‹ Biographie universelle ancienne et moderneChapitre 67 sur 106 · ION · texte numérisé non relu

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offerta in Roma alT em. sign. tard, délia sacra Congreg. de propaganda fide. qu'il fit imprimer in-8°, à Home, dans l'imprimerie de F. Tizzoni, en 1671 selon le P. Sotwel, ou en 1674 selon Won Pinelo (p. 123). On connaît encore de lui un Testimonium de cultu tinensi . écrit en latin, daté de 1668, et imprimé à Lyon en 1700, in-8°, avec d'autres pièces du même genre. On apprend par l'avis au lecteur de ce dernier ouvrage que ce respectable missionnaire avait terminé sa laborieuse carrière le 3 octobre 1696. Sotwel ajoute que le P. Intorcetta avait iaissé à (tome le manuscrit d'une paraphrase complète de tous les livres de Gonfucius. - A. R— t.

INVËGES (Augustin), savant historien, né en 1595 à Sciacca, en Sicile, embrassa l'état ecclésiastique et entra chez les jésuites, où il professa quelque temps la philosophie ; mais sentant qu'il • ne pouvait concilier ses devoirs avec son goût pour les recherches historiques, il demanda sa sécularisation et commença à suivre son plan de travail avec une ardeur infatigable. Il eut le bonheur de trouver dans la riche bibliothèque de Fr. Schiafani , prêtre de Palerme , de nombreux matériaux pour l'histoire de la Sicile, et, voulant connaître tout ce qui existait sur ce sujet, il se mit à fouiller toutes les bibliothèques et les archives du royaume, dont il tira une foule de pièces curieuses. La rédaction de ses ouvrages occupa le reste d'une vie qu'il n'honorait pas moins par ses vertus que par ses talents, et il mourut à Palerme en 1677, à 82 ans. On a de lui : 1° Annali délia città di Palermo, oeero Palermo antico, sacro e jiobile, Palerme, 1640-51, 3 vol. in-fol., fig. Cette histoire est très-estimée, mais les exemplaires en sont rares, même en Italie. Burmann a inséré la Palermo antico dans ses Tkesaur. antiquit. Sic il., t. 10. 2° La Cartkagine Siciliana divisa in due libri, Palerme, 1650, 1661, in-4«, rare. C'est une histoire fort curieuse de la ville de Carcamo. Le troisième livre , resté en manuscrit , a été publié par le père Amati , jésuite, ibid., 1708. Burmann a inséré cet ouvrage dans son T/iesaurus antiquit. llaliœ, t. 10. 3° Ad annales skulos prmliminaris apparatus, Palerme, 1700, in-4°. Cet ouvrage, publié avec une préface et des notes par le P. Michel deGiudice, est une introduction aux Annales de Sicile (4 vol. in-fol.) encore inédites. 4» Historia sacra paradisi terrestris et S. S. Innocentiat status, Palerme, 1651, in-4°. On peut consulter, sur cet estimable écrivain, Mongitore, Btbl. secula. et les Mémoires du P. Niceron, t. H. W — s.

ION, tragique grec, fut contemporain de Sophocle et d'Euripide. A dater delà deuxième année de la 82e olympiade, c'est-à-dire de l'an 451, il s'illustra au théâtre d'Athènes par des tragédies sur le nombre desquelles on varie (Suidas, 'Itov, 'Ayato*, 'AyâOwv; Ciiutou, Fasl. Hellenic, p. 51). .Nous apprenons d'Athénée que ce poêle était de Cbio (Deipn. 1). Suidas (eoy. ' Aforivaloç) rapporte que , après un de ses succès dramatiques, Ion ût distribuer à tous

les Athéniens des vases de son tle natale. Nous savons par lui-même, grâce aux extraits qu'Athénée (Deipn. 13 cf. Valer. Max., IV, m,i) nous a transmis d'un des ouvrages en prose d'Ion , celui peut-être auquel Plutarque emprunte quelques détails [dm. IX, xvi, Pend. V, xxyih), que notre poè*te y soupa arec Sophocle, qui, en raison de son mérite littéraire, avait été élu général des Athéniens lors de leur expédition contre Saraos. nous devons à Ion de nous avoir montré le collègue de Périclès et l'auteur d'Aitiigotu, alors âgé de cinquante-cinq ans, se mêlant i des scènes plus que familières, où ce divin génie, fort ami de la joie, comme l'historien de ce souper, s'humanisait sans trop de retenue (Vit. Sophocl.; Arg. Antigon.; Strab. XIV; cf. Clinton, p. 80). On a les titres et quelques fragments de douze tragédies de Ion ; c'est Bentley qui les a recueillis {Efriti. ad Jot. Util). Aux yeux de Longin (SubHm. XXVII), les ouvrages de ce porte ne valaient pas, à eux tous, avec les grâces discrètes, l'élégance, l'agrément que leur reconnaît ce critique, le seul OEdipe roi de Sophocle. Le sublime quelquefois inégal de celui-ci était bien au-dessus de la médiocrité soutenue d'Ion. Voir H. Patin, Éludes ntr Ut tragiques grées, 1. 1 , p. 87. Ion avait écrit aussi des élégies et des chants lyriques, puis un ouvrage en prose qui renfermait de curieux détails sur la vie publique et privée de plusieurs personnages du temps. C — i. — t.

IOUSOUF. Voyez. Yousour.

lOUZAF-ABOU'L-IIAXEX, roi maure de Grenade, était frère de Méhémet-Ralbe,qui, au moment de sa mort, dépécha un officier au fort de Salobrena pour tuer son frère louzaf , de peur que le parti de ce prince n'empêchât son fils de lui succéder. L'alcade.'trouva le prince jouant aux échecs avec un alfaqui ou prêtre; louzaf lui demanda deux heures de délai, mais elles lui furent refusées; enfin l'officier lui permit, quoique avec grande répugnance, de finir sa partie. Avant qu'elle fût terminée, il arriva un nouveau messager qui apporta la nouvelle de la mort de Méhémet et de l'élection unanime de louzaf à la couronne, en 1408. Depuis le moment que louzaf monta sur le trône, on ne le vit jamais donner le moindre signe de ressentiment contre les grands qui avaient favorisé son frère, en le dépouillant du droit qu'il tenait de sa naissance et en le privant de sa liberté : au contraire, il accorda de grands honneurs et des grâces à plusieurs d'entre eux, et leur donna des emplois de confiance dans différents genres. Quelquesuns de ceux qui étaient de son parti blâmèrent sa douceur et tâchèrent de le porter à détruire plusieurs de ces nobles; mais louzaf leur fit toujours cette sage réponse : « Voudriez-vous que par ma « cruauté je leur fournisse une juste excuse pour « avoir préféré mon frère à moi? » Il éleva les fils de Mehémet dans son palais et les traita à tous égards comme ses propres enfants. La soumission la plus humiliante et ses efforts redoublés ne

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purent, pendant longtemps, lui procurer la paix avec les chrétiens. Le régent de Castille, don Ferdinand, était absolument résolu de chasser d'Espagne la race entière des Sarrasins. Mais Ferdinand, ayant été élu rot d'Aragon et se trouvant assez occupé par les affaires de son nouveau royaume , abandonna toutes ses pensées de conquêtes sur les Maures et écouta enfin les propositions du roi de Grenade. On convint d'abord d'une trêve, et la paix fut ensuite conclue, ce qui donna à louzaf la faculté de réparer ses pertes. Il passa la fin de ses jours dans la tranquillité , et l'employa uniquement à gagner l'affection de son peuple par une administration douce et équitable. S— v.

IPHICRATE, général athénien d'une naissance obscure, s'éleva, par sa prudence et ses vertus militaires, aux plus grands emplois, et mérita par ses actions, souvent dirigées avec plus d'art que de bonheur , la réputation d'un des plus habiles capitaines de la Grèce. Son père était cordonnier; mais h Athènes les talents tenaient lieu de noblesse et le mérite seul faisait les grands hommes. 11 s'enrôla de bonne heure dans les troupes athéniennes, et, s'étant signalé dans un combat naval, il ne tarda pas à passer du rang de simple soldat aux charges les plus importantes de l'armée. Ainsi, dès l'âge de vingt ans, nous le voyons fixer les regards et réunir les suffrages de ses concitoyens , et marcher arec Conon contre Agésilas, qui menaçait la liberté d'Athènes. Déjà , quelque temps auparavant , il avait été mis à la tête des troupes envoyées chez les Th races afin d'y rétablir sur le trône Seuthès, dépouillé par une faction rivale. Vers l'an 303 avant l'ère chrétienne, lorsque Athènes, enrichie des dépouilles de la Grèce, relevait, par les soins de Conon et les secours des Thraces, ses murs abattus et commençait à reprendre sa première splendeur, les Lacédémoniens, jaloux de voir la rivale de Sparte renaître de ses ruines, engagèrent quelques actions assez peu importantes par leurs résultats , mais qui ne servirent pas peu à augmenter la gloire d'Iphicrate, envoyé pour les repousser. Ce fut d'abord auprès de Corinthe que les Spartiates apprirent à le connaître. Vainqueur dans un premier combat, le général athénien conduit ses troupes à Phliuote et s'empare de celte ville, qui avait voulu arrêter sa marche. Il s'avance jusqu'à Sicyone, et là, trouvant les habitants en armes, il leur livre bataille, en tue un grand nombre et force le reste à rentrer dans la ville. Iphicrate, se voyant victorieux, forme le projet démettre Corinthe sous la puissance de sa patrie; mais auparavant il consulte le peuple d'Athènes, et ce peuple, peu clairvoyant sur ses intérêts, s'oppose à une entreprise qui lui aurait fait recouvrer l'empire de la Grèce. Iphicrate, irrité de ce refus, renonce au commandement de l'armée, et Chabrias est nommé pour le remplacer. Iphicrate passa plusieurs années dans l'inaction ; du moins l'histoire ne nous a rien conservé sur

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lui depuis le moment où il revint de Corinthe jusqu'à l'époque où Corcyre fut menacée par les flottes réunies de Lacédémone et de Syracuse. Athènes, toujours ennemie de Sparte, envoya au secours Je cette lie soixante vaisseaux commandés d'abord par Timothée et ensuite par Iphicrate. Celui-ci s'était associé l'orateur Callistrate et le général Chabrias : aidé de leurs conseils, il attaqua dix vaisseaux syracusains qui se présentèrent bientôt à lui, et disposa ses forces avec tant d'adresse qu'aucun ne put échapper. Après tant de succès , la réputation d'iphicrate s'accrut à un tel point que ses contemporains, ne trouvant pas parmi les généraux de son temps des rivaux dignes de lui, le comparaient à tout ce que la Grèce avait produit de plus grand. Aussi , lorsque, vers l'an 374 avant J.-C., Artaxerce entreprit la conquête de l'Égypte, les Athéniens ne crurent pas pouvoir envoyer à ce prince un capitaine plus expérimenté qu'Iphicrate. Pharnabaze fut mis à la téte des troupes de sa nation, composées de ileux cent mille hommes, et le général athénien fut chargé du commandement des vingt mille soldats étrangers à la solde du roi de Perse. Après plusieurs années de préparatifs, l'armée se mit en marche. Pharnabaze et Iphicrate la devancèrent avec trois mille hommes, battirent les Égyptiens, qui s'étaient opposés à eux en nombre égal, prirent Mendès, rasèrent cette forteresse et mirent la garnison aux fers. Une campagne ouverte sous de si heureux auspices paraissait devoir assurer aux Perses la possession de l'Égypte. Iphicrate pensait que, sans attendre le reste de l'armée, il fallait marcher aussitôt sur Memphis, alors dégarnie de troupes; mais Pharnabaze, arrêté par une prudence excessive ou peut-être dédaignantles conseils d'un général étranger, ne voulut rien entreprendre avant l'arrivée des troupes encore en marche. Pendant ce temps, Memphis avait trouvé des défenseurs : les bataillons se grossissaient de jour en jour, et, dans peu de temps, s'ils ne battirent pas complètement les Perses, ils rendirent les succès douteux et firent pencher souvent la victoire de leur côté. Telle était la situation de l'armée d'Artaxerce, lorsque le Nil, couvrant de ses eaux les plaines de l'Égypte, vint encore accroître ses malheurs. Il était tout à fait impossible d'en venir à une action décisive, et tous les avantages étaient pour l'armée ennemie. Pharnabaze et Iphicrate prirent le parti de retourner en Asie. De retour en Perse, le général d'Artaxerce, jaloux de la gloiçe de son rival et sentant toute l'étendue de la faute qu'il avait commise , essaya de rejeter la honte de cette expédition sur Iphicrate. Celui-ci s'aperçut qu'il avait tout à craindre dans un pays où son ennemi avait une si grande influence ; il partit en secret et retint à Athènes, où, poursuivi encore par la haine de Pharnabaze , il fut accusé d'avoir fait manquer la conquête de l'Égypte; mais son innocence était si généralement reconnue qu'il ne fut jamais inquiété pour cette affaire.

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Iphicrate fut employé dans plusieurs autres expéditions assez peu remarquables. Jusqu'alors il s'était concilié l'estime et l'amour de ses concitoyens; mais bientôt il fut obligé de se justifier devant un peuple dont tant de fois il avait illustré les armes. Vers l'an 357 avant notre ère, il fut envoyé avec Timothee et Charès pour remettre sous la puissance des Athéniens Byzance et plusieurs autres villes qui s'étaient séparées de leur alliance. La flotte commandée par ces trois généraux fut bientôt en présence de l'ennemi ; on se disposait à livrer bataille, quand une tempête violente vint disperser une partie des vaisseaux. Charès voulait que l'on engageât le combat; mais Iphicrate et Tiraolhée s'y opposèrent. Leur prudence parut criminelle aux yeux d'Athènes : ils furent accusés de trahison et obligés de revenir dans leur patrie. Tout le monde connaît le jugement inique porté contre Timothée. Iphicrate, peu intimidé de la condamnation de son collègue, se défendit avec noblesse et intrépidité. Mais à sa vigoureuse éloquence il en joignit une plus puissante sur l'esprit de ses juges : il arma quelques jeunes gens de son parti et les plaça dans le tribunal, où ils montraient de temps en temps les poignards qu'ils tenaient sous leurs manteaux. Iphicrate, sentant combien ce procédé était peu délicat, s'en justifia lui-même en disant que ■ celui qui avait porté les armes pour le salut « de sa patrie devait les prendre quand il s'agis- « sait de défendre sa vie. » Il fut absous, et depuis ce jour il quitta le service militaire. II parvint à une extrême vieillesse et mourut après avoir regagné l'affection de ses concitoyens. 11 avait épousé la tille de Cotys, roi de Thrace, et eut un (Ils nommé Ménesthée. L'organisation de l'armée des Athéniens fut redevable à Iphicrate de changements importants. 11 remplaça les lourds boucliers ronds qu'on portait avant lui par d'autres plus légers et de forme ovale; il augmenta la longueur des piques et des épées,et, pour diminuer le poids des cuirasses, au lieu d'airain ou de fer, il les fit faire en toile de lin durcie dans du vinaigre mêlé de sel. Il ne borna pas là ses soins infatigables pour le bien et la prospérité de l'armée. La paix était pour lui une préparation à la guerre; il exerçait ses troupes à toutes les évolutions militaires; il faisait respecter avec une exactitude scrupuleuse l'autorité des chefs, et accoutumait ses soldats i une obéissance sans bornes. Ce fut par de tels moyens qu'il les aguerrit, et que eeux qui avaient combattu sous ses drapeaux furent autant de héros que l'on honorait du titre de soldat* d'iphicrate, comme on appela depuis à Rome bandes de Fabius les légions qui avaient été commandées par Q. Fabius Maximus. B— «— a.

IRAILU (Augustin-Simon ), né au Puy en Velay, le 46 juin 4719, fut chanoine de Mooistrol, prieurcuré de St-Vincent, dans le diocèse de Cahors, et mourut en 4794. On a de lui ! 4» Querelle* Hué-

roirvë, ou aicmOirti pour iCreir m I nt notre ucm rv—

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volutions de la république des lettres, depuis Homère jusqu'à nos jours, 4761, 4 vol. in-12, qu'on a quelquefois attribués à Raynal et même à Voltaire. L'auteur est grand admirateur du philosophe de Ferney et prend toujours sa défense ; mais il parie avec ménagement de ses adversaires. L'oun-age d'Irailh est intéressant, non-seulement par les sujets qui y sont traités, mais encore par la manière dont il est exécuté. Il embrasse les querelles de particulier à particulier , celles des particuliers contre des corps, celles des corps contre d'autres corps, et s'étend même aux querelles générales sur de grandes questions littéraires. Un anonyme (qu'on sait être Aublet de Haubuy) a publié depuis une Histoire des démêlés littéraires, 1779, 2 parties in-8°, où l'on trouTe beaucoup de choses omises par Irailh. 2° Histoire de la réunion de la Bretagne à la France, où l'on trouve des anecdotes sur la princesse Anne, fille de François II. duc de Bretagne, 1764. 2 vol. in-12. On lui attribue V Histoire de miss Honore, ou le vice dupe de lui-même, 1766, 4 toi. in-12, que d'autres personnes croient être de le Fèvre de Bcauvray, qui en a même réclamé la propriété (voy. Y Année littéraire de Fréron, 1766, 1. 1, p. 305 et suivantes). Il parait certain qu'Irailh avait compose une pièce intitulée Henri le Grand et la marquise de Verneuil, ou le Triomphe de Théroisme, tragédie en cinq actes et en prose , accompagnée de notes ainsi que de plusieurs lettres de Henri IV à la marquise. Plusieurs bibliographes donnent le titre de cet ouvrage sans en indiquer la date ni le format. Comme nous l'avons vainement cherché dans plusieurs riches collections, il est à croire qu'il n'a pas été imprimé. Nous croyons que le titre en a été donné pour la première fois dans le troisième volume ou Supplément à la France littéraire, publié par Laporte en 1778, et qui n'est pas le plus exact de tout l'ouvrage (roy. I li '.un vu ; . A. B — T. . IHALA. l'oyez Ykala.

! k 1.1. A M) (John), auteur anglais, né dans une ferme du Shropshire, fut destiné d'abord à la profession d'horloger, mais montra plus de goût et trouva plus de prolit à trafiquer des productions des arts du dessin. Ses connaissances en divers genres le mirent en rapport avec plusieurs artistes et hommes de lettres. Marié fort jeune et d'un caractère généreux et libéral, il recevait à sa table des hommes distingués en plusieurs genres, et remplissait à leur égard ce rôle de Mécène qui ne convient qu'à des grands seigneurs ou bien aux favoris de Plutus. Parmi ses amis intimes figuraient surtout les peintres Mortimer et Gainsborough et l'acteur Henderson , dont il publia , en 1786, la Vie et les Lettres en 1 volume in-8°; cet ouvrage fut froidement accueilli. Ireland avait rassemblé de très-bonne heure tout ce qu'il avait pu se procurer des ouvrages d'Hogarth, dont il faisait une étude particulière. C'est en 1791 qu'il fit paraître l'ouvrage i mit nié Hogartk expliqué (HogarÙi illustrated), en 2 volumes in-8« avec des gravures;

ouvrage qui eut un tel succès que l'édition, qui était considérable, en fut épuisée en moins de trois mois; une deuxième édition fut imprimée peu de temps après. On y trouve une critique judicieuse et un grand nombre d'anecdotes intéressantes. Ireland a ajouté des inscriptions en vers aux gravures qui en manquaient. Son objet principal , dans cette espèce de commentaire , est de prouver le but moral des productions de ce peintre célèbre. U donna ensuite au public (1798) un volume supplémentaire, compilé d'après tes papiers d'Hogarth, et qui contient sa vie et son cours d'études, sa correspondance, ses querelles politiques, l'Analyse de la beauté, corrigée par l'auteur, avec des notes nouvelles, etc., etc., ornée de gravures. Ireland a publié une copie faite sur une gravure intéressante d'Hogarth, intitulée Tableau de Tenthousiasme (Enthusiasm delineated). On a aussi de lui un poërae inUtulé Émigrant, 1785, in-4». Il mourut près de Birmingham en février 1809, ou, selon Chai mers, en novembre 1808. — Samuel Ireland, d'abord simple ouvrier tisserand à Spital'flelds, fut poussé, par goût et par intérêt, à spéculer sur la passion des livres et estampes rares. H se fit ensuite auteur, et se mit à rédiger des descriptions de villes et de contrées , qu'il accompagnait de gravures à l'aquarelle, le tout exécuté par lui. C'est ainsi qu'il publia : 1° Voyage pittoresque dans la Hollande, le Brabant et une partie de la France, fait dans F automne de 1789, 1790, 2 vol. in-8°; 2» Vues pittoresques sur la rivière de la Tamise, 1792, 2 vol. in-8°; 3° Vues pittoresques sur la rivière Uedway . 1793, in-8*; 4° KctaircistemenU graphiques d'Hogarth {Graphie illustrations oj Hogarth). 1791, 1799, 2 vol. in-8"; 5" Vues pittoresques de la Seeern et de l'Avon, rivières, etc.; 6° Histoire des cours de justice (Inns of court) dans Londres H Westminster, 1800, in-8°. Ces ouvrages, imprimés avec soin, furent bien reçus du public, quoique peu importants pour le fond.— Son fils, W.-Henri Ireland, auteur de plusieurs ouvrages, ayant, vers 1796, essayé de tromper le public anglais, en présentant aux admirateurs de Shakspeare, comme productions et manuscrits de ce grand poêle, des écrits que lui-même avait composés, le père eut le tort d'en soutenir l'authenticité, même après que la fraude eut été reconnue. Ce tort lui fut amèrement reproché; mais il ne le fut par personne plus que par lui-même, puisqu'on prétend que le chagrin qu'il en ressentit avança sa mort, arrivée en juin 1800. Du reste, il soutint jusqu'au dernier moment que son 01s avait été le seul coupable dans cette a flaire. L.

IRENE, impératrice de ConstanlJnople, aurait été vraiment digne du trône si une ambition excessive n'eut étouffe en elle les sentiments de la nature, et sa vie offre un tableau remarquable de l'inconstance de la fortune et du néant des grandeurs. Elle était née à Athènes de parents si obscurs que l'histoire a dédaigné de recueillir leurs noms; mais elle avait reçu de la nature une rare

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beauté jointe à tous les dons de l'esprit. Constantin Copronyme, frappé des qualités de cette jeune orpheline, la choisit pour l'épouse de son fils. Le mariage d'Irène et de Léon Tut célébré en 7G9 par des fêtes magnifiques. La princesse acquit bientôt la confiance et l'amour d'un mari que la faiblesse de sa santé éloignait des affaires; elle se servit de son influence pour faire suspendre les poursuites contre les prêtres qui soutenaient le culte des images, et la protection qu'elle leur accordait en secret les attacha à son parti avant qu'elle songeât peut-être à en former un. Léon, en mourant, laissa à Irène la tutelle de leur fils Constantin, âgé de dix ans (voy. Cokstaktin VI). Elle déploya pendant sa régence toutes les vertus d'une grande reine ; elle déjoua les conspirations toujours prêtes à éclater dans les minorités, et, après avoir assuré la paix intérieure par la punition des coupables, elle s'occupa d'étendre et de faire respecter sa puissance au dehors. L'Italie était sur le point de lui échapper, et, trop faible pour s'opposer arec succès aux grands desseins de Charlemagne, elle s'efforça de s'en faire un allié, et lui demanda pour Constantin la main de Rotrude, fille du monarque français. Elle tenta d'arrêter les courses des Sarrasins en Asie et remporta sur eux quelques avantages; mais, trahie par la fortune, elle conclut avec le célèbre Haroun-al-Rascbid (voy. Aarom) une paix utile quoique onéreuse. Alors elle porta ses armes dans la Sicile, qu'elle soumit, et chassa ensuite les Sclavonsde la Grèce, dont ils s'étaient emparés sous le règne de Copronyme. Des soins si importants ne lui avaient pas encore permis de songer à faire cesser le schisme qui désolait l'Église d'Orient. Elle assemble enfin un concile à Constantinople; mais les évéques sont insultés par ses soldats, la plupart iconoclastes zélés. Irène casse sa garde, et transfère, en 1787, à Nicée, le concile, qui rétablit solennellement le culte des images. Cependant Charlemagne ne paraissait point disposé à céder à Irène ses prétentions sur l'Italie : elle rompt le mariage qu'elle avait arrêté pour son fils, et lui fait épouser une fille très-belle, mais sans naissance. Le jeune empereur avait atteint sa vingtième année sans avoir encore eu aucune part réelle à l'autorité. Ses amis lui persua-. dent d'exiler sa mère en Sicile et de gouverner enfin par lui-même. Irène, avertie de ce complot, en punit les auteurs, et, après avoir châtié Constantin comme un enfant indocile, l'enferma dans une chambre du palais. Elle assembla ensuite ses gardes et leur fit jurer de n'obéir jamais qu'a elle seule. Ce serment, exigé par la violence, produisit un effet contraire à celui qu'elle attendait : les Arméniens refusèrent de le prêter; cette désobéissance produisit un soulèvement qui devint bientôt général, et Constantin, proclamé empereur , confina Irène dans le château d'Éleuthère, qu'elle avait construit sur les bords de la Propontide. L'ambitieuse princesse, condamnée à l'inac tiou, dissimula son ressentiment; elle gagna par

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ses artifices les prêtres et les grands qui venaient la visiter; elle flatta son fils, et obtint enfin la permission de reparaître à la cour, après un exil de quinze mois. Constantin, dont l'éducation avait été négligée, n'était heureux dans aucune de ses entreprises; son inexpérience lui avait fait perdre la confiance des soldats ; il s'en fit des ennemis par sa rigueur. Irène profite de la disposition des esprits et se met à la tête d'une conjuration contre son fils; elle le fait arrêter dans sa fuite, et cette mère dénaturée donne l'ordre qu'on le mette hors d'état de régner en le privant de la vue (1). Irène, maîtresse du trdne objet de tous ses vœux, chercha à faire oublier l'odieux moyen qu'elle avait pris pour s'y affermir : elle rappela les exilés, fit la remise* de toutes les sommes dues au fisc et diminua les impôts; elle dota des églises, fonda des hospices, et parvint, à force de bienfaits, à réduire ses ennemis au silence ; « mais elle ne put « étouffer la voix de sa conscience. Le monde ro- « main se soumit au gouvernement d'une femme, « et, lorsqu'elle traversait les rues de Constanti- « nople, quatre patriciens qui marchaient à pied ■ tenaient les rênes de quatre chevaux blancs atn télés à son char (Gibbon). » Ces patriciens étaient des eunuques sortis de la poussière et haïs autant que méprisés. Aïce et Staurace, deux des plus puissants, furent assez ingrats pour conspirer la perte de leur bienfaitrice ; la mort de Staurace la délivra de ce danger. Mais tandis qu'Irène envoyait des ambassadeurs à Charlemagne pour lui offrir sa main et prévenir ainsi le démembrement de l'empire (voy. Ciiarlemagxe), Rardanes, surnommé le Turc, l'un de ses généraux, se fait couronner par l'armée, et sept autres eunuques élisent empereur, en 802, le grand trésorier Nicéphore. Cet ambitieux hypocrite se fait couronner secrètement par le patriarche Taraise, et, le lendemain, se présente à Irène, retenue dans son lit par une indisposition ; il lui jure qu'il a cédé à la force en acceptant le trône, mais qu'il ne veut employer son pouvoir qu'à la rendre heureuse. Elle lui demande pour toute grâce la permission d'habiter son palais d'Eleuthère, où elle terminera ses jours dans la retraite et dans les larmes. Nicéphore feignit de consentir à cette demande, sous la condition qu'elle lui remettrait ses trésors sans en rien détourner ; mais, dès qu'il en fut maître, il la relégua dans l'Ile de Lcsbos, où cette princesse si flère et si magnifique fut réduite à filer du lin pour vivre. Elle mourut dans cette solitude, le 9 août 803, âgée d'environ 51 ans. Les Grecs, touchés de sa pénitence, l'ont mise au rang des saintes et célèbrent sa fête le 15 d'août. L'abbé itignot a écrit d'une manière assez intéressante l'Histoire d'Irène, Amsterdam (Paris), 1762, in-12. W— «.

(1) On » dit à l'article CorOTAHTlft TI que ce prince ne

(1) On » dit A l'article CoîimsTJF» YI que ee prince ne survécut pas longtemps A cette catastrophe , mate Gibbon \JBi*t. de la déeadtnct dt /'Empire romm», ch. A», wttt qu'il reçut encore plusieurs année», opprimé pu U cour et oublié du monde.

IRÉNÉE (Saiwt), évéque de Lyon et martyr, naquit vers l'an 140 de J.-C., selon Dupin , ou vers l'an 120 selon l'opinion la plus commune. On est très-certain qu'il était Grec; mais on ne l'est pas autant sur le lieu dè sa naissance, quoique toutes les apparences nous portent à croire qu'il reçut le jour dans l'Asie Mineure. Ses parents, qui étaient chrétiens, confièrent son éducation à St-Polycarpe , évéque de Smyrne , un des plus beaux ornements des églises d'Asie et disciple de St-Jean. Son vénérable instituteur s'attacha à lui former tout à la fois l'esprit et le cœur par ses leçons et par ses exemples. De son coté, Irénée, sentant tout le prix d'un tel maître , ne laissait perdre aucune de ses paroles; il était attentif à toutes ses actions , afin de former sa conduite sur un si parfait modèle. Les instructions de St-Polycarpe étaient si profondément gravées dans son âme, qu'il ne les oublia jamais, et qu'il aimait à en faire le sujet de ses méditations dans sa vieillesse , ainsi qu'il le déclare dans le fragment d'une lettre à Florin que nous avons encore (p. 340 de ses œuvres). Comme les hérésies qui s'étaient élevées jusqu'alors offraient un mélange confus de philosophie et de mythologie avec les dogmes de la religion chrétienne, Irénée s'appliqua tellement à l'étude des systèmes des philosophes anciens et des fables du paganisme , qu'on a dit de lui qu'il surpassait en connaissances, sur ces différents points, tous ceux qui vivaient de son temps dans l'Église de Jésus- Christ. La foi avait déjà pénétré dans quelques provinces des Gaules par le ministère de St-Polhin, premier évéque de Lyon , quand St-lrénée y fut envoyé par St-Polycarpe. St-Pothin l'éleva au sacerdoce en 177. Les fidèles de Vienne et de Lyon le députèrent vers le pape Êlcuthère pour des affaires ecclésiastiques, au rapport d'Eusèbe, et s'exprimèrent à son égard de la manière la plus favorable, dans les lettres qu'ils écrivirent au pontife romain. Pendant le voyage de St-lrénée , le feu de la persécution s'alluma contre les chrétiens de Lyon et des villes voisines. A son retour, il n'était pas encore éteint. Pothin reçut la couronne du martyre; et Irénée lui fut donné pour successeur parle peuple et le clergé. Élevé sur le siège de Lyon , ce saint homme étendit sa sollicitude sur les contrées d'alentour. II convertit à Jésus-Christ un grand nombre d'idolâtres, et gouverna son troupeau avec la plus haute sagesse. Lorsque la paix extérieure fut rendue à l'Église sous le règne de Commode, fils et successeur de Marc Aurèle, les gnostiques, les valentinicns, et une foule d'autres visionnaires fanatiques , déchirèrent son sein. Le savant évéque de Lyon écrivit rontre eux ses cinq livres Des hérésies, dans lesquels leurs erreurs sont pleinement dévoilées et confondues. Le compagnon de son enfance et de ses études, Florin, devenu prêtre de l'Église romaine , paraissait avancer , entre autres impiétés , que Dieu est auteur du péché. SUrénée lui écrivit

une lettre intitulée De la monarchie, ou Dieu n'est point Fauteur du péché ; Eusèbe nous en a conservé un fragment, que nous avons déjà cité. Celte lettre produisit un heureux effet : Florin fut arraché à ses erreurs; mais son caractère inconstant et sa présomption le précipitèrent bientôt dans les rêveries de Valentin. Ce fut pour les réfuter que St-lrénée Composa son Ogdoade (ou De octata, comme dit St-Jérôme), ouvrage dont nous n'avons plus que les conclusions dans l'histoire d'Eusèbe (liv. 5, ch. 20). Le repos dont l'Église jouit tout le temps que Commode occupa le trône des Césars permit à l'évéque de Lyon d'écrire pour la défense de la vérité : Blaste, prêtre romain schismatique et déposé, prétendait que la pratique qu'il observait de célébrer la Pâque le quatorzième de la première lune était d'institution divine; St-lrénée composa contre lui un traité du schisme, qui s'est perdu. Cependant la dispute sur la célébration de la Pâqur entre les Asiatiques et les Occidentaux , qui n'était que suspendue, se renouvela avec plus de vigueur sous le pontificat de Victor. Ce pontife, dont on a de la peine à excuser la vivacité, menaça de frapper d'anathème ceux qui ne pensaient pas comme lui. St-lrénée, si plein de respect et de soumission pour la chaire de St-Pierre , et qui avait dit de l'Église romaine, « que chaque église « particulière doit s'adresser à elle, comme à la « fidèle dépositaire des traditions apostoliques, « afin de confondre tous ceux qui embrassent «l'erreur par amour-propre, par vaine gloire, • par aveuglement ou par quelque autre motif « que ce soit, » ne craignit pas de représenter au pontife romain, avec autant de sagesse que de modération , qu'il fallait tolérer celte différence de sentiments; et, suivant l'expression de Bossuet, il blâma ses démarches, peu propres à entretenir la paix (1). L'empereur Sévère, qui avait , au commencement de son règne , épargné les chrétiens , à cause des obligations qu'il avait à quelques-uns d'entre eux , poussé par les clameurs des idolâtres, se laissa emporter à la cruauté de son caractère, et publia un édit sanglant, l'an 202 de J.-C. La persécution se fil sentir à Lyon bien plus violemment qu'ailleurs; soit que Sévère, qui avait jadis été gouverneur de cette ville, eût quelque motif d'animosité contre les chrétiens qui l'habitaient; soit que le peuple, irrité des progrès du christianisme, fût encore excité par la politique des magistrats. L'église de Lyon fut en proie à la fureur des persécuteurs : une multitude innombrable de fidèles répandit son sang pour la foi ; et le père Colonia , d'après une ancienne épitaphe, rapporte que St-lrénée souffrit le martyre avec neuf mille personnes de tout âge et de toute condition : cet événement eut lieu l'an 202 ou 208 ; les savants sont partagé* sur ce point. 11 serait à souhaiter que nous pus-

11) Déclarât»» d* cUrgi d* Franc*, lit. 9, ch. 28.

sîons recouvrer les actes du martyre de ce saint évéque. Baronius, qui en avait vu un fragment, ne nous en a point Tait part. Les Grecs célèbrent sa fête le 23 août, et les Latins le 28 juin. Les anciens ont relevé en termes magnifiques la doctrine et les vertus éminentes de St-lrénée : ils se sont servis de son autorité pour établir les vérités catholiques et repousser les erreurs enfantées par l'orgueil ; ils l'ont regardé comme un athlète plein de force et de vigueur, couvert d'armes célestes, toujours prêt au combat; mais ils lui ont aussi accordé le titre de pacifique, à cause de la douceur de ses mœurs, de la modération de sa conduite et de ses lougs travaux pour procurer la paix à l'Église. Les modernes en ont généralement parlé avec beaucoup de respect et d'estime. Mosheim (Histoire ecclésinstique . t. 1 , p. 186) dit que les travaux de St-lrénée furent extrêmement utiles à l'Église, et qu'il employa sa plume contre les erreurs monstrueuses que plusieurs chrétiens avaient adoptées. Dom Gervaise publia la Vit de ce saint prélat, Paris, 1723 , 2 vol. in-12. A la fin du tome 2 on trouve une apologie pour le saint évéque de Lyon contre les calomnies des protestants et de quelques nouveaux docteurs catholiques. Les œuvres de St-lrénée ont été recueillies et publiées par Érasme en 1526, et par Feuardent en 1596. Grabe jes fit réimprimer à Oxford en 1702; mais on l'accuse d'avoir altéré souvent le texte et défiguré le vrai sens par des notes conformes aux opinions des protestants. Oom René Massuet en donna une édition excellente à Paris, 1710, in-folio. Ginq ans après, PfalF publia quatre fragments qu'il avait découverts dans la bibliothèque de Turin, et, en 1734, une édition complète en 2 volumes in-folio, à Venise. Celle de dont Ma&suet renferme, outre quelques fragments, dont nous avons déjà eu occasion de parler, et quelques autres encore d'ouvrages considérables, cinq livres contre les hérésies, que l'on regarde comme un des monuments les plus précieux de l'ancienne érudition. 11 ne nous reste en grec que le premier livre entier et quelques lambeaux des autres. Le corps de l'ouvrage, traduit en latin sous les yeux de l'auteur même, à ce que l'on pense, laisse apercevoir, à travers la barbarie du style de la traduction , l'éloquence et l'érudition de l'original. G'est le jugement qu'en porte Y Histoire littéraire de la France, et qu'adopte Mosheim. Nous n'entreprendrons pas de faire ici l'analyse de ce précieux monument. Dans le cinquième livre, qui contient trente-six chapitres, l'auteur, après avoir récapitulé ce qu'il a déjà dit sur les hérésies , et principalement sur celle des Valentiniens, ajoute de nouveaux arguments pour les réfuter; il se sert avec un grand avantage des paroles de Jésus-Christ et des Épttres des Apôtres; il défend le dogme de la résurrection d'une manière incontestable, par les armes de la dialectique et par l'Écriture. Il trouve aussi dans la croyance de la présence véritable et réelle de Jé-

sus-Christ dans le sacrement de l'eucharistie des raisons pour l'établir : il repousse les difficultés de l'esprit de chicane et de mensonge. 11 se fonde sur ce que les hérésies sont postérieures à la doctrine chrétienne, et que leurs auteurs ne sont pas d'accord entre eux; il assure d'avance que les hérétiques des siècles à venir ne le seront pas davantage, parce que c'est le privilège de l'Église catholique d'être une dan ssa fo i, d'être toujours la même, tandis que le caractère de l'erreur est la discordance et l'instabilité. C'est dans ce livre surtout que St-lrénée fait profession du millénarisme, qu'il avait puisé à l'école de Papias et dans les écrits des docteurs de ce temps-là. Sa doctrine a été judicieusement analysée par les bénédictins dans la troisième dissertation qui précède les Cinq litres contre les hérésies, et éclaircie dans les prolégomènes , notes et observations qui se trouvent à la suite de leur édition. L — b — e.

IRETON (Hcmu), général anglais distingué et homme d'État du parti parlementaire dans les guerres civiles du règne de Charles Ier, dont il fut un des juges, descendait d'une bonne famille, et fut d'abord destiné à suivre la carrière du barreau. Lors des troubles civils, Ireton offrit son épée au parti du parlement, et par son habileté et la protection de Cromwell, dont il épousa la fille Brigitte, il s'éleva au poste de commissaire général. 11 commandait l'aile gauche de l'armée parlementaire à la bataille de Naseby (1615) ; et, malgré tous ses efforts, il ne put empêcher qu'elle ne fût enfoncée de toutes parts par une charge furieuse du prince Rupert, dans laquelle il fut blessé et fait prisonnier. Cromwell ayant rétabli les affaires et remporté une victoire complète, qui força le roi et le prince Rupert à prendre la fuite, en abandonnant les prisonniers qu'ils avaient faits, Ireton recouvra sa liberté quelques heures après l'avoir perdue. Il eut une grande part à toutes les opérations qui mirent d'abord le parlement dans la dépendance de l'armée, et changèrent enfin la constitution de l'État , de monarchique en républicaine. Clarendon l'accuse d'avoir, ainsi que Cromwell, trompé grossièrement Ashburnhara, secrétaire confidentiel du roi, pour engager ce monarque à s'évader d'Hamptoncourt et à se rendre dans l'Ile de Wight, où il tomba entre les mains d'IIammond, dévoué à Cromwell, qui l'avait nommé gouverneur de cette lie depuis peu de jours. Après l'évasion du roi à l'Ile de Wight, Cromwell et Ireton convoquèrent une assemblée secrète des officiers généraux, pour déterminer le parti qu'il convenait de prendre à l'égard du roi : il fut résolu dans cette conférence, précédée de jeûnes et de prières faites par ces deux chefs , que Charles 1" serait poursuivi au criminel comme coupable du crime de lèse-nation. Sur ces entrefaites, Ireton, chargé par le parlement d'aller avac Cromwell à Westminster, où était l'armée, pour calmer son insubordination, qu'Us avaient eux-mêmes secrètement excitée, loin de remplir

sa miction , De chercha , ainsi que son beau-frère , qu'à irriter davantage les esprits des soldats. Ceux-ci, se modelant sur la secte des Indépendants, née au sein du presbytérianisme, ne voulaient ni synode, ni ministres, ni prêtres, ni roi, tandis que les membres du parlement voulaient, au contraire, une démocratie royale ; que leur intention était seulement d'humilier le roi, mais de le conserver. Les deux perfides députés que le parlement avait eu l'imprudence d'envoyer semèrent adroitement le bruit qu'il agissait de concert avec Charles I*V et qu'il comptait ainsi que lui licencier l'armée, la priver des arrérages de solde qui lui étaient dus, et que leur intention, si on la conservait , était de l'envoyer en Irlande pour y être exterminée par les habitants. Ces insinuations produisirent l'effet qu'on en attendait : le parlement fut dissous , et un autre fut recomposé à l'instant des officiers de l'armée les plus exaltés ; une haute cour de justice fut établie pour juger Charles I'r ; et Ireton , qui en fut nommé membre, contribua puissamment à la mort de ce prince (coy. Chari.es). Il accompagna ensuite Cromwell en Irlande (août 1649), et, après l'avoir suivi dans plusieurs expéditions , fut détaché avec un corps de troupes pour attaquer Duncannon ; mais la garnison de cette forteresse fit une résistance si vigoureuse, et le gouverneur Wogam , secondé par lord Castle-Havm , obtint , dans une sortie, un tels succès, que le générai Ireton fut obligé de. lever le siège et d'aller rejoindre le gros de l'armée , après avoir perdu la plus grande partie de son monde par les fatigues d'une campagne entreprise dans une saison rigoureuse. L'armée de Cromwell s'avança ensuite, après des succès divers, sur deux colonnes, dont l'une était commandée par Ireton , à qui le prolecteur laissa même le commandement en chef avec le titre de son lieutenant et de lord député, lorsqu'il fut obligé de revenir en Angleterre pour marcher contre les Écossais, qui avaient reçu Charles II comme leur souverain. Ireton montra un grand courage et une habileté peu commune ; mais ce qui le fit réussir surtout, ce furent les divisions des Irlandais entre eux, et l'insubordination des habitants et du clergé. Les mesures militaires d'Ireton étaient toujours précédées d'intrigues diplomatiques. Pour pénétrer dans Liramerick, dont la possession lui importait beaucoup, il proposa aux habitants de lui accorder, ainsi qu'à son armée, un libre passage pour s'avancer dans le comté de Clare, promettant, en récompense, de leur laisser la libre jouissance de leurs droits religieux, civils et commerciaux, avec l'exemption d'une garnison. Ces conditions étaient au moment d'être acceptées; mais les sollicitations de lord Castle-Haven et l'arrivée d'un secours les firent rejeter. Après avoir formé le siège en règle, Ireton s'empara de la plJbe, malgré la vive résistance qui lui fut opposée. Ce ne fut même que par suite d'une sédition qui se

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manifesta dans la ville qu'on lui en ouvrit les portes. Il n'excepta de l'amnistie accordée aux soldats et officiers de la garnison que vingtquatre personnes, qui furent presque toutes exécutées. Le brave Hugh O-Nial , gouverneur de la ville, qu'il avait défendue avec un courage héroïque, fut condamné à mort par Ireton et le conseil soumis à ses volontés : mais les pressantes sollicitations de quelques officiers de marque obtinrent que l'on revit son procès, et lui sauvèrent ainsi la vie ; car Ireton mourut peu après à Limmerick, d'une maladie pestilentielle (novembre 1631), « sincèrement regretté, dit Gran- « ger, des républicains, qui le révéraient comme « un brave soldat , un véritable homme d'État et « un saint. ■ Le parlement accorda une pension de deux mille livres sterling à sa famille, et, après avoir fait embaumer son corps , le fit déposer à Westminster, dans le tombeau des rois, après des funérailles magnifiques, faites aux dépens du trésor public. Il fut traité bien différemment quelques années après (eoy. Jean Bradsbaw] Fleetwood, qui épousa sa veuve, lui succéda en Irlande, et, à son arrivée, trouva tout le pays soumis par les efforts de Coote , qui avait acheté ce qu'Ireton avait si bien commencé. Celui-ci était dur et sévère dans toutes les dispositions qu'il prenait, et probablement sincère dans ses intentions. Quoique le despotisme militaire fût l'instrument dont il se servait, il affectait un grand amour pour la liberté, qu'il annonçait être son unique but. Ses conseils eurent une grande influence sur son beau-père ; et les connaissance* qu'il avait acquises dans l'étude des lois le firent employer à rédiger tous 1rs articles qui furent insérés dans les papiers publics de son parti. Ce fut par ses suggestions que Cromwell convoqua le conseil secret doul nous avons déjà parlé, pour délibérer sur ce que l'on ferait de la personne du roi et sur l'établissement du gouvernement ; ce fut lui, enfin, qui, de concert avec son beaupère, abusant de l'exaltation mystique de Fairfax , l'empêcha de délivrer Charles, comme il parait qu'il en avait l'intention, en lui persuadant que Dieu avait rejeté ce prince, et en l'engageant à prier le ciel de les diriger sur ce qu'ils avaient a faire de la personne du monarque, déjà condamné à mort par le tribunal dont ils faisaient partie. Fairfax était encore en prières lorsqu'on vint lui annoncer que le roi était décapité. Hume accorde à Ireton de grandes qualités comme général el comme homme d'Etat, tout en lui reprochant le crime dont il s'était souillé et la cruauté qu'il avait montrée dans différentes occasions, particulièrement à la prise de Colchester, où, d'après s« instances, Fairfax fit mettre à mort deux brave* officiers royalistes, Lucas et Lisle, qui s'étaient rendus à discrétion. Plusieurs auleursanglais ont parié diversement d'Ireton dans leurs ouvrages. D-i-s- IRGENS ou JURGEiNS (Joachim), savant médecin, né le 5 mai 1644, à Itzehoe dans le Holstein,

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