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lions, le pape donna la bulle Cum occatione, par laquelle il condamnait ces cinq propositions qu'il citait comme étant de Jansénius, ajoutant même qu'il ne pre'tendail pas par là approuver les autres opinions de ce livre. La suite de tous ces actes, qui produisirent le trop célèbre formulaire, appartient au pontificat d'Alexandre VII, dont nous nous sommes de'jà occupes. Le pape ne survécut pas longtemps à cette affaire. Son grand âge, ses infirmités, les divisions établies entre ses parents, le déterminèrent à laisser le soin du gouvernement à ses ministres, et celui de sa personne à sa belle-sœur, qu'il rappela auprès de lui : celle-ci eut bientôt repris son ancien ascendant. Elle réussit à consolider la réconciliation de sa maison avec les Barberins en mariant une petite-nièce du pape avec dom Maflée Barberin, alors abbé, et depuis prince de Palestrine. Tous ses soins furent dès lors employés à veiller sur la santé du pape. Soit qu'elle craignit pour lui quelque tentative d'empoisonnement, soit qu'elle crût nécessaire d'assujettir un vieillard valétudinaire à un régime rigoureux , elle assistait à tous ses repas et ne laissait entrer personne dans les offices qu'elle ne fût présente. A la fin de décembre 1654 le pape se sentit plus faible qu'à l'ordinaire , et les médecins désespérèrent de sa vie. Son confesseur se chargea de lui annoncer sa fin prochaine. Innocent reçut cette nouvelle avec plus de fermeté qu'on ne s'y attendait. « Vous voyez, dit-il au cardinal Sforce, « où vont aboutir toutes les grandeurs du souve- « rain pontife. » 11 fit appeler ses neveux et nièces, leur donna sa bénédiction, et mourut le 7 janvier 1035, âgé de plus de 80 ans, dans la onzième année de son pontificat. 11 avait comblé de biens ses parents et fait bâtir deux superbes églises à Rome. 11 laissa de grandes sommes d'argent, qui ne furent pas inutiles à son successeur Alexandre VII. D s.
INNOCENT XI , qui succéda à Clément X , s'appelait Benoit Odescalchi. Sa famille, originaire de Lombardie, s'était fort enrichie dans le commerce. 11 avait pris d'abord la profession des armes. On croit assez communément qu'il la quitta après avoir été blessé à l'épaule d'un coup de mousquet. D'autres racontent son changement d'état avec des détails trop ridicules pour n'en pas faire suspecter la vérité. Quoi qu'il en soit, Odescalchi prouva qu'il avait d'assez hautes qualités pour remplir dignement sa nouvelle vocation. Avant son élévation au saint-siége, Urbain VIII l'avait fait protonotaire apostolique, et, depuis, commissaire de la province de Macerata ; Innocent X l'avait nommé clerc de sa chambre, et ensuite cardinal en 1647. U eut la légation de Ferrare et l'évêché de Novare, dont il se démit en faveur de son frère. Son honnêteté, sa douceur, sa modestie, lui firent partout des amis. Amelot de la Uoussaye dit qu'il eût été élu dès le conclave précédent , si l'on n'eût pas craint sa sévérité. Il ne le fut que
le 10 septembre 1676, et prit le nom d'Innocent XI, par affection pour la mémoire de son principal bienfaiteur. Ses projets de réforme ne tardèrent pas à se manifester : il voulait faire revivre partout la science, le désintéressement et la discipline. Son neveu Livio eut défense de recevoir aucun présent, et ne fut point cardinal patron. Cette charge au contraire fut abolie ; et le cardinal Cibo fut nommé surintendant et secrétaire de l'Etat ecclésiastique. Innocent XI envoya ses nonces en France, en Espagne, en Pologne et en Portugal, pour exhorter ces couronnes à la paix. Il défendit aux juifs de Rome toute usure , renvoya tous les évéques dans leurs diocèses, donna ordre qu'on n'en sacrât aucun qui ne fût digne du ministère , et qu'on éloignât du sacerdoce tous les sujets ignorants ou déréglés. U commit, pour opérer ces réformes, quatre théologiens, au nombre desquels était Recanati ; il pourvut libéralement aux besoins des pauvres, et assigna une pension considérable à la reine de Suède, Christine, réfugiée à Rome. A ces qualités généreuses, Innocent XI joignait une fermeté de caractère qui allait jusqu'à l'inflexibilité, lorsqu'il croyait son opinion ou ses intérêts d'accord avec la justice ; et ce caractère, il le déploya tout entier dans les démêlés célèbres qu'il eut avec la France. Trois objets de la plus haute importance divisèrent les deux cours : la régale, les quatre articles de l'assemblée du clergé de 1682, et le droit de franchise des ambassadeurs. On sait que la régale était, entre les mains du roi, le droit de jouir des revenus des évêchés, et de conférer les bénéfices qui n'avaient point charge d'âmes pendant la vacance des sièges. Ce droit était exercé dans presque toutes les églises de France, à l'exception de quelques-unes de Languedoc, Guyenne, Provence et Dauphiné : mais le second concile de Lyon, en 1274, en reconnaissant le droit de régale dans toutes les églises où il était alors établi, avait défendu de l'étendre, sous peine d'excommunication.CependantLouisXIV,pardeux édits successifs, l'un de 1675, et l'autre de 1675, avait jugé à propos d'étendre et d'établir la régale d'une manière uniforme par tout son royaume. Les évêques d'Alet et de Pamiers réclamèrent hautement ce qu'ils appelaient l'immunité de leurs églises. Ils en écrivirent au pape, qui se déclara leur défenseur. Le roi fit saisir le revenu de ces évéques. Le parlement, toujours opposé aux volontés de la cour de Rome, avait enregistré les deux édits, et soutenait leur exécution. La plus grande partie du clergé était dans les mêmes sentiments. Le pape , de son côté, attaquait dans ses brefs l'autorité de tous les tribunaux de France qui ordonnaient l'exécution des édits. Dans un de ces brefs, entre autres, rendu au sujet d'une affaire relative au couvent de Charonne, il avait supprimé un arrêt du parlement de Paris, avec défense de le lire sous peine d'excommunication, et, déplus, injonction aux évéques d'en brûler tous les exemplaires. Ces actes révoltèrent le parlement cl \w
évéques qui se trouvaient alors assemblés à Paris (1681). L'archevêque de Reims, le Tellier, releva ces entreprises avec beaucoup de véhémence : on crut qu'il fallait enfin fixer, d'une manière solennelle et légale, la doctrine de l'Église gallicane sur la puissance temporelle des papes, sur l'indépendance particulière des rois de France, et sur l'infaillibilité du chef de l'Église. Ce fut ainsi que l'affaire de la régale amena l'assemblée de 1682, et prépara les fameux articles qui en furent le résultat. Il est inutile d'en exposer de nouveau les motifs, après l'immortel ouvrage de l'évoque de M eaux , qui est un chef-d'œuvre d'érudition et de discussion. Bornons -nous à rappeler quelques particularités historiques, trop peu répandues peut-être, et trop peu remarquées jusqu'ici. S'il faut en croire le témoigoage de l'abbé Fleury (voy. ses Nouveaux opuscules, Paris, 1807), Bossuet n'était point d'avis qu'on attaquât ouvertement l'autorité du pape, malgré le sentiment de Colbert, du chancelier le Tellier, de l'archevêque de Reims son frère; et, malgré les vives impatiences du P. Lachaise, il leur disait, <- que celte question « serait hors de saison; que ce serait augmenter « la division qu'on voulait éleindre; qu'on avait
■ pour soi la possession ; et qu'enfin il fallait se « contenter d'obtenir la régale, sans y mêler des « propositions capables de déplaire à la cour de « Rome. » Ce fut dans cet esprit que l'évéque de Meaux prononça, à l'ouverture de l'assemblée, ce discours sur l'unité de l'Église, qui est un des plus beaux morceaux sortis de sa plume. Il proposa d'examiner la tradition, avant de rien statuer sur le fond de la question. Mais Louis XIV ne goûta point ces tempéraments dilatoires : il fallut aller en avant. L'assemblée, après avoir reconnu formellement le droit de la régale, tel qu'il était établi par les édits du roi , se hâta de décider la question des deux puissances. Bossuet lui-même fut chargé de la rédaction des quatre articles, qu'il réduisit aux termes les plus simples, les plus précis et les moins équivoques (1). Le roi non-
(1) Voici ces quatre articles, tels qu'ils furent rédigés par l'évéque de Meaux et adoptés par l'assemblée , pour former «a déclaration du 16 mars 16H2 ..il. puissance que Dieu a don- « née i clt- Pierre et i set successeurs, vicaire* de Jésus-Christ , « et à l'Eglise mime, n'est que des chose» spirituelle* et concer- « nant le salut éternel, et non de* choses civiles et temporelles;
■ donc les rois et les princes, quant au temporal , ne sont sou- « mis, par l'ordre de Dieu, à aucune puissance ecclésiastique et
■ ne peuvent directement ni indirectement être déposés par l'au- « torité des ctefs, ni leurs sujets être dispensés de l'obéissance ou a absous du serment de fidélité. — 2* La pleine puissance des
■ choses spirituelle* qui réside dans le Saint-Kicge et les succès-
■ seurs de St-Pierre n'empêche pas que les décrets du concile de « Constance ne subsistent touchant l'autorité des conciles géné-
■ raux , exprimée dans Isa quatrième et cinquième session* ; et a l'Eglise gallicane n'approuve point que l'on révoque en doute « leur autorité ou qu'on 1rs réduise au seul cas du schisme. — «3" Par conséquent, l'usage de la puissance apostolique doit
■ être réglé par les canons, que tout le monda révère; on doit «• aussi conserver invtolablement les régie» , les coutumes et les m maximes reçues par le royaume et l'Eglise de France , approu.
■ vées par 1* consentement du 8aint-»iége et des Eglises. - « «• Daas les questions de fol , le pape a la principale autorité,
■ et ses décisions regardent toutes les Eglises, r» m parUculiert mais son jugement peut êtes corr « tement de l'Eglise n'y concourt. » 1 Traduction p. 10 et 11 des Xonvtaux Optuevtn.)
corrigé si le
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seulement approuva par un édit la déclaration du clergé, comme l'expression de la véritable doctrine de l'Église gallicane; mais il ordonna de l'enseigner expressément dans toutes les universités, de ne recevoir aucun professeur qui ne l'eût souscrite, et de n'admettre au grade de licencié, ou de docteur en théologie ou en droit canon , aucuns postulants qu'après qu'ils auraient soutenu celte doctrine dans leurs thèses publiques. Le pape alors prit le parti de refuser des bulles à tous les ecclésiastiques du second ordre qui avaient assisté à cette assemblée du clergé , et que le roi nommait évèques. Louis XIV, de son côté, fit défense de se pourvoir en cour de Rome pour obtenir des bulles, et se rendit appelant au futur concile par le ministère de son procureur général au parlement de Paris, de tout ce que le pape pourrait entreprendre au préjudice du roi de France et de ses sujets, et des droits de sa couronne. Les esprits s'aigrirent encore davantage au sujet des franchises. Les premières étincelles de celte dispute avaient paru sous Clément X,qu» avait conçu le projet de faire exécuter à cet égard la bulle de SixteAjuint. Il faut savoir, pour bien entendre la question, que le droit de franchise ne se bornait point à Rome au simple privilège d'asile dans le palais d'un ambassadeur, mais qu'il s'étendait encore aux maisons adjacentes, et presque dans tout un quartier; en sorte t|ue les malfaiteurs trouvaient souvent un moyen assuré d'échapper à la justice. Les représentations faites par le gouverneur romain avaient été écoutées par la plupart des puissances qui avaient consenti à de justes restrictions. On citait ces exemples à Louis XIV, qui répondit avec haut< ur qu'il n'était point accoutumé à se régler sur la conduite d' autrui, et donna ordre à son ambassadeur de soutenir son droit avec le plus grand éclat. En conséquence, le marquis de Lavardin fit son entrée dans Rome k 16 novembre 1687, avec un cortège de huit cents personnes, gentilshommes d'ambassade, officiers, gardes-marine, en un mot, avec un appareil plutôt hostile que diplomatique. Les douaniers s'étant présentés, on menaça de couper le nez et le* oreilles à quiconque s'aviserait de vouloir visiter les bagages de Son Excellence. L'amlwtssadeur prit possession du palais Farnèse; sa suite se logea dans le quartier environnant, et fit la ronde jour et nuit. Le pape excommunia Lavardin, fit cesser le service dans l'église de St-Jean de Latran, on il allait habituellement, et interdit celle de St- Louis, où l'ambassadeur avait communié. Le roi , à qui Lavardin se plaignit , lui commanda de redoubler de fermeté pour soutenir son caractère. En France, on refusa de donner audience au nonce; on le retint comme prisonnier; enfin le roi se saisit d'Avignon, comme il l'avait fait du temps d'Alexandre VIL Trente-cinq églises cathédrales étaient privées de pasteurs. Les suites funestes de ces brouilleries ne cessèrent que sous le pontificat d'Innocent XII. Celui d'inuoeent II,
après les grandes affaires dont nous venons de parler, n'a plus rien de très-remarquable, que l'affaire du cardinal de Furstemberg qui postulait l'archevêché de Cologne, et à qui le pape préféra le prince Clément de Bavière. On crut que dans cette occasion Innocent avait voulu mortifier Louis XIV qgi protégeait le cardinal Ce pontife passa toujours pour ne pas aimer les Français (1). Ce fut lui qui proscrivit, par une bulle du 19 novembre 1687, les erreurs de Molinos, premier auteur dù quiétisme , dont le système de Fénélon ne parait être qu'une copie mitigée. Molinos fut livré à l'inquisition, rétracta ses erreurs, et fut reconduit en prison, où il mourut. En 1689, la santé d'Innocent XI déclina- sensiblement. Pour détruire ou diminuer les humeurs catarrheuses dont il était tourmenté, les médecins imaginèrent de lui faire des incisions aux jambes, où il souffrait de grandes douleurs. Ce remède fut inutile dans un corps usé de vieillesse et d'infirmités. Le 8 août, la fièvre devint si violente, qu'on désespéra de sa vie. Se sentant près de sa fin , il fit appeler son neveu Livio, et lui recommanda de ne point se mêler des intrigues du conclave qui allait s'ouvrir. Il voulut que les généraux et deux religieux de tous les ordres vinssent lui donner leur bénédiction, et fussent présents à sa mort : elle arriva le 12 août 1689. Il avait tenu le saintsiége pendant treize ans, et en avait vécu 78. Il eut pour successeur Alexandre VIII. D — s.
INNOCENT XII, qui succéda è Alexandre VIII, s'appelait Antoine Pignatelli, était né à Naples en 1615, le 13 mars, et descendait d'une famille noble et très-ancienne, originaire de Tropea en Calabre. Le conclave qui précéda son élection dura plus de cinq mois, à cause des intrigues dont il fut agité. Enfin les voix se réunirent en faveur de Pignatelli, qui fut élu le 12 juillet 1092. Il avait occupé successivement plusieurs places avec distinction. Urbain VIII le nomma vice-légat du duché d'Urbin ; Innocent X inquisiteur de Malte et nonce à Florence; Alexandre VII nonce en Pologne et à Vienne; Clément X évéque de Lucques , enfin Innocent XI lui donna le chapeau et l'archevêché de Naples. Ce fut par reconnaissance pour ce pape qu'il prit le nom d'Innocent XII, et il déclara en même temps qu'il voulait marcher sur ses traces. Il ne tarda pas à le prouver par ses actions. Son attention à réparer tous les désordres qu'avait fait naître une longue vacance du saint-siége, sa sévérité dans le choix des ecclésiastiques, et contre la cupidité des
(M II a paru sous le nom d'Innocent XI une Prophitit commençant par ces mot» : Quando Atareut Patch* dahil. Un père Querck, jésuite, mort en 1743 i Vienne, a publié en 1734, où Tiques tombait le Jour de 8t-Marc , un écrit pour tranquilliser les Viennois sur les événements qu'elle semblait prédire pour l'Europe A cette époque. La même prophétie a été publiée, Paris, 181(3, ainsi qu'une autre, plus ancienne et anonyme, dont elle est la paraphrase, arec une explication par M. V"* | Vlguierl, qui applique l'une et l'autre A la révolution opérée en France en 1791, époque où bt-Marc tombait aussi l'une des fêtes de
juges, ses vues d'économie, sa frugalité personnelle, ses largesses envers les pauvres, qu'il appelait ses neveux, la bulle qu'il fit souscrire à tous les cardinaux, afin d'abolir à jamais le népotisme, lui ont mérité l'estime des contemporains comme de la postérité, et même celle des ennemis de la religion catholique. La France ne manqua point de profiter de ces heureuses dispositions. Le pontificat d'Alexandre VIII avait été trop court pour terminer les différends qui régnaient entre les deux puissances. Cependant, quoique ce pape ne se fût pas montré fort conciliant dans les négociations, Louis XIV avait commencé par rendre Avignon ; le cabinet de Versailles se montrait disposé à céder sur l'article des franchises. De son coté, Rome gardait le silence sur la régale; on voulait bien consentir tacitement à l'exécution des écrits du roi, appuyés de la délibération du clergé. Tel était l'état des choses à l'avènement d'Innocent XII. Ainsi les difficultés primitives paraissaient aplanies; il restait à s'entendre sur les quatre articles. Innocent XII refusait de donner les bulles aux trente-cinq évêques non institués, à moins d'un acte de soumission. L'abbé Fleury nous apprend à ce sujet que Bossuet , qui n'avait pas été écouté pour prévenir l'orage , fut appelé pour l'apaiser. On le consulta sur la forme de la lettre que les évêques nommés devaient écrire, et qui subit trois rédactions consécutives. Elle fut envoyée enfin, en 1693, telle qu'elle est consignée dans tous les monuments historiques de cette époque, mais écrite en particulier par chacun des évêques désignés , qui n'étaient que députés du second ordre à l'assemblée de 1682, tandis que les éyéques qui composaient le premier ordre de cette assemblée gardèrent le silence. Il n'est pas possible de douter que Bossuet n'eût participé à la rédaction de cette lettre, lorsqu'on voit, dans son ouvrage intitulé GaUia orthodoxa, le soin qu'il prend de la justifier. > Idcireo, dit-il , née * piguil Gallos ad episeopatum promovendoi dalit « ad pontificem maximum liUerù.... NiAit ettim « decernere mu mu s fuit », etc. Ainsi, le sens de cette lettre ne peut être équivoque aujourd'hui. En maintenant la doctrine qui appartient spécialement à l'Eglise gallicane, les évêques déclarent que l'intention de l'assemblée n'a pas été de l'ériger en décret universel. Cette opinion reçoit encore plus de certitude par la lettre particulière que Louis XIV adressa au pape le 14 septembre 1693. « J'ai donné, disait le roi, les ordres « nécessaires afin que les choses contenues dans « mon édit du 2 mars 1682, touchant la déclara-
« tion faite par le clergé de France , ne soient
« pas observées, etc. * Dans cette lettre, qui est évidemment un acte concerté avec les évêques , et par conséquent avec Bossuet (1), il est à remar-
(l| N'est II pas étonnant, d'après cela , que dans un écrit moderne , intitulé Estai hitloriqru sur ta puiuanee temporelle de* pape», etc., Paris, 1811 , on ait cru pouvoir qualifier A'xanominitun la lettre de Louis XIV 1 D'Alembert s'est permis de W~
quer qu'il n'y a pas un mot qui annonce une rétractation de principes, mais seulement une modification dans l'exécution de l'édit. Pour prouver cette vérité, il faut rapporter tout de suite ce qui se passa postérieurement, sous le pontifical de Clément XI, relativement à l'affaire de l'abbé de Saint-Aignan. Ce jeune ecclésiastique, frère du duc de Beauvilliers, avait, en 4705, soutenu dans sa thèse les quatre articles du clergé. Sous ce prétexte , Clément XI lui refusait des bulles pour l'évêché de Beauvais, auquel il avait été nommé par le roi. Louis XIV écrivit à ce sujet, le 7 juillet 1715, une lettre au cardinal de la Trémoillc, son ambassadeur à Rome (voy. les Nouveaux opuscuUs de Fleury) , dans laquelle il expose quelles étaient ses véritables intentons lorsqu'il avait écrit en 1693 à Innocent XII, et d'où il résulte que, « s'il a révoqué son édit de 1682, en ce qu'il « prescrivait rigoureusement l'enseignement des « quatre articles, il ne serait pas juste d'empê- « cher ses sujets de dire et de soutenir leurs senti- « ments sur une matière qu'il est libre de soute- « nir de part et d'autre, comme plusieurs autres « questions de théologie, sans donner la moindre « atteinte à aucun des articles de foi. a Clément XI se rendit à ces raisons,. et donna des bulles à l'abbé de Saint-Aignan. Ainsi, il ne saurait y avoir aujourd'hui* aucun doute sur le fond de la question. Par l'édit de 1682, il était enjoint d'enseigner; depuis, il n'est pas défendu de soutenir; c'est la seule différence. Le sort de la déclaration du clergé et de l'édit du roi n'a rien de commun avec la doctrine de l'Eglise gallicane. C'est le sentiment de Bossuet lui-même, qui conclut en ces termes dans l'ouvrage cite plus haut (Gallia ortkodoxa) : Abeat ergo declaralio quo libueril ; non enitn eam, quod sa>]>e profittrx juvot, tutandatn hic suscipimus. Manet inconcusta et censura omnis expert, pritca Ma sententia Parisiensium. Innocent XII , satisfait de la lettre des évéques et du roi , accorda les bulles si longtemps désirées, et la paix se rétablit entre les deux cours. Dès ce moment, le pape, fidèle allié de la France, chercha tous les moyens de forcer l'empereur de faire sa paix avec elle. 11 procura des secours au roi d'Angleterre pour tâcher de le rétablir, et en donna aussi aux Vénitiens. L'importante affaire du quiétisme fut terminée sous ce pontificat. D'après la décision d'une congrégation établie pour examiner la question, le livre de Y Explication des Maximes des Saints fut condamné par un bref du 12 mars 1699. Bossuet triompha* et l'archevêque de Cambrai se soumit (roy. Kénélon). Innocent XII donna, en 1694, une nouvelle preuve
•usai ce qu'il ap[*lle la faiblesse de Louis XIV en cette oeca- ■lon ; mai* it l'impute aux suggestions perfide» du P. Letellier, confesseur du rul. Or, il est bon de «avoir, pour se convaincre de l'absurdité d'une telle imputation, que la lettre de Louis XIV 4 Innocent XII est de l'année ItSH, et que le I'. Letellier n'eit devenu confesseur du roi qu'en 1709. | Voy. le* Novvtaux Oputnlu de Kleury, p. 42 et aulv. de» addition* et corrections. | Par consent le 1\ Letellier n'aurait pu influer, au cootftiw, que
de sa droiture et de sa prudence , en adressant à l'archevêque de Malincs un bref par lequel il lui défendit d'inquiéter aucunes personnes sur des accusations vagues de jansénisme et d'hérésie, sans les avoir juridiquement convaincues d'attachement aux erreurs condamnées. Cette mesure servit depuis de règle de conduite à Benoit XIV , ainsi qu'on l'a déjà vu. Innocent XII mourut le 7 septembre 1700, dans la 86" année de son âge, et dans la 9« de son pontificat. Sa vie fait son éloge. Il eut pour successeur Clément XI. D — s.
INNOCENT Xlll (Michel- Ajicb Conti) succéda, en 1721, à Clément XL II était né le 13 mai 1085 de la famille Conti , une des plus illustres de Rome, et dans laquelle la charge de grand maître du palais apostolique est héréditaire. Son père était duc de Poli. Etant entré dans la carrière de la prélature , le jeune Conti fut gouverneur de Vitcrbc en 1693, archevêque de Tarse et nonce en Suisse en 1695; il passa en la même qualité à Lisbonne en 1698, et fut fait cardinal , le 7 juin 1706 , à la place du prélat Philipucci, qui avait refusé cette dignité. Clément XI le nomma légat de Ferrarc en 1709; mais le cardinal refusa cette* place importante, et ne revint de Portugal qu'en 1711, quoique le pape lui eût écrit pour hâter son retour. En 1712 il fut transféré de l'ëvêché d'Osimo à celui de Viterbe, qu'il occupa jusqu'en 1719; il s'en démit alors. Le conclave qui suivit la mort de Clément XI ne fut pas long. Clément était mort le 19 mars; le 8 nui, le cardinal Conti fut élu. 11 était le huitième pape de sa famille. 11 suivit les traces de son prédécesseur, et écrivit à Louis XV et au duc d'Orléans, régent, au sujet des contestations auxquelles l'Eglise de France était alors en proie. Il blâmait l'accommodement de 1720, et disait que la seule voie de conciliation était une obéissance non équivoque et feinte , mais franche et sincère. Il condamna une lettre assez violente que sept évêques opposants lui avaient adressée. En 1723, il publia la bulle Apostolici minuterii, dans laquelle il statuait sur beaucoup d'objets relatifs à la discipline des églises d'Espagne, et recommandait d'observer plus exactement les décrets du concile de Trente. Innocent Xlll ne fit que trois cardinaux : Bernard- Marie Conti , son frère, bénédictin du Mont-Cassio et évêque de Tcrracine; Alexandre Albani , neveu du dernier pape, à la famille duquel Innocent rendit ainsi, suivant l'usage, le chapeau qu'il en avait reçu ; et Guillaume Dubois, Français» conseiller d'Etat et archevêque de Cambrai. Ce dernier choix a été beaucoup reproché à Innocent Xlll; mais le blâme en doit moins retomber, ce semble, sur le pape que sur la cour de France, qui avait présenté Dubois pour le chapeau à sa nomination. Dubois était sûrement moins connu i Rome qu'à Paris ; et si tout ce qu'on a rapporté de lui était vrai, la honte d'un tel choix serait un des plus grands torts du régent, qui laissait son ministre solliciter en son nom une faveur dont il
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eût été si peu digne (1). Si la cour de Rome eût refuse* d'accéder a cette présentation, peut-être en serait-il résulté quelque brouiller if pareille à celle qui avait divisé les deux cours, trois ans auparavnnt , pour quelque refus de bulles: car les couronnes se sont toujours montrées fort jalouses de se maintenir dans la possession où elles sont de présenter pour le chapeau les sujets qn'il leur platt. Quant à ce que raconte Duclos du pacte fait avec Innocent XIII , de la promesse de l'élever à la papauté, à condition qu'il ferait Dubois cardinal , et des menaces de celui-ci, c'est là une de ces fables dignes des pamphlets qui l'accréditèrent. Le caustique Duclos n'était pas fort difficile sur les faits de ce genre , parce qu'ils flattaient son penchant à la satire; mais l'historien grave les repousse comme ne pouvant supporter l'œil de la critique. Innocent se fit rendre Commachio par l'empereur, qui y joignit deux millions de florins pour dédommager la cour de Home, privée de cette possession depuis plus de quinze ans. Il termina l'affaire du cardinal Alberoni, qui s'était retiré à Rome après sa disgrâce. La conduite de ce cardinal fut examinée par une congrégation , et il fut condamné à rester quatre ans enferme' dans un monastère; mais le pape abrégea ce temps. Innocent XIII mourut le 7 mars 1744, n'ayant occupé le Saint-Siège que deux ans et dix mois. « Il sut cependant immortaliser un règne si
• court , dit le comte d'Albon. De grandes vertus « et la science du gouvernement avaient fait d'in- ■ nocent XIII un grand prince. Aimé de tous les « grands , ils donnèrent à sa mort les marques « des regrets les plus vifs ; le peuple exprima sa « douleur par des larmes (2). » Lalande lui rend le même témoignage: « Innocent XIII, dit-il, est « le meilleur souverain dont on parle aujourd'hui. « Les Romains ont été bien des années à ne cesser m d'en faire l'éloge et de regretter le peu de durée m de son pontificat... L'abondance était générale, « la police exacte, les grands et le peuple égale-
• ment contents (3). » Il eut pour successeur Benoit XIII. Z.
INTERIANO de ATALA (Jean), religieux espagnol , de l'ordre de la Merci, né en 1656, jouit parmi ses compatriotes d'une réputation assez étendue , et qu'il doit aux ouvrages qu'il a publiés dans presque tous les genres de littérature. Il professa la théologie à la célèbre université de Salamanque avec beaucoup de distinction , fut nommé prédicateur du roi, et obtint d'autres faveurs de
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sans en avoir jamais sollicité aucune. La
|1) 8an» prétendre faire ici l'apologie du cardinal Duboii, il «t reconnu aujourd'hui que se» vice* ont été exagéré» par les auteurs des mémoire* contemporain*, dont le cynisme est connu, et qu'on a suivis peut-être trop aveuglément dan» l'article qui lui » été consacré dan* cette Biographie. L'abbé Dubois n'était pas ■*»» doute un ccclcsiastiQUc édifiant : mais ce qui prouve qu'il n'était pas scandaleux, ce»t qu'il jouissait de l'estime de Fénélon , comme on le voit par plusieurs lettre* de ce dernier. | Voy. le» Mélançtt àt rhitotophir d Uuta\rt,at Moral* *l dt Ltitiraturt, t. 8 , p. 176-203. C. M. P.
12| Discours sur l'Iulie, t. a, P- 234.
(3) Voyagt 4-un ttançaU e» Italie, t. 6 , p. SI.
rédaction de ses écrits et les devoirs de son état remplirent tous les instants de sa vie; et il mourut des suites d'une attaque de paralysie , à Madrid, le 20 octobre 1730, à l'âge de 74 ans. Tous les critiques espagnols s'accordent à louer la pureté et l'élégance de son style. Le P. Interiano avait des connaissances très-variées, et son mérite était accompagné d'une grande modestie et d'une solide piété. On cite de lui : 1° Relation des réjouissances faites par Cunitertité de Salamanque pour célébrer t heureuse naissance du prince Louis, premier du nom en Espagne , 1707, in-i°; 2° Dissertation dans laquelle on prouve que St-Pierre Pascal de Valence , évique de Jeiën , était religieux de l'ordre de la Merci , Madrid , 1721 , in-iD. C'est une réponse à Jean de Ferreras, qui avait cherché à répandre des doutes sur celte question; mais ce dernier, après la lecture de l'ouvrage du P. Interiano, avoua publiquement qu'il s'était trompé. 5° Des Sermons imprimés plusieurs fois, et qui sont très-estimés; 4° des Traductions en espagnol de l'Institution de Fleury au droit ecclésiastique , et de son Catéchisme hùtorique. Le savant Grégoire de Majans donna une nouvelle édition de la traduction du Catéchisme, Valence, 2 vol. in-8°. 5" Pictor chrittianus eruditus, Madrid , 1720, in -fol. Dans cet ouvrage, dont on fait beaucoup de cas, le P. Interiano relève les erreurs où tombent la plupart des peintres en traitant des sujets pieux , et leur donne des conseils pour les éviter. 6° Humaniores atque amœniores ad Musas excursus . siée Opuscula poética. La versification d'Interiano passe pour facile et naturelle, mais prosaïque. Il était en correspondance avec les hommes les plus savants de son temps ; et Grégoire Majans a inséré plusieurs Lettres de ce religieux dans son Recueil, Valence, 1732, in-4°. — Un autre Intemaro (Paul) a publié : \° Riitretto délie ùtorie Genoeesi, Gènes, 1506, in-8°; Lucques, 1351, in-4°; 2° Invetnione delcorto délia longitudine, col ristretto délia s fera, ibid., 1551,in-4A W— s.
LNTltHI (Barthélémy), célèbre économiste et mécanicien de premier ordre, né en 1672 (1) à Pistoie dans la Toscane, vint fort jeune habiter iNaples, et, après y avoir étudié la philosophie et les mathématiques, en donna lui-même des leçons. Doué d'une mémoire heureuse , d'un esprit vif et pénétrant et d'une éloquence naturelle , il y joignait tous les agréments extérieurs. On aurait pu lui reprocher une trop grande timidité; mais ce défaut, qui d'ordinaire est un obstacle à la forlune, ne nuisit point à la sienne. Son mérite fut aussitôt apprécié et connu, et il n'eut que l'embarras de choisir entre les différents emplois qui lui furent offerts; il accepta la place d'intendant de la famille Corsini, qui possédait de vastes domaines à peu près improductifs. Intelligent et la-
(V) La BiograjSa univtrtat» place la naissance d'Intteri vers 1680; mais comme l'abbé OaUani dit qu'en 1764 il avait quatre an* , il crt daii qu'il était né avant lu».
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borieux comme il l'était, dans quelques années il en doubla les revenus par une bonne méthode de culture, et, sans manquer à la plus scrupuleuse délicatesse, il réalisa pour son propre compte des bénéfices assez considérables. Le talent qu'il avait montré dans cette gestion servit à le faire encore mieux apprécier. Son souverain, le grand-duc de Toscane, le nomma son résident à la cour de Naples, avec un traitement de six cents ducats qui lui fut continué, comme une juste récompense de ses services, par Charles III, lorsque ce prince passa sur le trône d'Espagne. Personne ne fit jamais un plus noble emploi des dons de la fortune : sans besoins pour lui-même, tout ce qu'il avait amassé fut employé au soulagement des malheureux ou à l'utilité du pays qu'il regardait comme sa seconde patrie; il établit à Naples une école de commerce qui devint une pépinière d'habiles négociants, et composa pour les jeunes gens qui la fréquentaient deux Traités de mathématiques fort estimés. Dans le même temps, il s'occupait de prévenir le retour des disettes et le renchérissement excessif des blés, en cherchant les moyens de conserver l'excédant des récoltes dans les années abondantes. Des 1720, il avait inventé des silos dont les économistes français n'ont fait usage que plus d'un siècle après. Ce fut en 1726 qu'il imagina l'étuve à blé que le célèbre abbé Galiani, son disciple et son ami , a décrite sous le nom de l'inventeur (voy, G aluni). Plus tard, il perfectionna le paioreio, machine dont se servaient depuis longtemps les habitants d'Amalfl pour transporter les plus gros arbres du sommet de leurs montagnes au bord de la mer, et parvint à en étendre l'usage au transport, même en plaine, des fardeaux les plus lourds. Enfin il découvrit une manière d'imprimer les billets de banque sans avoir à redouter la contrefaçon ; cette invention seule valut au trésor royal une économie de quatre mille ducats à chaque émission de ce papier. Devenu vieux et presque aveugle , il donna sa démission pour vivre tranquille au milieu de ses amis. En 1754, il fonda dans l'université de Naples une chaire d'économie politique, dont son ami le P. Genovesi (voy. ce nom) fut pourvu le premiersous la condition qu'à sa mort il ne pourrait être remplacé par un religieux , à quelque ordre qu'il appartint. Intieri mourut à Naples le 21 février 1757. W s.
LVroRCETTA (Pbosper), jésuite sicilien et missionnaire à la Chine, naquit dans la petite ville de Piazza en 1625. Il n'était âgé que de seize ans lorsqu'il s'échappa du collège de Catane, où ses parents l'avaient envoyé \k>w étudier en droit, et il se rendit à Messine, brûlant de zèle pour se dévouer aux missions étrangères. Les supérieurs des jésuites de cette ville, ayant enfin obtenu le consentement des parents du jeune Intorcetta, lui donnèrent l'habit, et, après le cours de ses études théologiques, l'envoyèrent à la Chine en 1656, avec le P. Martini et quinze autres religieux du
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même ordre. La navigation fut longue et périlleuse ; le P. Intorcetta resta quelque temps à Macao , y fit les quatre vœux de sa profession religieuse, et entra enfin sur le territoire chinois, la 16* année du règne nommé Chun-tcbi, c'est-àdire en 1659 (1). Il établit d'abord sa résidence dans la province de Kiang-si , où ses supérieurs confièrent à ses soins la chrétienté de Kien-tsaian (Kiencianensis eeclesia) , qui depuis plus de vingt ans se trouvait sans pasteur. Ce zélé missionnaire y bâtit une nouvelle église, et en deux ans baptisa environ deux mille néophytes. Le gouverneur de cette petite ville, l'ayant dénoncé au vice-roi de la province, le fit passer pour le chef d'une troupe de brigands qui , au nombre de cinq cents, ravageaient la contrée; l'église fut démolie et le père obligé de se cacher. Une persécution générale s'étant élevée en 1664, à l'instigation de Yangkouang-sian (2), il fut arrête, conduit à Pékin, condamné, avec la plupart de ses confrères, à une rude bastonnade et à un exil dans la Tartarie; mais la sentence fut adoucie , et l'on se contenta de les envoyer en prison à Canton. Ce fut là que vingt-quatre de ses compagnons de captivité, ayant fait venir de Macao un autre religieux pour demeurer en prison à sa place, le députèrent à Rome auprès du général, afin de lui exposer le triste état de cette mission et le besoin qu elle avait d'un prompt secours , car on ne comptait plus, dans ce vaste empire, que quarante missionnaires de son ordre. Les chrétiens de sa province étaient si pauvres qu'en se cotisant ils ne purent amasser que vingt écus d'or pour les frais de son voyage. Comptant néanmoins sur la Providence, il s'embarqua sur le premier navire et fut débarqué à Rome en 1671. Il ne tarda pas à retourner joindre ses compagnons, qu'il eut la co de trouver rendus à la liberté, et il alla i à Hang-tcheou, capitale de la province de Tcbékiang. Il y était- encore en 1687, lorsque les PP. Bouvet, Kontaney, Cerbillon, le Comte et Yisdelou passèrent par cette ville en se rendant de Ning-pho à Pékin. Ces nouveaux venus trouvèrent leur respectable devancier déjà vieux et épuisé par ses travaux a|>ostoliques. Il vécut assez pour participer à la nouvelle persécution qui fut excitée contre les missionnaires en 1690, et, malgré son grand âge et les infirmités qui en aggravaient le fardeau, il comparut devant plusieurs tribunaux et montra un courage et une présence d'esprit que ses juges mêmes furent forcés d'admirer. Les planches des livres qu'il avait composés furent brisées. Il était alors âgé de plus de soixante-cinq ans. 11 avait pris, pour se conformer à l'usage de ses confrères, le nom chinois de In-
[\ \ Le P. Legoblen , rapportant un interrogatoire que le P. Utorectta eut i subir deraut un mandarin , dit que ce micùoanaire était venu à la Chine avec le V. Yerbtcst en 1667 Noei nous tontine* conforme au calcul du Ca.nj -«.ù«-»a-fcâi c'est-à-dire de la Notice tur Ui tnUtumnaint, imprimée ea < nuis en 1047, I vol.
(2) Un trouve quelques détails à cet) Cortn',1. 4, p. 17G«tsulT.
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to-t&é et le surnom de Kio-ssé. U avait composé i en chinois, dès l'année Ki 17, un ouvrage intitule Ye-sou hocï-li, ou Règlements de la Compagnie de Jésus, et trois parties de sa traduction des quatre livres moraux : ce sont les expressions de l'auteur du Catalogue des missionnaires de la Chine. L'n jugement du gouverneur chargé d'examiner ces livres, lors de la persécution de 1600, porte qu'ils avaient été gravés dans les années Wan-li (entre 1573 et 1015); c'est bien certainement une erreur. Voici ce que nous connaissons du travail du P. Intorcetta : 1° Le Taï-hio. imprimé à la chinoise, en planches de bois, avec le texte original, à Kiang-tchang-fou, dans la province de Chan-si, en 1062. Le P. Intorcetta n'était point auteur, mais éditeur de cette traduction, dont on est redevable au P. Ignace de Costa, jésuite portugais. 2° Le Tchoung-Young . pareillement en chinois et en latin , sous le titre de Sinarum seientia politieomoralis, et imprimé moitié à la chinoise dans la ville de Canton, moitié suivant les procédés européens à Goa, in-fol., en 1667 selon Mongitore, ou en 1669 selon Sotwel et Léon Pinelo. C'est de là que vient le nom d'édition de Goa donné à ces livres, «jui sont d'une rareté excessive en Europe. On trouve à la tète de ce volume la vie de Confucius, en latin, avec beaucoup de caractères chinois. Léon Pinelo (p. 131) cite une réimpression de Goa faite en 1671, in-8°, également en latin et en chinois. 3° Enfin la première partie du Lun-iu, un volume à la chinoise , sans indication de date ni de lieu. Ni cet ouvrage, ni les deux précédents, ne peuvent, à cause de leurs dates, être regardés comme faisant partie des trois livres de Gonfucius indiqués dans le catalogue de 1647, et ceux-ci sont, selon toute apparence, entièrement perdus; mais l'édition de Goa en est sans doute une réimpression fidèle. Dans cette traduction, chaque phrase du texte est disposée en lignes horizontales, et de gauche à droite, avec la prononciation des caractères chinois en lettres latines , puis la traduction ou pour mieux dire la paraphrase latine. Le P. Intorcetta fut le principal, mais non le seul auteur de cette traduction , qui est signée de seize autres jésuites, parmi lesquels on doit distinguer les PP. Couplet , Herdlrich et Hougemont. La version latine , la paraphrase destinée à l'expliquer, les notes dont elle est accompagnée, sont la base du Con/ucius Sinarum philosophus, site Seientia sinensis latine exposila (Paris, 1687, infol.}, ainsi que des fragments de traductions publiés par Melch. Thévenot et dans les Analecta Vindobonensia. U existe un exemplaire complet de cette édition rarissime dans la bibliothèque " impériale de Vienne (coy. Lambetius, t. 7, p.3W, et Bayer, Mus. si h. praef., p. ltij. Le 1». Intoreelta a encore publié à Rome une relation des prodiges arrivés en Chine à l'occasion de la dernière persécution ; c'est probablement l'ouvrage intitulé
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