‹ Biographie universelle ancienne et moderneChapitre 106 sur 106 · XX · texte numérisé non relu

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contre ceux qui ne voudraient pas y acquiescer. En conséquence, le pape mande à son légat, Simon de Rrie, de contraindre le roi de France et ses adhérents à se désister de cette entreprise de guerre contre le roi de Castille, et d'employer, s'il le juge expédient, l'excommunication contre les personnes et l'interdit sur les terres , nonobstant tout privilège de n'être point frappé de censures. Flcury observe à cette occasion l'inutilité dérisoire de ces privilèges, auxquels les papes dérogeaient quand ils voulaient. Jean XXI condamna, avec plus de raison, des erreurs enseignées dans l'université de Paris, et qui provenaient des mauvais raisonnements d'une -fausse philosophie. Fleury en parle avec quelques détails qu'il faut lire dans son histoire. Le pontificat de Jean XXI fut de courte durée ; un accident déplorable termina sa vie. Un bâtiment qu'il avait fait construire près le palais de Viterbe s'écroula tout à coup, et la chambre qu'il habitait tomba sur lui et l'enveloppa de ses débris. Il fut tellement blessé, qu'il mourut au bout de six jours (le 16 mai 1277), après avoir reçu tous les sacrements. 11 avait tenu le saint-siége pendant huit mois seulement. On l'accuse de peu de discrétion et de trop de précipitation dans ses paroles. 11 eut pour successeur Nicolas 111. D — s..

JEAN XXII, élu pape le 7 août 1316, succéda à Clément V, qui avait transféré le siège dans Avignon. Les cardinaux assemblés à Carpentras au nombre de vingt trois ne purent s'accorder sur l'élection. Une sédition survint au milieu de ces débats; des marchands furent pillés par les domestiques des cardinaux; on mit le feu à la ville, qui fut brûlée en partie, et le conclave fut deux ans sans se rassembler : les Italiens voulaient qu'on allât à Rome, et d'autres ailleurs. Philippe le Rel , qui vivait encore, ému par les représentations du cardinal Napoléon des Ursins, ordonna enfin que la réunion se fil à Lyon; mais, ce monarque étant mort, ce fut Louis II m in qui envoya le comte de Poitiers, son frère, pour exécuter ce projet. Le prince y travailla près de six mois, au bout desquels il parvint à rassembler vingt-trois cardinaux, qu'il enferma dans la maison des frères prêcheurs de Lyon , avec ordre de ne point sortir qu'ils n'eussent élu un pape. Il les fit environner de gardes, et revint à Paris. Au bout de quarante jours, les cardinaux élurent Jacques d'Euse, évêque de Porto. Né à Cahors de parents pauvres, mais honnêtes, il s'était rendu habile dans les sciences et surtout en droit. 11 était de petite taille; mais il avait de l'esprit et une certaine fermeté de caractère. Il avait été successivement évêque de Fréjus, puis d'Avignon; et enfin Clément V l'avait fait cardinal-évêquc de Porto. Il prit le nom de Jean XXII, et fut couronné à Lyon, d'où il écrivit aux rois et aux évêques qu'il avait beaucoup hésité avant d'accepter sa nomination. Quelque temps après, le pape se plaignit qu'on voulait l'empoisonner, ainsi que

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les cardinaux, et qu'on avait dressé contre eux tles maléfices et des enchantements diaboliques. L'ignorance du temps était encore assez grande pour faire attribuer aux artifices du malin esprit des résultats très-simples de phénomènes physiques. L'accusation fut dirigée principalement contre Géraud, évêque de Cahors. L'histoire ne dit point en quoi consistaient les faits de magie et les projets meurtriers dont il était chargé. Il parait qu'il était violemment suspect de simonie, très-réellement déréglé dans ses mœurs, et coupable d'injustices dans son administration. Le pape fit informer contre lui, et le déposa de toutes ses dignités, avec les formalités les plus humiliantes. 11 le livra ensuite au tribunal séculier, qui le condamna à être brûlé; ce qui fut exécuté au mois de juillet 1318. Baluze dit que le juge qui prononça cette sentence était Arnaud de Trianne, neveu du pape et son maréchal. Vers ce même temps, les rois de France et d'Angleterre témoignaient l'envie de former une nouvelle croisade. Le pape leur écrivit pour les en détourner, en leur représentant que la paix n'était pas assez bien affermie chez eux pour leur permettre de songer à des entreprises lointaines. Le différend entre le pape et Louis de Bavière causa de grands troubles en Italie. L'empire était resté vacant pendant quatorze mois, après lesquels Louis de Bavière, frère de Bodolphe, venait d'être élu empereur par cinq électeurs. Ce prince avait pris le titre de roi des Bomains, sans attendre l'approbation du pape, qui prétendait de son côté que l'administration de l'empire lui appartenait pendant la vacance. Il lança donc contre Louis de Bavière un monitoire , qui fut bientôt suivi d'un acte d'excommunication. Louis, à son tour, excommunia le pape, qu'il appelait par dérision le ïrëtre Jean. L'Italie, désolée par les fureurs des Guelphcs et des Gibelins, qui tour à tour étaient vainqueurs et vaincus, offrait partout des divisions et des désordres, dont l'empereur sut profiter. Le pape ne pouvait revenir à Borne, où une députation de la ville l'avait rappelé. Louis de Bavière saisit ce moment pour lui susciter un rival dans la personne de Pierre de Corbière (voy. Corbière). Les villes, les contrées, se révoltaient contre le pape ou se soumettaient à lui , suivant les chances de fortune de l'empereur. Jean XXII ne gardait pas toujours la modération convenable ou nécessaire dans les circonstances. On peut en juger par la manière dont il se conduisit envers l'antipape, lors de sa résipiscence. 11 ne profita pas non plus avec avantage de tous les moyens qui lui étaient offerts de rétablir la paix. Après le pardon accordé à Corbière, son protecteur consentait à l'abandonner, à révoquer tous les actes qu'il avait publiés contre le pape, pourvu que celui-ci le reconnût comme empereur. Jean XXII rejeta tous ces accommodements. H mourut le 4 décembre 133t, âgé de près de UO ans, après un pontificat de dix-huit

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ans trois mois et vingt-huit jours. Avant ses * derniers moments, il assembla les cardinaux, révoqua toutes les réserves et expectatives qu'il avait établies sur les bénéfices, et qui avaient grossi son trc'ior d'épargnes, où l'on trouva, dit Villani, en or monnayé, plus de dix-huit million» de florins. L'historien cite à ce sujet des out-dire qui peuvent encore être suspects d'exagération. Ce pape avait soutenu un système sur la vision béatifique, dont les principes avaient été condamnés, notamment par l'université de Paris. Il déclara en mourant qu'il ne prétendait pas persister dans ces erreurs, si elles existaient. Ce fut Jean XXII qui fixa la féte de la Trinité au dimanche après la Pentecôte. Quelques écrivains assurent que ce fut lui qui ajouta la deuxième couronne à la tiare. Villani convient qu'il avait des vertus, telles que la sobriété, un grand zèle à s'acquitter de ses devoirs religieux, et beaucoup d'économie dans ses dépenses particulières. Il se laissait aborder facilement, expédiait promptement les affaires; il avait de la science, de la pénétration, et une sorte de grandeur : mais il était colère ; et, sans être cruel, sa conduite visà-vis de Corbière prouve qu'il était vindicatif. On a de lui plus de trois cents lettres, et des bulles assez bien écrites pour le temps où il vivait. Il possédait aussi des connaissances en médecine, ainsi que l'attestent quelques ouvrages qui restent de lui : 1° T/iesaurus pauperum : c'est un rrcueil de remèdes imprimé à Lyon en 1523; 2° un Traité des maladies des yeux ; 3° Un autre sur la formation du fœtus ; 4° Un autre sur la goutte ; 5° Des Conseils pour conserver la, santé; 6° Enfin, on a imprime sous son nom l'Elixir des philosophes, autrement, l'Art transmutatoire des métaux, traduit du latin en français, Lyon, Bonhomme, 1337, in-12. Il eut pour successeur Benoit XII. D— s.

JEAN XXIII, élu pape le 14 mai 1410, onze jours après la mort d'Alexandre V, s'appelait Balthazar Cossa : il était né à Naples d'une famille noble, mais pauvre. 11 avait été corsaire dans sa jeunesse; bientôt il abandonna ce métier pour entrer dans la carrière ecclésiastique : il avait de l'esprit, de l'ambition , de l'audace. 11 s'introduisit auprès de Boniface IX, qui le fit cardinal et son légal à Bologne. Sa conduite scandaleuse et tyrannique lui attira la disgrâce d'Innocent VII et de Grégoire XII ; mais l'impérieux légat sut leur résister et soutenir sa rébellion contre toute leur puissance. Alexandre V, auquel il avait rendu de grands services contre Ladislas, l'admit dans M plus intime faveur. On soupçonna néanmoins Cossa de l'avoir empoisonné pour lui succéder plus promptement. En montant sur le siège pontifical, il prit le nom de Jean XXiil, se fit couronner à Bologne, et se rendit à Rome, que Ladislas menaçait avec son armée. Quelques succès favorisèrent d'abord le parti du pape ; mais Ladislas reprit bientôt tous ses avantages. Jean XXIII fut obligé de le reconnaître comme roi de Naples

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au préjudice de Louis d'Anjou. De son côté, Ladislas abandonna la cause de Grégoire XII, et reconnut Jean XXIII pour pape légitime. Mais Ladislas cachait «les desseins perfides. Dès qu'il apprit que le pape avait fait retirer de Rome ses meilleures troupes, il y entra de nuk. Jean n'eut que le temps de monter à cheval, et de se réfugier à Florence. Ladislas exerça mille cruautés dans In ville ; mais, quelque temps après, il mourut à Pérouse, et l'on soupçonna une de ses maîtresses de l'avoir empoisonné. Jean XXIII se vit alors obligé de recourir à l'empereur Sigismoud, et de convenir avec lui de la convocation du concile général qu'Alexandre V avait promis d'assembler au bout de trois ans : le lieu fut indiqué à Constance. Le pape y parut avec une grande représentation ; mais comme il se défiait de l'issue que cette affaire pouvait avoir, il eut soin de s'assurer d'avance l'amitié et le secours du duc d'Autriche, qu'il fit général des troupes de l'Église. Il ne s'était point trompé dans ses conjectures. On ne tarda pas à présenter contre lui au concile une liste d'accusations les plus graves, et l'on résolut de le contraindre à céder le pontificat. Le danger devenait pressant; et pour échapper à l'humiliation qui l'attendait, il sorlit la nuit de Constance, à la faveur d'un déguisement, et se relira d'abord à SchafThouse, puis à Lauffcnbourg , enfin à Fribourg en Brisgau, toujours dans les domaines du due d'Autriche, que Sigismond poursuivait et voulait punir d'avoir favorisé l'évasion du pape. Le duc d'Autriche, poussé enfin aux dernières extrémités, fut obligé de livrer son protégé. Le concile cependant avait continué et fini le procès par contumace. 11 avait déclaré Jean XXIII atteint et convaincu d'avoir scandalisé l'Église par ses mauvaises mœurs , d'avoir exercé publiquement la simonie en vendant les bénéfices, et comme tel l'avait déposé de sa dignité de pape , avec défense à tout fidèle de lui obéir. Le malheureux lut celle sontence, et la ratifia d'un air triste et humilié. On le transféra ensuite à Heidelberg. Martin V ayant été élu à sa place, Jean XXIII vint le trouver à Florence, se jeta à ses pieds, implorant son pardon, et ratifiant pleinement l'acte de son abdication. Martin le reçut avec bonté : il le fit doyen du sacré collège. Jean XXIII mourut six mois après, le 22 novembre 1 110, à Florence, et fut enterré magnifiquement par les soins de Côme de Médicis, son ami. Si Balthazar Cossa eut une jeunesse vicieuse, on ne peut lui refuser du moins quelque courage dans l'adversité qui ne cessa de le tourmenter au faite de la grandeur. Il finit aussi ses jours avec celle tranquillité modeste et résignée qui convient à un sincère repentir. Il ne manquait ni d'esprit ni de talent. Il fit des vers latins assez éléganls, où il peint tour à tour l'éclat de sa grandeur passée, et l'isolement où il termina sa carrière. On a vu qu'il avait eu pour successeur Martin V. D — s. JEAN I" (Zimiscès). Voyez Zmiscfcs.

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JEAN II (Comnene), empereur d'Orient, dut le surnom de Kaloi, c'est-à-dire le Beau, non à ses avantages extérieurs, mais à des qualités plus précieuses que les charmes de la figure, à la beauté de son âme. 11 était l'aîné des fils de l'empereur Alexis; et l'ordre naturel, d'accord avec la politique, le désignait son successeur: mais l'impératrice Irène, sa mère, s'efforça de l'éloigner du trône pour y placer sa fille Anne, qu'elle aimait avec une tendresse aveugle {voy. Alexis l«r et An. m: Comnene). Jean, étant entré dans la chambre de son père peu d'instants avant sa mort, prit l'anneau qu'il portait au doigt : muni de ce signe de la puissance royale, il fit enfoncer les portes du palais que les gardes refusaient d'ouvrir, et fut proclamé empereur, le 45 août ili 8, -aux acclamations des grands et de tout le peuple. II se tint renfermé, les premiers jours, pour donner à sa mère le temps d'exhaler son ressentimeut : il distribua ensuite les premiers emplois à ses parents ou à des amis d'une fidélité éprouvée, et décerna à son frère Isaac le titre de Sebattocrator, qui le rendait son égal en dignité, mais non en pouvoir. Quelque temps après, Anne forma l'odieux projet d'assassiner son frère : l'irrésolution de Nicephorc-Bryenne, son mari, empêcha ce complot de réussir. Jean fit grâce de la vie aux conjurés, mais confisqua leurs biens pour les distribuer à ses serviteurs. Axuch, l'un de ses favoris, ayant eu la délicatesse de refuser la part qui lui revenait dans les dépouilles de la princesse, l'empereur, touché de ce qu'un homme né dans l'esclavage le surpassât en générosité, renvoya les trésors à sa sœur, et pardonna à tous ceux qui étaient entrés dans la conjuration. Lorsque sa clémence eut affermi son aulorité, il ne s'occupa plus que de faire la guerre aux ennemis de l'empire. Il reprit la ville de Laodicée sur les Perses, et leur enleva la Phrygie : il chassa ensuite les Scythes de la Thrace ; et pour ôter à ces barbares tout prétexte de tenter une nouvelle irruption, il offrit aux uns de les admettre comme auxiliaires dans son armée, et aux autres de leur abandonner des terrains incultes dans les provinces intérieures. Il tourna ensuite ses armes contre les Turcs, dont la puissance toujours croissante menaçait Constantinoplc ; il traversa en vainqueur la Bithynie et la Paphlagonie, battit les Perses et les Arméniens, leur prit un grand nombre de places et en rasa les fortifications ; if s'empara aussi de la Syrie et des provinces voisines, et fil de fréquents voyages de Constantinople à Anlioche et à Alep. Il abandonnait le butin à ses soldais, et y ajoutait souvent des récompenses pécuniaires. Il n'était pas moins généreux envers ses officiers; des titres d'honneur, le don d'une ville, étaient pour eux le prix d'une action d'éclat : économe du sang de ses sujets, il avait dans son armée des corps étrangers formés des prisonniers qu'il gagnait par ses bienfaits. Il s'imposait volontairement les privations qu'il ne

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dépendait pas de lui d'épargner à ses soldats, et leur donnait lui-même l'exemple du courage dans les combats ou de la prudence dans les revers. Enfin il pouvait se promettre de retarder l'invasion des Turcs en Europe et d'étendre au loin ses conquêtes , si un accident funeste autant qu'imprévu ne fût venu en interrompre le cours. Un jour qu'il prenait le plaisir de la chasse dans la vallée d'Anazarbe, en Giticie, il rencontra un sanglier qu'il perça d'un épieu; en luttant contre cet animal furieux, une flèche empoisonnée tomba de son carquois et lui écorcha la main : il ne fit presque aucune attention à cette légère blessure; mais, pendant la nuit, l'inflammation se manifesta, et les médecins déclarèrent qu'il n'y avait plus de remède que dans l'amputation du bras. Jean ne voulut point y consentir : il réunit aussitôt ses parents et ses amis les plus dévoués, leur fit jurer de reconnaître pour son successeur Blanuel, son fils cadet, et mourut quelques jours après, le 8 avril! 143, âgé de 53 ans. Jean Coranène avait le teint basané, les traits grossiers, et était de petite taille. C'était un prince sage, pieux, ennemi du luxe et de la flatterie. On a remarqué que, sous son règne , on ne rendit pas dans tout l'empire un seul jugement qui entraînât la peine de mort. 11 n'eut, dit Gibbon, que le défaut des âmes nobles, l'amour des armes et de la gloire militaire. Nicétas a écrit la Vie de ce grand prince, mais trop succinctement; il s'en excuse sur ce qu'il n'avait pas été témoin des événements de son règnj:, et qu'il n'a pu rapporter que ce qu'il avait appris de ceux qui avaient suivi Jean Comnène dans ses expéditions militaires. W— s.

JEAN II! (Dlcas). Voyez Vatace.

JEAN IV (Lascaius). Voyez Lascaris.

JEAN V Voyex Cantacuzèxe.

JEAN VI et JEAN VII. Voyez Paléolocue.

JEAN , surnommé le Bon , roi de France , succéda, le 22 août 1350, à Philippe de Valois, son père, et fut sacré à Reims le 20 septembre de la même année, avec Jeanne de Boulogne, sa seconde femme. Il avait plus de quarante ans lorsqu'il parvint au trône, et, placé souvent à la tête des armées sous le règne précédent, il s'y était montré avec beaucoup de valeur. Les peuples, qui attribuent toujours leurs maux à ceux qui les gouvernent, oubliant ce qui pouvait justifier la mémoire de Philippe de Valois, se flattèrent d'être plus heureux sous l'autorité de son fils. Mais l'habile Edouard III régnait encore en Angleterre: ses prétentions à la couronne de France étaient dcvcuues, par ses victoires, plus légitimes dans l'esprit de ceux qui avaient des dépositions à se laisser séduire, et l'indiscipline parmi les nobles, l'esprit de faction dans la bourgeoisie , faisaient chaque jour de nouveaux progrès. Jean, que nous verrons bientôt assembler la nation avec une confiance qui seule suffirait pour prouver combien il était éloigné de toute tyrannie, se vit réduit, dès les premiers jours de son règne, à violer les

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formes de la justice pour ne .pas compromettre son autorité. Raoul, comte d'Eu et de Guines, connétable de France, avait été fait prisonnier par les Anglais ; à son retour de Londres , il se présenta devant le roi, qui le fit arrêter, et le troisième jour on lui trancha la tête dans l'hôtel qui lui servait de prison, en présence de plusieurs seigneurs, mais sans que son procès eût été rendu public. Le connétable était accusé de s'être laissé gagner par Edouard, comme Robert d'Artois et Gcoffroi d'IIarcourt sous le règne précédent : l'exemple de ces deux coupables, qui s'étaient échappés et qui ensuite causèrent tant de mal à la France, décida le roi à brusquer la mort du connétable. Les historiens prétendent que cet acte de rigueur acheva de lui aliéner la noblesse; mais, sans chercher à justifier un arrêt rendu et exécuté dans l'ombre, peut-être serait-il plus vrai de dire que Jean ne crut nécessaire d'agir avec tant de précipitation que parce qu'il connaissait assez les dispositions secrètes des grands de l'Etat pour être convaincu que, s'il différait à punir, on parviendrait à sauver le coupable , d'autant plus que le roi d'Angleterre même , selon les usages du temps, aurait pu intervenir à cause de la rançon que lui devait encore le connétable. Sa charge passa à Charles d'Espagne de la Ccrda.qui fut assassiné peu de temps après par Charles, roi de Navarre, surnommé le Mouvait; ce prince, pour mieux assurer l'impunité de ce crime, se hâta de traiter avec l'Angleterre et se mit en mesure de se défendre. Par une de ces bizarreries si communes dans les temps de factions, le même roi qui n'avait osé employer les formes de la justice pour faire condamner le connétable d'Eu fut réduit à assembler le parlement avec solennité pour accorder la grâce au roi de Navarre, qui ne se souciait pas de l'obtenir, et qui même ne consentit à paraître la solliciter qu'en se faisant accorder de grands avantages. Quoiqu'il y eût une trêve signée entre la France et l'Angleterre, la guerre continuait dans toutes les provinces où les Anglais et les Français avaient des intérêts à démêler, soit pour eux, soit pour les partis qu'ils soutenaient : la trêve n'existait dans le fait qu'entre les armées royales; encore était-il facile de prévoir qu'elle ne durerait pas longtemps. Le roi , dans l'espérance de s'attacher la noblesse, imita l'exemple d'Edouard III, qui venait d'instituer l'ordre de la Jarretière : il créa un ordre de chevalerie à l'honneur de Notre-Dame ; on l'appela l'ordre de VEtoile. Mais des grâces ne suffisaient plus depuis que les armées, devenues nombreuses, se composaient en grande partie de troupes soldées : il fallait de l'argent, et, la même année * que les Anglais déclarèrent la trêve rompue, Jean convoqua dans Paris une assemblée de la nation pour délibérer sur les besoins du gouvernement. Cette assemblée, qu'on peut regarder comme la première dans laquelle le tiers état ait été compté pour un ordre, s'ouvrit en 1335 et répondit aux in-

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tentions du roi ; ce qui déconcerta les factieux, qui, pour lui susciter des embarras, avaient été jusqu'à séduire Charles, Dauphin de France, en lui persuadant qu'il devait s'unir au roi de Navarre. Jean n'eut point de peine à faire comprendre à son fils que le premier de tous les intérêts pour lui était de ne porter aucune atteinte à un pouvoir dont il était destiné à hériter un jour. D'accord ensemble, ils attirèrent à Rouen Charles le Mauvais, ainsi que les principaux factieux qui l'accompagnaient toujours, et les arrêtèrent. Quatre furent décapités le même jour; pour le Navarrais, on le transféra sous bonne garde à Château-Gaillard , où il fut enfermé avec deux de ses conseillers intimes; les autres furent mis en liberté. Les parents et les amis du Navarrais prirent les armes et se réunirent aux troupes du roi d'Angleterre, d'où les historiens ont conclu qu'ils n'agirent ainsi que par vengeance ; mais ils oublient que Charles le Mauvais, ayant depuis longtemps contracté alliance avec les Anglais, se serait lui-même rangé de leur côté s'il avait été libre. Ce prince tient une si grande place dans les événements de cette époque, qu'il est nécessaire de connaître les intérêts qui le faisaient agir; car on ne peut admettre qu'avec toutes les qualités qu'il avait reçues de la nature et qu'une brillante édu- . cation avait perfectionnées , il ait contribué aux désastres de sa patrie sans but et sans projets concertés. Charles, roi de Navarre, descendait de Louis le llutin par sa mère et de Philippe le Hardi par le comte d'Êvreux, son père; les discussions élevées par Edouard 111 sur la succession au trône de France lui laissèrent entrevoir avec plaisir la chute des Valois , dans l'espoir que les Français, incapables de passer sous une domination étrangère, reviendraient à lui, prince du sang royal à double titre, déjà possesseur du royaume de Navarre, de plusieurs provinces de France, et ayant des droits à faire valoir sur la Brie et la Champagne. 11 s'unissait à Edouard contre les Valois, comme contre des rivaux communs à l'un et à l'autre, mais sans désirer qu'il triomphât. Edouard, qui n'ignorait pas ses espérances secrètes , lui fournissait des secours trop faibles pour qu'il pût s'emparer du trône, mais suffisants pour prolonger les troubles. Ainsi, les inconséquences qu'on remarque dans la conduite de Charles le Mauvais tiennent bien plus à la position difficile dans laquelle il s'était placé qu'à la légèreté de ses vues et à la violence de son caractère. De même, la manière dont le rot Jean s'y prit pour le faire enlever, pour le tenir renfermé au moment où la guerre se rallumait avec vivacité entre les deux nations, n'a pu être blâmée que par les historiens qui croient que ceux qui gouvernent sont, dans tous les temps, maîtres d'agir avec autorité. La destruction de l'armée anglaise aurait été pour le roi une justification complète de sa conduite jusqu'à ce jour. Cette armée, commandée par le prince de Galles, fils aîné d'Edouard, connu sous

le nom du Prinet noir, s'était avancée avec beaucoup d'imprudence , pillant et dévastant tout sur son passage. Le roi, qui avait rassemblé ses troupes à Chartres, joignit les Anglais à deux lieues de Poitiers, et les serra de si près qu'à peine eurent-ils le temps de choisir un terrain difficile et de s'y retrancher ; cette position ne leur parut pas si sûre qu'Edouard, pour obtenir que son fils se retirât avec douze mille hommes qu'il commandait, n'offrit de l'argent, la liberté des prisonniers faits et une trêve de sept ans. Le >ro» Jean, après avoir eu le tort de se laisser amuser par des négociations qui donnèrent aux ennemis le temps de se fortifier, refusa tout accommodement, et livra, le 9 septembre 1350, cette fatale bataille de Poitiers, où la supériorité du nombre et le courage furent rendus inutiles par l'imprudence, l'insubordination et l'ignorance de tous les principes de la guerre. L'armée française fut mise • dans une déroute complète ; de quatre fils du roi qui l'accompagnaiont , trois se retirèrent si vite qu'ils justifièrent les traîtres qui s'empressaient de se sauver; le quatrième, nommé Philippe, ne voulut jamais abandonner son père, qui combattait avec un courage héroïque, et il fut obligé de se rendre avec lui. Le prince de Galles traita le roi son prisonnier avec les plus grands égards, le servit à table , refusa de prendre place à côté de lui , et lui prodigua les éloges les mieux mérités sur la valeur qu'il avait déployée pendant le combat, admirant avec la franchise d'un jeune héros la fermeté que ce monarque montrait dans son malheur. 11 conduisit ses deux prisonniers à Bordeaux et les fit passer à Londres, dans la crainte de n'être plus le maître de leur sort, les Anglais et les Gascons commençant à se disputer la rançon qu'ils espéraient d'une si belle capture. Edouard» tout en accablant le roi de politesses et d'égards* crut pouvoir lui offrir la liberté à condition qu'i' reconnaîtrait que le royaume de France relevait de la couronne d'Angleterre. « J'ai reçu de mes « aïeux un royaume libre, répondit Jean; je le « laisserai libre à mes descendants. Le sort des « combats a pu disposer de ma personne, mais « non des droits sacrés de la royauté. » Edouard devait naturellement profiter des circonstances pour pousser la guerre avec vigueur ; mais l'intérêt des Anglais s'y opposa : ils redoutaient un monarque assez puissant au dehors pour attenter impunément à leur liberté , et les hostilités se ralentirent par l'événement même qui semblait devoir les rendre plus vives. Les Français n'en furent pas plus heureux : la guerre civile s'étendit sur tout le royaume. Les paysans, attribuant la prison du roi à la lâcheté d'une noblesse qui les vexait depuis longtemps, se formèrent en bandes, pillèrent les châteaux , assassinèrent les nob.'es, leurs femmes, leurs enfants, et se portèrent à des excès qu'on pourrait appeler inouïs s'ils ne se renouvelaient dans tous les temps lorsque le I peuple se charge de se faire justice à lui-même.

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Mai* on vit alors une chose extraordinaire; car les Anglais et les Navarrais , malgré la guerre , se réunirent aux nobles français pour poursuivre ces assassins. Leur association et leurs terribles exploits, auxquels on a donné le nom de Jaqutrie, prouvent combien le corps de la noblesse était affaibli par les combats livrés depuis un demi-siècle; car si elle avait moins prodigué son sang sur le champ de bataille, elle se serait trouvée assez forte pour arrêter ces insurrections dès leur naissance , ou plutôt les paysans n'auraient osé s'armer contre elle. Paris offrait des scènes non moins désastreuses; mais l'intérêt particulier, l'ambition , la vengeance , s'y cachaient sous les apparences du patriotisme et d'un grand dévouement à l'intérêt général. Charles, Dauphin de France, auquel la postérité a donné le titre de Sage, crut devoir imiter son père en assemblant . les états généraux , afin de les consulter sur les besoins de l'État. Ces besoins n'étaient que trop connus : il fallait des hommes et de l'argent pour s'opposer aux Anglais ; il fallait surtout se presser autour de l'héritier de la couronne, lui donner le titre et le pouvoir d'un régent , et tromper les espérances d'Edouard par des démonstrations de vigueur qui auraient avancé la paix. Les états généraux , auxquels on demandait des secours indlspcnsablcset urgents, répondirent en demandant des réformes et la liberté du roi de Navarre ; et, comme ils n'étaient pas d'accord sur l'autorité du Dauphin, les trois ordres essayèrent de s'unir,'pour former une espèce de gouvernement indépendant de la volonté du prince. La monarchie était dissoute si le tiers étal avait su cacher ses prétentions; mais les bourgeois de Paris, conduits par Marcel , prévôt des marchands , dont ils avaient fait leur idole, s'expliquèrent avec si peu de ménagement que la noblesse, effrayée, sentit le besoin de se rapprocher du trône. Le Dauphin profita du peu d'accord des trois ordres avec une prudence qu'on ne peut trop admirer, à moins de prétendre, comme l'abbé de Mably, qu'un prince est un tyran parce qu'il conserve à la fois, sans répandre de sang, les droits de tous et les siens. La faction de Marcel était bien plus forte que leparti du Dauphin, composé de nobles épars dans les provinces et réduits à se défendre, contre des paysans révoltés ; aussi ne put-il empêcher que la liberté ne fût rendue à Charles le Mauvais, qui vint à Paris haranguer la populace avec beaucoup d'éloquence et de succès, car elle vit un sauveur dans ce prince allié des Anglais, erreur fort commune dans les troubles civils. Le Dauphin, obligé de se parer des couleurs adoptées par les rebelles, d'embrasser, de paraître aimer le roi de Navarre, vit assassiner sous ses yeux, dans la chambre qu'il occupait , llobert de Clermont , maréchal de Normandie, et Jean de Continus, maréchal de Champagne, sans qu'il lui fût permis d'intercéder en leur faveur, puisque leur attachement pour lui était le crime que leur reprochait Marcel, chef de

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cette sanglante exécution. Ne pouvant compter sur l'assemblée des états généraux, qui se prolongeait, quoique les hommes raisonnables s'en fussent retirés , le Dauphin s'adressa aux assemblées des provinces et trouva des secours. S'il quittait Paris, les bourgeois le regrettaient et faisaient mille promesses pour l'engager à revenir; était-il au milieu d'eux , l'esprit de révolte reprenait le dessus. Mais les forces de ce prince augmentaient sensiblement, et le crédit du prévôt, cette idole du peuple, diminuait au point que Marcel, craignant d'être entièrement abandonné, forma la résolution de livrer la capitale au roi de Navarre, c'est-à-dire aux troupes anglaises, projet digne d'un homme qui avait commis des crimes par excès de patriotisme. La nuit même où il devait introduire les Navarrais, il fut prévenu par un bourgeois nommé Jean Maillard, qui lui fendit la tête d'un coup de hache, le i" août 1358; et, comme si la folie des Parisiens eût été attachée à l'existence du prévôt des marchands, à peine le bruit de sa mort fut-il répandu que l'on ne se souviut du passé que pour en rougir, et le Dauphin rentra dans Paris au milieu des plus vires acclamations. Il acheva de calmer les esprits en accordant un pardon général , ne parut jamais se ressouvenir .des injures, et reprit l'autorité qui lui était due par l'art admirable avec lequel il sut profiter des fautes de ceux qui lui étaient opposés. Le roi, las d'être prisonnier en Angleterre .«avait signé un traité extrémementonéreux pour la France. Son fils pouvait-il s'opposer à ce qu'il fût exécuté sans paraître guidé par le désir de conserver le pouvoir? et cependant le Dauphin devait-il laisser démembrer un royaume qui lui appartiendrait un jour? Malgré les préventions qu'il lui était permis d'avoir contre les assemblées , il sut faire parler les étals généraux pour rejeter les conditions acceptées à Londres par son père. Les négociations, plusieurs fois interrompues et reprises, se terminèrent par le traité de Uréligny, qui fixait la rançon du roi à trois millions d'écus d'or, et rendait à l'Angleterre une partie des provinces qu'elle avait autrefois possédées en France, Edouard renonçant, pour lui et pour les siens, à tous droits sur la couronne. Jean fut d'abord conduit à Calais], où le Dauphin eut la permission de le voir. Le roi de Navarre vint pour se faire comprendre dans le traité, ce qu'il obtint; et lorsqu'on eut livré les otages , parmi lesquels on comptait deux fils du roi, son frère, deux princes du sang, un nomhre considérable de seigneurs cl deux .itourgeois de chacune . des principales villes du royaume, le roi fut déclaré entièrement libre le 2i octobre 15G0, après quatre ans et un mois de captivité. Il arriva le lô décembre de la même année à Paris, où il fut reçu avec des témoignages de joie d'autant moins suspects que la ville lui fit aussitôt présent de mille marcs d'argent en vaisselle, et s'engagea d'elle-même à contribuer au payement de sa rançon. Le roi d'Angleterre

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chercha tous les moyens d'ajouter au fardeau d'un traité déjà si pénible pour la France, et protégea secrètement ces compagnie! de soldats qui n'appartenaient qu'aux chefs qu'ils se donnaient, et qui ravageaient toutes les provinces en attendant qu'un les employât. Edouard avait cependant un grand intérêt à ne pas offrir le premier un prétexte de revenir sur des conditions acceptées à regret; et, puisqu'il connaissait assez la scrupuleuse probité du roi pour en abuser, rien ne pouvait mieux convenir à Edouard que de le laisser vivre en paix, afin que Jean fût en état de remplir les engagements qu'il avait contractés; mais l'ambition calcule rarement avec justesse. Profitant de tout pour ajouter au traité de Brétigny, il excéda la patience des otages qui étaient à Londres : l'un d'eux, le duc d'Anjou, fils du roi, s'échappa et revint à Paris. C'est alors que Jean prit la résolution de retourner se constituer prisonnier à Londres, répondant à toutes les objections de son conseil que, si la bonne foi était bannie du reste du monde, il fallait qu'on la trouvât dam la bouche des rois. Il passa en Angleterre sur la fin de décembre 1303, tomba malade peu après son arrivée, et mourut à Londres le 8 avril 1364, dans la 86e année de son âge et, la 14e de son règne. La vaillance et la probité étaient les deux qualités qui distinguaient ce monarque ; quoique ses sujets fussent en droit de lui reprocher une partie de leurs malheurs, moins sévères (pie la postérité, ils le plaignirent, ne cessèrent de l'aimer, et lui donnèrent le surnom de Bon, qui explique l'attachement qu'ils eurent toujours pour lui. On lui fit à Londres des funérailles magnifiques, auxquelles le roi d'Angleterre assista en deuil; son corps fut rapporté en France et enterré à St-Denis le 7 mai. 11 laissa de sa première femme, lionne de Luxembourg, quatre fils et quatre filles: Charles V, qui lui succéda; Louis d'Anjou, qui fut roi de Sicile; Jean, duc de Berry, et Philippe, chef de la seconde race royale de Bourgogne; l'aînée de ses filles était mariée à Charles le Mauvais, roi de Navarre; la seconde, au comte de Bar; la troisième, à Galeaz Visconli de Milan, qui donna deux cent mille ccus pour obtenir une si noble alliance; la quatrième prit le voile. Deux filles qu'il eut de Jeanne de Boulogne, sa seconde femme, moururent fort jeunes. C'est sous ce règne que l'impôt connu sous le nom de tailles fut établi, le roi Rengageant à ne plus altérer les monnaies. Les historiens ont remarqué avec surprise que le luxe augmenta avec les désastres du royaume, et n'ont pu concevoir cette double progression, sans doute parce qu'ils pensaient que le luxe était une preuve de la richesse publique : en adoptant l'idée contraire, l'explication deviendrait facile. F — e.

JEAN Ier, vulgairement appelé Jean Sans-terre (1), septième roi d'Angleterre, depuis la conquête,

(11 H est * remarquer que le* historien* anglais ne donnent point ce surnom a Jean : il vient de ce que Henri II , son père, ne lui avait laissé aucun domaine «o apanage.

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et troisième fils de Henri II, naquit à Oxford en 1166. Après la mort de son frère, Richard Cœur-de-lion (1199), Jean s'appuya d'un testament de oe prince pour réclamer la couronne, au préjudice du jeune Arthus, ou Artur, duc de Bretagne, fils de GeofTroi, son frère atné, second fils de Henri II. L'authenticité de ce testament a été mise en doute, et non sans raison. Il est certain, du moins, que Richard, avant de partir pour la croisade, avait solennellement reconnu le jeune Artur pour son successeur. Jean , pendant son absence, avait excité le trouble et la révolte en Angleterre : bien plus, lorsqu'il apprit que Richard était prisonnier entre les mains de l'empereur, il mit tout en œuvre pour prolonger sa captivité. Est-il présumable que Richard crut devoir récompenser du don de la couronne la ■ conduite de ce frère perfide, et déshériter un neveu qu'il aimait? Quoi qu'il en soit, dès que l'on apprit en Angleterre que Richard avait terminé ses jours en France, Jean s'empara du trône. Mais les barons des provinces continentales, telles que l'Anjou, le Maine et la Touraine, se déclarèrent en faveur d'Artur. Ils implorèrent pour lui la protection du roi de France, Philippe-Auguste, qui le reçut à sa cour et le fit élever avec son fils (Louis VIII). Jean part pour Rouen; et, s'élant assuré du duché de Normandie , il rassemble des forces pour soutenir la guerre contre Philippe et pour soumettre les provinces révoltées. Mais comptant plus sur l'intrigue que sur la force de ses armes, il parvint à persuader à Constance, duchesse douairière de Bretagne , que Philippe-Auguste ne feignait d'épouser la cause d'Artur que pour dépouiller plus facilement ce jeune prince. Celte faible mère crut sauver son fils en l'enlevant des mains du roi de France, et le mit dans celles de l'oncle, qui devait être son assassin. Elle reconnut Jean, et lui fit hommage pour la Bre. tagoe, comme arrière-fief du duché de Normandie. Une défection si peu attendue détermina Philippe à la paix : elle fut solennellement jurée et cimentée bientôt par le mariage du prince Louis avec Blanche de Castille, nièce du roi Jean. Tranquille du cdté de la France, Jean s'abandonne à sa passion pour Isabelle , fille du comte d'Angouléinc. Elle était fiancée au comte de la Marche, et la reine était encore vivante. Jean fait prononcer illégalement son divorce, sous prétexte de parenté, et il épouse Isabelle. H saisit cette occasion pour se faire couronner une seconde fois; peu de temps après, il voulut encore être couronné une troisième à Cantorbéry, comme si la répétition de cette cérémonie eût pu lui créer des droits dont la légitimité lui semblait suspecte à lui-même. Cependant le comte de la Marche, furieux de l'outrage que lui avait fait le monarque anglais, souleva contre lui le Poitou et la Normandie. Jean somma ses barons de le suivre outre mer ; ils lui répondirent qu'ils ne marcheraient que lorsqu'il aurait fait droit à leurs nombreuses

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réclamations. C'est 1c premier exemple de ces grandes associations qui devinrent si formidables à la couronne, et particulièrement à Jean luimême. Il imagina, pour intimider les mécontents, de s'entourer d'une bande de spadassins, qui les provoquaient en combat singulier. La noblesse décida qu'elle ne descendrait point dans la lice avec ses indignes adversaires, et Jean fut réduit à rougir devant ses sujets. Cependant leur affection lui était devenue plus nécessaire que jamais. Artur, sorti de l'enfance, ne tarda point à reconnaître quel protecteur sa mère lui avait donné. U quitta brusquement la cour d'un oncle dont il n'avait que trop appris à redouter l'ambition. U rejoignit l'armée française, qui venait d'entrer en campagne. Ses succès furent si rapides qu'Artur voyait déjà le moment où il allait recouvrer tous ses États, lorsqu'il eut le malheur de tomber au pouvoir du roi Jean. Le barbare vainqueur l'envoya au château de Falaise, puis à la tour de Rouen; et n'ayant pu trouver parmi ses officiers un être assez dégradé pour attenter aux jours du jeune prince , il le poignarda de sa propre main, et précipita son corps dans la Seine (toy. Arthus). L'horreur qu'excita cette atrocité suscita , de toutes parts, d'implacables ennemis au monarque assassin. La noblesse de Bretagne porta plainte h Philippe-Auguste, comme à son seigneur suzerain. Jean fut cité à la cour des pairs de France, et, sur sa non-comparution, déclaré coupable de félonie et de parricide. Philippe se hâta de mettre à exécution le jugement qui confisquait, au profit de la couronne de France, les domaines de son vassal. Jean essaya de se dérendre : il mit même le siège devant Alençon ; mais Philippe accourut avec l'élite de ses chevaliers. Jean prit honteusement la fuite, abandonnant à l'ennemi 6es tentes, ses machines et son bagage. Il alla s'enfermer à Rouen avec la jeune reine. Uniquement livré à des passe-temps frivoles, il ne répondait à l'annonce d'un nouveau triomphe des Français que par cette forfanterie : « Laissez-les faire ; j'en reprendrai plus en un jour « qu'ils n'en prendront en un an. » Mais déjà Philippe-Auguste était aux portes de Rouen; tout pliait sous ses armes : Jean se hâta de repasser la mer, abandonnant la Normandie, dont il était le douzième et dont il fut le dernier* duc. C'est ainsi que cette vaste province rentra, en 1203, dans la monarchie française , après en avoir été séparée pendant près de trois siècles. Expulsé de tous ses domaines de France, Jean essaya de se dédommager de ses pertes sur les Anglais. 11 leur imposa des tributs inusités, sous prétexte de fournir à des armements considérables pour tirer vengeance des Français. U différait sans cesse de se mettre en campagne : ce ne fut qu'après trois ans de préparatifs qu'il passa la mer, descendit à la Rochelle, et marcha sur Angers, qu'il livra aux flammes. Mais à la nouvelle de l'approche de Philippe-Auguste, Jean, saisi d'une terreur panique, se rembarqua honteusement. Il implora la

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médiation du pape pour obtenir uhe trêve de deux ans.Ce pontife était Innocent III, qui bientôt se vit impliqué lui-même dans une querelle fort vive avec le monarque anglais (roy. Innocent III). L'archevêque de Cantorbéry mourut : le chapitre lui nomma un successeur , tandis que le roi en nommait un autre. Le pape annula les deux nominations, et en fit une troisième dans la personne du cardinal Langton. Jean, transporté de colère, fit saisir les revenus de l'archevêché, jura par tes dents de Dieu , selon sa coutume , que si le pape attentait à ses droits, il lui renverrait tout le clergé régulier et séculier d'Angleterre, et ferait crever les yeux à tout sujet romain qui serait trouvé dans ses États. Peu effrayé de ces menaces, Innocent III fulmina aussitôt la sentence d'interdiction. Jean confisqua les biens du clergé , bannit les évéques, et confina les moines dans leurs couvents. Pendant cette violente querelle, qui fortifia le penchant du roi pour la tyrannie , il tenta de faire diversion au mécontentement du peuple par des expéditions militaires contre l'Ecosse, l'Irlande et le pays de Galles. Mais il acheva , dans ce temps même, d'aliéner la noblesse, qu'il devait regarder comme son premier soutien. Ses licencieuses amours portèrent le trouble dans plusieurs familles distinguées. U défendit aux seigneurs de terres la chasse au gibier à plume, et leur ordonna d'abattre les haies ou palissades de leurs enclos, afin que ses cerfs et ses daims pussent y aller paître sans obstacle. S'apercevant bientôt de la haine générale dont il était l'objet, il exigea que chaque chef de famille noble lui remit un de ses enfants en otage. La femme d'un baron , auquel on vint faire celte odieuse demande, répondit : « Le roi pense-t-il que je confierai mon fils à un « homme qui a égorgé son neveu de sa propre « main ? » Jean fit enlever la mère et l'enfant, et les laissa mourir de faim dans les cachots. L'élite de la noblesse, pour se dérober à la persécution, passa sur le continent. Voyant le peu de succès -des armes spirituelles sur le cœur endurci du monarque anglais, le pape résolut de lui porter un coup plus sensible. Il délia ses sujets du serment de fidélité, et offrit sa couronne au roi de France. Philippe-Auguste accepta, et fit sur-le-champ d'immenses préparatifs (1213). Jean, effrayé, somma tous ses vassaux de rassembler leurs forces sur la côte de Douvres; et il se vit à la tête d'une armée de soixante mille hommes : mais chacun de ses hommes, peut-être, était son ennemi secret, et lui-même ne pouvait se le dissimuler. Tout à coup survient Pandolphe, légat du pape. Il dépeignit si vivement au roi tous les périls qui l'environnaient, que Jean s'estima trop heureux de pouvoir les détourner par une prompte soumission au saint-siége. Il remit au légat une déclaration portant que, de sa pleine et libre volonté, il résignait tous ses États à Dieu, à St-Pierrc et St-Paul, au pape Innocent III et à ses successeurs; enfin, qu'il s'engageait à payer à la cour de Rome

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un tribut annuel de mille marcs d'argent, dont sept cents pour l'Angleterre et trois cents pour l'Irlande. Jean consacra ces promesses par la prestation solennelle de l'hommage dû par le vassal à son suzerain. Désarmé , et la tête découverte, il se présenta devant le légat, qui était assis sur un trône; et, fléchissant le genou, il mit ses mains dans les siennes. Le légat foula aux pieds l'argent qui avait été déposé sur les marches du trône, et dit au roi que la sentence d'excommunication ne serait révoquée que lorsqu'il aurait indemnisé le clergé de toutes les spoliations dont il s'était rendu coupable. Cependant Pandolphe déclara que le roi Jean étant devenu Y homme du pape, il n'était plus permis au monarque français de l'attaquer. Fier de sa sécurité nouvelle, Jean conçut le projet de porter lui-même la guerre en France. Il descendit sur la côte de Poitou ; mais à l'approche du prince Louis , fils de Philippe-Auguste, il se retira précipitamment. La défaite totale de ses alliés, à la célèbre journée de Bovines, acheva de le frapper de terreur, et il se hâta de repasser dans son lie. De nouvelles et de plus terribles infortunes l'y attendaient. L'introduction du régime féodal en Angleterre par Guillaume le Conquérant avait porté de nombreuses atteintes aux libertés des Anglo-Saxons : depuis le règne de ce prince, plusieurs rois avaient fait des concessions à leurs vassaux; mais elles étaient demeurées sans effet. Langton, archevêque de Cantorbéry, entreprit de les faire remettre en vigueur. Sous prétexte d'uu pèlerinage à St-Edmond's-bury, il forma un rassemblement des barons les plus puissants; et, les enflammant par ses discours insidieux , il leur fit jurer sur l'autel > de ne point se séparer avant d'avoir obtenu le rétablissement de tous leurs privilèges. Ils se portèrent sur Londres, le G janvier 1215. Jean leur demanda un délai , en promettant qu'ils seraient satisfaits avant Pâques. Dans l'intervalle, il essaya de jeter la division entre la noblesse et le clergé. 11 fit vœu de conduire une armée à la terre sainte; et il prit la croix, afin d'intéresser le pape à sa cause. Innocent 111 s'employa en effet à concilier les esprits; mais les barons, s'apercevant que le roi avait eu dessein de les jouer, ras. semblèrent de nombreuses troupes, à la téte desquelles marchaient plus de deux mille chevaliers. Jean habitait alors Oxford : lorsqu'il sut que les mécontents n'étaient plus qu'à peu de distance de cette ville, il leur fit demander quels étaient les privilèges qu'ils réclamaient avec un zèle sj ardent. Les barons lui en firent remettre aussitôt un exposé succinct : mais à peine Jean l'eut parcouru des yeux, qu'il entra dans une violente fureur, et jura qu'il ne s'abaisserait jamais à reconnaître des prétentions aussi injurieuses. Dès que les confédérés furent instruits de sa réponse , ils élurent pour leur général Robert Fitz-Walter, qui prit le titre de maréchal de l'armée de Dieu et de la sainte Église, 11 entra dans Londres sans opposi-

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tion, et envoya ravager les domaines particuliers du roi. Ce prince était resté à Odiham , dans le Surrey , sous la simple garde de sept chevaliers. Il chercha encore à faire intervenir le pape dans cette crise; mais, se voyant sans appui , il se soumit enfin à discrétion. Ses commissaires se rendirent à rassemblée générale, qui eut lieu dans la grande bruyère de Runncmède , entre Staines et Windsor. Peu de jours après , et avec une facilité qui parut suspecte, Jean signa cet acte, devenu si célèbre sous le nom de la grande charte, ou de magna charta, et un autre acte nommé charte des forêts, parce qu'elle concerne spécialement le régime forestier et le droit de chasse (19 juin 1215). La grande charte se compose de soixante-sept articles. On se tromperait étrangement si, malgré l'opinion vulgaire, on considérait cette charte comme la base du gouvernement anglais, tel qu'il existe aujourd'hui. Le nom de parlement n'y est pas articulé une seule fois; et l'idée d'une représentation nationale ne s'y fait pas même entrevoir. Cet acte est rédigé, non en latin, comme quelques écrivains l'ont prétendu, mais dans l'anglais barbare de ce siècle. L'original est déposé au musée britannique, à Londres. Les barons obligèrent le roi à consentir que la capitale restât en leur pouvoir jusqu'à ce que la charte fût en vigueur. Mais dès que le calme de la réflexion eut permis à Jean de voir dans quelle abjection i| était tombé, il résolut, à tout hasard, de reconquérir ses droits, et de venger l'honnenr de la couronne. Il se retira dans l'Ile de YVight, pour mieux méditer sa vengeance. Pendant qu'il faisait lever secrètement des troupes dans l'étranger, il 'écrivit au pape en le conjurant d'abroger, par sa toute-puissance, un acte qui violait les droits sacrés de la couronne. Innocent III, en qualité de suzerain, déclara nulles toutes les transactions faites sans son aveu. Jean se mit aussitôt en campagne contre les barons; et, pour premier exemple de sa vengeance, il fit pendre la garnison de Rochester, qui avait osé lui résister. Les troupes étrangères qu'il avait amenées commirent d'affreux ravages sur les terres des principaux confédérés. Réduits au désespoir, les barons implorèrent l'appui du roi de France, et offrirent la couronne d'Angleterre au prince Louis, son fils. Philippe-Auguste, sans se laisser intimider parles menaces du légat, permit au jeune prince de se rendre au vœu des confédérés; et il lui confia une armée pour prendre possession de ses nouveaux États. Son arrivée excita d'abord le plus vif enthousiasme; mais, s'il faut en croire les historiens anglais, la préférence que Louis donnait en tout aux Français ne tarda pas à faire naître la jalousie et la division parmi ses principaux officiers. Quelques-uns d'entre eux l'abandonnèrent pour retourner auprès du roi Jean, qui avait rallié quelques troupes dans les provinces de l'est. Comptant plus encore sur la rivalité nationale que sur la force de ses armes, Jean fit répandre

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le bruit que Louil avait formé le dessein d'exterminer, en un seul jour, toute la haute noblesse d'Angleterre. Cette fable absurde eut tout le succès qu'il en espérait. Il pouvait se flatter de remonter sur son trône, lorsqu'un événement fortuit vint terminer son règne et sa vie. M était en marche pour passer du comté de Norfolk dans celui de Lincoln. Il s'engagea imprudemment dans un marais, situé sur la côte, entre Croskeys et Forsdik : la marée monta avant que ses troupes et ses bagages eussent achevé de défiler. Il ne put sauver que sa personne : son trésor, son sceptre, sa couronne, ses archives, tout fut englouti. Cette perte lui causa un chagrin si profond , qu'il n'y survécut que peu de jours. Il mourut au château de Newark, le 17 octobre 1216, dans la 49« année de son age et la 18* de son règne : il fut enterré dans la cathédrale de Worcester. Le caractère de Jean Sans-terre n'offre, dans le cours entier de sa vie, qu'un composé monstrueux des inclinations les plus basses et des vices les plus odieux. Son fils atné lui succéda, sous le nom de Henri III. Sa vie a été écrite par William Prynne, Londres, 1670, in-fol., et par Joseph Berington, Birmingham, 1790, in-4°, traduite en français par Théodore Pein, Paris, 1821, in-8°. S — v— s.

JEAN DE LUXEMBOURG , dit l'Aveugle, roi de Bohême, était fils de l'empereur Henri VII, et naquit en 1295. Les seigneurs de Bohême , révoltés contre le duc de Carintbie , ayant élu Jean pour leur roi en 1309, il assura ses droits au trône par son mariage avec Elisabeth, fille de Wenceslas II, contraignit son rival, non moins odieux au peuple qu'aux grands, à sortir de la Bohême, èt se fit 1 couronner solennellement, en 1311, à Prague, avec son épouse. Bientôt après, l'empereur Henri, à la tête d'une armée, va se faire sacrer en Italie : à son départ, il établit son fils vicaire de l'empire ; et ce jeune prince, en comprimant par sa fermeté les factions intérieures, ôle aux étrangers l'espoir de troubler l'Allemagne. Les malheurs du duc de Carinthie avaient rendu à celui-ci quelques partisans; Jean, peu accoutumé aux contradictions, propose à Louis V de lui échanger la Bohême contre le palatinat du Rhin; mais les grands du royaume s'opposent à cet arrangement, qui resta sans exécution. 11 sentit alors que le seul moyen de mainte, nir la noblesse dans le devoir était de l'occuper sans cesse à la guerre : il leva une armée, réprima les excursions de ses voisins, et conquit, en 1 322, la Silésie, qu'il réunit à ses États. La crainte qu'il inspirait fit rechercher son alliancepartous les princes dcrAllemague. Le pape Jean XXII jeta les yeux sur lui pour l'aider dans son projet d'humilier l'empereur; il lui manda, en 1331 , de convoquer une diète pour y déposer Louis de Bavière : mais le roi Jean , au lieu d'obéir , s'unit par un traité avec l'empereur, qui le crée son vicaire en Italie; il passe les Alpes avec une armée, s'empare rapidement de Crémone, Parme, Pavie, Modcnc : le désir de conserver ses conquêtes lui fait enfin écouter

les propositions du pape, qui lui offre de le reconnaître roi d'Italie : l'empereur, pour s'opposer à ce projet , soulève la Bohême. Jean abandonne le commandement de l'armée à son fils (Charles IV), pour voler au secours de ses États, envahis de toutes parts : il bat ses ennemis l'un après l'autre, les poursuit jusqu'en Pologne, repasse les Alpes pour soutenir son fils, et rentre bientôt après triomphant dans Prague. « Jean, « dit Voltaire, était alors le véritable empereur « par son pouvoir. » L'Allemagne, toujours divisée par des factions, offrait sans cesse à un prince ambitieux l'occasion d'agrandir sa puissance s Je.™ profite des circonstances pour s'emparer de la Moravie, que personne n'ose lui disputer; il prend le défense des chevaliers teutoniques, attaqués par les Polonais, et marche de victoire en victoire jusqu'à Cracovie : tout tremblait devant lui. Il s'allie avec le roi de France Philippe de Valois, et rentre, en 1333 en Italie, pour y faire respecter les droits du pape : mais, battu deux fois prés de Ferrare, par les ennemis de la cour de Borne, il s'en retourne dans ses États, apauvri et humilié. Ce revers l'ayant disposé à accueillir les propositions du roi de Pologne (Casimir 111) , il signa , en 1335, avec ce prince, un traité qui lui confirmait la possession de la Silésie, à condition qu'il renoncerait à ses prétentions sur le reste de la Pologne : mais il ne parait pas , comme le disent les historiens de Bohême , que Casimir se soit obligé, en outre, à lui payer une somme d'argent. La même année, Jean, devenu veuf, épousa Béatrix, fille de Louis de Bourbon ; et il eut de ce mariage un fils, nommé Wenceslas, auquel il donna le duché de Luxembourg , cession qui fut une Nouvelle source de guerres. Une maladie qui attaquait ses yeux lui fit entreprendre le voyage de Montpellier, ville déjà célèbre par sa faculté de médecine; mais tous les secours de l'art ne l'empêchèrent pas de perdre la vue. Cet accident , loin de diminuer son ambition, sembla l'augmenter encore : à la sollicitation du pape Clément VI , il se révolta contre le malheureux Louis de Bavière, et se prépara en même temps à repousser les agressions du roi de Pologne. 11 rentre en Pologne, en 1343, protestant qu'il mourra content s'il a le bonheur de toucher de ses mains les murs de Cracovie; mais Casimir le força, par ses manœuvres habiles, de diviser son armée en deux corps pour la faire subsister; et Jean l'aveugle regagne ses Étals, furieux d'avoir été battu par un ennemi qu'il avait tant de fois humilié. 11 se rend ensuite à Avignon, près du pape, avec son fils, à qui il frayait le chemin de l'empire : de là, il mène des secours à Philippe de Valois, attaqué par les Anglais. Jean voulut assister à la bataille de Crécy, si funeste à la France; et, s'étanl fait conduire par des cavaliers au fort de la mêlée, il y combattit vaillamment jusqu'à ce qu'il fut tué d'un conp de lance, le 25 août 1346, laissant la réputation d'un guerrier intrépide et d'un des plus habiles politiques de

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son temps. Son corps fut porté, non à Luxembourg, comme l'ont écrit tous les historiens de Bohême , mais dans l'église des dominicaines de Montargis, dont une de ses tantes était prieure : on y a retrouvé son tombeau en 1748. L'un de ses (Us lui succéda, et devint bientôt après empereur d'Allemagne, sous le nom de Charles IV (voy. Charles IV). W — s.

JEAN II, roi de Caslille (1), naquit le 14 janvier 1 404. Les grands du royaume , ainsi que la reine mère, avaient offert cette couronne à l'infant Ferdinand (depuis roi d'Aragon), frère du feu roi, et régent du royaume : mais il eut l'héroïsme de la refuser, et fit proclamer son neveu, en 1406, lorsque celui-ci était à peine âgé de vingt-deux mois. Il lui donna ensuite pour précepteur le savant Paul, de Burgos, juif converti, que ses talents et ses vertus avaient élevé au siège épiscopal de Carthagène. Les états d'Aragon proclamèrent, en 1410, Ferdinand pour leur roi; mais il n'oublia cependant pas les intérêts de son neveu, et l'on peut dire qu'il gouvernait deux royaumes en même temps. La mort ayant enlevé ce monarque en 1416, Jean, à peine sorti de l'enfance, perdit en lui son meilleur ami et son plus solide soutien. Pour surcroît de malheur, il mit toute sa confiance dans un indigne favori, D. Alvaro de Luna, .qui fut cause des guerres qu'il entreprit et des dissensions qui troublèrent ce royaume, voulant par ce moyen éloigner le roi des affaires, et se rendre nécessaire à son souverain. Jean remporta d'éclatantes victoires sur les rois de Navarre et d'Aragon, et les força de lui demander la paix. Il tourna bientôt ses armes contre les Maures de Grenade. Il avait rétabli leur roi sur le trône : cet ingrat monarque, oubliant bientôt un service aussi signalé, ravageait les provinces limitrophes de son bienfaiteur. Mais Jean , dans une seule bataille (1431), lui tua douze mille hommes, et le mit complètement en déroute. II se serait emparé de Grenade sans la trahison de D. Alvaro de Luna, qui, ayant reçu de l'argent du roi maure, parvint à débander les troupes espagnoles, et mit ainsi le roi dans l'impossibilité de tenter aucune attaque. Les troubles de la Caslille , produits par les prétentions et l'orgueil des grands, continuaient d'agiter ce royaume. Jean , ayant épuisé tous les moyens de réconciliation, se décida, pressé par les remontrances réitérées de la reine, à en faire arrêter le principal auteur. Son procès Tut bientôt instruit, et D. Alvaro de Luna perdit la tête sur un échafaud, en 1453. Aussitôt les grands, frappés par un tel exemple, rentrèrent dans l'ordre : mais le roi ne survécut pas longtemps à cet événement heureux : II mourut à Valladolid, le 20 août 1434, après un règne de quarante-huit ans. Ce monarque était juste , bon , vaillant : mais il se laissa trop asservir par ses favoris ; ce qui lui attira le

(Il Je*n I", né en 186a, couronné roi de CuUlle et de Léon en l379^mort le 9 octobre 1390^1 rien fait d'aticx important

surnom de Faible. Il s'était marié deux fois : la première avec Marie d'Aragon, dont il eut deux filles et Henri IV, son successeur; la seconde avec Isabelle de Portugal, qui lui laissa la célèbre Isabelle et l'infant D. Alfonse. Le règne de Jean fut une époque mémorable dans l'histoire de la littérature espagnole ; on peut dire que c'est à ce monarque qu'on en dut la restauration. Il est vrai que, quelques années auparavant, le marquis de Villena, illustre et par sa naissance et par ses talents (voy. Villena), avait cherché à réveiller en Espagne le goût pour la poésie , fondant en Aragon une académie de troubadours, en 1330, à l'instar de celle de Toulouse, établie en 1323, et ensuite une autre en Caslille, en 1332, sous le nom de Goya cieneia ( la science gaie ) : mais ces essais ne produisirent pas un grand effet dans le commencement, et il appartenait à Jean II d'opérer cette heureuse révolution. Ce roi, attaqué par ses voisins et ses propres sujets , ne trouva d'autre consolation que dans les lettres ; aussi s'en déclarat-il le protecteur ; il créa autour de lui une cour poétique , dont on aurait peine à citer un exemple chez aucune nation. Dans les conjonctures difficiles où il se voyait, les lettres ne servirent pas seulement (Radoucissement à ses chagrins particuliers ; mais elles contribuèrent à lui gagner le dévouement des plus puissants seigneurs du royaume, à l'influence desquels il dut en grande partie son existence politique. Une telle réunion de portes grands seigneurs et guerriers autour d'un roi savant , mais faible , et au milieu de la guerre civile, « doit donner, dit M. Bouterwek, « une haute idée de la puissance du génie poé- « tique chez une nation où l'esprit de faction « même , c'est-à-dire ce qu'il y a de plus con- « traire à la poésie, n'a pu réussir à l'éteindre. » A la tête de cette brillante société figurait le marquis de Sanii lia ne (voy. Mehdoza), élève de Villena, et à qui l'on doit, en Espagne, le premier poème didactique. Ces poètes réformateurs dédaignèrent l'ancienne romance, et s'attachèrent particulièrement à perfectionner le genre lyrique, à remettre en honneur les stances dactyliques (vertos de arte mayor), en choisissant pour base de toutes leurs compositions les sciences et la morale, lis ne s'abaissaient que très-rarement au genre trivial et facile des modes populaires, où ils n'eurent qu'un • médiocre succès. Quoi qu'il en soit de leurs efforts, le nouveau genre qu'ils établirent fut imité par les littérateurs les plus distingués, jusqu'à ce que Boscan ctGarcilaso, dans la première moitié du 16e siècle, introduisirent le genre et le rhythme italiens. C'est ainsi que Jean II trouva dans son amour pour les lettres les secours que lui refusait la faiblesse de son caractère ; et il put , par ce premier moyen, transformer des guerriers farouches et des vassaux remuants en fidèles sujets, amis des arts et de la littérature. B— «.

JEAN II, roi d'Aragon et de Navarre, frère puîné d'Alphonse V, dit le Magnanime (toy. Alphonse V),

)gle

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et père de Ferdinand le Catholique , était flls de Ferdinand le Juste , roi d'Aragon , et monta , en 4425, sur le trône de Navarre, par son mariage avec Blanche, fille de Charles le Noble, qu'il avait épousée en 1410 (roy. Blanche). S'étant, en 1434, rendu en Sicile auprès de son frère le roi d'Aragon, qui cherchait à reprendre possession du royaume de Naples, après la mort de la reine Jeanne, il fut fait prisonnier le 5 août, au combat naval de Gaè*te, et tomba entre les mains du duc de Milan, qui lui rendit de grands honneurs, et le renvoya libre. La reine Blanche de Navarre étant morte en 1441 , laissant la couronne à son fils don Carlos, prince de Viane, Jean voulut au moins conserver l'administration du royaume : eu 14t7, il épousa en secondes noces Jeanne, fille de Frédéric Henriqucz, amirante de Castille (roy. Jeanne Henriquez); et cette princesse artificieuse paratt avoir été, par son ambition, la cause des guerres civiles qui ensanglantèrent la Navarre jusqu'à la mort de l'infortuné prince de Viane, en 1461 (roy. Caiuos). Alphonse étant mort en 1458, Jean lui succéda dans ses royaumes d'Aragon et de Valence : il entra dans la conspiration des seigneurs de Castille contre le roi Henri IV ; et ayant fait assembler à Fraga les états d'Aragon, il y déclara, en 1460, la réunion des couronnes de Sicile et de Sardaigne à celle d'Aragon. A l'instigation du comte de Fois , son gendre , il s'allie en 1462, avec Louis XI, pour déshériter Blanche, sa fille aînée, légitime héritière du royaume de Navarre , et faire passer cette couronne au comte de Foix : cette disposition occasionne une révolte dans la Catalogne. Dom Pèdre, infant de Portugal, débarque à Barcelone, le 5 janvier 1465 , sur des vaisseaux que les Catalans lui avaient envoyés ; et, le 21 du même mois, il se fait proclamer roi d'Aragon et de Sicile, livre divers combats, et meurt le 29 juin de l'année suivante. Les Catalans offrent alors la couronne à René d'Anjou, auquel Louis XI faisait espérer un puissant secours , et qui , vu son grand âge , envoya en sa place son fils Jean , duc de Lorraine : ce dernier éprouva une vive résistance de la part de la reine d'Aragon ; car le roi Jean avait perdu la vue par une cataracte, et avait seulement fait reconnaître Ferdinand, son fils, vice-roi d'Aragon et roi de Sicile. Le duc de Lorraine remporta divers avantages; il était sur le point de se rendre maître de tout l'Aragon, lorsqu'il mourut à Barcelone, en 1470. Cette place, assiégée par terre et par mer, se rendit alors au roi Jean, qui livra ensuite divers combats aux trotipes françaises, afin de recouvrer le Roussillon qu'il avait engagé à Louis XI pour une somme d'argent; il fit avec ce prince un traité, qui ne tarda pas à être violé. Jean mourut à Barcelone, le 19 janvier 1479, âgé de 82 ans, laissant la réputation d'un prince actif et courageux, dont le règne de plus de cinquante ans ne fut presque qu'une suite non interrompue de revers causés par les démarches trop précipitées que lui suggé-

raient sa politique injuste et son inquiète ambition. Son fils Ferdinand, surnommé le Catholique. lui succéda dans ses États de la couronne d'Aragon, qui ne furent plus, après lui, séparés de ceux de Castille. Z.

JEAN D'ALI I a i , roi de Navarre, connu sous le nom de Jean 111, issu d'une famille illustre, remontait à An milieu, sire d'Albret, qui vivait en 1050 : il était fils de Catherine de Blois et d'Alain sire d'Albret, dont les fiefs, situés dans les landes de Bordeaux, confinaient avec les Etats de Foix et deBéarn. 11 épousa, à Orthez, en 1484, Catherine de Navarre, à qui le vicomte de Narbonne, son oncle, disputait ce royaume et l'héritage de la maison de Foix. Ce mariage venait d'être consenti par Charles VIII, roi de France, successeur de Louis XL Ce ne fut qu'après un accommodement provisoire avec le vicomte de Narbonne et avec Louis de Beaumont, connétable de Navarre, chef d'un parti puissant, que Jean d'Albret et Catherine furent couronnés en 1494 à Pampelune, dont l'entrée leur avait d'abord été refusée par le connétable. 11 leur fallut, pour régner, se ménager l'alliance de la cour d'Espagne, qui exigea des places de sûreté comme pour se prémunir contre la France, avec laquelle Ferdinand le Catholique était en guerre. Préservée ainsi au dehors, la Navarre n'en était pas moins en proie aux factions sous un prince qui manquait de caractère et d'énergie. Enclavée d'ailleurs entre l'Espagne et la France , son indépendance ne pouvait manquer d'être compromise parles prétentions rivales de Louis XII , successeur de Charles Vlll , et de Ferdinand le Catholique. Jean d'Albret se rendit en personne à la cour de Ferdinand, qui lui fit une réception magnifique à Séville : ce fut tout ce qu'il put tirer de ce prince, qui déjà méditait l'invasion entière de la Navarre. Le roi rechercha l'alliance de l'empereur Maximilicn ; et il arma en même temps pour reprendre les forteresses restées entre les mains du connétable de Beaumont, toujours rebelle. Poursuivi par les troupes royales, ce seigneur se réfugia en Castille, et s'y ligua avec d'autres mécontents pour faire des excursions dans la Navarre s le roi le punit en le privant de tous ses domaines. Mais en 1510 Ferdinand le Catholique, levant enfin le masque, demanda le passage pour ses troupes, exigeant aussi la remise de plusieurs places fortes. Jean d'Albret en fut réduit à cette extrémité de déplaire à la Castille et à la France en même temps, en demeurant neutre , ou d'avoir pour ennemie la puissance contre laquelle il se déclarerait. 11 se déclara pour Louis XII, espérant son appui contre les entreprises des Espagnols. Ferdinand, qui ne demandait qu'un prétexte, destina pour l'usurpation de la Navarre les troupes qu'il avait levées pour attaquer la Guienne : il était favorisé par le pape Jules H , qui excommunia Jean d'Albret , et permit à Ferdinand de s'emparer des Etats de ce prince. Le duc d'Albe pénétra dans la Navarre à

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la tête d'une armée espagnole, dont la faction de Beaumont favorisa les progrès. Sourd aux conseils énergiques de la reine, et n'osant faire aucune résistance, Jean d'Albret se réfugia dans Bayonne à l'approche des ennemis. La reine, n'ayant pu le retenir, le suivit avec le prince Henri son (Ils, et trois princesses ses filles. Pampelune envahie conserva ses privilèges ; et le royaume de Navarre fut réuni, le 25 juillet 1512, à la couronne de Castille, 468 ans après qu'il en avait été séparé, à la mort de don Sanche le Grand. Jean d'Albret entreprit bientôt de rentrer dans ses États avec 6,000 fantassins et 1 ,000 chevaux qu'il obtint de la France. Il remporta d'abord quelques avantages; mais il échoua devant Pampelune, dont il leva précipitamment le siège à l'approche de l'armée espagnole : il s'enfuit à travers les Pyrénées, abandonnant presque toute son artillerie et ses bagages. A la mort de Ferdinand, il fit de nouvelles tentatives, mais tout aussi infructueuses. Il mourut dépouillé de ses États, le 17 juin 1516 : la reine Catherine sa femme le suivit au tombeau huit mois après, consumée de chagrin par la perte de son royaume. Ce fut elle qui dit à son mari après cette perte: « Don Juan, si nous fussions « nés , vous Catherine , et moi don Juan , nous « n'aurions jamais perdu la Navarre. » Ils laissèrent de leur mariage Henri II, roi titulaire, dont la fille unique, ayant épousé Antoine de Bourbon, devint la souche de la branche des Bourbons de France. B — p.

JEAN 1er , roi de Portugal , fils naturel de Pierre Itr et île Thérèse Lorenzo, naquit le 2 avril 1357. Il était grand maître de l'ordre d'Aviz, sous le règne de Ferdinand l,r, dont il était le frère naturel. Le roi, n'ayant point d'héritiers m Aies, avait marié Béatrix sa fille , née d'une union illégitime, à Jean 1er, roi de Castille, croyant ainsi assurer le tronc au fils qui naîtrait de cet hymen , et, à son défaut, à son gendre; mais à la mort du roi Ferdinand , en 1583, l'aversion naturelle des Portugais pour la domination castillane favorisa les vues ambitieuses du grand maître d'Aviz. Ce prince, d'un caractère ferme et décidé, s'élant ménagé un parti afin de s'emparer du gouvernement, pénétra, avec ses amis armés, dans le palais royal , et poignarda , sous les yeux mêmes de la reine Éléonore Tellez, le comte Andeiro son amant (voy. Andeiro), qui s'était rendu maître de l'État; puis à la faveur d'une sédition, il se fit conférer le titre de protecteur de la nation et de régent du royaume. La reine se retira en Castille, soutenue par les Espagnols, qui armèrent pour la défense de sa cause. Le régent se ligua aussitôt avec les Anglais. De cette époque datent l'influence de l'Angleterre sur le Portugal, et l'alliance naturelle des deux États, qui remonte ainsi à 400 ans. Le régent échappa, la même année, aux dangers d'une conjuration ourdie par quelques seigneurs mécontents, que le roi de Castille avait gagnés, et qui furent rigoureusement' punis. Les états du

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royaume assemblés à Coïmbre lui déférèrent la couronne, au préjudice de Béatrix et des enfants de Pierre I", qui furent déclarés illégitimes. Bientôt le nouveau roi affermit lui-même la couronne sur sa tête, à la bataille d'AIjubarota, où, secouru par les Anglais, il défit, le 14 août 1385, les Castillans et les Français réunis (1). Fier d'un si grand succès, il porta à son tour la guerre en Castille , et reprit toutes les places qui s'étaient soumises à l'Espagne. Après cinq années de guerre, il fit un traité avec la cour de Castille, qui reconnut Alphonse son fils aîné pour héritier de la couronne. Il s'affermit de plus en plus en obligeant les principaux seigneurs portugais à lui vendre les domaines qu'ils tenaient de la couronne ; vrai coup d'État qui ôtait aux grands presque toute leur puissance, en leur ôtant leurs vassaux. Renouvelant ensuite la guerre contre la Castille, il s'empara de Badajoz par surprise, en 1396; mais il échoua devant Albuquerque. Le roi de Castille se vengea de cette infraction à la paix, en faisant porter le fer et le feu jusqu'à la ville de Viseo, qui fut livrée aux flammes, line trêve de dix ans, terminée par une paix définitive, éteignit cette guerre acharnée. Dan» l'intervalle, le roi prépara en secret une expédition contre les Maures d'Afrique; et pour mieux masquer son dessein, il donna un tournoi superbe auquel il invita tous les chevaliers d'Espagne, de France et d'Angleterre. Passant bientôt avec une flotte en Afrique, il signala son expédition par la prise de Ceula , en 1415. Dès ce moment, les Portugais commencèrent à sentir le besoin de la navigation et des dé» couvertes. Aussi le règne de Jean Ier devint-il remarquable par l'impulsion que l'infant dom Henri, digne fils de ce monarque, donna à l'esprit entreprenant de sa nation. Ce fut par l'inspiration du génie de ce prince célèbre (voy. dom Henri ) , et sous le règne de son père , que les Portugais découvrirent d'abord les lies de Madère, des Canaries et du cap Vert, puis les lies Açores, et que, doublant le cap Bojador , ils s'avancèrent le long de l'Afrique plus loin que ne l'avait fait jusque-là aucun navigateur : ce fut sous ce même règne qu'ils découvrirent les côtes de Guinée et y firent leurs premiers établissements. L'éclat de ce règne valut à Jean I" le titre de Grand, qu'il mérita sans doute par l'étendue de son génie, par l'activité de son courage et par ses exploits. Ce prince, après un règne de quarante-huit ans, mourut à Lisbonne dans la 76« année de son âge, le 14 août 1433, de la peste qui affligeait alors le Portugal, laissant la couronne à son fils Edouard 1". B— p.

JEAN H, roi du Portugal, surnommé le Parfait, fils d'Alphonse V et d'Isabelle, naquit le 3 mai 1455, et monta sur le trône à la mort de son père, en 1481. Son règne fut brillant, mais orageux : dès l'âge de seize ans il s'était trouvé à la prise

(1! Ce fut pour accomplir le vœu qu'il avait fait de bâtir un couvent s'il était victorieux , qu'il fit élever le magnifique monastère de BaUlua dans la province de Coïmbre.

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d'Arxilc et de Tanger en Afrique; en 4476, il s'était signalé à la bataille de Toro. Devenu roi , il forma la résolution d'abaisser les grands, dont la puissance avait presque anéanti celle de ses prédécesseurs. L'industrie et le commerce avaient créé des propriétaires opulents; et il sentit qu'on pouvait profiter des secours et des moyens qu'ils offraient pour contenir une noblesse qui rivalisait avec l'autorité souveraine : mais les coups qu'il lui porta furent plus hardis que mesurés. Aux états de Montemajor, il avait attaqué en même temps la richesse et la juridiction des nobles. Une ligue redoutable des grands, irrités ou inquiets, se forma contre lui : à la téte des mécontents se trouvait le duc de Bragance , beau-frère de la reine. Le roi le fit juger et condamner par des commissaires, comme prévenu de conspiration et d'intelligence avec la Castille. Le supplice de ce seigneur, attribué à la haine du roi , exaspéra les esprits; et une conspiration peut-être chimérique en produisit une réelle. Les mécontents se concertèrent pour attenter à la vie du roi, et pour mettre sur le trône le duc de Viseo, son cousin germain et frère de la reine. Le complot allait éclater, quand le roi déconcerta les conjurés d'un regard, et poignarda de sa main le jeune duc de Viseo, dont les partisans furent punis ou forcés de s'expatrier. Ce mélange d'une juste sévérité et d'une violence coupable intimida la noblesse et affermit le pouvoir royal. N'ayant plus d'opposition à redouter dans l'intérieur, l'ambition de Jean II s'étendit hors de son royaume : il ordonna successivement deux armements contre l'Afrique ; car il voulait occuper un peuple martial et entreprenant. Aux états d'Evora , tenus en 1489, il obtint de nouveaux subsides pour rétablir les finances épuisées, et préparer d'autres entreprises au dehors. Les juifs avaient été chassés d'Espagne : Jean II vit dans cette mesure impolitique et vexatoire l'occasion d'acquérir des sujets dont l'activité et l'industrie pouvaient lui être utiles dans les relations de commerce qui allaient s'ouvrir pour le Portugal. Il en profita; mais ce fut en luttant avec l'esprit persécuteur de son siècle : il traita les juifs avec sévérité, en leur imposant des conditions fort dures. Toute son attention se porta vers les découvertes : il expédia, en 1492, dans' les Indes orientales, une flotte sous la conduite de Cane, noble vénitien, qui sur la route découvrit les royaumes de Iknin et de Congo, et ■ explora le grand cap, déjà reconnu parBarthélemi Diaz, et à qui Jean II donna le titre de rap de Bonne-Espérance. Celte expédition était en mer la même année que Colomb découvrait le nouvel hémisphère : ce célèbre navigateur avait été rebuté par Jean II, comme par les rois de France et d'Angleterre, les vues des Portugais étant alors exclusivement dirigées vers l'Afrique et les Indes orientales. Au retour de son premier voyage, Colomb, battu par la tempête, se vit contraint d'entrer dans le Tage : il était accompagné de quelques In-

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diens , et apportait de l'or et des fruits du nouveau monde. Ces signes non équivoques d'une réussite inouïe excitèrent les regrets et le dépit de la cour de Lisbonne. Jean II repoussa toutefois avec horreur la proposition de faire périr Colomb; il le traita au contraire avec distinction : mais le succès de ce navigateur produisit sur les Portugais une sensation si vive que le roi crut devoir en balancer l'eflet aux yeux de sa nation et de l'Europe par quelque grande entreprise. 11 fit équiper une flotte pour aller, sur les traces de Colomb, tenter de nouvelles découvertes. Mais la cour d'Espagne ne vit dans ces armements qu'une sorte d'hostilité : elle s'en plaignit par son ambassadeur. Les débats furent soumis au saint-siége , occupé alors par Alexandre VI ; ce pontife, dont les deux puissances reconnaissaient la suprématie, leur partagea le monde, en assignant à l'ambition de chacune son hémisphère à part. Une ligne imaginaire, tirée du nord au sud , dounait l'occident à l'Espagne et l'orient au Portugal. Mais Jean II trouva son ambition trop gênée par cette décision du saint- siège ; il convint l'année suivante d'une nouvelle ligne qui fut nommée ligue de démarcation, et qu'aucune puissance maritime ne respecta dans la suite. Une mort prématurée enleva Jean II, le 25 octobre 1493, après un règne de quatorze ans. Il n'avait que 40 ans révolus; et il emportait dans la tombe le double regret d'avoir refusé les offres de Colomb, et de n'avoir pas réalisé l'expédition des Indes orientales qui préoccupait son esprit. Sous lui se prépara cette grande entreprise qui devait faire passer tout le commerce des Indes aux Portugais, leur assurer pour longtemps l'avantage d'être les pourvoyeurs de l'Europe, la première puissance maritime, et le peuple \e plus riche. Là commence le siècle de gloire , l'époque de jeunesse et de vigueur pour le Portugal. Jean H, qui avait perdu ses deux fils à la fleur de l'Age, voulut en mourant appeler au trône Georges, son fils naturel ; mais sur les représentations de Faria, son secrétaire, il laissa le sceptre à Emanuel, dit le Fortuné, son cousin germain (roy. Emancex ). Ses grandes vues et ses soins constants pour faire rendre la justice avec équité lui avaient acquis le surnom de Parfait, que ne confirme pas toute l'histoire de son règne. On ne saurait toutefois lui contester les rares qualités qui le firent triompher de ses ennemis. C'est en parlant de ce prince qu'un Anglais disait à Henri VII que ce qu'il avait vu de plus rare en Portugal, était un roi qui commandait à tous, et à qui personne ne commandait ; éloge que les princes méritent si rarement. B — p.

JEAN III, roi de Portugal, fils et successeur d'Emanuel le Grand et de Marie de Castille, naquit le 6 juin 1502 ; il monta sur le trône Ir 19 décembre 1521, à une époque où les Portugais jetaient un grand éclat dans les Indes. Ce prince commença son règne par des bienfaits, comblant d'honneurs et de grâces les seigneurs les plus attachés à la mémoire de son père, et confirmant

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à la nation ses privilèges. Il donna surtout des soins aux progrès de la navigation, et protégea spécialement celle des Indes orientales. La dérouverte des Moluques ayant excite des contestations entre les cours de Lisbonne et de Madrid, Charles-Quint finit par céder ses prétentions pour un million de ducats. Le roi de Portugal envoya la même année (1524) en Castille, pour conclure son mariage avec l'infante Catherine, sœur de Charles-Quint: il vint lui-même recevoir cette princesse à Crato , et la conduisit en triomphe à Lisbonne. Charles-Quint, de son côté, épousa dona* Isabella, sœur de Jean 111 ; double alliance qui fit jouir le Portugal d'une paix profonde. Il n'avait plus à redouter que la rivalité des français, qui se montraient dans les mers du Brésil, avec l'intention de partager les avantages qu'offrait cette découverte récente. Jean III se hâta d'y envoyer une flotte ; il divisa le Brésil en plusieurs provinces, établit des capitaines héréditaires, et régularisa cette vaste colonie au profit de la métropole. Plus religieux que politique, et craignant que la foi chrétienne ne s'altérât dans ses États, il y introduisit l'inquisition, tribunal redoutable, qui avait surtout pour objet de contenir dans le respect de la religion dominante les juifs, les mahomélans et autres ennemis du catholicisme. Les Portugais, qui ne virent pas sans terreur l'établissement de ce terrible tribunal, firent des remontrances et manifestèrent de l'opposition ; mais le roi, dont la bonté naturelle savait mitiger tout ce que cette institution pouvait avoir de trop rigide, resta inflexible. L'inquisition fut établie à Lisbonne en 1526, d'où elle se répandit ensuite dans toute la domination portugaise, et jusqu'à Goa, dans les Indes orientales. Deux horribles secousses de tremblements de terre affligèrent le règne de Jean III : la seconde, survenue en 1531, dura huit jours, et fit périr trente mille personnes sous des ruines. Le roi, la reine et les infants campèrent en pleine campagne, dans des tentes. Un débordement affreux des eaux du Tage inonda la moitié du Portugal, et mit le comble aux calamités de ce royaume. Tout finit par être réparé, grâce à la sollicitude paternelle du roi. Ce prince, par sa sagesse, savait maintenir l'ordre et prévenir tout ce qui aurait pu altérer le repos public. Il s'occupait constamment aussi de l'administration de ses colonies lointaines. La cour de Lisbonne avait refusé les services de Christophe Colomb, dont les nouvelles découvertes auraient dépassé les bornes de la puissance portugaise, qui déjà s'étendait aux Indes orientales, en Afrique et au Brésil ; mais ce prince ne négligea rien de ce qui pouvait donner plus d'activité au commerce de sa nation : sous son règne, il fut poussé jusqu'au Japon , dont les Portugais avaient fait récemment la découverte. Jean III mourut d'apoplexie à Lisbonne, le 7 juin 4557, âgé de 55 ans, dans la trente-sixième année de son règne, laissant sa couronne à dom Sébastien, son petit-fils,

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après avoir reconnu Catherine d'Autriche, sa femme, tutrice du jeune souverain, et désigné les gouverneurs à qui devait être confié le soin de son éducation. Le règne de Jean 111 fut surtout remarquable par la colonisation du Brésil, et par l'attention qu'apporta ce prince à y établir une forme régulière de gouvernement. Il rendit son peuple heureux par son amour pour la paix, par la protection qu'il accorda au mérite et au talent, par les encouragements qu'il donna aux sciences et aux arts. Il rétablit l'université de CoYmbrc, à la tête de laquelle il appela le célèbre André Couvea (voy. ce nom). Sa mémoire était si prodigieuse, qu'un jour étant à Coïmbre , après s'être fait lire tous les noms des écoliers de l'université, il les retint et appela de lui-même chaque écolier par son nom. Il montra une grande connaissance des affaires et des hommes, et eut assez de tact pour les placer et les employer en homme d'État. Ce fut à ce choix de ses ministres et de ses généraux que le Portugal fut redevable de sa bonne administration en Europe, et de ses succès dans les deux Indes. Jean III avait une affection si tendre pour son peuple, qu'aucune raison n'était capable de l'engager à le charger d'impôts. Quand ses ministres en proposaient: « Examinons d'abord, « disait-il, s'il est nécessaire de lever de l'argent. » Dès que ce premier point était éclairci : « Voyons « à présent, ajoutait le roi, quelles sont les dé- « penses superflues. » En sorte que l'économie fut sous son règne la seule ressource consacrée aux dépenses extraordinaires. Charles-Quint lui ayant fait proposer un traité pour l'extradition des réfugiés, ce monarque s'y refusa , et dit ces belles paroles : « Où donc mes sujets pourront-ils « attendre que je leur pardonne ? » Animé d'un zèle actif et fervent pour la religion, Jean III envoya des missionnaires porter l'Evangile dans les contrées de l'Amérique, de l'Afrique et de l'Asie , où ses généraux avaient étendu leurs découvertes. Au nombre de ces missionnaires, on compte Vapôlre des Indes (St-François-Xavier). Jean III introduisit la réforme parmi les moines ; il fonda des hôpitaux pour les pauvres, un asile pour les veuves des officiers et des soldats morts en combattant les infidèles, et une retraite pour les filles de qualité ; U embellit aussi ses États de plusieurs monuments et édifices utiles ; il fit réparer les grandes routes et construire des aqueducs; enfin il publia des lois sages dictées par l'équité. Ce fut sous son règne que les orangers, encore inconnus au Portugal, y furent apportés de la Chine par des marchands portugais, en 1548: de là, ces arbres se sont distribués et propagés dans toute l'Europe méridionale. B— P.

JEAN IV, roi de Portugal , chef de la dynastie de Bragance, lirait son origine de Jean I", par Alphonse, qui avait épousé la fille et unique héritière de Nufio Alvarez Percyra, à qui Jean Ier avait conféré le duché de Bragance en récompense de ses services. Jean IV était fils de Théo-

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dore, septième duc : s'élant fait remarquer par des qualités aimables et par un cœur bienveillant, il devint l'objet des vœux d'un peuple aigri par les vexations de la cour d'Espagne ; car le Portugal n'était, depuis Philippe 11, qu'une province de cette monarchie. Des écrivains superficiels ont regardé la révolution, qui plaça le sceptre du Portugal dans la maison de Dragance, comme l'œuvre de la politique de Richelieu, si ardent à affaiblir la puissance de la maison d'Autriche, qui régnait alors sur les Espagnes ; mais les causes naturelles et immédiates de celte révolution étaient dans le sentiment de l'oppression sous laquelle gémissaient les Portugais , ainsi que dans la haine qu'ils avaient vouée à Olivarez, ministre de Philippe IV , et aux créatures de ce ministre. Tous les esprits étaient disposés à la révolte : la noblesse regrettait les distinctions honorables qu'elle avait jadis sous ses rois; les banquiers et les négociants déploraient leur ruine presque entière, opérée par le transport à Cadix du commerce des Indes ; le clergé avait à regretter la violation de ses antiques immunités et de ses plus précieux privilèges : il ne manquait plus aux mécontents que des chefs pour les guider. Pinto Ribelro, secrétaire du duc de Bragance, Miguel Ameida, l'archevêque de Lisbonne et Louise de Guzman (voy. ces différents noms), ourdirent pendant trois ans, dans le plus grand silence, la conspiration qui devait élever la maison tic bragance sur le trône de Portugal, son légitime héritage. Mais le caractère de Jean IV manquait d'énergie ; il ne voulait rien hasarder : il ne fallait rien moins que l'esprit maie et courageux de sa femme, et le zèle ardent de ses amis, pour lui frayer le chemin du trône. La conspiration éclata le 3 décembre 1610. Vasconcellos, principal ministre de la vice-reine (duchesse de Mantoue), fut massacré , la vice-reine fut arrêtée , sa garde désarmée, et l'heureux duc de Bragance fut proclamé roi sous le nom de Jean IV. Quoique les Espagnols fussent maîtres des principaux postes de la capitale et des forteresses, ils n'opposèrent aucune résistance ; tant celte révolution parut irrésistible et nationale. Le nouveau roi entra paisiblement en possession de ses Etats d'Europe. Bientôt les lies de Madère et des Açores, les places de Tanger et de Carache, les royaumes de Congo et d'Angola, l'Ethiopie, la Guinée, l'Inde et l'opulente ville de Macao, située aux confins de la Chine, le proclamèrent. 11 avait écrit lui-même de sa main au marquis de Montai van, vice- roi du Brésil, pour l'engager à reconnaître son autorité : il fut reconnu à San-Salvador , et toutes les provinces du Brésil, libres du joug que les armes hollandaises appesantissaient sur une grande partie de la colonie, se distinguèrent par l'adhésion la plus animée et la plus franche. Le cabinet de Lisbonne se ligua, par un traité, avec la Suède, et lit toutes les dispositions nécessaires pour résister aux agressions de l'Espagne. Le Portugal

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restauré et indépendant devait désormais soutenir avec avantage, contre celte puissance humiliée, l'importance de ses intérêts et la légitimité de sa cause. Toutefois Jean IV n'était pas l'unique rejeton des anciens rois de Portugal : les ducs de Villaréal et de Caminha en descendaient également, mais dans un degré plus éloigné. Jaloux de voir leur égal devenir leur maître, ils tramèrent avec l'Espagne, avec l'archevêque dcBraga, et le grand inquisiteur François de Castro, une conjuration, pour exterminer le nouveau roi avec sa famille. Le marquis d'Ayamonte, Castillan, parent de la reine , révéla la conjuration , qui fut bientôt étouffée par le supplice des principaux conjurés. Pour s'affermir de plus en plus, Jean IV s'unit à la France par un traité de confédération ; les Hollandais y furent admis : enfin les états assemblés à Lisbonne confirmèrent, en 4642, les droits du duc de Bragance à la couronne. Toutes les puissances de l'Europe, excepté Philippe IV, l'empereur et le pape, reconnurent Jean IV pour légitime souverain. L'Angleterre et la France lui fournirent de puissants secours pour soutenir la guerre contre l'Espagne. Une armée portugaise ravagea les frontières de la Galice et de l'Estramadure : la guerre fut poussée encore plus vivement, en 1644, avec des succès variés, mais sans résultats décisifs. Les Etats du royaume furent assemblés de nouveau à Lisbonne, en 1616. Jean rV corrigea beaucoup d'abus dans l'administration de la justice et des finances : il imposa de nouveaux tributs pour la guerre de l'indépendance , et rendant hommage au caractère religieux de sa nation, il mit son royaume sous la protection de la Sle-Vierge. Cependant les Portugais et les Hollandais, unis par un traité en Europe , se poursuivaient avec acharnement dans le Brésil, pour y rester maîtres du commerce et des provinces qu'ils y tenaient respectivement sous leur domination. Lu guerre avec l'Espagne se prolongeait en même temps, et le nouveau roi se soutenait moins par ses propres forces que par la faiblesse des Espagnols : il avait plus à craindre de ses sujets mêmes que des ennemis. Une nouvelle conspiration , formée par l'évêque de Colmbrc, l'un de ses principaux ministres, ne tendait à rien moins qu'à le livrer , lui, toute la famille royale et le Portugal , à l'Espagne ; elle fut découverte par cet ascendant de bonheur qui fit donner à Jean IV le surnom de Fortuné. Le factieux prélat fut enfermé , et ses complices furent mis à mort. Après plusieurs combats et plusieurs sièges contre les Hollandais au Brésil, les Portugais devinrent, en 1654, maîtres paisibles et absolus de cette vaste possession. Jean IV, qui soupirait après la paix , ne survécut que deux années aux événements heureux qui avaient assuré sa domination sur toutes les parties du Brésil. Un dépérissement graduel et prématuré annonçait sa fin prochaine. Loin de s'abuser sur son état, il fit appeler tous les grands de la mo-

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narchie, tous le* chefs des ordres du royaume, pour leur recommander d'une manière touchante la défense du Portugal et la conservation de la foi pendant la minorité* de son (Ils Alphonse. Il entretint la reine des devoirs qu'allait lui imposer la régence ; puis, embrassant tendrement ses deux fils et sa fille, il leur dit un dernier adieu, et arracha, par cette douloureuse séparation , des larmes à tous ceux qui entouraient son lit de mort. Il expira le 6 novembre 1086, Agé de 52 ans, et après seize ans de règne, dans la plus pieuse résignai ion et dans la plus vive sollicitude pour les (lestinées du Portugal. Sans être ni soldat, ni capitaine, ce prince sut se maintenir par la prudence, par la douceur, et aidé par ses amis, sur un trône qu'il assurait à ses descendants ; il s'y maintint surtout par l'habileté de son épouse : aussi l'histoire doit-elle observer que Jean IV fut plus redevable des événements heureux de son règne aux circonstances et à l'énergie de ses conseillers et de ses amis qu'à la hardiesse de ses conceptions. Il eut des qualités' aimables qui le firent regretter de ses sujets ; mais sa politique conserva toujours ce caractère de lenteur et d'indécision qui tenait à la timide circonspection de ce prince. B— 9.

JEAN V, roi de Portugal , fils de Pierre II et d'Elisabeth de Bavière, naquit le 22 octobre 1089, et monta sur le trOne en 1708. 11 suivit la même politique que son père, en demeurant attaché au parti des alliés contre Louis XIV et l'Espagne; ses armées se réunirent aux troupes anglaises et s'efTorcèrent d'expulser Philippe V de Madrid pour faire couronner l'archiduc, mais ce fut en vain : Philippe V triompha, et, en 1711, Duguay-Trouin, le plus grand homme de merde son temps, attaqua et prit Rio-Janicro, capitale du Brésil, et causa une perte de vingt-cinq millions à cette colonie portugaise. La paix d'Utrecht.en ramenant la sérénité en Europe, réconcilia le Portugal et la France. Un traité séparé fut signé, le 11 avril 1713, entre les deux États; il embrassait les intérêts du Brésil. La France se désistait de tous droits et prétentions sur cette possession lointaine; l'Angleterre devint garante de l'exécution du traité. A l'ombre de la paix, Jean V montra des qualités dignes du diadème. II raffermit la monarchie par des soins constants; il veilla sur le Brésil avec sagesse, y favorisa la découverte des mines et en tira des richesses immenses. En 1715, il signa aussi un traité séparé avec l'Espagne. Le, Portugal jouit alors d'une paix complète, sans prendre aucune part aux agitations des autres Etats de l'Europe. Jean V s'abstint de lever aucune troupe, et, épargnant le sang de ses sujets , il regardait la guerre comme le plus grand fléau dont l'humanité pût avoir à gémir. Mais , séduit par l'air de grandeur et d'opulence que Louis XIV avait imprimé à son règne et à son siècle, il encouragea, par Imitation, les arts superflus, et finit par donner un faux éclat à son trône, sans avoir les grandes qualités du mo-

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narqufl français. La peste, occasionnée , dit-on, par la sécheresse de l'air, enleva en 1723 plus de quarante mille personnes dans la seule ville de Lisbonne; le roi ne négligea rien pour arrêter les progrès de ce fléau. Il forma en 1728, avec l'Espagne, une double alliance par un double mariage entre l'infante d'Espagne et le prince du Brésil, et entre l'infante de Portugal et le prince des Asturies. Plus tard, le cabinet de Madrid, profitant de la faiblesse de Jean V, atteint d'une maladie de langueur, se fit céder par la cour de Lisbonne la colonie de St-Sacrement, en échange de quelques peuplades du Paraguay. Livré alors aux pratiques d'une dévotion minutieuse, Jean V abandonnait au moine Gaspard les rênes du gouvernement, et se montrait hors d'état d'apprécier un traité par lequel l'Espagne donnait, en échange d'un territoire productif, un établissement stérile qui lui était à charge. Miné depuis plusieurs années par une maladie mortelle, Jean V descendit au tombeau le 31 juifTet 1780, dans la 61» année de son âge. Il s'était montré ferme et rigoureux observateur de la justice ; il avait aimé véritablement les lettres, et avait établi par un décret l'académie royale d'histoire du Portugal , branche de littérature qui a presque toujours fleuri dans ce royaume. Il était lui-même très-versé dans l'histoire ecclésiastique de son pays. Voltaire a dit de ce prince que ses fêtes étaient des procès- ' sions, ses édifices des monastères, et ses maîtresses des religieuses. Il eut pour successeur Joseph Emanuel, son fils. B — t.

JEAN VI (MAhie-JosEPil-LoCis), roi de Portugal, était le second fils de Pierre III, roi titulaire, oncle et époux de Marie-Françoise-Elisabeth, reine de Portugal. Il naquit à Lisbonne te 13 mai 1707. La reine sa mère lui donna pour précepteur le savant vénitien Franzini (1), dont il reçut les leçons pendant l'espace de dix ans. Il étudia le latin, l'histoire, la géographie et les langues française et italienne. Ce fut sa mère qui le conduisit à Badajoz, où, en présence des deux familles royales d'Espagne et de Portugal, il épousa, le 8 mai I78t, Charlolle-Joachime de Bourbon, fille du roi Charles IV (2). A la mort de son frère aîné le prince Joseph, arrivée en 1788, Jean VI, alors infant, devint héritier présomptif de la couronne. Pour apprécier sa politique comme souverain et les insurmontables difficultés qu'il eut à vaincre pendant tout le cours de son règne, il faut avoir égard aux circonstances et aux événo-

(1) Franiini était an mathématicien protond, un physicien et naturaliste distingué, «nfin un littérateur très-érudil. Voulant instruire ses auguote* élève* et leur inspirer du goût pmir le* scianees et lea arta, il forma dani la palais royal de Bcllcm un cabinet da physique et une riche collection de modèles d'arts et de métier*, où il exposa aussi en relief le système général de fortification d'Antonln et un grand nombre de machine* hydraulique».

(2) Voy. M*m. hUt. dt lot Ptupotortot, etc. Pleins pouvoir» donnés à l'ambassadeur marquis de Lourlçal la 16 mars 17M , et pâf le roi d'Kipasrne au comte de Florlda-Blanca, le 35 mar*. - Le traité de mariage fut signé le 10 mars 17».

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ments qui survinrent alors en Europe. Il faut se rappeler que les plus grands empires, tels que la Russie , l'Autriche et la Prusse , fléchirent devant le colosse révolutionnaire'; que l'Angleterre ellemême n'échappa au sort des puissances continentales que par sa position insulaire, par la puissance de son aristocratie el de ses nombreuses, flottes, et que ce ne fut pas sans de grands sacrifices .d'argent; il faut se rappeler aussi combien de souverains descendirent de leurs trônes, tandis que Jean VI, après avoir été le premier monarque qui ait osé traverser l'Atlantique, sauva par cette détermination courageuse sa couronne et sa famille, et qu'il déjoua ainsi les projets du dominateur de l'Europe; il faut considérer que ce prince, grâce à cette résolution, devint le fondateur d'un vaste empire, et qu'il vit, lors de la paix générale, le Portugal élevé au rang de puissance de premier ordre, et ses ambassadeurs signer les traités de Vienne el de Paris au même titre que ceux des autres nations. Jean VI commença à gouverner au nom de sa mère le 10 mars 1795, à l'occasion de la maladie de cette princesse; mais le régent ne changea en rien la politique extérieure suivie par sa mère; seulement, il la modifia selon les circonstances et les événements. Il ne toucha point non plus aux mesures administratives intérieures. Il conserva les mêmes ministres, qui appartenaient presque tous (1) à l'école politique du règne de Joseph. La canalisation du Mondégo distingua les premières années de son règne, ainsi que l'ouverture de plusieurs grandes routes, notamment celle de Lisbonne à Coïuibre, et de cette ville à Porto. Il créa dans la même année (1794) l'établissement important de l'école de fortification pour les élèves qui se destinaient au corps du génie et à l'artillerie. En l'année 179G, l'armée subit aussi des réformes importantes el vit crée* le corps de la légion sous le commandement du marquis d'Alorna. La marine eut également sa part d'amélioration. Le régent fonda, en 1797, une académie nautique (acadeinia dus guardas marinhas), et dans la même année le tribunal de l'amirauté et un corps de marine (brigada real). Il s'occupa aussi delà réforme des ordres religieux : à cet effet, il institua une commission avec les pouvoirs les plus étendus; par cette mesure, les admissions furent diminuées, et en peu d'années cette réforme graduelle devint très-sensible. Le régent améliora encore le système des études primaires, et fonda dans les villes et communes du royaume un grand nombre d'écoles publiques et gratuites. Pour la direction de ces établissements, il créa la junte de la direction des études , et, afin de faciliter davantage la culture des lettres, il fonda la bibliothèque publique

(l) t'n de cet ministres, Balsemao, était membre de la société royale de Londres et d'autres académies. Il était en correspondance avec plusieurs savants étrangers du premier ordre, entre autres avec Linné. 11 fournit des renseienements i Kobcrt- •on et à l'abbé Kayoal.

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de Lisbonne (1798), et nomma pour son premier bibliothécaire un des plus savants académiciens, lequel établit une admirable classification dans cet immense dépôt des connaissances humaines. 11 donna aussi une nouvelle organisation au riche musée d'histoire naturelle et au jardin botanique, et il choisit à cet effet plusieurs individus qui, sous la direction de l'académie des sciences, furent chargés de visiter les principales villes de l'Europe pour s'enrichir de connaissances scientifiques, tandis qu'il en envoya en Amérique d'autres • dont les talents avaient été mis à l'épreuve dans les travaux de l'université, dans les sciences mathématiques et naturelles, et qui avaient obtenu les suffrages de cette savante académie. Il créa encore l'école des chartes aux archives du royaume, institution qui devint en quelques années aussi brillante que celle qui avait été créée en France, et bientôt les résultats les plus utiles en furent obtenus (1). Les soins du régent se portèrent aussi sur les mines du Portugal , déjà si renommées au temps des Phéniciens el des Carthaginois, et il créa l'administration des mines. Il fit exploiter la mine d'or d'Adiça , qui , ayant été en exploitation depuis le 12* siècle, sous Alphonse lrr, jusqu'au 16e siècle, sous Jean III, avait depuis été abandonnée. D'autre part, les besoins de l'armée inspirèrent à ce prince l'idée de rétablir de nouveau les magnifiques forges de Thomar, de Figueiro et de Machuca. Il fit en outre reprendre, en 1802, les travaux de fin tfAlge. qui à elle seule pourrait suffire à tous les besoins du pays et des colonies. 11 fit de même exploiter les mines de charbon de Buarcos et celle de San- Pedro da Cova, découverte en 180i. Il confirma, par une loi du 4 février 1802, celle du 20 août 1721, sur la conservation des monuments de l'antiquité et du moyen âge, détermina le local où devaient être exposés les marbres, statues, inscriptions, el voulut que le conservateur de la bibliothèque publique ouvrit une correspondance avec les différentes municipalités du royaume, sur les antiquités qui seraient trouvées dans leurs arrondissements. Lors de la découverte faite à Lisbonne, en 1799, du théâtre romain dédié à Néron, le prince chargea l'architecte Fabri d'en lever le plan, cl c'csl à cette mesure que la science doil la curieuse dissertation qui a paru plus tard sur ce beau monument (2). Le régent encouragea aussi l'agriculture, le commerce et l'industrie; il créa plusieurs fabriques, fonda une chaire de métallurgie à l'université de Colmbre, l'académie de marine et de commerce à Porto, et quelques autres établissements littéraires. La maladie de la reine Marie ne laissant aucun espoir, le prince, en 1799, prit le litre de régent, qu'il garda jus-

(1) Voyez les Mémoires publiés par les éléres de l'école des chartes d* Lisbonne, notamment ceux qui parurent en 1B14 ci 181b, imprimerie royale.

|2| Voyez la dissertation sur ce monument publiée a Lisbona* en 181b, par L. Antonio d'Axe^edo.

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qu'à la mort de sa mère, malgré* l'opposition d'un de ses ministres , Seabra , savant publiciste, qui avait soutenu que Jean VI devait convoquer les cortès, aQn d'obtenir la sanotion des trois états, d'après les exemples de l'histoire nationale et selon la constitution de la monarchie. Mais la crainte inspirée par les événements qui se succédèrent en France, lors de la convocation des étals généraux, fit rejeter cet avis : le prince se déclara régent et fit passer tous les actes en son nom. Il fut reconnu par la nation sans le moindre symptôme de mécontentement , et la ville de i'orlo, qui, à toutes les époques de la monarchie, avait joué un grand rôle , fit frapper une médaille en l'honneur de cet avènement. La sollicitude éclairée du régent ne se borna point, pendant la première période de son administration , à ses États d'Europe : elle s'étendit encore aux colonies et surtout au Brésil, où il fonda treize villes nouvelles, avec de nombreux établissements dans l'intérêt de l'agriculture et des sciences géographiques. Aux archives de la* marine et des colonies, à Lisbonne, on possède un grand nombre de projets , formés d'après les ordres de ce prince, sur les riches établissements d'Afrique et de l'Inde. Il faisait rédiger par des hommes spéciaux des mémoires qu'il lisait attentivement et qu'il faisait soigneusement conserver dans son cabinet (1). L'administration active et ferme de Jean VI, dit un écrivain français qu'on n'accusera pas de flatterie envers les rois (2), « procura au Portugal une véritable prospérité « qui, malheureusement, dura peu d'années. Ce « prince encourageait tous les genres tle travaux, « levait tous les obstacles, comblait tous les villes « d'une organisation économique imparfaite. Une « ère nouvelle de développement pour le génie « national semblait se préparer, lorsque la guerre ■ vint ajourner le résultat de tous ses efforts. » En effet, quoique ce prince, par une politique sage , ne voulût pas prendre une part bien activa à la guerre que les puissances coalisées tirent à la France en 1793, il se crut cependant obligé, d'après le traité de casus faderit qui existait entre le Portugal et l'Espagne, de mettre à la disposition de cette puissance un corps de troupes qui ne devait servir qu'en qualité d'auxiliaire (3). En 1794, il s'opposa même à ce que ses troupes pénétrassent sur le territoire français , et lorsque,

ftar le traité de Bâle (1793), l'Espagne eut signé a paix (4), les troupes de terre rentrèrent dans leurs foyers et les vaisseaux qui avaient joint les

(Il Nous en «vont lu plusieurs, entre autres un travail de M. Vielra Tovar, secrétaire et archiviste de Goa . sur les colonie* da l'Afrique orientale et sur les p,»ssc»8ions de l'Inde, qui malheureusement resta Inédit, de même que son Catalogue des manuscrits des archives de Goa, depuis la conquête jusqu'à nos jours.

)2) Rabbe. Rctumc de CUitloitê du Portugal.

(31 Voyez, outre le traité d'alliance entre l'Espagne et le Portugal , la convention provisoire du 15 juillet 1793, sur les secours que l'Espagne et le Portugal devaient se prêter en cas de guerre avec la France.

14) Voy. Martcns, RteuHl du traitù, t. 6, p. G56.

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escadres anglaises dans la Méditerranée reçurent ordre de revenir dans les ports portugais. Cette conduite, qui annonçait de la part du prince une grande modération , attira sur lui , à l'époque du traité de 1797, l'inimitié de l'une et de l'autre puissance. Plus tard, Bonaparte, ayant décidé l'Espagne à faire la guerre au Portugal, y envoya une armée de quinre mille hommes sous les ordres de Leclcrc. L'armée espagnole, commandée par le prince de la Paix, commença les hostilités. D'autre part, le cabinet anglais, qui avait reconnu la nécessité de faire une trêve avec la France, ne fournit au Portugal que trois cent mille livres sterling de subsides (1) et quatre régiments d'infanterie. Le régent , qui d'abord avait pris le parti de se mettre à la téte de l'armée portugaise (2), résolut alors de traiter séparément, et envoya Pinto, ministre des affaires étrangères, à Badajoz, afin de négocier avec Lucien Bonaparte et le prince de la Paix le traité du 6 juin 1801 (3), qui fut bientôt suivi de celui de Madrid du 29 septembre. Par suite de ces malheureux traités, les marchandises 'françaises furent placées sur le même pied que les anglaises pour les droits d'entrée ; le Portugal consentit à fermer ses ports aux vaisseaux anglais, et s'obligea, de plus, à payer à la France une somme de vingt-cinq millions (4). Enfin le Portugal céda à l'Espagne Oiivenza et son territoire, et à la France un territoire de soixante milles d'étendue dans fa Guyane portugaise. Ces conditions onéreuses furent, il est vrai, modifiées par le traité d'Amiens du 27 mars 1802; mais, l'année suivante, le renouvellement de la guerre entre

(1) Le prince régent, croyant te moment opportun pour négocier nn traité de paix avec la France sans froisser l'Angleterre, qui avait envoyé à Paris lord Malmesbury, chargea (1796) le chevalier d'Araujo de faire des propositions au gouvernement français. Quoique les conférences entre lord Malmesbury et la république française fussent rompues (24 octobre), le prince rvgcnt fit néanmoins passer des instrucUons A M. de Lima, datées du 20 mal 1797, en le nommant plénipotentiaire, afin d'assister au congrès qui devait avoir lieu à B.rne, et l'autorisait A signer la paix avec la France, conjointement avec l'Angleterre, ou m/me tant eetta puittanee (doc. manusc.l Les nouvelles conférences avec le plénipotentiaire anglais s'ouvrirent à Lille |6 juillet 17971 , et quoiqu'elles restassent infructueuse», le ministre portugaii signa le 10 août, A Paris, le traité de paix entre la France et le Portugal |voy. Martens, t. 7, p. 201), et en fit part A sa cour le 19, accompagnant sa dépêche d'une exposition des motifs qu'il avait eus pour agir ainsi (doc. manu&c.]. Le directoire ratifia le traité le 20 août. La révolution du 18 fructidor ayant eu lieu quelques jours après , il s'ensuivit une transaction inédite entre les cours d'Espagne et de Portugal , au sujet de ce traité , aussi bien qu'une analyse des articles secrets du même traité, lequel , n'ayant pas été ratifié immédiatement par la cour de Lisbonne, fut déclaré nul par le directoire, le 26 octobre (voy. Martens, t. 7, p. 207).

|2) Noua avons pris connaissance de ce fait dans une curieuse correspondance inédite de lord Bobert Fttx-Gcrald , alors ambassadeur A Lisbonne.

|3j Voy. Martens, suppl., t. 2, p. 340.

(4) Voyez la note de Lucien Bonaparte du 27 septembre 1801, adressée au prince de la Paix, et la lettre du prince A C. Ribciro- Freire, ministre de Portugal A Madrid, datée du même jour. Voyez une autre note de Lucien Bonaparte du 28 septembre, adrrasée au prince de la Paix, déclarant que si, dans l'espace de douze heures , il ne recevait une réponse satisfaisante, l'armée française entrerait en Portugal. Le prince de la Paix, par une autre note datée du même jour, annonce à Lucien, ambassadeur de France, la coaclusion de la paix entre le Portugal et la

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l'Angleterre et la France exposa le Portugal a de nouveaux dangers. Napoléon, qui avait fait arrêter et détenir comme otages tous les Anglais qui voyageaient en France, exigea du prince régent qu'il fermât ses ports aux Anglais, menaçant le Portugal d'une invasion immédiate si cette réclamation n'était pas accueillie. Dans une conjoncture si critique, le gouvernement britannique envoya à Lisbonne lord Roseling, le général Simone et Saint- Vincent, chargés d'offrir tous les secours an troupes, en armes et en argent, aussi bien que des flottes, dans le cas où le prince régent serait disposé à résister à Napoléon, ou de fournir à ce souverain tous les moyens pour se retirer au Brésil ; déclarant en même témps que, si la cour de Lisbonne refusait ces propositions, les Anglais s'empareraient de vive force du port de Lisbonne et captureraient tous les vaisseaux dans les poils. Le régent, si souvent accusé par des écrivains mal informés d'avoir toujours cédé à l'Angleterre, rejeta ces propositions avec beaucoup de fermeté, et il obtint de Napoléon une promesse de neutralité qui fut stipulée dans la convention entre le Portugal et la France, signée le 6 octobre 1805. Cette neutralité, achetée, il est vrai, par de grands sacrifices, tourna cependant à l'avantage du Portugal; car on doit dire, à l'honneur du régent, qu'il obtint dans de si pénibles circonstances ce que des F.tats plus puissants ne purent obtenir. Par suite de ce traité, on vit le commerce portugais se rétablir de nouveau, malgré la reprise des hostilités entre la France et l'Angleterre, et le Portugal jouir au moins pendant quelques années de tous les avantages de la neutralité. Mais lorsque- le dominateur de l'Europe eut porté les derniers coups à l'empire germanique, lorsqu'il eut triomphé de l'Autriche et de la Russie à Austerlilz, de la Prusse à Jéna , et qu'après s'être fait empereur et roi il eut audacieusement déclaré que les Bourbons de Naples et d'Espagne avaient cessé de régner, le Portugal ne put pas se flatter de conserver encore cette bienfaisante neutralité. C'est alors que Napoléon, prêt à l'envelopper dans ses plans d'usurpation depuis longtemps médités sur la Péninsule, ne manqua pas de prétextes pour rompre le traité de neutralité qui lui faisait ombrage. Il accusa d'abord le régent de s'être lié plus intimement avec les Anglais , et de leur avoir accordé des secours lors de l'armement de leurs Hottes parties du cap de Bonne-Espérance pour aller conquérir Buenos-Ayres (1 ) et Montevideo. Les avantages que la France devait tirer de son alliance avec le Portugal ne purent satisfaire Bonaparte, qui était alors dans tout l'éclat de sa puissance. Il annonça hautement que, de concert avec l'Espagne, il ferait marcher une armée sur Lisbonne; et celte menace, dont l'effet ne fut un

(M Le. anglai» ."emparèrent do Bu«o»-Ayre* le «juillet lbOO, tic M*hUoij4(Au le 37 octotïfo*

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moment suspendu que par la guerre de Prusse, se réalisa après le traité de Tilsitt. Ce fut le 14 octobre 1807 que Napoléon déclara , dans l'audience qu'il donnait au corps diplomatique, qu'il ne permettrait plus aucune relation commerciale ou politique du continent avec l'Angleterre, et que, si dans deux mois le prince régent de Portugal n'y renonçait pas entièrement, la maison de Bragance aurait reste d* régner. Bès ce jour il ne fit plus à la cour de Lisbonne que des propositions tout à fait inadmissibles. Ensuite, par une note que communiqua au prince M. de Rayneval , chargé d'affaires de France, il enjoignit au régent de fermer aux Anglais, dans le délai de trois semaines, tous les ports du Portugal, d'arrêter tous les sujets britanniques résidant dans ses Étals, enfin, de confisquer toutes les propriétés anglaises. Dans cette déplorable situation le prince lit encore tous 6es efforts afin de prolonger son séjour dans la métropole et d'éloigner une rupture avec la France; et, croyant se tirer d'embarras, il accepta la première de ces propositions, en demandant du temps pour les deux autres, liais un tel sacrifice fait au bonheur de son pays, loin de satisfaire le dominateur, excita son mécontentement et ne satisfit pas davantage l'Angleterre. Le ministre de Portugal à Londres obtint cependant du cabinet britannique l'assurance que le Portugal ne serait point inquiété par le fait de la clôture des porls, pourvu qu'on ne touchât pas aux propriétés anglaises. Mais dès ce moment sa situation devint des plus dangereuses; pour se soustraire à tant de périls, le prince régent eut besoin de tout son courage et de toute sa présence d'esprit. Jusque-là il n'avait pas sérieusement pensé à se retirer au Brésil , et il n'était question que d'y envoyer son fils atné dom Pedro , avec le titre de connétable , et une de ses soeurs (1) ; mail alors placé entre une armée franco-espagnole, qui envahissait le Portugal, et la flotte anglaise, qui tenait bloqué le port de sa capitale, Jean VI n'eut pas d'autre parti à prendre. Quittant le palais de Mafra, il vint habiter celui d'Ajuda , à Lisbonne , où il réunit plusieurs fois le conseil d'État pour lui faire part de cette grande détermination que le célèbre Pombal avait autrefois suggérée au roi Joseph. Après avoir établi une régence pour administrer les affaires du pays pendant son absence, il annonça son départ par un décret qui fut publié le îti novembre, et il déclara que son intention était de ne prolonger son- séjour au Brésil que jusqu'à la paix générale. Lord Strangfort, ministre d'Angleterre, ayant fait connaître à la cour ce que Napoléon venait de déclarer publiquement , que la maison de Bragance avait eestéde régner, cet avertissement accé-

(l| Tout avait été préparé pour le départ de don» IVlro; la officier, do s* mai.»n étaient nommée, et le comte do liclmortc reçut de* lettre, patente* de gouverneur du prince cmplul de la plua haute importance, qui n'avait été accordé 4 penonne députa la minorité de SébasUen , au 1G» siècle , lor» d« la nomma- Uoo du célèbre don» Aiclxo de Mette.».

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léra le départ (1). Le prince régent, u famille et leur suite s'embarquèrent le 27 novembre 1807, tur une flotte portugaise composée de huit vaisseaux de premier rang, quatre frégates, douxe bricks, un schooner et beaucoup de navires du commerce. Le nombre total des personnes qui se trouvèrent à bord de cette flotte montait à près de quinze mille. Toute la capitale était dans la consternation. La foule se pressait autour du prince, elle embrassait ses genoux, et les pleurs coulaient de tous les yeux. Le vent, étant devenu contraire, empécba la flotte de «Jortir de la barre pendant toute la journée du 27. Le régent, qui se tenait sur le pont, dit alors à l'amiral Cunba : J'aimerais mieux périr par un naufrage que de tomber dant Ut mains de Bonaparte; car ce malheur serait plus grand pour moi que celui qu'éprouva François I" prisonnier de Charles V (8). La flotte n'entra dans l'Océan que le 20. Elle avait à peine dépassé la barre que l'avant-garde de Junol arriva au bourg de Sacavem, à deux lieues de Lisbonne. Le prince fut reçu au sortir du Tage avec les plus éclatantes démonstrations d'allégresse , par le brave amiral sir Sidney Smith, qui commandait une immense flotte anglaise, et qui , a la tête de ses officiers, se rendit en grand uniforme à bord du vaisseau amiral, pour complimenter le régent. La flotte portugaise, assaillie dans la traversée par deux tempêtes violentes, arriva le 21 janvier 1808 à Bahia, accompagnée du vaisseau de ligne anglais le Bedfort. Le prince fut reçu avec les plus vifs transports d'allégresse par le peuple et par le capitaine général, comte da Ponte. Le 38 du même mois, une ordonnance royale ouvrit les ports du Brésil à toutes les nations amies , et permit l'importation de toutes les marchandises étrangères, moyennant un faible droit , ainsi que la libre exportation de presque tous les produits de la colonie. Les habitants de la grande ville de Bahia firent tous leurs efforts pour décider le régent à fixer sa résidence dans cette ancienne capitale du Brésil , et ils offrirent de lui faire bâtir à leurs frais un somptueux palais. Mais le prince avait résolu de s'établir à Rio-Janeiro. 11 s'embarqua le 26 février et arriva le 7 mars. Dès lors , uniquement occupé d'améliorer les différentes branches d'administration de cette vaste contrée, il y fonda un grand nombre d'institutions utiles. Après avoir permis aux Brésiliens d'exercer toute espèce d'industrie manufacturière, il établit des tribunaux civils et militaires, des conseils d'administration, une préfecture de police, une gendarmerie , un trésor, un conseil des finances, une

11) On a prétendu que le journal qui contenait cette déclaration de Napoléon avait été communiqué par l'amiral Sidney Smith, qui était devant Lisbonne i la tête d'une escadre anglaise ; mais l'ambassadeur de Portugal à Londres, dom Domingo* de Souia, s'était aussi empressé de le faire parvenir au prince régent. \ Voir sur cela l'écrit publié par ce diplomate, sous ce titre : Lt$ qualrt coïncidence* \

(21 L'auteur de cet article se trouvait auprès du prince quand il prononça ces parole» remarquable»; d'autre» témoin» encore vivants peuvent aussi le» attester.

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banque, une imprimerie royale, une fabrique^ de poudre à canon ; enfin il institua à Minas-Cerres une junte sous la présidence du capitaine général, pour la civilisation des Indiens sauvages et pour la navigation du Rio-Dolce. U fonda des prix en faveur de ceux qui introduiraient au Brésil des arbres et des plantes utiles. Il fit établir un hôpital militaire, des écoles d'anatomie, de chirurgie et de médecine. Il créa l'Académie royale militaire pour l'enseignement des mathématiques, de la physique , de la chimie, de la métallurgie, de l'histoire naturelle et des sciences militaires; enfin il ouvrit au public sa bibliothèque particulière et fonda la bibliothèque publique de Itio-Janeiro. U augmenta encore le jardin botanique de Lagoa(l), y envoya un grand nombre de plantes transportées de Cayenne et de l'Asie. C'est encore aux soins de ce prince qu'on doit la prodigieuse quantité d'arbres à thé plantés dans ce jardin et a Santa-Cruz (i). Ce fut par les moyens mis à la disposition du savant minéralogiste Napion , d'après les ordres du régent , qu'on dut les premières expériences faites au Brésil sur la résistance , l'élasticité et la dureté des métaux et des principales espèces de bois de cette vaste région. Il fit de Goa un port franc, y permit la liberté des cultes, et proclama également la tolérance religieuse dans tout le Brésil; il encouragea la colonisation du nouvel empire en faisant venir des Açores des colons auxquels il accorda des terres, de l'argent , des ustensiles et toute sorte de secours pour la culture et l'éducation des bestiaux. Il exempta ces colons et leurs enfants du service militaire , déclarant que tous ceux qui viendraient se fixer au Brésil jouiraient des mêmes avantages. Il établit des colonies dans l'intérieur, ce qui contribua beaucoup à la civilisation des peuplades sauvages. Il fit venir à grands frais une colonie suisse, et transporter cent familles auxquelles on distribua des terres en propriété, avec exemption d'impôts (3). Pour encourager l'agriculture , le régent accorda aux habitants du Brésil le privilège que leurs propriétés , notamment les sucreries et les récoltes, ne pourraient être saisies en totalité, mais seulement dans une partie de leurs revenus. U donna une forte impulsion aux communications intérieures. A cet effet il fit ouvrir des grandes routes dans l'intérieur de ce vaste continent, et continuer celles qui n'étaient point achevées (4). U ordonna d'explorer de nouveau les grandes rivières Madeira, Tapajoz, Xingu ;et Arinoz ; et, par ces dispositions, la navigation depuis Villa Bella par les rivières Guaporé , Mamoré et Madeira

(!) La création do cet établissement date du règne du roi Joseph.

|V I La récolte du thé «n 1830 mont» à trente mille livre* pesan t .

,3i Cette colonie fut appelée tfouvella- fribourg .

|4| Ces route* sont : Depuis Para jusqu'à Rlo-Janelro; depuis le TocanUns jus,u'à la source de l'Ilaplcuru-, par l'Intérieur des forêts, depuis la province d'Espirlto-Sento jusqu'à Minas-Gerrea; depuisCampo de Goitacases jusqu'à Mina» , enfin par l'Intérieur

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jusqu'à l'Amazone, et par ce grand fleuve jusqu'au Para, comme aussi la navigation du Cuiaba par l'Arinoz et par le Tapajoz furent ouvertes, et des courriers furent établis sur toutes les routes. Enfin le prince Jean ne fonda pas moins de trenteune villes nouvelles. Ses vues s'e'tendirent aussi à l'exploration des mines, et il accorda de grands privilèges aux explorateurs. Il fonda la belle fonderie de fer du Morro do Pilar, sous la direction du savant métallurgiste Ferreira da Camara, et celle d'Ipanema sous la direction de Varnhagen. Voulant encourager des constructions à Bio-Janeiro, il exempta pendant ving tans de toute contribution les propriétaires des maisons de plus d'un étage, et celles d'un seul pendant dix ans. Il fit construire le superbe théâtre de St-Jean , un immense bâtiment pour le trésor et la monnaie , de magnifiques casernes. Il ajouta à tous ces embellissements la création d'un très-beau jardin pour la promenade publique à Bahia , où il fit élever une place de commerce, la Bourse, et dota cette belle cité d'une riche bibliothèque A Fernambouc, ce prince fit exécuter des travaux considérables pour empêcher la ruine du port (Je Kecife. Il continua en même temps à encourager le commerce et les fabriques, en réduisant les droits d'entrée, et en supprimant entièrement ceux qui étaient perçus sur les marchandises de la Chine venues par la voie de Macao dans des vaisseaux portugais, de même que sur les matières premières employées daus les manufactures nationales. Aimant passionnément la musique, il fit venir de Lisbonne cinquante chanteurs, presque tous Italiens, et porta l'orchestre de la cour et de la chapelle royale à cent instrumentistes. 11 appela auprès de lui le célèbre llarcos Portugal, dont plusieurs pièces ont été données au Théâtre- Italien de Paris. Si cette mesure eut une grande influence sur le perfectionnement du talent qu'ont en général les Brésiliens pour la musique , il en fut de même de celle que le prince adopta en 1816, de faire venir de France une colonie d'artistes, à la téte de laquelle étaient Lebreton , de l'Académie des beaux-arts, Debret , peintre d'histoire, Taunay, paysagiste, etc. C'est à toutes ces décisions du régent que le Brésil doit une école des beaux-arts, un grand nombre d'édifices remarquables et l'espoir d'un avenir plus brillant encore. Après ce coup d'œil rapide sur la politique administrative de Jean VI, quant à l'iutérieur de ses Etats transatlantiques, nous signalerons ses actes de politique extérieure pendant son séjour au Brésil. A peine arrivé à Bio-Janeiro, il déclara, par un manifeste du i" mai 1808, nuls et non avenus tous les traités conclus par le gouvernement de Portugal avec le gouvernement français, et nommément ceux de Badajoz et de Madrid, en 1801, comme aussi la neutralité de 1804. Il se reconnut l'ami et l'allié de la Grande-Bretagne, déclarant qu'il ne poserait les armes que de concert avec cette puissance, et qu'il

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ne consentirait jamais, quelles que fussent les indemnités qu'on lui proposât , à la cession du Portugal. Au mois d'août de la même année, en réponse à un mémoire que lui avaient présenté son épouse et son neveu l'infant dont Pedro Carlos, et dont l'objet était d'implorer sa protection pour le maintien de leurs droits à la couronne d'Espagne , que Napoléon venait de placer sur la téte de son frère, le prince régent, par une déclaration solennelle, promit de coopérer de tout son pouvoir au maintien de ces droits, « oubliant, ajo«ta-t-il , mon juste ressentiment « contre l'Espagne , qui a donné passage aux

■ troupes françaises, et qui s'est jointe à la France « pour l'invasion du Portugal. » Dans les années suivantes, le régent fit occuper la Guiane française par une expédition envoyée du Para, et qui avait forcé le gouverneur de cette colonie, Victor Hugues, à capituler (I). En 1810, pendant que le Portugal avait lieu de craindre une nouvelle invasion , le régent signa avec l'Angleterre un traité qui garantit de nouveau la couronne de Portugal à la maison de Hragance; et, pour obtenir cette alliance, le négociateur conclut le fameux traité de commerce qui a été l'objet de tant de controverses de la part des économistes. Ce fut à la même époque que le régent obtint de l'Angleterre trois cent mille livres sterling d'indemnité pour les vaisseaux négriers capturés par les croisières britanniques, et appartenant pour la plupart à des négociants de Babia. Pendant ce temps les provinces de l'antique royaume de Portugal , envahies successivement par les armées de la France et de l'Angleterre , étaient livrées à toutes les calamités de la guerre, sans que leur souverain pût les secourir ni même communiquer avec elles. Le désordre et l'anarchie y furent portés à tel point qu'on a dit que plusieurs lieutenants de Napoléon voulurent s'y faire proclamer rois. Mais ces bruits, il faut bien le dire, ne reposèrent jamais sur aucune preuy. Cependant l'immeuse majorité de la population portugaise, fidèle à ses anciens princes, s'était soulevée coutre les Français; des troupes s'étaient organisées, et, longtemps réunies aux Anglais et aux Espagnols, elles combattirent avec autant de courage que de résignation pour une cause qui semblait désespérée (2). Ce ne fut qu'en 1814, après le triomphe de la coalition , que le prince régent put se remettre en communication suivie avec Lisbonue. Son autorité y fut alors pleinement reconnue, et il se bâta d'envoyer au

(1) Victor Hugues capitula le 13 Janvier 1809. m Durant les « huit année» de la domination portugaise, il ne se passa rien de « remarquable dans la colonie. Le Code en il demeura en vigueur, m i l'exception de la mise eu séquestre d«* biens des abstenu, le

■ pars (ut traité nue assez de ménagements. « [Notices statistiques sur les colonies françaises , Paris , imprimerie royale , 2» partie, p. lui.)

(2) Voy. Hiitnria da Juratao doi Frauctsts, par J. Arureio das Ncvcs. — NsPiKR, Sur la f n«rr« dt la. PémmSUlé. Rtlalum Kittoriqut des ietmimrult qui eurent litu ru Portugal afpmu r.avaro» a* « Français jusqu'à la rtitauration , 1819.

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congrès de Vienne trois ministres plénipotentiaires qui obtinrent la restitution de la place d'Olivenza , et prirent l'engagement de rendre à la France la portion de la Guiane qui jadis avait appartenu à celte puissance jusqu'à l'Oyapock. L'Espagne ne s'étant pas hâtée de remplir cette condition qui lui était imposée par le congrès, ce fut par représailles que le prince régent fit occuper Montevideo, ainsi qu'une partie des possessions espagnoles sur la rive septentrionale de la Plata , alléguant aussi la nécessité de les garder tant que durerait la contestation entre l'Espagne et ses colonies insurgées, et aussi comme garantie de la restitution d'Olivcma (1). La cour de Madrid, malgré les nouvelles alliances de famille qui eurent lieu à cette époque, ayant voulu retenir la ville d'Olivenza contre la décision du congrès , il réclama la médiation des cours de France , d'Autriche, de Russie et d'Angleterre. Le 20 mars 1816, après la mort de la reine sa mère, le prince régent prit le titre de roi du royaume-uni de Portugal, Brésil et Algarves, avec le nom de Jean VI ; et en cette qualité il fut reconnu par toutes les puissances, qui s'empressèrent d'envoyer leurs ambassadeurs pour le complimenter. Dès lors, possesseur d'un vaste empire, il ne négligea rien pour en assurer la prospérité à l'aide de l'industrie et du commerce (2). Protecteur des sciences et des arts, il continua de les faire fleurir. Enfin, par un décret publié le 17 décembre 1815, il éleva le Brésil au rang de royaume. Toutes les puissances reconnurent ce nouveau titre, et par leurs représentants félicitèrent le prince sur la sagesse de cette mesure. Hais, par une sorte de fatalité, Jean VI devait toujours voir son gouvernement entravé par des révolutions et par des obstacles imprévus, l'eu de temps après son avènement au trône, un fait de la plus haute importance fut près d'ébranler l'empire brésilien jusque dans ses fondements. Une conspiration dont l'objet était l'établissement d'un gouvernement républicain, dirigée par un certain Martini, éclata à Fernamhouc. Au premier bruit, le chef de la police, ayant voulu faire arrêter ceux qu'il soupçonnait d'en être les auteurs, fut tué par un officier de service qui se trouvait au nombre des conjurés. Bien alors ne semblait devoir comprimer la révolte qui menaçait de s'étendre jusqu'à Bahia : mais la cour de Kio-Janeiro, instruite à temps par le gouverneur, que les insurgés avaient renvoyé à bord d'un petit caboteur , prit des mesures si vigoureuses que l'insurrection fut étouffée à sa naissance. Le roi, au moment où il reçut la nouvelle de cette révolte, assistait aux funérailles de son neveu, l'iufant dom Pedro Carlos de Bourbon. 11 conserva un calme parfait, et, dès que la cérémonie fut terminée, il

(l) Ce fut pour cela que le régent Ht venir de Portugal une division de troupes composée des régiment* qui s'étalent le plut distingués dans la guerre de la Péninsule.

|2f Voyez l'ouvrage du savant économiste Sylva Lisboa, intitulé Mémorial dot btntjfciot potilma do govtrno dit rty

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alla expédier les ordres nécessaires ; plusieurs fois dans la même journée il se transporta aux arsenaux pour hâter par sa présence les armements, et il prit encore d'autres mesures dont ses ministres n'eurent connaissance qu'après l'exécution. Il envpya même des ordres à Lisbonne, pour que la régence expédiât de son côté quelques bâtiments, afin de bloquer les insurgés. Pendant que le roi prenait ces mesures à Bio , le comte dos Arcos avait fait investir Fernambouc par terre et par mer, et tandis que l'on battait et dispersait les insurgés dans une sortie, les troupes de la marine s'emparèrent de la ville. Ainsi l'ordre fut bientôt partout rétabli. Vers le même temps, on découvrit à Lisbonne une autre conspiration dont le but, qui n'a jamais été bien connu du public, était certainement aussi le renversement des anciennes institutions monarchiques. L'autorité royale obtint le même succès dans cette occasion (1), et plusieurs chefs du complot furent arrêtés. Cependant le roi fut profondément affecté lorsqu'il apprit qu'on avait fait fusiller le général Freirc. Dans cette même année il conclut, par le ministère du marquis de Marialva, son ambassadeur à Vienne, le mariage de son fils, dom Pedro, avec l'archiduchesse Léopoidine, fille de l'empereur François II. Ce mariage se fit par procuration à Vienne, et la princesse s'embarqua sur le vaisseau de ligne portugais le Jean (//le 13 août, à Livourne, d'où elle fit voile pour Bio-Janeiro, où elle arriva le ÏJ novembre. Le roi, s'étant rendu à son bord, reçut cette princesse avec de grandes démonstrations de joie, cl depuis il ne cessa de lui donner des preuves du plus vif intérêt. De son côté, la princesse prit si bien les habitudes de la cour portugaise, que Jean VI répétait souvent : // me semble qu'elle toit née parmi nous. Les fêtes qui eurent lieu à celte occasion touchaient à peine à leur terme lorsque , le 6 février de l'année suivante (1818), Jean VI fut couronné roi à Bio- Janeiro avec tout le cérémonial usité dans les premiers âges de la monarchie. Le prince, contre l'usage ancien, avait relardé cette cérémonie de près «le deux ans, par égard pour la mémoire de sa mère qu'il honora toujours du plus profond respect (2). Tant qu'elle vécut, il se rendit deux fois par jour dans ses appartements ; et quand il la rencontrait dans ses promenades, il descendait immédiatement de sa voiture, et n'y remontait que lorsque la princesse s'était éloignée. — Pendant que cela se passait au Brésil , d'autres événements bien graves se préparaient en Portugal. L'émigration (3) de la famille royale au Brésil,

11] Voy. Jtfém. tnr la conjuration d* finirai G. Frtirt, publié à Londres en 1820, in-8». *

12) A son retour du Brésil, Jean VI At transporter dans un vaisseau de sa flotte les restes mortels de sa mère. Sur le vaisseau qui les porta IloUait l'étendard royal. Il leur At rendre les plus grands Honneurs lors de leur translation dan* l'égllae du Coeur de Jésus i Lisbonne, où est érigé un tombeau magnifique.

|3| Jean VI n'admettait jamais le mot imig ration ; il disait toujours : u/c n'ai pas tmigré; j'ai tr.insli.-rt ma cour d'une partie u de non royaume à une autre. »

cet événement sans exemple dans l'histoire, avait laisse* en Portugal les germes d'une révolution prochaine. L'école philosophique du 1 8* siècle avait Tait de nombreux prosélytes dans ce royaume. Des l'année 1808, les coryphées de cette école avaient rédigé un projet de constitution que le comte da Ega, ancien ambassadeur de Portugal à Madrid, devait présenter à Bonaparte, à Rayonne, au nom d'une députation portugaise ; mais cette école n'avait point les sympathies des masses. Cependant les événements de la guerre de l'Indépendance (1809 à 1818) donnèrent à l'armée victorieuse une grande Importance, et rendirent à la nation portugaise toute l'activité et l'énergie des temps antiques. A la même époque, les maximes des cortes de Cadix retentirent en Portugal ; mais le peuple, qui aimait réellement sor^ roi, en attendait patiemment le retour. Après la chute de Napoléon, la cour de St-James manifesta plus d'une fois le désir de voir Jean VI revenir à Lisbonne : elle envoya dans ce but à Rio- Janeiro, en 1810, l'amiral sir J. Beresford; mais le prince s'y refusa longtemps, par l'idée du bien que sa présence pouvait faire aux peuples de son nouvel empire, et aussi, il faut le dire, pour mieux se soustraire aux exigences de quelques grandes puissances de l'Europe. Quoi qu'il en soit, on ne peut se dissimuler que le mécontentement qu'éprouva la nation de se voir forcée , étant métrotropolc, d'avoir recours à une colonie pour attendre plus de six mois et quelquefois un an la décision d'affaires pressantes, n'ait été pour beaucoup dans les causes de bouleversement qui écla-r tirent plus lard. Ce ne fut cependant qu'en présence des révolutions d'Espagne et de Naples , en 18*0, que les premiers désordres se manifestèrent à Porto le 21 août. La régence sentit aussitôt le danger de sa position, et prit toutes les précautions que la prudence lui suggéra. Le maréchal Beresford , instruit de tout ce qui se passait en Espagne et en Portugal, résolut d'aller lui-même à Rio-Janeiro pour informer le roi et le solliciter d'envoyer de 1 argent et des instructions. Embarqué dans les premiers jours d'avril sur la frégate anglaise ta Spartiate, il arriva à Rio-Janeiro le 9 mai. Le roi fit partir aussitôt un vaisseau chargé d'argent pour payer la solde arriérée des troupes, et il chargea la régence de Lisbonne d'opérer dans l'administration intérieure les changements qu'elle croirait nécessaires. Mais déjà le mal avait fait de grands progrès. Dirigés par quelques officiers et par les sociétés secrètes répandues sur toute la surface de la Péninsule, les conjurés, mettant à profit l'absence du maréchal, s'étaient assemblés dans la nuit (lu 23 au 24 août chez le colonel âepulveda, fils du brave général de ce nom, qui avait rendu de grands services à la restauration (1) ; là ils préparèrent des proclama-

(1) On petit consulter tnr ce gintnl : Mémoire i%r Ui tervice, du gtntral tfcjwtet*. par F.-X. Gomn, publié en 1809.

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tions et des plans de révolte ; puis ils se réunirent à leurs quartiers, haranguèrent les troupes, et se portèrent à l'hôtel de ville, où ils convoquèrent les autorités et créèrent une junte de gouvernement composée de seize membres, qui se hâta de publier un manifeste. Dans cet acte mémorable, la junte accusait le roi de l'anéantissement du commerce, de la décadence de l'agriculture, enfin de toutes les calamités qui avaient suivi son départ (1). Bientôt plusieurs chefs militaires envoyèrent leur adhésion à la junte, qui eut îous ses ordres vingt-deux mille hommes, dont une partie marcha sur la capitale. La régence de Lisbonne, Instruite de cette insurrection, voulut en arrêter les progrès. Elle réunit immédiatement un grand conseil auquel assistèrent presque toute) les principales autorités. Elle donna l'ordre au général Victoria et au comte d'Amarante de marcher sur Porto ; mais ces généraux se virent ahondonnés de leurs propres soldats. Les gouverneurs du royaume prirent des mesures pour empêcher les communications ; ils recommandèrent par une proclamation aux Portugais la fermeté dans les principes d'obéissance au roi et à la régence, seule dépositaire de son pouvoir; mais c'est en vain qu'une nouvelle proclamation fut publiée le 1" septembre, promettant, au nom du roi, la convocation des cortès ou du congrès national, suivant l'ancienne constitution. C'est en vain qu'elle fit paraître d'autres proclamations le jour suivant, accordant une amnistie générale aux officiers, soldats et citoyens qui reviendraient à l'obéissance; c'est en vain que le 9 septembre les lettres de convocation pour les cortès furent expédiées par les gouverneurs au nom du roi, et qu'ils adressèrent à la junte de Porto une lettre qui engageait ses membres à se dépouiller d'une autorité illégitime, puisque la convocation du congrès national leur ôtait tout motif de la conserver. Les gouverneurs du royaume avertirent enfin que le roi serait supplié de revenir en Portugal, ou d'y envoyer le prince son fils aîné. Mais la révolution avait déjà acquis une grande force, et le plan de ses auteurs était bien différent de celui qu'ils avaient indiqué dans leur manifeste. Les événements se précipitèrent tellement que, le 15 septembre, le 10e régiment s'étant iosurgé à Lisbonne, la révolution s'effectua dans cette ville et la régence fut retirée à ceux qui l'exerçaient au nom du roi. La junte de Porto, réunie à celle de la capitale, dessina bientôt son caractère en décrétant que la constitution des cortès espagnole* serait immédiatement proclamée. Dès lors l'autorité du roi n'exista plus que de nom. Lorsque ce prince fut informé de ces iri-

Longue le Jeune colonel Sepulveda dont il est que«tion fui force d emlgrer, apré* la rcitauraUon de 1824 , Jeu VI lai rit une penrion dont il t Joui pendent tout le lerop» qu'il » habité Pari* , juequ'i m mort.

|l> Voy. Balbi . Suai ilatUllaue tnr le royaume de Potimçal, t. 1, p. 84 Cette pièce peut donner «a lecteur «ranger » la nation portugais une i léc de «>n amour pour Jean VI.

nements, croyant encore pouvoir arrêter l'insur- | rection, il sanctionna la convocation des cortès, et accorda une amnistie générale; mais on sait assez que ce n'est pas -par de telles concessions que les révolutions s'apaisent. Celle du Portugal lit donc encore de nouveaux progrès; et ce qu'il y eut de plus fâcheux pour Jean VI, c'est qu'elle menaça bientôt ses Etats du Brésil. A Fernainbouc, à Rallia et même à Rio-Janeiro, le peuple parut tout à coup s'agiter, et les troupes prenant part au désordre le 10 février 1821 , une nouvelle constitution fut demandée. Dans ces circonstances funestes, le roi réunit plusieurs fois son conseil sans que rien de convenable pût y être décidé. Le 24 février, il fit publier une déclaration annonçant la résolution d'envoyer le prince héréditaire dom Pedro à Lisbonne, pour y entendre les plaintes des Portugais et les rapporter au pied de son trône, afin qu'il jugeât ce qu'il convenait de faire et donnât à ses peuples du Portugal et du Brésil une constitution selon leurs besoins et leurs mœurs. Mais rien de tout cela ne put contenir l'esprit de rébellion. Jean VI s'étant rendu à la maison de campagne de St-Christophe , où il se plaisait beaucoup, le 20 février au matin , des troupes de toutes armes, conduites par des sousofiîciers sur la place du théâtre de St-Jean, s'emparèrent de toutes les avenues, et un conseil, formé des chefs de l'insurrection, se réunit dans la salle du théâtre, où bientôt ils réclamèrent impérieusement la promulgation de la constitution. Le prince royal dora Pedro, revenant de St-Christophe, lut alors aux troupes un décret dans lequel Jean VI acceptait la constitution telle qu'elle serait faite par les cortès en Portugal. Alors les insurgés se transportèrent à la maison de plaisance du roi pour le ramener, ainsi que sa famille, à son palais de Rio-Janeiro Plusieurs d'entre eux s'attelèrent à sa voiture et firent de cette marche une sorte de triomphe. Rentré dans son palais, le monarque parut au balcon, où il fut encore fort applaudi. Il renouvela ensuite son ministère et rendit plusieurs décrets dont l'un, du 7 mars, fut la nomination de neuf députés aux cortès de Lisbonne ; et dans la soirée , accompagné de toute sa famille, il se rendit au théâtre, où de nombreux applaudissements l'accueillirent. Voyant cependant à quel point sou autorité s'était affaiblie par suite des événements que nous avons rapportés; considérant aussi que, par la continuation de son séjour au Brésil, environné de nouvelles républiques, il ne pouvait arrêter les progrès d'une révolution, et pensant d'ailleurs que son retour à Lisbonne produirait sur la nation portugaise non-seulement une grande explosion • d'enthousiasme, mais encore que sa présence dans l'ancienne métropole pourrait maîtriser l'esprit démocratique; présumant, en outre, que les grandes puissances de l'Europe ne tarderaient pas à rétablir l'ancien ordre de choses, d'après les principes qui avaient dicté le traité de la

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Jean V| fit publier un décret pour annoncer sa détermination de retourner à Lisbonne. Mais cette résolution, dont la nécessité était sentie par toutes les personnes raisonnable;, excita beaucoup d'inquiétude sur les dangers auxquels le départ du roi laissait le Brésil exposé, et c'est en conséquence qu'il fut convenu, dans une assemblée d'électeurs réuuis à la Bourse? de s'opposer à ce départ et d'envoyer au prince une députation pour lui demander un gouvernement provisoire, dont son fils aîné, dom Pedro, serait le régent pendant l'absence du monarque. Mais il leur fit déclarer qu'aucun changement n'aurait lieu avant que la constitution du Portugal fût terminée. Pendant ce temps les préparatifs de départ se trouvant terminés, le monarque, avec sa famille et ses ministres, s'embarqua le 26 avril 1821 , à bord du vaisseau de ligne le Jean VI, commandé par le contre-amiral de Vianna (2). Plusieurs autres bâtiments l'accompagnaient, ayant à leur bord toute la suite du roi, composée d'environ quatre mille personnes. Il parait que dans la traversée on lui conseilla de débarquer à une des Iles de Madcra ou des Açores, d'où il adresserait à la nation portugaise une protestation contre tout ce qui avait été fait, avec l'exposé du système de gouvernement qu'il voulait adopter; mais le roi s'y refusa. La flotte arriva, le 3 juillet 4821, en vue de Lisbonne, et mouilla dans le port : des salves d'artillerie tirées des forts et des vaisseaux de la marine ruyale signalèrent sa présence. Les cortès, craignant que la popularité de Jean V{ n'amenât une contre-révolution spontanée, se déclarèrent en permanence, et donnèrent à la régence des pouvoirs illimités. Elles décidèrent, en outre, que ceux qui feraient entendre d'autres cris que ceux de rire la religion, Ut cortès. In constitution, le roi constitutionnel et ta famille, seraient considérés comme perturbateurs, et que, jusqu'à rétablissement de la constitution , le roi ne pourrait donner d'emploi à aucun étranger sans le consentement des cortès; enfin, qu'il ne pourrait destituer ni changer les commandants militaires de Lisbonne et de Porto, non plus que le surintendant de la police. Cette chambre démocratique ne se borna point à de telles mesures, elle fit intimer au roi qu'il ne serait pas permis de débarquer à quelques personnes 'de la cour, et elle envoya à bord de l'escadre une députation qui y resta en permanence. Malgré tout ce qu'il y

(I) Ce qui prouve que U pensée du rot, au moment de so» retour i Lishonne, était telle, c'est qu'il demanda au comte du Lapa . qui arrivait de St-Pétcrtbourg, où il avait r^Ué en qualité de miniitre de Portugal , et qui avait passé par Berlin , Vienac et Paria : - Est-ce qu'ili ne feront rien pour nous! « ce qui voulait dire : « Les grande* puissances n'interviendront-ellcs point pour rétablir l'ancien ordre de choses ! ■

2 Cet officier reçut le même titre que ton aïeul , le fameux dom Pcdrô* de Meneses , premier gouverneur de Ceuta , avait eu en 1416. C'est le même qui dicta la capitulation de Montevideo. Jean VI , i ton retour à Lisbonne , lui conféra le titre de marquis, et lui lit prêtent de l'étendard royal qui avait I ton vaisseau pendant le voyage, afin que le i événement te conservai dans ta famille.

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arait d'injurieux pour le monarque dans de telles mesures, il y consentit sans hésiter, et il attendit à bord jusqu'au lendemain. Après plusieurs messages et différentes explications, Jean VI et les princes débarquèrent le 4, fers midi, et se rendirent à la cathédrale, suivis de toute la cour dans des carrosses, ensuite à la salle des cortes, où le monarque' prêta serment à la constitution décrétée par elles le 0 mars. Craignant que toute tentative de ressaisir son autorité ne fût suivie d'une guerre civile, Jean VI prit son parti, et il affecta une grande sécurité au sein de cette assemblée qui Tenait de lui dicter de si humiliantes conditions. Le président prétendit néanmoins dans le discours qu'il adressa au monarque qu'à compter de ce jour son nom devait être placé à coté de ceux* d'Alphonse 1er, de Jean I" et de Jean IV, qui avaient restauré la monarchie. Le roi se borna à remettre une réponse par écrit, et sortît de la salle au bruit de nombreuses acclamations. Puis, continuant à se montrer plein de confiance comme s'il eût joui de la plénitude de son pouvoir, lors de la création de la garde nationale, il parut au théâtre de St-Charles avec l'uniforme de ce corps, et il ordonna à toute la cour d'y paraître de la même manière. Nous ne ferons pas ici l'historique des circonstances qui préparèrent la contre-révolution du mois de mai 18:23. Les f.uls qui eurent lieu depuis le retour de Jean VI jusqu'à cette époque appartiennent plus à l'histoire générale qu'à la biographie de ce prince. Ne prenant aucune part aux événements, il se tint tellement en dehors de toute influence, qu'il refusa obstinément les offres qui lui furent faites à plusieurs reprises pour le rétablissement du pouvoir royal. Voyant toutes les difficultés et les périls de pareilles tentatives, il disait quelquefois dans son intimité, quand il voyait les cortès et les ministres débordés par les circonstances et près de succomber : i C'est à ceux qui ont fait tout cela qu'il « appartient de s'en tirer. » Il en attendait le dénoùmcnt de la manifestation bien prononcée de la majorité de la nation et des événements extérieurs. Ce dénouaient ne se fit point attendre. Le 18 mai, la troupe de ligne, s'étant mise en révolte contre les cortès, vint au palais de Bemposta sous les fenêtres du roi, et s'étant réunie aux masses du peuple cria : Vit* U roi. à bat la constitution. Jean VI se montra au balcon entre les deux princesses ses filles, et on foida aux" pieds la cocarde constitutionnelle aux cris de vive le roi. Ce fut alors que, cédant au vœu populaire, ce prince se rendit à Villa-Kranca. I>ès ce moment le pouvoir démocratique fut renversé, et dans le trajet de Villa-Kranca à Lisbonne, pendant quatre grandes lieues, Jean VI se vit l'objet d'un véritable triomphe. Toute la population sur son passage poussait des cris de joie, et à son entrée à Lisbonne l'enthousiasme éclata encore davantage. Inc sorte de frénésie s'était emparée de tous k» esprits; on porta le prince en triomphe jusqu'à la

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cathédrale. Cependant , doué d'une grande pénétration, connaissant la force relative des partis politiques, et craignant que cette explosion d'enthousiasme ne produisit des vengeances, il fit tous ses efforts pour en modérer les élans; et voyant bjen que les choses ne pouvaient rester dans le même état qu'avant la révolution, il nomma une commission chargée de lui proposer un projet de constitution suivant les formes nouvelles. Apres plusieurs séances, Stokler, l'un des membres de cette commission , de concert avec plusieurs de ses collègues, fit un rapport d'après lequel non-seulement une commission n'avait pas d'autorité pour proposer le moindre changement . à l'ancienne constitution, mais encore que le roi lui-même n'avait pas le droit d'en octroyer sans le consentement des trois ordres réunis aux cortès, selon les anciens usages. Cette opinion ayant prévalu, la commission fut dissoute, et le roi promulgua , le 4 juin 1824, une loi déclarant que l'ancienne constitution du royaume était la seule légale, qu'elle demeurait en vigueur, puisqu'elle avait été sanctionnée par lui a son avènement au trône, et par les rois ses prédécesseurs ; il ordonnait enfin que les cortès composées des trois ordres du royaume fussent convoquées aussitôt que le conseil des ministres aurait terminé les travaux préparatoires. Une nouvelle commission, composée de ministres d'État, dtl grand chancelier et de quelques jurisconsultes, fut chargée de rédiger, d'après les anciens usages, les instructions relatives aux élections ; mais les craintes qui furent exprtméfs par le cabinet île Madrid, de concert avec d'autres puissances, sur le danger de pareilles réunions, décidèrent le roi à ajourner indéfiniment cette mesure. La position de Jean VI était alors (1824) extrêmement embarrassante. Le parti monarchique se divisait en exaltés et en modérés, et les révolutionnaires, quoique vaincus, étaient fort nombreux. Le roi, toujours disposé à des voies de modération, fit de vains efforts pour maintenir l'équilibre; et les affaires du Brésil vinrent ajouter aux difficultés de sa position. La perle de celle riche colonie augmenta la détresse des finances (I). Le gouvernement anglais, voulant amener une conciliation, avait obtenu du roi que son ministre à Londres fût autorisé à entrer en négociation avec les commissaires brésiliens qui se trouvaient en Angleterre. C'est alors que Jean VI. fatigué des dissentiments qui régnaient au sein de son ministère et voulant prouver qu'il ne cédait à l'influence d'aucun parti, congédia tous ses ministres à la fois. Sir Charles Stuart, envoyé britannique, étant arrivé à Lisbonne, le décida cependant à reconnaître l'indépendance du Brésil, et même sa séparation du Portugal (lettres patentes du 13 mai 18iî>). Ce royaume était, comme la plupart des

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p«ul cunmltcr Hitlory qf Bratil/rom Uu Airtvat <tf Br*ga**t Juiniiy, ly J vKn jirmctcjt , 189b, S Toi.

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États de l'Europe, grevé d'une dette considérable, encore augmentée de trois emprunts faits sous le régime des cortès. Le roi , poursuivant graduellement un système de réforme, combiné de manière à ne pas froisser trop brusquement les intérêts particuliers, lit au tarif des douanes des changements favorables au développement de l'industrie, à l'exportation des riches produits du Brésil ; et, par suite de cette mesure, des expéditions considérables forent faites. On peut encore mettre au rang des décisions administratives les plus sages qui furent alors exécutées, la créa^pn d'une junte des emprunts royaux , chargée de rechercher les moyens les plus efficaces pour l'amortissement de la dette et l'extinction du papier monnaie, enfin pour le rétablissement du crédit public ébranlé par les dernières crises. Toutefois, malgré ces opérations salutaires, le mécontentement s'accrut d'autant plus que l'on voyait le monarque approcher de sa fin. Lorsqu'il s'agit de signer le traité de la séparation du Brésil, l' impression que Jean VI éprouva fut telle qu'on le vit plongé dans la plus profonde tristesse. Il a dit souvent depuis, à ceux qui l'entouraient, qu'il ne pouvait pas se faire à l'idée qu'un tel événement se fût passé sous son règne. Néanmoins, d'après l'étiquette commandée par la politique, toute la cour fut mandée ce jour-là à Jlafra, pour une grande réception , en commémoration du renouvellement des relations avec le Brésil et du nouveau titre d'empereur dont le roi venait d'être investi; mais les serviteurs de ce prince n'osèrent se présenter devant lui en uniforme que le troisième jour et à l'heure même de la grande réception. Son chagrin était si notoire que, de plus de trois mille personnes qui se rendirent a Mafra, deux seulement le félicitèrent à cette occasion , ce qui lit dire au monarque après la cérémonie : ■ J'ai bien pensé que « ces deux hommes seraient les seuls qui m'adres- « seraient un pareil compliment. » Dès lors il ne mena plus qu'une vie languissante et il éprouva à cette époque encore d'autres chagrins que le temps n'est pas venu de révéler. Le traité de séparation était d'autant moins fait pour tranquilliser les esprits des Portugais et des Brésiliens, qu'ils n'y voyaient aucune stipulation relative à l'événement qui malheureusement semblait trop prochain, la mort du roi. Accablé de tant de chagrins, Jean VI fut atteint, le 4 mars 1826, d'une maladie que les médecins désignèrent d'abord comme des attaques nerveuses, mais qui offrait aussi des symptômes d'apoplexie et d'épilepsie. Le 5 et le 6, les accidents reparurent avec une nouvelle violence, et les médecins témoignèrent plus d'inquiétude. Le roi connut très-bien lui-même son état, et il voulut recevoir les derniers sacrements. Le même jour, il rendit un décret par lequel il confia pour la durée de sa maladie le gouvernement de l'État à la princesse Isabelle-Marie, sa fdle, qu'il affectionnait particulièrement. Cette" princesse dut être assistée d'un

conseil de régence, composé du cardinal patriarche de Lisbonne, du duc de Cadaval, du marquis de Vallada et du comte dos Arcos. A ce conseil dut être appelé successivement chacun des ministres pour les affaires de son département, et tout dut y être décidé à la majorité des voix, celle de la princesse devant être décisive en cas de partage. Pendant toute la maladie, le peuple et toutes les classes de la nation montrèrent le plus vif intérêt pour leur roi; on les vit se porter en foule auprès du palais pour s'informer de la santé du monarque, et les temples furent remplis de fidèles priant pour son rétablissement. Le 9 au soir une crise se manifesta, et le lendemain il expira à quatre heures du soir. La princesse régente ordonna aussitôt que les derniers devoirs lui fussent rendus avec la plus grande magnificence. Le corps resta exposé durant trois jours ; et le peuple vint en foule lui rendre les derniers devoirs. Il fut ensuite transporté au couvent de St-Vincent de Fora, sépulture de la maison de Bragance. Les tribunaux et les administrations furent fermés pendant huit jours, et le deuil fut porté par toute la nation pendant un an. Jean VI était doué d'une mémoire prodigieuse, il citait souvent et à propos des faits historiques, notamment ceux de l'histoire de son pays. Il se plaisait à faire des questions aux officiers de sa marine sur des points de géographie, et nous l'avons entendu plusieurs fois déployer dans ces entretiens de vastes connaissances. Il pflrlait avec une grande facilité, et sa conversation était toujours empreinte de dignité et de modération. Un écrivain étranger, l'auteur des Annales biographiques* qui est loin île lui être favorable, a été forcé d'avouer que « les personnes qui ont eu des « occasions fréquentes d'étudier le prince régent « ont été frappées de ses progrés dans les scien- « ces, et qu'elles lui ont reconnu un esprit loin « d'être aussi borné qu'on l'avait supposé très- « gratuitement. Le fait est qu'il avait acquis « beaucoup de connaissances poiiticertur l'Etat « de l'Europe, et sur les principaux personnages « qui dirigeaient les cabinets. Il était parfaitement « au courant de toutes les intrigues de ses cour- « tisans, et savait jusqu'aux* moindres détails de « leur vie privée. Dans mille circonstances, il « montra une grande justesse de raisonnement, « et une pénétration peu commune. » Nous qui l'avons approché, et qui avons entendu plusieurs hommes d'Etat qui faisaient partie de son conseil, nous pouvons assurer que son opinion était toujours la plus sage, qu'il était doué d'une profonde connaissance des hommes et des affaire», et qu'il étonnait souvent par la facilité avec laquelle il saisissait les questions les plus difficiles. Ce prince se fit aimer de tous les souverains de son temps, et il reçut d'eux des preuves multipliées d'estime et d'amitié. Ce fut le premier prince de la dynastie de Bragance auquel l'An^otcrrc envoya l'ordre de la Jarretière. L'empereur de Russie, le roi de

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France et celui de T)ai\emarck lui enrôlèrent également leurs ordres. Jean VI accueillait les étrangers avec beaucoup d'affabilité, et il les comblait de présents magnifiques. Moriers, dans son Voyage en Perte, parle ainsi du séjour que les ambassadeurs anglais et persan firent à la cour de Rio-Janeiro : « Le régent du Portugal « témoigna à LL. EE. avec une grande politesse « son désir de les recevoir pendant leur séjour « dans cette ville, et il fit préparer pour cela une • maison très-convenable. La cuisine de S. A. R., « sa cave, ses domestiques et ses équipages furent « mis à leur disposition. Ce fut le ministre de Sa « Majesté Britannique à la cour de Rio-Janeiro, « lord Slrangford, qui nous conduisit à l'audience, « et la réception nous flatta infiniment : le prince « rappela à l'ambassadeur persan que ses ancêtres « avaient été autrefois les alliés de son pays , et lui « manifesta tout le plaisir qu'il éprouvait à pouvoir, « par son canal, offrir au monarque persan le « renouvellement de l'amitié qui avait jadis existé ■ entre les deux nations. » Ce fut encore à la bienveillance de ce prince et à son désir d'encourager les sciences que le voyageur Mawe dut les secours qu'il trouva au Brésil pour ses excursions dans l'intérieur de ce continent, et ce fut par son appui qu'il publia les résultats de ses découvertes, dont le prince agréa la dédicace. Jean VI ne témoigna pas moins d'intérêt au prince Maximilien de Wied-Neuwied, savant naturaliste qui s'était rendu "au Brésil pour y faire un voyage scientifique, et qui, arrivé à Rio-Janeiro, s'associa les naturalistes Feloni et Freyreiss. Le roi flt •expédier des ordres à toutes les autorités brésiliennes de leur fournir des escortes, des bétes de somme pour le transport de leurs collections, et c'est à cette faveur que l'on doit le bel ouvrage qui en fut le résultat. C'est malgré tous ces faits qu'un détracteur a publié dans une biographie étrangère que ce prince ne protégeait pas les gens de lettres. 11 combla aussi de politesse le célèbre Stockler, lorsque ce mathématicien lui fut présenté à Rio-Janeiro, quoiqu'en 1807 if fût ailé au-devant de Junot, pour le complimenter au nom de l'Académie royale des sciences, dont il était secrétaire. Jean VI ne l'en nomma pas moins commandeur de l'ordre du Christ et gouverneur des Açores, avec le grade de lieutenant général. L'n grand nombre d'autres hommes distingués dans toutes les branches des sciences et de la littérature reçurent des marques de sa bienveillance. Ce prince ne manquait jamais d'assister avec toute sa famille aux séances publiques de l'Académie des sciences de Lisbonne ; et il y causât familièrement avec îcs différents membres sur toutes sortes de sujets. Quand il fut question de nommer des précepteurs pour ses enfants, son choix se porta sur trois hommes éminents : le géomètre îlonteiro da Bocha, professeur à l'université de Coïmbre, et dont les ouvrages ont été publiés à ParU en 1808 ; le chevalier Radema-

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ker, qui savait presque toutes les langues vivantes ; enfin le docteur R. Baymundo Noguiera, recteur du collège des nobles. Protégeant les arts avec le même zèle , ce prince fit tout ce qui fut en son pouvoir pour encourager les artistes au Brésil comme en Portugal. C'est à lui que l'on doit la construction du beau palais d'Ajuda, orné de statues, de trophées sculptés et de peintures faites par des artistes nationaux. Ce fut aussi lui qui chargea le célèbre peintre Cyrilo et d'autres de peindre les plafonds du palais de Hafra, et des tableaux d'immense dimension pour y tracer les hauts faits de l'histoire nationale. Naturellement laborieux, il se levait dès l'aube du jour, et passait plusieurs heures à lire des rapports sur les affaires du gouvernement, écrivant en marge son opinion ou sa décision. M. Torlade, qui savait presque toutes les langues de l'Europe, était chargé de lui faire des extraits de tous les journaux étrangers, ce qui ne l'empêchait pas de lire lui-même les rapports d'une foule d'agents secrets qu'il avait partout, il travaillait régulièrement avec ses ministres, et quoiqu'il leur laissât une grande latitude, il lui est souvent arrivé de briser leur existence par une décision subite. On lui a faussement reproché de l'irrésolution ; car, de même que Charles V, il n'hésitait que jusqu'au moment du péril (1). Il récompensa largement tous les militaires nationaux ou étrangers qui commandèrent l'armée portugaise dans les guerres de la Péninsule, et les personnes qui l'accompagnèrent au Brésil, et qui avaient abandonné leurs biens en Portugal. Nous savons que ces témoignages de gratitude ont été taxés de prodigalité par les détracteurs de ce prince, et que les mêmes écrivains ont blâmé les dépenses qu'il flt à Rio- Janeiro. Ces dépenses furent, il est vrai, considérables; mais il nous suffira de dire, d'après un auteur étranger très-bien informé des choses de ce pays, que la dette de la seule province de Rio- Janeiro, qui était au temps de Jean VI (1821) de douze millions, s'est élevée, après son départ jusqu'à 1831, c'est-à-dire en dix ans, à deux cents millions (i). Ce prince était fort accessible, et il donnait chaque semaine une audience à laquelle tout le monde était admis. Souvent il y accordait des secours, et il y recevait des plaintes même contre ses ministres. Il recevait aussi une fois par semaine les ambassadeurs des cours étrangères, et il causait avec chacun d'eux. Il s'était fait dans la diplomatie un grand nombre d'amis, au nombre desquels nous citerons le maréchal Lannes, dont on connaît la réponse à Napoléon, qui voulut l'envoyer une seconde fois à Lisbonne en 1805, pour y opérer le renversement de la monarchie : « Je ne veux trahir, dit ce loyal militaire, ni les « intérêts de la France, ni ceux de mon rojal

li Voyez la relation de Tir polo eltee par Uœable ouvrage intitule Uiiloirt dtt otmanlU dt la upagnolt ptndaut lté 10* (I 17» tiielts.

|2) Voy. Uillery oj VraiU 4jr Arnifg; t. 3, p. 817

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« ami » (Voy. pour le complément de cette notice les articles Abram \ s, Charlotte, Cbavcs). S — m. JEAN III, roi de Pologne. Voyez Sobieski. JEAN Ie1", roi de Suède , monta sur le trône de ce pays en 1216 ; il était fils de Sverker le jeune, et succéda à Eric. Son zèle pour la propagation du christianisme lui fit entreprendre une expédition en Esthonie. Il y eut quelques succès; mais, étant retourné lui-même en Suède, ses généraux furent défaits et son armée fut détruite. Le clergé suédois obtint de lui plusieurs prérogatives importantes. Jean mourut à l'Ile de Wisingsoe, en 1222, sans laisser d'enfants , et termina la dynastie de Sverker. C— au.

JEAN 1er en Danemarck, et II en Suède, était fils de Christian 1", de la maison d'Oldenbourg ; il était né en 1455, et commença à régner en Danemarck et en Norvège l'an 1483. Après de longues négociations avec le sénat de Suède, il fut également reconnu roi de ce pays. Il partagea le duché de Holstein , qu'il avait hérité de son père, avec Frédéric, son frère puîné. Pour soumettre la partie de ce duché habitée par les Dilhmarses, qui s'étaient rendus indépendants, il entreprit en 1500, de concert avec son frère, une expédition contre cette peuplade; mais cette expédition fut malheureuse : l'armée des deux princes fut défaite , et les princes eux-mêmes furent sur le point d'être pris. Les Dithmarses conservèrent leur indépendance et ne furent soumis que cinquante ans après, sous le règne de Frédéric IL Peu après les revers que Jean avait éprouvés en Holstein , les Suédois se soulevèrent contre lui, parce qu'il avait confié les places fortes à des Allemands et à des Danois. Sten-Sture l'ancien fut proclamé administrateur; et Jean, qui s'était rendu en Suède, se retira en Danemarck , sa femme , Christine de Saxe, se défendit dans le château de Stockholm pendant huit mois, et fit une capitulation honorable. Jean régna en Danemarck et en Norvège jusqu'en 1513, et mourut dans la ville d'Alborg en Jutland (toy. Sten- Sture l'ancien). C — AU.

JEAN III, roi de Suède , (ils de Gustave Wasa et de Marguerite Leionhuvud, naquit le 21 décembre 1537 : par le testament de son père il avait obtenu en apanage le duché de Finlande. La conduite imprudente et les égarements de son frère aîné , Éric, qui était devenu roi à la mort de Gustave, lui firent concevoir des projets ambitieux. Il ne réussit pas d'abord , et fut même enfermé dans une étroite prison avec sa femme, Catherine Jagellon , fille de Sigismond , roi de Pologne ; mais Éric ayant perdu entièrement l'estime et la confiance de la nation , Jean parvint à le détrôner, le fit prisonnier et monta sur le trône en 1508. Le luthéranisme avait été introduit en Suède par Gustave Wasa. Cédant aux sollicitations de la reine, Jean entreprit de rétablir la religion catholique. Cependant il n'osa pas d'abord prendre des mesures décisives , et il se contenta de

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publier une nouvelle liturgie, où les cérémonies de l'ancien culte se trouvaient mêlées à celles du nouveau. La cour de Rome envoya, en 1577, le jésuite Possevin à Stockholm pour négocier avec le roi , et pour le décider à rétablir formellement le culte catholique. Jean fit abjuration et promit de se conformer au désir du pape; mais le peuple exprima son mécontentement : les évéques luthériens, que le roi avait gagnés, voyant que leur condescendance les mènerait trop loin, changèrent de résolution, et protestèrent. Charles, duc de Sudermanie, se déclara contre la liturgie et contre les autres changements, et refusa de les admettre dans son duché. Jean , dont le caractère était faible et irrésolu , craignit d'aller plus loin , et renvoya même de sa cour les agents catholiques. Catherine Jagellon étant morte, il épousa en secondes noces Gunilla Biclke, d'une famille dévouée au luthéranisme; et son zèle pour l'Église romaine se refroidit entièrement. Il avait eu de sa première femme un fils nommé Sigismond. A la mort d'Etienne Battori, roi de Pologne, Jean négocia pour faire obtenir cette couronne à Sigismond , élevé par sa mère dans la . religion catholique. Ce projet réussit, et le jeune prince partit pour prendre possession du trône qu'il venait d'obtenir, et qui dans la suite lui fit perdre celui de Suède (voy. Charles IX). Jean avait terminé en 1570 la guerre avec le Danemarck , commencée sous le règne d'Éric. Il fut obligé d'en soutenir une autre contre le czar de Russie , Iwan Wassiliewitch II, qui ravageait l'Fsthonie et la Livonie : les généraux suédois obtinrent des avantages , et leurs succès amenèrent une trêve en 1583. Prévoyant les suites que pourrait avoir en Suède l'élection de son fils Sigismond en Pologne, Jean eut une entrevue avec ce prince à Revel ; il s'efforça de le faire renoncer à la couronne que les Polonais lui avaient décernée, et l'engagea à retourner dans sa patrie. Mais les sénateurs de Suède, qui se i hit nient d'étendre le pouvoir du sénat sous le règne de Sigismond, travaillèrent à rompre le projet du roi et tâchèrent en même temps de jeter des soupçons sur Charles, duc de Sudermanie, dont ils craignaient l'influence. Jean , ayant découvert leur trame, les accusa devant les états du royaume, et ils furent condamnés à la prison. Sigismond, qu'ils avaient su mettre dans leurs intérêts, et la reine, qui leur était attachée par les liens de la parenté, intercédèrent pour eux : le roi se contenta de les exiler dans leurs terres. Des soupçons sinistres n'en remplirent pas moins d'amertume le reste de ses jours. Alarmé par des visions et des songes, il tomba dans une maladie de langueur qui termina sa vie en 1591. Jean avait un extérieur noble et distingué : son esprit n'était pas sans culture ; il protégea même les sciences et les arts : mais son caractère était sans énergie et sans franchise. Des circonstances favorables l'avaient élevé sur le trône : craignant sans cesse de le perdre, il prit

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souvent des mesures peu généreuses; l'histoire doit surtout lui reprocher sa conduite envers Éric, qu'il fit empoisonner, après lui avoir fait éprouver les traitements les plus durs , et dont il persécuta les descendants. G— au.

JEAN , roi de Hongrie. Voyez Zapoly.

JEAN D'AUTRICHE (Don). Voyez Juan.

JEAN DE FRANCE, duc de Berri. Voyez. Bf.riu.

JEAN SANS -PEUR , duc de Bourgogne, fils aîné du duc Philippe le Hardi et de Marguerite de Flandre, naquit à Dijon, le 28 mai 1371 ; il fut appelé comte de Nevers du vivant de son père, qui l'envoya, âgé de vingt-cinq ans, au secours deSigismond , roi de Hongrie. Fait prisonnier par les Turcs le 28 septembre 1306 à la bataille de ÎNicopolis, ce jeune prince parut avec tant d'assurance devant le sultan Bajazet, que c'est de là que lui vint le surnom de Sans-peur. Bajazet ne lui rendit la liberté, ainsi qu'à vingt-cinq autres seigneurs français prisonniers, que moyennant deux cent mille ducats d'or. Jean Sans-peur était dans la trente-troisième année de son âge lorsqu'il succéda au duc Philippe le Hardi son père, et hérita de toute sa haine contre le duc d'Orléans. L'année suivante il marcha contre les Anglais qui assiégeaient l'Ecluse; il les mit en fuite; et reprit Graveliues. N'ayant pu obtenir l'autorisation de les chasser de Calais, il vint à la cour de Charles VI, pour réclamer la conduite des opérations de la campagne. Le duc d'Orléans et la reine Isabeau de Bavière étaient alors les maîtres du gouvernement. L'opposition connue du duc de Bourgogne aux vues de la cour lui avait donné une telle popularité parmi les Parisiens mécontents, que son entrée dans la capitale eut l'air d'un triomphe. Les deux ducs- armaient déjà l'un contre l'autre ; mais, par l'entremise de leurs oncles, ils firent une paix simulée, et congédièrent leurs troupes. Jean se fit donner le gouvernement de la Picardie , et partagea l'autorité avec le duc d'Orléans. Possesseur de vastes domaines, il venait d'augmenter le nombre de ses alliances avec la branche régnante, en faisant épouser sa fille Jacqueline au second fils du roi. H jouissait dans le conseil d'une considération qu'il s'était attirée par sa conduite; car non-seulement il avait du courage, mais ses mœurs étaient pures et réglées : on vantait son désintéressement, et il n'avait point encore démenti sa réputation de générosité, de franchise et de droiture. Mais son adversaire était puissant, audacieux, et son animosité contre ce prince n'était d'ailleurs qu'assoupie : elle se réveilla en 1407. En vain y eut-il une nouvelle réconciliation ; elle ne fut encore qu'apparente. Les deux ducs venaient de communier à la même messe et de dîner ensemble , lorsque le 23 novembre, à huit heures du soir, dix-huit assassins, apostés dans la rue Barbette, massacrèrent le duc d'Orléans. On remarqua que le dernier coup lui fut porté par un homme qui était sorti inopinément d'une maison voisine, armé d'une massu«,

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la téte enveloppée de son chaperon ; et le bruit courut que c'était le duc de Bourgogne. Après le convoi, où ce prince porta lui-même un des coins du drap mortuaire, affectant la plus grande affliction , il assista au conseil qui se tint au sujet de cet événement , avoua lui-même son crime et prit aussitôt la fuite. Si l'on en croit l'auteur de la grande chronique belgique, deux raisons déterminèrent le duc de Bourgogne à cet attentat. 11 voulait prévenir le duc d'Orléans, lui-même qui méditait de le tuer, et venger en même temps l'outrage que le duc s'était vanté de lui avoir fait dans la personne de sa femme. 'Jean lève des troupes, s'approche de Paris, où les habitants le reçoivent avec des transports de joie , et fait faire publiquement l'apologie de son crime par le docteur Jean Petit, cordelier. Le conseil, plus intimidé que persuadé, conclut en faveur du duc de Bourgogne ; et le roi lui accorde des lettres d'abolition portant défense de l'inquiéter à ce sujet, lui et ses descendants. La retraite des princes et île la reine le laisse maître de Paris, et il devient l'arbitre du royaume. Cela ne lui fit cependant pas négliger l'administration de ses Etats héréditaires. Par une ordonnance datée de Gand, le 14 juillet 1108, il transporta de Dole à Besançon le parlement du comté de Bourgogne. Il alla, cette même année, au secours de Jean de Bavière, évêque de Liège, son beau-frère, assiégé dans Maastricht par les Liégeois; il les défit le 23 septembre dans une bataille où ils perdirent plus de vingt-quatre mille hommes : dès le lendemain ils lui envoyèrent des députés pour offrir leur soumission et lui demander pardon. Pendant que le duc était occupé contre las Liégeois, la duchesse d'Orléans le faisait déclarer ennemi de l'Etat ; mais la nouvelle de la victoire qu'il venait de remporter fit oublier le jugement rendu contre lui. La cour, bien loin de le poursuivre , se relire à Tours. Le duc se rend à Paris, où il apprend ce qui s'était fait contre lui : il envoie le comte de Uainaut, son beau-frère, à Tours, pour négocier la paix; et le 28 novembre, Louis de Bavière et Jean de Montargis lui signifièrent que la volonté du roi était qu'il confessât d'avoir mal fait en faisant assassiner le duc d'Orléans, qu'il en demandât pardon au jeune duc d'Orléans, et qu'il s'abstint pendant plusieurs années de venir à la cour. Il refusa tout; mais la duchesse d'Orléans étant morte à Blois quelques jours après, la paix fut plus aisée à faire entre les maisons d'Orléans et de Bourgogne; elle fut signée le 7 mars 1400, dans l'église cathédrale de Chartres. Le roi pardonna au duc de Bourgogne : le duc d'Orléans et le comte de Vertus, son frère, acquiescèrent au pardon, avec serment de ne jamais rien faire de contraire. On confia bientôt après au duc de Bourgogne la garde et le gouvernement du Dauphin, depuis Charles VIL Le duc ayant appris que l'évêque de Parti et l'université, à la poursuite du célèbre docteur Gerson, qui en était chancelier

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(roy. Geksox), avaient condamné la doctrine avancée pour justifier l'assassinat du duc d'Orléans, en appelle au | pape, et eiiToie Nicolas Sarrasin pour notifier son appel aux villes de Flaudre.Cet appel est reçu à Rome, et la sentence de l'évéque de Paris y est cassée et annulée. L'évéque offensé en appela au concile de Constance, où .l'affaire fut discutée avec beaucoup de chaleur de part et d'autre; mais le crédit du duc de Bourgogne, qui envoya jusqu'à trois ambassadeurs à ce concile , empêcha que la détestable doctrine de Jean Petit ne reçût toute la flétrissure qu'elle méritait. Les princes s'élant de nouveau ligués contre le duc , il fit des préparatifs de guerre , entra dans Paris, comprima la faction orléanaise , et s'empara d'Étampes et de Dourdan. II fit convoquer les états généraux et souleva les Parisiens contre le Dauphin qui s'opposait à ses vues. Ses tentatives pour s'emparer de la personne du roi ayant échoué, il se sauva encore de Paris.et se retira en Flandre: la cour rejeta même les offres qu'il fit de défendre l'État contre les Anglais. Ce prince était cependant sensible aux malheurs de la France : il se rendit à Calais après la bataille d'Azincourt , afin de conférer avec le roi d'Angleterre et l'amener à conclure la paix. Henri Vlui fit les offres les plus flatteuses, pour le détacher des intérêts de la France ; mais la fidélité du duc ne put être ébranlée : c'est ce qu'assure du moins, contre les historiens anglais et plusieurs Français modernes, «loin Plancher, historien de la Bourgogne. Il établit en preuve que les traités publiés comme ayant été conclus entre le roi d'Angleterre et le duc Jean n'étaient que de simples projets apportés par Henri V à l'entrevue de Calais , projets qui ne furent point adoptés par le duc de Bourgogne. Les preuves de la fidélité de ce prince envers la France paraissent en effet irrécusables. Toutefois rien ne put réprimer son ambition; et voulant se rendre maître du gouvernement , attendu l'incapacité du roi et la grande jeunesse du Dauphin, il publia des manifestes pour la réforme de l'Etat, reparut avec une armée aux environs de ln capitale, prit Montlhéri, fit le siège de Corbeil, et vit la plupart des villes du royaume se déclarer en sa faveur. La reine, alors reléguée à Tours, implore son apppui : le duc délivre cette princesse, qui reprend son ascendant sur la personne du roi, et fait déférer le gouvernement à son libérateur. Le duc de Bourgogne veut tout soumettre à son autorité. Le connétable d'Armagnac , chef du parti contraire, s'y oppose. La faction du duc massacre en un jour dans Paris le connétable, les archevêques de Reims et de Tours, cinq évêques, l'abbé de St-Dcnis, et quarante magistrats (1). La reine

(I) Le dimanche 11 Juin 1418, depuis mhiuft jusqu'à ei lundi i midi , (ut commit ce grand massacre , oa criait tout haut : T*ez, tues ce» cAten* Irattrei Arminat. Le peuple se porta en foule aux prisons ; celle» qu'on ne put forcer furent incendiée* , et le» malheureux détenu» brûlés Tit». On compta deux mille cinq cent dix-huit mort» , parmi Icsqud» étaient le connétable d'Armagnac, l'évéque de CouUuce», fli» du chancelier, deux président» du par-

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et le duc de Bourgogne font à Paris une entrée

triomphante au milieu du carnage; le Dauphin fuit.au delà de la Loire, et Henri V se rend maître de la Normandie : tous les partis négocient à la fois avec le'monarque anglais, et de tous côtés la fourberie est égale. L'année suivante on ouvrit des conférences pour la réunion des esprits. Le duc de Bourgogne parut agir de bonne foi et vouloir se rapprocher du Dauphin, gouverné alors par Taneguy Duchâtcl ; on signa même un traité où il était question de réunir toutes les forces de l'État pour repousser les Anglais. Les deux princes conviennent de venir conférer sur le pont de Montereau , pour aplanir toutes les difficultés. Le Dauphin se trouve le jour marqué au rendezvous ; mais le duc reste à Bral-sur-Seine , ne pouvant se résoudre à s'avancer jusqu'à Montereau. On le presse ; on lui dépêche courrier sur courrier. Taneguy, favori du Dauphin, vint lui-même deux fois pour le déterminer, mais en vain : un secret pressentiment arrêtait encore ce malheureux prince. Taneguy gagne la dame de Giac, maîtresse du duc, et Jossequin son favori; des députés de Paris se joignent à ceux du Dauphin : vaincu alors par tant d'instances, le duc de Bourgogne arrive , le 10 septembre 1419 , sur le pont fatal , accompagné de dix chevaliers : il aborde et salue respectueusement le Dauphin , et presque aussitôt il est assassiné sous les yeux de ce prince. On ignore le nom de celui qui lui porta le premier coup : Taneguy Duchâtel le renversa d'un second coup avec sa hache d'armes; et un troisième l'acheva en lui enfonçant son épée depuis le bas-ventre jusqu'à la gorge. « Ainsi, dit Vol- « taire , le meurtre du duc d'Orléans est vengé « par un autre meurtre, d'autant plus odieux, « que l'assassinat était joint à la violation de la foi « publique. » Telle fut la fin de Jean Sans-peur, dans la 49" année de son âge et la seizième de son règne. Le Dauphin se saisit de ses équipages et d'une partie de ses richesses , qu'il distribua aux assassins. Le corps du due fut d'abord enterré à Montereau , puis exhumé l'année suivante, et porté aux chartreux de Dijon, où l'on a vu jusqu'à 1792 son mausolée , ouvrage de l'Aragonais Jean de la Huerta. Dans le temps de ses démêlés avec le duc d'Orléans, il avait pris pour devise un rabot qu'on voit encore gravé sur son mausolée, pour l'opposer au bâton noueux qui'était' la devise de son adversaire. Il eut de Marguerite de Bavière , son épouse, un fils qui lui succéda sous le nom de Philippe te Bon. B — p.

JEAN I", dit le Roux, duc de Bretagne, était fils d'Alix, unique héritière de ce duché, et de Pierre de Dreux, surnommé Mauclerc, parce qu'il avait renoncé à l'état ecclésiastique pour embrasser la profession des armes. Il naquit en «17, et, à sa majorité , fut mis en possession des États qui hii

lement , etc. On déposa Guillaume Cyracse , prérut des marefcftnda.etl-oiiéUblitàaaplace.lreîîoÉlMarchajit. M-T.

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appartenaient du chef de sa mère. Il reçut aussitôt les hommages des évéques et des barons; mais il refusa de prêter le serment accoutume' de conserver les libertés de l'Église. Ce refus annonçait son projet de travailler à re'duire l'autorité des prélats; aussi, dès qu'il voulut toucher à leurs privilèges, il fut excommunié et contraint, malgré sa fierté , d'aller à Rome pour se faire absoudre. Il exigea, à son tour, des barons, la même promesse qu'il avait faite au pape; et il ne put vaincre leur résistance qu'en leur faisant la guerre. Il entra dans la seconde croisade entreprise par St-Louis; mais il revint la même année, sans s'être signalé par aucun exploit. Il mourut en 1284, et fut inhumé dans l'abbaye de Prières, dont il était le fondateur. Il avait épousé Blanche , fille unique de Thibaud, comte de Champagne. — Jean II, son fils aîné, épousa, à l'âge de vingt ans (1259), Béatrix, fille de Henri III, roi d'Angleterre, et obtint, quelque temps après, en considération de ce mariage , la restitution du comté de Richemont, terre dont il porta le titre jusqu'à la mort de son père. 11 chercha d'abord à ménager les Anglais; mais il ne tarda pas à renoncer à une alliance contraire a ses véritables intérêts, et devint l'ami le plus fidèle de Philippe le Bel, qui récompensa ses services par le titre de pair de France. Voulant faire cesser les différents qui subsistaient toujours entre les barons et le clergé, il alla trouver, en 1301, à Lyon, le pape Clément V, nouvellement élu , et fut présent à la cérémonie de son sacre. Mais, au retour de la cérémonie, une muraille chargée de spectateurs s'écroula, et le duc Jean fut enseveli sous ses ruines. Il mourut, quatre jours après, de ses blessures. Son corps fut transporté à Ploèrmcl, et inhumé dans l'église des carmes. C'était, dit l'abbé Des Fontaines (Histoire des ducs de Bretagne, 1. l"), un des princes de son temps qui avaient le plus d'honneur, d'équité et de droiture. — Jean III, dit le Bon, son petitfils, succéda, en 1512, à Artur II, son père. Ce prince eut de tristes démêlés avec Yolande, sa belle-mère. N'ayant point d'enfant, il maria sa nièce Jeanne à Charles de Blois , qu'il institua son héritier, au préjudice de Jean de Montfort, son frère du second lit. Celte disposition fut la source de longues guerres, qu'il avait prévues, et que, malheureusement, toutes ses précautions ne purent empêcher. LUiisloire nous apprend que Jean fut cité au parlement de Paris pour avoir frappé de la monnaie de billon au coin du roi de France, et que, malgré les protestations contre la compétence du tribunal , il fut condamné à une ameude. Il mourut à Caen, à son retour d'un voyage en Flandre, le 30 avril 1341 , et fut inhumé à Ploërmel , dans le tombeau de ses ancêtres. Sa douceur et son équité le rendirent cher à ses peuples, qui le regrettèrent longtemps. W — s.

JFAN IV, duc de Bretagne, plus connu sous le nom de Jean de Montfort. était né en 1293. Dès qu'il eut appris la mort de son frère, il se rendit à

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Nantes; et sur l'assurance qu'il donna que Jean 111, revenu de ses injustes préventions a son égard , l'avait déclaré son successeur, l'évêque et les habitants lui prêtèrent serment de fidélité. Il courut ensuite à Limoges s'emparer des trésors laissés par le dernier duc, et revint à Nantes, où il avait convoqué les états. Il y trouva tous les esprits divisés. Une partie des barons penchait pour Charles de Blois, son rival, moins peut-être par affection que par crainte de la France. L'argent qu'il avait apporté lui servit à en gagner quelques-uns; il en séduisit d'autres par ses promesses : les états se déclarèrent en sa faveur, et cet exemple fut suivi p3i* plusieurs villes. Jean de Montfort s'occupa aussitôt de réduire celles qui refusaient encore de reconnaître son autorité : il s'empara de Brest, et vint assiéger Rennes, dont les habitants se défendirent avec opiniâtreté : devenu maître de cette ville importante, il prit les attributs de la souveraineté, et établit des officiers pour rendre la justice en son nom et administrer les deniers publics. La plupart des autres places du duché ne tardèrent pas à être soumises. Alors Jean passa en Angleterre, et fit hommage de ses Etals au roi Edouard, dont il avait intérêt de se ménager la protection contre la France. De retour à Nantes, il fut cité à comparaître devant la cour des pairs, pour y justifier de ses droits sur la Bretagne : il obéit, et se rendit sur-lechamp à Paris, suivi de quatre cents gentilshommes. Le roi Philippe le reçut avec bonté; mais, prévoyant bien que la décision des pairs ne lui serait pas favorable, Jean revint secrètement en 'Bretagne, pour se disposer à une guerre inévitable. Les pairs prononcèrent effectivement que la Bretagne appartenait à Charles de Blois; et aussitôt une armée, sous le commandement du duc de Normandie, vint mettre le siège devant Nantes, où Jean de Montfort s'était retiré. Voulant épargner à cette ville les horreurs d'un assaut, il se rendit prisonnier au duc de Normandie, qui le fit conduire à Paris, où il fut enfermé dans la tour * du Louvre. Cependant Jeanne de Flandre, épouse «le Montfort, princesse d'une valeur héroïque, continua la guerre, aidée des Anglais, et parvint, avec des forces inférieures, à balancer les succès de Charles de Blois. Jean, après cinq ans, s'échappa de sa prison, déguisé sous les habits d'un marchand, et arriva en Angleterre, d'où il revint bientôt, avec des secours, mettre le siège devant Quimper. Cette tentative n'ayant pas réussi, il se retira dans son château d'IIennebon, et y mourut quelques semaines après, le 26 septembre 1343, épuisé de fatigues et de chagrins. W — s.

JEAN V (1), duc de Bretagne, surnommé le Vaillant et le Conquérant, n'avait que trois ans lorsque Jean de Montfort, son père, fut enfermé dans la tour du Louvre. 11 fut envoyé par sa mère

|1) Le* hiotorlent qui ne comptent point son rire parmi le* duc* d« Bn-Ugnc le nomment Jeu IV.

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en Angleterre, et élevé à la cour d'Edouard III, qui se déclara son tuteur. Le traité de Brctigny suspendit, en 1360, les troubles qui désolaient la Bretagne depuis tant d'années. Le jeune comte de Montfort el Charles de Blois devaient s'en rapporter au jugement des rois de France et d'Angleterre pour la décision de leur querelle. Les deux prétendants parurent devant les commissaires qu'on leur avait donnés; mais ni l'un ni l'autre ne voulut consentir au partage de la Bretagne. Jean retourna en Angleterre avec Edouard, dont il avait épousé la fille ; mais il ne put déterminer son beau-père à l'aider dans ses projets de recommencer la guerre : il chercha donc des alliés parmi ses barons « et, avec leur secours, il eut bientôt une armée plus forte que celle de son rival. La lrève jurée n'empêchant point les partis d'agir, il vint attaquer Charles de Blois, occupé au siège de Bécherel : mais Charles lui ayant fait observer que le lieu n'était point commode pour y livrer une bataille, il consentit à se retirer dans les landes d'Évran. Au moment d'engager l'action, quelques prélats prévinrent l'effusion du sang, en faisant signer aux deux princes un traité de partage de la Bretagne : la comtesse de Penthièvre , épouse de Charles de Blois, en arrêta l'exécution ; et la guerre recommença bientôt avec une nouvelle fureur : elle fut décidée par la bataille d'Aurai, livrée le 29 septembre 1304. Charles de Blois y périt de la main d'un officier anglais, et sa mort rendit Jean de Montfort maître de toute la Bretagne. Ce fut en vain que la comtesse de Penthièvre essaya de relever son parti. La crainte que Jean ne se déclarât le vassal du roi d'Angleterre , engagea Charles V à le reconnaître duc de Bretagne; et le traité de Guérande (1305) termina toutes les difficultés qui subsistaient encore entre le nouveau duc et la veuve de Charles de Blois (votf. Charles de Btois). Jean était- attaché à Edouard par les liens du sang el de la reconnaissance ; il consentit à stipuler avec lui un traité par lequel ils s'obligeaient mutuellement à se secourir, en cas de guerre. Cet aUcord, quoique secret, ne tarda pas d'être connu de Charles V , qui punit la perfidie de son vassal en faisant entrer une armée en Bretagne. Jean se réfugia en Angleterre, et revint l'année suivante (1373) ravager la Picardie, pour tenter d'opérer une diversion. Cette conduite acheva d'irriter Charles V ; il fit citer Jean à la cour des pairs pour félonie, et prouonça la confiscation de la Bretagne et sa réunion à la couronne. Les gentilshommes bretons se liguèrent pour empêcher l'exécution de l'arrêt; et Jean, rappelé par ses sujets, eut bientôt reconquis ses États. Mais si les Bretons avaient vu avec peine leur réunion à la France, ils n'en étaient pas moins très-éloignés de partager l'affection du duc Jean pour les Anglais. Ce fut la raison qui détermina ce prince à se réconcilier sincèrement avec le roi de France. En gagnant l'amitié de Charles VI, il perdit celle de Bichard II, qui punit son incon-

stanct eu retenant son épouse, alors en Angleterre, et en cherchant à favoriser les espérances des fils de Charles de Blois. Jean, instruit par l'exemple du passé, n'en resta' pas moins attaché à la cause de la France : il obtint cependant que son épouse lui serait renvoyée; mais le comté de Bichemont et le port de Brest demeurèrent aux Anglais. Il prit part à la guerre que le comte de Flandre eut à soutenir, en 1383, contre Bichard, et ménagea habilement, entre la France et l'Angleterre, une trêve dont les deux États avaient un égal besoin. Quelque temps après, Olivier de Clisson ayant offert sa fille en mariage à Jean de Blois, le duc de Bretagne vit dans cette union le projet du connétable de troubler ses États, et sentit se ranimer toute sa haine contre lui : il l'attira, sous un prétexte, dans son château de l'Hermine, et , l'ayant fait charger de fers, le plongea dans un cachot, délibérant de le faire périr. Il consentit cependant à lui rendre la liberté, sous la condition de payer une forte rançon , et de lui remettre les châteaux qu'il possédait en Bretagne. Ce traité, arraché par la violence, fut annulé par le roi, qui obligea le duc à restituer ce qu'il avait reçu du connétable, et à bien vivre avec lui. Mais la paix ne dura que peu de temps ; et, malgré l'entremise du roi , de fréquents combats, des guerres sans résultat, ensanglantèrent plusieurs années la Bretagne. Enfin le duc, avançant en âge , sentit le besoin de rendre la tranquillité à ses sujets, et il se réconcilia avec Clisson. Il ne s'occupa plus dès lors que du soin d'assurer à ses enfants la possession de ses États par des alliances avantageuses. Il mourut à Nantes, la nuit du 1er au 2 novembre 1399, et fut inhumé dans le chœur de la cathédrale de cette ville, où l'on voyait encore son tombeau il y a quelques années. C'était un prince politique et guerrier; mais ses grandes qualités étaient ternies par sa hauteur, sa cruauté et sa mauvaise foi. Après la seconde conquête de la Bretagne, il institua l'ordre de l'Hermine, pour récompenser ceux de ses sujets qui lui avaient donné des preuves de fidélité. La décoration de cet ordre se composait de deux colliers auxquels pendait une double couronne, avec la devise : A ma vie. Jean V avait été marié deux fois; la première, avec Marie, fille du roi d'Angleterre : il épousa ensuite Jeanne , fille du prince de Galles, dont il eut plusieurs enfants, entre autres Jean VI, son successeur. UHutoire de Jean V, écrite en vers par Guillaume de Saint-André, scolastique de Dol et son secrétaire, a été publiée par D. Lobineau, dans le tome 2 de son Histoire de la Bretagne. W — s.

JEAN VI, duc de Bretagne, n'avait que dix ans lorsque son père mourut , après avoir arrêté son mariage avec Jeanne de France, fille de Charles VI. Le duc d'Orléans, connétable du royaume, réclama en cette qualité la garde du jeune prince ; mais les barons ne voulurent le remettre qu'au duc de Bourgogne, chargé de sa tutelle. Jean,

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déclaré majeur à quinze ans, se hâta de revenir dans ses États, et remporta d'abord quelques . avantages sur les Anglais , qui faisaient de fréquentes incursions sur les côtes de Bretagne. Il entra dans la ligue des Armagnacs; mais, ne voulant pas s'exposer au ressentiment du duc de Bourgogne, il fit avec lui un traité secret. Dans ces temps malheureux, la dissimulation et la perfidie étaient des moyens avoue's par la politique. Le iluc de Bourgogne traite avec Jean et fournit des troupes au comte de Penthièvre pour s'emparer de la Bretagne. Jean appelle à son secours les Anglais ; mais les représentations de son épouse l'empêchèrent de s'allier aux ennemis de la France. Il accéda ensuite à la ligue si mal nommée du Lien public, et , voulant en même temps ménager le duc de Bourgogne, renouvela avec lui son traité d'alliance. Il vit sans s'y opposer Henri V usurper les droits de l'héritier légitime de la couronne ; mais le Dauphin s'en vengea en ranimant l'espoir des Penthièvre, toujours disposés à reproduire leurs prétentions sur la Bretagne. Le duc Jean, attiré dans un piège par le comte de Penthièvre (1419), fut enfermé à Cbantoceaux et transféré, pendant cinq années, de prison en prison; mais ses barons levèrent une armée et le délivrèrent. Il récompensa magnifiquement tous les gentilshommes qui s'étaient déclarés en sa faveur, et acquitta scrupuleusement les vœux outrés que la peur lui avait arrachés dans sa prison. Il fut dédommagé de ses sacrifices par la réunion à ses domaines de tous les biens possédés par la maison de Penthièvre. Feignant ensuite d'oublier la part que le Dauphin avait prise aux troubles de la Bretagne, il prit l'engagement de l'aider à chasser les Anglais du royaume; néanmoins, il renouvela, en 1423, au duc de Bcdfort, régeut de France pour Henri VI, la promesse de fournir des secours aux Anglais. L'avéncinent de Charles VU à la couronne ébranla encore une fois ses résolutions. Il résolut d'attaquer les Anglais dans la basse Normandie; mais, ayant essuyé quelques revers, la crainte d'une invasion dans la Bretagne le détermina à en faire hommage au roi d'Angleterre. U trouva cependant le moyen d'éluder la promesse qu'il avait faite au duc de Bedfort, et il resta tranquille spectateur des cflbrts de Charles VU pour délivrer la France de ses ennemis. Le duc Jean mourut en 1443, au château de la Touche, près de Nantes; sou corps fut transporté à Tréguicr, d'après sou ordre, et inhumé dans la cathédrale de cette ville. C'était un prince faible et peu courageux; mais sa piété , sa douceur et son affabilité le fireut aimer de ses sujets. François, comte de Monlfort, son fils aîné, lui succéda. W — s.

JEAN 11, Dauphin du Viennois, était fils de Humbcrt 1", de la Tour, et d'Anne, héritière du Dauphiné par la mort prématurée de son frère. Il naquit vers 1279, et fut envoyé fort jeune à la cour de France, l'école de la politesse et de la galanterie. U accompagna Philippe le Bel dans

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son expédition contre les Flamands, et eut l'avantage de se distinguer aux yeux d'un roi digne appréciateur du courage. Dès qu'il eut atteint sa majorité , son père l'associa au gouvernement de ses États, ou plutôt aux soins de ses peuples, et il lui succéda en 1307. Il s'appliqua à faire le bonheur de ses sujets, diminua les impôts, supprima les taxes qui favorisaient l'arbitraire, et ordonna la restitution de toutes les sommes perçues injustement. Des barons, des seigneurs, touchés de sa modération , lui offrirent de le reconnaître pour suzerain , et il agrandit ainsi ses État/ par des conquêtes qui n'avaient point coûté de sang et qui lui méritèrent de nouvelles bénédictions. Les mesures qu'il avait prises pour s'opposer à toute invasion déterminèrent le comte de Sqvoie à lui demander la paix : elle fut signée en 131 i, et suivie immédiatement d'un traité d'alliance pour protéger la Bourgogne , alors privée de son souverain. L'équité du Dauphin était si bien connue que des princes étrangers le choi • sirent souvent pour arbitre de leurs différends, et presque toujours il eut le plaisir de les amener à une réconciliation. Cet excellent prince ne vécut pas assez longtemps pour la félicité de ses sujets: une fièvre lente le mit au tombeau en 1318, à l'Age de 38 ans. Il avait eu de son mariage avec Béatrix de Hongrie un fils qui lui succéda sous le nom de Cuigues MIL W — s.

JFAN, duc de Lorraine, était encore au berceau lorsque le duc Raoul, son père, fut tué à la fatale journée de.Crécy, en 1346. L'administration de ses États fut partagée entre Marie de Blois, sa mère, et le comte de Wurtemberg, désigné son tuteur. Pendant sa minorité, le régent eut à soutenir contre ses voisins des guerres continuelles, qui n'eurent d'autres résultats que l'appauvrissement de ses sujets. Le duc Jean épousa, en 1360, Sophie, fille du comte de Wurtemberg. Il entra peu après dans la croisade pour la délivrance de la Palestine; mais, au moment du départ, il préféra porter des secours aux chevaliers tcutoniques, attaqués par les Lithuaniens. Les ravages que les aventuriers connus sous le nom de Bretons commettaient en Lorraine l'obligèrent à y revenir; aidé de l'empereur Charles IV, il parvint à les chasser, les poursuivit jusque dans le Luxembourg et remporta sur eux plusieurs avantages. U conduisit ensuite des troupes à Charles de Blois pour l'aider à reconquérir la Bretagne sur Jean de Itontfort; mais il fut fait prisonnier à la bataille d'Aurai. Il se ligua en 1365 avec ses voisins pour arrêter les incursions que le comte de Vaudemont faisait dans ses États, et pour en expulser les bandes étrangères qui les désolaient. Jamais la Lorraine n'avait été aussi malheureuse : les traités les plus solennels étaient enfreints aussitôt que signés; on ne voyait que des villes pillées pendant la paix , des châteaux détruits et des paysans battus et rançonnés. Les princes autorisaient tous les désordres par

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leur exemple, et ne pouvaient plus les empêcher quand ces mêmes désordres leur devenaient préjudiciables. Aux horreurs de la guerre se joignirent bientôt la famine et la peste. L'excès de leurs souffrances fit soulever les habitants de Neufchâteau : ils profitèrent d'une des fre'quentes absences du duc Jean pour prendre les armes et demander leur réunion à la France. A cette nouvelle, Jean se hâta de revenir en Lorraine : sa présence suffit pour dissiper les mutins ; mais leur soumission ne le toucha point, et il les châtia rigoureusement. Il retourna aussitôt après en Flandre, et il se disposait à suivre le duc d'Anjou dans le royaume de Naples , .lorsqu'il fut empoisonne, dit-on, par son secrétaire (1) : après avoir langui quelques années, il mourut à Paris en 1390. C'était sans doute un prince brave, qualité fort commune dans tous les temps; mais il n'avait aucune des vertus d'un souverain. Il ne fit rien pour le bonheur de ses peuples et mérita d'en être haï; moins dévot que superstitieux, il persécuta les juifs pour avoir un prétexte de les dépouiller, et fit brûler impitoyablement avec leurs livres des hérétiques connus sous le nom de turlupins ou frères des pauvres. Son fils aîné, Charles II, lui succéda. W— s.

JEAN Ier, prince de Salcrne, régna de 981 à 983. Il était fils de Mansone, duc d'Amalfi, et occupa seulement deux ans la principauté de Salerne, après Pandolfe II , sur qui Mansone l'avait conquise : il en fut chassé par le peuple en 983. — Jeax II, fils de Lambert, qu'on croit de la famille des ducs de Spolètc, lui succéda par le vœu du peuple; mais, quoique la principauté de Salerne fut, pendant les siècles de ténèbres, le seul asile des arts et des sciences en Italie , il n'est resté aucun monument du règne de Jean IL De son temps, l'église de Salerne fut érigée en archevêché par le pape Benoit VIL Jean II mourut en 994. Son fils Cuaimar III lut succéda. S. S — r.

JEAN. Voyez Akmagmac et Brabant.

JEAN, abbé de Verceil. Voyet Gallus.

JEAN, moine de Harmoutiers, né vers la fin du II* siècle, vécut sous les règnes de Louis le Gros et de Louis le Jeune. Il est auteur d'une Histoire de Geoffroy le Bel (voy. ce nom), duc de Normandie, comte de Touraine, d'Anjou et du Maine, que l'on trouve à la fin de l'édition de Grégoire de Tours donnée par Laurent Bochel, et dont voici le titre : Joannis monachi Majoris Monasterii, qui rege Ludovico Juniore vixit, historia Gauffredi, ducis Normannorum et comitis Andegavorum, Turonorum et Cœnomannorum, libri duo, etc., Paris, Nicolas Dufossé, 1610, in-8°. D'après plusieurs passages de cette histoire qui se trouvent répétés mot pour mot dans les Gestes des comtes d'Anjou, il est évident que ce moine est aussi l'auteur de cet autre ouvrage et de l'Histoire de la construction du château dAmboise. D'ailleurs, dans son prologue de YHis-

)1) Le» haMUnl» de Neufchàteau furent accusé» d'avoir contenu ce crime, et punis par de» »upplicc» et d'énorme» amende» (voy. CHARLM II).

toire de Geoffroy, qui est une sorte de dédicace à Guillaume, évéque du Mans, Jean s'annonce comme ayant déjà écrit ou recueilli plusieurs autres histoires: Et cum multorum aliorum princi/ntm historias colligerimus, circà hune affectuosius immoramur. — Ces derniers mots peuvent expliquer la différence de style qui se remarque entre Y Histoire de Geoffroy et celles des comtes d'Anjou et de la construction du château d'Amboise. Si celui de la première est plus élevé, il faut en attribuer la cause au sujet : c'est une espèce de panégyrique ; les deux autres, au contraire, ne sont que de simples narrations; elles ont été insérées par dom Lue d'Achéry dans son Spicilège, 1. 10 de l'édition in-4", sous ces titres : Gesta consulum Andegavensium et Ambasiensium , autore monacho benedictino Majoris Monasterii, ad Henricum Angliar regem. — Liber de compositione castri Ambasiœ et ipsius dominorum gestis. — Une traduction en a été donnée par l'abbé de Marolles, mais elle n'est ni élégante ni fidèle. C'est encore au même religieux que l'on doit attribuer la première partie du manuscrit anonyme catalogué à la biblothèque de Paris sous ce titre : Canonici Turonensis Sancti Martini chronicon Turonente refectis prioribus . dans YAmplissima Collectio de Marlène et Durand, t. 5, p. 917 (voy. Marteme). Cette chronique, qui commence à la naissance de Jésus-Christ, ne finit qu'à l'an 1227, d'où l'on doit inférer qu'elle a été continuée par un chanoine du célèbre chapitre de St-Martin • de Tours, chapitre qui existait et florissait à une époque bien plus reculée. Enfin on est porté à croire qu'il fut l'auteur de l'ouvrage intitulé Tractalus de commendatione Turonica provinciœ, etc. ,qui se trouve également dans l'édition de Grégoire de Tours de Laurent Bochel. L'éditeur a judicieusement remarqué que ce traité commence de la même manière que YHistoire de Geoffroy le Bel. ce qui indique que ces deux ouvrages sont dus à la même plume; toutefois, le traité De commendatione a évidemment eu un continuateur qui l'a prolongé jusqu'en 1 426. L — s — d.

JEAN, historien polonais, vivait en Silésie sous le règne de Casimir le Grand, dans le 14" siècle. 11 a écrit une chronique de Pologne , que Sommersberg a publiée dans le premier volume de sa collection. L'auteur y prend le nom de Jean, sans ajouter d'autre caractère pour se faire connattre, et il termine ainsi son ouvrage : « La chronique « des Lecchites a été achevée par les mains de Jean, « l'an du seigneur 1359, le samedi avant le di- « manche Cantate Domino. » —C'est aussi pendant ce siècle qu'a été écrite la Chronique (anonyme) des princes de Pologne avec leurs actions. Somme rsber g l'a publiée immédiatement après celle de Jean; elle l'emporte sur cette dernière par l'intérêt des détails et la manière dont ils sont présentés. G-^v.

JEAN, archidiacre de Gnesne, a écrit, dans le 14« siècle, une" histoire de Pologne sous le titre t Brevior chronka Cracovia , Leipsick , 1730 (Col-

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lection de Soromersherg, t. 2, in-fol.). Nous ne connaissons ni sa famille , ni l'histoire «le sa jeunesse ; nous ne le voyons paraître dans l'histoire que vers les dernières années du roi Casimir le Grand, qui, après l'avoir nommé vice-chancelier du royaume, lui accorda toute sa confiance. Après la mort de ce prince, Jean vécut jusqu'au commencement du 13* siècle, éloigné des affaires, jouissant de la considération de ses concitoyens, et ne s'occupant que de l'ouvrage historique qu'il méditait. Plus sage que. ceux qui l'avaient précédé, il ne s'est point attaché aux fables par lesquelles les anciens annalistes polonais ont défiguré les premières pages de leur histoire. Son travail, pour les temps antérieurs à Casimir, ne parait point achevé : ce sont des matériaux qu'il se proposait sans doute de mettre en ordre. 11 nous a conservé des détails intéressants sur les dernières années de Casimir, qu'il ne quitta point pendant la longue maladie dont ce prince mourut. Le travail de notre auteur est surtout précieux quand il arrive au règne de Louis de Hongrie, quand il parle des troubles qui agitèrent la Pologne sous ce prince, et depuis sa mort jusqu'après le couronnement de Wladislas Jagellon. 11 expose les faits arrivés de son temps avec une candeur et une naïveté qui lui gagnent la confiance de ceux qui le lisent. Il termine en 1399 son ouvrage, un des plus importants pour l'histoire de Pologne pendant le 1 i« siècle. En parlant des courtisans qui entouraient la reine Elisabeth, il raconte la mort de Kurnick, éveque de Posen, qui était aussi connu par le dérèglement de ses mœurs que par la manière avec laquelle il était parvenu au plus haut degré de faveur. « Ce pré- « lat infâme, dit-il, mourut à la suite de ses dé- <• bauches : » Sicut duobus tnembris, ajoute-t-ii, UUcita inverecunde perpetrabat, ita in eitdem fuit usque ad mortem tniserabiliter ultione divina punitus. Nam partim Inclus fornicatorum ae prarripue dejlorationtt virginum non vitabat ; ideo tnorbo cantri fuit t, ictus, in lingua, in gutture ulcerationes fuit passui. in lantum quod ante mortem vix logui aut potum deglutire potuit, nec os claudere poterat ; post mortem aperto ore permansit ; lotus quoque .ejus dextrum per scissuras penitus dicitur fuisse ruptum. Patiebatur, dit-il plus bas du même évêque, ante duos annos mortis sua- dira, morbum cancri, in genitalibus et virga ; ob hoc tamen contubernium virginum non vitabat. nec prohibitiones medicorum adterubat. Ce passage nous a paru mériter une attention particulière ; il prouve, ce semble, qu'une maladie honteuse, dont notre auteur indique clairement les caractères, aurait déjà été connue en Europe en 1581, qui est l'année en laquelle mourut l'évéque Kurnick, et par conséquent plus d'un siècle avant la découverte de l'Amérique. G— v. JEAN-CHRYSOSTOME (le Père). Voyez Berxieres-

LOCVIGÏIT.

JEAN d'AKKAS était secrétaire du duc de Berry, frère de Charles V, roi de France. Ce prince lui

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commanda, en 1387, d'écrire le roman de lîélusine pour amuser sa sœur, la duchesse de Bar. Les discours et les actions de cette célèbre fée avaient été recueillis depuis longtemps, et déposés dans les archives du château de Lusignan. Jean d'Arras puisa dans celte source pour former son corps d'histoire, et il ajouta beaucoup de son propre fonds. L'ouvrage fut imprimé en 1500, à Paris, in-fol., et à Lyon , Husz , in-4° ; revu et mis en meilleur ordre, Paris, 1584, in-4". Il l'a été depuis, plusieurs fois, dans un style moins gaulois. Nodot entreprit de le rajeunir encore, Paris, 1648, 1700, 2 vol. in-12. Les additions qu'il y lit sont assez mauvaises. L'édition originale du roman de Mélusine est extrêmement rare. Les familles illustres qui ont la prétention de descendre de Mélusine, et qui la portent en cimier sur leurs écus&ons, trouvent dans l'ouvrage de Jean d'Arras l'origine romanesque de leurs maisons. T — d.

JEAN de CAPOUE, traducteur du 15e siècle, sur lequel on n'a que peu de renseignements, était né à Capoue, de parents juifs : ayant embrassé le christianisme, il reçut au baptême le nom de Jean , qu'il joignit à celui de sa patrie, suivant l'usage des savants de son temps. Ce fut entre les années 1262 et 1278, qu'il traduisit de l'hébreu, du rabbin Joël, en latin, un ouvrage connu dans tout l'Orient sous le titre de Calilak et Dimnnk, composé originairement dans l'Inde, traduit en pehlvi, ou apporté en Perse en original par Barzouyeh, sous le règne de Nouschiréwan, et traduit en arabe par Abdallah-ibn-AImokafla, mort l'an 139 de l'hégire , ou 757 de J.-C. [eoy. Ibn-Alhokaffa). C'est une espèce de roman moral et politique. Deux chacals, animaux auxquels les Indiens attribuent la même finesse que les Européens aux renards, en sont les principaux personnages, et y exposent, sous le voile de l'allégorie , les préceptes des sages et les maximes du gouvernement. C'est au fond le même ouvrage que YHitopadésa, copie ou imitation du Pantcha tantra. et plus connu dans l'Occident SOUS le nom de Fables de Pitpay ou plutôt Bidpaï. La traduction de Jean de Capoue est intitulée Directorium humanœ rito , alias parabola antiquorum sapientum. Il en existe une édition in-4°, goth., ornée de quantité de figures en bois : elle est sans date ni indication de ville et d'imprimeur; mais M. Laserna Santander la rapporte à l'an 1480 environ. C'est sur cette traduction qu'a été faite la version espagnole (Esemplario contro los engaîlos y t>eligros del mundo), Rurgos, 1 198, in-fol. l'oyez la Notice sur un manuscrit hébreu de cet ouvrage, donnée en 1813 par M. Silvestre de Sacy , dans les Notices et Extraits, ix, i, 400 , et le curieux article inséré par M. de Chézy dans le Journal des savantt (mai 1817), sur l'édition arabe de CaliLth et Dimna , ou Fables de Bidpaï, avec un Mémoire sur C origine de ce livre, et Us diverses traductions qui en ont été faites dans

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[Orient, publiée également par de Sacy, 1816, in— 4° W %

JEAN de SAINT-FRANÇOIS. Voyet Goulu.

JEAN oie SL VILLE (ou de Luna), juif converti, a rendu service à la littérature par des traductions d'ouvrages arabes. Ce personnage , dont les travaux ne sont guère plus connus que la vie, se nommait, avant sa conversion, Aven-Dreath. On peut le placer vers le milieu du 12* siècle. Raimond, archevêque de Tolède, frappé des progrès que la philosophie d'Aristote faisait parmi les Arabes ses voisins, et même parmi les chrétiens, entreprit de faire passer dans la langue latine les monuments arabes dans lesquels on étudiait cette philosophie pour la combattre. Il se forma près de sa personne une espèce de comité de traducteurs, dont Ican et l'archidiacre Dominique Gondisalvi étaient les principaux collaborateurs. Il parait que Jean mettait les textes arabes en langue castillane, et que l'archidiacre les faisait ensuite passer dans la langue latine. C'est ainsi que les écoles d'Occident reçurent les écrits philosophiques d'Avicenne, d'Algazel , d'Alfarabius, de quelques autres philosophes arabes , et probablement aussi le livre De causis et le Font vitœ d'Avicenne. Le manuscrit d'une traduction de l'astronomie d'Alfergan, faite par Jean, nous donne l'époque où il écrivait. Nous croyons que c'est à tort que l'on a donné à ce traducteur W surnom patronymique d'Hispalensis. Dans les plus anciens manuscrits il est nommé tantôt Hispanienrit, tantôt Hispanus, très-rarement Hispalensis , et comme deux manuscrits lui donnent le surnom de Lunensis, c'est-à-dire natif de Luna, nous croyons qu'//wpaknsis aura été mis pour Hitpamensis, mot tout à fait barbare. Nous n'indiquerons point ici les autres traductions de Jean de Luna, parce que cette liste n'offre aucun intérêt. J — n.

JEAN de TROYES, greffier de l'hôtel de ville de Paris, dans le 15* siècle, passe pour l'auteur de l'histoire du roi Louis XI , connue sous le titre de la Chronique scandaleuse. Le savant abbé Lebeuf a prouvé que cet ouvrage n'êst qu'une copie tirée presque mot pour mot des Grandet chroniques de St-Denis. ou du second volume des Chroniques Mariiniénes. Le copiste n'a même pas cherché à s'attribuer le mérite de ce travail, puisqu'il déclare dans un avertissement au lecteur : « qu'il n'a pas été ordonné pour écrire des « chroniques ; que cela ne lui appartient pas ni « ne lui est permis. » Les additions répandues dans le corps de l'ouvrage sont peu importantes ; mais comme elles révèlent quelques intrigues du roi avec des femmes de moyenne condition, il est probable que c'est ce qui aura engagé les libraires à donner à l'ouvrage un titre qui leur en promettait le débit. La Chronique de Louis XI a été imprimée dès la fin du 15* siècle, in-fol., et ensuite vers 1529, même format : ce n'est que dans l'édition de Paris, Galliot-Dupré, 1558, in-8°, qu'elle est devenue la Chronique scandaleuse. Elle

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a été réimprimée depuis, augmentée d'une table des matières, 1611 , in-8», et 1620, in-4°. Denis Godefroy l'a insérée dans son Supplément aux Mémoires de Comine», Bruxelles, 1713, in-8°, et l'abbé Lenglet-Dufresnoy, dans le second volume de son édition du même historien. On trouve quelques remarques étymologiques ou grammaticales sur cet ouvrage dans le Ducatiana, t. 2, p. 419 et suiv. Quant à Jean de Troyes, les particularités de sa vie sont entièrement inconnues. Fontette (Bibl. hist. de France, t. 2, p. 198) soupçonne qu'il était attaché à la maison de la princesse Jeanne, sœur de Louis XI, parce qu'en rapportant la mort de cette princesse sous l'année 1482, il la nomme sa très-redoutie Dame. (Pour ce qui concerne les Chroniques Martiniènes , toy. Sébast. IIamerot). W — s.

JEAN de VICENCE (Frère), religieux dominicain, . est célèbre pour avoir prêché . la paix en Italie au 13* siècle. A une époque où l'Italie entière était bouleversée par la fureur des partis, où chaque ville était divisée dans son sein, et en guerre avec toutes les villes voisines , frère Jean de Vicence entreprit, comme par une mission çéleste , de prêcher la paix et le pardon des injures. 11 commença ses prédications à Bologne, en 1233 , et à mesure que ses auditeurs se convertissaient, entraînés par sa sublime éloquence, et plus encore ' par sa ferveur, on les voyait déposer leurs anciennes rancunes, et jurer aux pieds du prédicateur leur réconciliation avec leurs rivaux. Le frère Jean prêcha ensuite à Padoue , à Trévise, à Feltre et a Bcllune ; partout il eut les mêmes succès. Vingt peuples ennemis se rassemblèrent enfin à sa voix dans la plaine de raquera, à trois milles de Vérone ; ils s'y rendirent conduits par leurs évéques et leurs magistrats: quatre cent mille personnes assistèrent à la prédication de frère Jean , et la paix presque universelle de la Lombardie fut le résultat de cette assemblée extraordinaire. Mais le frère Jean fut chargé ensuite par plusieurs républiques, auxquelles il avait rendu la paix, de réformer aussi leurs lois , et cette seconde tâche, dont il se chargea pour Vicence et pour Vérone, se trouva excéder sa capacité. Investi d'un pouvoir suprême, son zèle religieux fit place à l'ambition ; l'homme de paix alluma partout des bûchers pour faire brûler les hérétiques : il écouta dans sa conduite des inimitiés privées , et il rendit son joug insupportable aux peuples qui s'étaient fiés à lui. Vicence et Vérone secouèrent presque en même temps son autorité, et frère Jean fut obligé de se réfugier à Bojogne, après avoir perdu en peu de mois la réputation brillante que ses prédications lui avaient faite. On revit le même frère Jean, vingt-trois ans plus tard, à la tête des troupes bolonaises, dans la croisade contre le tyran Eccelino ; mais il n'y fit rien qui fût digne de son ancienne renommée. — Le frère Jean ne doit pas être confondu avec un autre dominicain, de Bologne, Jean-A*wu,

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missionnaire en Arménie, et préfet île l'Église de i < Mis, qui rirait au commencement du 14* siècle, et qui est cité comme l'un des traducteurs de la Bible «lu latin en arménien. S. S— i.

JEAN DIACRE, Napolitain, virait en 903. Il est auteur d'une Chronique des étéques de Naplet, qui ra jusqu'en 872, et a été imprimée dans l'ouvrage de Muratori, Saiptores rerum UaUcarum. On a encore du même auteur : 1° Vita Joannis epiteopi nea poli tant, dans les -ht a tanriorum du mois d'avril ; cet évéque mourut en 853. 2° ilartyrium S. Procopii ejusque sociomm , imprimé dans les Vita tanriorum ticulorum d'Octave Cajelan ; dans la Bibliotkeca historica Sicilim de Carusio, et encore dans le Thésaurus teriptorum Unliœ de Muratori 3° Historia translationis reliquiarum S. Seterini Noricorum apottoli, dans la collection des Bollandistes, mois de janvier; 4° hlartyrium XL sanrtorum Sebastenorum sub Licinio . flans le même recueil, mois de mars : Jean Diacre n'est que le traducteur de cet opuscule, écrit en grec par Evodius. A. B— t.

JEAN ITALUS, né, dans le 12* siècle, d'une famille originaire d'Italie, professait avec éclat la philosophie à Constantinople. Anne Comnène a parlé de lui fort au long dans son Alexiade ; et le portrait qu'elle en a fait est tracé arec agrément et d'une manière assez piquante. Elle nous apprend qu'Italus était un sophiste arrogant et vain , qui , venu à Constantinople on ne sait trop comment, y reçut des leçons de différents maîtres, et, entre autres, du célèbre Michel Pscllus. Mais orgueilleux au point de se croire habile avant d'avoir appris, il secoua bientôt le joug de l'école, et signala^son entrée dans la carrière philosophique par de mauvais procédés envers Psellus, dont il se déclara l'adrersaire. Italus, à force de grands mots, de forfanterie et de charlatanisme, réussit et dans le public et à la cour, L'empereur luimême fut tellement séduit qu'il le chargea d'une mission importante. L'indigne Italus abusa de sa confiance et trahit les intérêts de l'État. Son crime ayant été découvert, il eut l'adresse d'échapper aux poursuites, et, bientôt après, l'adresse plus grande encore de conraincre l'empereur de son repentir, et de se faire rappeler à Constantinople, où sa faveur fut plus brillante qu'auparavant. Vers cette époque, il succéda à Psellus dans l'office A'hypatus, ou de philosophe en chef, et de là vient, pour l'observer en passant, qu'il est souvent appelé Jean tlypatut; ce qui n'est pas un nom, mais un titre. Pour se montrer digne de ses hautes fonctions, il s'appliqua à commenter les livres d'Aristote, de Platon, de Porphyre, «le Jamblique et de Proclus. Il parait qu'il ne manquait réellement pas d'une sorte de talent pour la dialectique. Il n'avait d'ailleurs presque point de lettres. Son style, dépourvu d'art et d'élégance, obscur, entortillé, hérissé de formes scolastiques , n'était même pas toujours exempt de fautes graves contre la grammaire. C'était au reste

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un redoutable argumentateur. Il savait enfermer son adversaire dans un labyrinthe de subtilités, le troubler, le confondre, au point que toute résistance était à peu près impossible : homme d'ailleurs emporté et violent, qui disputait des mains autant que de la voix , et qui , pour rendre ses raisonnements plus sensibles, saisissait brusquement ses adversaires par la barbe et par les cheveux. Il cul beaucoup de disciples; mais gens de petit mérite, ayant à la bouche de belles phrases, et dans le fond ne sachant pas grand'chose. Leur» principes n'étaient pas non plus très-orthodoxes; ils avaient puisé dans les leçons et les écrits de leur maître des idées erronées sur l'âme et sur le culte des images. Le scandale fut même poussé si loin , que l'empereur Alexis fit informer contre Italus; et ses livres furent publiquement analhématisés. Cette sévérité lui fut profitable, et il se montra par la suite plus sage et plus réservé. Nous avons encore en manuscrit quelques-uns de ses ouvrages; ils roulent presque tous sur des sujets philosophiques, et particulièrement sur le péripatétisme. M. Hase en a donné une liste exacte et raisonnée dans le tome 9 des Notices des manuscrits. B — ss.

JEAN LE MILANAIS ou de Mediolano, vivait dans le 11* siècle. Il n'est connu que par un livre de médej^ne, en mauvais vers latins, qu'il composa, sumnt l'opinion générale , au nom des médecins du collège de Salerne, qui le présentèrent, en 1100, à Robert, duc de Normandie, lorsque ce prince passa par cette ville en venant de la terre sainte. L'ouvrage contenait douze cent trente, neuf vers léonins, dont il ne reste plus que trois cent soixante-treize, qu'Arnaud de Villeneuve a publiés le premier. Ce livre, tantôt intitulé MedicinaSalertina, tantôt Regimen sanitatis Salernilana, tantôt Flot medicina, est répandu aujourd'hui sous le nom d'École de Salerne, ville qui obtint autrefois le surnom ù'Urbs Hi/>pocratica, comme consacrée à l'élude d'Ilippocrate. Cet écrit, dont il existe beaucoup d'éditions avec de volumineux commentaires et diverses traductions, estune espèce d'hygiène à l'usage des gens du monde, et contient quelques observations fausses, parmi un grand nombre de vraies. Plusieurs de ces vers sont passés en proverbe. Le médecin L. Martin l'a travesti en vers burlesques, Paris, 1633, in-40* 1634; in-12, et sans date, aussi in-12 (1). B. L. M. (Bruzen de la Martinière) l'a paraphrasé en vers français, Amsterdam, 1743, in-12; réimprimé à Paris, 1753, in-12; augmenté d'un Traité sur la conservation de la beauté des dames, Paris, 1739, petit in-8°; 1766, 1777, in-12; Paris, 1826, in-18. Les meilleures notes sur l'École de Salerne sont celle de René Moreau, Paris, 1625, in-8°. Le docteur anglais Akerman en a publié une nouvelle

|t| L'Épltre dtfdicatolre de ce» trait «diUont et* la même , H adrv»»ee au célèbre PaUn; mai» dan» chaque édiUon «lie porto pour toute .(«nature le* Initiale» de» libraire» I J. H. (Jean Dr nault); O. Q. (Gabriel (juinct) ; a. K. Antoine Buffle).

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édition latine à Londres, en 1792, précédée d'une notice intéressante sur le collège de médecine anciennement établi à Salerne. Le docteur Andry, de la faculté de Paris, a soutenu, dans le Journal des savants de novembre 1724, que V Ecole de Salerne avait été composée par Tusa et Rebecca Guerna , deux dames célèbres par leur savoir, et qui se sont autrefois signalées à Salerne par d'autres écrits. Cependant la plupart des critiques attribuent l'ouvrage en question à Jean le Milanais; et quelques-uns le donnent à Arnaud de Villeneuve : mais cette dernière opinion ne peut s'accorder avec le temps de la publication de ce recueil poétique et médicinal. I>— v— l.

JEAN, peintre, né en Italie, vraisemblablement entre les années 960 et 970, obtint une telle réputation dans son pays, qu'il mérita de fixer les regards du jeune empereur Otbon III. Ce prince, qui avait établi sa demeure à Aix-la-Chapelle, voulant faire orner de peintures un oratoire de son palais, qui n'avait point encore été peint ( cum anlea nondum eo in loeo picturœ ullœ haberentur), l'appela auprès de lui, et le chargea de cet ouvrage, qui valut à l'artiste des éloges universels. Othon, étant parti pour Rome, le nomma, pour le récompenser, à un évêché vacant dans une ville d'Italie que les historiens n'indiquent point. Le duc de la province du cet évêché se trouvait situé ne lui permit pas d'en prendre possession. Jean revint alors en Allemagne, et demeura quelque temps à ta cour d'ûthon. 11 se rendit ensuite à Liège , soit avec la permission , soit par l'ordre de l'empereur, qui le recommanda à l'évêque Notker, et il orna de peintures les murs du cloître de la cathédrale de cette ville. Notker et Othon étant morts, Jean persuada à Baldric, successeur de Notker, de bâtir une église et un monastère en l'honneur de l'apôtre St-André. Il parait qu'il dirigea la construction de cet édifice comme architecte. Il s'établit ensuite au couvent avec les bénédictins qu'on y appela d'une maison voisine , et il y mourut dans

un âge avancé. Les peintures qu'il exécuta au palais d'Aix-la-Chapelle subsistaient encore, quoique endommagées par le temps, en 1612, lorsque Gilles Boucher publiait ses recherches historiques sur les premiers évêques de Liège et de Tongres. Au-dessous d'un des tableaux, on lisait ce vers :

A patrl» nido râpait me tertio» Otto ;

et sous un autre, celui-ci :

Cl arc t aquia sano tua qua volcat manu* arte.

Son épitaphe, conservée par le même écrivain, renfermait ces deux vers, qui n'expriment pas moins vivement l'admiration que ses ouvrages d'Aix-la-Chapelle avaient inspirée :

Qua probat arte manu s , dat aquis , dat cerner* planum Picta domus Karoli , rara »ub axe poli.

On remarquera sans doute ces mots, picta domus, de même que ceux-ci, cum antea nondum eo in loco picturœ ulla haberentur : ils contribuent à prouver l'usage pratiqué presque généralement au temps de Charlemage, ainsi que dans le 10e siècle, de couvrir de peintures les murs intérieurs des églises, dans tout leur pourtour. Cet usage, dont nous avons donné d'autres exemples (voy. Gouehart.Cmdo da Siena, Hccdes, etc.), subsistait toujours, quoiqu'il fût moins général, non-seulement en Italie, mais encore en Allemagne et en France, à l'époque de la renaissance de l'art, c'est-à-dire lors du retour du bon goût. Les éloges exagérés accordés au peintre Jean, comme à plusieurs autres peintres et sculpteurs du même temps, ne prouvent pas sans doute que les ouvrages de cet artiste renfermassent de véritables beautés; mais ils attestent la haute opinion qu'on s'en était faite, et surtout l'honneur qu'on attachait à les posséder, trait assez important de l'histoire du 10» et du H« siècle. E— c D— d.

JEAN. Voyez Avila , Eyck , Gaddesden , Gaza , Giovasni , Giscala , Leyde , Mehcn , Salisbury , Second.

JEAN BON SAINT-ANDRÉ. Voyez Saint-André.

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