‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 81 sur 129 · SI · texte numérisé non relu

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« Jamais les besoins ne furent plus urgents. Les dan- « gers de la religion, du tronc, de l'Etat, exigent tous « les sacrifices... Puisse la destruction dont l'ennemi o nous menace retomber sur sa tête, et l'Europe afo franchie exalter lo nom de la IUissie! » L'empereur adressait en même temps a toute la nation un manifeste également rempli d'exaltation patriotique et religieuse. Il envoya son frère Constantin à Pétersbourg pour y diriger les mesures de défense, et lui-même se mit en route pour Moscou. La noblesse de cette ville mit à sa disposition 80,000 hommes de milice, équipés et fournis de vivres pour trois mois, aux frais de leurs seigneurs. Le gouverneur Rostopehin ( voy. ce nom ) ayant réuni au K remlin un grand nombre de nobles et de marchands, Alexandre parut au milieu d'eux, et il en reçut un accueil plein d'enthousiasme. Electrisé par le dévt ment qu'il inspirait, il leur promit de recourir dernier! sacrifiées plutôt que de poser les comme à Tilsilt. « Les désastres dont vous êtes « naeés, ajouta-t-il, ne doivent être considérés que «< comme des moyens nécessaires pour consommer « la ruine fie l'ennemi... » Après avoir donné ses derniers ordres à Rostopehin, l'empereur quitta Moscou pour se rendre à Pétersbourg. C'est alors que sa cause se trouvant de nouveau liée a celle des Anglais, ennemis implacables de Napoléon, il conclut avec eux a Orebro, en Suéde, un traité d'alliance d'après lequel l'escadre russe prise dans le Tage en 1808 lui fut rendue, et d'abondants subsides accordés pour soutenir la guerre. Le retour du commerce avec l'Angleterre était tellement urgent pour les Russes, qu'avant même l'échange des ratifications, un ukase ouvrit les ports de l'Empire aux vaisseaux de cette nation. Par une alliance offensive et défensive conclue le 20 juillet avec le conseil suprême d'Espagne, agissant au nom de Ferdinand VII, l'autocrate reconnut les cortes réunies à Cadix. Peu de temps après il se rendit à Abu, en Finlande, où il eut une conférence ( 28 août ) avec le prince royal de Suède ( Bernadotte ), qu'il s'efforça par toute sorte d'égards et de promesses de détacher de la cause de son ancienne patrie. Il lui garantit sa nouvelle position, promit de lui faire obtenir la ISorwége en compensation de la Finlande, et donna même a entendre que, si l'on |wrvenait à détrôner Bonaparte, il pourrait être mis à sa place. Gagné par d'aussi séduisantes paroles, Bernadotte consentit à tout, et les deux divisions russes , demeurées jusqu'alors en Finlande , furent transportées en Livonie, pour y renforcer les cor)'» «l'armée qui faisaient face a l'aile gauche de Napoléon. D'Abo, Alexandre retourna a Pétersbourg, où il redoubla d'activité pour accélérer les armements qui s'exécutaient sur tous les points «le l'Empire. Après les sanglants combats de Smolcnsk et de Valontina, il avait appelé au commandement de ses armées le prime Koutousoff, vieillard septuagénaire, qui venait de terminer si à propos la guerre contre les Turcs. Sous ce général qu'ils chérissaient, les Russes comlialtirent sur les bords de la Moskowa avec une valeur si opiniâtre «pie l'on n'eiU su auquel des deux partis la victoire était «

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terrible bataille de Borodino, la plus meurtrière dont l'histoire fasse mention, si les Russes n'eussent |«s eux-mêmes abandonné les positions qu'ils avaient défendues avec tant d'acharnement. S'efforçant toujours de ne laisser après eux qu'un désert, ils évacuèrent Moscou, se replièrent par la route de Kalouga sur Tarontino, y formèrent leur camp et rallièrent leurs forces. Napoléon prit possession de l'antique capitale des ezars ; mais, le lendemain du jour où il y lit son entrée, un affreux incendie, allumé par les Russes eux-mêmes, se déclara dans plusieurs quartiers de la ville avec une telle violence, que dès le premier instant il n'y eut |»as d'espoir de l'éteindre, et qu'en peu de jours les neuî dixièmes des maisons devinrent la proie des flammes. Lorsqu'il apprit ce désaslre auquel il s'attendait sans doute, Alexandre lit entendre quelques paroles de compassion sur les pertes de ses sujets; mais il ne montra point d'abattement. Ne paraissant considérer un si grand malheur que comme une injure de plus que les Russes avaient a venger, il s'affermit dans la résolution de ne recevoir de l'ennemi aucune proposition de paix avant de l'avoir repoussé hors du terriloire russe. L'aide de camp Lauriston ayant été reçu au quartier général de Koutousoff, le czar manifesta son mécontentement de celte entrevue, et il défendit a ses généraux toute espèce de communication avec l'ennemi. Oc fut avec cette force de résolution que, secondé par le dévouement de ses peuples et de son armée, Alexandre parvint & renverser les projets de son imprudent adversaire. Après trente-cinq jours d'une funeste attente. Napoléon quitta enfin Moscou, et marcha contre l'armée russe, qui lui résista avec plus de force qu'il ne s'y était attendu dans la redoutable |>osidon de Malo-Jaroslawitz. Alors il ne lui resta d'autre ressource qu'une retraite trop longtemps différée, et les Russes n'eurent plus qu'à poursuivre une armée harassée de fatigues, dévorée par le froid et la faim, et dont aucun soldat peut-être n'eût revu le sol de la patrie si les généraux d'Alexandre n'eussent pas commis les fautes les plus graves. Ce prince qui, par des motifs faciles a comprendre, s'était tenu éloigné de son armée, la rejoignit à Wilna le '22 décembre 1812. Après avoir comblé Koutousoff des plus flatteuses récomi)cnses, il accorda une amnistie à tous les habitants des provinces polonaises (I), qui, entraînés imr les promesses de l'ennemi, s'étaient montrés contraires à la Russie. Mais un fait plus honorable encore, et surtout plus réel que quelques autres du même genre que l'on a tant vantés, ce fut sa visite à l'hospice de St-llasile, où la plus horrible épidémie avait accumulé des milliers de pestiférés, presque tous Français. Aucun danger ne put effrayer l'empereur ; il pirut au milieu de ces malheureux, les consola, leur lit donner des secours; enfin il les traita tous avec une égale Iwnlé et comme s'ils eussent été ses propres soldats. — Cette guerre durait a peine depuis six mois, et déjà le czar avait recueilli le

(t) Celle mesure regardai! principalement tes seigneurs lithuaniens qui avaient abandonné la ransc de la Russie et nui altenfttnl dans l'anxiété |« sori qui leur riait réservé.

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fruit principal de sa constance et de sa fermeté : le sol de la patrie était libre d'ennemis, et après uite campagne si courte les Français en étaient complètement éloignés. Néanmoins une tache considérable restait à remplir : il fallait profiter de cesavantages pour se mettre désormais à l'abri de tentatives pareilles ; il fallait surtout réparer par des soins assidus les maux que celte terrible invasion avait faits aux peuples. Alexandre s'efforça d'appliquer les plus prompts remèdes aux plaies les plus sanglantes. Cependant, ne perdant |ias de vue ses vastes plans politiques, il en consigna les principes dans une déclaration qui fut publiée le 10/22 février 1813, à Warsovie (1). A cet

(I) Oiic pièce nons pareil trop importante; elle caractérisa trop l'irritation de celle époque pour n'être pas transcrite ici toot entière.

« Au moment on tons les temples de notre vaste empire retentissent des actions de grâces pour nos victoires, au moment on no* braves soldais. prontaut de» succès qu'ils ne doivent qu'a leur courage, s'élancent a la poursuite des féroces brigands qui naguère rmillieil se partager les rlum|is des valeureux Slaves, nous avons juge rouvcnahlc d'instruire l'Kurope de nos projets. La divine providence, en servant la plus juste des ranscs, a sonne elle-même le tocsin qui appelle toutes les nations à la défense de l'honneur et de la patrie, t'est aux peuples comme aux roi* que nous rappelons leur devoir et leur intérêt. Depuis longtemps nous nous étions aperçus que l'asservissement de toot le continent était le but 06 tendaient toutes les intrigues et tons les forfaits de la puissance française. Noos reposant sur la bravoure de nos soldats, nous étions sans inquiétude sur l'intégrité de noire empire; renfermant en nous-mfnie noire indignation, nous voyions avec douleur et sans rrainle l'asservissement de tant de peuples qui ne répondaient que par des larmes a la tyrannie sons laquelle ils gémissaient. La guerre de IS06, uù nons fûmes alundonnrs et trahis par nos allies, nons inlerdisail loule espèce de rap|i«rl met les princes esclaves qui livraient leurs malheureux pays a l'insatiable ambition d'un homme que le Toul-1'uissanl avait sans duule déchaîne pour châlicr monarques et vassaux. Iniquement oeru|>cs de nos fidèles peuples, nous ne. voulions |o* troubler leur tranquillité pour de* causes qui leur étaient étrangères. Trompé par noire apparente inarlivité, nolie ennemi a cru pouvoir nous dirier des lois. Il a rassemble des troupes innombrables les a dirigées snr nos frontières. Le Russe a volé aux armes; mut homme voulait être soldat pour défendre sa relipion et ses foi ers. Nous atons arrêté cet élan généreux, et, sans s'eionner de l'immense superiorile numérique de l'ennemi, nos braves, par des manœuvres habiles, l'ont attiré an rentre de l'empire qu'il voulait anéantir. Sa marché a ele signalée |iar des actes de II plus atroce fcroiiie : il s'est vengé, en brûlant nos villes, de ce que leurs habitants avaient livré anx flammes les magasins qui auraient pu lui éire de quelque uiilllé. Nos troupes se sont reunies, et ont montré aux yeux de l'univers étonné qu'il existait encore oes soldais de la Trebia et d'Eylau.

« Profitant de nos victoires, nous tendons nne main serourable aux peuples opprimes. Le moment est venu : jamais occasion plus belle ne se présenta a la malheureuse Allemagne; l'ennemi fuit sans rourage et sans espoir. || elonne iiar son effroi les nations arroutmnées a n'rlre étonnées que de son orgueil et de sa barbarie. Ces! avec la franchise qui convient a la force qne nous parlons aujonrd'hni. La Russie, et son intrépide alliée, l'Angleterre, qui depuis vingt ans ébranle le colovse des crimes qui menace l'univers, ne pensent point .1 s'agrandir. Ce sont nos bienfaits, et non les limites de noire empire, que nous voulons étendre jusqu'aux nations les plus rctulees. Les destinées du Vésuve et de la Guadiana ont été fixées sur les bords du Borysthene : c'est de la que l'Espagne recouvrera la liberie qu'elle défend avec tant d'héroïsme et d'énergie dans un sier le de faiblesse et de lirheté.

o Autrichiens, qu'esprrer-vous de l'alliance des Français? vous payer de vos plus belles provinces la perspective d'aller quelque jour |wrdre la vie sous le fer des Espagnols, pour la défense d'une cause injuste et sacrilège : votre commerce détruit, voire honneur souillé; vos drapeaux. Jadis décorés par la victoire, s'ahalssanl devant la.gle française, voila les trophées de celle alliance a jamais honteuse! L'adulation et lïnirigiie sont les armes de la faiblesse; aussi dedalgnons-uons de les employer : c'est en rappelant aux souverains leurs fautes, aux sujets leur pusillanimité, que nons tou-

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appel véhément, tous les souverains alliés et tributaires de Napoléon conçurent l'espoir d'une prochaine délivrance ; mais la timidité , fruit d'une longue soumission et de tant de vaines tentatives, retenait encore la manifestation de ces espérances. Le premier qu'Alexandre détacha de l'alliance des Français fut le roi de Prusse. Les troupes de ce monarque, commandées par le général York (roy. ce nom), quittèrent, le 29 décembre 1812, le cori» de l'armée française dont elles faisaient partie, et se joignirent au général russe Diebitsch. Frédéric-Guillaume, qui était alors dans sa capitale au jiouvoir des Français, parut blâmer la conduite de son général ; mais dans le même temps il négociait secrètement avec Alexandre une alliance dont le but immédiat et commun fut la guerre contre Bonaparte. Par cette alliance qui fut conclue à Kalich le 8 mars 1813, la Russie s'engagea a fournir 150,000 hommes, et la Prusse 80,000. Frédéric-Guillaume et l'empereur Alexandre, après une longue sé|iaration, se revirent enlin à Breâlau le 15 mai 1813. Ces deux monarques s'étaient toujours beaucoup aimes ; ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, et le roi de Prusse ne put retenir ses pleurs : « Courage, mon frère ! lui « dit Alexandre, ce sont les dernières larmes que a vous fera verser Napoléon. » Bientôt l'empereur de Russie parvint délinitivement à faire entrer la Suède dans cette ligue contre la Frauce {voy. Char-

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les ou* et le» autres a nn système qui rope sa gloire cl sa tranquillité.

« Ra|1*llerons-nous » la Prusse les horribles iiiforlm f! ce souvenir pourrai! accroître u fureur, n e; de toutes paris un vole aux armes : les villes el les ran»pagues «le la monarchie de rrederic sewblcnl ranimée» par son génie, et promettent de» succès dignes de leor dévouement.

o llcssois, vous vous rappelés encore le prince qui fut voire père: la campagne de 1807, ou l'entreprise du duc de Brunsvvick suffit pour vous arracher a vos familles et vous enlralner a la suite île cet Arminius nouveau, a prouve avec quelle iuipatieuce vous |urliex vos fers.

u Savons. Hollandais, Belges, Bavarois, nous vous adressons les mêmes paroles; rcftcchisgtl, et bientôt «os phalanges vont s'arrrulirc de tous ceux qui, au milieu de la corruption qui vous dégrade, ont conservé quelque ombre d'honneur et de vertu : la crainte peut encore enchaîner vos souverains; qu'une funeste obéissance ne vous retienne pas : aussi malheureux que vous, ils abhorrent la puissance qu'ils redoutent, et ils applaudiront ensuite aux généreux efforts que doivent couronner voire bonheur et leor liberté. Nos trappe* victorieuses vont poursuivre lenr inarche jusque sor les frontières de l'ennemi. I.a, si vous vons montrez dignes de marcher a cote des héros de la Hussie; si les malheurs do votre patrie vous touchent; si le Nord imite l'exemple sublime que donnent les Gers Castillans, le deuil du monde est Oui : no» généreux bataillons entreront dan» cet empire dont une seule victoire a écrasé la puissance CI l'orgueil.

u Si même cette nation dégénérée, puisant dans des événements aussi extraordinaires quelques sentiments généreux, jetait des yeux baignes de larmes sur le bonheur dont elle a joui sons ses rois, nous lui tendrions nne main secoorable; el cette Kurope, sur le point de devenir la proie d'un monstre, recouvrerait a la fois son indépendance et sa tranquillité, el de ce colosse sanglant qui menaçait le continent de sa criminelle éternité il ne resterait qu'un éternel souvenir il h tireur ei de pitié.

<i Nous adressons au peuple, par ce manifeste, ce que nous avons chargé nos envoies de dire aux rois; et si ceux-ci, par un reste de pusillanimité, persistent dans leur funeste système de soumission, il faut que la voix de leurs sujets se fasse entendre, et qoe les priures qui plongeraient leurs peuples dans l'opprobre et le malheur soient entraînes par eux a la vengeance el a la gloire. Que la Cercoorage, et son tyran n'existe plus. »

les XIII ) ; et cette puissance promit un secours de 23,000 ltommes. Lorsqu'ils virent le moment de le faire sans danger, d'autres princes se déclarèrent également contre la France ; et, à compter tic ce jour, la fameuse confédération du Rhin, sous le protectorat de Na|>oléon, dut être considérée comme dissoute. Mais de son côté le rival d'Alexandre n'était point abattu par tant de revers. Redoublant d'activité et de vigueur, il avait en quelques semaines créé de nouvelles armées, et dés les premiers jours de mai on le vit dans les plaines de la Saxe à la téle de 200,000 hommes. C'était pour la plus grande |«rtie des recrues et de jeunes soldats, et il manquait presque entièrement de cavalerie ; mais ses troupes étaient conduites par des chefs aussi expérimentés que courageux, et, malgré les revers de Moscou, la présence du héros français inspirait toujours une grande conlianec. Les deux monarques du Nord, Alexandre et Frédéric-Guillaume , se montraient aussi courageusement à la tète de leurs armées ; mais |Miur l'expérience et l'habileté, pour la force et l'unité d'action que donne seule l'unité de pouvoir, on ne i". ut nier que Napoléon ne réunit de grands avantages. Les premiers combats ne furent point en faveur de la coalition : vaincu aux journées de Lu* zen et de Bautzcn, dans lesquelles il counit des dangers personnels, Alexandre refusa un armistice ; mais, après la défaite de Wurlschen, ce fut lui qui à son tour demanda imc suspension d'armes devenue nécessaire aux troupes alliées. Cette brève leur fut trèsprolitable ; elle donna aux secours promis par la Suède et l'Angleterre le temps de débarquer, et a I'em|>creur de Russie ecluide déterminer François l" à se joindre aux ennemis de la France. Cette réunion et celle de la Bavière et du Wurtemberg, qui suivirent de prés, portèrent les forces de la coalition à plus de 300,000 hommes. Dès le 15 juin l'empereur Alexandre avait conclu avec la Grande-Bretagne un nouveau traité de subsides, par lequel il s'était engagé a ne recevoir séparément aucune proposition. Alors une grande difliculté se présenta aux souverains alliés, ce fut de savoir à qui serait confié le commandement de forces aussi nombreuses. On sait que l'empereur Alexandre désirait vivement en être chargé (4). Ses éminents services, sa conduite personnelle dans toute cette guerre, c'étaient la sans doute des titres incontestables ; mais l'Autriche s'y montra fort opposée, et, comme on avait un extrême besoin de son assistance, Alexandre céda avec une modération digne de tous les éloges. Peut-être (itil plus en ce moment pour la coalition, par cette rare flexibilité, qu'il n'avait fait jusqu'alors par toute la puissance de ses armes. Schwarzcnbcrg reçut le titre de généralissime, mais Alexandre resta constamment à la tète des troupes ; et ce fut réellement encore lui qui, par son ascendant et la supériorité de ses vues et de son caractère, continua à donner

(I) Ces renseignemenls, tout a fait neufs, et si importants pour l'histoire, ont été puises dans le curieux ouvrage de lord Londonderry, alors commissaire anglais pn s des armées confédérées, que l'on vient de publier en français sous le titre i'Hùltft de la gutrrê de ISU et 481» en Allemagne et eu Franee, S WL »-«•

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l'impulsion de tous les grands mouvements, et surtout i diriger ces négociations de Prague qui durèrent autant que les alliés en eurent besoin pour masquer leurs préparatifs. la veille du jour où l'armistice expirait ( 17 août), le général Moreau arriva dans le camp des alliés (1). L'empereur de Russie le nomma major général de son armée, et le chargea de dresser le plan de cani|wgne. On pense, (pie ce fut d'après ce plan «pie les alliés choisirent la Bohème |»our point d'appui de leurs opérations. Cependant, à la reprise des hostilités, Napoléon s'était enfoncé dans la Silésie, alin d'cm|>eeher les troiqies prussiennes (roy. Bûcher) de se joindre aux Autrichiens. Les alliés, voulant mettre à profit son absence pour s'emparer île Dresde, se portèrent avec rapidité sur cette ville ; mais, plus rapide encore. Napoléon était revenu dans la capitale de la Saxe, et une bataille sanglante fut livrée sous ses murs (26, 27 et 28 août). Les alliés, qui s'étaient mal engagés, furent vaincus. Ce fut dans la dernière de ces trois journées que l'empereur de Russie vit tomber à ses côtés, mortellement frappé d'un boulet, le général Moreau. 11 lui prodigua d'abord toutes sortes de secours et de consolations, et il écrivit ensuite a sa veuve une lettre fort touchante. La défaite de Dresde fut la dernière que les alliés essuyèrent dans cette mémorable campagne. Après avoir fait éprouver plusieurs écliecs à différents eoriw de l'armée française, dans les combats de Kulm, de Gros-Becren et de la Katzbarh (roy. Bmciiek et V.vkdammeI, ils resserrèrent tellement .Napoléon dans ses retranchements de Dresde, et ils menacèrent ses communications de telle sorte, qu'il fut contraint de s'éloigner de celte place. Ils le poursuivirent et le resserrèrent encore sous les murs de Lcipsick, où ils l'obligèrent d'accepter contre toutes leurs forces réunies cette terrible bataille de* nation*, ainsi qu'on l'a nommée. Elle dura trois jours ( 16, 17 et 18 octobre 1813). Napoléon y perdit la moitié de son armée, et il n'échappa lui-même avec l'autre moitié que parce que le corps autrichien qui devait occuper le seul point de retraite qu'il se fut ménagé n'avait pas réussi à s'en rendre mattre. (}'ay. Giul av.) Alexandre montra sur le champ de bataille de Leipsick du courage et de la présence d'esprit. Ce fut lui qui, le second jour, voyant le centre des alliés près d'être enfoncé, lit marcher son escorte contre la cavalerie des Français, et leur reprit vingt-quatre pièces de canon dont ils s'étaient cnqiarés. Après une aussi grande victoire, les armées confédérées ne tirent plus guère qu'une marche triomphale jusqu'au Rhin. Arrivés a Francfort (1" décembre), les trois monarques envoyèrent de nouveau h Nai>oléon des propositions de paix qui ne furent point acceptées, et ils publièrent alors sous le titre de déclaration un manifeste véhément, et portant que ce n'était point à la France qu'ils faisaient la guerre, mais h un pouvoir que, pour le malheur de l'Europe et de la France elle-même, Napoléon avait trop longtemps

(l) Ce général fat «nmc par M. Swlnine, agent russe que rempereur Alexandre lui mil nniv en Ajnémroe.

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exercé. L'invasion de la France fut en conséquence

résolue ; et cette invasion s'effectua en même temps par la Suisse, par Coblentz et par Cologne, dans les premiers jours de janvier 1814. Pendant deux mois la lutte fut très-acharnée et l'issue en parut plus d'une fois incertaine. Avec une poignée de soldats, Napoléon, réduit aux dernières extrémités, se montra peut- 1 1 plus grand et plus iiabilc qu'il ne l'avait jamais été dans toute sa longue carrière militaire. Cependant ses moyens étaient tellement épuisés, la supériorité numérique des alliés était si grande, que leur triomphe devenait de jour en jour plus assuré. Le 1er mars, à la suite de nouveaux j avantages obtenus à Craon, à Laon et à Soissons, mais qu'avaient balancés les brillantes opérations de

dre renouvela et consolida son alliance avec les souverains de Prusse et d'Autriche, qui signèrent en personne le traité de Chaumont, et s'engagèrent comme lui à tenir constamment 150,000 hommes en campagne, et à poursuivre sans relâche la guerre contre Bonaparte, dans le cas où il refuserait les propositions qui venaient de lui être faites au congrès de Chàlillon (I). Dans cette campagne de 1814, si funeste |»ur la France et surtout pour les contrées que les années étrangères eurent à parcourir, Alexandre, par ses manières affables, lit oublier quelquefois ces calamités dans les villes où le conduisit la victoire. Au reste, toutes ces démonstrations de bienveillance, qui lui étaient si faciles et si naturelles, n'ôtaient rien à La fermeté de son caractère quand il s'agissait d'une résolution qui intéressait sa politique et la direction des années. Lorsque, après un échec de peu d'importance à Bar-sur— Aube, il fut question au conseil des souverains de repasser le Rhin, et que le généralissime Schwarzenberg avait déjà commencé ce mouvement rétrograde, l'empereur de Russie s'opposa vivement à cette détermination, et il voulut que les alliés ne prissent aucun repos, n'accordassent à l'ennemi aucun relâche avant d'avoir atteint la capitale. Cette courageuse résolution eut les plus grands résultats ; et tandis que Napoléon, poursuivi par tin corps de 10,600 hommes, arrivait à St-Dizier, croyant entraîner sur ses traces l'armée ennemie tout entière, la masse des troupes alliées se porta sur Paris. Avant d'arriver devant cette ville, Alexandre dirigea encore personnellement l'attaque de la Fère-Champenoisc, et après cette victoire il ne rencontra plus aucun olwtacle jusqu'aux murs de Paris. Quelques heures d'un combat meurtrier lui en ouvrirent les portes ; et il y lit son entrée le 31 mars 1814, à la téte de ses troupes, ayant a ses cotés le roi de Pnisse, et saluant de la manière la plus gracieuse la foule des liabitantsqui se pressaient sur son passage. A son arrivée sur le boulevard, il s'écria plein d'émotion : « Je ne viens point en ennemi. Je vous apporte la paix a et le commerce. La paix, l'amitié, le bonheur des

(I) Il avait été définitivement propos I Napoléon de lai f abolir la pnsMuion de la France dans ses limites mot 1771. (P«f. RtnatlM.1

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« Français, yollà mon triomphe. » A ceux qui lui demandaient les Bourbons : « Déclarez-vous d'une ma- « nière positive, légale. » Aprôs la revue, il se retira dans l'hOt/.l de Talleyrand, qu'il avait choisi pour son logement, uc voulant point habiter le château des Tuileries. Un conseil fut sur-le-champ convoqué ; les deux souverains présents à Paris, le prince de Schwarzonbcrg représentant l'empereur d'Autriche, M.M. de Ncsselrode, Pozzo di Borgo, de Talleyrand, le duc de Dalberg, le baron Louis et quelques autres jïcrsonnagcs, y assistèrent, Alexandre ouvrit la délibération sur les trois partis à l'un desquels on devait s'arrêter : (° faire la |>aix avec Napoléon, en prenant contre lui toutes les sûretés ; 2° placer la couronne sur la tétc du lils de Najwléon, en conférant la régence à Marie-Louise; 5" rappeler les princes de la maison de Hourbon. Talleyrand ayant fait sentir les dangers des deux premières propositions, et présenté la dernière comme seule admissible, les souverains se réunirent à son avis. Alexandre demanda pur quels moyens on parviendrait à rétablir le tronc des Bourbons, ct sembla craindre que ce projet ne soulevât bien des résistances : Talleyrand répondit qu'on pouvait compter sur les autorités et sur le sénat lui-même. Ce qu'il faut remarquer, c'est qu'avant ce conseil, l'empereur de Bussie avait déjà signé la déclaration suivante, qui, le même jour aflieliée dans Paris, détermina le mouvement en faveur de Louis X VIII (1): « Les souverains alliés ne traiteront plus avec Na- « poléon Bonaparte, ni avec aucun membre de sa « famille, lis respectent l'intégrité de l'ancienne « France, telle qu'elle existait sous ses rois légitimes. « IU peuvent même faire plut, parce qu'ils profet- « sent toujours le principe que, pour le bonheur de « l'Europe, il faut que la France soit grande et « forte. » On sait quel effet une déclaration aussi ini|M triante et aussi positive produisit sur l'esprit des Parisiens. Le lendemain Alexandre fit ordonner au préfet de police de mettre en liberté toutes les personnes détenues pour des causes |>oliliqucs ; et le 2 avril, lorsque les députés du sénat lui aptiortèrent l'acte de déchéance de Napoléon, il leur dit : « Un « homme qui se disait mon allié est arrivé dans mes « Etais en injuste agresseur ; c'est à lui que j'ai fait « la guerre, ct non à la France. Je suis l'ami du

(I) H Ml tres-sor qu'avant te tondît Alexandre avait pris sa résolution eu faveur dès Bourbon*. On se rappelle que dans sa proclamation du 10 février I8IS, il avait dit, en parlaut des Français :

&' celte nation dëftuèrie tenait « jeter des yeux baignes dt

larmes sur le honneur dont elle a joui ions se* rois, nous lui tendrions une main secovraite. On sait aussi que la proclamation du généralissime Se nwanenberg, qui n'avait certainement pas eie faite uns l'adhésion de l'empereur de Russie (roy. Scav«iiitii»tkc), et qui avait para avant rentrer des allies dans Paria, indiquait positivement aux Français, tomme nn remède a leurs maux, le rétablissèment des Bourbons. Enfin lions avons la certitude que, doux bénies avant l'entrée d'Alexandre * Paris, sa déclaration était dans les nains de Talleyrand, qui la m aussitôt imprimer, et qu'elle le fut avant la tenue du couseil dmil a parle t'abbe de l'radt, qui dit y avoir asstslé. L'empereur Alexandre en lut une dernière épreuve ara de moments après son arrivée cher Talleyrand; «I te fut lui qui de sa main y ajoula la dernière phrase tout entière a l'avanUire de la France, que nous avons imprimée eu lettres italiques et qui n'existai! pas dans le mauaserit primitif.

« peuple français ; ce que vous venez de faire re- « double encore ce sentiment. 11 est juste, il est sage « de donner à la France des institutions libérales « qui soient en rapport avec les lumières actuelles ; a mes alliés et moi nous ne venons que pour protéa ger la liberté de vos décisions. » 11 s'arrêta quelques instants, et reprit avec émotion : « Pour preuve « de cette alliance durable que je veux contracter « avec votre nation, je lui rends tous ses prisonniers « qui sont en Bussie. Le gouvernement provisoire « me l'avait déjà demandé : je l'accorde, au sénat, « d'après les résolutions qu'il a prises aujourd'hui. » Cette disposition fut encore étendue à 1,500 prisonniers que l'armée russe avait faits dans les environs de Paris. Cc|>cndant, quelques jours plus tard, les envoyés de Napoléon, les maréchaux Ney, Macdonald et le duc de V icence, s'élant présentés pour plaider, non la «musc de leur maître, mais celle de 6on fils ct de l'armée, Alexandre parut ébranlé, et il leur dit qu'il consulterait ses alliés. Il convoqua en effet la nuit suivante (du 5 au 0 avril) un conseil où il appela les membres du gouvernement provisoire, et où il remit en question ce qui avait été déjà décidé. ( Voy. Dessoi.e.) \ja majorité de ce conseil persista dans la première détermination, ct l'empereur déclara le lendemain aux envoyés de Napoléon qu'il ne restait a leur maître d'autre ]>arli que d'abdiquer, assurant toutefois qu'on lui accorderait une principauté indépendante, où il lui serait permis d'emmener une partie de sa garde. Alexandre avait cnlln complètement arrêté ses idées pour le rétablissement de la monarchie des Bourbons; mais persistant dans ses opinions «le libéralisme ct de révolution, il voulait que ce fut selon ces principes et avec le parti révolutionnaire que ces princes gouvernassent; et pour leur faire connaître ses intentions à cet égard, il envoya au-devant de Louis XVIII jusqu'en Angleterre le général Pozzo di Borgo, qui s'acquitta do cette mission avec quelque répugnance, tandis qu'a Paris son maître semblait, par ses prévenances et sa courtoisie envers le parti de llonapartc ct celui de la révolution, vouloir faire oublier ses torts comme restaurateur de l'ancienne dynastie. (le prince était alors dans celte capitale l'objet de toutes les pensées et de toutes les conversations. Ce fui, selon lord Londonderry, l'époque la plus belle de sa puissance ct de sa gloire ; mais, selon le même auteur, ce fut aussi l'époque où se manifestèrent avec le plus d'évidence ses projets de domination ct de conquêtes. Lorsque Na«K>léon fut renverse', lorsque le rolossc fut brisé et qu'il s'agit d'en recueillir les débris, chacun voulut avoir la plus forte part. Quant à la France, rien ne convenait mieux sans doute a l'crul>ereur Alexandre que de la voir tomber en des mains faibles ct incapables de grande** entreprises. Sous ce rapport, on ne peut nier qu'un vieillard infirme ne lui convlntà merveille, et il est probable que cette considération fut |>otir beaucoup dans ce qu'il fit |>our Louis XV11I. Quant aux autres contrées qui, sans faire partie de l'empire de Napoléon, obéissaient à ses lois, la question fut plus difficile. Alexandre, toujours ami du roi de Prusse, se montra ires-disposé à favoriser

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ce prince ; et il iasista beaucoup pour que loute la Saxe lui fïit abandonnée. Mais l'Autriche, qui par cet arrangement n'auraii reçu que de faibles compensations, s'en montra fort alarmée ; et elle le fut d'autant plus qu'Alexandre voulait avoir |iour lui la Pologne tout entière. Ses intentions à cet égard furent exprimées avec un Ion de supériorité et d'exigence tel que ses amis eux-mêmes s'en montrèrent effrayés, et que l'on put craindre que, après tant de calamités et de desastres, il fallût encore recourir aux armes. Ces grandes questions ne pouvant être alors décidées, on se vit obligé d'en renvoyer la solution à un congrès. Le seul point sur lequel on put être d'accord, ce fut qu'un |>cu plus tard ce congrès se réunirait à Vienne. En attendant, l'emj>ereur Alexandre n'eut plus qu'à se livrer à toutes les jouissances de la victoire et du séjour de l'aris. Partout dans cette capitale on se pressait sur ses ikis, partout on répétait ses moindres paroles. Un jour, à l'as|>ecl de la statue de Napoléon placée sur la colonne de la place Vendôme, il dit a ses officiers : « Si j'étais I « placé si haut, la tète me tournerait. » Le 4 avril, visitant le |jalais des Tuileries, il demanda en souriant, lorsqu'il entm dans le salon de la Paix, de quel usaure cette pièce |xnivait être à Bonaparte. 11 assista à une séance solennelle de l'Académie; alla voir et parcourut avec beaucoup d'attention tous les établissements publics ; il accueillit avec une grande affabilité les députations des différents corps savants, traita d'une manière distinguée tous les Itonnnes de talent qui l'approchèrent, en admit plusieurs ii sa table, et donna des marques de sa munificence à quelques-uns. Le lendemain même de son entrée à Paris il avait fait une visite à madame Laharpe, é|>ouse de son précepteur ; et, ce qui était un contresens trop évident avec le rôle de restaurateur des Bourlwns, dans l'audience qu'il accorda aux membres de l'Institut, il n'adressa la parole qu'à ceux-là précisément qui avaient été depuis longtemps signalés par leur opposition à cette monarchie, tels que Garât cl Ginguené (I). On a lieu de croire qu'en cela, et dans beaucoup d'autres occasions, les conseils du précepteur Laharpe furent d'une grande influence. ( Voy. L ah arpe.) Il accepta ensuite un déjcuncrchczlc maréchal Ncy ;alla voirie banquier Laffitte, et se rendit plusieurs fois à la Mahuaisoii, chez la première é|>ouse de Bonaparte, à laquelle il donna des marques toutes particulières de distinction et d'estime. l'eu de jours après il assista a ses funérailles. (Voy. Joskmii.\e.) Il rendit aussi visite à Maric- Louiseà Bambouillet. Il alla au-devant de Louis X MU jusqu'à Compiégne, dans une voihire toute simple, accompagné de deux personnes seulement ffl. Le

(I) Ce* d-ov hommes célèbres cta.ent les Mb particuliers do

ptoqrtear tahan*.

(ï) On raconte que. dan* celte entrevue de CaapKfDe, Loin* M III. solvant l'ancienne étiquette de la rour de France, se tint a-si* sur un fauteuil, tandis qu Alexandre elalt sur une simple chais.- Ce |«iiire u>n témoigna d'al-ord aucun mfmillfllfiwl) mais le soir, rentre dans son alertement, il rsraoU celle circonstance dan* l inlimlte, et dit qu 11 était fort naturel que Loui» XVIII •tec ses intimâtes se tint dans un fauteuil, mais qu'en pareil cas, lui, Alexandre, eu aurait fait préparer deux.

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3 mai, jour fixé pour l'entrée de ce prince, il contempla d'une fenêtre le cortège royal, et sembla vouloir que dans cette journée les Français n'eussent des yeux que |iour leur roi. Le 31 du même mois, à l'occasion de la psiix générale signée la veille, il dina au château des Tuileries avec le roi de France, et dans la nuit suivante il partit pour l'Angleterre avec le roi de Prusse. Luc escadre anglaise, commandée par le duc de (Carence, depuis Guillaume IV, le transiiorta à Douvres. Le prince régent le reçut de la manière la plus brillante, la plus affectueuse ; cl le peuple anglais fil éclater à sa vue d'incroyables transports de joie. Alexandre parut dans une nombreuse réunion à Carlston-Housc , revêtu de l'uniforme anglais et avec les insignes de l'ordre de la Jarretière dont venait de le revêtir Georges IV lui-même. Parmi les personnages qui lui furent présentés se trouvait lord Erskiue, auquel, remettant une lettre qu'il avait promis de lui rendre de ses propres mains, il dil : « Elle est de mon ami et précepteur le colo- « ncl Laharpe, à qui je dois les principe! qui, toute « ma vie, guidèrent mou coin et mon esprit.» L'cinjK'reur de Hussie quitta l'Angleterre, ayant reçu de la ville de Londres le droit de cité, de celle d'Oxford tous les privilèges universitaires, et après avoir assisté à la manœuvre de quatre-vingts vaisseaux de li uni' réunis à Portsmouth. Il passa par la Hollande |Kiur retourner en Hussie, et fttt reçu à Saardani dans la maison habitée autrefois îiar Pierre 1er. 11 laissa dans cette modeste demeure un témoignage durable de sa vénération pour son illustre aïeul, en fixant lui-même dans la cheminée une tablette de marbre blanc, sur laquelle on avait inscrit ces mots en lettres d'or . PetroMauno Ai.e.wmier. La rentrée du monarque russe dans sa capitale (SB juillet 181 4), après une si longue absence, fut signalée jvar de longues démonstrations de joie. Il avait envoyé d'avance, au gouverneur de St-Pélersbourg, l'ordre de suspendre les préparatifs Commencés pour sa réception : « Les événements qui ont mis fin aux « guerres sanglantes de l'Europe, dit-il à cet ofli- « cier, sont l'œuvre du seul Dieu tout-puissant ; c'est n devant lui qu'il faut nous prosterner tous. » Il refusa, par un ukase rempli des mêmes sentiments de religion et d'humilité, le titre de béni que le synode et le sénat lui avaient décerné. Le premier de ses soins fut de chercher à effacer les traces de la guerre. D'abord il accorda un pardon absolu à toutes les ttersonnes tpie les circonstances avaient entraînées «lans des relations avec l'ennemi ; puis, dans les gouvernements qui avaient le plus souffert de l'invasion, il dispensa les paysans de la taxe |)ersonnclle. Enfin, ce qu'il faut ajouter à tous ces bienfaits, comme un acte do probité fort remarquable dans notre siècle, il fit ouvrir à Berlin et à Kœnigslicrg des bureaux chargés d'escompter, au cours du change, les billets de la banque de Hussie qui pendant la guerre axaient été donnés en paiement. — Alexandre conclut à cette époque (septembre 1 81 4] , avec la Perse, un traité seulement ébauché en 1813, par lequel il acquit les gouvernements de Karabayth, de Natchichevan, d'Erivan, de Talichach, de Kirvan, de Kouba, de Bakou,

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le Daghestan, la Géorgie, Hmiréthie, la Gourilie, la Mingrélic, etc. A ce prix l'autocrate promit aide et secours à celui des fils du sclialt qui serait désigné pour successeur de son père. La domination russe s'étendit ainsi sans interruption de la mer Caspienne à la mer Noire. Dés qu'il eut terminé cette importante affaire, Alexandre se rendit à Vienne, où il arriva avec le roi de Prusse le 25 novembre 1814. Le congres s'ouvrit deux jours après. Manifestant sans déguisement dès le premier jour cet esprit d'envahissement et de conquête qu'il avait fait connaître à Paris, et qui, depuis Pierre le Grand, n'a pas cessé de caractériser la politique russe , il prit la haute main dans toutes les affaires dont s'occupa le congrès, et dont la plus importante était sans doute la disposition des territoires qu'avait possédés Napoléon Iwrs des limites de la France. D'abord il déclara formellement que, ses troupes occupant le grand-duché de Varsovie, pour le lui reprendre il faudrait l'en chasser. Il envoya même aussitôt dans celte ville son frère Constantin, pour annoncer aux Polonais que leur existence serait conservée sous la protection de la Russie. L'nc proclamation publiée dans ce sens par le grand-duc fit encore craindre à l'Europe une nouvelle guerre; et if fallut céder. Alexandre fut donc reconnu roi de Pologne; et déjà il travaillait à la constitution qu'il se proposait de donner à cette contrée, en la réunissant à son empire. Quelques hommes prévoyants de son conseil voulaient qu'il en fit tout simplement une province russe, et qu'il ne lui laissât ni armée ni constitution nationale. D'autres (tersonnes influentes, notamment le prince Cxartoriski, son ancien ministre, le décidèrent à en agir autrement. Plein de zèle pour son ami le roi de Prusse, Alexandre voulut encore alors que ce prince eût la Saxe tout entière ; mais il rencontra dans ce projet une vive résistance de la part de plusieurs puissances, surtout de l'Autriche, cl il fallut que Frédéric-Guillaume se contentât de la moitié des dépouilles du dernier et plus fidèle allié de Napoléon (1). L'empereur d'Autriche ajouta Venise à son ancienne province du Milanais ; L'Angleterre agrandit l'électoral d'Hanovre, et elle lit établir en faveur de la maison de Nassau ce royaume des Pays-Bas, jeté si inopinément au milieu de l'Europe, et peul-étrc destiné pour longtemps encore a y causer de l'inquiétude et des divisions.

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(l) Tons ces arrangement forent évidemment le résultat de la force, l'ne preuve de l'inquiétude qvliuplrail des lors la prépondérance rnsse en Europe, roi qu'un traite secret, dont le prince de Tallevrand (ut le négociateur et dont le but était de refouler let tlutie* dm* leurs âpre* climat* et 4e leur enlerer la Pologne, fui rnnrlu en février 1815, pemlaut le congres de Vienne, entre la France, l'Angleterre et l'Antrirlie. L'empereur de Russie et fin ministre étaieut loin de soupçonner un tel procédé de la part de MM. de Talleyraud et de Meiternieb, et II* l'eussent peut-être toujours ignoré, si, le 19 mars, les ministres de Louis XVIII, trop pressés de fuir, n'avaient laisse ce traite aux Tuileries, on Napolitin, l'avant trouvé, se h lia de le faire parvenir à l'empereur Alexandre, qui était alors a Vienne. L'autocrate a paru quelquefois depuis l'avoir oublie; maison a regardé la part que Tallevrand y avait eue comme l'une des causes qui l'ont fait tenir longtemps éloigne des affaires. On peut voir tous ces détails, et beaucoup d'autres encore, dans le recueil si curieux des PtpUr* lire* du portefeuille fu* homme d'Etat.

Le congrès arrivait au terme de ses travaux, et l'empereur de Russie était sur le point de retourner dans ses Etats, lorsqu'on apprit le débarquement de Bonaparte à tonnes. Le czar se prépara sur-le-champ à la guerre. Il signa, le 15 mars, la fameuse déclaration portant que « Napoléon Bonaparte a s'était placé hors des relations civiles et sociales, » et que , « comme ennemi et perturbateur du repos « de l'Europe, il s'élait livré à la vindicte publique; » puis, le 25, un traité par lequel ses alliés et lui s'engagèrent à réunir leurs forces pour assurer l'exécution du traité de Paris et les décisions du congrès. Alexandre mit en mouvement contre la France une armée de 170,000 hommes; mais elle ne put arriver qu'après la bataille de Waterloo. Le czar apprit à Heidelbcrg, où il se trouvait avec l'empereur François, la victoire décisive remportée par les Anglais et les Prussiens ; et, jugeant inutile de faire avancer la totalité de son armée, il n'ordonna de |»ursuivre sa route qu'au seul corjis de Barclay, lequel, dans la distribution des quartiers d'occupation, obtint les pays d'entre Seine-et-Marne, et ceux «me baignent la Meuse et la Moselle. L'arrivée d'Alexandre à Paris (11 juillet 1SI5) mit fin aux acles de violence exercés sur les monuments de celte capitale par les troupes alliées. Cependant, à celte époque, ce prince ne se montra pas aussi généreux que dans la première invasion. Témoin des transports avec lesquels les Ikiurbon-s avaient été accueillis en 1814, il revenait disposé à juger les Français avec plus de séverilé, et il pensa, comme ses alliés, que l'énergie et la mobilité d'un tel peuple devaient être réprimées et contenues. Comme eux donc il exigea des garanties et des indemnités. De la ce funeste traité «lu 20 novembre, qui accorda aux alliés prés d'un milliard en numéraire, le droit d'occuper plusieurs de nos provinces (tendant trois ans, et la possession définitive de quelques places. Cependant, il faut le dire, des projets plus funestes encore étaient près de se réaliser, et déjà les caries étaient dressées pour un démembrement : ce fut Alexandre qui s'y op|>osa (roy. Richelieu) ; mais, vivement frappé' de l'urgence des périls auxquels les débordements de la démocratie et de l'irréligion exposaient tous les trônes, il conçut alors le projet de la sainte alliance, qui fut réalisé par un acte que l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse signèrent avec lui, le 20 septembre 1815. Le principal but de ce traité si nouveau dans l'histoire, et à la rédaction duquel ne furent pas étrangers Bcrgassc et la baronne de Krudncr, était d'établir et de maintenir sur les bases invariables de la religion, de la justice et de la légitimité, la paix et l'ordre de choses existant parmi les nations chrétiennes (1). On ne peut

(<) « AC SO» DE LA TRES-S.UHTK KT tXDIVISIIILE TRIMTK.

■ IX. MM. l'empereur d'Autrirbe, le roi de Prossect l'empereur de Russie. |>ar suite des grands événements qui ont signale en Europe le cours des trois dernières années, et principalement des bienfaits qu'il a plu à ta divine Providence de répandre sur le» Etats dont les gouvernements ont placé leur confiance et leur espoir en elle seule, ayant acquis la conviction intime qu'il est nécessaire d'asseoir la marctre a adopter par les puissances dans leurs

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nier qu'un tel projet, dont Alexandre fut le promoteur, n'atteste la pureté de ses intentions ; mais on chercherait en vain dans ce pacte tant hlâmé par les uns, tant loué par les autres, le plan ou l'organisation d'une confédération politique. Ce n'est qu'un traité d'alliance vague, établi sur des lieux communs de morale ; ce ne sont enfin, de la part des souverains, que des promesses banales et dont on sait qu'ils ne sont jamais avares ; aussi aucun des contractants, si ce n'est Alexandre, ne crut avoir pris d'engagement bien sérieux. Celles des puissances qui ue l'avaient pas d'abord signé ne tardèrent point à y accéder; et l'Angleterre, que ses formes constitutionnelles empêchaient d'y concourir, déclara qu'elle adhérait complètement aux principes qui en étaieut la base. Cependant quelques réclamations s'élevèrent des lors, et l'on pensa qu'un j>acte auquel semblaient n'être appelées que les nations chrétiennes pourrait bien implicitement être une

rapports mutuels sur les vérités sublimes que nous enseigne l'éternelle religion du Dieu sauveur;

« Déclarent solennellement que le présent acte n'a pour objet que de manifester a la (ace de l'univers leur delerminatioi) inébranlable de ne prendre pour règle de leur conduite, suit dans l'ailmiuistralion de leurs Etals respectifs, soil d]K leurs relations politiques »vec tout autre gouvernement, que les préceptes de celle religion sainte, préceptes de Justice, de charité et de paix, qui, loin d'être uniquement applicable» à la vie privée, doivent au contraire influer directement sur les résolutions des princes et guider toutes leurs déniarrnes. comme elaut le seul moyen de consolider les institutions humaines et de remédier a leurs inqieiferiious. Eu conséquence, LL. MM. sont convenues des articles suivants :

« Art. I '. Conformément aux paroles des saintes Ecritures, qui ordonnent a tous les hommes de se regarder connue frères, les unis monarques contractants demeureront unis par les liens d une fraternité véritable el indissoluble; cl se considérant comme compatriotes, ils se prêteront en tome occasion et en tout lieu, assistance, aide et secours; se regardant envers leurs sujets il armées comme pères de famille, ils les dirigeront daus le même esprit de fiaternite dont ib sont animés pour protéger la religion, la paix et la

« ». En conséquence, le seul principe en vigueur, soit entre lesdits gouvernements, soit eutre leurs sujets, sera celui de se rendre réciproquement service, de se témoigner par. une bienveillance inaltérable l'affection mutuelle dont ils doivent être animés, de ne fe considérer tons que comme membres d une même nation chrétienne, les trois priuces allies ne s'envisagea ni eux-mêmes que comme délègues par la Providence pour gouverner trois branche* • d une même famille, savoir : l'Autriche, la Prnsse et la Itussie; confessant ainsi que la nation chrétienne, dont eux el leurs peuples font partie, n'a réellement d'autre souverain que relui à qui seul appartient en propriété ia puissance, |>arre qu'en lui seul se truuvent Unis les trésor» de l'amour, de la science et de la sagesse infinie, e'esMHlire Dieu, notre divin sauveur, Jesus-Chrisl, le verbe dn Très-Haut, la parole de vie. LL. MM. recommandent en conséquence avec la plus tendre sollii itude il leurs peuples, comme unique moyen de jouir de cette paix qui naît de la bonne conscience, et qui seule est durable, de se tortiller chaque jour davantage dans les principe» el l'exercice des devoirs que le divin Sauveur a enseignes aux hommes.

« S. Toutes les puissances qui voudront solcnuelleuient avouer les principe* sacrés qnl ont dicté le présent acte, et reconnaîtront combien il est important au bonheur des nations, trop longtemps agitées, que ces vérités exercent désormais sur les destinées humaines toute MaflaoKC qui leur appartient, ferai remues avec autant d'empressement qne d'affection dans celte sainte alliance.

« Fait triple el signé a Paris l'an de grâce IBIS, le II (ao) sepleirioe.

« FlUKÇOI», FslDlliC-OlLLALMl, Al.IlASDSS.

« Conforme a l'original, AfcOMMB.

« A SainU'eiersbourg. le jour de la naissance de noire Sauvenr, 1« «s décembre IS16. »

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condamnation et un arrêt de mort pour celles qui

ne l'étaient pas ; on désigna même l'empire turc, qui depuis si longtemps était le but des vues ambitieuses de tous les prédécesseurs d'Alexandre. Ce monarque crut devoir réfuter ces allégations; et, daus une circulaire, il ht connaître a toutes les cours (pie ce traité de paix et d'union entre les nations chrétiennes n'était point exclusif, et que les États qui ne reconnaissaient [«s les doctrines de l'Évangile y étaient également appelés. Alexandre avait toujours eu du penchant jwur les idées religieuses ; il était convaincu qu'en 1812 c'était à ces idées que son |>euple et lui avaient dû l'énergique persévérance qui sauva l'État ; el celte opinion, jointe peutêtre à l'influence de certaines relations mystiques [voy. madame Kmjdkeh et Beruasse). avait produit en lui cette piété dont quelques-uns de ses actes ont porté l'empreinte. Il tenait beaucoup à son titre de chef du clergé, et se montra fort opposé à la réunion de l'Eglise russienne à l'Église romaine. ( Voy. Ahezzo.) — Le lOseptembre 1815, Alexandre passa en revue ses troupes dans les plaines de Vertus, en Cliampagne, et il invita à celte cérémonie tous les souverains alliés et les plus éminents personnages qui se trouvaient en France. 11 assista peu après à la revue des années autrichiennes que lit l'empereur François auprès de Dijon, et vers le même temps il se rendit a Bruxelles, où il fut témoin du mariage de la grande-duchesse Anne, sa sceur, avec le prince d'Orange. Accompagné du roi des Pays-Ras et de son lils, il visita la plaine dn Waterloo. Arrivé près de la ferme de la Belle-Alliance, il dit aux deux princes qui étaient près de lui : « Oui, c'est véritablement la belle alliance , «aussi bien celle des États que celle des familles; «fasse le ciel qu'elle dure longtemps!» Il partit bientôt pour Berlin, où il conclut le mariage de son frère Nicolas avec la princesse Charlotte de Prusse ; puis pour Varsovie, où il établit un gouvernement constitutionnel a la tête duquel il mit le général Zaïonczek (voy. ce nom), avec le titre de viceroi. De retour a Pétersbourg le 13 décembre, i! ne s'y arrêta tpte quelques mois, voulant s'assurer par lui-même de l'état des provinces qui avaient le plus souffert de l'invasion française, et liftier par sa présence l'exécution des mesures réparatrices qu'il avait ordonnées. Ce hit dans de pareilles vues qu'il visita Moscou vers la fin d'août 1816, et que par un manifeste il exprima la profonde doideur que lui avaient causée les désastres de cette cité fidèle. Au nombre des bienfaits qui signalèrent à cette époque le gouvernement d'Alexandre, on doit remarquer la reconstruction du pont de la New», imaginé |wr le général Béthancourt, cl qui coûta 100,000 roubles; l'établissement d'une marine pn>|M>rtionnéc a la vaste étendue de l'empire; la ré|«rtition de 1,500,000 roubles entre les entrepreneurs de constructions nouvelles; l'achèvement du bâtiment de l'amirauté; la création d'un institut pédagogique; celle d'un lycée impérial, que le fondateur visita souvent dans la suite ; enfin de nouveaux règlements pour favoriser l'agriculture, la colonisation et le défriche-

ment des terres. Portant sur les finances une atten- 1 tion particulière, il affecta, par un ukase du 16 avril 1817, au paiement des dettes contractées en 1 Kl 2 et 48IS, 30 millions de roubles pris chaque année sur le trésor ini|>érial ; et il voulut qu'une somme pareille, fournie par la couronne, fût appliquée tous les ans au même objet. Il chercha ensuite a fonder le crédit public ]*ar une banque inq>érialc du commerce, à laquelle il accorda, pour la première mise de fonds, 30 millions de roubles, et jwr la création d'un conseil du crédit public qui, yar sa Composition, offrait quelque image du système représentatif. Ces différentes mesures assurèrent le succès de plusieurs emprunts. — Comme son rival Napoléon , l'empereur Alexandre se montra toujours impalieut du repos, et I on peut dire sans exagération qu'il a passé la moitié «le sa vie en voyages et en courses militaires. Dés le commencement de l'année 1818 il se rendit à Varsovie, et il y lit, |«r un discours français, l'ouverture de la diète, organisée suivant la constitution qu'il avait donnée en 1813. Après a\oir vanté les avantages du régime constitutionnel, dont il espérait, avec l'aide de Dieu, étendre l'influence salutaire sur toutes les contrées confiées a ses soins, il adressa aux députés ces paroles mémorables : a Prouvez & vos contemporains que les in- « stitutions libérales, dont on prétend confondre les « prinei|»es avec les doctrines désastreuses qui ont « menacé «le nos jours le système social d'une cala- « strophe é|>ouvantable, ne sont jiomt un prestige «dangereux; mais que, mises en pratique avec « bonne Toi. et dirigées par des intentions pures vers « un but conservateur et utile à l'humanité, elles « s'allient parfaitement avec l'ordre, et qu'elles assu- « rent la prospérité «les nations. » Alexandre «juitta bientôt la Pologne pour visiter les provinces méridionales de son empire, la Tanride, la ISotivclle- Russic, la Bessarabie, les Cosa«jues du Don, et il signala ce voyage de 1,500 lieues |«ir un grand nombre d'actes de munificence et de fondations utiles. Revenu dans sa capitale, il y ordonna l'érection de plusieurs monuments consacrés à «les hommes illustres «le la Russie, et contribua, pour une somme «le 2,000 francs, à celui qu'on élevait en France à la mémoire «le Maleshcrbcs. Vers la lin de cette même année (1818), il se rendit à Aix-la- Chapelle, où les souverains alliés, réunis en congrès, devaient fixer définitivement l'indemnité exigée de la France. Ixî premier il éltva la voix en faveur de notre patrie, et c'est à son intervention qu'elle dut une forte réduction sur la tomme immense au paiement de la«pielle l'avidité des vainqueurs l'avait d'abord condamnée. Alexandre rédigea lui-même sur cette «piestion un mémoire fort étendu, <|ui fut communiqué aux grandes puissances, et qui JeiH probablement entraîné la libération tout entière si le ministère français eût plus habilement profité d'aussi bonnes intentions (1). Aussitôt après

(0 Le irait* de Paris obligeai» la France, non-seulement 1 rayer □ne contribution militaire de 700 millions, nuis encore a liquider toutes les dettes du gouvernement français et a indemniser le» habitants des pays étrangers de lotîtes les pertes qne leur «aient fait

I le congres d'Aix-la-Chapelle, Alexandre retourna

dans sa capitale, pour s'y occuper encore du bienêtre de ses peuples. Sous ce rapport, on ne peut nier qu'il ne se soit quelquefois trompé; mais au moins est-il bien sur que ses intentions furent toujours pures et généreuses. Déjà il avait affranchi l'Estonie, la Livonie et la Courlande ; il apporta de grands a<loucisscments à la position des serfs dans le gouvernement de Minsk; et il ouvrit l'année 1819 par un ukase qui accordait à tous les paysans de l'empire le droit, réservé jusqu'alors à la noblesse et aux négociants des deux premières classes, d'établir des fabriques et des manufactures. 11 compléta l'organisation des six universités de Moscou, Wilna, Abo, St-lYtersbourg, Karkow et Kasan, et plaça les cultes luthérien et calviniste sous la protection du gouvernement , en établissant dans sa capitale un siège épiseopal pour ces confessions évangéliipies. El pendant ce temps il se montrait peu favorable au catholicisme : les jésuites, bannis en 1816 des deux capitales de la Russie, le furent définitivement de tout l'empire. On pourvut aux frais de leur départ, et ils furent remplacés par des prêtres soumis à la surveillance de l'archevêque métropolitain. — Cependant le régime constitutionnel qu'Alexandre avait établi dans son royaume de Pologne, bien que modifié d'après les représentations de plusieurs cabinets, avait eu des résultats fort contraires à ses vues. Des scènes tumultueuses avaient éclaté à Varsovie ; et, lorsqu'au mois de septembre 1820 il fit, |K>ur la seconde fois, l'ouverture de la diète, l'Esiiagne, le royaume de Naples et le Piémont étaient agités par les principes révolutionnaires; son disrours donna la mesure de son inquiétude. Il s'exhala eu reproches contre l'esprit novateur «mi troublait la traii<|iiillité de l'Europe, frap|ta de roprobation les vaines théories invo«piées de nos jours, et termina en déclarant «pi'il ne transigerait jamais avec les principes qu'il s'était prescrits. Cette session hit très-orageuse ; et, dans une séance à latmelle assistaient le gran«l-«luc Constantin et plusieurs officiers russes, un projet du gouvernement fut rejeté à la majorité de cent vingt voix contre trois. Alexandre ferma aussitôt la diète, prit des mesures sévères contre les étudiants, contre la liberté de la presse, contre les sociétt's secrètes, et parvint ainsi à comprimer la rébellion naissante. Ce monar«|ue se rendit ensuite au congrès de Troppau (octobre 1820), .pii fut transféré bientôt à Laybach. Dans ces deux réunions, on vit les princes signataires de la sainte alliance développer les principes de ce traité fameux, |iar l'introduction, dans la [lolilique européenne, du droit d'intervention armée, et par l'application

essuyer, tendant plus de vingt ans, les invasions des armées française». Alexandre insista auprès do cabinet de Herlin, et il écrivit personnellement an dnc de Wellington, de Moscou, le 50 octobre 1817 (Voy. HiHtok. Hulor .o* Hemàl de maleriauf pour mrir à I kitioire du /rmjw. 4818, I. t", p. i«5), pour que I on fil nn traité supplémentaire a relui de Paris, qui modifiai 1rs danses inexécutables. Ce traité, roncln vers la On de ISIS, réduisit II somme imposée a 540 millions, sur lesquels 48 millions revenaient a la Russie. Levât natwa du territoire français fui arrêtée par H même acte.

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qu'Us en fir<*f en ordonnant la répression militaire des révoltes du Piémont et de ÎNaplcs. Le czar se trouvait encore à Liybach lorsque la nouvelle de l'insurrection de la Grèce y jiarvint, avec la lettre par laquelle Ypsilauli lui demandait sa protection |>our les insurgés de Moldavie. Le moment n'était pas opportun pour une |»rcille requête ; l'autocrate y fit réponse par un rescrit, dans lequel, « ne pou- « vant considérer l'entreprise d'Ypsilanti que comme « l'effet de l'exaltation qui caractérise l'époque ac- « luelle. ainsi que de l'inexpérience et de la légèreté « de ce jeune homme, » il donnait à ses ministres l'ordre de le désapprouver formellement. En conséquence, il fut prescrit au comte VVillgcnstein, commandant les troupes russes sur le Pruth, d'observer la neutralité la plus stricte. Ces démonstrations, jointes aux démarches pacifiques de M. de Strogonoff, ambassadeur de Russie auprès de la Porte ottomane, ne calmèrent pas les inquiétudes du divan sur les relations secrètes qu'il soupçonnait entre les Grecs et la Russie. 11 donna l'ordre de visiter les Datimcnts russes qui passeraient les Dardanelles; se plaignit du refuge accordé par l'empereur à quelques Grecs fugitifs, et de la sépulture honorable donnée aux restes du patriarche grec de Conslantinople, mis a mort par le sultan ; délibéra si H. de Strogonoff ne serait pas enfermé aux Sept-Tours; enfin une rupture entre les deux cabinets ne fut prévenue que par l'intervention de l'Angleterre. Alexandre témoigna, par une noie aux grandes puissances, de son désir de maintenir la jkux, et lit signer son ultimatum à la Porte. Il demandait la délivrance et l'indemnisation des Grecs non cou|>ables, la reconstruction des églises, l'évacuation de la Moldavie et de la Yalachic, et le rappel des hos]iodars destitués. Le milan répondit nettement qu'il ne consentirait à rien qu'au préalable la rébellion ne fût étouffée ; et cependant l'cui|>creur de Russie ne tiia |x>int l'épéc. I-es choses demeurèrent dans cet état d'incertitude jusqu'au congrès de Vérone (octobre 1822). Alexandre donna dans cette réunion de nouvelles preuves de son attachement au traité de la sainte alliance ; et il se montra fort empressé d'appliquer à l'Espagne, où venait d'éclater l'insurrection, le prineqw de l'intervention armée. Le système |Ktlitique de ce prince il cette é|ioque est bien exprimé dans les paroles suivantes, qu'il adressa à M. de Chateaubriand, et que nous transcrivons telles qu'elles ont été rap|>orlées par celui-ci dans un de ses discours a la chambre des pairs : « Je suis bien «aise que vous soyez venu à Vérone, alin de rendre « témoignage a la vérité. Auriez-vous cru, comme « le disent nos ennemis, «pie l'alliance n'est qu'un u mut qui ue sert qu'à couvrir des ambitions? Cela « eût peut-être été vrai dans l'ancien élal des cho-

• ses ; mais il s'agit bien aujourd'hui de quelques « intérêts particuliers, quand le monde civilisé est « en |iéril ! U ne peut plus y avoir de |K>Iitiquc an- « glaise, fiançais»', russe, prussienne, autrichienne, « il n'y a plus qu'une politique générale, qui doit, « poui le salut de tous, être admise en commun par

• les peuples et par les rois. C'est à moi de me mon-

« trer le premier convaincu des principes sur lcs- « quels j'ai fondé l'alliance. Une occasion s'est pré- « senlée, le soulèvement de la Grèce : rien, sans « doute, ne paraissait être plus dans mes intérêts, « dans ceux de mes peuples, dans l'opinion de mon « pays, qu'une guerre religieuse contre la Turquie; « mais j'ai cru remarquer dans les troubles du Pélou ponèse le signe révolutionnaire, dès lors je me suis « abstenu. Que n'a-t-on point fait pour rompre I al— « liane*;? On a cherché tour à tour à me donner des « préventions ou à blesser mon araour-propre ; on « m'a outragé ouvertement : on me connaissait bien u mal, si l'on a cru que mes principes ne tenaient « qu'à des vanités, ou pouvaient céder à des ressenti timents. Non, je ne me séparerai jamais des mo- «narques auxquels je me suis uni. U doit être per- « mis aux rois d'avoir des alliances publiques pour « se défendre contre les sociétés secrètes. Qu'est-ce « qui ]Kiurrait me tenter? Qu'ai-jc besoin d'accroître « mon empire ? la iTovideucc n'a pas mis à mes « ordres 8M,000 soldats pour satisfaire mon amhi- « lion, mais pour protéger la religion, la morale et « la justice, et pour faire régner ces principes d'or- « die sur lesquels re|>ose la société humaine....» Malgré de si belles paroles, ce fut dans ce même temps que l'empereur de Russie, n'ayant plus d'ambassadeur a Constantinople , renouvela, par celui d'Angleterre, les demandes précédemment faites. La Porte lit «boit à quelques-unes; mais elle demanda de son coté la restitution des forteresses d'Asie retenues contre les stipulations de Rurharcst. et renvoi d'un nouveau ministre à Constantinople! Ces prétentions étaient légitimes, on ne peut le nier; ee|K?ndant le cabinet russe les éluda. Outré de colère, le sultan lit arrètet dans le |H>rt de sa capitale quatre bâtiments sous pavillon russe; et cette violence fit craindre une rupture, qui cependant n'eut jws lieu. Alexandre désirait alors vivement la paix, et il en avait besoin pour mettre la dernière main à ses projets d'utilité publique. En 1821, il ordonna la construction d'un observatoire astronomique à Abu, réduisit les dépenses de sa cour, accorda divers privilèges aux négociants qui s'établiraient dans la Géorgie et les provinces de Caucase ; enfin il interdit aux étrangers le commerce des Iles Aleutiennes. U détermina d'une manière fixe les limites de l'immense territoire désigné jusqu'alors sous le nom d'Amérique russe ; et dans ces limites fut eoni prise une grande |«rlie des découvertes de Cook. de Vancouver, etc., jusqu'à la Nouvelle-Californie L'année suivante il ordonna la dissolution de toutes les sociétés secrètes dans l'empire de Russie, et surtout dans le royaume de Pologne; tous les employés de l'Ktat furent tenus de déclarer sous serment s'ils appartenaient a quelqu'une de ces sociétés, c» de jurer qu'ils rompraient tous les liens de ce genre qu'ils |K>uvaient avoir. 11 prit des mesures non moins sévères contre les écrits révolutionnaires, et continua à tenir suspendues les dél i Itérations de la diète polonaise. Dans le même temps il adressa des témoignages de satisfaction à différents personnages qui avaient consacré leur épée ou leur plume a la

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défense des principes monarchiques (1). On sait quel a toujours été le vopu des Russes pour leurs coreligionnaires de la Grèce ; ce sentiment leur fit considérer comme autant de signes de la colère du ciel les événements funestes qui marquèrent le cours de l'année 1824 : d'abord une maladie grave essuyée par l'empereur, puis une inondation qui exerça de terribles ravages dans Pétersbourg (2). Alexandre arrivait alors d'un voyage au pays îles Rirguises. Son zèle et son activité ne connurent point de bornes : pendant plusieurs jours il iiarrourut à pied les rues de sa capitale, veillant aux travaux des ouvriers , s'informant de toutes les infortunes, répandant partout des secours et des consolations. En 1825, par mesure d'économie, il avait opéré dans son armée une grande réduction ; mais cette économie devint insuffisante, et d'ailleurs il ne convenait plus à sa politique de réduire le nombre de ses troupes. Pour obvier à ce double inconvénient, il apporta tous ses soins au succès de la colonisation militaire, système dont la première application remonte à 1819, et qui, s'il atteint tous les développements dont il est susceptible, doit donner à la puissance russe une force véritablement effrayante |)our les autres nations. En 1825, il accorda un musée et un lazaret a cette ville d'Odessa qu'il avait constituée en port franc, et dont la pros|»érité lui était si chère. Au commencement de l'automne de cette même année, il se rendit à Taganrock , où l'impératrice Elisabeth était venue depuis quelque temps pour respirer un air plus doux. Après un mois de séjour, Alexandre quitta cette ville pour parcourir la Crimée. Revenu à Taganrock le 5-17 novembre 1825, il y avait rap|K>rté le germe de la maladie qui devait lui donner la mort , et dont il méprisa les symptômes. Aussi la lièvre s'accnit-ellc au point qu'on fut obligé, le 15-27, de lui faire connaître l'imminence du danger. Il reçut alors les derniers secours de la religion, et consentit, mais trop tard, à écouter ses médecins : il ne pouvait presque plus parler. Ayant perdu connaissance le 18-30 novembre, il mourut le lendemain à dix heures du matin, entre les bras de l'impératrice Elisabeth. On n'a guère publié en Russie (pie ces détails sur une mort si inattendue et si prématurée. Beaucoup de |iersonncs y ajoutèrent peu de foi, et des soupçons d'empoisonnement ont été exprimés dans plusieurs écrits, mais sans aucune preuve. Quoi qu'il en soit, la nouvelle de la mort de ce monarque fut accueillie dans tout l'empire avec les si-

(I) Apres l'issue des événements d'Espar* et de Portugal, en 1SÎ4. l'empereur de Russie envoya les Insigne* rte ses ordres an roi de Portugal, a l'infant don Miguel, an duc d'Angoulémc, au vicomte de Chateaubriand, au dur Mallliiru dr Montmorency, au général Pan» il Borgo et an comte de Rulgari, charge d afTaires

(S) Les eaux do golfe, refoulées dans la Newa par nn ouragan qui venait de dévaster la mer du Nord et ut Baltique, entraînèrent en quelques minntes tous les ponts de boit, snbmergirrnl les quais et 1rs quartiers même les plus élevés de la ville. Les campagnes des environs furent couvertes d'eau, la forteresse de Cronsiadi détruite et sa lourde artillerie entraînée au loin dans la mer. Sorties de leur lit a huit heures du matin, le» vagues n'y rentrèrent qu'a trois I du soir

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gnes d'une vive et sincère douleur; et cette douleur trouva de la sympathie dans toutes les contrées. On peut dire aujourd'hui, avec vérité et sans exagération, qu'Alexandre avait partout des amis et des admirateurs. Tant qu'il [.uni suivre les leçons du général Laluirpc, et favoriser le système révolutionnaire, les pitisans de ce système lui prodiguèrent de grands éloges ; mais lorsque, effrayé des symptômes de révolution et de désordres tpii se manifestaient dans tous les jwtys, et menaçaient tous les trônes, il parut être revenu de ses premières idées; lorsqu'il rétablit la censure, lorsqu'il abolit dans ses Etats les associations secrètes et les loges de francsmaeons, lorsque enfin sa politique parut se conformer sous ces divers rapports à celle du cabinet de Vienne, les mêmes hommes qui l'avaient tant loué et tant encouragé dans une |>érilleusc voie devinrent ses détracteurs et ses ennemis les plus acharnés ; des complots se formèrent contre lui. même parmi ses sujets, qu'il a\ail gouvernés, qu'il gouvernait encore avec tant de bienveillance. Il est au-» jourd'hui certain que, s'il ne périt |«s victime de ces trames odieuses, et qui ne tendaient pas à moins, qu'à l'immoler, lui et toute sa famille, au milieu de sa capitale, le chagrin qu'il en éprouva, lorsqu'il ne lui fut plus possible d'en douter, abrégea ses jours. « Que leur ai-je donc fait ? » disait-il dans ses derniers moments ; et il mourut dans la certitude que ceux-là mêmes qu'il avait comblés de biens pendant toute sa vie s'étaient dévoués pour l'assassiner! — Dans une brochure consacrée à sa mémoire. M. Ouwaroff, président de l'Académie de Pétersbourg, a présenté ce prince sous des traits assez ressemblants, bien qu'ils soient un peu flattés. « Habile & « manier les hommes, dit cet académicien, Alexan- « dre possédait une élocutinn facile... un tact délicat « des convenances. Affable sans familiarité, impoli sant sans affectation, doux sans faiblesse, rien ne « résistait à la séduction «le ses manières. 11 exer— « çait un empire alwolu sur les esprits, et |>ortait u dans les affaires ce coup d'rcil exercé qui, au pre- « micr aspect, en détermine les limites... cette pré- « sence d'esprit qui en démêle avec promptitude le « véritable sens... (I) » Dans les derniers temps de sa vie, ISapoléon tlisait d'Alexandre : « Si je meurs, « voilà mon héritier en Euroite. » Si ce prince n'a pas jtistilie cette prédiction dans toute son étendue, c'est peut-être à la modération de son caractère que l'Europe en est redevable; et c'est ce qu'a formellement reconnu le marquis de Londondcrry dans l'ouvrage que nous avons cité. Cci>cndant on a vu qu'il ne fut pas exempt d'ambition : les invasions de la Finlande, de la Perse, celles des provinces turques et iiolonaises, enlin les conventions de Tilsitt. et les exigences de Paris et de Vienne, tout cela prouve assez que ses vues ne furent pas toujours désintéressées. Mais, sous ce rapport , on peut dire qu'il ne fut que le continuateur de ses ancêtres. L'esprit de conquêtes était dans sa famille comme

{t)A U mémoire de i empereur Alexandre, St- <»», in-V d« 16 rages.

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une sorte de tradition : il n'eut qu'à suivre les plans commences par Pierre le Grand, par Catherine II, et il est probable qu'il n'y a pas mis la dernière main... Quant à l'espèce de complicité dans laquelle il entra avec Napoléon pour le partage du monde, il est assez évident qu'à ïilsitt il ne lit que consentir, que sa i>osilion ne lui permettait pas de refuser, et qu'il ne se tira d'un mauvais pas qu'à force de souplesse et de dissimulation. Cette dissimulation était, il faut en convenir, le trait distinelif de son caractère, et, sous ce rapjtort, il surpassa Bonaparte, qui crut bien l'avoir pris dans tous ses pièces, et qui, l'apercevant trop tard que lui-même avait été ioué, s'écriait avec douleur sur le rocher de Stc- Ilélène : a C'est un Grec du lias-Empire; il faut « s'en défier. » — Alexandre fut peut-être encore I plus remarquable par l'élégance et la beauté de ses formes que par les qualités de son esprit et de son cœur, et il n'était rien moins qu'insensible aux flatteries qu'on lui adressait à cet égard. Son adroit rival ne négligea pas ce moyen de succès, qui lui avait été indiqué par ses agents, et il en tira surtout grand parti à 'Ï ilsitt et à Erfurth. De tels avantages, joints à toutes les séductions du pouvoir et dos richesses, furent sans doute de puissants moyens auprès des femmes; et il était difficile que le jeune empereur ne fût pas entraîné dans beaucoup d'affaires de galanterie. 11 délaissa, dès le commencement, l'impératrice Elisabeth, et ses goûts furent en général très-capricieux et très-passagers. La belle INariskin conserva seule longtemps quelque empire sur son esprit , sans obtenir néanmoins beaucoup d'influence dans les affaires de l'Etat. Il voyait sans doute avec plaisir la charmante reine de Prusse; mais nous sommes |>crsuadé que les injurieuses accusations que Napoléon publia si grossièrement contre cette princesse n'étaient pas fondées. ( Voy. Louise de Prusse. ) Alexandre fut afTcclé de Intime heure d'une surdité qui ne faisait que s'accroître avec l'âge, et qui lui donna, pendant les dernières années de sa vie, une apparence taciturne et sombre. Il écrivait et s'exprimait bien en anglais et en français, les deux premières langues qu'il eût apprises. — L'histoire de ce prince tient une grande place dans les premières aimées du 19* siècle, et il a eu en France, en Angleterre, en Russie et en Allemagne une foule d'historiens. Au nombre des écrits où l'on jHîut trouver des renseignements sur son règne, nous citerons : |° Histoire de France depuis le 18 brumaire jusqu'à la paix de Tilsilt, Paris, 182!), 6 vol. in-8°, j»ar M. Pignon, renfermant, t. 1", chap. 13, p. 42K-4.'i3, sur la conspiration qui a amené la mort de Paul 1", des détails authentiques, et qui effaccut toute idée de complicité de la part des grands-ducs Alexandre, et Constantin. On y voit qu'Alexandre, conduit par des suggestions perfides, approuva un plan d'abdication et de réclusion dans une forteresse, indiqué par Pahlcn comme le seul moyen de sauver ses jours, menacés par l'ombrageuse tyrannie de Paul. 2° l'ne Année de l'empereur Alexandre, ou Résumé de ses principaux ac~ lc*,ctc, Paris, 1814, in 8". 5° L'Empereur Alexandre

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tt Bonaparte, Brunswick, 1815, grand i^8*. 4° Aie xcmder I, emperor of Rustia, by H.-E. Uoyd, Londres, 1826, in-8° de SI 5 pag. ; trad. en allemand, Stutlgard, 1827. Ce livre, écrit par un membre de l'opposition avec peu d'impartialité , n'est guère qu' une compilation de gazettes. 5° ( En allemand.) Éloge d'Alexandre l" , par un Prussien, Leijisick, 1828. 6" Notice sur Alexandre , empereur de Russie, pur II.-L. E. (Empeytaz), mi'nirirr du saint Evangile, Genève, 1828, in-8°. Il en a paru, la même année, une traduction allemande, insérée dans la Minerve, et imprimée séparément a léna. Celte notice renferme quelques particularités curieuses sur les rapports d'Alexandre avec madame de krudncr, que l'auteur raconte comme témoin oculaire, ayant été présent à plusieurs de leurs entrevues. C'est à ces conférences qu'il attribue l'origine de la sainte alliance ; mais, disciple fervent de la mystique Allemande, il lui accorde une part lieaucoup trop grande dans cette conception. 7° Ft'c d'Alexandre 1" , empereur de Russie, suivie de notices sur les grands-ducs Constantin, Nicolas et Michel, et de fragments propres à faire conmitre l'empire russe depuis le commencenwnt du 19* siècle, par A. E. (Adrien Egrou), Paris, 1820, 1 vol. in-8J. 8" Histoire d'Alexandre /*', par Alph. Rabbe (voy. ce nom), Paris, 1820, 2 vol. in-8°. C'est l'ouvrage le plus complet qui existe dans notre langue sur le règne d'Alexandre ; il ne manque pas d'une sorte d'exactitude et d'iuqiartialilé, mais tout y est mperficie] et peu approfondi. 9° Mémoires historiques sur l'empereur Alexandre et la cour de Russie, publiés par madame la comtesse de Choiscul- Gouffier, Paris, 1829, 1 vol. in -8°. L'éditeur, dans son avant- propos, compare les sentiments de madame Choiseul - Gouffier pour Alexandre à ceux qui ont inspiré à M. de Ijis Cases ses écrits sur Napoléon; c'est assez dire que le jugement et l'impartialité de l'auteur sont fréquemment effacés par la reconnaissance, et qu'une bienveillance continuelle a dicté ses récils. On y trouve cependant, sur la vie privée d'Alexandre, et sur son caractère et sa conduite dans quelques circonstances, des particularité* et des anecdotes curieuses. A l'époque de sa mort, madame de Choiseul, belle-fille de l'ambassadeur de ce nom, avait, depuis plusieurs années, quitté la cour de Russie pour suivre son époux en France; clic parait croire que celte mort ne fut pas naturelle, et que l'empereur succomba, sinon au poison, du moins au chagrin que lui causa la découverte de trames ourdies contre sa jx'rsonnc par des gens auxquels il n'avait fait que du bien. Le docteur anglais James Wyllic, médecin d'Alexandre, et qui le soigna dans ses derniers moments, a publié en latin une relation dans laquelle il n'attribue sa mort qu'à des causes naturelles, cl surtout à l'obstination avec laquelle il refusa les secours de la médecine, parce qu'il ne croyait pas à cette science. 10" L'Empereur Alexandre à BarsurAube en 1814, par P. Hérault, Paris, 1810, brochure in-8°. L'auteur, témoin auriculaire, cite plusieurs paroles du czar qui font connaître sa politique. On lui expri -

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malt des craintes sur les changements «pie pourrait amener une restauration ; il t^|Kin<lit : « ... Votre « révolution a tout changé chez vous. Eh bien ! « pourtant ce qui est fait est fait : il est des maux

■ de telle nature que le pire serait de vouloir les « réparer à la lettre. Votre ancien trône peut se « relever : votre ancien état ne le jwut plus. Pour

■ vous avoir, il faudrait bien vous prendre tels que a vous êtes aujourd'hui, et tout oublier pour vous « conserver. » — On trouve dans la Revue britannique, n° 6 (1825), t. 5, p. 370-37-2, quelques anecdotes, traduites du journal anglais ['Examiner, sur le séjour d'Alexandre à Aix-la-Chapelle pendant le congrès : le n» 8 (1826), t. 4, p. 230-249 du même recueil, contient un récit de la mort de Paul I", extrait de la Utlerary Gazelle, qui s'accorde en tous points avec celui de M. Oignon ; le tome 29 enfin, p. 332-330 (avril 1830), renferme la traduction d'un article de VExtractor, sous ce titre : Particularités tur la mort de l'empereur Alexandre , qui mérite d'être consulté. L'auteur rejette toute idée d'empoisounement, et croit qu'Alexandre est mort d'une fièvre endémique particulière au pays qu'il visitait, et (pie les médecins qui l'accomiKignaicnt méconnurent; mais il ajoute qu'un courrier lui ayant apporté la nouvelle d'une conspiration contre ses jours, cette découverte lui causa un cha*riii profond, et contribua beaucoup à accélérer sa lin. Enfin les détails les plus curieux et les plus vrais que l'on puisse lire sur les premières années du règne d'Alexandre se trouvent dans le précieux recueil politique que nous avons cité, et qui est intitulé : Mémoire» tirés des papiers d'un homme d'Étal, 13 vol. in-8°. M— n j.

ALEXANDRE DE MÉDICIS. Voyez MÉnicis.

ALEXANDRE FARNÈSE. Voyez Farkèsb.

ALEXANDRE SAULl (le bienheureux).

Voyez S.kviï.

ALEXANDRE D'EGÉE, philosophe péripatéticien, fut précepteur de Néron , et l'on prétend qu'il contribua beaucoup a la corruption de son élève. Il a écrit un commentaire sur la Météorologie it'Aristote, dont il ne put faire prévaloir la doctrine dans une cour où Burrhus et Sénèquc, tous deux stoïciens, avaient tant de crédit. C. T— y.

ALEXANDRE, surnommé PomnsTon , a cause de sa vaste érudition , et Cor.véi.h s , parce qu'il était affranchi de Cornélius Lentulus, fut disciple de Cratès, et à la fois philosophe, géographe et historien. Scion Suidas, il était originaire de Milet; mais, selon Etienne de Byzancc, il était né a Coup, ville de la Phrygic. Il fut fait prisonnier dans les guerres de Mithridatc, et acheté par Corn. Lentulus, qui lui confia l'éducation de ses enfants. 11 avait fixé son séjour à Rome. On ne doit pas le confondre avec Alexandre de Latiéc, grammairien , du régne de Marc-Aurèle , et par conséquent moins ancien que Polyhistor, qui vivait du temps de Sylla, environ 85 ans avant J.-C. Le feu ayant pris à sa maison de Laurente, il péril malheureusement au milieu de l'incendie ; sa femme Héléue ne voulut point lui survivre, et s'étrangla. Peu d'hommes, selon le témoi-

gnnge d'Eusèbc, ont réuni autant d'érudition et de talent qu'Alexandre Polyhistor. 11 avait écrit quarante-deux ouvrages sur divers sujets, particulièrement sur l'histoire des |>euples de l'Orient, dont il ne nous reste que des fragments. Etienne de Byzancc cite ses traités sur la Bithynie, la Carie, la Syrie, l'Ile de Chypre, l'Egypte , la Paphlagonic, la Libye, le Pont-Euxin et l'Europe. Athénée fait mention également d'une Description de Vile de Crète, et Plutarque , d'une Histoire des Musiciens de Phrygie, du même auteur. Diogènc Itérée lui attribue deux autres ouvrages, l'un intitulé : de l'Ordre dans lequel les philosophes se succèdent les uns aux autres, et le second : des Commentaires de Pylhagore. St. Clément d'Alexandrie cite ce dernier ouvrage sous le titre de Symbole de Pylhagore , et fait mention , en outre, d'un traité sur les Juifs, par le même auteur, dont on trouve des fragments dans le Syneelle , et qu'Eusèbc a insérés, presque en entier, dans sa Préparation érangflique. Pline cite très-souvent Polyhistor; et St. Cyrille, dans son livre contre Julien, rap|wrtc son opinion sur le déluge et sur la tour de Babel ; enfin , Suidas lui attrihuc cinq livres sur la ville de Rome. Aucun de ces écrits n'est parvenu jusqu'à nous. M — d.

ALEXANDRE d'Apiikodisee , né à Aphrodiséc, ville de la Carie, vers la fin du 2* siècle, se livra à la philosophie péripatéticienne , qu'il étudia huis llermiims et sous Arisloclès Mcssénicn ; il fut un de ceux qui connurent le mieux la doctrine d'Aristotc. I-es circonstances de sa vie ne nous sont pas connues; il a laissé un grand nomhre d'ouvrages; ce sont, pour la plupart, des commentaires sur Arislotc, savoir : 1° de l'ato, deque eo quod in nostra poleslale est, iH'til traité dédié à l'empereur Caracalla, imprimé |»ur la première fois, en grec, chez les héritiers 'd'Aide Mamicc, en 1535, in-fol., â la suite des ouvrages de Théinistius. Hug. G rotins l'a traduit en latin dans le recueil intitulé : Velerum philosopliorum Senlenliœ de fato. Pan'siis, 16î8, in-4; enlin, il a été imprimé en grec et en latin , Londini, 1688, in-12: c'est un |>etit volume peu commun. 2° Commentarius in primum librum priorum Analylicorum Arislotelis, grâce, Vcnetiis, 1489, et Aid., 1520, in-fol.; Florence, 1521, in-4°; et en latin, de la traduction de Jos. Bcrn. Felicianus, Vcnetiis, 1542, 1546ct 1560, in-fol. 5° Commentarius in octo Topicorum libros, Vcnetiis, Aid., 1513, traduit en latin par Gui. Dorotheus, Vcnetiis, 1526 et 1541, et Parisiis, 1542, in-fol. ou par J.-B. Rasarius, Vcnetiis, 1563 et 1573, in-fol. 4° Commcntarii in elenchos Sophislicos, grâce, Venetiis, Aid., 1520, in-fol., à Florence, avec le nD 2, 1521 , in-4"; en latin, trad. par J.-B. Rasarius, Venetiis, 1557, in-fol. 5°/n libros duodecim Metaphysicorum, ex versione Jos. Genesii Sepulredœ, Romœ , 1527, Parisiis, 1556, Venetiis, 1544 et 1561, in-fol. Le texte grec n'a jamais été

I imprime , quoiqu'il se trouve manuscrit dans la bibliothèque royale de Paris, et dans plusieurs autres. 6° In librum "de sensu cl Us quœ sub sensum cadunt, en grec , à la suite des commentaires de Simplicius,

I sur les livres de Anima, Venetiis, Aid., 1527, in-fol. j

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en latin, par Lue iliusPhilothieus, Venetiis, i VU, 1549, 1554; 1559 et 1573, in-fol. 79Jn ÀriHoUUt Meleorologica, grâce, Venetiis, Aid., 1527, in-fol., latine ab Alexandro Picolomineo, 1540, 1548, 1573, in-fol. Quelques auteurs prétendent que ce commentaire n'est pas d'Alexandre d'Aphrodiséc; mais Brucker croit qu'il est de lui. 8" De Mislione, en grec, avec le précédent. 9° De Anima libri duo, en grec, ù la suite de Thcmistius, avec le n° 1, latine ab Hieron. Donato, Venetiis, 1502, 1314, in-fol.; ces deux livres forment deux traités séparés. 10° Physica Scholia, dubitationes et solutioncs, libri duo, grave , Venetiis, Trineavellus , 1536, in-fol. , latineab Hieronymo Bagolino , Venetiis, 1541, 1549, 1555, 1559, in-fol. i {" Problemalum medicorum et physicorum libri duo. La meilleure édition en grec est celle que Sylburge en a donnée dans celle des œuvres d'Aristole, dont on parlera à l'article de ce philosophe. On croit que ces problèmes sont d'Alexandre de Tralles, et non de celui dont nous parlons. 12° Libellus de Febribus, latine, Georgia Valia interprète, dans un recueil de divers ouvrages latins, traduits par ce savant; Venise, 1488, in-fol. On croit que ce traité est aussi d'Alexandre de Tralles; il n'a pas été imprimé en grec. Alexandre avait encore fait d'autres ouvrages, dont plusieurs existent en arabe, et peutêtre même en grec ; car on trouve , dans le catalogue de la bibliothèque royale, un livre de Xutrilione et Augmento , qui n'est point dans la liste de ses écrits. Tous ces commentaires sont très- rares, surtout en grec , et peu de personnes ont le courage de les lire. Ils sont cependant fort utiles pour l'histoire de l'ancienne philosophie. C — h.

ALEXANDRE de Tralles, savant médecin et philosophe, naquit à Tralles, dans l'Asie Mineure. Son père , médecin lui-même , eut cinq fils qui se distinguèrent tous par leurs connaissances , et dont les deux plus célèbres furent celui dont il s'agit et Anthémius, architecte. Alexandre, après avoir voyagé, pour son instruction, dans les Gaules, en Espagne et en Italie, se fixa à Rome , où il acquit une réputation justement méritée , vers le milieu du 6' siècle, sous le régne de Justinien. On peut le considérer, avec Arétéc , comme un des meilleurs médecins grecs depuis Uippocratc ; il décrit exactement les maladies, et mérite d'être cité , tant pour la justesse de sis idées que pour l'élégance de son style : il sut également s'éloigner d'un dogmatisme exclusif et d'un empirisme aveugle. Cependant il fut polypharmaquc exagéré, partagea toutes les erreurs de son temps, et crut aux amulettes et aux enchantements. Il pratiqua le premier la saignée de la jugulaire ; ce fut lui «piî donna aussi le premier le fer en substance. 11 y a plusieurs éditions de ses œuvres; l'une en grec, a Paris, in-fol., 1548, chez Robert Etienne, avec les corrections de Jacques Goupil : ce fut P. Ducliatel , évêque de Maçon, et grand aumônier de France, qui communiqua ses manuscrits à Goupil. Une vieille et barbare traduction latine, que Fabricius dit avoir été faite sur quelque version arabe , intitulée : Alexandri iatros Praelira, cum exposilione ghssm interli- Jacobi de Partibus , et Simonis Januensis ,

Lugduni, 1504, in-4° , Papiœ, 1512, in-8% Taurini, 1520, in-8°, Venetiis, 1522, in-fol. Albanus Taurinus relouclia cette vieille traduction, mais sans consulter le grec , et donna une nouvelle édition des œuvres d'Alexandre, à Bâle, in-fol. , en 1555, sous ce titre : de singularum corporis partium , ab hominiseoronide ad imum calcaneum, Viliis, AKgriludinibusel Jnjuriis, libri quinque. En 1541, il imprima même à Baie un commentaire sur tous les livres de ce médecin. Jean GonUiier d'Audcrnac a l'ait mieux qu'Albanus, il a travaillé sur le grec, et sa version latine a été différentes fois imprimée. On trouve, dans les œuvres de Mcrcuriali, un petit traité sur les vers, attribué à Alexandre. Edouard Milward a donné, en anglais , un abrégé des ouvrages .l'Alexandre, Londres, 1734 , in-8° ; enfin , Sébastien Colin a traduit en français mie partie de ces œuvres. On attribue à Alexandre de Tralles quelques ouvrages dont d'autres personnes croient qu'Alexandre d'Aphrodisée est auteur. ( Voy. Alex ANDREd'Aphrodisee.) C. et A— n.

ALEXANDRE, dit de Bekkay ou de Paris, né à Bernay en Normandie, vers le milieu du 12* siècle, brilla à la cour de Philippe-Auguste et partagea les faveurs de ce prince avec Ilélinant et Chrétien de Troycs. Ce trouvère commença à se faire connaître par les romans d'Èlène mère de St. Martin, et Brison, entrepris par le commandement de Loyse, dame de Créqui-Canaples ; et par celui A'Atys et Prophilias, qui se trouve parmi les Mss. de la bibliothèque royale sous le n°719l, in-fol. Mais son principal ouvrage est la continuation de C Alexandriade , commencée |wr Lambert Licors, poète du 12' siècle. Les vers suivants ne laissent aucun doute sur ce fait :

Alixandre nous dist que de Bernay fu nez, Et de Paris refu ses soumoms appelez , Oui ot les siens vers o les Lamlwrt mêliez.

Ce roman est écrit en vers de douze syllal»es, lés depuis alexandrins. L'invention de cette hit longtemps attribuée à Alexandre de Paris, mais on est certain qu'elle était en usage avant lui, et l'on peut fixer l'époque où clic fut employée pour la première fois vers 1149. Quant au nom d'alexandrins, il est difficile de décider s'il fut emprunté au héros ou au |x>ëte. La continuation de l' Alexandriade se compose de plusieurs branches formant une sorte de cycle épique. I>es Mss. que j'ai consultés m'ont fait connaître neuf |>oêtes qui y ont travaillé. Ainsi nous avons ; 1° le roman d'Alexandre, par Lambert Licors et Alexandre de Paris, Mss. n« 7190, 7190-1, 7190-2, 7190 A. B., 7190-3. 7498-3, 6987, fol, 164, et, du fonds de l'abbaye St-Gcrmain, n* 7633 ; de St-Yictor, n" 894, et de celui de Cangé, n° 7498. 2° Le Testament d'Alexandre, par Pierre dèSt-Cloud (PeiTot de Sainct-Cloot), fonds de Cangé :

Largesce esl enfermée sos une coverluro, Avarice a les clez qui inoull affiche et jure, Janu'z n'en ierl jetée tcle iert l'enfermeture. Perol «le Sainct Cloot trova en l'escripture Que niavès li arbres tlout la fruit ne nieu

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