‹ Biographie universelle ancienne et moderneChapitre 70 sur 106 · C6 IRI · texte numérisé non relu

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éloge de cette histoire, rédigée sur de nombreux documents. Irîco fut reçu en 17-18 docteur au collège de la bibliothèque ambrosienne, et nommé l'un des préfets de ce riche dépôt de manuscrits. Tous les savants italiens, et parmi eux le comte Bcccaria , Denina , Paciaudi , Lagrange , Bodoni , Amorelti, Yalperga di Caluso, et particulièrement le laborieux Sassi et l'historien Philippe Argellati, auquel Irico adressa sa lettre latine en 1758, entretenaient avec lui une correspondance active- Sa réputation fut portée à un tel point que, en 1745, ayant aide son ami Argellati pour la publication d'un grand ouvrage intitulé Bibliotheea icriptorum mediolanensium, cui aeeedit J.-A. Saxii kittoria litteraria typographica , 4 vol. m- loi., le seul nom d'Irico fut généralement annoncé ; et, en 1746, le professeur des écoles palatines, le savant Horace Bianchi , ayant avancé, dans un discours publié à Rome, que notre abbé était l'auteur de celte histoire, celui-ci, plein de délicatesse, s'empressa de désavouer cette allégation et de se plaindre du tort qu'on faisait à son ami Argellati. L'amour de son pays décida notre historien à publier les deux ouvrages suivants : 6" De taHcto &asio, Astentium primo episcopo et martyre, Casalensis urbit patrono, distertatio historko-critica. Milan, 1748, in- > , 7° Codex EvangeUorum sancti Eusebii magni epùeopi et martyr is manu exa~ ratut, ex autographo basilicat Vercellensis ad unyuan exhibitus, uunc primum in lucem proditus, Milan, 1748, 2 vol. in-4°. L'auteur dédia cette dernière publication au cardinal délie Lancie, Vercellais d'origine. Il eut une longue contestation avec le P. Bianchini, de Vérone, qui prétendait prendre date pour la même publication ; etMillin, dans son voyage en Piémont , s'est déclaré pour le littérateur véronais. Une polémique s' étant engagée, en 1751 , entre le comte Rubini et l'abbé Irico, sur l'objet principal du mariage, celui-ci publia : 8° Dissertaùone sut fine primario del tnatrimonio a confutaziane del conte Rubini, 1751 , in-8°; 9° Qratio habita in laudem Uominici Leonardi, Milan, 1751, in-8°; 10° Fragmenti aniiqui lapidis Romas effosti expticatia abtque nota anni et loci. Le comte Rubini répondit aux observations de l'abbé Irico, ce qui donna lieu à l'ouvrage suivant : 1 1° Controrepiica ai signor conte Rubini tul fine primario del matrimonio. Milan, 1753, in-8°. Tiraboschi en fît l'éloge. 12° Riposta alla lellera publicata da don Paolo Ono/rio Branda, chierico regolart di S.-Paolo, in di/esa d'una brève inscriùone dedicata al conte Ludo cico Archinto da G. -A. Irico, dottore del collegio Ambrosiano, le 20 juillet 175G, in-8°. Le raoiuc Branda avait attaqué Irico d'une manière fort inconvenante ; celui-ci ne voulait point lui répondre, mais le comte Archinto lui conseilla d'en agir autrement. 13° Vita dei SS. martyri Vitale ed Agricola. Milan, 1750, in-8°. Eu 1764, la dignité de prévôt et de curé du chapitre collégial en l'église paroissiale de Trino étant devenue vacante, l'abbé Irico en fut revêtu le 9 mars de la même

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année. L'homme de lettres, le philosophe hésitait

à abandonner le collège ambrosien pour aller dans son pays sacrilier sa tranquillité et & embourber dans des procès de chapitre et de confrérie, comme s'exprime son ami, l'abbé Denina, dans ses Lettres brandebourgeoises. Ce fut l'amour de la patrie et cette tendance de l'homme avancé en âge pour sa terre natale qui prédominèrent ; et Irico accepta cette charge noble , mais difficile, dans laquelle il n'eut que des désagréments, pour avoir voulu rétablir l'ordre et la discipline dans l'administration de sa paroisse. Loin de sa bibliothèque ambrosienne, le prévôt Irico n'avait plus la force de s'occuper de littérature et ne pouvait plus se nourrir de la société savante dont il avait joui à Milan ; néanmoins, préoccupé toujours de l'histoire de sou pays, il publia encore : 14° J/etnorie degli atti e translaùone di santo Cajo , papa e tn ardre veneralo nella chiesa di Palazzuoto pressa a Trino, con noliùe del veuerabile frate Rona Ventura Relli, francescano reformato. che porto alla sua patria quel sacro tesoro. Casai, 17G8, in-8°. Depuis cette année jusqu'à sa mort, arrivée le 2 mars 1782 , Irico , livré aux fonctions de son ministère, ne publia plus rien. Le rédacteur de cet article ' possédait plusieurs manuscrits de cet homme illustre, auquel il a consacré un éloge, orné de sou portrait gravé par l'artiste Bozza de Padoue, dans l'Histoire de la littérature tercellaue. t. 4, p. 210. L'abbé Biandrate, son successeur dans ses charges et dignités, lui éleva, dans le vestibule de la sacristie, une table de marbre sur laqueUe on lit :

Aittrnm menori* J0. Andrt* Iriei Ambrtuiani eolUg. dtet. huju$ eeeUt. prapot. dttect. patria tt rtpub liltr. opt.mtr.fv amnor. 77, M. 8, dier. 24, >M du 3 marin M DCC LXXXU: «tccceMer «i Ai* amoris D, todetn an. .

Le nombre des manuscrits inédits trouvés dans la bibliothèque de ce savant laborieux se monte à vingt-quatre ; la plupart se rapportent aux antiquités ecclésiastiques, et plusieurs mériteraient d'être publiés, notamment : Le antichità ecclesiashche in opposiùone a quelle deW inglese Bingum publieate in Londra nel 1708 al 1722 , 8 vol. Cet ouvrage important n'a pu être terminé par Irico, et Denina, son ami, qui l'avait examiné, en témoigna un vif regret. G— c — v.

I KL AND ( BonXventure ) , savant jurisconsulte, né en 1551, à Poitiers, était Ms de Robert friand, noble Ecossais, qui, s'étant établi vers le commencement du 16e siècle à Poitiers, y fut pourru d'une chaire de droit, qu'il remplit pendant plus de cinquante ans avec une rare distinction (I}. Bonaventure apprit les humanités et la philosophie du célèbre et malheureux Ramus, et les mathématiques d'Etienne Forcadel. Ensuite il étudia le droit à Paris et à Poitiers , et fit des progrès si rapides dans celte science qu'à vingt ans il était

|l) Robert mourut en 1661 , dan* un âge très-arane^. Il avait eu le bonheur de compter au nombre de aea élève* le cbanrr'M Chiverny, Cbriatophe de Thon, Barnabe Uri*»oo, l'ibiac, etc.

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déjà compté parmi les jurisconsultes instruits. On en trouve la preuve dans la Réponte de Jos. Scaligeraux questions qu'Irland lui avait adressées sur quelques points de droit embarrassants. En 1 579 il fut pourvu d'une chaire à l'université de Poitiers; mais, deux ans après, un oncle maternel, Bonaventure Âubert, lui ayant résigné sa charge de conseiller au présidial, peu s'en fallut qu'il ne se bornât aux modestes fonctions de la magistrature. U en fut détourné par le chancelier Chiverny , l'un des élèves de son père, qui décida que la place de professeur n'était point incompatible avec celle de conseiller. Irland conserva donc sa chaire; et, pendant plus de trente ans, sa réputation comme jurisconsulte continua d'attirer un grand nombre d'auditeurs. U mourut à Poitiers vers 1612. On a de lui : 1° Remontrances au roi Henri fil, au nom du payt de Poitou, Poitiers, sans date, in-8°; 2° De emphasi et hypoftasi ad recte judicandi rationem consideratio , il ml. (1590) , in-8°. Son but, dans ce petit ouvrage, est de mettre en garde les magistrats contre les subtilités et les arguties de certains avocats pour faire triompher leurs causes. Il est écrit avec méthode ; on y trouve de l'érudition; mais le style, quoique pur, est embarrassé. 5° Discourt (en latin) sur la naissance du />«u/?Aifi (Louis XIII), ibid.,1605, in-12. Il avait laissé une Vie de Robert Irland. son père, dont le manuscrit s'est perdu. On peut consulter, sur les savants de cette famille, la Bibliothèque de Poitou, par Dreux du Radier. Bonaventure Irland était l'aïeul de Lavau, membre de l'Académie française (coy. ce nom). W — s.

IRNERIUS (Werner ou Garmer), connu aussi sous les noms latinisés de Wemeriut ou Wharneriut , Cuarnackariut ou Guarnerius , Himerius ou Ymerius, et même sous celui d'Ireneus, jurisconsulte célèbre regardé vulgairement comme le restaurateur de la science du droit romain au moyen âge , était sans doute, ainsi que son nom porte à le croire, d'origine allemande , mais rien ne démontre qu'il ait reçu le jour en Allemagne même. Beaucoup de familles originaires de Germanie étaient répandues au sud et à l'est des Alpes, et tout un peuple, les Lombards, avait dominé sur les trois quarts de la péninsule. Ce n'était pas depuis longtemps que leur domination avait cessé à Spolète, et la vaste principauté de Bénévent leur appartenait encore. C'est donc trèsgratuitement que Fabricius (Hist. média et injima latinitatis, art. Imerius ), d'après des autorités modernes, lui donne l'Allemagne pour patrie. Ceux qui le font naître à Milan, une des capitales des duchés lombards, sont plus voisins du vrai. Mais en réalité les témoignages les plus anciens et les plus dignes de foi s'accordent à placer son berceau à Bologne. Cette opinion, suivie par Landolf l'ancien et plus tard par Odofredo [in Digett., lit. De justitia et jure. cap. Jus civile), est aussi celle de Tiraboschi, que l'on n'accusera pas cette . fou de partialité patriotique : tout au plus la mo-

difierions-nous en admettant que par Bolonais il faut entendre né sur le territoire et non dans les murs de Bologne. On a beaucoup varié sur l'époque de la naissance d'Imérius, et, par suite, sur l'espace dans lequel fut renfermée sa vie. Mais d'abord , comme il est certain que nulle part encore on n'a vu son nom mentionné pour des événements postérieurs à 1118, qu'au contraire ce nom revient assez fréquemment dans les années immédiatement antérieures, il est croyable qu'en 1118 Irnérius approchait de la fin de sa carrière, et si sa vie fut longue, si sa célébrité ne se forma que lentement, on conclura qu'il dut venir au monde au commencement du dernier tiers du 11« siècle, par exemple vers 106-3, ce qui serait le milieu entre l'avènement de Henri IV à la couronne impériale et l'exaltation de Grégoire VIL C'était le moment d'une immense révolution intellectuelle. Si la papauté se mettait à la téte des résistances contre l'autorité illimitée et brutale du glaive, si la nationalité italique s'agitait pour échapper aux Allemands, ce déploiement matériel de forces allait de front avec un mouvement intérieur des esprits que le bouleversement des barbares avait longtemps arrêté. Quand la jurisprudence fut enseignée avec éclat, le champ des hautes sciences (si l'on met à part la grammaire, la rhétorique, la philosophie, sciences préparatoires, la médecine, l'alchimie et l'astrologie , sciences de mécréants ou sciences occultes), le champ des hautes sciences, disonsnous , fut divisé en deux grands domaines : celui des choses divines ou théologie , favorable en général aux doctrines d'émancipation ; celui des choses humaines ou jurisprudence , qui inclinait en faveur du pouvoir. Remarquons à présent que la jurisprudence comme science ne jetait en Occident que de pales rayons. Cependant les grandes cités de l'Italie avaient encore des hommes de loi, des causidici qui s'intitulaient sapicnles ou legum prudentes; dans le sud de la péninsule existaient le souvenir et même quelques manuscrits des compilations de Justinieu, et l'on sait aujourd'hui qu'il n'y eut pas besoin du sac d'AmalO par les I'isans (1137) pour les arracher de leurs cryptes. Rome aussi devait en avoir, et nous ne comprendrions pas que la capitale de l'exarchat , que Ravenne eût pu en manquer (1 ).

|1) St-Picrre Damién ( D* grndibut a/finit., t. 2, p. 81. de* ouvre* complètes, édit. de Rome , 1606', qui écrivait au milieu du 11« siècle, dit avoir entendu A Ravenne le» savant» de la ville \tap\enla ctv\latù\ , que plu» tard il appelle savant* en loi» [Uffii perilot), discuter en réunion solennelle. A la requête dea Florentin» , sur le» degré» de parenté prohibitifs du mariage , et il finit par rapporter la décision qu'ils envoyèrent à Florence, et dans laquelle ils citaient un passage des lnstitutes de JusUnien. Odofredo, malgré son vague chronologique, n'est pas moins formel lorsqu'il dit m que de Rome le» livres de droit passèrent - a Ravenoe, pour être ensuite transférés de Ravenne à Bologne. » Bien entendu qu'il ne faut pas prendre au pied <le I a lettre le mot de translation , et qu'Odolnedo a voulu nous laire voir ce déployant sur de» théâtres successifs renseignement qui suppose les livret. Selon toutes le* apparences, c'est au temps rt'lrmrius que la dernière transmigration eut lieu; mal* c'est A tort qu'on voudrait en faire honneur A Irnérius. Il est certain , toujours d'aprè* Odofredo, quUl y eut £vant Junun professeur d*

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il ne parait pas qu'lrnérius ait d'abord connu sa vocation et qu'il se soit livré jeune à la jurisprudence. Il avait commencé par suivre ses cours usuels de tritium et quadrieium , s'adonna rit principalement à la philosophie , et il professa la logique et peut-être la grammaire à Bologne. Afin de rendre raison de son érudition comme professeur de droit, on a prétendu, tantôt qu'il avait passé la mer pour aller à Constantinople, tantôt qu'il avait été sur les bancs à Ravenne. Sarti {De

Claris arc lu g, profeti. Bonou.) a fait justice de CCS

traditions ou plutôt de ces inventions des historiens. Le voyage de Constantinople est une fable à l'appui de laquelle on ne cite aucune preuve, et quant aux leçons qu'lrnérius eut à suivre à Ravenne, ce n'est qu'une conjecture fondée sur ce fait que Ravenne cultivait le droit avant Bologne ; mais qu'importe si Bologne avait déjà un professeur, si les livres de Justinien s'y trouvaient avant Irnérius ? Et comment se fait-il qu'on ne nomme point le professeur ravennais sous qui se forma cet élève fameux ? Enfin deux mots d'Odofredo , si bien instruit des faits de son époque, tranchent toute la difiîculté. Il dit en parlant d'Irnérius : CaspH per se ttudere in librit notirit. et ttudendo capit docere in le gibus. Ces mots per te coulent à fond l'idée de ceux qui ont fait d'Irnérius le disciple de Pépon. Il est évident , à moins qu'on ne veuille récuser un témoignage irrécusable, que tout au plus Irnérius, sachant les travaux de Pépon , peut-être ayant causé, ayant vécu avec lui, puisa dans sa conversation le désir de se livrer aux mêmes études, soit qu'il pressentit tout ce qu'il y avait à faire et à moissonner dans ce champ encore si peu connu, soit qu'une de ces circonstances minimes qui si souvent occasionnent de grandes choses eût tourné fortuitement de ce côté son attention , et qu'ensuite des raisons graves l'y aient tenue fixée. D'après un vieux récit que nous a transmis Henri de Suze, appelé communément le cardinal d'Ostie (in Décret. Oregor., ad Rubric. de Testamento) et qui courait à Bologne parmi les professeurs , ce fut à l'occasion d'une discussion sur l'as entre les savants bolonais qu'lrénius se mit un jour à feuilleter, puis lut, puis approfondit le corps du droit romain. Ce récit n'a rien que de simple, et Sarti l'admet sans peine. Il est clair que l'as dont il est question ici, c'est l'as pris comme entier ou comme l'unité, par opposition aux fractions. Ce mot revient à toute minute dans le code pour les successions et partages. Soit donc qu'lrnérius crût à sa supériorité sur Pépon , soit que , moins confiant en lui-même, il désirât envelopper de mystère des efforts qu'il craignait de voir infructueux , ses études furent solitaires ; il fit luimême, les livret i la main, son éducation, sa science fut une science d'autodidacte ; il y a plus : il acquérait la science à mesure qu'il l'exposait, et non-seulement eapit per se studere. mais encore ttudendo cetpit docere. Probablement le pro-

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fessorat ne remplissait pas seul tout son temps :

il plaidait ou consultait, à moins que le titre de eautidieo bolognete que nous lisons adjoint à son nom dans les actes d'un plaid, tenu en 1113 par la grande-comtesse Mathilde, ne soit une expression antique placée là , sans précision et sans à-propos: nous ne le croyons pas. Suivant la chronique de Conrad de Wurtzbourg, ce serait à la sollicitation de cette célèbre amie du saintsiége (c'est-à-dire sous sa protection, sous ses auspices) qu'lrnérius aurait ouvert son école de droit. Cette assertion a grand besoin d'être modifiée: d'abord Bologne n'appartenait pas à la grande-comtesse; si elle eût tant souhaité la formation d'une école de droit, que n'en érigeaitelle dans ses vastes possessions de la Toscane ou de la haute Italie ? que n'y appelait-elle Irnérius? C'est encore sous l'influence d'idées inexacte* on altérées qu'on a dit qu'il avait d'abord donné des leçons de droit a Rome et à Pise ; car qui a jamais entendu parler des écoles de droit de Rome et de Pise à cette époque ? Lorsque la Rome des papes eut une jurisprudence, ce fut la jurisprudence canonique, laquelle se posa sur une foule de points l'antagoniste de l'autre. Quant à Pise, elle ne s'occupait alors que de commerce, de piraterie et de marine : des armateurs pouvaient trouver quelques manuscrits des Pandectes, mais ils ne s'épuisaient point à les lire. Nous ne réfuterons pas l'inadvertance de ceux qui croiraient que Pise étant en Toscane devait appartenir à Mathildc, et qui, liant les deux traditions de l'invitation de Mathilde à Irnérius et du professorat d'Irnérius à Pise , seraient tentés de croire que le célèbre Bolonais ouvrit d'abord école en cette ville, mais qu'ensuite, cédant aux séductions impériales ou entraîné par ses convictions, il abandonna les Etats de Mathilde pour une ville où il pùt en liberté proclamer l'omnipotence de l'empereur, du successeur de Justinien. Il est encore bien moins besoin de répondre à la vieille tradition qui , conservant toujours l'idée favorite d'une Invitation officielle émanée d'en haut ,' M borne à substituer Lothaire II à Mathilde. Mais Lothaire II régna de 1125 à 1138. En admettant qu'lrnérius vécût encore à cette époque, il n'en demeure pas moins certain que son école était ouverte et son nom célèbre un quart de siècle auparavant. Lothaire 11 ne pouvait que l'applaudir ou l'encourager, lui prodiguer des promesses ou des récompenses , mais l'inviter à commencer un enseignement, cela ne se pouvait plus. Les motifs prêtés tantôt à ce prédécesseur des Hohenstauffen, tantôt à Mathilde, sont tout aussi dénués de fondement. Au dédale de lois diverses, toutes en vigueur parmi les races qui se partageaient l'Italie, de telle sorte qne chacun pouvait choisir la loi sous laquelle il lui plaisait de vivre, les princes, dit-on, avaient pour but de faire succéder une législation uniforme, égale et obligatoire pour tous. D'autres ont attribué ce lao-

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gage au jurisconsulte lui-même , et c'est de lui que Malhilde et l'empereur auraient reçu le conseil d'abolir toute législation autre que la loi romaine. Cette tradition est moins absurde que l'autre ; mais elle n'est point probable pourtant, et Lindenbrog, Conring, Selden la rejettent hautement. En effet, on prend ici un résultat pour un motif. La loi romaine, sans doute, finit par périmer les lois frauques, lombardes et autres, mais lentement et par degrés : le développement de la science du droit y fut pour beaucoup, et les esprits supérieurs ne pressentirent même cette révolution que lorsqu'elle était déjà avancée : la voir avant son commencement était au-dessus des prévisions humaines. Qu'on ne dise donc pas que l'école fut ouverte, que l'étude commença sur ces chimères. L'élude du droit n'avait jamais été entièrement abandonnée. A mesure que la société se posait, les relations civiles se nouaient, se multipliaient , les jurisconsultes croissaient en nombre. A mesure que l'empire grec perdait terrain en Italie, lesbommes, les livres devenaient italiens, puis naturellement le déplacement se faisait : l'italien du sud courait au nord. Au sein de l'Eglise les études ftorissaient ; mais elles y florissaient depuis longtemps ; en les continuant, l'intelligence réveillée en voulait d'autres, elle aspirait aux études séculières. La médecine était en quelque sorte arabe et juive -, aux temps anciens , elle était presque exclusivement grecque ; la jurisprudence au contraire avait été un fruit spontané du sol italique, et surtout du sol de l'Italie centrale. La jurisprudence reprit donc invinciblement et spontanément un essor vigoureux sans excitation des Allemands , sans résolution préalable d'étouller une législation au profit d'une autre. Pour qu'lrnérius coopérât à ce développement, il suffisait qu'il participât au sentiment général de son époque, et qu'il fût persuadé que l'étude à laquelle il s'appliquait prenait faveur, que ses veilles seraient récompensées, son génie compris, noué d'une grande puissance pour sentir et pour reproduire, il pénétra les premiers replis de la science, malgré le peu de secours qu'il avait autour de lui. il la vulgarisa et la transmit aux autres, plus saisissable et moins obscure ; il la fit apprécier, aimer, et créa de cette façon un mouvement où se développe assez de grandeur pour lui mériter le renom de créateur ; il compta des disciples qui eux-mêmes en formèrent d'autres, et commença ainsi une chaîne qui n'a plus été interrompue. Son enseignement, à ce qu'il semble , consistait en lectures du texte, qu'ensuite il commentait. Sur quoi tombait ce commentaire ? sur le sens, sur la portée, sur le but, sur les applications de la loi , ou bien sur des exemples ? C'est ce que nous ne pouvons pas dire. Vraisemblablement ces explications étaient fort simples. Quant aux textes qui servaient de base aux leçons , c'était, on le sait par Odofrédo, le corps entier du droit

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romain ; c'étaient les Pandectes, le Code, les Institutrs, les Novelles ou Authentiques. Gui Paneixv\i(Ue Ugum interpretibut) , George Rittershuys et J. Wissenbach reprochent très-amèrement à Irnérius d'avoir choisi de deux versions latines des Novelles la moins fidèle et la moins élégante. i. Strauch, Alexandre Pagcnstccher et Guill. de Hcrtoghe l'ont justifié. Il s'est trouvé aussi des savants de mauvaise humeur, Fichard par exemple, qui l'ont accusé d'avoir été l'auteur des ténèbres de la jurisprudence (1). Ce n'est sans doute qu'un coup de boutoir sans conséquence et comme on en lance tant en conversation contre le plumitif et la chicane ; mais ce peut être une critique contre ce qui nous reste d'irnérius. Dans celte hypothèse il faudrait réunir le sévère jugement de Fichard à celui de Cotta, lequel assure de même, avec un superbe dédain {Récent, jurii inlerpret., p. K80 de l'édit. de Leipsick, 1721), que les Glotet d'irnérius, au lieu d'éclaircir le droit romain, en ont épaissi les ténèbres. Mais celte sentence a été cassée sur pièces par Sarti, qui cite des Glotet d'irnérius, et démontre qu'elles sa recommandent par la précision , par la brièveté et la clarté. Que ces gloses ne soient plus rien aujourd'hui , qu'en érudition , en profondeur. , en faculté comparative on ait cent fois dépassé Irnérius, ce n'est point là la question ; mais pour son époque, et quand personne en Occident n'avait frayé la route , que valaient-elles ? Tous les contemporains d'irnérius rendirent justice à ce grand homme : autant le nom de Pépon avait été obscur , autant le sien eut de retentissement : on le qualifiait à l'unanimité du surnom de « Flambeau du droit » (lueema jurit). Les élèves de toutes les nations affluaient à Bologne, qui, depuis 11)0 surtout, acquit par son école de droit la même célébrité que Saleruc par son école médicinale (i). Sa gloire passa les Alpes : ce n'est pas Malhilde seule qui l'appelait à ses conseils comme nous l'avons vu, lors du plaid de 1113, où son nom précédait alors ceux de tous les autres hommes de loi. Henri V le connaissait de réputation, et quand, après la mort de MathiMc (1115), il se rendit en Italie en 11 10, 1117, 1118, il l'invita de même à toutes les assemblées nationales qu'il tint dans celte contrée, lui prodigua des marques d'estime et en fit son confident. La querelle des investitures était encore palpitante. Nous ne saurions dire si c'est à partir de ce moment, c'est-àdire depuis la mort de Malhilde et l'arrivée do l'empereur, qu'lrnérius se prononça sans rt-stric tion contre les doctrines ultramontaines sur l'investiture, ou bien s'il avait longtemps auparavant donné sa solution du problème. D'après la tendance générale des textes qu'il développait, et en l'absence de tout ^étail contraire, on peut

(l) Ltgum ténèbre polius ab ta t'n.fmm eumpierunt.

(2| DoeU tua* tteun dvxtt Iiononm leget Ipoemc fur J.1 guerre de Milan et de Corne, </« 1US à 1127, dan» Muraturt, t. S de Script, rtrnm iUUwtr.).

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