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quinze ans, lorsqu'à la suite d'une querelle. Il fut obligé de se retirer en Espagne , et vint d'abord à Cordoue. 11 ajouta, par sa doctrine, un nouvel éclat à l'académie de cette ville, et mourut à Lucène, en 1103, à l'âge de 90 ans. Ce fut là qu'il composa, sur le Talmud, un ouvrage qui en est l'abrégé trèsexact; les Juifs en font la plus grande estime, le consultent, ('étudient plus qu'aucun autre, et l'appellent le Petit Talmud. On en a fait un grand nombre d'éditions ; quelques-unes n'offrent que le texte seul ; mais on a joint des commentaires à la plupart ; la première , et la plus rare, est celle de Constantinople, 1509. Sabioneta en a donné une autre à Venise, 1552; c'est une des plus complètes et des plus estimées. D — t.
ALFJERI (Oger), d'Asti en Piémont, écrivit, au 13' siècle, une histoire ou chronique de sa patrie; il y raconte brièvement les faits les pins mémorables des temps anciens, et s'étend un peu davantage sur les modernes, jusqu'à l'année 1294, sans s'attacher cependant à suivre rigoureusement l'ordre des temps. Cette chronique, que l'auteur dit avoir recueillie de chroniques plus anciennes, a été insérée dans la grande collection de Murât ori , Seript. rer. ital., vol. 11. Il est vraisemblable que cet Alfieri était un des ancêtres de l'homme célèbre qui fait le sujet de l'article suivant. G — b.
ALFIERI (Victor), poète italien, qui a puissamment contribué, dans le 18* siècle, à soutenir l'honneur littéraire de sa patrie, et qui lui a même procuré une gloire nouvelle, en créant pour elle un genre de poésie qui lui manquait. Il a lui-même laissé des matériaux surabondants pour la partie historique de cet article, dans un ouvrage imprimé après sa mort, où il serait à désirer qu'il n'eut fait entrer que des faits dont sa mémoire et l'histoire littéraire pussent s'enrichir. Il naquit à Asti en Piémont, le 17 janvier 1749, de parents nobles, honnêtes et riches. 11 n'avait pas encore un an lorsqu'il perdit son père, Antoine Alfieri. Il eut pour tuteur son oncle Pcllegrino Alfieri , gouverneur de la ville de Coiii. Cet oncle le fit entrer, en 1758, à l'académie ou collège des nobles, à Turin, où résidait la famille de sa mère, qui était de la maison de Tournon. Il y fut principalement confié aux soins du comte Benoit Alfieri, cousin de son père , qui était premier architecte du roi. Le jeune Alfieri n'avait fait que très-faiblement ses premières éludes. Il ne fil aucun progrès à l'académie. Des maladies dégoûtantes, un caractère violent qu'elles aigrissaient, et les désagréments que ce caractère lui attirait, remplirent fort tristement les premiers moments de sa jeunesse. La mort de son tuteur l'ayant rendu totalement libre, et maître de sa fortune à seize ans, il sortit de l'académie, à peu près dans l'état d'ignorance où il y était entré, sans avoir pris aucun goftt même aux exercices agréables, excepté à l'équitation. Sa première passion fut celle des voyages, mais sans aucun autre but que le mouvement et le changement de lieu. D'abord, en moins de deux ans, il parcourut une grande partie de l'Italie, vint à Paris, passa en Angleterre, séjourna en Hollande, et revint
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en Piémont , sans avoir cherché à rien connaître, à rien étudier, à rien voir. Son second tour fut encore plus étendu et plus rapide : en dix-huit mois, il parcourut l'Allemagne , le Danemark , la Suède , la Russie, la Prusse, revint par Spa et par la Hollande en Angleterre. Son second séjour à Londres ne Tut marqué que par des folies d'amour, et par les aventures scandaleuses qui en furent la suilc. 11 y resta sept mois, et reprit sa course par la Hollande, la France, l'Espagne, le Portugal, d'où il s'élança, avec toute la rapidité des chevaux de poste, à travers l'Espagne et la France, et fut de retour à Turin le 5 mai 1772. Un amour violent et mal placé, quoiqu'il eut pour objet une grande dame de oc pays, l'absorba tout entier pendant deux ans ; mais cette passion eut pour lui l'heureux effet de lui inspirer, pour la première fois, le goût de la poésie et le désir île faire des vers. Apres quelques faibles essais, il parvint à composer une espèce de tragédie de Cléopûlre, qui fut jouée à Turin le 16 juin 1775, avec une petite pièce (les Poêles), où l'auteur se moquait lui-même de sa tragédie. Le succès de ce double essai, quoique borné à deux représentations, décida du sort d' Alfieri, et ce fut pour lui l'époque d'une nouvelle vie. Il ne savait alors que médiocrement le français, presque pas l'italien, et point du tout le latin. 11 entreprit d'oublier entièrement la première langue, d'apprendre parfaitement la seconde, et assez la troisième pour entendre les auteurs classiques. L'étude du latin et du toscan pur, et la composition dramatique, selon un nouveau plan qu'il conçut, et de nouvelles idées qu'il se proposa de suivre dans toutes ses pièces, remplirent alors son temps, fournirent un alimeut à l'activité de son esprit, et firent de riiomme le plus oisif, l'homme le plus laborieux et le plus occupé. Philippe II et Polynice furent ses deux premières tragédies; Anligone suivit de près; puis, à différents intervalles, Agamemnon, Virginie et Oreste; la Conjuration des Pazzi et Don Garcia; Rosmonde, Marie Stuarl, Timoléon et Octavie; Métope et Saul ; cette dernière en 1782. C'était quatorze tragédies en moins de sept ans; encore l'auteur avait-il écrit plusieurs autres ouvrages, soit en prose, comme la traduction de Salluste, et le Traité de la tyrannie ; soit en vers, comme le poème de l Êtrurie vengée, en 4 chants, et les cinq grandes Odes sur la rérolulion d'Amérique. H avait été de plus détourné par des déplacements et des voyages, dont un en Angleterre, seulement pour acheter des chevaux ; enfin par les agitations d'une passion vive et con-
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pour une femme distinguée par son mérite et par son rang. Séparés en Italie par divers obstacles, ils se rejoignirent en Alsace, où Alfieri reprit le cours de ses travaux. Il y fit Agis , Sophonisbe , Mirrha, et, dans un autre voyage, Brutus P* et Brutus II. Malgré son peu de goût pour la France, il vint alors à Paris pour y faire imprimer son théâtre, en même temps qu'il faisait imprimer à Kchl d'autres ouvrages, en vers et en prose, qui auraient éprouvé des difficultés en France , entre autres le traité de la Tyrannie, et celui du Prince et des Lettres, qu'il avait fait depuis. 11 était à Paris depuis près de trois
ans avec son amie, qui, étant devenue libre, s'était réunie à lui, et ne l'a plus quitté. Ses éditions étaient presque terminées quand la révolution éclata. L'ode qu'il lit sur la prise de la Bastille {Parigi Sbastigliato) prouve assez de quel œil il vit cet événement ; mais bientôt les circonstances devinrent plus difficiles, et, après un assez court voyage en Angleterre, le 10 août 1792 ayant donné à Paris, à la France et à la révolution im aspect effrayant , Alfieri et son amie partirent, avec des difficultés nées de ce moment de trouble, regagnèrent précipitamment l'Italie, et se fixèrent à Florence. On commit, après son départ, l'injustice barbare de traiter eu émigré cet étranger célèbre, de saisir et de confisquer ses meubles et ses livres. La plus grande partie de sa fortune était placée dans les fonds de France, il la perdit. Il ne sauva enfin de tout ce naufrage que les ballots de la belle édition de son théâtre, sortie des presses de P. Didot ; ceux qui contenaient ses éditions de Kchl se perdirent et n'ont jamais été retrouvés depuis. De là vint cette haine implacable qu'il conçut contre la France, qui n'a fait que s'accroître ensuite par les événements survenus dans son pays même, et qu'il n'a cessé d'exhaler dans tout ce qu'il a écrit jusqu'à la fin de sa vie (1). Le travail était devenu un besoin pour lui. Parmi les éludes auxquelles il se livra dans ses dernières années, il faut mettre celle du grec, qu'il entreprit à quarante-huit ans, et qu'il ne cessa de suivre avec une ardeur infatigable. Des traductions du grec , quelques nouvelles compositions dramatiques, des comédies d'un genre nouveau, des satires, occupaient le reste de sou temps. Il s'excéda enfin de travail ; des erreurs de régime achevèrent de l'épuiser, et il mourut à Florence, le 8 octobre 1803. Peu de temps avant sa mort, voulant, disaitil , se récompenser lui-même d'avoir réussi, après tant de peines, à apprendre le grec, il imagina un collier d'ordre, sur lequel devaient être gravés les noms de vingt-trois poètes , tant anciens que modernes , et dont il voulait se décorer. Ce collier devait être exécuté en or, en pierres dures, et enrichi de pierres précieuses. Un camée , représentant Homère, y était attaché, et, à l'exergue, étaient deux vers grecs de la composition de l'auteur, qui les traduisit ensuite en italien ; mais il dissimula en partie dans sa traduction l'orgueil du texte grec. Il signiiie littéralement : « Alfieri , en se faisant lui- « même chevalier d Homère, inventa un ordre plus a noble (plus divin) que celui des empereurs. » Il fut enterré dans l'église de Ste-Uroix, où reposent un grand nombre d'hommes célèbres. La respectable amie qui lui survit lui destina aussitôt un tombeau , en marbre , dont le célèbre Canova fit
(t) Alflert se trouvait à Florent* en 4TW, lorsque le malheureux roi de Sardaignc j passa, poursuivi par les ordre» du Directoire de France. Le poète, qui depuis longtemps se repentait de ses premières opinions en faveur de la révolution, profita de cette circonstance pour se présenter devant sou souverain el faire amende honorable. Ce fut alors que Charles Emmanuel, faisant allnsion a son ouvrage révolutionnaire sur ta tyrannie, lui dit es mot remarqua- I bit- i « Voici votre tyran. • M-d j.
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le dessin ; on le voit gravé en tête du second volume de la Vie de Victor Al fieri, écrite par lui-même . Canova l'a exécuté avec une perfection digue de sou talent, et il est dignement placé dans cette église, entre le tombeau de Machiavel et celui de Michel- Ange. Àlfleri avait fait lui-même ainsi son épitaphe :
QllIUCIT. UlC. TiNOU.
VlCTOBUS. Altimi». Astbssiï.
MOtâtDH. IBOMTIttlVllS. CttTOB.
VuiTlTI. TlSTtMODO. OB.VOVIIS.
DOMIMMTIBIS. IDCIBCO. VI BIS.
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