme minutieux, trop conliant dans ses forces, et bien au-dessous du rolc dont il s'était chargé ; mais sa conduite morale et religieuse ne le rend pas indigne d'estime. Alexandre VII mourut le 16 mars 1667, après 12 ans de pontificat. 11 eut pour successeur Clément IX. D— s.

ALEXANDRE VIII était Vénitien et fils du grand chancelier de la république ; son nom était Pierre Ottoboni. Né le 10 avril 1610, ses premières études avaient été brillantes; tous les papes, depuis Urbain VIII, avaient contribué a son élévation, et l'avaient employé dans les affaires les plus importantes. 11 succéda, le 16 octobre 1689, à Innocent XI, sous le pontificat duquel le marquis de Lavardin, ambassadeur de Louis XIV, avait soutenu avec tant de fermeté le droit de franchise. La discussion s'étant envenimée, le roi s'était emparé d'Avignon. Il le rendit au nouveau pape, espérant obtenir de lui plus de complaisance sur ce point, sur celui de la régale, et sur les quatre articles de la fameuse assemblée du clergé, en 1682. Innocent XI avait refusé des bulles aux prélats qui avaient assisté à cette assemblée ; un grand nombre d'évêchés étaient vacants; Louis XIV menaçait de rétablir la pragmatique sanction. 11 espérait qu'Alexandre VIII

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ait plus flexible, et il se trompa. Après de vaines négociations, le pape s'était détermine à rendre une bulle contre les quatre article», et la mort seule en empéclia la publication. Cette couduitc a été blâmée par la plupart des historiens français. Alexaudre «était fait plus d'honneur, dit l'un d'eux, en condamnant précédemment le péché philosophique, par un décret de 1 600. Alexandre VIII secourut, avec de grandes sommes d'argent, les Vénitiens et l'empereur Léojiold, dans leur guerre contre les Turcs. Son pontificat a duré trop peu pour fournir beaucoup d'événements à l'histoire. Il n'occupa le sainlsiége que 16 mois, et mourut le \" février 1o'9l, dans la 82° année de son Age. Dans ses derniers moments, il assembla sa famille et ses amis pour leur exposer les motifs de toute sa couduitc. 11 avait du savoir, de l 'éloquence, de l'habileté dans l administration. Sa figure était noble, ses manières engageantes, sa conversation agréable, avec un peu de penchant a la raillerie. Il fut assez libéral envers les pauvres et beaucoup trop envers ses proches , qu'il se hâtait d'enrichir, à cause de son grand âge. n II est déjà vingt-trois heures et demie ! » s'écriaitil quelquefois. Il distribua en mourant à ses neveux tout ce qu'il avait amassé d'argent, ce qui M dire à Pasquin a qu'il aurait mieux valu |K>ur l'Église être « sa nièce que sa fille. » Ce pontife eut |K»ur successeur Innocent XII. I>— s.

ALEXANDRE (S vint), patriarche de Conslantinople, né l'an 2 S2, fut nommé évéque de Hyzaucc en 317. Constantin étant entré dans cette ville ^324), après la seconde victoire qu'il avait rcm|»ortce sur Licinius, des philosophes |>aiens se plaignirent prés de lui de ce qu'il abolissait le culte observe par ses prédécesseurs, pour introduire une religion nouvelle. Ils demandèrent à avoir une conférence publique avec l'évéque Alexandre, qui, quoique peu exercé dans les subtilités de la dialectique, y consentit, à la prière de l'empereur. Le saint évéque, se confiant en son maître, dit à celui qu'ils avaient chargé de porter la parole pour eux tous : « Au nom « de Jésus-Christ , je vous commande de vous « taire. » Aussitôt, dit Sozoméne, il devint muet, comme si une force invisible lui eut fermé la Iwuche. On jugea, ajoute cet historien, que ce n'était point un petit miracle que d'avoir fait taire un philosophe. L'année suivante i,32î»), Alexandre assista au concile de Nicéc, convoqué contre Arius. Peu après, Constantin, frappé d'étonnement à la vue de la situation merveilleuse de Uyzance, résolut de l'agrandir et d'y établir une résidence digne de lui. La nouvelle ville, appelée Constanliiioplc, fut solennellement dédiée en 330. Parmi les constructions, on remarqua surtout les basiliques que l'empereur fit pourvoir de livres, d'ornements, avec une magnificence vraiment inqiériale. Alexandre eut une part trés-active à ces grands changements. Pendant les dernières années île son épiscopat, son zele fut soumis à une rude épreuve. Les ariens, ayant obtenu l'autorisation de Constantin, convoquèrent (836) un concile à Coiislantinople. Le saint prélat fit inutilement tous ses efforts pour empéeher la tc-

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nue de cette assemblée. On employa les prières, le*

instances et les menaces pour rengager a laisser entrer Arius dans son egli.se patriarcale et à communiquer avec lui. Constantin, qu' Arius avait trompé par une profession de foi conçue en termes artificieux, fit venir Alexandre pour l'engager à céder. Quoique alors âgé de quatre-vingt-quatorze ans, l'évéque répondit avec une fermeté respectueuse aux sollicitations du prince. Les ariens, n'ayant pu vaincre sa constance, prirent la résolution de faire entrer Arius de force dans l'église cathédrale. Ils y conduisaient comme en triomphe leur chef; étant arrivés prés de la colonne de |iorphyrc élevée sur la place di; Constantin, Arius éprouva un besoin uaturcl. On le fit entrer dans un lieu retiré ; comme il n'en sortait point, on ouvrit, et on le trouva mort, ayant perdu beaucoup de sang. ( Vuy. Anius. ) La nouvelle de cet événement se n-pandit aussitôt dans la ville, et Constantin résolut de s'attacher plus fermement à la foi de ISieée. Alexandre mourut eu 340, à l'âge de 98 ans. G — V.

ALEXANDRE (Saint), patriarche d'Alexandrie, succéda, en 315, à St. Achillas. Arius, qui avait eu des prétentions sur ce siège, devint furieux de la préférence donnée à Alexandre, et, ne pouvant l'attaquer sur ses nwrurs, il le calomnia sur sa doctrine, en enseignant lui-même une doctrine nouvelle et toute contraire. Le saint évéque, touche des progrès de l'erreur, n'y opjKjsa d'abord que des voies de douceur, d'exhortation et de |>crsuasion, dans l'espoir de le ramener par sa modération, qui fut même blâmée par quelques catholiques zèles; mais, n'ayant pu rien gagner sur son esprit, il le cita devant une assemblée du cierge d'Alexandrie, et, sur le refus de l'hérésiarque de renoncer à ses erreurs, il l'excommunia avec ses sectateurs. Cette sentence fut confirmée |)ar près de cent évéques, ilans le concile d'Alexandrie, en 320, dont il notifia le jugement au pa|ie St. Sylvestre, et à tous les évéques catholiques, par une lettre circulaire. Le célèbre Osius, chargé par l'empereur Constantin d'aller prendre des informations sur les lieux, a|>prouva sa conduite. St. Alexaudre assista au concile général de ISicéc, où il se fit accompagner par St. Alhanas*. qui n'était encore que diacre, et il mourut, le 20 février 326, après avoir désigné Alhana.se pour son successeur. On trouve dans Théodore! sa lettre adressée à Alexandre de Uyzance, contre les évéques qui avaient reçu Arius à leur communion, après qu'il avait été excommunié au concile d'Alexandrie. Socratc nous a conservé la circulaire dont il a été fait mention, et Cotelicr a publié, dans ses notes sur les constitutions apostoliques, une troisième épitre de ce saint prélat. T — n.

ALEXANDRE (Saint), fondateur des acéraétes, né vers le milieu du 4e siècle, dans l'Asie Mineure, remplit |>cndant quelque temps une charge à la cour impériale d'Orient. Dégoûté du monde, il distribua ses biens aux pauvres, quitta la cour, Constantinoplc, et vint se réfugier dans les déserts de la Syrie. Ayant fondé un monastère sur les bords de l'Euphratc, il vit sa communauté s'accroître tcJ-

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lcment, qu'elle comptait jusqu'à quatre cents religieux. Outre les indigènes ou Syriens, il s'y trouvait des Grecs, des Latins et des Égyptiens. Il les divisa en plusieurs chœurs, qui, se succédant les uns aux autres, célébraient sans interruptiou l'oHicc divin, chaque nation en sa langue. C'est le premier exemple d'une pareille pratique. Cet institut de psalmodie perpétuelle se répandit dans tout l'Orient. Alexandre revint lui-même, avec plusieurs de ses disciples, à Constantinople, où il fonda, prés de l'église de St-Mcnnas , un monastère où il y eut bientôt trois cents religieux, qui se relevaient jour et nuit pour psalmodier en différentes langues. De là ils furent appelés ixcipirii , acémètet (hommes qui ne se couchent point). St. Alexandre mourut en 430, dans un monastère qu'il était allé construire sur les bords du Pont- Cuxin. G — ï.

ALEXAMJHE, évéque de Lincoln, au 12" siècle, neveu de Roger, évèque de Salisbury, était né en Normandie. 11 fut élevé sur le siège épiscopal l'an H23. Ce prélat aimait la magni licence, et, un an avant de mourir, St. Hcrnard lui adressa une lettre où il l'exhortait à ne jias se laisser éblouir jiar l'éclat des grandeurs mondaines. Alexandre, selon l'usage des barons et de quelques éxéqucs de son temps, dé|>ensa des sommes considérables pour construire des châteaux : il en avait jusqu'à trois qui étaient des forteresses imposantes; ce qui fit craindre au roi Etienne qu'ils ne fussent destinés à souteuir les prétentions de l'impératrice Malhilde qui lui disputait la couronne, et le détermina à s'en enqiarer. Après quelque résistance, le château de Ncwark se rendit, et l'évéquc fut emprisonné pendant quelques mois. L'an 1 1 42, il alla à Home, et revint en Angleterre avec la qualité de légat, et le pouvoir d'assembler un synode pour régler les affaires de l'Église. Il fit un second voyage à Home, vint en France l'an 4147, et mourut, à son retour, dans son pays natal. Alexandre fit aussi bâtir deux monastères; et, la cathédrale de Lincoln ayant été brûlée, il eu lit construire une autre, qu'il mit à l'abri d'un semblable accident, au moyen d'un toit de pierre. C'est un des édifices les plus remarquables «le l'Angleterre. D— T.

ALEXANDRE Newiski ou Newskoi, saint et héros moscovite, était (ils du grand-duc Yaroslaf, et naquit en 1218. A cette époque, la Russie était pressée de tous côtés par de nombreux ennemis, et particulièrement au midi par les hordes tatares. Afin d'être plus à portée de leur résister, Yaroslaf quitta Novogorod, lieu de sa résidence, et laissa ses deux fils, Fédor et Alexandre, pour y commander en son al>sence. A la mort de Fédor, Alexandre eut seul le pouvoir. H épousa une princesse de la province de Polotzk, et défendit avec beaucoup de vigueur son gouvernement contre les ennemis. 11 établit une ligne de forts, le long de la riviïTc Shélonia, jusqu'au lac Ilmen, pour résister aux incursions des Tshudes, ou Esthoniens. En 1239, tandis que Yaroslaf était engagé dans la guerre contre les Tatars, une armée combinée de Suédois, de Danois et de chevaliers de l'ordre teutonique, entreprit une ex-

pédition contre Novogorod, et débarqua sur les bords de la Neva. Fiers de leurs forces, ils prirent envers Alexandre le ton de la supériorité, et lui cnjoignèrent de se soumettre; mais ce prince courageux préféra courir les chances d'une bataille. Elle fut sanglante, et Alexandre mit les ennemis en fuite, après avoir tué beaucoup de monde, et blessé, dit-on, de sa propre main, le roi de Suède. La description de cette bataille, l'uu des événements les plus remarquables de l'histoire de Russie, est ornée d'une foule de circonstances qui sont prolablement des fictions d'un siècle et d'un pays peu éclairés. Ce fut du nom de la Neva, près de laquelle l'action eut lieu, qu'Alexandre reçut le surnom honorable qui lui Tut alors donné. 11 passa le reste de sa \ie à défendre son pays avec une valeur extraordinaire, délit les Tatars en divers engagements, et affranchit la Russie du tribut que lui avaient imposé les successeurs de Geugis-Kan. Alexandre mourut à GorodeU, près de Novogorod, et la reconnaissance de ses compatriotes l'éleva au rang des saints. Pierre 1" sut habilement profiter de la vénération que ce héros avait inspirée aux Russes, et bâtit, non loin de Péterslmurg, un très- beau monastère, au lieu même où Alexandre avait remporté sa plus glorieuse victoire; il institua de plus, sous le nom de St. Alexandre Newskoi, un ordre de chevalerie qui brille maintenant d'un grand éclat. D— t.

ALEXANDHE P\ roi d'Ecosse, fils de Malcom III, succéda à son frère Edgar, en 1107. L'impétuosité de son caractère lui fit donner le surnom de Fahoiciik. Avant de |»arvenir au trône, il avait tellement su cacher ses inam aises qualités, qu'aussitôt qu'il les dévoila, elles surprirent et mécontentèrent tout à la fois ses sujets. Le nord du royaume fut bientôt rempli d'insurgents ; mais Alexandre les défit successivement , et assura sa puissance par la mort de leurs principaux chers. Devenu dans le midi de ses Etats, il reçut un jour les plaintes d'une veuve qui lui dénonça le jeune comte de Mearns, comme ayant fait mettre à mort, sans jugement, deux de ses vassaux, l'un époux, l'autre fils de cette femme. Alexandre fit pendre le coupable en sa présence. Des assassins l'étant introduits dans sa chambre a coucher pendant la nuit, il saisit ses armes, tua six de ses agresseurs, et parvint à s'échapper. Après avoir rétabli l'ordre dans son royaume, il rendit une visite à Henri I", roi d'Angleterre, à qui il fut utile, en terminant une querelle élevée entre ce prince et les Irlandais. Le reste de son règne fut paisible. 11 mourut sans avoir été marié, en 1124, après un règne de 17 ans, et eut pour successeur David, son frère puîné. G — t.

ALEXANDRE II, roi d'Ecosse, fils de Guillaume le Lion, naquit en 1198, et succéda à son père à l'âge de seize ans. Il eut bientôt une guerre à soutenir contre Jean, roi d'Angleterre, et fit une irruption dans cette contrée. De son côté, Jean pénétra en Ecosse, et y commit de grands dégâts. Dans une seconde expédition , Alexandre prit Carliste , et pénétra jusqu'à Richmond. L'année suivante, il vint à Londres, sur l'invitation du prince français, Louis,

flis aîné de Philippe-Auguste, |»ur prêter son secours au parti qui s'était révolté contre le roi Jean. Lorsque ce roi se fut réconcilié avec le pape, le roi d'Ecosse, qui revenait dans ses États à main armée, fut attaqué dans sa retraite, et courut de grands dangers, auxquels il échappa parla mort de Jean. Les pillages qu'Alexandre avait exercés sur sa route portèrent le pape i mettre le royaume d'Ecosse en interdit. En 1221, Alexandre é|»ousa Jeanne, sœur du roi d'Angleterre, Henri III . ce mariage maintint la paix entre ces deux royaumes pendant dix-huit ans. A presto mort de Jeanne, des dissensions s'élevèrent entre les deux rois ; mais elles furent apaisées par la médiation du comte «le Cornouailles et de l'archevêque d'York. Alexandre épousa ensuite la tille de Coucy, baron français. Quelques troubles s'étant élevés dans l'Argylcshire, Alexandre s'embarqua pour ce pays ; mais, étant tombé malade , il fut |H>rlé à terre dans une des Iles de la cote, et y mourut, en 1249, a l'aire de 51 ans, ne laissant qu'un lils de sa seconde femme. D— t.

ALEXANDRE III, fils du précédent, naquit en 1240, et monta sur le trône à l'âge de huit ans. Peu de temps après, on lui lit épouser Marguerite , tille de Henri III, roi d'Angleterre. Ce roi enfant fut alors, ainsi que sa femme, gardé comme en prison par les Cumings, famille puissante en Ecosse. Henri s'avança vers ce pays pour leur rendre la liberté, et y parvint, lorsque ses émissaires l'eurent rendu inaitre du château d'Edimbourg. Cc|»cndant, jusqu'à ce que le roi fût en âge de tenir lui-même les rênes du gouvernement, d'autres troubles curent encore lieu. En 1263, Haquin, roi de Norwége , qui avait des prétentions sur les lies occidentales de l' Kcosse , parut avec une flotte considérable, se rendit maitre d'Aire, et s'avança dans l'intérieur du pays. Alexandre alla au-devant de lui, et ils si! rencontrèrent à Largs, où fut livrée une bataille sanglante. Les Norvégiens , totalement défaits, y perdirent 16.000 hommes. Buclianan doune à Alexandre Sluart l'honneur de celte journée, et parait douter que le roi eût été présent à l'action. Haquin mourut peu de temps après; et son successeur Magnus renonça, moyennant une somme d'argent , à toute prétention sur les îles qui avaient été le sujet de la guerre. L'amitié de ce prince avec Alexandre devint encore plus étroite |wr le mariage d'Éric, prince de Norvège , avec Marguerite, lillc d'Alexandre. Éric, devenu roi, fut toujours intimement lié avec son bcau-jiére, et vint le joindre à la tète de 5,000 hommes , lorsqu'Alexandrc eut à combattre ses barons. Le roi d'Écossc assista , avec toute sa famille, au couronnement d'Édouard, roi d'Angleterre, et au |«rlemcnt tenu en 1282, avec la qualité de premier pair d'Angleterre. Il perdit successivement Unis ses enfants, et il ne lui resta qu'une petite-fille en bas âge, née de la reine de Norwége. Comme il était veuf, les états insistèrent pour qu'il contractai un second mariage, et il épousa une française nommée lollctte, lillcdu comte de Dreux; mais , peu de temps après , il |»érit à la chasse , l'an 1285, entraîné i»ar son cheval dans un précipice. H était âgé de 45 ans, ei co avait régne 57. Ses sujets

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le regrettèrent vivement, tant à cause de ses bonnes qualités que de la situation critique où sa mort laissait le rovannie. D — t.

ALEXANDRE JAGELLON, roi de Pologne, troisième lils de Casimir IV, succéda à son frère Jean Albert, en 1501 , étant grand-duc de Lithuanic, ce qui lui (it donner la préférence sur Ladislas. roi de Bohème , son concurrent. La diète et les grands se décidèrent en faveur d'Alexandre, dans l'espoir d'éteindre les haines si funestes à la Lithuanic et A la Pologne, en formant un même corps politique de deux peuples si longtemps rivaux. En effet, les Lithuaniens, flattés de voir la couronne replacée sur la tête de leur duc, consentirent a la réunion des deux États, à condition néanmoins qu'ils auraient, ainsi que les Polonais , droit de suffrage à l'élection des rois de Pologne. Le nouveau roi commença son règne par une |ierfidic : au lieu de secourir comme allié Seid Ahmed, dernier kan du Kaptcliak ( roy. Mengiielv Giiekai), il se saisit de ce prince, contre le droit des gens, et le retint prisonnier. Les historiens (tolonais pi étendent au contraire que le kan du Kaptcliak voulait trahir le roi de Pologne. Quoi qu'il en soit, le sénat, de son côté, respecta peu la bonne foi et la justice pendant le régne d'Alexandre, qui avait abandonné les rênes du gouvernement a Gliuski. Ce favori lit, de son faible monarque, un instrument de ses caprices et de ses vengeances. Alexandre, malade et paralytique, touchait à ses derniers moments, lorsqu'il apprit (pic les Tatars venaient d'être taillés en pièces par l'armée polonaise sur les bords du Niémen : il n'eut que le temps de témoigner sa joie, en levant les yeux et les mains au ciel, et il expira à Wilna, le 19 août 1506, à 45 ans. Ce prince, taciturne et mélancolique, indolent et faible, fastueux sans magnificence, et prodigue sans être généreux, régna 1 4 ans en Lithuanic et 5 ans en Pologne ; il eut jxnir suiTcsscur Sigisinond l*'. B — P.

ALEXANDRE ( Be.%01T-Stanisi.as ), fils de Jean Sobieski, roi de Pologne, naquit à Dantzick, en 1677. Donnant l'exemple d'une contradiction singulière, il se mit, en 1697, sur les rangs des prétendants à la couronne de Pologne, et la refusa, en 1704, lorsque Charles XII la lui offrit. Le motif de ce refus était l'exclusion qu'on avait donnée à son frère aîné ; mais, à la diète de 1697, il fut un des concurrents les plus actifs de ce même frère. Ce prince versatile mourut à 57 ans, à Rome, où il s'était jeté dans la dévotion ; il avait pris, un peu avant sa mort, l'habit de capucin. Le pape le lit enterrer avec pompe, aux dé|iens de la chambre apostolique. B— P.

ALEXANDRE (Paulowitz), empereur de Russie, était fils ainé de Paul 1er et de Marie Fédérowna sa seconde femme. { Yoy. Marie. ) Il naquit à Pétcrsbourg, le 13 décembre 1777 (1). Bien que d'une constitution forte en apparence, et d'une taille élevée, ce prince fut dans sa première jeunesse d'une santé délicate. Sa grand'mèrc, Catherine 11, qui le

(I) Cette année fut remarquable |«ar l'inondation qui fit périr dan* le» casemate* de la fnrteresac Je St-IVtersboorj; la pi inressc Tarrakanoff. fille de l'imnmlrice Elisabeth et du comte rUiuraofiii. (tVjf. T»a»»HdOf».)

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destinait au trône, à l'exclusion de Paul I". le tint soigneusement éloigné de son pére. Cette prévoyante souveraine, ne voulant pas que des habitudes de soumission et de piété filiale devinssent plus tard un obstacle aux desseins qu'elle avait sur lui, le lit élever sous ses propres yetix. Ce ne fut même qu'avec beaucoup de peine que la mére du jeune prince put exercer sur la première éducation de son fils une influence qui lui appartenait à tant de titres. Alexandre eut pour gouverneur le comte Nicolas SoltykofT, et pour précepteur le colonel Laharpc. ( Foy. ce nom. ) Il étudia les mathématiques sous le colonel Masson , les sciences physiques sous le professeur Krafft, et la botanique sous l'illustre Pallas. Les opinions philosophiques qu'il avait puisées dans les leçons de son précepteur le portèrent souvent à tempérer les maximes du pouvoir absolu, mais elles l'écartèrent aussi quelquefois des obligations, ou, si l'on veut, des nécessités de la royauté. CaUierine avait recommandé qu'on ne lui enseignât ni la |>oésie , ni la musique , persuadée qu'elle était que les moments du jeune prince pouvaient être plus utilement employés; et, sans craindre que cette sévérité ne fût regardée comme la censure de sa propre conduite, elle veilla avec soin a ce que les mœurs de son petit-fils fussent de tout point irréprochables. On croit que ce rigorisme fut la cause principale du mariai»»- prématuré qu'elle lui Ht contracter dés l'Age de seize ans (9 octobre 1795 ) avec Louise-Marie, troisième petitetille du grand-duc Frédéric de Baden, qui prit , en entrant dans la communion grecque . le nom d'Elisabeth Alexiewua. ( Voy. Elisabeth. ) Pour que des voluptés précoces n'altérassent pas la constitution peu robuste de son petit-fils, Catherine lui fit interdire longtemps tout commerce avec son épouse ; mais ces précautions n'eurent pas tout le succès qu'en attendait l'impératrice. Alexandre fut ensuite écarté des affaires par la défiance ombrageuse de l'empereur son père; et il avait atteint, dans de paisibles études, sa vingt-quatrième année, lorsqu'une catastrophe sanglante le fit monter sur le trône. Dans la nuit du 25 au 24 mars 1801, Paul 1" ayant été assassiné au palais de Michaïlof, Alexandre fut aussitôt salué empereur par les conjurés dans la cour même de ce palais, où il attendait l'abdication, sans savoir toute l'étendue du crime qui allait être commis. ( Voy. Paul I*'. ) Quand il apprit la mort de son pére, il tomba dans un état de faiblesse tel qu'il ne put rentrer dans son appartement que soutenu pilles officiers qui l'entouraient. Rien ne prouve qu'il eût prévu un aussi horrible dénoûment; Dépendant il est certain qu'il avait eu des rapjiorts avec les conjurés, et que le chef du complot {voy. Pa hleis) avait habilement semé des défiances et des sou|»çons mutuels dans l'âme du père et du lils; qu'il avait obtenu le consentement de celui-ci, non pour l'assassinat, que les conjurés eux-mêmes n'avaient peutêtre pas prévu, mais pour l'arrestation de l'empereur et son abdication forcée. Ce qui prouverait encore cette assertion, si une foule de témoignages n'étaient venus l'établir, c'est qu'Alexandre n'infligea d'autre peine que celle de l'exil aux chefs de la conspiration,

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et que même plusieurs d'entre eux furent honorablement employés sous son règne. ( Voy. Beningsek.) On a dit qu'il avait hésité d'abord à accepter la couronne ; mais, si cette hésitation fut réelle, il est au moins vrai qu'elle dura peu, et il est permis de croire qu'elle n'était |«s sincère. Du reste, sa sûreté et celle de tous les siens, le besoin de préserver l'État de dissensions funestes, tout lui faisait un devoir de monter à l'instant même sur le trime. Il quitta le palais où le crime avait été commis et où il habitait un appartement au-dessous de celui de son père, et se rendit au palais d'hiver. où il reçut les liommages et les serments de Unis les corps de l'État. Quand le comte Palilen vint le complimenter : « Monsieur le « gouverneur, s'écria le jeune monarque, quelle page o dans l'histoire !— Sire, les autres la feront oublier, » répondit Pahlen. I>es premiers actes du règne d'Alexandre justifièrent pleinement cette prédiction. Il s empressa de révoquer les absurdes et vexatoires ordonnances qui avaient signalé les derniers moments de son pére, et il disgracia tous ceux qui par leurs avis et leurs faux rapports avaient trompé la justice de Paul et contribué à diriger vers la tyrannie le caractère inquiet et soupçonneux de ce malheureux prince. Il délivra tous les prisonniers détenusdans les forteresses, et rappela de Sibérie cette foule d'exilés qu'y avait entassés un aveugle et capricieux des*>otisme. Voulant que le jour de son couronnement (27 septembre 1801 ) fut pour tous ses sujets un jour de fête et de bonheur, il amnistia les déserteurs, et renonça pour une année à toute espèce de recrutement Les impôts furent réduits, les poursuites susfiendues, et toute amende remise pour les débiteurs du fisc. Le commerce reçut de nombreux encouragements; l'introduction des livres étrangers obtint une grande extension, et la liberté de la presse une latitude plus grande encore. Il est vrai qu'un |>eu plus tard Alexandre parut M repentir de quelques-unes de ces concessions, et qu'il y mit des limites ; il est également vrai que. l'inquisition d'État, supprimée le 2 ami 1891, fut rétablie le 5 janvier 1802, sous la direction du prince Lanouchin ; mais si la sûreté de son empire et les besoins de sa politique l'obligèrent ainsi quelquefois a revenir sur des décisions généreuses, il faut au moins reconnaître que ses intentions et ses premiers mouvements furent toujours fondés sur des vues d'humanité et de bienfaisance. Quant A l'extérieur , ses premières |)cnsécs et ses premiers rap|>orts furent également pacifiques et généreux. 11 mit lin, par une convention, aux différends que Paul avait eus avec la France , et parut vouloir sincèrement vivre en bonne intelligence avec celui qui , sous le nom de consul, en était devenu le souverain. Pour la Suéde, il n'eut qu'à publier un traité de commerce qu'avait fait son père. Enfin ce fut autant pour assurer la paix de l'Europe que pour effacer un ridicule de son malheureux père, qu'il renonça hautement au titre de grand maître de Malte, que s'était si bizarrement donné Paul I". Mais, loin de renoncer à la souveraineté de la Géorgie, ce fut lui qui termina l'incorporation de cette contrée à l'empire russe, déjà commencée par son père. Ainsi fut terminée la destinée d'une dy-

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nnsi if qui se prétendait issue du roi David, et qui depuis plus de douye siècles régnait sur la Géorgie. ( )<-;/. George xi.) L'entrevue qu'Alexandre eut dam fe mois de juin 1802, à Memel, avec le roi de Prusse, n'eut pour objet que l'indépendance de l'Allemagne menacée par les envahissements de la France. De retour dans ses Etats, il poursuivit ses réformes dans toutes les parties du gouvernement. L'administration de la justice attira particulièrement son attention. 11 abolit la torture et la confiscation des biens héréditaires (I); il constitua le sénat en une haute cour de justice ; et , voulant mettre fin à la lenteur des procès, il divisa ce corps en sept départements, dont toute l'occupation fut de juger une immensité d'affaires en retard. Des peines pécuniaires furent établies contre les magistrats prévaricateurs et contre les plaideurs obstinés. Enfin il fut décide qu'en matière criminelle l'unanimité des juges serait nécessaire pour toute condamnation à mort. Alexandre s'occupait avec non moins de zèle des besoins du commerce. Il permit a la noblesse de s'y livrer, et cette décision , plus importante qu'on ne pense, lit entrer dans la circulation une grande masse de capitaux, et donna un nouvel essor à l'industrie. Enfin il réduisit les droits d'entrée sur plusieurs objets, et pour favoriser les manufactures il prohiba l'importation de beaucoup d'autres. Son ministre Romausoff ayant , parson ordre, rendu public un état général desaffaii es en 180-2, on y vit que la balance dans les ports de la Baltique avait été de 18 millions, et de 4 dans ceux de la mer Blanche, en faveur de la Russie. Les sciences , les arts et les lettres ne reçurent pas moins d'eneouragcmenU ; un grand nombre de gymnases furent établis, et trois universités furent ajoutées à celles qui existaient déjà. Alexandre fonda encore des écoles de chimie, de médecine , de marine sur différents points; et l'on a porté à plus de 2 millions de roubles ( 6 millions de francs ) les sommes que, dés l'année 1805, il avait consacrées à ces établissements. Dans le même temps, secondé par la bienfaisance de sa mére, il fondait des hospices, des maisons de refuge pour les vieillards, les veuves et les enfants trouvés. Portant aussi ses regards sur l'agriculture, il attira dans le voisinage de sa résidence d'été, à Kamenoï-Ostroff, quelques fermiers anglais, charges d'introduire le* méthodes de leur pays. Ses vaisseaux amenèrent sur les cotes de la mer Noire des Suisses et des Allemands, <pii transformèrent en vignobles florissants quelques districts incultes de la Crimée. Toutes ces opérations furent complétées |>ar un nouveau système de recrutement, et l'ukase qui en 18113 appela an service militaire deux nommes sur cinq cents porta l'année russe au total de 500,000 hommes. Ce n'est pas qu'Alexandre voulut alors la guerre ; mais il prévoyait que, dans la position où se trouvaient les affaires de l'Europe , il lui serait difficile de l'éviter. D'ailleurs, en annonçant à ses peuples son avènement au trône, il avait déclaré qu'il marcherait sur

(I) Cette fonttv*tirta i néaumuiM tiè priiiquce dfpuis «Uns dif-

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les traces de l'impératrice Catherine II , son aïeuls. Or, tout le monde sait que le système politique de cette priucesse fut d'étendre la civilisation dans les provinces les plus reculées de l'empire, et d'assurer la prépondérance ou plutôt la domination de la Russie sur l'Europe et sur l'Asie. On verra qu'Alexandre s'est montré toute sa vie liilèle à ce système. Ainsi qu'à tous les liommcs d'État de celte époque, la paix d'Amiens lui semblait bien moins un traité do paix qu'une trêve. L'Angleterre, par une infraction manifeste à ce traité, gardait l'ile de Malte; et l'empereur de Russie lui-même continuait de tenir garnison dans les sept Iles, violant ainsi la convention faite en 1800 avec la Turquie. Il envoya même, en 180*2, de nouvelles truupes à Corfou et sur les frontières de la Perse. Moins scrupuleux encore, le nouveau maître de la France s'emparait du Hanovre et du royaume de ISaples, malgré les réclamations de l'Angleterre et de la Russie, qui exigeaient du lui une loyauté dont elles ne lui donnaient pas l'exemple. Dans le même temps il lit enlever à main armée, en pleine paix, sur le territoire germanique, un prince de l'ancienne maison de France, qui fut immédiatement mis à mort. ( Vuy. EVQUIU.] Ce dernier fait excita de la [art d'Alexandre les plaintes les plus vives. Le czar refusa de reconnaître Napoléon comme empereur ; celui-ci se repandit contre lui en violentes invectives (I), cl la guerre fut inévitable, Ainsi commença entre les deux colosses européen* cette lutte qui devait être si longue, si sanglante, qui ne devait se terminer que jiar la ruine de l'un des deux adversaires. Alexandre s'y prépara avec autant de prévoyance que d'activité. Après avoir ordonne de nouvelles levées et dirigé toutes ses troupes vers l'Occident, il renouvela avec la Perse une trêve près d'expirer, et forma avec l'Autriche, l'Angleterre et la Suède, une coalition dont les forces disponibles uc devaient pas être de moins de 500,000 hommes. Mais, dés le mois d'octobre , l'Autriche impatiente s'était mise eu campagne ; et les armées de François II, conduites par l'impérilie et l'inexpérience, avaient éprouvé de grands revers [voy. Mack), lorsque les colonnes russes étaient à peine en marche. Comme il fallait que ces deruiéres traversassent une partie de la Prusse, et que cette puissance n'était pas encore dans la coalition, Alexandre se vit obligé de négocier avec elle. Il se rendit luimême à llerlin, où sa présence entraîna Frédéric- Guillaume III. Les deux monarques, descendus pendant la nuit au tombeau de Frédéric II, jurèrent sur le cercueil du heros prussien de rester inviolablemcnt unis. On sait que .cette scène un peu dramatique, «[ni n'eut d'autre témoin que la reine de Prusse, mais qui fut bientôt connue de toute l'Europe , a clé d'une grande influence sur la suite des événements. Pc Polsdam Alexandre se rendit à 01mulz, où il joignit l'empereur François II, qui se retirait avec les débris de son armée, après avoir abandonné sa capitale. [Voy. ISapoliso>.) L'armée nu*e,

(t)l.es juuriuBxoulcifls dr Fnnrt acfosront baalcmcnt Aleiaa-

dr«> d'avoir parti. i|* an mrurtrf de *on perr.

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farte de 70,000 hommes, et commandée par le vieux Koutousoff ( >-oif. ce nom se réunit à ces débris qui formaient à peine un corps de 50,001) soldats, et elle tenta dans les champs d'Austerlitz (2 décembre 1805) les chances d'une bataille qui ne fut pas heureuse. La délaite qu'essuyèrent les armées combinées fut suivie d'un armistice dont Alexandre .profita j>our opérer sa retraite, tout en annonçant qu'il ne prendrait aucune part au traité que l'Autriche pourrait conclure avec la France. On a publié qu'il fut au pouvoir de son adversaire de s'emparer de sa personne ; mais, outre qu'il semble difficile de croire que Napoiédu eût laissé volontairement échapper une pareille occasion, il est sur que ce fut à une fausse manœuvre de Murât qu'une partie de l'armée russe et l'empereur lui-même durent leur salut, (l'est au moins ce que , par une contradiction assez remarquable, on a fait dire à Napoléon dans les compilations de Ste-Héléne. Après la défaite d'Austerlitz, l'armée russe se retira en Pologne. Alexandre fit déclarer au roi de Prusse que, conformément à leur traité, ses troupes étaient a sa disposition ; mais Frédéric-Guillaume, dont le zèle pour la coalition s'était fort affaibli depuis le désastre d'Austerlitz, accueillit froidement cette proposition^ Foy.Hvt'gwitz.) Alexandre n'en persista pas moins a conserver une altitude hostile ; il dégagea le roi de Prusse de ses promesses, ajoutant toutefois que, lorsqu'il se déciderait à combattre, les troupes russes qui occupaient le Hanovre, et toutes celles qui restaient dans son voisinage, seraient a son service. Ces offres séduisantes, et le ressentiment de quelques griefs particuliers, entraînèrent enfin Frédéric-Guillaume à la guerre. Sans attendre des secours dont il croyait pouvoir se passer, ce prince commença les hostilités avec une précipitation qui fut plus funeste encore que n'avait été celle de l'Autriche l'année précédente, et qui lui coûta en moins d'un mois son armée tout entière et la plupart de ses provinces. (Voy. Brunswick.) Dés qu'Alexandre eut connaissance de ces désastres, il annonça , par une proclamation, que la chute de la Prusse, en compromettant la sûreté de ses propres États, l entrainait de nouveau à combattre. Il ordonna en même temps une levée de 400,000 hommes. Tous ses peuples s'empressèrent de seconder ses vues, et la guerre recommença sous des auspices qui pouvaient sembler favorables après les désastresd'Austerlitzetd'léna. Retranchés derrière la Vistule, les Russes attendirent les Français, et ils soutinrent les combats de Czarnowo, de Pultusk et de Golymin, avec une fermeté qui étonna leurs ennemis. Les armées firent de grandes perles, et leur épui- ; plus que toute autre cause ameua un armistice qui se prolongea jusqu'au printemps de 1807.— Des succès plus décidés couronnaient dans l'Orient les efforts de l'autocrate : il avait incorporé le kannat de Kirvan à son empire ; et le prince Titsianow, qui depuis 1802 conduisait la guerre sur les" frontières de Perse, termina par cette conquête une vie glorieuse. (Voy. Titsianow.) Les Russes, attaqués en n terne temps par plusieurs tribus du Caucase, les repoussèrent jusque vers l'Arase et restèrent les

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maîtres de tout le pays. Mais la Turquie , engagée jwr les succès et les promesses de Napoléon, préluda aux hostilités contre la Russie, en destituant, par une infraction formelle au traité de Jassy, les hospodars de Moldavie et de Valachie. Alexandre fit sur-le— champ occuper ces deux provinces par le général Michelson, tandis que son escadre, aux ordres de Siniawin, détruisait la flotte turque dans deux combats successifs. Cependant son armée, battue sous les murs de Giurgcwo et d'IsmaU, allait être forcée de se retirer sur le Dniester, lorsque la catastrophe de Sélim [voy. ce nom), paralysant les mouvements des Turcs , fit conclure une trêve. — Au commencement de 1807, la campagne s'ouvrit contre la France par ta sanglante bataille d'Eylau, dont les deux partis s'attribuèrent la victoire, et où chacun d'eux fit des |>ertes immenses. Mais la prise de Kce» nigsberg et la défaite de Fricdland, qui suivirent de prés, furent pour les Russes et les Prussiens des échecs plus ineon les tables. Découragé par ces revers, Alexandre fît des ouvertures de paix qui furent accueillies et suivies d'un prompt armistice. Les deux empereurs eurent une entrevue sur le Niémen, en présence de leurs armées , campées sur les deux rives du fictive, et dès le lendemain <*)mmencérent les mémorables conférences de Tilsitt. Ces conférences durèrent vingt jours, et elles eurent pour résultat l'un des traités les plus importants et les plus extraordinaires de la diplomatie européenne. Par ce traité, que les deux empereurs signèrent le 7 juillet 1807, Alexandre reconnut Na|»oléon dans toute sa puissance et dans tous ses titres, même dans celui de protecteur de la confédération du Rhin, et il reconnut aussi ses frères comme rois de Naples, de Hollande et de Westphalie. Ce fut principalement des dépouilles de la Prusse que se composa ce dernier royaume : et Frédéric-Guillaume, qui parut aussi à Tilsitt avec la belle reine de Prusse (roy. Loi ise- ArotSTE), y signa un traité de spoliation, où il fut obligé d'abandonner à Napoléon la plus grande partie de ses États, et même a la Russie un district de l'ancienne Pologne (celui de Rialistoch) qui lui était échu dans le premier partage. Alexandre promit sa médiation entre la France et l'Angleterre, et il s'engagea, si cette médiation était refusée, à subir toutes les conséquences du système continental. (Voy. Napoléon.) Voilà ce que furent les stipulations ostensibles de Tilsitt. Mais, pour les observateurs éclairés, il resta démontré que des conditions secrètes et bien autrement importantes avaient été arrêtées entre les deux souverains. Si le public ne les a pas connues tout entières, la suite des événements en a fait assez comprendre le but et les motifs. Cependant le texte, que nous publions ici pour la première Ibis (1), étonnera plus d'un lecteur. Cependant il ne faut pas croire

i Turquie eu le le jugera

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F.siagne ci li n«»isoi de régner. L'n prince de la i

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que. même dans ces engagements secrets, la bonne foi des deux souverains ait été bien sincère. Najio- Icon avait senti que, malgré ses succès, il lui serait alors impossible d'anéantir la puissance russe ; mais il était loin d'y renoncer ; il lui fallait encore quelques années pour affermir et compléter son pouvoir dans l'Occident. Ainsi, dans sa |iensée, toutes les promesses, tous les engagements de T ilsitt ne furent que temporaires, et les secrets de sa politique à cette époque s'expliquent très-bien |)ar ce peu de mots qu'un oflicicr de son état-major (le général Jomini) écrivit alors du théâtre des événements : « Nous « venons de faire avaler un verre d'opium a l'em- « percur Alexandre ; et pendant qu'il dormira, nous « allons nousoocu|>er ailleurs (I). » Et (pi on ne croie pas que de son coté l'em|>erour Alexandre fût plus sincère. Il s'était tiré le moins mal qu'il avait pu d'une position fâcheuse, et il se promettait bien aussi de gagner du temps, d'endormir son rival, et d'attendre des circonstances plus favorables. Des écrivains russes, et notamment l'aide de camp d'Alexandre, M. île Boutourlin (dans les prolégomènes de son Histoire de la campagne de 1812), déclarent nettement que le traité de Tilsill était trop onéreux h la Russie pour qu'elle pût le considérer autrement que comme un moyen de gagner du temps. Sir Walter Scott joint à ce grave témoignage le récit de faits cpii .semblent plus concluants encore. Selon cet historien, qui a puisé, comme I on sait, une partie de ses documents aux archives de l' Angleterre , a un officier, littéra- « leur célèbre (2), fut employé par Alexandre ou « jiar ceux que l'on pouvait penser être ses plus in- « times conseillers , à communiquer au ministère « anglais l'expression de la secrète satisfaction « qu'éprouvait cet empereur de l'habileté qu'avait «déployée la Grande-Bretagne en devançant et « prévenant les projets de la France, par son attaque « contre Copenhague. Les ministres anglais furent «t invités par le même officier à communiquer fran- « chement avec le czar, comme avec un prince qui, « bien qu'obligé de céder aux circonstances, n'en « était pas inoins attaché plus que jamais à la cause « de l'indépendance européenne. » Ainsi , pour la ruse et la duplicité, aucun des deux souverains ne

France de sa marine pour la conquête île Gibraltar. — V. I^s Français prendront possession des villes situées en Afrique, telles que Tunis, Alger, etc.; et, j Ij paix générait', toutes les conquêtes que les Français pourront avoir fuites en Afrique seront données en indemnité au* rou de Sardaignc et de Sicile. — VI. L'Ile de Malte sera possédée par les Français, et il ne sera fait aurune paix avec l'Angleterre tant qu'elle n'aura pas cède relie Ile. — VII. Les Français orcuperont l'F-gypte. — VIII. La navigation de la Méditerranée ne sera permise qu'aux navires et vaisseaux français, russes, espagnols et italiens. Toutes les autres nations en serout exclues. — IX. Le Danemark sera Indemnise dans le nurd de l'Allemagne par les villes nanseatiques, sous la clause cepeudant qu'il consentira de remettre son escadre dans les mains de la France. — X. Leurs majestés les empereurs de Kussic et de France conviendront ensemble d'nn règlement d'après lequel il ne sera permis a aucune puissance de meure en mer des na tires marchands, à moins qu'elle ne possède un certain nombre fe MttMM de |MfTt.

(I) C'est a l'auteur de .-elle notice lui-même que M. de Jomini «crivll eette («rase remarquable.

(») On croit que ce lut le célèbre KoUbue. ( YoV. ce nom )

le cédait à l'autre ; mais on voit que, plein de conliance dans son liabilelé, et de mépris pour la jeunesse et l'inex|>éricnce d'Alexandre, Bonaparte fut en cette occasion tout à fait dupe d'un prince nourri dans l'astuce des cours, qui cachait, sous une apparence d'effusion et de candeur, un esprit subtil et très-dissimulé. Après la paix de Tilsitt, la conduite d'Alexandre fut en apparence celle du plus fidèle allié de la Fraucc ; dans toutes les occasions il professa la plus haute estime, l'admiration la plus invariable, pour le grand homme qui la gouvernait ; et lorsqu'il apprit le désastre de Copenhague, il publia une déclaration où il qualifiait l'attaque des Anglais d'insigne brigandage (f), et après laquelle il regardait comme rompus tous ses rapports avec P Angleterre, annonçant que nul ambassadeur anglais ne serait reçu a St l'étersbourg ; qu'aucune communication entre les deux puissances n'aurait lieu avant que le Danemark eût obtenu justice ; enlin il fit arrêter les vaisseaux des Anglais qui se trouvaient dans ses ports, et mettre le séquestre sur toutes leurs propriétés. Et l'on doit remarquer que toutes ces démonstrations n'étaient pas faites pour donner a l'empereur Alexandre de la jiopularité dans son empire ; car on ne peut douter que les relations qui s'établirent entre la France et la Russie par la pais de Tilsitt ne fussent contraires à celte dernière puissance, et que son commerce, qui jusque-là s'était accru dans une progression très-rapide, ne soit alors tombé plus rapidement encore (2). Obligé de céder à d'impérieuses nécessités , Alexandre avait dû voir de plus loin, et la suite des événements a suffisamment prouvé «pic dans celte occasion son rôle ne fut pas le plus maladroit. Le peu de concessions qu'il obtint offrait des avantages réels, positifs ; et son rival, qui se fit en apparence accorder beaucoup, n'eut que des conquêtes imaginaires, qu'il n*a jamais pu effectuer et qui en définitive ont causé sa ruine. — Ce rut sous le vain prétexte de compléter le système continental, et en conséquence des conventions de Tilsitt, que, vers le commencement de 1808, Alexandre tourna ses armes contre le roi de Suède, Gustave IV, son lieau-frêre, qui venait de conclure une alliance avec l'Angleterre. II fit envahir la Finlande par trois corps d'armée que commandait Buxowden (."5). Les Suédois, accablés par le nombre, déployèrent une inutile valeur : ils furent contraints de se retirer, et le général russe, pour hâter une conquête à laquelle Alexandre mettait beaucoup de prix, joignit à la force des armes des moyens [»eu dignes

(t) C'était dans tt moment même que, selon l'historien Waller Scott. Alexandre envoyait secrètement un de ses officiers a Londres pour offrir au ministère anglais les témoignages de son estime et de son admiration.

(S) Ce fut surtout il la rupture do traité de commerce avec l'Angleterre que commença la chute dn papier-monnaie. Le rouble-assignat tomba en quatre ans de 500 centimes à tB, cl il ne s'est plus relevé au-dessus de 449.

(3) Ou sait que, malgré la supériorité de ses forces, la Russie se crut alors obligée d'acheter l'inexpugnable forteresse de Swiabourg, que le gouvernenr Groorblett vendit avec tonte la flottille suédoise. Le général russe Spreugporica fut l'agent de cette honteuse né*o-

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de la réputation de loyauté et de grandeur que son maître s'était acquise. Il adressa aux Fino'ts une proclamation dans laquelle ces sujets de la Suéde étaient ouvertement invités à se soumettre aux lois de la Russie ; et une allocution moins loyale encore fut adressée à Tannée suédoise (1). Les dépêches d'un courrier expédié à M . d'Alopeus, ambasscur de Russie à Stockholm, étant tombées entre les mains du gouvernement de Suéde, lui firent connaître que ce diplomate était chargé d'une trame encore plus contraire au droit des gens. Gustave répondit à ces indignités par l'arrestation de l'ambassadeur et par la publication d'un manifeste, où il opposa sa conduite ù celle de son agresseur. Mais tout cela ne pouvait rien changer à des résolutions irrévocablement prises et à des plans invariablement arrêtés. Dans une note remise aux membres du corps diplomatique, Alexandre notilia à toutes les puissances qu'il considérait la Finlande comme une de ses provinces, et qu'il l'incorporait pour jamais à son empire. Ainsi fut consommée cette conquête, si longtemps convoitée par les prédécesseurs d'Alexandre, cette conquête qui assure l'ascendant de la Russie sur la Baltique, et qui met sa capitale à l'abri des dangers que lui avaiciit lait courir plus d'une fois les rois de Suéde, et surtout le père de Gustave IV. Mais Alexandre expia bientôt cette iniquité : la Hotte russe , aux ordres de Siniawin, étant venue de la Méditerranée à Lisbonne, pour forcer le gouvernement portugais à se déclarer contre les Anglais, fut obligée de se rendre par capitulation, et conduite en Angleterre. Les dix vaisseaux qui la composaient ne furent restitués â la Russie qu'après la conclusion de la paix (2) . — C'était le temps où Napoléon essuyait dans la Péninsule des revers éclatants, et ces revers apprenaient au monde qu'il n'était pas impossible de résister à ses I armes. Ce changement de fortune excita de sourdes rumeurs parmi ses ennemis; et, dans la crainte que l'amitié d'Alexandre n'en fût ébranlée, il provoqua la réunion d'Erfurth, où l'empereur de Russ ic se rendit dans le mois d'octobre 1808, et où il donna de nouveau à son redoutable allié des témoignages multipliés d'estime et d'admiration. On n'a pas oublié l'espèce de mouvement dramatique auquel il s'abandonna dans un spectacle, lorsque, entendant ce vers devenu célèbre :

L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux, il serra la main de son grand ami, comme il l'appelait alors, et s'inclina profondément, disaut avec une

(4) Elle finissait par ces mots : « Bons r'inois, que le sort a pla- « ces dans le* rangs de l'armée suédoise, que vous fies a plaindre! « tous quillez vos foyers et vos familles; vous allez a la mort pour « une cause injuste... Mon très-gracieux mallre m'a ordonne de pro- « mettre a chacun de vous, qui posera volontairement le» armes, la « liberté de retourner chez lui et le paiement de deux roubles par « fusil, un rouble par sabre on toute aulre arme, et six roubles pour ■ chaque cheval qu'il amènera. Oui de vous aimerait assez peu le m repos pour ne pas se baier de se procurer une vie tranquille et « heureuse sous la protection de mon tré*-graclcux empereur? »

(«) Quelques observateurs ont souiKonne. et cela e»t assez pco-

avec beaucoup de soin dans les ports de l' Angleterre, n'était qu'une espèce de comédie jouée entre les deux puissances pour mieux

effusion tout à fait théâtrale : « Je ne l'ai jamais « mieux senti (I) ». Cependant des observateurs pénétrants crurent voir, sous ces apparences d'union et de bonne intelligence entre les deux potentats, des symptômes de froideur et de mécontentement. Le principal résultat de ces conférences fut la confirmation tle ce qui avait été convenu à Tilsitt, avec une faible réduction sur les contributions imposées à la Prusse, et l'admission du duc d'Oldenbourg à la confédération du Rhin. Bonaparte fit quelques réclamations sur l'invasion de la Finlande, qui n'avait pas été formellement décidée à Tilsitt, et ce fut par ce motif qu'il exigea la suppression de l'article secret relatif a la Turquie. Alexandre dut en être profondément blessé ; mais il ne pensa pas que le temps de la franchise et de la résistance fut arrivé ; il continua de dissimuler. C'est aussi aux conférences d'Erfurth qu'il faut rapporter la demande «pic lit Napoléon de la main d'une princesse russe ; demande qu'Alexandre sut éluder sous de vains prétextes de religion et d'affections de famille dont Napoléon ne fut sans doute pas entièrement duiic. {Voy. CaXHBMNB PaOLOWHA. ) Avant de se séparer, les deux empereurs écrivirent une lettre collective au roi d'Angleterre pour l'engager à la paix : comme on devait s'y attendre, cette lettre n'eut point de résultat. Quelques mois plus tard, Alexandre, voulant se montrer à ses nouveaux sujets de la Finlande, convoqua dans la ville d'Lméa une diète dont il fit lui-même l'ouverture le 10 mars 1809, cl il revint aussitôt après reprendre a Pétcrsbourg le gouvernement de son vaste empire. La guerre qui éclata entre la France et l'Autriche le détourna à peine de ses paisibles soins. Pour se montrer au moins en apparence Odile au traité de Tilsitt et aux récentes conventions d'Erfurth, il déclara la guerre à cette dernière puissance et lit marcher contre elle 25,000 hommes au lieu de 1o0,000 qu'il avait promis. La faiblesse de ce corps autant que la lenteur de sa marche le rendirent tout à fait inutile à Nap iléon, qui fut très-piqué de ce manque de foi ; mais il n'était pas en mesure de se venger, et il dissimula : Alexandre vit même sa faible coopération récomj>cnsée par le beau district de Cracovie, qui lui fut abandonné par le traité de Schœnbrunn. Ainsi l'heureux autocrate jouissait des avantages de la victoire sans avoir fait la guerre, et il pouvait sans obstacle suivre le cours de ses travaux |tacifiques. Voulant autant qu'il était en lui dédommager ses sujets des pertes que leur faisait essuyer l'état d'hostilité avec l'Angleterre, il ferma les yeux aussi souvent qu'il le put sur les prohibitions maritimes, recevant comme portugais les navires britanniques, et favorisant de tout son pouvoir les manufactures nationales. On commençait a sentir en Russie les heureux effets de l'ukase par lequel il avait été permis aux vassaux de la

(I) Avant de partir pour Erfurtb, Napoléon aviit mande Talma et lui avait dit : a Je vais le taire jouer devant un parterre de rois. » Dans l'espèce de hangar qui fut arrangé en salle de spectacle, il n'y avait devant l'orchestre que deux fauteuils a bras pour les deux empereurs. A droite et h gauche étaient des rliatse* garnies pour les rois; et derrière des banquettes pour les princes de la confédération. Talma aimait beaucoup a raconter celte anecdote. V -va.

couronne d'acquérir des propriétés territoriales : déjà ces vassaux avaient acheté des terres |iottr plus de 2 millions de roubles, et le nombre des paysans devenus libres depuis 1803 s'élevait à plus de 13,000 (I). Les institution» d'enseignement public fondées par Alexandre avaient aussi porté leurs fruits, et la littérature mise faisait de rapides propres. Leczar ne fut |*ndant cinq ans détourné de ces utiles travaux par aucune guerre importante; mais, vers la (In de 1800, les Turcs i ayant refusé de livrer la |>artie de la Moldavie et de la Yalachie qu'ils s'étaient engagés à lui céder, ses troupes durent s'emparer de plusieurs places, telles qu'lsmail et Mangalia ; elles attaquèrent ensuite le grand vizir dans son camp ; mais elles essuyèrent un échec qui les obligea d'évacuer la Bulgarie. Au retour du printemps de 1810, l'année russe, portée à S0,000 hommes, prit deux villes Tortillées, Pajardjik et Silistria, qui lui ouvrirent un |iassage jusqu'au camp retranché de Sclmmla. Elle obtint encore un notable avantage a Batthyn; et, la flottille turque ayant été battue sur le Danube, les Ottomans perdirent toutes les places qui défendent la rive droite de ce fleuve, | depuis Ismail jusqu'à Sistowa. Le grand vizir de- i manda alors un armistice, qui lui fut accordé, aux conditions d'abandonner la Moldavie, la Yalachie et i une |>ortion de la Bessarabie, de reconnaître l'indépendance des Serviens et d'admettre leur chef aux conférences de la paix. ( Voy. O-ERM-Gkorge. ) Ces dures conditions ayant été rejetées jrar le divan, la guerre fut continuée en 1811 ; et, malgré de nouvelles défaites, les Turcs se prédiraient a la résistance, lorsque les envahissements de Napoléon, devenus chaque jour plus menaçants, obligèrent Alexandre à porter ses regards sur un autre point. Alors il donna l'ordre a koutousoff, qui commandait ses troupes, de négocier promptenient la jiaix. Le rusé général, décidé à tout |wiur remplir les vues de son souverain, alla jusqu'à communiquer aux négociateurs ottomans une lettre par laquelle Na|H>léon aurait projtosé à l'empereur de Russie de partager les Etala du sultan. Bonaparte a dit plus tard que cette lettre était fausse; mais nous sommes d'autant plus fondés à la croire vraie qu'elle n'était que la conséquence des conventions de Tilsitt. Les Turcs ne doutèrent pas «le son authenticité ; et, dans l'indignation qu'ils en conçurent contre Napoléon, ils se hâtèrent de faire la paix avec la Russie, et les préliminaires en furent signés à Bucharest, le 28 mai 1812, sous la médiation de l'Angleterre. Par cette paix, beaucoup plus avantageuse qu'il ne devait s'y attendre, Alexandre obtint la Bessarabie tout entière, avec le tiers de la Moldavie, et les forteresses de Choczim, de Bondcr, d'Ismail et de kilia (2). Il accepta alors la médiation de la Porte

(I) Nous devons a la vérité de «tire que ces affranrhlwincnis détinrent souvent illusoire», parce que quelque* villages, les ayant obtenu» » prix d'argent et a an taux fort an-dessu» de leurs fatuité*, furent oblige* dj renoncer en perdant ce qu'ils avaient d'abord paie.

(S) Quand le sultan ne put plus donter de la goerre entre la r'ranre et la Hnssie. qui loi eat permis d'exiger des conditions plu;

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pour la conclusion de la paix avec la Perse, et les

hostilités se terminèrent également sur ce point. Ainsi c'était dans la conviction d'une guerre imminente et bien autrement redoutable qu'Alexandre s'était hâté de mettre lin à toutes les hostilités contre les Turcs, Napoléon faisait ouvertement depuis plus d'un an d'immenses préparatifs, cl il n'en cachait pas même le but. Malgré les réclamations et les plaintes de la Russie et de l'Angleterre, il n'avait pas cessé d'étendre ses conquêtes, et le continent européen presque tout entier obéissait à ses lois. Alexandre seul conservait encore quelque pouvoir, et ce reste d'indépendance il allait le perdre s'il eut cédé à toutes les exigences du système continental, devenu chaque jour plus intolérable. Irrévocablement décidé à ne point fléchir devant la fortune de Najioléon, le czar se prépare donc à la guerre. Il ne put se dissimuler qu'elle serait terrible, qu'elle exigerait les plus grands efforts, les plus (ténibles sacrifice*. Son courage n'en tut point ébranlé ; et, secondé admirablement par le zélé et la soumission de ses peuples, il fit ses dispositions avec autant d'activité que de prévoyance. Dés l'année 1810, de concert avec le ministre de la guerre Barclay de Tolly, il avait adopté un plan de campagne défensif dont l'exécution fut préparée secrètement par un conseil ignoré des autres ministres, et que dirigeait le célèbre baron d'Armfelt. ( Koy. ce nom. } On ne ]»eut pas douter que ce ne soit d'après ce plan qu'ait été exécutée la mémorable campagne de 1812. Dés le commencement de cette année, une levée de quatre hommes sur cinq cents et les divisions tirées de l'armée du Danube formèrent un ensemble de troupes réglées de plus de 400,000 soldats, dont .100,000 devaient ogir en première ligne et furent partagés en trois armées. Les forces de Napoléon étaient doubles de celles-là ; car toutes les nations de l'Europe lui avaient fourni leurs contingents. Les troupes d'Alexandre, moins nombreuses, étaient aussi moins aguerries; mais leur discipline, leur confiance dans le souverain, étaient sans bornes; et l'aspérité du climat, l'immensité d'un empire sans limites, enfin la resolution de tout sacrifier pour sauver la patrie, toutes ces considérations pesaient bien fortement dans la balance en faveur des Russes. Dans les négociations qui précédèrent les hostilités, Alexandre déploya une fermeté de caractère fort opposée à cette flexibilité que lui ont reprochée quelques écrivains. Aux griefs que Bona|iarte mit en avant, et dont le principal était la tolérance |K>ur le commerce anglais, il en opposa d'aussi graves, tels que l'extension du duché de Varsovie ; la réunion d'Oldenbourg, des Etats d'un prince son parent, à l'empire français. Mais ce n'était plus par de vaines récriminations et d'inutiles reproches mie pouvait désormais se terminer cette grande discussion. Le 21 juin 1812, les Français ayant passé le Niémen, Alexandre annonça la guerre à ses troupes par un ordre du jour, qu'il terminait en ces tenues ; « L em-

d'en, Dèmétrius Morontil, fat massacré par les rhljoax dans la palais même do tiiir. Sa léle demeura trois jours exposée sur tw mors du sérail par les ordres et sous les yeux du sultan.

« pereur des Français, en attaquant subitement notre « armée , a le premier déclaré la guerre. Ainsi, « puisque rien ne peut le rendre accessible ft la paix, « Il ne nous reste plus, eu invoquant à notre secours « le Tout-Puissant, témoin et défenseur de la vé- « rité, qu'à opposer nos forces aux forces de l'en- « nemi.... Guerriers, vous défendrez la religion, la « patrie et la liberté ; je suis avec vous, Dieu est « contre ragresseur... » Selon le plan dès longtemps adopté, les divers corps de la première armée se mirent en retraite vers la Dvina après quelques légères escarmouches, et ils marchèrent ensuite de la même manière vers le Dnieper , se dérobant par d'habiles mouvements à l'activité de Napoléon, qui crut plus d'une fois les avoir atteints et séparés. ( Voy. Bagration et Babcliy i»e Tolly.) Cette retraite, dont le but échappait à l'intelligence des soldats et trompait leur enthousiasme, ayant excité des murmures parmi eux, Alexandre donna un nouvel ordre du jour, daté du 27 juin, jour anniversaire de la bataille de Pultawa : « Guerriers russes, a vous avez atteint le but que vous vous proposiez « lorsque l'ennemi osa franchir les limites de notre « empire ; vous étiez sur les frontières pour l'obser- « ver jusqu'à l'entière réunion de notre armée ; il « fallait, par une retraite indispensable et inomenta- « née, retenir l'ardeur dont vous brûliez, pour arrè- « ter la marche téméraire de l'ennemi. Tous les a corps de la première armée sont enlin réunis dans • la position choisie d'avance. Maintenant une nou- « velle occasion se présente de montrer votre valeur « et de recueillir la récompense des travaux que vous a avez supportés. Que ce jour, signalé par la victoire « de Pultawa, vous serve d'exemple ! que le souve- « nir de vos victorieux ancêtres vous excite à de a glorieux exploits ! » Cependant les armées russes continuaient leur retraite systématique, combattant avec une sorte de fureur chaque fois qu'il arrivait à quelqu'un de leurs corps d'attendre les Français ou d'être atteint par eux, et ue leur abandonnant le pays qu'après l'avoir dé[*ouillé de toutes ses ressources. Alexandre, sans se laisser abattre par des revers momentanés et plus apparente que réels, organisait tout pour une résistance opiniâtre ; et, fort «le l'assentiment de ses peuples, il enflammait leur enthousiasme par ses proclamations, et les déterminait a des sacrifices dont il ne pouvait encore leur dévoiler toute l'étendue. « L'ennemi est entré avec de grandes forces « sur le territoire de la Russie, dit-il aux habitants « de Moscou, dans une allocution du 6 juillet 1812 ; « il vient ravager notre chère patrie ! Quoique l'ar- < méc russe, brûlante de courage, soit prête a s'op- « poser aux mauvais desseins de ce téméraire, itotre « sollicitude et nos soins pour nos tîdèles sujets ne « nous permettent pas de les laisser dansJ'inccrtitude « sur le danger qui les menace. Résolu à rassembler « dans l'intérieur de nouvelles forces pour assurer « notre défense, c'est à Moscou, ancienne résidence a de nos ancêtres, que nous nous adressons avant ■ tout ; elle fut toujours la première des villes de la « Russie, et c'est de son sein que sortirent constamt ment les armées qui terrassèrent les

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