‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 90 sur 129 · ALI 46T · texte numérisé non relu

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prononça la déposition d'Ali. Amrott confirme cette déposition; mais, au lieu de prononcer celle de Moawyah, il le proclame calife. Cette perfidie fut très-funeste au pouvoir d'Ali, et il |>crdit dès lors beaucoup dans l'esprit des musulmans. Une secte puissante, celle des Karidjy, s'éleva contre lui: cette secte, dont l'opinion était que tout péehé dispense les sujets d'obéir au souverain qui s'en est rendu coupable, accusait Ali d'avoir abandonné aux hommes le jugement d'un différend sur lequel Dieu seul devait prononcer; el, d'après cela, elle refusait de lui obéir. Ali, forcé de combatlreces rel)ellcs, (it planter un étendard hors de son camp, et promit le pardon à quiconque viendrait se ranger sous ce sigue de paix. Ce moyen lui réussit : une partie. des séditieux se dissipa, l'autre fut mise en faite. Peu de temps après, trois de ces sectaires fanatiques résolurent d'assassiner, le même jour, Ali, Moawyah et Amrou. Ces deux derniers échappèrent à leur fureur; mais Ali reçut un coup de sabre sur le crâne, nu moment où II appelait le peuple a la prière dans la mosquée de RouTalt, le 17 deramadhan 40del'hégire (21 janvier 661 de J.-C.). Transporté chez lui. il assembla ses enfants et ses amis, et leur dit : « Si ■ je reviens en santé et que l'attentat d'Abdel-Rah- » mail, mon assassin, n'abrège ma vie que de quel- « ques jours, je lui pardonne; mais, si je meurs, • qu'il périsse à l'instant, afin que nous comparais- « sions ensemble devant le maître de l'univers. » Peu île temps après, il rendit le dernier soupir, et son meurtrier expira dans les plus cruels supplices. Ainsi mourut, a l'âge de 63 ans, et au bout de 4 ans 9 mois de règne, un des plus célèbres héros de l'islamisme. Son corps fut enseveli secrètement par ses lils, près de Koufah. Ce ne fat que sous le règne des Abliassides qu'on découvrit son tomheau. AdhadEddaulah, le bouide, lui fit construire un su|>erbe monument , qui est visité par tous les pieux chyïtcs. Il fat honoré, de son vivant el après sa mort, de plusieurs surnoms |Kimpcux. Celui de Morlhady, c'est-a-dire agréable A Dieu, a été corrompu parlesécrivains occidentaux en celui de J/ortu*. Beiske l'a comparé à Auguste pour le savoir, à Trajan pour la clémence, à Marc-Aurèle pour la philosophie et la piété, et à Poni|>ée pour la valeur el la fin tragique. Sansadopter ces rapprochements, plus ingénieux qu'exacts, l'historien impartial est forcé de reconnaître dans ce zélé propagateur de l'islamisme un prince brave, généreux et digne d'une autre lin. Quoique ses droits au califat fassent incontestables, il n'employa jamais la force pour les faire valoir, et se soumit à la puissance, comme un simple musulman. Élevé au trône par le \ ou de ses concitoyens, il montra peu de talents politiques, parce que l'art de feindre ne pouvait s'allier avec sa franchise. « Souviens-toi, écrivait-il à Moawyah, que j'ai ima molé plusieurs des tiens, et que tu trouveras en h moi un ennemi redoutable, mais franc et mépri- « sant la trahison. » Il avait pour ses soldats la tendresse d'un pi re, et ne les conduisait au comtat que lorsqu'il avait épuise tous les moyens propres à ramener les rebelles à leur devoir. Son esprit était

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cultivé par l'étude, et il a laissé plusieurs recueils de sentences, de proverbes et de poésies. Golius et Letté ont publié des fragmente de ces sentences ; le premier à Leyde en 1629, et le second en 1748, à la suite du poème de Hen-Zobaïr. Vattier a traduit en français, et fait imprimera Paris en 1660, celles qui ont été publiées par Golius. Ockley a donné, dans la troisième édition de son Histoire des Sarrasins, une version anglaise de 169 sentences d'Ali. Wasmutli observe, dans la préface de sa Grammaire arabe, que ïoeberning a publié une centurie de ses proverbes. Quant aux poésies, Guadagnoli est le premier qui les ait publiées, avec une traduction laline, à Home, en 1042. Kuypers en a donné une nouvelle édition plus correcte, Leyde, 1745, in-8". Ce recueil contient six petits pommes, dont le premier avait été donné par Golius, à la suite de la Grammaire d'Erpcnius, Leyde, 1656; et les second, troisième et quatrième, par Agapilo, à la suite de sa Grammaire arabe, Rome, 1687. Ali, tant que Fatliimah vécut , n'eut pas d autre femme : elle lui donna trois lils, Haçan, Hoceîn et Mohaçan, morts en bas âge. Il contraria, après sa mort, plusieurs mariages, dont il eut douze autres fils et dixbuit lilles. Sa postérité, multipliée à l'infini, s'est répandue dans unit l'Orient. Le titre vrai ou supposé A'Alide, ou descendant d'Ali , a consacré le règne des Almohades d'Afrique et d'Espagne, des Fatbimites d'Egypte, des Ismaéliens, des princes de l'Yémen, des chéri fs de la Mecque, et d'une foule d'imposteurs, dont la puissance passagère ne s'est établie que par le meurtre et les guerres civiles. ta morale douce et facile d'Ali, ses vertus, et peut-être ses Bailleurs, lui avaient gagné l'estime et l'amour d'un grand nombre de musulmans, qui embrassèrent sa cause avec rlialeur. Ils ne virent, dans l'élévation des trois premiers califes, que l'usurpation d'un pouvoir qui appartenait au gendre du prophète. Les sunnyles (orthodoxes), ou partisans des trois premiers califes, ne les regardèrent, au contraire, que comme des séditieux, des hétérodoxes, qualilications exprimées par le nom de chyites qu'ils leur donnent. Les deux partis en vinrent aux mains, et Bagdad vit plusieurs fois ses rues teintes du sang des croyants. Celte distinction de sunnyles et de chyites existe encore ; les Turcs sont sunnytes, les Persans sont chyites, et c'est une dps princqwdes causes de la haine cuire ces deux nations. Ainsi, les Persans, comme tous ceux de leur secte, maudissent la mémoire des trois premiers califes, et ne reconnaissent de succession légitime au califat que dans la maison d'Ali. Ils donnent le titre d'imam aux princes de cette maison. Ces princes sont au nombre de douze. Ali en est le premier, et Mcluly le dernier. ( Voy. ce nom et celui de Haçan, qui succéda à Ali sonore.) J-s.

ALI, roi de Maroc, troisième monarque ahnoravide, lits tic Yusef, ou Joseph, lui succéda en 4 1 10. Moins guerrier que son pore, il négligea ses conquêtes eu Espagne, et ne s'occupa, au commence ment de sou règne, qu'a faire bàtirdesomptucuxédifices, emre autres la grande mosquéede Maroc. Déter-

miné enfin par les pressantes sollicitations des musulmans d'Espagne, il vint à leur secours en 1U3, mais ne fît rien de mémorable dans plusieurs campagnes consécutives, et dont la dernière fut trèsmalheureuse; il perdit le sceptre et la vie, dans une grande bataille contre Alphonse d'Aragon, en IH5. Ali aimait les sciences et les leUres. C'est lui qui fit former, par une société de savants arabes, le recueil des ouvrages d'Avicenne, tel que nous l'avons. B — p.

ALIBENAL-ABBAS-AL-MADJOCCY, célèbre médecin, était d'origine persane, et mage de religion. Il est auteur de l'ouvrage connu sous le nom (VAl-kamel (traité complet de médecine), et d',4/- Maleky ( le Livre royal). Ali le dédia i Adhad-Eddaulah, prince bouïde. Ce traité a été traduit en latin, publié à Venise en 1492, in-fol., et réimprimé A Lyon en 1523, in-4". J — K.

ALI-BEY, chef de mamelucks, naquit vers 1728, dans le pays des Abazes, ou Abares, voisin du Caucase, et pépinière des soldats et des lieys qui tiennent l'Egypte sous le joug. Ali-Bey fut amené au Caire, comme esclave, à l'iîge de douze ou treize ans. et vendu à lbrahim-Kiaya, ou chef vétéran de janissaires, qui parvint, en 1746, à s'emparer de l'autorité, et à soustraire cette province à l'obéissance de la Porte ottomane. Élevé près de lui dans tous les exercices qui assimilent les mamelucks aux jeunes nobles des temps de la chevalerie, Ali-Bey s'y livra avec tant de pétulance et d'ardeur, qu'il reçut le surnom de Djendali (le fou). Affranchi a vingt ans, il se maria, et acquit le privilège de laisser croître sa barbe, bientôt il fut mis au rang des vingt-quatre beys qui gouvernaient l'Egypte. La mort de son protecteur, Ibrahim, en 1757, lui fît ensuite concevoir les plus hardis desseins. Il succomba d'à bord sous les efforts d'une faction opposée, et fut exilé dans le Sald, ou haute Egypte. Il y demeura deux ans, et employa ce temps à mûrir ses projets. En 1766, il les mit à exécution. Son adresse, ses intrigues, le portèrent au rang de chef suprême : il tua quatre beys, ses ennemis, chassa le pacha, simulacre de l'autorité légitime, refusa le tribut, et fit battre monnaie en son propre nom. La Porte, occupée de la guerre contre les Russes, fut obligée de temporiser, et Ali-Bey en profita pour reprendre un port du Saîd, dont un chef arabe s'était emparé. 11 lit même sortir de Suez une flotte qui prit possession de Djedda, port de la Mecque, tandis qu'un corps de cavalerie, commandé par son favori et son fils adoptif, Moliammcd-Bey, occupait et pillait la Mecque même. Un jeune marchand vénitien avait suggéré à Ali le projet de faire reprendre au commerce de l'Inde la route de la Méditerranée et de la mer Rouge. En 1770, il fit alliance avec le fameux cheik Daher, révolté contre la Porte, en Syrie, et projeta la conquête de toute cette province, ainsi que de la Palestine. Il envoya d'abord un corps de mamelucks s'assurer de Gaza, et lit marcher, sous les ordres de Moliammed, la plus forte année qu'il pût lever. Ce général, s'élant joint dans Acre aux troupes de Daher, marclia sur Damas. Il livra bataille,

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■e 6 juin 1771, aux forces réunies des pachas turcs, et remporta la victoire. Damas se rendit, et le château venait de capituler, lorsque Mohammed retourna tout à coup en Egypte. 11 s'était laissé gagner par le pacha de Damas. Ali-Bey, déçu dans son espoir, songea cependant à renouveler cette expédition ; mais ses efforts furent sans succès. 11 voulut en vain se saisir de Moliammed, qui s'enfuit dans le Satd, d'où il revint bientôt avec un fort parti. Ali-Dey, défait dans une escarmouche, aux portes du Caire, s'enfuit vers son ancien allié, le cheik Daher. Ayant réuni ses forces à celles de ce chef, il alla faire lever le siège de Sidon, alors investie par le général turc, Osman; et, dans une bataille qui eut lieu en juin 1772, les deux alliés défirent complètement l'armée turque, quoiqu'elle fût trois fois plus nombreuse que la leur. Ils prirent ensuite Jaffa, après un siège de huit mois. Ali-Bey nourrissait toujours l'espérance de dominer de nouveau, et de se venger. Les instances pressantes <pie ses amis du Caire lui faisaient de reparaître ; l'indignation publique, excitée par l'ingratitude de son esclave; l'impatience où il était lui-même de cesser de vivre exilé et proscrit, le portèrent à marcher sur le Caire avec ses mamelucks, restés fidèles, et 1500 Jaffadiens, commandés par un fils de Daher. Mais le malheureux Ali-Bey courait à sa perte, et tombait dans un piège : il était attendu, dans le désert qui sépare Gaza de l'Egypte, par un corps de 1 000 cavaliers d'élite. Mourad-Bey avait juré à Mohammed de lut livrer Ali-Bey ; et c'était à celle condition que Mohammed avait donné d'avance la femme d'Ali à ce jeune et fougueux Mourad. Il fondit avec sa troupe sur le bey, qui ne s'attendait pas à être attaqué : Mourad le rencontra dans la mêlée, le blessa d'un coup de sabre à la tête, le prit, et le conduisit à Mohîfmmcd. Celui-ci reçut son ancien maître avec toutes les marques du respect, se disant son esclave, baisant la poussière de ses pieds, parée qu'il avait mangé ion pain et ton tel; mais, le troisième jour, Ali-Bey mourut de poison, ou des suites de sa blessure. Ainsi périt ce mameluck fameux, qui fixa quelque temps les yeux de l'Europe, sans avoir eu ni conduite, ni moyens. Ce fut une grande idée dans Ali-Bey, souverain de l'Egypte, que d'essayer de faire de Djcdda l'entrepôt du commerce de l'Inde, de faire abandonner la voie du cap de Bonne- Espérance, et de rappeler le commerce européen à l'ancienne route de la mer Rouge et de la Méditerranée; mais, avant les richesses, il avait à introduire les lois dans l'Egypte; il devait assurer le nécessaire aux Égyptiens, avant de leur promettre le superflu. Aussi les peuples ont-ils beaucoup moins rendu justice à quelques grandes pensées qui n'ont pas eu d'exécution, qu'ils n'ont détesté les impôts, les vexations, les folles dépenses, et les prodigalités déréglées de l'ambitieux Ali-Bey. C'est parce que l'expédition de Djedda lui avait coûté 26 millions de France, et que la poignée de son candjiar était estimée 225,000 francs, que la famine désolait le Caire en 1770 et 1771. Aussi le mameluck Ali-Bey, moins juste, moins grand qu'ambitieux et vain, ne fut pas

un maître plus regretté des Egyptiens, que ceux qui l'avaient précédé ou que ceux qui le suivirent. S — T.

ALI-BEY, ou ALI-BEIGH, premier drogman du sultan Maliomet IV, naquit à Léopold, en Pologne, et fut baptisé, au commencement du 17* siècle, sous le nom de Bobuowski. Enlevé très-jeune par les Tatars, il fut vendu aux Turcs, qui relevèrent dans le sérail jusqu'à l'âge de vingt ans. Il accompagna alors un seigneur turc, qui se rendait en Egypte, fut mis par lui en liberté, et revint à Constantinople, où il fut nommé interprète du Grand Seigneur. 11 se voua dès lors à l'étude des langues. On prétend qu'il en apprit dix-sept, et qu'il connaissait surtout i fond le français, l'anglais et l'allemand. Forcé de professer la religion des musulmans, il resta toujours dévoué aux chrétiens, et il avait même pris la résolution de retourner au christianisme. 11 voulait, pour cet effet, passer en Angleterre, où M avait des relations ; mais la mort l'empéclia d'exécuter son projet ; il mourut à Constanlinople, en 1675. On a d' Ali-Bey des mémoires en latin, sur la liturgie det Turct, tur let pèlerinages à la Mecque, etc., rédigés à la demande de Thomas SmiUi, et publiés par Thomas Hyde, dans son édition de Périttol, Oxford, 1691, avec des notes; une grammaire turque, un dictionnaire turc, une traduction, en turc, du Catéchisme anglais, une traduction de la Bible, dans la même langue, restée manuscrite, et déposée à la bibliothèque de Leyde. Ses Dialogi Tureici, et sa traduction, en turc, du Janua linguarum de Commenius, furent envoyés manuscrits à la bibliothèque royale de Paris. On croit qu'Ali-Bey fournit des mémoires à Ricaut pour sou État de l'empire ottoman, et qu'il fut le principal auteur de la traduction en langue turque du traité de Grotius, de Yerilale religionit ehritliana. C — au.

ALI, surnommé COOUOOSOI, parce qu'il était fils d'un vendeur de charbon. L'empereur Achmet II l'ayant rencontré, encore enfant, dans un bois près d'Andrinople, fut frappé de sa beauté, et le fit conduire dans le sérail. Il était devenu sélictar aga, lorsque la faveur d' Achmet 111 vint mettre le comble à sa fortune. Coumourgi élevait et déposait presque à son gré les grands vizirs, avant que I l'âge permit qu'il le devint lui-même. Élevé, en 1714, à cette dignité, Charles XII eut en lui l'ennemi le plus nuisible à ses intrigues et à ses intérêts : Ali refusa constamment de servir le roi de Suède, et le força, par son obstination, à quitter le territoire ottoman. Ce fut lui qui décida, en 1715, la guerre contre les Vénitiens, dont le résultat, pour leur république, fut la perte de la Morée. Cette infraction au traité de Carlowitz amena la guerre de 1716, entre la Porte et l'empire d'Allemagne. Coumourgi, fier de commander 150,000 hommes, et croyant que son bonheur suppléerait à son inexpérience, entra dans la Hongrie pour y combattre le prince Eugène. « Je deviendrai un plus grand général que lui, et « à ses dépens, » disait le présomptueux grand vizir. Les deux armées se rencontrèrent à Peterwa-

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radin ; les Ottomans furent complètement battus, et Ali-Coumourgi expira deux jours après cette défaite, de la suite des blessures qu'il avait reçues en cherchant à rallier les fuyards. S— Y.

ALI-EFFEMU, né à Philippopolis, en Bulgarie, florissait sous le règne du sultau Sélim I", et publia une bonne Hitloire de* quatre mitons Mahomet II, Bajaxet II, Sèlim et Soliman. On remarque dans cet ouvrage, devenu très-rare, un grand amour «le la vérité, beaucoup d'éloiguement pour la flatterie, et surtout une modération envers les chrétiens, peu commune aux historiens de sa nation. Ali-Effendi fut secrétaire de la trésorerie sous le defterdar Fulier-Pacha. S — y.

ALI-PACHA, capitan-pacha sous le règne du sultan Sélim II, commandait la flotte ottomane dans l'expédition de l'Ile de Chypre, l'an 978 de l'Iiégire (1570 de J.-C.}, et tint la mer pendant que le grand vizir Mustapha assiégeait les Vénitiens dans Nicosie, et ensuite dans Famay;ou«te. L'année suivante ayant amené la chute de cette dernière place, et la réduction de l'Ile entière, Ali-Pacha pourvut à la sûreté de sa nouvelle conquête, et alla ravager ensuite les iles de Candie, de Zante et de Cépludonie, appartenant alors aux Vénitiens; il s'empara aussi de Dttlcigno, d'Antivari et de Dudon, en l)almatie; mais il éclroua devant Cattarn. Cependant Sélim, ayant eu avis de la ligue formée entre les princes chrétiens contre les Turcs, ordonna à son amiral de porter la guerre cher les confédérés. Ali- Pacha remit en mer avec une flotte de deux cent quatre-vingts galères, et ravagea les côtes de Dalmatie, d'Istrie et celles d'Italie avec tant de fureur, que les Vénitiens tremblèrent pour leur capitale. Ali quitta enfin la mer Adriatique et fit voile pour le golfe de Lé|»ante. Là il apprend que la flotte chrétienne, armée par les Vénitiens, les Espagnols et les princes d'Italie, s'avançait sous le commandement de don Juan d'Autriche. Il assemble aussitôt un conseil de guerre pour délibérer s'il faut accepter ou refuser la lialaille. Tous ses lieutenants soutinrent qu'il n'y avait aucune nécessité d'en venir à une action décisive; mais l'ardent amiral fut d'avis de eomlwttre sans délai. Il sortit du golfe avec toute sa flotte, rencontra les galères chrétiennes entre Lépante et Patras. Là fut livrée, le 7 octobre 1571, la bataille la plus mémorable dont ces mers eussent été le théâtre depuis la journée d'Actlum. Ali-Pacha soutint avec intrépidité un combat inégal ; pendant quelques heures il retint la v ictoire en suspens, et, ayant aperçu la galère amirale des chrétiens, il fondit sur elle avec tant d'impétuosité, que les proues de l'une et de l'autre se brisèrent et tombèrent dans la mer. Ce combat entre les deux amiraux fut terrible ; enfin la galère d'Ali fut emportée à l'abordage, le pacha fut tué, et sa tète exposée au bout d'une pique, comme un signal de la victoire. Ce «peetaole et les cris de joie qui s'élevèrent dans toute la flotte chrétienne firent perdre courage au reste des galères turques ; la plupart furent prises ou coulées à fond, ou brûlées. S— v.

ALI (KllODJA) fut proclamé dey d'Alger par

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les soldats, après l'assassinat d'Achmet-Pacha, en norembre 1808. ( Foy. Aciimbt.) Il avait été, pendant plusieurs années, desservant d'une mosquée, ce qui n'explique guère son élévation soudaine à la suite d 'un;1 révolution opérée par des militaires. Du reste, cette révolution ne fut suivie d'aucun des désordres que produisent de tels changements dans un gouvernement dcs|iotique : elle avait commencé à tlix heures du matin, et à midi les consuls des puissances étrangères se présentaient déjà au palais pour rendre leurs devoirs au nouveau dey. Ali ne jouit que quelques jours de sa nouvelle dignité, et il paya de sa tète la faveur passagère qui l'avait porté au pouvoir. Il avait choisi pour ministres des liommes obscurs et ignorants qui s'étaient empressés de partager les dé|>oiiilles des ministres congédiée, au lieu de les déposer au trésor public, selon l'usage. Z.

ALI, nabab d'Aoude et vizir de l'empereur mogol Schah-Alem, naquit en 1781 et devint le fils adoptif de Assef-Eddaulah, nabab d'Aoude. Assef n'avait pas d'enfants légitimes, et l'on doute qu'il en eut de naturels. Il avait l'iiabitude, lorsqu'il rencontrait une femme enceinte dont l'extérieur lui plaisait, de l'inviter à venir faire ses couches dans son palais, ("est ce qui arriva à la mère du vizir Ali, qui était d'une condition obscure. La gentillesse d'Ali lui gagna si bien l'affection du vieux nabab, qu'il adopta cet enfant, et qu'il lui fit donner une éducation digne d'un prince destiné au trône. Ali fut marié à treize ans. Puur se former une idée de la splendeur dont fut entourée sa jeunesse, il faudrait lire le récit de ses noces fait par Forbes dans ses Mémoire». Lorsqu'Ali fut reconnu jwr Asscf-Eddaulah comme son successeur au trône, la famille du vieux nabab manifesta une grande opposition. Cependant, à la mort de ce dernier, en 1797, Ali fut soutenu par le gouvernement anglais et placé sur le tronc. D'après la loi de Mahomet, un enfant adoptif a droit à tous les privilèges d'un enfant légitime. Mais peu après être monté sur le tronc, le nabab montra un caractère actif, turbulent, et rompit son traité avec le gouvernement anglais. En conséquence il fut déjwsé par lord Teignmouth , le 21 janvier 1798, et remplacé par Saadet-Ali, frère du vieux nabab. On lui assigna une pension de deux lacks de roupies; mais on jugea nécessaire de le faire demeurer près de la présidence, pour qu'il fut sous l\ril du gouvernement. Il vint à Bénarès. où Cherry, résident île la compagnie, avait été envoyé afin de prendre les mesures convenables. Ce résident l'ayant engagé à déjeuner, il se présenta avec une suite nonlbreusc et année. On avait recommandé à Cherry de se tenir sur ses gardes, mais il dédaigna ce soin. Le prince se plaignit beaucoup de la manière dont la compagnie se conduisait avec lui ; puis, à un signe qu'il fit, plusieurs de ses domestiqua se jetèrent sur Cherry, qu'ils massacrèrent, ainsi que Grahain, dont il était accompagné. Ils coururent rie là chez un antre Européen, M. Davis, dans l'intention de le massacrer aussi ; mais celui-ci avait été prévenu et put se défendre jusqu'à ce qne

les troupes de la compagnie arrivassent à son se cours. Cependant un autre Européen fut lue par ces furieux. Ali se sauva sur le territoire du rajah de Berar, chef puissant et indépendant, qui ne le rendit qu'à la condition expresse que sa vie serait é|>argnce. Le gouvernement anglais se crut obligé d'accéder à cette condition, et, en conséquence, Ali fut livré, conduit à Calcutta, et enfermé au fort William, dans une cage de fer, où il eut en effet la vie sauve, puisqu'il ne mourut qu'en mai 1817, après un emprisonnement de plus de dix-sept ans! Il eu avait alors 56. Z.

ALI-PACHA ( TÉi'ÉLENiXM ), vizir de Janina, surnommé Ahsla.n ou lu liojs , a fixé dans ces derniers temps l'attention de l'Europe. Soit qu'on le considère dans son élévation ou dans sa chute , il doit ligurcr dans l'histoire comme un personnage du premier ordre , et en même temps comme un des tyrans les plus cruels qui aient tourmenté l'espèce humaine. On saisirait mal les traits de son caractère si on le jugeait Indépendamment du pays qui l'a vu naître, des circonstances où il a vécu, du gouvernement auquel il a du son élévation, et des maurs grossières et féroces des peuplades qu'il était appelé à commander. Ali naquit vers l'an 1741, à Tépélcni, ville moderne, située à vingt lieuesau nord de Janina. Sa famille, que Ton distinguait par le surnom d' Hissas , faisait partie de la tribu des Toskides , qui se disent anciens musulmans. Il se donnait une origine asiatique , assurant que ses ancêtres avaient passé de la Natolie en Epire avec les hordes de liajazet. Quoi qu'il en soit, ils embrassèrent la profession lucrative de déplues, sorte de brigands avoués et publics, qui les rendit bientôt assez puissants pour envahir le domaine de Tépéleni. C'était une espèce de lief placé originairement sous la suzeraineté du pacha de lierai, et qui Tut transmis à l'aïeul d'Ali, nommé lUoukhtar, chef de bande mort en 1710, au siège de Corfou, où il commandait , en sa qualité de pncha à deux queues, une des divisions de l'année turque. Le plus jeune de ses fils, Véli-Iley, devenu premier aga de Té|iélcni , sa ville natale , épousa la tille du Ivy de Konitza, et s'allia par celte uuion aux premières familles du pays. 11 n'en fut pas moins frustré d'une partie de ses domaines par suite de ses démêlés soit avec ses frères, soit avec les beys et les agas voisins. A sa mort , Ali son lils , qui fait le sujet de cet article , et qui avait à peine treize ans, eût été entièrement dépouillé, si sa mère Khamco, douée de beaucoup de ca|>acilé et d'une grande force d'âme, n'eut elle-même administré son héritage. Tout entière au bonheur de son lils tnj'cllc chérissait tendrement , cette femme n'eut plus d'autre pensée : aussi, quelles que fussent la turbulence et lu vivacité du jeune Ali, ilsc montra toujours envers sa mère fort reconnaissant et fort soumis. « Je dois tout a ma mère , a-t-il « dit plus tard , car mon père en mourant ne m'aa vait laissé qu'un Irou et quelques champs. Mon « imagination, enflammée par les conseils de celle « qui m a donné deux fois la vie, puisqu'elle m'a fait ■ homme et vizir, me révéla le secret de ma desr>Jmce< I^s lors je ue rêvai plus que puissance ,

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« trésors, palais, enfin ce que le temps a réalisé et

o me promet encore ; car le point où je suis arriva « n'est pas le tenne de mes espérances.... » Comme l'Albanie, qui est l'ancienne Epire, pays âpre el rude, était divisée par des associations anarchiques , où de giands feudataircs balançaient l'autorité des pachas envoyés |»ar la Porte , le jeune Ali , sous la tutelle de sa mère, qui s'élevait au-dessus des faiblesses de son sexe , s'accoutuma de bonne heure à tous les exercices d'un palikan ou guerrier albanais, faisant des courses et du butin dans les terres des ennemis de sa famille. Il eut bientôt à soutenir tous les efforts des habitants de Kardiki , ses ennemis les plus acharnés, qui le dépouilléreut et le chassèrent du toit paternel. Sa mère et sa sœur khainilza , conduites prisonnières à Kardiki , y subirent les plus indignes traitements. Ainsi élevé à l'école du malheur, Ali , errant et fugitif, était réduit aux dernières extrémités , lorsque tout à coup la fortune lui sourit : il découvrit un trésor dans une vieille masure, el pour lui tout changea de face. Aussitôt il leva 2,000 hommes et rentra triomphant à Tépélcni. Sa mère et sa sœur, délivrées par la fuite des outrages des kardikiotes , excitèrent la soif de la vengeance dans le sein d'Ali , déjà trop porté par sa nature a chercher dans le sang la réparation d'une offense. Il avait alors vingt-cinq ans, et la fortune ouvrait un brillant avenir à sou active ambition. Remarquable par sa chevelure blonde, par ses yeux bleus remplis de feu et d'esprit , et aussi par son éloquence naturelle , il prit un rang distingué |»anni les beys du jvays , et mérita le cœur et la main de la lille du sandjak de Delviuo. Levant de nouvelles trou|ies , il tenta de recouvrer les armes à la utain tous les domaines de son pêne ; mais il n'avait pas encore subi toutes les épreuves de l'adversité. Les beys ses ennemis taillèrent en pièces sa petite troupe. Toutefois la fermeté d'Ali déconcerta tellement leurs projets qu'il finit par obtenir paix et sécurité dans ses possessions. Ainsi réconcilié avec ses voisins, il se rend maître absolu de sa ville natale , giossit le nombre de ses adhérents , s'érige tu chef de bande, et pousse a la fois ses excursions dans l'Epire, la Macédoine et la Thessalic, écliappam à tous les dangers à force d'intelligence et d'adresse. Deux fois ou le fit prisonnier, et deux fois son étoile l'emporta. Déjà fameux , mais sans litre ni emploi public, Ali projeta de s'élever sur les ruines de Sélim-Hey, sandjak de Delvino, alors en disgrâce auprès du sultan ; il obtint sa couliance sous le masque de l'amitié , l'épia , le tua en présence même de ses gardes, et tenant à la main un finium déployé : a J'ai tué le traître, cria-l-il d'une voix menaçante; je « l'ai tué par ordre de notre glorieux padischah ; voici « son commandement impérial !» En récompenseil fut nommé lieutenant du paclia de lloumélie, emploi secondaire qui satislit peu son ambition, mais dans l'exerciee duquel il sut augmenter son crédit et ses richesses. Sa réputation militaire était dés lors si bien établie qu'en 1787 on lui conlia un commandement important, sous les ordres du grand vizir Yousouf, dans la guerre entre la Turquie cl les doux cours impé-

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riales. La Porte , à la suite des services qu'il avait rendus dans cette campagne , lui conféra le pachalik de Tricala, en Thessalie, avec la charge de dervendgipacha ( grand prévôt des routes) dans toute la Roumélie. Se trouvant ainsi chargé de veiller à la sûreté de la route de Constantinople à Janina, il saisit cette occasion pour tenir ouvertement un corps de troupes à sa solde , et le porta à 3 ou 4,000 hommes, presque tous Arnautes. Ce fut alors qu'il déploya toute son activité et son ardeur ; mais déjà l'on voyait que ce n'étaient pas seulement les brigands qu'il menaçait , et la Porte s'aperçut qu'elle aurait à redouter son ambition. Affermi dans son gouvernement . et voyant grossir ses trésors , il forma le projet de marchander le pachalik de Janina , qui , en le plaçant sur la frontière de l'Épire , le mettrait à portée de régner en maître sur les Albanais. Des dissensions sanglantes y avaient lieu entre des chefs rivaux. Ali, jugeant le' moment favorable, lève des troupes, bat les beys consternés, qui dans le danger commun avaient réuni leurs forces ; il les contraint de se réfugier dans la ville , et vient canq>er sous ses murs avec une armée victorieuse. Là , il emploie les dons et les promesses pour décider un grand nombre de ses partisans à députer à Constantinople , afin de demander pour lui le pachalik de Janina. La Porte lui renvoie ses députes, avec ordre de licencier ses troupes et de rentrer dans son gouvernement. Sans se déconcerter, il falsifie , de concert avec ses créatures , le lirman impérial , il convoque les beys aux portes de la ville , et leur en fait la lecture. Ce faux acte le créait pacha de Janina, et ordonnait qu'on reconnût son autorité •'• l'instant même. Les beys, frappés comme d'un coup de foudre, se dispersent , et Ali fait son entrée dans Janina aux acclamations du peuple. Là, il rassure les timides, promet à tout le monde protection , et aux beys restés dans la ville des honneurs et des richesses. Le nombre de ses partisans s'étant accru , il envoya aussitôt une nouvelle députalion à Constantinople , plus nombreuse que la première, et ne larda |«s à voir son usurpation revêtu du sceau de l'autorité légitime (1788). Cette dignité le plaçait au même rang que les grands de l'empire ottoman. Riche , puissant et redouté, il avait déjà pour appui ses deux lils , Véli et Moukhtar. Comprimant les beys , admettant les Grecs dans ses conseils , et trompant la multitude par des promesses fallacieuses , il se crut en mesure d'assouvir sa vengeance. C'était au pied de Tchornovo qu'il avait éprouvé jadis la honte d'une défaite : il y marche , s'en empare , fait massacrer une partie des habitants , et vendre comme enclaves les enfants et les femmes ; enfin par ses ordres on rase la ville. Répandant ainsi la terreur dans toute la contrée , il contraignit plusieurs districts à se soumettre. Son ambition augmentant avec sa puissance , il conçut l'idée de fonder en Épire un Eut indépendant. A force d'intrigues et de corruption , il réussit à faire naître dans l'esprit du divan des soupçons contre les pachas dont il convoitait les dépoudles. Ibrahim, pacha de Bérat, pénétra ses desseins ; mais, n'osant l'attaquer à force ouverte, il

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l'arrêta dans ses projets , en soulevant contre lui les Souliotcs , tribu albanaise qui professait la religion grecque. C'était le seul peuple de l'Épire qui, par son esprit d'indépendance, soutint encore la réputation de l'ancienne Grèce. Ali, au printemps de 4790, les fit attaquer par 3,000 de ses soldats qui furent taillés en pièces. Dès le printemps de l'année suivante , les Souliotes sortirent de leurs retraites , et ravagèrent le pays voisin. Ali, s'étant mis à la tête de 10,000 Albanais, espéra les surprendre et les accabler , mais il ne fut pas plus heureux dans cette nouvelle attaque, bien qu'il la conduisit en personne : il éprouva une perte énorme dans la journée du 20 juillet. Alors il renonce aux conquêtes de vive force , et entre en négociation avec les chefs des montagnards, qui souscrivent à une trêve. Mais Ali ne faisait que masquer ses projets en s'armant de patience , vertu qu'il possédait au plus haut degré. Il s'appliqua surtout à amasser des trésors, accablant les Albanais de, taxes; mais d'un autre côté il pourvut à la sûreté des routes, et protégea le commerce. L'un des traits distinctifs de sa politique fut la tolérance religieuse. Il fortifia et embellit Janina, qui, située sur les bords d'un beau lac , se déploie sur le penchant et la base des coteaux qui la dominent : sa population mélangée s'élevait à plus de 30,000 âmes : c'était le centre de la puissance militaire d'Ali-Pacha. Attentif à tous les événements, il sut profiter , pour s'agrandir , de la révolte de Cara-Mustapha, paclia de Scodra dans la liaute Albanie. Ayant reçu l'ordre de marcher contre ce rebelle, il obtint quelques avantages, et se rendit maître de plusieurs positions importantes. A cette guerre succédèrent les mouvements de Passwan- Oglou {voy. ce nom), qui leva l'étendard de la révolte sur les remparts de Vidin. L'empire ottoman, gouverné par Sélim III, prince faible et pacifique, semblait toucher à sa dissolution. L'esprit de révolte s'emparait successivement de tous les pachas. Plus habile , Ali ne songeait encore qu'a se fortifier et à étendre son autorité , lorsqu'un événement extraordinaire vint changer la face des affaires. Le traité de Campo-Formio entre la France et l'Autriche ayant amené la destruction de la république de Venise H 797), la France s'empara des lies Ioniennes, ainsi que de leurs déjiendanees de terre ferme ; et cette puissance fut ainsi portée jusqu'aux frontières d'Ali , peu rassuré |»ar quelques démonstrations amicales de ses nouveaux voisins. Bonaparte , alors général en chef de l'armée d'Italie , envoya à Janina l'adjudant général Roza chargé de sonder le pacha, et de le gagner à la cause de la France. Ali combla cet officier d'honneurs et de présents ; et, soupçonnant à son chef des vues sur la puissance ébranlée du croissant , l'astucieux paclia commença par lier quelques intrigues avec lui. Il lui dépêcha ensuite à son tour un agent confidentiel. La lettre qu'il remit à cet agent était extrêmement flatteuse ; elle séduisit Bonaparte , au point qu'il la fit insérer dans les journaux , et qu'il entra aussitôt en négociation avec Ali, se promettant bien d'en faire un utile instrument pour ses projets ultérieurs. Ali , voulant

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aussi tirer de cette alliance un avantage immédiat , sollicita la faveur de faire passer sa flottille daas le canal de Corfou , au mépris des traités précédents. Aucune protestation ne lui conta. Dans un de ses voyages au golfe Ambracique , il assura le commandant français de Fréveza qu'il était le plus fidèle disciple de la religion des jacobins, et prenant le jacobinisme et ses excès pour une nouvelle religion , U voulut être initié au culte de ta carmagnole. Far de tels moyens il obtint la permission de pré|>arer son expédition au fond du golfe , et , mettant à la voile pendant la semaine sainte de Tannée 1798, il surprit les bourgades de Nivitza et de Vasili , et soumit tous les villages de la cote. Ainsi établi sur les bords de la mer en face de Corfou , au milieu des tribus encore indépendantes de l'Albanie, il était en mesure de saisir tous les avantages que l'avenir pourrait lui présenter. Aux yeux des Français, il colora ses empiétements par le désir de se mettre en contact avec eux ; et quant aux Turcs , il sut leur faire comprendre que ses conquêtes n'avaient coûté la vie qu'à des ebrétiens. D'ailleurs il paya au sultan un tribut pour cliaquc place qu'il avait conquise ; et il acheva de gagner les bounes grâces du divan en proposant de se mettre lui-même à la tête du contingent des troupes albanaises qui devaient joindre le grand vizir , dans sa campagne contre Passwan-Oglou. La réputation d'habileté qu'il venait d'acquérir dans son expédition contre les chrétiens du golfe d'Aria, qu'il avait surpris et cruellement égorgés , lui fit donner le surnom d'Arslan , ou le lion , dans les firmans de guerre que lui adressa le divan, pour marcher contre le pacha de Vidin. Laissant le soin de son gouvernement à son fils Moukhtar , il se mit en marche avec 8,000 Albanais. Quarante pachas de l'Asie Mineure et de l'Eui < [ « , réunis pour réduire Passwan-Oglou, étaient campés devant Vidin , sous le commandement de Houcaïn-Pacha. Ali vint grossir cette imposante ligue , et ne se montra point au-dessous de sa réputation : témoin de la défaite du capitan-pacha et de la mort d'Alo-Pacha, qui fiérit dans les embûches du généralissime , il ne dut lui-même son salut qu'au sage parti de rester au milieu de ses Albanais et de ne jamais se rendre aux invitations du grand vizir. Les pachas réunis apprirent devant Vidin le débarquement de Bonaparte en Egypte. Ali, prévoyant que la guerre éclaterait entre la France et la Turquie , obtint sans peine l'autorisation de retourner à Janina, afin d'observer les événements dont il songeait à profiter. Revenu dans son paclialik , au lieu de répandre l'alarme , il se montra plus que jamais favorable aux Français ; mais en même temps il rappela ses troupes de Vidin, et en leva de nouvelles. Instruit de bonne heure que la guerre était inévitable entre la Porte et la France, et qu'un armement considérable de Turco-Russes se préparait à arraclier les sept lies à cette dernière puissance , il forma le plan de s'en emparer lui-même par ruse , et lit offrir son alliance aux généraux français, à la condition qu'ils lui livreraient Sic - Maure , les postes de terre ferme , et qu'ils admettraient un corps de son ar-

mée dans Corfou, afin de concourir à sa défense. Mais soit que cette ouverture parût un artifice, soit qu'elle se trouvât contraire aux instructions des généraux français, il fut impassible de s'entendre. Ali se tourna alors vers Constantinople, et ce fut à cette époque qu'il projwsa au divan de chasser les Français des places vénitiennes de terre ferme. Il reçut carte blanche pour agir et commença les hostilités par un trait de perfidie. Ayant invité à une conférence l'adjudant général Roza , dans un bourg de la basse Albanie, il tire de lui, dans répanchemenl de la conversation, des informations utiles sur la situation de Corfou , et après le repas le plonge dans un cachot infect, comme un espion envoyé pour exciter une révolution en Épire. Levant alors le masque, il fait attaquer Butrinto et s'empare lui-même de Préveza ; et là , il fait prisonnier le général Lasalcette avec le reste de ses soldats, après un affreux carnage. Le sultan, pour récompenser l'heureux paclia, lui envoya le sabre et la pelisse d'honneur. La puissance d'Ali s'accrut avec sa renommée. Les Albanais , dont les succès avaient exalté le courage, occupèrent Butrinto , Préveza , Yonitza , et toute cette cote d'où ils dominaient le golfe d'Arta et le revers méridional des montagnes de Souli. Telle était déjà In réputation d'Ali, que l'amiral Nelson, arrêtant sa flotte au milieu de la mer Egée, envoya un de ses officiers le complimenter sur la victoire de Préveza , et lui témoigner combien il eût désiré descendre luimême aux rivages de Niropolis, pour venir embrasser le héros de l'Épire. Invité |«ir les alliés à concourir au siège de Corfou , Ali parut bientôt à la tête de son armée sur le rivage de Playa, en face de Ste- Maure, dont il se serait emparé s'il n'eût été traversé par les Russes. Corfou pris et occupé par les alliés, il se vit contraint de retirer ses troupes de ses nouvelles possessions continentales, et il en conçut contre les Russes une haine implacable. De retour dans ses États , il en visita toutes les parties , et trouva l'ordre et la paix très- bien établis; mais le repos ne pouvait convenir Iongteni|>s à son esprit inquiet et essentiellement guerrier. Il médita une nouvelle expédition contre les Souliotes, dont le nom seul inspirait la terreur dans toute l'Albanie. Il ne craignit pas de les attaquer à la tête de 1 2.000 hommes ; mais il fut battu dans plusieurs rencontres, et forcé de se retirer. Suppléant à la faiblesse de ses armes par l'habileté de sa politique, il consentit à une trêve jusqu'au moment où il se vit en mesure de resserrer ses ennemis dans Agia-Paraskcvi leur dernière place ; et, après leur avoir fait subir toutes les horreurs d'un long siège , il contraignit les habitants, par une capitulation, d'abandonner cette ville , leur promettant du moins la vie sauve. Mais ils s'étaient à peine mis en marche , qu'il les fit poursuivre par 5,000 Albanais qui les massacrèrent (novembre 1803). Il rentra dans sa capitale, chargé de dépouilles, et traînant à sa suite les restes de cette malheureuse population dont il orna son triomphe. Attacliant une grande importance à l'occupation de leurs montagnes, il résolut d'y placer le boulevard de l'Épire, et commença par y établir garnison. La

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