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fense dn meurtrier, qui était son ami et son vengeur; mais il se troubla en la prononçant , intimidé par l'aspect des soldats de Pompée , et par les cris des partisans de Clodius. A cette même époque, un décret du sénat nomma Cicéron au gouvernement de Cilicie. Dans cet rmploi, nouveau pour lui, il lit la guerre avec suces, repoussa les troupes des l'ai llies, s'empara de la ville de Pindenissum, et fut salué par ses soldats du nom d'/mperotor, titre qui le flatta singulièrement, et dont il affecta de se parer, mémeen écrivant à César vainqueurde* Gaules. Celle petite vanité lui lit briguer les honneurs du triomphe, et il porta la faiblesse jusqu'à se plaindre de Caton , qui, malgré ses instantes prières, avait refusé d'appuyer ses prétentions. Quelque chose de plus estimable et peut-être de plus réel que sa gloire militaire, ce turent la justice, la douceur et le désintéressement qu'il montra dans toute son administration. 11 refusa les présents forcés que l'on avait coutume d'offrir aux gouverneurs romains, réprima tous les genres de concussions, et diminua les impôts. Une semblable ronduite était rare dans un temps où les grands de Home, ruinés par le luxe, sollicitaient une province pour rétablir leur fortune par le- pillage. Quelque plaisir que Cicéron trouvât dans l'exercice bienfaisant de son pouvoir, il souffrait impatiemment d'être éloigné du centre de l'empire, que la rupture de César et de Pompée menaçait d'un grand événement. Il partit aussitôt que sa mission fut achevée, et retrouva dans sa patrie l'honorable accueil qui l'attendait toujours ; mais comme il lo dit lui-même, à son entrée dans Home il se vit au milieu des flammes de la discorde civile. I) s'était empressé de voir et d'entretenir Pompée, qui commençait à sentir la nécessité de la guerre , sans croire encore à la grandeur du péril, et qui, résolu de combattre César, opposait avec trop de conlîance le nom de la république et le sien aux armes d'un rebelle. Cicéron souhaitait une réconciliation, et se nourrissait de la flatteuse pensée qu'il pourrait en être le médiateur. Cette illusion peut s'expliquer par l'amour delà patrie autant que par la vanité. Le sage consulaire envisageait la guerre civile avec horreur; mais il aurait dû sentir que , si le mal était affreux , il était inévitable. Du reste, ne cherchons pas uu sentiment faible et bas dans le cœur d'un grand homme, et ne le soupçonnons pas d'avoir voulu ménager César, puisqu'ciilin il suivit Pompée. César mardis vers Rome , et son imprudent rival fut réduit à fuir avec les consuls et le sénat. Cicéron, qui n'avait pas prévu cette soudaine invasion, se trouvait encore en Italie, par irrésolution et par nécessité. César le vit i Formies, et ne put rien sur lui. Cicéron, convaincu que le puni des rebelles était le plus sûr, ayant pour gendre Do labella, l'un des conlidents de César, alla cependant rejoindre Pompée. Ce fut unsacrifice fait à l'itonneur; mais il eut le tort d'apporter dans le camp de Pompée les craintes qui pouvaient l'empêcher d'y venir. 11 se hâta de désespérer de la victoire , et dans son propre parti , il laissa entrevoir cette déliance du succès qui ne se pardonne pas , et cette prévention défavorable contre les hommes et contre les choses,
qui choque d'airtnnt [dus qu'elle est ex, ri niée- par «l'ingénieux sarcasmes. Cicéron ne modérait pas .isscx son penchant a l'ironie, et sur ce point, il parait avoir souvent manqué de prudence et de dignité. Après la bataille de Pharsale et la fuite de Pompée, il refusa de prendre le commandement de quelques troupes restées à Dyrrachinm, et renonçant à tout projet île guerre et de liberté, il se sépara «le Calon pour rentrer dans l'Italie, gouvernée par Antoine, lieutenant de César. Ce retour parut peu honorable , et fut mêlé d'amertumes et de craintes, jusqu'au moment où le vainqueur écrivit lui-même a Cicéron , et, bientôt après, l'accueillit avec cette familiarité qui devenait une précieuse faveur. Cicéron, réduit à vivre sous un maître, ne s'occupa plus que de littérature et de philosophie. Le dérangement descs affaires domestiques, et sans doute de légitimes sujets île plainte, le déterminèrent à quitter sa femme Terentta, pour épouser une belle et riche héritière dont il était le tuteur ; mais ce besoin de fortune, qui lui lit contiacter une alliance que l'on a blâmée, ne le détermina jamais à encenser la puissance souveraine ; il se tint même dans un éloignement affecté, raillant les adulateurs de César , et leur opposant \'Êloge de Calon. Il est vrai que, sous le magnanime dictateur, on pouvait beaucoup oser impunément; et d'ailleurs cette hardiesse consolait l'amour-propre du républicain , plus qu'elle n'était utile à ht république ; mais le mécontentement de Cicéron ne put tenir contre la générosité de César pardonnant à Marcellus. L'orateur, ravi d'un acte de clémence qui lui rendait un ami, rompit le silence, et prononça celte fameuse harangue qui renferme autant de leçons que d'éloges. Peu de temps après, dérendant l.igarius, il ht tomber l'arrêt de mort des mains de César, aussi sensible au chai me de la parole qu'à la douceur de pardonner. Dans l'esclavage de la patrie, Cicéron semblait reprendra une partie de ta dignité par la seule force de son éloquence ; mais la perte de sa tille Tullie, le frappant du coup le plus cruel , vint le plonger dans le dernier excès de l'abattement et du désespoir. Il écrivit un traité de la Consolation, moins pour affaiblir ses regrets que pour en immortaliser le souvenir, et il s'occupa même du projet de consacrer un temple à cette fille chérie. Sa douleur, qui lui faisait un besoin de la retraite, le livrait tout entier i l'élude et aux lettres. On a peine à concevoir combien d'ouvrages il écrivit pendant ce long deuil. Sans ftarler des Tutcutanes et du traité de Legibus, que nous avons encore, il acheva, dans la même année, son livre <V Horitnsius , si cher à St. Augustin , ses Académiques en 4 livres, et un Éloge funèbre de Parcia, sn-ur de Caton. Si l'on réfléchit à celte prodigieuse facilité, toujours unie a la plus sévère perfection, la littérature ne présente rien de plus étonnant que le génie de Cicéron. Le meurtre de César, en paraissant d'abord tout changer, ouvrit a l'orateur une carrière nouvelle. Cicéron se réjouit de relie mort , dont il fut témoin , et sa joie fait peine, quand on son se aux éloges pleins d'entltousiasme et de tendresse que tout a l'heure encore il prodiguait a César dans sa défense du roi De-
jotarus ; mais Cicéron croyait qu'avec la liberté commune, il allait recouvrer lui-même un grand crédit politique; les conjurés, qui ne l'avaient pas associé à l'entreprise, lui en communiquaient la gloire. Il était républicain et ambitieux , et moins il avait agi dans la révolution, plus il voulait y participer en l'approuvant. Cependant le maître n'était plus; mais il n'y avait pas de république. Les conspirateurs perdaient leurs succès par l'irrésolution ; Antoine faisait régner César après sa mort, en maintenant toutes ses lois, et en succédant à son pouvoir. Cicéron vil la faute du sénat ; niais il ne pouvait pas arrêter Antoine. Dans cette année d'inquiétudes et d'alarmes, il composa le traité de la Nature des Dieux, dédié à Rrutus , et ses traités de la Vu filme et de l'Amitié , tous deux dédiés à son cher Aiticus. On conçoit à peine cette prodigieuse vivacité d'esprit, à laquelle toutes les peines de l'âme ne pouvaient rien oter. Il s'occupait, a la même époque, d'un travail qui serait piquant pour notre curiosité, les mémoires de son sièrle; enlin il commençait son immortel traité des Devoirs, et achevait ce traité de la Gloire , perdu pour nous, après avoir été conservé jusqu'au 14* siècle. Le projet qu'il conçut alors de passer en Grèce avec une légation libre l'aurait éloigné du théâtre des affaires et des périls. Il y renonça, et revint à Rome. C'est là que commencent ses admirables Philippiques, qui mirent le sceau à son éloquence, et signalèrent si glorieusement son patriotisme. La seconde, la plus violent»* de toutes, fut écrite peu de temps après son retour: il ne la prononça point. Irréconciliable ennemi d'Antoine, il crut devoir élever contre lui le jeune Octave. Montesquieu blâme cette conduite, qui remit sous les yeux des Romains César, qu'il fallait leur faire oublier. Cicéron n'avait pas d'autre asile. Il ne fut pas aussi dupe qu'on le pense de la modération affectée d'Octave ; mais il crut que ce jeune homme serait toujours moins dangereux qu'Antoine. Le mal était dans la faiblesse de la république, qui ne pouvait plus se sauver d'un maître qu'en se donnant un protecteur, c est-à-dire un antre maître. Cicéron fit au moins tout ce qu'on devait attendre d'un grand orateur et d'un citoyen intrépide. Il inspira toutes les résolutions vigoureuses du sénat, dans la guerre que les consuls et le jeune César tirent , au nom de la république, contre Antoine. On en trouve la preuve dans ses Philippiques. Lorsqn'aprés la mort des deux consuls, Octave se fut emparé du consulat, et qu'ensuite il fit alliance avec Antoine et Lépidc, tout le pouvoir du sénat et de l'orateur tomba devant les armes des triumvirs. Cicéron, qui ménageait toujours Octave, qui même proposait a Bru tus de se réconcilier avec l'héritier de César, vit enfin qu'il n'y avait plus de liberté. Les triumvirs s'abandonnant l'un à l'autre le sang de leurs amis, sa tête fut demandée par Antoine. Cicéron, retiré à Tusculum avec son frère et son neveu, apprit que son nom était sur la liste des proscrits. Il prit le chemin de la mer dans une grande irrésolution. Il s'embarqua prés d' Asturc; le vaisseau étant repoussé par les vents, Plutarquo assure qu'il eut la pensée de revenir & Rome,
et de se tuer dans la maison d'Ociave , pour faire retomber son sang sur la lèlc de ce perfide. Pressé |«ir les prières de ses cm. laves, il s'embarqua une seconde fois, et bientôt reprit terre |>our se reposer dans sa maison de Formics. C'est là qu'il résolut de ne plus faire d'eflorts pour garaulir ses jours. « Je « mourrai, dit-il, dans cette patrie que j'ai sauvée ■ plus d'une fois. » Ses esclaves, sacbant que les lieux voisins étaient remplis de soldais des triumvirs, essayèrent tic le porter dans sa litière; mais bientôt ils a|>erçurcnt les assassins qui venaient sur leurs traces; ils se préparèrent au combat : Cicéron, qui n'avait plus qu'à mourir, leur défendit toute résistance, et tendit sa tète à l'exécrable Popiliua, chef des meurtriers, autrefois sauvé par son éloquence. Ainsi péril ce graud homme, à l'âge de G4 ans, souffrant la mon avec plus de courage qu'il n'avait sup- |K>rle le malheur, et sans doute assez comblé de gloire pour n'avoir plus rien à faire ni à regretter dans la vie. Sa tète cl ses mains furent portées à Antoine, qui les fil attacher à la tribune aux harangues, du haut de laquelle l'orateur, suivant l'expression de Tite-Livc, avait fait entendre une éloquence que n'égala jamais aucune voix humaine. Cicéron tut peu célébré sous l'empire d'Auguste. Horace et Virgile n'eu parlent jamais. Dès le rè^nc suivant, Patcrculusne prononce son nom qu'avec enthousiasme 11 sort du ton paisible de l'histoire, pour ajtostropher Mare-Antoine, et lui reprocher le sang d'un grand homme. Cicéron a bien mérité le témoignage que lui rendit Auguste : c'était un bon citoyen qui aimait sincèrement sou pays : on peut même lui donner un titre qui s'unit trop rarement à celui de grand homme, le nom d'iiommc vertueux; car il n'eut que des faiblesses île caractère, sans aucun vice, et il chercha toujours le bien pour le bien même, ou pour le plus excusable des motifs, la gloire. Son cœur s'ouvrait naturellement à toutes les nobles impressions, à tous les sentiments purs et droits, la tendresse paternelle, l'amitié, la reconnaissance, l'amour des lettres. Il gagne à cette difficile épreuve d'être vu de près. On s accoutume à sa vanité, toujours aussi légitime que franche, et l'on est forcé de chérir tant de grands talents ornés de tant de qualités aimables. Lorsque le goût se corrompit à Home, l'éloquence de Cicéron, quoique mal imitée, resta l'éternel modèle. Quinlilien en développa dignement les savantes beautés. Pline le jeune n'en parle dans ses lettres qu'avec la plus vive admiration, et se glorifie, sans beaucoup de droit, il est vrai, d'en être le constan imitateur. Pline l'ancien célèbre avec transport les prodiges <le cette même éloquence. Enfin les Grecs, qui goûtaient peu la littérature de leurs maitres, placèrent l'orateur romam a coté de Démosthéne. A la renaissance des lettres, Cicéron fut le plus admiré des auteurs anciens; dans un temps où l'on s'occupait surtout de l'élude de la langue, l'étonnante pureté de son style lui donnait un avantage particulier On sait que I l'admiration supersliiuuse de certains savants alla jusqu'à ne point reconnaître pour latin tout mot qui ne se trouvait pas dans ses écrits. Érasme, qui n'ap-
prouvait pas ce zèle excessif, avait un enthousiasme plus éclairé pour la morale de Cicéron, et la jugeait digne du christianisnic. Ce grand homme n'a rien perdu de sa gloire en traversant les siècles; il resu au premier rang comme orateur et comme écrivain. Peut-être même, si on le considère dans l'ensemble et dans la variété de ses ouvrages, est-il permis do voir en lui le premier écrivain du monde; et quoique les créations les plus sublimes et les plus origi» nalcs de Part d'écrire appartiennent a flossuet et à Pascal, Cicéron est peut être l'homme qui s'est servi de la parole avec le plus de science et de génie, et qui, dans la perfection habituelle de son éloquence et de son style, a mis le plus de beautés et laisse le moins de fautes. C'est l'idée qui se présente en parcourant ses productions ue loui genre. &es Harangues réunissent au plus haut degré toutes les grandes parties oratoires, la justesse et la vigueur dn raisonnement, le naturel et la vivacité des mouvements, l'art des bienséances, le don du pathétique, la gaieté mordante de l'ironie, et toujours la jierfection et la convenance du style Que l'élégant et harmonieux Fénelop préfère Démoslhène; il accorde cependant k Cicéron toutes les qualités de l'éloquence. même celles qui distinguent le plus l'orateur grec, la véhémence et la brièveté. Il est vrai toutefois qn« la riches«c, l'élégance et l'harmonie dominent plm, particulièrement dans l'élocution oratoire de Cicéron, que même il s'en occupe quelquefois avec un soin minutieux. Ce léger défaut n'était pas sensible pour un peuple amoureux de tout ce qui tenait à l'éloquence, et recherchant avec avidité la mélodie savante des périodes nombreuses et prolongées. Pour nous, il se réduit à certaines cadences trop souvent affectées par l'orateur. Du reste, que de licautés nos oreilles étrangères ne reconnaissent-elles pas encore dans cette harmonie enclianteresse ! elle n'est d'ailleurs qu'un ornement de plus, et ne sert jamais a dissimuler le vide des pensées. Ce serait une ridicule prévention de supposer qu'un orateur philosophe ei homme d'État, dont l'esprit était également exercé par les spéculations de la science et l'activité des affaires, eût plus d'harmonie que d'idées Les harangues de Cicéron abondent en |>ensées fortes, ingénieuses et profondes; mais la connaissance de son art l'oblige à leur donner toujours ce développement utile pour l'intelligence et la conviction de l'auditeur ; et le bon goût ne lui permet pas de les jelcr en traits saillants et détaches. Elles sortent moins au dehors, parce qu'elles sont, pour ainsi dire, répandues sur toute la diction. C'est une lumière brillante, mais égale; toutes les parties s'éclairent, s'embellissent et se soutiennent ; et la perfection générale nuit seule aux effets particuliers. Le style des écrits philosophiques, dégagé de la magnilicencc oratoire, respire cet élégant atticisme que quelques contemporains de Cicéron auraient exigé même dans ses harangues. On reconnaît rependant l'orateur à la forme du dialogue, beaucoup moins vif et moins coupé que dans Platon. Les développements étendus dominent toujours, soit qu'un seul persounage instruise presque continuellement les