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tion régulière, et que ne troublait nulle insurrection, se fortifiait par l'habitude. Cependant à la suite de la retraite de Hastings et des tiraillements qui alors se manifestèrent dans le gouvernement de l'Inde, Irwin fut remplacé : il revint en Europe (178o) disant au public qu'il voulait se reposer de ses fatigues au sein de sa famille et des muses. Effectivement les hauts seigneurs de l.eadenhall- Street lui en laissèrent le loisir : ils se bornèrent à lui allouer, en récompense de ses services et comme indemnité de pertes qu'il avait subies, une forte somme une fois payée, et ne le replacèrent qu'en 1792, avec le titre de surintendant des affaires de la compagnie à la Chine. Irwin repassa en Asie, et y resta deux ans en cette qualité. De retour à Londres, il vécut dans une honorable indépendance. Quelques velléités d'ambition l'agitèrent parfois, et à deux reprises au moins il fit des démarches pour devenir un des directeurs de la compagnie ; mais toutes échouèrent. Il mourut le 14 octobre 1817, à Clifton. On a de lui : 1° La relation de son deuxième voyage de l'Inde en Europe sous le titre d'Aventures d'un voyageur le long des côtes de la mer llouge et dans le désert, lyondres, 4780, in-8° ; 2" Examen de la possibilité d'une expédition de Buonaparte en Orient, 17**8, in-8°; 3° Bon nombre de poésies imprimées séparément, entre autres : Bedekah. pastorale indienne (1776, ln-4°), des Èglogues orientales (1780, in-4°), le Mont St- Th ornas, poë'me (1771, in-4°), une Ode sur la mort d'Baider-Ali (1784) et une Ode à flbérie (1808), une Élégie intitulée le Ml, en l'honneur de Nelson (1798), et une Elégie sur la chute de Saragosse (1808), Buonaparte en Egypte (1798, in-8°), Napoléon, ou la Vanité des souhaits de r homme (MU, in-4°, 2 parties). Irw in a de l'élégance, de la sensibilité, mais peu de chaleur, peu d'originalité surtout : ses descriptions de la nature orientale et de la vie sauvage ont de la vérité, mais peu de charme. P — ot.

ISA (François d"), littérateur, né en 1872, à Capoue, d'une famille patricienne. Après avoir fait d'excellentes études, il embrassa l'état ecclésiastique et fut pourvu d'un canonicat de sa ville natale. Dans ses loisirs, il cultiva l'histoire et la poésie. Ses Recherches sur Capoue , louées par ses contemporains, sont restées inédites; mais on a de lui cinq comédies en prose , composées à l'imitation des Crées et des Latins, que Maffei et Crescimbeni mettent au nombre des meilleures pièces du théâtre italien. Elles sont intitulées Alvida, Flamminia, la Fortunia, Ginevra et il Maritato. Toutes ces pièces, imprimées de 1600 à 1022, in-12 ou petit in-8°, parurent sous le nom d' Octare d'Isa , frère de l'auteur , qui sans doute n'osait pas les avouer , à raison de la gravité «le son état. Quoiqu'elles aient eu plusieurs éditions, elles n'en sont pas moins devenues très-rares , et l'on a quelque raison de s'étonner qu'elles n'aient pas été reproduites dans les Raceolti si fort multipliés dani ces derniers temps en Italie. Des mo-

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tifs que l'on ignore ayant conduit à Rome François d'Isa, il y mourut en 1662, à 50 ans, et fut inhumé dans l'église Sta-Maria del Popolo. Un noble Capouan, Vinc. Frapperi Ratta, son ami particulier, lui consacra une belle épitaphe, dans laquelle il le nomme Plautus italiens , et lui restitue les comédies publiées sous le nom de son frère. Cette épitaphe est probablement disparue, puisque Gallclti ne l'a pas donnée dans ses lascriptionet romanat infimi tevi, mais elle a été recueillie par Crescimbeni , qui rapporte aussi le sonnet au prince d'Espagne , placé par Isa en téte de la Flamminia. (Voy. Vlstoria délia tolgar poesia. t. 4, p. 160.) \V— s.

ISAAC, fils d'Abraham et de Sara, naquit a Hébron, l'an 1892 avant J.-C., suivant la chronologie d'Ussérius. Son nom dans la langue hébraïque signifie ris, et lui fut donné à cause de la joie qu'il répandit dans sa famille par sa naissance. Abraham avait cent ans et Sara quatre-vingt-dix, quand le Seigneur leur accorda ce fils si désiré, et, parce seul bienfait, mit le comble à tous leurs vœux. Isaac fut circoncis le huitième jour après sa naissance, conformément au précepte du Seigneur. Il était la consolation de sa mère, qui le voyait croître sous ses yeux, et qui mettait en lui son unique espérance : mais cette consolation fut mèlëe d'amertume, parce qu'lsaac n'était pas l'atné des enfants d'Abraham, et que la succession de son père ne lui appartenait pas tout entière ; aussi ee servit-elle de tout l'ascendant qu'elle avait sur l'esprit d'Abraham pour le décider à l'éloignement d'Ismael, dont la présence lui faisait ombrage, et qui paraissait vouloir prendre à l'égard d'Isaac une autorité qui ne convenait point m fils de i esc lare. On croit qu'lsaac était âgé de vingt ans, lorsqu'il fut destiné à être immolé de la main de sou père, par l'ordre même du Seigneur. Il porta sur ses épaules le bois préparé pour l'holocauste jusqu'au mont de Moriah, sur lequel le temple de Jérusalem fut bâti depuis ; et il eût été sacrifié si le Seigneur n'avait révoqué son ordre, et substitué une autre victime. A l'âge de quarante ans, il épousa Rebecca, fille de Batuuel, neveu d'Abraham, de laquelle il eut deux (1U jumeaux, EsaU et Jacob. Isaac témoignait plu* d'affection à EsaU, son aîné, parce que, dit h Genèse, celui-ci le régalait souvent du gibier qu'il rapportait de la chasse. Néanmoins il transféra tous les droits de la primogéniture à Jacob, et lui assura son héritage, surpris d'abord par les artifices de Rebecca, et sans doute dirigé par le choix du Seigneur, dont la sagesse avait tout ménagé Obligé de sortir de son pays pour échapper aux horreurs de la famine, il dirigea ses pas vers Gerare, où son père avait été autrefois reçu dan* une semblable conjoncture. Avant d'y arriver, il convint avec Rebecca qu'il passerait toujours pour son frère, afin d'éviter des dangers qu'il redoutait, si elle venait à s'attirer les regards du roi ou des principaux habitants de cette ville barbare. Ce

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monarque, instruit de son stratagème par des indices certains, lui en fit des reproches, et rendit une ordonnance par laquelle il condamnait à mort quiconque toucherait à la femme de l'étranger. Ainsi Rebecca fut en sûreté sous le titre d'épouse, et Isanc n'eut plus rien à craindre sur ce point ; mais il fut inquiété du côté qu'il s'y attendait le moins. Ses grandes richesses, fruit de la bénédiction du Seigneur, excitèrent l'envie du peuple de Gerare, et le rendirent odieux. On lui ferma les puits qui avaient appartenu à Abraham; et bientôt après on lui ordonna de sortir de la ville. Isaac alla dans une vallée voisine, où ayant creusé il trouva des veines d'eau vive. Nouveau sujet de dispute, [.es bergers prétendirent que le puits devait être à eux : ils s'en emparèrent; et, pour perpétuer la mémoire de cette violence , le puits porta le nom de kêseh, c'est-à-dire contestation. Un troisième puits ayant été découvert, les Philistins en dépossédèrent Isaac, qui l'appela tituah, ou haine. Il fallut bien qu'il changeât de retraite, et transportât ailleurs son établissement. Étant arrive dans une vallée plus éloignée de Gerare, il y trouva un puits assez abondant en eau pour mériter le nom de largesses : c'est là que le Seigneur l'honora d'une nouvelle vision , et qu'Abimelech , accompagné de l'hicol, chef de son armée, et d'autres officiers, vint y renouveler son alliance avec lui, et confirma solennellement une amitié constante par des serments inviolables. Le roi et le patriarche se donnèrent mutuellement des gages d'une éternelle union, et scellèrent leur traité par un festin , suivant l'usage de ces temps antiques. Le puits reçut le nom de Béer seba {serment), ou le reprit, selon quelques critiques, l'ayant déjà porté du temps d'Abraham. Isaac était encore dans ces lieux quand , parvenu à l'âge de cent trente-sept ans, et presque aveugle, il donna à ses enfants Jacob et Esaii cette bénédiction mémorable qui intervertit l'ordre de la nature, et substitua le plus jeune à son aîné. On ignore s'il tarda beaucoup à retourner à Mambré, l'habitation de ses pères; mais on sait qu'il y mourut, âgé de 180 ans, « d'un épuisement de « forces causé par son grand âge, et qu'il se « réunit à son peuple étant fort vieux et comme « rassasié de la vie » (Genèse, ch. 35). Les rabbins croient qu'Isaac fut élevé à l'école de Sem et de Héber. A les entendre, lorsque Abraham l'emmena pour l'immoler, il répondit à Sara, qui le questionnait sur le but et la cause de leur voyage, qu'ils allaient trouver Sem, pour lui confier l'éducation de son fils. On lit dans le Bereschit rabba qu'Isaac voulant révéler l'avènement du Messie à son fils Esaii, qu'il aimait tendrement, il fut tout à coup privé de la présence divine, et ne put rien découvrir dans l'avenir. On lit aussi dans le rabbin Elieser qu'Isaac, étant sur le point d'être immolé par son père, tomba dans une sorte d'extase semblable à la mort, et qu'étant revenu à lui, il récita la prière qui commence par ces mots : « Béni

« sois-tu, toi qui ressuscites les morts ! » Les musulmans ne nomment jamais Isaac qu'après Ismaèl , son aîné, qu'ils reconnaissent pour leur patriarche, et lui attribuent toutes les bénédictions, toutes les promesses dont le Seigneur favorisa Isaac, selon l'Ecriture. Us prétendent que la lumière prophétique qui, jusqu'à la mort d'Abraham, avait été donnée solidairement aux patriarches, fut partagée alors entre Isaac et Ismaël, et que tous les prophètes sont descendus d'isaac, à la réserve de Jethro , de Job et de Mahomet (flibliot. orient.). Le savant évéque d'Avranches, qui se plaisait à chercher dans l'Ancien Testament l'origine des divinités du paganisme , a cru trouver, dans la promesse de la naissance d'isaac faite à Abraham par trois anges, la promesse de la naissance d'Orion par Jupiter, Neptune et Mercure, auxquels son père donna l'hospitalité (Huet, Demonstr. êeang.). Cet auteur est bien plus raisonnable quand il détaille les divers traits de ressemblance que le patriarche a eus avec Jésus-Christ, puisque la religion nous enseigne qu'il était une de ses figures comme un de ses ancêtres. Les Orientaux ont conservé plusieurs traditions sur Isaac. On peut en voir quelques-unes dans les Dynasties anciennes d'Abul-Pharage. L — B — E.

ISAAC I" (CoMNfeSE) , empereur d'Orient , d'une illustre famille, originaire de Rome, mais établie depuis longtemps en Asie, était fils de Michel, que Basile II approcha du trône qu'il avait contribué à affermir par sa prudence et par sa valeur. Isaac et Jean , son frère , destinés à suivre la carrière des armes, furent cependant instruits dans les sciences qu'on cultivait alors : admis jeunes dans des corps d'élite , ils parvinrent bientôt au commandement des armées. Isaac épousa une princesse de Bulgarie, qui était captive; et ce mariage ajouta encore à l'éclat de sa naissance et à la considération personnelle dont il jouissait. Les troupes, fatiguées d'obéir à d'indignes empereurs, étaient toujours prêtes à se soulever ; l'avarice de Michel Stratiotique (coy. Micuel VI) et sa prédilection pour les eunuques mécontentaient les soldats : leurs chefs se réunirent en secret dans l'église Ste-Sopbie, et, sur le refus de Catacalon, vieux guerrier qui ne devait son illustration qu'à sa valeur, ils élurent empereur Isaac Comnène , le 31 mai 1057. Michel, vaincu dans les plaines de Phrygie , fut enfermé dans un monastère , et son successeur fut couronné solennellement. Isaac s'appliqua d'abord à rétablir les finances épuisées, et, pour atteindre ce but , s'imposa lui-même des privations. Les grands et l'armée suivirent son exemple; mais le clergé refusa de se soumettre aux sacrifices qu'exigeait le monarque. Les moines, dont on avait diminué les revenus, crièrent au sacrilège, et le patriarche Cerularius, qui les protégeait , se permit de dire à l'empereur : « Je « vous ai donné la couronne ; je saurai bien vous ■ l'ôter. » Cette menace fut punie de l'exil ; mais il fallut user de grands ménagements pour ne

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point soulever le peuple. Bientôt après, Isaac, atteint d'une maladie qu'il jugea mortelle, offrit la couronne à Jean, son frère, prince d'un caractère doux et bienfaisant, et que la voix publique désignait pour lui succéder; mais n'ayant pu vaincre sa résistance, il résigna l'empire à Constantin Ducas, l'un de ses généraux les plus dévoués. Il quitta sans regret le trône, qu'il n'avait occupé que deux ans, et se retira, en 1059, dans le monastère de Stude, où il s'abaissa, dit-on, jusqu'à remplir l'office de portier. Son épouse, qui l'avait conseillé dans son abdication, embrassa aussi la vie religieuse. Isaac mourut en 1061. C'était un prince plein de bravoure, et fort instruit pour son temps; il haïssait la flatterie, et ne permettait pas qu'on le louât en face; il avait la chasteté en si grande vénération, qu'il préféra, dans sa maladie, souffrir une opération douloureuse plutôt que de manquer à la continence. W-s.

ISAAC II (l'Ange), empereur de Constantinople, avait vu périr ses parents victimes des fureurs d'Andronic; les revers qui accablèrent le tyran, dans les dernières années de son règne, accrurent encore sa cruauté : sur un léger soupçon, il ordonna la mort d'Isaac; mais celui-ci tua l'assassin chargé de la vengeance d'Andronic, et s'enfuit dans une église, où la pitié l'environna bientôt d'une foule de défenseurs. Le peuple se souleva ; et, par une de ces révolutions subites, dont l'histoire d'Orient offre seule des exemples, Isaac, proclamé empereur, fut porté en triomphe, le 12 septembre 1185, dans les rues de Constantinople, où quelques instants auparavant il était réduit à chercher un asile. Isaac succédait à un prince comparable à Néron pour sMruauté; et, comme l'a remarqué Cibbon , il lui était facile d'obtenir l'estime et l'affection de ses sujets. Mais s'il n'avait pas la férocité de son prédécesseur, il n'en avait pas non plus les qualités brillantes. Vain et jaloux d'un pouvoir qu'il était inhabile à exercer, son caractère offrait un mélange de vices funestes et de vertus inutiles. Tandis que ses généraux continuaient, presque sans avantage, la guerre contre les Siciliens et les Cypriotes révoltés, il passait ses jours dans les plus vils plaisirs, entouré de comédiens, de bouffons et de bateleurs, qu'il gorgeait de richesses, et dont il était méprisé. Insensible à la misère des peuples, il augmentait sans cesse la masse des impôts, non pour en employer le produit à de nouveaux monuments, mais pour satisfaire son luxe effréné : il avait plus de vingt mille eunuques ou domestiques, et la dépense de sa maison s'élevait par an à cent millions. Cependant un faux prophète se présenta devant Isaac, et lui annonça qu'il régnerait heureusement trente-deux années, et qu'il reculerait les bornesde l'empire jusqu'au delà de l'Euphrate • Isaac éleva cet imposteur à la dignité de patriarche ; mais il se contenta, pour justifier sa prédiction , de réclamer de Saladin la restitution du St- Sépulcre, et de lui proposer une alliance que le

superbe sultan refusa avec mépris. Pendant ce temps-là, l'Ile de Cypre, toujours soulevée contre ses indignes maîtres, fut enlevée sans retour à Isaac par un descendant des Comnène; et les Bulgares secouèrent le joug que Basile II leur avait imposé cent soixante-dix ans auparavant. Le faible Isaac, après quelques efforts impuissants pour les soumettre, reconnut leur indépendance, et se consola de ses humiliations au milieu de ses méprisables favoris. Cette conduite acheva de lui aliéner le cœur de ses sujets : quelques conspirations éclatèrent, et furent promptement étouffées par le zèle de ses officiers; mais Isaac avait, sans le soupçonner, dans son frère Alexis, l'ennemi le plus implacable et le plus dangereux. Un jour qu'lsaac prenait le plaisir de la chasse dans un lieu voisin de Constantinople, Alexis se fait proclamer empereur (1105) par les chefs de l'armée, et envoie sur-le-champ arrêter son frère. A la nouvelle de celte révolution, Isaac s'échappe, et fuit jusqu'à Stagyre en Macédoine, éloignée d'environ cinquante milles ; mais seul , sans projet et sans ressource, il est bientôt ramené à Constantinople. Son barbare frère lui fait crever les yeux et le renferme dans une prison , où Isaac reçoit pour toute nourriture du pain grossier et de l'eau. Alexis le Jeune, fils d'Isaac, parvint à tromper les gardes que lui avait donnés l'usurpateur; il s'embarque sous les habits d'un matelot, et se réfugie en Italie : il va trouver, en 1202, les chefs des croisés, assemblés à Venise, implore leur appui, et les détermine par ses promesses à délivrer son père. La prise de Constantinople obligea l'usurpateur à s'éloigner de cette ville; et Isaac, tiré de sa prison , fut replace sur le trône. Il promit de remplir tous les engagements de son lus envers les croisés, et établit de nouveaux subsides pour s'acquitter envers ses libérateurs : mais le peuple, déjà aigri par les maux sans nombre qu'il souffrait, témoigna son mécontentement de cet accroissement d'impôts. Alexis Ducas, surnommé Âlunuphie, profita de la situation des esprits pour se créer des partisans, et s'étant assuré le trône par la mort d'Alexis le Jeune, il fit périr Isaac, en 1204, six mois après son rétablissement (eojr. Alexis III, IV et V). On a emprunté, pour la rédaction de cet article, plusieurs traits à Cibbon, qui a donné des considérations très-importantes sur les règnes d'Isaac et de son fils , dans le chap. lx de son Histoire de la décadence de l'empire. W — s.

ISAAC LEVITA, ou Jean Isaac Un, savant rabbin du 16* siècle, se fit luthérien et enseigna la langue hébraïque à Cologne. Guillaume Lindanus ayant attaqué avec trop d'animosité et d'emportement les traductions de la Bible faites par les protestants, et défendu l'autorité de la Vulgate aux dépens du texte original , dans son livre Ut optimo Scripturas interpretandi génère. Cologne, 1558, Isaac Levita lui répondit la même année, et apporta plusieurs raisons en faveur du texte hébreu : son livre est intitulé De/ensio pcrtiatù

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hebraiea, Cologne, 1558. On s'aperçoit qu'il n'avait rien perdu du grand zèle que les Juifs ont pour l'intégrité de leurs Bibles, et de l'ardeur avec laquelle ils repoussent l'accusation d'avoir corrompu leurs exemplaires. Il témoigne néanmoins avoir vu un exemplaire manuscrit des Psaumes, où on lisait caru [foderunt) (Ps. 22, v. 17], comme avaient lu St-Jérôme et les Septanle, au lieu de cari (ricut leo), qu'on lit maintenant, et qui était à la marge il y a six cents ans. Richard Simon met Isaac Levita au nombre des plus célèbres grammairiens juifs. Bartolocci (Bibliotheea rabbinica, t. 3, p. 912) lui attribue une traduction latine de la Physique hébraïque de R. Aben Tibbon, et d'une lettre astrologique de Maïmonide aux juifs de Marseille, sous le litre de Spiritut gratta, Cologne, 1555. L — B — e.

ISABEAU ou ISABELLE de Bavière, reine de France, fille d'Etienne II, duc de Bavière, comte palatin du Rhin, et de Tadée Visconti de Milan, naquit en 1371. Sa beauté, le crédit dont jouissait la maison de Bavière, et le besoin qu'avait la France de se fortifier par une alliance en Allemagne, firent rechercher la main de cette princesse pour Charles VI , qui venait de succéder à Charles V, son père. Conduite en France par le duc Frédéric de Bavière , elle vint à Amiens sous prétexte de pèlerinage, et y vit le roi, qui n'avait encore que dix-sept ans, et auquel on avait exagéré le mérite et les charmes de celte jeune princesse. Les effets en furent d'autant plus sûrs et plus prompts, qu'on l'avait embellie par tous les apprêts de la magnificence et du luxe. On la regarda dès lors, selon la remarque de Brantôme, comme la première de nos reines qui eût apporté en France ce goût effréné du luxe auquel les femmes de la cour se livrèrent depuis sans retenue. Le roi, "dès la première entrevue, l'aima avec transport. Le mariage fut célébré à Amiens le 17 juillet 1385. La reine était eucore trop jeune pour s'occuper d'autre chose que de plaisirs et du séduisant prestige attaché à la première couronne du monde. Sous un roi faible et prodigue, épris d'une reine charmante , qui ne respirait que la volupté et le faste, les excès de la galanterie et du luxe n'eurent plus de bornes : la fécondité disabeau donna lieu à des fêtes somptueuses. Elle fit à Paris son entrée solennelle, dont les détails sont très-curieux à lire dans nos anciens historiens, et y fut couronnée au milieu des transports de l'allégresse publique. On ne prévoyait pas alors tous les maux dont elle allait être l'occasion ou la source : les fêtes se succédèrent et furent marquées par une espèce de saturnale nocturne, où toute la cour se masqua. Il n'y eut presque personne , dit la Chronique de Si- Dems, qui , à la faveur du masque , ne se livrât à la licence et au scandale. On croit même que, dans cette nuit déplorable, commença la liaison criminelle de la reine avec le duc d'Orléans, frère de Charles VI, prince ambitieux et libertin :

la faiblesse du roi favorisait tons les genres de désordres. La reine se montrait violente et avide, incapable de modérer ses désirs, ne faisant servir ses talents et les grâces de son esprit qu'à aggraver les maux de l'État, alors déchiré par les factions et menacé par l'étranger. Le pouvoir était disputé par deux puissants rivaux, le duc de Bourgogne (Jean sans peur) et le duc d'Orléans. La démence déclarée du roi jeta tout dans le trouble et la confusion. La garde de sa personne fut confiée à la reine, et le gouvernement de l'État au duc de Bourgogne : mais le duc d'Orléans réclama contre cette disposition. Maître du cœur d'Isabeau, il fit cabaler cette princesse en sa faveur, et le duc de Bourgogne se vit contraint de céder aux droits • de son rival. Tout prit bientôt un aspect menaçant : le duc de Bourgogne marchant sur Paris avec une armée , la reine et le duc d'Orléans se réfugièrent à Melun. Là , unis de fortune et d'intérêt, ils levèrent des troupes et fortifièrent leur faction. Une paix factice ne servit qu'à aiguiser les poignards de la guerre intestine. L'assassinat du duc d'Orléans, commis en novembre 1407, au sein même de Paris , mit tout en feu. Isabeau vit la mort de ce prince avec la plus profonde douleur. Justement alarmée, elle s'éloigna de la capitale, où triomphait la faction du duc de Bourgogne : mais, profitant bientôt d'une expédition du duc en Flandre, elle revint à Paris avec la famille royale, et se fit déclarer gouvernante du royaume pendant la maladie du roi. Dès lors elle ne songea qu'à se rendre mattresse des affaires. Pour affermir son autorité, elle la fit confirmer par une délibération générale du parlement, des princes, des grands du royaume, et indiqua ensuite un lit de justice. Mais toutes ces mesures, mal concertées , n'opposèrent aucune digue efficace à la puissance du duc de Bourgogne , qui venait de triompher des Liégeois : il marcha de nouveau sur Paris. La reine, dont le luxe et la prodigalité avaient excité la haine des Parisiens, s'occupant de sa sûreté , emmena le roi et les princes sous la garde des troupes du duc de Bretagne, et se réfugia en Touraine , tandis que le duc de Bourgogne s'emparait de la capitale. L'avantage demeura à ce prince. A la suite de la paix de Chartres, conclue en 1408, le roi rentra dans Paris. Par une politique timide, la reine affecta de ne paraître que rarement à la cour, voulant ménager les trois partis qui agitaient alors le royaume : celui du duc de Bourgogne, celui de la maison d'Orléans, dont le comte d'Armagnac était devenu le chef, et celui de l'héritier présomptif. Arrivé au poste éminent de connétable , le comte d'Armagnac s'arrogea tout le pouvoir suprême. La reine, dont le crédit s'affaiblissait, était forcée de dévorer dans le silence la haine qu'elle portait à ce prince ambitieux : il était environné d'ennemis. Le plus redoutable, ou du moins le plus dangereux, était la reine : elle pouvait le perdre , il résolut de la prévenir. Cette princesse menait au

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château de Vinccnncs une vie molle et voluptueuse au milieu d'une cour galante et choisie. On soupçonnait son amour pour Louis de Uoisbourdon, son grand maître d'hôtel, jeune guerrier, l'un des plus braves du royaume. Le connétable, qui avait Tait épier la reine , osa dessiller les yeux de Charles VI, en l'excitant à la vengeance. Charles vole à Vinccnncs pour surprendre une épouse infidèle et pour arrêter son amant. Boisbourdon est chargé de fers; appliqué ensuite à la torture, il révèle tout. On le précipite dans la Seine, pendant la nuit, enveloppé d'un sac de cuir avec cette inscription : Laissez passer la justice du roi. On destitue les officiers de la reine, qui est reléguée à Tours : ses trésors sont enlevés par ordre du Dauphin et du connétable. Un tel éclat acheva de tout perdre : il produisit entre le fils et la mère outragée une haine que rien ne put jamais fléchir. Isabeau, captive à Tours, s'occupa en secret des moyens de briser ses fers; aigrie par l'infortune , irritée par la contrainte, dévorée par la soif de se venger du connétable et de son fils, elle ne fut plus arrêtée par son inimitié pour le duc de Bourgogne, inimitié qui était d'ailleurs usée par le temps. Isabeau céda aux transports d'une haine plus récente : jetant les yeux sur l'assassin du duc d'Orléans, elle n'hésite pas d'en faire l'instrument de sa vengeance nouvelle. Déterminée à tout tenter, elle envoie un émissaire au duc de Bourgogne avec une lettre qui l'invite à venir la délivrer. Le duc, éclairé sur ses intérêts, se fait précéder par huit cents chevaux, et arrive à l'abbaye de Marmoutier, où était la reine. A l'approche des Bourguignons, Tours se soumet, et Isabeau délivrée prend la route de Chartres avec son libérateur. Là elle proclame les premiers actes de son administration; elle crée un parlement, et fait graver un sceau qui la représente ayant les bras étendus vers la France , qui l'implore ; elle s'intitule dans toutes les lettres expédiées en son nom, ■ Isabelle, par la grâce de Dieu, reine de « France, ayant pour l'occupation de monseigneur « le roi le gouvernement et administration du « royaume. » Alors tout fut double en France : c'était l'image du chaos. Isabeau établit sa cour et son parlement à Troyes, d'où elle envoyait partout ses ordres en qualité de régente, lin traître ayant introduit dans Paris le duc de Bourgogne , la faction de ce prince reprit le dessus et fit un horrible massacre des Armagnacs. Le Dauphin s'était évadé et avait passé la Loire. Accompagnée du duc de Boiirgogue, la reine avait pris la roule de Paris : douze cents hommes d'armes l'escortaient. Son entrée eut l'air d'un triomphe : elle parut sur un char. On joncha de fleurs ces mêmes rues encore teintes du sang versé pour sa querelle ; le roi la reçut comme «ne épouse chérie. Fortifiés l'un par l'autre, le doc de Bourgogne et Isabeau ne gardèrent plus de mesure . ils s'attachèrent à ne laisser en place aucun partisan de la faction proscrite. La France était déchirée par la guerre

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civile et en proie aux étranger». Les Anglais y

avaient une armée puissante, et profitaient de nos déchirements pour s'agrandir. A leur approche , la reine et le duc de Bourgogne conduisirent le roi à Troyes, et abandonnèrent la capitale. Le due flottait entre les Anglais et le parti du Dauphin, cherchant à se réconcilier avec ce prince. Mais a l'entrevue de Montereau il tomba victime de m politique tortueuse : sa mort réduisit la France au dernier terme de ses infortunes. C'était pour la troisième fois qu'lsabeau voyait périr, par un assassinat public, l'objet de ses affections. Cette dernière catastrophe la remplit d'une fureur qui lui tint lieu désormais de toutes les passions qui l'avaient agitée. Étouffant les sentiments de la nature et abjurant la qualité de mère, elle adressa, au nom du roi, à toutes les villes du royaume, une déclaration fulminante contre le Dauphin et ses complices, meurtriers du due de Bourgogne ; puis s'unissant au jeune doc Philippe le Bon , héritier de la puissance de son père, et qui brûlait de le venger, elle traita conjointement avec ce prince, dans les intérêts de Henri V, roi d'Angleterre, pour lui livrer la France. Ce monarque vint conférer à Troyes avec Isabelle et le jeune prince de Bourgogne. Là se fit, en 1420, le fameux traité par lequel on régla que Henri V épouserait Catherine, fille de Charles VI et d'Isabelle ; qu'après la mort du roi il succéderait à la couronne ; qu'en attendant il gouvernerait te France en qualité «le régent, vu l'incapacité de Charles. C'était violer les droits de la nature et ceux de la nation ; c'était renverser les lois fondamentales du royaume. Tout fut consacré par un indigne parlement. Les deux rois, la reine et le jeune duc de Bourgogne firent leur entrée dans Paris, et y furent reçus avec une magnificence extraordinaire. Bientôt la cour de Henri Y éclipsa tout. Charles VI ne régnait qu'au delà de la , Loire, sous les auspices du Dauphin son fils. A peine le traité de Troyes fut-il ligné, que h reine devint pour les Français un objet d'horreur. En 1422, Charles VI ayant suivi, au bout de deux mois, Henri V au tombeau, Isabelle resta seule pour ainsi dire avec sa honte et ses remords, détestée, poursuivie par l'inimitié des Français, abandonnée du duc de Bourgogne, et méprisée des Anglais, qui l'insultaient et lui disaient ea face que Charles VU n'était pas fils da rot son époux : chaque jour de nouveaux affronts ajoutaient à son opprobre. Au milieu même dé la France , dont elle avait été l'idole , elle manquait de tout , et n'excitait la compassion de personne, traînant dans la misère et dans les ténèbres une vieillesse languissante et déshonorée. La crainte du rétablissement de son fils l'assiégeait sans cesse ; c'était pour elle l'avant-coureur d'un supplice affreux. H se réalisa par le traité d'Arras, qui réconcilia Charles VU et le duc de Bourgogne. Ce traité mit le comble aux infortunes d'Isabelle : dix jours après sa signature, elle descendit au

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tombeau, à l'hôtel de St-Pol, à Paris, le 30 septembre 1435. On l'inhuma sans pompe à St-Denis, près la tombe de Charles VI; et on lui érigea dans la suite un mausolée de marbre. Telle fut cette reine qui, chargée du mépris et de la haine de son siècle, a été flétrie pa» les historiens. Le tombeau mime n'a pas été un asile pour elle contre l'indignation de la postérité. Encore aujourd'hui on la juge tout aussi séveremeut que si elle n'eût pas vécu dans un siècle souillé par tous les crimes. Elle fut galante et vindicative; mais elle eut un époux imbécile, et trois fois elle fut offensée dans ce qu'une femme a de plus cher au monde. B — p.

ISABELLE de Castille, fille de Jean II; roi de Castille, et soeur de Henri IV, dit l'impuissant, naquit d'un second mariage en 1450. Le règne faible et humiliant de son père, les dissolutions qui déshonorèrent le règne de son frère Henri, et l'esprit de faction qui s'était introduit à la cour parmi les grands, formèrent en quelque sorte son éducation politique. Sa grande Ame se développa de bonne heure au milieu des orages. Les seigneurs, ligués et révoltés contre Henri, jetèrent les yeux sur elle pour le remplacer sur le trône. Isabelle refusa généreusement un titre qui ne lui appartenait pas du vivant de son frère ; mais elle invita les mécontents à la faire déclarer princesse des Asturies, voulant s'assurer par là une couronne qu'elle croyait lui être due préférablement à Jeanne sa nièce, dont la légitimité était contestée. En effet, les mécontents forcèrent Henri à reconnaître Isabelle pour son héritière, après lui avoir fait répudier sa femme et déshériter sa fdlc. Alors Isabelle se vit recherchée en mariage par les principaux souverains de l'Europe. Le roi de Portugal la demandait pour lui-même ; le roi d'Aragon pour Ferdinand son nls, et Louis XI pour le duc de Guyenne, son frère. Les différents partis agitaient encore la Castille, et se partageaient entre Isabelle et Jeanne ; tout était en core incertain. Isabelle, qui sentait le besoin d'un appui, prend la résolution hardie de recevoir, déguisé et en secret, Ferdinand d'Aragon, et de l'épouser ensuite avec éclat. Le mariage est célébré à Valladolid en 1469. Henri, pour punir sa sœur, la déshérite, et reconnatt pour fille et pour unique héritière Jeanne, qui n'avait alors que neuf ans. Le parti contraire à Isabelle croit déjà triompher ; mais cette princesse soutient avec fermeté ses droits : elle publie un manifeste ; la guerre civile s'allume entre les partisans de Jeanne et d'Isabelle, dont les noms ne servent que de prétexte aux inimitiés des grands. Toutefois, le parti d'Isabelle grossissait à mesure que l'âge développait en eUe les qualités qui la rendirent depuis si célèbre. S'étant réconciliée avec son frère Henri, elle parvint à le dominer par le seul ascendant de son caractère. La mort inopinée de ce prince fit soupçonner Isabelle et Ferdinand, à qui elle devenait si profitable, de l'avoir accélérée par un crime : Isabelle en était incapable; car chez

elle la religion n'était pas un masque hypocrite. Malgré le testament d'Henri en faveur de Jeanne, Isabelle fut proclamée solennellement Mans la ville de Ségovie, en 1474, reine de Castille et de Won. Il fut décidé que Ferdinand n'entreprendrait pas sur les droits de la reine, et qu'il ne participerait qu'avec son consentement au gouvernement de la Castille. Piqué et mécontent, ce prince voulait retourner en Aragon t il fut retenu par h s caresses et par la prudence d'Isabelle, qui le nomma publiquement son seigneur et son maître, sans en être moins attentive à soutenir les droits d'une couronne qui lui appartenait en propre. Malgré la différence du caractère des deux époux, la conformité des intérêts les porta toujours à se prêter un mutuel appui. Tout devint commun entre eux, hors leurs droits respectifs sur leurs États héréditaires. 11 leur fallut d'abord dissiper une guerre civile, excitée par les seigneurs mécontents. Déjà le roi de Portugal avait pénétré en Castille à la tête d'une armée, dans le dessein d'épouser Jeanne sa nièce, et de la porter sur le trône. Mais la bataille de Toro, gagnée par Ferdinand, rendit Isabelle maltresse absolue des royaumes de Castille et de Léon. Les deux époux s'occupèrent dès tors uniquement à étouffer l'esprit de révolte, et à étendre la puissance de la couronne. Isabelle envoya des commissaires dans les provinces, pour entendre les plaintes du peuple, que les seigneurs avaient tenu si longtemps dans l'oppression, et que la crainte retenait encore dans le silence. Presque toujours à cheval à la tête de ses troupes, elle travaillait elle-même à l'expédition de toutes les affaires, passait avec ses secrétaires une partie des nuits, et donnait souvent des audiences publiques. Heureusement pour ses sujets, elle avait toutes les qualités et les vertus qui manquaient à son époux. Aux grâces et aux agréments de son sexe, elle joignait la grandeur d'âme, une politique profonde et adroite, l'intégrité du magistrat et les qualités même du con • quérant. Elle se trouvait toujours au conseil. Ferdinand ne régnait point à sa place : elle régnait avec Ferdinand. Fière, ambitieuse, jalouse à l'excès de son autorité, elle répugnait aux moyens immoraux et aux petites mesures ; elle se vengeait avec franchise, pardonnait sincèrement , devinait le talent, ne craignait point la vertu, et se montrait encore plus jalouse de sa gloire que de sou pouvoir, qu'elle affermit avec autant de constance que d'habileté. Les longues gurrres avaient perpétué en Espagne, plus longtemps qu'ailleurs, le régime féodal. Les faibles invoquaient en vain les lois, et les hommes puissants les violaient avec impunité. A des maux invétérés il fallait des remèdes actifs. Unissant ses forces à celles de Ferdinand, Isabelle créa la Ste-Ilermandad, pour maintenir la paix publique, et frappa sans exception tous les coupables. C'est aussi à son zèle pour réprimer les crimes de toute espèce qu'il faut rapporter l'établissement du redoutable

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tribunal de l'inquisition, créé* en 1480, et qui cimenta l'autorité royale par l'appui de la religion chrétienne. Excitée par l'amour de la religion et de la gloire, Isabelle brûlait d'impatience d'arborer la bannière de Jésus-Christ sur la dernière retraite des mahométans d'Espagne. La guerre fut aussitôt portée dans le royaume de Grenade. La ville de Baza, la première investie, fit une belle défense, menaçant de tenir tout l'hiver : Isabelle prit le parti de se rendre au siège, où sa présence intimida plus les Maures que ne l'aurait Tait toute l'armée chrétienne. Baza se soumit en 1489. Isabelle parut aussi au siège de Grenade, dernier boulevard des musulmans. Elle avait l'habitude d'employer quelques heures de la nuit à la lecture : sa lumière, placée sans précaution, mit en un instant le feu à sa tente. Heureusement, la reine put échapper aux flammes, mais sans pouvoir empêcher l'incendie de se communiquer dans le camp, dont les cabanes n'étaient couvertes que de roseaux et de chaume : il fut la proie des flammes. Ferdinand accourut, et, mettant l'armée sous les armes, en imposa aux Maures. Ce malheur fut bientôt réparé par Isabelle. Un vit s'élever à la place du camp incendié une ville qui, en raison de la piété de sa fondatrice, reçut 'le nom de Santa-Fé. Grenade fut subjuguée, et Isabelle y fit son entrée en triomphe le 6 janvier 1402. Des lors tous les royaumes chrétiens et mahométans, qu'on avait vus se former et s'étendre successivement dans les diverses contrées de l'Espagne, se trouvèrent réunis sous la puissance d'Isabelle et de Ferdinand , qui prirent en commun le titre de rois d'Espagne : cette puissance s'étendit bientôt jusqu'au nouvel hémisphère. Ce fut Isabelle qui soutint seule Colomb dans sa périlleuse entreprise; et, sous ce point de vue, elle doit partager avec lui la gloire de la découverte du nouveau monde. Elle n'eut d'abord d'autre dessein , en favorisant les dérouvertes de Colomb, que de contribuer à la propagation de la foi chrétienne parmi des peuples sauvages plongés dans les ténèbres. Tant qu'elle vécut, nonseulement elle pourvut à l'instruction de ses nouveaux sujets, mais elle leur procura un gouvernement doux et humain. Sa sollicitude se portait également sur la réforme des abus dans l'intérieur de l'Espagne. A l'aide de Ximénès, qui avait toute sa confiance, elle réforma, en 1497, les ordres religieux, et établit une discipline sévère dans l'Église comme dans l'État, dont la prospérité semblait nécessaire à son bonheur. Mais ce bonheur fut troublé par de grands chagrins domestiques. Isabelle perdit coup sur coup son fils, don Juan, prince des Aslurics, et sa fille, reine de Portugal. La succession à la couronne échut à sa seconde fille, Jeanne, qui épousa l'archiduc Philippe, fils de Maximilicu, empereur d'Allemagne. Isabelle attira ce prince à sa cour pour faire reconnaître ses droits. Elle était attaquée depuis quelque temps d'une maladie qui n'aurait peut-

être pas été mortelle sans les profonds chagrins qui s'y joignirent; elle pleurait sans cesse la mort de l'infant et de la reine de Portugal : elle en était inconsolable, quand elle éprouva un nouveau sujet de douleur. Jeanne, sa fille, s'était si fortement affectée duKépart de son mari, l'archiduc, que sa raison en fut altérée. Il était difficile qu'une mère tendre, sensible et malade, ne succombât point sous le poids de tant de maux et de douleurs. Isabelle mourut d'hydropisie, à 54 ans, dans la ville de Medina del Cam|K>, après avoir déclaré la princesse Jeanne, sa fille, héritière universelle de tous ses États, conjointement avec l'archiduc son époux. L'Espagne la perdit le 20 novembre 1ÎS04. On assure qu'avant de mourir elle fit jurer à Ferdinand, dont elle avait toujoursété jalouse, qu'il ne passerait pas à de secondes noces. Quoiqu'elle eut été une des plus belles personnes de son temps, elle avait essuyé de la part de ce prince de nombreuses infidélités, dont elle ne se vengea qu'en soutenant contre lui son autorité, qu'il était toujours près d'envahir. Les Castillans versèrent des larmes sur la perte d'une reine dont l'humanité et la justice avaient été pour eux un rempart contre l'inflexible rigueur de Ferdinand. On a reproché à Isabelle une sorte de dureté et de fierté ambitieuse, à laquelle on attribue en partie les persécutions qui éclatèrent sous son règne contre les juifs et les Maures ; mais ces défauts mêmes furent aussi utiles à sa patrie que ses vertus et ses talents. Il fallait une telle souveraine à la.Caslille pour humilier les grands sans les révolter ; pour conquérir Grenade sans attirer toute l'Afrique en Espagne; pour détruire les scélérats et les brigands, qui infestaient le royaume, sans cxposfj la vie et la fortune des gens de bien ; enfin pour affermir l'autorité royale sur les débris de l'anarchie féodale. Le règne d'Isabelle sera à jamais célèbre par la réunion des Espagnes sous le même sceptre, et par la découverte de l'Amérique, qui soumit à la domination espagnole tant de nouveaux royaumes dans le nouvel hémisphère (roy. Colomb, Fkiuhnand, Xmfcifc*). B-r.

ISABELLE DE FRANCE, fille de Philippe le Bel et reine d'Angleterre, naquit en 1292. Elle avait été fiancée dès son enfance au prince de Galles, fils d'Édouard Ier, et le premier héritier de la couronne d'Angleterre qui ail porté ce litre. Ce prince était à peine monté sur le trône (130;*) qu'il passa, la mer pour recevoir Isabelle des mains du roi de France lui-même, qui l'avait accompagnée jusqu'à Boulogne. Edouard II parut d'abord extrêmement sensible aux attraits et à l'amabilité de la jeune reine. Les grands se flattèrent que l'influence qu'elle devait naturellement acquérir détruirait ou du moins balancerait celle du ministre Gaveslon, auquel le roi avait totalement abandonné le gouvernement de ses États; mais, trop certain de son ascendant illimité sur l'esprit d'Édouard, l'insolent favori brava la princesse au point de s'écarter, en lui parlant, du rct*

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pect qu'il devait à sa souveraine. Ne pduvant obtenir justice de son pusillanime époux, Isabelle s'adressa au roi son père. De ce moment, elle conçut pour Édouard un mépris qu'elle arait peine à dissimuler. Fidèle néanmoins à ses devoirs, elle n'intervint que comme médiatrice dans la ligue formée par la haute noblesse pour renverser Car ▼eston. La mort de ce favori, que les mécontents firent périr par la main du bourreau, n'apaisa les troubles qu'un instant. Édouard II déguisant peu ses projets de vengeance, les barons allaient reprendre les armes, lorsque Isabelle recourut une seconde fois au roi son père. Le comte d'Évrcux, frire de Philippe le Bel, se rendit en Angleterre auprès de sa nièce, tandis qu'Edouard, de son côté, passait en France pour implorer l'appui de son beau-père. Ce fut pendant le cours de ces ne'gociations (4313) qu'Isabelle mit au monde un fils devenu si célèbre sous le nom d'Edouard 111. On crut qu'elle allait reprendre son empire sur le cœur du roi; mais déjà un nouveau confident, Hugues Spenser, jouissait de la scandaleuse faveur dont les grands du royaume avaient si terriblement puni Gaveston ; ils armèrent de nouveau et contraignirent le faible monarque à exiler Spenser. Leur audace s'accroissait de la confiance qu'ils croyaient pouvoir mettre dans la jeune reine , non moins intéressée qu'eux à écarter les favoris auxquels Édouard semblait toujours prêt à s'abandonner. Mais un événement fortuit vint détruire toute intelligence entre la reine et les grands. Isabelle se rendait en pèlerinage à Cantorbéry ; un officier chargé de lui préparer des logements se présenta au château de Leeds, appartenant à lord Badlesmere, un des barous confédérés. Le commandant du château en refusa l'entrée aux gens de la reine, et il y en eut un de tué dans la bagarre qui s'ensuivit. Au lieu des excuses que la princesse attendait de lord Badlesmere, elle n'en reçut qu'une lettre d'une excessive insolence. Fière et vindicative , Isabelle excita le roi à punir cet outrage, en lui représentant qu'un acte de vigueur répandrait l'effroi parmi les confédérés; mais elle était loin de prévoir que le résultat du conseil qu'elle donnait à son époux dût être le retour du favori qu'elle détestait. Dès qu'Edouard se vit vainqueur, son premier soin fut de rappeler Spenser. Plus puissant que jamais, cet orgueilleux ministre ne garda plus aucune mesure avec la reine : il la dépouilla du comté de Cornouailles, qui lui avait été donné en apanage pour sa dépense particulière. Isabelle, dans son désespoir, écrivit à Charles le Bel, son frère, qu'elle n'était plus regardée que comme une servante à gages dans la maison du roi son époux. Mais ce fut à cette époque même que s'offrit une occasion de jouer un rôle plus digne d'elle, et la princesse la saisit avidement. Il s'était élevé, au sujet de la Guyenne , des démêlés très-vifs enVe les cours de France et d'Angleterre. Après quelques démarches infructueuses, Isabelle proposa

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de se charger elle-même de la négociation auprès du roi son frère. Spenser y consentit ; il ne tarda pas à voir dans quel piège il était tombé. Les historiens qui semblent douter que le voyage d'Isabelle en France fût concerté entre cette princesse et Charles le Bel donnent une médiocre opinion de leur sagacité. A peine la reine d'Angleterre fuUclle arrivée à Paris (134S) que Charles somma Édouard de venir en personne lui rendre hommage comme à son seigneur suzerain. Spenser n'osait point accompagner son maître en France, où il pouvait être livré à la vengeance d'Isabelle, et il ne craignait pas moins de rester en Angleterre, où, pendant l'absence du roi, il lui aurait été difficile d'échapper à la fureur des barons. Isabelle proposa un expédient qui le tirait de celte perplexité : elle engagea le roi à céder la souveraineté de la Guyenne à son (Ils atné.qui n'avait encore que douze ans, et qui seul alors serait tenu à l'hommage requis. Dans son aveuglement, Spenser approuva ce projet : le prince de Galles fut envoyé à Paris auprès de la reine sa mère. Dès que l'héritier de la couronne fut entre ses mains, Isabelle s'occupa de l'exécution de son plan. Parmi les nombreux mécontents anglais réfugiés en France, se trouvait Roger Mortimer, un des premiers barons du pays de Galles. Jeté en prison par le fa* vori et ne devant son salut qu'à la fuite, Mortimer se montra plus ardent qu'aucun autre à pousser la reine à un coup d'éclat. Il est constant que ce jeune homme avait déjà été admis à Londres dans l'intimité de celte princesse. Brillant de tous les avantages extérieurs, il devint pour elle l'objet d'une passion si vive qu'elle ne prenait point la peine de la dissimuler. L'évéque d'Exeler, envoyé à Paris par Edouard, retourna brusquement auprès de ce prince pour lui faire la triste confidence de son déshonneur et de ses dangers. Édouard écrivit aussitôt à Isabelle et la somma de revenir; on a encore cette lettre , (fbi commence sèchement par le mot Dame. Une autre lettre adressée au jeune prince lui ordonnait de quitter la France sur-le-champ, soit avec sa mère, soit sans elle. La reine répondit par une sorte de manifeste, où elle annonçait la résolution de ne point remettre le pied en Angleterre qu'au préalable Spenser n'eût été banni des conseils et de la présence du roi. Cette déclaration suffit pour rendre la princesse chef d'un parti formidable. Charles le Bel ne voulut point parattre favoriser ouvertement les projets de sa sœur. Obligée, en conséquence, de chercher un protecteur dans l'étranger, Isabelle demanda au comte de Hollande la main de sa fllle Philippine pour le prince de Galles. Le comte, flatté de cette alliance, mit à la disposition de la reine quelques vaisseaux et un corps de troupes d'environ trois mille hommes. Elle appareilla du port de Dordrecht : un coup de vent , dit Froissart, l'éloigna d'un point fortement gardé où elle voulait aborder et la jeta sur un autre qui , au contraire, était sans défense; elle descendit à Or-

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well, près Ipswich, sur la côte de Suflolk (24 septembre 1320). Elle ne tarda pas à voir arriver dans son camp des grands, des évêques, et enfin un propre frère du roi, le comte de Kent. Au lieu de défendre sa capitale, Edouard a la lâcheté de prendre la fuite. Isabelle le poursuit jusque sur les côtes de l'ouest; il tombe en son pouvoir. Les favoris de ce faible monarque sont traînés au supplice. Isabelle entre dans Londres sans résistance; elle y convoque aussitôt un parlement, et c'est, par une dérision cruelle, au nom de ce même souverain, dont. cette assemblée servile se hâte de prononcer la déchéance. Le prince de Galles, quoique mineur encore, est proclamé régent et bientôt après roi. Tous ces coups furent frappés avec tant de rapidité que les esprits n'eurent pas le temps de réfléchir sur la légitimité de cette révolution. Mais, en se livrant sans pudeur à sa passion pour Mortimer, Isabelle déchira elle-même le voile qui couvrait ses attentats. En vain affectait-elle de plaiudre l'époux qu'elle venait de détrôner; en vain lui envoyait-elle avec éclat de légers présents : les regards publics observèrent que jamais elle ne voulut le voir; que jamais, quelles que fussent les instances de ce malheureux père , elle ne permit à son fils de lui porter des consolations. Déjà le peuple, détrompé, commençait à se montrer sensible au sort de son souverain. Mortimer s'alarme, et soudain le supplice le plus épouvantable termine l'existence du royal captif (roy. Édoiard 11). Depuis quatre ans, Edouard III occupait le trône sous la tutelle de sa mère, ou plutôt de l'allier favori dont elle n'était plus elle-même que la sujette. Selon des bruits plus ou moins fondés, des signes trop évidents allaient trahir sa liaison criminelle avec Mortimer; le jeune monarque indigné vole au château deNottingham, qu'habitaient alors la reine et son amant , sous la protection d'une garde nombreuse. Edouard s'introduit dans la forteresse par un souterrain (1) ; le favori est arrêté malgré les cris et les larmes d'Isabelle , qui conjurait son fils d'épargner le gentil Mortimer. Le roi envoie le ministre toutpuissant au gibet et fait conduire la reine sa mère dans son château de Rising, près Londres (1330). Elle s'était fait allouer, à titre de douaire, les deux tiers des revenus de la couronne; sa pension fut réduite à 4,000 livres sterling. Privée de sa liberté, elle était traitée d'ailleurs avec les égards dus au rang suprême. Le roi lui rendait visite une ou deux fois par an. 11 ne pouvait se dissimuler les forfaits de sa mère ; mais il n'ignorait pas non plus de quel artifice s'était servi Mortimer pour l'y précipiter : celui-ci lui avait persuadé que si Edouard II remontait sur le trône, le premier acte de son autorité serait de la faire b/ùler vive. Isabelle vécut encore vingt-huit ans au château de Hising : elle y mourut le £2 août 1358. Edouard III ordonna qu'elle îût^cnlerrée avec une pompe

(M Ce souterrain exisu encore : on Appelle U trtm d* Mott*m,r[M«rtin*r $ Aofej.

royale dans l'église des Franciscains de Londres. Isabelle présente aux lecteurs attentifs un trait particulier : c'est du chef de cette princesse qu'Edouard III, son fils, et ses successeurs prétendaient tenir un droit direct à la couronne de France; prétentions qui coûtèrent tant de sang aux deux nations, mais droit imaginaire, puisqu'en vertu de la loi salique il n'avait pu exister dans la personne d'Isabelle même. S — v — s.

ISABELLE (Claire-Eugénie) d'Autriche, fille de Philippe H, roi d'Espagne, et d'Élisabeth de France, naquit en 156G. Si jamais princesse parut destinée à monter sur le trône de France, ce fut assurément celle qui fait l'objet de cet article, et cependant elle ne parvint jamais à s'y asseoir. Elle n'avait encore que dix-huit ans lorsque le roi son père, faisant taire ses scrupules religieux devant sa politique, envoya proposer au roi de Navarre (depuis Henri IV) de répudier Marguerite de Valois pour épouser la jeune infante (1384). Mornay refusa au nom de Henri. ■ Vous ne savez ce que « vous faites, lui dirent les négociateurs espagnols, « nos marchands sont tout prêts. » Mot qui ne . révélait que trop clairement dans quel esprit cette proposition était faite , et le besoin qu'avait l'Espagne d'un prétexte pour intervenir dans la Ligue. Les émissaires de Philippe 11 ne tardèrent point à lever le masque. Ils insinuèrent, aux conférences de Soissons.que les Bourbons étant exclus comme hérétiques, la loi salique était annulée d'ellemême, et qu'alors le trône appartenait de droit à l'infaute Isabelle, comme la nièce et la plus proche héritière de Henri III. Le duc de Mayenne, dont cette déclaration contrariait les plusjchères espérances, y répondit avec aigreur : « Prenez-vous, « dit-il à Mendoze, les Français pourjle malheureux « Indiens? Jamais vous ne les déterminerez à se « soumettre au joug de l'étranger: c'est pour eux « morceau trop amer, » Les Seize prouvèrent en cette circonstance que leur cœur n'avait plus rien de français : une lettre de ces factieux à Philippe II, datée du 20 septembre 1301, le conjure de régner sur la France, soit par lui-même, soit par l'infante sa fille. Ce premier échec ne rebuta cependant point Philippe : d'après des instructions formelles de sa part, le duc de Feria, son ambassadeur, dans un conseil général tenu à Paris chez le légat, revendiqua hautement le trône en faveur de l'infante. Qui pense-t-on qui se montra le plus ardent à repousser cette réclamation? Roze, évêque de Senlis, ce Roze, fougueux panégyriste de l'assassin de Henri III. Transporté de fureur, U s'écria que le Béarnais ne pouvait avoir de partisans plus zélés que les ministres de l'Espagne, et que, pour sa part, il était prêt à reconnaître ce prince plutôt que de prêter les mains à cette violation inouïe de la loi salique (1). Beaucoup de ligueurs

m Dan» ion style véhément et cynique, la prélat osa Jn.gn«f l'infante par ces parole* : g. . . . , ,

poivre , »t d'nppdi u'arait pa«, à la r depuis.

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mani restèrent la même opinion lorsqu'ils appri- , rent , par la suite , que le mariage d'Isabelle avec l'archiduc Ernest, fils de l'empereur Maximilien, devait ranger la France au nombre des provinces de l' Autriche. Alarmes de l'aliénation soudaine des esprits, les ministres espagnols se hâtèrent de déclarer que, si l'infante était reconnue reine par droit de naissance, il lui serait aussitôt choisi un époux parmi les grands du royaume. En ne le désignant pas d'une manière plus précise , le cabinet de Madrid se flattait de remuer toutes les ambitions. Trois prétendants se mirent bientôt sûr les rangs : le duc de Nemours , frère utérin du duc de Mayenne; le duc de Guise, fils de celui qui avait péri à Blois; et enfin le jeune cardinal de Bourbon, neveu de celui que les ligueurs avaient un instant reconnu roi sous le nom de Charles X (1). C'est dans ces circonstances que le parlement de Paris, depuis trop longtemps asservi aux factieux , sembla recouvrer tout à coup son indépendance et son énergie. Il rendit cet arrêt célèbre (28 juin 1593) qui déclare la loi salique loi fondamentale de la monarchie, et nul tout traité qui tendrait à mettre une maison étrangère sur le trône de nos rois. Edouard Molé, procureur général , sur les conclusions duquel l'arrêt avait été rendu, dit en face au duc de Mayenne : « l'oint • d'infante ni de mari d'infante! Je suis vrai » Français; je perdrai la vie devant que jamais. « être autre. » Mais bientôt les ministres de Philippe II revinrent à la charge. Croyant séduire par plus de franchise , ils désignèrent le duc de Guise pour époux d'Isabelle; ils demandèrent la Bretagne eu souveraineté pour dot de l'infante (2), en stipulant que , si le duc mourait sans enfants mâles, sa veuve pourrait épouser un seigneur français à son choix. Pendant plusieurs jours, le duc de Guise eut une cour royale. Ce triomphe de théâtre dura peu : Mayenne, effrayé de l'idée de se voir sujet de son neveu , mit tout en œuvre pour rompre cette fatale alliance. Il crut d'abord en avoir trouvé le moyen certain dans les demandes exorbitantes qu'il adressa aux ministres espagnols; il exigeait, par exemple, qu'Isabelle ne fût proclamée reine de France qu'après la consommation de son mariage et à l'époque fixée par lui; que, si elle mourait sans enfants, la couronne fût dévolue de droit à.l'alné des Guise; enfin

(1) On cit surpris de rolr M. Cerisier, dan» son Rietoire de* Provincte-Uniee (t. 4, p. 372), avancer que l'infante I»abelle Avait dû épouser le vieux cardinal de Bourbon. Cet historien n'a paa fait attention que ce prince, alors très -âgé , était prisonnier do Henri IV, qui certes n'eût point donne les mains k un tel mariage. Il a évidemment confondu le vieux cardinal de liourbon avec «on neveu , qui *e nommait busm le cardinal de Bourbon ou de Vendôme, et que l'on regardait comme le eue! du titre parti.

|2) Philippe II , en réclamant la Bretagne pour sa fille . fondait ses droit» sur ce. que ce duché avait toujours été regardé par les Français eux-mêmes comme an fief féminin. Il soutenait qu'Isabelle devait en hériter du chef de sa mère, fille ainée de Henri II. Au moment où l'invincible Arvtada était sur le point de côtoyer la Bretagne, en 16S8, et du vivant même de Henri III, de* émissaires espagnols répandirent des manifestes dans cette proi tu non» de Philippe II et

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qu'on lui donnât en toute souveraineté, à lui duc de Mayenne, la Champagne et la Bourgogne. A son grand étonnement, la cour de Madrid consentit à tout. L'infante allait arriver; Mayenne eut recours h la ruse. 11 se présente aux états de la Ligue et les somme de reconnaître solennellement Isabelle ; mais aussitôt un de ses affiliés fait observer qu'avant de proclamer la nouvelle reine il faut lui créer une armée pour la mettre en état de tenir tête à celle de Henri IV. Cette réflexion obtient l'assentiment unanime. Les états s'assemblent au Louvre dans le plus grand appareil; les ministres de Philippe II sont invités à la séance (4 juillet 1593). On les prie, dans les termes les plus pompeux, de remercier leur maître de tout ce qu'il a entrepris pour la cause de la Ligue ; mais on les charge, en même temps, de lui déclarer que la situation des affaires ne permet plus de songer à l'inauguration de la princesse sa fille. Les ambassadeurs espagnols répondent, avec un feint désintéressement, que leur souverain n'ayant jamais eu en vue que le bonheur de la France, il n'éprôuvçrait d'autre regret que celui de n'avoir pu l'assurer d'une manière durable. C'est ainsi que des années entières d'efforts et de combinaisons politiques se terminèrent par une scène de comédie. Ce ridicule ne pouvait échapper aux auteurs de la fameuse Satire Mènippèe. Dans la caricature des états de Paris, c'est le portrait de YÈpoutée de la Ligue, c'est-à-dire de l'infante ellemême, qui est suspendu sur la tête du président. Au-dessous du portrait sont écrits ces vers qui contiennent une double épigramme :

Pourtant ai je suis brunotte, Amy , n'en prenez émoy ; Car autant aimer souhaitte Qu'une plus blanche que moy.

Le teint basané de la princesse et son âge, qui n'était cependant que de vingt-huit à trente ans, ne sont jamais oubliés dans les satires ni même dans les discours dont elle était l'objet. On ne se borna pas envers elle à ces railleries : on alla jusqu'à répandre, dans les termes les moins couverts, que l'infante était aimée de son père d'un amour plus que paternel. Il est certain que Philippe II ne cessa jamais de lui témoigner une affection et une confiance telles, que ce prince, qui se vantait d'être tout mystère, initia sa fille dans les secrets les plus intimes de son gouvernement. « C'était, « dit Brantôme , une princesse de gentil esprit, « qui faisait toutes les affaires du roi son père et « y était fort rompue : aussi l'y nourrissait-il « fort. » Ce monarque, étant au lit [de la mort, appelait encore Isabelle le miroir et la lumière de tes yeux. Sacrifiant néanmoins ses goûts à son ambition , sans cesse on le voyait occupé à éloigner sa fille de sa personne. Comme s'il fût dans la destinée de cette princesse de n'être qu'un moyen politique entre les mains de son père, dès que Philippe II perdit l'espoir de l'élever sur le trône de France, il essaya de la faire servir d'in-

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s t ruinent à la soumission de la Hollande , qu'il désespérait de réduire par la force. Depuis deux ans, il arait confié le gouvernement des provinces belgiques au cardinal archiduc Albert. Il obtint des dispenses pour lui faire épouser l'infante, qui reçut pour dot la souveraineté des Pays-Bas et de la Franche-Comté (1397). Philippe se flattait de ramener ainsi les insurgés, qui n'auraient plus à objecter leur aversion insurmontable pour le gouvernement espagnol; mais son espoir fut trompé, et la guerre ne continua pas avec moins de fureur. Isabelle suivait son époux à l'armée. L'argent manquait pour la solde des troupes ; elles se révoltèrent. L'infante parcourut leurs lignes et leur offrit ses diamants pour les satisfaire. Elle assista au fameux siège d'Ostende ; désespérée de la longue résistance qu'opposa cette ville, elle jura, dit-on, de ne point changer de linge qu'elle ne fût maltresse de la place. On ne fixe point à quelle époque du siège l'infante lit cet étrange vœu ; mais comme le itége durj trois ans, trois mois et trois jours» il est peu étonnant que le linge que portait la princesse eût acquis cette couleur fauve qui, de son nom, est encore appelée couleur Isabelle. L'archiduc Albert mourut en 1621 ; Philippe IV, qui monta sur le trône d'Espagne dans la même année, dépouilla sa tante de la souveraineté des Pays-Bas et ne lui laissa plus que le titre de gouvernante. Quoiqu'elle eût pris le voile , elle ne continua pas moins de tenir d'une main ferme les rênes de l'administration. Elle mit sur pied une armée puissante pour résister nu prince d'Orange (Frédéric-Henri), qui, par la prise de Bois-le-Duc, avait jeté la consternation dans le Brabant. Elle était sur le point de conclure avec lui une trêve de longue durée, lorsque le cardinal de Richelieu, qui ne voulait pas laisser à la maison d'Autriche le temps de respirer, fit rompre la négociation (1 629). Quoique l'infante fût personnellement respectée et même chérie du peuple qu'elle gouvernait, il se forma (et encore, dit-on, par les intrigues de Richelieu) une vaste conspiration pour ériger les Pays-Bas catholiques en république indépendante. Les conjurés se flattaient d'endormir sans peine la vigilance d'une princesse âgée de soixante-six ans , et qu'ils croyaient ensevelie dans les pratiques d'une dévotion minutieuse. Leur attente fut trompée : Isabelle pénétra leurs complots et les fit avorter par sa prudence et sa fermeté. Ce fut la même année (1652) qu'elle reçut à Bruxelles la reine Marie de Médicis, obligée de quitter la France. Isabelle offrit sa médiation à Louis XIII, qui la refusa. Elle mourut peu de mois après, en 1633. Les vertus de cette princesse ont trouvé des panégyristes parmi les écrivains protestants euxmêmes. S— v s

ISABELLE. Voyet Elisabeth.

ISABEY (Jean-Baptiste), célèbre dessinateur et peintre en miniature, naquit à Nancy le 11 avril 1767. Son père, honnête paysan de la Franche- Comté, était venu établir en Lorraine, du vivant

du roi Stanislas, une maison de petit commerce, qui lui procura assez d'aisance pour que ses deux fils pussent embrasser une profession libérait*. L'atné, Louis Isabey, fut un musicien distingué. Dès l'âge de quatorze ans, en 1780, il se fit entendre.à Paris dans les concerts spirituels; plus tard, il devint premier violon d'Alexandre , empereur de Russie , et il avait rejoint, en France, son frère, auquel l'unissait une tendre amitié, lorsqu'il mourut subitement (en 1813). Jean-Baptiste, le plus jeuue, reçut de deux artistes lorrains, Girardet, peintre d'histoire, et Claudot, peintre de paysage, les premières leçons de son art. Ce dernier maître lui fournit, à seize ans, l'occasion de déployer son adresse et son intelligence, en le chargeant de le remplacer momentanément dans la direction des travaux de restauration de la salle de spectacle de Nancy. H avait dix-neuf ans, lorsque son père le dirigea vers Piris sous la protection de la noble famille d'Hinnisdal , qui lui donna pour commencer un petit logement dans son hôtel. L'ambition d'Isabey était d'entrer dans l'atelier de David , parvenu dès lors à une grande renommée comme peintre. Mais l'auteur des Horacet était en Italie, et, en attendant son retour, le jeune homme suivit l'école du modèle chez Dumont, artiste lorrain comme lui, et premier peintre en miniature de la reine. Pour subvenir à ses besoins, il exécutait des dessus de tabatières et de petits sujets pour des bouton* d'habit historiés qui étaient alors à la mode. Il était déjà parvenu à se faire une clientèle de portraits à bon marché dans la petite bourgeoisie de Paris, lorsque David revint de Rome. Les leçon* de ce maître célèbre donnèrent une direction plu* sérieuse au perfectionnement de son éducation. 11 fallait vivre cependant , et le jeune artiste dissimulait gaiement sa misère, en profitant de toutes les occasions qui se présentaient à lui pour se produire. Des relations d'atelier le firent arriver , par l'antichambre , jusque dans le château royal de Versailles. Sur une recommandation subalterne, il fut admis à peindre, dans un même médaillon , les portraits du duc d'Angouléme et du duc de Berry. La reine Marie-Antoinette vint avec le comte d'Artois, père des jeunes princes, l'encourager dans son travail, et lui fit à son tour une petite commande. Avec sa bonne humeur et sa gentillesse, l'artiste de vingt ans se trouu lancé dans des divertissements où il donna 1rs premières preuves d'un esprit inventif, accompagne d'un tact délicat. Cependant, le maître se plaignait de ces distractions : mais en apprenant que son élève n'avait fréquenté Versailles que pour y trouver des moyens d'existence, Il vint généreusement à son secours. Aussi ne s'étonnera-t-on pas qu'Isabey eût gardé envers David un sentiment de reconnaissance que n'altéra jamais le souvenir de la part sanglante que celui-ci avait prise aux événements de la révolution. Isabey, élevé au bruit des fête» et dans le culte de la monarchie , ne pouvait voir

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sans irritation les désordres qui commencèrent en 4789. Cependant, tandis que les protecteurs sur lesquels il avait fonde ses espérance» les plus légitimes s'éloignaient ou disparaissaient dans la tempête , il ne s'attachait qu'arec plus d'ardeur à tout ce qui pouvait lui rendre profitable un talent déjà parvenu, vers cette époque, à un remar* quable développement. C'est ainsi qu'il improvisa, pour une entreprise de librairie , une partie des portraits des membres de l'assemblée constituante, Le portrait au crayon de David, daté de 1789, un autre de madame de Staël , qui remonte à la même époque, une admirable miniature de la mèrede l'artiste, antérieure même à cette date, donnent l'idée d'un homme qui , dans les genres qu'il devait cultiver, n'avait plus rien à apprendre. Il hésitait cependant à abandonner la peinture d'histoire; mais un conseil opportun de Mirabeau , dont il eut occasion de faire le portrait, le décida à restreindre son ambition. « Il vaut mieux, lui dit le grand « orateur, avoir la certitude d'être le premier dans , "un genre, que le doute de n'être que le second « dans un autre. » Ajoutons que l'accroissement de ses charges de famille le poussait à cette résolution, line impression romanesque, et aussi la crainte de tomber dans ledésordre,lui 11 rentépouser une belle jeune fille sans fortune, qu'il avait rencontrée dans une promenade publique, conduisant son vieux père aveugle. Au milieu de ces vicissitudes et de ces efforts, il voulait, lorsque vint la terreur, se réfugier en Lorraine; mais, obligé de rester à Paris, faute d'un passe-port qui lui fut refusé , il résolut de faire tête à l'orage ; et, tout en allant chercher des modèles jusque chez les plus redoutables personnages de l'époque , il vit passer devant ses yeux ees spectacles sans nom , dont l'impression lui était restée ineffaçable. Pendant la domination des terroristes , il avait pu vivre ; après leur chute, il conquit l'aisance et presque la richesse. Sa réputation était dès lors bien établie : il était le peintre en miniature à la mode; en même temps, il cultivait le dessin avec succès. La passion que lui avaient inspirée les belles planches en manière noire de l'école anglaise lui fit entreprendre des compositions à l'estompe qui furent bientôt reproduites par la gravure. Son début dans ce genre avait été U Départ pour Formée et le Retour; peu de temps après, en 1797, il exécuta le grand dessin connu sous le nom de la Barque d' Isabey. qui obtint au Salon un succès tout à fait populaire. Cette barque glisse sur la rivière d'un parc, à l'ombre des arbres, pendant la chaleur de l'été s le peintre s'y est représenté luimême, conduisant, à l'aide des avirons, ses trois enfants groupés avec tendresse autour de leur mère, à l'abri d'une tente rustiquement improvisée. Rien ne manque à cet ouvrage , dont l'original appartient au fils de l'auteur, el que d'ailleurs la gravure a rendu célèbre. La grâce, la simplicité, la pureté du sentiment s'y montrent, jointes à une exécution babile et rigoureusement

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précise. L'artiste révélait ainsi au public, arec la distinction de son talent, la bonté de son cœur. A cette époque, Gérard, avec lequel il était intimement lié, venait d'achever son Béliiaire. Isabey, rempli d'admiration pour cet ouvrage , et voulant , par sa propre facilité à battre monnaie dans un genre facile, aider son ami à gravir, au milieu des obstacles de l'époque, le sentier toujours âpre de la peinture d'histoire , lui acheta trois mille francs le chef-d'œuvre qui autrement n'aurait pas quitté l'atelier de son auteur. Peu de jours après, il détermina M. Meyer, envoyé de la république de Hollande, dont il venait de faire le portrait, à reprendre, pour le double du prix, le tableau dont il s'était chargé, et s'en alla tout joyeux porter à son ami le bénéfice qu'il venait de faire sur son marché. C'est pour reconnaître ce service opportun que Gérant fit l'admirable portrait en pied d'Isabey et de sa fille, qu'on admire aujourd'hui dans le musée du lx>uvre. On peut juger par là que le peintre en miniature était digne des faveurs dont bientôt après la fortune se plut à le combler, surtout à dater de l'époque où il obtint 1 a protection de madame de Beauharnais, devenue depuis peu la femme du général dont le nom commençait à remplir le monde. Madame Campan , ancienne femme de chambre de la reine Marie-Antoinette, venait de fonder à St-Germain en Laye un pensionnat où fut mise la fille de madame Bonaparte. Isabey, qui dirigeait dans cette maison l'enseignement du dessin, entra ainsi tout naturellement en rapport avec la nouvelle famille du vainqueur de l'Italie; Il y était déjà établi sur un pied d'honorable affection, lorsque le général Bonaparte revint à Paris. Isabey le suivit à la Malmaison, et resta spectateur attentif du développement d'influence et de pouvoir qui, par une progression rapide, conduisit de cette modeste résidence à la demeure des rois l'homme vers lequel la France avait tourné ses regards. C'est alors qu'lsabey exécuta deux de ses ouvrages les plus intéressants, le Portrait en pied du générât Bonaparte dans les jardins de la Malmaison, et la Revue des troupes passée en l'an 8, par le Premier Consul, sur la. place du Carrousel. Dans ce dernier dessin, Isabey s'était fait aider pour les chéVaux par Carie Vernct, dont l'esquisse est dans la collection du Louvre. De l'aveu de tous les contemporains, Isabey avait admirablement sàisl la physionomie du nouveau maître de la France ; il avait pu étudier à loisir la construction de son visage, et le soin qu'il prit de la reproduire, malgré les changements de l'âge et Pépaississement des chairs, dans les portraits dont il fut successivement chargé, l'a laissé sans rival pour l'imitation la plus Ûdèle d'nue téte que les peintres, les sculpteurs et les graveurs de médailles ont idéalisée à l'enri. Plus tard, lorsque Napoléon franchit le dernier obstacle qui le séparait du trône , Isabey fut appelé à diriger la décoration, l'ordonnance et Jusqu'au cérémo-

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niai de la solennité dans laquelle le pape Pie VII vint présider au couronnement du nouvel empereur. On n'avait donné à l'artiste que deux jours pour les préparatifs de son programme, et il se plaisait à raconter comment, au moyen de petites poupées costumées à la hâte, il avait pu faire sur une table , à Fontainebleau , la répétition des divers incidents de la fêle religieuse , sous les yeux attentifs des souverains et de la cour destinés à y prendre part. A l'imitation de l'ancienne monarchie, Napoléon avait décidé qu'un ouvrage exécuté avec luxe conserverait le souvenir de son sacre. Isabey fut rais à la tête de cette entreprise, dont tous les dessins originaux , sauf l'encadrement des ligures en pied , sont de sa main ; il y déploya un talent des plus remarquables (I). On admire dans les compositions d'ensemble une heureuse distribution de lumière et une observation exacte des règles de la perspective , jointe à tout l'esprit et à toute la convenance que l'on pouvait attendre d'un observateur aussi sagace de l'extérieur des personnes et des choses. Des portraits bien compris, des ajustements heureux, une exécution franche, fine et harmonieuse, distinguent les figures en pied, où l'on trouve une heureuse gradation, depuis les plus grands acteurs de l'histoire moderne jusqu'au simple spectateur, personnifié dans le député de canton. Lorsque arriva la catastrophe de 1814, la gravure de l'ouvrage du Sacre n'était pas encore entièrement achevée; Isabey, qui en surveillait l'exécution, n'avait cessé de jouir de la faveur particulière du souverain. La répudiation de Joséphine, à laquelle il était resté très-attaché ï<. et l'avènement de la nouvelle impératrice, dont il fut nommé mallre de dessin, ne changèrent rien à sa position auprès de l'empereur. Il avait le titre de peintre et de dessinateur de son cabinet; il était aussi décorateur du théâtre de ki cour; pendant quelque temps, il fut chargé des peintures de l'Opéra, où il monta plusieurs ouvrages ; à la manufacture de Sèvres, il présidait à l'atelier des peintres, et il avait fourni les dessins d'une table de porcelaine où le médaillon de l'empereur, assis sur son trône, était entouré de celui de ses douze maréchaux. Cet important ouvrage a passé en Angleterre. Les revers de 1814 surprirent l'artiste sans diminuer son admiration et sa reconnaissance pour son bienfaiteur ; après la reddition de Paris, il ne craignit pas de se rendre à Fontainebleau pour offrir un dernier hommage

0) Ces dessins sont conservés au Louvre, dam le Musée des Souverains. On a d'Isabcy, au Muse* de Versailles, deux compositions de la mfme époque et do m. me genia , U Premier Comul tintant une manufacture a Rouen, et le Premier Consul detoxkant m crois d'honneur pour en décorer M. Obtrkamp/, fondateur de la manufacture de Jouy.

(21 Isabey, qui, quoi qu'on en ait dit, ne se permit jamais de familiarités avec le général Bonaparte , avait gardé des relaUons presque intimes avec le prince hugenc, qu'il retrouva 4 Vienne en IBM. La reine HorUnse ne lui témoignait pas moins de

bienveillance. Le bruit s'éUnt fque I on

Leu, fit dire le repot de Yt

de la mort subite d'Iwiliey I, la reine, qui était a St-

de l ime de son peintre favo"ri.*Uœ * *****

au souverain qui descendait du trône. Isabey n'en trouva pas moins dans Louis XVIII un appréciateur bienveillant de sa fidélité à une grande infortune. Ce prince dédommagea généreusement les artistes employés à l'exécution du Sacre de Napoléon , et , ne pouvant publier l'ouvrage , il en fit tirer quelques exemplaires pour les distribuer aux personnes qu'il savait particulièrement attachées à l'empereur. C'est de cette époque que date un remarquable portrait de Louis XVIII qu' Isabey fit graver par Debucourt et qu'il publia lui-mênje. Cependant les fonctions qui l'attachaient assidûment au château ayant cessé, l'artiste pensa qu'il tirerait un parti avantageux de son talent en se rendant à Vienne, où un congrès européen allait se réunir; il avait une première fois, en 1811, visité cette capitale sous les auspices de l'impératrice Marie-Louise, qui l'avait chargé de lui rapporter les portraits des princes de sa famille. Ramené par des circonstances bien différentes, il retrouva le même accueil. Le dessin du Congrès de Vienne, où l'on voit . réunis, à l'issue d'une conférence, tous les personnages qui prirent part à ce grand acte diplomatique, a depuis longtemps passé en Angleterre; mais l'estampe que Godefroy a exécutée d'après ce dessin doit donner l'idée fidèle d'un ouvrage où le mérite de la difficulté vaincue ne se comprend que lorsqu'on y a comparé d'autres entreprises du même genre. Isabey, qui avait appris à Vienne la nouvelle du débarquement de l'Ile d'Elbe, revint juste à Paris pour y saluer Napoléon à son arrivée. Ce revirement de fortune, suivi bientôt d'un immense désastre, rangea quelque temps l'artiste parmi les mécontents. Après la rentrée des Bourbons, on saisit chez lui la planche d'un portrait du roi de Rome; on lui fit même des difficultés passagères pour l'impression de celle du congrès de Vienne. L'n voyage d'Angleterre qu'il accomplit sur ces entrefaites , et où il ne fut pas escorté de son bonheur ordinaire, lui démontra qu'il aurait tort de bouder plus longtemps la Restauration , et il ne lui tint pas rigueur. Vers cette époque (1817), il exposa au Salon la grande miniature de l'Escalier du Musée, qui fait aujourd'hui partie des collections du Louvre. Jamais jusque-là la peinture à l'aquarelle sur ivoire n'avait osé entreprendre un sujet aussi vaste où l'opposition des personnages et les effets de la perspective exigent une grande puissance de moyens, et cet effort n'a pas été renouvelé. Un intérêt de plus s'attache à ce bel ouvrage, depuis que l'escalier représenté par Isabey, l'œuvre d'architecture la plus remarquable peut-être qu'eût produite l'association des talents de Fontaine et de Percier sous le règne de Napoléon 1", a disparu dans les nouveaux développements «lu Louvre. Quand Isabey exécuta cette grande miniature, il avait cinquante ans, et à cet âge il unissait l'expérience de l'âge mûr à toute la fraîcheur des organes de la jeunesse. Cependant U

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société, rétablie en partie sur son ancienne base, oflrnit à Isabey un théâtre approprié à la nature aimable et délicate de son talent. 11 étendit alors ses relations dans le monde le plus distingué, et les salons lui offrirent une compensation flatteuse à ce qu'il avait momentanément perdu du côté tic la cour. Le procédé alors récemment perfectionné de la lithographie lui offrit un moyen de rajeunir sa popularité, et il sut ainsi conserver longtemps encore les faveurs de la mode. Divers sujets exécutés pour le premier volume des Voyager dans l'ancienne France de MM. Nodier, Taylor et de Caillcux, notamment la planche qui représente Y Escalier du château dHarcourt, montré» rent son crayon sous l'aspect le plus séduisant (1). Après la mort de Louis XVIII, Isabey retrouvait dans Charles X le plus ancien de ses protecteurs, le prince dont l'élégance et la bonne grâce l'avaient frappé à Nancy, lorsque lui-même il n'avait encore que neuf ans. L'amitié de M. de Jcssaint, préfet de la Marne, l'associa aux pompes du sacre de Charles X : il y dirigea tout ce qui tombait à la charge de la ville de Reims et du département; et peu de temps après, Ladite, dessinateur du cabinet du roi, étant mort, le prince récompensa la coopération d'Isabey aux fêtes de son sacre en lui donnant auprès de lui une position semblable à celle qu'il avait occupée sous Napoléon. Aussi l'artiste ne fut-il pas moins vivement affecté de la révolution de 1850 qu'il nel'avaitétédu renversement de l'empire. La monarchie de juillet, qui le lit en 1837 conservateur adjoint des* musées royaux, ne pouvait lui offrir un dédommagement complet de ce qu'il perdait à l'exil de Charles X. Isabey s'acheminait vers la vieillesse; de nouveaux talents s'étaient formés dans l'art de la miniature. La pureté du dessin n'était plus appréciée au même degré, et l'école tendait de plus en plus à la couleur. Isabey, cédant aux demandes dont il était accablé , avait fait tant de portraits, surtout des femmes du monde, que sa main semblait s'être lassée, et que le public perdait le goût de ses arrangements ingénieux, mais peut-être trop uniformes. Aussi , à mesure que le silence se faisait autour de lui, se renfermait-il dans le cercle de sa famille, rajeunie par un second mariage, aussi heureux que le premier, et dans quelques relation s u ù de nobles protectricesle dédommageaient, par les attentions les plus délicates, des symptômes de l'indifférence publique. Après la frayeur momentanée que lui causa la révolution de 1818, Isabey, qui*sous les atteintes de l'âge venait de renoncer à ses pinceaux (2), trouva pour ses derniers %

(l) La plu* importante des lithographies d'Isabey représente l'Arrivée de Mgr le due de Bordeaux à Chambord ; c'est une composition purement idéale , faite au moment où s'ouvrit la i nui avait pour objet d'offrir au jeune prince l'ancien "{ou» citerons dans le même genre un et un Voyage

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château de François 1". Nous eiU beau porftatt du duc Mathieu de d'Italie en trente planches.

(2) Isabey, devenu vieux , ac remit a la peinture i l'huile", qu'il avait abandonnée depuis plus de cinquante ans , et c'est par ce procédé que, dans un voyage qu'il fît a Nancy en 1839, il flt-le portrait du général Drouot, son illustre compatriote.

jours un généreux appui dans l'empereur Napoléon 111. Une pension de 0,000 francs qu'il en reçut avec la croix de commandeur de la Légion d'honneur, dont il était membre depuis la création de l'ordre, répandit une joie sensible sur sa vieillesse. Mais la mort prématurée de madame la marquise de Talhouet et de madame la marquise d'Osmond , en mettant fin à ses séjours annuels de St- Martin d'Ablois et de Pontchartrain , drrangea tristement le train accoutumé de son existence et le prépara à quitter ce monde, dont il sortit doucement le 18 avril 1853. après une maladie de quelques jours, au moment où il venait d'accomplir sa 88e année. Sa femme, bien plus jeune que lui, ne lui survécut pas longtemps. Son fils aîné, qui avait embrassé la carrière des armes, fut tué dans la campagne de 1 Si 4. Son second fils, Eugène, s'est fait une réputation méritée dans la peinture de marine. U avait marié l'une de ses flllesdu premier lit à M. Cicéri, célèbre peintre de décorations. Sa fille du second lit, aujourd'hui madame Maxime Wey, conserve religieusement une série des ouvrages de son père, exécutés à toutes les époques de sa carrière. Ses principaux élèves dans l'art de la miniature ont été Jacques et Aubry, auxquels il avait survécu, et mademoiselle Hath, fondatrice du Musée de Genève. — Les ouvrages d'Isabey, à défaut d'un mérite éminent, devraient toujours exciter un vif intérêt à cause des sujets que cet artiste fut appelé a traiter, et des personnages célèbres dont il fit les portraits. Mais indépendamment de la curiosité historique qui s'y rattache, ils rendent témoignage d'un mérite supérieur. Moins vif et moins spirituel de touche que son devancier Hall , n'ayant peut-être imprimé à aucun de ses portraits le grand caractère qu'on admire dans le Kléber de Jean Guérin, inférieur à Saint pour la variété, à madame de Mirbcl pour une certaine exactilutle énergique, Isabey offre néanmoins, dans ses miniatures et dans ses portraits au crayon noir, à l'estompe et à la sépia.unc suite incomparable de modèles bien compris selon leur âge, leurcomplexion, leurs habitudes et leur histoire, et rendus avec une facilité fondée sur une solide pratique du dessin, qu'il devait à l'enseignement de David. Depuis les effigies énergiquement exprimées de David et d'Hubert Robert, le peintre de ruines (on a du portrait de ce tartiste une belle gravure à l'eau-forte par Miger), jusqu'à la tête du roi de Rome enfant, peinte pour une épingle, et qui arrive à la finesse des émaux les plus précieux, on peut dire qu'il a parcouru une gamme très-étendue, dans laquelle on ne rencontre, pour ainsi dire, aucune intonation fausse. Quelque sujet qu'il traitât, ainsi que ses grands dessins le démontrent, il abordait franchement toutes les difficultés de l'art, et, content d'un effet simple et modéré, il ne chercha jamais à séduire les demi-connaisseurs par le prestige de la touche et par l'emploi des procédés artificiels. La même solidité fondamentale, sous l'ap-

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pn renée d'une légèreté gracieuse, se retrouve dan» le caractère d'Isabey. Une humeur enjouée qui ne le quitta jamais, une facilité à toute épreuve, une disposition infatigable à se prêter à tous les divertissements, reposaient chei lui sur un caractère droit, une discrétion invariable, une amitié constante, une obligeance attentive, une probité irréprochable et des sentiments sincèrement religieux. Il était à la fois recherché des gens frivoles et aimé des hommes sérieux. Appelé par sa vocation à jouir du spectacle extérieur de la vie, bien qu'il n'en saisit guère que la surface , il avait une idée juste des grandes directions de l'art, et, content d'un lot approprié à son caractère, on ne le vit jamais dénigrer ceux de ses contemporains qui s'élevèrent plus haut que lui. Ainsi s'explique et se justifie le rare et constant bonheur qui le prit au début de sa carrière et qui l'accompagna jusqu'au lerme de l'extrême vieillesse ; bonheur auquel il n'a manqué que le titre de membre de l'Institut, qu'il sollicita vainement, et dont tout le monde aujourd'hui conviendra qu'il était digne. Il a laissé en manuscrit un volume de Souvenirs, trop imparfait pour qu'on l'imprime isolément, mais dans lequel une plume exercée trouverait le sujet d'une publication intéressante. Ce volume, gracieusement communiqué à l'auteur de cet article par la famille du peintre, offre une garantie d'exactitude pour les détails renfermés dans la notice qu'on vient de lire. Ch. L — T.

1SACCIII (Jeax-Daptiste), ingénieur, né dans le siècle à.Reggio, fut attaché quelque temps au service du comte Louis Pic de la Mirandole. L'ouvrage qu'il a publié et dont nous parlerons tout à l'heure prouve qu'il était un très-habile mécanicien, quoiqu'il ne fut pas très-versé dans les sciences. Employé souvent comme décorateur dans les fêtes qui se célébraient à cette époque, avec une jiompe et une magnificence dont on n'a plus aucune idée, il dirigea presque toutes celles qui furent données de son temps à Mantouc, à Rolognc, à Novellara, et dans sa ville natale. En i :>%, il était chef des bombardiers et ingénieur pensionné du duc de Modène, Alphonse 11, son légitime souverain. Son principal ouvrage est intitulé Invemioni nette quaU si maniftstmo varj secreti e utili arvisi à persone di guerra e per i lempi di piacere, l'arme, lî>7l>, in- 1». Ces inventions, dont il avait donné le catalogue en 1575, sont au nombre de plus de cinquante ; les unes relatives à la guerre, les autres aux fêtes, comme le dit le titre, et les autres enfin à diverses professions. Chaque partie de ce rare volume est précédée d'une dédicace à quelque personnage distingué , dont le portrait, gravé sur bois, accompagne l'épllre dédicatoire. On trouve à la lin de l'ouvrage le catalogue de nouvelles inventions que l'auteur se proposait de mettre plus tard au jour. On doit encore à l'ingénieur Isacchi la Vita di S. Vellegrino, re de Scoiia, Reggio, 1386. — C'est

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par erreur que quelques bibliographes attribuent cet opuscule à son fils Alphonse , prêtre et jurisconsulte, mort curé démissionnaire de St- Laurent de Rcggio, en 1643. Alphonse est auteur de traités de droit et de j*titt livra ascétiques dont on trouve la liste dans la Bibliottca modenest de Tirabocchi, t. 3, p. 30. L'article d'Alphonse et celui de son père, signés des initiales C. C, sont du comte Crispi , de Reggio , qui s'était charge de fournir à Tirabocchi des notices sur ses compatriotes. W— *.

ISME ou ESAIE , le premier des quatre grands prophètes, eut pour père Amos, frère d'Amasias. roi de Juda, et prophétisa sous les règnes de Joathan, d'Achaz et d'Ezéchias pendant soixantedeux ans. Aussitôt après la mort d'Osias (l'an 739 avant J.-C.) , suivant l'opinion commune, le Seigneur se fit voir à lui sur un trône éleré, et l'éclat qui l'environnait de toutes paris remplissait le saint et le sanctuaire ; les séraphins étaient autour du trône ; les portes du temple , comme sensibles à la présence de Jehovah et aux cris des séraphins, s'ébranlèrent et s'ouvrirent, et le temple fut rempli d'une nuée majestueuse. Alors Isafe s'écria : « Malheur à moi ! je suis réduit à me

« taire, parce que mes lèvres sont impures •

En même temps l'un des séraphins qui étaient autour du trône vola vers lui, tenant en sa main une pierre brûlante qu'il avait prise avec des pincettes de dessus l'autel, et lui ayant touché la bouche, il lui dit : ■ Voilà qui a touché vos lerres; « votre iniquité sera effacée et vous serei purifié " de votre péché. » Dès ce moment Isafe s'oflrit de lui-même à porter les ordres du Seigneur, et il en reçut sa mission. Il ne se passa rien d'important depuis cette époque dans le royaume de Juda où, en sa qualité de prophète, il ne se trouve honorablement mêlé. Il eut deux fils, doot les noms sont figuratifs : le premier , Séar Jasub, c'est-à-dire te reste reviendra, et le second, Chas- Ras, c'est-à-dire hdtez-vous de ravager. || aurait eu de plus, si l'on en croit quelques interprètes, une fille qu'il aurait donnée en mariage à Na> nassé, roi de Juda. Il parlait aux princes 3 TOC une intrépidité merveilleuse, comme il parait par les reproches qu'il fit à Achaz de son incrédulité, et à Ezéchias de sa défiance envers le Seigneur et de sa vanité. Ce dernier étant tombe1 malade, IsaTc fut chargé, de la part du Seigneur, de lui porter ces terribles paroles : « Mettez ordre à vos » affaires ; car vous ne vivrez pas davantage et « vous mourrez. > Mais le prince s'étant humilié devant Dieu, IsaTe, qui n'était pas encore sorti do palais , lui annonça l'heureuse nouvelle du rétablissement de sa santé. Le miracle de la rétrogradation de l'ombre du soleil sur le cadran d'Ézéchias, qu'il opéra pour garant de la promesse du Seigneur, n'a été tourné en dérision par VoL taire que parce que ce fameux écrivain était accoutumé à se moquer de tout , el qu'il voulait à toute force rendre la religion ridicule (wy les

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Utires de quelque i Juifi, 8« édit. , p. 538, KS9). Isaie ne prophétisa pas seulement par ses discours, mais encore par ses actions. C'est ainsi que, pour figurer les maux qui devaient fondre sur l'Égypte et l'Éthiopie , il marcha durant trois jours , dépouillé de ses vêtements de dessus, sans souliers et les pieds nus, comme l'explique encore l'ahhé G ué née, d'après le texte héhreu et les plus savants interprètes (ibid., p. 219). Quelques philologues regrettent que nous ne sachions que très-peu de choses de la vie, de la personne et des actions d'Isaïe pour l'éclaircissement de ses prophéties, et que nous ne sachions que par lui-même ce qui est venu à notre connaissance : raison de plus pour recueillir avec soin tout ce qui peut aider à le faire connaître. C'est lui qui nous apprend que le Seigneur l'a appelé dès le sein de sa mère, qu'il lui a imposé un nom , qu'il lui a donné une

langue comme un glaive tranchant : il se

plaint des persécutions et des traverses qu'il a souffertes de la part des Juifs, auxquels il reprochait leur infidélité (c. Su). Une tradition constante suivie chez les Hébreux et adoptée par les Pères nous apprend qu'lsale fut mis à mort par le supplice de la scie au commencement du règne de Manassé, à l'âge de 100 ans. Isaïe, presque contemporain d'Homère, lui était bjjen supérieur en génie et en expressions sublimes. 11 représente les mœurs antiques bien mieux que le poète grec, et il garde avec beaucoup plus de grandeur les vestiges de l'ancienne simplicité. Tous ceux qui ont comparé leurs ouvrages 'sans prévention n'ont pas balancé à donner la palme à l'écrivain hébreu. Ses idées sont plus qu'homériques, a dit un homme non suspect; les héros d'Homère ne parlent pas avec plus de fierté que ceux d'Isaïe, et ce prince des portes épiques n'a point de morceau descriptif de la force du superbe tableau de bataille qui se trouve au chapitre treizième. Pour l'éloquence il n'y a que Démosthène qui puisse, asiatiques égards, être mis en parallèle avec Isaïe : on trouve dans l'un toute la pureté de la langue hébraïque, comme dans l'autre toute la délicatesse, toute la pureté attique: l'un et l'autre sont magnifiques dans leur style, véhéments dans les mouvements, abondants en figures, impétueux quand il s'agit de relever ce qui est odieux ou difficile. C'est Grotius qui porte ce jugement ; mais combien, d'après l'aveu qu'il semble faire lui-même de la supériorité de l'écrivain sacré, combien Isaïe est préférable à l'orateur profane pour la grandeur des idées et la noblesse de l'expression ! Voici ce qu'en pensait le célèbre Lowth , si versé dans la poésie des livres saints et qui avait fait une étude 'si profonde des prophéties d'Isaïe : « Ce prophète , le premier de « tous par le rang comme par la dignité, abonde « tellement en mérites de toute espèce , qu'il est « impossible de se former l'idée d'une plus haute « perfection. Élégant et sublime, orné et grave « tout à la fois, il réunit en un degré roerveil-

« leux l'abondance et la force, la richesse et la « majesté. Dans ses pensées quelle élévation, « quelle magnificence, quelle inexprimable di- « vinité ! Dans ses images quelle exacte conve- « nance, quelle noblesse, quel éclat, quelle fé- « condité , quelle variété ! Dans son élocution • quelle élégance singulière, et, au milieu de « tant de ténèbres, quelle étonnante clarté! A « tant de qualités, ajoutons encore un si grand ■ charme dans la construction poétique de ses « périodes, soit qu'il faille la regarder comme un « don heureux de la nature , soit qu'on doive « l'attribuer à l'art, que s'il existe encore quel- « ques traces de la beauté et de la douceur pri- « niitive de la poésie hébraïque, c'est principa- « lement dans les écrits d'Isaïe qu'elles se sont « conservées et qu'il est possible de les retrou- « ver. ■ (Traduction de Jf. Sicard, t 2, p. 81-82.) Le célèbre orateur anglais Blair (Lecl. on Rhet. ) remarque aussi qu'Isaïc , le plus émineut des poètes lyriques, est également celui dont les poésies ont le plus de simplicité et de .clarté. A ces jugements nous ajouterons celui d'un de nos plus savants critiques français, Guilhem de Sainte- Croix , qui , dans son Mémoire sur la ruine de Babylone, si éloqucmment prédite par Isaïe (chnp. 13 et 14), élève le style des écrits du prophète bien au-dessus de celui des chefs-d'œuvre de l'antiquité, auxquels, dit-il, on ne peut comparer les premiers que pour mieux faire sentir toute l'infériorité de ces derniers (1). Tout le monde s'accorde, en effet, à donner à Isaïe l'enthousiasme prophétique pour caractère distinctif, et à regarder son livre comme un modèle accompli pour le sublime des pensées et le coloris de la diction. C'est en le méditant que notre grand Dossuet a contracté ce ton prophétique qui lui est propre, et s'est fait un style qui tient en quelque sorte de l'inspiration. C'est en le lisant assidûment que les deux Racine, père et fils, que J.-B. Rousseau, lui ont dérobé quelques-uns de ses plus beaux traits et en ont orné leurs poésies. Les prophéties d'Isaïe sont divisées en soixante-six chapitres. On peut les partager en huit parties suivant dom Calmet, ou en deux selon les critiques modernes : la première , qui comprend les trente-neuf premiers chapitres, est composée de prédictions toujours distinctes et séparées les unes des autres ; le prophète y parait néanmoins occupé de trois événements principaux: 1° de la captivité de Babylone et du retour des Israélites dans leur pays, sous la protection de Cyrus, qu'il désigne par son nom ; 2° de la guerre de Phacée, roi de Samarie, et de Rasin, roi de Syrte, qu'il appelle deux titont fumants , contre la maison de David, sous le règne d'Achaz ; 3° de la défaite de* Philistins, des Moabites, des Samaritains et des Assy-

(1) Nous remarqueront que l'auteur même du Dictionnaire dtt atkitt, Sylvain Maréchal , n'a pu s'empêcher de faire l'éloge le plus magolilquedu style et de la poésie d'Isaïe. {Pour et Contre la Bible.)

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riens, commandés par Sennacherib, sous lè règne d'Ézéchias. La seconde partie , qui commence au quarantième chapitre et (mit au soixantesixième, présente plus de cohérence et d'aflinité. Le sujet général en est évidemment l'avéncment du Messie, l'établissement de l'Église, la réprobation du peuple juif et la vocation des gentils. Ses prédictions sont si claires et ont été si parfaitement accomplies, qu'il a mérité de quelques Pères cet éloge court mais énergique , qu'on doit le regarder plutôt comme un évangéliste et un apôtre que comme un prophète. De là quelques philologues allemands ont avancé qu'elles ne peuvent pas être l'ouvrage d'haïe : il était impossible, disent-ils, qu'un homme vivant plusieurs siècles avant l'événement eût pu le voir et l'annoncer avec tant c*e justesse et de précision , et en conséquence ils attribuent ces derniers chapitres à un ou à plusieurs écrivains postérieurs à la captivité de Babylone, sans aucun fondement et au risque d'ébranler toute certitude historique. Jahn a détruit leurs vaines conjectures. (Introd. in Ubr. sacr. V. T.) Cependant on ne saurait disconvenir que ces mêmes chapitres, depuis le cinquante-deuxième surtout , paraissent devoir être détachés de ceux qui les précèdent; non que les prophéties soient différentes , mais parce qu'elles sont plus détaillées et plus formelles , et encore parce qu'on ignore le temps où elles ont été écrites. Parmi les nombreux commentateurs d'Isaïe, on distingue Aben-Ezra, David Kimchi, St-Jérôme, Vitringa , Leclerc, Sanctius, Roseï millier, dom Calmet, l'abbé Duguet et le savant père Berlhier, dont les réflexions sont également utiles aux savants et aux âmes pieuses. La Traduction nouvelle des prophéties d'haie, avec un discours | >r< liminaire et des notes , par Eugène Genoude, 1815, tn-8°, est aussi un ouvrage remarquante, surtout par l'application de la prophétie du chapitre quatorzième concernant le roi de Babylone à une catastrophe récente et terrible (voy. à ce sujet le Mémorial religieux du 3 novembre 1815). Bossuet a expliqué la prophétie du chapitre neuvième sur la naissance du Messie. Jahn l'a aussi interprétée dans ses Exercitations exégétiyues. Jean-Emm. Hausi a commenté celle qui regarde la mort de Jésus-Christ (chap. 98 et 53), que l'interprète arabe intitule Prophetia de Kîessia et crucifixione ejut, et ablatione pœnarum. C'est à tort qu'on attribue à Isaïc les livres de l'Ascension et de la Vision, qui portent son nom, et même les Proverbes, Y Kcclésiaste, le Cantique des cantiques, et le Livre de Job. L — n — E%

ISAMBERT (Fr*a*çois-Andr£), jurisconsulte, magistrat, homme politique et érudit français, naquit à Aunay, près Auneau (Eure-et-Loir), le 30 novembre 1792, d'une famille d'honnêtes cultivateurs. Après avoir fait au collège de Chartres de fortes éludes, qui lui méritèrent une demi- Itourse au lycée impérial pour les achever, Isam- IhtI avait été admis comme élève de l'école nor-

male par M. Guéroult ; mais il préféra la carrière du barreau. Tout en suivant les cours de l'école de droit, il n'abandonnait pas cependant les études géographiques et philologiques, vers lesquelles l'entraînait un goût prononcé, et que ne lui firent jamais négliger ses laborieuses fonctions judiciaires ou politiques. Il suivait assidûment les cours du collège de France , et en particulier ceux de Gail, dont il devint le collaborateur et l'ami. Il avait alors pour condisciples plusieurs des èrudits qui se sont fait un nom dans la suite, Letronne , de Colbéry et Gail fils. Dès 1815 il dressait, pour l'atlas de géographie ancienne publié par son maître , un ensemble de cartes qui y trouvaient place et qui étaient destinées à faciliter la lecture d'Hérodote , de Thucydide, de Xénophon, de Théocritc et de Strabon. En même temps il composait un dictionnaire géographique complet de Thucydide et de Xénophon, destiné en quelque sorte à servir de texte aux cartes qu'il avait dressées. Ce travail est resté inédit. Quelques années après (1819) il préludait à des études qu'il a reprises dans les derniers temps de sa vie, et dont nous parlerons plus loin, par le dessin d'un plan de Conslantinople aux deux époques de Justinien et de Mahomet II, plan qui trouvait sa place dans l'Histoire universelle de M. de Ségur. Après avoir travaillé plusieurs années dans le notariat, Isambert succéda en 1818 à M. Hua, devenu avocat général à la cour royale de Paris, dans sa charge d'avocat aux conseils du roi et à la cour de cassation. L'exercice de cette profession ne su [lisait pas à l'activité de son esprit. En dehors des questions de droit publie qu'il agitait au barreau, il entreprenait de concert avec Jourdan, trop tôt enlevé à la science, un immense travail, le Recueil général des lois françaises depuis l'an 420 jusqu'en 1789. Cette vaste entreprise, pour laquelle il fallait des recherches incessantes , de patientes investigations, des collations continuelles de tqgtes et de manuscrits , convenait merveilleusement i soo esprit infatigable et investigateur. Cette colleetjon, composée de vingt-neuf volumes., fut promptement menée à bonne fin avec l'aide , après la mort de Jourdan , de M. Decruzy et de JM. Taillan- dier. Il mit au jour à la même époque la Collection des lois de la Restauration de 1814 à 1827, avec des commentaires polémiques contre les tendances du gouvernement de la restauration, selon lui, à substituer ;uix lois le régime des ordonnances. 11 était en même temps l'un des collaborateurs de la Bibliothèque historique et du journal le Courrier français. A la barre de la cour de cassation, Isamheft défendit, en 1818, le docteur Aubry; en 1821, les éditeurs de la médaille constitutionnelle; en 1822, le général Berton, le lieutenant-colonel Caron , les quatre sergents de la Rochelle et les journaux accusés d'infidélité dans le compte rendu de ce procès; en 1821, Carrel et les jeunes gens de la légion étrangère.

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11 rédigea des consultations pour Lanjuinais, tiréfçoire et Agier (1822), M. de Stac"! et Benjamin Constant , le comte de Montlosier, etc. La cause des condamnés et déportes de la Martinique lui valut à la même époque une grande popularité. BUsett4, Fabien et Volny avaient été condamnés aux galères et flétris de la marque par la cour de la Martinique pour avoir colporté dans la colonie une brochure intitulée De la situation det gens de couleur libres aux Antilles. Il fallut plusieurs années de lutte pour obtenir de la cour de cassation l'annulation de cette condamnation , en dépit des efforts du garde des sceaux, M. de Peyronnet. En 1826, dans un voyage à Brest, Isambert plaida devant un conseil de guerre pour un militaire poursuivi en vertu d'une loi dont il démontra l'abrogation , et cette plaidoirie eut pour résultat de faire sortir du bagne, en vertu d'une décision du ministre de la marine, un certain nombre de condamnés auxquels on avait appliqué la même loi. Dans ce même voyage de Brest , Isambert défendit des jeunes gens poursuivis comme ayant participé aux désordres dont la présence des missionnaires avait été le signal. Cette affaire fut ensuite pour lui l'occasion d'un procès personnel : ayant publié dans le journal la Oatette des Tribunaux un article sur ces arrestations arbitraires, dans lequel il soutenait que les citoyens ne devaient pas obéissance aux agents de police qui tentaient des arrestations sur la voie publique hors des cas de flagrant délit, il fut cité devant la juridiction correctionnelle , défendu par M". Dupin aîné et Bartbe, et soutenu par les adhésions de presque tous les barreaux de la France. 11 ne s'agissait de rien moins pour lui , s'il succombait, que de la perte de son office. Condamné en première instance à cent francs d'amende comme ayant provoqué à la désobéissance aux lois , il fut , sur l'appel soutenu par M* Dupin , renvoyé des Ans de la poursuite. Après ce débat, M. de Belleyme, alors préfet de police, créa l'institution des sergents de ville, qui, revêtus d'insignes et d'uniformes, devaient être reconnus comme les agents de l'autorité publique. Isambert entra, par la révolution de juillet 1830, dans la carrière des affaires publiques. Dès le 29 juillet il était nommé, par la commission de l'hôtel de ville, directeur du Bulletin des lois (fonctions gratuites). Collaborateur officieux de Dupont (de l'Eure), nommé garde des sceaux, il le seconda sans litre officiel dans les travaux de son ministère, dressa le procès-verbal de l'état du portefeuille de M. de Chantelauze, ex-garde des sceaux, qui contenait la minute des ordonnances du 25 juillet et des rapports au roi qui les avaient précédées. 11 fut nommé conseiller à la cour de cassation par ordonnance du 27 août 1830, sur la proposition de M. Dupont (de l'Eure). En 1831, Isambert s'était démis de son titre de directeur du Bulletin des lois. En même temps qu'Isambert apportait à la cour de cassation l'expérience

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des affaires et l'érudition du jurisconsulte, il commençait sa carrière politique. Elu député en octobre 1830 par les électeurs des arrondissements de Chartres et Chàteaudun réunis, il soutint constamment de ses votes l'administration dirigée par Laffitte et Dupont (de l'Eure). 1,'avénement du ministère de Casimir Périer (13 mars 1831) le rejeta dans les rangs de l'opposition constitutionnelle, à laquelle il resta attaché pendant dix-sept ans. Il participa très-activement dans cette législature à la discussion des lois électorale et municipale. Non réélu à Chartres en 1831, le collège électoral de Luçon (Vendée) l'adopta pour son représentant en 1832, et lui resta fidèle jusqu'en 1848 : il exerçait en même temps le mandat de membre du conseil général d'Eureet-Loir. Dans la session de 1832-1833, il avait provoqué et obtenu de la chambre des députés un vote sur ce principe : que les sommes dépensées par les ministres au delà des crédits approuvés par le? .chambres resteraient à leur charge personnelle. En 1831, Isambert, toujours investigateur, découvrit un document diplomatique qui fit rejeter le projet de loi sur la ratification du traité avec les États-Unis (voy. Jackson). Isambert fit également rejeter la négociation ouverte avec la Russie sur la liquidation des prétendues créances polonaises, que des transactions internationales avaient anéanties en 1818. Il soutint, dans la loi relative aux associations, la légitimité des sociétés publiques, tout en repoussant les associations secrètes, et défendit aussi l'amendement relatif aux réunions religieuses , par application du principe de la liberté des cultes. Dans cette même année*1834, il fonda une société pour l'abolition de l'esclavage des noirs dans les colonies françaises, société qui eut pour président M. le duc de Broglie, et pour vice-présidents MM. H. Passy et Odilon Barrot. Il en fut le secrétaire, rédigea les publications rendant compte de ses travaux , et soutint avec énergie et persévérance, à la tribune de la chambre des députés, les diverses propositions de MM. H. Passy (1838) et de Tracy (1839), qui avaient pour but d'amener graduellement cette émancipation. En 1838, les mulâtres des colonies avaient fait frapper à la monnaie de Paris, par M. Rogut, une médaille en or qui lui était dédiée, avec cet exergue: Xil actum reputans si quid superesset ageudum. Il se montra aussi, à la chambre, inquiet et jaloux des accroissements du clergé. Lors de la lutte célèbre du roi de Prusse avec l'archevêque de Cologne, à propos des mariages mixtes, Isambert rédigea sur cette importante question un mémoire où il insistait sur la nécessité de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, et de la révision des lois organiques. Après la révolution de février 1818, le département d'Eure-et-Loir le choisit pour un de ses représentants à l'assemblée constituante. Il y proposa le premier la fermeture des clubs, mais en réservant expressément le droit de réunion

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pacifique et non périodique , tel qu'il se pratique en Angleterre. Cette proposition, fort mal accueillie d'abord par l'assemblée, fut reprise plus tard. Isambert soutint constamment de ses voles la partie modérée du gouvernement provisoire, de la commission exéculive et l'administration du général Cavaignac. Il appuya aussi le ministère Odilon Barrot , mais n'approuva pas l'expédition de Rome. Il avait voté pour l'établissement de deux chambres. et contre le bannissement perpétuel de la famille d'Orléans. Il Ut partie de la commission consultative instituée pour éclairer la gestion du séquestre des biens du duc d'Aumale, et fut membre des commissions de l'organisation judiciaire des colonies et de la révision du Code rural. Il appartint aussi au comité des cultes, avec plusieurs évoques, notamment monseigneur Parisis, évêque de Langres. Les incompatibilités créées entre le mandat législatif et les fonctions publiques le déterminèrent à ne pas solliciter de mandat à l'assemblée législative, et il se renferma dans le cercle de ses attributions judiciaires, auxquelles son infatigable labeur joignait la continuation de ses études numismatiques, géographiques et philologiques. Dès la fondation de la Société de géographie de Paris, en décembre 1821, Isambert avait fait partie de sa commission centrale, et, à certains intervalles, il lut à ses réunions des comptes rendus qui ont été insérés dans le Bulletin de cette société. Dans les dernières années de sa vie, les loisirs que lui laissait la politique lui permirent de s'adonner d'une manière plus exclusive à ces études spéciales. Parmi ses principaux travaux de ce genre, il faut citer notamment une analyse de la topographie de la plaine d'Olympie, par M. Spencer Stanhope (1825, t. 4); une de l'expédition américaine à la mer Morte (1850, t. 13); un rapport sur trois publications relatives à la Palestine, au Jourdain et à la mer Morte, accompagné d'une carte (1853, t. 6; 1854, t. 7). Dans ce dernier travail, Isambert soumit à un examen critique les déterminations géographiques du lieutenant Lynch et de M. de Saulcy, dont il repoussa en partie les opinions. En 1855, il fit un rapport sur l'édition des Petits Géographe* grées, donnée par M. Ch. Mùller dans la bibliothèque classique des auteurs grecs de MM. Didot. Il avait entrepris, depuis!833, une traduction complète de l'historien juif Josèphc, dont il se proposait d'éclairer le texte par un ensemble de notes et de dissertations. Cette œuvre, entièrement achevée, n'a pas encore vu le jour. Comme Jurisconsulte, il avait ru souvent l'occasion d'apprécier le rôle et l'influence de l'empereur Justinien. II conçut le projet de présenter un tableau complet de l'empire d'Orient sous son règne. Et le goût de la philologie grecque l'entraînant à prendre un auteur ancien pour base de son ouvrage, il choisit le célèbre écrit de Procope intitulé Anecdota. qui n'est autre qu'une histoire secrète de Justinicn. Il fit suivre sa traduction

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d'un second volume, consacré tout entier à la géographie du G* siècle, à la révision de la numismatique d'après le livre de Justinien, à l'examen de la proportion des métaux et des subsistances à cette époque (Paris, 1856, 2 vol. in-8°). Ce livre est Te fruit d'une érudition étendue et patiente ; il présente pourtant encore des lacunes. Mais quand on songe combien est obscure et difficile la géographie de l'empire byzantin au 0* siècle , combien Isambert a traité de sujets et embrassé de détails, on ne doit pas s'étonner des inexactitudes que son travail laisse échapper quelquefois. Cet ouvrage, le plus considérable de ceux dont l'empereur byzantin ait été l'objet, est fait pour beaucoup diminuer les éloges que la postérité lui avait décernés. Ce qui a manqué à son auteur, c'est une connaissance plus approfondie de l'administration de l'empire d'Orient; ce qu'il saisit habilement, c'est le véritable caractère des hommes et des choses. La partie numismatique est certainement une des plus intéressantes. Isambert avait un goût tout particulier pour les questions métrologiques et monétaires. Il avait rassemblé une collection de médailles, en vue d'avoir les monuments mêmes sous les yeux. Le 13 avril 1857, une attaque d'apoplexie foudroyante , que n'avait fait pressentir aucune maladie préexistante, enleva Isambert à 64 ans, dans toute Sa vigueur, dans l'intégrité de ses facultés intellectuelles. M. l'avocat général de Marnas, à l'audience de rentrée du 3 novembre 1857, a apprécié son caractère et son mérite en ces termes : « Son savoir attesté par de « nombreuses recherches et des publications re- « marquées, la part active qu'il prend aux agila- « tions d'une époque dont nous sépare moins le « temps que la transformation des idées et des « intérêts , son attachement à la cause de la li- « berté dont les ardeurs du combat dissimulaient « alors les périls , des épreuves incessamment « soutenues à votre barre même, ajoutant aux « meilleures facultés les forces d'un esprit plus « mûr, légitiment sa nomination. Placé plus haut, « on voit mieux ses utiles qualités. Il s'associe à « vos travaux avec une assiduité et un empresse- « ment auxquels n'apportent de limite ni la vie « des assemblées ni son goût pour les lettres. « Cependant le magistrat est toujours l'érudit. * Son érudition, en effet, était immense : la meilleure part de sa vie est celle de ses travaux scientifiques, et celle-là ne peut être appréciée qur des savants. — Voici la liste bibliographique des ouvrages d'Isambert : 1° Géographie. Cartes insérées dans l'Atlas de géographie ancienne de Gail pour la lecture d'Hérodote, Thucydide, Xénophon, Théocrite, Strabon, Tite-Live, 1813- 1823; 2° Plan de Constantinople à l'époque du siège de 1453 j>ar Mahomet, et empire de Justinien. an 565, pour l'Histoire universelle de M. «le Ségur, 1819; 3« Mer ou lac de Galilée, Génésareth ou TibérUuU, d'après les observations astronomiques de Lynch, Us carUr de Jacotin, Kupert et

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