‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 4)Chapitre 34 sur 117 · CID · texte numérisé non relu

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pièce, est rc onnu à la Cm pour un prêtre catholique romain, à qui on a vu dire la messe plusieurs fois à Anvers, ce qui était le jour le plus odieux sous lequel on pût le présenter au peuple de Londres. Il est de plus entré dans des complots coniie le gouvernement, et ces complots, révélés par un jeune homme qu'il avait d'abord séduit, amènent ledénoûment d'une manière peut être plus régulière que celui du Tartufe; aussi ce dénoùinenl fait beaucoup moins d'effet, et l'intrigue qu'il nécessite détruit cette belle simplicité de la marche du Tartufe, et ce comique franc et naturel qu'on trouve si peu dans les comédies anglaises, parce que ceux mêmes qui ont voulu peindre des Cirai lères ont représenté des manies particulières au pays et aux individus, tandis que Molière a peint la nature de tous les pays et de tous les temps. On n'y voit point paraître, madame Pernclle, et le rôle d'Orgon y est singulièrement affaibli dans celui de sir John Woodvill. Au lieu que Orgou raconte, dans la simplicité de son cœur, que Tartufe s'est accusé

D'avoir pris une puce en faisant sa prière, El de l'avoir tuée avec trop de colère.

c'est le fils qui raconte, en se moquant de WolIT, qu'il fait « enfermer les poules le samedi , de |icur « que le coq ne s'en occupe le dimanche. » Le Abu Juror, bien payé par la cour, eut d'ailleurs tout lu succès que devait avoir un ouvrage de parti ; il attira en même temps à Cibber les ennemis qu'il devait en attendre, et dont probablement il augmentait le nombre par l'insolence de sa conduite a l'égard des auteurs avec lesquels il avait à traiter en qualité de directeur du théâtre de Drui y-Lanc, auquel il était associé depuis l'an 1711. Il leur donna beau jeu par sa nomination, en 1730, à la place de poêle lauréat, dont il remplit les fonctions d'une manière assez ridicule. Il eut, au reste, le bon esprit de se moquer lui-même de ses propres vers, et doter aux rieurs le plaisir de penser que leur censura l'avait afflige ; mais quelque esprit, et même, ce qui est assez étrange, quelque modération qu'ait mis Cibber dans ses rapports avec les critiques, il ne put désarmer la haine de Pope, qui ne perdit pas une occasion de le tourner en ridicule, et qui, dans quelques éditions de la Dunciade, l'a élevé au premier rôle, à la place de Théobald, qu'il y avait mis d'abord. En 1750, étant alors âgé de prés de soixante ans et dans une situation aisée, il quitta le théâtre, sur lequel il ne remonta plusqu'unc lois, environ quinze années après, pour jouer un rôle dans une de ses pièces, et il ne parut pas qu'il eût rieu perdu du talent de ses jeunes années. Il renonça en même temps à sa part dans la direction du spectacle de Drury- Lane. En 1710, il donna des espèces de mémoires, intitulés : Apologie de la vie de M. Colley Cibber, comédien, etc., accompagnée d'un coup tTœit sur l'histoire du théâtre de son temps. Cet ouvrage trèsamusant, éait avec beaucoup d'esprit, de franchise et de gaieté, renferme un grand nombre d'anecdotes et d'excellents jugements sur les acteurs et sur l'ai l dramatique. H eut beaucoup de succès, et il se

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lit ci eorcavec plaisir. Cibber fut moins heureux, mais toujours autant qu'il le devait être, dans la publication d'un ouvrage intitulé : la Conduite et le caractère de Cieirtm examiné s d'âpre* l Histoire de ta vie, par le docteur Middlelon, IT47, in-4°, ouvrage oublie en naissant. Cibber mourut le 12 décembre 1757, âgé de 86 ans. Ses ouvrages dramatiques, tant tragédies que comédies, sont au nombre de quinze, représentées avec plus ou inoins de succès; il en a donné le recueil en 2 vol. in-4°. On a ajouté dans ses œuvres the Proroked hutband ( le Mari poussé à bout ), jolie comédie que Vanbrugh avait laissée imparfaite, et que Cibber n'a fait qu'achever ou du moins perfectionner. La meilleure édition des enivres de Cibber est celle de 1760, S vol. in-12. S— D.

CIBBER (Théophile), fils du précédent, né en 1703, étudia à l'école de Winchester, et n'en sortit que pour embrasser la profession de comédien. Il donna bientôt des preuves de son talent. La nature ne l'avait pas plus favorisé que son père, quant au physique ; mais une grande intelligence et beaucoup de vivacité dans son jeu faisaient presque oublier un port peu noble et des traits désagréables. Ses premiers pas dans la carrière dramatique lui présageaient les plus heureux succès, si un penchant irrésistible à la dissipation ne l'eut entraîné dans des écarts multipliés. Etant venu faire un voyage en France en 1758, à son retour, il accusa de séduction un homme riche dont il avait fait faire la connaissance a sa seconde femme. On n'a pu croire qu'il ne fut pas le seul coupable, lorsque les juges lui accordèrent 10 livres sterling de dommages-intérêts, au lieu de 5,000 qu'il demandait pour le trafic du déshonneur de son épouse. Ce qu'il y a de certain, c'est que mistriss Cibber cessa dès lors d'habiter avec son mari, et vécut dans la meilleure union avec son prétendu séducteur. Cibber s'engagea, en 1 757,dans la troupe de coméilicns que Sliéridan voulait opposer à des acteurs rivaux établis à côté de son théâtre à Dublin; mais il n'arriva point à sa destination : le bâtiment sur lequel il était monté Ht naufrage dans le canal Si-George, et alla se briser sur les côtes d'Ecosse, sans qu'aucun des passagers put se sauver. On ne retira de la mer qu'une cassette de livres et de papiers que l'on reconnut pour appartenir au malheureux comédien. Comme écrivain, Cibber s'est peu distingué. Les Fi'r* det Poitei anglais et irlandais, qui parurent en 1755, 5vol. in-12, sons son nom, appartiennent à Rob. Shiels, copiste de Johnson, qui acheta 1 0 gui nées la permission de mettre sur le frontispice le nom de Cibber, alors en prison nu Banc du roi. Baker dit cependant qu'il eut quelque part â cet ouvrage. Il arrangea pour le théâtre trois pièces qui ne sont point de lui : Henri VI, 1720, ln-8«; Roméo et Juliette, 1748, in tt* , tragédies de Shakspcare; Pallie et Peggy, pastorale, tirée du Gentil llerger de Ramsay, 1750, in-K°. Les trois autres pièces de sa composition sont l'Amant, comédie, 1730, in-8"; les Progrès du libertinage, pantomime, 1753, in-*», et la Criée, farce, 1757. in-8". B— R j.

CIBBER (Scsanne-Marie) , femme du préeé-

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dent, fui l'une des meilleures actrices qui aient parn sur le théâtre anglais. Elle naquit en 1716; elle était fille d'un tapissier do Covent-Gardcn, et so?ur d'un compositeur nommé Tb.-August. Arne, qui lui enseigna la musique et la Ht paraître en qualité de chanteuse dans une de ses pièces représentée à Ilay-Markcl. En 1754, elle épousa Théophile Cibber, et le père de celui-ci, Colley Cibber, découvrit qu'avec un assez médiocre talent comme cantatrice, sa belle tille en possédait un très-grand connue actrice tragique. Il la fit débuter, en 1756, dans le rôle dcZara, la Zaïre de la tragédie d'Auron llill. Sa jeunesse, uneenarmante figure, l'annonce du plus beau talent, lui procurèrent la faveur du public. Elle en eut bientôt besoin pour se soutenir contre les suites d'une fâcheuse aventure. (Loy. Th. Cibber.) Lorsque le huit de cette affaire fut un peu apaisé, madame Cibber reparut sur le théatro avec un nouveau succès. Selon le témoignage des acteurs du temps, elle était admirable dans l'expression de la tendresse ou de la douleur, de la fureur ou du désespoir ; mais ello réussissait moins dans la comédie, pour laquelle elle se croyait ccfiendant beaucoup plus de talent qu'elle n'en avait. On lui attribue de bonnes qualités, de la douceur, de la grâce dans la conversation et un grand air de décence, Cependant Garrick, dans ses rapports avec clic en sa qualité de directeur, parait avoir conçu une idée plus favorable de ses talents une de son caractère. H nous assure que « lorsqu'elle avait mis quelque « chose dans sa tète, quel qu'en fût l'objet, soit une « nouvelle parure ou un nouveau rôle, elle était « sûre de l'emporter par le piquant de ses railleries « et son inébranlable persévérance. » Madame Cibber a traduit en anglais la petite comédie de VOrade, de Sl-Foix, qui fut jouée à son bénélice. Elle mourut le 50 janvier 1760. S— D.

CIBO. Voyes Ctbo et Innocent VIII.

CIBOT(Pierrb-Martial), missionnaire français, né à Limoges, en 1727, entra fort jeune chez les jésuites, et y professa les humanités avec succès. Lorsqu'il eut achevé ses études de théologie et reçu les ordres sacrés, il obtint, après de persévérantes instances, la liberté de suivre la vocation qui le portait à se consacrer aux missions de la Chine. Il partit de Lorieut le 7 mars 1758 sur le d'^roenjon, qui faisait partie d'une escadre de neuf vaisseaux armés en guerre. Après avoir touché â Rio Janeiro, et fait quelque séjour dans les Iles de France et de Bourbon, il continua sa route vers la Chine, et aborda à Macao le 25 juillet 1759. Destiné par ses supérieurs â augmenter le nombre des missionnaires de la cour, le P. Cibot quitta Macao vers la mi-mars, et arriva le 6 juin 1760 dans la capitale de l'empire, ou il passa les vingt dernières années de sa vie, sans cesse occupé, soit des fonctions du ministère apostolique, soit des travaux particuliers que le service du palais cx'ure des missionnaires européens. Né avec beaucoup d'esprit et d'imagination, eldouéd'une conception vive, qui lui donnait une étonnante facilité pour tous les genres d éludes, on le vit se livrer à l'astronomie, à la mécanique, h l'élude des langues et de

l'histoire, à l'agriculture, a la botanique, et aucune partie des sciences ne paraissait lui être étrangère. Pendant les vingt années tic sa résidence à Pékin, il n'a cessé d'enrichir la France d'observations précieuses sur les productions, les arts et les nururs des Chinois, et c'est à lui, ainsi qu'au savant P. Amiot, son collègue, que nous devons la [tins grande partie des renseignements qui nous sont parvenus sur cet eropire, pendant les quarante dernières années du siècle f|ui vient de s'écouler. Les observations de ces deux laborieux missionnaires se trouvent répandues dans les 15 volumes iu-4» des Mémoires sur Us Chinois, dont ils lormeut la majeure partie. Nous n'entreprendrons pus d'indiquer ici toutes celles qui appartiennent au P. Ci bot ; leur seul énoncé occupe sept colonnes in-4* dans la table générale des matière?, t. 10, au mot Cibot: nous prenons le parti d'y renvoyer nos lecteurs L'Essai sur l'antiquité des Chinois, inséré dans le t. 1er des Mémoires, est l'écrit le plus considérable de ce jésuite, et le plus remarquable par la divergence de ses opinions d'avec celles de ses confrères. Il prétend y prouver qu'Yao lui le fondateur et le premier législateur de l'empire, el regarde comme fabuleux les règnes des sept empereurs qui l'ont précédé. Ce système est celui de quelques écrivains chinois; mais il est démenti par le témoignage presque unanime de tous les autres lettrés. Ce mémoire, qui ne lut publié en France que sous le nom supposé du P. Ko, jésuite chinois, était le premier coup d'essai du P. Cibot depuis son séjour & la Chine. Il parait que la réflexion cl des études plus mûres lui auront fait ensuite changer de sentiment, puisque dans lotis les écrits postérieurs qu'il a publiés , on ne trouve rien qui vienne à l'appui de cette première opinion. Ijc P. Amiot, sans attaquer ouvertement son collègue, crut devoir, de son côté, défendre l'intégrité de la chronologie chinoise, cl il envoya en Franco son excellente dissertation $url 'Antiquité des Chinois, prouvée par Us monuments, insérée a la léte du t. 2 des Mémoires. Cette opposition dans la manière île voir cl de penser de deux missionnaires vivant sous le même toit annonce au moins qu'ils n'étaient soumis à l'iufluence d'aucune autorité, et que, libres dans leurs opinions, ils n'ont écrit que d'après celle qui leur était propre. Les preuves ont été produites de part et d'autre : c'est aux savants de l'Europe à les juger. Le P. Cibot n'attachait aucun prix à ses ouvrages, et il poussa la modestie si loin à cet égard, qu'il ne voulut jamais mettre son nom à aucun de ses écrits. On peut lui reprocher un peu de diffusion dans le style, el quelquefois trop d'écarts d'imagination ; mais ces légers défauts sont amplement compensés par le fond toujours intéressant de ses observations, par l'étendue et la variété de ses recherches, et par la connaissance utile qu'il nous donne d'un grand nombre de morceaux d'écrivains chinois, dont il nous a fourni ou les extraits ou les traductions. Ce missionnaire est mort à Pékin, le 8 août 1780. G— n.

CICCAKFXLI (Alphonse), de Dévagna, dans l'Qiubrie, médecin de profession, acquit dans le

CIC 2Tλ

10* siècle une honteuse et triste célébrité par les fourberies littéraires les plus insignes et pur leur juste châtiment. Après avoir donné une Histoire d'OrviHc, remplie de faits conlrouvés et d'impostures, il publia, en 1580, è Ascoli, Vlstoiia dieasa Monaldesea, où il eut l'audace d'insérer des monuments et des titres de si façon, qu'il prétendit avoir tirés des archives publiques et particulières. Il y citait, comme autorité», des auteurs qui n'avaient jamais cvislé. Il en avait fait autant dès 1501, en publiant à Padoueun opuscule intitulé : de Clilumno Flumine, avec un traité de Tuberibus. C'est sans doute encore du même genre qu'était une Sloria delta casa Conti, que l'on trouve citée parmi les manuscrits du baron de Stosch, Catalogue, p. G. Il ne se bornait pas ailes falsifications purement historiques; il fabriquait des litres et des actes au prolit ou aux dépens des familles. Il flattait l'orgueil des grands par des généalogies fabuleuses. Il tendit un de ces pièges au mar-' quis Albcric Cybu, et entreprit de lui prouver, par de faux titres, que l'ancienneté de. sa famille datait de cinq ou six siècles de plus. Albéric. qui était homme d'esprit, s'aperçut de la ruse, et fut le premier à éventer les fraudes «le Ciccarclli. D'autres accusations s'é^èrent contre lui; enlin il fut arrête par ordre du pape G ré -.tire XIII ; on lui lit son procès, et, convaincu de faux et de supposition de titres, dans les intentions les plus coupables, il fut condamné a avoir la main coupée et à être ensuite pendu en place publique; ce qui fut exécuté en 1580. l.'Allacii a nus à la lin de ses Obseivalions sur les antiquités étrusques d" Inghirami, un petit traité où il entre dans beaucoup de détails sur les impostures de Ciccarclli, et sur les artiliecs qu'il employait pour les accréditer. On y voit que Fanusius Campanus, Joannes Selinus, et d'autres écrivains souvent cites j>ar ce faussaire à l'appui de ses assertions, sont de prétendus auteurs qui n'ont jamais existé que dans son imagination, ou, que du moins, quant au premier, s'il exista et s'il écrivit réellement, Ciccarclli a falsifié el altéré toutes les pièces qu'il prétendit avoir empruntées de lui. Tiraboschi avait rassemblé beaucoup de matériaux pour une dissertation sur les impostures de ce misérable, sur Fanusius Campanus, Selinus, Corellus, et d'autres pseudohistoriens mis au jour et cités par lui , par ses imitateurs et par ses dupes. Il avait annoncé ce projet dans sa Sloria délia Littetal. liai., t. 3, |«rt. 5, 349, 1™ édition de Modénc, mais il est mort sans l'avoir exécuté. G— t.

CICCI (Mame-ï.ocisb) , Tune des muscs italiennes de la fin du 18e siècle, naquit à Pisc, le 1 4 sei>tembre 17C0. A deux ans, elle eut le malheur de perdre sa mère. Son père, noble de naissance et jurisconsulte de profession , surveilla son éducation jusqu'à l'âge de huit ans; alors , suivant l'usage de son pays et de son temps, il la mit dans un couvent de religieuses, et, voulant que l'instruction de sa fille se bornât à la pratique des vertus et des devoirs domestiques , il fit même écarter d'elle tout ce qui sert à l'art d'écrire. 11 était loin de prévoir l'usage qu'elle en ferait un jour. Malgré toute la survcil-

lance de ses institutrices, Marie-Louise lut en cachette quelques bons poètes italiens : il n'en fallut pas davantage pour que son génie (indique se déclarât. On eut beau lui interdire l'encre et les plumes ; du jus de raisin cl de petits morceaux de bois qu'elle y trempait lui suffisaient pour lixcr ses peusécs sur le premier morceau de papier venu. Elle écrivait ainsi, des l'âge de dix ans, ses premiers vers. De retour à quinze ans dans la maison |»atcrnclle, et plus libre de suivre ses goûts, elle étudia les poètes, et, ce qui peut surprendre dans une jeune personne de cet âge , le Dante fut celui auquel elle , donna la préférence : elle le relisait sans cesse, l'ap- .pril par cœur, le citait souvent, et se plaisait à en réciter de mémoire les plus beaux endroits. C'est ce qu'on ne devinerait pas en lisant ses poésies , qui sont presque toutes dans le genre auacréontique , et qui brillent surtout par l'élégance, la grâce et la facilite. Elle joignit à ses études poétiques celles de la philosophie de Locke et de Newton, de la physique éclairée par les découvertes modernes, de l'histoire, des langues anglaise et française, et plus particulièrement encore de aa propre langue , qu'elle parlait et qu'elle /crivatt avec la plus grande pureté. La colonie arcadienne de Pise la reçut parmi ses membres en 1783; elle y prit le nom d'Ermenia Tindarida; elle fut aussi reçue, en 1786, parmi les Intronaii de Sienne. Elle récitait souvent ses vers dans les réunions de la première, et le cliarme de ses compositions , joint à ceux de sa personne et de sa voix , y excitaient le plus vif enthousiasme. Son caractère était solide, son esprit vif et ses mœurs pures. Depuis la mort de son père, elle vécut dans l'union la plus tendre avec son frère, le chevalier Paul Cicci ; leur maison devint le rendez-vous de tout ce que la ville de Pise avait de plus distingué. Marie- Louise était décidée à conserver son indépendance et à ne se point séparer de sa famille. Sa constitution était faible ; la perte de deux de ses plus intimes amies y porta un coup terrible. Elle négligea une indisposition légère qui devint une maladie grave, et la conduisit au tombeau. Elle mourut le 8 mars 4701, pleuréc de ses parents et de tous ses amis. C'est à son frère que l'on doit la jolie édition de ses poésies, imprimée à Parme, avec les caractères de Dodoni , en 4796, in-16. Elles sont précédées d'un éloge de cette ai niable muse, écrit avec autant d'esprit que de sensibilité par le docteur Anguillesi. Nous en avons tiré les faits contenus dans cette courte notice. Ce recueil doit plaire à tous ceux qui aiment les jolies éditions et les bons vers. G— É.

C1CE. Voyez Champion.

CICÉRI (Pall-Cés.vu i»e), abbé comroendatairc de Notre-Dame, eu liasse Tourainc, prédicateur du roi et de la reine , et membre de l'Académie française, né à Cavaillon.le 24 mai 1678, mort le 27 avril 1759, âgé de prés dc8l ans. L'abbé Bassinet a publié les Sermoiu et Panégyriques de Cicéri, Avignon, 1761, 0 vol. in-12. 11 y a joint une courte notice sur la vie et les talents de cet orateur, que l'on a comparé ù Fléchicr. Le panégyrique de St. Louis, qu'il piononça en 1721 , mérite détre distingue; il

est écrit avec beaucoup de talent, et surtout avec uue rare impartialité. C. T— Y.

CICÉRON (MahclsTulmus), naquit à Arj.inum, patrie de Marius, la même année que le grand Pouqiéo, le 3 janvier 647 de la fondation de Rome. Il sortait d'une famille anciennement agrégée à l'ordre équestre, mais qui s'était toujours tenue loin de* affaires et des emplois. Sa mère s'appelait 11. ! Sou père vivant a la campagne , sans autre occupation que l'étude des lettres, conservait d'honorable* liaisons avec les premiers citoyens de la république. De ce nombre était le célèbre orateur Crassus , qui voulut bien présider lui-même à l'éducation du jeune Ciréron et de son frère Quintus, leur choisit des mitres et dirigea leurs études. Cicéron, comme presque tous les grands hommes, annonça de bonne heure la supériorité de son génie, et prit dès l'enfance finbitude des succès et de la gloire. Il fut admiré dans les écoles publiques , Iionoré par ses condisciples, visité par leurs parents. La lecture des écrivains grecs, la passion de la poésie, la rhétorique, la philosophie, occupèrent les premières années de sa jeunesse. Il écrivit beaucoup en grec , exercice qu'au rapport de Suétone, il continua jusqu'à l'époque de sa préture. Ses vers latins , trop méprisés par Juvénal, trop loués par Voltaire, sont loin de l'élégance de Virgile , et n'ont pas la force de Lucrèce. Ni la poésie ni l'éloquence n'étaient encore formées chez les Romains , et il suffisait à Cicéron d'être le plus grand orateur de Rome. On conçoit a peine les travaux immenses qu'il entreprit pour se préparer à cette gloire. Cependant il fit une campagne sous Sylla, dans la guerre des Marscs. De retour a Rome, il suivit avec ardeur les leçons dePhilon, philosophe académicien, et de Molon, rhéteur célèbre, et pendant quelques années, il continua d'enrichir son esprit de celte variété de connaissances que depuis il exigea de l'orateur. Les cruautés de Marius et de Cinna, les proscri plions de Sylla passèrent ; et la république , affaiblie et sanglante , resta paisible sous le joug de son impitoyable dictateur. Cicéron, alors âgé de vingt-six ans , fort de ses études et de sou génie, parut au barreau, qui venait de s'ouvrir après une longue interruption. Il débuta dans quelques causes civiles, et entreprit une cause criminelle, dont le succès promettait à l'orateur beaucoup d'éclat et de péril, la défense de Roscius Amérinus, accusé de parricide. Il fallait parler contre Chrysogonus , affranchi de Sylla. Cette protection terrible épouvantait les vieux orateurs. Cicéron se présente avec le courage de la jeunesse, confond les accusateurs , et force les juges d'absoudre Roscius. Son discours excita lentliousiasme ; aujourd'hui même c'est une des harangues de l'orateur que nous lisons avec le plus d'intérêt. On y sent une chaleur d'imagination , une audace mêlée de prudence et même d'adresse, et souvent un excès d'énergie , une surabondance de richesse, qui platt et entraîne. Ciréron, plus âgé, releva lui-même dans ce premier omratre quelques fautes de goût, et sans doute il s'est montré depuis plus pur et plus grand écrivain ; mais il a\ait déjà toute sou éloquence. Aptes ce brillant succcsi

ctc

il passa encore une année dans Rome, ot se chargea même d'une autre cause qui devait aussi déplaire an dictateur ; mais sa santé affaiblie par des travaux excessifs, et peut-être la crainte d'avoir trop bravé Sj lia , le déterminèrent à voyager. 1! se rendît à Athènes qui semblait toujours la métropole des lettres; et, lou'é chez un philosophe académicien, rcrlierclié des philosophes de toutes les sectes, assistant aux leçons des maîtres d'éloquence , il y passa six mois avec son cher Atticus, dans les plaisirs de l'étude et des savants entretiens. On rapporte à celte même époque son initiation aux mystères d'Eleusis. A h mort de Sylla, il quitta la tirèce et prit la route de l'Asie, s'entouranl des plus célèbres orateurs asiatiques et s'exerçant avec eux. A Rhodes, il vit le fameux Possidonius , et retrouva Molon qui lui donna de nouvelles leçons, et s'attacha surtout à corriger sa trop grande abondance. Un jour, déclamant en grec dans l'école de cet illustre rhéteur, il emporta les applaudissements de tout l'auditoire. Molon seul resta silencieux et pensif. Questionné par le jeune orateur : « El moi aussi, réj>ondit-il , Cicéron. je te « loue et je t'admire ; mais j'ai pitié de la Grèce, « quand je songe que le savoir et l'éloquence , les « deux seuls biens qui nous étaient demeurés , sont a par toi conquis sur nous et transportés aux Roo mains. » Cicéron revint en Italie, et ses nouveaux succès firent sentir le prix de la science des Grecs, qui n'était pas encore assez estimée dans Rome. Parmi différentes causes, il plaida pour le célèbre comédien Roscius, son ami et son maître dans l'art de la déclamation. Enfin, parvenu à l'âge de trente ans , se voyant ou terme de son glorieux apprentissage, ayant tout reçu de la nature, ayant tout fait par le travail, pour réaliser en lui l'idée du ; irrail orateur, il entra dans la carrière des charges publiques. 11 sollicita la questure , office qui , depuis une loi de Sylla , donnait immédiatement la dignité de sénateur. Nomme a la questure de Sicile , dans un tem[>s de disette , il cul besoin de beaucoup d'habileté pour faire passer à Rome une grande partie des blés de cette province, sans trop déplaire aux habitants. Du reste, son administration et les souvenirs qu'en gardèrent les Siciliens prouvent que , dans les conseils admirables qu'il a depuis donnes à son frère Quintus, il ne taisait qne rappeler ce qu'il avait pratiqué lui-même. Sa mission expirée, il revint à Rome, véritable théâtre de ses talents. II continua d'y paraître comme orateur, défendant les causes des particuliers sans autre intérêt que la gloire. Ce fut sans doute un jour Itunorablc pour Cicéron que celui où les ambassadeurs de la Sicile vinrent lui demander vengeance desconcussions et des crimes de Verrès. Il étaitdigne de cette confiance d'un peuple affligé. Il entreprit la cause de la Sicile contre son indigne spoliateur, alors tout-puissant à Rome, appuyé du crédit de tous les grands , défendu par l'éloquence d'Hortensius , et pouvant avec le fruit de ses brigandages en acheter l'impunité. Après avoir fait un voyage dans In Sicile pour y recueillir les preuves des crimes, il les peignit des plus vives couleurs dans ses immortelles

harangues : elles sont au nombre de sept ; les deux premières seulement furent prononcées. L'orateur s'aperçut que les amis de Verrès cherchaient à reculer la décision du procès jusqu'à l'année suivante, où le consulat d'Hortensius devait assurer un ^rand secours au coupable ; il n'hésita point à sacrifier l'intérêt de son éloquence à celui de sa cause ; il s'occupa uniquement de muHiplier le nombre des témoins et de les faire tous entendre. Horlcnsius resta muet devant la vérité des faits, et Verrès, effrayé, s'exila lui-même. L'ensemble «les harangues de Ciccron est demeuré comme le chef-d'œuvre de l'éloquence judiciaire, ou plutôt comme le monument d'une illustre vengeance exercée contre le crime par la vertueuse indignation du génie. A l'issue de ce grand procès Cicéron commença l'exercice de son éddiié ; et dans cette magistrature onéreuse, quoique sa fortune fût peu considérable , il sut par une sage magnificence se concilier la faveur du peuple. Ses projets d'élévation lui rendaient ce secours nécessaire, mais il fallait y joindre l'amitié des grands. Cicéron se tourna vers Pompée, alors le chef de la noblesse, et le premier citoyen de Rome libre. Il se fit le pauég)i i>ic de ses actions, et le partisan le plus zélé de sa grandeur. Quand le tribun Manilius proposa de lui confier la conduite de la guerre contre Milhridatc , en lui accordant un |>ouvoirqui effrayait les républicains éclairés , Cicéron , alors préteur, parut à la tribune pour appuyer la loi nouvelle de toute la force de son éloquence. Cette même année, il plaida plusieurs causes. Il prononça son plaidoyer pour Clueutius, dans une affaire criminelle. A cette époque, Caliliua, rejeté du consulat , commençait a tramer contre la république, et s'essayait à une révolution. Ce factieux, accusé de concussions daus son gouvernement d'Afrique, fut sur le point d'avoir Cicéron pour défenseur; mais bientôt la haine éclata entre ces deux hommes si peu faits pour être unis. Cicéron, qui, après sa préture, au lieu d'accepter une province, suivant l'usage, s'était mis sur les rangs pour le consulat, se vit compétiteur de Catilina, qui s'était fait absoudre à prix d'argent. Insulté par cet indigne rival, il le re|K)ussa par une éloquente invective prononcée dans le sénat. Cicéron avait à combattre l'envie de beaucoup de patriciens, qui voyaient en lui un parvenu, un homme nouveau : son mérite et la crainte des projets de Catilina l'emportèrent. Il fut élu premier consul, non pas au scrutin, suivant l'usage, mais à haute voix et par les acclamations unanimes du peuple romain. Le consulat de Cicéron est la grande époque de sa vie politique. Home se trouvait dans une situation incertaine et violente. Catilina briguait le prochain consulat. En même temps il augmentait le nombre des conjurés, et fui« sait lever des troupes sous les ordres d'un certain Mullius. Cicéron pourvut à tout. Il importait d'abord de gagner à la république son collègue, Antoine, secrètement uni avec les conjurés ; il s'assura de lui par la cession de sa province consulaire. Une autre précaution non moins salutaire fut de réunir le sénat et l'ordre équestre dans l'intérêt d'une défense commune. Aucntif à ménager le peuple, Ciccron ne se

montra pas moins hardi à maintenir les vrais princi|Ts du gouvernement ; et dés les premiers jours de son consulat, il attaqua le tribun Rullus qui, par le projet d'une nouvelle loi agraire , ronliait à tics Commissaires un pouvoir alarmant pour la liberté. La politique de Cicéron fut ici tout entière dans son éloquence. A forre d'adresse cl de talent, il lit rejeter par le peuple même une loi toute populaire. Affectant de se regarder comme le consul du peuple, mais fidèle aux intérêts des grands, il fit maintenir le dérret de Sylla qui interdisait les charges publiques aux enfants des proscrits. On ne peut douter que cette habileté du consul à ménager le> trois ordres de l'Etat, et à s'en faire également aimer, n'ait été l'arme qui seule put vaincre Catilina. Toute la république étant reunie, et se confiant à un seul liomme, les conjurés, malgré leur nombre, se trouvèrent hors de l'Etat, et furent désignés comme ému mis publics. Le vigilant consul, entretenant des imclligcn c> parmi cette foule d'hommes pervers, était averti de leurs projets , et assistait, pour ainsi dire , à leurs conseils. Le sénat rendit le décret fameux qui , dans les grands dangers , investissait les consuls d'un pouvoir égal à celui de dictateur. Cicéron doubla les gardes et prit quelques mesures extéricuies. Ensuite il >e rendit aux comices pour présidera l'élection des nouveaux consuls. Catilina fut exclu une seconde rois, et n'eut plus d'autre ressource que le meurtre et I incendie. Il assemble ses complices, les charge d'embraser Home, et déclare qu'il va se mettre à la tête des troupes de Mallius. Deux chevaliers romains promettent d'assass'ncr le consul dans sa propre maison. Cicéron est instruit de tous les détails par Fulvie , maîtresse de Curius, l'un des conjurés. Deux jours après , il assemble le sénat au Capilolc. Ce fut là que Catilina, qui dissimulait encore, ayant osé paraître comme sénateur, \m consul l'accabla de sa foudroyante cl soudaine éloquence. Catilina, troublé, sortit du sénat en vomissant des menaces, et dons la nuit partit pour l'Emirie avec trois cents hommes armés. Le lendemain Cicéron convoque le peuple au Forum, l'instruit de tout, et triomphe d'avoir ôlé aux conjurés leur chef, et réduit le chef lui-même à faire une guerre ouverte Au milieu de cette crise violente, ce grand homme trouvait encore le loisir d'evercer son éloquence dans une cause privée. Il défendit Muré h ii. consul désigné, queCaton accusait de brigue et de corruption. Sou plaidoyer est un chef d'auvre d'éloquence et de fine plaisanterie. Le stoîqueCaton, ingénieusement raillé par l'orateur, dit ce mot connu: «Nous avons un consul tort gai.» Mais ce consul si gai veillait toujours sur la patrie menacée, et suivait tous les mouvements des conjures. Instruit que Lentulus, chef des factieux restés à Rome, cherchait à séduire les députés des Allobroges, il engagea ceux-ci à feindre, pour obtenir la preuve complète du crime. Les députés furent saisis au moment où ils sortaient de Rome avec Vulturcius , l'un des conjurés, Un produisit dans le sénat les lettres de Lentulus ; la conjuration fut évidente. Il ne s'agissait plus que de la punition. Plusieurs lois défendaient de punir de

mort un citoyen romain ; César les fit valoir avec adresse. Caton demanda hautement le supplice des coii|>aMcs. C'était l'avis que Cicéron avait exprimé avec plus d'art, ils furent exécutés dans la prison, quoique le consul prévit qu'un jour ils auraient de* vengeurs. Il préféra l'Etal à sa sûreté. Peut-être aurait-il pu se mettre à l'abri en faisant prononcer la sentence par le peuple : c'est ainsi qu'autrefois Manlius avait été condamné. Mais Cicéron craignit qu'on n'enlevât les conjurés. Il voulut se presser, et par timidité, il lit une imprudence que, dans la suite, il expia cruellement. Cependant Rome fut sauvée , tous Ictrjlomains proclamèrent Cicéron le père de la patrie. La défaite de Catilina, qui suivit bientôt , fit assez voir qu'en préservant la ville , on avait porté le coup mortel à la conjuration ; cl celle gloire appartenait au vigilant consul. Déjà l'euvie l'en punissait. Un tribun séditieux ne lui permit pas de rendre compte de sun administration ; et Cicérou, en quittant le consulat, ne put prononcer que ce noble serment , répelé par tout le peuple romain : c Je u jure que j'ai sauvé la république. » César lui était toujours contraire, et Pompée , uni d'intérêts avec César elCrassus, redoutait un citoyen zélé, trop ami de la liberté pour éire favorable aux triumvirs. Cicéron vit son crédit tomber insensiblement , et sa sûreté même menacée pour l'avenir. Il s'occu|»a plus que jamais de la culture des lettres. Ce fut alors qu'il publia les mémoires de son consulat, écrits en grec, et qu'il fit sur le même sujet uu poème latin eu trois livres. Ces louanges qu'il se donnait à lui-même no durent pas diminuer l'envie qu'excitait sa gloire. Enfin l'orage éclata par la furieuse auimosite de Clodius; et ce consulat tant célébré par Chérou devint le moyen et le prétexte de sa ruine. Clodius fit passer une loi qui déclarait coupable de trahison quiconque aurait Lit périr des citoyens romains, avant que le peuple les eût condamnés. L'illustre consulaire prit le deuil, et, suivi du corps entier des chevaliers et d'une foule de jeunes patriciens, il parut dans les rues de Rome, implorant le secours du peuple. Clodius, a la tête de satellites armés, l'insulta plusieurs fois, et osa même investir le sénat. Cette querelle ne pouvait finir que par un combat, ou par l'éloignement voloulaiic de Cicéron. Les deux consuls servaient la fureur de Clodius, et Pompée abandonnait son ancieu ami. Mais tous les honnêtes gens étaient prêts a dérendre le sauveur de la patrie ; Cicéron, par faiblesse ou par vertu , refusa leur secours, et s'cxilanl lui-même, il sortit de Rome, après avoir consacré au Capitule une petite statue de Minerve, avec celle inscription : Minerve , protectrice de Rome. Il erra quelque temps dans l'Italie, et se vil fermer l'entrée de U Sicile par un ancien ami, gouverneur de celle province. Enfin il se réfugia chez Plancus, à 'J'hessalonique. Sa douleur était excessive , et la philosophie qui , dans ses malheurs, servit souvent à occuper son esprit, n'avait alors le pouvoir ni de le consoler ni de le distraire. C'odius poursuivait insolemment son triomphe, et par de nouveaux décrets , il fit raser les maisons de

CfC

campagne do Cicéron, et sur le terrain de sa maison de Honte, il consacra un temple a la liberté. Une partie de ses meubles fut mise à l'encan, niai» il ne se présenta point d'acheteurs ; le reste devint la proie des deux consul* <jui s'étaient associés a la haine de Clodius. La femme même et les enfanta de Cicéron turent exposés a l'insulte cl à la violence. Ces désolantes nouvelles venaient sans cesse irriter l'anbction du malheureux exilé, qui, perdant toute espérance, se déliait de ses amis, se plaignait de sa gloire, et regrettait de ne s'être pas donné la mort, montrant qu'un beau génie et même une grande finie ne préservent pas toujours de la plus extrême faiblesse. Ce|icndant il se préparait à Rome une heureuse révolution en sa faveur. L'audace de Clodius, s'élevant trop haut, et s'étendant a tout, devenait insupportable à ceux même qui l'avaient protégée. Ponqiée encouragea les amis de Cicéron ft presser son rappel. Le sénat déclara qu'il ne s'occuperait d'aucune affaire avant que le décret du bannissement fût révoqué. Cloilius redoubla vainement de (tireur et de violence. Dés l'année suivante, par le zélé du consul Lentuliis, et sur la proposition de plusieurs tribuns, le décret de rappel passa dans l'assemblée du peuple , malgré un sanglant tumulte où Quintus, frère de Cicéron , fut dangereusement blessé. On vota des remerciements aux villes qui avaient reçu Cicéron , et les gouverneurs de province curent ordre d'assurer son retour. C'est ainsi, qu'après dix mois d'exil, il revint en Italie avec une gloire qui lui parut à lui-même un dédommagement de son malheur. Le sénat en corps l'attendit aux portes de la ville , et son entrée rut un triomphe. La républitpie se chargea de (aire rétablir ses maitons; il n'eut à combattre que pour démontrer la nullité de la consécration faite par Clodius. Au reste, ce retour devint pour Cicéron, comme il l'avoue lui-même , l'époque d'une vie nouvelle, c'est-à-dire d'uno polit i<|ue différente, il diminua sensiblement l'ardeur de son zèle républicain, et s'attacha plus que jamais à l'ornée , qu'il proclamait son bienfaiteur. Il sentait que l'éloquence n'était plus dans Home une puissance assez roi te par elle-même , et rpie le plus grand orateur avait be*oin d'être protégé par nn guerrier. Le fougueux Clodius s'oppotait à force ouverte au rétablissement des maisons <!e Cicéron, et l'attaqua plusieurs fois lui-même. Mi- Ion, mêlant la violence et la justice, repoussa Clodius par les armes, et en même temps l'accusa devant les tribunaux. Home était souvent un champ de lmiaillc. Ce|ie»dant Cicéron passa plusieurs années dans une sorte de calme , s'occupant à la composition de ses traités oratoires, et paraissant quelquefois au barreau, oil, par complaisance pour Pompée, il défendit Valinius et Gabin'uis, deux mauvais citoyens qui s'étaient montrés ses implacables ennemis. Volère-Maxime cite ce fait comme l'exemple d'une générosité extraordinaire. A l'âge de cinquante-quatre ans , Cicéron fut reçu dans le collège des augures. La mort du turbulent Clodius, tué par Milon, le délivra de son plus dangereux adversaire. On connaît la belle harangue qu'il lit pour la dé-

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