RUE ORS ECOLES
HEADLEY(IIf.!»hi), poe"te anglais, né en 4766 à Instead , dans le comté de Norfolk , mort à Norwich en novembre 1788, à l'âge de 23 ans, publia , n'ayant pas encore vingt ans, un volume de Poésies qui sont estimées; l'ouvrage sur lequel se fonde sa réputation est un recueil en 2 volumes in-8°, publié en 1787, intitulé : Beautés choisies de l'antienne poésie anglaise, avec des esquisses biographiques. Ce recueil paraît avoir donné en quelque sorte le signal de ces recherches dans les monuments de l'ancienne poésie anglaise , qui ont été si multipliées de nos jours. Il a travaillé au Gtntleman's magaùne, et à un ouvrage intitulé : Olla podrida, recueil périodique, en quarante-quatre numéros, imprimés pour la deuxième fois en 1788, in-8°. X — s.
HEAltNE (Thomas), antiquaire anglais, né en 1678 à White-Waltham , dans le Berkshire, montrait dès son enfance tant de goût pour les antiquités , qu'on le voyait , dit-on , se traîner toujours sur les vieilles pierres sépulcrales du cimetière avant qu'il sût lire. Son père, qui tenait l'école dans sa paroisse, était hors d'état de lui donner d'autre instruction que celle qu'il possédait luimême; mais un gentilhomme, nommé Cherry, prit soin du jeune Hearne, et après avoir formé son esprit il l'envoya en 1695 à Oxford. La bibliothèque de celte université devint le séjour favori de son élève, et détermina sa carrière pour la vie. Hearne s'y fit bientôt connaître avantageusement par son talent singulier pour la lecture et la collation des manuscrits, et les docteurs Mil] et Grabe se servirent souvent de lui pour cet objet. Il ne se rendit pas moins utile en faisant le supplément du catalogue de la bibliothèque; il y obtint ensuite une petite place, désignée dans le langage académique par le nom de janitor. Peu de temps après il eut celles A'architypographe et d'huissier de la loi civile. C'étaient, malgré des noms imposants, des emplois bien subalternes; mais ils suffisaient à l'ambition de Hearne, qui ne voyait pas de bonheur comparable à celui de vivre dnns une bibliothèque. Aussi refusa-t-il des places plus lucratives, qui l'auraient obligé d'en sortir. Nommé enfin sous-bibliothécaire en 1712, il n'eut plus de vœux à former. Cependant le sort réservait une rude épreuve à notre bibliophile. Hearne
était sincèrement dévoué à la famille Smart : le* malheurs de cette dynastie ne diminuèrent en rien son attachement pour elle. Il lui rendit hommage dans la plupart des ouvrages qu'il mettait au jour, au risque d'être persécuté par les nombreux ennemis de cette famille infortunée, et lorsque le gouvernement exigea de tous les fonctionnaires le serment de fidélité , Hearne refusa de se conformer à cet ordre. Il fallut choisir entre deux grandes affections de son cœur: son dévouement pour les Stuart, et son attachement à sa bibliothèque. Hearne ne balança point; il résigna sa place de sous-bibliothécaire, et resta fidèle k ses principes. Ceux qui ne furent pas capables de l'imiter, prirent le parti de le haïr. On lui suscita des querelles; on déterra une brochure qu'il avait écrite dans sa jeunesse pour défendre ceux qui avaient prêté serment au roi Guillaume. Hearne se contenta de répondre qu'il avait mal vu et mal jugé étant jeune, et qu'il s'amendait dans l'âge mûr. Autant on méprise ceux qui changent de conduite par des vues d'intérêt personnel, autant on estime les hommes qui reviennent sur leurs premières opinions , après de mûres délibérations, au péril de leur fortune. C'est ce qui arriva aussi à Hearne; ses compatriotes finirent par mettre du prix à attirer dans le parti dominant un homme aussi respectable , et on lui fit des offres brillantes, à condition qu'il prêterait serment. Hearne refusa tout, et resta jacobile jusqu'à la mort. H vivait plus avec les livres et les manuscrits qu'avec le inonde , et ce n'était que dans les préfaces de ses ouvrages qu'il laissait percer ses sentiments politiques. La découverte d'un vieux manuscrit le charmait plus que rien au monde. Un jour, dans l'effusion de sa joie après une de ces découvertes, il adressa au ciel la prière suivante qu'on a trouvée parmi ses papiers : « Seigneur plein de grâce « et de miséricorde , je vous remercie mille fois <t des soins que vous avez toujours pris de moi. « Sans cesse vous me donnez des preuves signa- « lées de votre providence : encore hier vous me « fîtes trouver inopinément trois vieux manuscrits; « je vous en rends grâces, en vous suppliant de « continuer de m'accordtr, pour l'amour de Jé- « sus-Christ, la même protection, à moi pauvre • pécheur. > Cet acte de piété paraîtrait ridicule
2 HEA
s'il ne provenait d'un homme de mœurs trèssimples, qui, dans sa rie solitaire, rapportait tout à la Divinité. C'est aussi par sa manière d'exister simple, li nu 'le et laborieuse, qu'on peut expliquer convient il a pu .masser une m un tue de ' mille livres sterling qu'on trouva chez lui après sa mort, arrivée le il juin 1735. Il légua ses manuscrits au docteur G. Bedford : celui-ci les vendit pour cent guinées au docteur Karolinson ; et en vertu du testament de ce savant, ils passèrent à la bibliothèque Bodléienne à Oxford. On y trouve toute la correspondance de llearne, et une espèce de journal qu'il avait tenu de ses travaux archéologiques. Ces manuscrits forment , à ce qu'on assure, cent petits volumes. On peut voie dans le Dictionnaire de Chaufepié la liste des ouvrages publies par cet infatigable écrivain , au nombre de quarante , indépendamment des tables qu'il avait pris la peine de faire pour divers outrages. Nous indiquerons seulement les suivants : 1° Reliqum Bodleiana , OU OEucres po>thumes de sir Thomas Rodley. artc le premier projet de statuts de la bibliothèque publique d'Oxford, Londres, 1705, in-8° (en anglais ); 2° Justinus. avec des notes, Oxford, 1705, in-8°, collationné sur quatre manuscrits; 3D Licius, ibid., 1708, 6 vol. in-8°, édition assez estimée ; 4° Lettre sur quelques antiquités entre Windsor et Oxford, 1745 ; 5° VU d'Alfred le Grand, par L. Spetman . imprimée sur le manuscrit original de la bibliothèque Bodléiennc, 1710; 6° itinéraire de Jean Leland, antiquaire, accompagné de plusieurs discours curieux, 1710, in-8°; édition rare, n'ayant été tirée qu'à cent vingt exemplaires : on l'a réimprimée en 1744; 7° //. Dodtcell de panna equestri U'oodwardiana dissertaiio, Oxford, 1713, in-8°. llearne fut obligé de faire plusieurs cartons pour la préface après la publication de l1 o B1 rage . 8° Le la n di de rébus Britau u ici s collectanea, 1715, 0 vol. ; tiré à cent cinquante exemplaires; 9» Acta A/nstolorum graco-Jatine, litteris majusculis, e codice Laudiano..., Oxford , 1715, in-8° ; tiré à cent vingt exemplaires; 10° J. Rossi, antiquarii Warwicensis , Historia regum Anglia, 1716, in-8°, tiré à soixante exemplaires; réimprimé dans la 2' édition de l'Itinéraire de Leland; 11° Alrredi Bererlacensis annales , tire historia de gestis regum Britannitr, 1716, in-8°; tiré à cent quarante-huit exemplaires, de même que le suivant; 12° G. A'operi vila D. Thumce ilori, 171 G; 13° Recueil de dissertations curieuses écrites par des antiquaires distingués, sur dicers sujets d'antiquités anglaises, 1720; 14° Robeiti de Atesbury Historia de mirabilibus gestis Edtcardi 111. llearne y a joint des lettres de Henri VIII à Anne Boulen , 1720; 15» Th. Caii vindiciœ antiquilalis academia Oxoniensis . contra Johannem Caium; in lucem ex autographo enrisit Thom. Heamius, qui porro non tantum Antonii wtam a se ipso conscriptam, et Humpkredi Humphreys, episcopi nu/ter Htrefordiensis, de tiris claris Cam~ bro-Britannicis obsenationes , sed et reliquias quasdam ad famtiiam religiosiuimam Ferrariorum de
HEA
I Gidding pana in agro Huntingtoniensi pertinentes ; subnexuit , Oxford , 1730, 2 vol. in-8° [roy. Feriur). I Cette histoire des antiquités de l'université d'Ox- I lord, par Th. Key (coy. Csiii»),,cst curieuse et I recherchée. Henrue s'est presque toujours bonté I au rôle if éditeur. Mais dans beaucoup d'ouvrages | publiés par ses soins, il a inséré des dissertations savantes sur toute sorte de sujets. Dans ses préfaces, il déclame souvent contre le vandalisme des premiers réformateurs, et rend plus de justice I que la plupart de ses compatriotes aux chroniques I et aux compilations faites dans les monastères. I Aussi l'a-t-on soupçonné d'avoir vécu et d'être mort dans la communion de l'Eglise romaine; depuis vingt ans on ne le voyait plus au service divin dans l'église anglicane, et avant ses derniers moments, il reçut secrètement un inconnu que l'on a cru être un prêtre catholique déguisé. Par une disposition assez bizarre de son testament, après avoir légué à un ami son cabinet de monnaies et médailles, il ajoute : « Et je souhaite « qu'en quelques mains qu'elles puissent tomber « dans la suite, on les conserve toutes ensemble, ■ et qu'on ne les montre jamais qu'à des per- « sonnes qui s'y entendent. - L'histoire d'Angleterre doit à llearne un grand nombre de titres et de chartes qui, sans ses recherches laborieuses, n'auraient peut-être jamais vu le jour ; quelquesuns des manuscrits dont il fut éditeur ne méritaient peut-être guère l'honneur de la publicité; mais c'est le plus petit nombre ; tous les autres sont assez intéressants pour que les Anglais doivent lui savoir gré d'avoir tiré ces ouvrages de l'obscurité. Un libraire de Londres a commencé, vers le commencement de ce siècle , à réimprimer la collection des œuvres de Hearne, qui pour la plupart sont devenues rares, et se payaient trèscher dans les ventes publiques; mais, faute d'encouragements, il a été obligé d'abandonner cette entreprise. Uuddcsford a composé la vie de llearne, en prenant pour guide le journal même écrit de la main de ce savant antiquaire; et il l'a publiée en 1772 avec celles de Leland et de Wood, en 2 volumes in-8°. D— c.
HEARNE (Samuel), voyageur anglais, naquit en 1745. Le peu d'inclination qu'il montrait pour l'étude, et l'ardeur qu'il témoignait pour la profession de marin, engagèrent sa mère, restée veuve, à le conduire elle-même à PorUmouth quand il n'était encore âgé que de onze ans. U s'embarqua sur le vaisseau du capitaine depuis lord llood. On était alors en guerre; Uood ne tarda pas à combattre, et Ût plusieurs prises; il dit à Hearne qu'il aurait sa part du butin ; celuici le pria de tout donner à sa mère, qui saurait mieux l'usage qu'il conviendrait d'en faire. A la fin de la guerre , llearne voyant qu'il avait peu d'espoir d'avancement dans cette partie, quitta U marine royale, et entra au service de la compagnie de la baie d'Hudson. Son activité, son intelligence, un vif désir d'entreprendre quelque découverte
nEA
ul fût utile a ses semblables, lotirent bientôt istinguer des autres contre-mpîtres des bâtiments de la compagnie qui naviguaient dans la baie. 11 effectua en 1768 un voyage vers le haut de cette baie , pour améliorer la pèche de la morue, et contribua, par ses recherches, à faire mieux connaître les côtes de ces parages. I^s directeurs delà compagnie, instruits de son zèle, pensèrent que personne ne convenait mieux pour l'exécution de deux projets qui les occupaient depuis longtemps; l'un était la découverte du passage au N. 0., tant de fois tentée sans succès ; l'autre, celle d'une mine de cuivre, située très-haut dans le nord , près de l'embouchure d'un fleuve qui coulait dans cette direction , et dont les récits des Indiens avaient donné connaissance dès 171 S. Quelques tentatives faites pour y arriver par mer n'avaient pas réussi. Enfln, en 1768, des Indiens du nord ayant apporté au fort anglais de nouveaux renseignements sur ce fleuve, et un morceau de cuivre qu'ils disaient provenir de la mine voisine, le gouverneur transmit ces nouveaux détails à la corn pagnie, en les lui recommandant comme dignes de son attention. I.a découverte fut résolue. Hearne, désigné pour cette expédition , partit le 6 novembre 1769, accompagné de deux blancs et de quelques Indiens ; aucun de ceux-ci ne connaissait le grand fleuve de la mine de cuivre. On fit route à l'O. N. 0.; la neige couvrait la terre; le sol était inégal , rude et pierreux ; on allait à pied ; chacun tirait un traîneau. L'on n'avait encore fait que deux cents milles, lorsque le chef des Indiens el sa troupe abandonnèrent Hearne, qui le 30 revint sur ses pas , et le 1 1 décembre fut de retour au fort , à son grand chagrin , et à la surprise extrême du gouverneur. Cette mésaventure ne découragea pas Flearnc : il se disposa pour un second voyage ; mais il ne prit point d'Européens avec lui cette fors, ayant reconnu qu'ils n'étaient d'aucune utilité, à cause du peu d'égards que les sauvages avaient pour eux. I.e 3 février 1770, il se mit en route à peu près dans la même direction que la première fois, avec un Indien qui, suivant son récit , était allé bien près du fameux fleuve , rt en mena cinq autres. Arrivé en mars à 38" 16' de latitude boréale , et a 5* 37' à l'ouest du fort , Hearne, sur les représentations de son guide, s'arrêta en attendant que la belle saison permit de s'avancer an nord. Il s'occupa, pendant son séjour, à mettre son journal en ordre, et à dresser sa carte. Vers la fin de l'hiver, il fut quelquefois réduit a une grande détresse. Le 24 avril , il 6e remit en route. La troupe était augmentée; elle se monta graduellement jusqu'à six cents personnes. On était parvenu au 63" 10* de latitude, et à 10° W à l'ouest du fort, lorsque te 12 août le quart de cercle de Hearne fut renversé par un f onp de vent el brisé. Cet accident lui fit prendre le parti de retourner au fort.'Lc lendemain, des Indiens du N. 0., qui venaient «l'arriver, lui enlevèrent la plus grande partie de ses effets les plus
HKA 5
utiles, et son fusil; ce vol le mit très-mal à son aise. Heureusement il rencontra le 20 novembre un chef indien plus honnête, nommé Matonnabi, lequel pourvut à ses besoins, et lui promit de le mieux guider dans une nouvelle entreprise s*H voulait la tenter. Hearne ne demandait pas mieux. Il rentra dans le fort le 23 novembre. Matonnabi proposa un nouveau plan de voyage , qui faisait honneur à sa pénétration et à son jugement. Hearne s'empressa de l'adopter, et muni d'an nouveau quart de cercle, il partit le 7 décembre. La route que prit la nouvelle troupe fut dirigée plus à l'ouest que les deux premières fois ; le pays qu'elle parcourut était de même inégal , caillouteux, entrecoupé de lacs et de petites rivières, stérile et peu habité ; le 23 avril 1771 , l'on marcha droit au nord ; l'on était alors par le parallèle dn 60» degré de latitude, et à plus de six cents milles à l'ouest du fort. L'on fit halle à quelque distance pour construire des canots, afin de traverser les lac». Hearne vit arriver plus de deux cents Indiens, dont la plupart venaient pour les mêmes motifs sur les bords du lac où il était campé. Quoique l'on fût à la fin de mai, le temps était froid; il tombait de la neige et de la pluie; en s'avançant au nord , la température fut la même au milieu du mois de juillet. Le 22 juin , la troupe rencontra les Indiens de la raine de cuivre , que nearne dépeint comme des hommes obligeants. Il traversa ensuite la chaîne des monts purreux, et le 13 juillet il arriva enfln sur les bords du fleuve de la mine fameuse , objet de ses recherches. Ce fleuve était peu large et rempli de cataractes. Ce fut peu de jours après que ce voyageur infatigable eut la douleur de voir ses compagnons de voyage , qui n'avaient eu que de bons procédés pour lui , se souiller par le massacre d'une petite horde d'Esquimaux qu'ils surprirent pendant la nuit : massacre prémédité depuis plus de six semaines, commis de sang-froid, el accompagné de toutes les atrocités imaginables. Il faut dire à la louange de Matonnabi, qu'il fit tout ce qu'il put pour détourner sa tribu et les autres Indiens de cet acte de férocité. Le 17 juillet, Hearne aperçut au nord la mer, qui s'étendait de l'est à l'ouest. Il continua ses observations jusqu'à l'embouchure du fleuve, el vit qu'il n'était guère navigable que pour un canot. Il aperçut de la glace au large, et des phoques couchés sur les glaçons; le rivage était couvert d'oiseaux de mer. I)ans les tentes des malheureux Esquimaux il avait observé des ossements de baleine ; toutes ces circonstances lui firent penser que c'était la mer qu'il avait devant lui : elle était remplie d'Iles et d'écueils; la glace ne commençait à fondre qu'à environ trois quarts de mille de la côte. Les Indiens du pays lui dirent qu'elle était toujours gelée. Il détermina la latitude «le cette embouchure à 71" 51' , et conformément à ses instructions il prit possession du pays au nom de la compagnie. 11 alla ensuite reconnaître la mine de cuivre, située
4 HEA
à trente milles dans le S. S. E. de l'embouchure du fleuve, et poursuivit sa route au S. S. 0. Les longues fatigues de Hearne lui avaient mis les pieds dans le plus mauvais état ; il ne put cependant jouir de quelque repos que lorsque les Indiens eurent rejoint leurs femmes qu'ils avaient laissées en arrière. Dès la fin de septembre, les lacs étaient gelés; le 6 octobre un coup de vent renversa les tentes; le quart de cercle de Hearne, quoique renfermé dans un étui, fut brisé. Le 9 janvier 1772 notre voyageur atteignit l'extrémité sud du lac Atbapusco, qui est le même que le lac de l'Esclave, de Mackensie. Le 27, on lit route à l'est ; le reste du voyage fut très-pénible. On éprouva une disette telle que des Indiens moururent de faim. Enfin , le 30 juin , Hearne arriva en bonne santé au fort, après une absence de dix-huit mois et vingt-trois jours. En 1773 la compagnie lui écrivit une lettre de félicitation , et lui accorda une gratification. Toujours occupé de ce qui pouvait être avantageux aux intérêts de ceux dont il avait la confiance, il établit en 1774 le comptoir de Cumberland dans l'intérieur des terres. Le gouverneur étant mort en 177a, Hearne fut nommé son successeur. En 1782 une escadre française, commandée par la Pérouse, s'empara du fort, le lit sauter, et détruisit ou emporta tout ce qui appartenait à la compagnie anglaise. Le manuscrit du voyage de Hearne , qui fut trouvé parmi ses papiers , eût pu être considéré comme étant la propriété de la compagnie, puisque l'expédition avait été entreprise par ses ordres; sur les instances de Hearne, la Pérouse le lui rendit, à condition qu'il le publierait dès qu'il serait de retour en Angleterre. En 1783 Hearne fit rebâtir le fort , qui fut mis en meilleur état de défense qu'auparavant. 11 revint en Angleterre, en 1787, jouir de la fortune modeste qu'il avait acquise par de longs travaux, et mourut en 17î<2. Le résultat de ses voyages , comme on le voit par l'introduction qui précède le troisième voyage de Cook, était connu longtemps avant qu'il les Ht paraître. Hearne, lorsqu'il entreprit ses courses, pensait peu qu'un jour ses observations seraient rendues publiques; instruit que plusieurs personnes possédaient des copies manuscrites ou des extraits de ses journaux , il les refondit en un seul , et prit le parti de le publier, parce que les copies différaient entre elles sur des points essentiels. 11 obtint de la compagnie de la baie d'Iludson la permission de recourir aux documents originaux qu'il avait envoyés dans le temps , et mit son travail en état d'être imprimé; il le fut SOUS ce titre .Voyage du fort du Prince de Galles, dans la baie d'Hudson, à f Océan septentrional . entremis par l'ordre de la compagnie de la baie d'Hudton. dans les années 1769, 1770, 1771 et 1772, et exécuté par terre pour la découverte de mines de cuivre, d'un passage au nord-ouest , etc., Londres, un vol. in-4°, llg. et cartes. Celte relation , une de celles qui ont répandu le plus grand jour sur
HEA
un des points les plus essentiels de la géographie, fait beaucoup d'honneur à son auteur. On reconnaît en lui un homme courageux, zélé, persévérant, doux, humain, éclairé, bon observateur; il intéresse infiniment par son récit qui porte le cachet de la candeur. Dalrymple , qui rêvait toujours le continent austral et le passage du nordouest , avait eu communication des journaux de Hearne, et dans un mémoire sur la navigation de la baie d'Hudson et des parages voisins, il le chicana sur plusieurs points qui ne s'accordaient pas avec ses idées, et lui reprocha de n'avoir ni fait assez d'observations de latitude, ni expliqué la construction du quart de cercle qui avait été brisé. Hearne, dans sa préface, répond avec beaucoup de modération aux inculpations de Dalrymple, dont il prouve la futilité; il justifie ensuite dans son introduction la compagnie accusée d'être ennemie des découvertes; inculpation peut-être vraie au commencement de son existence, et soutenue ultérieurement par les calomnies d'Ellis, de Dobs, de Middleton, etc., mais démentie par les faits qu'il rapporte. Un passage des instructions de Hearne qui ne fait pas honneur à cette association commerciale, est celui où elle recommande à son agent d'exciter les Indiens à se faire la guerre entre eux. D'après le voyage de Hearne, le fameux passage au nordouest n'existerait pas où on le plaçait jadis. Son expédition et celle de Mackensie donnèrent lieu de présumer que le continent de l'Amérique septentrionale ne s'étend pas beaucoup au delà du 71» parallèle (1). Quoi qu'il en soit, Hearne n'en a pas moins rendu des services essentiels à la géographie. Peu de voyageurs ont fait une course plus pénible que lui ; c'est toujours à pied, et souvent chargé d'un fardeau pesant, qu'il a parcouru près de treize cents milles avant d'arriver à la mer, presque toujours entre des rochers âpres et des bois stériles. H dépendait de la chasse pour sa subsistance, et quelquefois il était réduit à une pipe de tabac et à trois verres d'eau par jour. Seul Européen au milieu d'une troupe de sauvages livrés à toutes leurs passions, sa position ne cessait pas un instant d'être critique. Un seul des Indiens le protégeait; il lui a payé le tribut de sa vive reconnaissance. Le tableau qu'il trace de toutes ces hordes si vantées par quelques écrivains, prouve que la simple nature n'est belle qu'autant que la civilisation l'a dépouillée de sa grossièreté primitive. Ses observations sur ces hordes en font connaître plusieurs' sur lesquelles l'on avait bien peu de notions; il donne également de très-bons détails sur les animaux et sur les végétaux de ces régions arctiques , et réduit beaucoup le merveilleux que des voyageurs plus anciens avaient mis dans leurs narra-
(1) En 1851 , la certitude du passage au nord-ouest a été définitivement constatée. Celle découverte cit due au capitaine anglaia Mae-Clune [voy. 4 ce sujet l'article Euia (note). Z.
IIEA
HEA
tons; il décrit aussi très-bien le pays et son aspect, et relève les erreurs de quelques écrivains qui en avaient parlé avant lui. On doit regretter la perte d'un vocabulaire de la langue des Indiens du nord , qui contenait seize pages in-fol. ; il avait prêté cet écrit , qui fut égaré. Le voyage de Ilearne a été traduit dans la plupart des langues de l'Europe; la traduction française , par M. (.allemand, accompagnée de cartes et de figures, a été imprimée à Paris en l'an 7 (1799), un vol. in-4° ou 2 vol. in-8°. Elle est assez exacte; mais elle offre des incorrections, et peu de connaissance de tout ce qui concerne l'histoire naturelle; il en résulte que des animaux décrits par Charlevoix et autres Français qui ont visité le Canada , ne sont pas désignés par les noms qui leur appartiennent, et qui sont reçus dans notre langue. E — s.
IIEATII (James), historien anglais, né à Londres, en 1629, et fils d'un coutelier du roi, fut expulsé, en 1648, de l'université d'Oxford, par les commissaires du parlement, comme partisan de la cause royale. Après avoir dissipé son patrimoine, il se maria, eut plusieurs enfants, recourut à sa plume pour les soutenir, et mourut dans la misère à Londres, en août 1661. Ses ouvrages, quoique dépourvus de méthode et de style, sont encore lus avec intérêt, parce qu'on y trouve des faits qu'on chercherait vainement ailleurs, même dans Clarendon. En voici les titres : 1° Courte chronique de la dernière guerre intestine dans les trois royaumes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, 1661, in-8°; augmentée ensuite par l'auteur et complétée de 1637 à 1663, en quatre parties, 1663, i gros vol. in-8°. John Philips, neveu de Milton, en fit une continuation de 1663 à 1675; 1676, in-fol. 2» Élégies sur le docteur Th. Fuller, 1661 ; 3° Les gloires et les magnifiques triomphes de l'heureuse restauration de Charles II, 1662, in-8° ; 4° Elagellum, ou la vie et la mort, la naissance et l'enterrement d'Olivier Cromtcell, le dernier usurpateur, 16<>3 et 1665, in-8°, 3* édition, avec des additions; 3° Elégie sur le docteur Sanderson, ivéque de Lincoln. 1662 ; 6» Nouveau livre des loyaux martyrs et confesseurs anglais, qui ont enduré les souffrances et les terreurs de la mort, etc., pour le maintien du gouvernement juste et légitime de ces royaumes, 1663, in-12; 7° Exposé court, mais exact, des affaires des Pays-Bas unis, 1 vol. in-12. X— s.
IIEATII (Besjajun), jurisconsulte anglais, et greffier (recorder) d'Exeter, mort le 13 septembre 1766, est auteur de plusieurs ouvrages pleins de savoir et d'une excellente critique, entre autres des suivants : 1» Essai de preuve démonstrative de l'existence, de l'unité et des attributs de Dieu; précédé d'une courte défense de l'argument communément appelé à priori, 1740; 2° Nota sive lectiones ad tragicorum Cracorum vtterum, /Eschyli, etc., 1752, in-4°. Le principal objet de cet ouvrage est de rétablir le mètre des poètes tragiques grecs. 1
3° Révision du texte de Shakspeare, où l'on considère particulièrement 1rs altérations que lui ont fait subir les éditeurs et les critiques les plus modernes , 1765, in-8°. — Thomas Heath, son frère, a publié, en 1735, un Essai d'une nouvelle traduction de Job. X— s.
IIEATII (Jacques), graveur anglais, né vers 1 766, mort le 15 novembre 1838, à Londres, jeta les bases de sa fortune et de sa réputation en même temps que son ami le dessinateur Stotbard. Le superbe Novelits magaùne, édité par Ilarrison et composé de vingt-deux volumes, se feuillette encore avec plaisir et décèle par tous ses détails le haut talent, l'originalité, la hardiesse des deux artistes réunis pour illustrer cette publication. Chaque jour accrut la gloire de l'habile graveur qui, du genre un peu subalterne des illustrations, passa bientôt à la gravure sublime, et qui, entre autres beaux ouvrages, reproduisit par le burin la Mort du major Pearson de West , la Mort de lord Nelson, d'après le même maître, le Soldat mort, copié sur Wright de Derby, un superbe portrait de Washington, et un portrait de Pitt, d'après la statue de ce ministre placée à l'université de Cambridge. Heath a formé plusieurs élèves distingués, parmi lesquels il faut nommer Godefroy de Paris, connu pour avoir gravé le beau tableau de la Bataillé d'Austerlitz. par Gérard, Ch. Heath, son flis, auteur de nulle pages admirables, et sa fdle mislress llamilton qui ne le cède point à son frère. — Heath (Charles), imprimeur anglais, fut deux fois maire de Hontinoulh, et a écrit YHutoire de cette ville, publiée en l'année 1801. Il est auteur de quelquesouvragesde topographie locale : Description (account) de Piercefield et Cheptston, 1 793 ; Description de C abbaye de Tintern et du château de Ragland, 1 806. Il est mort, âgé de 61 ans, le i" janvier 1831 . P— ot.
HEATHCOTL (Ralph), ecclésiastique et magistrat anglais, né dans le comté de Leicester, le 16 décembre 1721, fut juge de paix, vicaire de Sileby, prébendier et premier vicaire de l'église collégiale de Southwel, etc. , et mourut le 28 mai 1795. On a de lui : 1° Historia astronomiœ sive de or tu et progressu astronomiœ, Cambridge, 1746, in-8°; cité avec éloge dans l'astronomie de Long; 2° Esquisse de la philosophie du lord Bolingbroke, 1 775 ; 3° l'Usage de la raison établi en matière de re- * ligion, 1773 ; 4° Plusieurs articles importants dans le Dictionnaire biographique anglais, en 11 volumes in-8°, 1 761 ; réimprimé en 1 78 1; 5° The Yrenarch, ou Manuel du juge de paix, 1771; réimprimé en 1774 et 1781, avec le nom de l'auteur; 6° Sylva, ou la Forêt, 1786; réimprimé en 1788 : recueil d'anecdotes dont on n'a que le premier volume. On cite de lui une Lettre à l'honorable Horace Watpole. touchant la querelle entre M. Hume et M. Rousseau, publiée en 1767, et qui fut attribuée à M. Walpole lui-même. — Ralph Heathcote, son (Ils, fut ministre plénipotentiaire du roi près de l'électeur [ de Cologne et du landgrave de Ilessc-Cassel , et I mourut en Allemagne en 1801. X—».
6 HEB
HEAUYILLE (Lotis le Bourgeois, sienr d'), poêle français du siècle de Louis \iv, était uni d'amitié avec les plus beaux génies de son temps , et a obtenu une place au Parnasse français de Titon du Tillet. n était né à Heauvillc, diocèse de Coutances, obtint l'abbaye de Chantemerle, de l'ordre de St-Augustin, an diocèse deTroyes,et mourut doyen de l'église d'Avranches vers 1680. L'abbé (THeauville est principalement connu par son Catéchisme en vers, publié en 1669, Paris, Léonard, in-12, de 22 et 119 pages; augmenté et distribué par cantiques, Chalons, 1079, in-12; très-souvent réimprimé depuis Cet ouvrage peu remarquable, sans doute, par le mérite poétique, fut composé pour le Dauphin , fils de Louis XIV ; il a été souvent cité comme un témoin de la doctrine de l'Église de France, parce qu'il était muni de l'approbation de quatre évêques et d'un grand nombre de docteurs, et qu'on en insérait des extraits dans beaucoup d'autres catéchismes, dans un temps où chaque diocèse avait son catéchisme particulier, tous semblables pour le fond, mais souvent différents dans les expressions. Celui-ci étant divisé ••n couplets sur un petit nombre d'airs connus, la facilité de le chanter contribua beaucoup à le répandre. On en a inséré une partie dans le tome 1«' du recueil de Poésies chrétiennes et diverses dédiées au prince de Conli, par J. de la Fontaine (11. L. de Brienne), Paris, 1682, 3 vol. in-12. L'abbé d'Heauvillc en préparait une édition fort augmentée, qui ne parut qu'après sa mort, SOUS le litre A'OEuvres spirituelles en vers français, où sont contenus les devoirs du chrétien, etc., 1084, in-8°; c'est en quelque sorte un nouvel ouvrage, beaucoup moins connu que le précédent. L'édition de Bruxelles, 1687, in-12, est augmentée de •il planches, où se trouvent les airs notés, au nombre de dix-sept. C. M. P.
HEBKD-JESr. Voyn Ebed Jesc.
HE BEL (Jean-Pierre), poète allemand, était flh d'un tisserand du village de Hausen, grandduché de Bade. Sa mère, obligée de gagner sa vie comme domestique, le mit au monde à Bâle, le 11 mai 1760. Devenue veuve un an après la naissance de ce fils, elle le fit instruire aussi bien que ses faibles ressources te permettaient. Quand elle fut morte, Hcbel trouva des âmes charitables qui l'aidèrent à faire ses études au gymnase de Carlsruhe. De là il passa en 1778 à l'université d'Erlangen, pour se préparer à l'état ecclésiastique. H annonçait alors si peu de dispositions littéraires qu'il ne put soutenir son examen. Il s'en tira mieux à Carlsruhe en 1780, et fut placé après cette épreuve comme maître surnuméraire à l'école de Lœrracb, puis chargé de prêcher dans la ville et les environs, mais mal rétribué, et accablé de travaux. » Jusqu'à l'âge de trente et un « ans, dit-il, j'attendais en vain un emploi conve- « nable. Tous mes compagnons d'étude étaient « placés, moi seul je ne l'étais pas. J'étais là I « isolé, comme dit le prophète haïe, ainsi que
HEB
« l'arbre sur la montagne , et le pavillon sur la « colline. » En 1791 , Hebel fut appelé au gymnase de Carlsruhe pour enseigner les langues anciennes, ce qui ne le dispensa pas de prêcher à son tour, selon l'usage des établissements d'instruction dans l'Allemagne protestante. Là il se trouva à sa place : s'attachant plus à l'esprit qu'à la lettre des auteurs anciens, il sut inspirer aux jeunes gens de l'enthousiasme pour le génie des auteurs classiques, et en faire ressortir et sentir les beautés. En 1798, il obtint la chaire de théologie dogmatique et de langue hébraïque. Quelques années après, le grand-duc de Bade le nomma conseiHer ecclésiastique; et lors de la réforme du gymnase, qui prit le titre de lycée, Hebel en fut nommé directeur. Au milieu de ses fonctions scolaires, il avait conservé un vif attachement pour sa contrée natale, charmant pays, qui, contigu au Bhin et à la Suisse, ressemble à la partie la pins agréable de PHelvétic; aussi Pappelle-t-on la Suisse badoisc. Les habitants, gens simples et loyaux , conservent un costume particulier, où dominent les couleurs tranchantes comme dans quelques cantons suisses. Ils parlent un allemand différent de celui du pays de Bade inférieur, et qui, par l'usage fréquent des diminutifs, rappelle le vieux langage français : les Allemands le nomment dialecte allémanique, pour le distinguer du deutch ou teuton. Hebel exprima dans ce langage plein de charme les sentiments poétiques dont son âme pieuse était pénétrée. C'était du moins se consoler de ne pouvoir vivre au milieu des prés et des bocages habités par les m mtagnards ses compatriotes. En 1803, il fit paraître à Carlsruhe ses premiers essais sons le titre de Poésies allémaniques. Le plus brillant succès couronna cette tentative ; Jacobi, Jean-Paul, Cœthe encouragèrent publiquement le poifte qui le premier avait osé se servir en poésie du patois d'an petit district de Bade. Quatre éditions augmentées de nouvelles poésies se succédèrent en peu d'années. Dans toutes les classes de la société, ces accents de montagnards hadois furent accueillis avec une vive approbation ; c'est surtout dans les montagnes mêmes qu'on les lut avec avidité. Il en parut deux traductions en véritable allemand, l'une de Cirardot, Leipsick, 1821 , et l'autre d'Adrien, Stuttgart, 1821. Ces poésies ont un cachet tout particulier. L'auteur ayant su s'approprier les iilées et l'imagination du peuple, personnifie toute la nature, les fleuves, les rivières, les astres; tout s'anime dans ses tableaux comme dans ceux que se créent le peuple et les enfants. La rivière de Wiese , qui dans le pays de Hebel sort d'un roeber et arrose des prés ématbVs de fleurs, devient dans ses vers une jeune Aile montagnarde, qui sortie (Ton réduit obscur déploie au grand jour ses grâces naïves et l'agilité de sa course. L'étoile du berger est un être animé qui a ses aventures ; les efforts de l'araignée pour prendre des mouches dans ses filets deviennent
nrn