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Ses œuvres posthumes, que l'on commença de publier dés l'annét suivante, et qui n'ont |«s moins de treize volumes, 1801 et suiv., Londres (Florence) , contiennent un drame iVAbel, aut|uel il n donné le singulier titre de tramélogédie, genre dans lequel il avait compté en composer plusieurs autres; une traduction de VAIrcftf d'Euripide, et une autre AkesU de sa composition, qu'il appelle Alcrslr seconde; let Pertes, traduits d'Eschyle; le Philoctète, «le Sophocle ; les Grenouilles, d'Aristophane ; Panégyrique de Trajan, par Pline (public d'abord à Taris en 1787, in -8") ; seize satires, dont plusieurs sont fort courtes, et qui ne remplissent toutes ensemble qu'un trèspetit volume : elles sont princqulcmcnt dirigées rontre les Français, niais on peut dire qu'elles le sont aussi contre tout le monde ; la traduction de SalliLste, faite a loisir, retouchée avec soin, et digne en tout de son auteur; une traduction complète en vers des comédies deTérence; VÈnéide de Virgile, aussi traduite en vers, ouvrage qui n'en est pas un. et livré à l'impression dans un ctat d'imperfection qui fait peine; sept comédies d'un genre bizarre, satirique, politique si l'on veut, mais peu plaisant; un petit recueil de sonnets, jiour joindre à ceux que l'on trouve dans ses o uvres diverses ; et enlin sa Vie, qui remplit les deux derniers volumes. Il |iarait qu'on n'a lien laisse inédit, si ce n'est le Mito-Gutlo (l'ennemi des Fiançais), dont il est souvent |«ulé dans sa Vie (I). On ne voit pas trop pourquoi cette exception; il est difficile que l'auteur soit plus antifrançais dans son Ui$o-GaUo que dans sa Vie et dans ses satires. On a publié en France trois traductions d'Allieri : \' de la Tyrannie ( par un anonyme), Paris, Molini, an 10 (180-2), in-8"; 2" OEu-
(0 t;in«uené Ignorait sans doute eu 1811, lorsqu'il a rnmposc **Ue notice, le Uiio-Gatlo avait éle plusieurs fois imprimé n Italie, notamment a Asti, rn 1799. in-S*. was lu rubrique de Londres. Il I » eneore été depuis, en t8U, i Florence et dans
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vres dramatique* du comte Al/ieri, traduites pat
C.-B. Pctitot, Paris, 1802, A vol. iu-tf1; 3° Vie de Victor Alfieri, écrite par lui-même et traduite par M'*% Paris, U. Nicolle, 1809, S vol. in-8\ Alucri était d'une taille haute et noble, d'une ligure distinguée, mais peu imposante, quoique son air fût habituellement dédaigneux et hautain ; son front était grand et ouvert, ses cheveux épais et bien plantés, mais roux; ses jambes longues et maigres. Il aimait passionnément les chevaux : il en a eu jusqu'à douze ou treize à U fois, presque tous lins et de prix. 11 se plaisait peu dans le monde, et ne prenait aucun soin pour y plaire. La qualité distinctive de son esprit et de son Âme était l'élévation : son défaut dominant était l'orgueil. Ce fut par orgueil plutêt que par (tencliant, ce fut pour exciter l'admiration, pour être le premier en quelque chose, pour vivre dans la postérité, qu'il devint poêle. Au milieu tle ses succès poétiques et littéraires, il eut un grand malltcur : c'est, a ce qu'il parait, de n'aimer véritablement ni la poésie ni les lettres. Ses (Missions étaient ardentes. On l'aurait cm peu sensible; il l'était pourtant en amitié; il y était aussi très- fidèle. Dans d'autres affections il fit souvent de mauvais choix; mais, dés qu'il eut trouvé une femme digne de l'attacher, il fut constant, et le fut pour la vie. Sa réputation littéraire s'est établie avec peine. Ou trouvait à son style des défauts, qui ont été regardés depuis comme des qualités. Il n'écrivait pas comme tout le monde ; on l'en blâmait ; mais tout le monde, ou du moins tous l"s poètes tragiques, ont fini par vouloir écrire comme lui. Le système dramatique qu'il a introduit en Italie est, quoi qu'il en ait dit, relui de France : il n'a fait qu essayer d'en corriger les longueurs et les langueurs. Il a supprimé les confidents et |>resquc tous les personnages secondaires : il en résulte plus de ligueur sans doute, et une action plus serrée, mais aussi moins d'épanebements, de la sécheresse et de la roideur. Notre théâtre est déjà maigre, auprès de celui des Grecs ; celui d'Allieri est, à l'égard du nôtre, presque dans la même proportion. Il parle rarement au cœur; mais il est éloquent et nerveux dans les passions fortes; il a de la grandeur, et, dans ses idées comme dans son style, il aspire toujours au sublime ; ses caractères ont de l'énergie, quelquefois aux dépens de la vérité historique et même dramatique; ne donnant rien aux yeux et peu au cœur, il fait peu d'effet au théâtre, mais il en fait beaucoup à la lecture. Son dialogue est souvent un modèle de précision, de justesse et d'argumentation dramatique. La coupe de ses vers est savante et harmonieuse ; mais son style, toujours fort, est quelquefois un peu dur. Il en sera de lui comme de la plupart des inventeurs : d'autres Italiens feront mieux que lui, mais en l'imitant; ils iront plus loin, maisen suivant la route qu'il leur a tracée (I). G — i.
(I) M. de Fallelic-Birrol. de l'Arad,vmie de Turin, a donné une lH>lire sur Alneri, dans tes Arrhhf» littéraires 4t l'Europe, I. S (tSOJ), p. 137-»50. L'Académie de LurqMt* avait propose un priv pour le meilleur ouvrage qui lui serait présenté sur le mérilo littéraire d'Allieri. foisideie tomme poêle trapue; il fut remporté en I «or par M. Carmiguani. professeur de droit criminel i !•»*. et
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ALFîEttl (le comte Beîsoit-Isxocent), architecte, nnquit h Rome en 1 700 , et eut pour parrain le pape Innocent XII. Elevé dans cette ville au collège des jésuites, il s'y livra plus particulièrement à l'étude du dessin et des mathématiques. Il vînt ensuite faire son droit à Turin, et embrassa la profession d'avocat dans la ville d'Asti, où, au milieu des discussions de la chicane, il conserva son goût pour les arts, surtout pour l'architecture, et lit alors pour l'église de Sic— Anne un clocher que l'on y remarque encore aujourd'hui. 11 traça ensuite, sur la demande de son oncle le marquis de Gillini, le plan du beau palais que l'on voit sur la place d'Alexandrie, et qui fut admiré par le roi Charles-Emmanuel III, juste appréciateur de tels ouvrages. Ce prince voulut alors
Îu'Allieri tut chargé de la construction d'une salle e sjiectacle a Turin, pour remplacer celle qui venait d'être brûlée. Allicri rcnit avec modestie cette honorable proposition, et déclara que , n'étant pas architecte, mais simple amateur, Il aurait besoin de visiter auparavant toutes les grandes silles de spectacle de l'Europe. Le roi accueillit cette demande, et fit tous les frais du voyage, dans lequel l'artiste fut accompagné du comte Robillant , oflicier du génie. A son retour, Alfleri présenta un plan qui fut accepté; le roi le nomma son architecte ; et une des plus vastes et des plus belles salles de l'Italie fut construite sur la grande place du château. On remarque à Turin d'autres édifices exécutés sur les dessins d'Alfieri. I.e roi Charles-Emmanuel lui donna le titre de comte de Sostegno avec une charge de gentilhomme de sa cour, et le combla de bienfaits jusqu'à sa mort, qui arriva le 9 décembre 1767. Alfieri a encore donné le plau de la belle façade dti temple de Sl-Picrrc à Genève. M. Paroletti lui a consacré une notice dans ses Piêmonlah illustres. G— G— V.
ALFOÎNSE. Voyez les art. Alphonse.
Al. FORD ( Michel ), cité quelquefois sous les noms de Flood , ou de Gkiffttii , était un jésuite anglais, né à Londres en 1ÎÏ82. 11 étudia la philosophie à Sévillc, la théologie à Louvain, fut cinq ans pénitencier à Rome , puis coadjutcur du supérieur du collège anglais de Liège ; enfin, recteur de la maison des jésuites de Garni. Ayant été envoyé en Angleterre, il fut arrêté et mis en prison, en débarquant a Douvres, et délivré aussitôt après par la
son mémoire parât la même année a Florence, ln-*\ sons le titronlc Ihttertmione tnlle Irefedie 4 Alfieri. Il n'est pas inutile de remarquer que l'auteur ronronne dit pins de mal que de bien du poêle qu'il s'est chargé d'apprécier; exemple rare, surtout en llalie, nu l'on aime a prodiguer les superlatifs de la louante et de l'adiniralloo. — Giagucné, dans l'artirle auquel nous nous permettons d'ajouter cette note, a dédaigne de filer les deux iMtret d un erndemieien (te Tarin, sur un fm*t»§c de la rit de Victor Al/ieri, l'art». 1809, in-S* de SI page*. Il est bon d'en faire mention ici. {Voy. Ginguené.) Elles sont adressées au savant abue Valperga de Caloso. et servent de réponse aux Injures dont Ailler! avait paye une offre de service que lui avait faite Ginguené. Le passée où U est question de Gingnene étant un de reux qoi ont ele retranchés dans la traduction française de la Vie de Vietor Alfieri, publiée en 4809 (par l'etitot), le littérateur français ne distribua en France qne \va d'exemplaires de ses lettres, et fil passer presque toute l'édition en Italie. — Depuis la notice de Ginguené, on a imprimé a Hris le Princt, traduit do l'italien d'AUcrt (par Jean Loque}, In-*. C-d-i.
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protection de te reine. Alfbrd se retira dans te province de Lancastre, on les occupations de son ministère lui laissèrent le loisir de recurillir les matériaux pour ses Annates eccUsiastiques et civiles <f Angleterre. Étant retmssé sur le continent en 165â« pour les mettre en ordre, 11 mourut la même année à St- Omer : mais son travail ne fut pas perdu. 11 est auteur des trois ouvrages suivants : 1° VU de St. Winefrid , traduite du latin de Robert, prieur de Shretrsbury, 1038, sous le nom de Jean Flood ; 2° HYifcmni'a illustrata, rive Lvcii, Helenm . Constàntini Patria et Fides, Anvers, 1641 ; 5" Annales ecrlesiastiei et civiles Britannortm , Sâronum, etc., Liège, 1603, 4 vol. Hugues Cressy a beaucoup profité de cet ouvrage dans son Wstoiir de l'Église d'Angleterre. T— D.
ALFRED, JELFRED, ou ALFRID , surnommé LE Gram>, 6* roi d'Angleterre de te dynastie saxonne, le plus jeune des cinq fils du roi JEthel wolf, leur successeur dans l'empire, et l'un des monarques tjui ont le plus honoré le trdnc et l'humanité, naquit en R49, à Wantage, dans le Rerkshire. Petit-dls d'Egbert, qui n'avait réuni sons un sceptre unique les sept royaumes de l'heptarrhie que pour avoir ft les défendre contre les invasions et la cupidité trop heureuse des Danois , Alfred, a peine couronné, en 871, à l'âge de vingt-trois ans (I), eut à combattre ces fiers et cruels oppresseurs de son pays , contre lesquels il avait déjà déployé sa valeur sous le règne tle son frère ^Ethclred. Il remporta d'alwrd des victoires, fut ensuite accablé par le nombre, se vit même abandonné des siens dans leur découragement (i), résolut de ne pas les abandonner dans leur malheur, et conçut tout à coup l'étrange projet de les sauver par
(t) Dix-sept ans auparavant. U»me avait fait couler snr son front l'huile sainte. »>lte fuis il rec,ut l'onelion nationale : Il fol ela par l'assemblée des rhefs, des guerriers et des sages, eonvoqnée selon la rontume saxonne. V. R — 1>.
(1) Le caractère, l'éducation, les voyages d'Alfred expliquent tel abandon des siens. Il avait vu la France, et, ainsi qu'il es! dit dans l'article que nous annotons, la capitale du inonde romain, qui l'était deja du monde chrelieii; il avait donc pu acquérir un fonds de lumières de beaucoup supérieur a relui de ses sujets. Il en résulta chrt lui un orgueil peu compatible avec ses fondions nuales. S'il mallrail;ilt les grands il S'encourageait pas ponr çr\3 les petits; son biographe ne rele pas celle partie rrprochable de sa vie. « Si l'on avait besoin de son aide, dit-il. il dédaignait d'acrueil- « lir et d'écouter la plainte, ou plutôt il comptait pour rien ses «r sujets. Ille rcro nohit rot audire, nte alieuod auxilium impenu débat, ted omnino eos niiiili peudebat. » (Asserius Mi neven-ls, p. SI). Traiter ainsi un peuple, c'était, a coup snr. mériter d'en être abandonné au jour du danger. Alfred avait lu-soin de se régénérer anx sources du malheur. Lors donc que se présentèrent les Danois n ce fut vaineuieiit, dit un ingénieux historien (M. Anguso tin Thierry, Omenéie de lAngMerre, t. t"), re fut vainement qu'Alfred envoya par les villes et les hameanx son messager de « guerre priant une llnhe et une épée nue; qu'il publia la vieille « nrorluwMlon à laquelle nul Saxon en état île porter les amies « n'avait jaunis résisté : Que ij niron-/ttc n'est pat un homme de a rien, toit dam le» lionrgt, toit hors des lourgs, sorte de te mai- « joh et tienne, l'eu d'hommes vinrent; el le roi se vit presque « seul avee le petit nombre d'amis qu'il enchantait de son savoir et a qu'il louchait souvent jusqu'aux larmes par la lerlure de ses « écrits. » Forée lui fut bien alors de prendre la fuite, et parlant, il est douteux qu'il ait songe en cette conjoncture, ainsi que là prétend l'auteur d'ailleurs judicieux de cette biographie, a faire 4e celte tuile un moyen de salut pour son peuple. Ou ne voit dm de si loin dan» le nialbcor;c'csi bien asseï d'esperw encore, t. R— »,
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sa faite, et d'aller s'ensevelir dans une retraite ignorée, pour y attendre le moment de se remontrer. Ce moment arriva bientôt. Le comte deDevon, qui seul savait le secret de son maître, fit parvenir un signal d'espérance dans la cabane solitaire où, près du confluent de la Parret et de laTone, le royal fugitif était depuis six mois le serviteur d'un pâtre (3). Instruit que quelques réunions étaient prêtes à se former contre les Danois, et que la division commençait à se mettre parmi eux , Alfred songe à s'introduire dans leur camp, pour y apprendre à les connaître et k les vaincre. 11 avait reçu sa première éducation à Rome, sous la tutelle du grand pape Léon IV, qui l'avait marqué de l'onction sainte, et appelé du nom de $on filt chéri. Il y était retourné depuis avec son père, et, en y puisant les connaissances précieuses pour les fonctions qu'il devait remplir un jour, n'avait pas dédaigné les arts d'agrément : il excellait dans la musique. Une liarpe à la main , déguisé en espèce de berger troubadour, Alfred entre dans le camp danois. Il est conduit aux généraux et charme leurs oreilles, sans exciter leurs soupçons; on le laisse errer parmi les soldats comme parmi les chefs : il assiste à leurs repas, entend leurs projets et leurs querelles, examine leur position , vole dans les bras du comte de Devon , et revient avec lui porter la terreur et une destruction totale dans ce même camp qu'il cliarmait tout à l'heure par ses accords mélodieux. A la nouvelle de la victoire de son roi, l' Angleterre se ranime , et semble ressusciter tout entière (4) . D'heure en heure de nouveaux bataillons joignent l'armée royale, après avoir signalé leur marche par quelque action éclatante de patriotisme et de loyauté. La défection se met parmi les Danois. Un de leurs princes vient dans le camp d'Alfred lui demander la grâce du baptême , l'honneur d'être son filleul, et la faveur de devenir son vassal dans une principauté tributaire. Alfred lui accorde toutes ses demandes, l'établit roi feudataire de la Northumbrie et de l'Est-Angle, comble de libéralités les seigneurs
(S) 11 y fat même, k ce qn'il paraît, assex rudement éprouvé, obligé qu'il était d'y cuire de ses royale» main» le pain que partageait avec lui son note. Les manuscrits fournissant même a ce sujet une anecdote asseï tournante et qui rappelle les terni* anciens. La femme de son bote, oblige de s'absenter, lui avait expressêment recommandé de Teiller à la ruisson d'un certain (râteau. On «omprend qu'Alfred n'avait pas absolument l'esprit a celte besogne domestique; 11 laissa brûler le gâteau, et s'atiira de la part de son hôtesse d'amers reproches; elle serait allée même jusqu'à l'accuser de s'être laisse entraîner par an appétit desordonné. Alfred promit de faire mieux a l'avenir. C'est dans le gool de l'inlarque. Ainsi Philopemen. dont la mauvaise mine ne laissait pas voir le grand bomme.se dépouillait de son habit et fendait du bois dans la maison où il séjournait par hasard. Nous ritons d'autant pins volontiers notre anecdote, que si elle procède peut-être de quelque réminiscence classique, ce qui va suivre dans la vie du lieros témoigne do touvenir d'un modèle plus récent. V. fi— P.
(4) Les peuples aussi bien que les rois se forment ilenee. Pendant qu'Alfred méditait dans l'adversité, les bissaient tous les maux de la conquête. L'n grand noir tants s'étalent embarqués sur les cotes de l'ouest pour chercher un refuge dans les pays voisins; d'autres travaillaient pour les Danois, dont ils étaient devenus les tributaires. Dans cette situalion, ils durent être amenés k regrelter leur premier état et une domination | qui leur avait paru si difficile a porter. I ■ K— ».
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danois qui avaient suivi leur prince (S), et gagne les uns par sa munificence, tandis qu'il continue a dompter les autres par son active intrépidité. Une nouvelle irruption de barbares menace Rochester : Alfred accourt, fait lever le siège, et chasse les batbares sur leurs vaisseaux, où bientôt il doit les atteindre. La ville de Londres était encore occupée par eux : Alfred l'assiège, la prend, la fortifie, et la met à l'abri de toutes leurs attaques. Des vaisseaux leur restaient : Alfred construit, équipe , arme une flotte qui soumet, dissipe ou prend la leur. (6) Enfin, ses négociations , son habileté , plus que toutes ses vertus , lui font des sujets volontaires de la plupart des Danois que son bras n'a pas encore frappés, et . il forée les autres à l'admiration et à la reconnaissance, en leur laissant la liberté de se retirer dans leur pays natal ou originaire, sous la conduite d'un chef qu'il met à leur tête. Tranquille au dedans, n'ayant plus rien à craindre du dehors, Alfred, assis sur un trône inébranlable , ne s'occupe plus que de la civilisation et du bonheur de ses peuples. La division de toute l'Angleterre en comtés , districts et cantons (7) ; un code de lois civiles; des lois pénales, remarquables par le soin avec lequel l'humanité y tempérait la justice , en même temps que la justice y pourvoyait à la sûreté publique ; en tête de toutes ces lois, l'institution du jugement par jury, qu'Alfred eut au moins la gloire de consolider (8), si, comme le pensent quelques écrivains, il la trouva déjà existante : (9) l'usage des parlements établi en statut fonts) Il s'appelait Codmn. Le baptême qu'il demandait ne pouvait être pour lui, comme il arrivait presque toujours en res temps barbares, qu'un moyen politique. On se rappelle ClovU et sa conversion. Le chef frank avait eu besoin, lui aussi, nonobstant ses conquêtes, de se faire accepter par le* chrétiens de la Gaule. Ici, U preuve du jugement que nous portons se trouve dans la manière même dont Godrun se prépara a recevoir le sacrement. Il jura avec quelques autres chefs, sur un bracelet eentarrt i feutra die**, de recevoir fidèlement le baptême. Alfred servit de père spirituel au tbef danois, qui o endossa, dit en son style pittoresque l'historien a que nous avons deji cité, qui endossa sur sa cuiras»* de mailles « la robe blanche des néophytes, et repartit avec les débris de ses « troupes pour ia terre dEsi-Angllc. d'où II était venu et d oc U « s'engageait k ne plus sortir.» \. R-d.
(6) C'était vers le temps de l'apparition du fameux ro. de mer HaVing. qui «habitait l'Océan, comme disa.enl les écrivains da- « nnis. et qui. réunissant les fonctions de chef et de musicien. « faisait entendre k ses compagnons d'armes celte trompe»- « '™« * qui avait l'éclat du tonnerre : Tut* e>*nte« /««wniiM « pain » Les Danois d'Angleterre s'étaient joints k ce chef au-
dacïenx. v- n-D-
Î7) L'heptarrhie étant abolie pour faire plarek onc certaine centralisation autour de laquelle se venaient grouper des subdivisions territoriales purement administratives, il en dut être fail une mention plus expresse dans les lois; mais relie manière de compter par cantons el districts, ou par dix on cent, était commune aux peuples d'origine germanique. v- R— D;
18) Ou de formuler, l'ayant en effet trouvée dans les mœurs. Il esi certain que la procédure par témoins assermentés exLsiall avant lui, non-seulement chex les Saxons, mais encore cher d'autres peuples, ainsi qu'il devait arriver alors que la multitude ne reconnaissait guère que des égaux, et qne toutes choses se passaient au grand jour de la famille nailonale.
(9) Tout ce qui suit, comme le reste de la vie d Alfred, raille Charlemagne. A l'époque oh le roi saxon avait visité la France, le souvenir de ce glorieux Frank était vivant encore; il pu» donc on l imiter, ou trouver dans Asser, son biographe, nn antre Eginhard. Ce sont, en erfet, les mêmes traits :4^'4^"|^'r^^ envoyées oq rççocs» tics cc**l£S fondt^c», et
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damental . et par là les droits politi(|ues de U nation non moins assurés que ses droits civils et naturels ; la création d'une marine, de laquelle les Anglais datent leurs prétentions au domaine de l'Océan ; le commerce de l'Egypte, de la Perse, des Indes, déjà ouvert à l'audace de leurs pilotes et à l'industrie de leurs négociants ; enfin, la fondation de cette illustre université d'Oxford et de sa bibliothèque : tels sont les bienfaits qui, toujours sentis, toujours présents, et devant, par leur nature, durer autant que Y Angleterre, y font et y feront bénir d'âge en âge le nom du grand et bon Alfred. Il n'eut pas une vertu, ne posséda pas un genre de connaissance , qu'il ne fit servir à la félicité de ses sujets. Cultivateur, architecte, géomètre aussi habile qu'on pouvait l'être alors , il leur apprenait à féconder leurs champs et à les enclore , à se bâtir des maisons plus solides et plus commodes, à construire des forts pour leur défense, et des temples pour leur culte. Il travaillait à orner leur esprit et à exciter leur émulation par des ouvrages d'histoire nationale ou étrangère, que tantôt il composait, et tantôt traduisait du latin. Il eut même recours à la poésie pour les enflammer davantage ; et, en lisant quelques-unes de ses productions historiques qu'on a eu le bonheur de conserver, on regrette d'autant plus vivement la perte de ses poèmes, cités dans les anciennes chroniques comme les meilleurs de son temps. Roi citoyen, il avait pour axiome favori, et il le consigna dans son testament, que les Anglais devaient être aussi libres que leurs pensées. Roi philosophe, il voulait que l'instruction fût un bien commun à tous ses sujets, punissait par des amendes les parents qui n'envoyaient \m leurs enfants aux écoles publiques, et proclamait dans ses lois « que, la raison et l'intelligence étant les si- « pnes privilégiés de l'espèce humaine, c'était la dé- « grader, c'était se révolter contre le Créateur, que « d'ôter à sa plus noble créature l'exercice des fa- « cullés par lesquelles il a distingué l'Itomme de la « bête. » Enfin, roi religieux , il fonda toutes les bases et de l'instruction et de la législation sur le christianisme, sur le respect pour les ministres connue pour les préceptes de l'Évangile, pour la hiérarchie comme pour le caractère de l'apostolat, depuis le d»cf suprême de l'Église jusqu'au dernier de ses pasteurs. Mais il gagna les cœurs par sa doctrine unie à sa vertu, et ne contraignit pas les consciences par le glaive ; en quoi sa religion fut plus éclairée , et sa grandeur plus parfaite que celle de Cliarlemagne. On a souvent comparé ces deux princes, qui vécurent à un siècle l'un de l'autre , et qui , pour le bonheur de l'humanité, auraient dû être contemporains. Joignant tous deux à la valeur guerrière de grandes vertus civiles et religieuses, tous deux fidèles ol»servateurs des lois, et généreux protecteurs des libertés nationales de leurs sujets, fondateurs des lettres et des sciences dans leurs empires respectifs, animés d'une ferveur égale pour la propagation de l'Église
prtocropalioM de cnllare intellectuelle. A «apposer que qnelqucs (ails s'y trouvent fa dehors da naturel, le fond reste, et la Ogure d'Alfred se Kve imposante et radieose au milieu des ténèbres de ce! teufs obsc ors. V. R— p.
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chrétienne, et pour le maintien de l'autorité apostolique de son chef, Alfred eut une piété douce comme son cceur, et un zèle juste comme ses lois : Cliarlemagne avait cru servir la cause de Dieu en répandant le sang des idolâtres, en armant des bourreaux ; Alfred instruisit des missionnaires. Le monarque français avait été l'orgueil de son armée et le héros de son siècle ; le souverain anglais se contenta d'être le libérateur de son pays, et le père de son peuple. « Au règne d'Alfred, a dit de « nos jours lord Littleton , commencent l'histoire et « la constitution anglaise. » L'an IMM) vit finir ce règne, si fécond en vertus et en bonheur ; ce monarque adoré eut pour successeur Edouard, son fils aîné ( wtjf. Edouard l'Ancies). à qui, par son testament, il recommanda de s'intituler : « Roi par la « grâce de Dieu, par le consentement des seigneurs « et du peuple, etc. » Nous terminerons cet article, un peu étendu, mais auquel il faut en sacrifier beaucoup d'autres, quand on écrit pour instruire, par ce mot de Voltaire, aussi vrai que frappant : « Je no c sais s'il y a jamais eu sur la terre un homme plus « digne des respects de la p*»térité qu'Alfred le
« Grand L'histoire, qui d'ailleurs ne lui re-
« proche ni défaut ni faiblesse, le met au premier « rang des héros utiles au genre humain, qui, sans « ces hommes extraordinaires, eût toujours été sem- « blablc aux bêtes farouches, n Au surplus, Voltaire s'est trompé en disant, et les éditeurs du dernier Dietionnaire historique se sont trompés en répétant que h ce prince bâtit beaucoup d'églises, mais pas « un seul monastère, n Malmcsbury, Léland, le Polychronienn, la Biographie britannique, tous les auteurs anglais disent, au contraire, que a non-setile- « ment il rebâtit presque tous les monastères détruits « par la fureur des Danois, mais qu'il en construisit « plusieurs et en améliora un plus grand nombre. » Il en faisait bâtir un à Winchester, lorsque la mort le surprit. .Son corps ayant été déposé dans la cathédrale de celte ville, les chanoines se prétendirent troublés pendant les nuits |>ar son esprit et |«r des gémissements , qui leur faisaient conclure que cette sépulture lui déplaisait. Par ordre de son fils, sa tombe fut transportée dans l'église de ce nouveau monastère, dont il n'avait pu compléter la fondation, et ses restes vénérables y ont rejiosé en paix jusqu'à la destruction des monastères par Henri VIII. A cette époque, l'évêque de Winchester, Richard Fox, recueillit les ossements de tous les rois saxons de l'Angleterre, les enferma dans des coffres de cuivre inscrits du nom de chacun ; et . pour les préserver de toute profanation, les déposa dans l'intérieur d'un mur artistement construit, qui servait de clôture au presbytère de la caUiédrale. — Les ouvrages qu'on a eu le bonheur de conserver d'Alfred le Grand, outre le corps de lois <pi'il rédigea, et qui a été publié en anglo-saxon par Guillaume Lombard, dans son As- X*t«4jM*, Londres, 4568, in-4°, sont : 1° une traduction de Y Histoire ecclésiastique de Bède, imprimée à Cambridge, 1644, in-fol. 2" Une traduction de Y Histoire d'Orose , imprimée avec une version anglaise, Londres, 1773, in-8°. 3° Epistola ad Vulf-
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